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Méthodes de résolution PDE classiques

Ce document présente des méthodes classiques pour résoudre des équations aux dérivées partielles linéaires et non linéaires, en se concentrant sur les équations elliptiques. Il introduit les espaces de Sobolev et des théorèmes tels que ceux de Riesz, Lax-Milgram et Schauder pour établir un cadre de résolution. L'objectif est de donner un sens à la notion de solution pour ces équations et d'explorer des méthodes de résolution adaptées.

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Ce document présente des méthodes classiques pour résoudre des équations aux dérivées partielles linéaires et non linéaires, en se concentrant sur les équations elliptiques. Il introduit les espaces de Sobolev et des théorèmes tels que ceux de Riesz, Lax-Milgram et Schauder pour établir un cadre de résolution. L'objectif est de donner un sens à la notion de solution pour ces équations et d'explorer des méthodes de résolution adaptées.

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QUELQUES MÉTHODES CLASSIQUES POUR LES

ÉQUATIONS AUX DÉRIVÉES PARTIELLES LINÉAIRES ET

NON LINÉAIRES

DONNART Titouan et MARISSAËL Alexis

Lectures dirigées encadrées par Hugo EULRY

Janvier-avril 2022

1
Jusqu’aux cours de troisième année de licence de Mathématiques inclus, nous avons appris à résoudre

certaines équations différentielles ordinaires par des méthodes assez élémentaires dans un cadre restreint,

en particulier avec des dérivées d’ordre au plus 2 et des équations linéaires le plus souvent. Cependant,

pour des équations plus générales, faisant intervenir des dérivées partielles notamment, nous n’avons pu

en étudier que quelques-unes qui sont facilement résolubles dans le cadre d’exercices, mais n’avons pas vu

de méthode générale de résolution, ni même si une éventuelle solution existe puisque cela sort du cadre

d’application du théorème de Cauchy-Lipschitz notamment.

L’objectif de ces lectures dirigées est alors de donner un sens à la notion de solution pour une équation

aux dérivées partielles, puis de présenter plusieurs méthodes permettant de résoudre de telles équations.

Pour cela, nous commençons par définir un cadre de résolution en construisant les espaces de Sobolev

dans des cas simples, en dimension 1 puis d, en donnant notamment un sens à la dérivée dans L2 sans utiliser

la théorie des distributions et en introduisant des outils utiles pour la suite tels que l’inégalité de Poincaré

et le théorème de Rellich. Ensuite, nous présentons quelques méthodes de résolution avec simplement le

théorème de Riesz au départ puis avec le théorème de Lax-Milgram et enfin avec un théorème de point fixe

de Schauder. Nous ne nous intéresserons qu’à des équations elliptiques, c’est-à-dire indépendantes de la

variable de temps. Pour ce travail, on considère comme acquis les résultats du cours d’Espaces Vectoriels

Normés et Calcul Différentiel ainsi que de celui d’Intégration de Lebesgue.

Table des matières

I Espaces de Sobolev et propriétés préliminaires 4

I.1 Définition et caractéristiques des espaces de Sobolev en dimension 1 . . . . . . . . . . . . . 4

I.2 Définition et propriétés des espaces de Sobolev en dimension d . . . . . . . . . . . . . . . . 6

I.3 Théorème de Rellich . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8

II Résolution d’équations aux dérivées partielles elliptiques 15

II.1 Avec le théorème de Riesz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15

II.2 Avec le théorème de Lax-Milgram . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17

II.3 Avec un théorème de Schauder . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21

2
Notations :

— d ∈ N∗ est la dimension (finie) de l’espace Rd dans lequel on se place.

— Ω désigne un ouvert borné à bord lisse de Rd .

— |x| désigne la norme euclidienne canonique de x comme vecteur de Rd .

— x · y désigne le produit scalaire canonique de deux vecteurs x, y de Rd .

— ∥·∥Lp (Ω) désigne la norme usuelle sur l’espace Lp (Ω) pour p ∈ [1; +∞].

— D(Ω) est l’ensemble des fonctions de classe C ∞ à support compact sur Ω.

— L(E, F ) désigne l’ensemble des applications linéaires de E à valeurs dans F .

— dE désigne la distance associée à la norme de l’espace vectoriel normé E.

— supp(f ) désigne le support d’une fonction f à valeurs dans Rd .

— BE (x, r) désigne la boule ouverte de centre x ∈ E et de rayon r > 0 dans l’espace vectoriel E.

— B E (x, r) désigne la boule fermée de centre x ∈ E et de rayon r > 0 dans l’espace vectoriel E.

— Pour p ∈ [1, +∞], on notera p′ son exposant conjugué.

— Pour f : E → F , on notera f|A : A → F sa restriction à une partie A de l’ensemble E.

Les autres notations apparaissant dans ce rapport seront précisées au fur et à mesure du document.

3
I Espaces de Sobolev et propriétés préliminaires

I.1 Définition et caractéristiques des espaces de Sobolev en dimension 1

Avant de donner un cadre général de résolution en dimension d, commençons par le cas d = 1. En cette

dimension, Ω désigne simplement un intervalle de R, de la forme Ω =]a, b[ avec a < b.

Définition I.1
Z b
Soit f ∈ L2 (Ω). On considère le produit scalaire usuel sur ]a, b[ défini par ⟨f | g⟩L2 (Ω) = f (t)g(t) dt.
a

On dit que f admet une dérivée dans L2 (Ω) s’il existe une fonction g ∈ L2 (Ω) telle que :

∀φ ∈ D(Ω), ⟨f | φ′ ⟩L2 (Ω) = − ⟨g | φ⟩L2 (Ω) . On note H 1 (Ω) l’espace vectoriel des fonctions de L2 (Ω) qui

admettent une dérivée dans L2 (Ω) et on dit que cet espace est un espace de Sobolev.

On remarque que cela consiste en fait à définir H 1 (Ω) par une intégration par partie implicite dans le

produit scalaire sur L2 (Ω). Nous observons qu’une fonction dérivable sur un intervalle ouvert I de R est

dérivable au sens de L2 (I) mais que la réciproque est fausse, par exemple la fonction "valeur absolue" est

dérivable au sens de L2 (] − 1, 1[) mais n’est pas dérivable sur ] − 1, 1[.

On peut également remarquer que pour f ∈ L2 (Ω), les propositions suivantes sont équivalentes :
Z x
(i) il existe une fonction g ∈ L2 (Ω) telle que x 7→ f (x) − g(t) dt soit constante sur Ω.
0

(ii) il existe une fonction g ∈ L (Ω) telle que : ∀φ ∈ D(Ω), ⟨f | φ′ ⟩L2 (Ω) = − ⟨g | φ⟩L2 (Ω) .
2

Cela permet ainsi de définir H 1 (Ω) comme étant aussi l’ensemble des fonctions f ∈ L2 (Ω) qui ad-

mettent une dérivée dans L2 (Ω), c’est-à-dire telles que, pour chacune d’entre elles, il existe une fonction
Z x
g ∈ L2 (Ω) telle que l’application x 7→ f (x) − g(t) dt soit constante sur Ω.
0

L’équivalence précédente est admise dans ce rapport : la démonstration se trouve dans [2]. Elle permet

cependant de voir un lien intéressant avec les coefficients de Fourier : on peut caractériser les fonctions de

H 1 (Ω) par une propriété vérifiée par leurs coefficients de Fourier. On rappelle que ceux-ci sont définis par
Z 2π
1
cn (f ) := f (t)e−int dt, ∀n ∈ Z.
2π 0

Proposition I.2
Soit f ∈ L2 (Ω). Il y a équivalence entre les propositions suivantes :
4
(i) f admet une dérivée dans L2 (Ω).

