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Introduction à l'histoire du christianisme

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Résumé pour révision : Introduction à l'histoire du christianisme ancien

Cours 1 :

1. Qu'est-ce que l'histoire du christianisme ancien ?

• Définition générale : C'est une discipline universitaire qui appartient aux


sciences humaines. Son objectif est de reconstituer, étudier et comprendre les
sociétés chrétiennes de l'Antiquité (principalement du Ier au Ve siècle).

• Objet d'étude : Elle s'intéresse à tout ce qui concerne cette période : les
événements, les personnages importants, les institutions (comme l'Église
naissante), les idées, les doctrines et les contextes culturels.

• Le travail de l'historien : L'historien n'invente rien. Il travaille comme un


enquêteur du passé, en se basant sur des traces appelées « sources ».

2. Les sources : Les preuves de l'historien

Pour connaître le passé, l'historien s'appuie sur différents types de sources :

• Sources littéraires : Ce sont les textes écrits, comme les œuvres des auteurs
chrétiens (Pères de l'Église), des lettres, des documents d'archives, etc.

• Sources documentaires : C'est tout le reste !

o Archéologiques : Inscriptions sur pierre, ruines de bâtiments (églises),


monnaies, objets du quotidien.

o Iconographiques : Images, fresques dans les catacombes, mosaïques.

3. La méthode historique : Comment travailler comme un historien ?

L'histoire est une science de l'interprétation. Pour éviter les erreurs et les
approximations, elle suit une méthode rigoureuse fondée sur la critique des sources.

• Qu'est-ce que la « critique des sources » ?

o Ce n'est pas critiquer au sens de "dire du mal", mais examiner une


source de manière scientifique et neutre.

o L'historien se pose plusieurs questions :

1. Qui ? Qui est l'auteur de ce document ?

2. Quand et où ? Quand et où a-t-il été produit ?

3. Pourquoi ? Dans quel but ce document a-t-il été créé ? (Pour


convaincre, informer, critiquer ?)
4. Fiabilité ? L'historien confronte la source avec d'autres documents
de la même époque pour vérifier les informations.

• Objectif final : Dépasser une lecture purement croyante (confessionnelle),


idéologique ou anachronique pour atteindre une compréhension historique.

4. Points de vigilance : Les pièges à éviter

Pour étudier une période aussi ancienne et complexe, l'historien doit faire attention à
deux choses essentielles :

1. Le contexte : Le christianisme ancien est né et a évolué dans des contextes


sociaux, politiques et culturels très différents des nôtres (l'Empire romain). Il est
crucial de toujours prendre en compte ce contexte.

2. Les erreurs à ne pas commettre :

o L'anachronisme : C'est le piège le plus courant. Il consiste à expliquer un


fait du passé avec les idées, les valeurs ou les connaissances
d'aujourd'hui. Il faut penser avec la mentalité de l'époque.

o Le jugement de valeur : Le rôle de l'historien n'est pas de dire si un


personnage historique "avait raison" ou "avait tort", mais de comprendre
pourquoi il a agi ou pensé d'une certaine manière.

5. Ce que disent les historiens contemporains

• Pierre Bonnechere : Faire de l'histoire, ce n'est pas simplement lire des livres,
c'est analyser les documents anciens pour écrire ces livres. C'est un travail de
reconstitution patient et rigoureux.

• Simon Claude Mimouni : Il met en garde contre les surinterprétations. L'étude


des origines du christianisme peut être biaisée par des a priori théologiques ou
idéologiques. Il faut donc une grande rigueur intellectuelle pour ne pas faire dire
aux documents plus que ce qu'ils ne disent.

En bref, l'histoire du christianisme ancien est une enquête scientifique qui cherche à
comprendre les premiers siècles du christianisme en analysant de manière critique
toutes les traces disponibles, tout en se méfiant des anachronismes et des jugements
de valeur.
Cours 2 :

Ce cours se concentre sur la manière dont le christianisme, face à la diversité interne et


aux défis externes, a progressivement défini son identité. Il aborde la formation du
courant majoritaire appelé la "Grande Église", ses confrontations avec le judaïsme et le
monde gréco-romain, et l'émergence de la notion d'hérésie pour se délimiter.

1. La "Grande Église" : L'émergence d'un courant majoritaire

Face à la multiplicité des courants chrétiens des premiers siècles, un courant


majoritaire et mieux structuré, que les historiens nomment la « Grande Église », se
dessine progressivement aux IIe et IIIe siècles. Cette expression a été utilisée pour la
première fois par le philosophe païen Celse vers 170 pour distinguer ce groupe principal
des autres factions. C'est ce courant qui subsistera et qui, en réaction aux autres
groupes, définira les critères de l'orthodoxie (la "droite doctrine").

2. Juifs et Chrétiens : La Séparation

La "Grande Église" a dû définir son identité en se distinguant du judaïsme dont elle est
issue. La confrontation s'est articulée autour de trois points principaux :

1. L'interprétation des Écritures : Les chrétiens ont adopté une lecture


christologique, considérant l'Ancien Testament comme une annonce de la
venue du Christ.

2. La valeur de la Loi mosaïque : Ils prônaient l'abolition des prescriptions


rituelles (circoncision, sabbat, lois alimentaires) tout en conservant les
préceptes moraux.

3. L'identité et la nature de Jésus : Ils affirmaient que Jésus est le Christ (Messie)
et le Fils de Dieu, une croyance rejetée par le judaïsme.

L'œuvre de Justin Martyr, notamment son Dialogue avec Tryphon (vers 160), est un
témoignage majeur de cette controverse, où il utilise les Écritures pour démontrer la
supériorité de l'Évangile sur la Loi.

3. La Confrontation avec le Monde Gréco-Romain

Le christianisme s'est développé au sein de l'Empire romain, unifié politiquement et


culturellement (civilisation gréco-romaine), mais caractérisé par une grande diversité
religieuse (polythéisme, culte impérial, cultes à mystères).

