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Le courant behavioriste (approche comportementale)
1.1. Définition générale et position épistémologique
Le courant behavioriste constitue l’un des fondements historiques majeurs des
sciences du langage et de la rééducation orthophonique. Il repose sur une
conception empiriste et positiviste du comportement humain, selon laquelle
seuls les comportements observables, mesurables et quantifiables peuvent faire
l’objet d’une étude scientifique rigoureuse.
Dans cette perspective, le langage est considéré comme un ensemble de
comportements verbaux appris, résultant des interactions entre l’individu et son
environnement. Les processus mentaux internes ne sont pas niés, mais ils ne
constituent pas l’objet central de l’analyse thérapeutique.
1.2. Origines historiques et théoriques
Le behaviorisme s’est développé au début du XXᵉ siècle avec les travaux de :
J. B. Watson (1913), qui pose les bases du behaviorisme en psychologie.
I. Pavlov, à travers le conditionnement classique.
B. F. Skinner, figure centrale pour l’application du behaviorisme au langage.
L’ouvrage majeur de Skinner, Verbal Behavior (1957), constitue une référence
incontournable. Skinner y propose une analyse fonctionnelle du langage, non
pas en termes de grammaire ou de cognition, mais en termes de fonctions
comportementales dépendantes des contingences environnementales.
1.3. Le concept de comportement verbal selon Skinner
Skinner définit le comportement verbal comme un comportement :
médiatisé par autrui,
maintenu par des conséquences sociales,
soumis aux lois générales du conditionnement opérant.
Il distingue plusieurs opérants verbaux, parmi lesquels :
Mand : production verbale visant à obtenir un objet ou une action (demande).
Tact : désignation d’objets, d’actions ou d’événements présents.
Échoïque : répétition d’un stimulus verbal entendu.
Intraverbal : réponse verbale déclenchée par un autre énoncé verbal (ex.
questions-réponses).
Cette classification a profondément influencé les pratiques orthophoniques
structurées, notamment dans les troubles sévères du langage.
1.4. Postulats fondamentaux du courant behavioriste
Les principaux postulats sont :
Le langage s’acquiert par apprentissage progressif.
La fréquence d’un comportement augmente s’il est suivi d’un renforcement.
L’absence de renforcement ou la punition entraîne une diminution du
comportement.
L’apprentissage est contextuel et dépend des contingences environnementales.
1.5. Application du behaviorisme en orthophonie
En orthophonie, l’approche behavioriste a été largement utilisée à partir des
années 1960–1970, notamment pour :
les retards sévères de langage oral,
les troubles du spectre de l’autisme,
certaines formes d’aphasie dans une logique de réapprentissage.
Les programmes sont caractérisés par :
une forte structuration des séances,
une hiérarchisation précise des objectifs,
une progression graduée des compétences langagières.
1.6. Modalités d’évaluation
L’évaluation behavioriste repose sur une analyse fonctionnelle du comportement
verbal.
Elle comprend :
l’identification des comportements présents et absents,
la description des stimuli déclencheurs,
l’analyse des conséquences renforçantes,
la mesure quantitative des performances (taux de réussite, fréquence, latence).
Cette évaluation sert de base à l’élaboration d’objectifs thérapeutiques précis et
mesurables.
1.7. Principes et techniques d’intervention
Principes généraux
Renforcement positif systématique.
Façonnement des réponses verbales.
Répétition et entraînement intensif.
Contrôle strict des variables environnementales.
Techniques couramment utilisées
Discrete Trial Training (DTT).
Apprentissage par imitation.
Chaînage (avant ou arrière).
Estompage progressif des aides.
Ces techniques visent l’installation rapide de comportements verbaux
fonctionnels.
1.8. Illustration clinique (exemple)
Chez un enfant présentant un retard sévère du langage, l’intervention peut
débuter par l’enseignement des mands (demandes fonctionnelles), avant
d’introduire les tacts et intraverbaux, afin de construire progressivement un
répertoire verbal utilisable au quotidien.
1.9. Apports et limites du courant behavioriste
Apports
Grande rigueur méthodologique.
Objectifs clairement définis et mesurables.
Efficacité démontrée pour l’acquisition de comportements langagiers
élémentaires.
Limites
Risque de langage peu spontané ou stéréotypé.
Faible prise en compte des processus cognitifs internes.
Généralisation parfois limitée hors du contexte thérapeutique.
1.10. Évolution et intégration actuelle
Dans les pratiques contemporaines, le behaviorisme n’est plus utilisé comme
modèle exclusif. Il est intégré dans des approches éclectiques, combinant
dimensions comportementales, cognitives et pragmatiques afin de répondre à la
complexité du langage humain.
1.11. Références scientifiques essentielles
Skinner, B. F. (1957). Verbal Behavior. New York: Appleton-Century-Crofts.
Watson, J. B. (1913). Psychology as the behaviorist views it. Psychological
Review.
Pavlov, I. P. (1927). Conditioned Reflexes. Oxford University Press.
Cooper, J. O., Heron, T. E., & Heward, W. L. (2007). Applied Behavior
Analysis. Pearson.
Sundberg, M. L., & Partington, J. W. (1998). Teaching Language to Children
with Autism or Other Developmental Disabilities. AVB Press.
1.12. Questions de réflexion pour les étudiants
En quoi l’approche behavioriste diffère-t-elle des approches cognitives du
langage ?
Dans quels types de troubles du langage cette approche est-elle la plus pertinente
?
Pourquoi une intégration avec d’autres courants est-elle aujourd’hui
privilégiée ?