(ii) la série de terme général n2 |cn (f )|2 , n ∈ Z converge.

Démonstration : [3] Supposons que f admet une dérivée dans L2 (Ω) : il existe une fonction g ∈ L2 (Ω)
Z x
telle que x 7→ f (x) − g(t) dt soit constante sur Ω. Par propriété usuelle sur les coefficients de Fourier,
0
X
on a pour tout n ∈ Z∗ , cn (f ) = in
1
cn (g) donc, comme g ∈ L2 (Ω), la série n2 |cn (f )|2 converge.
n∈Z
Réciproquement, on suppose que la série précédente est convergente (donc que f est égale à sa série de

Fourier). Soit x ∈ Ω, on définit alors la suite (un (x))n∈Z par : ∀n ∈ Z : un (x) := cn (f )(einx − 1), de
X X X
sorte que f (x) = cn (f )einx = − un (x). On en déduit alors, en posant g(x) = − 2iπcn (f )einx ,
n∈Z n∈Z n∈Z
Z x X
que f (x) − g(t) dt = cn (f ), qui est une expression indépendante de x, donc f admet une dérivée
0 n∈Z
dans L2 (Ω) qui est g.

Malheureusement, pour étudier des équations aux dérivées partielles d’ordre au moins deux (dans le

cas où la dimension de l’espace est supérieure ou égale à 2), nous devons nous intéresser aux dérivées dans

L2 (Ω) ce qui est difficile à étudier à notre niveau avec la caractérisation avec les coefficients de Fourier.

De plus, ce résultat n’est alors vrai que lorsque Ω est le disque (admis ici), ce qui est assez contraignant.

Définition I.3
q q
On définit sur H 1 (Ω), la norme ∥·∥H 1 (Ω) par ∥f ∥H 1 (Ω) = ⟨f | f ⟩H 1 (Ω) := ⟨f | f ⟩L2 (Ω) + ⟨g | g⟩L2 (Ω)

où g désigne la dérivée dans L2 (Ω) de f .

En effet, comme ⟨f | g⟩L2 (Ω) est un produit scalaire usuel, on en déduit facilement que l’application

⟨· | ·⟩H 1 (Ω) définie par ⟨f | g⟩H 1 (Ω) := ⟨f | g⟩L2 (Ω) + ⟨f ′ | g ′ ⟩L2 (Ω) où f ′ et g ′ désignent respectivement les

dérivées de f et de g dans L2 (Ω) définit un produit scalaire, donc que ∥·∥H 1 (Ω) est bien une norme.

Théorème I.4
(H 1 (Ω), ∥·∥H 1 (Ω) ) est un espace complet.

Démonstration : Soit ε > 0. On considère une suite de Cauchy de fonctions (fn ) dans H 1 (Ω) :

∃N ∈ N, ∀n ⩾ p ⩾ N, ∥fn − fp ∥H 1 (Ω) ⩽ ε. On observe facilement que (fn ) est aussi de Cauchy dans L2 (Ω)

donc convergente dans L2 (Ω) vers une fonction f puisque l’espace (L2 (Ω), ∥·∥L2 (Ω) ) est complet. Comme

5
(fn ) est une suite de fonctions de H 1 (Ω), il existe une suite de fonctions (gn ) dans L2 (Ω) telle que pour

tout n ∈ N, ∀φ ∈ D(Ω), ⟨fn | φ′ ⟩L2 (Ω) = − ⟨gn | φ⟩L2 (Ω) . Par définition de la norme ∥·∥H 1 (Ω) , on a :
q
∀n ⩾ p ⩾ N, ∥fn − fp ∥2L2 (Ω) + ∥gn − gp ∥2L2 (Ω) ⩽ ε, ce qui donne que la suite (gn ) est aussi de Cauchy

dans L2 (Ω) donc converge vers une fonction g ∈ L2 (Ω). On vérifie enfin que f ∈ H 1 (Ω) : pour tout φ

dans D(Ω), ⟨f | φ′ ⟩L2 (Ω) = − ⟨g | φ⟩L2 (Ω) d’après les convergences établies précédemment donc g est la

dérivée de f au sens de L2 (Ω). Ainsi, par définition de la norme ∥·∥H 1 (Ω) , (fn ) converge dans H 1 (Ω) vers

f ∈ H 1 (Ω) donc (H 1 (Ω), ∥·∥H 1 (Ω) ) est un espace complet.

I.2 Définition et propriétés des espaces de Sobolev en dimension d

Après avoir vu de premiers résultats sur les espaces de Sobolev en dimension 1, nous allons les étendre

en dimension d ⩾ 2 afin de pouvoir résoudre en deuxième partie des équations aux dérivées partielles

d’ordre 2 notamment. Ω désigne alors un ouvert borné à bord lisse (on ne définira pas cette notion, elle

permet d’établir la prochaine définition notamment). On définit l’espace de Sobolev H 1 (Ω) comme en

dimension 1, en remplaçant la dérivée L2 par chacune des dérivées partielles.

Définition I.5
En dimension d ∈ N∗ , l’espace de Sobolev H 1 (Ω) désigne l’espace vectoriel de l’ensemble des fonctions

f ∈ L2 (Ω) telles que pour tout i ∈ J1, dK, il existe une fonction Vi ∈ L2 (Ω), telle que :
∂φ
∀φ ∈ D(Ω), ⟨f | ∂i φ⟩L2 (Ω) = − ⟨Vi | φ⟩L2 (Ω) où ∂i φ = ∂xi . Par la suite, on notera ∂i f := Vi .

On munit alors H 1 (Ω) de la norme ∥·∥H 1 (Ω) définie par ∥u∥H 1 (Ω) := ∥u∥L2 (Ω) + ∥∇u∥L2 (Ω) pour

u ∈ H 1 (Ω), et du produit scalaire ⟨· | ·⟩H 1 (Ω) associé.

Proposition I.6
(H 1 (Ω), ⟨· | ·⟩H 1 (Ω) , ∥·∥H 1 (Ω) ) est un espace de Hilbert.

Démonstration : [1] Comme pour la dimension 1, on vérifie sans problème que ∥·∥H 1 (Ω) est bien

une norme sur H 1 (Ω). Il s’agit alors de montrer que (H 1 (Ω), ∥·∥H 1 (Ω) ) est complet. On s’inspire du rai-

sonnement utilisé en dimension 1. On considère alors une suite de fonctions (fn ) de Cauchy dans H 1 (Ω),

donc dans L2 (Ω) qui est complet : cette suite converge dans L2 (Ω). Par définition de H 1 (Ω) en dimen-

sion d, on construit alors d suites de fonctions (les dérivées partielles de f au sens donné ci-dessus)

(g1,n )n∈N , . . . , (gd,n )n∈N qui sont chacune de Cauchy dans L2 (Ω) donc convergentes dans L2 (Ω). En écri-

6
vant les produits scalaires de la définition (I.5) et en passant à la limite lorsque n → +∞, on conclut,

comme dans le cas où d = 1, que (fn ) converge dans H 1 (Ω) qui est donc complet.

Définition I.7
On définit H01 (Ω) comme l’adhérence des fonctions C ∞ à support compact pour la norme ∥·∥H 1 (Ω) .

Proposition I.8
(H01 (Ω), ⟨· | ·⟩H 1 (Ω) , ∥·∥H 1 (Ω) ) est un espace de Hilbert.

Démonstration : H01 (Ω) est par définition fermé dans (H 1 (Ω), ∥·∥H 1 (Ω) ) qui est complet donc

(H01 (Ω), ⟨· | ·⟩H 1 (Ω) , ∥·∥H 1 (Ω) ) est un espace de Banach : (H01 (Ω), ⟨· | ·⟩H 1 (Ω) , ∥·∥H 1 (Ω) ) est bien un espace

de Hilbert.