• Réactions chrétiennes :

o Exclusivisme religieux : Les chrétiens refusaient de participer au culte


des divinités traditionnelles et au culte impérial, qui était une marque de
loyalisme politique.
o Refus du patrimoine culturel : Ils rejetaient la culture païenne, à
l'exception notable de la philosophie, qu'ils utilisaient pour formuler leur
théologie.

• Les Persécutions :

o Ce refus d'intégration sociale et religieuse a entraîné des persécutions.


Jusqu'au milieu du IIIe siècle, il s'agissait de mesures locales et
sporadiques.

o La persécution de Dèce (249-250) marque un tournant. L'empereur a


ordonné à tous les habitants de l'Empire de sacrifier aux dieux pour
assurer l'unité et la faveur divine (pax deorum). Ceux qui obéissaient
recevaient un certificat (libellus).

o Les chrétiens qui ont cédé (lapsi) ou acheté des certificats (libellatici) ont
provoqué une crise interne (schisme) au sein de l'Église.

o Les persécutions se sont poursuivies sous Valérien (257-258) et ont


culminé avec la "Grande persécution" de Dioclétien (303-306).

• La réponse chrétienne et la reconnaissance :

o Face aux accusations et aux persécutions, des intellectuels chrétiens ont


rédigé une littérature apologétique (ex: Justin, Tertullien) pour défendre
leur foi et montrer que les chrétiens étaient de bons citoyens.

o En 313, l'Édit de Milan de l'empereur Constantin accorde la liberté de


culte, reconnaissant le christianisme comme une religion licite.

o En 380, avec l'Édit de Thessalonique de l'empereur Théodose, le


christianisme devient la religion officielle et unique de l'Empire romain.

4. L'Émergence de la Notion d'Hérésie

Pour préserver son unité face aux divergences doctrinales, la "Grande Église" a
développé la notion d'hérésie.

• Évolution du terme hairesis (αἵρεσις) :

o À l'origine, en grec classique, le terme était neutre et signifiait "école de


pensée" (ex: l'école de Platon).

o Chez l'apôtre Paul, il prend une connotation péjorative pour désigner les
"divisions" et les "dissensions" au sein de la communauté.

o À partir du début du IIe siècle, notamment avec Ignace d'Antioche, le


terme se charge d'un sens très négatif. L'hérésie devient une "fausse
doctrine" qui rompt avec le message authentique et implique un refus de
se soumettre à l'autorité de l'évêque.

• La naissance de l'hérésiologie :

o Justin Martyr (vers 150) est considéré comme l'inventeur de


l'hérésiologie : une littérature de combat destinée à réfuter les doctrines
jugées fausses (notamment celle de Marcion). Il systématise l'idée que les
hérétiques ne sont pas de vrais chrétiens.

• Les critères de l'orthodoxie :


Pour se définir contre les "hérésies", la "Grande Église" a établi trois critères
principaux pour assurer la "droite doctrine" :

1. La Règle de foi (ou canon de vérité) : Le contenu essentiel et authentique de la


foi partagée par toutes les Églises.

2. La Succession apostolique : La garantie que la doctrine a été transmise


fidèlement depuis les apôtres, par une chaîne ininterrompue d'évêques.

3. L'Écriture : La définition d'un canon des livres bibliques reconnus comme


inspirés et l'établissement de critères pour leur juste interprétation.

COURS 3

Ce cours approfondit les trois critères principaux établis par la "Grande Église" aux IIe et
IIIe siècles pour définir la "droite doctrine" (orthodoxie) et se distinguer des courants
jugés hérétiques. Ces critères sont : la Règle de foi, la Succession apostolique et la
constitution d'un canon des Écritures.

1. Premier Critère : La Règle (ou Canon) de Vérité

La Règle de vérité, aussi appelée Règle de foi, est un énoncé qui résume le contenu
essentiel et authentique de la foi chrétienne.

• Origine et usage :

o Ces confessions de foi trouvent leur origine dans la préparation au


baptême, où elles étaient transmises et mémorisées. Cette pratique est
une spécificité du christianisme par rapport aux autres religions de
l'Empire gréco-romain.

o Les plus anciennes formules sont attestées dans les traités polémiques
des Pères de l'Église (comme Irénée de Lyon) qui les utilisent comme une
norme pour réfuter les doctrines jugées hérétiques.

• Évolution de la structure :
o La plus ancienne : Une profession de foi en un seul article, centrée sur
Jésus ("Jésus, Seigneur, Fils de Dieu").

o Ensuite : Une formule à deux articles, sur "Dieu le Père et le Christ".

o Plus tardive (après 150) : La structure trinitaire à trois articles ("Père, Fils,
Esprit"), qui deviendra la norme.

• Contenu : La Règle de foi, comme celle décrite par Irénée, affirmait la foi en un
seul Dieu Créateur, en un seul Jésus-Christ, Fils de Dieu (dont on détaille
l'incarnation, la passion, la résurrection et la parousie), et en l'Esprit Saint. Elle
soulignait l'universalité de cette foi, partagée par toutes les Églises.

2. Deuxième Critère : La Succession Apostolique

Ce critère garantit que la doctrine authentique a été transmise fidèlement et sans


interruption depuis les apôtres. Il est indissociable de l'organisation structurelle de
l'Église.

• Évolution de l'organisation de l'Église :

o Aux Ier et IIe siècles : Les communautés avaient une direction


collégiale, inspirée du modèle des synagogues, composée de presbytres
(anciens) et d'épiscopes (surveillants), assistés par des diacres. Il existait
aussi des ministères itinérants (apôtres, prophètes).

o Au cours du IIe siècle : Les ministères itinérants disparaissent et une


hiérarchie stable à trois degrés (évêque, presbytres, diacres) émerge. On
évolue progressivement vers le monoépiscopat : un évêque unique à la
tête de chaque communauté.

o Au IIIe siècle : Le clergé s'organise comme une profession distincte des


laïcs, avec des rôles définis.

