Polynômes Formels et Espaces Vectoriels
Polynômes Formels et Espaces Vectoriels
DANS K = R OU C
Préliminaire : base innie indexée par N d'un K-espace vectoriel
Théorème et dénition.
On note K(N) l'ensemble des suites à valeurs dans K qui sont stationnaires nulles :
K(N) = {u ∈ KN , ∃p ∈ N, ∀n > p, un = 0}.
K(N) est un sous-espace vectoriel de l'espace vectoriel usuel KN des suites à valeurs dans K.
Dénitions. Soit E un K-espace vectoriel et e = (en )n∈N une famille (innie) de vecteurs de E indexée par l'ensemble
N des entiers naturels.
(1) On dit que e = (en )n∈N est une famille libre (innie) de E si, et seulement si :
pour tout p ∈ N, la famille FINIE (e0 , . . . , ep ) est libre.
(2) On dit que e = (en )n∈N est une famille génératrice (innie) de E si, et seulement si,
pour tout x ∈ E, il existea p ∈ N tel que x ∈ Vect(e0 , . . . , ep ).
(3) On dit que e = (en )n∈N est une base (innie) de E si, et seulement si, e est une famille libre et génératrice de E .
a cet entier p dépend donc a priori du vecteur x.
Remarque. On peut reformuler la dénition (2) par : E = Vect(e0 , . . . , ep ) et écrire alors : pour tout x ∈ E , il
[
p∈N
px
existe px ∈ N et (x0 , . . . , xpx ) ∈ Kpx +1 tels que x = xn en . On peut ainsi construire la suite (xn )n∈N ∈ K(N) telle
X
n=0
que, pour tout n > px , xn = 0, et on convient d'écrire :
+∞
xn en ou encore x = xn en (attention : c'est une somme d'un nombre ni de termes ).
X X
x=
n∈N n=0
et, pour tout α ∈ K, x et y dans E de coordonnées respectives (xn )n∈N et (yn )n∈N dans la base innie (en )n∈N :
+∞
X +∞
X +∞
X
αx + y = α xn en + yn en = (αxn + yn ) en
n=0 n=0 n=0
Conséquence. Si un K-ev possède famille libre innie e = (en )n∈N , alors2 E N'EST PAS de dimension nie.
Remarques. Deux polynômes formels sont égaux si, et seulement si, leurs coecients sont égaux, :
+∞
X +∞
X
an X n = bn X n ⇐⇒ ∀n ∈ N, an = bn .
n=0 n=0
Un polynôme formel est égal au polynôme nul si, et seulement si, tous ses coecients sont nuls :
+∞
X
an X n = 0K[X] ⇐⇒ ∀n ∈ N, an = 0.
n=0
+∞ +∞
Pour tout α dans K, A = an X n , B = bn X n dans K[X] :
X X
n=0 n=0
+∞ n
+∞ X
!
et
X X
n
αA + B = (α an + bn )X AB = ak bn−k Xn
n=0 n=0 k=0
n=0
deg(A)
Dans ces conditions, A = an X n avec adeg(A) 6= 0 qui est appelé le coecient dominant de A ; le polynôme
X
n=0
adeg(A) X deg(A) est appelé le terme dominant de A.
Pour tout n ∈ N, on note Kn [X] = {A ∈ K[X], deg(A)6 n}
(si A et B sont non nuls, le coecient dominant du produit AB est le produit des coecients dominants de A et B ).
2 Composition formelle
+∞
Dénition. Soit A = an X n ∈ K[X] (somme nie) et B ∈ K[X].
X
n=0
On note A ◦ B l'élément de K[X] déni par :
+∞
(somme nie : on substitue B à X ).
X
A◦B = an B n
n=0
au lieu de A ◦ X = A (qui est ausi égal à X ◦ A). Cette notation a l'inconvénient de prêter parfois à confusion avec le
produit AB de deux polynômes. Lorsque l'on rencontre, par exemple :
A(X + 1),
s'agit-il de A ◦ (X + 1) ou de A × (X + 1) ? Le contexte doit permettre de lever toute ambiguïté et, s'il s'agit du produit,
il est préférable d'écrire (X + 1)A.
Propriétés. Soit A, B , C dans K[X] et α ∈ K.
• distributivité à droite par rapport à + : (A + B) ◦ C = A ◦ C + B ◦ C
• (α A) ◦ B = α (A ◦ B)
• linéarité à droite : (α A + B) ◦ C = α A ◦ C + B ◦ C
• distributivité à droite par rapport à × : (A × B) ◦ C = (A ◦ C) × (B ◦ C)
• pour tout n ∈ N : An ◦ B = (A ◦ B)n
• associativité : A ◦ (B ◦ C) = (A ◦ B) ◦ C
Preuve.