Une fois ces espaces construits, montrons l’inégalité de Poincaré qui sera utile par la suite.

Proposition I.9
Il existe C > 0, tel que pour tout u ∈ H01 (Ω), ∥u∥L2 (Ω) ⩽ C∥∇u∥L2 (Ω) . [7]

Démonstration : Soit f ∈ D(Ω). Ω est borné donc il existe des réels Ai et Bi pour tout i ∈ J1, dK
n
[Ai , Bi ]. Comme f est en particulier de classe C 1 sur Ω, on a :
Q
tels que Ω ⊂
i=1 Z
x1
∂f
∀x ∈ Ω, f (x) = (t, x2 , ..., xd ) dt. L’inégalité de Cauchy-Schwarz donne alors que :
A1 ∂x1
Z B1 n
∂f
∀x ∈ Ω, |f (x)|2 ⩽ (B1 − A1 ) (t, x1 , ..., xd )|2 dt. On intègre ensuite cette inégalité sur
Q
| [Ai , Bi ]
A1 ∂x1 i=1

et on obtient : ∥f ∥2L2 (Ω) ⩽ (B1 − A1 )2 ∥∂1 f ∥2L2 (Ω) . Enfin, |∂1 f | ⩽ |∇f | permet de conclure :

∥f ∥2L2 (Ω) ⩽ (B1 − A1 )2 ∥∇f ∥2L2 (Ω) et la constante C := (B1 − A1 )2 convient.

On remarque que la constante C n’est dépendante que de l’ouvert Ω et que l’hypothèse : "Ω est borné

dans une seule direction" suffit pour prouver la proposition précédente. Un corollaire immédiat est le

suivant :

Proposition I.10
L’application u ∈ H01 (Ω) 7→ ∥u∥H01 (Ω) := ∥∇u∥L2 (Ω) définit une norme sur H01 (Ω) qui est équivalente à

la norme ∥·∥H 1 (Ω) . [5]

Démonstration : On conserve la notation C pour la constante apparaissant dans l’inégalité de

Poincaré. Pour tout u ∈ H01 (Ω), on a alors :

7
∥∇u∥2L2 (Ω) ⩽ ∥u∥2L2 (Ω) + ∥∇u∥2L2 (Ω) := ∥∇u∥2H 1 (Ω) ⩽ (1 + C 2 )∥∇u∥2L2 (Ω) , d’où l’équivalence des normes.

On termine cette introduction aux espaces de Sobolev en précisant qu’on peut également définir ces

espaces à des ordres supérieurs.

Définition I.11

On définit l’espace de Sobolev H 2 (Ω) par : H 2 (Ω) := f ∈ H 1 (Ω), ∀i ∈ J1, dK, ∂i f ∈ H 1 (Ω) .

Ainsi, on peut par récurrence définir les espaces de Sobolev H m (Ω) pour m ∈ N∗ à partir de cette définition

mais on n’utilisera par la suite que les espaces que l’on vient d’introduire.

I.3 Théorème de Rellich

Avant d’énoncer et de montrer ce théorème, nous rappelons tout d’abord quelques définitions d’ordre

topologique :

Définition I.12
Soient (X, d) un espace métrique et A une partie de X. On dit alors que :

— A est relativement compacte dans X si A est compacte dans X,


n
— A est précompacte dans X si : ∀ε > 0, ∃n ∈ N∗ , x1 , . . . , xn ∈ A tels que A ⊂
S
B(xi , ε).
i=1

Nous rappelons cette propriété qui nous sera très utile dans les démonstrations qui suivent :

Proposition I.13
Soient (X, d) un espace métrique complet et A une partie de X.

A est relativement compacte dans X si, et seulement si, A est précompacte dans X.

Définissons ensuite les opérateurs compacts :

Définition I.14
Soient E et F des espaces de Banach.

On dit que T ∈ L(E, F ) est un opérateur compact de E dans F si l’image de toute partie bornée de E

est une partie relativement compacte de F .

8
Proposition I.15
Soient E et F des espaces de Banach, et E1 et F1 des espaces vectoriels normés. Si T est un opérateur

compact de E dans F , f ∈ L(E1 , E) et g ∈ L(F, F1 ) alors gT f := g ◦ T ◦ f est un opérateur compact

de E1 dans F1 . [5]


Démonstration : On note B E (0, 1) la boule unité fermée de E et on observe que gT f B E (0, 1) ⊂

∥g∥L(F,F1 ) f T (B E (0, 1) . Comme l’image d’un compact (ici T (B E (0, 1) qui est fermé et borné en dimension

finie) par une fonction continue est compacte, on en déduit que gT f est un opérateur compact également.

Une fois rappelées ces définitions, nous pouvons énoncer le théorème de Rellich :

Théorème I.16
Soit Ω un ouvert borné de Rd .

L’injection ι : H01 (Ω) ,→ L2 (Ω) est compacte. [6]

Ce résultat est fondamental pour appliquer le théorème de Schauder qui sera présenté en partie II.3. C’est

un résultat difficile à obtenir. Pour y parvenir, nous aurons besoin de plusieurs résultats. Commençons

tout d’abord une propriété caractérisant les compacts de Lp (Ω) où p ∈ [1, +∞].

Théorème I.17
Soit A ⊂ Lp (Rd ), A est relativement compacte dans (Lp (Rd ), ∥·∥Lp (Rd ) ) si, et seulement si, :

— A est bornée dans Lp (Rd ), (i)


Z
— |f (x)|p dx −→ 0 uniformément en f ∈ A, (ii)
|x|>R R→+∞

— τa f := f (· − a) −→ f uniformément en f ∈ A. (iii)
|a|→0

Démonstration : D’après le théorème de Riesz-Fischer, (Lp (Rd ), ∥·∥Lp (Rd ) ) est complet donc, d’après

la proposition (I.13), la précompacité est équivalente à la relative compacité. Commençons par le sens direct.

Supposons que A soit une partie précompacte de (Lp (Rd ), ∥·∥Lp (Rd ) ) et introduisons ε > 0 et f1 , . . . , fk ∈ A
[k
donnés par le recouvrement A ⊂ BLp (Rd ) (fi , ε). On en déduit immédiatement que A est bornée, ce qui
i=1
donne le point (i).

De plus, on a pour presque tout x ∈ Rd et pour tout j ∈ {1, . . . , k} :

9
|fj (x)1|x|>R | ⩽ sup ∥fj ∥Lp (Rd ) 1|x|>R −→ 0.
1⩽j⩽k R→+∞

Et, pour tout j ∈ {1, . . . , k}, pour presque tout x ∈ Rd : |fj (x)1|x|>R | ⩽ max ∥fj ∥Lp (Rd ) ∈ Lp (Rd ).
1⩽j⩽k

D’après le théorème de convergence dominée, on dispose donc d’un réel R0 > 0 tel que pour tout R > R0
Z
et pour tout j ∈ {1, . . . , k}, |fj (x)|p dx ⩽ εp . Soit alors f ∈ A quelconque. Par le recouvrement
|x|>R

de A on dispose d’un entier j0 ∈ {1, . . . , k} tel que dLp (Rd ) (fj0 , f ) < ε. On a donc, pour tout R > R0 ,
Z Z  Z  Z
|f (x)|p dx ⩽ |fj0 (x)|p dx + |(f − fj0 )(x)|p dx ⩽ 2εp donc |f (x)|p dx −→ 0
|x|>R |x|>R |x|>R |x|>R R→+∞

uniformément en f ∈ A, ce qui donne le point (ii).

