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Réflexions sur l'éducation des jeunes

La lettre s'adresse à un ami ayant quitté un poste au Cabinet ministériel, soulignant les déceptions et les erreurs de communication qui ont marqué son mandat. L'auteur critique la réforme des AMO qu'il a initiée, ainsi que sa décision de créer de nouvelles prisons pour jeunes, en appelant à un retour aux valeurs éducatives. Le texte se termine par un souhait que cet ami retrouve son idéal de liberté et d'éducation pour les jeunes.

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Réflexions sur l'éducation des jeunes

La lettre s'adresse à un ami ayant quitté un poste au Cabinet ministériel, soulignant les déceptions et les erreurs de communication qui ont marqué son mandat. L'auteur critique la réforme des AMO qu'il a initiée, ainsi que sa décision de créer de nouvelles prisons pour jeunes, en appelant à un retour aux valeurs éducatives. Le texte se termine par un souhait que cet ami retrouve son idéal de liberté et d'éducation pour les jeunes.

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Lettre à un ami cabinettier

en partance …(III)*
Cher ami,
Voici qu’ont pris fin tes activités dans le Cabinet ministériel où, il y a cinq ans, tu
entrais enthousiaste et la tête pleine de projets, avec le dynamisme de celui qui sait
qu’une tâche importante l’attend et qui entend théoriser sa pratique, pérenniser
son expérience.
Las, que de déconvenues depuis ! Il est vrai, tu aurais pu te douter que la ministre
au service de laquelle tu te mettais, sous des allures de gentille M&M (mère et
médecin) n’avait pas le dixième de ta compétence et ton expérience en matière
Journal d’éducation des jeunes et de jeunes en difficultés, mais qu’elle y avait été placée
du DROITdes JEUNES pour d’obscurs calculs politiques du parti qui l’y a déléguée, quitte à sacrifier sur
l’autel de la Comm les vrais experts que le parti comptait.
Mais peut-être est-ce ce manque d’expérience qui t’a incité à foncer, te permettant
ainsi d’être l’éminence grise, le véritable décideur en fait, dés que furent écartés
ceux qui t’auraient fait de l’ombre.
C’est peu dire que la fonction t’a transformé, à moins qu’elle n’ait révélé ta véri-
La revue juridique de table nature ? L’homme d’action et de conviction que tu étais s’est peu à peu
l'action sociale et éducative
transformé en bulldozer, oubliant que pour bien décider il faut d’abord savoir
Jeunesse et Droit asbl bien écouter. Avoir raison contre tout le monde n’est pas nécessairement un gage
12, rue Charles Steenebruggen,
4020 Liège - Tél. 04/ 342.61.01
de réussite d’une politique.
Fax 04/ 342.99.87
Là où on a commencé à tiquer, c’est quand tu as préparé une réforme des AMO,
Rédacteur en chef contre le secteur, mais surtout sans que l’on ne comprenne tes intentions et finali-
Benoît Van Keirsbilck
tés. Pour obtenir cette réforme au forceps, il t‘aura fallu faire quelques conces-
Secrétaire de rédaction sions quand même (il fallait que ça passe, à défaut ta ministre n’aurait eu qu’un
Benoît Lambart - Tél. 04/ 342.61.01
maigre bilan à défendre); le résultat est un texte fade, qui entend mettre ces servi-
Comité de rédaction ces sous la coupe des «mandants», sans que les «dérives» que tu dénonçais ne
Jean-Pierre Bartholomé,
Georges-Henri Beauthier,
soient rencontrées.
Michel Born, Geert Cappelaere,
Christian Defays, Denis Delvax, Tu n’as pas compris que les critiques formulées à l’égard de ton projet ne l’étaient
Amaury de Terwangne, Patrick Charlier,
Nadia De Vroede, Luisa Di Felice,
pas à l’égard de ta personne ou celle de ta ministre. Persuadé qu’il suffisait d’ap-
Jacques Fierens, Dominique De Fraene,
Jean Jacqmain, Alexia Jonckheere,
paraître pour convaincre, tu as cru devoir traiter tes interlocuteurs d’Ayatollahs
Jean-Yves Hayez, Karine Joliton,
Georges Kellens, Solayman Laqdim,
chargés d’un Djihad contre ta ministre pour disqualifier les critiques que tu vivais
Raymond Loop, Vincent Macq,
Paul Martens, Thierry Moreau,
comme outrancières.
Christian Noiret, Valérie Provost,
Marc Preumont, Christian Radermecker, Ces maladresses de communication auront accentué l’incompréhension et t’auront
Isabelle Ravier-Delens,
Véronique Richard, Jacques Sambon,
figé dans une position vécue comme agressive, hautaine voire dédaigneuse pour
Jean-François Servais, Marianne Thomas,
Françoise Tulkens, Georges Vallée,
tout qui ne pensait pas comme toi.
Benoît Van der Meerschen,
Christian Wettinck. Puis, tu as collaboré à la création de nouvelles prisons pour jeunes. Ta ministre a
Coordination des fiches JDJ :
une excuse, elle ne sait pas ce qu’elle a fait. Toi, tu n’en as pas, qui y arrivais avec
Corinne Villée
cv@[Link]
l’expérience de la direction d’un service qui avait fait de l’éducation non punitive,
un des modèles de projet pédagogique en Communauté française. Tu connais ces
Relecture jeunes et tu sais qu’ils sont le plus souvent écorchés vifs par notre société et que la
Aline Niessen
réponse carcérale n’apportera que l’illusion de la sécurité immédiate, oubliant
Insertions publicitaires l’éducation et prônant la répression à l’état pur, bête et méchante.
Tél. 04/342.61.01 - Fax 04/342.99.87
e-mail : jdj@[Link] Le summum aura été atteint quand tu t’es auto-parachuté directeur de Saint-Hu-
bert, certain que nul autre que toi ne pourra assumer une telle fonction avec poi-
Secrétariat administratif,
abonnements gne et détermination.
Abonnement :
70 euros l'an (10 nos) Puisses-tu retrouver ton idéal de liberté, te rappeler que les jeunes qu’on va t’en-
spécimen sur simple demande
voyer n’en sont pas privés non plus et le mettre à profit dans cette nouvelle fonc-
Jacqueline Servaes
Tél. 04/342.61.01 - Fax 04/342.99.87 tion pour armer les jeunes du bagage qui leur permettra d’en faire bon usage.
e-mail : jdj@[Link]
Benoît Van Keirsbilck
* Toute ressemblance avec d’autres éditoriaux publiés dans ces mêmes colonnes, n’est pas fortuite du tout.
Journal N° 286 juin 2009

Articles Documents
du DROITdes JEUNES

1 Éditorial : Lettre à un ami cabinettier en partance …(III), 34 Rapport du commissaire aux droits de l'Homme du

Jurisprudence
par Benoît Van Keirsbilck Conseil de l'Europe, Thomas Hammerberg, faisant suite à
sa visite en Belgique du 15 au 19 décembre 2008
DOSSIER
DROITS DE L'ENFANT EN RDC
Cour européenne des droits de l'homme – 11 juin 2009
3 La condition sociale de l'enfance en RDC. Détention d'étranger – Traitement inhumain ou dégradant
Un testament oublié – Un héritage retrouvé, 37
par Dominique Cattry Cour européenne des droits de l'homme (1ère section) –
4 Le Congo et la protection de l'enfant, un véritable défi, 30 avril 2009
par Edwin Boevé Conscription – Exemption pour inaptitude physique – Taxe
6
d'exemption – Dispense – Handicap majeur – Incapacité insuffi-
Réflexions sur les enjeux de la loi de protection de l'enfant sante – Vie privée – Discrimination – Absence de justification
en R.D.C., objective – Violation de l'art. 8 combiné avec l'art. 14 CEDH
38
par Jean-Marie Harvengt
8 République Démocratique du Congo - Belgique : Civ. Courtrai (4 ème ch.) – 8 novembre 2007
quels droits pour les enfants?
Successions – Héritiers – Délai pour renoncer à la succession –
par Virginie Want et Christophe Parthoens Trente ans – Exercice du droit d'option après l'expiration des dé-
9 Projet Matonge asbl, lais d'inventaire et de délibération – Condition – Héritiers mi-
neurs – Défaut d'exercice du droit d'option – Droits du créancier
par Madoki Massanga Marceline – Condamnation à l'acceptation pure et simple
10 La justice des mineurs au niveau international, 39
par Benoît Van Keirsbilck C.E. (sect. cont. adm., 12ème ch.) – 30 avril 2009
12 De l'école de la médiocrité à l'école de l'excellence... Enseignement à domicile – Décision d'exclusion – Demande de
Les enjeux de l'enseignement au Congo-Kinshasa , suspension – Préjudice grave et difficilement réparable – Démons-
tration insuffisante
par Nico Hirtt
39
14 Nations unies. La représentante spéciale, Radhika ème
Pol. Bruges (6 ch.) – 6 septembre 2007
Coomaraswamy, s'inquiète de la situation des enfants
à l'Est du Congo, Responsabilité aquilienne – Dommage et réparation – Lésion cor-
porelle – Victime âgée – Atteinte à l'autonomie – Aide de tiers –
par Pappy Mbaki Devoir d'assistance des enfants – Évaluation – Prix d'achat de
16 Extraits du Journal du citoyen titres-services
39
21 Conseil des droits de l'Homme : rapport sur la journée des
Pol. Bruges (6ème ch.) – 7 juin 2007
droits de l'enfant. Les 20 ans de la Convention sur les
Responsabilité aquilienne – Dommage et réparation – Décès –
droits de l'enfant : résultats et défis pour son achèvement
Epoux séparés de fait – Chances de réconciliation – Preuve –
complet ,
Inscription aux registres de la population – Époux décédé inscrit
par le CRIN à l'adresse de ses parents – Demande de pouvoir prouver la coha-
23 Conflits armés. Le Conseil de sécurité compte élargir les bitation réelle – Contravention à l'ordre public
critères de la «liste de la honte» 40
24 «Le mineur dans tous ses états», 23 avril 2009, colloque Anvers (3ème ch.) – 23 janvier 2008
de la Conférence du Jeune Barreau de Nivelles. Minorité prolongée – Grave arriération mentale – Notion – Appel
– Personne concernée par la demande – Avocat – Commis d'office
Compte rendu par Madeleine Genot
– Droit de décider d'interjeter appel au non de la personne concer-
31 Regroupements de jeunes : entre refuges, reconnaissances née par la demande – Administrateur provisoire – Personne sous
et violences. Violences en miroir ? statut de minorité prolongée – Intérêt à interjeter appel
par Jacinthe Mazzocchetti 40

Fiche - JDJ
Corr. Gand (21ème ch.) – 24 juin 2008
Logement – Code flamand – Location d'un logement déclaré in-
habitable – Infraction – Conséquences sur le bail – Nullité – Con-
fiscation des loyers – Avantage pécuniaire qui résulte directement
de l'infraction – Confiscation du montant correspondant et resti-
42 De quelques précautions à l'usage d'Internet, tution à la partie civile
par Corinne Villée, Kim Wintgens et Sandra Gérard 40

Commission paritaire : 74797 - ISSN : 0775-0668 - Imprimé par Bonton & Simonis, Bd. de Froidmont à B-4000 Liège
Dossier : droits de l'enfant en RDC

La condition sociale de l'enfance


en RDC
Un testament oublié –
Un héritage retrouvé
par Dominique Cattry (1)

Le 10 janvier 2009, la République dé- du développement de sa propre législa- s'est engagée depuis 2004 à réserver son
mocratique du Congo s'est dotée de sa tion ? Plus étonnant encore : l'oubli de attention aux actions en faveur des droits
1ère législation portant sur la protection la condition de l'enfant en RDC depuis de l'enfant promues par le réseau asso-
de l'enfant. Une avancée capitale, résul- près de 50 ans, condition on ne peut plus ciatif de la RDC.
tat d'une détermination et d'une colla- intolérable et insoutenable.
boration de longue haleine ayant rassem-
blé de nombreux défenseurs des droits
de l'enfant, dont la Direction de l'Aide à Point de départ :
la jeunesse de la Communauté française. Prise de conscience sensibiliser les
En se conformant aux standards promus
par la Communauté internationale de- À l'initiative du Conseil national de l'en- politiques
puis la Convention internationale des fant créé en 1997, de l'Unicef et de quel-
droits de l'enfant du 20 novembre 1989, ques responsables politiques, universi- Un pas supplémentaire a été franchi en
cette nouvelle loi a abrogé la précédente taires et militants de la société civile, le 2006 lors de l'organisation conjointe, par
législation qui, aussi étonnant que cela débat sur ce décret a ressurgi. La RDC «Dynamo international» et la plate-
puisse paraître, remontait à un décret de s'est attelée depuis les années 2000 à forme de travailleurs sociaux de rue lo-
1950 portant sur l'enfance délinquante, répondre aux recommandations de la cale, dénommée depuis «CATSR», d'un
voté par le législateur colonial et resté Communauté internationale : projet de premier séminaire international, à Kins-
en vigueur après l'indépendance du rédaction d'un nouveau Code de protec- hasa, sur le travail social de rue en RDC.
Congo acquise dix ans plus tard. Décret tion de l'enfant, rédaction du 1er rapport C'était à la veille des premières élections
qui était calqué sur la loi belge de 1912 quinquennal sur les droits de l'enfant en démocratiques en RDC. La Commu-
portant sur la protection de l'enfance, 2001 et suivi de son second en 2008. Le nauté française avait déjà pu y assurer
considérée en son temps comme une re- Comité chargé du suivi de l'application sa présence active grâce notamment à
marquable œuvre juridique et sociale, de la Convention internationale des l'implication de la délégation Wallonie-
reflet d'idées avancées. droits de l'enfant à Genève a rendu, le Bruxelles à Kinshasa. Le but était évi-
30 janvier 2009, ses observations fina- dent : attirer l'attention des futurs repré-
Dès sa mise en application en RDC, le
les, relevant tant d'immenses lacunes que sentants politiques de la RDC sur l'im-
décret fut respecté mais aussi critiqué par
des avancées significatives. portance de retenir la question de la pro-
des esprits éveillés (2). Respecté parce
Alertée par deux ONG internationales, tection de l'enfance comme priorité dans
qu'il optait délibérément pour un modèle
«DEI» ([Link]) et «Dy- la déclaration gouvernementale.
éducatif à l'égard de l'enfance délin-
quante en se démarquant du modèle car- namo international » ([Link] La détermination quotidienne des ONG
céral. Critiqué parce que la transposition [Link]), ainsi que par la société ci- locales et internationales à relancer la
de la législation en vigueur en Belgique vile congolaise en Belgique, avec les- question dans des conditions difficiles
ne tenait pas compte des réalités socia- quelles la Direction générale de l'Aide à de conflit et de post-conflit, mais égale-
les et culturelles propres au pays et à sa la jeunesse collabore depuis de nom- ment l'engagement de la Communauté
population, et que la réduction du volet breuses années dans le cadre de la pro- française qui a inscrit ce projet dans le
protection sociale à sa portée congrue blématique de l'intégration d'enfants cadre de la seconde commission mixte
ne semblait pas avoir suscité beaucoup de population migrante, cette dernière avec la RDC de 2008 à 2011, ne sont
de réactions au sein du parlement.
Étrange oubli ou reniement de ce passé
que ce peu d'intérêt accordé par la Bel- (1) Direction générale de l'Aide à la jeunesse
gique à sa responsabilité dans le suivi (2) Georges Lafontaine : «La législation sur l'enfance délinquante au Congo belge». Larcier 1957

