Premiers mois du conflit
Dans les premiers temps, les hommes du FLN visent
principalement les musulmans proches des Européens.
De novembre 1954 à avril 1955, 414 attentats font 104
tués et 86 blessés musulmans. Le but de ces opérations est de
terroriser la population indigène francophile et de séparer les
deux populations116. Les Européens ne sont pas visés en tant
[ ]
que tels, mais en tant que représentants de l'ordre colonial
comme les policiers, les élus et les fonctionnaires. Néanmoins,
rapidement, des civils sont également victimes des
embuscades116. [ ]
Après quelques mois, les rebelles sont en difficulté cernés par
des forces de police beaucoup plus nombreuses. En dehors du
Nord-Constantinois, le calme règne116. [ ]
Massacres du Constantinois (20-26 août 1955)
Article détaillé : Massacres d'août 1955 dans le Constantinois.
Durée : 1 minute et 21 secondes.1:21Sous-titres [Link]és
cinématographiques du 25-08-1955, Universal Newsreel.
Du 20 au 26 août 1955, la guerre change radicalement de
visage avec les évènements sanglants qui secouent le Nord du
département de Constantine et plus particulièrement la ville
de Philippeville où surviennent de terribles massacres de civils.
Les massacres ont éclaté à l'initiative de Youcef Zighoud,
responsable du Nord-Constantinois du FLN dans le but de
relancer un mouvement qui s'essouffle et de contrecarrer les
avances faites par Jacques Soustelle, délégué général du
gouvernement français en Algérie, en creusant un
infranchissable fossé de sang entre les Algériens et les
Français par des massacres aveugles117. [ ]
Dans la zone Collo-Philippeville-Constantine-Guelma, moins
de 300 combattants de l’ALN s’attaquent sans grand succès à
des gendarmeries et des postes de police. Ils encadrent
plusieurs milliers de paysans mal armés mobilisés de gré ou de
force qui se lancent à l’assaut d’une trentaine de villes et
villages et assassinent à coup de haches et de pioches
Européens ou indigènes favorables à la France. 117
Européens sont tués ainsi qu'une centaine de musulmans
francophiles et 47 membres des forces de police. La presse est
indignée par les exactions d'El Halia où 39 Européens ont été
égorgés dont dix enfants et trois bébés de moins de deux
ans116.
[ ]
La réponse des autorités françaises est démesurée et touche
des innocents116. L'aviation bombarde les douars des environs,
[ ]
plus particulièrement le hameau du Béni Malek. Des civils
armés font eux-mêmes acte de vengeance dans une répression
aveugle. Le nombre de victimes atteint plusieurs milliers : entre
trois et sept mille cinq cents morts118,119,120.
[ ] [ ] [ ]
L'indignation suscitée par ces massacres de civils a attiré
l'attention de l'opinion internationale sur le combat algérien pour
l'indépendance réalisant l'un des buts poursuivis par le FLN, qui
voulait par ailleurs semer la peur dans les rangs de l'ennemi,
des colons et de leurs auxiliaires musulmans121 et réduit à néant
[ ]
tout espoir de paix122.[ ]
Pour beaucoup d'historiens, ce sont les massacres d'août
1955 et non pas de ceux de Sétif (mai 1945) qui marquent le
vrai passage de l'insurrection vers la guerre à outrance comme
unique moyen de parvenir à se faire écouter des autorités
coloniales françaises.
Soustelle à Alger (1955-janvier 1956)
Pierre Mendès France nomme Jacques Soustelle gouverneur
de l'Algérie. Gaulliste réputé de gauche, cet universitaire connu
définit sa politique par le terme d'intégration : égalité des droits
entre musulmans et Européens. Cette volonté de réformes
n'empêche pas l'intensification des activités militaires.
Constatant la faiblesse et la mauvaise volonté de
l'administration, Soustelle invente les Sections administratives
spécialisées (SAS), dirigées par des jeunes officiers, et qui ont
pour but d'améliorer le sort matériel des musulmans. C'est le
premier pas dans l'implication socio-politique123. [ ]
Il lui faudra mettre en œuvre le plus rapidement possible des
réformes, en particulier rendre effectif le statut de 1947, resté
lettre morte. Il devra donc appliquer une politique d'intégration
de la population musulmane, qui doit bénéficier des mêmes
droits que la communauté européenne d'Algérie ou de la
métropole. Cette politique va susciter l'opposition de nombreux
pieds-noirs, d'autant que Soustelle se propose de réorganiser
l'administration algéroise, d'où une autre levée de boucliers
contre lui. Le nouveau gouverneur doit enfin surmonter un autre
handicap : il a été nommé par Pierre Mendès-France, homme
fort peu apprécié de la communauté européenne d'Algérie qui
le soupçonne de pratiquer une politique d'abandon de l'Algérie,
comme il lui est reproché de l'avoir fait pour l'Indochine,
la Tunisie et le Maroc. Soustelle parviendra cependant à
gagner en popularité et lors de son départ en février 1956, une
immense foule de Pieds-Noirs l'accompagnera jusqu'à l'avion
devant le ramener en France.