+∞ +∞
! +∞
! +∞ +∞ +∞
X X X X X X
• (A+B)◦C = an X n + bn X n ◦C = (an + bn )X n ◦C = (an +bn )C n = an C n + bn C n = A◦C+B◦C.
n=0 n=0 n=0 n=0 n=0 n=0
+∞
! +∞
! +∞ +∞
!
X X X X
• (α A) ◦ B = α an X n ◦B = α an X n ◦B = α an B n = α an B n = α (A ◦ B).
n=0 n=0 n=0 n=0
+∞
! ! +∞
! +∞
! +∞
! +∞
!
X X X X X X X X
n n p q p q
• (A×B)◦C = ap bq X ◦C = ap bq C = ap C bq C = ap C × bq C =
n=0 p+q=n n=0 p+q=n n=0 p+q=n p=0 q=0
(A◦ C) × (B ◦ C).
• Par récurrence sur n (. . .) à partir de la relation précédente.
+∞
! +∞ +∞ +∞
!
◦ C = (A ◦ B) ◦ C .
X X X X
n
• A ◦ (B ◦ C) = an X ◦ (B ◦ C) = an (B ◦ C)n = an B n ◦ C = an B n
(linéarité
n=0 n=0 n=0 à droite )
n=0
A ◦ (B × C) = (A ◦ B) × (A ◦ C) =
C ◦ (α B) = α (C ◦ B) =
A◦C = C ◦A=
Propriété (degré de la composée de deux polynômes formels). Soit A et B dans K[X] avec
deg(B) > 1
On appelle fonction polynomiale associée au polynôme formel A ∈ K[X] la fonction Ae ∈ F(K, K) dénie par
+∞
an xn ∈ K (somme nie).
X
e : K → K, x 7→
A
n=0
Ainsi,
A(xX 0 ) = A(x)
e X 0.
^
(A B)(x) = A(x)
e B(x)
e
^
(A ◦ B)(x) = A(
e B(x))
e e ◦ B)(x)
= (A e
Preuve : c'est une conséquence des propriétés formelles démontrées précédemment. Par exemple, pour le produit,
^
(A B)(x)X 0 = (AB)(xX 0 ) = A(xX 0 )B(xX 0 ) = (A(x)X
e 0 e
)(B(x)X 0 ) = (A(x)
e B(x))X
e 0
donc (A
^ B)(x) = A(x) e .
e B(x)
Remarque. Si A ∈ K[X] et x ∈ K, A(xX 0 ) est le polynôme constant A(x)
e X 0 et, avec l'abus usuel de notation, la
relation A(xX ) = A(x) X devient naturellement :
0 e 0
A(x) = A(x).
e
Il est clair que si A = B dans K[X], alors Ae = Be dans F(K, K), mais la réciproque est beaucoup moins évidente qu'elle
n'y paraît, aussi on aura à l'esprit que :
EN TOUTE RIGUEUR, A 6= A
e
Exemple (Hors Programme PSI-PSI*). La construction de l'algèbre K[X] reste valable pour tout corps K autre
que R ou C. On considère alors le corps K = Z/2Z à deux éléments 0 et 1 et A = X 2 − X ∈ K[X] :
A 6= 0K[X]
2 2
mais Ae 0 = 0 − 0 = 0 − 0 = 0 et à 1 = 1 − 1 = 1 − 1 = 0 donc
Cependant, on verra dans le paragraphe consacré aux racines d'un polynôme que lorsque K = R ou K = C (et, plus
généralement, lorsque le corps K est inni) on pourra identier A et Ae, cette identication devant être comprise
de la manière suivante :
∀(A, B) ∈ K[X] × K[X], A = B ⇐⇒ A
e = B
e
égalité (K corps inni) égalité dans
dans K[X] KK =F (K,K)
et donc :
EN PRATIQUE, mais avec un abus de notation : A = A
e
(K corps inni)
4 Dérivation formelle
4.1 Dérivée formelle d'un polynôme formel
+∞
Dénition. Soit P ak X k un polynôme formel. Le polynôme dérivé formel de P est le polynôme formel :
X
=
k=0
+∞ +∞
(k + 1) ak+1 X k (somme nie).
X X
P0 = k ak X k−1 =
k=1 k=0
N N −1 N
Remarques. Soit N ∈ N∗ tel que P = ak X k ; alors P 0 = (k+1) ak+1 X k . On peut aussi écrire P 0 =
X X X
k ak X k−1
k=0 k=0 k=1
N
et éventuellement P 0 = k ak X k−1 , mais la notation X −1 seule n'a pas de sens dans K[X] : on peut écrire kX k−1 si
X
k=0
k = 0 en convenant qu'il s'agit du polynôme nul.
Propriétés de la dérivation formelle.