JDJ n°286 - juin 2009 3


La loi portant
Dossier protection de l'enfant

pas étrangers au processus qui a abouti soutenir l'énorme engagement de la po- Les autorités congolaises se trouvent en
au vote et à la promulgation de cette 1ère pulation et des acteurs sociaux à recons- effet devant un chantier incommensura-
loi cadre, votée en janvier dernier. truire les bases d'une société où l'enfant ble, au vu des prévisions de développe-
serait reconsidéré totalement dans ses ment démographique, celui de l'accès à
droits car porteur de l'avenir d'une na- une éducation pour tous. La Commu-
tion. C'est sur ces termes prononcés dans nauté française a tenu à partager aux
La Communauté les quatre langues nationales (kikongo, côtés de l'État congolais ce souci com-
lingala, kiswahili et tshiluba) et sur des mun de bonne gouvernance au profit du
française à vœux de fertilité des échanges d'exper- respect des droits des plus vulnérables.
Kinshasa tises que s'est clôturé ce rendez-vous. Ce pays n'aspire désormais plus qu'à la
L'implication de la Communauté fran- paix. Impressionnante fut cette douce
Afin que cette loi ne soit pas qu'un sim- çaise, et plus particulièrement de la ferveur des acteurs de la protection de
ple instrument juridique, mais qu'elle DGAJ, ne pouvait se réduire à être celle l'enfance congolais présents lors de
puisse servir de lieu de convergence d'un d'un simple témoin. Elle a voulu s'ins- l'ouverture et la clôture de ce séminaire,
mouvement social impliquant tant les crire dans la suite des conclusions du à interpréter les paroles d'un hymne na-
acteurs de la société civile que les re- rapport de l'expert indépendant Paulo tional retrouvé, appelant à léguer aux
présentants politiques et le milieu aca- Sergio Pinheiro auprès de l'ONU (4) ou générations futures un pays plus beau
démique, la Communauté française encore du récent rapport de l'Unesco (5) qu'avant.
vient une nouvelle fois d'assurer sa col- sur l'état du développement alarmant de
laboration à l'organisation d'un séminaire l'analphabétisme dans le monde.
sur les droits de l'enfant, à Kinshasa, du
2 au 5 mars 2009. L'appui à cette mani- (3) Sous la direction de F. Digneffe et [Link] : Criminologie et droits humains en RDC. Larcier 2008.
festation a été sans précédent. La pré- (4) Paulo Sergio Pinheiro: World report on violence against children. ONU, 2006
sence de Mesdames les Ministres Fonck (5) Richmond, Robinson, Sachs-Israel: The global literacy challenge. Unesco 2008
et Lukiana, en charge de l'Aide à l'en-

Le Congo et la
fance, a été unanimement appréciée,
notamment par les médias congolais qui

protection de l'enfant,
n'ont cessé de relayer cet événement
dans la presse et les télévisions nationa-
les.

un véritable défi
Au terme de ce séminaire, un protocole
d'entente entre les deux Gouvernements
a été signé : celui-ci permet notamment
l'organisation de relations structurelles par Edwin Boevé (1)
entre le Conseil national de l'enfant de
La promulgation, le 10 janvier 2009, par le Président
la RDC, la DGAJ ainsi que le Délégué
général aux droits de l'enfant, qui a tenu de la République Démocratique du Congo, Monsieur
à être présent afin d'attirer l'attention de Joseph Kabila Kabanga de «la loi portant protection de
la RDC sur son intérêt à se doter d'une l'enfant» mérite qu'on s'y intéresse particulièrement.
telle institution de promotion des droits D'abord, parce qu'elle institue un cadre législatif censé
de l'enfant, actuellement inexistante dans
apporter une réelle protection à tous les enfants en
la majorité de l'Afrique.
R.D.C., ce qui dans le contexte congolais, comme
La DGAJ a pu jouer un rôle majeur de
coordination en associant à ce mouve-
partout ailleurs, n'est certes pas futile.
ment l'union des magistrats francopho- Ensuite, parce que cette promulgation est le fruit d'une
nes de la jeunesse de Belgique, des re- mobilisation de différents acteurs d'horizons divers.
présentants de services agréés de l'aide
à la jeunesse ainsi que de la société ci-
vile congolaise en Belgique mais égale- Une mobilisation se renforce aujourd'hui «lettre morte» sans une réelle volonté de la
ment des universités de Louvain, dans le cadre de la mise en œuvre effective voir appliquer. Gageons que, pour bon
de la loi, notamment par un partenariat en- nombre, l'intérêt supérieur de l'enfant reste
Bruxelles, Kinshasa et Lubumbashi im-
tre la R.D.C. et la Communauté française ou devienne la priorité.
pliquées dans la Coopération universi-
de Belgique. Une loi reste un cadre théori- Il existait, certes, une loi de protection de
taire via ses départements de criminolo-
que dont les intentions pourraient rester l'enfant en R.D.C. En l'occurrence, il s'agis-
gie (3). Car il y a aussi nécessité à s'im-
pliquer dans la formation de juges, ju- (1) Directeur de Dynamo international; 22, rue de l'étoile; 1180 Bruxelles; +[Link]; edwin@travail-de-
ristes, criminologues, psychologues pour [Link]; [Link]

4 JDJ n°286 - juin 2009


L'accusation de sorcellerie
à l'égard d'enfants Dossier

sait d'un décret colonial datant du 13 octo- La guerre qui a ravagé la R.D.C. entre 1998 passé un rôle de régulation et qui perdure
bre 1950. et 2003 a causé la mort de près de quatre encore dans certains villages. Le sorcier,
À l'époque, «ce décret est d'une part révo- millions de personnes et a été le théâtre de un vieux, un sage, parfois apprécié, parfois
lutionnaire parce que bien avant la plupart nombreuses atrocités commises contre les craint, rarement un enfant dans la tradition
des pays d'Europe dont la Belgique, la co- populations civiles. Le viol collectif a no- africaine, y jouait un rôle de médiateur en-
lonie définit la majorité pénale des mineurs tamment été perpétré à grande échelle. Ce tre ces deux mondes du visible et de l'invi-
à 18 ans et non plus à 16 ans» (2) . conflit, qui eut un caractère régional – il a sible. Dans ce cadre, un équilibre existait
impliqué neuf pays africains – est le plus pour le meilleur et pour le pire. Aujourd'hui,
Mais le décret ne parle que de l'enfant dé-
meurtrier depuis la Deuxième guerre mon- l'opinion publique congolaise dans sa ma-
linquant. L'enfant maltraité n'y était donc
diale. Aujourd'hui encore, des régions de jorité est convaincue que le monde invisi-
pas abordé en tant que tel.
l'Est du pays restent instables. ble lui est hostile et qu'il regorge de démons
Les États africains, pour leur part, ont en guerre contre les habitants du monde
La majorité des victimes est constituée de
adopté en juillet 1990, la Charte africaine visible. Démons qui prennent la forme d'un
populations civiles qui ont été, soit victi-
des droits et du bien-être de l'enfant pour enfant pour mieux les tromper.
mes directes des violences, soit victimes de
assurer une protection et porter un regard
malnutrition ou de maladies provoquées par Cette peur de l'invisible, du sorcier et de
particulier sur la situation critique de nom-
le déplacement des populations ou la dé- l'enfant considéré comme tel traduit une
breux enfants à travers le continent.
bâcle des services de santé et de l'aide hu- tension entre tradition et modernité, mais
Cependant, en dépit de ces deux cadres de manitaire. Des milliers de femmes et d'en- elle est aussi le signe d'une angoisse pro-
référence, en R.D.C. de nombreux enfants fants, garçons et filles confondus, ont été fonde des Congolais face à leur «destin».
continuent d'être maltraités, discriminés, victimes de viols accompagnés d'une vio- Congolais qui pensent alors trouver un ré-
accusés de sorcellerie, infectés ou affectés lence extrême, sans précédent dans l'his- confort et une protection auprès des nou-
par le VIH/SIDA voire d'être l'objet de tra- toire de l'humanité. velles églises fondamentalistes.
fic.
Diamants, or, cuivre, cobalt, coltan, forêts, Au Congo, le nombre d'enfants orphelins
Ils sont privés de leur droit à la succession, fleuve, pétrole, … La R.D.C. regorge de est en augmentation notamment en raison
aux soins de santé et à l'éducation. ressources naturelles. Mais si le pactole de du sida. C'est souvent dans le cadre du re-
Pire encore, de nombreux enfants vivent l'ex-Zaïre a toujours aiguisé de nombreux groupement familial que de nombreuses
dans la rue, victimes d'exclusion sociale, appétits, la population, elle, n'a jamais tensions surgissent, permettant la stigmati-
d'exploitation économique et sexuelle tan- touché de dividendes. Au contraire, les sation d'un ou plusieurs enfants. Avec une
dis que d'autres sont associés aux forces et Congolais ont payé un très lourd tribut aux pauvreté endémique qui ne permet pour
groupes armés. L'UNICEF affirme que la convoitises attisées par tant de richesses. certaines familles de se nourrir qu'un jour
R.D.C. est le pays qui abrite le plus d'en- sur deux, un enfant devient vite une bou-
fants soldats dans le monde. Ils seraient «L'enfant sorcier» che de trop.
ainsi 30.000 à combattre ou à vivre avec On le voit ici, l'absence de l'État dans son
des forces armées. C'est dans ce contexte que prolifèrent sec-
rôle de protection laisse la place à toutes
tes et églises.
L'urgence d'élaborer une nouvelle loi est les dérives les plus irrationnelles.
évidente. Par ce biais, l'État congolais prend À Kinshasa, il n'est plus un quartier qui n'a
la responsabilité politique de protéger tout pas son «église de réveil». Réunir les acteurs
enfant en danger, ce qui n'était pas vrai- Parfois financées par les lobbies conserva- concernés pour relever le
ment le cas précédemment. Le vide juridi- teurs et religieux nord-américains, ces égli- défi
que laissait la porte ouverte à toutes les for- ses pentecôtistes consacrent une grande
mes de maltraitances visibles et invisibles. attention à la figure de Satan, aux démons Si, aujourd'hui, d'aucuns se plaignent que
et au combat du bien contre le mal. l'État congolais tarde à prendre ses préro-
La tourmente congolaise C'est au sein de ces églises que la plupart gatives et que l'intérêt individuel (et/ou tri-
des pasteurs participent à l'accusation de bal) prime trop souvent sur l'intérêt collec-
La République Démocratique du Congo tif, il faut aussi rappeler que la réalité colo-
sorcellerie à l'égard d'enfants. Ils proposent
reste, juste après le Soudan, en tête des pays niale, mise en place et exécutée par les mis-
en guise de rédemption des séances de priè-
les plus vulnérables du monde. La situa- sionnaires, était le fait d'une véritable sé-
res et d'exorcismes particulièrement cruel-
tion sociale des populations demeure très grégation dont le but était de maintenir les
les et payantes. Sans argent, ses enfants sont
préoccupante. Les secteurs de la santé et populations autochtones à leur place infé-
chassés et parfois assassinés.
de l'éducation sont dans un état lamenta- rieure et subalterne au sein de l'ordre colo-
ble. Les pouvoirs publics sont dépassés par Le phénomène est inquiétant et insidieux
car il touche de nombreux enfants. Il prend nial établi. La question des appartenances
l'ampleur de la tâche car ils ne disposent ethniques mises en exergue va souvent de
que de faibles moyens logistiques et finan- sa source dans une conception culturelle
traditionnelle africaine qui attache une im- pair avec la négation de l'autre.
ciers. Les populations vivent dans des con-
ditions infra humaines. Près de 80% de ses portance énorme au monde invisible. Un L'Afrique tout entière risque d'encore long-
60 millions d'habitants vivent avec moins deuxième monde qui a toujours eu par le temps subir les effets de ce modèle de so-
d'un dollar par jour.
(2) Rapport final du séminaire international de formation sur le travail social de rue, Communication par Domini-
que Cattry- Kinshasa avril 2006.

