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Barrages électrifiés en Algérie (1956-1962)

la guerre d'Algerie part4

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Barrages électrifiés en Algérie (1956-1962)

la guerre d'Algerie part4

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À l'origine, il n'est pas question d'établir un barrage continu,

mais simplement d'affecter des détachements très mobiles à la


surveillance des points de passage habituels de l'ALN. Mais
cette tactique trouve rapidement ses limites et, en 1956, un
réseau de barbelés de 4 m de large est établi sur la frontière
marocaine. On s'aperçoit alors qu'il est impossible d'empêcher
les combattants de l'ALN de passer sans tirer sur eux alors
qu'ils n'ont pas encore franchi la frontière, eux-mêmes ne se
gênant pas pour ouvrir le feu contre les troupes françaises
depuis le territoire marocain.
Pour éviter la multiplication des incidents, le barrage est reporté
de quelques kilomètres à l'intérieur. En même temps que l'on
isole la frontière, on assure une meilleure protection de la voie
ferrée Oran-Méchria, Aïn Sefra-Colomb Béchar, qui est l'objet
de nombreux sabotages.
Le barrage lui-même est renforcé par de nombreux postes de
surveillance fortifiés. Des mines ancrées au sol par des plaques
de béton sont mises en place. Il est impossible à l'adversaire de
les relever pour les réutiliser comme l'avait fait le Việt
Minh pendant la guerre d'Indochine.
Dans la région de Maghnia à la frontière marocaine, un officier
du génie, le colonel Durr, expérimente un barrage électrifié sur
une dizaine de kilomètres. Le résultat est si concluant que ce
type d'obstacle va devenir la norme. On aura donc un réseau
trapézoïdal de barbelés à l'intérieur duquel passe un courant
électrique de 2 500 volts. En arrière de ce premier obstacle,
une seconde ligne électrifiée à 5 000 volts précède un fouillis
de barbelés, lui-même suivi d'un champ de mines et de piquets
métalliques « tapis de fakir ». C'est du moins ce qu'on montre
aux journalistes car, en 1956, le barrage est loin d'être terminé,
il faudra attendre le 15 septembre 1957 pour que les 900 km de
la frontière ouest soient efficacement protégés155.
[ ]

À l'est, la défense a longtemps reposé sur les groupes


d'intervention de l'Armée de terre, mais le développement de
l'activité de l'ALN en Tunisie va bientôt imposer la construction
d'un barrage similaire. La Tunisie est en effet dans une situation
géographique encore plus favorable que le Maroc, puisque les
armes que l'ALN achète à l'étranger transitent librement par
la Libye. Comme à l'ouest, le barrage permettra de protéger la
voie ferrée Bône-Tébessa-Negrine.

Patrouille française156 à Orléansville (chlef) en


[ ]

1957.
Par une directive du 26 juin 1957, André Morice, ministre de la
Défense, accorde la priorité à ce barrage en y affectant crédits
et effectifs, d'importants moyens de génie venus de métropole.
Le barrage électrifié jusqu'à Tébessa doit être impérativement
terminé en octobre 1957 puis, le 14, la décision est prise de le
prolonger jusqu'à Negrine, d'abord par un réseau non électrifié
mais couplé avec une surveillance par canons assistés de
radars, ce que le terrain plat et dégagé au sud rend possible.
Commencée en août 1957, la « Ligne Morice » à la frontière
algéro-tunisienne, formée de 2 haies centrales de 2,40 m de
hauteur en haute tension de 5 000 volts, sera déclarée
opérationnelle le 15 septembre 1957, en même temps que la
ligne Pedron, nom qui a été donné au barrage ouest à
la frontière marocaine. Il ne s'agit pas d'un obstacle
infranchissable, mais les militaires l'apprécient car il représente
pour eux une alarme signalant et localisant un franchissement.
Les troupes interviennent alors avec éventuellement l'appui des
blindés et de l'aviation. En arrière de la piste technique
permettant aux électromécaniciens d'entretenir et de réparer la
haie électrifiée, court une piste tactique destinée à la circulation
rapide des blindés de surveillance. Les hommes surnommeront
rapidement ce dispositif la « herse ». Et comme l'importance de
la ligne Morice est vitale, un second barrage est établi à partir
de la fin 1958; il renforce la « ligne Morice » en avant de
laquelle il est installé155.
[ ]

Champs de mines des barrages électrifiés


De 1958 à 1962, pour une longueur totale de 1 200 km plus de
3 300 000 mines sont posées sur les barrages orientaux
(« ligne Morice » à la frontière algéro-tunisienne) soit plus du
double que pour le barrage occidental. Le total cumulé pour la
guerre d'Algérie, selon le colonel Jacques Vernet, est de
6 200 000 mines (antipersonnel, 400 000 « mines
bondissantes » et 230 000 « mines éclairantes »). Résultat :
l'ALN perd 3 000 hommes sur le barrage Est et 600 sur le
barrage Ouest, les troupes françaises déplorent 146 et 109
tués, Le barrage, ce sont donc aussi ces débris humains et
animaux, projetés par l'explosion de mines sur les barbelés157.[ ]

Sur les hauteurs d'Alger, le monument mémorial des


Martyrs propose depuis le 1er novembre 1984, dans une salle
consacrée aux « lignes Challe et Morice », un échantillonnage
de tous ces engins sournois. Les mines qui se confondent avec
le sol lessivées par les pluies, entraînées par les glissements
de terrain, continuent de frapper hommes et bêtes sur les
frontières occidentale et orientale de l'Algérie après
l'indépendance.
En novembre 2007, lors de sa visite d'État en Algérie, le
président Nicolas Sarkozy offre à son homologue algérien les
plans des zones minées sur les barrages Est-Ouest.
Assassinat d'Abane Ramdane, premier crime politique
entre dirigeants FLN (décembre 1957)
Fin février 1957, laminé lors de la bataille d'Alger, le Front de
libération nationale (FLN) connaît une passe difficile. Pour Krim
Belkacem, le dernier de ses fondateurs encore vivant, il en va
même de la survie de l'organisation. L'« historique » sonne
donc le ralliement des chefs de l'Armée de libération nationale
(ALN) contre les « politiques », rangés derrière Ramdane
Abane, étoile montante de la révolution. Une coalition
hétéroclite se forme autour de Krim Belkacem dont Lakhdar
Bentobal et Abdelhafid Boussouf, habitué des pratiques
policières qui sèment la terreur dans la population immigrée
comme parmi les combattants158. Fort du principe de la
[ ]

