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Lutte contre l'insécurité alimentaire en crise

En 2010, bien que le nombre de personnes sous-alimentées ait diminué, il reste à un niveau inacceptable, avec 925 millions de personnes souffrant de la faim, principalement dans des pays confrontés à des crises prolongées. Ces crises, souvent causées par des conflits ou des catastrophes naturelles, nécessitent des interventions adaptées qui vont au-delà de l'aide humanitaire immédiate pour inclure des solutions à long terme axées sur la protection des moyens d'existence. Les recommandations incluent une meilleure compréhension des mécanismes d'adaptation des populations et une révision de la structure de l'aide extérieure pour répondre efficacement aux besoins des pays en crise prolongée.

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Lutte contre l'insécurité alimentaire en crise

En 2010, bien que le nombre de personnes sous-alimentées ait diminué, il reste à un niveau inacceptable, avec 925 millions de personnes souffrant de la faim, principalement dans des pays confrontés à des crises prolongées. Ces crises, souvent causées par des conflits ou des catastrophes naturelles, nécessitent des interventions adaptées qui vont au-delà de l'aide humanitaire immédiate pour inclure des solutions à long terme axées sur la protection des moyens d'existence. Les recommandations incluent une meilleure compréhension des mécanismes d'adaptation des populations et une révision de la structure de l'aide extérieure pour répondre efficacement aux besoins des pays en crise prolongée.

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2010

L’état de
l’insécurité alimentaire
dans le monde
Combattre l’insécurité alimentaire
lors des crises prolongées
Key messages
Messages clés

Selon les estimations, le nombre et la proportion des personnes L’agriculture et l’économie rurale sont des secteurs essentiels,
sous-alimentées sont en baisse, mais leur niveau reste quand il s’agit d’appuyer les moyens d’existence en cas de crise
inacceptable. Après les hausses enregistrées entre 2006 et 2009, prolongée, mais elles n’attirent pas des volumes d’aide propor-
sous l’effet de la flambée des prix des aliments et de la crise tionnels à leur importance. Les moyens d’existence reposant sur
économique mondiale, le nombre et la proportion de personnes l’agriculture et l’économie rurale revêtent une importance particulière
souffrant de la faim ont baissé, en 2010, grâce à la reprise de pour les groupes les plus touchés par des crises prolongées. L’agriculture
l’économie mondiale et au fléchissement des prix des aliments, par assure en effet un tiers du produit intérieur brut des pays en situation de
rapport aux niveaux record affichés précédemment. L’incidence de la crise prolongée et les deux tiers de l’emploi. Elle ne reçoit cependant que
faim reste toutefois plus importante qu’avant la crise, ce qui quatre pour cent de l’aide publique à vocation humanitaire reçue par les
complique encore la réalisation des objectifs de réduction de la faim pays en situation de crise prolongée et trois pour cent de l’aide publique
du Sommet mondial de l’alimentation et de l’Objectif 1 de la au développement (APD).
Déclaration du Millénaire.
Il convient de modifier la structure actuelle de l’aide, de manière à
Une attention spéciale doit être accordée aux pays confrontés à renforcer l’efficacité des mesures prises pour pourvoir aux besoins
des crises prolongées. Ces pays sont caractérisés par des crises de immédiats et s’attaquer aux causes structurelles des crises
longue durée ou à répétition et n’ont souvent que des capacités de prolongées. Dans le système actuel, on a recours à l’assistance
réaction limitées, ce qui ne fait qu’aggraver l’insécurité alimentaire sur humanitaire pour appuyer les efforts déployés à court terme pour
leur territoire. Les interventions requises dans ces cas sont différentes remédier aux effets immédiats d’une crise, alors que l’on utilise l’aide au
de celles conçues pour résoudre des crises de brève durée ou des développement pour des interventions à long terme s’attaquant aux
problèmes de développement, en dehors d’un contexte de crise. causes sous-jacentes de ces crises. Il arrive donc souvent que des
domaines d’intervention importants lors de crises prolongées (comme la
Pour améliorer la sécurité alimentaire lors de crises prolongées, protection sociale et la réduction des risques) ne bénéficient pas de
il ne faut pas se contenter d’interventions à court terme: il faut financements suffisants. En général, la faiblesse des structures de
plutôt chercher à protéger et à promouvoir les moyens gouvernance lors de crises prolongées conditionne les allocations d’aide.
d’existence des populations, sur le long terme. Les personnes
confrontées à des crises prolongées sont souvent obligées de modifier L’assistance alimentaire contribue à jeter les bases d’une sécurité
radicalement leur mode de vie, ce qui exige des interventions à plus alimentaire à long terme et revêt une importance particulière pour
long terme. Ce bouleversement des moyens d’existence traditionnels les pays confrontés à des crises prolongées. L’assistance alimentaire
et des mécanismes d’adaptation a également des implications très humanitaire sauve des vies, mais elle permet aussi d’investir dans l’avenir
différentes pour les hommes et les femmes. d’un pays, en préservant et renforçant le capital humain et les moyens
d’existence, qui sont les bases mêmes de la stabilité future et du
Il est essentiel d’appuyer les institutions pour faire face aux développement. Si l’on veut faire en sorte que l’aide soit appropriée et
crises prolongées. Qu’elles soient dues à l’action de l’homme ou à que l’assistance alimentaire à des fins humanitaires jette des bases solides
des catastrophes naturelles répétées, les crises prolongées minent en vue de la sécurité alimentaire à plus long terme, il convient de recourir
souvent les institutions dont les pays ont besoin pour enrayer les crises à une gamme variée d’outils (aliments, contributions en espèces, bons
et amorcer le redressement. Les institutions locales sont souvent d’alimentation) et d’appliquer des méthodes novatrices d’achat (y
présentes pour combler des lacunes critiques, lorsque les institutions compris achats locaux).
nationales sont en déroute, et peuvent jouer un rôle important dans
les solutions apportées aux crises prolongées, mais les acteurs Des mesures plus étendues de protection sociale aident les pays à
extérieurs en tiennent rarement compte. faire face aux crises prolongées et à jeter les bases d’un redresse-
ment à long terme. On peut citer, parmi les principales interventions:
les filets de sécurité, les assurances dans certains cas, et les services de
santé et d’instruction, qui ouvrent la voie à un développement à plus
long terme. Toutefois, les programmes de protection sociale sont
généralement de brève durée, liés aux secours et financés par des
bailleurs de fonds extérieurs, parce que les pays confrontés à des crises
prolongées ont des capacités financières et institutionnelles limitées et
des moyens de mise en œuvre réduits.

Recommandations
Recommandation 1. Préconiser une Recommandation 2. Appuyer la protec- Recommandation 3. Revoir la structure de
analyse plus en détail et une tion, la promotion et la l’aide extérieure fournie en temps de crise
compréhension plus approfondie des reconstitution des moyens d’existence et prolongée afin de répondre aux besoins et
moyens d’existence et des mécanismes les institutions qui soutiennent et de tenir compte des difficultés sur le terrain
d’adaptation utilisés par les populations rendent possibles les moyens d’existence ainsi que des contraintes institutionnelles. Il
lors de crises prolongées, afin de dans les pays confrontés à des crises faudra peut-être, dans cette optique,
renforcer les capacités de résistance et de prolongées. organiser un forum de haut niveau sur les
rendre les programmes d’aide et crises prolongées et établir un nouveau
d’assistance plus efficaces. «Programme d’action» pour les pays en
situation de crise prolongée.
2010
L’état de
l’insécurité alimentaire
dans le monde
Combattre l’insécurité alimentaire lors des crises prolongées

ORGANISATION DES NATIONS UNIES POUR L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE


Rome, 2010
Les appellations employées dans ce produit d’information et la présentation des
données qui y figurent n’impliquent de la part de l’Organisation des Nations Unies
pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ou du Programme alimentaire mondial (PAM)
aucune prise de position quant au statut juridique ou au stade de développement
des pays, territoires, villes ou zones ou de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs
frontières ou limites.
La mention de sociétés déterminées ou de produits de fabricants, qu’ils soient ou
non brevetés, n’entraîne, de la part de la FAO ou du PAM, aucune approbation ou
recommandation desdits produits de préférence à d’autres de nature analogue qui ne
sont pas cités.

Les appellations employées et la présentation des données sur les cartes n’impliquent
de la part de la FAO ou du PAM aucune prise de position quant au statut juridique
ou constitutionnel des pays, territoires ou zones maritimes, ni quant au tracé de leurs
frontières ou limites.

ISBN 978-92-5-206610-1

Tous droits réservés. La reproduction et la diffusion des informations figurant dans ce


produit d’information destinées à des fins éducatives ou autres fins non commerciales
sont autorisées sans autorisation écrite préalable des détenteurs du droit d’auteur, sous
réserve que la source soit clairement indiquée. La reproduction des informations figurant
dans ce produit d’information à des fins de revente ou d’autres fins commerciales
est interdite sans autorisation écrite préalable des détenteurs du droit d’auteur. Les
demandes d’autorisation de reproduction ou de diffusion de matériel sont à adresser par
courriel à l’adresse suivante:

Chef de la Sous-division des politiques et de l’appui en matière de publications,


Bureau de l’échange des connaissances, de la recherche et de la vulgarisation,
FAO
Viale delle Terme di Caracalla, 00153 Rome, Italie.
Ou par courrier électronique à
copyright@[Link]

© FAO 2010
T A B L E D E S M A T I È R E S
4 Avant-propos

8 La sous-alimentation dans le monde en 2010

8 Le nombre de personnes sous-alimentées est en baisse, même s’il reste


bien trop élevé

10 La sous-alimentation, région par région

12 Quels sont les pays confrontés à une


crise prolongée et pourquoi méritent-ils
une attention particulière?

12 Caractéristiques communes des pays confrontés à des crises prolongées

18 Adaptation des moyens d’existence lors des crises prolongées

22 La parité hommes-femmes dans les crises prolongées

25 Les enseignements tirés des interventions communautaires et


leur application

29 Interventions nationales et internationales face


aux crises prolongées

29 Analyse des volumes d’aide en faveur des pays confrontés à des


crises prolongées

34 L’assistance alimentaire à des fins humanitaires lors de crises prolongées

39 Favoriser la protection sociale lors des crises prolongées

43 Des interventions à court terme pour soutenir le redressement à plus


long terme de l’agriculture et de la sécurité alimentaire

48 Le Mozambique: un exemple de réussite

50 Assurer la sécurité alimentaire lors de crises


prolongées: mesures recommandées

56 Annexe technique

56 Tableau 1
Prévalence de la sous-alimentation et progrès accomplis en vue de la
réalisation des objectifs du Sommet mondial de l’alimentation (SMA) et
du Millénaire pour le développement (OMD) dans les pays en
développement

59 Tableau 2
Quelques indicateurs de développement et de sécurité alimentaire pour
les pays confrontés à des crises prolongées

60 Notes
L
A v a n t - p r o p o s

e nombre de personnes sous-alimentées dans le monde, près d’un milliard, reste à un niveau
inacceptable même s’il devrait baisser en 2010, pour la première fois depuis 1995. Cette baisse
est due en grande partie à la reprise économique prévue en 2010 – notamment dans les pays
en développement – et au fléchissement des cours internationaux des produits alimentaires depuis
2008. La récente augmentation du prix des denrées alimentaires, si elle persiste, créera des obstacles
supplémentaires dans la lutte qui est menée pour continuer de faire reculer la faim.
Toutefois, selon les estimations, 925 millions de personnes continueraient à souffrir de sous-
alimentation en 2010, soit 16 pour cent de la population des pays en développement. Le fait que près
d’un milliard d’êtres humains souffrent toujours de la faim même après que la crise alimentaire et la
crise financière se sont pour l’essentiel éloignées montre bien qu’il reste à résoudre un problème
structurel menaçant gravement la capacité de réaliser les objectifs de réduction de la faim énoncés dans
la Déclaration du Millénaire pour le développement (OMD) et du Sommet mondial de l’alimentation
(SMA) de 1996. Il faut bien constater que la croissance économique, si elle est essentielle, n’est
cependant pas suffisante en soi pour éliminer la faim dans une période de temps acceptable.
Cette édition de L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde se penche sur les personnes qui
vivent dans un groupe de pays dans lequel l’incidence de la faim est particulièrement élevée et
persistante et qui peine à réaliser les objectifs du Millénaire, à savoir les pays confrontés à des crises
prolongées. Ces pays sont caractérisés par des crises de longue durée ou survenant régulièrement,
causées par des catastrophes naturelles ou causées par l’homme et par les capacités limitées dont ils
disposent pour y répondre. La présente publication montre que dans les
22 pays confrontés à des crises prolongées (ou contenant des zones en crise prolongée), 166 millions
de personnes souffriraient, selon les données les plus récentes, de sous-alimentation, soit près de
40 pour cent de la population totale de ces pays et près de 20 pour cent du nombre total de
personnes souffrant de sous-alimentation dans le monde.
Ce niveau de sous-alimentation inacceptable est dû à plusieurs facteurs, notamment des conflits
armés ou des catastrophes naturelles, souvent aggravés par la faiblesse de la gouvernance ou des
pouvoirs publics, le manque de ressources, des moyens d’existence non durables et la défaillance des
institutions locales. Devant de tels obstacles, comment s’étonner que ces crises prolongées prennent la
forme d’un cercle vicieux qui se perpétue?
Les crises prolongées ne sont pas assimilables à une série d’épisodes ponctuels de brève durée. Elles
ne sont pas non plus des interruptions temporaires, après lesquelles les pays peuvent facilement
retrouver la voie du développement à long terme. Elles représentent plutôt des menaces qui planent
lourdement et constamment sur la vie et les moyens d’existence des populations et auxquelles il est de
plus en difficile d’échapper à mesure que le temps passe.
Les crises prolongées exigent donc des modalités d’intervention spécialement conçues et bien
ciblées. Une assistance destinée à répondre aux besoins immédiats est certes importante, pour
sauver des vies humaines pendant les crises prolongées – comme d’ailleurs lors de crises plus brèves
– mais il est également essentiel de se concentrer sur les facteurs responsables de ces crises et sur
leurs incidences à long terme, notamment les conflits, la désintégration des institutions, la
destruction des moyens d’existence et le déplacement des populations. Il faut donc, de toute
urgence, recentrer l’assistance fournie lors de crises prolongées sur la protection des moyens
d’existence, et pas seulement des vies humaines, dans le but de contribuer à mettre un pays sur la
voie constructive du redressement.
Malgré ces besoins supplémentaires, les tendances de l’aide au développement sont
préoccupantes: près des deux tiers des pays confrontés à des crises prolongées reçoivent moins d’aide
au développement par habitant que la moyenne des pays les moins avancés. Plus particulièrement,
l’agriculture ne reçoit que de 3 à 4 pour cent de l’aide au développement et de l’aide humanitaire
dans les pays confrontés à des crises prolongées, même si elle assure près de 32 pour cent de
leur produit intérieur brut et si elle est à l’origine des moyens d’existence de plus de 62 pour cent de
leur population.
Plusieurs mesures peuvent être prises pour mieux gérer les crises prolongées et fournir une aide plus
efficace et plus durable aux personnes qui sont confrontées à ces situations. Selon l’expérience acquise
par de nombreux pays, la manière la plus prometteuse d’assurer la durabilité à long terme et
d’améliorer réellement la sécurité alimentaire est de mettre en place des activités d’assistance à long
terme, en s’appuyant sur des institutions locales existantes ou revitalisées. Des mécanismes de

4 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
protection sociale, comme les programmes d’alimentation scolaire, de travail contre rémunération et de
vivres contre travail, peuvent aussi apporter une contribution essentielle, à long terme. L’assistance
alimentaire contribue à la mise en place de ces mécanismes de protection sociale: elle fournit des
aliments dans le cadre de programmes de filets de sécurité et stimule les marchés en achetant
localement des vivres destinés à l’aide alimentaire ou par le biais de programme de subventions en
espèces; elle comble ainsi le fossé entre l’assistance humanitaire traditionnelle et le soutien au
développement à plus long terme. Les efforts devraient également se concentrer sur l’amélioration
durable et à long terme de la capacité productive des pays vulnérables, tout en renforçant leur capacité
de résistance aux chocs. Toutes ces interventions améliorées supposent toutefois une meilleure
compréhension de la nature des crises prolongées, condition essentielle pour s’attaquer efficacement
aux problèmes spécifiques des pays concernés. Ces messages seront élaborés plus avant dans la
présente publication et constitueront la base de recommandations spécifiques visant à améliorer notre
compréhension des crises prolongées et, surtout, à appuyer une intervention plus résolue et plus
efficace pour aider les personnes qui se trouvent dans ces situations à sortir de ce cercle vicieux.
L’édition 2010 de L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde est, une fois de plus, le fruit d’une
étroite collaboration entre nos deux organisations et d’autres partenaires. Mettant à contribution les
compétences techniques et les connaissances du personnel des deux organisations, nous avons jeté un
regard neuf sur les problèmes de l’insécurité alimentaire dans les pays confrontés à des crises
prolongées, créant ainsi les bases d’une nouvelle vision qui combine les atouts de l’assistance
humanitaire et de l’aide au développement à plus long terme. La présente publication fournira, nous
l’espérons, des informations utiles qui pourront être prises en compte par les décideurs locaux,
nationaux, régionaux et internationaux dans le but d’améliorer durablement la sécurité alimentaire en
situation de crise prolongée et de bâtir un avenir plus prometteur, plus prospère et dans lequel les
personnes seront mieux à même de subvenir à leurs besoins.

Jacques Diouf Josette Sheeran


Directeur général de la FAO Directrice exécutive du PAM

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 5
R e m e r c i e m e n t s

L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2010 a été rédigé sous l’autorité générale de Hafez
Ghanem, Sous-Directeur général, et sous la direction de l’équipe d’encadrement du Département du
développement économique et social (ESA). La coordination technique de la publication a été assurée
par Kostas Stamoulis et Keith Wiebe, de la Division de l’économie du développement agricole, avec la
contribution des éditeurs techniques Luca Alinovi et Luca Russo, de la même division, et de Dan
Maxwell, du Feinstein International Center (Tufts University). L’équipe de la Division de la statistique
(ESS) a produit les données de fond sur la sous-alimentation.
Pour la deuxième année consécutive, L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde a été rédigé
conjointement par la FAO et le Programme alimentaire mondial (PAM). Nicholas Crawford et Sarah
Laughton, de la Division des politiques, de la planification et des stratégies du PAM, ont assuré la
coordination technique de toutes les contributions du PAM et fourni des indications et des avis
précieux lors de la révision des textes.
Le chapitre «La sous-alimentation dans le monde en 2010» a été rédigé par le Département du
développement économique et social et a bénéficié de contributions techniques clés de Luca Alinovi et
Erdgin Mane (ESA).
Dans le chapitre «Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une
attention particulière?», la partie intitulée «Caractéristiques communes des pays confrontés à des crises
prolongées» a été élaborée par Dan Maxwell, avec les contributions de Luca Alinovi et Luca Russo. Les
données du Système mondial d’information et d’alerte rapide sur l’alimentation et l’agriculture (SMIAR)
prises en considération dans ce chapitre, s’agissant des pays confrontés à des crises prolongées, ont été
fournies par Kisan Gunjal, de la Division du commerce et des marchés (EST). La section «Adaptation
des moyens d’existence lors des crises prolongées» a été élaborée par Margie Buchanan-Smith, Susan
Jaspars et Sara Pantuliano, de l’Institut du développement outre-mer. La partie intitulée «La parité
hommes-femmes dans les crises prolongées» a bénéficié des contributions de Gabriel Rugalema et
Libor Stloukal, avec l’appui de Carina Hirsch et de Joseph Ssentongo, de la Division de la parité, de
l’équité et de l’emploi rural (ESW). La section «Les enseignements tirés des interventions
communautaires et leur application» a été rédigée par Karel Callens, de la Division de l’appui à
l’élaboration des politiques et programmes (TCS), avec les contributions de Kevin Gallagher (FAO Sierra
Leone), Luca Russo (ESA), Rene Salazar (Institut régional pour l’éducation communautaire en Asie du
Sud-Est, Sierra Leone) et Oriane Turot (ESA).
Dans le chapitre «Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées», la section
«Analyse des volumes d’aide en faveur des pays confrontés à des crises prolongées» est signée Luca
Russo et Winnie Bell (ESA), qui se sont appuyés sur les statistiques, les analyses et autres contributions
fournies par Daniel Coppard et Asma Zubairi, de Development Initiatives. La partie «L’assistance
alimentaire à des fins humanitaires lors de crises prolongées» a été rédigée par Nicholas Crawford et
Sarah Laughton, du PAM, avec la contribution de Saskia de Pee, Martin W. Bloem et Tina van den Briel
(encadré 6) pour le compte du PAM. Ugo Gentilini, de la Division des politiques, de la planification et
des stratégies du PAM, a rédigé «Favoriser la protection sociale lors des crises prolongées». La partie
«Des interventions à court terme pour soutenir le redressement à plus long terme de l’agriculture et de
la sécurité alimentaire» a été établie par Jennifer Nyberg, Neil Marsland, Lucia Palombi et Dick
Trenchard, de la Division des opérations d’urgence et de la réhabilitation (TCE). Karel Callens (TCS) a
produit, en collaboration avec Margarida David e Silva et Christopher Tanner (FAO Mozambique), la
dernière partie, intitulée «Le Mozambique: un exemple de réussite».
Le dernier chapitre, «Assurer la sécurité alimentaire lors de crises prolongées: mesures recommandées»
est signé Luca Alinovi et Dan Maxwell, avec les contributions de Luca Russo. Nick Haan et Zoé Druilhe
(ESA) ont également participé à l’élaboration de l’encadré 12.
Ricardo Sibrian a produit le tableau 1 de l’annexe technique, avec l’aide de Cinzia Cerri et de
Seevalingum Ramasawmy (ESS), ainsi que d’Erdgin Mane (ESA). Rafik Mahjoubi et Panagiotis Karfakis
(ESA) ont fourni les projections initiales. Le processus éditorial a bénéficié des précieuses observations,
suggestions et contributions de Jean Balié (ESA), Boubaker BenBelhassen (Direction générale),
André Croppenstedt (ESA), David Dawe (ESA), Bénédicte de la Brière (ESA), Xiaoning Gong (ESS),
David Hallam (EST), Arif Husain (PAM), Henri Josserand (EST), David Marshall (ESS), Steven Were
Omamo (PAM), Terri Raney (ESA), Alexander Sarris (EST), Shahla Shapouri, du Service de l’économie et
de la recherche du Département de l’agriculture des États-Unis d’Amérique, Dick Trenchard (TCE),
Jeff Tschirley (TCE) et Marcela Villarreal (ESW). La lisibilité de la version anglaise du rapport a été

6 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
grandement améliorée grâce à l’appui rédactionnel de Paul Neate. Tout au long du processus, Daniela
Farinelli a fourni d’excellents services administratifs et Lavinia Antonaci, Winnie Bell, Marco D’Errico,
Erdgin Mane et Denise Melvin ont réalisé des recherches et apporté d’autres contributions précieuses à
la rédaction.
Les graphiques et la mise en page, ainsi que la correction d’épreuve de la version anglaise, ont été
réalisés par Visiontime. Les services de traduction et d’impression ont été assurés par le Service de
programmation et de documentation des réunions du Département des services internes, des
ressources humaines et des finances de la FAO.

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 7
La sous-alimentation dans le monde en 2010
Le nombre de personnes sous-alimentées est en
baisse, même s’il reste bien trop élevé

Message clé par rapport au niveau d’avant-crise économique, à celui d’il


y a 40 ans et au niveau qui prévalait lorsque les objectifs de
Le nombre et la proportion de personnes sous- réduction de la faim ont été fixés, lors du Sommet mondial
alimentées dans le monde sont en baisse, grâce à la de l’alimentation de 1996 (voir encadré 1).
reprise de l’économie mondiale et au tassement des Selon les dernières données disponibles, le nombre total de
prix des produits alimentaires, mais la faim a gagné du personnes sous-alimentées, qui aurait atteint 1 023 millions en
terrain depuis la flambée des prix des aliments et la 2009, devrait tomber à 925 millions en 2010, soit une baisse
crise économique, ce qui rend plus difficile la de 9,6 pour cent. Les pays en développement représentent
réalisation des objectifs de réduction de la faim 98 pour cent des personnes sous-alimentées dans le monde,
convenus sur le plan international. et le taux de prévalence de la sous-alimentation y est de
16 pour cent (figure 2) – contre 18 pour cent en 2009 – mais
ce niveau est nettement supérieur à celui fixé dans l’Objectif

A
près la forte hausse enregistrée entre 2006 et 1 du Millénaire pour le développement (OMD 1).
2009, du fait de la flambée des prix des aliments Au cours des dernières années, de bonnes récoltes de
et de la crise économique mondiale, le nombre et céréales ont été engrangées dans le monde entier – même si
la proportion de personnes sous-alimentées devraient, selon le nombre de personnes sous-alimentées était en hausse –
les estimations, baisser en 2010, grâce à la reprise de mais l’amélioration d’ensemble de la sécurité alimentaire en
l’économie mondiale (figure 1). Le nombre de personnes 2010 traduit un meilleur accès à la nourriture grâce à la
sous-alimentées reste toutefois inacceptable: il a augmenté reprise économique prévue, notamment dans les pays en

ENCADRÉ 1

Comment définir la sécurité alimentaire et quels sont les objectifs de réduction de la faim?

■■ On peut parler de sécurité alimentaire quand toutes alimentaires minimaux (BEAM). Les besoins
les personnes ont, à tout moment, un accès physique, énergétiques alimentaires minimaux correspondent à
social et économique à une nourriture suffisante, saine l’énergie nécessaire pour avoir une activité physique
et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins légère et maintenir un poids minimal acceptable, selon
énergétiques et leurs préférences alimentaires pour la taille. Ils varient d’un pays et d’une année à l’autre et
mener une vie saine et active. La sécurité alimentaire sont fonction du sexe et de l’âge de la population. Dans
des ménages correspond à l’application de ce concept la présente publication, les termes «faim» et «sous-
au niveau de la famille, les individus qui composent le alimentation» sont utilisés indifféremment.
ménage étant le centre d’attention. ■■ L’objectif du Sommet mondial de l’alimentation est
■■ On parle donc d’insécurité alimentaire lorsque les de réduire de moitié, entre 1990-1992 et 2015, le
personnes n’ont pas un accès physique, social et économique nombre de personnes souffrant de la faim, alors que la
à une nourriture suffisante, comme défini ci-dessus. cible 1C de l’Objectif 1 du Millénaire pour le
■■ On parle de sous-alimentation lorsque l’apport développement est de réduire, entre 1990 et 2015, la
calorique est inférieur aux besoins énergétiques proportion de la population qui souffre de la faim.

8 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
La sous-alimentation dans le monde en 2010

développement, et au tassement des prix des aliments, par 20091. En général, la croissance du Produit intérieur brut
rapport aux cours élevés de 2008. Selon les estimations du (PIB) est plus forte dans les pays en transition ou en
Fonds monétaire international, la croissance économique développement que dans les pays développés (figure 3).
serait de 4,2 pour cent en 2010, soit plus que ce qui était D’après une estimation de la Banque mondiale, les flux de
prévu auparavant, après une contraction de 0,6 pour cent en capitaux privés vers les pays en développement

FIGURE 1 FIGURE 2

Nombre de personnes sous-alimentées dans le monde, Proportion de personnes sous-alimentées dans les pays
entre 1969-1971 et 2010 en développement entre 1969–1971 et 2010

En millions Pourcentage de personnes sous-alimentées


1 050 35
2009 1969–1971
1 000 30

950 1979–1981
2008 25
900 2010
1969-1971 1990–1992 2009
20
1990-1992 2000-2002 2008
850
1979-1981 2000-2002
2005-2007 15 1995–1997
800 2005-2007 2010
1995-1997
750 10

0 0

Note: Les chiffres pour 2009 et 2010 sont estimés par la FAO, avec un apport Source: FAO. Source: FAO.
du Département de l’agriculture des États-Unis d'Amérique (Service de recherche
économique). La méthodologie utilisée est décrite dans les notes techniques
documentaires (disponibles à l’adresse [Link]/publication/sofi/en/).

FIGURE 3

Selon les projections, la croissance économique devrait reprendre en 2010, notamment dans les pays en développement

Variation annuelle, en pourcentage, du PIB, à prix constants


12

10

-2

-4

-6

-8
Total mondial Économies Économies Europe centrale Communauté Pays d’Asie en Moyen-Orient et Afrique Hémisphère
avancées émergentes et et orientale d’États développement Afrique du Nord subsaharienne occidental
en développement indépendants

2005 2006 2007 2008 2009 2010

Source: Fonds monétaire international, base de données de Perspectives de l’économie mondiale, avril 2010.

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 9
La sous-alimentation dans le monde en 2010

FIGURE 4
augmenteraient également plus vite que ce qui était prévu
initialement2. Parallèlement, les cours internationaux des Les prix des aliments ont fléchi par rapport à leurs
céréales ont baissé au cours des derniers mois et se situent niveaux record de 2008, mais restent plus élevés qu’avant
désormais en dessous de leurs pics récents, en raison des la crise dans de nombreux pays en développement
amples disponibilités céréalières au niveau mondial en Cours internationaux des céréales
2009/10 et de la perspective de bonnes récoltes en 2010 (moyenne mensuelle de référence; USD/tonne)
Depuis 3 ans
(figure 4); les prix des aliments restent toutefois supérieurs Depuis deux ans
aux niveaux d’avant-crise (début 2008) dans la plupart des 1 000
Changement depuis un an
pays à faible revenu et à déficit vivrier, ce qui pèse sur l’accès
900
à la nourriture des populations vulnérables3.
Une analyse de la faim au cours de la crise et de la reprise 800

révèle à quel point de nombreux pays pauvres sont 700


vulnérables en cas de choc économique. En l’absence de 600
mécanismes appropriés permettant de faire face aux chocs
500
ou de protéger les populations les plus vulnérables, on -14% -50% +47% Riz
assiste à une forte variation de l’incidence de la faim, dans le 400

sillage des crises. De plus, quand la crise est passée, il ne faut 300
pas imaginer que tous ses effets sur la faim disparaissent. Les
200 -24% -42% -19% Blé
ménages vulnérables font face aux chocs en vendant des -8% -32% +4% Maïs
actifs, très difficiles à reconstituer, en réduisant la quantité et 100
Mai Août Nov. Févr. Mai Août Nov. Févr. Mai Août Nov. Févr. Mai
la variété des aliments consommés et en réduisant les 07 07 07 07 08 08 08 08 09 09 09 09 10

dépenses de santé et d’éducation, mais ces mécanismes Source: FAO. 2010. Perspectives de récoltes et situation alimentaire. No. 2 (mai). Rome.
d’adaptation ont tous des répercussions négatives à long
terme sur la qualité de la vie et les moyens d’existence.

La sous-alimentation, région par région


La plupart des personnes sous-alimentées vivent dans les réduire le nombre de personnes sous-alimentées et à
pays en développement. Deux tiers d’entre elles sont avancer sur la voie de l’objectif du Sommet mondial de
concentrées dans sept pays seulement (Bangladesh, Chine, l’alimentation (de 827 millions de personnes sous-
République démocratique du Congo, Éthiopie, Inde,
FIGURE 5
Indonésie et Pakistan) et plus de 40 pour cent d’entre elles
vivent en Chine et en Inde. La sous-alimentation en 2010, par région (en millions)
Selon les projections pour 2010, le nombre de personnes
sous-alimentées devrait baisser dans toutes les régions, mais à Total = 925 millions
des rythmes différents. La région qui compte le plus grand Pays développés 19
nombre de personnes sous-alimentées reste l’Asie et le
Pacifique (figure 5), même si l’on prévoit une baisse de Proche-Orient et Afrique du Nord 37
12 pour cent, de 658 millions en 2008 à 578 millions en Amérique latine
2010; cette région est d’ailleurs à l’origine de l’essentiel des et Caraïbes 53
améliorations prévues en 2010 (figure 6)4.
Si l’objectif du Sommet mondial de l’alimentation est de Afrique
subsaharienne 239
réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées,
l’Objectif 1 du Millénaire pour le développement (OMD 1)
prévoit, quant à lui, de réduire de moitié la proportion de
personnes sous-alimentées. Comme la population mondiale
continue à augmenter (même si la croissance est plus lente
qu’au cours des dernières décennies), à un nombre fixe de
personnes sous-alimentées peut correspondre une baisse de Asie et Pacifique 578
la proportion de personnes souffrant de la faim. En effet,
l’ensemble des pays en développement n’a pas réussi à Note: Tous les nombres sont arrondis. Source: FAO.

10 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
La sous-alimentation dans le monde en 2010

alimentées en 1990-1992 à 918 millions en 2010), alors que l’Éthiopie et d’autres pays étaient sur le point d’y parvenir;
des progrès ont été accomplis en ce qui concerne l’OMD 1 en revanche, dans la République démocratique du Congo, la
(la prévalence de la faim passant de 20 pour cent en proportion des personnes sous-alimentées était passée de
1990-1992 à 16 pour cent en 2010). 26 pour cent en 1990-1992 à 69 pour cent. En Asie,
La proportion de personnes sous-alimentées reste l’Arménie, le Myanmar et le Viet Nam avaient déjà atteint
particulièrement élevée en Afrique subsaharienne, se l’OMD 1, tandis que la Chine était près d’y arriver; en
chiffrant à 30 pour cent de la population en 2010 (figure 7), Amérique latine et dans les Caraïbes, le Guyana, la
mais les progrès sont très variables, au niveau national. En Jamaïque et le Nicaragua avaient déjà atteint l’OMD 1, alors
2005–2007 (période la plus récente pour laquelle des que le Brésil se rapprochait de l’objectif (on trouvera dans le
donnés complètes sont disponibles), le Congo, le Ghana, le tableau 1 de l’annexe technique des statistiques plus
Mali et le Nigeria avait déjà atteint l’OMD 1, alors que détaillées par pays.)

FIGURE 6

Nombre de personnes sous-alimentées entre 1990-1992 et 2010: tendances régionales

Nombre de personnes sous-alimentées (en millions)


700

600

500

400

300

200

100

0
Asie Afrique Amérique latine Proche-Orient
et Pacifique subsaharienne et Caraïbes et Afrique du Nord

1990-1992 1995-1997 2000-2002 2005-2007 2008 2009 2010

Source: FAO.

FIGURE 7

Proportion de personnes sous-alimentées, de 1990-1992 à 2010: tendances régionales

Pourcentage de personnes sous-alimentées


40

35

30

25

20

15

10

0
Pays en Asie Afrique Amérique latine Proche-Orient
développement et Pacifique subsaharienne et Caraïbes et Afrique du Nord

1990-1992 1995-1997 2000-2002 2005-2007 2008 2009 2010


Source: FAO.