• Linéarité : l'application K[X] → K[X], P 7→ P 0 est linéaire, c'est-à-dire :
∀α ∈ K, ∀(P, Q) ∈ K[X] × K[X], (αP + Q)0 = α P 0 + Q0
k=0
n
kak X k−1 avec nan 6= 0 donc deg(P 0 ) = n − 1 = deg(P ) − 1. Si P = a0 X 0 est constant non nul, alors
X
P0 =
k=1
P 0 = 0 et deg(P 0 ) 6 deg(P ) − 1 (convention).
• Si deg(P ) > 1 alors deg(P 0 ) = deg(P ) − 1 > 0 donc P 0 6= 0 : par contraposée : si P 0 = 0, alors deg(P ) < 1 i.e. P
polynôme constant. La réciproque est claire.
4.2 Polynômes dérivés formels successifs
0
On dénit par récurrence : P (0) = P et, pour tout n ∈ N, P (n+1) = P (n)
n
(n)
X n
(P Q) = P (k) Q(n−k)
k
k=0
• Composition à droite par un polynôme formel de degré 6 1 : pour tout (a, b, P ) ∈ K × K × K[X],
(P (a X + b))(n) = an P (n) (a X + b)
• Degré : deg(P (n) ) 6 deg(P ) − n avec égalité si, et seulement si, P = 0 ou deg(P ) > n.
• P ∈ Kn [X] (i.e. deg(P ) 6 n) si, et seulement si, P (n+1) = 0.
Remarque. Pour n > 1, la formule deg(P (n) ) = deg(P ) − n est fausse si P est un polynôme de degré égal à n − 1 (par
exemple : P = X n−1 donne P (n) = 0).
4.3 Formules de Taylor pour les polynômes formels
Théorème (formules de Taylor dans K[X]). Soit a ∈ K et A ∈ K[X].
+∞
X A(n) (0) n
A= X
n=0
n!
+∞ +∞
A(n) (a) A(n) (a) n
(X − a)n et A(X + a) =
X X
A= X .
n=0
n! n=0
n!
n n
A(k) (a) A(k) (a)
(X − a)k et A(X + a) =
X X
A= Xk.
k! k!
k=0 k=0
Théorème. La famille ((X − a)n )n∈N est une base innie de K[X].
A(n) (a)
Les coordonnées dans la base innie ((X − a)n )n∈N de A ∈ K[X] sont les .
n!
Théorème. Soit n ∈ N et a ∈ K. La famille ((X − a)k )06k6n est une base de Kn [X].
A(k) (a)
Les coordonnées dans la base nie ((X − a)k )06k6n de A ∈ Kn [X] sont les .
k!
n
ak
Exercice. Soit a ∈ K, n ∈ N et A ∈ Kn [X]. Montrer que A(X + a) =
X
A(k) (X).
k!
k=0
Conséquence. Avec les notations ci-dessus, si A 6= 0 alors B et Q sont non nuls et deg A = deg B + deg Q > deg B
Remarques. Le polynôme nul est divisible par tout polynôme ; le seul multiple du polynôme nul est le polynôme nul :
le seul polynôme divisible par le polynôme nul, c'est le polynôme nul
B = λ A.
Propriétés :
∗ réexivité : tout polynôme A est associé à lui-même (car A = 1 A).
1
∗ symétrie : si B est associé à A alors A = µ B avec µ = ∈ K∗ donc A est associé à B .
λ
∗ transitivité : si A et B sont associés et si B et C sont associés alors A et C sont associés.
Remarque. La relation binaire B est associé à A est une relation d'équivalence sur K[X]
Propriété. Soit (A, B) ∈ K[X] × K[X].
( A | B et B | A ) si, et seulement si, A et B sont associés
(deux polynômes se divisent l'un l'autre si, et seulement si, ils sont égaux à une constante multiplicative près).
B divise A si, et seulement si, le reste de la division euclidienne de A par B est nul
Soit A ∈ K[X] et a ∈ K. D'après le théorème de la division euclidienne, il existe un unique couple de polynômes (Q, R),
avec R de degré 6 0, tel que :
A = (X − a) Q + R (1)
Ecrivons R = α : alors, par composition par le polynôme constant égal à a dans (1) : A(a) = 0 + R(a) = α.
Ainsi :
A = A(a) + (X − a) Q
qui est la division euclidienne de P par (X − a)2 car deg(A(a) + A0 (a) (X − a)) 6 1 < 2 :
+∞ +∞
A(k) (a) A(k+2) (a)
R = A(a) + A (a) (X − a) et Q =
X X
0 k−2
(X − a) = (X − a)k .
k! (k + 2)!
k=2 k=0
A(p−1) (a)
A = A(a) + A0 (a) (X − a) + · · · + (X − a)p−1 + (X − a)p Q
(p − 1)!