Journée des tomates (février 1956)
Guy Mollet (1905-1975), président du Conseil (1956-1957).
Le 29 janvier 1956, à la suite des élections législatives,
l'Assemblée nationale investit le gouvernement Mollet qui entre
en fonction le 1er février 1956. Le 30 janvier 1956, le
général Georges Catroux est nommé ministre résident général
en Algérie en remplacement de Jacques Soustelle, le départ de
ce dernier provoque une forte mobilisation de soutien à Alger :
la foule le suit jusqu'au quai d'embarquement et déborde le
service d'ordre ; Soustelle est obligé d'emprunter une échelle
volante pour se rendre à bord du bateau le ramenant en
métropole124. Les jours suivants, les ultras, menés par Jean-
[ ]
Baptiste Biaggi, préparent la venue imminente du président du
Conseil125.
[ ]
Le 6 février 1956, le voyage à Alger de Guy Mollet (Front
républicain), selon ses termes « pour étudier sur place la
situation »126, provoque un incident passé à la postérité sous le
[ ]
nom de « journée des tomates ». Lorsque le cortège officiel se
rend au monument aux morts d'Alger, il est conspué et accueilli
par une foule hostile menée par le Comité d'Entente des
Anciens Combattants127 qui lui lance, entre autres, tomates et
[ ]
quolibets en signe de mécontentement face à la nomination du
général Catroux128. La voix des maires d'Alger est relayée dans
[ ]
la presse locale, c'est la célèbre formule de L'Écho d'Alger : « le
maintien du général Catroux signifierait l'effondrement de
l'Algérie »129, ce à quoi le journal socialiste Le Populaire répond
[ ]
que « les pressions des ultras, les démonstrations de force et
de violence seront sans efficacité »130. À la suite de la journée
[ ]
des tomates, Georges Catroux présente sa démission à René
Coty pour éviter d'« entrer en conflit de conception et d'action
sur un problème national capital avec ses anciens compagnons
d'arme »129; le général Catroux est remplacé par Robert
[ ]
Lacoste.
Le Maroc et la Tunisie indépendants (mars 1956)
À la suite des accords de La Celle-Saint-Cloud, le
gouvernement français reconnaît l'indépendance
du Maroc le 12 mars 1956, puis, le 20 mars de la même année,
celle de la Tunisie (avec ses « dépassements »)131,132. [ ] [ ]
Inévitables, ces deux événements n'en fournissent pas moins
au FLN deux bases arrière « sanctuarisées ».
Opération Oiseau bleu (1956)
Article détaillé : Opération Oiseau bleu.
Deux années après l'insurrection de la Toussaint 1954, le
commandement français s'inquiète de l'activité du FLN dans la
région de la Kabylie et décide de monter des commandos qui
débusqueraient les maquisards de Krim Belkacem. Dans le
courant de 1955, Henry Paul Eydoux, conseiller technique au
cabinet du gouverneur général Jacques Soustelle a l'idée de
monter un « contre-maquis » en Kabylie maritime. L'opération
K, dite habituellement par la suite Oiseau Bleu a pour but de
recruter des hommes en Kabylie, de les équiper en armes
(environ 300 seront livrées) et de monter une contre
insurrection contre le FLN. Elle est confiée à la DST puis au
Service de renseignement opérationnel (SRO)133. L'opération [ ]
échoue complétement, l'argent et les armes sont détournés au
profit du FLN134.[ ]
L'opération Djenad, montée par la 27e DIA du 9 au 12 octobre
1956 dans la forêt d'Adrar, permet au 3e RPC du
général Bigeard de mettre hors de combat 130 rebelles.
Après dix mois de calme, la Grande Kabylie s'embrase grâce
en partie aux armes, aux équipements et à l'argent fournis par
la France.
Massacre de Beni Oudjehane (mai 1956)
Article détaillé : Massacre de Beni Oudjehane.
Durée : 1 minute et 15 secondes.1:15Sous-titres [Link]és,
21-05-1956, Universal News.