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Quels sont les pays confrontés à
une crise prolongée et pourquoi méritent-ils
une attention particulière?
Caractéristiques communes des pays confrontés à
des crises prolongées
Message clé prolongée, un conflit militaire déclaré n’est pas un facteur
causal important, ou alors il ne se manifeste que dans une
On estime que 22 pays sont actuellement partie du pays (comme en Éthiopie et en Ouganda).
confrontés à des crises prolongées. Les crises • Faiblesse de la gouvernance ou de l’administration
prolongées présentent les caractéristiques suivantes: publique. Parfois, il s’agit simplement de capacités
catastrophes naturelles ou conflits répétés, longue insuffisantes pour faire face à des contraintes écrasantes,
durée des crises alimentaires, bouleversement des mais cela peut également refléter un manque de volonté
moyens d’existence et capacité institutionnelle politique d’accorder des droits à tous les citoyens.
insuffisante pour réagir aux crises. Les pays confrontés • Moyens d’existence non durables et mauvais
à des crises prolongées doivent donc être classés dans résultats sur le plan de la sécurité alimentaire. Ces
une catégorie à part et ont besoin d’interventions facteurs contribuent à la sous-alimentation et à
spéciales de la part de la communauté internationale l’augmentation de la mortalité. L’insécurité alimentaire,
qui se consacre au développement. transitoire ou chronique, augmente en général dans des
situations de crise prolongée. Par ailleurs, les moyens
d’existence non durables ne sont pas seulement un

I
l n’existe pas de définition simple de l’expression «pays symptôme de crise prolongée: la détérioration de la
confronté à une crise prolongée». Une crise prolongée a durabilité des moyens d’existence risque en effet de
été définie comme étant «un environnement dans contribuer à l’apparition d’un conflit, qui à son tour peut
lequel une part importante de la population court de graves déboucher sur une crise prolongée.
risques de mort et de maladie et peut voir ses moyens • Défaillance des institutions locales. Celle-ci est souvent
d’existence bouleversés, sur une période prolongée». Dans aggravée par la fragilité de l’État. Il arrive souvent que des
ces environnements, la gouvernance est d’habitude très systèmes institutionnels coutumiers relativement stables
faible et l’État ne dispose que de capacités limitées pour s’effondrent lors de crises prolongées, mais des solutions
combattre ou atténuer les menaces qui planent sur la de remplacement gérées par l’État sont rarement
population ou assurer un niveau de protection adéquat5. disponibles pour y remédier.
L’insécurité alimentaire est la manifestation extérieure la plus
courante de crises prolongées6. ■■ Définition des pays confrontés à des crises
Les crises prolongées ne sont pas toutes identiques, mais prolongées
elles ont en commun certaines des caractéristiques ci-après
(sans les réunir nécessairement toutes)7. Il apparaît clairement, à la lumière de ce qui précède, qu’il est
• Longue durée. L’Afghanistan, la Somalie et le Soudan, difficile de donner une définition précise d’une crise
par exemple, vivent en situation de crise depuis les années prolongée: il n’existe pas de caractéristique unique qui
80, c’est-à-dire depuis près d’une trentaine d’années. permette d’identifier une crise prolongée et l’absence d’une
• Conflit. Il s’agit d’une caractéristique commune, mais une ou de plusieurs caractéristiques énumérées ci-dessus ne
situation de conflit ne débouche pas nécessairement sur une signifie pas nécessairement que le pays ou la région en
crise prolongée: dans certains pays confrontés à une crise question ne soit pas en situation de crise prolongée. La

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Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une attention particulière?

présente publication se fonde sur trois critères mesurables • Statut économique et état de la sécurité alimentaire.
pour déterminer si un pays est confronté ou non à une crise Le dernier critère prévoit que les pays concernés doivent
prolongée: longue durée de la crise, composition des flux figurer sur la liste des PFRDV.
d’aide extérieure et inclusion du pays dans la liste des pays à
faible revenu et à déficit vivrier (PFRDV). Actuellement, 22 pays remplissent ces trois critères (voir
• Longue durée de la crise. Ce critère prend en compte le tableau 1).
nombre d’années qu’a duré la crise, selon les informations Tous les pays du tableau 1 ont connu une situation
fournies par le pays (qu’il s’agisse d’une crise due à une d’urgence provoquée par l’homme – conflit ou crise
catastrophe naturelle, à l’action de l’homme, ou à une politique. Dix-huit d’entre eux ont également dû faire
combinaison des deux), rendant nécessaire une assistance face, à un moment ou à un autre, à une catastrophe
extérieure. Ces informations sont compilées chaque année naturelle – isolée ou combinée à une situation d’urgence
par le Système mondial d’information et d’alerte rapide de la causée par l’homme; quinze pays ont subi, au moins à
FAO (SMIAR), pour tous les États Membres des Nations une occasion, l’effet combiné d’une catastrophe naturelle
Unies. On juge qu’un pays connaît une crise prolongée s’il et d’une situation d’urgence provoquée par l’homme.
figure sur la liste du SMIAR pendant au moins huit ans, entre Certaines crises prolongées sont limitées à une zone
2001 et 2010 (pour prendre en compte les crises les plus géographique déterminée d’un pays et n’affectent pas
récentes), ou pendant au moins 12 ans entre 1996 et 2010. l’ensemble de la population nationale. Par exemple,
• Flux d’aide. Le deuxième critère se réfère à la proportion l’Ouganda figure sur la liste des pays confrontés à une
existant entre l’assistance humanitaire reçue par le pays et crise prolongée, même si cette crise ne s’étend qu’au
l’assistance totale dont il a bénéficié. Un pays est jugé en nord et au nord-est du pays. Un territoire comme la
situation de crise prolongée si l’aide humanitaire qu’il a Cisjordanie et la bande de Gaza, peut également être
reçue représente au moins 10 pour cent de l’ensemble de considéré comme étant confronté à une crise prolongée;
l’aide publique au développement dont il a bénéficié, il figure parmi les études de cas présentées dans cette
depuis 20008. publication.
TABLEAU 1

Pays en situation de crise prolongée: typologie des crises, 1996-2010, et proportion de l’aide humanitaire, 2000-2008

Pays Seulement Seulement Combinaison de Total des Aide


catastrophe catastrophe catastrophes catastrophes humanitaire /
naturelle causée par l’homme naturelles et causées (1996-2010) APD totale
par l’homme (2000-2008)

(Nombre d’années) (Pourcentage)

Afghanistan 5 10 15 20
Angola 1 11 12 30
Burundi 14 1 15 32
Congo 13 13 22
Côte d’Ivoire 9 9 15
Érythrée 2 3 10 15 30
Éthiopie 2 2 11 15 21
Guinée 10 10 16
Haïti 11 1 3 15 11
Iraq 4 11 15 14
Kenya 9 3 12 14
Libéria 14 1 15 33
Ouganda 4 10 14 10
République centrafricaine 8 8 13
République 15 15 27
démocratique du Congo
République populaire 6 3 6 15 47
démocratique de Corée
Sierra Leone 15 15 19
Somalie 15 15 64
Soudan 5 10 15 62
Tadjikistan 3 8 11 13
Tchad 2 4 3 9 23
Zimbabwe 2 3 5 10 31

Sources: SMIAR de la FAO et Initiatives de développement.

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Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une attention particulière?

ENCADRÉ 2

Crises prolongées: le cas de la Somalie

La Somalie n’a plus de gouvernement national depuis 1991 demi-million de citadins à fuir vers le nord-ouest de la ville,
et a connu, avant cette date, plusieurs années de guerre en profitant de la sécurité relative du couloir d’Afgooye.
civile. Depuis 2004, un gouvernement fédéral de transition a En 2009, environ 3,2 millions de personnes avaient besoin
cherché à exercer son autorité, sans arriver toutefois à d’une assistance alimentaire immédiate en Somalie. Plus de la
étendre son contrôle à une bonne partie du pays. Des moitié d’entre elles étaient des personnes déplacées à
gouvernements régionaux quasi indépendants ont assuré de l’intérieur du pays et les autres étaient des personnes
manière autonome l’administration du Somaliland et du touchées directement par le conflit, la sécheresse ou
Puntland, dans le nord du pays. Ces dernières années, le l’effondrement de leurs moyens d’existence, ou par l’effet
conflit a pris des connotations de rivalité régionale. combiné de ces facteurs. Au début de 2010, la sécurité
En 1992-1993, le conflit a entraîné une famine de grande alimentaire d’une bonne partie de la population du centre-
ampleur dans le sud et le centre de la Somalie. Depuis 2000, sud et du centre de la Somalie semblait de plus en plus
des crises de sécurité alimentaire se sont produites dans préoccupante, malgré les bonnes récoltes de 2009, alors que
différentes régions du pays. En 2006, les combats violents presque tous les organismes internationaux ont été obligés
qui faisaient rage à Mogadiscio ont amené près d’un de se retirer de ces régions, pour des raisons de sécurité.

ENCADRÉ 3

Crise prolongée en Cisjordanie et dans la bande de Gaza

Depuis le début de l’occupation israélienne, en 1967, 31 pour cent. Depuis, il a baissé, tout en restant supérieur
l’économie de la Cisjordanie et de la bande de Gaza est à 24 pour cent. La perte d’emplois, de recettes, d’actifs et
tributaire de la main d’œuvre travaillant en Israël et dans de revenus a fortement réduit l’accès économique à la
d’autres pays, ce qui rend ce territoire extrêmement nourriture, étant donné que les revenus par habitant ont
sensible aux changements apportés aux marchés israéliens diminué de moitié depuis 1999. À la mi-2006, six
du travail et des biens. La situation économique s’est personnes sur 10 avaient un revenu inférieur au seuil de
détériorée depuis la fin septembre 2000. La croissance pauvreté de 2,10 USD par jour; par ailleurs, 34 pour cent
démographique a dépassé la croissance du PIB, ce qui des personnes vivant dans le territoire étaient exposées à
s’est traduit par une diminution régulière du PIB par l’insécurité alimentaire et 12 pour cent supplémentaires
habitant. La détérioration de l’économie s’est aggravée étaient particulièrement vulnérables et risquaient de
depuis le début de 2006, avec des retombées sombrer dans l’insécurité alimentaire. Dans la bande de
particulièrement lourdes sur la situation socioéconomique Gaza, quatre familles sur cinq avaient dû réduire leurs
dans la bande de Gaza. dépenses, y compris leurs dépenses alimentaires.
La circulation des biens et des personnes à destination
et en provenance de la Cisjordanie et de la bande de Gaza Sources: FAO/PAM. 2003. Report of the food security assessment, West
a été fortement restreinte, avec les répercussions Bank and Gaza Strip. (disponible en anglais seulement, à l’adresse ftp://
[Link]/docrep/fao/006/j1575e/[Link]); et PAM/FAO. 2007.
négatives que cela comporte pour la vie de la population West Bank and Gaza Strip, Comprehensive Food Security and
palestinienne. À la mi-2002, le chômage se chiffrait à Vulnerability Analysis (CFSVA), pp. 4-9. Rome.

Certains pays, qui semblent avoir été confrontés à une hétérogènes, y compris de point de vue de l’aptitude à faire
crise prolongée, ne figurent pas sur cette liste. Par exemple, face à la crise, certains pays ayant des gouvernements qui
le Sri Lanka sort tout juste d’un long conflit intérieur, qui a fonctionnent, alors que d’autres sont considérés comme des
dévasté une bonne partie du nord de l’île et a provoqué de États fragiles ou défaillants9.
vastes déplacements de population. Toutefois, le pays En ce qui concerne les flux d’aide, les pays confrontés à une
n’apparaît sur la liste SMIAR des pays en crise que pendant crise prolongée reçoivent une part relativement importante de
sept des 10 dernières années, manquant tout juste le critère l’aide totale sous la forme d’assistance humanitaire, plutôt que
fixé pour l’inclusion sur la liste. d’aide au développement. Globalement, environ 10 pour cent
Les pays confrontés à des crises prolongées sont donc très de l’APD totale est fournie sous la forme d’assistance

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Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une attention particulière?

TABLEAU 2

Tous les pays en situation de crise prolongée affichent des taux élevés d’insécurité alimentaire

Pays Population Nombre de Proportion de Insuffisance Taux de Indice de la faim Retard de Émaciation2
totale personnes sous- personnes sous- pondérale pour mortalité des dans le monde croissance1
alimentées alimentées l’âge chez les enfants de moins
enfants de moins de cinq ans
de cinq ans
2005-2007 2005-2007 2005-2007 2002-2007 2007 2009 2000-2007 1996-2007
(En millions) (En pourcentage)

Afghanistan nd nd nd 32,8 25,7 nd 59,3 8,6


Angola 17,1 7,1 41 14,2 15,8 25,3 50,8 8,6
Burundi 7,6 4,7 62 35,0 18,0 38,7 63,1 8,2
Congo 3,5 0,5 15 11,8 12,5 15,4 31,2 8,0
Côte d’Ivoire 19,7 2,8 14 16,7 12,7 14,5 40,1 8,6
Érythrée 4,6 3,0 64 34,5 7,0 36,5 43,7 14,9
Éthiopie 76,6 31,6 41 34,6 11,9 30,8 50,7 12,3
Guinée 9,4 1,6 17 22,5 15,0 18,2 39,3 10,8
Haïti 9,6 5,5 57 18,9 7,6 28,2 29,7 10,3
Iraq nd. nd. nd. 7,1 4,4 nd. 27,5 5,8
Kenya 36,8 11,2 31 16,5 12,1 20,2 35,8 6,2
Libéria 3,5 1,2 33 20,4 13,3 24,6 39,4 7,8
Ouganda 29,7 6,1 21 16,4 13,0 14,8 38,7 6,3
République 4,2 1,7 40 24,0 17,2 28,1 44,6 10,5
centrafricaine
République 60,8 41,9 69 25,1 16,1 39,1 45,8 14,0
démocratique
du Congo
République 23,6 7,8 33 17,8 5,5 18,4 44,7 8,7
populaire
démocratique
de Corée
Sierra Leone 5,3 1,8 35 28,3 26,2 33,8 46,9 10,2
Somalie nd nd. nd. 32,8 14,2 nd. 42,1 13,2
Soudan 39,6 8,8 22 27,0 10,9 19,6 37,9 21,0
Tadjikistan 6,6 2,0 30 14,9 6,7 18,5 33,1 8,7
Tchad 10,3 3,8 37 33,9 20,9 31,3 44,8 16,1
Zimbabwe 12,5 3,7 30 14,0 9,0 21,0 35,8 7,3

Note: nd = non disponible. Sources: FAO, IFPRI et OMS.


1
Pourcentage poids pour l’âge <-2ET.
2
Pourcentage poids pour la taille <-2ET.

FIGURE 8
humanitaire, mais cette part est nettement supérieure dans les
pays confrontés à des crises prolongées et peut atteindre les La proportion de personnes sous-alimentées est environ
deux tiers de l’aide totale, comme en Somalie et au Soudan. En le triple dans les pays en situation de crise prolongée,
outre, les 22 pays confrontés à des crises prolongées reçoivent par rapport aux autres pays en développement
une assistance humanitaire par habitant qui est supérieure à la Pourcentage de personnes sous-alimentées
40
moyenne de l’ensemble des pays en développement. Le niveau
35 37%
et la répartition de l’aide seront examinés plus en détail par la
suite (voir pages 29-34). 30

25
■■ Insécurité alimentaire: les pays confrontés à des
crises prolongées représentent-ils un cas à part? 20

15
15%
L’insécurité alimentaire est, en général, élevée dans les pays 10 13%
confrontés à des crises prolongées (voir tableau 2). En 2005-
5
2007, la part de la population souffrant de sous-alimentation
dans les pays confrontés à des crises prolongées variait dans 0
Pays en crise Chine Autres pays
une fourchette très large, allant de 14 pour cent en Côte prolongée et Inde en développement1
d’Ivoire à 69 pour cent en République démocratique du
Note: Données pour 2005-2007. Source: FAO.
Congo. L’indice de la faim dans le monde, qui est un indice ¹ À l’exclusion des pays en crise prolongée, de la Chine et de l’Inde.

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Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une attention particulière?

composite combinant des données sur la sous-alimentation, La situation de la sécurité alimentaire est nettement plus
la prévalence de l’insuffisance pondérale et la mortalité des critique dans le groupe des pays confrontés à des crises
enfants de moins de cinq ans, est également très variable, prolongées que dans les autres pays en développement,
entre 14,5 («problème sérieux») en Côte d’Ivoire et 39,1 pour quatre des six critères fondamentaux: part de la
(«problème extrêmement alarmant») en République population sous-alimentée (FAO), part de la population
démocratique du Congo. souffrant d’un retard de croissance, taux de mortalité des
On peut constater, à la lecture du tableau 2, qu’en enfants de moins de cinq ans et indice de la faim dans le
moyenne, la part de la population souffrant de sous- monde (Institut international de recherche sur les politiques
alimentation est trois fois plus importante dans les pays alimentaires [IFPRI]) (voir tableau 3).
confrontés à des crises prolongées que dans les autres pays en Une analyse plus détaillée des relations existant entre les
développement (si l’on exclut de ce groupe les pays confrontés crises prolongées et la situation de la sécurité alimentaire
à des crises prolongées eux-mêmes, la Chine et l’Inde) (voir révèle qu’une relation significative existe entre d’une part la
figure 8). Il faut néanmoins noter que la sous-alimentation variation des revenus, de l’efficacité des pouvoirs publics, de
n’est pas nécessairement très élevée dans tous les pays la lutte contre la corruption et du nombre d’années de crise
confrontés à des crises prolongées, car dans certains d’entre prolongée et de l’autre, la proportion de la population
eux, les crises sont limitées à certaines zones ou régions. Il y a souffrant de sous-alimentation (voir tableau 4)10. Ces
environ 166 millions de personnes qui souffrent de sous- facteurs, ainsi que le niveau d’instruction, ont également une
alimentation dans les pays confrontés à des crises prolongées, relation significative avec l’indice de la faim des différents
soit 20 pour cent du total mondial, ou plus du tiers du total pays. Il convient de souligner que ce n’est pas seulement la
mondial, si l’on exclut de ce calcul l’Inde et la Chine. présence ou l’absence de crise prolongée qui est un facteur

TABLEAU 3

La situation de la sécurité alimentaire est nettement plus critique dans les pays en crise prolongée que dans les pays
les moins avancés qui ne sont pas confrontés à des crises prolongées
Test t
Variable dépendante Sans crise prolongée En crise prolongée Écart Fourchette

Pourcentage sous-alimentation 18,8 31,4 -12,6 ** 1,0-69,0


Pourcentage insuffisance pondérale 17,9 19,9 -2,0 1,6-44,6
Pourcentage retard de croissance 35,1 40,2 -5,1 * 3,7-63,1
Pourcentage émaciation 8,2 9,3 -1,1 1,0-22,9
Taux de mortalité des enfants de 7,8 11,9 -4,1 ** 0,7-26,2
moins de cinq ans (%)
Indice de la faim dans le monde 16,5 22,3 -5,8 ** 5,2-39,1

Notes: Données pour 2005-2007, Ces estimations diffèrent de celles de la figure 8 parce qu’elles ne sont pas Sources: FAO, IFPRI et OMS.
pondérées en fonction de la population.
* Écart significatif entre pays en crise prolongée et pays sans crise prolongée, P <0,05 (95%).
** Écart significatif entre pays en crise prolongée et pays sans crise prolongée, P <0,01 (99%).

TABLEAU 4

Résultats par régression: Insécurité alimentaire, indice du développement humain, indicateurs mondiaux de
gouvernance et crises prolongées
Variable dépendante: % sous-alimentation Variable dépendante: Indice de la faim dans le monde
Facteur Élasticité Écart Sig. Facteur Élasticité Écart Sig.

Revenu1 -0,76 -2,85 ** Revenu -0,72 -4,58 **


Ínstruction2 0,32 1,21 Ínstruction -0,36 -2,36 *
Efficacité du gouvernement3 -1,45 -3,63 ** Efficacité du gouvernement -0,65 -2,84 **
Lutte contre la corruption4 1,05 2,79 ** Lutte contre la corruption 0,48 -2,14 *
Nombre d’années de crise5 0,38 4,29 ** Nombre d’années de crise 0,16 -3,14 **
Ajustement R2 (OLS)6 0,52 ** Ajustement R2 (OLS) -0,72 **

Notes: Sources: FAO, IFPRI et OMS.


* p < 0,05
** p < 0,01
1
Indice du développement humain (PNUD).
2
Indice du développement humain (PNUD).
3
Indicateurs mondiaux de gouvernance (Institut de la Banque mondiale).
4
Indicateurs mondiaux de gouvernance (Institut de la Banque mondiale).
5
Nombre d’années qu’un pays figure sur la liste du SMIAR de la FAO, en tant que pays ayant besoin d’une assistance humanitaire extérieure.
6
Moindres carrés ordinaires.

16 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une attention particulière?

FIGURE 9
significatif, mais aussi le nombre d’années au cours
desquelles un pays a été en situation de crise. La prévalence Les crises prolongées sont fondamentalement
de la sous-alimentation s’aggrave en effet à mesure différentes des catastrophes aiguës
qu’augmente le nombre d’années de crise.

■■ Interventions dans des crises prolongées:


nt
contraintes et opportunités me
pe

Qualité de la vie
op
vel

Il est particulièrement difficile pour la communauté he
t rop
internationale de nouer le dialogue avec des pays confrontés à tas Crise continue
Ca
des crises prolongées, compte tenu de leurs caractéristiques.
Ces difficultés sont liées principalement à deux questions: a) la
façon dont la communauté internationale perçoit les crises
prolongées et leur relation avec le processus de
développement; b) les modalités d’utilisation de l’aide, pour Horizon temporel
faire face aux crises prolongées (structure de l’aide). Source: P. Walker. 2009. How to think about the future: history, climate change and
S’agissant de la première question, le terme conflict. Présentation au Sommet humanitaire de Harvard, Cambridge, septembre 2009.

«développement» est parfois perçu comme étant une


amélioration progressive de la qualité de la vie. Les et interventions associés à chacun de ces termes. Dans le cas
catastrophes ou les crises aiguës viennent (brièvement) de crises prolongées, la tendance est toutefois difficile à
interrompre cette tendance, mais on s’attend à un retour à la prédire sur une longue période: elle ne va pas
tendance «normale» à la hausse, lorsque la crise est finie nécessairement chuter de façon abrupte comme lors d’une
(voir figure 9) – d’où l’emploi des termes «catastrophe», crise aiguë, mais elle ne va pas non plus repartir à la hausse,
«redressement» et «développement durable» et les principes du moins pendant une longue période.

ENCADRÉ 4

Principes régissant l’intervention dans des crises prolongées?

Les principes humanitaires sont solidement établis depuis sont présentés dans la troisième colonne du tableau. Il est
longtemps, même s’il est de plus en plus difficile de les néanmoins évident que certains de ces principes ne seraient
appliquer lors de crises prolongées. Les principes pas applicables lors de conflits en cours – notamment des
applicables aux efforts de développement, qui n’ont jamais conflits intérieurs ou des actions de contre-insurrection
été énoncés de manière aussi explicite, sont présentés dans dans lesquels l’État prend part au conflit. Comme ce sont
la deuxième colonne du tableau ci-après. Ces deux séries souvent les mêmes donateurs et les mêmes organismes
de principes peuvent être appliqués aux crises prolongées, extérieurs qui se chargent des interventions humanitaires et
mais on ne sait jamais clairement quel principe appliquer, à des programmes de développement lors de crises
quel moment. Pour dissiper ce manque de clarté, l’OCDE a prolongées (ou bien dans des États fragiles ou dans ceux
établi une série de principes pour «l’engagement qui sont à la fois fragiles et en crise prolongée), on ne sait
international dans les états fragiles» – ce qui ne correspond pas toujours quels sont les principes opérationnels
pas vraiment aux pays confrontés à des crises prolongées, applicables à une intervention spécifique et dans quelles
même s’il existe de nombreuses analogies. Ces principes circonstances ceux-ci doivent s’appliquer.
Principes applicables aux crises prolongées?
Principes humanitaires Principes de développement Principes de l’OCDE pour «l’engagement dans les états fragiles»

Humanité Habilitation Prendre en compte le contexte


Impartialité Participation Ne pas nuire
Neutralité Durabilité Faire du renforcement de l’État l’objectif fondamental
Indépendance Autonomie Priorité à la prévention/ réduction des risques
Universalité Équité Reconnaître les liens entre les objectifs politiques, sécuritaires
Renforcement des capacités et de développement
Transparence/responsabilisation Promouvoir la non-discrimination

Sources: OECD. 2007. Principes pour l’engagement international dans les états fragiles et les situations précaires
(disponible à l’adresse [Link] et D. Maxwell. 1999. Programs in
chronically vulnerable areas: challenges and lessons learned. Disasters, 23(4): 373-384.

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 17
Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une attention particulière?

La seconde question, étroitement liée à la première, est la En conséquence, les interventions, notamment les
suivante: les interventions destinées à faire face à des crises interventions internationales dans les crises prolongées, ne
prolongées ont d’habitude la même structure que celles sont pas bien adaptées aux problèmes rencontrés et
conçues pour une crise de brève durée, qui sera suivie d’un l’approche suivie n’est pas assez souple pour s’ajuster à des
retour à une amélioration à long terme. Or, une telle réalités en mutation. Il arrive souvent que l’appareil étatique
situation ne correspond pas aux caractéristiques de la plupart du pays concerné ait été ébranlé par une crise prolongée,
des crises prolongées. En outre, certains des principes mis au laissant derrière lui un vide institutionnel et obligeant à se
point récemment par l’Organisation de coopération et de poser la question des priorités des interventions: la priorité est-
développement économiques (OCDE) pour l’engagement elle de renforcer, ou parfois de reconstruire, les institutions de
dans les états fragiles ne semblent pas adaptés aux l’État, ou alors de renforcer ou reconstruire les moyens
interventions en cas de crise prolongée (voir encadré 4). d’existence et les institutions locales qui les soutiennent?

Adaptation des moyens d’existence lors des


crises prolongées
Message clé la fois aux causes et aux conséquences de la vulnérabilité à
l’insécurité alimentaire. Il faut, dans cette optique, accorder
Si l’on veut améliorer la sécurité alimentaire au cours l’attention voulue à ce que les populations font pour elles-
de crises prolongées, il faut protéger et promouvoir les mêmes et voir comment appuyer au mieux leurs efforts.
moyens d’existence de la population, au lieu de se La présente section examine ce qu’il advient des moyens
limiter à des interventions à court terme. Les d’existence lors de crises prolongées, ce que cela signifie en
personnes vivant une situation de crise prolongée termes d’appui aux moyens d’existence et ce qu’il faut faire
doivent souvent modifier radicalement leurs moyens pour renforcer la programmation des moyens d’existence et
d’existence et les habitants des campagnes doivent améliorer ainsi la sécurité alimentaire. Elle s’inspire largement
parfois chercher refuge dans des centres urbains, jugés de l’expérience acquise au Soudan, où de nombreuses
plus sûrs. Cela peut perturber les moyens d’existence régions souffrent depuis plusieurs décennies d’insécurité
et les mécanismes d’adaptation traditionnels, de façon alimentaire aiguë et d’insécurité alimentaire chronique, sous
temporaire ou permanente, mais il existe également l’effet de conflits, de la marginalisation socio-économique,
de nouveaux moyens d’existence possibles, si le de la dégradation de l’environnement et de catastrophes
soutien nécessaire est disponible. naturelles. Cette section s’inspire également d’études de cas
réalisées sur d’autres pays, comme la République
démocratique du Congo et la Somalie, où la persistance des
Les programmes d’assistance humanitaire cherchent à crises subies continue d’avoir des effets similaires sur les
protéger les moyens d’existence11 depuis le milieu des années moyens d’existence ruraux.
80: on avait constaté, à cette époque, qu’une action rapide
dans ce sens serait plus efficace que des mesures prises plus ■■ Évolution des moyens d’existence lors de
tard, lorsque la population est déjà démunie et en péril de crises prolongées
mort. Il faut toutefois noter que l’aide humanitaire s’attache
principalement à sauver des vies humaines; elle n’a pas Lors de crises prolongées, les moyens d’existence sont
toujours été conçue pour protéger à long terme les moyens souvent gravement perturbés. La crise du Darfour, au
d’existence et assurer la sécurité alimentaire. Jusqu’à Soudan, qui dure depuis maintenant huit ans, le démontre
récemment, les interventions prévoyant une aide non concrètement.
alimentaire se limitaient à ajouter des semences et des outils Au Darfour, on a assisté à une dévastation rapide des
aux distributions régulières d’aliments. Les programmes moyens d’existence au cours des deux premières années de
introduisent plus souvent des interventions visant à appuyer conflit. Des millions de personnes ont dû se déplacer.
les moyens d’existence lorsque la crise s’inscrit dans la durée. Nombre d’entre elles avaient tout perdu: bétail, outils
La protection et la promotion des moyens d’existence agricoles, terres, maisons et même des membres de la
exigent cependant une approche plus globale, s’attaquant à famille. Ceux qui sont restés dans leurs zones d’origine ont,

18 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une attention particulière?

eux aussi, subi de graves pertes. Les éleveurs nomades du de bétail du Darfour ont modifié leurs itinéraires
Nord Darfour ont perdu plus de la moitié de leur cheptel au commerciaux pour éviter les zones où règne l’insécurité et
cours des trois premières années de conflit – environ un ont eu recours, dans un cas, au fret aérien pour transporter
quart a été volé et une part plus grande encore a péri, car des moutons, de l’extrême ouest du Darfour jusqu’à
l’insécurité limitait l’accès aux aliments du bétail et aux Khartoum17. Les modalités d’envoi d’argent ont également
points d’eau12. À mesure que la crise se prolongeait, les actifs été modifiées, souvent de façon créative, pour éviter les
ont continué à fondre graduellement. Comme l’économie se obstacles dus au conflit (voir encadré 5, page 20). De même,
contractait et que la liberté de mouvement s’amenuisait, la dans la région de Juba, en Somalie, les éleveurs nomades se
gamme des moyens d’existence possibles s’est sont en partie reconvertis à l’agriculture, pour faire face à la
inévitablement rétrécie. De nombreuses personnes ont hausse des prix des plantes cultivées, provoquée par le
commencé à dépendre d’activités de subsistance marginales. conflit18. En République démocratique du Congo, le Lac
Les ruraux ne pouvaient pas émigrer pour trouver du travail Édouard était jadis une réserve de pêche pour toute la
ailleurs et envoyer de l’argent à la maison, ce qui a eu des province du Nord-Kivu, mais la production de poissons a
répercussions importantes sur leurs moyens d’existence au fortement baissé, passant de 11 000 tonnes par an en 1954
début du conflit. à 3 000 tonnes par an en 1989. On peut notamment citer,
Dans les montagnes de Nubie, au centre du Soudan, le parmi les raisons de ce déclin, la désintégration
conflit, qui a débuté en 1985 et s’est aggravé dans les institutionnelle entourant l’exploitation des ressources
années 90, a également causé la destruction à grande locales, du fait de l’effondrement progressif des institutions
échelle des moyens traditionnels d’existence et entraîné des gouvernementales, aggravé par les conflits. Devant cette
déplacements internes massifs, au point que très peu de baisse de la production locale, la population (composée
Nubiens avaient encore accès à leurs terres agricoles principalement de pêcheurs) a commencé à cultiver du riz,
traditionnelles. Cette situation a déterminé des épisodes du maïs, du soja, des bananes et du manioc dans le nord du
fréquents d’insécurité alimentaire. Du fait de l’insécurité qui Parc national des Virunga. L’emplacement favorable du parc
régnait dans les plaines, de nombreux Nubiens ont fui vers offrait des possibilités intéressantes de production de
les collines rocheuses, abandonnant les terres argileuses cultures de subsistance et de rapport. Paradoxalement,
productives des plaines. Dans plusieurs régions, les l’absence d’institutions officielles et de fonctions de
rendements sont tombés à un dixième seulement de ce qu’ils règlementation dans l’est de la République démocratique du
étaient auparavant13. La productivité du bétail a, elle aussi, Congo a favorisé la migration de populations du Lac
fortement baissé, car il n’était plus possible d’accéder aux Édouard vers le Parc national des Virunga. Cela a permis aux
pâturages et aux point d’eau des plaines. De nombreuses pêcheurs qui vivaient dans des conditions d’insécurité
têtes de bétail ont été volées dans les zones les plus touchées alimentaire, à cause de l’épuisement des ressources
par le conflit et, dans les zones où les combats étaient les halieutiques, de se doter de moyens d’existence fondés sur
plus intenses, le manque de médicaments vétérinaires a l’agriculture19.
entraîné une nouvelle réduction des cheptels14. Les adaptations ont aussi, parfois, un côté négatif,
De même, dans l’est de la République démocratique du principalement parce qu’elles peuvent se révéler, dans
Congo, les moyens d’existence fondés sur l’agriculture ont certains cas, nuisibles ou non durables. Par exemple, au
été dévastés par la guerre. La productivité locale a fortement Darfour, la contraction de l’économie et les migrations
chuté en raison de l’insécurité et des déplacements répétés massives des campagnes vers les villes ont accru la
des ménages (dans le Nord-Kivu, au plus fort de la guerre, la compétition sur un marché du travail saturé, ce qui a rendu
productivité des haricots avait baissé de 72 pour cent, celle de plus en plus de gens tributaires du ramassage et de la
du manioc, de 53 pour cent et celle des bananes, de 45 pour vente de ressources naturelles, notamment de bois de feu,
cent)15. Dans le district de Kismayo, en Somalie, la taille et de la fabrication de briques. Cela a entraîné une
moyenne du cheptel – facteur déterminant, dont dépend la dégradation environnementale dévastatrice, sur des
capacité de résistance des ménages – a très fortement baissé superficies grandissantes, autour des principales villes du
lors de la période 1988-2004, à cause de la crise prolongée. Darfour20. Poussés par le désespoir, les ménages pauvres
Pour les ménages du quartile médian sur l’échelle de la (notamment les personnes déplacées à l’intérieur de leur
pauvreté, la taille du cheptel est passée de 6 à 2,5 unités de propre pays) ont tenté des stratégies de survie à haut risque,
bétail tropical – (UBT [1 UBT = 1 unité de bétail tropical])16. comme le ramassage de bois dans les zones peu sûres. Les
éleveurs se sont, eux aussi, tournés de plus en plus vers le
■■ Adaptations à court et à moyen termes ramassage de bois de feu comme source de revenus et cela
a ravivé les conflits, car ils entraient ainsi en concurrence
Lorsque les crises se prolongent, les systèmes d’élevage avec les agriculteurs et les personnes déplacées pour
s’adaptent, au fil du temps, de diverses façons. l’exploitation de cette ressource21. Souvent, il serait plus
On peut citer des exemples positifs remarquables de approprié de donner à ces stratégies le nom de «mal
capacité de résistance et de souplesse. Ainsi, les marchands adaptation»22.

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 19
Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une attention particulière?

ENCADRÉ 5

Envois d’argent lors de crises prolongées

Les populations qui subissent les effets des crises envois de fonds ont peut-être eu un effet plus vaste sur
prolongées dépendent souvent d’envois de fonds de la l’économie de guerre, étant donné que les envois de
part de membres de la famille ou de parents vivant dans fonds de nombreux Tamouls étaient en grande partie
un autre pays. On sous-estime souvent l’importance des contrôlés et soutenus par les Tigres de libération de
envois de fonds, qui représentent néanmoins une l’Eelam tamoul5.
stratégie pouvant être soutenue, en misant sur la Les efforts visant à faciliter les envois de fonds
créativité des populations locales pour maintenir ces flux. pourraient considérablement améliorer les moyens
Au Darfour, avant le conflit actuel, l’envoi de fonds était d’existence des populations dans les zones touchées par
une composante importante des moyens d’existence de la la crise, mais on en tient rarement compte dans les
population, surtout dans les zones sujettes à la interventions humanitaires. Pour faciliter les envois de
sécheresse1. En Somalie et au Sri Lanka, les envois de fonds, il a été recommandé d’améliorer les systèmes de
fonds ont également, depuis des décennies, joué un rôle communication, d’ouvrir les frontières et de protéger les
essentiel dans les moyens d’existence. expéditeurs et les destinataires des envois de fonds6.
L’effet et l’importance des envois de fonds varient au fil
du temps. Au début d’un conflit, les envois de fonds sont
fréquemment perturbés par la fermeture des frontières,
1
H. Young, A.M. Osman, Y.R. Aklilu Dale, B. Badri et A.J.A. Fuddle.
2005. Darfur: livelihoods under siege. Medford, États-Unis d’Amérique:
les restrictions frappant les déplacements et le retour au Feinstein International Famine Center, Tufts University.
pays des personnes qui envoyaient des fonds. Au Darfour,
2
H. Young, K. Jacobson et A.M. Osman. 2009. Livelihoods, migration
and conflict: discussion of findings from two studies in West and
on a trouvé de nouvelles modalités de transfert de fonds, North Darfur, 2006-2007. Medford. États-Unis d’Amérique: Feinstein
en tirant profit de la couverture accrue du réseau mobile International Center. Tufts University.
3
B. Korf. 2003. Conflict – threat or opportunity? War, livelihoods and
et de la possibilité d’utiliser des téléphones portables pour vulnerability in Sri Lanka. ICAR Discussion Paper on Institutional Change
les transferts d’argent2. Les envois de fonds ont joué un in Agriculture and Natural Resources No. 1. Berlin, Humboldt-Universität
zu Berlin; K. Savage et P. Harvey. 2007. Remittances during crises:
rôle plus important lors des conflits du Sri Lanka et de la implications for humanitarian response. HPG Report 25. Londres, ODI.
Somalie3. Comme un million de Somaliens vivent 4
Savage et Harvey (2007), voir note 3.
5
N. Palmer. 2005. Defining a different war economy: the case of Sri
désormais à l’étranger, les envois de fonds sont devenus Lanka. Berghof Research Center for Constructive Conflict Management
une source importance de recettes extérieures qui, en (disponible à l’adresse [Link]
publications/dialogue3_palmer.pdf).
2004, était comprise, selon les estimations, entre 6
Young et divers collaborateurs. (2005), voir note 1; Young, Jacobsen et
700 millions d’USD et un milliard d’USD4. Au Sri Lanka, les Osman (2009), voir note 2; et Savage et Harvey (2007), voir note 3.