prééminence du politique sur le militaire, Abane dénonce


brutalement Boussouf une fois de plus lors de la réunion
du Comité de coordination et d'exécution (CCE) en juillet 1957.
C'est une fois de trop aux yeux de certains de ses opposants.
La session du Conseil national de la révolution algérienne
(CNRA) d'août 1957 voit le triomphe de Krim Belkacem et la
première résolution adoptée stipule : « Il n'y a pas de primauté
du politique sur le militaire ni de différence entre l'intérieur et
l'extérieur ». Désormais, la militarisation du FLN est totale : il
n'aura aucune existence propre en dehors de l'ALN. Ainsi, note
l'historien Mohammed Harbi, commence l'ère des seigneurs de
la guerre. « À la direction, écrit-il, il n'y a plus de tendances
politiques, mais des clans. Les liens d'intérêts personnels
prennent la place des affinités politiques. Personne n'a de
stratégie cohérente pour le présent et pour l'avenir. Le
problème est de durer. Chacun se méfie de chacun et se
préoccupe surtout de réagir à toute initiative pour pouvoir
éventuellement la neutraliser. »158,159. [ ] [ ]

Vaincu, Ramdane Abane continue de gêner, car il s'obstine à


dénoncer les dangers que font courir les « féodaux » à la
révolution, menaçant de retourner bientôt dans le maquis pour
reprendre en main la résistance intérieure. Le 27 décembre
1957, ses adversaires, avec à leur tête Abdelhafid Boussouf,
l'attirent dans un guet-apens au Maroc et l'étranglent avec un fil
de fer dans une ferme près de Oujda. Maquillé par ses
responsables en glorieuse mort au combat, cet assassinat
inaugure une florissante tradition de meurtres entre dirigeants
après l'indépendance160,159.
[ ] [ ]
L'ALN malade de la « bleuite » (1958)
Article détaillé : Bleuite.

La « bleuite », appelée parfois le « complot bleu », est une


opération d'infiltration et d'intoxication à grande échelle, montée
par le SDECE (services secrets français) à partir de 1957. Cette
opération consista à dresser des listes de
prétendus collaborateurs algériens de l'armée française et à les
faire parvenir jusqu’aux chefs de l’Armée de libération
nationale (ALN), le bras armé du FLN, pour y susciter
des purges internes.

Les renseignements recueillis par le GRE grâce aux


techniques de la bleuite ont conduit le parachutiste capitaine Léger a localiser la cache d’Ali
la Pointe au 5, rue des Abderames dans la Casbah d’Alger, Ali la Pointe et ses compagnons
refusent de se rendre, cernés par les commandos parachutistes de la 10e D.P, le
général Jacques Massu ordonne à ses paras de dynamiter la cache, le 9 octobre 1957, ce fait
d’armes marqua la fin de la bataille d’Alger.
Fin 1957, après la bataille d'Alger, le FLN de la capitale est
exsangue, et ses chefs morts ou en prison. Le colonel
Amirouche le chef ALN de la wilaya III en Kabylie, entre en
contact avec le dernier survivant des militants FLN de la Zone
autonome d'Alger, Ghandriche, dit Safy « le Pur ». Il le charge
de reconstituer son réseau aux côtés de deux autres hommes,
Rani Mohamed à Alger et Kamal dans le maquis. Mais Safy et
Hani sont des « retournés », de l'équipe des « bleus de
chauffe » manipulés par un officier parachutiste Paul-Alain
Léger des services du Groupe de renseignements et
d'exploitation une branche du SDECE auprès de l'état-major
Alger-Sahel qui a joué un grand rôle dans le démantèlement de
la Zone autonome d'Alger durant la bataille d'Alger161. [ ]

Cette opération d'intoxication entraînera d'importantes pertes


humaines parmi les katibas des wilaya III et wilaya IV en
particulier162. Ahcène Mahiouz, chef de la zone 1 de la wilaya III
[ ]

et adjoint du colonel Amirouche, s'étant fait ainsi intoxiquer, voit


des traîtres et des espions partout (notamment les jeunes
intellectuels, étudiants, médecins qui avaient rejoint le maquis)
et fait torturer et liquider des centaines d'hommes et de
femmes. Il réussit à convaincre le colonel Amirouche que la
trahison règne partout et qu'il faut épurer massivement, ce
dernier écrit aux chefs des autres wilayas, le 3 août 1958 pour
les avertir163,164.
[ ] [ ]

La « bleuite » fera plusieurs milliers de victimes. Des katibas de


l’Armée de libération nationale (ALN) en sortent très affaiblies et
hors d'état d'entreprendre des opérations pendant de longs
mois. Quelques voix, telle celle de Mohand Oulhadj, futur chef
de la wilaya III, essayèrent de faire entendre raison au
colonel Amirouche Aït Hamouda. Les estimations des pertes
sont de 3 000 personnes dans la wilaya III (Kabylie), 2 000 en
wilaya I (Aurès), 1 500 en wilaya IV (Algérois) et 500 en wilaya
V (Oranais)164. Une conséquence plus lointaine des purges
[ ]

menées dans les différentes wilayas sera la perte de ces jeunes


intellectuels pour l'Algérie indépendante164. [ ]

Décimés et découragés, les maquis de l'ALN ne purent


qu’attendre le coup de grâce. Il leur fut donné, lorsque le
commandement français décida de déclencher les grandes
opérations prévues par le plan Challe.
Bataille des frontières (21 janvier au 28 mai 1958)
Article détaillé : Bataille des Frontières (guerre d'Algérie).

À partir de janvier 1958, l'Armée de libération nationale (ALN)


trop éprouvée par le choc frontal avec les barrages électrifiés
de la Ligne Morice et les unités parachutistes de l'armée
française cherche par tous les moyens à faire rentrer en Algérie
le maximum possible d'unités de combat et des armes
destinées aux chefs de l'ALN qui commandent les combats
contre l’armée française à l'intérieur du pays. Confrontée à une
situation toujours plus délicate, l'armée française cherche des
parades efficaces aux infiltrations de la frontière algéro-
tunisienne plus nombreuses depuis l'indépendance de la
Tunisie en 1956. En automne 1957, plus de 2 000 armes par
mois passent la frontière et sont distribuées dans les willayas I,
II et III. Le gouvernement français exerce de fortes pressions
sur la Tunisie, la menaçant même de représailles si les
franchissements continuent. En vain. La solution ne peut être
que militaire. La mission principale des forces françaises
devient l'interception et la destruction des bandes armées qui
traversent le barrage de la ligne Morice, s'étendant sur 460
kilomètres de la Méditerranée aux confins sahariens165. [ ]