• Rôles de la hiérarchie :

o L'évêque : Il devient l'élément unificateur, détenteur de tous les pouvoirs


(baptiser, présider l'eucharistie, réconcilier). Il est le gardien de la doctrine
orthodoxe.

o Les presbytres (prêtres) : Ils forment un conseil (presbyterium) qui


assiste l'évêque et peuvent exercer des fonctions liturgiques avec son
accord.

o Les diacres : Ils sont chargés de l'administration et de la charité.


• La Succession comme garantie : À la fin du IIe siècle, des auteurs comme
Irénée de Lyon établissent des listes d'évêques pour chaque Église, remontant
jusqu'aux apôtres. Cette chaîne ininterrompue de succession (succession
apostolique) servait à prouver que l'enseignement de l'Église était bien celui des
apôtres, contrairement aux doctrines hérétiques qui étaient vues comme des
innovations illégitimes.

3. Troisième Critère : La Formation du Canon Biblique

Face à la multitude d'écrits circulant, la "Grande Église" a dû définir un recueil limité et


faisant autorité de textes sacrés (un "canon").

• L'Ancien Testament :

o Les chrétiens ont conservé les Écritures héritées du judaïsme.

o Ils ont adopté la Septante, la traduction grecque de la Bible hébraïque


(IIIe s. av. J.-C.), qui incluait des livres que le judaïsme rabbinique a plus
tard écartés (les livres deutérocanoniques).

• Le Nouveau Testament : Le processus de formation fut long et progressif.

o Jusqu'au milieu du IIe siècle : La tradition orale ("parole vivante")


coexistait avec les traditions écrites et était souvent préférée (cf. Papias
de Hiérapolis).

o Le canon de Marcion (vers 140) : En rejetant l'Ancien Testament et en ne


gardant qu'un Évangile (Luc) et dix lettres de Paul expurgées, Marcion a
forcé la "Grande Église" à définir son propre canon en réaction.

o Fin du IIe siècle : Des étapes décisives sont franchies. Justin Martyr
mentionne la lecture des Évangiles ("Mémoires des apôtres") durant la
liturgie. Irénée de Lyon défend le principe de quatre Évangiles. Le
Fragment de Muratori est la plus ancienne liste connue des livres
reconnus comme faisant autorité.

o Début du IVe siècle : L'historien Eusèbe de Césarée classe les écrits en


trois catégories :

1. Reconnus (les quatre Évangiles, Actes, lettres de Paul, etc.).

2. Contestés (Jacques, Jude, 2 Pierre, etc.).

3. Hérétiques (Évangile de Thomas, etc.).

o Milieu du IVe siècle : Les premières listes complètes et officielles du


canon (Ancien et Nouveau Testaments) sont publiées par des autorités
ecclésiastiques comme Athanase d'Alexandrie (en 367), souvent dans
un contexte de lutte contre les hérésies.

COURS 4

Ce cours se concentre sur la figure d'Origène, l'un des théologiens les plus influents et
prolifiques de l'Antiquité, en le situant dans le contexte intellectuel et religieux vibrant
de sa ville natale, Alexandrie.

1. Le Contexte : Le Christianisme Alexandrin

Pour comprendre Origène, il est essentiel de comprendre Alexandrie, l'un des plus
grands centres culturels, commerciaux et intellectuels de la Méditerranée antique.

• Une Ville Cosmopolite : Alexandrie était un carrefour de cultures et de religions


(égyptienne, grecque, romaine, juive et chrétienne).

• Un Pôle Intellectuel : La ville abritait le Musée et la célèbre Bibliothèque, qui


ont favorisé une riche tradition d'études littéraires, philologiques et
philosophiques.

• La Communauté Juive : Alexandrie possédait la plus grande communauté juive


en dehors de Jérusalem, qui a produit une importante littérature en langue
grecque. Des penseurs comme Philon d'Alexandrie ont cherché à harmoniser la
foi juive avec la philosophie grecque (notamment le platonisme).

• Les Origines du Christianisme Alexandrin :

o Bien que les origines exactes soient mal connues, la présence chrétienne
est attestée dès la fin du Ier siècle. Le Papyrus Rylands 457 (P52), un
fragment de l'Évangile de Jean daté entre 94 et 127, en est la plus
ancienne preuve matérielle.

o Dès ses débuts, le christianisme y est pluriel. Alexandrie devient un


centre majeur de la pensée gnostique au IIe siècle (avec des maîtres
comme Basilide et Valentin), ce qui engendre des débats et des
confrontations avec les théologiens de la "Grande Église", comme
Clément d'Alexandrie.

2. Origène (vers 185 - vers 254)

La vie d'Origène, principalement connue grâce à l'historien Eusèbe de Césarée, est


marquée par la foi, l'érudition et les conflits.

• Jeunesse à Alexandrie : Né dans une famille chrétienne, son père, Léonide, est
martyrisé en 202, un événement qui le marque profondément. Très jeune (18
ans), il prend la direction de l'école de catéchèse d'Alexandrie, où son immense
culture lui permet de dialoguer avec les intellectuels païens et gnostiques. Il
adopte un mode de vie très ascétique. Son mécène, Ambroise, un ancien
gnostique qu'il a converti, finance sa production littéraire colossale.

• Conflit et Départ : Sa renommée et certaines de ses doctrines audacieuses


suscitent la méfiance et la jalousie de l'évêque Démétrius. Lorsque Origène se
fait ordonner prêtre à Césarée de Palestine sans son autorisation (vers 232),
Démétrius le condamne et le contraint à l'exil définitif.

• Maturité à Césarée : Il fonde une nouvelle école à Césarée et y ajoute une


intense activité de prédicateur (homélies). Ses préoccupations deviennent plus
pastorales, s'adressant à un public plus large.

• Martyre et Mort : Durant la persécution de l'empereur Dèce en 250, il est arrêté,


emprisonné et violemment torturé. Il meurt quelques années plus tard des suites
de ses blessures, gagnant ainsi le titre de "martyr" (confesseur de la foi).

3. L'Œuvre Monumentale d'Origène

Origène est sans doute l'écrivain le plus prolifique de l'Antiquité chrétienne. Son œuvre
se divise en deux grandes catégories :

A) Les Travaux sur l'Écriture (son activité principale) :

• Scholies : Notes brèves expliquant des passages difficiles.