Enfin, si f ∈ Lp (Rd ), on sait que l’application a ∈ Rd 7→ τa f est uniformément continue. Il existe donc

η > 0 tel que pour tout a ∈ Rd vérifiant |a| < η et pour tout j ∈ {1, . . . , k}, ∥τa fj − fj ∥Lp (Rd ) ⩽ ε. Donc

pour tout a ∈ Rd vérifiant |a| < η :

∀f ∈ A, ∥τa f − f ∥Lp (Rd ) ⩽ ∥τa f − τa fj0 ∥Lp (Rd ) + ∥τa fj0 − fj0 ∥Lp (Rd ) + ∥fj0 − f ∥Lp (Rd ) ⩽ 3ε.

Ainsi, τa f −→ f uniformément en f ∈ A, d’où le point (iii) et la démonstration du sens direct de ce


|a|→0

théorème.

Réciproquement, supposons ces 3 propriétés satisfaites pour une certaine partie A ∈ Lp (Rd ) et mon-

trons qu’il s’agit d’une partie précompacte de (Lp (Rd ), ∥·∥Lp (Rd ) ). Soit ε > 0. Le point (ii) nous donne

l’existence d’un réel R > 0 tel que pour tout f ∈ A, ∥f 1|x|>R ∥Lp (Rd ) ⩽ ε. Considérons une approximation

de l’identité (ϕn )n∈N ∈ D(Rd )N vérifiant supp(ϕn ) ⊂ BRd (0, n1 ) et ∥ϕn ∥Lp (Rd ) = 1. Alors pour tout n ∈ N

et f ∈ A, on a :

∥f − f ∗ϕn ∥Lp (Rd ) ⩽ sup ∥f − τy f ∥Lp (Rd ) . Cette dernière quantité tend vers 0 lorsque n tend vers +∞,
1
|y|⩽ n

donc il existe n0 ∈ N tel que pour tout f ∈ A, ∥f − f ∗ϕn0 ∥Lp (Rd ) ⩽ ε.

10
Considérons désormais x, x′ dans Rd et f ∈ A quelconques pour lesquels on a :

Z
|f ∗ϕn0 (x) − f ∗ϕn0 (x′ )| = | (f (x − y) − f (x′ − y))ϕn0 (y) dy|,
Rd

⩽ ∥τx f − τx′ f ∥Lp (Rd ) ∥ϕn0 ∥Lp′ (Rd ) , par l’inégalité de Hölder

⩽ ∥τx−x′ f ∥Lp (Rd ) ∥ϕn0 ∥Lp′ (Rd ) .

Remarquons aussi que l’inégalité de Hölder donne aussi que |f ∗ϕn0 (x)| ⩽ ∥f ∥Lp (Rd ) ∥ϕn0 ∥Lp′ (Rd ) .

Maintenant, notons P := {f ∗ϕn0 |B (0,R) , f ∈ A} ⊂ C B Rd (0, R) .
Rd

D’une part, le point (i) nous donne que Px := {f (x), f ∈ P} est borné donc relativement compact dans

l’espace vectoriel de dimension finie Rd .

D’autre part, montrons que P est équicontinue. Soient x ∈ Rd et ε > 0. Par uniforme continuité de

τx sur Lp (Rd ), il existe η > 0 tel que pour tout (f, g) ∈ Lp (Rd )2 tels que ∥f − g∥Lp (Rd ) ⩽ η, on a

ε
∥τx (f ) − τx (g)∥Lp (Rd ) ⩽ ∥ϕn0 ∥Lp′ (Rd ) .

Pour y ∈ Rd et f ∈ A, on a :

Z
|f ∗ϕn0 (x) − f ∗ϕn0 (y)| = | (f (x − t) − f (y − t))ϕn0 (t) dt|,
Rd

⩽ ∥τx f − τy f ∥Lp (Rd ) ∥ϕn0 ∥Lp′ (Rd ) , d’après l’inégalité de Hölder.

On pose g : t ∈ Rd 7→ f (y − x + t). On a alors |f ∗ϕn0 (x) − f ∗ϕn0 (y)| = ∥τx f − τx g∥p ∥ϕn0 ∥p′ ⩽ ε, ce qui

prouve bien que P est équicontinue.

Comme Rd est compact et complet, on en déduit par le théorème d’Ascoli que P est relativement

compacte donc précompacte dans C 0 (B Rd (0, R)). Ainsi, on obtient l’existence d’une famille finie g1 , . . . , gk
 − 1 
d’éléments de P telle que P soit recouvert par les boules B fi , ελ B Rd (0, R) p où λ désigne la mesure

de Lebesgue sur Rd . On a donc :

− 1
∀f ∈ A, ∃j ∈ {1, . . . , k}, ∀x ∈ B(0, R), |f ∗ϕn0 (x) − fj ∗ϕn0 (x)| ⩽ ελ B(0, R) p .

On fixe désormais une fonction f ∈ A et l’entier j ∈ {1, . . . , k} associé comme ci-dessus. Pour presque tout

11
x ∈ Rd , on a, d’après l’inégalité triangulaire :

|f (x) − fj (x)| ⩽ |f (x) − f ∗ϕn0 (x)| + |fj (x) − fj ∗ϕn0 (x)| + |f ∗ϕn0 (x) − fj ∗ϕn0 (x)|,

⩽ |f (x) − f ∗ϕn0 (x)| + |fj (x) − fj ∗ϕn0 (x)|

+ (1|x|⩽R (x) + 1|x|>R (x))|f ∗ϕn0 (x) − fj ∗ϕn0 (x)|,

⩽ |f (x) − f ∗ϕn0 (x)| + |fj (x) − fj ∗ϕn0 (x)| + 1|x|⩽R (x)|f ∗ϕn0 (x) − fj ∗ϕn0 (x)|

+ 1|x|>R (x)(|f (x)| + |fj (x)|).

En intégrant sur Rd , la linéarité de l’intégrale donne :

Z  p1
∥f − fj ∥Lp (Rd ) ⩽ ∥f − f ∗ϕn0 ∥Lp (Rd ) + ∥fj − fj ∗ϕn0 ∥Lp (Rd ) + |f (x)|p dx
|x|>R
Z  p1 Z  p1
+ |fj (x)|p dx + |f ∗ϕn0 (x) − fj ∗ϕn0 (x)|p dx .
|x|>R |x|⩽R

Comme f ∈ A, on obtient :

Z  p1
∥f − fj ∥Lp (Rd ) ⩽ ∥f − f ∗ϕn0 ∥Lp (Rd ) + ∥fj − fj ∗ϕn0 ∥Lp (Rd ) + |f (x)|p dx
|x|>R
Z  p1  − p1
+ |fj (x)|p dx + ελ B Rd (0, R) sup |f ∗ϕn0 (x) − fj ∗ϕn0 (x)|
|x|>R x∈BRd (0,R)

Finalement : ∥f − fj ∥Lp (Rd ) ⩽ 5ε donc A est précompacte dans (Lp (Rd ), ∥·∥Lp (Rd ) ), ce qui achève la preuve

du théorème (I.17).

Puis nous avons besoin de deux lemmes supplémentaires avant de commencer la démonstration du

théorème de Rellich. On rappelle que Ω désigne un ouvert borné de Rd .

Lemme I.18
Si f ∈ H01 (Ω) admet f˜ pour prolongement par 0 sur Ωc alors l’application Ψ définie par :

ψ : f ∈ H01 (Ω) 7→ f˜ ∈ H 1 (Rd ) est une isométrie de H01 (Ω) sur H 1 (Rd ).

Démonstration : On raisonne par densité de D(Ω) dans H01 (Ω) en montrant que Ψ est une isométrie

de (D(Ω), ∥·∥H 1 (Ω) ) dans (H 1 (Rd ), ∥·∥H 1 (Rd ) ).