■■ Adaptations à plus long terme ou permanentes (Angola), par cinq à Kaboul (Afghanistan) et par sept à
Juba, dans le sud du Soudan. Ces phénomènes sont en
À mesure que les premières ripostes à court terme à la crise grande partie imputables aux conflits et à la dynamique de
se transforment en adaptations à plus long terme, les crises l’après-conflit23. De tels changements dans la répartition de
prolongées peuvent provoquer ou accélérer des transitions à la population entraînent des changements radicaux dans les
plus long terme ou permanentes. moyens d’existence, un nombre croissant de personnes
La transition la plus courante est l’exode rural qui dépendant du marché du travail en ville. Comme indiqué
accompagne beaucoup de crises prolongées. Cet exode ci-dessus, cet afflux peut dépasser les capacités
rural s’est produit dans presque tout le pays. La population d’absorption du marché urbain du travail et avoir des
de Khartoum a augmenté rapidement, car plus de retombées négatives sur le milieu ambiant. Ces migrations
quatre millions de personnes ont été déplacées au cours des peuvent également mettre en péril les droits des migrants à
deux décennies de guerre civile dans le sud du pays. La récupérer les terres qu’ils ont abandonnées dans les zones
moitié environ des personnes déplacées sont restées dans rurales (voir ci-dessous).
des zones urbaines, notamment à Khartoum, même après Une autre caractéristique commune des crises prolongées
la signature de l’Accord de paix global, au début de 2005. est l’intensification de la compétition entre différents groupes
La ville de Nyala, qui est le pôle commercial du Darfour, a qui avaient peut-être coexisté pacifiquement avant la crise. À
vu sa population tripler depuis le début du conflit et compte mesure que l’économie se contracte (et que la liberté de
maintenant plus d’un million d’habitants. On signale des mouvement se réduit, lors d’un conflit), les pressions sur les
tendances analogues ailleurs: par exemple, on estime que la moyens d’existence se font plus fortes. C’est notamment ce
population urbaine a été multipliée par huit à Luanda que l’on constate au Darfour, où la compétition entre les

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Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une attention particulière?

éleveurs et les agriculteurs s’intensifie pour le contrôle des population et éviter des conséquences négatives telles que la
ressources naturelles, car les deux groupes dépendent de plus cession d’actifs productifs. La plupart des interventions de ce
en plus de stratégies comme le ramassage d’herbes et de bois type réalisées au Darfour concernaient des projets menés
de feu pour remplacer les moyens d’existence dont ils avec les personnes déplacées ou bien la fourniture d’une
disposaient avant le conflit et qui ne sont plus disponibles. assistance à la population rurale pour l’inciter à ne pas
Dans la région de Juba, en Somalie, l’intensification de la migrer vers les villes. Dans les camps de personnes déplacées,
compétition pour la possession de terres irriguées, causée par les moyens d’existence sont d’habitude programmés de
le conflit, a entraîné une marginalisation accrue des groupes façon à accroître les revenus des PDI, pour qu’elles ne soient
bantous, qui dépendent de l’agriculture24. De même, dans pas obligées de prendre de gros risques personnels, par
l’est de la République démocratique du Congo, les agriculteurs exemple en s’aventurant dans les zones peu sûres pour
se sont déplacés du Lubero central vers les forêts du Lubero ramasser du bois de feu. Plusieurs organisations non
occidental pour recommencer à cultiver les terres qu’ils avaient gouvernementales ont fourni une aide pour sauver la vie des
abandonnées à cause du conflit et de l’effondrement des ânes au début du conflit, car ceux-ci sont souvent le seul
institutions. Les tensions avec les communautés locales et les type de bétail que possèdent les personnes déplacées et
propriétaires du régime coutumier ont amené à la jouent un rôle essentiel pour la collecte de l’eau et du bois
marginalisation des nouveaux arrivants25. de feu, ainsi que comme moyen de transport. Du fourrage et
des soins vétérinaires ont été fournis et l’espace nécessaire
■■ Que faire pour appuyer les moyens d’existence pour confiner les animaux a été aménagé dans les camps.
et la sécurité alimentaire lors de crises
prolongées? La promotion des moyens d’existence vise à améliorer les
stratégies et les actifs et à appuyer les politiques et les
Que peut-on faire pour appuyer les moyens d’existence et la institutions de base qui peuvent dynamiser les moyens
sécurité alimentaire? On distingue, essentiellement, trois grands d’existence. Par exemple, les projets de formation
types d’intervention: approvisionnement à l’appui des moyens professionnelle des personnes déplacées peuvent améliorer
d’existence, protection des moyens d’existence et promotion leur niveau de compétence, et donc leur employabilité une
des moyens d’existence26. fois passée la crise. Des activités de ce type ont été réalisées
pour les personnes déplacées à la suite de la guerre civile
L’approvisionnement à l’appui des moyens d’existence entre le Nord et le Sud du Soudan et, plus récemment, pour
– qui est le type d’intervention le plus courant – vise à les personnes déplacées vivant actuellement dans des camps
pourvoir aux besoins de base immédiats et à protéger la vie au Darfour. En République démocratique du Congo, l’ONG
des populations. À ce titre, des distributions gratuites Action contre la Faim a fourni des services agricoles
d’aliments sont souvent effectuées; ce type d’intervention (multiplication des semences, protection des cultures et
sert à pourvoir directement aux besoins alimentaires vulgarisation agricole) afin d’améliorer les pratiques
immédiats, mais il contribue également à soutenir les agricoles. Il faut toutefois noter qu’en général, les
revenus. C’est cette fonction de soutien des revenus que le organismes humanitaires s’associent rarement à des
PAM avait explicitement en tête lorsqu’il a accru les rations institutions et des politiques qui pourraient dynamiser les
alimentaires au Darfour en 2005-2006, pour permettre aux moyens d’existence en pleine crise, notamment en aidant à
bénéficiaires de vendre une part accrue de la ration et aider à négocier l’accès aux marchés ou en s’attaquant à des
stabiliser les prix des céréales. D’autres exemples questions de droits fonciers et d’occupation des terres. On
d’approvisionnement à l’appui des moyens d’existence considère en effet qu’il s’agit de questions à long terme,
comprennent des interventions comme les bons d’achat, qui alors que les activités humanitaires reposent, pour l’essentiel,
peuvent être utilisés pour se procurer des biens et services sur une planification et un financement à court terme. Ces
essentiels. On a largement distribué des poêles à faible organismes sont cependant de plus en plus invités à
consommation de bois au Darfour afin de réduire les s’occuper de certaines de ces questions contentieuses
dépenses consacrées à l’achat de bois de feu et protéger lorsque la crise se prolonge27 et plusieurs exemples positifs
l’environnement; de plus, on a introduit un système de bons existent, à cet égard. Par ailleurs, on peut penser que les
pour la mouture des céréales. En République démocratique institutions locales et les organisations de la société civile
du Congo, l’ONG allemande Agro Action a organisé des semblent plus souples pour s’occuper de questions foncières.
activités de type «travail contre rémunération», dans le cadre Par exemple, dans l’est de la République démocratique du
d’un programme de remise en état des routes, pour aider les Congo, les «chambres de paix» (voir pages 26-27) étaient la
travailleurs à acheter des aliments et des actifs essentiels, seule organisation communautaire informelle qui ait joué un
tout en redonnant vigueur aux marchés et aux échanges. rôle dans le règlement des différends locaux concernant la
terre (voir pages 25-28), alors qu’au Mozambique (voir pages
Les interventions de protection des moyens d’existence 48-49) les autorités du système coutumier ont été l’un des
visent à protéger et appuyer les moyens matériels de la piliers de la réforme agraire.

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 21
Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une attention particulière?

■■ Que faire pour améliorer l’efficacité des 1. Il faudra évaluer les moyens d’existence au début de
interventions portant sur les moyens toutes les crises (et pas seulement lors des crises
d’existence? prolongées), en passant en revue les mesures
nécessaires pour sauver des vies humaines, mais aussi en
Au cours des 10 dernières années, les acteurs internationaux analysant les causes de la vulnérabilité à long terme de
chargés de l’aide humanitaire ont nettement amélioré leur tous les groupes, face à l’insécurité alimentaire. On
aptitude à lancer des interventions pour sauver des vies pourra ainsi, en toute connaissance de cause, élaborer
humaines, mais ils n’ont pas perfectionné au même rythme des stratégies de protection et de promotion des
leurs capacités pour tous les types de programmation des moyens d’existence, qui devront être appliquées dès que
moyens d’existence. la crise sera maîtrisée. Ce type de programmation devra
On ne peut en effet que s’inquiéter du temps nécessaire avoir lieu lors de la première phase des interventions, au
pour commencer à programmer les moyens d’existence, lieu d’être remis à plus tard.
lorsqu’une crise se transforme en crise prolongée. La 2. L’analyse qui précède la programmation des moyens
chronologie des interventions humanitaires internationales d’existence doit prêter attention à la dynamique des
au Darfour vient illustrer cette affirmation. Ce n’est qu’en conflits et du pouvoir, notamment aux interactions entre
2006/07 – au moins trois ans après le début du conflit – des groupes ayant des moyens d’existence différents. Ce
que les organismes humanitaires ont commencé à parler de principe s’applique non seulement aux crises prolongées
moyens d’existence et que des crédits ont été disponibles causées par des conflits, mais aussi aux catastrophes
pour leur programmation. Et il ne s’agissait alors que d’une naturelles. Dans les deux cas, il est fort probable que les
programmation à court terme, axée sur inégalités et l’exploitation des plus faibles par les plus
l’approvisionnement à l’appui des moyens d’existence, ou forts s’intensifieront, dans le chaos et le climat de
au mieux sur la protection des moyens d’existence. La gouvernance amoindrie qui prévalent souvent en
promotion des moyens d’existence a reçu, quant à elle, pareilles circonstances.
bien moins d’attention. Or, il se fait qu’au Darfour, 3. Les organismes humanitaires doivent être conscients des
l’urbanisation a progressé rapidement durant la crise et que transitions à plus long terme qui s’amorcent ou
l’on ne reviendra pas en arrière. On a donc besoin d’une s’accélèrent lors de crises prolongées – la plus courante
vision de l’économie urbaine de demain et d’une étant l’urbanisation – et être prêts à les accompagner.
programmation des moyens d’existence qui soit alignée sur Cette exigence remet en question la planification à
cette vision. court terme qui caractérise la programmation des
À l’avenir, le renforcement de la programmation des opérations humanitaires, mais elle permettra de
moyens d’existence en situation de crise prolongée se fera concevoir des interventions plus appropriées, en
selon trois axes prioritaires: préparation de l’après-crise.

La parité hommes-femmes dans les


crises prolongées
Les différents rôles assignés aux hommes et aux femmes et
leur incidence sont partiellement dus à l’inégalité d’accès
Message clé
aux actifs, aux débouchés économiques, aux services, à
Les hommes et les femmes ne sont pas pareillement l’aide en période de crise et à la prise de décisions. Dans
touchés en cas de crise prolongée. Leurs fonctions nombre de sociétés, les femmes sont ainsi moins éduquées,
différentes et la disparité des traitements qui leur sont moins engagées dans l’économie structurée et moins
réservés jouent un rôle majeur dans la manière dont habituées à traiter avec les autorités; leurs ressources
ces crises interviennent et sont vécues. Une productives sont de quantité et de qualité moindres et leur
compréhension plus fine de ces différences peut aider mobilité est soumise à plus de restrictions que celles des
les sociétés concernées ainsi que les prestataires d’aide hommes. Il est fréquent que les hommes et les femmes
humanitaire et la communauté internationale à subissent très différemment les situations de crise. Dans les
apporter une réponse mieux adaptée. conflits armés par exemple, les hommes peuvent être
enrôlés de force dans des groupes militaires, voire tués,

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Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une attention particulière?

tandis que les femmes sont plutôt exposées au risque de de la personne, la violence sexiste a aussi un impact négatif
violences sexuelles et de déplacement. Dans d’autres types sur le capital humain, car elle dégrade la capacité de
de crise, il arrive que les hommes partent à la recherche production et de reproduction des personnes, l’accès à la
d’un autre emploi pendant que les femmes assument une santé, à la nutrition, à l’éducation et aux autres ressources
part plus importante des travaux précédemment effectués productives pour finalement saper les possibilités de
par les hommes. Ces différences ont une incidence sur les croissance économique. Les viols et la violence au sein des
ressources dans lesquelles hommes et femmes peuvent foyers causent davantage de décès et d’invalidités chez les
puiser en temps de crise et sur leur aptitude à faire face. filles et les femmes de 16 à 44 ans que le cancer, les
Il est étonnant que les questions de parité aient été accidents de la route, les guerres et le paludisme
globalement négligées dans les débats sur les urgences conjugués31.
humanitaires et les crises prolongées. Dans bien des crises,
on ne sait pas grand-chose de la situation antérieure de la Accès aux services sociaux tels que la santé et
dynamique des sexes, ce qui rend difficile l’analyse des l’éducation
effets de la crise à court et à long termes. Ces lacunes sont La mauvaise gouvernance et le manque de ressources et de
encore aggravées par la rareté des données sur la pauvreté capacités entravent l’offre de services publics autant que
et la vulnérabilité ventilées par sexe dans les situations de l’aptitude des ménages à investir dans l’éducation et la
crises prolongées28. santé. Cette situation est lourde de conséquences pour les
mères comme pour les enfants, et se traduit notamment
■■ Les hommes et les femmes ne sont pas par une forte incidence de mortalité maternelle.
pareillement touchés en cas de crise La mortalité maternelle est élevée dans les pays qui
prolongée traversent ou ont connu une crise prolongée, tout en
subissant une insécurité alimentaire chronique (figure 10).
Le retentissement des crises prolongées sur les deux sexes Le taux moyen de mortalité maternelle (nombre de décès
s’exprime différemment dans trois grands domaines: maternels pour 100 000 naissances vivantes durant une
l’exploitation sexuelle et la violence sexiste, l’accès aux année donnée) dans les 22 pays en situation de crise
services sociaux tels que la santé et l’éducation, et les stress prolongée est près de quatre fois supérieur à la moyenne
exercés sur les stratégies de subsistance et de survie ou sur mondiale, et il s’accroît notablement en fonction de la
les mécanismes d’adaptation. durée de la crise.
Les disparités entre les sexes sont aussi patentes dans
Exploitation sexuelle et violence sexiste l’accès à l’éducation. Dans les pays en crise prolongée, les
Les personnes vulnérables qui s’efforcent de survivre en filles ont généralement moins accès à l’éducation que les
période de crise prolongée risquent davantage d’être garçons, surtout au niveau du secondaire.
contraintes à l’exploitation sexuelle. Les femmes et les filles Plusieurs facteurs sont à l’origine de ces disparités. Ainsi,
sont les plus à risque, mais les jeunes hommes peuvent lorsque les ressources du ménage sont insuffisantes, les
aussi en être victimes. La crainte de l’exploitation sexuelle garçons sont souvent prioritaires pour l’accès à
peut aussi contraindre les femmes vulnérables soucieuses l’éducation32. Les crises prolongées peuvent entraîner des
de leur sécurité à faire alliance avec des soldats et des taux d’abandon plus élevés de la part des filles qui sont
hommes en position de pouvoir. Elles se retrouvent souvent souvent contraintes d’assumer une part croissante des
en butte à d’autres problèmes, tels que davantage de travaux ménagers33. Si les écoles ferment et que les enfants
mauvais tratements, pour finir par être abandonnées, voire doivent couvrir de plus grandes distances pour se rendre à
peut-être exclues de leur communauté d’origine. Des l’école, les parents choisissent parfois de ne pas exposer
éléments d’information venant de pays aussi différents que leurs filles aux dangers inhérents à ces déplacements,
le Myanmar, le Libéria, la Sierra Leone et l’Ouganda particulièrement les violences sexuelles34.
montrent que les enfants déplacés sont souvent l’objet On constate une corrélation entre les mauvais résultats
d’enlèvements ou embrigadés par des combattants armés29. scolaires des filles et une forte incidence de la malnutrition.
Les jeunes garçons notamment sont recrutés pour la lutte En effet, les risques de retard de croissance chez les enfants
armée et pour d’autres tâches militaires. Même s’il arrive chutent d’environ 4 à 5 pour cent à raison de chaque
que des filles se battent au front, elles sont plutôt recrutées nouvelle année d’enseignement formel suivi par les mères35.
à des fins sexuelles et contraintes au mariage. Dans bien La raréfaction des moyens de subsistance peut aussi
des cas, les sévices sont aussi porteurs de préjudices accroître la vulnérabilité des filles et des femmes à plus long
émotionnels, psychologiques, économiques et sociaux30. terme. En dépit de cette situation, l’investissement public
Les violences à l’encontre des femmes et des filles sont en faveur de l’éducation dans les pays en crise prolongée
l’une des plus tragiques conséquences sexistes de est généralement faible, et il en va de même des
l’effondrement des institutions qui caractérise les crises investissements réalisés dans le cadre de l’aide (voir les
prolongées. Outre qu’elle constitue une violation des droits pages 29-34).

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Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une attention particulière?

FIGURE 10

La mortalité maternelle est généralement élevée dans les pays en situation de crise prolongée et elle s'accroît en
fonction de la durée de la crise.
Taux de mortalité maternelle
2 500

Sierra Leone
2 000
Afghanistan

Tchad
1 500 Somalie
Angola
Libéria
République centrafricaine Burundi et Rép. dém. du Congo y = 28.652x + 259.91
Guinée
R2= 0.2095
1 000 Zimbabwe
Côte d'Ivoire Congo
Haïti Éthiopie
Kenya Ouganda
500 Corée, Rép. dém. de Érythrée Soudan
Iraq
Tadjikistan

0
5 10 15 20 25 30 35
Nombre total des années de crise

Source: UNICEF.

Stress exercés sur les stratégies de subsistance et dans les affaires économiques et commencer à assumer
de survie ou sur les mécanismes d’adaptation des tâches réservées aux hommes en période «normale».
Les crises prolongées mettent en péril les moyens de Par exemple, pendant la guerre civile au Sri Lanka, les
subsistance, essentiellement en limitant l’accès aux femmes des zones rurales se sont plus impliquées dans la
débouchés économiques, en réduisant les possibilités commercialisation, car les hommes risquaient davantage
d’investissement et en détériorant ou en détruisant les d’être arrêtés aux postes de contrôle de l’armée ou par les
actifs du ménage. Les femmes sont souvent surreprésentées rebelles38.
dans les régions en crise puisque ce sont surtout les Toutefois, les rôles assignés aux deux sexes ne sont que
hommes qui partent à la recherche d’un travail ou sont temporairement modifiés et les schémas préexistants se
enrôlés dans les opérations militaires. Il en résulte un rétablissent une fois la crise passée. Ainsi, l’insécurité des
profond bouleversement de la structure démographique zones urbaines du Zimbabwe en 2006 a conduit de
dans les régions touchées par les crises, avec une forte nombreux hommes à retourner vers leurs villages d’origine,
proportion de ménages dirigés par des femmes. Ces ce qui a entraîné une chute brutale des revenus des
ménages sont particulièrement vulnérables, car ils abritent ménages. L’écart des revenus entre hommes et femmes a
fréquemment une forte proportion de personnes âgées et donc été temporairement réduit. L’embellie économique de
d’enfants, et ont de maigres moyens et un accès limité aux 2007 a toutefois fourni moins de débouchés aux femmes
ressources36. Le Libéria en donne un exemple éloquent. En qu’aux hommes, principalement en raison des normes
2005, 14 ans après le début du conflit armé, plus de la sociales rigides qui les cantonnent dans des rôles de
moitié des familles étaient monoparentales, et elles étaient gardiennes du foyer39. De fortes disparités sont donc
dirigées par des femmes dans la plupart des cas. De plus, réapparues dans les zones rurales du Zimbabwe compte
on comptait de nombreuses mères célibataires d’enfants tenu du peu de reconnaissance et de valeur accordées au
nés hors mariage, fréquemment à la suite de viols. Ces travail domestique des femmes, sans compter les lourdes
femmes sont extrêmement vulnérables face à l’isolement contraintes qui pèsent sur leur mobilité et les empêchent de
social et à la discrimination37. s’engager dans des activités économiques hors du ménage.
Les relations entre les membres du ménage et les rôles De même, l’impact démographique de la crise au Libéria
dévolus aux deux sexes sont également affectés, mais le a clairement contribué à l’avancement des femmes qui
débat reste ouvert quant à l’ampleur et à la persistance de jouent aujourd’hui un rôle majeur dans la production de
la modification des rôles sexospécifiques imputable aux cultures alimentaires et la transformation des produits
crises et aux conflits. Ces derniers ont pour effet de agricoles. Toutefois, leur participation à la production de
démanteler nombre de rôles et obstacles traditionnels et cultures de rente et aux autres activités agricoles lucratives
peuvent dégager de nouvelles opportunités pour les reste entravée par une inexorable division du travail selon le
femmes du point de vue des moyens de subsistance, des sexe, ce qui a pour effet de réduire la sécurité alimentaire
rôles économiques et des postes de direction au sein de la des ménages ainsi que la productivité du secteur agricole
communauté. Elles peuvent intervenir plus directement dans son ensemble40.

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Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une attention particulière?

■■ Intégration de la parité hommes-femmes dans Deuxièmement, il est important de veiller à ce que les
les interventions menées dans les situations programmes menés sur le terrain tiennent compte des
de crise prolongée disparités de situation entre les deux sexes. Ces programmes
doivent s’attacher à résorber les inégalités existantes, mais
Par définition, l’aide humanitaire et les premières activités de aussi à sécuriser et à développer les actifs de manière à
relèvement en cas de crises prolongées interviennent dans autonomiser les victimes des crises (par exemple en assurant
des situations difficiles. Il est donc compréhensible qu’elles la sécurité et la sûreté de l’accès aux terres, au financement
soient souvent focalisées sur l’essentiel: sauver des vies, livrer et aux autres ressources productives pour les femmes et les
les fournitures essentielles, protéger les droits fondamentaux jeunes). Les éléments recueillis montrent que les
de la personne et tenter de mettre en place le fondement programmes de secours qui tiennent compte des
social et économique d’un relèvement durable. Face à sexospécificités permettent d’éviter la propagation de la
l’urgence de ces défis, les questions de parité peuvent malnutrition et favorisent un relèvement plus rapide et plus
paraître hors de propos ou sans grande importance. généralisé de la production alimentaire et des autres
Pourtant, dans la plupart des cas, l’adoption d’une facteurs de subsistance43.
perspective fondée sur les sexospécificités dans l’action Troisièmement, les interventions humanitaires doivent
humanitaire peut contribuer à relever les défis les plus sciemment s’assurer que les institutions adoptent un point
évidents. D’après un rapport de l’Agence canadienne de de vue fondé sur la parité où les besoins et les droits des
développement international (ACDI), «la prise en compte des hommes comme des femmes sont reconnus et pris en
conditions spécifiques à chaque sexe permet de mieux définir compte. À cet effet, les groupes communautaires et les
et de comprendre les vulnérabilités et les capacités, peut aider réseaux professionnels (y compris les organisations de
les organisations humanitaires à acheminer les ressources à femmes), les organisations de la société civile et les autres
ceux qui en ont le plus besoin et peut également contribuer à organisations doivent participer au dialogue engagé dans le
mobiliser une proportion importante de la population dont les but de reconstruire les vies et les moyens de subsistance des
capacités sont souvent sous-estimées»41. victimes de crises prolongées.
Pour intégrer les considérations de parité dans les politiques Le quatrième domaine où les considérations de parité
et programmes conduits en cas de crise humanitaire, la pourraient être intégrées dans les interventions conduites
première étape consiste à réaliser une solide analyse des en réponse aux crises prolongées est la prestation de
vulnérabilités et impacts différents induits par les crises ainsi services sociaux qui ne doivent pas être limités à la santé et
que des points forts et des aptitudes des deux sexes. Cette l’éducation. Il ressort de l’analyse présentée ci-dessus que
analyse permet aux planificateurs de cibler les personnes les femmes subissent l’impact des crises prolongées sur la
confrontées aux conditions les plus défavorables ou au moins santé et l’éducation plus que les hommes. Améliorer l’accès
de s’assurer que leurs besoins ne sont pas négligés. Il a été à la santé et l’éducation, notamment pour les femmes,
prouvé qu’en l’absence d’analyse préalable de la situation aurait un effet positif à long terme sur le développement
respective des hommes et des femmes, les programmes social et économique des communautés soumises à des
humanitaires peuvent faire plus de mal que de bien42. crises prolongées.

Les enseignements tirés des interventions


communautaires et leur application

Message clé Les organisations d’aide humanitaire et de


développement ont souvent tendance à ignorer le rôle
Les dispositifs institutionnels et socio-économiques en que peuvent jouer les organisations et institutions locales
vigueur avant l’apparition d’une crise prolongée – ou dans les crises prolongées et les programmes de
mis en place pour la surmonter – peuvent offrir une redressement pour l’après crise. Cette section s’inspire
base durable permettant de s’atteler aux causes d’informations issues d’études de cas réalisées en
profondes de la crise et de reconstruire les moyens de République démocratique du Congo, au Libéria, en Sierra
subsistance après coup. Leone et au Soudan pour montrer que les dispositifs
institutionnels et socio-économiques informels

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Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une attention particulière?

constituent une base solide pour s’attaquer aux causes En Sierra Leone par exemple, de nombreuses
sous-jacentes de la crise, réhabiliter les moyens de communautés ont créé de solides réseaux informels et des
subsistance et améliorer la sécurité alimentaire. Ces institutions locales, en partie pour remédier à
études de cas font valoir que l’évaluation de la situation l’anéantissement des structures nationales46. Une étude a
ne doit pas se borner à identifier les besoins humanitaires constaté que trois ans après la fin de la guerre civile, les
immédiats, mais qu’elle doit comporter une analyse du mesures d’action collective et de mobilisation des
contexte institutionnel et socio-économique local ainsi communautés locales – y compris le nombre de réunions
que des rôles que peuvent jouer les organisations et communautaires et de membres enregistrés – étaient plus
institutions locales. nombreuses dans les zones où les civils avaient été les plus
Les quatre pays examinés dans cette section ont tous exposés aux violences de la guerre que dans celles qui
été victimes de conflits internes et externes prolongés dont avaient été davantage préservées47.
deux perdurent, au moins dans certaines zones qui ne sont Selon un rapport sur l’emploi des jeunes en Sierra Leone
ni en paix, ni en guerre. Les causes des conflits et produit en 2009 par la Banque mondiale, on a constaté chez
l’effondrement global des institutions caractéristique de les jeunes une poussée de la mobilisation sociale qui s’est
ces pays (ou de certaines de leurs régions) diffèrent, malgré spontanément organisée après la guerre, avec notamment la
nombre d’éléments communs tels que la concurrence pour création de coopératives commerciales, de groupes voués au
l’accès aux terres, les conflits relatifs aux zones riches en développement d’une chefferie, d’une section ou d’un
ressources naturelles, les mécanismes d’exclusion sociale et district, et de groupements de métiers comme les
une mauvaise gouvernance généralisée. associations de coursiers à vélo ou de marchands de
L’une des conséquences majeures de ces crises a été la cassettes. Dans le seul district de Kono, une étude réalisée
dramatique aggravation de la sécurité alimentaire dans les par une ONG a dénombré 141 groupes dont les adhérents
pays ou régions affectées. En Sierra Leone par exemple, on représentent plus de 17 000 jeunes48.
comptait deux millions et demi de personnes sous- D’après une étude de terrain réalisée en 2004 et 2008 à
alimentées (46 pour cent de la population) en 2004-2006, Kayima (Sierra Leone), un village situé dans la chefferie de
à savoir 600 000 de plus que lorsque la guerre a démarré, Sandor qui a toujours fourni la main-d’œuvre minière non
tandis qu’en République démocratique du Congo, la qualifiée, les tensions entre les chefs et les jeunes au sujet
prévalence de la sous-alimentation a grimpé de 26 pour des droits fonciers et de la rente minière se sont apaisées
cent durant la période 1990-1992 à son niveau actuel de pendant la période d’étude car «les déplacements de
quelque 70 pour cent. Au Soudan, alors que les tendances population durant la guerre ont engendré un sentiment
nationales affichent une moindre prévalence de la sous- nouveau d’autonomie chez les gens de tous âges». Les
alimentation, l’insécurité alimentaire s’est aggravée dans jeunes ont montré un intérêt nouveau pour l’agriculture et
les régions victimes de conflits, comme le sud du pays44. En pour la vie familiale au sein du village et se sont détournés
outre, les crises entraînent généralement des déplacements des emplois mal payés dans les mines de diamants. Soixante-
massifs de populations et la perturbation des systèmes de huit pour cent des personnes interrogées à Kayima étaient
subsistance sur lesquels elles comptaient45. Ces membres de coopératives de métiers ou de clubs sociaux qui
conséquences enclenchent à leur tour le cercle vicieux de avaient joué un rôle déterminant pour faciliter leur retour à
l’instabilité politique, de l’effondrement des services l’agriculture dans de bonnes conditions. Avec le retour des
publics et des conflits entre différents groupes de ouvriers précédemment employés à la mine et d’autres
population qui entrent en concurrence pour l’accès aux personnes déplacées pendant le conflit, la masse de la main-
ressources et services restants et leur contrôle. d’œuvre familiale s’est accrue et les résidents locaux peuvent
Face à l’affaiblissement ou à la dislocation des services désormais cultiver des exploitations de plus grande taille49.
publics, les gens se tournent vers les initiatives locales, souvent De même, dans l’est de la République démocratique du
fondées sur des institutions traditionnelles, pour obtenir les Congo, les populations locales se sont tournées vers leurs
services élémentaires. Ces institutions se sont souvent avérées propres institutions pour résoudre les problèmes d’accès aux
efficaces et résilientes dans des situations chaotiques. terres qui alimentaient le conflit. Ils ont créé des «chambres
de paix» composées d’anciens pour démêler les différends
■■ Les institutions locales et le relèvement à fonciers et trouver des compromis entre les agriculteurs
l’issue des conflits concernés. Certaines associations locales ont également
œuvré, au-delà de la résolution des conflits, en instituant des
Les nombreuses études réalisées sur des pays en crise champs collectifs, en établissant des systèmes de microcrédit,
prolongée ont mis en évidence des changements en informant les agriculteurs de leurs droits fonciers au
institutionnels et socio-économiques locaux qui ont permis moyen d’informations sur le cadre légal régissant l’accès à la
de résoudre certaines des causes structurelles de ces crises et terre et en militant au niveau national pour faire modifier les
qui pourraient offrir un fondement viable aux activités de lois foncières en vigueur. En dépit de leur dynamisme et de
relèvement post-conflit. leur potentiel de développement, notamment dans l’action

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Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une attention particulière?

menée contre les causes profondes de l’insécurité Les écoles pratiques d’agriculture en Sierra Leone sont un
alimentaire, les associations locales et les chambres de paix bon exemple de la manière dont ces investissements
n’avaient pas de capacités techniques et financières et leur contribuent à remédier à certaines des causes structurelles et
rôle potentiel en tant que moteur de la lutte contre certaines des conséquences des conflits. L’État et ses partenaires pour
des causes sous-jacentes de conflit et d’insécurité alimentaire le développement ont lancé cette initiative dès la fin de la
a rarement été reconnu et intégré dans les plans d’action des guerre en 2002. Le programme avait principalement pour
organisations engagées sur le terrain50. objectifs de restaurer la confiance des communautés rurales
Les institutions informelles ont joué un rôle capital dans la saccagées par la guerre civile et de former des agriculteurs,
survie et la sécurité alimentaire des populations pendant la dont beaucoup étaient jeunes et sans expérience, en leur
guerre civile qui a ravagé le Libéria de la fin des années 80 à enseignant les principes de base de la culture, de la
2003 tandis qu’après le conflit, les «associations de transformation et de la commercialisation des produits
développement» locales ont été les moteurs de la agricoles. Il visait aussi en partie à développer un sens de la
restauration du dispositif de gouvernance, de l’apport de responsabilisation chez les prestataires de services aux
protection sociale, de la remise en état des infrastructures, de communautés agricoles, dans les services publics comme
la promotion de la sécurité alimentaire et de la sécurité des dans les organisations de la société civile. On y voyait le
moyens de subsistance. Citons notamment les réseaux moyen de renforcer et de décentraliser des services publics
claniques et les groupements de membres ou «associations déjà défaillants qui avaient périclité pendant la guerre52.
de développement» tels que le syndicat de Dugbe River, dans Les écoles pratiques d’agriculture constituaient aussi
le Comté de Sinoe, et l’association de développement l’occasion unique d’aider les jeunes, qui n’avaient reçu
Seletorwaa, dans le District de Yarwin-Mehnsonnoh, qui ont aucune éducation pendant les années de guerre, à devenir
été constitués pour s’attaquer aux causes du conflit et à son des agriculteurs à même de se développer durablement.
retentissement sur les moyens de subsistance. Ces Depuis leur création, quelque 75 000 agriculteurs,
organisations ont établi des mesures de protection sociale représentant environ 3 000 groupements ruraux, ont mené à
pour les populations vulnérables et victimes de l’insécurité bien la formation offerte par ces écoles pratiques
alimentaire, résolu des conflits et créé des infrastructures administrées par le ministère de l’Agriculture, des Forêts et
sociales et physiques telles que des dispensaires, des routes, de la Sécurité alimentaire ou par les programmes de
des halles et des salles communautaires51. vulgarisation des ONG. Les jeunes représentaient 60 pour
Ces observations témoignent avant tout de cent des participants aux écoles pratiques d’agriculture
l’extraordinaire résilience des populations locales face aux créées entre 2004 et 2007 dans le cadre des programmes
conflits. Elles montrent aussi que les crises ne font pas que financés par le Programme des Nations Unies pour le
des ravages: elles peuvent aussi avoir d’importantes développement (PNUD). La plupart des lauréats sont
retombées positives au plan institutionnel et social, retournés travailler pour des organisations établies ou ont
notamment une conscience politique accrue et une poussée créé de nouvelles organisations paysannes dans leur
de l’action collective spontanée. S’ils sont reconnus et bien communauté. En Sierra Leone, les évaluations indépendantes
gérés, ces changements peuvent puissamment contribuer à d’impact ont montré que ces écoles ont contribué à
pérenniser le relèvement à l’issue des conflits et constituent pérenniser les initiatives communautaires et à reconstruire
des points de départ pour les organismes d’aide qui peuvent des organisations paysannes autosuffisantes.
apporter une assistance plus créative et plus stimulante, Une expérience semblable a été menée dans le sud du
outre la simple distribution de l’aide. Il y a cependant un Soudan où un programme novateur de santé animale s’est
risque que les élites locales exploitent cette évolution à leurs appuyé sur les capacités des organisations et institutions
propres fins tandis que le financement inconsidéré de ces locales pour mettre en place des services communautaires
activités par les organismes de développement pourrait qui ont contribué à la lutte contre la peste bovine53.
rendre les organisations locales dépendantes de l’aide. Les premières mesures engagées entre 1989 et 1992 dans
Travailler à leurs côtés exige donc un suivi et une analyse le cadre de l’Opération survie au Soudan (OLS) pour
prudente de la situation pour s’assurer que les efforts combattre la peste bovine dans la région reposaient sur une
engagés pour améliorer le bien-être des populations ne sont approche descendante, avec l’intervention d’agents de santé
pas détournés à d’autres fins. vétérinaire dûment formés et la mise en place d’une chaîne
du froid pour la distribution des vaccins. Aucune institution
■■ Construction et reconstruction des institutions locale n’a été associée à cette action parce que l’OLS ne
locales voulait pas risquer d’être associée aux protagonistes de la
guerre civile. Ce manque d’adhésion locale a toutefois signé
L’expérience de plusieurs pays montre comment les l’échec de ces premiers efforts.
investissements de l’État, de la société civile et des organismes En 1993, l’OLS a changé de stratégie et a adopté une
de développement peuvent s’appuyer sur les mutations démarche communautaire fondée sur les institutions locales
sociales et institutionnelles locales pour les amplifier. telles que les associations informelles d’éleveurs. Les

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Quels sont les pays confrontés à une crise prolongée et pourquoi méritent-ils une attention particulière?

institutions traditionnelles, comme les groupes d’anciens et les institutionnels informels en place avant une crise prolongée
associations de parentèle, ont participé au processus de ou établis pour y faire face peuvent offrir une base solide
planification tandis que des vaccins thermostables contre la pour s’attaquer aux causes profondes de la crise et réhabiliter
peste bovine ont été distribués aux pasteurs à qui on a appris les moyens de subsistance une fois la crise passée. En
à les administrer. Cette nouvelle approche a rapidement porté République démocratique du Congo, l’étude de cas montre
ses fruits. Plus d’un million de têtes de bétail ont été vaccinées au contraire que les évaluations réalisées par les organismes
en 1995 dans le cadre du programme OLS, contre seulement d’aide et de développement sont trop souvent focalisées sur
140 000 en 1993. Les flambées de peste bovine ont chuté de l’identification des besoins immédiats et que les capacités et
11 en 1993 à une seulement en 1997. Le sud du Soudan n’a possibilités d’intervention des organisations locales dans la
connu aucune flambée confirmée depuis 1998. planification et l’exécution des programmes sont
Les expériences de la Sierra Leone comme du Soudan fréquemment ignorées.
montrent qu’il est possible de conduire des programmes de L’expérience du Libéria et de la Sierra Leone illustre à quel
sécurité alimentaire fondés sur les moyens de subsistance point il est important de s’atteler à l’exclusion sociale et
dans les situations de crise prolongée. Ils exigent la volonté économique des jeunes. Bien que cette question soit souvent
d’appliquer des démarches visant à préserver les moyens de négligée, elle constitue un puissant ferment de conflit et doit
subsistance, une coordination à la fois solide et souple être prise en compte pour que le relèvement post-conflit soit
fondée sur le contrôle des ressources et un recours durable et efficace.
systématique aux évaluations de l’impact des interventions L’enseignement que l’on peut tirer de tout ceci est que les
sur les moyens de subsistance. La participation des organisations d’aide humanitaire et de développement
institutions locales et l’approche des parties en conflit sont devraient fonder leur action pendant et après un conflit sur
indispensables à la réussite de ces programmes. une évaluation bien plus vaste que les besoins humanitaires
Les études de cas réalisées au Libéria, en Sierra Leone et immédiats comprenant une analyse de l’évolution du
au Soudan montrent que les dispositifs socio-économiques et contexte socio-économique et institutionnel local.