• Commentaires : Analyses systématiques et approfondies, verset par verset, de


presque tous les livres de la Bible (environ 260 livres).

• Homélies : Prédications sur des textes bibliques destinées à la communauté


lors du culte (environ 500).

• Les Hexaples : Son chef-d'œuvre de critique textuelle. Il s'agissait d'une édition


de l'Ancien Testament en six colonnes parallèles pour comparer le texte hébreu
original avec différentes traductions grecques (dont la Septante). Cette œuvre
monumentale, conservée à la bibliothèque de Césarée, a été perdue.

B) Les Traités Théologiques et Apologétiques :

• Traité sur les Principes : Le premier grand ouvrage de théologie systématique


chrétienne. Origène y expose ses doctrines sur Dieu, le monde, la liberté et les
fins dernières. C'est cet ouvrage qui a été la source principale des controverses
sur son orthodoxie.

• Contre Celse : Une œuvre apologétique majeure où il réfute point par point les
critiques du philosophe païen Celse contre le christianisme.
• Autres traités importants sur la prière et l'exhortation au martyre.

Une grande partie de son œuvre a été détruite après sa condamnation posthume au VIe
siècle ou ne subsiste que dans des traductions latines qui ont parfois "corrigé" ses idées
les plus audacieuses.

COURS 5

Ce cours est consacré à la méthode d'interprétation de la Bible (exégèse) d'Origène, l'un des
aspects les plus fondamentaux et influents de sa pensée. Dans son travail, Origène se
confronte à quatre types de lecteurs : les Juifs, les "hérétiques" (gnostiques et marcionites), les
chrétiens "simples" (qui s'en tiennent au sens littéral) et les intellectuels grecs.

1. Le Principe Fondamental : Parallèle entre Providence et Inspiration

La méthode exégétique d'Origène repose sur un principe théologique préalable : il existe un


parallèle direct entre l'action de Dieu dans la création (la Providence) et son action dans
les Écritures (l'inspiration).

• Une Source Unique : Contre les gnostiques, Origène affirme que le Dieu qui a créé le
monde est le même que celui qui a donné les Écritures.
• Présence Divine Totale et Cachée : De même que la Providence divine est à l'œuvre
partout dans la création, jusque dans le plus petit détail, l'inspiration divine parcourt
l'intégralité des Écritures, jusqu'à la moindre lettre. En s'inspirant du vocabulaire
stoïcien sur la Providence, Origène soutient que, comme dans la nature, cette action
divine n'est pas toujours immédiatement perceptible.
• La Nécessité de la Foi : Face à l'« obscurité biblique » (passages obscurs, impossibles
ou absurdes, surtout dans l'Ancien Testament, et contradictions entre les évangélistes
dans le Nouveau), l'exégète doit adopter une attitude de foi. Il doit "accepter une fois
pour toutes" que l'Écriture a un sens, même s'il est caché. Le lecteur doit donc
chercher ce sens avec persévérance, confiant qu'il existe.

2. Premier Critère Herméneutique : L'Unité de l'Écriture

Le premier principe d'interprétation d'Origène est l'unité fondamentale de l'Écriture.

• Un Corps Unique : L'Ancien et le Nouveau Testament ne sont pas opposés (contre


Marcion) ni l'œuvre de dieux différents (contre les gnostiques). Ils forment un seul
tout cohérent, un seul "corps" ou "rouleau".
• Une Parole Unique : La Bible est l'expression d'une Parole unique de Dieu. Bien
qu'elle soit composée de multiples livres et idées, tout est récapitulé en un seul
message centré sur le Christ. L'ensemble des Écritures, du Pentateuque aux Prophètes,
témoigne de Lui.

3. Deuxième Critère Herméneutique : Les Trois Sens de l'Écriture

Inspiré par un passage des Proverbes (Pr 22, 20-21) et par l'anthropologie tripartite grecque
(corps, âme, esprit), Origène développe la théorie des trois niveaux de sens dans l'Écriture.
Ce modèle est le plus ancien traité d'herméneutique chrétienne que nous ayons conservé
(exposé dans son traité Sur les principes).

1. Le Sens Corporel (ou littéral, historique) : C'est le sens immédiat, la "chair" du


texte. Il est destiné à l'édification des lecteurs les plus "simples".
2. Le Sens Moral (ou psychique) : C'est l'enseignement que l'âme peut tirer du texte
pour sa propre progression morale et spirituelle.
3. Le Sens Spirituel (ou mystique) : C'est le sens le plus profond, l' "esprit" du texte,
qui contient "l'ombre des biens à venir". Il révèle les réalités supérieures : Dieu, le
Christ divin, et le monde céleste. C'est le sens fondamental, car l'Écriture est avant tout
divinement inspirée.

4. La Méthode : La Lecture Allégorique

Pour accéder aux sens supérieurs (moral et surtout spirituel), Origène a recours à la lecture
allégorique.

• Origine de la méthode : Cette lecture savante n'est pas une invention d'Origène. Elle
existait déjà :
o Dans le monde grec, pour trouver un sens philosophique profond ("caché",
hyponoia) dans les mythes poétiques (ex: Homère).
o Dans le judaïsme hellénistique, où des intellectuels comme l'auteur de la
Lettre d'Aristée et surtout Philon d'Alexandrie l'utilisaient pour interpréter
les prescriptions de la Loi mosaïque de manière philosophique et spirituelle.
• Application par Origène : Origène adopte cette méthode comme un outil essentiel. Il
l'utilise systématiquement pour dépasser les difficultés du sens littéral. La présence de
passages "impossibles" ou choquants dans la Bible est pour lui un indice laissé par
Dieu pour obliger le lecteur à chercher un sens plus élevé, le sens spirituel.

COURS 6

Ce cours approfondit la méthode exégétique d'Origène, en se concentrant sur les solutions


pratiques qu'il propose pour résoudre les difficultés de lecture de la Bible, notamment les
passages problématiques de l'Ancien Testament et les contradictions apparentes entre les
Évangiles.