Le massacre est commis le 11 mai 1956, par une unité de
l'armée française, le 4e bataillon de chasseurs à pied (4e BCP),
qui a massacré 79 villageois Algériens du hameau du Beni
Oudjehane qui comptait 300 habitants, situé dans la presqu’île
de Collo non loin d'El Milia dans la wilaya de Jijel,
(ex Département de Constantine).
Ce drame resurgit en 2013 avec une enquête, menée
conjointement en France et en Algérie par une
historienne Claire Mauss-Copeaux et deux blogueurs, André,
un ancien militaire français appartenant au 4e BCP et Nour, un
enseignant algérien de la région d'El Milia, qui se sont donné
pour but de reconstituer ce qui s’est passé ce jour du 11 mai
1956135.
[ ]
Palestro (avril-mai 1956)
Article détaillé : Embuscade de Palestro.
Embuscade de Palestro.
Près de Palestro, à 70 km à l'est d'Alger, le 18 mai 1956,
19 soldats du contingent sont tués dans une embuscade. La
presse se fait l'écho de cet accrochage sanglant. Les cadavres
mutilés frappent l'opinion. « Palestro restera comme la plus
célèbre embuscade de la guerre, le symbole de ce qui peut
arriver de pire : l'attaque surprise, l'impossibilité de se défendre,
la mutilation des cadavres. La hiérarchie militaire saura
d'ailleurs utiliser ce traumatisme pour vaincre les réticences »136. [ ]
Dans l'après-midi qui suit la découverte des cadavres
français, « quarante-quatre Algériens sont liquidés
sommairement » alors que « la majorité, de l'aveu même des
autorités militaires, sont des fuyards qui cherchent à échapper à
l'encerclement organisé par les troupes françaises au nord de
l'embuscade »137. [ ]
Au même moment, Guy Mollet envoie de nombreux appelés en
Algérie. L'émotion est intense en métropole. Le conflit apparaît
sous un jour nouveau. L'Algérie n'est plus, comme l'Indochine,
un conflit lointain mené par des professionnels mais une affaire
intérieure française à laquelle chacun participera, via un fils, un
frère, un mari. Du coup, l'opinion métropolitaine devient
potentiellement l'acteur principal du drame.
Wilayas et Congrès de la Soummam (août 1956)
Articles détaillés : Wilaya (guerre d'Algérie) et Congrès de La Soummam.
Découpage politico-militaire de l'ALN sur tout le
territoire algérien, élaboré par les chefs du FLN lors du congrès de la Soummam en 1956. À la
date du 1er octobre 1958, comprenant les six wilayas (ou provinces) du FLN-ALN. Les
combattants Algériens étaient regroupés essentiellement dans les régions montagneuses du
pays. Abane Ramdane (1920-1957), militant nationaliste,
surnommé « l'architecte de la révolution »138. Assassiné par la « bande à Boussouf » en 1957,
[ ]
il laisse derrière lui une vision authentique nationale d'une Algérie jacobine ayant su
regrouper et unir au sein du FLN l’ensemble des courants politiques pour lutter contre la
domination française. Organigramme de l'Armée de
libération nationale.
Dès le mois de mai 1955, le dirigeant du FLN Ramdane
Abane conduit des rencontres avec ceux qui désirent participer
à la guerre pour l'indépendance. Un accord entre le Parti
communiste algérien (PCA) et le FLN est négocié par Bachir
Hadj Ali et Sadek Hadjerès. Il n'admet l'adhésion de
communistes au FLN qu'à titre individuel et non en tant que
groupe139. La collaboration entre le PCA et le FLN est
[ ]
néanmoins loin d'être sans heurts. Différents combats ont
opposé les rebelles communistes et ceux du FLN sur le
terrain140 ». Le PCA sera progressivement marginalisé par le
[ ]
FLN durant la guerre.
Les leaders FLN d'Alger et surtout parmi eux, Abane Ramdane,
ont pensé, très tôt, à réunir une vaste assemblée de cadres qui
permettrait au FLN d'affirmer sa cohésion, de préciser sa
doctrine et de définir concrètement ses structures
organisationnelles. À la fin du mois de mars 1956, Saad
Dahlab a rencontré en grand secret, dans le Constantinois, le
chef de la zone 2, Zighout Youssef, et son adjoint Lakhdar
Bentobal et il leur a soumis cette idée, qui a été favorablement
accueillie. Larbi Ben M'hidi, en mission au Caire à la même
époque, a fait part du projet à la « délégation extérieure du
FLN », qui a accepté le principe d'un grand rassemblement
clandestin de responsables FLN sur le sol algérien, et qui a
même remis à l'envoyé spécial d'Alger en prévision de cette
réunion, un texte politique dit « rapport Khider ». Ce n'est
cependant qu'à la fin du printemps de 1956 que la préparation
du congrès de la Soummam entre dans une phase active.