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Interventions nationales et internationales
face aux crises prolongées
Analyse des volumes d’aide en faveur des pays
confrontés à des crises prolongées

Message clé 2008, soit multipliée par plus de 120, tandis que les volumes
en faveur de l’Afghanistan ont été multipliés par plus de
L’aide publique au développement (APD) subvient dans 50, de 63 millions d’USD en 2000 à 3,5 milliards d’USD en
une large mesure aux dépenses publiques dans les 2008. Ces accroissements sont liés aux conflits et aux
plupart des pays confrontés à des crises prolongées. préoccupations sécuritaires et anti-terroristes qui ont touché
Toutefois, l’APD octroyée à ces pays reste ces deux pays et, dans une certaine mesure, quelques autres
quantitativement faible et inégalement répartie, avec pays en situation de crise prolongée.
de graves insuffisances de financement dans certains D’après les tendances récentes, les critères de sécurité
secteurs tels que l’agriculture, et elle n’est pas assez occupent une place plus importante dans l’allocation et le
liée aux objectifs de développement. ciblage de l’assistance humanitaire – un phénomène souvent
décrit comme la «sécurisation de l’aide». Cette tendance
repose sur l’idée que la sécurité est une condition préalable à

A
iL’aide aux pays confrontés à des crises la sortie d’une situation de crise. Toutefois, certains
prolongées est un outil capital qui permet observateurs s’inquiètent du fait que le ciblage de l’aide en
d’atténuer les effets de l’insécurité alimentaire et fonction de critères de sécurité – et non de critères fondés
d’en combattre les causes structurelles. Comme indiqué plus sur la pauvreté ou la situation humanitaire – attribue une
haut (voir pages 13-14), les pays en situation de crise aide disproportionnée aux pays ou aux régions touchés par
prolongée sont caractérisés par une dépendance relativement des conflits au détriment d’autres pays ou régions ayant des
forte à l’égard de l’assistance humanitaire. Dans la majorité besoins équivalents, où l’aide peut avoir un impact plus
d’entre eux, une part importante des investissements publics positif sur le développement et les conditions humanitaires.
– qu’il s’agisse d’écoles, de routes, de chemins de fer ou de
mise en valeur des terres – est également financée par l’aide. ■■ L’aide au développement et l’aide humanitaire
Dans les 18 pays en situation de crise prolongée pour lesquels sont en hausse mais un nouvel équilibre
on dispose de données, les fonds d’origine extérieure ont s’impose
constitué environ 80 pour cent de la formation brute de
capital en 2007, traduisant une dépendance importance vis- À l’échelle mondiale, la croissance combinée de l’aide
à-vis de l’aide extérieure54. La présente section examine les publique au développement et de l’aide publique à vocation
tendances de l’aide et les volumes dont ont bénéficié les pays humanitaire a été d’environ 60 pour cent entre 2000 et 2008
en situation de crise prolongée entre 2000 et 2008 ainsi que (figure 11). L’aide au développement est passée de
leurs incidences en matière de politiques55. Les tendances 59,2 milliards d’USD en 2000 à 95,2 milliards d’USD en 2008
lourdes tranchent avec les données provenant des pays les tandis que l’assistance humanitaire, qui se chiffrait à
moins avancés (PMA)56; l’Afghanistan et l’Iraq ont été exclus 6,7 milliards d’USD en 2000 a atteint 10,7 milliards d’USD en
parce que l’augmentation exponentielle de l’aide publique au 2008 (en prix constants de 2007).
développement accordée à ces deux pays risquait de fausser
l’analyse globale des flux d’aide vers les pays en situation de L’aide au développement57
crise prolongée. Dans le cas de l’Iraq, l’aide au développement L’aide au développement destinée aux pays en situation de
est passée de 23 millions à 2,8 milliards d’USD entre 2000 et crise prolongée (à l’exclusion de l’Iraq et de l’Afghanistan) a

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 29
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

FIGURE 11
à l’étude, passant de 15 à 45 pour cent (56 pour cent en
À l'échelle mondiale, l'aide au développement et incluant l’Iraq et l’Afghanistan). Le montant de l’assistance
l'aide humanitaire publiques ont augmenté d'environ humanitaire par habitant a beaucoup varié entre les pays et
60 pour cent entre 2000 et 2008 selon les années, ce qui n’est pas surprenant vu qu’elle vise
Milliards d'USD (prix constants de 2007) les situations d’urgence (figure 13). Toutefois, contrairement
100 à ce qu’on constate pour l’aide au développement, dans la
90 totalité des pays en situation de crise prolongée la moyenne
80 de l’aide humanitaire par habitant a dépassé le chiffre moyen
70 pour les PMA.
60
50 ■■ L’analyse sectorielle des flux d’aide révèle un
40
financement insuffisant de secteurs essentiels
pour la sécurité alimentaire
30
20
La présente analyse de la répartition sectorielle des flux d’aide
10 se concentre sur l’agriculture et l’éducation – deux secteurs
0 particulièrement cruciaux pour la sécurité alimentaire.
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 Malheureusement, l’organisation des données relatives à
Aide au développement mondiale Aide humanitaire mondiale l’APD exclut l’analyse détaillée du financement des catégories
Aide au développement Aide humanitaire dans d’activités qui semblent revêtir le plus d’importance lors des
dans les pays confrontés à des les pays confrontés à des
crises prolongées crises prolongées crises prolongées, à savoir notamment la promotion des
Note: Les donnés pour les pays confrontés à des Source: Base de données
moyens d’existence ou la protection sociale.
crises prolongées excluent l'Afghanistan et l'Iraq. en ligne du CAD-OCDE. Si on considère les engagements pris au titre de l’APD
pour la période 2005-2008, l’agriculture ne bénéficie que
crû légèrement plus vite que la moyenne globale pendant la de 3,1 pour cent de l’assistance reçue par les pays en
période considérée, passant de 5,5 milliards d’USD à situation de crise prolongée (figure 14), contre une
11,0 milliards d’USD, soit une augmentation de 100 pour moyenne de 5,8 pour cent dans les PMA. Le secteur
cent entre 2000 et 2008. Elle était toutefois partie d’un agricole assure pourtant en moyenne 32 pour cent du PIB
niveau très bas en 2000 (5,5 milliards d’USD) avec 9 pour moyen des pays confrontés à des crises prolongées et
cent de la totalité de l’aide au développement, pour 62 pour cent de l’emploi (voir le tableau 2 de l’Annexe),
atteindre en 2008 un volume qui ne représentait que proportions comparables à celles de l’ensemble des PMA.
12 pour cent du chiffre total. De 2000 à 2002, la valeur Les études de cas présentées dans le présent rapport (voir
moyenne par habitant était de 17,87 USD, montant inférieur en particulier les pages 18 à 22) illustrent l’importance des
à la moyenne par habitant pour les PMA, qui atteignait moyens d’existence agricoles et ruraux pour les groupes les
28,69 USD. Il n’est guère étonnant que, dans 14 pays en plus touchés par les crises prolongées.
situation de crise prolongée, le taux moyen de l’aide au De même, le pourcentage de l’aide au développement
développement par habitant soit resté inférieur à la moyenne consacrée à l’éducation est très faible dans les pays en
enregistrée pour les PMA pendant la période la plus récente situation de crise prolongée (3,8 pour cent, comparé à une
pour laquelle on dispose de chiffres (2006-2008; figure 12). moyenne de 9,6 pour cent dans les PMA), tandis que
L’assistance humanitaire aux pays en situation de crise l’éducation de base (primaire) reçoit à peine 1,6 pour cent
prolongée (hors Afghanistan et Iraq) a augmenté contre une moyenne de 3,5 dans les PMA.
régulièrement, jusqu’à quintupler entre 2000 et 2008, Dans tous les pays en situation de crise prolongée (22 en
passant de 978 millions à 4,8 milliards d’USD. Globalement, tout) sauf trois (Angola, Érythrée et Guinée), le pourcentage
l’assistance humanitaire destinée à l’Afghanistan et à l’Iraq a de l’aide au développement consacrée à l’éducation primaire
également affiché une croissance importante. Pour est moins élevé que le pourcentage moyen relevé pour les
l’Afghanistan, l’assistance humanitaire a grimpé de PMA (figure 15). Mais en raison du faible niveau de l’APD
155 millions d’USD en 2000 à 802 millions en 2008. De son par habitant dans ces pays, les flux d’aide destinés à
coté, l’Iraq recevait 141 millions d’USD d’aide humanitaire en l’éducation de base ne peuvent être que limités.
2000, montant qui avait plus que doublé en 2008 pour L’éducation joue pourtant, sur le long terme, un rôle
atteindre 359 millions d’USD, avec un maximum de essentiel dans l’instauration de la sécurité alimentaire. Il est
1,2 milliard d’USD en 2003. Pendant la même période, l’aide largement prouvé qu’investir dans l’éducation, surtout dans
humanitaire s’est de plus en plus concentrée sur les pays en l’éducation de base, contribue à réduire la faim et la
situation de crise prolongée; la part des flux mondiaux malnutrition en augmentant la productivité des petits
d’assistance humanitaire qui est revenue à des pays exploitants et des agriculteurs de subsistance. De faibles
confrontés à des crises prolongées a triplé pendant la période résultats scolaires sont associés à des niveaux élevés de

30 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

FIGURE 12

Les schémas de l'aide au développement par habitant varient largement entre pays confrontés à des crises prolongées

Aide au développement par habitant (USD)


180

160

140

120

100

80

60

40

20

0
Iraq

Afghanistan

Libéria

Haïti

Sierra Leone

Ouganda

Burundi

Moyenne pour les PCP

Tadjikistan

Moyenne pour les PMA

République centrafricaine

Éthiopie

Kenya

Érythrée

Zimbabwe

Soudan

Somalie

Tchad

Guinée

Congo

Rép. dém. du Congo

Côte d'Ivoire

Angola

RPD de Corée
2000-2002 2003-2005 2006-2008
Note: PCP = pays confrontés à des crises prolongées; Sources: Base de données en ligne du CAD-OCDE; page des Indicateurs
PMA = pays les moins avancés (à l'exclusion des pays confrontés à des crises prolongées). du développement dans le monde, sur le site web de la Banque mondiale.

FIGURE 13

L'aide humanitaire est très irrégulière d'une année à l'autre mais, pour les pays confrontés à des crises prolongées,
le volume moyen est supérieur à celui des pays les moins avancés

Aide humanitaire par habitant (USD)


45

40

35

30

25

20

15

10

0
Somalie

Soudan

Libéria

Afghanistan

Zimbabwe

Tchad

Burundi

Iraq

Moyenne pour les PCP

Haïti

République centrafricaine

Ouganda

Rép. dém. du Congo

Érythrée

Éthiopie

Kenya

Sierra Leone

Congo

Côte d'Ivoire

RPD de Corée

Tadjikistan

Angola

Guinée

Moyenne pour les PMA

2000-2002 2003-2005 2006-2008


Note: PCP = pays confrontés à des crises prolongées; Sources: Base de données en ligne du CAD-OCDE; page des Indicateurs
PMA = pays les moins avancés (à l'exclusion des pays confrontés à des crises prolongées). du développement dans le monde, sur le site web de la Banque mondiale.

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 31
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

FIGURE 14

L'agriculture, vitale pour l'économie des pays confrontés à des crises prolongées, ne reçoit pourtant qu'une part
modeste de l'aide au développement
Part de l'aide au développement allouée à l'agriculture en pourcentage de l'APD totale pour la période 2005-2008
10

0
Tadjikistan

Côte d'Ivoire

Afghanistan

Kenya

Éthiopie

Haïti

Burundi

Guinée

Angola

Ouganda

République centrafricaine

Moyenne pour les PCP

Sierra Leone

Zimbabwe

RPD de Corée

Rép. dém. du Congo

Tchad

Iraq

Congo

Somalie

Libéria

Soudan
Moyenne pour les PMA

Érythrée

Note: PCP = pays confrontés à des crises prolongées; PMA = pays les moins avancés (à l'exclusion des pays confrontés à des crises prolongées). Source: Base de données SNPC de l'OCDE.

FIGURE 15

La part de l'aide au développement consacrée au soutien de l'éducation de base dans les pays confrontés à des
crises prolongées est très réduite, voire souvent inférieure au chiffre moyen des PMA

Part de l'aide au développement consacrée à l'éducation de base en pourcentage de l'APD totale pour la période 2005-2008
12
11
10
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0
Guinée

Angola

Moyenne pour les PMA

Éthiopie

Afghanistan

Burundi

Rép. dém. du Congo

Kenya

Ouganda

Somalie

Haïti

Libéria

Moyenne pour les PCP

Tadjikistan

Soudan

Tchad

Sierra Leone

Côte d'Ivoire

République centrafricaine

Iraq

RPD de Corée

Zimbabwe

Congo
Érythrée

Note: PCP = pays confrontés à des crises prolongées; PMA = pays les moins développés (à l'exclusion des pays en situation de crise prolongée). Source: Base de données SNPC de l'OCDE.

32 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

malnutrition58. Une enquête menée par la Banque mondiale a que celle du secteur de l’aide alimentaire puisqu’il n’a reçu
constaté que la productivité d’un agriculteur ayant fait quatre que 44 pour cent des fonds demandés à l’échelle mondiale
ans d’école primaire est en moyenne supérieure de 9 pour et 45 pour cent dans les pays en situation de crise prolongée
cent à celle d’un agriculteur n’ayant jamais été scolarisé59. entre 2000 et 2008. De même, pour l’éducation et d’autres
secteurs clés tels que l’eau et l’assainissement, les besoins
■■ L’aide alimentaire reste l’intervention évalués ont été couverts à moins de 50 pour cent.
humanitaire qui bénéficie du soutien le plus
important, surtout dans les pays en situation ■■ L’aide extérieure: quel impact sur les pays en
de crise prolongée60 situation de crise prolongée?

Comme pour l’aide au développement, la part de l’assistance La part de l’aide fournie aux pays confrontés à des crises
humanitaire totale dévolue à l’agriculture a été réduite (3 prolongées devrait être revue à la hausse en tenant compte
pour cent des engagements totaux à l’échelle mondiale en du fait que ces pays dépendent encore presque tous de
2009 et 4 pour cent dans les pays en situation de crise l’aide extérieure pour une bonne partie des investissements
prolongée). L’éducation a reçu à peine 2 pour cent de l’aide publics en faveur des pauvres. En même temps, l’assistance
publique à vocation humanitaire. humanitaire – qui a augmenté rapidement et constitué une
Le fait que l’assistance humanitaire soit financée par le source d’aide capitale sur de longues périodes – devrait être
biais du processus d’appel commun (CAP) illustre la priorité intégrée à l’aide au développement dans le cadre d’une
dont jouit actuellement l’aide alimentaire sur d’autres formes planification et de politiques à long terme, ce qui nécessitera
d’aide – tant à l’échelle mondiale que dans les pays en une réflexion innovante sur les modalités d’assistance à
situation de crise prolongée61. envisager pour ces pays.
L’aide alimentaire est le secteur le mieux financé de l’aide En ce qui concerne la sécurité alimentaire, les séries de
humanitaire. Elle a réussi à mobiliser en moyenne 96 pour données existantes ne permettent pas un suivi efficace des
cent des crédits mondiaux faisant l’objet d’appels communs investissements visant à la réduction de l’insécurité alimentaire
entre 2000 et 200862. Le résultat est plus mitigé pour les de même qu’il est presque impossible d’identifier des initiatives
pays en situation de crise prolongée dont les besoins de clés, telles que la promotion et la protection des moyens
financements liés à l’aide alimentaire n’ont été couverts qu’à d’existence ou la protection sociale. Ces difficultés d’analyse
84 pour cent pendant la même période (figure 16). En compromettent la formulation de politiques susceptibles de
moyenne, la situation du secteur agricole est moins enviable contribuer à la réduction de l’insécurité alimentaire.

FIGURE 16

La plupart des secteurs ont reçu moins de la moitié des fonds demandés par le biais du processus d'appel commun
entre 2000 et 2008

Financements reçus en pourcentage des fonds demandés


120

100

80

60

40

20

0
Agriculture Redressement Éducation Alimentation Santé Protection/
économique et droits de l'homme/
infrastructures état de droit

Monde Pays confrontés à des crises prolongées

Source: Base de donnée du Système de suivi financier (FTS).

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 33
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

Malgré ces contraintes, l’analyse sectorielle des flux d’aide matière de sécurité alimentaire sont donc compromis. En
fournit un certain nombre d’indications. L’aide au même temps, le soutien dont bénéficie l’aide alimentaire
développement et l’assistance humanitaire consacrées à permet pratiquement de couvrir la totalité des besoins et cette
l’agriculture dans les pays en situation de crise prolongée sont forme d’assistance, qui est essentielle pour sauvegarder des
toutes deux inférieures à leur valeur moyenne respective dans vies et protéger les moyens d’existence dans les pays qui
les PMA, bien que ce type d’investissement soit crucial pour le traversent une crise, doit continuer de bénéficier du soutien
rétablissement et la promotion des moyens d’existence. Le des donateurs. Des mesures de sensibilisation sont nécessaires
financement de l’éducation de base est également insuffisant pour remédier à l’insuffisance des financements dans certains
si l’on considère son rôle fondamental dans l’instauration de la domaines qui sont importants pour aider les pays à jeter les
sécurité alimentaire à long terme. Les gains à long terme en fondements de la sécurité alimentaire à plus long terme.

L’assistance alimentaire à des fins humanitaires


lors de crises prolongées

Message clé pour 2009 était destinée à des programmes d’alimentation ou


à des activités à composante alimentaire (3,1 milliards d’USD
L’assistance alimentaire à des fins humanitaires non sur les 7 milliards demandés).
seulement sauve des vies lors des crises prolongées mais Les observateurs s’inquiètent depuis longtemps du fait
représente aussi un investissement dans la sécurité que l’aide humanitaire – et en particulier les interventions
alimentaire à long terme et le développement futur. prolongées d’aide alimentaire – peut miner les économies
locales et porter atteinte à la production agricole locale. Au
cours des années récentes, les importations d’aide
L’assistance alimentaire à des fins humanitaires joue un rôle alimentaire ont été sensiblement restreintes au profit de
important dans les situations de crise prolongée. Elle sauve pratiques d’achat plus durables et axées sur le
des vies et permet de combattre les pénuries et la misère qui développement. L’assistance alimentaire dans les situations
accompagnent bien souvent les crises prolongées. de crise n’est plus limitée à l’aide alimentaire pure et simple;
L’assistance alimentaire à vocation humanitaire est aussi un le PAM et les institutions qui travaillent dans des contextes
investissement dans l’avenir du pays. L’aide alimentaire de crise prolongée disposent désormais de nouveaux outils.
d’urgence, qui préserve l’état nutritionnel et les moyens Dans les pays et les zones où les marchés fonctionnent mal,
d’existence tout en soutenant l’instruction, jette des bases l’assistance alimentaire prend par exemple la forme d’un
solides pour la sécurité alimentaire à plus long terme et apport direct d’aliments aux ménages, qui est la forme la
constitue un investissement qui peut devenir un puissant plus élémentaire de filet de sécurité. Lorsque des marchés
moteur de développement. On ne saurait toutefois sous- sont en place et qu’il existe des infrastructures de
estimer les nombreux enjeux opérationnels et politiques des distribution, elle se fait via la fourniture d’espèces ou de
interventions effectuées dans un contexte de crise prolongée. bons, qui permettent aux bénéficiaires d’acheter directement
des denrées alimentaires dans des magasins agréés. La
■■ De l’aide alimentaire à l’assistance alimentaire: possibilité d’adapter les interventions au contexte a permis
une transition stratégique de fournir des aides plus calibrées répondant mieux aux
besoins locaux et contribué à apaiser les craintes d’éventuels
La plus grosse part des engagements des donateurs au titre effets dissuasifs liés à une aide prolongée.
des appels des Nations Unies pour les urgences dans le Pour ses distributions de vivres, le PAM, qui est la plus
monde est consacrée, bon an mal an, à l’assistance grosse institution d’aide alimentaire, achète aujourd’hui plus
alimentaire sous forme d’aide alimentaire en nature, de de denrées alimentaires qu’il n’en reçoit en nature. En 2009,
contributions en espèces pour les achats locaux et régionaux 80 pour cent des achats du PAM ont été réalisés dans les
d’aliments, de bons d’alimentation et de transferts pays en développement, notamment dans 12 des 22 pays en
monétaires fournis directement aux bénéficiaires63. Ainsi, situation de crise prolongée examinés dans le présent
44 pour cent de l’enveloppe initiale de l’appel humanitaire rapport. Le PAM a également revu les modalité d’achat

34 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

d’aliments pour lutter plus efficacement contre les causes productives de type vivres contre travail et travail contre
profondes de la faim: les «achats pour le progrès», une rémunération, qui servent à reconstituer les actifs
activité lancée en 2008, sont conçus pour renforcer l’accès communautaires, à sauvegarder les moyens d’existence et à
des petits exploitants et des agriculteurs à faible revenu à des améliorer la résistance des foyers. En Haïti, les programmes
marchés où leurs produits peuvent être vendus à des prix de type vivres contre travail et travail contre rémunération
compétitifs. Au Libéria, 5 600 agriculteurs participent à cette sont utilisés pour répondre aux besoins immédiats des
initiative, qui devrait permettre de faciliter les liens avec le populations exposées à l’insécurité alimentaire tout en
marché et de renforcer la capacité nationale en matière de appuyant la reconstruction d’actifs socio-économiques
production, de transformation et de commercialisation des importants pour les communautés car ils augmenteront la
produits agricoles. Huit pays en situation de crise prolongée, résistance des ménages aux catastrophes (voir encadré 7).
dont l’Afghanistan, la République démocratique du Congo,
la Sierra Leone et le Soudan, figurent parmi les pays pilotes ■■ Les activités humanitaires: entre secours et
de cette initiative. développement

■■ L’assistance alimentaire à des fins Le rôle des institutions fournissant une aide alimentaire
humanitaires: un investissement dans l’avenir humanitaire est important: elles procurent aux populations
des pays victimes de crises des services de base et des moyens
d’existence qui font défaut. Souvent les États n’ont pas les
Pendant la phase aiguë d’une crise, les filets de sécurité capacités pour pourvoir à ces besoins ou, dans certains cas,
fondés sur l’aide alimentaire – qu’il s’agisse de distributions ne sont pas disposés à agir.
générales ou ciblées, de transferts monétaires, de Les initiatives de développement visant à réduire la
programmes de nutrition maternelle et infantile ou de pauvreté et à investir dans l’emploi sont souvent inexistantes
programmes d’alimentation scolaire – sont des interventions lors des crises prolongées ou, parfois, leur mise en place est
destinées à sauver des vies, souvent financées par des trop timide ou pas assez centrée sur les plus pauvres et ceux
processus de mobilisation de ressources à vocation qui souffrent de la faim. L’assistance alimentaire à des fins
spécifiquement humanitaire. Or ces activités contribuent humanitaires peut permettre d’amorcer un mouvement vers
aussi à préserver les actifs humains, qui constituent un le développement en contribuant à réduire les facteurs de
fondement indispensable pour la stabilité future, la sécurité risque sous-jacents, à renforcer la résistance et à fournir la
alimentaire et la croissance d’un pays. base d’un futur système de protection sociale à l’échelle
L’assistance alimentaire destinée à sauvegarder la situation nationale. Elle ne peut toutefois se substituer à d’autres
nutritionnelle des mères et des jeunes enfants est une sérieuse formes d’engagement international efficaces lors des crises, y
contribution au développement à long terme: quelques mois compris l’offre d’options autres que l’assistance humanitaire.
seulement de carences nutritionnelles dans la première En outre, aucun engagement international ne saurait
enfance peuvent avoir des conséquences irréversibles et miner remplacer un gouvernement national et des systèmes de
la santé, la capacité d’apprentissage et la productivité des protection sociale efficaces et soumis à l’obligation de rendre
individus tout au long de la vie (voir encadré 6). D’après les des comptes.
estimations, la perte de PIB due à la malnutrition va de 2 ou Même si elle est un fondement du développement,
3 pour cent (cas de nombreux pays64) à 11 pour cent (dans l’assistance alimentaire à des fins humanitaires ne peut être
certains pays d’Amérique centrale65). tenue pour unique responsable de la concrétisation des
Les repas scolaires s’avèrent efficaces pour protéger les objectifs et des principes du développement. Agir
personnes vulnérables et sont un facteur de progrès du point conformément aux principes humanitaires, qui prônent
de vue de la nutrition, de l’instruction et de la parité l’indépendance et la neutralité, afin de satisfaire des besoins
hommes-femmes avec, à la clé, une vaste gamme de gains critiques en temps voulu et de manière impartiale, n’est pas
socio-économiques66. Dans un contexte d’urgence ou de toujours compatible avec l’exigence de travailler par le
crise prolongée, l’alimentation scolaire encourage la truchement d’institutions centrales ou locales tout en
scolarisation continue des enfants, par la fourniture renforçant leurs capacités. Les états confrontés à des crises
d’aliments à leur famille, à condition qu’ils fréquentent prolongées n’ont pas de capacités suffisantes pour satisfaire
régulièrement la classe. À l’issue d’une crise ou en période aux besoins de leur population et sont parfois eux‑mêmes
de transition, les programmes d’alimentation scolaire responsables de la crise sous-jacente, aussi les structures
peuvent contribuer à remettre sur pied le système éducatif et étatiques ne sont-elles d’aucun secours pour faciliter ou
inciter de ce fait les personnes déplacées à l’intérieur des canaliser l’assistance destinée à sauver des vies et/ou pour
frontières et les réfugiés à regagner leurs foyers, par la assurer un ciblage impartial des bénéficiaires. Les
démonstration que les services de base fonctionnent et investissements humanitaires peuvent dans certains cas
qu’un retour est envisageable. Les filets de sécurité reposant soutenir les institutions de l’État mais ne sont pas toujours la
sur l’assistance alimentaire incluent aussi des activités meilleure solution pour renforcer les capacités à plus long

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 35
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

EncadrÉ 6

La nutrition dans les pays confrontés à des crises prolongées

Une nutrition adéquate est essentielle pour la croissance, stabiliser et d’améliorer la consommation alimentaire et
la bonne santé et le développement physique et l’apport en nutriments sont également nécessaires. À
intellectuel des individus. Elle suppose un régime court terme, la meilleure solution peut consister à
alimentaire diversifié comprenant des aliments de base, distribuer des préparations alimentaires formulées pour
des légumes, des fruits, des aliments d’origine animale et répondre aux besoins nutritionnels de groupes cibles
des aliments enrichis1. La nutrition est influencée non spécifiques, tels que les jeunes enfants exposés au risque
seulement par les questions d’approvisionnement de dénutrition et les ménages qui, ayant été déplacés ou
alimentaire et d’accès aux aliments mais aussi par étant privés de combustible, ne peuvent assurer la cuisson
l’incidence des maladies, les problèmes d’assainissement des aliments5.
– notamment l’accès à l’eau potable – et l’existence ou La prévention de la dénutrition (retard de croissance)
non de services de santé préventive. chez les enfants entre le moment de la conception et
Les pays confrontés à des crises prolongées sont l’âge de deux ans est aussi importante que le traitement
caractérisés par une forte ou très forte prévalence de la de l’émaciation. La priorité doit donc être accordée non
dénutrition et, de manière récurrente, par une incidence seulement au traitement de la malnutrition aiguë mais
élevée de la malnutrition aiguë (émaciation ou faible aussi à la prévention de la dénutrition chez les jeunes
rapport poids-taille). Ces conditions limitent le enfants, en améliorant l’apport en nutriments des enfants
développement des individus et des sociétés: la dénutrition mais sans oublier celui des femmes enceintes et des mères
tue (elle est responsable d’un tiers des 8,8 millions de allaitantes. Dans la pratique, ces interventions doivent
décès annuels d’enfants dans le monde2) et elle accroît la donc toucher les femmes enceintes, les mères allaitantes,
morbidité. Les enfants qui souffrent d’un retard de les enfants âgés de 6 à 24 mois et les enfants souffrant
croissance avant l’âge de deux ans (trop chétifs pour leur d’émaciation modérée ou sévère.
âge en raison d’une nutrition insuffisante) ont de très
faibles chances de réaliser pleinement leur potentiel 1
Voir entre autres: M. Golden. 2009. Proposed nutrient requirements
of moderately malnourished populations of children. Food and Nutrition
éducatif et productif. Dans 18 des 22 pays confrontés à
Bulletin, 30: S267-S343; et S. De Pee et M.W. Bloem. 2009. Current
des crises prolongées, la prévalence du retard de and potential role of specially formulated foods and food supplements
croissance est supérieure à la moyenne dans les pays en for preventing malnutrition among 6-23 month-old children and for
treating moderate malnutrition among 6–59 month-old children. Food
développement, elle-même de 34 pour cent3. Les
and Nutrition Bulletin, 30: S434-S463.
perspectives à long terme de redressement et de 2
R.E. Black, L.H. Allen, Z.A Bhutta, L.E. Caulfield, M. de Onis, M. Ezzati,
développement tant pour les individus qu’à l’échelle du C. Mathers et J. Rivera. 2008. Maternal and child undernutrition: global
pays sont ainsi compromises4. and regional exposures and health consequences. Lancet, 371: 243-260;
UNICEF. 2009. La situation des enfants dans le monde 2009. La santé
La prévention et le traitement de la dénutrition lors de maternelle et néonatale. New York, États-Unis d’Amérique.
crises prolongées exigent un ensemble de mesures. Les 3
UNICEF (2009), voir note 2.
mesures d’urgence sont nécessaires pour faire face aux 4
C.G Victora, L. Adair, C. Fall, P.C. Hallal, R. Martorell, L., Richter et H.P.S.
besoins nutritionnels immédiats tandis que les Sachdev. 2008. Maternal and child undernutrition: consequences for adult
health and human capital. Lancet, 371: 340-357.
interventions visant au rétablissement de la sécurité 5
Voir entre autres S. De Pee, J. van Hees, E. Heines, F. Graciano, T. van
alimentaire sont à la base de toute amélioration de la den Briel, P. Acharya et M.W. Bloem. 2008. Ten minutes to learn about
nutrition à long terme. Des mesures ayant pour but de nutrition programming. Sight and Life Magazine, 3(Suppl.): 1-44.

terme. L’État n’est pas forcément perdant; au contraire, préservant la nutrition, l’instruction et les moyens d’existence.
entretenir chez tous la perception de la neutralité des Lorsqu’une crise prolongée est causée ou compliquée par la
institutions humanitaires est essentiel pour que ces dernières récurrence de catastrophes naturelles, l’aide alimentaire à des
puissent, après la crise, travailler avec les États et les fins humanitaires offre l’occasion de mettre en place de telles
communautés touchées et être considérées comme des mesures. Le développement du programme de protection des
partenaires du développement crédibles et dignes de facteurs de production en Éthiopie (PSNP) – dont on connaît
confiance. le succès et qui atteint environ 7,3 millions d’habitants des
L’assistance alimentaire à des fins humanitaires peut zones rurales par le biais de transferts d’aliments ou d’espèces
également être utile pour jeter les bases de la sécurité pour couvrir les périodes de soudure tout en créant des avoirs
alimentaire et du développement futur en renforçant la communautaires – est en partie fondé sur l’expérience de
préparation aux catastrophes et la réduction des risques et en décennies d’interventions d’aide alimentaire à vocation

36 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

EncadrÉ 7

Haïti: l’assistance alimentaire à des fins humanitaires renforce la résistance aux catastrophes

Haïti est aux prises avec une crise prolongée complexe, plus ciblés, pour tenir compte de la persistance de besoins
entretenue par la violence urbaine, les catastrophes aigus. Parmi ces changements figuraient l’accélération des
naturelles récurrentes et l’impact de la crise économique programmes d’alimentation scolaire et de nutrition
mondiale. Une aide alimentaire d’urgence a été fournie d’appoint dans les zones touchées. Compte tenu de la
après les émeutes de la faim d’avril 2008, trois cyclones vulnérabilité des personnes aux chocs déclenchés
successifs et une tempête tropicale en août et septembre soudainement, les agences d’aide ont commencé à
2008 ainsi qu’un tremblement de terre en janvier 2010. privilégier les activités fondées sur le travail, assistées par
Il a fallu innover pour exploiter au mieux l’effort le biais de programmes de type vivres contre travail et
humanitaire massif afin d’appuyer le redressement et la travail contre rémunération, afin d’aider les ménages
sécurité alimentaire à plus long terme, ce qui supposait le vulnérables à surmonter la crise et à renforcer les actifs
renforcement de la résistance en cas de nouvelles communautaires et familiaux dans le but de réduire les
catastrophes. L’accent mis au départ sur les distributions risques liés à de nouvelles catastrophes et d’être mieux à
générales d’aliments a été rectifié en faveur de transferts même d’y résister.