JDJ n°286 - juin 2009 5


Le «corps des assistants sociaux»
Dossier

ciété qui perdure à l'insu des populations mation sociale se sont mobilisées en plate Un protocole d'entente qui appuie ce par-
concernées. forme (Comité d'appui au travail social de tenariat dans le suivi et la mise en œuvre
C'est bien là l'enjeu d'une possible mobili- rue en R.D.C. -CATSR) pour plaider en de la nouvelle loi de protection de l'enfant
sation collective et solidaire : faveur d'un cadre légal de protection de l'en- fut signé durant ce séminaire par les deux
«Réinterrogeons ce modèle de société tant fant. Plate forme qui fut soutenue par Dy- Ministres congolais et belges qui ont ces
au Nord qu'au Sud». namo international. compétences dans leurs attributions, et ce
Pour ce faire, l'éducation au sens large et la En Communauté française de Belgique, avec l'engagement bienveillant de la délé-
solidarité entre les peuples me semblent les acteurs de terrain, l'administration de gation Wallonie Bruxelles en poste au
incontournables. l'Aide à la jeunesse, le Délégué général Congo.
Le séminaire sur les droits de l'enfant en aux droits de l'enfant, des universitaires Quelles seront les priorités et les orienta-
R.D.C. qui vient de se tenir à Kinshasa du etc., font de même pour renforcer ce plai- tions majeures dans la mise en œuvre con-
2 au 5 mars 2009 est exemplatif d'une mo- doyer et installer un partenariat solidaire crète de la loi ? Tel est le défi dorénavant.
bilisation collective d'acteurs qui, sans cela, et durable. Il est à espérer que la prévention, l'éduca-
ne se seraient jamais rencontrés. Dans un contexte marchand et mondialisé tion et la protection sociale au sein de la
En R.D.C., depuis plus de 3 ans, une cin- où la concurrence aveugle a gagné même communauté locale deviennent de vraies
quantaine d'associations de terrain de dé- les secteurs du social et de l'éducatif, priorités et non de simples slogans.
fense des droits de l'enfant, d'écoles de for- l'exemple mérite notre attention.

Réflexions sur les enjeux de la loi de


protection de l'enfant en R.D.C.
par Jean-Marie Harvengt (1)

J'ai eu le plaisir et l'honneur de participer dance psychosociale et de la réunification sociale qui leur tient particulièrement à
et d'intervenir au Colloque sur les droits de familiale de ces derniers. L'enjeu ici est de coeur. Ce paradoxe de bénévoles qui veu-
l'enfant qui s'est tenu du 2 au 6 mars 2009 constituer ce corps de travailleurs sociaux lent à tout prix se professionnaliser doit faire
en R.D.C. Ce colloque m'a fait penser aux qui peut être une référence dans diverses prendre conscience aux autorités politiques
premières Assises de l'Aide à la jeunesse régions de ce vaste pays qu'est le Congo. Il de l'importance capitale non seulement
qui ont vu naître en Communauté française me semble que le C.A.T.S.R. (2) qui déjà s'or- d'une formation professionnelle pour les
de Belgique le décret de l'aide à la jeunesse. ganise au sein de différentes régions peut travailleurs sociaux, mais aussi d'une pos-
Une nouvelle législation, c'est beaucoup être le fer de lance de cette organisation sibilité de les doter d'un minimum de
plus qu'un nouveau texte, c'est le fondement nouvelle qui est nommée «corps des assis- moyens leur permettant d'exercer leur tra-
même de la création d'une nouvelle dyna- tants sociaux» dans la loi. vail social comme profession principale, et
mique et d'une réponse aux drames que vi- Il est essentiel que le travail social s'exerce non comme activité obligatoirement acces-
vent les enfants dans le monde entier et au plus près des difficultés vécues par les soire.
particulièrement en République Démocra- enfants et leur famille. Il est bon de créer Il est important que se créent des liens fonc-
tique du Congo. une loi. Il est surtout bon de la faire con- tionnels entre l'Union des Conseillers et
Je ne vais pas faire ici un parallèle entre le naître et de la faire toucher, si je peux m'ex- Directeurs de l'Aide à la Jeunesse de Bel-
décret de l'aide à la jeunesse et la nouvelle primer ainsi, par les enfants et les familles gique et les travailleurs sociaux afin que
loi congolaise. Cependant il y a des élé- qui en sont les principaux usagers. nous puissions faire part de notre expé-
ments de réflexion qui représentent des pré- J'ai pu, lors du colloque, me rendre compte rience dans la constitution et dans la dyna-
occupations communes. De plus, la Com- à quel point de nombreux travailleurs so- mique de notre association qui est donc une
munauté française de Belgique étant enga- ciaux de différentes régions du Congo s'in- association chargée de mettre dans les dif-
gée dans un processus de collaboration et vestissaient de manière exemplaire pour férents arrondissements judiciaires de la
d'entente avec la R.D.C., je ne peux en tant résoudre les différents problèmes sociaux Communauté française le décret en appli-
que représentant des Conseillers de l'aide à qu'ils peuvent rencontrer là où il vivent. J'ai cation.
la jeunesse que marquer combien l'entente ainsi été particulièrement frappé et ému que Un second enjeu me paraît être la création
entre les travailleurs sociaux belges et con- des travailleurs sociaux exercent une voire d'une culture des droits de l'enfant et d'une
golais est essentielle. plusieurs professions rémunératrices qu'ils culture de l'aide sociale. En effet, lorsque
Dans la loi sur la protection de l'enfant en ne considèrent pas comme étant leur occu- des législations nouvelles sont nées en Eu-
R.D.C., nous trouvons différents accents pation principale mais qui leur permettent rope et ailleurs, on a remarqué combien se
mis notamment sur la possibilité de créer de travailler bénévolement pour une œuvre développait une pénalisation du social. Il
un corps d'assistants sociaux qui, selon les
articles 74 et 76 de la loi, est chargé des (1) Conseiller de l'aide à la jeunesse à Mons, Belgique.
enquêtes sociales sur les enfants, de la gui- (2) Comité d'appui au travail social de rue à Kinshasa.

6 JDJ n°286 - juin 2009


Contribution du réseau DEI-Congo à
l'examen périodique universel (EPU) de la
République Démocratique du Congo –
Avril 2009
DEI
En vue de soumettre un rapport alternatif aux Nation unies, DEI–CONGO a pris
l'initiative de réunir différents partenaires qui ont élaboré un rapport commun.
semblerait que dans certains cas on veuille
culpabiliser les familles et les enfants de Ce rapport détaille la situation des droits de l'enfant en RDC. Malgré la ratification de
la CIDE en 1990, il existe un écart considérable entre la théorie et la pratique en
leurs propres difficultés psychosociales. Il
matière des droits de l'enfant. L'État semble donner peu de suite aux recommanda-
est donc important que des structures vi-
tions du Comité des droits de l'enfant. Par ailleurs, les données concernant la mise en
sent d'abord à aider les personnes à partir œuvre des droits sur le terrain sont toujours peu nombreuses, ce qui révèle l'insuffi-
des besoins qu'elles expriment elles-mêmes, sance des moyens d'évaluation et de contrôle.
ce qui est différent de les obliger à rentrer
DEI-Congo déplore le manque de concertation pour la préparation du rapport officiel
dans les normes sociales. Les enfants en
de l'État. Le gouvernement doit d'urgence créer un système séparé de justice pour
danger ou en grave difficulté ne doivent pas mineurs en suivant les recommandations de l'Observation générale N° 10 du Comité
être punis de cette situation et leur famille des droits de l'enfant, y compris procéder au recrutement des juges et magistrats spé-
non plus. Il est important, même si l'ori- cialistes. Il doit aussi renforcer la politique de peines de substitution pour les mineurs
gine des difficultés se trouve dans une cer- délinquants, pour que les enfants ne soient placés en détention qu'en dernier ressort et
taine forme de maltraitance de la part des pour la durée la plus courte possible, et veiller à ce qu'ils ne soient pas maltraités en
familles ou même si les enfants expriment détention. Dans cette optique, l'État devrait également solliciter l'assistance techni-
leur désarroi, leur dépression par des actes que et d'autres formes de coopération du Groupe inter-institutions sur la justice pour
de violence, il est important qu'on se pen- mineurs.
che sur les causes de ceux-ci tant au ni- DEI-Congo constate aussi un grand déséquilibre géographique dans la couverture
veau individuel qu'au niveau global pour des politiques pour l'enfance, la capitale est privilégiée. Il y a absence d'efforts pour
pouvoir amener ces personnes à trouver el- redresser ce déséquilibre.
les-mêmes les pistes de solution à leurs dif- Les responsabilités à l'égard des enfants et de leurs familles restent morcelées entre
ficultés. différents projets aux collectivités territoriales, et les procédures d'harmonisation et
La réflexion permanente sur «comment de contrôle sont encore insuffisantes.
faire pour aider» doit être la priorité et ne On constate aussi une insuffisance de la formation dans la lutte contre le travail des
doit pas être reléguée au second plan au enfants et pour la protection des enfants malnutris et des déplacés de guerre.
profit d'une volonté de contenir les actes Le réseau DEI plaide pour la création d'un mécanisme de coordination de toutes les
asociaux que peuvent poser les enfants. actions qui restent à mener sur toute l'étendue du pays.
Autrement dit, le judiciaire doit se situer Alors que la loi du 10 janvier 2009 sur la protection de l'enfance a été promulguée,
après l'intervention visant à l'aide sociale tout reste à faire au niveau de sa mise en œuvre.
et lorsque celle-ci s'avère extrêmement dif- Sur la base de ces constats, DEI-Congo recommande notamment à la RDC l'adoption
ficile à produire des effets bénéfiques. d'un Plan d'action national pour la mise en œuvre de la CIDE, la mise en place d'un
Un autre enjeu est aussi de respecter les Conseil national des droits de l'enfant doté d'un mandat clair avec des ressources
droits et de mettre en place une institution suffisantes, la nomination d'un Défenseur des droits des enfants indépendant, la mise
comme celle du Délégué Général aux en œuvre de la loi du 20 janvier 2009 sur la protection de l'enfance, la création d'une
Droits de l'Enfant en Belgique qui veille- Commission nationale des droits de l'Homme et le recrutement de magistrats et juges
rait à ce que les enfants maltraités, discri- spécialisés dans l'enfance.
minés, accusés de sorcellerie, infectés ou
affectés par le sida ou encore qui sont l'ob- Cela comporte des aspects négatifs et Notre principal postulat de travail est de
jet de trafics de toutes sortes puissent petit même pervers. Une collègue tunisienne croire à la compétence de la famille et des
à petit passer du statut d'objet de l'autre à me disait que du fait de ces nombreuses enfants.
celui de sujet de leur propre vie. Une insti- institutions professionnelles, on oubliait En conclusion, je dirais que les travailleurs
tution qui veille à ce que ce chemin de l'ab- parfois que les familles, la tradition, les sociaux doivent être reconnus par la loi
sence de droits à l'acquisition graduelle et coutumes, les jeunes eux-mêmes étaient comme étant une des principales forces vi-
réaliste de droits permettrait à ces enfants porteurs de ressources, même si tout cela ves qui permettra aux enfants et à leur fa-
de participer pleinement à la vie sociale et peut être aussi générateur de freins. La mille de s'émanciper. Lorsque les tra-
de devenir des citoyens à part entière plu- mise en œuvre de cette nouvelle loi doit vailleurs sociaux se rencontrent ils ne cher-
tôt que d'être relégués dans des zones de peut-être se baser sur ces différentes con- chent ni la concurrence, ni l'esprit de don-
non-droit qu'ils perpétueront eux-mêmes traintes au progrès en les transformant neurs de leçon, mais simplement le partage
vis-à-vis des générations futures. petit à petit en ressources pour un mieux- d'expériences. Il n'y a pas de recette en tra-
Je terminerai en disant que le fait que vo- être. L'aide qui découle de la mise en ap- vail social. Il y a toujours une remise en
tre loi soit récente permet de faire preuve plication de la loi doit tenter d'amener des question de soi pour mieux comprendre ce-
de créativité. Certains d'entre vous croient conditions permettant d'activer la compé- lui qui a besoin d'aide. Le but n'est ni le
peut-être qu'en Belgique nous disposons tence de la famille et des jeunes, d'aug- pouvoir, ni la sanction morale ou judiciaire,
des services sociaux et des centres d'hé- menter la créativité de ceux-ci, de leur mais bien l'émancipation de l'autre par lui-
bergement qui nous permettent de répon- faire prendre conscience de leurs respon- même. Les travailleurs sociaux, particuliè-
dre à presque toutes les difficultés vécues sabilités et de tenter aussi de permettre aux rement ceux que j'ai rencontrés au Congo,
par les enfants. En effet, nous avons beau- objectifs individuels de trouver place sont des passeurs d'outils, pour que les gens
coup d'outils à notre disposition. C'est parmi les objectifs familiaux et parmi les en souffrance, en désarroi, les utilisent pour
bien. Mais c'est aussi souvent un frein. objectifs de la communauté tout entière. leur propre compte.

JDJ n°286 - juin 2009 7


L'envie de mettre un projet
communautaire en place

République Démocratique du Congo -


Belgique : quels droits pour les enfants?
par Virginie Want (1) et Christophe Parthoens (2)

Lorsque nous avons reçu un appel à candidature pour un séminaire en RDC sur les droits
de l'enfant, il nous a semblé, en tant que service d'aide aux jeunes en milieu ouvert
(AMO), que celui-ci rencontrait nos aspirations non seulement professionnelles mais aussi
citoyennes.
Ce séminaire visait notamment à identifier les situations auxquelles cette loi sur la protec-
tion de l'enfance, promulguée le 10 janvier 2009, est susceptible de s'intéresser. Il s'agissait
également de répertorier les ressources nécessaires afin qu'elle puisse être appliquée sur le
terrain. La vulgarisation de cette législation auprès de la société civile, ainsi que des
échanges d'expériences professionnelles sur la manière d'aborder la problématique du
bien-être des enfants et de leur famille au Congo, furent donc développés avec les repré-
sentants Belges issus de divers secteurs.