Abane Ramdane et Krim Belkacem envoient des messages à
tous les chefs de zone pour leur demander d'envoyer des
délégués à une « rencontre préliminaire » dans une forêt de la
région montagneuse des Bibans, aux confins de la Kabylie. La
discussion sur le « projet de plate-forme politique » permet à
Abane d'insister fortement sur les principes fondamentaux qui
inspirent son programme141.
[ ]
Le premier - primauté du politique sur le militaire - est
d'autant plus facilement accepté par les « patrons » des
zones que ceux-ci sont des chefs à la fois politiques et
militaires, des militants du FLN et des combattants de l'ALN,
et que, de ce fait, la directive « le parti commande aux
fusils » leur convient bien.
Le second principe - primauté de l'intérieur sur l'extérieur -
fait lui aussi l'unanimité, car tous les chefs de maquis
présents se plaignent de ne pas avoir reçu les armes et les
fonds qui devaient être acheminés depuis l'Égypte et ils
applaudissent au réquisitoire de Ben Tobbal contre
l'insuffisance de l'aide apportée par l'équipe du Caire. Abane
Ramdane, dans ces conditions, ne rencontre aucune
objection lorsqu'il propose de réduire pratiquement le rôle de
la délégation extérieure à celui d'une sorte d'ambassade
représentant le FLN à l'étranger. Le nouveau pouvoir
dirigeant sera celui que créera la résistance algérienne sur le
sol national. Lui seul sera habilité à traiter avec la France141. [ ]
Principal organisateur du congrès de la Soummam, Ramdane
trace ainsi les grandes lignes du mouvement révolutionnaire
consistant à créer un État dans lequel l'élément politique
l'emporte sur l'élément militaire141. [ ]
Expédition de Suez de 1956
Articles détaillés : Protocoles de Sèvres et Crise du canal de Suez.
En 1956, la France qui soupçonne le colonel Nasser de
soutenir le FLN en moyens et en armes s'engage dans
l'expédition du canal de Suez, ce qui gèle ses relations avec
les pays arabes et l'URSS142. Par ailleurs, l’Etat hébreu a
[ ]
étroitement collaboré avec les services spéciaux français. Des
rencontres ont régulièrement lieu entre les responsables des
services secrets des deux nations qui permettent d’échanger
des informations capitales au sujet de l'appui militaire que
l’Égypte apporte aux nationalistes algériens143. [ ]
Avec l'aide d'Israël et du Royaume-Uni, les parachutistes
français battent les Égyptiens et reprennent le contrôle du canal
de Suez mais le premier secrétaire du parti communiste de
l'URSS Nikita Khrouchtchev menace de faire usage de l'arme
nucléaire contre Londres et Paris si le corps expéditionnaire
anglo-français ne se retire pas d'Égypte142. Les États-Unis font
[ ]
alors pression sur le premier ministre britannique Anthony
Eden en le menaçant de dévaluer la monnaie de son pays si
ses troupes ne se retirent pas d'Égypte, ce qu'elles feront ainsi
que leurs alliés français (la flotte du corps expéditionnaire est
placée sous haut commandement britannique)142. [ ]
Détournement de l'avion du FLN (octobre 1956)
Article détaillé : Détournement de l'avion du FLN.
Le 22 octobre 1956 à Rabat, cinq dirigeants du Front de
libération nationale (FLN) prennent place à bord d'un DC-3 de
la compagnie Air Atlas-Air Maroc. Ahmed Ben Bella, Hocine Aït
Ahmed, Mostefa Lacheraf, Mohamed Khider et Mohamed
Boudiaf, devaient initialement prendre place à bord de l'avion
du sultan du Maroc, Mohammed V. Les cinq hommes doivent
se rendre à Tunis pour un sommet organisé par Habib
Bourguiba144,145.
[ ] [ ]
Les services secrets français du SDECE ont eu connaissance
de la date exacte du voyage et organisent son détournement144, [ ]
145
[
qui peut avoir des conséquences diplomatiques, l'avion
]
appartenant au sultan du Maroc144,145. L'opération est réalisée
[ ] [ ]
sans prévenir Guy Mollet le président du Conseil, ni
apparemment Robert Lacoste, ministre résident en Algérie.