(p−1)
qui est la division euclidienne de P par (X − a)p car deg(A(a) + A0 (a) (X − a) + · · · + A(p−1)!(a) (X − a)p−1 ) 6 p − 1 < p :
+∞ +∞
A(p−1) (a) A(k) (a) A(k+p) (a)
et Q =
X X
R = A(a) + A0 (a) (X − a) + · · · + (X − a)p−1 (X − a)k−p = (X − a)k .
(p − 1)! k! (k + p)!
k=p k=0
Soit P ∈ K[X] et (a, b) ∈ K2 avec a 6= b. D'après le théorème de la division euclidienne, il existe un unique couple de
polynômes (Q, R), avec R de degré 6 1, tel que :
P = (X − a)(X − b) Q + R (1)
X −b X −a
Comme a 6= b, la famille (L1 , L2 ) = , est une base de K1 [X] (cf 7. Polynômes de Lagrange)
a−b b−a
R ∈ K1 [X] donc, par formule d'interpolation :
R = R(a) L1 + R(b) L2
X −a X −b
R = P (b) + P (a)
b−a a−b
Remarque. L'expression du reste dans la base canonique (1, X) de K1 [X] est moins simple :
bP (a) − aP (b) P (b) − P (a)
R= + X.
b−a b−a
6 Racines d'un polynôme formel
6.1 Racines
Dénition. Soit P ∈ K[X] et λ ∈ K. On dit que λ est racine de P si, et seulement si, P (λ) = 0.
Remarque. Le polynôme nul admet une innité de racines (tous les éléments de K). On verra que c'est le seul polynôme
à posséder cette propriété !
Théorème. Soit P ∈ K[X] et λ ∈ K.
i=1
n
Preuve : la condition est clairement susante car si P = Q (X − λi ) alors, en composant, pour chaque j ∈ [[1, n]],
Y
i=1
par le polynôme constant égal à λj , il vient P (λj ) = 0.
Montrons par récurrence sur n que la condition est nécessaire.
Pour n = 1, c'est le théorème précédent.
Supposons la propriété vraie au rang n > 1.
Au rang n + 1 : soit P ∈ K[X] et n + 1 > 2 racines λ1 , . . . , λn , λn+1 deux à deux distinctes de P . D'après l'hypothèse
n
de récurrence avec λ1 , . . . , λn qui sont n racines deux à deux distinctes de P : (X − λi ) divise P c'est-à-dire :
Y
i=1
n
Y
P =Q (X − λi ) = Q B (1),
i=1
n
avec B(λn+1 ) = (λn+1 − λi ) 6= 0 par hypothèse. Or P (λn+1 ) = 0 donc, en composant dans (1) par le polynôme
Y
i=1
constant égal à λn+1 il vient : 0 = Q(λn+1 ) B(λn+1 ) d'où : Q(λn+1 ) = 0 (i.e. λn+1 est racine de Q) donc X − λn+1
n+1
divise Q donc il existe un polynôme C tel que P = (X − λn+1 ) C B ; donc (X − λn+1 ) B = (X − λi ) divise P , ce qui
Y
i=1
achève la récurrence.
Cas particulier important. Soit λ ∈ C − R et A ∈ R[X].
Alors
A(λ) = 0 ⇐⇒ (X − λ)(X − λ) divise A dans R[X].
Exercice 1. Montrer que, pour tout n ∈ N∗ , (X − 2)2n + (X − 1)n − 1 est divisible par X 2 − 3X + 2.
Exercice 2. Donner une condition nécessaire et susante sur n ∈ N∗ pour que X 2 + X + 1 divise X 2020 + X 2019 + X n .
Conséquences fondamentales.
• Un polynôme P de degré 6 n admettant n + 1 racines distinctes est nul
• Un polynôme P admettant une innité de racines est nul
Conséquence. Si K = R ou K = C, un polynôme formel est déterminé par sa fonction polynomiale.
6.2 Multiplicité des racines d'un polynôme
Dénitions. Soit m ∈ N∗ , λ ∈ K et P ∈ K[X].
• On dit que λ est racine d'ordre de multiplicité > m de P si, et seulement si (X − λ)m divise P
(X − λ) divise P
m
Attention. Si P est le polynôme nul, tout élément de K est racine de P ; mais l'énoncé λ racine d'ordre de multiplicité
m de P n'a, en toute rigueur, pas de sens car (X − λ)m+1 divise toujours P .