12
Soit f ∈ D(Ω). Les fonctions f, f˜, ∇f et ∇f˜ sont nulles à l’extérieur de Ω donc :

∥Ψ(f )∥H 1 (Rd ) = ∥f˜∥L2 (Rd ) + ∥∇f˜∥L2 (Rd ) = ∥f˜∥L2 (Ω) + ∥∇f˜∥L2 (Ω) = ∥f ∥L2 (Ω) + ∥∇f ∥L2 (Ω) = ∥f ∥H 1 (Ω) .

Cela signifie que Ψ est bien une isométrie de (D(Ω), ∥·∥H 1 (Ω) ) dans (H 1 (Rd ), ∥·∥H 1 (Rd ) ). Elle est aussi

uniformément continue entre ces deux espaces. Par conséquent, comme (D(Ω), ∥·∥H 1 (Ω) ) est dense dans

(H01 (Ω), ∥·∥H 1 (Ω) ) et comme (H 1 (Rd ), ∥·∥H 1 (Rd ) ) est complet, le théorème de prolongement d’une applica-

tion uniformément continue justifie que Ψ se prolonge en une unique application uniformément continue

de (H01 (Ω), ∥·∥H 1 (Ω) ) sur (H 1 (Rd ), ∥·∥H 1 (Rd ) ). On conclut en vérifiant que cette application est bien une

isométrie entre ces deux espaces.

Lemme I.19
Pour tous u ∈ H 1 (Rd ) et h ∈ Rd , ∥τh u − u∥L2 (Rd ) ⩽ |h|2 ∥∇u∥L2 (Rd ) .

Démonstration : Par densité de D(Rd ) dans H 1 (Rd ), il suffit de montrer le résultat pour u ∈ D(Rd ).
Z 1
Soient h ∈ Rd et u ∈ D(Rd ). Pour tout x ∈ Rd , on a : u(x − h) − u(x) = − ∇u(x − th) · h dt.
Z 1 0

Donc : ∀x ∈ Rd , |u(x − h) − u(x)|2 ⩽ |h|2 |∇u(x − th)|2 dt d’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz.


Z0
Donc, en intégrant sur Rd , ∥τh u − u∥22 ⩽ |u(x − h) − u(x)|2 dx ⩽ |h|2 ∥∇u∥22 .
Rd

Passons désormais à la preuve du dit théorème de Rellich.

Démonstration : Pour montrer la compacité de l’application : ι : H01 (Ω) ,→ L2 (Ω), il suffit de mon-

trer que l’injection u ∈ H01 (Ω) ,→ ũ ∈ L2 (Rd ) est compacte : on pourra ensuite conclure par composition

avec l’application linéaire continue u ∈ L2 (Rd ) 7→ u|Ω ∈ L2 (Ω).

Notons B la boule unité fermée de H01 (Ω) muni de la norme ∥·∥H 1 (Ω) et notons B̃ l’ensemble des pro-

longements f˜ des éléments f de B. D’après le lemme (I.18), B̃ est inclus dans la boule unité fermée de

(H 1 (Ω), ∥·∥H 1 (Ω) ).

Montrons que B̃ est relativement compacte dans L2 (Rd ). Pour ce faire, on utilise la caractérisation des

ensembles relativement compacts dans Lp (Rd ) pour p = 2.

B̃ est effectivement une partie bornée de (L2 (Rd ), ∥·∥L2 (Rd ) ) car elle est bornée pour (H 1 (Rd ), ∥·∥H 1 (Rd ) )

et puisque ∥·∥L2 (Rd ) ⩽ ∥·∥H 1 (Rd ) .


Z
Pour tout f˜ ∈ B̃ et pour tout R > 0 tel que Ω ⊂ B(0, R), on a |f˜(x)|2 dx = 0.
|x|>R

13
De plus, ∥∇u∥L2 (Rd ) ⩽ 1 donc : ∀f ∈ B̃, ∀a ∈ Rd : ∥τa f − f ∥L2 (Rd ) ⩽ |a| d’après le lemme (I.19).

Cela permet d’obtenir la convergence τa f −→ f uniformément en f ∈ B̃.


|a|→0

Ainsi, B̃ est une partie relativement compacte d’après le théorème (I.17). C’est donc une partie précom-

pacte de (L2 (Rd ), ∥·∥L2 (Rd ) ), donc u ∈ H01 (Ω) ,→ ũ ∈ L2 (Rd ) est un opérateur compact. Donc l’injection

ι : H01 (Ω) ,→ L2 (Ω) est compacte.

14
II Résolution d’équations aux dérivées partielles elliptiques

II.1 Avec le théorème de Riesz

Considérons le problème le plus simple pour commencer, le problème de Dirichlet homogène :



−∆u = f sur Ω


(1)


u = 0 sur ∂Ω

où f est une fonction donnée quelconque sur Ω. Comme pour résoudre toute équation, il nous faut déter-

miner un ensemble de résolution : comme f ∈ L2 (Ω), il faut que ∆u ∈ L2 (Ω) c’est-à-dire u ∈ H 2 (Ω). Pour

étudier ces équations en général, on cherche d’abord des solutions dites faibles. Plus précisément, pour u
Z Z
une solution de (1) et v suffisamment régulière sur Ω et nulle sur ∂Ω : (−∆u)v = f v. La définition
Z Z Ω Ω

(I.5) donne alors : ∇u · ∇v = f v.


Ω Ω

On appelle cette équation munie de l’espace de résolution, la formulation faible du problème (1) et on

appelle solution faible une solution de cette formulation faible. Il nous faut aussi un espace de résolution de

ce problème faible, contenant H 2 (Ω) dans lequel ce qu’on a écrit à un sens : l’espace H01 (Ω) convient. On

remarque ici la proximité de cette écriture avec le théorème de représentation de Riesz que l’on rappelle :

Théorème II.1
Soit (H, ∥·∥, ⟨· | ·⟩) un espace de Hilbert.

Si ℓ une forme linéaire continue sur H alors il existe un unique h ∈ H tel que pour tout u ∈ H :

ℓ(u) = ⟨h | u⟩.

On peut alors démontrer le résultat suivant :

Théorème II.2
L’équation (1) admet une unique solution faible dans H01 (Ω).

Démonstration : (H01 (Ω), ⟨· | ·⟩H 1 (Ω) , ∥·∥H01 (Ω) ) est un espace de Hilbert et l’application :
0
Z
L : v ∈ H01 (Ω) 7→ f v est une forme linéaire continue sur H01 (Ω). En effet, pour tout v ∈ H01 (Ω), on
Z Ω

a : |L(v)| ≤ |f ||v| ⩽ ∥f ∥L2 (Ω) ∥v∥L2 (Ω) ⩽ C∥f ∥L2 (Ω) ∥v∥H01 (Ω) , d’après les inégalités de Cauchy-Schwarz

et de Poincaré (C étant la constante apparaissant dans l’inégalité de Poincaré établie dans la première

15
partie).

Ainsi, d’après le théorème de Riesz, il existe un unique élément de H01 (Ω), que l’on notera désormais u,

qui vérifie la formulation faible du problème (1).

Cependant, montrer qu’une solution faible de (1) est une solution de (1) est bien moins évident. En

effet, on vient de trouver une solution du problème faible u ∈ H01 (Ω), mais elle n’est a priori pas tout de

suite élément de H 2 (Ω) donc solution du problème (1). Nous pouvons toutefois établir le résultat suivant :

Proposition II.3
Si l’unique solution faible u de (1) est un élément de H 2 (Ω) ∩ H01 (Ω), alors elle vérifie (1) presque

partout sur Ω.