1. Principe Herméneutique et Attitude du Lecteur

Pour Origène, l'interprétation des Écritures commence par une attitude spirituelle et un
principe de base :

• Principe Fondamental : L'inspiration divine totale. "Toute l'Écriture est divinement


inspirée". Chaque mot, chaque lettre, contient une étincelle du "souffle divin".
• L'Obstacle de l'Obscurité : Le sens profond n'est jamais accessible à une première
lecture. Le texte biblique est volontairement difficile, obscur et parfois même
"absurde" au niveau littéral.
• L'Attitude Requise : Foi et Patience. Le lecteur doit accepter qu'il ne peut pas tout
comprendre immédiatement. Face à une difficulté, il ne doit pas rejeter le texte, mais
plutôt arrêter sa recherche et "attendre" que le Logos illuminateur (le Christ) lui
révèle le sens. Cette attente active se nourrit de la prière et de la foi en l'inspiration
divine du texte. L'acharnement purement intellectuel est insuffisant et peut même
s'avérer stérile, comme Origène le reproche aux gnostiques.

2. La Méthode Exégétique : "L'Écriture s'explique par l'Écriture"

Une fois l'attitude juste adoptée, Origène met en œuvre une méthode précise, qu'il tire de
l'apôtre Paul : "comparer ce qui est spirituel à ce qui est spirituel" (1 Co 2,13).

• L'Étude des "Mots Semblables" : Cette méthode consiste à étudier la Bible mot par
mot. Pour chaque terme important, l'exégète doit regrouper tous les passages parallèles
où ce même mot (ou un mot de sens similaire) apparaît.
• Éclairage Réciproque : En s'appuyant sur ces "mots semblables", on peut
"transporter" l'interprétation d'un passage où le sens est clair pour illuminer un passage
où le sens est plus obscur.
• Un Double Sens : Cette méthode permet de découvrir que, souvent, un même mot
peut contenir deux niveaux de sens : un sens simple "pour les plus faibles" et un sens
plus profond "pour les plus intelligents". La tâche de l'exégète est de les identifier.

3. Les Problèmes posés par les Évangiles : La Discordance (Diaphonia)

Origène est l'un des premiers à aborder de front le problème des contradictions factuelles et
chronologiques entre les quatre Évangiles.

• Le Constat : Il observe une "discordance" (diaphonia) évidente entre les récits des
événements de la vie de Jésus. Si l'on s'en tient à une lecture purement littérale et
historique, il est impossible d'harmoniser les quatre textes.
• L'Alternative Radicale : Selon Origène, face à cette discordance, le lecteur littéraliste
est acculé à une impasse :
1. Soit il renonce à croire que les Évangiles disent vrai et en choisit un
arbitrairement, rejetant les autres.
2. Soit il accepte les quatre, mais doit admettre que "leur vérité ne se trouve pas
dans les signes corporels" (c'est-à-dire dans l'exactitude historique littérale).

4. La Solution : La Théorie des "Observateurs-Rapporteurs"

Pour résoudre cette impasse, Origène élabore une théorie complexe sur la nature du
témoignage évangélique.

• Le Langage Humain et la Vérité Divine : Les évangélistes étaient des auteurs


inspirés, mais ils ont utilisé un langage humain pour traduire des réalités spirituelles.
Leurs mots reflètent leur propre compréhension, qui est forcément partielle.
• La Parabole des Quatre Observateurs : Origène imagine quatre témoins saints qui
contemplent en esprit, depuis des lieux différents, une même action divine. Leurs
rapports coïncideront sur certains points mais différeront sur d'autres. Tous les quatre
diront la vérité, mais chacun selon sa propre perspective. Il serait absurde de les
accuser de mentir parce que leurs récits ne sont pas identiques.
• Application aux Évangélistes : Les évangélistes sont comme ces quatre observateurs.
Ils ont contemplé les multiples aspects de la vie du Christ et ont rapporté ce qu'ils ont
vu, chacun avec sa perspective.
• Privilégier le Spirituel au Corporel : Origène va jusqu'à affirmer que l'intention des
évangélistes était de dire la vérité spirituelle et corporelle quand c'était possible. Mais
lorsque les deux n'étaient pas compatibles, ils ont privilégié le spirituel au corporel.
Ils ont donc parfois sciemment modifié des détails historiques (un lieu, un moment) –
ce qu'Origène appelle un "mensonge corporel" – afin de sauvegarder et de mieux
transmettre une "vérité spirituelle" plus essentielle.

Les sources principales pour comprendre la théorie herméneutique d'Origène sont le livre IV
de son traité Sur les Principes, ainsi que de nombreux passages disséminés dans ses
commentaires et homélies, notamment son Commentaire sur Jean.

COURS 7

Ce cours aborde l'interprétation (exégèse) par les premiers auteurs chrétiens des récits de la
création, en particulier de l'être humain, que l'on trouve dans les chapitres 1 à 4 du livre de la
Genèse. Il commence par établir le contexte textuel et intellectuel avant d'analyser les
passages bibliques clés.

1. Le Contexte Textuel : Quelle Version de la Bible ?

L'interprétation des Pères de l'Église dépend directement de la version de la Bible qu'ils


utilisaient.

• La Septante (LXX) pour les Grecs : Les auteurs de langue grecque (comme Origène,
Clément d'Alexandrie, etc.) lisaient l'Ancien Testament dans sa traduction grecque, la
Septante. Réalisée à Alexandrie à partir du IIIe siècle av. J.-C., elle est un produit du
judaïsme hellénistique. Pour les Églises d'Orient, la Septante était le texte de
référence, formant avec le Nouveau Testament la Bible chrétienne.
• Les "Vieilles Latines" et la Vulgate pour les Latins : Les auteurs de langue latine
(comme Tertullien ou Augustin au début) utilisaient diverses traductions latines
réalisées à partir de la Septante, connues sous le nom de "Vieilles Latines". À partir de
la fin du IVe siècle, ces versions seront progressivement remplacées par la Vulgate, la
traduction réalisée par Jérôme directement à partir du texte hébreu.
• Importance de la Septante : Il est crucial de noter que le Texte Massorétique (TM)
hébreu, qui est la base des Bibles modernes, a été fixé bien après la Septante. La LXX
est donc un témoin d'un état plus ancien du texte hébreu et a été la version qui a nourri
la pensée, la liturgie et la théologie de la majorité des premiers chrétiens.