humanitaire réalisées dans différents pays suite à des première nécessité tout en contribuant à renforcer la
catastrophes et à des famines. Ce programme éthiopien confiance des communautés dans le processus de paix. Les
associe l’idée de vulnérabilité, telle que l’entendent les rapatriés ont été particulièrement pris en compte dans le
institutions d’aide alimentaire à vocation humanitaires avec, ciblage de l’assistance alimentaire, afin de les aider à faire la
entre autres composantes, les enseignements retenus lors soudure pendant les mois écoulés entre la réinstallation et la
de programmes réussis de développement d’actifs première récolte obtenue sur leurs terres. Une étude récente
communautaires tels que le MERET, un programme concernant le Soudan a montré que les besoins d’assistance
gouvernemental assisté par le PAM pour soutenir la gestion alimentaire des rapatriés sont les plus élevés à leur arrivée et
durable des sols et de l’eau et une productivité accrue dans que la fourniture de cette aide est l’un des facteurs qui a le
les communautés exposées à l’insécurité alimentaire. Le PSNP plus d’impact sur la réintégration de ce groupe et la reprise
est également un exemple de la manière dont les pays qui d’activités68.
émergent de crises prolongées peuvent instaurer des
programmes d’assistance à long terme pour les groupes ■■ Difficultés et risques de l’assistance alimentaire
vulnérables sur la base de l’expérience acquise en matière de lors des crises prolongées
filets de sécurité reposant sur l’assistance alimentaire
humanitaire. Les crises prolongées présentent des enjeux et des risques
Dans les situations où les capacités de l’État sont nombreux que les agences d’aide doivent gérer efficacement
particulièrement faibles ou lorsque la violence et les pour que l’assistance alimentaire à des fins humanitaires
violations des droits perpétuent la crise, la possibilité d’un puisse à la fois remplir son objectif de sauver des vies et
transfert des activités à un État responsable et réactif est fournir une base solide pour la sécurité alimentaire à plus
moins concrète, mais l’assistance n’en demeure pas moins long terme.
un atout pour préserver les actifs humains et
communautaires de toute perte ou dégradation ultérieure. Maintenir l’espace humanitaire
Pendant des années, ce fut le cas au Soudan où le conflit et Dans bon nombre de situations de crises prolongées, les
son cortège de violations des droits de l’homme ont causé acteurs de l’aide humanitaire sont tiraillés entre l’impératif
des famines meurtrières parmi la population civile. Les limites humanitaire – répondre aux besoins alimentaires immédiats
de l’assistance alimentaire à des fins humanitaires sont des personnes – et le respect des principes humanitaires de
restées claires tant qu’on a laissé persister les causes sous- base que sont la neutralité, l’impartialité et l’indépendance.
jacentes de la faim (le conflit et les violations des droits ont Les institutions peuvent faire des compromis sur les principes
provoqué la famine de 1988 à laquelle 250 000 personnes afin d’obtenir et de maintenir l’accès aux populations
ont succombé)67. L’accord de paix consolidé de 2005 a vulnérables. Par exemple, le PAM a coordonné ses opérations
marqué le début d’une période qui a permis d’envisager la au nord du Sri Lanka en 2006‑09 avec l’armée sri-lankaise
transition vers une forme d’assistance alimentaire dont le rôle a été déterminant pour faciliter les livraisons
humanitaire plus propice au redressement. À ce stade, les d’importantes quantités de vivres dans la région
distributions de vivres ont pu soulager les besoins de septentrionale. Il se peut néanmoins que le concours de

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 37
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

l’armée ait compromis la perception de neutralité et préoccupation essentielle pour le PAM. Des mesures de
d’indépendance totales de l’effort humanitaire, situation qui protection ont été intégrées d’emblée dans les activités
peut compliquer les relations futures avec les communautés d’aide alimentaire du PAM, notamment des messages clairs
tamoules dans le nord du pays. sur le ciblage et les droits afin de prévenir les malentendus et
La nécessité d’équilibrer des priorités conflictuelles afin les conflits, la mise à disposition d’espaces sûrs et de soutien
de créer et de maintenir un «espace humanitaire» est une supplémentaire pour les femmes enceintes, les personnes
constante de l’assistance alimentaire dans bon nombre de âgées et les handicapés aux sites de distribution des
crises prolongées du monde actuel. Les enjeux sont élevés; aliments, et la diffusion de la politique de tolérance zéro du
comme on l’a vu plus haut, il est essentiel de préserver PAM en matière d’exploitation et d’abus à caractère sexuel.
l’image de neutralité des institutions d’aide humanitaire
pour leur permettre, pendant et après une crise, de ■■ Quelle conclusion en tirer pour l’assistance
travailler efficacement dans les zones touchées par des alimentaire lors de crises prolongées?
conflits. Toute perception d’une absence de neutralité et
d’indépendance de l’aide humanitaire vis-à-vis du pouvoir Des approches novatrices et basées sur des principes sont
politique peut être dangereuse ou mortelle aussi bien pour nécessaires pour répondre aux défis posés par les opérations
les agents humanitaires que pour les populations qu’ils dans des environnements de crise prolongée. À cet égard, les
veulent assister. En Afghanistan, des employés efforts réalisés ces dernières années par les organisations qui
d’organisations humanitaires ont été attaqués par des fournissent une aide alimentaire à des fins humanitaires pour
groupes de rebelles armés en raison de leur association intégrer une «dimension de protection» dans leurs activités
réelle ou supposée avec le gouvernement ou les forces de d’assistance sont prometteurs. Partant du travail réalisé par
coalition. Cette situation a eu des répercussions négatives l’Oxfam et le Comité international des secours (IRC) et
sur la sécurité du personnel et sur sa capacité à atteindre travaillant avec le groupe sectoriel sur la protection du Comité
les éventuels bénéficiaires. L’insurrection frappant de plus permanent interorganisations (IASC), le PAM a entrepris ces
en plus des agents humanitaires, certaines organisations dernières années des activités de recherche et de formation
ont complètement cessé leurs opérations dans certaines ayant pour but de renforcer l’analyse des besoins des
parties du pays. D’une certaine façon, dans un nombre bénéficiaires en matière de protection dans les environnements
croissant de crises prolongées, les agents humanitaires complexes, plaider plus efficacement en faveur de l’accès
doivent voir plus loin que la nécessité d’être perçus comme humanitaire, gérer les perceptions concernant la neutralité et
neutres, indépendants et impartiaux dans un pays l’impartialité de l’institution et programmer l’assistance
déterminé et considérer leur position dans le concert alimentaire de manière à «ne pas causer de préjudice».
international – qu’il s’agisse des acteurs de la politique, des L’assistance alimentaire à des fins humanitaires, qui sauve
tendances et des événements – ainsi que les répercussions des vies, est de surcroît un investissement dans l’avenir. Le
probables de ces liens sur leurs opérations futures. passage de l’aide alimentaire classique à une panoplie
d’outils d’assistance alimentaire complétée par des options
Ne pas causer de préjudice novatrices concernant les achats vivriers permet de veiller à
L’aide alimentaire à des fins humanitaire est parfois la ce qu’une assistance appropriée soit fournie et d’optimiser
ressource la plus précieuse dans des environnements de crise les chances que l’assistance alimentaire à des fins
prolongée, caractérisés par la pénurie de services, humanitaires puisse jeter des bases solides pour la sécurité
l’éloignement géographique et, souvent, l’insécurité. Les alimentaire à plus long terme.
modalités de ciblage et de livraison peuvent avoir une L’objectif premier de l’assistance alimentaire à vocation
incidence sur le tissu des relations socio-économiques locales. humanitaire est de répondre à des besoins individuels
Au Sud du Soudan dans les années 90, si des Nuer d’Ayod ont critiques. Elle n’est pas censée se substituer à d’autres formes
été recrutés dans les milices qui effectuaient des incursions efficaces d’engagement international face aux crises ou
dans les terres des Dinka, c’est en partie parce que les Nuer remplacer les changements structurels et sociétaux ainsi que
estimaient que les opérations de secours dans leur région les pratiques de bonne gouvernance nécessaires à l’échelle
étaient négligées69. En Somalie, le choix d’une communauté des pays. Si l’assistance alimentaire fournie lors de crises
comme bénéficiaire plutôt que sa voisine, surtout si la prolongées peut favoriser le développement à plusieurs
communauté exclue ne perçoit pas de différence entre leurs égards, les attentes dans ce domaine doivent être réalistes et
situations respectives, peut entraîner des conflits et des raids70. il ne faut pas lui faire porter la responsabilité de la
Les agences d’aide s’efforcent de limiter les effets concrétisation des objectifs et des principes du
indésirables de leurs opérations sur la sécurité et la développement, mais la considérer au contraire comme l’une
protection des bénéficiaires. Par exemple, vu l’historique de des composantes d’un ensemble d’interventions essentielles
la violence en Haïti, et en particulier à Port-au-Prince, la dans les situations de crise. S’agissant d’action humanitaire,
prévention de la violence pendant les distributions de vivres l’obligation de rendre des comptes s’exerce avant tout vis-à-
après le tremblement de terre de janvier 2010 a été une vis des personnes à qui cette aide est destinée.

38 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

Favoriser la protection sociale lors des crises


prolongées

Message clé composantes de protection sociale (comme l’assurance et les


transferts) mais tant que celles-ci ne sont pas institutionnelles,
Les systèmes de protection sociale jettent des bases c’est-à-dire intégrées dans les budgets nationaux, les
indispensables sur lesquelles reconstruire les sociétés structures, les politiques fiscales et de l’emploi ainsi que dans
confrontées à des crises prolongées. Dans les situations les processus politiques – tant qu’elles ne font pas partie d’un
caractérisées par une capacité financière, contrat social dynamique entre l’État et les citoyens – elles ne
institutionnelle et opérationnelle limitée, les constituent pas un système de protection sociale de plein
programmes de protection sociale sont toutefois droit. Bon nombre de pays confrontés à des crises prolongées
généralement de brève durée, axés sur les secours possèdent un assortiment de mesures dans ce domaine mais
d’urgence ou financés de l’extérieur. pas de système authentique de protection sociale.
L’un des débats les plus difficiles vise la protection sociale
lors de crises prolongées. Dans un tel contexte, les problèmes
Au-delà des améliorations dans le domaine de l’assistance de l’aide humanitaire et du développement sont largement
alimentaire à des fins humanitaires, l’intérêt pour des mêlés et tout débat sur la protection sociale est conditionné
mesures de protection sociale plus étendues dans le secteur par les interactions complexes entre ces deux aspects. Même
du développement grandit considérablement. La protection si la fusion des deux domaines est de plus en plus perçue
sociale comprend les filets de sécurité, les assurances et comme une nécessité72, les progrès réalisés dans la
plusieurs formes d’interventions sectorielles en faveur de la conception de systèmes de protection sociale lors de crises
santé, de l’éducation, de la nutrition et de l’agriculture71. De prolongées demeurent fragiles.
nouvelles initiatives voient le jour à l’échelle mondiale, telle
que l’Initiative des Nations Unies pour un socle de protection ■■ La protection sociale lors des crises prolongées
sociale, et au niveau régional avec le Réseau interaméricain
de protection sociale. À l’échelon national, les expériences se De manière générale, la protection sociale peut être
multiplient. On peut citer notamment le programme de considérée sous divers angles, notamment la composition (la
protection des moyens de production en Éthiopie (PSNP) et le répartition entre filets de sécurité et assurance), la forme
programme servant de filet de sécurité contre la faim au (officielle ou informelle), la source de financement (nationale
Kenya. Parfois, ces composantes sont inscrites dans la ou assistée de l’extérieur) et les capacités de mise en œuvre
législation régissant un domaine spécifique, tel que le salaire inhérentes au système. Sur la base de ces critères généraux,
minimum sur le marché de l’emploi, et ouvrent donc la voie, les pays confrontés à des crises prolongées présentent
en matière de protection sociale, à des approches dites «de chacun une situation qui combine plusieurs de ces
transformation» fondées sur les droits. caractéristiques.
La protection sociale peut être assurée à travers des On relève en général des insuffisances au niveau du cadre
mécanismes officiels ou informels. Ces derniers comprennent sur lequel les pouvoirs publics s’efforcent d’asseoir la
les pratiques de soutien et de partage au sein des protection sociale. Des éléments de protection sociale
communautés et entre elles, tandis que les premiers existent de manière diffuse mais incomplète dans les
concernent des prestations fournies sur une base publique stratégies de sécurité alimentaire, de réduction de la
(par l’État) ou privée (par le biais d’arrangements pauvreté ou de développement73.
contractuels). Le financement des mesures publiques peut Les effets combinés des taux élevés de pauvreté, des
être de source nationale ou extérieure (par des donateurs), contraintes budgétaires et des recettes fiscales limitées
tandis que les mécanismes privés comportent surtout des étouffent les capacités de redistribution des pays74. Comme
produits d’assurance commerciaux. indiqué précédemment, les pays confrontés à des crises
Il importe néanmoins de bien faire la différence entre un prolongées dépendent en général largement des
véritable «système» et un ensemble disparate de financements extérieurs pour leurs principaux services et
programmes. Les pays peuvent en effet disposer de investissements socio-économiques. Cette dépendance

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 39
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

remet sérieusement en cause le principe de l’accessibilité Haïti, le Soudan et le Zimbabwe sont plutôt médiocres en ce
économique et de la durabilité de la protection sociale dans qui concerne l’application de mesures de protection sociale79.
les pays ayant des ressources limitées. Les filets de sécurité jouent un rôle essentiel parmi les
Face à l’ampleur des investissements extérieurs, les décisions différentes mesures de protection sociale et les interventions
relatives à la protection sociale sont inévitablement liées aux sectorielles – notamment la fourniture de services (comme
efforts déployés pour optimiser l’efficacité de l’aide. Comme l’accès aux écoles et aux centres de soins) – demeurent un
l’indique l’Organisation de coopération et de développement élément clé de la protection sociale dans les situations
économiques75, «… notre action [en matière de protection complexes. Les filets de sécurité sont fournis avant tout sous
sociale] doit être harmonisée avec les politiques nationales, forme de transferts de vivres, souvent dans le cadre
conformément à la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide d’interventions d’urgence à plus grande échelle. Par
et au Programme d’action d’Accra». Il s’ensuit que le volume exemple, en 2008, plus de 2,5 millions de tonnes d’aliments
important des investissements extérieurs dans ces pays peut ont été livrés aux pays en situation de crise prolongée, dont
créer l’incertitude sur l’appropriation nationale des 82 pour cent environ dans le cadre de secours d’urgence80.
programmes de protection sociale. Pour les filets de sécurité en général, et pour l’aide d’urgence
Les capacités institutionnelles en matière de contrôle et en particulier, l’utilisation d’une assistance sous forme de
d’orientation sont souvent faibles. La responsabilité de la transferts monétaires reste comparativement plus rare,
protection sociale est généralement éclatée entre divers surtout après un conflit81.
ministères, organismes officiels ou autres acteurs; les Dans ce contexte général, un certain nombre de
institutions qui partagent des compétences dans ce domaine problèmes incontournables peuvent surgir lors de la
sont souvent loin d’être aussi influentes que ne le serait, par formulation des plans de protection sociale dans les pays
exemple, un ministère des Finances. Les capacités confrontés à des crises prolongées ainsi qu’une série
techniques, administratives et d’exécution sont généralement d’innovations qui peuvent éclairer la définition des politiques
limitées, comme le montre une étude récente sur l’Afrique et programmes de protection sociale. Ils sont passés en
occidentale et centrale76. revue ci‑après.
Ce sont les mécanismes informels qui, en grande partie,
couvrent les besoins de protection sociale. Seulement environ ■■ Problèmes incontournables et innovations
20 pour cent de la population mondiale a accès à une
protection sociale en bonne et due forme77. En général, la protection sociale est au coeur de trois débats
Les instruments et les programmes de protection sociale essentiels liés aux contextes de crises prolongées82:
sont limités en ce qui concerne l’échelle, la couverture, la Le premier point concerne la transition de l’aide
durée et le niveau des prestations. Le filet de sécurité le plus d’urgence sur une base annuelle à des approches de
important en Afrique est le PSNP éthiopien, avec un effectif développement pluriannuelles. On explore de nouvelles
de 7,3 millions de ménages exposés à l’insécurité alimentaire. options, pour passer de l’aide humanitaire axée sur les
La taille moyenne des programmes en Afrique australe est besoins chroniques à des approches favorisant le
bien inférieure à 500 000 bénéficiaires78. Dans l’ensemble, développement qui soient plus prévisibles et à long terme
les résultats relevés pour des pays comme l’Afghanistan, (voir encadré 8).

EncadrÉ 8

Un soutien prévisible pour des besoins prévisibles: le filet de sécurité contre la faim
au Kenya

Le Programme servant de filet de sécurité contre la faim 300 000 ménages environ. Le programme est hautement
au Kenya est un programme placé sous l’égide du innovant et teste des approches telles que
ministère du Développement du Kenya septentrional et l’enregistrement des ménages grâce à la biométrie, la
autres terres arides. Il vise les quatre districts les plus saisie de données en temps réel et un système efficace de
étendus et les plus pauvres de la région aride située au transfert d’espèces en milieu rural reposant sur des
Nord du pays et utilise les transferts d’espèces pour technologies d’identification biométrique, des terminaux
répondre aux besoins de consommation des ménages au point de vente et le téléphone mobile. Des services
exposés à l’insécurité alimentaire. Le programme est financiers d’avant-garde, bancaires et autres, atteignent
assisté par un don du ministère du Développement ainsi les zones les plus pauvres du Kenya.
international du Royaume-Uni (DFID). La phase I du
programme vise 60 000 ménages bénéficiaires d’ici la fin Source: DFID. 2009. DFID Kenya Social Protection Programme Annual
de 2010. La phase II comportera un élargissement à Review. Nairobi.

40 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

Ainsi, en Éthiopie, l’introduction d’une approche fondée l’action pro-pauvres. Ce dilemme suppose un certain nombre
sur les droits à des prestations83 dans le cadre du PSNP a de choix sur la manière dont ces interventions sont exécutées
connu plusieurs étapes d’évolution institutionnelle. Le PSNP et séquencées (en vue de réduire les inégalités ou de
tire des enseignements de l’expérience d’amélioration de la promouvoir la croissance).
prévisibilité acquise lors du précédent programme de garantie
de l’emploi, un programme de grands travaux axé sur les ■■ Chronologie des interventions en faveur de la
secours d’urgence (jusqu’en 2000) et divers enseignements sécurité alimentaire
tirés de la première année de mise en œuvre (2005).
Le deuxième point porte sur la nécessité d’examiner La protection sociale relève essentiellement de mesures prises
l’efficacité et l’efficience des programmes en place. Cet par les pouvoirs publics, ce qui oblige à définir la portée et le
examen inclut l’examen stratégique et opérationnel du volume de l’assistance fournie par l’État en matière de
ciblage, de la couverture et des résultats des différents sécurité alimentaire. Traditionnellement, les mesures de
instruments de protection sociale. Par exemple, le ministère protection sociale à caractère officiel dans les économies
palestinien des Affaires sociales a entrepris la formulation développées ont toujours été introduites après une période
d’une stratégie nationale pour le secteur de la protection de développement économique soutenu87 et c’est la raison
sociale84. C’est l’une des premières tentatives pour évaluer pour laquelle un débat animé a lieu dans les pays en
les programmes de protection sociale en Cisjordanie et à développement sur l’opportunité et la viabilité d’une
Gaza et les fondre dans un cadre stratégique cohérent. chronologie différente – à savoir, introduire des mesures de
Le troisième point aborde la question de l’innovation en protection sociale de vaste envergure avant de consolider les
cours pour favoriser l’autonomisation et les programmes performances économiques. Comment des budgets publics
fondés sur les droits. Un certain nombre d’initiatives voient le restreints devraient-ils être répartis entre des priorités
jour pour renforcer l’inclusion sociale des populations concurrentes? Les pays devraient-ils investir dans la
marginalisées et préconiser des engagements élémentaires de productivité agricole ou élargir les filets de sécurité en faveur
protection sociale. En 2006, plusieurs pays africains ont signé des personnes âgées? Ces questions sont d’autant plus
l’appel «de Livingstone» qui plaidait en faveur d’une brûlantes dans les situations de crise prolongée.
intensification de la collaboration et des engagements sur la Un certain nombre de considérations peuvent éclairer ces
protection sociale. Cette action a abouti à une nouvelle série choix. Dans le cas des pays qui sortent d’un conflit, la
de consultations menées par l’Union africaine en 2008 et en protection sociale pourrait permettre de réduire la
particulier à une recommandation visant à «… insérer dans probabilité de conflits futurs88 et devrait donc peut-être
les budgets nationaux des ouvertures de crédits spécifiques passer avant les politiques sectorielles et générales89. En
pour la protection sociale, qui ne devraient pas être outre, de nouveaux éléments suggèrent que les avantages
inférieures à 2 pour cent du PIB»85. et les inconvénients respectifs de l’efficacité économique et
Ces exemples montrent que la protection sociale recèle un de l’équité sociale sont peut-être moins marqués qu’on ne
certain nombre de problèmes combinés; les débats portent pourrait le croire90. En particulier, la protection sociale, loin
invariablement sur la nécessité d’un arbitrage optimal entre de retarder ou de compromettre la croissance, peut
l’aide humanitaire et les interventions de développement contribuer à la promouvoir de trois manières, comme
pour soutenir la sortie de crise. Bien que le financement indiqué dans les paragraphes qui suivent.
intérieur de la protection sociale présente d’immenses La première concerne les investissements destinés à
difficultés, du moins à court terme, un nouvel élan est donné valoriser le capital humain. L’amélioration de la nutrition
en faveur d’une remontée de la protection sociale dans infantile peut renforcer le développement intellectuel, les
l’ordre des priorités politiques (voir encadré 8), notamment résultats scolaires et la productivité pendant la vie active et,
par la formation d’alliances novatrices et le partage d’une par conséquent, augmenter le potentiel d’amélioration des
vaste gamme de pratiques de mise en œuvre ayant fait leurs revenus (voir encadré 9)91.
preuves86. Les initiatives futures de recherche appliquée La deuxième est liée à l’adoption de moyens d’existence
devraient reposer sur l’intérêt et la demande dont la plus risqués mais plus rémunérateurs. C’est un domaine où
protection sociale fait de plus en plus l’objet, tout en un certain nombre de liens pourraient être établis entre les
apportant des preuves crédibles et spécifiques au contexte mesures de protection sociale et l’action en faveur de la
pour appuyer les processus décisionnels. sécurité alimentaire92. Les résultats des agriculteurs peuvent
Sur un autre plan, ces considérations démontrent en effet rester en deçà de l’optimum en raison de pratiques
clairement les liens qui existent entre la protection sociale et excessivement prudentes. La protection sociale pourrait jouer
les interventions visant à la croissance: sans croissance, les un rôle important en instaurant un socle sur lequel fonder
perspectives de financement de la protection sociale par des des stratégies plus risquées mais plus payantes.
ressources endogènes sont presque nulles mais sans Une troisième possibilité est centrée sur l’atténuation de
protection sociale, les schémas de croissance future risquent certaines défaillances des marchés (voir encadré 10).
d’être moins efficaces du point de vue de l’inclusion et de Prises ensemble, ces considérations ont permis de

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 41
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

EncadrÉ 9

Les vivres pour l’éducation lors de crises prolongées: expériences positives dans les camps
de PDI

Les programmes de vivres pour l’éducation (VPE) ménages dans lesquels les enfants bénéficient de
comprennent deux modalités: les repas scolaires l’alimentation scolaire, sans doute en raison d’une
consommés sur place et les rations à emporter. Dans le nouvelle répartition des schémas de consommation au
cadre de travaux récents, l’impact des VPE a été étudié sein de la famille. Ce gain est essentiellement concentré
dans 31 camps de PDI dans le Nord de l’Ouganda. Sur la chez les enfants les plus jeunes non scolarisés, âgés de 6 à
base d’enquêtes sur un échantillon d’environ 1 000 35 mois, dont le poids réagit plus vite à une modification
ménages, menées en 2005 et 2007, l’évaluation a permis du régime alimentaire. En conséquence, même lors de
de constater que les repas scolaires consommés sur place crises prolongées, il est souvent possible de jeter les bases
et les rations à emporter réduisent la prévalence de d’un développement à long terme.
l’anémie de 19,2 pour cent et de 17,2 pour cent
respectivement chez les enfants âgés de 10 et 13 ans. De Sources: S. Adelman, H. Alderman, D. Gilligan and J. Konde-Lule. 2008.
The impact of alternative food for education programs on child nutrition
plus, le retard de croissance chez les enfants d’âge in northern Uganda. Version préliminaire. Washington, see footnote 1,
préscolaire baisse de manière significative dans les États-Unis d’Amérique, IFPRI.

EncadrÉ 10

L’assistance alimentaire fondée sur les transferts d’espèces: quelques exemples en


Afghanistan, Cisjordanie et bande de Gaza

En 2009, le PAM et ses partenaires ont mis sen œuvre un agréés. Le programme de bons devrait être étendu à
certain nombre de programmes de transferts d’espèces d’autres zones urbaines de l’Afghanistan.
qui fournissent une assistance alimentaire de qualité tout En Cisjordanie et dans la bande de Gaza, le PAM a
en stimulant les entreprises locales et le secteur agricole. lancé un projet de bons d’alimentation en milieu urbain
Deux programmes de bons en situation de crises pour près de 7 800 foyers exposés à l’insécurité
prolongées sont ici mis en exergue. alimentaire. En collaboration avec les ONG, le PAM a
En Afghanistan, le PAM a exécuté un projet pilote de six distribué chaque mois des bons de 56 dollars qui ont
mois prévoyant la remise de bons à 10 000 handicapés, à permis d’améliorer l’accès des bénéficiaires à des aliments
des ménages dirigés par une femme, à des familles riches en protéines.
nombreuses et à des familles vulnérables par ailleurs, ainsi
qu’à des PDI, dans un district de Kaboul. Chaque mois, les Source: PAM. 2009. Global workshop on cash and vouchers: final
report. Rome, PAM; et S.W. Omamo, U. Gentilini et S. Sandstrom
bénéficiaires ont reçu un bon de 30 USD échangeable (rédacteurs). 2010. Innovations in food assistance: lessons from evolving
contre des denrées alimentaires dans des magasins experience. Rome, PAM. À paraître.

commencer à percevoir la protection sociale non comme un interventions de secours, sont financés par des bailleurs de
simple coût mais comme un investissement. Il n’empêche que fonds extérieurs et ont une portée limitée. Ils ressemblent
d’importantes limites subsistent et qu’il faut être prudent dans aux initiatives exécutées dans d’autres contextes mais sans
l’évaluation des incidences politiques. La concrétisation des recueillir, à l’échelle du pays, le degré d’engagement
effets de la protection sociale sur la croissance durable est un financier et institutionnel susceptible d’en faire un véritable
processus qui peut même s’étaler sur une génération entière système national. Les progrès accomplis en matière de
(si l’on considère les effets dans le domaine de l’instruction), protection sociale lors de crises prolongées pourraient
allant à l’encontre de priorités à plus court terme auxquelles contribuer à combler le fossé entre les initiatives
les ménages et les pays vulnérables sont souvent confrontés. humanitaires et les activités de développement. Plusieurs
innovations prometteuses dans le domaine des politiques
■■ Quelle incidence sur l’amélioration de la et des programmes méritent d’être suivies avec attention
protection sociale lors de crises prolongées? et appliquées.
On a montré que quelques considérations sont
Les programmes de protection sociale dans le contexte de spécifiques à la protection sociale, comme le choix entre
crises prolongées sont généralement axés sur des plusieurs modalités de transfert ou plusieurs méthodes de

42 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

ciblage, tandis que d’autres questions, telles que le rôle Si l’aide extérieure contribue parfois, à court et moyen
joué par l’aide à l’appui des systèmes de protection sociale, termes, à trancher ces nœuds gordiens, il est de plus en
ont une portée plus vaste. Pour mettre en place des plus reconnu que le système actuel de l’aide doit être
systèmes nationaux de protection sociale, il faut en effet amélioré, en particulier grâce à une réflexion innovante sur
opérer des choix fondamentaux, qui doivent être d’abord les moyens de renforcer l’obligation de rendre des comptes
discernés puis affrontés. Il peut s’agir de choix entre les et le retour d’information tant chez les fournisseurs que
interventions à court ou à plus long terme, l’appui chez les bénéficiaires de l’aide. Les structures de protection
endogène ou exogène, les mesures publiques ou les sociale ne doivent pas être créées de manière isolée,
mécanismes d’incitation privés, la productivité ou l’équité, puisqu’elles se trouvent généralement dans des pays
l’offre ou la demande de service, la poursuite des priorités touchés par des crises prolongées, mais devraient faire
ou la promotion de l’appropriation. Certains s’avèrent partie d’un processus plus large destiné à éclairer la prise de
relativement simples, d’autres peuvent nécessiter un décision sur les priorités d’investissement à l’instar d’autres
arbitrage plus radical entre des avantages et des secteurs socio-économiques.
inconvénients difficilement conciliables.

Des interventions à court terme pour soutenir le


redressement à plus long terme de l’agriculture
et de la sécurité alimentaire
connaissance et le soutien des stratégies de résistance des
Message clé communautés et sur la création de moyens d’existence plus
La plupart des interventions lors de crises prolongées ont durables et diversifiés.
lieu dans un contexte humanitaire qui fait qu’on ne peut
s’attaquer en profondeur aux causes réelles de la crise. ■■ Enseignements à retenir par la FAO et ses
En Afghanistan, en Haïti, au Tadjikistan ainsi qu’en partenaires en matière d’alimentation et
Cisjordanie et dans la bande de Gaza, l’expérience a d’agriculture dans les contextes de crise
montré que dans une crise prolongée, en liant les prolongée
interventions à court et à long termes et en effectuant
ou en encourageant des interventions qui s’attaquent On dispose de nombreux exemples de la manière dont la
aux causes structurelles des crises, il est possible de FAO et ses partenaires, soucieux de répondre aux défis du
soutenir le redressement à plus long terme des moyens secteur agricole, ont exploré ou continuent d’explorer des
d’existence agricoles et de la sécurité alimentaire. solutions créatives qui, tout en prévoyant des interventions
d’urgence à court terme, s’efforcent de voir plus loin. Ces
interventions ont pour but de renforcer durablement la
Les événements tels que les inondations, la sécheresse ainsi production vivrière et l’accès aux aliments dans des
que les conflits et autres catastrophes provoquées par environnements instables où règne l’incertitude. Ce peut
l’homme ont été jusqu’à présent au centre des être aussi bien des efforts pour accroître les
interventions humanitaires visant à la sécurité alimentaire et approvisionnements alimentaires et restaurer les marchés
des concepts et outils utilisés dans la riposte aux crises locaux grâce aux potagers urbains au Burundi et en
humanitaires. Cependant, si l’on considère les République démocratique du Congo, que des mesures
caractéristiques qui différencient les pays confrontés à des encourageant une meilleure gestion des ressources et des
crises prolongées d’autres pays exposés à l’insécurité sols et une disponibilité accrue d’aliments par le biais de
alimentaire – l’effritement ou l’absence de gouvernance, la l’agriculture de conservation, en Éthiopie et au Zimbabwe,
présence de conflits ou de crises complexes, les types de ou encore la fourniture d’intrants agricoles pour renforcer
flux d’aide, la longévité de la crise – il faut veiller plus la production semencière du secteur privé, en Afghanistan.
attentivement à l’application des outils disponibles, des La présente section passe brièvement en revue les
mécanismes de coordination et des cadres conceptuels enseignements tirés par la FAO et ses partenaires des
selon des méthodes holistiques et intégrées axées sur la interventions associant les réponses à court et long termes

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 43
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

en Afghanistan, au Tadjikistan ainsi qu’en Cisjordanie et développement de l’industrie semencière, géré par
dans la bande de Gaza. Un dernier exemple montre l’Association semencière nationale de l’Afghanistan, qui
brièvement comment les enseignements retenus en matière permettra la création de nouvelles entreprises privées pour
de préparation aux cyclones ont été utilisées pour guider la produire des semences dans d’autres parties du pays avec
mise au point d’un nouveau type de projet pour Haïti après l’assistance technique de la FAO. Les recettes seront
le tremblement de terre de janvier 2010. également utilisées pour fournir des prêts saisonniers aux
semenciers en vue de favoriser la production accrue de
Afghanistan: promotion de moyens d’existence semences certifiées97.
durables pour favoriser la sécurité alimentaire et En deuxième lieu, les programmes de nutrition ont
la nutrition également été utilisés comme points de départ,
Les activités de la FAO en Afghanistan fournissent acceptables du point de vue culturel, pour traiter des
d’importants enseignements sur la réponse aux besoins à problèmes de parité hommes-femmes en Afghanistan. Les
court et à long termes dans un contexte de crise. Des stratégies ont eu pour but de renforcer la spécialisation
décennies de conflit, aggravées par la sécheresse, ont eu technique des femmes en travaillant en partenariat avec
raison des infrastructures et déterminé une forte prévalence des organisations qui aident les femmes à créer leurs
du chômage et de la pauvreté. En 2005, 44 pourcent des propres groupes pour pouvoir bénéficier de l’accès au
ménages afghans se percevaient eux-mêmes comme crédit et aux marchés et développer des micro-entreprises
vulnérables à l’insécurité alimentaire93. L’agriculture joue un dans le secteur agricole.
rôle prédominant dans l’économie afghane, avec une part
estimée à 36,1 pour cent du PIB, à l’exclusion de la culture Enseignements à retenir: Ces interventions ont été mises
des graines de pavot et de services liés à l’agriculture, tels en œuvre pendant une période marquée par des
que la transformation des aliments94. remaniements importants de l’appareil gouvernemental. Le
Deux exemples précis montrent à quel point les moyens contexte institutionnel en pleine évolution a exigé de la
d’existence ont été transformés et les contraintes souplesse pour apporter des ajustements en temps réel sans
surmontées en Afghanistan, grâce à une approche plus compromettre les objectifs à long terme, et les
intégrée. Ces interventions sont appuyées par un groupe interventions ont privilégié l’échelon local ou d’autres types
sectoriel actif, chargé de la sécurité alimentaire95, de points de départ, les communautés, les ménages et les
coordonné conjointement par la FAO et le PAM, et par une petites entreprises. La nutrition est un point de départ
équipe spéciale pour l’agriculture soutenue par les membres culturellement acceptable pour s’attaquer aux questions de
de l’équipe de pays des Nations Unies, qui concentre sa parité hommes-femmes en Afghanistan, même lorsque les
réflexion sur des solutions immédiates et à moyenne et femmes restent exclues de la vie publique. Aider les
longue échéance en s’attaquant à des questions trans- ministères techniques et les institutions locales dans le
sectorielles (notamment la sécurité alimentaire, l’agriculture, domaine de la planification et de la mobilisation de
l’irrigation, les affaires sociales et la santé)96. ressources destinées aux interventions de sécurité
En premier lieu, la FAO a mis en œuvre en Afghanistan alimentaire a servi à identifier les déficits et à transposer à
des programmes visant à l’intégration des activités de plus large échelle les expériences positives.
secours d’urgence et de redressement avec la nutrition, la
conservation de la biodiversité ainsi que les objectifs relatifs Cisjordanie et bande de Gaza: mieux comprendre
à la sécurité alimentaire et aux moyens d’existence dans le la sécurité alimentaire pour mieux programmer.
cadre de politiques et d’institutions gouvernementales Depuis 2008, le PAM et la FAO travaillent en étroite
appropriées, en particulier dans le domaine de l’agriculture, collaboration avec l’Office central de statistiques palestinien
du développement rural, de la santé et de l’éducation. Des (PCBS) à la création d’un système de suivi des conditions
stratégies ayant pour but de développer le secteur agricole socio-économiques et de la sécurité alimentaire (SEFSec)
et, par ricochet, l’économie nationale, ont été formulées pour la Cisjordanie et la bande de Gaza. Lorsque le SEFSec
dans le but de diversifier la production végétale et animale a été conçu, aucune enquête ni aucun suivi socio-
de manière à atteindre de nombreux segments de la société. économique auprès des ménages n’avaient été effectués
Par exemple, la FAO et le ministère afghan de l’Agriculture, sur l’ensemble du territoire depuis près de 10 ans et le
de l’Irrigation et de l’Élevage ont travaillé ensemble à l’essor PCBS avait cessé depuis 2002 de surveiller l’impact des
de la production de semences de blé, par l’octroi de prêts restrictions au passage de la frontière. Le PCBS avait essayé
aux entreprises semencières privées, pour leur permettre de de créer un système plus traditionnel d’information sur la
produire des semences certifiées et de qualité déclarée pour sécurité alimentaire mais la participation avait été modeste;
les campagnes de semis de 2008 et 2009. À la fin des deux selon les utilisateurs, il ne se concentrait pas assez sur
campagnes, 99 pour cent des prêts avaient été remboursés, l’accès aux aliments, qui est l’aspect le plus critique et
intérêts inclus, par les semenciers. Les recettes (environ 5 pertinent de l’insécurité alimentaire dans le contexte de la
millions d’USD) ont été utilisées pour créer un fonds de Cisjordanie et de la bande de Gaza.