Conscients du danger d'asphyxie que représente pour eux le


barrage électrifié et miné de la « ligne Morice » aux frontières,
particulièrement celui qui les isole de la Tunisie, les chefs de
l'ALN s'efforcent de trouver la parade. Dès la fin de l'année
1957, ils ont multiplié les sabotages de la haie électrifiée,
creusé des tunnels pour passer sous l'obstacle et tenté de
déborder le barrage par le sud.
La bataille des Frontières, qui débute en janvier 1958 et dure
jusqu'en mai, porte un coup fatal aux katibas de l'ALN. Cette
défaite débouche sur une crise politique sans précédent au sein
du FLN. Cette bataille, la plus grande de toute la guerre
d'Algérie, marque un tournant en faveur de l'armée française.
Les pertes françaises sont élevées : 273 tués et 800 blessés.
Celles de l'ALN sont encore plus lourdes : près de
4 000 morts, 590 prisonniers. Une énorme quantité d'armes
individuelles et collectives a été saisie. Surtout, l'Algérie est
hermétiquement « encagée ». Ayant perdu la bataille des
frontières, l'Armée de libération nationale (ALN) ne peut plus
être ravitaillée de l'extérieur. Militairement, la France a
pratiquement gagné la bataille des frontières166. [ ]

Putsch d'Alger et Comité de salut public (mai 1958)


Articles détaillés : Crise de mai 1958, Putsch d'Alger, Comité de salut
public et Gouvernement de salut public.
À la suite du départ de Félix Gaillard qui laisse vacant le poste
de chef du gouvernement, une grave crise ministérielle
s'installe le 15 avril. L'armée prend alors le pouvoir le 13 mai
1958, à Alger.
À 18 heures, Pierre Lagaillarde, leader étudiant de la rébellion
contre la république française et commandant de réserve, lance
ses miliciens du Groupe des 7 à l'assaut de l'immeuble
du Gouvernement Général d'Alger, symbole de l'autorité
nationale et de la République française. À 18 h 30 le « GG »
présidé par le gouverneur Lacoste (SFIO) tombe aux mains des
rebelles. À Paris, en réaction au « putsch d'Alger »,
le Gouvernement Pierre Pflimlin (MRP) est créé, il durera
jusqu'au 28 mai 1958. L'image de la France dans le monde, et
plus particulièrement en Europe occidentale est fortement
dégradée.
Pendant ce temps à Alger, le général Massu, commandant
la 10e division parachutiste de la bataille d'Alger, prend la tête
du comité de Salut public et fait savoir au président René
Coty de l'Union républicaine (UR) qu'il attend la formation d'un
« gouvernement de Salut public ».
Le 16 mai, des manifestations de « fraternisation » entre
Européens et musulmans ont lieu sur la place du Forum à
Alger. À propos de ces événements, le Président du Conseil de
Gaulle déclare lors de son premier voyage en Algérie, le 6 juin
1958 à Mostaganem, département d'Oran :
« Il est parti de cette terre magnifique d'Algérie un
mouvement exemplaire de rénovation et de fraternité.
Il s'est élevé de cette terre éprouvée et meurtrie un
souffle admirable qui, par-dessus la mer, est venu
passer sur la France entière pour lui rappeler quelle
était sa vocation ici et ailleurs… Il n'y a plus ici, je le
proclame en son nom et je vous en donne ma parole,
que des Français à part entière, des compatriotes,
des concitoyens, des frères qui marchent désormais
dans la vie en se tenant par la main »
— Discours de Mostaganem, 6 juin 1958
Le 1er juin, à la suite de l'Opération
Résurrection en Corse qui annonce l'imminence d'un putsch
à Paris, le président annonce qu'il fait appel au « plus illustre
des Français », le général de Gaulle. Celui-ci forme un
gouvernement et dans la foulée annonce la création
d'une nouvelle constitution. C'est la fin de la Quatrième
République.
De Gaulle et la conduite des affaires algériennes (1958-
1962)
Article détaillé : Je vous ai compris.
Retour aux affaires et Ve République (septembre 1958-1959)
Articles détaillés : Vive l'Algérie française !, Référendum du 28 septembre
1958, Constitution de 1958, Bataille des Frontières (guerre d'Algérie) et Paix des
Braves (guerre d'Algérie).

Proposé sous la présidence de la République de René


Coty et le gouvernement dirigé par Charles de Gaulle,
le Référendum du 28 septembre 1958 demandait aux
Français de ratifier le texte de la nouvelle Constitution qui
posait les fondements de la Cinquième République.
Confortée par plus des quatre cinquièmes des voix, la
Constitution fut promulguée le 4 octobre 1958 et
la Ve République proclamée le jour suivant. Dans
les colonies françaises, le référendum vise également à la
création de la Communauté française.
Concernant la signification du référendum en Algérie, le
général de Gaulle déclare le 30 août 1958 :
« Par leur vote, les habitants de l’Algérie vont fournir
une réponse à la question de leur propre destin. Les
bulletins qu’ils mettront dans l’urne auront, sur un point
capital, une claire signification. Pour chacun, répondre
« oui » dans les circonstances présentes, cela voudra
dire, tout au moins, que l’on veut se comporter comme
un Français à part entière et que l’on croit que
l’évolution nécessaire de l’Algérie doit s’accomplir dans
le cadre français167 » [ ]

96 % des Algériens, Européens et musulmans, soit 75 % des


4 412 171 électeurs inscrits, disent « oui » à la nouvelle
Constitution malgré les appels en faveur du boycottage lancé
par le FLN. Il s'agit du premier scrutin auquel les femmes
algériennes participent168,169. Après les résultats du
[ ] [ ]

référendum en Algérie, de Gaulle déclare le 3


octobre à Constantine :
« Trois millions et demi d'hommes et de femmes
d'Algérie, sans distinction de communauté et dans
l'égalité totale, sont venus des villages de toutes les
régions et des quartiers de toutes les villes apporter à la
France et à moi-même le bulletin de leur confiance. Ils
l'ont fait tout simplement sans que quiconque les y
contraigne et en dépit des menaces que des fanatiques
font peser sur eux, sur leurs familles et sur leurs biens.
Il y a là un fait aussi clair que l'éclatante lumière du ciel.
Et ce fait est capital […] pour cette raison qu'il engage
l'une envers l'autre et pour toujours l'Algérie et la
France170. »
[ ]