Avec les chefs du FLN, les autorités saisissent des documents
apportant la preuve formelle de l'aide égyptienne au FLN. Mais
la révélation de ce soutien ne suffit pas à calmer le jeu, bien au
contraire. Au Maroc, de violentes émeutes anti-françaises font
une soixantaine de morts, les victimes, toutes européennes,
ayant été massacrées. De son côté, le sultan durcit sa position
en rappelant son ambassadeur en poste à Paris144,145. Habib
[ ] [ ]
Bourguiba adopte une position analogue et, dans le monde
arabe, la France est sévèrement jugée. La presse française de
gauche est d'une extrême virulence, Alain Savary, secrétaire
d'État aux Affaires marocaines et tunisiennes,
démissionne. Bruno de Leusse, ambassadeur de France à
Tunis, quitte lui aussi ses fonctions.
Pour le FLN, la capture de Ben Bella et de ses compagnons
n'est pas une perte irrémédiable, car les cinq hommes sont des
politiques qui peuvent être assez facilement remplacés. La
rupture des relations avec la France est en revanche un coup
dur pour les deux parties. Si en effet le FLN est désormais
assuré de recevoir une aide puissante de l'Égypte, de
la Tunisie et du Maroc, il n'a plus de dialogue direct avec la
France. De son côté, Guy Mollet est furieux. L'opération s'est
faite sans qu'il ait été informé et les négociations engagées
secrètement à Rome avec le FLN sont rompues. La France est
condamnée à une victoire militaire totale ou à l'abandon pur et
simple de l'Algérie[réf. nécessaire].
Intensification des hostilités (1957-1958)
Article détaillé : Centre d'instruction à la pacification et à la contre-guérilla.
L'année 1957 voit le déroulement de la bataille d'Alger. Sous
les ordres du général Massu, la 10e division parachutiste fait du
maintien de l'ordre dans la capitale. Les parachutistes
(8 000 hommes) parviennent à anéantir les poseurs de
bombes. Le FLN perd la bataille et sa structure dans la capitale
est détruite.
D'autres actes vont rester liés à François Mitterrand, la
condamnation de Fernand Iveton le 11 février 1957, où
François Mitterrand, qui était garde des Sceaux146 au moment [ ]
du procès, refusant le recours de l'avocat d'Iveton, en donnant
un avis défavorable147. [ ]
Dans le même temps, le général Salan organise la contre-
guérilla grâce à des techniques de quadrillage. Moins
entraînés, les hommes du contingent ainsi que nombre de
réservistes plus âgés sont le plus souvent cantonnés dans des
casernes ou à établir des missions de surveillance tandis que
les troupes mobiles organisent, sur le terrain, l'éradication des
maquis148. Des ratissages et des opérations de recherche-
[ ]
destruction sont menés en permanence à l'aide d'hélicoptères.
Des centaines de hameaux sont investis par les forces
spéciales à la recherche de caches d'armes de
la guérilla indépendantiste donnant lieu à un nombre élevé de
dérapages.
Bataille d'Alger (7 janvier - 24 septembre 1957)
Articles détaillés : Bataille d'Alger, Zone autonome d'Alger, Groupe de
renseignements et d'exploitation, Dispositif de protection urbaine, Torture pendant la
guerre d'Algérie et Prison de Serkadji.
Alger : Principaux attentats du FLN, les attentats terroristes des
ultras européens partisans de l'Algérie française et opérations répressives par l'armée française
sur la population musulmane avant et pendant la bataille d'Alger.
La Casbah, le maquis urbain
Depuis 1954, accrochages et embuscades se succèdent dans
le bled. L'attention se focalise sur les campagnes, notamment
dans les Aurès et la Kabylie. Mais à partir de 1956, la direction
du FLN s'oriente vers l'offensive urbaine et décide de faire de la
capitale le théâtre d'une épreuve de force. Le but est de frapper
au cœur de l'appareil colonial, de manière beaucoup plus
spectaculaire. Il s'agit de démontrer la force du FLN aussi bien
aux yeux de l'opinion publique française que de celle des pays
étrangers. Les chefs nationalistes : Ramdane Abane, Krim
Belkacem, Larbi Ben M'Hidi, Saad Dahlab et Benyoucef
Benkhedda, s'installent donc clandestinement dans la Casbah
d'Alger. Les cinq hommes créent la Zone autonome d'Alger
(ZAA) et commencent par se répartir les tâches de la façon
suivante : Ben Khedda se réserve les contacts avec les
Européens et la direction de la nouvelle zone autonome d'Alger,
détachée désormais de la wilaya IV, Dahlab, la propagande et
la direction du journal El Moudjahid, Ben M'Hidi choisit d'être
responsable de l'action armée à Alger (il est donc le supérieur
direct de Yacef Saadi), Krim Belkacem s'attribue les liaisons
avec toutes les wilayas, ce qui fait de lui le chef d'état-major et
le stratège de la lutte armée, Abane Ramdane enfin, devient le
responsable politique et financier, c'est-à-dire, en fait, le no 1,
en dépit de la collégialité voulue par les « cinq »149. [ ]
Alger, capitale de l'Algérie, vaste agglomération de près d'un
million d'habitants, est en effet le symbole de la réussite
française en Algérie. Centre nerveux de l'administration, elle est
la principale place des affaires, le premier port, le plus grand
aéroport. Surtout, elle abrite une partie importante des Français
d'Algérie. Et c'est là que la presse française et internationale
vient chercher ses informations. La ville symbolise aussi la
situation du pays. Quoique française dans sa majorité Alger a
toujours conservé un quartier « arabe », la célèbre Casbah. De
plus, l'explosion démographique qui touche la population
musulmane a entraîné l'installation, à la périphérie, de masses
croissantes de prolétaires qui peuplent les bidonvilles.