Par contre, si P est un polynome non nul et λ est racine de P , alors l'ordre de multiplicité m existe et est unique : en
eet, l'ensemble
Eλ = {k ∈ N | (X − λ)k divise P }
est une partie non vide (car Eλ contient 0 et 1) et majorée par le degré de P (car P = (X − λ)k Q entraîne Q 6= 0 et
deg P > deg(X − λ)k = k ) : il est alors clair que m = max(Eλ ) convient (existence) et
Eλ = [[0, m]]
(Eλ ⊂ [[0, m]] découle de la dénition de m et [[0, m]] ⊂ Eλ découle de la transitivité de 0la relation de divisibilité : si
k 6 m alors (X − λ)k divise (X − λ)m qui divise P ) ; d'autre part, si m0 vérie (X − λ)m divise P et (X − λ)m +1 ne
0
Cas particulier : λ ∈ K est racine simple de P non nul si, et seulement si, P (λ) = 0 et P 0 (λ) 6= 0
Preuve : d'après la formule de Taylor, pour tout m ∈ N∗ : P = (X − λ)m Qm + Rm avec
m−1 +∞
P (k) (λ) P (k) (λ)
(X − λ) et Qm =
X X
k
Rm = (X − λ)k−m .
k! k!
k=0 k=m
Preuve : par dénition, si λ racine de multiplicité m de P , alors (X − λ)m divise P donc P = (X − λ)m Q et
Q(λ) 6= 0 sinon, X − λ diviserait Q d'où (X − λ)m+1 diviserait P : contradiction. Réciproquement, suppsosons :
P = (X − λ)m Q et Q(λ) 6= 0 ; alors (X − λ)m divise P et si, (X − λ)m+1 divisait P , alors (X − λ)m Q = (X − λ)m+1 Q1
donc, en simpliant dans l'anneau intègre K[X] par (X − λ)m 6= 0 : Q = (X − λ)Q1 ; donc Q(λ) = 0 : contradiction.
Exemple. D'après le théorème 2, −1 est racine triple et 1 est racine double de
P = (X + 1)3 (X − 1)2 (X 2 + X + 1).
D'après le théorème 1, on obtient donc sans calcul : P 0 (1) = P 0 (−1) = P 00 (−1) = 0, P (2) (1) 6= 0 et P (3) (−1) 6= 0.
Théorème. Soit P ∈ K[X] − {0K[X] } admettant p (> 1) racines deux à deux distinctes λ1 , . . . , λp respectivement
p
d'ordres de multiplicité > m1 , . . . , mp . Alors P est divisible par (X − λi )mi .
Y
i=1
Preuve : par récurrence sur p. Si p = 1, c'est la dénition d'une racine de multiplicité > m1 . On suppose le théorème
p
établi au rang p. Au rang p + 1 : l'hypothèse de récurrence donne l'existence de Q ∈ K[X] tel que P = Q (X − λi )mi ;
Y
i=1
p
notons α (resp. β ) la multiplicité de λp+1 en tant que racine de P (resp. Q) ; λp+1 n'est pas racine de
Y
(X − λi )mi
i=1
donc α = β ; par hypothèse, α > mp+1 donc β > mp+1 donc (X − λp+1 )mp+1 divise (X − λp+1 )β , qui divise Q par
hypothèse : par transitivité, (X − λp+1 )β divise Q, ce qui achève la récurrence.
Remarque. On peut aussi démontrer plus rapidement ce théorème avec la notion de polynômes premiers entre eux
qui sera abordée dans le paragraphe consacré à l'arithmétique dans K[X].
Conséquence. Si P est non nul de degré n et si λ1 , . . . , λp sont p racines deux à deux distinctes d'ordres de multiplicité
p
respectifs m1 , . . . , mp de P , alors m1 + · · · + mp 6 n, puisque P est divisible par (X − λi )mi (dans le cas particulier
Y
i=1
p = 1, on retrouve que l'ordre de toute racine de P est 6 n). On en déduit alors le résultat :
Soit un polynôme P de degré 6 n admettant p racines distinctes λ1 , . . . , λp respectivement d'ordres de multiplicité
> m1 , . . . , mp tels que m1 + · · · + mp > n + 1 : alors P est le polynôme nul.
de degré n > 1 admettant p racines x1 , . . . , xp deux à deux distinctes de multiplicités respectivement m1 , . . . , mp telles
que m1 + · · · + mp = deg(P ). Alors
p
Y
P = an (X − xk )mk .
k=1
de degré n > 1.
Si on trouve n = deg(P ) racines x1 , . . . , xn deux à deux distinctes de P alors
n
Y
P = an (X − xk )
k=1
k=0
n
Y
P = an (X − xk ).
k=1
On peut développer le produit et regrouper les puissances de X ; on obtient ainsi une expression du type
P = an (X n − σ1 X n−1 + σ2 X n−2 − · · · + (−1)p σp X n−p · · · + (−1)n σn ),
où les n scalaires σ1 , . . . , σp , . . . , σn sont des expressions symétriques en x1 , . . . , xn : on les appelle fonctions symé-
triques élémentaires des racines de P .