2. L'Héritage Exégétique

Les auteurs chrétiens n'ont pas interprété la Genèse à partir de rien. Ils ont hérité d'une riche
tradition d'interprétation du récit des six jours de la création (Hexameron) provenant du
judaïsme de l'époque hellénistique. Leurs lectures s'inspirent de :
• Passages bibliques : La littérature sapientielle (ex: Proverbes 8, sur le rôle de la
Sagesse dans la création).
• Littérature intertestamentaire : Des textes comme le Livre des Jubilés.
• Le Nouveau Testament lui-même : Qui réinterprète déjà la création (ex: Jean 1, sur
le Logos créateur).
• L'Exégèse Allégorique Juive : Les auteurs alexandrins, en particulier, étaient
familiers des interprétations allégoriques de Philon d'Alexandrie.

3. Les Deux Récits de la Création dans la Genèse (LXX)

Le cours met en évidence les deux récits distincts de la création au début de la Genèse :

• Premier Récit (Genèse 1, 1 – 2, 3) :


o Un récit structuré et liturgique, scandé par les six jours de la création.
o La création s'opère par la parole divine ("Et Dieu dit...").
o L'œuvre culmine au sixième jour avec la création de l'être humain, homme et
femme, à l'image de Dieu.
o Le texte de la Septante (Gn 1, 2) décrit la terre comme "invisible et
inorganisée" (ἀόρατος καὶ ἀκατασκεύαστος).
• Deuxième Récit (Genèse 2, 4-25) :
o Un récit plus ancien, narratif et anthropomorphique.
o Dieu façonne l'homme à partir de la "poussière prise à la terre" et lui insuffle
un "souffle de vie".
o Il plante le jardin d'Éden et y place l'homme.
o La femme est créée ensuite, à partir du "côté" (πλευρά) de l'homme endormi.

4. L'Exégèse de la Création de l'Homme

L'analyse se concentre sur les versets clés concernant la création de l'humanité.

• Dans le premier récit (Gn 1, 26-27) :


o "Faisons un homme..." : Le pluriel ("Faisons") a suscité de nombreuses
interprétations : Dieu s'adressant aux anges, un pluriel de majesté, ou, pour les
auteurs chrétiens, une préfiguration de la Trinité.
o "...selon notre image (eikona) et selon notre ressemblance (homoíōsin)" :
Cette distinction, présente dans la Septante, deviendra fondamentale pour
l'anthropologie chrétienne. "L'image" sera souvent comprise comme la nature
rationnelle de l'homme, tandis que la "ressemblance" sera vue comme une
perfection morale et spirituelle à atteindre.
o "...mâle et femelle il les fit" : La création simultanée des deux sexes dans le
premier récit sera mise en contraste avec la création séquentielle du deuxième.
• Dans le deuxième récit (Gn 2, 21-23) :
o La création de la femme : Le récit de la création d'Ève à partir du "côté"
d'Adam est central.
o Le jeu de mots perdu : Le texte hébreu contient un jeu de mots entre 'ishshah'
(femme) et 'ish' (homme). Ce lien étymologique est difficile à traduire.
▪ La Septante renonce au jeu de mots et utilise gynē (femme) et
anthrōpos/anēr (homme).
▪ Les traductions latines tentent de le recréer : la Vieille Latine utilise
mulier (femme) et vir (homme), tandis que la Vulgate de Jérôme forge
le néologisme "virago" à partir de vir (homme) pour préserver l'idée
d'une dérivation.

COURS 8

Ce cours poursuit l'analyse de l'exégèse chrétienne antique des premiers chapitres de la


Genèse, en se concentrant spécifiquement sur le récit de la Chute (Genèse 3) et ses
conséquences immédiates (Genèse 4). L'interprétation de ces événements est fondamentale
pour la théologie chrétienne, car elle pose les bases de la doctrine sur l'origine du mal, le
péché, la souffrance et la condition humaine mortelle. Le texte de référence est, encore une
fois, la version grecque de la Septante (LXX).

1. Le Récit de la Chute (Genèse 3)

Le chapitre 3 de la Genèse est le texte central de ce cours. Il se décompose en plusieurs scènes


clés :

• La Tentation (Gn 3, 1-6) :


o Le serpent, décrit dans la Septante comme "le plus avisé" (phronimōtatos),
engage le dialogue avec la femme.
o Il sème le doute sur l'ordre de Dieu en déformant ses paroles et en niant la
menace de mort ("Vous ne mourrez pas de mort").
o Il promet une connaissance divine ("vous seriez comme des dieux connaissant
le bien et le mal"), ce qui conduit la femme, puis l'homme, à désobéir en
mangeant le fruit de l'arbre interdit.
• La Prise de Conscience et la Peur (Gn 3, 7-13) :
o La conséquence immédiate de la désobéissance est l'ouverture de leurs yeux :
ils prennent conscience de leur nudité et se cachent.
o Lors de la confrontation avec Dieu, une chaîne d'accusations se met en place :
Adam accuse la femme ("La femme que tu m'as donnée..."), et la femme
accuse le serpent ("Le serpent m'a trompée...").
• Les Jugements Divins (Gn 3, 14-19) :
o Le serpent est maudit, condamné à ramper et à manger la terre. Le verset 15,
annonçant l'hostilité entre la descendance de la femme et celle du serpent, sera
interprété par les chrétiens comme le Protévangile, la première annonce de la
victoire future du Christ sur le mal.
o La femme est condamnée à la souffrance dans l'enfantement et à la domination
de son mari.
o L'homme voit la terre maudite à cause de lui ; il devra la travailler dans la
douleur et la sueur pour se nourrir. Sa condition mortelle est affirmée : "tu es
terre et tu t'en iras dans la terre".
• L'Expulsion du Jardin (Gn 3, 20-24) :
o Adam nomme sa femme "Vie" (en grec Zōē), car elle est la mère de tous les
vivants.
o Dieu leur fait des "tuniques de peau" (khitōnas dermatínous), un détail que
les Pères interpréteront de manière allégorique comme le symbole de la
condition mortelle et corruptible qui revêt désormais l'humanité.
o Pour les empêcher d'accéder à l'arbre de vie et de devenir immortels dans leur
état de péché, Dieu les chasse du jardin d'Éden et en fait garder l'accès par des
chérubins.