44 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

Le SEFSec a été créé pour fournir des informations développement de capacités en matière d’analyse et de
exactes et à jour sur les conditions socio-économiques et suivi de la sécurité alimentaire exige du temps et, dans le
de sécurité alimentaire dans l’optique suivante: suivre cas du PCBS, ce processus est largement redevable à la
l’évolution des tendances et guider les décisions en forte collaboration entre la FAO et le PAM au cours des
matière de programmation et de ciblage de l’aide; fournir huit dernières années. Une approche plus holistique de
des données ventilées par gouvernorat et par catégorie de l’analyse de l’insécurité alimentaire a permis de mieux
bénéficiaires (selon qu’il s’agit de réfugiés ou non); rendre cerner ses divers aspects – la pauvreté des revenus, la
les données plus accessibles et augmenter la périodicité politique de fermeture et le laminage, voire la
du suivi; enfin, développer les capacités du PCBS en destruction des moyens d’existence – et a fourni la base
matière d’analyse de la sécurité alimentaire. Certes, d’une activité accrue de plaidoyer et de communication
comme l’ont confirmé des rapports récents du SEFSec, de messages sur l’insécurité alimentaire en Cisjordanie et
l’insécurité alimentaire est due à un accès insuffisant et dans la bande de Gaza.
irrégulier aux aliments mais il importe surtout de
sélectionner des indicateurs relatifs à l’accès et aux Tadjikistan: réforme institutionnelle et agraire
marchés et de rendre systématique leur suivi. Après une sensible aux différences entre les sexes
seconde année d’enquête conjointe (2010), le PCBS Au Tadjikistan, qui reste l’un des pays les plus pauvres
mènera l’enquête en 2011 en recueillant les données parmi les anciennes républiques soviétiques, la pauvreté est
correspondantes aux indicateurs clés deux fois par an ou concentrée dans les zones rurales. En raison du conflit civil
annuellement dans le cadre du programme de travail qui a sévi entre 1992 et 1997, le nombre des PDI, des
ordinaire du Bureau. handicapés et des veuves est élevé. L’effondrement des
L’approche du SEFSec a contribué à la conception de filets de sécurité de l’État a exacerbé la pauvreté, en
nouvelles formes de filets de sécurité en Cisjordanie et dans particulier pour les femmes rurales. Les femmes étaient,
la bande de Gaza. Le PAM et Oxfam ont lancé, fin 2009, un bien souvent, la première source de soutien financier pour
programme de bons alimentaires en milieu urbain pour la leur famille et leur ménage. Or, si les femmes représentent
bande de Gaza en réponse aux prix élevés des denrées 73 pour cent de la main d’œuvre agricole, 2 pour cent
alimentaires identifiés par le SEFSec. À partir de là, le PAM a seulement des exploitations agricoles privées appartiennent
pu utiliser des financements à court terme pour identifier à des femmes. Il fallait accroître la sensibilisation aux
les besoins nécessitant des interventions à plus long terme questions de parité hommes-femmes dans le secteur
liées au suivi et à la collecte de données sur l’accès aux agricole, en particulier dans le contexte de la réforme
aliments. L’impact à long terme du programme est centré agraire en cours.
sur le renforcement des moyens d’existence urbains par le Entre 2006 et 2008, la FAO et le Fonds de
soutien le développement des marchés et l’identification développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM)
d’options permettant aux petites entreprises de rester a mis en œuvre un projet ayant pour but d’améliorer les
viables face à des politiques de fermeture et à la diminution systèmes de gestion et de suivi de la réforme agraire, en
des revenus. insistant sur la promotion de l’égalité entre les hommes et
Les activités de la FAO en Cisjordanie sont axées de les femmes et sur les processus consultatifs. L’un des
manière semblable sur les moyens d’existence ruraux dans objectifs du projet était de garantir aux femmes la
la mesure où elles ont pour but de protéger l’accès à la sécurisation de leurs droits fonciers et de leurs moyens
terre et d’atténuer les pressions exercées sur les agriculteurs d’existence, en donnant la priorité à des campagnes de
pour qu’ils abandonnent leurs terres. En outre, le SEFSec a sensibilisation autour de la réforme foncière imminente
permis d’établir le profil statistique des ménages exposés à dans 10 exploitations agricoles étatiques. Plus de
l’insécurité alimentaire (notamment la taille, la composition 60 séminaires ont été organisés dans les fermes d’état,
par âge et par sexe, le niveau d’instruction, l’emploi, le taux atteignant 3 784 participants dont 55 pour cent de
de dépendance), ce qui se traduit par des progrès femmes. Pour renforcer la sensibilité des principales
considérables dans le ciblage de l’aide humanitaire. Ainsi, la institutions gouvernementales à la problématique hommes-
FAO a renforcé l’aide aux femmes et aux jeunes dans son femmes, un réseau de spécialistes de ces questions au
programme de terrain. niveau national a été constitué, avec des antennes à
l’Agence foncière, au ministère de l’Agriculture, au
Enseignements à retenir: La collaboration intense qui ministère des Ressources hydriques, à l’Association des
unit depuis longtemps la FAO et le PAM a servi de fermes Dekhan, à la banque Agroinvestbank et au Bureau
fondement à une approche plus harmonisée des activités des statistiques. Tout au long de ce processus, la FAO et
menées avec le PCBS sur le suivi de la sécurité l’UNIFEM ont travaillé en étroite collaboration avec l’ancien
alimentaire. Cette collaboration a permis de faciliter la Comité de gestion foncière national (transformé depuis en
communication à ce sujet entre les divers départements Agence nationale pour la gestion des terres, la géodésie et
et ministères au sein de l’Autorité palestinienne. Le la cartographie).

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 45
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

Enseignements à retenir: Les efforts de mise en œuvre Ces interventions portent notamment sur la promotion
de la réforme foncière ont été ralentis par le fait que les des pratiques de conservation des sols et d’agroforesterie
capacités étaient insuffisantes pour entreprendre une qui ont fait leurs preuves dans la réduction des risques
action durable dans le domaine de l’égalité entre les sexes d’origine climatique; l’identification, la multiplication et la
et par une compréhension médiocre des principes de distribution de semences de végétaux à cycle court,
l’analyse des sexospécificités et de l’approche fondée sur tolérants à la sécheresse et aux inondations et qui ont déjà
l’intégration transversale des questions de parité hommes- été acceptés par les agriculteurs locaux et adaptés à
femmes. Des interventions ont dû être mises au point par l’évolution des conditions climatiques locales; enfin, la
des spécialistes dans une perspective holistique. Les promotion de bonnes pratiques agricoles qui renforcent la
techniciens spécialisés de formation traditionnelle ne réduction des risques et leur gestion.
songent pas nécessairement à une approche centrée sur
les personnes pour résoudre un problème technique. Le Enseignements à retenir: La recherche active de solutions
recours aux processus consultatifs et aux approches pour combler le fossé entre les besoins à court terme et à
participatives a permis de réduire la priorité long terme à travers un mécanisme de financement et de
disproportionnée accordée au soutien extérieur dans les programmation unique peut être une occasion avantageuse
zones rurales et a aidé les femmes à sécuriser leurs droits pour garantir le rétablissement et la transformation des
fonciers et leurs moyens d’existence. moyens d’existence avec des résultats durables à la clé. Le
recours aux bonnes pratiques et aux enseignements
Haïti: renforcer la résistance aux risques accumulés dans des disciplines très diverses a permis
climatiques et réduire les risques de catastrophe d’envisager, aux fins de la programmation, des solutions
dans le secteur agricole afin d’améliorer la fondées sur l’intégration de points de départ multiples. L’un
sécurité alimentaire après le séisme des défis majeurs de l’intégration des besoins à court et à
Le tremblement de terre qui a frappé Haïti le 12 janvier long termes réside dans la nécessité de résoudre les
2010 a réduit Port-au-Prince et les villages avoisinants en tensions entre les acteurs humanitaires dont l’action est
un champ de ruines, déplacé 2 millions de personnes selon plus opérationnelle et axée sur les secours et les praticiens
les estimations et fait des centaines de milliers de morts et du développement qui visent une assistance plus
de blessés. Dans les zones rurales, la situation est rendue systématique et à long terme, en particulier en ce qui
encore plus difficile par le fait que, comme l’indiquent les concerne le rapport coûts-avantages, le taux de couverture
rapports, jusqu’à 600 000 personnes ont dû retourner vers des opérations et les questions liées à la durabilité.
ces zones, situation que complique la perturbation des
marchés et des moyens d’existence causée par le séisme. La ■■ Solutions pour l’avenir
vulnérabilité du secteur agricole s’est aggravée au cours des
dernières décennies sous l’effet de la pression Dans tous les exemples cités ci-dessus, les activités ont été
démographique, à laquelle s’ajoutent la dégradation de formulées sur la base d’une stratégie harmonisée de
l’environnement, les carences des systèmes d’exploitation sécurité alimentaire intégrant les aspects à court terme et à
des terres, la pauvreté, les problèmes de gouvernance et long terme. Toutefois, elles sont encore loin de constituer
une forte exposition aux catastrophes naturelles une approche globale pour la résolution de problèmes à
récurrentes, tels que les cyclones, la sécheresse, les brève et longue échéance, tels que la faiblesse
glissements de terrain, les tremblements de terre et les raz- institutionnelle qui freine le développement des moyens
de-marée. d’existence. Les interventions face aux crises prolongées se
La FAO a formulé un projet, financé par le Fonds pour déroulent souvent dans un contexte humanitaire qui limite
l’environnement mondial (FEM) de la Banque mondiale, qui la possibilité de s’attaquer de manière holistique et
pour la première fois au titre de ce mécanisme de coordonnée aux divers ferments de la crise. Les groupes
financement intégrait explicitement les secours d’urgence sectoriels sur la sécurité alimentaire dans les contextes de
(intrants agricoles) et de bonnes pratiques identifiées en crise sont des structures qui peuvent jouer un rôle crucial
matière de réduction des risques de catastrophe et dans le renforcement des liens entre les secours
d’adaptation au changement climatique. La FAO avait humanitaires immédiats et l’aide au développement à plus
précédemment entrepris aux Caraïbes un projet régional long terme, laquelle s’attaque aux facteurs d’ordre
qui avait repéré les bonnes pratiques dans le domaine de structurel restreignant les moyens d’existence. À plus vaste
l’adaptation au changement climatique et identifié et échelle, un arrangement similaire pourrait faciliter encore
multiplié des semences de variétés de qualité élevée et à ces efforts (voir encadré 11). Les groupes sectoriels peuvent
cycle plus court, mises au point dans le cadre de la mettre au point des stratégies de transition pour faciliter le
préparation aux cyclones pour Haïti. Les enseignements transfert des responsabilités aux structures et aux processus
tirés des activités précédentes ont été utilisés pour planifier chargés du développement et mettre en présence les
les interventions financées par le FEM. principaux partenaires nationaux et internationaux qui

46 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

EncadrÉ 11

Le Groupe sectoriel global de la sécurité alimentaire

L’ approche de «responsabilité sectorielle» est un élément conjointement des groupes sectoriels de sécurité
clé de l’Examen des interventions humanitaires 2005, alimentaire dans 11 pays et en dirigeaient aux côtés
effectué pour le compte du Bureau des Nations Unies d’autres partenaires dans cinq autres pays. La phase 1 de
pour la coordination des affaires humanitaires, et par la l’évaluation de l’approche de responsabilité sectorielle,
suite, de l’Initiative de réforme visant à accroître effectuée par le Comité permanent interorganisations des
l’efficacité, améliorer la prévisibilité et renforcer les filières Nations Unies, terminée fin 2007, a proposé que le PAM et
de responsabilité des interventions humanitaires. La FAO la FAO envisagent la codirection d’un groupe sectoriel sur
et le PAM sont pleinement engagés dans ce processus la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale, avec le
depuis le début; le PAM en tant que chef de file mondial concours d’autres partenaires. Le rapport provisoire sur la
pour la logistique et les télécommunications dans les phase 2 de l’évaluation en recommande la mise en œuvre.
situations d’urgence et comme chef de file pour l’aide De même, la conférence de 2008 sur le thème «Repenser
alimentaire à l’échelle des pays, et la FAO en tant que la sécurité alimentaire dans l’intervention humanitaire» (voir
chef de file mondial pour l’agriculture. encadré au chapitre 4) a encouragé la FAO, le PAM et les
Les groupes sectoriels et les arrangements relatifs à la principales parties prenantes à mettre sur pied ce groupe
coordination pour la sécurité alimentaire à l’échelle des sectoriel. Depuis février 2008, le PAM et la FAO ont lancé
pays existent depuis longtemps entre la FAO et le PAM. Par un processus structuré afin de créer, d’ici la fin de l’année,
exemple, fin 2009, la FAO et le PAM dirigeaient déjà le Groupe sectoriel global de la sécurité alimentaire.

opèrent dans le secteur de la sécurité alimentaire. Le défi consiste à identifier les enseignements qui
Du point de vue conceptuel, la prise en charge conjointe fournissent des points de départ communs dans les crises
des problèmes de sécurité alimentaire à court et à long prolongées, même en l’absence d’institutions et d’une
termes dans les situations de crise prolongée n’est pas une gouvernance efficaces. Par exemple, l’analyse des rôles
idée nouvelle. Ce qui a changé ces dernières années, c’est spécifiques des hommes et des femmes en fonction du
plutôt la mesure dans laquelle cette réflexion a été mise en contexte, une connaissance approfondie de la valeur locale
pratique et, dans un nombre croissant de situations, du concept de risque ou de danger et des mesures prises
intégrée à divers domaines d’activité. Les principaux par les communautés pour réduire les risques, ainsi que des
donateurs ont souligné la nécessité de relier l’assistance contraintes pesant sur le renforcement de la résistance et la
alimentaire à des fins humanitaires aux efforts visant à diversification des moyens d’existence peuvent élargir la
promouvoir la croissance durable fondée sur l’agriculture, gamme et la portée des options d’intervention.
en tant qu’approche intégrée de sécurité alimentaire. Ils Tous ces éléments, qui sont interdépendants, devraient
sont de plus en plus convaincus du caractère indispensable être considérés comme les piliers d’une approche plus
de cette orientation pour s’attaquer de manière globale aux intégrée relevant elle-même d’une architecture nouvelle de
causes sous-jacentes de la faim et de la malnutrition, tout l’aide, conçue pour s’attaquer au problème de l’insécurité
en continuant d’appuyer l’aide alimentaire à des fins alimentaire dans les contextes de crise prolongée, aussi bien
humanitaires. à court terme qu’à plus longue échéance.

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 47
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

Le Mozambique: un exemple de réussite

Message clé efforts à l’appui des programmes gouvernementaux et des


investissements du secteur privé ont également joué un rôle
Les pays peuvent sortir d’une situation de crise important. Les bases de la reprise post-conflit ont toutefois
prolongée. Il faut pour cela améliorer la gouvernance, été jetées dans le sillage immédiat du conflit par le biais d’un
comprendre les facteurs structurels de la crise et les processus réussi de démobilisation des combattants et de
éliminer en définissant des orientations cohérentes. La réinstallation des personnes déplacées, sans lesquels les
participation des communautés locales et une efforts de développement socio-économique seraient restés
coordination renforcée entre les donateurs sont vains. Dans ce processus, la structure de gouvernance centrée
également essentielles. sur la prévention des catastrophes et l’atténuation de leurs
effets a également été déterminante.

Après son indépendance en 1975, le Mozambique a ■■ L’action sociale dans la résolution des
sombré dans un conflit armé qui a duré trois décennies, grands problèmes: l’exemple de l’accès à
laissant le pays exsangue au plan économique et social. On a la terre
recensé un million de morts et 5 millions de personnes
déplacées à l’intérieur du pays ou réfugiées dans les pays Un autre facteur important du redressement après le conflit a
voisins. À la fin du conflit en 1992, 40 pour cent des centres été l’effort qui a été fait pour résoudre les problèmes d’accès
de soins de santé de base et 60 pour cent des écoles à la terre100. Les conflits liés à l’accès à la terre, qui avaient
primaires avaient été fermés ou détruits et le PIB était réduit été l’un des ferments de la guerre civile, ont refait surface
de moitié par rapport à ce qu’il aurait pu être98. dans son sillage immédiat, faisant planer le risque de
Depuis la signature des accords de paix en 1992, le tensions explosives. Les millions de personnes déplacées et
Mozambique a connu une période de stabilité remarquable d’anciens combattants sont revenus dans leurs foyers pour
et il est devenu un exemple de réussite en termes de constater, souvent, que leurs terres avaient été occupées par
croissance économique et de réduction de la pauvreté. d’autres. Des investisseurs privés se ruaient sur les zones
D’après la Banque mondiale99, la croissance économique rurales pour mettre en exploitation des terres apparemment
s’est élevée en moyenne à 8 pour cent par an entre 1996 et «disponibles». De fréquentes rivalités ont éclaté entre
2008. Depuis 1992, la production agricole a augmenté de occupants, rapatriés et investisseurs privés, à propos des
5,6 pour cent par an, grâce surtout à l’expansion des droits d’occupation de ces sols. Ces différends ont été
surfaces cultivées mais aussi, en partie, sous l’effet de
FIGURE 17
l’augmentation de la main d’œuvre agricole et des
accroissements de productivité. Dans le pays, la pauvreté a Prévalence de la faim au Mozambique
reculé de 15 pour cent entre 1997 et 2003. Les indicateurs
du développement humain, tels que l’éducation, la mortalité Pourcentage

infantile et l’accès à l’eau salubre, ont connu un relèvement 70

important bien que dans le classement de l’indice de 60


valeur de référence de 1990-1992
développement humain le pays occupe encore le 172e rang
sur 182 pays. Enfin, l’incidence de la faim au Mozambique 50
continue de décliner régulièrement figure 17), mais le pays
40
doit encore consentir quelques efforts pour atteindre
l’OMD 1. 30
Les succès du redressement du pays après le conflit ont été Cible de l’OMD 1
attribués à divers facteurs généraux, notamment la stabilité 20

macro-économique, les réformes politiques, l’investissement 10


public en faveur des pauvres et l’apport massif d’aide pour
soutenir le développement économique et social. Au cours 0
des années récentes, les progrès de la décentralisation, la 1990-1992 1995-1997 2000-2002 2005-2007

forte coordination des donateurs et l’harmonisation de leurs Source: FAO.

48 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
Interventions nationales et internationales face aux crises prolongées

souvent aggravés par les dysfonctionnements d’une foncière, promulguée en 1997, qui a également garanti des
administration affaiblie par des années de guerre. L’existence droits fonciers aux nouveaux investisseurs privés, considérés
de la loi foncière de 1979, toujours en vigueur, n’a pas par le Gouvernement comme un élément clé du
arrangé les choses. Cette loi était fondée sur le modèle redressement post-conflit dans un pays encore pauvre et
agraire socialiste introduit après l’indépendance et ne décapitalisé. Ce résultat a été obtenu en subordonnant le
reflétait pas les systèmes fonciers de droit coutumier, qui processus d’investissement à un processus obligatoire de
étaient toujours vivaces, malgré la longue guerre et «consultations communautaires» pour promouvoir une
l’introduction de nouvelles politiques officielles. approche négociée favorisant le consensus face au
Un instrument clé du processus adopté pour résoudre les problème complexe de l’octroi de terres à de nouveaux
questions foncières a été la création, avec l’appui de la investisseurs.
FAO, d’une Commission interministérielle de la terre qui a Ce processus a conféré aux politiques et à la législation
constitué une tribune ouverte et démocratique pour la mise formulées dans ce domaine une grande légitimité sociale
en place d’une nouvelle politique agraire. Des efforts et un fort sentiment d’appropriation nationale, qui sont
importants ont été déployés pour faire participer des des ingrédients critiques de toute solution adoptée après
groupes divers, notamment la société civile, les un conflit. La législation a été conçue pour servir à la fois
organisations paysannes, le secteur privé naissant, les les besoins et les droits sociaux et économiques des
institutions académiques nationales et tous les secteurs communautés locales et les objectifs nationaux de
publics potentiellement concernés par les modalités d’accès développement économique, deux niveaux d’action
à la terre et aux autres ressources ainsi que leur essentiels pour la consolidation du processus de
utilisation101. Le processus d’examen des grandes redressement post-conflit.
orientations dans ce domaine a commencé par un Au bout de plus de 10 ans, la politique foncière est
processus inclusif de consultation qui a démarré juste après encore en vigueur et la loi de 1997 a réalisé son objectif
la conclusion de la paix et qui a été étayé par une analyse fondamental de maintenir l’ordre et la sécurité alimentaire
approfondie des réalités socio-économiques du problème tout en favorisant les nouveaux investissements. Ce cadre
foncier au Mozambique. politique et juridique a beaucoup contribué à la promotion
Il est ressorti avec force que la légitimité et l’action des d’une démarche plus équitable et durable vers la
autorités coutumières étaient encore intactes à l’issue du croissance économique et le progrès social dans un pays à
conflit et que, pendant cette période critique, celles-ci population encore essentiellement rurale.
géraient avec efficacité la plupart des problèmes d’accès à La façon dont le problème de la terre a été géré vers le
la terre et des litiges fonciers. Cette expérience a mené à la milieu des années 90 a fait comprendre à la société
reconnaissance de l’utilité des ces systèmes coutumiers et mozambicaine à quel point la négociation et la participation
des droits que les individus avaient acquis par leur sont importantes pour résoudre des questions politiques
truchement et elle a inspiré l’intégration de certains aspects complexes et laisse espérer que le Gouvernement continuera
du droit formel et du droit coutumier dans l’élaboration de de s’inspirer de l’expérience passée pour résoudre le
la nouvelle législation foncière. Cette importante mesure problème foncier, ainsi que d’autres problèmes économiques
politique a permis de résoudre toute une série de tensions et sociaux pressants, à travers un processus analogue
émergentes et a donné une assiste solide à la nouvelle loi d’action sociale et politique à large assise.

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 49
Assurer la sécurité alimentaire lors de crises
prolongées: mesures recommandées

L
es pays confrontés à une crise prolongée sont crises prolongées.
caractérisés par des crises ou des conflits de longue Actuellement, nous n’avons qu’une connaissance étroite
durée ou récurrents, la détérioration à grande échelle et superficielle des crises prolongées. S’il est vrai que les
des moyens d’existence et des capacités institutionnelles très situations d’urgence humanitaire exigent une évaluation
limitées pour y remédier. En conséquence, la part de la rapide des besoins, les crises prolongées nécessitent, quant
population souffrant de sous-alimentation dans les pays à elles, une analyse plus approfondie et plus ample. Si l’on
confrontés à des crises prolongées est trois fois supérieure veut s’attaquer aux contraintes d’importance capitale qui
à celle des autres pays en développement, à l’exclusion de pèsent sur les moyens d’existence des ménages, mais aussi
la Chine et de l’Inde. Environ un cinquième des quelque comprendre les causes sous-jacentes des crises, il faut
925 millions de personnes qui souffrent de sous-alimentation connaître en profondeur les moyens d’existence, la
dans le monde vit dans les 22 pays actuellement classés dans la dynamique hommes-femmes, le contexte social et le
catégorie des pays confrontés à des crises prolongées. Compte fonctionnement des institutions locales et nationales. Il faut
tenu des caractéristiques particulières des crises prolongées, les procéder à une analyse fouillée de la situation pour
mesures à prendre pour y remédier diffèrent de celles requises comprendre en détail comment les moyens d’existence
lors de crises de brève durée ou dans un contexte de s’adaptent lors de crises prolongées; parfois, ces
développement, en dehors de toute crise. Les pays confrontés adaptations peuvent être renforcées par des acteurs
à des crises prolongées doivent donc être considérés comme externes (par exemple envois d’argent ou modification des
une catégorie à part, ayant besoin d’interventions spéciales institutions locales régissant les droits de propriété sur la
de la part des acteurs du développement. terre et les autres ressources naturelles), mais dans d’autres
Les conclusions présentées dans L’état de l’insécurité cas, il convient de les atténuer (par exemple, surexploitation
alimentaire dans le monde 2010 débouchent sur trois des ressources naturelles).
grandes séries de recommandations visant à combattre Il est important de pouvoir comparer la gravité des
l’insécurité alimentaire lors de crises prolongées: crises, dans différents contextes, afin de réduire les risques
• améliorer l’analyse et la connaissance; de répartition inégale de l’aide et d’éviter le syndrome de la
• renforcer l’appui aux moyens d’existence et à la «crise oubliée». Des progrès appréciables ont été accomplis
sécurité alimentaire; dans ce domaine, mais il faut redoubler d’efforts,
• réformer la structure de l’assistance. notamment en ce qui concerne les pays confrontés à des
crises prolongées. La Classification intégrée de la phase
■■ Améliorer l’analyse et la connaissance humanitaire et de la sécurité alimentaire (IPC) est une
approche qui commence à se développer (voir encadré).
Même si les crises prolongées ont diverses caractéristiques L’une des principales caractéristiques de cette classification
générales en commun, les études de cas présentées dans est qu’elle est le fruit de la collaboration entre plusieurs
cette publication montrent bien que chaque crise a ses organismes et que, loin de remplacer des outils analytiques
propres caractéristiques, en fonction de son contexte existants ou d’autres activités d’analyse de la sécurité
particulier. Chaque cas est donc différent et les solutions alimentaire, elle vient les compléter, selon une approche
apportées – de l’intérieur ou de l’extérieur – doivent être transparente, fondée sur le partenariat.
conçues en fonction des spécificités propres. L’absence de On a également amélioré le rapprochement entre
données, ou leur mauvaise qualité, gênent souvent l’évaluation des besoins, l’analyse des causes sous-jacentes
l’identification de mesures correctives appropriées, sauf dans et l’assistance fournie, mais les progrès réalisés viennent,
le cas des quelques crises qui ont été au centre de pour l’essentiel, d’activités pilotes; il arrive encore trop
l’actualité, et il est difficile de comprendre la dynamique des souvent que l’on opte pour des interventions «qui ont

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Assurer la sécurité alimentaire lors de crises prolongées: mesures recommandées

Encadré 12

Améliorer l’analyse de la sécurité alimentaire et la prise de décisions: la Classification


intégrée de la phase humanitaire et de la sécurité alimentaire (IPC)

L’IPC est un outil permettant d’améliorer la rigueur, la programmes et les activités de sensibilisation à
transparence, la pertinence et la comparabilité des entreprendre, en vue d’atténuer l’insécurité alimentaire
analyses portant sur la sécurité alimentaire. Elle a été aiguë et chronique. La mise en œuvre de l’IPC contribue à
initialement conçue par l’Unité d’analyse de la sécurité renforcer les institutions existantes, à créer une plateforme
alimentaire de la FAO, pour être utilisée en Somalie, mais pour la mise en commun de l’information et la
a été depuis lors appliquée dans diverses situations où se collaboration entre différentes parties prenantes
posait un problème de sécurité alimentaire, dans le cadre nationales et internationales et à dégager un consensus
d’efforts conjoints avec le PAM et d’autres partenaires. concernant les analyses relatives à la sécurité alimentaire.
L’IPC comprend cinq protocoles: Par exemple, en Somalie, l’IPC est utilisée depuis 2004.
1. Classification de la gravité de la situation et Grâce à l’IPC, les interventions humanitaires ont été
alerte précoce, pour comparer les données d’un ciblées sur les plus démunis et, chose tout aussi
endroit à un autre et d’une période à une autre. importante, cette crise prolongée n’a pas été «oubliée»
2. Analyse des données concrètes en vue de par la communauté internationale. Au Kenya – dans un
classifier la situation de la sécurité alimentaire contexte favorisant davantage le développement – l’IPC
3. Liens avec les interventions, afin de donner des est utilisée depuis 2005; elle a créé une plateforme
orientations générales quant aux interventions commune regroupant différents ministères, qui peuvent
appropriées pour différents niveaux d’insécurité mettre en commun l’information et procéder à des
alimentaire. analyses conjointes, au niveau national et dans les
4. Communication de base pour présenter aux districts, sous la coordination du Bureau du Président.
décideurs les conclusions essentielles, dans un Actuellement, l’IPC est introduit dans plus de 20 pays
format facilement accessible et cohérent. d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine et son état
5. Consensus technique pour faire en sorte que les d’avancement est très variable, allant de la sensibilisation
principales parties prenantes des pouvoirs publics, initiale à l’adoption officielle.
des ONG, du système des Nations Unies et du Le programme mondial d’appui à l’IPC fournit, sur
monde universitaire soient d’accord avec les demande, un soutien technique et réalise un travail
conclusions techniques de l’analyse. normatif pour l’IPC. Il est dirigé par un Comité de pilotage
interinstitutions comprenant des représentants des
Si l’on suit les protocoles de l’IPC, des analyses complexes organisations suivantes: CARE, FAO, FEWS NET, Centre de
de la sécurité alimentaire deviennent plus aisément recherche conjointe de la Commission européenne,
compréhensibles pour les décideurs, au niveau national, Oxfam/Royaume-Uni, Save the Children/Royaume-Uni et
régional et mondial. Ces protocoles donnent les États-Unis d’Amérique et PAM. En 2010, des organismes
informations voulues pour prendre des décisions sur les gouvernementaux régionaux et d’autres institutions des
allocations prioritaires de ressources, la conception des Nations Unies/ONG ont été invités à y adhérer.

donné leurs preuves» dans une crise prolongée, même si ce ■■ Améliorer l’appui aux moyens d’existence, aux
type d’assistance n’est pas approprié et qu’il produit bien fins de la sécurité alimentaire
peu d’effets102.
De même, on a constaté une amélioration de l’impact Les interventions sont certes indispensables pour sauver des
des interventions extérieures autant que des mesures prises vies humaines, mais dans les pays confrontés à une crise
localement pour faire face à des crises prolongées, mais prolongée, il faudrait s’attacher à améliorer l’appui aux
nombre de donateurs et d’organismes hésitent encore à moyens d’existence, la protection sociale et la réduction des
investir, autant qu’il le faudrait, dans les évaluations risques, tout en préservant la capacité et la flexibilité requises
d’impact et dans l’analyse des interventions. Il convient de pour répondre aux crises aiguës.
renforcer les systèmes d’évaluation d’impact et de suivi, Lors de l’évaluation des moyens d’existence, il faut tenir
ainsi que les mécanismes d’apprentissage et de compte de la dynamique de base des institutions locales (y
responsabilisation afin d’améliorer les interventions visant à compris la dynamique du pouvoir et des conflits) en vue de
la sécurité alimentaire, lors de crises prolongées. mieux comprendre les facteurs responsables de la crise et
d’identifier des modes d‘assistance adéquats et des
partenaires fiables et durables pour pourvoir aux besoins à

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 51
Assurer la sécurité alimentaire lors de crises prolongées: mesures recommandées

Recommandation 1

Fournir un soutien pour analyser plus en détail et comprendre de façon plus approfondie
les moyens d’existence et les mécanismes d’adaptation utilisés par les populations lors de
crises prolongées, afin de renforcer les capacités de résistance et de rendre les
programmes d’assistance plus efficaces

• Les donateurs et les organismes doivent investir • Il faut améliorer l’analyse des interventions, en
davantage dans l’analyse, l’évaluation d’impact et renforçant la capacité de produire et d’utiliser des
l’enseignement tiré de l’expérience, en y consacrant les analyses plus approfondies concernant les options
ressources financières et humaines requises. disponibles pour l’assistance.
• Il faut renforcer et élargir les systèmes d’information. Il • Il faut continuer à améliorer l’aptitude à comparer
est essentiel d’évaluer les besoins humanitaires, mais il différents contextes, de nature variée, afin d’affiner la
faut également élargir l’analyse aux moyens d’existence répartition de l’aide et d’éviter le syndrome de la «crise
et aux institutions locales et nationales qui peuvent oubliée».
appuyer les moyens d’existence, en sachant toutefois • Le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA)
que celles-ci peuvent parfois figurer parmi les devrait suivre régulièrement et débattre la situation en
principales causes des crises prolongées. vigueur dans les pays confrontés à une crise prolongée.