Nous tenterons dans cet article de trai- tribuer humblement à la promotion de soutien international. Or, il apparaît que
ter la question: «RDC-Belgique: quels la loi sur la protection de l'enfance auprès les organismes de coopération au déve-
droits pour les enfants? Penser, sentir de la société civile. loppement ainsi que les ONG tels
et agir ensemble?» et de voir en quoi l'Unicef, la Croix-Rouge,… arrivent dif-
elle a suscité chez nous l'envie de met- ficilement à gérer l'ensemble des problé-
tre un projet communautaire en place. matiques auxquelles sont confrontés les
Notre point de vue se base sur les expé- Comment pensons enfants congolais. Il est donc nécessaire
riences vécues sur le terrain avec l'en- que la coopération belgo-congolaise dé-
vie d'en développer un projet concret de
nous agir ensemble passe le cadre de l'Aide à la Coopéra-
vulgarisation de la loi sur la protection et quels tion et s'étende à la société civile belge,
de l'enfance. Il nous a donc semblé im- y compris l'Aide à la Jeunesse.
portant de rester dans le domaine que partenariats Sans tomber dans le mélodrame, il est
nous connaissons le mieux : celui des souhaitons-nous difficile de rentrer du Congo sans res-
interactions relationnelles, qu'elles sentir un sentiment d'impuissance, de
soient familiales, culturelles, sociales, développer en culpabilité par rapport à «notre manière
etc. RDC ? d'être, d'agir et de penser (4)» en tant que
Les conditions nécessaires pour pouvoir citoyens belges, héritiers d'un passé co-
participer à ce séminaire mentionnaient Il est évident qu'une demande réelle lonial prégnant (5). De plus, nous avons
de motiver un partenariat durable. C'est d'aide venant de différentes ONG con- aussi été touchés par la solidarité et la
pourquoi, lors de nos échanges de prati- golaises existe. Les échanges que cha- combativité menées par les travailleurs
ques professionnelles avec nos collègues cun a vécus lors du séminaire peuvent de rue. Ceux-ci sont souvent des béné-
africains, l'hypothèse de développer un en témoigner. En outre, le manque de voles rarement formés, qui disposent de
projet communautaire entre acteurs so- moyens financiers et logistiques de ces peu, voire d'aucuns moyens matériels.
ciaux et d'y inclure des participants aux ONG ainsi que des administrations s'in- En ce qui concerne la méthodologie de
compétences spécifiques tels que le pro- téressant à l'enfance au Congo (jeunesse, travail, celle-ci semble trouver ses va-
jet Matonge (3) (travaillant notamment sport, enseignement,…) nécessite un leurs dans des mouvements religieux, de
avec la diaspora congolaise) à Bruxel-
les fut émise. L'ensemble de ces profes- (1) AMO Globul'in
sionnels d'origine Belgo-Congolaise (2) AMO Reliance
détient des compétences qu'il semble (3) Projet de santé communautaire en communauté africaine, le Projet Matongé ASBL a pour objectif la promotion
intéressant de rassembler. Dès lors, nous de la santé via des actions préventives ainsi que la guidance psycho-médico-sociale de jeunes Africains face à
avons présupposé que la participation la problématique de délinquance.
des services privés de l'Aide à la Jeu- (4) Dixit Emile Durkheim
nesse belge et congolaise pouvait con- (5) Lors de nos rencontres de terrain, beaucoup de Congolais nous ont interpellés sur l'histoire coloniale.

8 JDJ n°286 - juin 2009


La méthodologie de prévention
par les pairs Dossier

jeunesse et d'idéaux personnels tout en tion par les pairs employée par le In fine, nous nous questionnons sur le
sollicitant la participation d'hommes et CHEFEC est proche de celle dévelop- long terme :
de femmes de science. La visite des as- pée par l'AMO Reliance dans les diffé- - «La nouvelle loi sur la protection de
sociations de Massina (6) telles que rents quartiers de la Basse-Meuse. Il l'enfance en RDC apporte l'espoir
«L'étoile du Sud» et «Le Chefec», ou de semble donc que non seulement les pro- d'un possible. Le défi de demain ne
Kisenso (7) telle que «L'association des blématiques rencontrées par le CHEFEC consistera-t-il pas à soutenir la popu-
guides du Congo», nous ont confronté à soient celles visées par la loi, mais en lation dans l'appropriation de la lé-
la dure réalité de terrain. outre le type de travail mené, mobilisant gislation tout en tenant compte de la
des jeunes dans une action citoyenne, via diversité des us et coutumes?»
la participation de jeunes relais dans les
- «Comment amener des jeunes à réflé-
établissements scolaires, rend ce projet
chir ensemble à cette loi tout en les
Le travail pertinent.
sensibilisant à leurs droits afin qu'ils
Il nous apparaît que tisser du lien entre
réalisable par les jeunes volontaires des différentes
s'approprient des compétences utiles
après le projet ?»
Globulin (8) , associations est une des premières éta-
- «Quel avenir pour les projets de coo-
pes à réaliser. Cela fait partie des actions
Reliance (9) et communautaires des AMO et renforcera
pération menés par les AMO et les
autres partenaires de la Communauté
Matonge (10) le sentiment d'appartenance à un groupe,
française ?»
sentiment à enrichir chez les jeunes bel-
Vis-à-vis de la société civile, deux ty- ges, souvent isolés.
pes de médiatisations nous semblent
pouvoir être menés de façon complé- (6) Commune de Kinshasa
mentaire en mobilisant des jeunes bel- (7) Idem
ges et congolais. (8) Service d'Aide aux Jeunes en milieu ouvert : http//[Link]
Ceux-ci sont : (9) Service d'Aide aux Jeunes en milieu ouvert: http//[Link]
- La réalisation de théâtre de rue (10) Projet de santé communautaire en communauté africaine, le Projet Matongé ASBL a pour objectif la promotion
de la santé via des actions préventives ainsi que la guidance psycho-médico-sociale de jeunes Africains face à
- La projection d'un court-métrage met- la problématique de délinquance.
tant en scène la loi congolaise sur la (11) Jeune fille, orpheline, et provisoirement logée chez un membre de sa famille, fut petit à petit rejetée du cadre
protection de l'enfance. familial pour finalement se retrouver à la rue. Très vite, la jeune fille a présenté des signes de malnutrition et de
À partir de la vulgarisation de la loi en maladie. Lorsqu'elle fut recueillie par le CHEFEC, elle était qualifiée d'enfant sorcier par certains adultes de
l'environnement. L'enfant fut prise en charge suite à une des actions de prévention au sida mené en collabora-
RDC, il s'agit de comparer, avec les éco- tion avec MSF dans des implantations scolaires de Kinshasa.
liers, la Convention des droits de l'en-

Projet Matonge asbl


fant et la loi promulguée le 10 janvier
en RDC. Cela prendrait la forme d'un
projet dont l'implication volontaire des
jeunes serait une étape nécessaire. Il est
à noter que l'AMO Reliance a déjà mené par le Dr Madoki Massanga Marceline (1)
un projet d'échange avec des jeunes Le Projet Matonge asbl dont une des missions est l'aide
kinois en 2007. Cette AMO est égale- à la jeunesse en difficulté, axe son travail sur la restau-
ment confrontée à un manque d'ouver-
ration du dialogue intergénérationnel .
ture à «l'autre» de la part de son public
adolescent. Leurs expériences dans le Il y a 2 ans, nous avons donné la parole à nos jeunes
théâtre et dans la création de courts-mé- pour un projet collectif : «Qu'auriez-vous à dire aux
trages réalisés avec des jeunes leur laisse adultes ?».
à penser que ce projet peut être porté par
des jeunes issus du travail de rue ou des De là est né le document intitulé «Lettre à nos aînés»
suivis individuels. que nous avons pu réaliser grâce au soutien de la
Afin de sensibiliser les jeunes et les ins- Communauté française (service de l'éducation perma-
titutions politiques, il semble intéressant nente).
de partir d'une situation concrète vécue
actuellement à Kinshasa. Il s'agit de l'his- Ce document énumère librement les fac- sion des valeurs traditionnelles en situa-
toire d'une jeune fille, Gracia (11) , re- teurs pouvant expliquer le mal-être du tion de migration, la faible valorisation
cueillie par une des associations avec jeune africain : la difficulté de transmis- de la culture africaine en Occident, le rôle
laquelle un partenariat est envisagé: le
CHEFEC. La méthodologie de préven- (1) Coordination du Projet Matonge asbl

JDJ n°286 - juin 2009 9


Nations unies et
Dossier mécanisme de rapportage

d'éternel assisté attribué au continent afri- connaissances de terrain très pertinentes ments pourrait se faire au CATSR (2) ou
cain et à ses habitants … et une soif d'ouverture. au CAFES (3) . Ils seraient ainsi acces-
Il a semblé important pour les mem- Nous avons été régulièrement consultés sibles à tout professionnel de l'enfance;
bres de l'équipe ainsi que pour les jeu- pour des situations difficiles de prise en - Donner des formations continues dans
nes de diffuser ce document le plus charge d'enfants et de familles dans des différents domaines d'intervention et à
largement possible en RDC pour ainsi contextes de troubles psychologiques et partir de thèmes choisis par les tra-
continuer à faire le pont entre ces peut-être psychiatriques avec en toile de vailleurs (médicaux, psychologiques,
«belgicains» et les jeunes congolais fond une grande précarité et fragilité. sociaux ou autres). Un système de par-
vivant sur le continent ainsi qu'avec Les contributions futures du Projet tenariat/bénévolat nous permettrait
les aînés d'Afrique . Matonge asbl consisteront à : d'enrichir notre équipe actuelle du Pro-
Ce document a eu beaucoup de succès et jet Matonge (médecin et psychologue);
- mettre en contact nos ONG partenaires
a suscité des réflexions et débats . avec des ONG ayant déjà utilisé avec suc- - Proposer des études de cas (supervision
Le séjour - séminaire sur le code de pro- cès le système de microcrédit à Kinshasa clinique) qui font déjà partie de nos
tection de l'enfant en RDC (du 3 au 6 mars pour certaines de leurs activités et ainsi compétences à Bruxelles;
2009) n'aura fait que confirmer l'impéra- alimenter leurs caisses. Le contact se fe- - Participer au projet collectif proposé par
tif de l'aide pour ce continent laissé à rait via des personnes ressources que nous Reliance AMO et Globul'in asbl en y
l'abandon : l'étendue de la pauvreté est avons en RDC. associant deux jeunes congolais de
incommensurable et touche + de 90% des - palier au manque d'information par la Belgique («belgicain») du Projet
familles incapables de palier au minimum collecte d'outils (prospectus, revues, Matonge asbl.
vital de leurs enfants . etc.), documents internet relatifs à la La pérennité de tous ces projets n'aura une
Or, la protection de l'enfant ne débute-t- vulgarisation du code de protection de certaine réalité que si nous gardons des
elle pas par des soins et la protection don- l'enfant en Belgique. Ces documents contacts privilégiés avec les ONG et per-
nés aux familles ? ! … seraient des références pour nos collè- sonnes ressources rencontrés durant cette
De plus, cette pauvreté touche aussi les gues congolais qui les adapteraient à semaine de séminaire.
différents professionnels rencontrés ainsi leurs réalités, leurs caractéristiques cul- Internet reste et restera un atout majeur
que les travailleurs de rue en charge des turelles, traditionnelles, sociologi- pour nos futurs contacts.
enfants et des familles. ques … La centralisation de ces docu-
La plupart de ces intervenants travaillent (2) Comité d'appui au travail social de rue à Kinshasa
bénévolement, sont peu outillés avec des (3) Centre Africain de Formation Supérieure des Educateurs Sociaux à Kinshasa

La justice des mineurs


au niveau international
par Benoît Van Keirsbilck (1)

Défense Enfants La société civile a joué un rôle majeur tre une entrée en vigueur la plus rapide
dans l'élaboration de cette convention possible et ensuite de veiller à l'appli-
International majeure pour la protection, la promotion cation la plus correcte possible de ce
et la défense des droits de l'enfant. texte.
Une fois la CIDE adoptée par l'Assem- DEI a un statut consultatif auprès des
L'ONG Défense Enfants International blée générale des Nations unies le 20 Nations unies et peut donc, à ce titre,
(DEI) a été créée en 1979, avec pour novembre 1989, il s'est donc agi de avec de nombreuses autres ONG, con-
objectif de travailler avec la société ci- veiller à sa ratification de la convention tinuer à jouer un rôle de premier plan
vile à l'adoption par les Nations unies par un maximum de pays pour permet- dans le suivi de l'application de cette
dans un premier temps, et ensuite à l'ap-
plication de la Convention internationale
relative aux droits de l'enfant (CIDE). (1) ONG Défense Enfants International (DEI-Belgique)