2. Les Récits sur l'Origine du Mal

L'exégèse chrétienne antique ne se limitait pas à Genèse 3 pour expliquer l'origine et la


propagation du mal. Elle intégrait d'autres récits bibliques pour former une vision plus large,
identifiant au moins trois (voire quatre) récits fondateurs sur l'origine du mal :

1. La Chute d'Adam et Ève (Genèse 3) : La désobéissance originelle qui introduit le


péché, la souffrance et la mort dans l'expérience humaine. C'est le récit principal de la
"chute" de l'humanité.
2. Le Meurtre d'Abel par Caïn (Genèse 4) : Ce récit, qui suit immédiatement la Chute,
illustre la première et terrible conséquence du péché : la violence, la jalousie et le
fratricide entrent dans l'histoire humaine.
3. La Chute des Anges (non explicite dans la Genèse) : Bien que non directement tiré
de la Genèse, le thème d'une rébellion angélique originelle, menée par Lucifer/Satan,
est devenu un élément central de la théologie chrétienne pour expliquer l'existence
d'une source du mal antérieure et extérieure à l'humanité. Le serpent de la Genèse sera
identifié à cet ange déchu.
4. L'Union des "Fils de Dieu" et des "Filles des Hommes" (Genèse 6) : Ce passage
énigmatique, qui raconte l'union entre des êtres célestes et des femmes humaines
donnant naissance à des "géants", a été interprété par de nombreux auteurs juifs et
chrétiens anciens comme une deuxième chute, où des anges déchus corrompent
l'humanité en lui enseignant des savoirs interdits, propageant ainsi le mal sur la terre
avant le Déluge.

COURS 9

Ce cours se concentre sur l'interprétation des premiers chapitres de la Genèse par Théophile
d'Antioche, un apologiste chrétien de la seconde moitié du IIe siècle. Son œuvre À Autolycus
contient ce qui est considéré comme le plus ancien commentaire chrétien conservé des
chapitres 1 à 4 de la Genèse. L'exégèse de Théophile s'inscrit dans un cadre apologétique
visant à défendre la foi chrétienne auprès d'un public cultivé païen.

1. Contexte : L'Œuvre À Autolycus

Théophile, évêque d'Antioche vers 169, était un converti de culture grecque. Son seul ouvrage
qui nous est parvenu, À Autolycus, est une défense de la foi adressée à un ami païen. Il est
structuré en trois livres :

• Livre I : Réponse aux critiques sur la foi chrétienne.


• Livre II : Démonstration de la supériorité des prophètes de l'Ancien Testament sur les
poètes et philosophes grecs. C'est dans ce livre qu'il expose son commentaire de la
Genèse.
• Livre III : Affirmation de l'antériorité de Moïse sur toutes les figures de la culture
grecque (le "challenge Moïse-Homère").
2. L'Exégèse de la Création de l'Homme (Genèse 1-2)

Théophile interprète le récit de la création en soulignant la dignité particulière de l'être


humain.

• "Faisons l'homme..." (Gn 1, 26) : Théophile voit dans ce pluriel une signification
théologique profonde.
o Une œuvre digne des "propres mains" de Dieu : Contrairement au reste de
la création, faite par un simple commandement ("par sa parole"), la création de
l'homme est une œuvre directe de Dieu.
o Dialogue Intra-divin : Le "Faisons" n'est pas adressé aux anges. Dieu, comme
s'il avait besoin d'aide, s'adresse à lui-même : "à son Verbe (Logos) et à sa
Sagesse (Sophia)". C'est une des premières interprétations trinitaires (ou
binitaires) de ce verset.
• Le Jardin et la Condition Originelle :
o Le jardin d'Éden est un lieu terrestre, "dans les régions du Levant", mais plus
beau et remarquable que le reste du monde.
o À l'origine, la terre produisait tout spontanément, et le régime alimentaire était
végétarien pour les hommes comme pour les animaux.

3. L'État de l'Homme avant la Chute

C'est un point central de la théologie de Théophile. Il définit l'état originel d'Adam comme un
état intermédiaire.

• Ni Mortel, ni Immortel : Adam n'a été créé ni totalement mortel, ni absolument


immortel, mais "disposé pour être l'un et l'autre".
• Adam comme un "Petit Enfant" : Il compare Adam à un enfant en bas âge, qui est
encore "simple et pur". Il n'est pas encore parfait, mais il a la capacité de le devenir. Sa
place dans le jardin lui donne le "moyen de progresser de manière à grandir et à
devenir parfait".
• La Vocation à la Déification : En obéissant au commandement de Dieu, Adam aurait
pu atteindre l'immortalité, "être proclamé Dieu" et "monter au ciel".

4. L'Exégèse de la Chute (Genèse 3)

L'interprétation de la Chute par Théophile est une réfutation des idées qu'il juge erronées
(notamment gnostiques).

• La Nature de l'Arbre et du Péché :


o L'arbre de la science et son fruit étaient bons en eux-mêmes. Le fruit ne
contenait que la "science" (connaissance), qui est bonne si elle est utilisée
correctement.
o Le problème n'était pas le fruit, mais la désobéissance (désobéissance) et
l'indocilité (indocilité) d'Adam.
o Dieu n'a pas interdit le fruit par jalousie (argument anti-gnostique), mais parce
qu'Adam, étant comme un "petit enfant", n'était pas prêt à recevoir cette
"nourriture solide". Il avait d'abord besoin du "lait" de la simplicité. Le
commandement était donc un test de son obéissance et une mesure
pédagogique.
• Le Serpent et l'Origine du Mal : Théophile identifie clairement le serpent à une
entité maléfique : le démon, appelé aussi Satan, qui était à l'origine un ange mais qui
"s'est enfui loin de Dieu".