Les coecients de P sont donc reliés aux fonctions symétriques élémentaires des racines de P par les formules :
an−p
∀p ∈ [[1, n]], σp = (−1)p
an
Pour tout p ∈ [[1, n]], on vérie que σp est la somme des produits p à p des n racines x1 , . . . , xn :
X
σp = xi1 xi2 . . . xip
16i1 <i2 <···<ip 6n
n
et cette somme contient exactement termes.
p
Les fonctions symétriques élémentaires les plus utilisées en pratique sont
σ1 = x1 + x2 + · · · + xn (somme des racines de P )
et
σn = x1 x2 . . . xn (produit des racines de P )
qui sont données par :
an−1 a0
x1 + x2 + · · · + xn = − et x1 x2 . . . xn = (−1)n
an an
b c
σ1 = x1 + x2 = − et σ2 = x1 x2 = .
a a
a1 a
et σ4 = x1 x2 x3 x4 = 0 .
σ3 = x1 x2 x3 + x1 x2 x4 + x1 x3 x4 + x2 x3 x4 = −
a4 a4
Remarque 1. On peut retrouver rapidement le produit des racines de P en évaluant ce polynôme en 0 :
n
Y
a0 = P (0) = an (−xi ) = (−1)n an x1 . . . xn
i=1
et le coecient de X n−1 est nul (rappel : n > 2 donc 1 6 n − 1 < n) : ω = 0 et le produit s'obtient avec
X
(n>2)
ω∈Un
Remarque 2. Un théorème (hors programme et de démonstration très dicile) arme que toute expression sy-
métrique et polynomiale en n > 1 scalaires α1 , . . . , αn est égale à une expression encore polynomiale en les n
fonctions symétriques élémentaires σ1 , . . . , σn des α1 , . . . , αn .
n
Les expressions symétriques et polynomiales les plus fréquemment utilisées sont les Σp = αkp = α1p + · · · + αnp .
X
k=1
Remarque 3. On peut déterminer tous les n-uplets (α1 , . . . , αn ) ∈ Cn connaissant les valeurs leurs n fonctions
symétriques élémentaires σ1 , . . . , σn .
En eet, on forme le polynôme
P = (X − α1 ) . . . (X − αn ) = X n − σ1 X n−1 + · · · + (−1)n−1 σn−1 X + (−1)n σn
dont on connaît donc les coecients puis on cherche les racines de ce polynôme (si on sait les calculer !) : par unicité
de la décomposition de P à l'ordre près en facteurs irréductibles, et selon les multiplicités éventuelles des racines, on
obtient les n-uplets possibles, qui sont bien solutions puisque, par construction, leurs fonctions symétriques élémentaires
sont les mêmes que celles de α1 , . . . , αn .
Exemple pour n = 2 : si on connaît la valeur s de α + β et la valeur p de αβ , alors (X − α)(X − β) = X 2 − s X + p
et on détermine les racines x1 , x2 de ce trinôme du second degré : par unicité de la décomposition à l'ordre près en
facteurs irréductibles, on obtient :
• deux couples solutions (x1 , x2 ) et (x2 , x1 ) si x1 6= x2 (deux racines simples) ;
• un seul couple solution (x1 , x1 ) si x1 est une racine double.
Exemple pour n = 3 : si on connaît les valeurs de σ1 = α + β + γ , σ2 = αβ + αγ + βγ et de σ3 = αβγ , on dit que
(X − α)(X − β)(X − γ) = X 3 − σ1 X 2 + σ2 X − σ3 et on essaye de calculer les racines x1 , x2 , x3 de ce polynôme de
degré trois : par unicité de la décomposition à l'ordre près en facteurs irréductibles, on obtient :
• six triplets solutions (x1 , x2 , x3 ), (x1 , x3 , x2 ), (x2 , x1 , x3 ), (x3 , x2 , x1 ), (x2 , x3 , x1 ), (x3 , x1 , x2 ) si x1 , x2 , x3 sont deux
à deux distincts (trois racines simples) ;
• trois triplets solutions (x1 , x1 , x2 ), (x1 , x2 , x1 ), (x2 , x1 , x1 ) si x1 racine double et x2 racine simple ;
• un seul triplet solution (x1 , x1 , x1 ) si x1 est une racine triple.
α + β + γ = −2
Exercice. Résoudre α2 + β 2 + γ 2 = 0 d'inconnue (α, β, γ) ∈ C3 .
3
α + β3 + γ3 = 1
Supposons (α, β, γ) solution : σ1 = −2, (α + β + γ)2 = α2 + β 2 + γ 2 + 2(αβ + αγ + βγ) donc 4 = 2σ2 donc σ2 = 2 ;
σ13 = (α + β + γ)3 = (α + β + γ)(α + β + γ)2 = (α + β + γ)(α2 + β 2 + γ 2 ) + 2(α + β + γ)(αβ + αγ + βγ)
Alors
∀(i, j) ∈ [[1, n]]2 , Li (aj ) = δi,j (Kronecker)
n
qui est donné par la formule d'interpolation P =
X
yi Li
i=1
7.2 Exercices
Exercice 1. Soit n ∈ N∗ et (L1 , . . . , Ln ) la famille des polynômes de Lagrange associée à (a1 , . . . , an ) avec a1 , . . . , an
deux à deux distincts dans K.
n
a. Calculer, pour tout k ∈ [[0, n − 1]], aki Li .