On peut montrer (voir [2]) que l’hypothèse de cette proposition est nécessairement vérifiée mais que le

résultat est difficile à montrer. Plus généralement, remonter de la formulation faible du problème au

problème lui-même est difficile sans faire de telles hypothèses. C’est pour cela que dans la suite de ce

rapport, nous nous contenterons de fournir des résultats sur l’existence et l’unicité de solutions faibles.

Démonstration : Soit u ∈ H 2 (Ω) ∩ H01 (Ω) l’unique solution faible de (1). D’après la définition (I.5),

on a :
Z
∀v ∈ D(Ω), (∆u + f )v = 0. (∗)

Étendons cette égalité pour v ∈ L2 (Ω). Soit φ ∈ L2 (Ω). Par densité de (D(Ω), ∥·∥L2 (Ω) ) dans (L2 (Ω), ∥·∥L2 (Ω) )

il existe une suite (φn )n∈N à valeurs dans D(Ω) telle que lim ∥φn − φ∥L2 (Ω) = 0. Il vient alors :
n→+∞
Z Z Z
(∆u + f )φ = (∆u + f )(φ − φn + φn ) = (∆u + f )(φ − φn ), comme (φn ) vérifie (∗). On a donc :
Ω Z Ω Ω

0 ⩽ | (∆u + f )φ| ⩽ ∥∆u + f ∥L2 (Ω) ∥φ − φn ∥L2 (Ω) d’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz. En faisant tendre

n vers +∞, on obtient donc que (∗) est aussi valable pour v ∈ L2 (Ω).

Ainsi, en appliquant (∗) à v = ∆u + f , on obtient que ∆u + f est nulle presque partout sur Ω donc que u

vérifie (1) presque partout sur Ω (u étant bien entendu nulle sur ∂Ω).

De la même façon, on peut essayer de résoudre avec le théorème de représentation de Riesz l’équation

16
aux dérivées partielles elliptique suivante plus générale :



−∆u + au = f sur Ω


(2)


u = 0 sur ∂Ω

où a ∈ L∞ (Ω) est une fonction à valeurs positives et f une fonction de L2 (Ω). De nouveau, l’ensemble de

recherche de solution est H 2 (Ω).

On effectue alors le même travail. Si u ∈ H 2 (Ω) est une solution de (2) alors pour v suffisamment

régulière, on a :
Z Z Z
∇u · ∇v + auv = f v.
Ω Ω Ω
Z Z
Cependant, l’application (u, v) ∈ H01 (Ω)2 7→ ∇u · ∇v + auv n’est en général pas un produit
Ω Ω

scalaire pour a ∈ L∞ (Ω) (si a n’est pas à valeurs positives). Dans ce cas, le théorème de Riesz n’est pas

suffisant pour résoudre ce type plus général d’équations aux dérivées partielles.

II.2 Avec le théorème de Lax-Milgram

On a vu précédemment que la résolution générale des équations aux dérivées partielles elliptiques ne

peut pas se faire en n’utilisant que le théorème de représentation de Riesz, il faut donc trouver une nouvelle

méthode. Pour cela, le théorème suivant de Lax-Milgram sera d’une très grande aide.

Théorème II.4
Soit (H, ∥·∥, ⟨· | ·⟩) un espace de Hilbert.

Si a une forme bilinéaire continue et coercive sur H (telle que : ∃J > 0, ∀u ∈ H, a(u, u) ⩾ J∥u∥2 )

alors, pour toute forme linéaire continue ℓ sur H, il existe un unique élément u ∈ H tel que pour tout

v ∈ H, a(u, v) = ℓ(v).

Démonstration : Soit a une forme bilinéaire continue et coercive sur H et soit ℓ une forme linéaire

continue sur H. D’après le théorème de représentation de Riesz, il existe un unique w ∈ H tel que pour

tout v ∈ H, ℓ(v) = ⟨w | v⟩. Comme a est une application bilinéaire, a est linéaire par rapport à la seconde

17
variable donc le théorème de représentation de Riesz donne aussi que :

∀u ∈ H, ∃Au ∈ H, ∀v ∈ H, a(u, v) = ⟨Au | v⟩ .

Montrons alors qu’il existe un unique élément u de H tel que Au = w.

Pour cela, on commence par remarquer que l’application A : u ∈ H 7→ Au ∈ H est linéaire et continue. En

effet : ∀(u, u′ ) ∈ H 2 , ∀λ ∈ R, ∀v ∈ H, ⟨Au+λu′ − Au − λAu′ | v⟩ = 0. De plus, pour tout u ∈ H, on a :

∥A(u)∥2 = ⟨Au | Au ⟩ = a(u, Au ) ⩽ M ∥u∥∥Au ∥ = M ∥u∥∥A(u)∥ où M désigne le réel (strictement positif)

de continuité de a, ce qui montre que l’application linéaire A est continue sur H.

J
On note ensuite J le réel de coercivité de a et T : u ∈ H 7→ u − η(A(u) − w) ∈ H où η := M2 , de sorte

que Au = w si et seulement si, u est point fixe de T .


J2
Or, l’application T est contractante : comme (1 − ) ∈ ]0, 1[, on a :
M2

∀(u, v) ∈ H 2 : ∥T (u) − T (v)∥2 = ∥u − v − η(A(u) − A(v))∥2

= ∥u − v∥2 − 2ηa(u − v, u − v) + η 2 ∥A(u − v)∥2

⩽ ∥u − v∥2 (1 − 2ηJ + η 2 M 2 )

J2
⩽ ∥u − v∥2 (1 − ).
M2

Ainsi, comme H est complet, le théorème de point fixe contractant donne qu’il existe un unique u ∈ H tel

que Au = w. Cela permet de conclure puisque cet unique u est tel que pour tout v ∈ H, a(u, v) = ℓ(v).

Nous allons maintenant voir que ce théorème, bien plus fort que celui de représentation de Riesz, permet

de résoudre l’équation (2).

Théorème II.5
Le problème (2) admet une unique solution faible dans H01 (Ω).

Démonstration : Pour toute application v suffisamment régulière et nulle sur le bord de Ω, une
Z Z Z
solution u vérifie : ∇u · ∇v + auv = f v. De la même manière que pour le problème de Dirichlet,
Ω Ω Ω

on remarque que cette formulation faible a un sens pour (u, v) ∈ H01 (Ω)2 .

18
Nous pouvons donc appliquer le théorème de Lax-Milgram avec les applications suivantes :

 
L : H01 (Ω) −→ R b : H01 (Ω)2 −→ R

 

Z Z Z
 
v 7−→ fv (u, v) 7−→ ∇u · ∇v + auv

 

Ω Ω Ω

L est, comme précédemment, une forme linéaire continue sur H01 (Ω) et b est clairement une forme

bilinéaire sur H01 (Ω) × H01 (Ω). De plus, comme a ∈ L∞ (Ω), on montre que :

∀(u, v) ∈ H01 (Ω)2 , |b(u, v)| ⩽ (1 + ∥a∥L∞ (Ω) C 2 )∥u∥H01 (Ω) ∥v∥H01 (Ω) .

Comme a est à valeurs positives, on a en particulier :

Z Z Z
∀u ∈ H01 (Ω), |b(u, u)| = |∇u|2 + au2 ⩾ |∇u|2 = ∥u∥2H 1 (Ω) .
0
Ω Ω Ω

Cela montre que b est une application bilinéaire continue coercive donc on peut bien appliquer le théorème

de Lax-Milgram. Ainsi, il existe une unique solution u ∈ H01 (Ω) de la formulation faible de (2).