10 JDJ n°286 - juin 2009


Certains exemples existent, démontrant
les effets positifs que ce mécanisme peut avoir Dossier

convention au niveau international, ré- cette raison que le Comité vérifie si L'avis du Comité
gional et national. Le Comité des droits l'État n'enjolive pas trop la situation
de l'enfant a réalisé au fil du temps un pour cacher les failles du système et au sujet de la
travail considérable pour faire connaî- pour se donner une plus belle image
tre la Convention et veiller à sa mise en qu'est en réalité la sienne. D'autres États
nouvelle loi
oeuvre. Il rend ainsi des avis et émet jouent carte sur table, reconnaissant les congolaise
des recommandations qui sont cepen- difficultés à respecter totalement des
dant, dans la pratique, sous-utilisés, droits de l'enfant sur leur territoire et Le comité salue les efforts du Congo
alors qu'ils pourraient être d'une grande demandent l'aide de la communauté in- pour l'adoption du Code portant protec-
aide. ternationale afin de progresser. Le Co- tion de l'enfance, tout en précisant que
mité suggère ainsi souvent à l'État de cela ne suffit pas : encore faut-il l'ap-
s'adresser à des instances internationa- pliquer correctement et le mettre en
les qui peuvent lui apporter une assis- œuvre, et pour cela dégager des moyens
Le Comité des tance technique; c'est par exemple le cas pour faire fonctionner le système prévu.
du «Groupe interinstitutions sur la jus- Il est en effet important de disposer d'un
droits de l'enfant tice pour mineurs» (2). texte national qui soit plus proche de la
des Nations unies Ce mécanisme de rapportage ne peut population qu'un instrument internatio-
changer les choses du jour au lende- nal, mais s'il n'est pas mis en œuvre, il
Le Comité des droits de l'enfant des main, mais il permet progressivement n'est d'aucune utilité. Cette loi montre
Nations unies est composé d'experts is- d'identifier certains dysfonctionnements la volonté de traduire la CIDE en texte
sus de nombreuses nations du monde et majeurs et de les dénoncer au niveau applicable en RDC, cela se remarque
de différentes disciplines. Son rôle con- international en poussant les États à y dans chaque article, même s'il existe
siste à vérifier la bonne application de remédier. certaines différences ou omissions. Il
la CIDE par tous les pays qui l'ont rati- serait intéressant d'étudier les nuances
Les recommandations adressées par le
fiée (c'est à dire tous les pays du monde, entre le Code portant protection de l'en-
comité à la RDC en 2009 rappellent
sauf la Somalie et les États-Unis). Ceci fance et la CIDE pour comprendre pour-
leurs recommandations de 2002, ce qui
se fait à travers un processus de rappor- quoi certaines dispositions ont été omi-
signifie que la situation a peu évolué
tage : chaque pays est tenu de rédiger ses ou modifiées.
depuis lors. Cependant, certains exem-
un rapport tous les 5 ans sur la manière ples existent, démontrant les effets po- La nouvelle loi congolaise comporte un
dont il applique la CIDE. Le Comité sitifs que ce mécanisme peut avoir. chapitre sur les obligations de l'enfant,
analyse ensuite ce rapport et veille à Ainsi, la promulgation de la loi sur la en lien avec la charte africaine des droits
obtenir des informations complémentai- protection de l'enfance, en janvier 2009, de l'enfant. Mais une disposition stipule
res à ce sujet en provenance de diffé- juste avant la convocation devant le que l'enfant doit œuvrer au respect des
rentes sources : les ONG actives dans comité, visait à faire preuve de la bonne lois nationales. Peut-on affirmer que les
le pays, les agences des Nations unies, volonté de l'État congolais. C'est là une enfants doivent être porteurs du respect
les ombudsmans là où ils existent,... des utilités des mécanismes internatio- de leurs propres lois ? N'est-ce pas avant
La première étape vise donc à inviter naux, le fait de devoir rendre des comp- tout une responsabilité des adultes ? En
les acteurs des droits de l'enfant, à sa- tes au niveau international incite les effet, il faut d'abord donner aux enfants
voir les acteurs de la société civile Gouvernements à se mobiliser (parfois les moyens d'être informés, soutenus,
(ONG), parfois des groupes d'enfants, fort tard, souvent trop peu, mais se mo- éduqués, encadrés pour ensuite pouvoir
etc., à faire un compte-rendu de la si- biliser quand même). jouer un rôle majeur dans la société.
tuation des droits de l'enfant dans leur Les recommandations du comité sont
pays (bien souvent les ONG sont re- également importantes et précieuses
groupées dans des coalitions ou coor- pour la société civile, en ce qu'elle peut
dinations et déposent un «rapport al- les utiliser pour convaincre le gouver- La justice des
ternatif»). Ensuite, le Comité envoie
une liste de questions à l'État qui est tenu
nement d'agir pour se conformer aux at- mineurs
tentes et observations qui lui ont été
d'y répondre. adressées. DEI a décidé de faire de la justice des
Certains États peuvent avoir tendance mineurs une de ses principales priori-
à faire état de nombreuses difficultés, tés, en raison de la concentration de
en les exagérant pour justifier les défi- nombreux droits fondamentaux qui
cits en droits de l'homme, malgré leur ont à un moment été oubliés et vio-
bonne volonté ou au contraire, cher- lés. En effet, si un enfant est confronté
chent nier la moindre difficulté et pré- à la justice, c'est souvent parce qu'un
tendent avoir atteint un niveau élevé de
respect des droits des enfants. C'est pour (2) Voir : [Link]

JDJ n°286 - juin 2009 11


Les chemins complexes
Dossier qui conduisirent l'école congolaise

de ses droits n'a pas été garanti, la berté») et l'Observation générale n° 10 En Belgique, on constate que des
société n'ayant pas adéquatement tenu du Comité des droits de moyens considérables sont consacrés
sa responsabilité envers l'enfant. l'enfant consacrée à la justice juvé- aux prisons pour enfants, de manière
Deux articles de la CIDE (les articles nile. Elle précise, entre autres, que totalement démesurée (on cite les chif-
37 et 40) traitent des principes en ma- l'âge minimum de responsabilité pé- fres de 500 euros par jour et par jeune
tière de justice pour mineurs, mais ce nale ne peut pas avoir pour effet qui seraient beaucoup mieux investis
n'est pas la seule source de droit en qu'aucune aide ne soit accordée aux dans des alternatives ou dans l'éduca-
cette matière, d'autres textes régle- jeunes présumés irresponsables. En tion).
mentent également la matière, à com- outre, un accompagnement des en-
mencer par les Principes directeurs de fants, même au-delà de la majorité
Riyad («Principes directeurs des Na- pénale, doit être accordé si nécessaire.
tions unies pour la prévention de la Énormément de mineurs font l'objet Conclusion
délinquance juvénile»), insistant sur d'un enfermement, souvent dans des
l'importance de la prévention. Ensuite, conditions très difficiles, mélangés avec Il est très important d'avoir un regard
les Règles de Bejing («Règles minima des adultes, dans des situations de sur le niveau international, celui-ci pou-
des Nations unies concernant l'admi- grande vulnérabilité, etc. Le jeune en vant servir de relais, de canal de trans-
nistration de la justice pour mineurs») sort bien souvent en étant encore plus mission et de levier pour faire progres-
rappellent certains principes fonda- déstructuré qu'en y rentrant, à cause des ser les choses au niveau national. En
mentaux dont celui du procès équita- maltraitances subies dans la prison, du outre, il est possible de chercher de
ble : il ne s'agit pas de «procédurali- manque d'éducation, etc. Il s'impose l'aide auprès d'agences internationales,
ser» à outrance de manière donc de réfléchir à deux fois avant d'en- telles l'UNICEF, l'agence des Nations
inappropriée au contexte local, mais fermer un enfant tant cette solution pose unies pour la prévention du crime, etc.
de respecter certains principes garan- plus de problèmes qu'elle ne cherche à Il existe donc un certain nombre d'ins-
tissant que l'exercice de la justice à en résoudre. tances internationales dont la mission
l'égard de mineurs tiennent compte de En outre, l'enfermement coûte très est d'aider les pays et acteurs en diffi-
la position particulière de l'enfant face cher, sépare des familles, donne peu culté, la société congolaise n'étant pas
au système judiciaire. On peut égale- de perspectives de réintégration, … seule responsable face à l'ampleur du
ment citer les Règles de La Havane Les États se doivent de donner la prio- défi.
(«Règles des Nations unies pour la rité à la prévention et l'encadrement
protection des mineurs privés de li- des jeunes.

De l'école de la médiocrité
à l'école de l'excellence...
Les enjeux de l'enseignement
au Congo-Kinshasa (1)
par Nico Hirtt (2)

Gratien Mokonzi est un bon compagnon de route de l'Aped. Au cours des dernières années,
il nous a communiqué de nombreux articles sur l'enseignement au Congo-Kinshasa. Il vient
de publier, aux éditions L'Harmattan, un livre sur l'éducation dans l'ancienne colonie belge
et m'a fait l'honneur de me proposer de le préfacer. C'est (à peu de choses près) le texte de
cette préface que je vous propose ci-dessous en guise de recension.
Gratien MOKONZI Bambanota, De l'école de la médiocrité à l'école de l'excellence au Congo-Kinshasa,
éditions L'Harmattan, collection Etudes Africaines, 195 pages, 20 euros, ISBN 978-2-296-07904-5

Avant de rencontrer Gratien Mokonzi - professionnel et militant avaient bien missionnaires belges avaient généreuse-
fut-ce de façon seulement virtuelle, par voulu m'en conter. Que les colons et les ment apporté l'instruction et la civilisa-
le miracle de l'Internet -, je ne savais de
l'école congolaise que ce que les hasards (1) [Link]
de mon éducation et de mon parcours (1) L'école démocratique, 2009, [Link]

12 JDJ n°286 - juin 2009


Mobutu rétrocède donc aux Églises catholique,
protestante et kimbanguiste la gestion des écoles Dossier

tion aux pauvres nègres, comme on s'ef- de responsabilité n'étant pas envisagée coupé du peuple et dès lors l'école cou-
força de m'en convaincre dès mon pas- par la politique scolaire coloniale». pée des aspirations populaires. De toute
sage à l'école primaire. Et qu'en dépit Cette orientation est perceptible jusque manière, le dictateur comprend vite que
d'un siècle de cette «générosité», l'État dans les méthodes d'apprentissage : «di- «s'occuper seul de tout le système édu-
belge n'avait pas, au jour de l'indépen- dactique du maître et de l'esclave, fon- catif, du primaire à l'université consti-
dance du Congo, formé un seul univer- dée sur une relation verticale entre les tue, ni plus ni moins, un fardeau dont le
sitaire noir, comme je l'appris bien plus deux acteurs du processus enseigne- gouvernement mesure de plus en plus
tard, quand ma conscience d'étudiant ment-apprentissage, relation d'imposi- le poids et dont il veut à tout prix se
s'ouvrit enfin à la réalité sociale. tion et non de collaboration. Didactique décharger». Après trois ans, Mobutu ré-
Grâce à l'ouvrage de Gratien Mokonzi, du savant et de l'ignorant, en fonction trocède donc aux Églises catholique,
les clichés et les simplifications s'effa- de laquelle l'éducation ne peut dévelop- protestante et kimbanguiste la gestion
cent au profit d'une analyse toute en fi- per une conscience nationale suscepti- des écoles qui leur appartenaient dans
nesse et en nuances. L'auteur nous con- ble d'impulser le développement du pays le passé.
duit à la découverte des chemins com- au lendemain de son indépendance». En 1993, après un quart de siècle de dic-
plexes qui conduisirent l'école congo- Ces pratiques laisseront des traces pro- tature, les dépenses d'enseignement
laise, depuis les balbutiements de l'ère fondes dans la tradition pédagogique et s'étaient effondrées à 0,2 % du budget
coloniale, en passant par les espoirs et constituent, aujourd'hui encore, l'un des de l'État. Contre 27 % pour la Défense
les réalisations des premières années de grands obstacles à la réforme de l'ensei- nationale... La détérioration des condi-
l'indépendance, jusqu'à la «descente aux gnement congolais. tions d'apprentissage et la paupérisation
enfers» de la dictature mobutiste et aux des enseignants qui en ont résulté sont
défis actuels. longuement décrites par l'auteur. En dé-
pit des efforts réalisés par le nouveau
L'ère du gouvernement de la RDC, dont le prési-
mobutisme dent et le gouvernement ont retenu l'édu-
L'époque coloniale cation parmi les priorités de leur pro-
Après l'indépendance, un vent d'espoir gramme d'action, les taux bruts de sco-
Sans se départir d'un regard dialectique, souffle sur l'école congolaise. La ré- larisation restent aujourd'hui très fai-
qui ne saurait nier absolument tout ap- forme du système éducatif de 1961 per- bles : 64% au primaire, 19% au secon-
port objectif de la colonisation en ter- met une importante expansion de la sco- daire. Sur 100 enfants qui entrent en pre-
mes de développement, Gratien larisation. De 1959 à 1965, les effectifs mière année primaire, 25 seulement at-
Mokonzi ne laisse planer aucun doute d'élèves et d'étudiants augmentent de teignent la 5e année après quatre années
quant à la nature essentielle de ce que 23 %. Mais le coup d'État de 1967 et scolaires.
fut l'école congolaise sous la domination l'instauration de la dictature mobutiste
belge. Entre les colonies scolaires du mettent rapidement fin à ce souffle d'air
début du XXème siècle, où «les élèves nouveau. Gratien Mokonzi nous décrit
sont réveillés au clairon et se rendent comment le régime de Mobutu instaure Pistes et
au réfectoire en défilant au pas» et les peu à peu un contrôle étroit du système propositions
colonies agricoles et professionnelles, il éducatif, «secteur hautement stratégi-
n'y a place dans l'enseignement du que, à la fois à cause du nombre impor- Mais Gratien Mokonzi ne se contente
Congo belge que pour l'instruction mi- tant des personnes qu'il emploie et du pas de stigmatiser l'état dramatique de
litaire des recrues de la Force publique pouvoir que recèle l'éducation d'armer l'école congolaise et d'incriminer le
et un enseignement exclusivement pro- le peuple des instruments d'analyse et passé. Il s'attaque également aux causes
fessionnel, «l'unique à être estimé ac- de remise en question d'un régime poli- profondes, tantôt pédagogiques, tantôt
ceptable pour les indigènes». Et même tique dictatorial». culturelles du marasme où se débat l'édu-
si, au lendemain de la Deuxième Guerre La décision de Mobutu de nationaliser cation dans son pays (et sans doute pas
mondiale, l'exploitation économique de tout l'enseignement congolais aurait seulement dans son pays). Et surtout, il
la colonie «requiert de plus en plus la sans doute pu paraître une disposition se penche, dans un long et important cha-
collaboration des nègres qualifiés», le progressiste, à tout le moins aux yeux pitre final, sur des pistes en vue de sor-
bilan de la politique éducative imposée du défenseur de l'école publique et laï- tir de l'ornière. Outre un meilleur finan-
par la puissance coloniale est sans ap- que que je me trouve être. Mais à y re- cement et une meilleur gouvernance,
pel : «une politique, nous dit Mokonzi, garder de plus près — et c'est bien dans parmi d'autres pistes trop nombreuses
caractérisée par une forte orientation ce regard proche, à la fois précis et pour être évoquées ici, il nous propose
paternaliste et utilitaire. (...) L'enseigne- nuancé, que réside tout l'intérêt de un vibrant plaidoyer en faveur de la pé-
ment est (...) volontairement très réduit; l'ouvrage de Mokonzi — cette nationa- dagogie active et coopérative, où il voit,
la formation d'une élite capable d'accé- lisation ne pouvait que sombrer dans la sans doute à juste titre, l'une des issues
der, ultérieurement, à de grands postes bureaucratie, tant le pouvoir se trouvait au drame éducatif actuel.