5. Les Conséquences de la Chute

• La Mort comme Conséquence : La mort n'est pas naturelle à l'homme. C'est l'homme
qui, "par négligence et désobéissance", s'est procuré la mort.
• L'Expulsion comme un "Grand Bienfait" : L'expulsion du jardin n'est pas
seulement une punition, mais un acte de miséricorde. C'est une sorte de
"bannissement" temporaire qui permet à l'homme d'expier son péché par le
châtiment pour pouvoir, un jour, être "rappelé de nouveau". Théophile utilise l'image
du vase défectueux qui est brisé pour être remodelé et devenir parfait.
• La question "Où es-tu, Adam ?" : Ce n'est pas une preuve de l'ignorance de Dieu.
C'est un acte de "magnanimité" divine pour donner à Adam une occasion de se
repentir.

6. Après la Chute (Genèse 4)

• Caïn et Abel : Après la Chute, Satan, jaloux de voir Adam et Ève avoir des enfants,
pousse Caïn à tuer Abel. Ce fratricide marque le "début de la mort" pour toute la
race humaine.

COURS 10 :

Voici un résumé complet du "Cours 10 : La création de l'être humain et les débuts de


l'humanité : L'exégèse chrétienne antique de Genèse 1-4 (Irénée de Lyon)", basé sur les
documents fournis.

Résumé Complet du Cours 10

Ce cours porte sur l'interprétation (exégèse) des chapitres 1 à 4 de la Genèse par Irénée de
Lyon (vers 130-200), l'un des plus importants théologiens du IIe siècle. Évêque de Lyon et
originaire d'Asie Mineure, Irénée est surtout connu pour sa lutte contre les hérésies gnostiques
dans son œuvre majeure, Contre les hérésies. Son exégèse, principalement exposée ici à
travers sa Démonstration de la prédication apostolique, est fondamentale pour comprendre la
doctrine chrétienne naissante sur l'homme, le péché et le salut.

1. La Création et l'État Originel de l'Homme

Irénée présente une vision dynamique de la création de l'homme, en opposition aux doctrines
gnostiques.

• Une Création Directe et Personnelle : Dieu façonne l'homme de ses "propres


mains" (c'est-à-dire par son Fils/Verbe et son Esprit/Sagesse), en utilisant la terre la
plus pure et en y mélangeant sa propre puissance. L'homme est ainsi créé directement
comme image de Dieu, à la fois dans sa forme visible et par le souffle de vie divin.
• L'Homme comme "Enfant" : C'est un point central de la théologie d'Irénée. Adam
n'est pas créé parfait et adulte en pleine possession de ses moyens. Il est créé comme
un "enfant", encore "tout petit" et doté d'un "jugement non achevé". Il n'est pas
encore parfait, mais il est destiné à "grandir afin de parvenir à l'âge adulte".
• Le Paradis comme lieu de Croissance : Le Paradis est un lieu "meilleur que ce
monde-ci", préparé spécialement pour assurer la croissance et la nutrition de cet
"enfant". C'est un lieu où le Verbe de Dieu est déjà présent, se promenant et
s'entretenant avec l'homme, préfigurant ainsi l'Incarnation.

2. La Chute : Désobéissance d'un Enfant Trompé

L'interprétation d'Irénée de la Chute est indissociable de sa vision de l'homme-enfant.

• Le But du Commandement : Dieu donne un commandement (ne pas manger de


l'arbre de la connaissance) non par jalousie, mais par pédagogie. Cette loi visait à
éviter que l'homme ne "se gonfle d'orgueil" et à lui faire reconnaître qu'il a un
"Maître". L'obéissance lui garantissait l'immortalité ; la désobéissance le conduirait à
la mortalité.
• Le Séducteur : Un Ange Jaloux : La chute n'est pas initiée par l'homme. Il "se laissa
facilement tromper par le Séducteur". Irénée identifie ce dernier comme un ange (qui
deviendra l'Archange déchu) qui, par jalousie et envie des dons faits à l'homme, s'est
perverti et l'a persuadé de désobéir. Cet ange, en se révoltant contre Dieu, est devenu
Satan (l'apostat) et le Diable, utilisant le serpent comme simple instrument.
• Une Faute d'Immaturité : La désobéissance d'Adam et Ève n'est pas le péché d'un
être mature et pleinement conscient, mais la faute d'un enfant qui a été trompé. Leur
état de nudité sans honte avant la chute témoigne de leur "pensée innocente et
enfantine".

3. Les Conséquences de la Chute

• Perte de l'Immortalité et Expulsion : En désobéissant, l'homme devient mortel et est


"précipité hors du paradis", car le paradis "n'admet pas de pécheur".
• Entrée de la Souffrance : Hors du jardin, Adam et Ève connaissent les "infortunes,
misères et maladies", la tristesse et le labeur pénible de la terre.

4. La Propagation du Mal après la Chute

Pour Irénée, le mal ne s'arrête pas à la première désobéissance. L'Ange apostat continue son
œuvre de corruption.

1. Le Fratricide de Caïn : Satan "emplissant Caïn de son esprit", il fait de lui un


fratricide. Le meurtre d'Abel est le second méfait de l'ange déchu, et il préfigure la
persécution des justes par les impies tout au long de l'histoire.
2. La Corruption par les Anges Déchus (Genèse 6) : Irénée intègre le récit de l'union
des anges avec les "filles des hommes". Cet événement marque une étape décisive
dans l'expansion du mal :
o Les anges déchus enseignent aux femmes des "enseignements de malice"
(magie, divination, idolâtrie, etc.).
o Leur progéniture, les "fils de la terre" (géants), symbolise cette corruption.
o À la suite de cette "deuxième chute", la malice envahit toute l'humanité au
point que "la semence de justice" se raréfie, préparant le terrain pour le Déluge.

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