Il annonce également un vaste plan d'investissement en


Algérie, le Plan de Constantine, laissant entendre un
engagement durable de la France en Algérie. Cependant la
toute nouvelle constitution prévoit dans son article 53 qu'une
partie du territoire français puisse être cédée avec l'accord
des populations concernées en vertu d'une simple loi171. [ ]

Le 16 septembre 1959, De Gaulle ouvre dans un discours la


voie à l'autodétermination. Il annonce que l'ensemble des
Algériens auront à se prononcer sur leur avenir. Trois options
se dessinent172 :[ ]

 ou bien la sécession conduisant de fait à l'indépendance ;


 ou bien la francisation conduisant, en raison de l'égalité
des droits, à un unique État de Dunkerque à
Tamanrasset ;
 ou bien un gouvernement autonome en Algérie, en
association avec la France qui garderait ses prérogatives
sur l'économie, l'enseignement, la défense et les affaires
étrangères.
De Gaulle ne cache pas son hostilité aux deux premières
solutions. Selon lui, la première risque de conduire à la
misère et à une dictature communiste. En ce qui concerne la
seconde, il avait expliqué à Alain Peyrefitte, en mars
1959 : « […] Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous
les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas, vous
voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui
prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils
sont très intelligents. Essayez d'intégrer de l'huile et du
vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se
séparent de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les
Français sont des Français. Vous croyez que le corps
français peut absorber 10 millions de musulmans qui demain
seront 20 millions, et après demain 40 ? Si nous faisons
l'intégration, si tous les Arabes et Berbères d'Algérie étaient
considérés comme Français, comment les empêcherait-on
de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y
est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus
Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-
Mosquées ! […] »173.
[ ]

La possibilité d'une sécession, ouverte par ce discours du 16


septembre et l'utilisation du suffrage universel, inquiète les
partisans de l'Algérie française.
Extension de la guerre à la métropole (août 1958) et
guerre civile FLN - MNA
En août 1958, les Français de la métropole découvrent que
la guerre a franchi la Méditerranée. Dans la nuit du 26, une
quinzaine d'attentats ont été commis dans plusieurs régions
ayant pour cibles sites militaires, postes de police, voies
ferrées, dépôts d'essence et raffineries. Les attentats du
mois d'août font 17 morts parmi les policiers, 6 parmi les
militaires116.
[ ]
Ces attentats ont pour but de démontrer à l'opinion publique
française que le FLN est toujours actif. Néanmoins,
l'essentiel de l'effort militaire de l'organisation algérienne se
porte contre le Mouvement national algérien (MNA)
beaucoup mieux implanté en France. Cette guerre civile
entre les deux organisations indépendantistes sera
extrêmement sanglante. Elle est à l'origine de 4 300 morts
dont 4 055 morts Algériens pour seulement 152
victimes civiles françaises, 16 militaires, 53 policiers et 24
supplétifs musulmans116,174,175.
[ ] [ ] [ ]

La Fédération de France du FLN est ainsi parvenue à


prendre le contrôle de la communauté algérienne établie en
France et des importantes collectes de fonds venant de la
métropole en éliminant les partisans de Messali Hadj.
Mort du colonel Amirouche lors de la bataille de Djebel
Tsameur (mars 1959)

Carte de la bataille de Djebel Tsameur au sud


de Boussada, le colonel Amirouche y trouvera la mort en mars 1959.
Le colonel Amirouche qui voulait se présenter à Tunis pour
rencontrer le Gouvernement provisoire de la République
algérienne (GPRA), le 6 mars 1959, se met en route
accompagné par 40 combattants. Son itinéraire fut
vraisemblablement communiqué au commandement français
par un opérateur radio du MLAG aux ordres d'Abdelhafid
Boussouf, qui désirait se débarrasser de deux
« contestataires » trop encombrants176. [ ]
Pris dans une embuscade, le groupe se fait encercler par
des éléments importants de l'armée française. Après un
combat, violent et inégal, on dénombre cinq prisonniers et
trente-cinq tués Algériens. Parmi les cadavres, le colonel
Amirouche et Si El Haouès.
Plan Challe (1959-1961)
Article détaillé : Plan Challe.

Jusqu'à la fin de 1958, l'initiative appartient aux maquisards


de l'Armée de Libération Nationale (ALN). Le
général Challe nommé en décembre commandant en chef
des forces armées en Algérie, est chargé d'inverser la
tendance. Avec ses collaborateurs il présente le plan qui
portera son nom. Il doit permettre aux Français de profiter à
plein de l'avantage que leur donne la puissance de leur
armée, supérieurement équipée et ravitaillée, et composée
de 475 000 hommes contre 50 000 maquisards dans l'ALN.
Même s'il apparaît essentiellement comme un homme d'état-
major, le général Challe va très vite donner confiance aux
cadres de l'armée qui ont longtemps eu l'impression de
manquer de perspectives d'ensemble177. [ ]

Jusque-là, l'armée française privilégiait le « quadrillage » :