JDJ n°286 - juin 2009 13


En plus du problème des enfants de la rue, les «Mayi Bobo»,
Dossier le Sud-Kivu est confronté à celui des enfants démobilisés

Cette réflexion est d'autant plus impor- sent ouvrage en faveur d'une pédagogie fus du travail, le refus de l'effort, voilà
tante à l'aune des menaces que la mon- active et coopérative vient donc à point qui ne manquera pas, en effet, de heur-
dialisation fait peser sur les systèmes nommé nous rappeler que l'innovation ter et d'inquiéter tout pédagogue.
éducatifs. Sous la pression de divers or- des pratiques enseignantes peut poursui- L'auteur nous cite, à ce propos, cette
ganismes internationaux, tels l'OCDE et vre d'autres voies que celles où veulent admirable réflexion du grand pédagogue
la Banque mondiale, l'enseignement est nous enfermer ces représentants du soviétique que fut Anton Makarenko :
de plus en plus poussé dans la direction monde de l'industrie et de la finance. «au même titre que n'importe quel lan-
d'une «instrumentalisation» au service L'institution de citoyens critiques et gage, le travail construit les rapports
de la compétition économique. Les dis- conscients ne se fera pas par les mêmes humains et les consolide en établissant
cours de ces institutions ne manquent pas méthodes pédagogiques que celles que une véritable communication entre les
d'incriminer parfois les «méthodes pé- requiert la seule formation de travailleurs membres de la communauté pour les-
dagogiques traditionnelles» en lesquel- flexibles et de citoyens obéissants. quels l'action crée l'homme nou-
les elles voient un frein à leur quête de Et que l'on ne voie pas là un mépris du veau […] l'homme qui travaille ne fait
flexibilité et d'adaptabilité de l'enseigne- travail ou de la formation profession- pas seulement et ne fabrique pas seule-
ment et à son recentrage sur les «com- nelle. Parmi les nombreux thèmes et pis- ment les choses, il se fait et se fabrique
pétences» que réclament désormais les tes qu'il aborde, Gratien Mokonzi m'a lui-même».
marchés du travail. Sous le couvert d'in- particulièrement charmé lorsqu'il s'arrête «Sans être marxiste, écrit Gratien
novation pédagogique, ces organismes soudain au «déclin du travail comme Mokonzo, on peut néanmoins admettre
sont parvenus à imposer dans de nom- moteur du développement individuel et le projet philosophique de Makarenko».
breux pays une approche didactique dite collectif», déclin qu'il perçoit non seu- Certes. Et en étant marxiste, je ne puis
«par compétences», qui a résulté en une lement dans le travail scolaire mais éga- qu'applaudir celui de Gratien Mokonzo.
profonde déstructuration des savoirs sco- lement dans une certaine «négligence
laires. Le plaidoyer de l'auteur du pré- généralisée» du travail manuel. Le re-

Nations unies
La représentante spéciale,
Radhika Coomaraswamy (1) ,
s'inquiète de la situation des enfants
à l'Est du Congo
par Pappy Mbaki (2)
Kinshasa, 29/04/2009 / Politique

En visite de travail à Bukavu, la représentante spéciale du secrétaire général de l'Onu pour


les enfants et les conflits armés, n'a pas caché sa préoccupation sur les violations graves
des droits de l'enfant à l'Est depuis 2006.

«Le nombre des enfants victimes des commises à l'endroit des enfants. En plus de ces enfants (de la rue), souvent âgés
guerres se multiplient, en outre, de ma- du problème des enfants de la rue, les de 14 à 20 ans, seraient des démobili-
nière inquiétante, et en particulier en «Mayi Bobo», le Sud-Kivu est confronté sés. Ils sèment la terreur dans les envi-
raison du climat d'impunité qui y règne», à celui des enfants démobilisés. Les rons du collègeAlfajiri dans la commune
a déclaré Radhika Coomaraswamy au ONG locales font savoir que la plupart d'Ibanda.
terme de sa visite en République démo-
cratique du Congo. La situation est in-
(1) Radhika Coomaraswamy du Sri Lanka est la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies
quiétante au Sud-Kivu, où le gouverneur pour les enfants et les conflits armés. Elle est aussi membre du Cabinet du secrétaire général des Nations unies.
de province, Louis Léonce Muderwa Elle est juriste de formation et Présidente de la Commission des droits de l'homme du Sri Lanka depuis 2003.
Cirimwami, en appelle aux autorités du Entre 1994 et 2003, elle était la Rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme des Nations unies.
pays et à la communauté internationale (2) Le Soft International, Journal d'information sur l'actualité, politique et économique en Afrique centrale et dans
de sanctionner les auteurs des violations la région des Grands Lacs; [Link]

14 JDJ n°286 - juin 2009


Les récents combats au Nord-Kivu ont permis
le recrutement d'enfants par les groupes Maï Maï Dossier

Pour sa part, Radhika Coomaraswamy,


qui se fonde sur le rapport du secrétaire
général des Nations unies sur les enfants
et les conflits armés en RDC, a expli-
qué que dans l'ensemble, le nombre d'al-
légations d'atteintes graves aux droits de
l'enfant a diminué. Néanmoins, dans les
provinces du Kivu, malgré la signature
de l'Acte d'engagement, des violations
graves continuent à être signalées.
D'après elle, 63% de ces violations sont
attribués à des éléments armés de Maï
Maï, des milices, des groupes étrangers
qui y sévissent encore. Les abus obser-
vés dans ces violations sont notamment
le recrutement et l'utilisation d'enfants
par les forces et les groupes armés, les
enlèvements, les meurtres ou atteintes à
l'intégrité physique d'enfants et le refus
de l'accès à l'aide humanitaire... Le rap-
port du SG de l'ONU souligne que le
nombre d'enfants recrutés a diminué, du
fait notamment des progrès accomplis
dans la mise en oeuvre du programme
DDR (3) des enfants ainsi que de l'inté-
gration de l'armée et la diminution du
nombre des zones de combat.
servé en date du 24 juillet 2007, de huit ces indiquent qu'un certain Abdou
enfants, dans le camp de réfugiés de Panda, colonel et ancien commandant de
Kiziba au Rwanda, qui auraient été en- la 121 ème brigade Maï Maï, basée à
Silence, on recrute voyés au Sud-Kivu, le gouvernement de Lubarika, dans la pleine de Ruzizi (Sud-
ce pays a lancé une enquête, qui n'a tou- Kivu), recruterait encore des enfants.
Sans oublier l'action menée en perma- jours pas abouti. Par ailleurs, en Ituri, le Selon le rapport de l'ONU, en décembre
nence par les réseaux de protection de Front des nationalistes et intégrationnis- 2006, son groupe a relâché 107 enfants
l'enfance contre le recrutement d'enfants. tes (FNI) et le Front de résistance pa- au centre de brassage de Luberizi.
Par ailleurs, note le rapport, en dépit de triotique d'Ituri (FRPI) continuent de Cependant, en mai 2007, on a signalé à
cette tendance générale, toutes les par- recruter des enfants. Notamment au Bingi, au Nord- Kivu, la présence de 30
ties au conflit répertoriées, en 2006, con- cours de la troisième phase du proces- enfants dans le groupe Maï Maï Baleine
tinuent de recruter, d'utiliser et d'enle- sus DDR, mené en Ituri en août 2007. sous le commandement du colonel Jack-
ver des enfants. «Le nombre d'enfants Ainsi, plus de 40 enfants auraient été son. En fait, les récents combats au
présents dans les brigades intégrées et enrôlés par des forces de Peter Karim Nord-Kivu ont permis le recrutement
non intégrées des Forces armées de la Udaga. Bien qu'en août 2007, plus de d'enfants par les groupes Maï Maï. En
République démocratique du Congo, 2.900 ex-combattants aient été démobi- août 2007, les mêmes groupes ont re-
FARDC, reste élevé», précise le rapport. lisés, les ONG estiment à 1.500 éléments cruté plus de 50 enfants à Nyamilima
En particulier, dans le district de l'Ituri du FRPI et du Mouvement révolution- dans le territoire de Rutshuru au Nord-
et les deux provinces du Kivu... Ce rap- naire congolais (MRC), dans lesquels les Kivu. Les sources indiquent que des
port rappelle qu'en mai 2007, le HCR a enfants ne se sont toujours pas rendus. groupes Maï Maï détiendraient des en-
mis sur pied, avec le Rwanda, une mis- Et que le FNI a en outre activement fait fants dans les provinces de Katanga et
sion d'évaluation conjointe dans les obstacle à la libération d'enfants pendant de Maniema.
camps de réfugiés, au Rwanda, afin de le processus de désarmement.
vérifier les allégations faisant état no- De leur côté, les groupes Maï Maï en-
tamment du recrutement d'enfants, en core actifs au Nord et au Sud-Kivu con-
plus d'élaborer des dispositifs de protec- tinuent d'utiliser des enfants. Des sour-
tion adéquats et afin que les personnes
accusées soient inculpées et traduites en (3) Programme de Désarmement de Démobilisation et de Réinsertion : «les ex-combattants troquent leur arme
justice. Mais après le recrutement, ob- pour une truelle»

JDJ n°286 - juin 2009 15


Extraits du Journal du citoyen, JDC
Journal-école n°27 - Semaine du 08 au 14
juin 2009, [Link]; avec l'aimable
autorisation de la rédaction
Sandrine Ngolangi :«Nous dénonçons les abus contre
les mineurs, mais nos actions n'aboutissent pas»
Détentrice d'un diplôme de graduat du Centre africain de formation supérieur des éducateurs sociaux
spécialisé (CAFES), Sandrine Ngolangi s'occupe depuis huit ans de problèmes des jeunes. Aujourd'hui
âgée de 23 ans, elle coordonne l'ONGD «Jeunes congolais espoir de demain» (JCED), basée dans la
commune de Makala, à Kinshasa.

Qu'est-ce qui vous a motivée à Combien de jeunes formés sont


créer une ONG pour les jeunes ? aujourd'hui en mesure de se
La création de cette association n'est pas le fruit d'un hasard,
prendre en charge ?
c'est l'œuvre de Dieu. Nous l'avons créée le 2 septembre 2001 Cette question est vraiment une grande interpellation pour notre
dans l'objectif de promouvoir la jeunesse congolaise. Nous vou- association. Bien que nous encadrons ces jeunes et les suivons
lions ainsi contribuer à la promotion multifonctionnelle et pas à pas, nous n'avons pas encore atteint totalement notre ob-
plurisectorielle des adolescents pour le bien-être communau- jectif, puisque la majorité de ces enfants ne s'en sortent pas. Nous
taire. Nous organisons de temps en temps des formations à leur réfléchissons pour mettre sur place des nouvelles stratégies et
profit et nous les accompagnons sur terrain. Nous visons les voir comment avancer. Mais, en toute sincérité, c'est vraiment
enfants de la rue, les enfants en carence alimentaire et affective, difficile de voir ces jeunes se prendre en charge dans ce milieu
ainsi que les enfants scolarisés, plus précisément ceux du quar- où la jeunesse est abandonnée à elle-même.
tier Bagata, dans la commune de Makala. Nous ciblons, non
seulement la jeunesse en situation difficile, mais surtout les ado- Vous arrive-t-il d'encadrer
lescentes mères.
les enfants qui travaillent ?
En quoi consistent concrètement Dans la commune de Makala, nous rencontrons particulièrement
des enfants casseurs de pierre, des «shayeurs» (petits vendeurs)
vos formations ? qui partent vendre au grand marché, et des jeunes filles qui se
prostituent. Le plus souvent, c'est volontaire. Pour elles, c'est un
Elles sont adaptées aux catégories. Nous avons, par exemple, boulot. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'elles se retrouvent
constaté que ce sont des enfants de 18 ans qui se retrouvent mères très tôt. Le droit défend l'exploitation des enfants sur le
mères dans notre zone d'intervention. Nous avons jugé utile de plan économique, social… mais ces principes ne sont pas ac-
bien les encadrer pour qu'à leur tour, elles encadrent mieux ceptés sur terrain. Ces réalités doivent interpeller, non pas seu-
leurs enfants. Étant donné que la majorité de ces filles sont lement le gouvernement comme on en a l'habitude, mais tout un
délaissées par leurs familles, mais aussi par leurs amants, chacun, parce que la base même de ce phénomène, c'est la fa-
auteurs de leur grossesse, nous essayons de les prendre en mille. On retrouve sur le terrain des enfants orphelins, délaissés
charge. Pas totalement, puisque nous n'avons pas assez de qui ne seraient pas en train de travailler si leur famille essayait
moyens. Nous nous contentons des moyens du bord pour orga- de les aider, de les encadrer réellement.
niser, au niveau du siège de l'Association, des formations sur
les droits des enfants. Nous orientons, par la suite, ces jeunes Vous arrive-t-il de dénoncer les
filles vers des activités professionnelles ou génératrices des
revenus : fabrication des savons, des makayabu (poisson salé), personnes qui exploitent les
des jus… Il y a également l'agriculture qui leur permet de cul- mineurs à des buts lucratifs ?
tiver des légumes, au lieu d'aller se dandiner partout pour trou-
ver de quoi se mettre sous la dent. Parler d'une dénonciation, c'est bien beau, mais nous ne som-
mes pas entendues. Autour du siège de notre association, nous