Le dispositif du FLN repose sur un petit nombre de militants
plus de 2 000 à peu près qui ont su tisser, par la conviction ou
la peur, un vaste réseau de soutiens et de complicités. Un
groupe qu'on appelle « réseau bombes » chargé de la
fabrication de bombes préréglées (dites « à retardement ») est
mis sur pied. Pour les poser, on choisit des jeunes femmes,
moins susceptibles d'éveiller les soupçons et ils dépendent tous
d'un autre chef algérois nommé Yacef Saadi un fils de la
Casbah. Les services de police enregistrent 26 515 attentats
attribués au FLN durant l'année 1956149.
[ ]
Les attentats créent depuis mai 1956 une véritable psychose.
Les engins meurtriers font blessés et morts dans toute la
grande agglomération. Le FLN présente son action comme une
riposte. C'est sa réponse aux premières exécutions de ses
militants FLN condamnés à mort et guillotinés dans la fameuse
prison Barberousse et aussi à l'attentat meurtrier de la rue de
Thebes dans la Casbah le 10 août qui a tué entre 15 et 70
personnes et fait au moins 40 blessés116. Cet attentat a été
[ ]
perpétré par des « ultras - activistes » pieds noirs de
l'Organisation de la résistance de l'Algérie française
(ORAF) de La Main rouge.
Le but du FLN est de faire régner une atmosphère d'insécurité
générale, en multipliant attentats individuels et poses de
bombes destinées à tuer des civils européens149. [ ]
Nicole G, âgée de 10 ans et Danielle Michel-Chich,
âgée de 7 ans, victimes de l'engrenage de la violence lors de l'attentat du Milk-Bar à Alger,
perpétré par le « réseau bombes » de Yacef Saadi, la bombe est déposée par Zohra Drif le 30
septembre 1956.
Au total, dans le grand Alger, le bilan officiel des attaques du
FLN en quatorze mois est de 751 attentats, 314 morts et 917
blessés116.[ ]
Les paras dans la ville
Le gouvernement français décide de réagir et donne pour
mission au général Massu de rétablir l'ordre. Il est fait appel à
la 10e division parachutiste. Ses quatre régiments s'ajoutent aux
éléments déjà sur place, notamment la police, la gendarmerie
et les fantassins du 9e régiment de zouaves qui surveillent la
Casbah. En tout, ils sont près de 10 000 hommes. Bien
entraînés et très bien encadrés, les 4 000 paras sont
spécialisés dans la lutte contre la guérilla. Leurs officiers se
sentent profondément impliqués dans le conflit, très sensibles à
sa dimension tant politique que militaire. Et beaucoup d'entre
eux ont réfléchi aux techniques de la guerre subversive,
notamment à partir de l'expérience indochinoise150. [ ]
La riposte
Le 7 janvier 1957, les paras entrent dans Alger, c'est le début
de la bataille d'Alger. Chaque régiment s'attribue le contrôle
d'un quartier, sous l'autorité du général parachutiste Jacques
Massu qui a reçu tous les pouvoirs de police sur l'ensemble de
l'agglomération algéroise. Grâce au fichier des renseignements
généraux, les hommes de Massu établissent des listes de
« suspects » en relation avec l'organisation clandestine. Ils sont
interrogés, sommés de donner le nom du collecteur de fonds du
FLN auquel ils versent leur cotisation. Grâce à ces informations,
les militaires remonteront ensuite vers des chefs plus
importants. Par la suite, les militaires vont interpeller de plus en
plus d'Algériens, du militant qui peut détenir des informations
très importantes au simple sympathisant150. Les énormes
[ ]
opérations de contrôle effectuées quartier par quartier vont se
révéler très efficaces.