des unités fixes étaient chargées de tenir les points sensibles
du pays. Tandis que les unités mobiles de « réserve
générale » comprenant en particulier les régiments
parachutistes se trouvaient trop souvent réduites à des
missions ponctuelles. Le « plan Challe » consiste à dégager
le maximum de ces troupes de réserve et à les engager de
manière systématique, en concentrant successivement leurs
efforts sur une série de zones données. Le but est d'affaiblir
et de désorganiser les unes après les autres les unités de
l'ALN. Elles seront en effet incapables de se reconstituer
puisque, depuis 1958, des barrages électrifiés solidement
gardés verrouillent l'accès aux frontières marocaine et
tunisienne, et la Marine assure une surveillance à peu près
totale des côtes. Cette phase de démantèlement achevée,
les troupes de quadrillage seront ensuite assez fortes pour
affronter seules ce qui subsistera des groupes armés, au
moyen de petites unités légères et mobiles, les
« commandos de chasse ».
La mise en œuvre du plan repose sur deux éléments
essentiels : le renseignement et la mobilité des troupes. Le
renseignement est placé sous la responsabilité du CCI
(centre de coordination interarmées), représenté, aux
échelons régionaux, par les DOP (Dispositif opérationnel de
protection), qui travaillent avec les officiers de
renseignements (OR) des unités. Les informations obtenues
lors des interrogatoires de prisonniers permettent d'étudier
minutieusement les zones de déplacement et de refuge des
unités de l'ALN. Les troupes d'intervention seront alors
envoyées dans les délais les plus rapides, notamment
par hélicoptère. Tandis que les « commandos de chasse »
constitués par les harkis - Algériens musulmans engagés
aux côtés de l'armée française régulière - pourront traquer
l'adversaire dans les terrains les plus difficiles.
Le général Challe compte beaucoup sur ces supplétifs,
volontaires pour un service court de six ou douze mois
renouvelables. « Nous ne pacifierons pas l'Algérie sans les
Algériens », écrit-il en 1959. En plus des 60 000 harkis
(chiffre de 1960), il veut parler des 20 000 moghaznis et des
9 000 hommes des Groupes mobiles de sécurité (GMS),
nouveau nom des GMPR (groupes mobiles de protection
rurale). Ou encore des petites milices dites « groupes
d'autodéfense » (GAD), organisées, plus ou moins
spontanément, dans des villages hostiles aux combattants
de l'ALN. Leur effectif se monterait à une soixantaine de
milliers d'hommes, dont une trentaine de milliers armés par
la France.
Les soldats français vont chercher les maquisards de l'ALN
sur leur terrain. Entre février 1959 et septembre 1960, les
opérations militaires prévues par le « plan Challe » balaient
le nord de l'Algérie d'Ouest en Est. Du plus facile, l'Oranais,
au plus difficile, le Nord Constantinois, largement dominé par
l'ALN. Après le départ de Challe en avril 1960, le
général Crépin prend le relais et complète le dispositif avec
les opérations « Cigale », « Prométhée », « Flammèches »
et « Trident » qui s'étalent jusqu'en avril 1961. Les chefs de
l'armée française créent des zones interdites qu'ils vident de
leur population. Ils veulent ainsi isoler les combattants de
l'ALN des civils qui les nourrissent, les soignent et les
cachent. Les habitants sont regroupés dans des villages près
des postes militaires. En 1960, plus de deux millions de
personnes sont concernées. Pauvreté accrue, perte des
valeurs, les conséquences humaines, économiques et
sociales sont dramatiques pour ces civils coupés de leurs
terres.
Les opérations du « plan Challe »
Que ce soit par la route, par les airs ou encore par voie
maritime vingt-cinq mille hommes viennent renforcer les
quinze mille militaires du « plan Challe ». Il commence par
la wilaya V, la plus avancée dans la voie de la pacification,
du 6 février au 6 avril 1959, puis il continue en wilaya IV par
l'opération « Courroie », couronne montagneuse de
l'Algérois et Ouarsenis, du 18 avril au 19 juin, et, avec une
moindre intensité, dans le Sud Département d'Oranais, du 15
mai au 15 octobre. Pour éviter un repli vers l'est des
unités kabyles, l'opération « Étincelle » traite les monts du
Hodna, reliant la wilaya III à la wilaya I, du 8 au 20 juillet,
puis l'opération « Jumelles » s'appesantit sur la wilaya III,
du 22 juillet 1959 à la fin de mars 1960. Peu après, les
opérations « Pierres précieuses » (« Rubis », « Saphir »,
« Turquoise », « Émeraude » et « Topaze ») s'abattent sur
la wilaya II, entre le 6 septembre et le 9 novembre 1959,
jusqu'en avril 1960; puis une deuxième série d'opérations
« Pierres précieuses » revient sur les mêmes régions
pendant plusieurs mois, jusqu'en septembre 1960177.[ ]

Après le départ du général Challe en avril, son successeur,


le général Crépin, revient encore sur l'Ouarsenis (« Cigale »,
du 24 juillet au 24 septembre 1960) et sur l'Atlas
saharien (opération « Prométhée », d'avril à novembre
1960), mais il porte son principal effort sur la wilaya I :
opération « Flammèches » dans les monts du Hodna, du 21
au 31 mai, puis opération « Trident » d'octobre
1960 jusqu'en avril 1961. Dans toutes ces régions, les
commandos de chasse prennent la relève des réserves
générales. En même temps, l'armée continue à démanteler
par tous les moyens l'OPA qui encadre la population. C'est la
tâche des officiers de renseignement et d'organismes
spécialisés en marge de la hiérarchie militaire ordinaire :
les DOP créés en 1957 dans le cadre du Centre de
coordination interarmées (CCI), et les centres de
renseignement d'action (CRA), créés en 1959.
Victoire militaire et défaite politique ?
Le « plan Challe » a permis à l'armée française de reprendre
assez largement l'initiative des opérations. Il a infligé à
l'Armée de libération nationale (ALN) de grosses pertes,
sans doute la moitié de son potentiel estimé, soit
25 000 hommes. Leur moral s'est trouvé d'autant plus atteint
qu'ils ont eu le sentiment de ne pas avoir été soutenus par la
direction de leur mouvement, installée en Tunisie et
au Maroc. Un nombre non négligeable de combattants sont
passés dans le camp français. Certains responsables ont
même accepté d'entrer en contact avec les autorités
françaises pour mettre fin aux combats à la suite de la
proposition de « paix des braves » lancée par le général de
Gaulle. Le chef de la wilaya IV, Si Salah, a été ainsi reçu
secrètement à l'Élysée le 10 juin 1960. Il sera finalement
désavoué au sein de sa wilaya. Mais certains militaires iront
jusqu'à accuser ouvertement l'entourage du général de
Gaulle d'avoir refusé d'exploiter ces ouvertures et d'avoir
contribué à faire disparaître Si Salah (tué en juillet 1961 dans
une embuscade) pour supprimer un témoin gênant.
Cette victoire militaire est-elle totale ? La manière dont les
services de propagande de l'armée ont présenté le « bilan »
en termes de « hors-la-loi abattus », « armes saisies », ou
« populations ralliées » comme s'il s'agissait d'autant de
coups décisifs portés à l'ennemi, est sans doute
exagérément optimiste. Les réalités sont moins
satisfaisantes. Ainsi, le colonel Bigeard, recevant le général
de Gaulle à Saïda en août 1959, déclare, après avoir
présenté un ensemble de très brillants résultats : la
« pacification semble se dérober comme un mirage, en dépit
de progrès indiscutables, à mesure que le temps passe. […]
Le mal est profond, le cancer bien accroché. » La dissolution
des katibas de l'ALN, éclatés en petits groupes de quelques
hommes, moins vulnérables, pose notamment problème177. [ ]