On peut même traiter un cas d’équations encore plus général pour lequel seul le théorème de Lax-

Milgram nous permettra de le résoudre (le problème (2) était résoluble en n’utilisant que le théorème de

Riesz puisque la fonction a était à valeurs positives). Considérons l’opérateur elliptique L défini par :

X ∂  ∂u 
L : u ∈ H01 (Ω) 7→ ai,j .
∂xi ∂xj
1⩽i,j⩽d

avec pour 1 ⩽ i, j ⩽ d, ai,j ∈ L∞ (Ω) pour laquelle il existe α > 0 tel que :

X
∀ξ := (ξ1 , . . . , ξN ) ∈ Rd , ai,j ξi ξj ⩾ α|ξ|2 .
1⩽i,j⩽d

19
On considère alors le problème suivant :



−L(u) + bu = f sur Ω


(3)


u = 0 sur ∂Ω

où b ∈ L∞ (Ω) est à valeurs positives et f ∈ L2 (Ω). L’ensemble de résolution étant toujours H 2 (Ω).

Théorème II.6
Le problème (3) admet une unique solution faible dans H01 (Ω).

Démonstration : Déterminons d’abord la formulation faible de ce problème. Soit u une solution de

(3). Pour toute application v suffisamment régulière, on a :

Z Z Z
X ∂  ∂u 
ai,j v+ buv = f v.
Ω 1⩽i,j⩽d ∂xi ∂xj Ω Ω

Puis :

Z  X  X Z  ∂   X Z  
∂  ∂u  ∂u  ∂u ∂v
− ai,j v =− ai,j v = ai,j .
Ω ∂xi ∂xj Ω ∂xi ∂xj Ω ∂xj ∂xj
1⩽i,j⩽d 1⩽i,j⩽d 1⩽i,j⩽d

La formulation faible de ce problème est donc :

Z  X  Z Z
∂u ∂v
ai,j + buv = f v.
Ω ∂xj ∂xj Ω Ω
1⩽i,j⩽d

L’ensemble de résolution étant ici H01 (Ω) comme pour les précédentes équations. Introduisons alors les

applications suivantes :

 
1 2
L : H01 (Ω) −→ R B : H0 (Ω) −→ R
 

 
Z  X  Z
Z ∂u ∂v
(u, v) 7−→ ai,j + buv
 
v 7−→ fv

 



Ω ∂xj ∂xi Ω
1⩽i,j⩽d

Comme dans l’exemple précédent, L est une forme linéaire continue sur H01 (Ω).
Z
De plus, B est bilinéaire et pour tout v ∈ H01 (Ω), on a : |B(v, v)| ⩾ α|∇v|2 = α∥v∥H01 (Ω) par hypothèse

sur les (ai,j ). Cela justifie que B est bien coercive. Il reste à établir la continuité de B.

20
On considère pour cela (v, w) ∈ H01 (Ω)2 .
Z  X 
∂v ∂w
On a : |B(v, w)| ⩽ K | | + ∥b∥L∞ (Ω) ∥v∥L2 (Ω) ∥w∥L2 (Ω) , où K := max ∥ai,j ∥L∞ (Ω) ,
Ω ∂xj ∂xj 1⩽i,j⩽d
Z 1⩽i,j⩽d

donc |B(v, w)| ⩽ K |∇v||∇w|+∥b∥L∞ (Ω) ∥v∥L2 (Ω) ∥w∥L2 (Ω) ⩽ ∥v∥H01 (Ω) ∥w∥H01 (Ω) (K+C 2 ∥b∥L∞ (Ω) ), d’après

les inégalités de Cauchy-Schwarz et de Poincaré.

Ainsi, B est bien continue sur H01 (Ω)2 et on en déduit le résultat d’après le théorème de Lax-Milgram.

II.3 Avec un théorème de Schauder

Après avoir vu que le théorème de Lax-Milgram est bien utile pour résoudre des équations aux dérivées

partielles linéaires, on observe qu’il n’est cependant d’aucune utilité pour résoudre des équations aux déri-

vées partielles non linéaires. On doit donc utiliser une nouvelle méthode pour résoudre ce type d’équations.

Commençons d’abord avec un exemple simple : essayons de résoudre le problème suivant dans H 2 (Ω)



−∆u = f (u) sur Ω


(4)


u = 0 sur ∂Ω

où f est une application quelconque dans C 0 (Ω) ∩ L∞ (Ω).

Le théorème fondamental pour résoudre cette équation aux dérivées partielles sera le théorème de

Schauder :

Théorème II.7
Soient E un espace de Banach et C ⊂ E une partie non vide convexe fermée de E.

Si T : C → C est un opérateur continu tel que T (C) est relativement compact alors T admet un point

fixe.

Démonstration : La démonstration est admise, on peut la retrouver dans [4].

Pour pouvoir utiliser ce théorème pour résoudre le problème (4) nous devons donc démontrer quelques

propriétés relatives au Laplacien.

Proposition II.8
L’opérateur ∆−1 : L2 (Ω) → H01 (Ω) qui à f ∈ L2 (Ω) associe l’unique solution faible de (1) est continue.

Démonstration : Soit f ∈ L2 (Ω). D’après les inégalités de Cauchy-Schwarz de Poincaré, on a :

∀v ∈ H01 (Ω) : |⟨f | v⟩L2 (Ω) | ⩽ C∥f ∥L2 (Ω) ∥v∥H01 (Ω) , où C est la constante qui apparaît dans l’inégalité de

21
Poincaré.

L’application L : v 7→ ⟨v | f ⟩L2 (Ω) est donc une forme linéaire continue sur H01 (Ω) de norme inférieure ou

égale à C∥f ∥L2 (Ω) . Enfin, la résolution de la formulation faible du problème (1) avec le théorème de Riesz

nous donne l’existence et l’unicité de la solution u ∈ H01 (Ω) et l’inégalité ∥u∥H01 (Ω) ≤ C∥f ∥L2 (Ω) , d’où la

continuité de ∆−1 .

Nous pouvons maintenant résoudre le problème (4). Rappelons que la formulation faible de ce problème
Z
consiste à trouver u ∈ H01 (Ω) vérifiant : ∀v ∈ H01 (Ω) : (∇u · ∇v + f (u)v) = 0.

Proposition II.9
L’opérateur T : v ∈ H01 (Ω) 7→ −(∆−1 )(f (v)) ∈ H01 (Ω) est une application continue et compacte.

Démonstration : T : v ∈ H01 (Ω) 7→ −(∆−1 )(f (v)). T = −∆−1 ◦ f ◦ ι est continue car c’est la

composition des applications continues d’après la proposition (II.8). De plus, cette application est com-

pacte : d’après le théorème de Rellich, ι est une application compacte et f est continue donc f ◦ ι est une

application compacte. Ainsi, comme −(∆−1 ) est linéaire, T est bien une application compacte.

Théorème II.10
Le problème (4) admet au moins une solution faible dans H01 (Ω).

Démonstration : Nous allons appliquer le théorème de Schauder à E = H01 (Ω) et à l’opérateur T .


p
On considère pour cela l’ensemble convexe C := {v ∈ H01 (Ω), ∥v∥H01 (Ω) ⩽ M } où M := C∥f ∥L∞ (Ω) λ(Ω),

toujours avec C la constante apparaissant dans l’inégalité de Poincaré et λ(Ω) la mesure de Lebesgue de

la partie bornée Ω.

C est fermé par caractérisation séquentielle : si (vn ) est une suite de C qui converge vers v dans (H01 (Ω), ∥.∥H01 (Ω) )

alors (vn ) est bornée dans (H01 (Ω), ∥·∥H01 (Ω) ) donc admet une suite extraite qui converge faiblement vers un

élément de H01 (Ω), qui ne peut alors qu’être v. De plus, cette limite vérifie nécessairement ∥v∥L2 (Ω) ⩽ M

puisque (vn ) est une suite de C.