Recommandation 2

Appuyer la protection, la promotion et la reconstitution des moyens d’existence et les


institutions qui soutiennent et rendent possibles les moyens d’existence dans les pays
confrontés à des crises prolongées

• Les pouvoirs publics, les donateurs et les organismes nutritionnel et développement, parmi la population,
devraient mieux articuler les interventions, de manière à des capacités de production et d’acquisition
ce qu’elles répondent à la fois aux besoins à court et à d’aliments). Il faudra également reconnaître les
long termes, en améliorant l’assistance alimentaire, en différences entre les hommes et les femmes.
assurant la protection sociale et en investissant dans • Pour appuyer les moyens d’existence, il faut partir des
l’agriculture et dans les moyens d’existence non agricoles. capacités existantes et renforcer les adaptations
• Il faudrait renforcer les ressources, la protection et la positives des moyens d’existence, tout en évitant ou en
promotion à long terme des moyens d’existence, en atténuant les stratégies mal adaptées.
utilisant une série d’instruments appuyant les capacités • Les efforts devraient se concentrer sur l’aide apportée
d’adaptation de la population et s’attaquant à la pour reconstruire et/ou promouvoir les institutions
vulnérabilité (par exemple, filets de sécurité, soutien locales qui appuient les moyens d’existence.

long terme. Les exemples de la Sierra Leone et du Soudan exemple régime foncier, comme dans le cas des institutions
montrent bien que l’aide extérieure peut se révéler utile ou coutumières au Mozambique) et de la fourniture de
nuisible, selon la connaissance que l’on a de la dynamique services sociaux de base (infrastructure rurale, éducation,
des moyens d’existence, et que cette aide doit reconnaître et santé et nutrition). Une telle option peut également
appuyer les moyens d’existence novateurs sur le terrain, tout contribuer à des processus de renforcement de l’État,
en décourageant les pratiques mal adaptées auxquelles ont notamment dans les cas extrêmes où les capacités
recours les populations, contraintes et forcées. étatiques sont très limitées.
L’une des meilleures façons de promouvoir les moyens
d’existence à plus long terme consiste à appuyer les ■■ Réforme de la structure de l’aide
institutions informelles qui soutiennent la sécurité des
moyens d’existence au niveau local. Les interventions Les chapitres précédents de cette publication ont montré
lancées pour protéger directement des vies humaines et les qu’il existait un décalage entre la réalité du terrain et la
moyens d’existence doivent donc aller de pair avec des structure de l’assistance internationale fournie pour faire
types d’assistance qui appuient les institutions locales face à des crises prolongées. On a pris note de ce décalage
s’occupant des besoins à plus long terme de l’agriculture depuis quelques années déjà: en 2008, un forum mondial
durable, de la gestion des ressources naturelles (par réunissant des organismes des Nations Unies, des ONG et le

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Assurer la sécurité alimentaire lors de crises prolongées: mesures recommandées

Recommandation 3

Revoir la structure de l’aide extérieure fournie en temps de crise prolongée, afin de


répondre aux besoins et de tenir compte des difficultés sur le terrain, ainsi que des
contraintes institutionnelles. Il faudra peut-être, dans cette optique, organiser un
forum de haut niveau sur les crises prolongées et préparer un nouveau «Programme
d’action» pour les pays en situation de crise prolongée

• Le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) interventions en cas de catastrophes, protection et


devrait recommander la convocation d’un Forum de haut réhabilitation de l’environnement et renforcement des
niveau sur les crises prolongées, au plus tard en 2012, capacités de résistance des moyens d’existence.
pour passer en revue l’état des connaissances concernant • Les plans établis par les donateurs devraient privilégier
les crises prolongées et indiquer la voie à suivre. la prévisibilité pour mener des activités de prévention
• Il faudrait mettre au point un nouveau «Programme et d’intervention rapide et apporter des solutions à
d’action sur les crises prolongées», afin d’établir de long terme.
nouveaux principes et paramètres qui permettraient de • Les systèmes de suivi des apports d’aide devraient être
pourvoir de façon efficace et efficiente aux besoins perfectionnés et aller au‑delà de la distinction traditionnelle
spécifiques des pays concernés. Il est proposé que ce entre aide humanitaire et aide au développement, de
programme soit lancé et suivi par le CSA. manière à suivre avec plus de transparence les
• Les modalités de l’assistance ne devraient pas se limiter investissements destinés à appuyer la sécurité alimentaire.
aux catégories traditionnelles de «secours» et de • Il faut s’efforcer d’aider tous les acteurs – donateurs,
«développement», mais suivre une approche plus gouvernements hôtes, acteurs non étatiques, ONG
diversifiée comprenant les éléments suivants: mécanismes nationales et internationales et communautés touchées
de protection sociale, systèmes d’alerte précoce par des crises – à élaborer les principes qui régiront
concernant la sécurité alimentaire, planification des l’assistance fournie lors de crises prolongées.

mouvement de la Croix-Rouge avait déjà débattu d’un bon d’urgence et de plans d’exécution au niveau des pays, qui
nombre de ces questions (voir encadré 13). intègreraient les mesures urgentes à prendre pour
Les conclusions de cette conférence de 2008 revêtent un s’attaquer aux problèmes de disponibilité alimentaire,
caractère d’urgence, aujourd’hui plus qu’hier, notamment production vivrière, accès aux aliments et utilisation des
pour les crises prolongées. S’il faut améliorer la structure de aliments. Elle apporterait également une amélioration
l’aide, c’est en partie pour combler le fossé entre les essentielle à la cohérence de l’approche générale et à
approches classiques des «secours» (intervention l’intégration des mesures prises pour sauver des vies
humanitaire) et la phase de «développement». Le humaines et protéger les moyens d’existence, dans le
classement actuel des activités humanitaires et de contexte humanitaire. Il reste néanmoins à définir
développement, établi par les donateurs, ne rend pas clairement le rôle que le groupe sectoriel relatif à la
compte de la diversité des interventions lancées ou de la sécurité alimentaire mondiale sera appelé à jouer dans les
gamme des mesures prises localement pour faire face à des crises prolongées.
crises prolongées. Les formes extérieures d’assistance ne Des améliorations ont été apportées, graduellement, aux
sont pas décrites de manière adéquate par ces catégories, mécanismes d’évaluation et d’apprentissage et aux
ni par les calendriers d’exécution qui sont censés y méthodes d’analyse, comme l’IPC. Il n’en reste pas moins
correspondre. Les donateurs devraient allouer des que nombre de ces recommandations ne sont pas encore
financements en fonction des besoins évalués et des intégralement appliquées. La direction et la coordination
possibilités de programmation, en prévoyant les ressources des interventions, en l’absence d’un gouvernement national
nécessaires pour faire face à des crises prolongées. capable et désireux d’agir, représentent un défi de taille.
Des progrès ont été réalisés dans certains de ces L’approche intégrée de réduction de l’insécurité alimentaire
domaines. Le PAM et la FAO dirigent le processus doit notamment prévoir d’appuyer le développement des
d’établissement de la Section relative à la sécurité capacités des ministères techniques des gouvernements
alimentaire mondiale, de manière à assurer des pour leur permettre de diriger et de coordonner les efforts,
interventions plus cohérentes, prévisibles et approfondies mais cela sera difficile dans des situations de conflit civil.
contre l’insécurité alimentaire, dans un contexte Actuellement, les interventions des mêmes organismes,
humanitaire (voir pages 43-47). Cette section mettrait en dans le même contexte, visent souvent à répondre
place un forum international pour fournir des informations simultanément aux besoins humanitaires, à l’impératif de
pertinentes et appuyer l’élaboration de stratégies protection et de promotion des moyens d’existence, à la

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Assurer la sécurité alimentaire lors de crises prolongées: mesures recommandées

ENCADRÉ 13

Conclusions de la conférence mondiale organisée sur le thème «Repenser le rôle de la


sécurité alimentaire dans les interventions humanitaires»

En avril 2008, des organismes des Nations Unies, des ONG et Le forum a recommandé que des modifications
le mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge se fondamentales soient apportées à la structure de l’aide
sont réunis pour débattre du rôle de la sécurité alimentaire internationale fournie à l’appui de la sécurité alimentaire,
dans les interventions humanitaires. Ce forum de trois jours, afin de soutenir ces deux grands domaines d’action. Les
tenu au Siège de la FAO, à Rome, était organisé par CARE et modifications requises sont les suivantes:
Oxfam. Même si le thème retenu allait au-delà de la question –– Renforcement des mécanismes de suivi, d’évaluation,
des pays confrontés à des crises prolongées, le forum a d’apprentissage et de responsabilisation.
identifié deux grands domaines d’action, en ce qui concerne –– Amélioration des capacités d’analyse pour obtenir les
les changements à apporter à la façon dont le système informations nécessaires à l’élaboration des
d’aide conçoit la sécurité alimentaire et les méthodes à politiques, des programmes et des interventions.
mettre en œuvre pour améliorer sensiblement son –– Examen des programmes, des mécanismes de
efficacité dans la lutte contre la faim: financement, des effectifs et de la structure des
1. Nécessité de combler le fossé entre la phase de secours organismes d’aide, pour faire en sorte qu’ils soient
et celle de développement: adaptés à leur mission et introduction des
–– Approche de base fondée sur la promotion de la changements nécessaires pour combler les lacunes
protection sociale à long terme. identifiées, conformément aux rôles définis dans le
–– Incorporation d’éléments de réduction des risques de cadre commun.
catastrophe dans les systèmes de protection sociale. –– Établissement de mécanismes de coordination de la
–– Attention accrue accordée à l’agriculture durable. sécurité alimentaire, regroupant les organismes
–– Promotion du financement des mesures de d’aide s’occupant des phases de secours, de
prévention et d’alerte précoce. transition et de développement et les acteurs
2. L’importance d’une communauté de vues concernant contribuant aux différents éléments de la sécurité
la faim et la vulnérabilité, ainsi que la façon de les alimentaire et nutritionnelle.
combattre:
–– Élaboration d’un cadre analytique et programmatique
commun en matière de sécurité alimentaire.
–– Recours à des ripostes et à des interventions Source: Résumé du communiqué final du forum, «Repenser la sécurité
alimentaire dans le système d’aide internationale» Conclusions du
programmatiques plus appropriées et adaptées forum international sur la sécurité alimentaire, 16-18 avril 2008, Rome.
aux besoins. CARE/ Oxfam/ FAO/ PAM.

nécessité de renforcer les institutions et, dans certains cas, détérioration des conditions de sécurité des travailleurs
aux objectifs de sécurité. Il s’ensuit que les principes humanitaires (voir pages 34-48). Il convient de préciser les
régissant les activités de terrain sont de moins en moins objectifs de l’assistance extérieure lors des crises
clairs. Les organismes humanitaires se plaignent de prolongées, ainsi que les principes régissant l’allocation, la
l’affaiblissement des principes humanitaires et c’est distribution et l’évaluation d’impact de cette assistance si
précisément cet affaiblissement des principes qui a entraîné l’on veut s’attaquer avec succès à l’insécurité alimentaire et,
des difficultés croissantes d’accès aux populations de manière plus générale, réaliser les objectifs d’aide
démunies, au cours de certaines crises, et a contribué à la humanitaire et de développement.

54 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
Annexe technique

Tableau 1
Prévalence de la sous-alimentation et progrès accomplis en vue de la réalisation des objectifs du Sommet mondial
de l’alimentation (SMA)1 et du Millénaire pour le développement (OMD)2 dans les pays en développement3

MONDE Population Nombre de personnes Progrès en Tendance Proportion de personnes Progrès en Tendance
Région/sous-région/ totale sous-alimentées nombre SMA sous-alimentées dans la termes de OMD
pays [catégorie de population totale prévalence
sous-alimentation]
2005-2007 1990-1992 1995-1997 2000-2002 2005-2007 objectif SMA = 1990-1992 à 1990-1992 1995-1997 2000-2002 2005-2007 objectif SMA 1990-1992 à
0,5* 2005-2007 = 0,5** 2005-2007
(en millions) (en millions) (%)

MONDE 6 559,3 843,4 787,5 833,0 847,5 1,0 ▲ 16 14 14 13 0,8 ▼


Pays développés 1 275,6 16,7 19,4 17,0 12,3 0,7 ▼ – – – – nd nd
Pays en développement 5 283,7 826,6 768,1 816,0 835,2 1,0 ▲ 20 17 17 16 0,8 ▼

Asie et Pacifique *** 3 558,7 587,9 498,1 531,8 554,5 0,9 ▼ 20 16 16 16 0,8 ▼

Asie de l’Est 1 402,1 215,6 149,8 142,2 139,5 0,6 ▼ 18 12 10 10 0,6 ▼


Chine [3] 1 328,1 210,1 141,8 133,1 130,4 0,6 ▼ 18 12 10 10 0,5 ▼
Mongolie [4] 2,6 0,6 0,8 0,6 0,7 1,1 ▲ 28 33 27 26 0,9 ▼
République pop. dém. 23,6 4,2 6,7 7,8 7,8 1,9 ▲ 21 30 34 33 1,6 ▲
de Corée [4]
République de Corée [1] 47,8 ns ns ns ns nd nd – – – – nd nd
Asie du Sud-Est 555,5 105,4 85,7 88,9 76,1 0,7 ▼ 24 18 17 14 0,6 ▼
Cambodge [4] 14,1 3,8 4,7 3,7 3,0 0,8 ▼ 38 40 29 22 0,6 ▼
Indonésie [3] 221,9 28,9 22,0 30,4 29,9 1,0 ▲ 16 11 15 13 0,8 ▼
Malaisie [1] 26,1 ns ns ns ns nd nd – – – – nd nd
Myanmar [3] 48,7 19,6 15,4 13,5 7,8 0,4 ▼ 47 35 29 16 0,3 ▼
Philippines [3] 87,1 15,2 14,1 14,5 13,2 0,9 ▼ 24 20 18 15 0,6 ▼
République dém. pop. Lao. [4] 6,0 1,3 1,4 1,4 1,4 1,0 ▲ 31 29 26 23 0,7 ▼
Thaïlande [3] 66,5 15,0 11,2 11,5 10,8 0,7 ▼ 26 18 18 16 0,6 ▼
Viet Nam [3] 85,1 21,0 16,7 13,3 9,6 0,5 ▼ 31 22 17 11 0,4 ▼
Asie du Sud 1 520,1 255,4 252,8 287,5 331,1 1,3 ▲ 22 20 21 22 1,0 tu
Bangladesh [4] 155,4 44,4 54,2 42,3 41,7 0,9 ▼ 38 41 29 27 0,7 ▼
Inde [4] 1 147,7 172,4 162,7 200,6 237,7 1,4 ▲ 20 17 19 21 1,1 ▲
Népal [3] 27,8 4,2 4,4 4,6 4,5 1,1 ▲ 21 20 18 16 0,8 ▼
Pakistan [4] 169,5 29,6 26,9 36,1 43,4 1,5 ▲ 25 20 24 26 1,0 ▲
Sri Lanka [3] 19,7 4,8 4,5 3,9 3,8 0,8 ▼ 28 25 20 19 0,7 ▼
Asie centrale 58,7 4,2 4,9 10,1 6,0 1,4 ▲ 8 9 18 10 1,2 ▲
Kazakhstan [1] 15,3 ns ns 1,2 ns nd nd – – 8 – nd nd
Kirghizistan [3] 5,3 0,8 0,6 0,9 0,6 0,7 ▼ 17 13 17 10 0,6 ▼
Ouzbékistan [3] 26,6 1,1 1,2 4,7 3,0 2,7 ▲ 5 5 19 11 2,1 ▲
Tadjikistan [4] 6,6 1,8 2,4 2,9 2,0 1,1 ▲ 34 42 46 30 0,9 ▼
Turkménistan [2] 4,9 0,3 0,4 0,4 0,3 0,9 tu 9 9 9 6 0,7 ▼
Asie occidentale 16,0 6,7 4,3 2,3 1,1 0,2 ▼ 41 27 15 7 0,2 ▼
Arménie [4] 3,1 1,6 1,1 0,9 0,7 0,4 ▼ 45 36 28 22 0,5 ▼
Azerbaïdjan [1] 8,5 2,0 2,2 0,9 ns nd nd 27 27 11 – nd nd
Géorgie [1] 4,4 3,1 1,0 0,5 ns nd nd 58 19 12 – nd nd

AMÉRIQUE LATINE
ET CARAÏBES
556,1 54,3 53,3 50,7 47,1 0,9 ▼ 12 11 10 8 0,7 ▼

Amérique du Nord 145,8 9,4 10,4 9,5 9,7 1,0 ▲ 8 8 7 7 0,8 ▼


et centrale
Costa Rica [1] 4,4 ns ns ns ns nd nd – – – – nd nd
El Salvador [2] 6,1 0,7 0,7 0,4 0,6 0,8 ▼ 13 12 7 9 0,7 ▼
Guatemala [4] 13,0 1,4 2,1 2,5 2,7 2,0 ▲ 15 20 22 21 1,4 ▲
Honduras [3] 7,0 1,0 0,9 0,9 0,9 0,9 ▼ 19 16 14 12 0,6 ▼
Mexique [1] 106,4 ns ns ns ns nd nd – – – – nd nd
Nicaragua [3] 5,5 2,1 1,8 1,3 1,1 0,5 ▼ 50 38 25 19 0,4 ▼

56 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
Tableau 1
Prévalence de la sous-alimentation et progrès accomplis en vue de la réalisation des objectifs du Sommet mondial
de l’alimentation (SMA)1 et du Millénaire pour le développement (OMD)2 dans les pays en développement3

MONDE Population Nombre de personnes Progrès en Tendance Proportion de personnes Progrès en Tendance
Région/sous-région/ totale sous-alimentées nombre SMA sous-alimentées dans la termes de OMD
pays [catégorie de population totale prévalence
sous-alimentation]
2005-2007 1990-1992 1995-1997 2000-2002 2005-2007 objectif SMA = 1990-1992 à 1990-1992 1995-1997 2000-2002 2005-2007 objectif SMA 1990-1992 à
0,5* 2005-2007 = 0,5** 2005-2007
(en millions) (en millions) (%)

Panama [3] 3,3 0,5 0,6 0,6 0,5 1,1 tu 18 20 19 15 0,8 ▼


Caraïbes 34,4 7,6 8,8 7,3 8,1 1,1 ▲ 26 28 22 24 0,9 ▼
Cuba [1] 11,2 0,6 1,5 ns ns nd nd 6 14 – – nd nd
Haïti [5] 9,6 4,6 4,8 4,7 5,5 1,2 ▲ 63 60 53 57 0,9 ▼
Jamaïque [2] 2,7 0,3 0,2 0,1 0,1 0,5 ▼ 11 6 5 5 0,4 ▼
République dominicaine [4] 9,7 2,1 2,1 2,2 2,3 1,1 ▲ 28 26 25 24 0,9 ▼
Trinité-et-Tobago [3] 1,3 0,1 0,2 0,1 0,1 1,1 tu 11 14 11 11 1,0 tu
Amérique du Sud 375,9 37,3 34,1 33,8 29,2 0,8 ▼ 12 10 10 8 0,6 ▼
Argentine [1] 39,1 ns ns ns ns nd nd – – – – nd nd
Bolivie (État 9,4 2,0 1,9 1,9 2,5 1,3 ▲ 29 24 22 27 0,9 ▼
plurinational de) [4]
Brésil [2] 188,1 17,1 16,6 16,3 12,1 0,7 ▼ 11 10 9 6 0,6 ▼
Chili [1] 16,5 0,9 ns ns ns nd nd 7 – – – nd nd
Colombie [3] 43,7 5,2 4,0 3,9 4,3 0,8 ▼ 15 11 10 10 0,6 ▼
Équateur [3] 13,2 2,4 1,8 2,1 2,0 0,8 ▼ 23 16 17 15 0,7 ▼
Guyana [2] 0,8 0,2 0,1 0,1 0,1 0,4 ▼ 20 11 7 7 0,4 ▼
Paraguay [3] 6,0 0,7 0,5 0,5 0,7 0,9 tu 16 10 10 11 0,7 ▼
Pérou [3] 28,2 6,1 5,0 4,7 4,3 0,7 ▼ 27 21 18 15 0,6 ▼
Suriname [3] 0,5 0,1 0,1 0,1 0,1 1,2 tu 14 13 15 14 1,0 tu
Uruguay [1] 3,3 0,2 ns ns ns nd nd 5 – – – nd nd
Venezuela (République 27,2 2,1 3,1 3,3 2,1 1,1 ▲ 10 14 13 8 0,8 ▼
bolivarienne du) [2]

PROCHE-ORIENT ET
AFRIQUE DU NORD ***
439,3 19,6 29,5 31,8 32,4 1,6 ▲ 6 8 8 7 1,2 ▲

Proche-Orient 280,4 14,6 24,1 26,2 26,3 1,8 ▲ 7 11 10 9 1,3 ▲


Arabie saoudite [1] 24,1 ns ns ns ns nd nd – – – – nd nd
Émirats arabes unis [1] 4,2 ns ns ns ns nd nd – – – – nd nd
Iran (République 71,6 ns ns ns ns nd nd – – – – nd nd
islamique d’) [1]
Jordanie [1] 5,8 ns 0,2 0,2 ns nd nd – 5 5 – nd nd
Koweït [2] 2,8 0,4 0,1 0,1 0,1 0,3 ▼ 20 5 6 5 0,2 ▼
Liban [1] 4,1 ns ns ns ns nd nd – – – – nd nd
République arabe de Syrie [1] 19,8 ns ns ns ns nd nd – – – – nd nd
Turquie [1] 72,1 ns ns ns ns nd nd – – – – nd nd
Yémen [4] 21,6 3,8 5,0 5,7 6,7 1,7 ▲ 30 31 31 31 1,0 ▲
Afrique du Nord 158,8 5,0 5,4 5,6 6,1 1,2 ▲ – – – – nd nd
Algérie [1] 33,4 ns 1,5 1,4 ns nd nd – 5 5 – nd nd
Égypte [1] 78,6 ns ns ns ns nd nd – – – – nd nd
Jamahiriya arabe libyenne 6,0 ns ns ns ns nd nd – – – – nd nd
[1]
Maroc [1] 30,9 1,5 1,6 1,6 ns nd nd 6 6 6 – nd nd
Tunisie [1] 10,0 ns ns ns ns nd nd – – – – nd nd

AFRIQUE
SUBSAHARIENNE***
729,6 164,9 187,2 201,7 201,2 1,2 ▲ 34 33 31 28 0,8 ▼

Afrique centrale 98,4 20,4 37,2 47,0 51,8 2,5 ▲ 32 49 55 53 1,6 ▲


Cameroun [4] 18,2 4,2 5,0 4,3 3,9 0,9 ▼ 33 34 26 21 0,6 ▼

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 57
Annexe technique

Tableau 1
Prévalence de la sous-alimentation et progrès accomplis en vue de la réalisation des objectifs du Sommet mondial
de l’alimentation (SMA)1 et du Millénaire pour le développement (OMD)2 dans les pays en développement3

MONDE Population Nombre de personnes Progrès en Tendance Proportion de personnes Progrès en Tendance
Région/sous-région/ totale sous-alimentées nombre SMA sous-alimentées dans la termes de OMD
pays [catégorie de population totale prévalence
sous-alimentation]
2005-2007 1990-1992 1995-1997 2000-2002 2005-2007 objectif SMA = 1990-1992 à 1990-1992 1995-1997 2000-2002 2005-2007 objectif SMA 1990-1992 à
0,5* 2005-2007 = 0,5** 2005-2007
(en millions) (en millions) (%)

Congo [3] 3,5 1,0 1,2 0,6 0,5 0,5 ▼ 42 41 20 15 0,4 ▼


Gabon [1] 1,4 0,1 ns ns ns nd nd 6 – – – nd nd
République 4,2 1,3 1,6 1,6 1,7 1,3 ▲ 44 47 43 40 0,9 ▼
centrafricaine [5]
République démocratique 60,8 10,0 25,5 36,7 41,9 4,2 ▲ 26 55 70 69 2,7 ▲
du Congo [5]
Tchad [5] 10,3 3,8 3,9 3,7 3,8 1,0 tu 60 53 43 37 0,6 ▼
Afrique de l’Est 252,8 76,2 84,7 85,6 86,9 1,1 ▲ 45 44 39 34 0,8 ▼
Burundi [5] 7,6 2,5 3,5 3,9 4,7 1,9 ▲ 44 56 59 62 1,4 ▲
Érythrée**** [5] 4,6 2,1 2,1 2,7 3,0 1,4 ▲ 67 64 70 64 1,0 ▼
Éthiopie**** [5] 76,6 34,6 36,3 32,4 31,6 0,9 ▼ 69 62 48 41 0,6 ▼
Kenya [4] 36,8 8,0 8,6 10,3 11,2 1,4 ▲ 33 31 32 31 0,9 ▼
Ouganda [4] 29,7 3,5 4,9 4,8 6,1 1,7 ▲ 19 23 19 21 1,1 ▲
Rwanda [4] 9,2 3,0 3,0 3,1 3,1 1,0 ▲ 44 53 38 34 0,8 ▼
Soudan [4] 39,6 10,8 9,3 9,9 8,8 0,8 ▼ 39 29 28 22 0,6 ▼
Tanzanie [4] 40,1 7,4 12,4 13,6 13,7 1,8 ▲ 28 40 39 34 1,2 ▲
Afrique australe 103,4 30,6 33,3 35,3 33,9 1,1 ▲ 43 41 38 33 0,8 ▼
Angola [5] 17,1 7,4 7,8 7,6 7,1 1,0 ▼ 67 61 52 41 0,6 ▼
Botswana [4] 1,9 0,3 0,4 0,5 0,5 1,8 ▲ 19 23 27 25 1,3 ▲
Lesotho [3] 2,0 0,2 0,3 0,3 0,3 1,1 ▲ 15 16 14 14 0,9 ▼
Madagascar [4] 18,1 2,4 3,5 4,4 4,5 1,9 ▲ 21 26 28 25 1,2 ▲
Malawi [4] 14,0 4,2 3,8 3,6 3,9 0,9 ▼ 43 36 30 28 0,7 ▼
Maurice [2] 1,3 0,1 0,1 0,1 0,1 0,8 tu 7 7 5 5 0,7 ▼
Mozambique [5] 21,4 8,3 7,8 8,6 8,1 1,0 ▼ 59 48 46 38 0,6 ▼
Namibie [3] 2,0 0,5 0,5 0,4 0,4 0,8 ▼ 32 30 21 19 0,6 ▼
Swaziland [3] 1,1 0,1 0,2 0,2 0,2 2,0 ▲ 12 21 18 18 1,5 ▲
Zambie [5] 12,0 2,9 3,6 4,7 5,2 1,8 ▲ 35 38 43 43 1,2 ▲
Zimbabwe [5] 12,5 4,3 5,3 5,1 3,7 0,9 ▼ 40 44 41 30 0,7 ▼
Afrique de l’Ouest 275,0 37,6 32,0 33,7 28,5 0,8 ▼ 20 15 14 10 0,5 ▼
Bénin [3] 8,1 1,0 1,0 1,0 1,0 1,0 tu 20 18 15 12 0,6 ▼
Burkina Faso [2] 14,2 1,2 1,2 1,4 1,2 1,0 tu 14 12 12 9 0,6 ▼
Côte d’Ivoire [3] 19,7 1,9 2,6 2,9 2,8 1,4 ▲ 15 17 17 14 1,0 ▼
Gambie [3] 1,6 0,1 0,3 0,3 0,3 2,3 ▲ 14 23 21 19 1,3 ▲
Ghana [2] 22,4 4,2 2,2 1,8 1,2 0,3 ▼ 27 12 9 5 0,2 ▼
Guinée [3] 9,4 1,3 1,5 1,7 1,6 1,2 ▲ 20 19 20 17 0,8 ▼
Libéria [4] 3,5 0,6 0,7 1,1 1,2 1,9 ▲ 30 32 36 33 1,1 ▲
Mali [3] 12,1 2,4 2,5 1,9 1,5 0,6 ▼ 27 25 18 12 0,4 ▼
Mauritanie [2] 3,1 0,2 0,2 0,2 0,2 1,0 tu 12 9 8 7 0,6 ▼
Niger [4] 13,6 3,0 3,5 3,1 2,7 0,9 ▼ 37 37 27 20 0,5 ▼
Nigéria [2] 144,3 16,3 10,9 11,9 9,2 0,6 ▼ 16 10 9 6 0,4 ▼
Sénégal [3] 11,6 1,7 2,3 2,6 2,0 1,2 ▲ 22 26 26 17 0,8 ▼
Sierra Leone [5] 5,3 1,8 1,6 1,9 1,8 1,0 tu 45 39 43 35 0,8 ▼
Togo [4] 6,1 1,7 1,7 1,9 1,8 1,1 ▲ 43 36 36 30 0,7 ▼
Afrique***** 888,4 169,8 192,6 207,3 207,2 1,2 ▲ 28 28 26 23 0,8 ▼
Pour les notes, se reporter au rabat de la quatrième de couverture.

58 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
Tableau 2
Quelques indicateurs de développement et de sécurité alimentaire pour les pays confrontés à
des crises prolongées

Pays IDH1 Part de l’aide Volume Volume Moyenne Moyenne Aide au Contri- Proportion Part de Disponibilité
humanitaire moyen moyen de de l’aide de l’aide au dévelop- bution de de la l’aide dans énergétique
dans l’APD de l’aide l’aide au humanitaire dévelop- pement allant l’agriculture population la forma- alimentaire
totale2 humanitaire3 dévelop- par habitant5 pement par à l’agriculture, au PIB8 rurale9 tion brute (DEA) par
pement4 habitant6 sur l’APD de capital10 habitant11
totale7

2007 2000-2008 2000-2008 2000-2008 2005-2008 2008 2008 2007 2005-2007


Valeur (%) (millions d’USD, (USD, prix de 2007) (%) (%) (%) (%) (kcal/per-
prix de 2007) sonne/jour)

Afghanistan 0,352 20 463 1 905 19,01 78,27 7,33 31,6 75,96 nd nd

Angola 0,564 30 124 282 7,66 17,47 3,75 6,6 43,30 2,80 1 950
Burundi 0,394 32 110 229 15,22 31,84 4,36 34,8 c 89,60 272,60 b 1 680
Congo 0,601 22 17 60 4,97 13,31 0,97 4,1 38,66 6,10 2 510
Côte d’Ivoire 0,484 15 43 234 2,26 12,38 7,48 25,0 51,22 9,70 2 510
Érythrée 0,472 30 84 194 19,34 44,74 4,24 24,3 a 79,28 106,70 1 590
Éthiopie 0,414 21 417 1 554 5,72 21,31 6,12 44,5 83,00 50,10 1 950
Guinée 0,435 16 38 203 4,23 22,36 4,14 24,8 65,56 39,00 2 530
d
Haïti 0,532 11 46 385 5,06 42,08 4,44 28,0 53,16 40,60 1 850
Iraq nd 14 465 2 786 16,98 101,76 1,01 8,6 d 33,40 nd nd
Kenya 20,541 14 114 729 3,29 20,96 6,88 27,0 78,40 26,1 2 060
Libéria 0,442 33 89 182 27,09 55,75 0,83 61,3 39,86 473,60 2 160
Ouganda 20,514 10 136 1 225 4,89 43,93 3,63 22,7 87,02 65,70 2 250
Rép. centrafricaine 0,369 13 16 107 3,84 25,93 3,61 52,9 61,42 116,10 1 960
Rép. dém. du Congo 0,389 27 284 760 5,16 18,00 1,79 40,2 66,04 67,30 1 590
RPD de Corée nd 47 76 87 3,23 3,71 2,08 nd 37,32 nd 2 150
Sierra Leone 0,365 19 73 318 14,88 64,77 3,00 50,2 62,24 239,50 2 130
Somalie nd 64 203 114 25,41 14,34 0,87 65,0 e 63,48 nd nd
Soudan 0,531 62 764 461 20,10 12,12 0,66 25,8 56,56 18,80 2 270
Tadjikistan 0,688 13 29 199 4,46 30,69 8,61 18,0 73,54 27,10 2 130
Tchad 0,392 23 76 250 7,79 25,55 1,27 13,6 73,32 26,00 2 040
Zimbabwe nd 31 103 233 8,27 18,66 2,66 19,1 c 62,66 64,89 c 2 210
Pour les notes, se reporter au rabat de la quatrième de couverture.

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 59
N O T E S

1 Fonds monétaire international (FMI). L’Indice du développement humain (IDH) 20 Programme des Nations Unies pour le
2010. Perspectives de l’économie et celles de la gouvernance figurant dans développement (PNUD). 2008.
mondiale: rééquilibrer la croissance. les Indicateurs mondiaux de la Destitution, distortion and deforestation:
Analyses économiques et financières gouvernance (compilés par l’Institut de la the impact of the conflict on the timber
mondiales. Washington, États-Unis Banque mondiale). and woodfuel trade in Darfur. Genève
d’Amérique. (Suisse) et Khartoum.
11 Chambers et Conway (1991) donnent la
2 D. Ratha, S. Mohapatra, et A. Silwal. définition suivante des moyens d’existence, 21 H. Young, A.M. Osman, A.M. Abusin, M.
Outlook for remittance flows 2010–11. qui a été adoptée dans la présente Asher et O. Egemi, 2009. Livelihoods,
Migration and Development Brief 12, publication: «Les moyens d’existence power and choice: the vulnerability of the
Washington, États-Unis d’Amérique, comprennent les capacités, les actifs (y northern Rizeigat, Darfur, Sudan.
Banque mondiale. compris les ressources matérielles et Medford, États-Unis d’Amérique,
sociales) et les activités nécessaires pour Feinstein International Center, Tufts
3 FAO. 2010. Perspectives de récoltes et gagner sa vie. Les moyens d’existence sont University.
situation alimentaire. No. 2 (mai). Rome. durables lorsqu’ils permettent de faire face
à des difficultés et à des chocs». Voir 22 Selon une expression de Young et divers
4 De toutes les régions, l’Amérique latine et R. Chambers et R. Conway. 1991. collaborateurs. (2009), voir note 21.
les Caraïbes ont enregistré la plus petite Sustainable rural livelihoods: practical
baisse de seulement 1,1 pour cent. Le fait concepts for the 21st century. IDS 23 L. Alden Wily. 2009. Tackling land tenure
qu’il n’y ait eu qu’une légère diminution Discussion Paper 296. Brighton, Royaume- in the emergency to development
du nombre des personnes sous- Uni. Institut sur les études du transition in post conflict states: from
alimentées peut être attribué à la plus développement. restitution to reform. Dans S. Pantuliano,
lente croissance de la région au cours de ed. Uncharted territory: land, conflict and
la période 2008-2010 ; la vulnérabilité de 12 Les restrictions frappant la mobilité humanitarian action. pp. 27–50. Rugby,
cette région, en tant qu’exportatrice nette réduisent l’accès aux zones de pacage Royaume-Uni, Practical Action Publishing.
d’aliments, est due à la baisse des prix des saisonnier et entraînent souvent des
produits alimentaires de base à la suite de poussées de maladies animales. Rapport 24 Little (2008), voir note 23.
la crise alimentaire mondiale et à la de terrain pour M. Buchanan-Smith et S.
lenteur de la reprise des envois d’argent Jaspars. 2006. Conflict, camps and 25 Raeymaekers (2008), voir note 15.
vers la région, cette lenteur étant elle coercion: the continuing livelihoods crisis
même la résultante de la récession aux in Darfur. Rapport final au PAM, Soudan. 26 La présente section s’inspire de S. Jaspars
États-Unis. et D. Maxwell. 2009. Food security and
13 NFSWG (Nuba Food Security Working livelihoods programming in conflict: a
5 A. Harmer et J. Macrae (eds). 2004. Group). 2001. Food Security Assessment review. HPN Network Paper No. 65.
Beyond the continuum: aid policy in and Intervention Strategy, Nuba Londres, ODI.
protracted crises. HPG Report 18, p. 1. Mountains, Southern Kordofan.
Londres, Institut de développement outre- Document interne. Nairobi. 27 Voir, par exemple, Pantuliano (2009), voir
mer (ODI). note 23.
14 S. Pantuliano. 2008. Responding to
6 P. Pingali, L. Alinovi et J. Sutton. 2005. protracted crises: the principled model of 28 Un récent rapport mondial sur les
Food security in complex emergencies: NMPACT in Sudan. Dans L. Alinovi, problèmes de parité dans les indicateurs
enhancing food system resilience. G. Hemrich et L. Russo, eds, Beyond socio-économiques couvrant la plupart
Disasters, 29(S1): S5–S24. relief: food security in protracted crisis, des pays du monde comportait seulement
pp. 25-63. Rugby, Royaume-Uni, Practical sept pays en situation de crise prolongée
7 D. Maxwell. 2010. In between and Action Publishing. du fait de l’absence de données fiables.
forgotten: constraints to addressing Voir le Forum économique mondial,
smallholder transformation and food 15 T. Raeymaekers. 2008. Conflict and food 2009. The Global Gender Gap Report
insecurity in protracted crises. Présenté security in Beni-Lubero: back to the 2009. Genève (Suisse).
dans les Actes de l’Académie nationale future? Dans Alinovi, Hemrich et Russo
des sciences (janvier) (non publié). (2008), pp. 169–195, voir note 14. 29 E. Kaplan. 2005. Child soldiers around the
world. Council on Foreign Relations
8 Le seuil de 10 pour cent représente la 16 P. Little, 2008. Livelihoods, assets and (disponible à l’adresse: [Link]
proportion moyenne (1995-2008), à food security in a protracted crisis: the org/publication/9331/child_soldiers_
l’échelle mondiale, de l’APD (à l’exclusion case of Jubba region, southern Somalia. around_the_world.html).
des remises de dette) se présentant sous Dans L Alinovi, Hemrich et Russo (2008),
la forme d’une aide humanitaire. pp. 107–126, voir note 14. 30 Voir par exemple B. Korf (2004). War,
livelihoods and vulnerability in Sri Lanka.
9 Le centre de recherches sur les états en 17 Voir M. Buchanan-Smith, et A.A. Fadul. Development and Change, 35(2): 275-
crise définit un «état défaillant» comme 2008. Adaptation and devastation: the 295; and J. Tefft. 2005. Agricultural policy
étant un état qui n’est plus en mesure impact of the conflict on trade and and food security in Liberia (Politique
d’assurer ses fonctions de base de sécurité markets in Darfur, Medford, États-Unis agricole et sécurité alimentaire au Libéria).
et de développement et n’a plus le d’Amérique, Feinstein International ESA Working Paper (Document de travail)
contrôle effectif de son territoire et de ses Center, Tufts University. No. 05-11. Rome, FAO.
frontières ([Link]
18 Little (2008), voir note 16. 31 Banque mondiale. 1993. Rapport sur le
10 Les facteurs analysés comprennent les développement dans le monde 1993.
mesures de la pauvreté figurant dans 19 Raeymaekers (2008), voir note 15. Investir dans la santé. New York, États-