Par ailleurs, si l'efficacité militaire des « bandes » est


devenue à peu près nulle, les capacités d'actions dites
« terroristes » demeurent. Le général De Gaulle avait
déclaré, le 16 septembre 1959, qu'on pourrait considérer
comme acquis le retour à la paix lorsque le nombre
« d'embuscades et attentats mortels » serait inférieur à 200
en un an. Or, à la fin de 1960, le nombre d'attentats contre
les civils se monte à environ 300 par mois. Le nombre de
morts du seul côté français s'élève à 3 700. La moitié sont
des civils. Surtout, la guerre est loin d'être gagnée sur le plan
politique. En Algérie, le réseau des militants FLN, capable de
continuer l'action de propagande et d'encadrement, a réussi
à survivre. Les manifestations musulmanes d'Alger,
en décembre 1960, soulignent la popularité de l'idée
d'indépendance. En France, la guerre divise de plus en plus
l'opinion, et la participation des appelés du contingent aux
opérations est de plus en plus mal acceptée. À l'étranger, le
GPRA (Gouvernement provisoire de la République
algérienne) bénéficie d'une audience croissante non
seulement dans le monde arabe et les pays de l'Est
(l'URSS et les États satellites, la Chine), mais aussi dans
le Tiers-Monde, et même chez les alliés de la France,
(comme les États-Unis et jusqu'à la République fédérale
allemande). En octobre 1959, le général Challe déclare
devant son état-major : « Leur propagande est meilleure que
la nôtre »177.
[ ]
L'armée française contrôlait cependant l'Algérie. À la fin du
plan Challe, le nombre de combattants de l'ALN n'était plus
que d'environ 10 000 à l'intérieur des maquis. Une partie de
ces maquisards, ainsi que des dirigeants, avaient dû fuir vers
les pays voisins tandis que d'autres, restés en Algérie, ont
été contraints pour survivre de se terrer durant les
opérations178,179. Les combats majeurs en Algérie avaient pris
[ ] [ ]

fin et les maquis avaient été décimés. C'est pourquoi la


guerre est considérée par plusieurs auteurs comme une
victoire militaire française180,181[réf. à confirmer].
[ ] [ ]

Cependant, l'issue politique de la guerre est sans aucun


doute une victoire du FLN. L'historien Maurice Vaïsse, qui
analyse ce conflit « non pas comme une guerre classique,
mais bien comme une guerre de décolonisation », conclut
une conférence, donnée en février 2002 à l'Université de
tous les savoirs, de façon nuancée, en relevant les éléments
qui lui permettent de répondre — à la fois — par l'affirmative
et par la négative aux deux questions posées : « Est-on en
présence d’une victoire militaire de la France ? », « Est-ce
une défaite diplomatique ? »182. [ ]

Semaine des barricades

Dans un discours du 16 septembre 1959, le général de


Gaulle évoque trois options pour l'avenir de l'Algérie
(sécession, francisation ou association), ouvrant pour la
première fois le droit à l'autodétermination du peuple algérien
pouvant conduire à une indépendance. Cette possibilité est
jugée inacceptable par les pieds-noirs et par beaucoup de
militaires. Le rappel à Paris en janvier 1960 du général
Massu va servir de détonateur à des journées
insurrectionnelles appelées « semaine des barricades ».
Le 24 janvier 1960, des ultras de l'Algérie française, avec à
leur tête Pierre Lagaillarde, Guy Forzy, Jean-Jacques
Susini et Joseph Ortiz, organisent une grande manifestation
de protestation au cours de laquelle des incidents éclatent.
Lagaillarde et Forzy occupent avec leurs partisans le quartier
des facultés tandis que Joseph Ortiz investit le bâtiment de
la Compagnie Algérienne. Sur le plateau des Glières, là où
se tient la manifestation, la foule n'a pas l'ampleur de celle
du 13 mai 1958 mais des barricades sont dressées. Alors
que les gendarmes interviennent pour dégager les rues, des
coups de feu éclatent : 14 gendarmes sont tués et une
centaine sont blessés alors que les manifestants comptent 6
morts et 24 blessés.
Lagaillarde reste retranché dans le quartier des facultés,
appuyé par plusieurs unités de territoriaux en armes. Michel
Debré ordonne à Delouvrier d'employer la force si nécessaire
pour mettre fin aux émeutes d'Alger. De leur côté, les
musulmans ne suivent pas et, sans que l'armée soit obligée
d'ouvrir le feu, les pieds-noirs rentrent progressivement chez
eux. Restent Lagaillarde et son dernier carré de fidèles.
Le 30 janvier 1960, le colonel de parachutistes Dufour
négocie avec le capitaine Forzy une sortie honorable.
Lagaillarde et ses hommes défileront en silence avant
d'intégrer pour ceux qui le souhaitent une unité du 1er R.E.P,
le Commando Alcazar.
Les meneurs sont arrêtés et jugés par un tribunal militaire en
métropole. Le procès dit « des Barricades » se tient à Paris
au mois de novembre 1960. Les accusés Pierre Lagaillarde
et Jean-Jacques Susini, mis en liberté provisoire pour la
durée du procès, s'enfuiront à Madrid, où ils fonderont l'OAS.
Affaire Si Salah (juin 1960)
Article détaillé : Affaire Si Salah.

Dans un contexte où les maquis de l'intérieur ont été


durement éprouvés, Si Salah responsable par intérim de
la wilaya IV, depuis mai 1959, décide, en tant que
responsable d'ouvrir des négociations directes avec les
autorités françaises. Les dernières opérations ont fait perdre
à la wilaya IV plus de 50 % de son armement et 45 % de ses
effectifs. Elle compte encore 2 500 hommes environ. Si
Salah, a fait un voyage en Tunisie d'où il est revenu
« écœuré des intrigues, qui occupent les dirigeants du GPRA
(Gouvernement provisoire de la République algérienne)
à Tunis, beaucoup plus que le sort des maquisards ».
En juillet 1959, il souligne la « désaffection des populations
pour la cause ». Dans ce contexte, l'offre de la « Paix des
Braves » présentée le 21 octobre 1958 par le chef de l'État,
le général De Gaulle, puis le discours du 16 septembre 1959,
qui ouvre la voie à l'autodétermination de l'Algérie, recueillent
un écho favorable parmi les maquisards.
Le 10 juin 1960, il se rend secrètement à l'Élysée et négocie
directement avec le général de Gaulle un possible cessez-le-
feu. Selon Bernard Tricot, témoin direct de la scène « Le
général résume ses propositions publiques sur
l'autodétermination. Mais, dit-il, il faut d'abord mettre fin aux
combats. Le cessez-le-feu peut être conclu dans des
conditions honorables pour chacun. Les combattants
rappellent qu'ils ne veulent pas apparaître comme des faux-
frères ; ils se rendent bien compte qu'ils ne pourront pas
entraîner d'un seul coup toute l'ALN d'Algérie, mais ils
voudraient du moins que le cessez-le-feu partiel soit aussi
large que possible. À cette fin, ils désirent pouvoir prendre
contact avec la wilaya III en Kabylie ; ils demandent en outre
qu'on leur facilite le voyage à Tunis, afin qu'ils puissent
mettre le GPRA en face de ses responsabilités. »
Un an plus tard, Si Salah, convoqué par le GPRA, se rend en
Tunisie, avec une faible escorte. Il est tué le 20 juillet
1961 sur le chemin dans une embuscade tendue par
un commando de chasse de l'armée française à Maillot,
dans la région de Bouira (Kabylie). Ses derniers mots sont :
« De Gaulle nous a trahis. C'est lui le responsable de mon
sort »183,184.
[ ] [ ]