X
i=1
n
b. Calculer ani Li .
X
i=1
Exercice 4. Soit P ∈ R[X] tel que, pour tout r ∈ Q, P (r) ∈ Q. Montrer que P ∈ Q[X].
7.3 Preuves des théorèmes
n
X − aj
Soit n ∈ N∗ et n éléments a1 , . . . , an deux à deux distincts dans K et : ∀i ∈ [[1, n]], Li =
Y
a − aj
j=1 i
j6=i
• Soit i ∈ [[1, n]] : par dénition, Li a pour racines les éléments de l'ensemble {ak | k ∈ [[1, n]] − {i}} donc, pour tout
j 6= i, aj est racine de Li i.e. Li (aj ) = 0 = δi,j .
n n
ai − aj
Par dénition, Li (ai ) = 1 = 1n−1 = 1 = δi,i .
Y Y
=
j=1
ai − aj j=1
j6=i j6=i
• Pour tout i ∈ [[1, n]], Li est le produit de n − 1 polynômes de degré 1 chacun donc deg(Li ) = n − 1 donc
Donc (L1 , . . . , Ln ) est une famille de n vecteurs qui sont tous dans Kn−1 [X] avec dim(Kn−1 [X]) = n
n
Montrons que (L1 , . . . , Ln ) est libre : soit α1 , . . . , αn dans K tels que
X
αj Lj = 0.
j=1
n n
Soit i ∈ [[1, n]] : on évalue en ai ce qui donne 0 = αj δi,j = αi .
X X
αj Lj (ai ) =
j=1 j=1
C'est vrai pour tout i ∈ [[1, n]] donc (L1 , . . . , Ln ) est libre.
Donc (L1 , . . . , Ln ) est une famille libre maximale de Kn−1 [X] donc (L1 , . . . , Ln ) est une base de Kn−1 [X].
n
• Soit P ∈ Kn−1 [X]. (L1 , . . . , Ln ) est une base de Kn−1 [X] donc il existe α1 , . . . , αn dans K tels que P =
X
αj Lj .
j=1
n n n
Soit i ∈ [[1, n]] : on évalue en ai ce qui donne P (ai ) = αj δi,j = αi . Donc P =
X X X
αj Lj (ai ) = P (ai ) Li
j=1 j=1 i=1
i=1 n n
X X
P0 (aj ) = yi Li (aj ) = yi δi,j = yj
i=1 i=1
donc P0 convient.
• Unicité. Soit P une solution du problème d'interpolation, i.e. P ∈ Kn−1 [X] et, pour tout i ∈ [[1, n]], P (xi ) = yi . Alors
P a les mêmes coordonnées que P0 dans la base (L1 , . . . , Ln ) de Kn−1 [X], donc P = P0 .
Description des polynômes interpolateurs dans K[X]. On cherche les polynômes P ∈ K[X] (et pas seulement
dans Kn−1 [X]) tels que, pour tout i ∈ [[1, n]], P (xi ) = yi .
n
Rappel : dans Kn−1 [X], il y a une, et une seule, solution : P0 =
X
yi Li.
i=1
Supposons que P est solution.
Soit i dans [[1, n]] : (P − P0 )(xi ) = P (xi ) − P0 (xi ) = yi − yi = 0 donc xi est racine de P − P0 .
n
x1 , . . . , xn sont deux à deux distincts donc B = (X − xi ) divise P − P0 : il existe Q dans K[X] tel que P − P0 = B Q.
Y
i=1
Finalement : P = P0 + B Q.
Réciproquement, pour tout Q ∈ K[X], pour tout i ∈ [[1, n]], (B Q + P0 )(xi ) = P0 (xi ) = yi (par dénition de P0 ) donc
P est bien solution.
7.4 Solutions des exercices
Exercice 1. n n
a. Soit k ∈ [[0, n − 1]] : X k ∈ Kn−1 [X] donc (interpolation) X k = X k (ai )Li donc X k avec,
X X
aki Li =
(06k6n−1)
i=1 i=1
en particulier : L1 + · · · + Ln = 1 n
b. ATTENTION : X n / Kn−1 [X] et ani Li 6= X n (un polynôme de degré 6 n − 1 ne peut pas être égal à X n
X
∈
i=1
qui est de degré égal à n). On remarque par contre que P = X n − (X − a1 )(X − a2 ) . . . (X − an ) est dans Kn−1 [X]
(diérence de polynômes de degré égal à n et de même coecient dominant égal à 1 (polynômes dits unitaires).