En riposte, les responsables du FLN préparent une grève
générale fixée au 28 janvier 1957. La date coïncide avec
l'ouverture, à l'assemblée générale de l'ONU, d'un débat sur la
question algérienne. C'est le moment idéal pour attirer
l'attention de l'opinion publique internationale. Cette grève
pourrait constituer le début, ou au moins la répétition générale,
d'un vaste mouvement insurrectionnel fatal à la cause
française.
Pour obtenir les renseignements, l'armée française utilise
interrogatoires musclés, pressions morales, menaces sur les
familles. Mais, la menace des bombes pousse à exiger des
réponses rapides pour prévenir de prochains attentats. Elle
incite à recourir à des méthodes brutales, d'autant plus
facilement que certaines officines de la police et des services
de renseignements de l'armée les utilisent déjà. Simples
bousculades, violences mais aussi actes de torture devant la
famille de la personne impliquée font partie du quotidien. Et les
erreurs sur les personnes, parfois dues à de simples
homonymies, ne sont pas rares150. Le recours à la torture est
[ ]
très rapidement dénoncé en métropole par les plus grands
organes de presse151 et par les activistes du Parti communiste
[ ]
français comme Henri Alleg.
Dans le même temps, les officiers s'efforcent de prendre en
main la population musulmane pour l'arracher au contrôle du
FLN. La Casbah est divisée en groupes d'immeubles ou
« îlots » (d'où « l'ilotage » donné au système). À chacun d'eux
est affecté un habitant responsable, désigné par l'autorité, et
chargé de servir à la fois de relais et d'informateur150. Le
[ ]
quadrillage de la ville a permis également de stopper le contre-
terrorisme européen116. [ ]
La défaite du FLN
Schéma du système pyramidal de l'organisation de la Zone
autonome d'Alger (Z.A.A.) adopté par Yacef Saâdi, chef politico-militaire de la Z.A.A.
(1956-1957) Pour respecter le cloisonnement : des cellules de trois membres, dans chaque
cellule, un militant connaît son supérieur mais ignore tout du troisième. Ce système a
l'avantage d'éviter des bavardages, toujours dangereux, et aussi qu'un homme arrêté ne
dévoile, sous la torture, les détails de l'organisation. Un chef intermédiaire ne connaît jamais
que trois hommes : deux sous ses ordres et un à l'échelon supérieur. Il ne sait rien des hommes
de la base ni de ceux du sommet.
Les succès obtenus sont indéniables. Le 28 janvier, la tentative
de grève générale dite « Grève de huit jours » est brisée par
des méthodes expéditives : les ouvriers et les employés sont
conduits au travail sous la contrainte. Les volets des magasins
demeurés fermés sont arrachés et leur contenu livré au
pillage[réf. nécessaire].
Nombre de responsables FLN sont arrêtés : Larbi Ben
M'hidi le 23 février. Le 27 février 1957, la direction du FLN
(Zone autonome d'Alger), menacée elle aussi d'arrestation, doit
quitter Alger pour l'étranger, avec son leader, Abane
Ramdane et les autres trois nationalistes Krim Belkacem, Saâd
Dahlab et Benyoucef Benkhedda.
Le « réseau bombes » est aussi démantelé. De 112 en janvier,
le nombre d'attentats passe à 29 en mars : le commandement
français pense avoir remporté la victoire. Ce n'est pourtant
qu'un répit. Le 3 juin, une bombe explose près d'un arrêt de
bus. Le 9 juin, un attentat vise un dancing au Casino de la
Corniche. Mais des opérations de « retournement » d'anciens
militants du FLN sont mises en place150. [ ]
Le 24 septembre, Yacef Saâdi le chef du « réseau bombes » et
de la guérilla urbaine est arrêté et ses derniers compagnons ont
péri dans leur cache de la Casbah dynamitée par la 10e division
parachutiste. Ce fait d'armes marqua la fin de la bataille d'Alger.
Au total, la « guerre urbaine » du FLN se solde par un cuisant
échec. Une partie des réseaux de la Zone autonome d'Alger est
démantelée. L'autre partie est forcée à rentrer dans l'ombre et
pour longtemps. En octobre 1957, l'armée française a éliminé
1 827 combattants du FLN dont plus de 200 ont été tués, 253
arrêtés, ainsi que 322 collecteurs de fonds, 985
propagandistes, 267 membres des cellules. 812 armes ont été
saisies, ainsi que 88 bombes et 200 kilos d'explosif116.
[ ]
Massacre de Melouza (mai 1957)
Article détaillé : Massacre de Melouza.