Certains officiers français en veulent beaucoup au général


de Gaulle de n'avoir pas su utiliser cette occasion avec Si
Salah pour engager des négociations avec les combattants
de l'ALN de l'intérieur (qui s'opposaient au GPRA basé en
Tunisie). Cette « affaire Si Salah » sera l'une des causes
du putsch contre de Gaulle en avril 1961184. [ ]

Manifestation de décembre 1960


Article détaillé : Manifestations de décembre 1960.

Putsch des généraux (avril 1961)


Article détaillé : Putsch des généraux.

La partition de l'Algérie en question (1961)


Article détaillé : Partition de l'Algérie.

Le 28 juin 1961, le Premier ministre Michel Debré fait


officiellement part d'un ultime recours, la partition de
l'Algérie, en s'appuyant sur l'expérience d'une
même sécession dans plusieurs autres pays à cette époque
(Afrique du Sud, Allemagne, Corée, Viêt Nam). L'idée est
étudiée par le député Alain Peyrefitte à la demande de de
Gaulle, le député gaulliste propose de regrouper entre Alger
et Oran tous les Français de souche et les musulmans pro-
français, de transférer dans le reste de l'Algérie tous les
musulmans préférant vivre dans une Algérie dirigée par le
FLN et de mettre en place une ligne de démarcation dans
Alger, à l'instar de Berlin et Jérusalem, qui séparerait le
quartier européen du quartier musulman. La proposition est
rejetée par de Gaulle en novembre 1961. Pour Maurice
Allais, si la solution de la partition, dont on a souvent dressé
des « images caricaturales », a rencontré peu de faveur c'est
pour la seule raison qu'elle a été farouchement rejetée par
les extrémistes des deux camps. Selon lui, cette partition
était « cependant la seule solution raisonnable »185. [ ]

Nouvelle affaire tunisienne (juillet 1961)


Article détaillé : Crise de Bizerte.

En juillet, à la suite de nouvelles tensions entre la Tunisie


indépendante et Paris à propos de la base navale
stratégique française de Bizerte, une guerre brève mais
meurtrière (1 000 à 2 000 morts186) éclate entre la France et
[ ]
la Tunisie, alliée du FLN, dont le territoire sert de sanctuaire
à l'ALN.
Manifestations en soutien du FLN (1961)
Articles détaillés : Fédération de France du FLN et Massacre du 17 octobre
1961.

L'importante communauté immigrée venue d'Algérie qui


penchait majoritairement pour le MNA a été prise en main
par le FLN, qui a éliminé la plupart des cadres et des
soutiens du Parti du chef nationaliste Messali Hadj. Pendant
l'été 1961, la guerre d'Algérie entre dans une phase critique.
Les négociations entre le gouvernement français et le
gouvernement provisoire de la République algérienne
(GPRA), émanation du FLN, en vue de la prochaine
indépendance algérienne, provoquent des dissensions dans
chaque camp. Au sein du FLN se joue une lutte entre les
différents courants internes pour l'accès au pouvoir du futur
État algérien. Fin août, le FLN reprend plus intensément ses
attaques contre les policiers, amplifiant la frustration de ces
derniers qui désapprouvent la « lenteur » et l'« indulgence »
de la justice à l'égard des commandos appréhendés
précédemment.
Pour lutter contre ce regain de violence, décision est prise en
conseil interministériel le 5 octobre, d'instituer un couvre-
feu envers les seuls Algériens. Ce couvre-feu entrave
considérablement le FLN dans ses activités vespérales et
nocturnes de réunions, de prélèvement des « cotisations »,
de préparation d'opérations, d'application de « sanctions » et
d'exécutions sommaires qui se réduisent fortement.
La Fédération de France du FLN menace d'étouffer.

Les manifestations du 17 octobre 1961.


En riposte, elle décide d'organiser une manifestation
pacifique contre le couvre-feu imposé par le préfet de police
de Paris Maurice Papon au soir du 17 octobre 1961 tout en
sachant que celle-ci est « vouée, d'emblée à être durement
réprimée »187. La manifestation qui rassemble
[ ]

20 000 Algériens retentit de cris et de slogans « Vive


l'Algérie algérienne »188. [ ]

Les policiers, répondant aux ordres, pénètrent et disloquent


le cortège. La manifestation est violemment matée par les
forces de police : des blessés gisent sur la chaussée. Plus
de 11 500 personnes sont arrêtées dans la nuit189, 7 800 sont [ ]

parquées au Palais des Sports, 2 800 au Stade Pierre-de-


Coubertin et 860 au Centre d'identification de Vincennes.
Enfin 500 musulmans, classés comme meneurs ou
dangereux, sont refoulés, le jeudi 19, par avion vers l'Algérie.
Le bilan officiel de la préfecture de police est de 3
morts et 64 blessés. Le bilan réel est très discuté : de 30
à 50 morts pour le 17 octobre et les journées suivantes
selon Jean-Paul Brunet, 98 pour Benjamin Stora et Linda
Amiri190, 120 pour Jim House et MacMaster qui incluent un
[ ]

« cycle de deux mois connaissant son pic le plus visible dans


la nuit du 17 octobre »191. [ ]

Le 28 octobre, lorsque les émissaires français et Algériens


se rencontrent à nouveau à Bâle, les dirigeants français
comme ceux du FLN reconnaissent implicitement qu'il est
dans leur intérêt mutuel d'oublier les événements sanglants
du 17 pour pouvoir passer à autre chose. Le GPRA est
parvenu le 17 octobre à faire croître la pression sur le
gouvernement français au moment même où il s'apprête à
négocier avec lui192. [ ]

Organisation armée secrète (1961-1962)