On applique la formule d'interpolation à P : P = ni=1 P (ai )Li avec, pour tout i ∈ [[1, n]], P (ai ) = ani − 0 = ani .
P
n
Donc
X
ani Li = X n − (X − a1 )(X − a2 ) . . . (X − an )
i=1
a1 , . . . , an deux à deux distincts dans K et on considère alors la famille (L1 , . . . , Ln ) des polynômes de Lagrange associée.
L = (L1 , . . . , Ln ) est une base de Kn−1 [X] et (interpolation) pour tout j ∈ [[0, n − 1]],
X j = aj1 L1 + aj2 L2 + · · · + ajn Ln .
a1 a11 a21 · · · an−1
0
1
a02 a12 a22 · · · an−1
2
Donc MatL (X 0 , X, . . . , X n−1 ) =
. . . ..
= A avec (X 0 , X, . . . , X n−1 ) est libre (base canonique de
. . .
. .
. .
a0n a1n a2n · · · an−1n
Kn−1 [X]) donc rg(X , X, . . . , X
0 n−1
) = n donc rg(A) = n. Donc A ∈ GLn (K).
Exercice 3. Soit un entier n > 2 et (L1 , . . . , Ln ) la famille des polynômes de Lagrange associée à la famille (1, 2, . . . , n).
a. Soit k ∈ [[1, n]]. Le coecient dominant ak de Lk est le produit des coecients dominants des n − 1 polynômes
n
1 1
dont le produit donne Lk , donc ak = avec
Y
= n
j=1
k−j Y
j 6= k
k−j
j=1
j 6= k
n
Y k−1
Y n
Y k−1
Y n
Y n−k
Y
k−j = (k − j) (k − j) = j (−(j − k)) = (k − 1)! (−j) = (−1)n−k (k − 1)!(n − k)!
j=1 j=1 j=k+1 j=1 j=k+1 j=1
j 6= k
n−k
(−1)
donc ak =
(k − 1)!(n − k)!
b. x1 = 1, . . . , xn = n sont deux à deux distincts dans K = R ou C. Par théorème d'interpolation, avec (y1 , . . . , yn ) =
(1n−1 , 2n−1 , . . . , nn−1 ) ∈ Kn , il existe un, et un seul, P ∈ Kn−1 [X] tel que, pour tout k ∈ [[1, n]], P (k) = k n−1 .
c. On remarque que X n−1 vérie : X n−1 ∈ Kn−1 [X] et, pour tout k ∈ [[1, n]], X n−1 (k) = kn−1 . Donc, par unicité :
n n
k n−1 Lk = X n−1 (?). La coordonnée suivant X n−1 de k n−1 Lk est la somme des coordonnées suivant X n−1
X X
k=1 k=1
des n polynômes kn−1 Lk pour k variant de 1 à n ce qui donne, puisque cette coordonnée vaut 1 d'après (?), et
avec la notation du a :
n n n n
(−1)n−k (−1)n−k 1 X n n!
.
X X X
1= k n−1 ak = k n−1 = kn = k (−1)n−k
(k − 1)!(n − k)! k(k − 1)!(n − k)! n! k!(n − k)!
k=1 k=1 k=1 k=1
n n n
1 X n n−k n n n
Donc 1 = et k = n! donc (−1)n−k k n = n! (0n = 0 car n > 1).
X X
n−k n
k (−1) (−1)
n! k k k
k=1 k=1 k=0
Exercice 4. Soit P ∈ R[X] tel que, pour tout r ∈ Q, P (r) ∈ Q : il existe n ∈ N tel n > deg(P ) ; ainsi, P ∈ Rn [X].
n
Les n + 1 réels 0, 1, . . . , n sont deux à deux distincts donc P = P (k) Lk avec (L0 , L1 , . . . , Ln ) la base de Lagrange
X
k=0
de Rn [X] associée à la famille (0, 1, . . . , n).
n
X −j
Soit k ∈ [[0, n]] : k ∈ N ⊂ Q donc, par hypothèse, P (k) ∈ Q ; Lk = donc (produit de polynômes à coecients
Y
j=0
k−j
j 6= k
dans Q) Lk ∈ Q[X]. Donc P ∈ Q[X].
8 Calculs polynomiaux dans une K-algèbre
8.1 Dénitions et premières propriétés
8.2 Polynômes annulateur
8.3 Etude d'un exemple
2 1 1
Soit A = 1 2 1.
1 1 2
Trouver un polynôme annulateur unitaire de degré égal à 2 de A.
Soit n ∈ N. Calculer An .
Montrer que A est inversible et calculer A−1 .
Déterminer les valeurs propres de A et donner une base des sous-espaces propres de A.