16 JDJ n°286 - juin 2009


Dossier

sommes entourées des bistrots, des hôtels, où la jeunesse est dans les jours à venir, nous aurons des résultats positifs. Main
utilisée des journées entières. Nous dénonçons les abus contre dans la main, nous y arriverons.
les mineurs au niveau de la commune, parce que les autorités
doivent être saisies. Mais, nos actions n'aboutissent à rien. Nous
avions organisé des activités de plaidoyer en faveur de ces en-
Quels sont les partenaires qui
fants, mais elles ont été négligées par les autorités locales qui vous soutiennent dans vos
s'intéressent plus aux politiciens, aux musiciens… Déjà, nous
sommes en conflit avec les voisins du fait que nous ne sommes initiatives ?
pas d'accord avec ce qu'ils font. Mais, ces gens sont soutenus et
protégés. Voila pourquoi on dit ici que la commune de Makala, Ils sont nombreux : le Fonds des Nations unies pour la Popula-
c'est l'obscurité, tout est noir. Nous savons cependant qu'il y a tion (UNFPA), le Conseil national des organisations non gou-
une lumière qui nous éclaire. Nous essayons d'impliquer nos vernementales de développement du Congo (CNONGD), et des
autorités dans ce que nous faisions, et souvent, nos dossiers partenaires étrangers comme la Fraternité mondiale pour le dé-
trainent à la commune. Cela ne nous décourage pas pour autant, veloppement (FMD), la structure «Double Afrique»… Pour le
car nous tenons à mener des actions concrètes coûte que coûte. moment, nous travaillons avec nos moyens de bord. Nous ne
Nous ne pouvons pas sauter d'échelons et nous rendre directe- tenons plus compte de tous ces partenaires.
ment à l'Hôtel de ville. Mais, comme nous ne voyons presque Interview réalisée par Christelle LUZAMBA
rien de concret, nous préférons monter d'échelon. Espérons que,

Portrait : Rolin Walekasa,


responsable de famille à 11 ans
À 11 ans, Rolin Walekasa porte déjà le poids de sa famille. Victime du divorce de ses parents, cet aîné,
fils unique d'un foyer de trois enfants, a interrompu ses études en 5ème année primaire pour se lancer
dans la vente de l'eau en sachet, l'une des activités les plus courantes à Kinshasa où l'enfant est beau-
coup plus exploité.

Hébergé avec sa mère et sa sœur cadette à Kingasani, un quar- Chaque jour, je débourse 300 FC pour permettre à ma mère
tier pauvre de la capitale, dans la commune de Kimbanseke, de préparer le repas unique. À ma sœur cadette, je remets 200
ce jeune garçon quitte chaque jour son domicile de bonne FC pour qu'elle ne manque pas de quoi s'acheter un paquet
heure pour exercer son activité au centre-ville. Depuis la sé- de biscuits comme bon nombre d'enfants de famille aisée. Au
paration de ses parents, Rolin Walekasa est contraint de tra- courant de la journée, j'utilise juste 200 FC pour me nourrir
vailler pour subvenir aux besoins de sa famille. Mineur pour- afin de tenir le coup pendant les heures de service. En fin de
tant, n'ayant pas de choix, il n'arrive plus à jouir de ses droits. compte, je ne peux qu'économiser 200 FC qui, bien entendu,
Originaire de la province du Bandundu, son père, sous la pres- ne me permettront pas de payer mes études. J'épargne ces
sion familiale, a répudié sa mère d'origine luba du Kasaï pour frais pour prévenir des cas de maladie et d'autres urgences
se remarier ailleurs. Dans sa révolte, il a juste emporté une inattendues».
des deux filles du couple, laissant Rolin et la cadette sous la Aujourd'hui, le rêve de Rolin est de retrouver le chemin de
charge de son ex-épouse. Comme sa mère, choquée par les l'école et de vivre dans de bonnes conditions sociales avec sa
événements, n'entreprenait aucune activité lucrative pour famille. La vente de l'eau en sachet est sa seule arme et l'es-
nourrir le foyer, le fils unique a décidé de prendre le taureau poir son seul appui.
par les cornes. Candy KASONGA TSHITA
Petite taille (1,50 m), cheveux crépus, yeux étirés, sac de sa-
chets d'eau sur la tête, Rolin Walekasa est très actif aux heu-
res de service sur le boulevard du 30 juin, la principale artère
du centre-ville de Kinshasa. «Mayi, mayi, eau pure», crie-t-il
en bégayant à longueur de journée, le regard rivé sur les pas-
sagers des véhicules et quelques passants.
Avec 1.500 francs congolais (environ 2 dollars) de revenus
journaliers, cet enfant réussit tant bien que mal à soulager sa
petite famille, plongée dans la misère. «Avec 1.500 FC, ra-
conte-t-il, je consacre 600 FC pour mes frais de transport.

JDJ n°286 - juin 2009 17


Dossier

Laurent Taunya : «La loi portant protection des enfants


mineurs doit être vulgarisée»
Diplômé de la faculté de Droit de l'Université de Kinshasa (Unikin), Laurent Taunya est juge au Tribu-
nal de paix de Kinshasa/Gombe. Marié et père de deux enfants, il s'occupe particulièrement de la
Chambre des mineurs. Dans l'interview ci-dessous, il revient sur ce que prévoit la loi sur l'exploitation
des mineurs en RDC.

La RDC est citée parmi les pays En tant que juge, avez-vous déjà
où l'on compte le plus grand été saisi de cas de l'exploitation
nombre d'enfants exploités dans des enfants mineurs?
les rangs des groupes militaires, La réponse est affirmative parce que je suis affecté à la Cham-
dans les zones minières… Avez- bre des mineurs. En clair, lorsque les enfants sont en conflit
avec la loi, c'est nous qui sommes saisis. Et lorsqu'il y a des
vous un commentaire à faire à abus qui sont commis sur les enfants, c'est également nous qui
ce sujet ? sommes interpellés. Toutefois, il y a lieu de souligner que les
sollicitations sont encore peu nombreuses parce que la plupart
Je constate que c'est une situation dramatique qui viole tous de nos compatriotes n'ont pas encore la culture de saisir le
les instruments juridiques internationaux en matière de pro- juge des enfants. Je pense qu'avec la campagne de vulgarisa-
tection de droits des enfants. Il est malheureux de savoir que tion que nous menons sur la nouvelle loi sur les enfants, les
la République Démocratique du Congo, est le théâtre où se Congolais comprendrons et nous aiderons à mettre fin à ce
déroule ce drame. Toutefois, il faut reconnaître qu'un effort phénomène. Compte tenu de l'ampleur que prend le phéno-
est en train d'être fait dans notre pays pour la démobilisation mène dans notre pays, j'ai personnellement, avec les moyens
des enfants soldats, mais surtout pour empêcher que d'autres du bord, pris l'engagement de défendre les droits des enfants
soient recrutés. Je me félicite personnellement, parce que le en intervenant dans la presse. Malheureusement, le sujet sem-
combat que nous menons est couronné de succès avec la pro- ble peut intéresser les ONG. J'aurais même voulu voir l'État
mulgation de la loi n°009/001 du 10 janvier 2009 portant pro- créer des structures pour vulgariser la loi sus évoquée. Mais,
tection de l'enfant. Dans le temps, il n'y avait que des instru- je crois qu'avec les démarches que nous menons à ce sujet,
ments juridiques internationaux qui, du reste, étaient en dé- nous serons écoutés et suivis un jour.
phasage total avec les lois de notre pays. Aujourd'hui, nous
avons l'avantage d'avoir une loi qui règle cette question. Que suggérez-vous pour mettre
un terme à l'exploitation des
Que prévoit la loi congolaise
enfants mineurs en RDC ?
pour lutter contre le travail des
enfants ? Pour mettre un terme à l'exploitation des enfants dans notre
pays, une seule solution s'impose : vulgariser la loi n°009/001
Dans un premier temps, la loi interdit le travail des enfants. du 10 janvier 2009 portant protection de l'enfant. Pour ce faire,
C'est le principe général. Deuxièmement, elle prévoit une dé- il faut que l'État mette des moyens conséquents pour mener la
rogation. À ce sujet, elle stipule qu'un enfant qui a atteint campagne de vulgarisation. Parce qu'on ne doit pas demander
l'âge de 15 ans peut travailler avec l'autorisation d'un juge des aux juges de condamner, alors que la population n'est pas in-
enfants. La loi indique qu'il ne peut faire que des travaux lé- formée. J'insiste pour que la loi soit portée à la connaissance
gers, compatibles avec sa santé et sa force. La même loi pré- de tout le monde afin que les juges aient des arguments pour
cise qu'ils ne peuvent pas travailler pendant la nuit. En plus, sanctionner ceux qui violeraient la loi.
lorsqu'un enfant travaille pendant la journée, ce qu'il exerce
comme métier ne peut pas dépasser quatre heures.

18 JDJ n°286 - juin 2009


Dossier

Avez-vous des preuves pour Quelles sont les sanctions prévues


affirmer que la loi n'est pas contre ceux qui exploitent les
connue du grand public ? enfants mineurs ?
Mon affirmation est basée sur une enquête que j'ai menée Les sanctions sont différentes. Il y a des sanctions qui exigent
dans les milieux de ceux qui sont censés appliquer la loi. J'étais des amendes. Pour ce cas, le montant à payer est fixé par le
déçu de constater que bon nombre parmi eux ignoraient la- juge. Pour certains cas, les abus commis ouvrent les portes de
dite loi. Promulguée en janvier 2009, cette loi est méconnue, la prison à leurs auteurs. La condamnation varie entre 5 et 10
jusqu'à présent, de plusieurs magistrats. Il faut reconnaître ans.
que tout le monde ne sait pas acheter le journal officiel qui Interview réalisée par
coûte 20 dollars américains. Jupsie IKANDO

Travail de l'enfant : ce que dit la loi


Les droits de l'enfant sont marginalisés en RDC, alors que ceux-ci sont garantis par les textes de lois en
vigueur. Faute de protection de la part des autorités, nombre d'entre eux sont exploités. Ainsi voit-on
des mineurs exécuter des travaux qui dépassent leur âge.

Le travail est pour chacun un droit et un devoir. Il constitue uneLa loi se veut plus précise à son point c quand elle souligne
obligation morale pour tous ceux qui n'en sont pas empêchés «qu'une personne âgée de 15 ans ne peut être engagée ou main-
par l'âge ou l'inaptitude au travail constatée par un médecin, tenue en service que pour l'exécution de travaux légers et salu-
stipule l'article 2, alinéa 1er , du Code du travail. En son alinéa 2,
bres prévus par un arrêté du Ministère ayant le Travail et la
la loi spécifie expressément que «le travail forcé ou obligatoire Prévoyance Sociale dans ses attributions, pris en application de
est interdit». l'article 38 du Code du travail». «Toute forme de recrutement
Tombe également sous le coup de l'interdiction, ajoute le même est interdite sur tout le territoire national», poursuit la loi.
article, «tout travail ou service exigé d'un individu sous menace
d'une peine quelconque et pour lequel ledit individu ne s'est pas Devoirs des parents et de l'État
offert de plein gré».
En son article 3, le Code du travail va plus loin lorsqu'il formule «Tout enfant mineur a le droit de jouir de la protection de sa
que «toutes les pires formes de travail des enfants sont abolies». famille, de la société et des pouvoirs, renseigne l'article 41 de la
Selon le Législateur, l'expression «les pires formes de travail Constitution promulguée le 18 février 2006. Les parents ont le
des enfants» désigne notamment, «les travaux qui, par leur na- devoir de prendre soin de leurs enfants et d'assurer leur protec-
ture ou les conditions dans lesquelles ils s'exercent, sont sus- tion contre tout acte de violence tant à l'intérieur qu'à l'extérieur
ceptibles de nuire à la santé, à la sécurité, à la dignité ou à la du foyer».
moralité de l'enfant». Pour leur part, stipule le même article, en son alinéa 6,les pou-
Sur terrain, on constate cependant que des enfants qui ont moins voirs publics, «ont l'obligation d'assurer une protection aux en-
de 18 ans sont souvent exploités. Pourtant, l'article 36 de la Cons- fants en situation difficile et de déférer, devant la justice, les
titution définit comme mineur «toute personne sans distinction auteurs et les complices des actes de violence à l'égard des en-
de sexe, qui n'a pas encore atteint 18 ans révolus». fants».
Par ailleurs, l'État met un accent particulier sur l'abandon et la
Précisions maltraitance des enfants, notamment la pédophilie, les abus
sexuels ainsi que l'accusation de [Link], tous les droits
Le Code du travail précise à ce sujet qu'au sens de cette loi, la s'appliquent à tout enfant sans exception. Bien plus, l'État a l'obli-
capacité de contracter est fixée à 16 ans sous réserve de certai- gation de protéger ledit enfant contre toute forme de discrimina-
nes dispositions. Parmi celles-ci le point a de l'article 6 du Code tion en prenant des mesures positives pour favoriser le respect
du travail indique qu'«une personne âgée de 15 ans ne peut être de ses droits.
engagée ou maintenue en service que moyennant dérogation Florence MBUYI
expresse de l'Inspecteur du Travail et de l'autorité parentale ou
tutélaire».