Articles détaillés : Organisation armée secrète, Commando Delta, Opération
Rock and Roll et Bataille de Bab El Oued.
Alger, 1er janvier 1962 : explosion d'une bombe
de l'OAS dans le quartier Bab El Oued.
L'OAS est une organisation politico-militaire clandestine
française, créée à titre privée le 11 février 1961 pour tenter
de perpétuer la présence française en Algérie par tous les
moyens, y compris le terrorisme à grande échelle. Un an
après l'échec de la semaine des barricades, alors que
l’opinion et le gouvernement français souhaitent
manifestement se désengager en Algérie, elle est créée
à Madrid, dans l'Espagne dirigée par le général Francisco
Franco, lors d'une rencontre entre deux activistes importants,
Jean-Jacques Susini et Pierre Lagaillarde, ralliant par la suite
des militaires de haut rang, notamment le général Raoul
Salan. Sur le plan pratique, l'organisation ne sera ni
centralisée ni unifiée. Elle est divisée en trois branches plus
ou moins indépendantes, parfois rivales : l'« OAS Madrid »,
l'« OAS Alger » et l'« OAS Métro ».
On estime que l'OAS a compté environ 1 000 à
1 500 membres actifs, dont 500 dans l'Ouest algérien, 200
en métropole et une vingtaine en Espagne. Les civils
représentaient environ 2/3 des effectifs, l'autre tiers étant
constitué de militaires, pour la plupart engagés, sous-officiers
et officiers.
Les attentats de l'OAS viseront des personnalités politiques
et administratives du gouvernement légal français, des
intellectuels ou des organes de presse favorables à une
négociation avec le FLN, en Algérie comme en métropole,
ainsi que la population musulmane, soupçonnée de soutenir
le FLN. Le 8 septembre 1961, elle tentera d'assassiner De
Gaulle à Pont-sur-Seine. Ses commandos prendront
également pour cible les policiers, les enseignants, les
fonctionnaires de l'administration fiscale, les commerçants
musulmans.
Par ailleurs, et en raison de ces attentats, les membres de
l'OAS sont eux-mêmes pourchassés sans répit par les forces
gaullistes. L'OAS se dit soutenue par la population française
d'Algérie [réf. nécessaire], mais ses nombreux attentats
déclenchent la colère de l'opinion publique métropolitaine.
Rejetant le cessez-le feu proclamé le 18 mars 1962 par de
Gaulle, les activistes de l'OAS se retranchent dans leur
bastion de Bab El Oued, dit « quartier européen » d'Alger. La
bataille qui s'ensuit donne lieu à une lutte entre les
extrémistes du commando Delta et les gardes
mobiles français. L'aviation de l'aéronavale pilonne les
bâtiments occupés par l'OAS, tandis que les chars de
l'armée française prennent position dans le quartier en état
de siège.
La vague des attentats commis par l'OAS culmine le 2 mai
1962, avec l'explosion d'un camion piégé au port d'Alger qui
fait 110 morts et 150 blessés, en majorité des dockers et des
demandeurs d'emploi. Au vaste élan de solidarité déclenché
à partir des différents quartiers de la capitale par toute la
population, européens et musulmans confondus, répondent
les tirs des ultras de l’OAS à partir d'immeubles avoisinants,
lesquels ont pris pour cibles les blessés, les ambulances et
les personnes venues nombreuses participer aux opérations
de secours, provoquant ainsi un véritable carnage[réf. nécessaire].
En métropole, l'OAS revendique l'attentat du train
Strasbourg-Paris qui cause 25 morts.
Les différents attentats et attaques de l'OAS feront entre
1 700 et 2 000 victimes193,194,195,196,197.
[ ] [ ] [ ] [ ] [ ]

Officiellement 119 membres de l'OAS ont été tués. En


1962, 635 membres de l'OAS sont arrêtés. 224 sont ensuite
jugés, dont 117 acquittés, cinquante-trois condamnés à une
peine de prison avec sursis, trente-huit à une peine de prison
ferme, trois sont condamnés à mort et fusillés (Roger
Degueldre, Claude Piegts et Albert Dovecar).
Cessez-le-feu et référendum en métropole (mars 1962)
Articles détaillés : Accords d'Évian et Référendum sur les accords d'Évian.

Bulletin de vote du référendum


er
du 1 juillet 1962.
Le 18 mars 1962, à la suite des accords d'Évian, Charles de
Gaulle annonce à la RTF (alors l'autorité en matière de radio
et télévision) le cessez-le-feu, qui entre en vigueur le 19
mars 1962, et la tenue d'un référendum en métropole
concernant l'autodétermination de l'Algérie.
Ce référendum eut lieu le 8 avril 1962 et recueillit 90 % de
oui. Il sera suivi d'un second référendum le 1er juillet 1962, en
Algérie.
Blocus de Bab El Oued et fusillade de la rue d'Isly (mars
1962)
Articles détaillés : Bataille de Bab El Oued et Fusillade de la rue d'Isly.

Pour contrer les accords d'Évian, le général Salan, chef de


l'OAS, appelle les combattants de son organisation
à « harceler toutes les positions ennemies dans les grandes
villes d'Algérie »198. L'organisation décide d'interdire l'entrée
[ ]
du quartier de Bab El Oued aux forces de l'ordre françaises.
Le 23 mars 1962, six appelés du contingent qui refusaient de
céder leurs armes sont abattus par l'OAS. Le même jour,
l'armée française lance l'assaut contre le quartier. Les
combattants de l'OAS parviennent à fuir dans la soirée.
L'armée instaure alors un blocus autour du quartier et le
fouille maison par maison. Le 26 mars 1962, l'OAS lance un
appel à la population européenne d'Alger pour forcer le
blocus au cours d'une manifestation. Les manifestants, civils
non armés, se heurtent à un barrage tenu par l'armée
française qui, à la suite de coups de feu dont l'origine est
restée indéterminée, mitraille la foule. Le dernier bilan officiel
de la fusillade est de 46 morts et 150 blessés.
Accord OAS-FLN de juin 1962
En juin 1962, Jacques Chevallier sert d'intermédiaire à des
contacts secrets199 entre Jean-Jacques Susini, théoricien de
[ ]

l'OAS, et Abderrahmane Farès, président de l'Exécutif


provisoire, en vue d'un accord pour l'arrêt des violences
commises par l'OAS en contrepartie d'une amnistie de ses
membres200,201. Cependant, les accords sont dénoncés par
[ ] [ ]

des dirigeants du FLN, tandis que parallèlement des chefs


de l'OAS refusent le principe d'un tel accord, accusant Susini
de haute trahison et le menaçant de mort.
Finalement, l'accord tourne court et l'OAS poursuivra sa
politique de la terre brûlée (sabotage du port d'Oran,
incendie de la bibliothèque d'Alger, plastiquages,
assassinats, etc.).

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