60 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
Unis d’Amérique, publié pour la Banque 43 H. Khogali et P. Takhar. 2001. Links, Table 6.15 – Aid dependency,
mondiale par Oxford University Press. Empowering women through cash relief pp. 376–379. Washington, États-Unis
in humanitarian contexts. Dans Sweetman d’Amérique.
32 Campagne mondiale pour l’éducation. (2001), voir note 42.
2003. A fair chance: Attaining gender 55 L’analyse statistique du présent chapitre a
equality in basic education by 2005. 44 L. Russo 2008. Crisis and food security été préparée pour la FAO par
Londres (Royaume-Uni). profile: Sudan. Dans Alinovi, Hemrich et Development Initiatives International. Elle
Russo (2008), voir note 14. se fonde sur les séries de données du
33 K. Bird et S. Busse. 2007. Re-thinking aid Système de notification des pays
policy in response to Zimbabwe’s 45 FAO et PAM. 2009. L’état de l’insécurité créanciers (CRS) du Comité d’aide au
protracted crisis. Document de réflexion. alimentaire dans le monde 2009. Crises développement de l’Organisation de
Londres, ODI. économiques: répercussions et coopération et de développement
enseignements. Rome, FAO. économiques (CAD/OCDE) et sur le
34 S. Aikman et E. Unterhalter (eds). 2005. système de suivi financier (FTS) du Bureau
Beyond access: transforming policy and 46 P. Peeters, W. Cunningham, G. Acharya, pour la coordination des affaires
practice for gender equality in education. A. Van Adams. 2009. Youth employment humanitaires des Nations Unies (OCHA).
Oxford, UK, Oxfam (Grande-Bretagne). in Sierra Leone: sustainable livelihoods La décision de s’appuyer sur deux séries
opportunity in a post-conflict setting. de données différentes repose sur le fait
35 R.D. Semba, S. de Pee, K. Sun, M. Sari, N. Washington, États-Unis d’Amérique, que les statistiques du CAD/OCDE se
Akhter et M.W. Bloem. 2008. Effect of Banque mondiale. fondent sur des procédures claires et
parental formal education on risk of child consolidées mais sont circonscrites au pays
stunting in Indonesia and Bangladesh: a 47 J. Bellows et E. Miguel. 2006. War and de l’OCDE et la désagrégation de l’aide
cross-sectional study. Lancet, 371 (9609): local institutions in Sierra Leone humanitaire est limitée. Les données du
322–328. (disponible à l’adresse [Link] FTS sont encore en cours de consolidation
[Link]/poisci/wgape/papers/10_ mais sont plus complètes et offrent une
36 FIDA (1999). The issue of poverty among [Link]). analyse plus détaillée de l’affectation
female-headed households in Africa sectorielle de l’aide humanitaire.
([Link] 48 Peeters et al. (2009), voir la note 46.
challenges/women/[Link]). 56 Les pays les moins développés (PMA) sont
49 R. Fanthorpe and R. Maconachie. 2010. les pays qui, selon les Nations Unies,
37 Tefft (2005), voir note 30. Beyond the “crisis of youth”? Mining, affichent les indicateurs de
farming, and civil society in post-war développement socio-économique les
38 K.T. Silva. 2003. Armed conflict, Sierra Leone. African Affairs, 109(435): plus faibles, et dont le classement suivant
displacement and poverty trends in Sri 251–272. l’IDH (indice de développement humain)
Lanka: evidence from selected displaced est le plus bas parmi les pays du monde.
populations. Dans M. Mayer, 50 K. Vlassenroot and T. Raeymaekers. 2008. La liste actuelle des PMA inclut 49 pays:
D. Rajasingham-Senanayake et Crisis and food security profile: the 33 en Afrique, 15 en Asie et Pacifique et
Y. Thangarajah, eds. Building local Democratic Republic of the Congo. Dans un pays d’Amérique latine.
capacities for peace: rethinking conflict Alinovi, Hemrich et Russo (2008).
and development in Sri Lanka, pp. 245– pp. 157–168, voir note 14. 57 Ce montant inclut tous les décaissements
270. Delhi, Macmillan. Cité dans Korf au titre de l’aide (à l’exclusion de l’aide
(2004), voir note 30. 51 A. Sawyer. 2005. Social capital, survival humanitaire et de la réduction de la dette).
strategies, and their potential for post-
39 O. Muza. 2009. Informal employment and conflict governance in Liberia. Documents 58 FAO. 2005. L’état de l’insécurité
gender vulnerability in subsistence based de travail RP2005/15. Helsinki, Université alimentaire dans le monde 2005:
agricultural economies: evidence from des Nations Unies/Institut mondial de Éradiquer la faim dans le monde pour
Masvingo in Zimbabwe. Document recherche sur les aspects économiques du réaliser les objectifs du Millénaire pour le
présenté à l’atelier FAO- FIDA-OIT développement (UNU-WIDER). développement. Rome.
«Lacunes, tendances, état de la recherche
en matière de genre et d’emploi agricole et 52 FAO/MAFS. 2002. Programme spécial 59 M. Carnoy. 1992. The case for investing
rural: quels sont les moyens pour sortir de pour la sécurité alimentaire en Sierra in basic education, pp. 26, 34 et 41. New
la pauvreté», Rome, 31 mars-2 avril 2009. Leone: Programme de vulgarisation et de York, États-Unis d’Amérique, Fonds des
développement des capacités axé sur les Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).
40 Tefft (2005), voir note 30. communautés. Plan d’opérations. Rome,
Division du Centre d’investissement de la 60 La présente section est fondée sur les
41 Agence canadienne de développement FAO/Ministère de l’agriculture et de la données du Système de suivi financier
international (ACDI). 2003. Égalité entre sécurité alimentaire de la Sierra Leone. (FTS) du Bureau des Nations Unies pour la
les sexes et aide humanitaire: guide des coordination des affaires humanitaires
enjeux. Gatineau (Canada). 53 A. Catley, T. Leyland et S. Bishop. 2008. (OCHA), qui tient compte des
Policies, practice and participation in engagements, libellés en prix courants.
42 C.O.N. Moser et F.C. Clark. 2001. Gender, protracted crises: the case of livestock Voir note 55 sur la différence entre les
conflict and building sustainable peace: interventions in southern Sudan. données du FTS et celles du CAD/OCDE.
recent lessons from Latin America. Dans Dans Alinovi, Hemrich et Russo (2008),
C. Sweetman, ed. Gender, development pp. 65–93, voir note 14. 61 Le processus d’appels consolidés (CAP) est
and humanitarian work. Londres, Oxfam. un outil de planification pour le
54 Banque mondiale, 2009, World financement de l’aide humanitaire qui
Development indicators 2009, Global permet, sur une base annuelle, de

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 61
mobiliser la communauté des donateurs in southern Sudan. Rapport rédigé pour le 76 UNICEF. 2009. Strengthening social
finançant des activités internationales de compte du PAM. Londres,ODI. protection for children: West and Central
développement autour des projets gérés Africa. Dakar.
par les Nations Unies, les ONG et autres 69 D. Keen. 1999. The political economy of
parties prenantes. Depuis 2006, le CAP est war, with special reference to Sudan and 77 OIT (Organisation internationale du
divisé en «groupes sectoriels» Bahr el Ghazal. SWP-CPN Analysis and Travail). 2008. Can low-income countries
représentant les divers groupes Evaluation Paper (AEP) VI. Cité dans D. afford basic social security? Social Security
d’institutions exécutantes dans le domaine Maxwell et J. Burns. 2008. Targeting in Policy Briefings Paper No. 3. Genève,
de l’aide humanitaire. La formulation des complex emergencies: South Sudan Suisse.
CAP est guidée par les principes country case study. Medford, USA,
humanitaires. L’évaluation des besoins Feinstein International Center, Tufts 78 F. Ellis, S. Devereux et P. White. 2009.
humanitaires, effectuée par les parties University. Social protection in Africa. Cheltenham,
prenantes sur le terrain, permet de veiller UK, Edward Elgar Publishing.
à ce que les demandes de financement 70 S. Jaspars et D. Maxwell. 2008. Targeting
incluses dans les appels reposent sur des in complex emergencies: Somalia country 79 Par exemple, dans le cadre du processus
éléments de preuve solides. case study. Étude de cas rédigée pour le d’éligibilité aux financements de
compte du PAM. Medford, USA, Feinstein l’Association internationale de
62 Cette estimation inclut les fonds de International Center, Tufts University. développement (AID), la Banque
report, à savoir les contributions faites à mondiale mesure la protection sociale
la fin de l’exercice auquel elles 71 FAO et PAM (2009), voir note 45. Voir comme moyenne simple des valeurs
correspondent mais qui couvrent en aussi M. Grosh, C. del Ninno, E. Tesliuc et (allant de 1 à 6) assignées à cinq sous-
réalité les besoins de l’année suivante. A. Ouerghi. 2008. For protection and indicateurs couvrant les marchés du
Cette écriture peut fausser les promotion: the design and travail, les retraites, les filets de sécurité et
estimations. Le PAM estime le niveau implementation of effective safety nets. les fonds sociaux. Les notes sont
effectif de financement de l’aide Washington, États-Unis d’Amérique, attribuées en fonction de questionnaires
alimentaire à 82 pour cent et non à Banque mondiale. compilés par les bureaux de la Banque
96 pour cent comme indiqué par le FTS. mondiale dans les pays clients. Cet indice
72 Voir, entre autres, D. Maxwell, P. Webb, J. composite est pris en considération dans
63 La définition récente de l’aide humanitaire Coates et J. Wirth. 2010. Fit for purpose? le calcul de l’indice d’allocation de
donnée par l’Union européenne inclut Rethinking food security responses in ressources de l’AID, lui-même établi sur
aussi le transfert ou la provision des protracted humanitarian crises. Food une notation moyenne qui tient compte,
services, des intrants, des compétences et Policy, 35(2): 91–97. outre la protection sociale, de 15 autres
des connaissances pertinents. paramètres économiques et sociaux.
73 De nouvelles références apparaissent (Banque mondiale, 2009, voir note 54).
64 Banque mondiale. 2006. Repositioning toutefois, tels que le pilier spécifique de Pour les évaluations quantitatives de la
nutrition as central to development: a l’Afghanistan sur la protection sociale couverture et de l’incidence de la
strategy for large-scale action. Directions comme élément de la stratégie nationale protection sociale, voir entre autres la
in Development. Washington, États-Unis développement (République islamique boite à outils ADePT ([Link].
d’Amérique. d’Afghanistan. Afghanistan National org/adept).
Development Strategy 1387–1391 (2008-
65 R. Martínez et A. Fernández. 2008. The 2013): a strategy for security, governance, 80 Voir le Système d’information sur l’aide
cost of hunger: social and economic economic growth and poverty reduction. alimentaire du PAM, Rapport quantitatif
impact of child undernutrition in Central Kaboul). Cette initiative fait suite à (disponible à l’adresse suivante: http://
America and the Dominican Republic. d’autres efforts visant à mettre en place la [Link]/fais/quantity-reporting).
Santiago, Commission économique pour protection sociale dans le pays
l’Amérique latine et les Caraïbes (Transitional Islamic State of Afghanistan, 81 Cela s’explique sans doute par des
(CEPALC)/PAM. Ministry for Rural Rehabilitation and conditions peu favorables sur le terrain,
Development. 2002. From humanitarian surtout concernant les marchés, la
66 D. Bundy, C. Burbano, M. Grosh, A. Gelli, assistance to social protection. Document sécurité et les mécanismes de livraison,
M. Jukes et L. Drake. 2009. Rethinking préparé pour la réunion du groupe de l’insuffisance d’éléments probants en
school feeding: social safety nets, child soutien pour l’Afghanistan. Oslo, 17–18 matière d’efficacité-coût et la difficulté de
development and the education sector. décembre. Kaboul). prévoir les impacts à court et à long terme
Washington, États-Unis d’Amérique, d’éventuelles interventions à plus large
Banque mondiale. 74 M. Ravallion. 2009. Do poorer countries échelle. Voir U. Gentilini. 2007. Cash and
have less capacity for redistribution? food transfers: a primer. Occasional Paper
67 Voir D. Keen. 1994. The benefits of Policy Research Working Paper No. WPS No.18. Rome, PAM; et P. Harvey. 2007.
famine: a political economy of famine 5046. Washington, États-Unis Cash-based responses in emergencies.
and relief in southwestern Sudan, 1983– d’Amérique. Banque mondiale; et HPG Report No. 24. Londres, ODI.
1989. Princeton, USA, Princeton R.R. Slater et A. McCord. 2009. Social
University Press; et Human Rights Watch protection, rural development and food 82 U. Gentilini et S.W. Omamo. 2009.
(HRW). 1998. Sudan: how human rights security: issues paper on the role of social Unveiling social safety nets. Document
abuses caused the disaster. Document de protection in rural development. Londres, occasionnel n° 20. Rome, PAM.
base de HRW sur la famine de 1998 à ODI.
Bahr el Ghazal. Washington, DC. 83 Un débat oppose l’approche «fondée sur
75 OCDE. 2009. Promoting pro-poor le droit à prestation» et celle «axée sur les
68 S. Bailey et S. Harragin. 2009. Food growth: social protection. Paris. mesures d’incitation» Ces deux modalités
assistance, reintegration and dependency sont souvent regroupées dans la catégorie

62 L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0
des «initiatives de développement» 93 Ministère du redressement et du 100 C. Tanner. 2002. Law making in an
(essentiellement du fait de leur développement rural et Bureau central African context: the 1997 Mozambican
prévisibilité et vision à long terme) mais des statistiques (Afghanistan). 2007. The Land Law. FAO Documents juridiques en
elles peuvent entraîner des différences du National Risk and Vulnerability ligne, n° 26. Rome, FAO.
point de vue des effets directs et des Assessment 2005: Afghanistan, p. 60.
coûts. Voir U. Gentilini. 2009. Social Rheinbach, Germany, ASA Institut für 101 P. De Wit, C. Tanner et S. Norfolk. 2009,
protection in the “real” world: issues, Sektoranalyse und Politikberatung GmbH. Land policy development in an African
models and challenges. Development context: lessons learned from selected
Policy Review, 27(2): 147–166. 94 The World Bank Group. 2007. experiences. Land Tenure Working Paper
Afghanistan at a glance (disponible à 14. Rome, FAO.
84 Autorité nationale palestinienne. 2010. l’adresse suivante: [Link]
Social Protection Sector Strategy. [Link]/SOUTHASIAEXT/ 102 S. Levine and C. Chastre. 2004. Missing
Ministère palestinien des Affaires sociales. Resources/223546-1189611264671/afg_ the point: an analysis of food security
Première version (janvier). [Link]). interventions in the great lakes.
Humanitarian Policy Network (HPN) Paper
85 Recommandation adoptée lors de la 95 L’approche de responsabilité sectorielle No 47 (July). London: ODI.
réunion régionale du Groupe d’experts est un élément clé des interventions et de
sur la protection sociale, «Investir dans la la coordination humanitaire depuis 2005.
protection sociale en Afrique», organisé Les groupes sectoriels existent au niveau
par l’Union Afrique et HelpAge mondial et national, et le PAM fait office
International, 28–30 avril 2008, Kampala. de chef de file pour les groupes chargés
de l’alimentation tandis que la FAO est
86 Pour la mise en commun des chef de file pour ceux qui s’occupent de
enseignements et le renforcement des l’agriculture. Actuellement, la FAO et le
capacités, voir par exemple le Programme PAM envisagent la création d’un groupe
Afrique-Brésil de coopération sur la sectoriel à l’échelle mondiale pour la
protection sociale assisté par le PNUD sécurité alimentaire. Un groupe sectoriel
([Link] mondial de la sécurité alimentaire (des
jsp). groupes chargés de la sécurité alimentaire
existent déjà dans certains pays)
87 P. Lindert. 2004. Growing public: social rassemblerait dans un même cadre les
spending and economic growth since the aspects liés aux besoins immédiats et à
eighteenth century. 2 vols. Cambridge, court terme qui relèvent typiquement des
UK, Cambridge University Press. groupes sectoriels chargés de
l’alimentation et les considérations à plus
88 A. Shepherd, R. Marcus and A. Barrientos. long terme qui caractérisent l’action des
2004. General review of current social groupes consacrés à l’agriculture.
protection policies and programmes.
Rapport pour le DFID. Londres. Mimeo. 96 L’équipe spéciale de haut niveau sur la
crise alimentaire mondiale, présidée par le
89 P. Collier et A. Hoeffler. 2004. Aid, policy Secrétaire général des Nations Unies et le
and growth in post-conflict societies. Gouvernement de l’Afghanistan, a
European Economic Review, 48(5): 1125– appuyé la création de l’Équipe spéciale
1145. pour l’agriculture, soutenue par les
institutions des Nations Unies (FAO,
90 M. Ravallion. 2009. Economic growth and UNICEF, PAM, OMS, UNAMA) et la
poverty reduction: do poor countries Banque mondiale.
need to worry about inequality? Dans
J. von Braun, R. Vargas Hill et R. Pandya- 97 L’USAID et le DFID ont fourni près de
Lorch, rédacteurs. The poorest and 6 millions d’USD pour soutenir cette
hungry: assessments, analyses, and activité.
action. Washington, États-Unis
d’Amérique, IFPRI. 98 UNICEF. 1989. Les enfants sur la ligne de
front: L’impact de l’apartheid, de la
91 H. Alderman et J. Hoddinott. 2009. déstabilisation et de la guerre sur les
Growth-promoting social safety nets. In enfants d’Afrique australe et d’Afrique
von Braun, Vargas Hill and Pandya-Lorch du Sud. Troisième édition. New York,
(2009), voir note 90. États-Unis d’Amérique.

92 S. Devereux, R. Al-Hassan, A. Dorward, B. 99 World Bank, 2009. Mozambique: from


Guenther, C. Poulton et R. Sabates- post-conflict recovery to high growth
Wheeler. 2008. Linking social protection (disponible à l’adresse suivante: http://
and support to small farmer development. [Link]/IDA/
Document rédigé pour le compte de la Resources/ida_Mozambique_10-02-09.
FAO. Rome, FAO. pdf).

L’ É T A T D E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N T A I R E D A N S L E M O N D E 2 0 1 0 63
Key messages
Messages clés
NOTES pour le tableau - 1 NOTES pour le tableau - 2

Selon les estimations, le nombre et la proportion des personnes L’agriculture et l’économie rurale sont des secteurs essentiels, Prévalence de la sous-alimentation et progrès accomplis en vue Quelques indicateurs de développement et de sécurité alimentaire
sous-alimentées sont en baisse, mais leur niveau reste quand il s’agit d’appuyer les moyens d’existence en cas de crise de la réalisation des objectifs du Sommet mondial de l’alimentation pour les pays confrontés à des crises prolongées
(SMA) et de la Déclaration du Millénaire (OMD) dans les pays en
inacceptable. Après les hausses enregistrées entre 2006 et 2009, prolongée, mais elles n’attirent pas des volumes d’aide propor- développement
1. L'indice de développement humain (IDH), calculé par le PNUD, est un
sous l’effet de la flambée des prix des aliments et de la crise tionnels à leur importance. Les moyens d’existence reposant sur
indice composite qui mesure la moyenne des résultats d'un pays dans
économique mondiale, le nombre et la proportion de personnes l’agriculture et l’économie rurale revêtent une importance particulière 1. Objectif du Sommet mondial de l’alimentation: réduire de moitié, entre
trois domaines fondamentaux du développement humain: la santé, le
souffrant de la faim ont baissé, en 2010, grâce à la reprise de pour les groupes les plus touchés par des crises prolongées. L’agriculture 1990-1992 et 2015, le nombre de personnes sous-alimentées.
savoir et le niveau de vie. La santé est mesurée sur la base de
l’économie mondiale et au fléchissement des prix des aliments, par assure en effet un tiers du produit intérieur brut des pays en situation de 2. Objectif 1 de la Déclaration du Millénaire, cible 1C: réduire de moitié,
l'espérance de vie à la naissance; le savoir est calculé à partir du taux
rapport aux niveaux record affichés précédemment. L’incidence de la crise prolongée et les deux tiers de l’emploi. Elle ne reçoit cependant que entre 1990 et 2015, la proportion de personnes souffrant de la faim.
d'alphabétisation des adultes et du taux brut de scolarisation (mesure
faim reste toutefois plus importante qu’avant la crise, ce qui quatre pour cent de l’aide publique à vocation humanitaire reçue par les Indicateur 1.9: Proportion de la population dont la consommation
combinée des taux pour le primaire, le secondaire et le supérieur); le
complique encore la réalisation des objectifs de réduction de la faim pays en situation de crise prolongée et trois pour cent de l’aide publique d’énergie alimentaire est inférieure au seuil minimum (sous-
niveau de vie se fonde sur le PIB par habitant en parité de pouvoir
alimentation).
du Sommet mondial de l’alimentation et de l’Objectif 1 de la au développement (APD). d'achat en USD). Chaque élément est noté et la moyenne des trois
3. La dernière période de rapport se réfère aux estimations de 2005-2007
Déclaration du Millénaire. indicateurs donne l'indice composite qui est compris entre 0 et 1.
et la période de référence est 1990-1992. Pour les pays qui n’existaient
Il convient de modifier la structure actuelle de l’aide, de manière à 2. Calculée sur la base des chiffres de l'aide humanitaire communiqués par
pas lors de la période de référence, la proportion de personnes
Une attention spéciale doit être accordée aux pays confrontés à renforcer l’efficacité des mesures prises pour pourvoir aux besoins les donateurs bilatéraux et institutions multilatérales du Comité d'aide
sous-alimentées est basée sur 1993-1995 et le nombre de personnes
des crises prolongées. Ces pays sont caractérisés par des crises de immédiats et s’attaquer aux causes structurelles des crises au développement (CAD-OCDE), tels que définis par celui-ci, divisés par
sous-alimentées est calculé sur la base de cette proportion, appliquée à
longue durée ou à répétition et n’ont souvent que des capacités de prolongées. Dans le système actuel, on a recours à l’assistance l'APD totale (à l'exclusion de la réduction de la dette) fournie par les
la population de 1990-1992.
donateurs bilatéraux et institutions multilatérales du CAD.
réaction limitées, ce qui ne fait qu’aggraver l’insécurité alimentaire sur humanitaire pour appuyer les efforts déployés à court terme pour
3. Les chiffres tiennent compte de tous les décaissements au titre de
leur territoire. Les interventions requises dans ces cas sont différentes remédier aux effets immédiats d’une crise, alors que l’on utilise l’aide au Les pays révisent leurs statistiques officielles pour le passé, comme pour la
l'aide humanitaire (montant effectivement déboursé par opposition au
de celles conçues pour résoudre des crises de brève durée ou des développement pour des interventions à long terme s’attaquant aux période la plus récente. Il en est de même des données démographiques des
montant de l'engagement).
problèmes de développement, en dehors d’un contexte de crise. causes sous-jacentes de ces crises. Il arrive donc souvent que des Nations Unies. Lorsque cela se produit, la FAO révise, sur cette base, ses
4. Les chiffres tiennent compte de la totalité des décaissements au titre de
domaines d’intervention importants lors de crises prolongées (comme la estimations de la sous-alimentation.
l'APD (montant effectivement déboursé par opposition au montant de
Pour améliorer la sécurité alimentaire lors de crises prolongées, protection sociale et la réduction des risques) ne bénéficient pas de Il est donc conseillé aux lecteurs de se référer aux changements d’estimations
l'engagement) et sont obtenus en soustrayant de l'APD totale les
il ne faut pas se contenter d’interventions à court terme: il faut financements suffisants. En général, la faiblesse des structures de présentés dans la même édition de L’état de l’insécurité alimentaire dans le
montants relatifs à l'aide humanitaire et à la réduction de la dette.
monde et de ne pas comparer les données publiées dans des éditions
plutôt chercher à protéger et à promouvoir les moyens gouvernance lors de crises prolongées conditionne les allocations d’aide. Source: Base de données du CAD-OCDE.
antérieures.
d’existence des populations, sur le long terme. Les personnes 5. Ces moyennes sont obtenues à partir des chiffres relatifs à l'aide
confrontées à des crises prolongées sont souvent obligées de modifier L’assistance alimentaire contribue à jeter les bases d’une sécurité humanitaire provenant de la base de données en ligne du CAD-OCDE
Les chiffres placés après le nom des pays se réfèrent à la catégorie de
radicalement leur mode de vie, ce qui exige des interventions à plus alimentaire à long terme et revêt une importance particulière pour et des données démographiques présentées dans la partie du site web
prévalence de la sous-alimentation (proportion de la population sous-
long terme. Ce bouleversement des moyens d’existence traditionnels les pays confrontés à des crises prolongées. L’assistance alimentaire de la Banque mondiale consacrée aux indicateurs du développement
alimentée en 2005-2007):
dans le monde, en divisant l'aide humanitaire moyenne (2000-2008)
et des mécanismes d’adaptation a également des implications très humanitaire sauve des vies, mais elle permet aussi d’investir dans l’avenir [1] sous-alimentation < 5%
par le nombre moyen d'habitants pour la même période.
différentes pour les hommes et les femmes. d’un pays, en préservant et renforçant le capital humain et les moyens [2] sous-alimentation de 5-9%
6. Ces moyennes sont obtenues à partir des chiffres relatifs à l'aide au
d’existence, qui sont les bases mêmes de la stabilité future et du [3] sous-alimentation de 10-19%
développement provenant de la base de données en ligne du
Il est essentiel d’appuyer les institutions pour faire face aux développement. Si l’on veut faire en sorte que l’aide soit appropriée et [4] sous-alimentation de 20-34%
CAD-OCDE et des données démographiques présentées dans la partie
crises prolongées. Qu’elles soient dues à l’action de l’homme ou à que l’assistance alimentaire à des fins humanitaires jette des bases solides [5] sous-alimentation ≥ 35%
du site web de la Banque mondiale consacrée aux indicateurs du
des catastrophes naturelles répétées, les crises prolongées minent en vue de la sécurité alimentaire à plus long terme, il convient de recourir développement dans le monde, en divisant l'aide au développement
souvent les institutions dont les pays ont besoin pour enrayer les crises à une gamme variée d’outils (aliments, contributions en espèces, bons Les pays en développement pour lesquels les données sont insuffisantes ne
moyenne (2000-2008) par le nombre moyen d'habitants pour la
sont pas repris dans le tableau.
et amorcer le redressement. Les institutions locales sont souvent d’alimentation) et d’appliquer des méthodes novatrices d’achat (y même période.
présentes pour combler des lacunes critiques, lorsque les institutions compris achats locaux). 7. Ces chiffres se fondent sur les engagements et représentent le
* Ratio entre le nombre de personnes sous-alimentées de la période
nationales sont en déroute, et peuvent jouer un rôle important dans pourcentage moyen de l'aide au développement allouée à l'agriculture
actuelle et de la période de référence – Ratio pour l’objectif du
les solutions apportées aux crises prolongées, mais les acteurs Des mesures plus étendues de protection sociale aident les pays à pendant la période 2005-2008. Source: Base de données du
SMA = 0,5.
extérieurs en tiennent rarement compte. faire face aux crises prolongées et à jeter les bases d’un redresse- CRS-OCDE.
** Ratio entre la prévalence de la sous-alimentation lors de la période
ment à long terme. On peut citer, parmi les principales interventions: 8. Source: Banque mondiale.
actuelle et la période de référence – Ratio pour l’OMD = 0,5.
9. Source: Banque mondiale.
les filets de sécurité, les assurances dans certains cas, et les services de *** Même si elles ne sont pas présentées séparément, des estimations
10. Cet indicateur, qui traduit la dépendance d'un pays vis-à-vis de l'aide,
santé et d’instruction, qui ouvrent la voie à un développement à plus provisoires pour l’Afghanistan et l’Iraq (Proche-Orient et Afrique du
mesure le taux de financement de son capital – écoles, routes, voies
long terme. Toutefois, les programmes de protection sociale sont Nord), la Papouasie-Nouvelle-Guinée (Asie et Pacifique) et la Somalie
ferrées, hôpitaux et améliorations foncières – par des sources
généralement de brève durée, liés aux secours et financés par des (Afrique de l’Est) ont été intégrées aux totaux régionaux pertinents.
extérieures. Il sert d'indicateur indirect des capacités endogènes de
bailleurs de fonds extérieurs, parce que les pays confrontés à des crises Les estimations mondiales pour les pays développés couvrent les pays
financement des systèmes de protection sociale. Les chiffres sont
prolongées ont des capacités financières et institutionnelles limitées et européens (Europe occidentale, Europe orientale, ex CEI d’Europe et
calculés sur la base de l'APD et couvrent les prêts et les dons des pays
des moyens de mise en œuvre réduits. États baltes) plus l’Australie, le Canada, Israël, le Japon, la
et organisations membres du CAD-OCDE ainsi que des donateurs
Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud et les États-Unis d’Amérique.
hors-DAC (Banque mondiale. 2009. World development indicators
**** L’Érythrée et l’Éthiopie n’étaient pas des entités séparées en
2009, Global Links, Table 6.15 – Aid dependency, pp 376-379.
Recommandations 1990-1992, mais des estimations du nombre et de la proportion de
personnes sous-alimentées dans l’ex-RPD d’Éthiopie sont incluses
Washington).
11. DEA = La disponibilité énergétique alimentaire est la quantité de
dans les totaux régionaux et sous-régionaux pour cette période.
nourriture disponible pour la consommation humaine (FAO).
Recommandation 1. Préconiser une Recommandation 2. Appuyer la protec- Recommandation 3. Revoir la structure de ***** Y compris l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne.
analyse plus en détail et une tion, la promotion et la l’aide extérieure fournie en temps de crise
compréhension plus approfondie des reconstitution des moyens d’existence et prolongée afin de répondre aux besoins et LÉGENDE:
moyens d’existence et des mécanismes les institutions qui soutiennent et de tenir compte des difficultés sur le terrain LÉGENDE: a 2007
– proportion de moins de 5% de personnes sous-alimentées b 2006
d’adaptation utilisés par les populations rendent possibles les moyens d’existence ainsi que des contraintes institutionnelles. Il
nd données non disponible c 2005
lors de crises prolongées, afin de dans les pays confrontés à des crises faudra peut-être, dans cette optique,
0 zéro ou moins que la moitié de l’unité indiquée d 2003
renforcer les capacités de résistance et de prolongées. organiser un forum de haut niveau sur les e 1990
ns non significatif sur le plan statistique
rendre les programmes d’aide et crises prolongées et établir un nouveau nd non disponible
d’assistance plus efficaces. «Programme d’action» pour les pays en SOURCES
situation de crise prolongée. Population totale: Perspectives démographiques de l’ONU, révision de 2008.
Sous-alimentation: Estimations de la FAO.
2010
L’état de
l’insécurité alimentaire

2010
dans le monde
Combattre l’insécurité alimentaire lors des crises prolongées

Combattre l’insécurité alimentaire


lors des crises prolongées

Photos de la couverture: Toutes les photos proviennent de la Médiabase de la FAO.

Des copies des publications de la FAO


peuvent être obtenues auprès du: ISBN 978-92-5-206610-1

GROUPE DES VENTES ET DE LA COMMERCIALISATION Courriel: publications-sales@[Link]


Bureau de l’échange des connaissances, de la recherche Télécopie: (+39) 06 57053360 9 789252 066101
et de la vulgarisation, Site Web: [Link] I1683F/1/07.10

Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture


Viale delle Terme di Caracalla
00153 Rome, Italie
2010
L’état de
l’insécurité alimentaire

2010
dans le monde
Combattre l’insécurité alimentaire lors des crises prolongées

Depuis plus d’une décennie, on a assisté à une augmentation apparemment


inexorable du nombre de personnes sous-alimentées, mais les estimations pour
2010, telles qu’elles figurent dans la présente édition de L’état de l’insécurité
alimentaire dans le monde, laissent entrevoir une faible lueur d’espoir, en annon-
çant la première baisse depuis 1995. Il n’empêche que près d’un milliard de
personnes souffrent encore de la faim et il est trop tôt pour savoir s’il s’agit du
début d’une tendance à la baisse, ou d’un simple fléchissement momentané du
nombre de personnes sous-alimentées.
Cette année, L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde s’intéresse aux
pays confrontés à des crises prolongées, où la sous-alimentation frappe près de
40 pour cent de la population. Il examine les problèmes rencontrés lorsque l’on
cherche à inverser la tendance dans ces pays et montre notamment à quel point
il est difficile d’abandonner l’état d’esprit particulier inhérent aux interventions
humanitaires au profit d’un programme de développement à assise plus large.
Le rapport souligne les mesures qui peuvent être prises afin de rationaliser la
manière d’aborder les crises prolongées: évaluation plus globale des crises, y
compris connaissance plus approfondie de leurs causes, activités reposant sur les
mesures correctives prises par les communautés locales et sur leurs institutions,
introduction ou soutien de mécanismes de protection sociale, comme les filets de
sécurité fondés sur l’alimentation et passage de l’aide alimentaire à une approche
plus vaste d’assistance alimentaire.
Dans la dernière section de la publication, on trouvera des recommandations
sur la façon d’améliorer la collaboration avec les pays confrontés à des crises

L’état de
prolongées. Celles-ci préconisent notamment d’améliorer l’analyse et la
compréhension des crises prolongées, d’appuyer la protection, la promotion et la
reconstitution des moyens d’existence et les institutions qui soutiennent et rendent
possibles les moyens d’existence et de modifier l’architecture des interventions
extérieures lors de crises prolongées, pour s’adapter à la réalité du terrain. l’insécurité alimentaire
Comme on peut le constater à la lecture de cette édition de L’état de
l’insécurité alimentaire dans le monde, les pays confrontés à des crises prolongées
ont de nombreux défis à relever, mais ceux-ci ne sont pas insurmontables; l’espoir dans le monde
reste permis. Grâce à une meilleure connaissance de la nature des crises prolon-
gées, on sera mieux à même d’y répondre de façon plus efficace. À la lumière de
l’expérience acquise par de nombreux pays, il apparaît que les outils fondamentaux
ci-après sont efficaces pour s’attaquer aux causes profondes des crises prolongées: Combattre l’insécurité alimentaire
attention appropriée aux moyens d’existence, renforcement de l’assistance à long
terme aux institutions locales existantes, investissement dans des mécanismes de
lors des crises prolongées
protection sociale et passage de l’aide alimentaire à l’assistance alimentaire.
Comme le montre la présente publication, il existe de nombreuses expériences
positives dont on peut s’inspirer pour s’attaquer aux multiples problèmes qui se
Photos de la couverture: Toutes les photos proviennent de la Médiabase de la FAO. posent, y compris le niveau de sous-alimentation très élevé dans les pays confrontés
à des crises prolongées.

Des copies des publications de la FAO


peuvent être obtenues auprès du: ISBN 978-92-5-206610-1

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Bureau de l’échange des connaissances, de la recherche Télécopie: (+39) 06 57053360 9 789252 066101
et de la vulgarisation, Site Web: [Link] I1683F/1/07.10

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