Vérifions enfin que T (C) ⊂ C grâce au choix de la constante M . Soit v ∈ C, par définition de T , on a :
Z Z
∀w ∈ H01 (Ω), ∇T (v) · ∇w = f (v)w.
Ω Ω

22
Z Z
En particulier, pour w = T (v) ∈ H01 (Ω), on obtient : ∇T (v) · ∇T (v) = f (v)T (v), donc :
Ω Ω
p
∥∇T (v)∥2L2 (Ω) ⩽ ∥f ∥∞ λ(Ω)∥T (v)∥L2 (Ω) . L’inégalité de Poincaré donne donc :
p
∥∇T (v)∥2L2 (Ω) ⩽ C∥f ∥∞ ∥∇T (v)∥L2 (Ω) λ(Ω). Par définition de M , on obtient bien que T (C) ⊂ C.

Finalement, C est un convexe fermé borné de H01 (Ω) donc T (C) est relativement compact donc, d’après le

théorème de Schauder, la formulation faible de (4) admet au moins une solution u ∈ H01 (Ω).

Cependant, il n’y a pas unicité en général de la solution de ce problème (4). On peut toutefois donner

le résultat d’unicité suivant :

Proposition II.11
Z
Si f vérifie la propriété suivante, de décroissance : ∀(u1 , u2 ) ∈ H01 (Ω)2 , (f (u1 ) − f (u2 ))(u1 − u2 ) ⩽ 0,

alors le problème (4) admet une unique solution faible dans H01 (Ω).

Démonstration : Soient u1 et u2 deux solutions du problème (4). Elles vérifient donc :


Z Z Z Z
∀v1 ∈ H01 (Ω), ∇u1 · ∇v1 = f (u1 )v1 et ∀v2 ∈ H01 (Ω), ∇u2 · ∇v2 = f (u2 )v2 . On choisit alors v1
Ω Ω Ω Ω

et v2 telles que v1 := u1 − u2 et v2 := u2 − u1 , qui sont bien, par somme, des éléments de H01 (Ω), ce qui

donne :
Z Z Z Z
∇u1 · ∇(u1 − u2 ) = f (u1 )(u1 − u2 ) et ∇u2 · ∇(u2 − u1 ) = f (u2 )(u2 − u1 ).
Ω Ω Ω Ω

On effectue alors la somme de ces deux équations et on obtient :


Z Z
|∇(u1 − u2 )|2 = (f (u1 ) − f (u2 ))(u1 − u2 ) ⩽ 0 par hypothèse de décroissance de f . Or, d’après l’in-
Ω Ω

égalité de Poincaré, 0 ⩽ ∥u1 − u2 ∥L2 (Ω) ⩽ C∥∇(u1 − u2 )∥H 1 (Ω) = 0 ici, d’où l’unicité dans ce cas de la

solution du problème (4) : u1 = u2 .

Enfin résolu le problème précédent, terminons ce travail par l’étude d’une équation aux dérivées par-

tielles encore plus générale. 



−∆u + au = f (u) sur Ω


(5)


u = 0 sur ∂Ω

où a ∈ L∞ (Ω) est à valeurs positives et telle que ∥a∥∞ C 2 < 1 et où f est une fonction de C 0 (Ω) ∩ L∞ (Ω).

Nous allons procéder de la même manière que précédemment en introduisant les applications auxquelles

nous allons appliquer le théorème de Schauder.

23
Proposition II.12
L’opérateur ∆−1 2 1 2
a : L (Ω) → H0 (Ω) qui à f ∈ L (Ω) associe l’unique solution faible de (2) est continue.

Démonstration : Soit f ∈ L2 (Ω), le théorème de Lax-Milgram affirme que B(u, u) = L(u) où B et

L sont définies dans la partie II.2 (avec ici a = b dans la définition précédente de B). La coercivité de B

et la continuité de L nous donnent ainsi : ∥u∥2H 1 (Ω) ⩽ C∥f ∥L2 (Ω) ∥u∥H01 (Ω) . Donc ∥u∥H01 (Ω) ⩽ C∥f ∥L2 (Ω) ,
0

d’où la continuité de ∆−1


a .

Nous pouvons maintenant résoudre le problème (5). Rappelons que la formulation faible de ce problème
Z
1 1
consiste à trouver u ∈ H0 (Ω) vérifiant : ∀v ∈ H0 (Ω), (∇u · ∇v − auv + f (u)v) = 0.

Proposition II.13
L’opérateur Ta : v ∈ H01 (Ω) 7→ −(∆−1 1
a )(f (v)) ∈ H0 (Ω) est une application continue et compacte.

Démonstration : L’opérateur T : v ∈ H01 (Ω) 7→ −(∆−1 −1


a )(f (v)). T = −∆a ◦ f ◦ ι est continue car

c’est la composition des applications continues d’après la proposition (II.8). De plus, cette application est

compacte. En effet, d’après le théorème de Rellich, ι est une application compacte, et f est continue donc

f ◦ ι est une application compacte donc, comme −(∆−1


a ) est linéaire, T est une application compacte.

Théorème II.14
Le problème (5) admet au moins une solution faible dans H01 (Ω).

Démonstration : On considère ensuite l’ensemble convexe borné C := {v ∈ H01 (Ω), ∥v∥H01 (Ω) ⩽ M }

C∥f ∥∞ λ(Ω) 2
où M := 1−∥a∥ 2 . On remarque que M est bien défini car on a supposé ∥a∥∞ C ̸= 1 et C est non vide
∞C

car ∥a∥∞ C 2 < 1.

On observe que C est fermé par caractérisation séquentielle de la même manière qu’à l’exemple précédent.

Montrons maintenant que T (C) ⊂ C en considérant v ∈ C. Par définition de T , on a :

Z Z Z
∀w ∈ H01 (Ω), ∇T (v) · ∇w + aT (v)w = f (v)w.
Ω Ω Ω

En appliquant cette égalité pour w = T (v), on obtient :

Z Z Z
∇T (v) · ∇T (v) = f (v)T (v) − aT (v)2 .
Ω Ω Ω

24
p
Donc ∥∇T (v)∥2L2 (Ω) ⩽ ∥a∥∞ ∥T (v)∥2L2 (Ω) + ∥f ∥∞ λ(Ω)∥T (v)∥L2 (Ω) , d’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz.
p
Puis, d’après l’inégalité de Poincaré, (1 − ∥a∥∞ C 2 )∥∇T (v)∥2L2 (Ω) ⩽ C∥f ∥∞ λ(Ω)∥∇T (v)∥L2 (Ω) .

Donc T (v) ∈ C. Finalement, C est un convexe fermé borné de H01 (Ω) donc T (C) est relativement compact

et on peut conclure en appliquant le théorème de Schauder : la formulation faible du problème (5) admet

au moins une solution u ∈ H01 (Ω).

Cette résolution achève nos lectures dirigées : nous avons ainsi pu élargir le cadre de résolution des

équations aux dérivées partielles elliptiques, bien que les nouvelles méthodes introduites ne permettent

pas de résoudre explicitement ces équations et qu’elles ne s’appliquent qu’à certaines conditions souvent

restrictives.

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Références

[1] Pierre Le Barbenchon. Introduction aux Équations aux dérivées partielles elliptiques non linéaires.

[2] Haim Brezis. Analyse fonctionnelle : théorie et applications. Masson, 1983.

[3] Thomas Delzant. Séries de Fourier.

[4] Hervé Le Dret. Équations aux dérivées partielles elliptiques non-linéaires. Springer, 2013.

[5] Francis Hirsch et Gilles Lacombe. Éléments d’analyse fonctionnelle. Masson, 1997.

[6] Hugo Eulry. Opérateurs compacts.

[7] Otared Kavian. Introduction à la théorie des points critiques. Springer, 1994.

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