La rivalité entre le Front de libération nationale (FLN) et le
Mouvement national algérien (MNA) donne lieu au massacre de
Melouza.
C'est en 1956 que le douar de Melouza, un bourg situé sur
les hauts plateaux au nord de la ville de M'Sila, à la charnière
du Constantinois et de la Kabylie, passe au FLN (Front de
libération nationale)152. Néanmoins, l'importante population des
[ ]
Beni-Illemane suit le MNA (Mouvement national algérien) du
« général » Mohammed Bellounis, partisan de Messali Hadj,
rival du FLN. Ces troupes du MNA bénéficient de la neutralité,
voire d'un soutien discret de l'armée française qui trouve là un
moyen de contrer le FLN. Celui-ci, pour lequel la région de
Melouza revêt une grande importance stratégique, s'en voit peu
à peu éliminé152,153. Certains émissaires sont abattus. Les
[ ] [ ]
clivages culturels enveniment le conflit, une grande partie de la
population étant arabophone et supportant mal les exigences
des maquisards kabyles.
À l'aube du 28 mai 1957, 400 hommes de l'ALN encerclent le
village. À midi, la résistance bellouniste cesse, faute de
munitions. Les djounouds de l'ALN font sortir les hommes du
village et, à coups de crosse, au milieu des gémissements des
femmes et des enfants, les font avancer, vers Mechta-Kasbah,
petit hameau situé au-dessus du village. Tous les prisonniers
sont abattus au fusil, au couteau, à coups de pioche154,152,153. [ ] [ ] [ ]
Dans les maisons et les ruelles transformées en abattoir,
l'armée française, à son arrivée sur les lieux deux jours plus
tard, dénombrera 315 cadavres154. [ ]
L'« encagement » de l'Algérie (septembre 1957)
Article détaillé : Ligne Morice.
Barrage électrifié Est « Ligne Morice » sur la frontière
algéro-tunisienne L'« encagement » de l'Algérie par
les barrages électrifiés, la surveillance maritime et aérienne.
Barrage électrifié ouest sur la frontière algéro-marocaine :
Obstacle continu :
(réseau de barbelés électrifiés et minés).
Obstacle discontinu :
(canons à tir automatique déclenché par radar).
Les katibas de l'ALN sont représentées en petits cercles verts.
Schéma d'un type de mines antipersonnel « mine
bondissante », la plus répandue sur les barrages électrifiés Est-Ouest.
Démonstration de l'explosion :
* 1-Petite charge explosive de propulsion, l'envoi de la mine dans l'air de 3 à 5 mètres.
* 2-charge explosive principale.
* 3-Éclats de métal pulvérisent les environs à l’horizontal et à plusieurs mètres.
Pour les combattants de l'Armée de libération nationale (ALN),
l'approvisionnement en armes et en munitions est une question
vitale. En décembre 1954, ils ne disposent que de 400 fusils de
chasse.
En 1955, la situation n'évolue guère, car les troupes françaises
présentes au Maroc et en Tunisie assurent la surveillance des
frontières. Tout change en mars 1956 avec la proclamation de
l'indépendance de ces deux pays. L'ALN en profite pour y
installer des bases où arrivent les armes achetées à l'étranger.
Le plus difficile est de leur faire franchir la frontière, car la
Marine nationale surveille étroitement la côte algérienne, et le
Sud saharien, très inhospitalier, est régulièrement survolé par
l'aviation. Restent les frontières terrestres de l'est et de l'ouest.
Le relief montagneux y est plutôt favorable à l'ALN et des
bandes s'installent à cheval sur la frontière tunisienne.
En juillet 1956, elles compteront jusqu'à 1 200 hommes dont la
majorité en Tunisie. En octobre 1956, le 2e bureau
d'Alger estime que quatre bases sont constituées à l'est, deux à
l'ouest et trois au sud du Maroc. Ce sont à la fois des centres
de transit et des camps d'entraînement, des unités de guérilla
et même des troupes régulières. À l'époque, les frontières sont
assez perméables puisque, entre 1956 et 1957, 15 000 armes
de guerre rejoignent l'Algérie à partir du Maroc et de la Tunisie.
Le commandement français comprend que pour vaincre
l'Armée de libération nationale (ALN), il faut stopper les renforts
venus de l'extérieur.
Le problème est que ces frontières sont très difficiles à
surveiller : d'une part, elles sont très étendues et, d'autre part,
elles traversent des régions montagneuses et des plateaux
désertiques. De plus, il faut éviter de consacrer trop d'hommes
à cette mission car, à l'intérieur de l'Algérie, l'armée doit
consacrer de nombreux effectifs au quadrillage du terrain et à
la pacification.
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