JDJ n°286 - juin 2009 19


Dossier

Les enfants se lancent en masse


dans la débrouillardise
Le travail des enfants est devenu une pratique courante à Kinshasa comme en provinces. Selon la loi
congolaise, un mineur n'a pas droit au travail. Mais dans plusieurs familles, ce sont les enfants qui ont la
charge de leurs parents. En quête de survie, ils s'adonnent aux petits métiers ou se muent carrément en
vendeurs ambulants et prennent d'assaut les bâtiments publics, les grandes artères, les marchés et autres
sites fréquentés. Issus en majorité de familles pauvres, ils viennent des coins les plus reculés de la capitale.

Vêtements et chaussures usés, marchandises à la main, des «Moi, j'ai 12 ans et j'habite Mikonga, relaye Vale Ilondo, cireur
centaines d'enfants quittent le domicile familial dans la mati- au marché Gambela. Je suis troisième d'une famille de quatre
née en direction du centre-ville, et particulièrement des mar- enfants. Mon père est au chômage et ma mère doit s'occuper de
chés de la capitale. Ils viennent pour la plupart des communes notre sœur cadette. Moi et mes deux grands-frères travaillons
populeuses de Kimbanseke, Kisenso, Masina… Leur objectif : pour que nos parents et notre petite-sœur ne manquent de rien».
trouver de quoi nourrir leurs familles.
Porteurs, courtiers, cireurs, «esthéticiens» (Bana vernis), mar- Partage des responsabilités
chands ambulants, et surtout vendeurs d'«eau pure» et des sa-
Fils d'un soldat, élève dans une école de la capitale, Marcellin
chets, ils se livrent à ces petits métiers et à d'autres activités
M. vend des légumes aux étudiants de l'UPN. «Nous habitons la
lucratives pour subvenir aux besoins de leurs foyers. Ils sont
commune de Selembao, rapporte cet adolescent de 15 ans. Mon
quotidiennement présents pour vendre des marchandises ou
père et ma mère cultivent des légumes. Ils m'envoient chaque
pour rendre des services à vil prix. Le plus souvent, ils font la
vaisselle, la lessive, puisent de l'eau ou se muent en garçons de jour à l'UPN pour vendre nos produits aux étudiants qui comp-
course. tent parmi nos clients. Cette activité nous rapporte des sous qui
me permettent de payer mes frais scolaires».
Comme les garçons, les filles aussi prennent tôt les responsabili-
Ils n'ont plus de complexes tés. Orpheline, Gina Mayemba, 13 ans, est employée dans un
Confondus parmi les adultes, ils n'ont plus de complexes face restaurant au marché de l'UPN. «Mon employeuse, relate-t-elle,
à des concurrents aguerris et musclés. Leur survie en dépend. est une femme qui me confie chaque jour des tâches très diffici-
Dans cette jungle où triomphe la loi du plus fort, ils n'ont pas les : remplir de gros bidons d'eau, nettoyer des assiettes, faire
de choix. Leur revenu quotidien varie entre 3.000 et 5.000 francs des courses… C'est pénible, ce job ! Mais, je n'ai pas de choix».
congolais, soit l'équivalent de 3 à 6 dollars Us. Résidant chez son oncle au quartier Camping, dans la commune
Laurry Tabana, 14 ans, est l'aîné d'une famille de 6 enfants, de Selembao, Gina Mayemba tâche de subvenir aux besoins de
résidant à Kingasani, un quartier chaud de la commune de sa famille. Sentinelle, l'oncle qui l'héberge avec son frère, ne ga-
Kimbanseke. Après le décès de son père, il est devenu le pou- gne pas grand'chose. «Grâce à mes maigres revenus, reconnait-
mon du foyer. «Ma mère n'était plus en mesure de nous scola- elle, j'arrive quand même à trouver de quoi nourrir mon jeune
riser, raconte-t-il. Je me suis trouvé dans l'obligation d'arrêter frère et moi-même».
mes études en 3ème année primaire pour me lancer dans la vente
des sachets au marché central de Kinshasa, comme bon nom-
bre d'enfants de mon âge. Dès lors, c'est moi qui prends désor-
Suppléer aux maigres ressources
mais en charge ma mère et mes cinq frères». des parents
L'histoire de Laurry Tabana se confond curieusement à celle
d'Anderson Kapinga, âgé lui aussi de 14 ans. «Je suis cireur à Confronté à une situation analogue, Placide Tshiombe, 11 ans,
l'Université pédagogique nationale (UPN), nous confie-t-il. est devenu esthéticien ambulant, communément appelé «Bana
J'habite avec ma mère et mes frères à Binza Delvaux, dans la vernis». Fils unique, orphelin de père, il sillonne les rues de la
commune de Ngaliema. Je n'étudie plus depuis que mes pa- capitale pour faire de la manucure et de la pédicure à longueur de
rents ont divorcé. J'ai dû interrompre mes études en 4ème année journée afin de suppléer aux maigres ressources de sa mère qui
primaire pour suppléer aux charges de ma famille. Mes clients est tresseuse de cheveux dans son quartier Masina Sans fil.
me font confiance malgré mon jeune âge. Et mon job me rap- «Les ressources de ma mère servent à payer le loyer mensuel,
porte 3.000 FC (environ 3 dollars, NDLR) par jour. J'ai une moi, je prends totalement en charge le repas quotidien», affirme
épargne qui correspond à mes besoins. Ma mère et mes frères avec amertume ce jeune orphelin qui aurait bien voulu être sur le
trouvent aussi leur compte. Conscient de mes responsabilités, banc de l'école pour préparer un avenir meilleur.
je jouis de ma liberté. Je n'accepte pas d'être au service de
quelqu'un». Rose KABANGI, Maryse KABANGI et Delly LUNZALA

20 JDJ n°286 - juin 2009


80 à 98 pour cent des enfants ont signalé
une forme de violence à la maison

Conseil des droits de l'Homme : rapport


sur la journée des droits de l'enfant
Les 20 ans de la Convention sur les droits
de l'enfant : résultats et défis pour son
achèvement complet (1)
par le CRIN (2)
Séance du matin – Promouvoir la mise en application de la Convention au niveau international

Discours Mr Philip O”Brien – directeur de Private La bureaucratie et


Fundraising and Partnerships (levée de
d'ouverture fonds privés et partenariats) de les violences faites
l'UNICEF à Genève a continué en argu-
Ms Navanethem Pillay, Haut Commis- mentant que «le partenariat est primor-
aux enfants
saire des Nations unies pour les droits dial» à la réalisation des droits des en-
de l'homme a inauguré les discours Ms Jahangir a déclaré qu'elle attendait
fants. Il a remarqué la charge de travail
d'ouverture. Elle a déclaré que bien que avec impatience la mise en fonction d'un
ahurissante du Comité, et l'importance
représentant spécial du Secrétaire géné-
dans certaines parties du monde les en- du rôle du groupe des ONG pour la CDE
ral (RSSG) sur les violences contre les
fants ne soient plus considérés comme à aider à la réalisation des droits des
enfants, «car nous croyons que cela
étant la propriété des parents, ou des ré- enfants. Il a maintenu que les partena-
aidera l'intégration de la problématique
cipients passifs de bienveillance, mais riats public/privé s'avèrent être de plus
comme des détenteurs de droits, cette de la violence dans toutes les procédu-
en plus efficaces pour aborder certains
opinion n'est pas très répandue et «il res spéciales». Au sein du comité, ses
des problèmes auxquels les enfants font
membres ont discuté et identifié les be-
subsiste des raisons sérieuses de s'in- face.
soins de prendre en considération les
quiéter». Il a également souligné l'importance de droits des enfants dans tous les domai-
Elle a mentionné que l'étude des Nations la programmation basée sur les droits nes de leur travail. Ils ont également pla-
unies sur la violence contre les enfants plutôt qu'une approche se limitant à réa- nifié plus de coordination avec le Co-
rapporte que 80 à 98 pour cent des en- liser les besoins immédiats des enfants. mité des droits de l'enfant ainsi que plus
fants ont signalé une forme de violence Mr O'Brien a également insisté sur le de consultations avec les enfants eux-
à la maison. besoin des enfants à avoir accès à toute mêmes. Ms Jahangir a également prévu
«Il est nécessaire de traduire notre en- information pouvant les aider à réaliser de s'étendre plus amplement sur les en-
gagement et notre travail sur les droits leurs droits. fants et leur liberté de religion, en dépit
des enfants en une réalité palpable pour Ms Asma Jahangir, présidente du Comité du droit des parents d'offrir des conseils
eux» a-t-elle conclu. de coordination des procédures spécia- sur les différentes religions.
Mr Dainius Puras, membre du Comité les, a relevé un grand nombre de man- «Nous avons tort de présumer qu'en s'at-
sur les droits de l'enfant a déclaré: dats concernant les enfants. Il y a ce- taquant à une situation de droit humain
«Beaucoup trop de choses n'ont pas en- pendant beaucoup de duplications, a-t- en général, nous prenons en compte les
core été accomplies. Beaucoup de cho- elle ajouté, et les droits des enfants peu- enfants», a-t-elle conclu.
ses restent à faire. Chaque état fait face vent être adressés indirectement à tra-
à des défis, en particulier dans le con- vers presque tous les mandats. En tant
texte de la crise économique actuelle». que rapporteur spécial sur la liberté de
Mr Puras a également parlé des défis religion, elle a notamment fait un rap-
auxquels le travail du Comité est con- port sur la problématique des enfants
fronté, notamment le retard dans les rap- accusés de sorcellerie.
ports à examiner et le fait qu'il n'a pas
reçu de rapports excellents de certains.
Il a également mentionné que, bien que (1) Compte rendu de la 10ème séance du Conseil des droits de l'Homme consacrée aux droits de l'enfant qui s'est
tenue le mercredi 11 mars 2009
la charge de travail du Comité ait aug-
(2) [Link]
menté, le secrétariat assistant le Comité
(3) Pour en savoir plus à propos de la Révision Périodique Universelle (RPU)[Link]/francais/[Link]
avait en fait diminué.

JDJ n°286 - juin 2009 21


La mise en fonction d'un représentant spécial
du Secrétaire général

Les droits de fants le message que la violence est un nale pourrait amener des améliorations
moyen acceptable de résoudre les con- dans la réalisation des droits de l'enfant.
l'enfant et l'examen flits», a-t-elle ajouté (4) . Le médiateur polonais pour les enfants
périodique a ajouté que le Comité devrait être en
mesure d'examiner les plaintes d'indi-
universel Interventions de vidus qui prétendent être les victimes
de violation de droits de l'enfant. Le Co-
Mr. Alan Kikuchi-White, du groupe des l'Assemblée mité n'est que le traité sans une procé-
ONG pour la Convention sur les droits dure de ce genre. «Si nous voulons trai-
de l'enfant, a parlé du rôle de l'examen La République tchèque a déclaré qu'en- ter les droits de nos enfants sérieuse-
périodique universel (3) dans la promo- lever les réserves pouvaient avoir un ef- ment, cela devrait être créé dans un fu-
tion des droits de l'enfant. Il a déclaré fet significatif sur la réalisation des tur proche», a-t-il conclu.
«qu'il reste beaucoup à faire, par les in- droits de l'enfant. Un représentant de la Commission des
tervenants et le Conseil pour assurer Son délégué a dit que l'UE était enga- droits de l'homme des Philippines a dé-
que les questions sur certains ensem- gée à intégrer les droits de l'enfant dans claré être inquiet que la crise économi-
bles de droits négligés, tels que par tous les aspects de son travail interne et que mondiale force les gouvernements
exemple les droits civils et les libertés, externe. Il a demandé au panel: est-il à adopter des programmes austères.
l'environnement familial et les soins al- possible d'évaluer dès maintenant la «Nous espérons que les gouvernements
ternatifs, ainsi que, non le moindre, la manière dont les mécanismes de la CDE continueront leurs programmes pour les
participation des enfants dans tous les traitent des droits de l'enfant dans leurs enfants, s'ils ne décident pas de les aug-
domaines de la vie sociale soient repré- mandats ? Quels sont les solutions con- menter» a-t-elle déclaré. Elle a égale-
sentés de manière adéquate pendant la crètes proposées par le Comité au-delà ment préconisé que ASEAN (l'associa-
procédure d'examen». de 2010 pour sortir des situations diffi- tion des États d'Asie du sud-est) crée
Il s'est également attardé à attirer l'at- ciles de retards accumulés ou de délais une commission sur les femmes et les
tention sur l'évolution d'un «langage de de rapport ? enfants et a déclaré qu'elle soutenait la
recommandations» plus clair et plus ex- Finalement, il a aussi demandé pourquoi procédure de plainte/communication de
plicite lors d'un dialogue interactif. il y avait un retard dans la nomination la CDE ainsi que la prompte nomina-
«Alors que nous pouvons révéler la na- du RSSG sur la violence et a demandé tion d'un RSSG sur la violence.
ture imprécise de certaines recomman- à recevoir une mise à jour de la procé- Une déclaration faite par l'alliance Save
dations, il faut noter les cas où d'im- dure. the Children a fait remarquer que cela
portantes questions et observations sur
Le délégué du Chili a également rap- fait deux ans que les conclusions de
les droits de l'enfant soulevées lors d'an-
porté que GRULAG (groupe des pays l'étude de l'ONU sur la violence contre
ciens dialogues n'ont pas été incorpo-
d'Amérique Latine et des Caraïbes) était les enfants ont été rendues et qu'un
rées dans les recommandations listées,
également très inquiet qu'il n'y ait tou- RSSG n'a toujours pas été élu. «Cela
simplement dû au langage utilisé» a-t-
jours pas eu de désignation d'un RSSG provoque une perte d'élan injustifiable
il déclaré.
et que peu d'information sur la procé- pour les actions rapides», a-t-il insisté.
dure de nomination soit disponible. Il Le besoin urgent d'une procédure de
en est venu à demander ce que les plainte/communication pour la Conven-
L'opinion panelistes pensent être les principales tion sur les droits de l'enfant a été sou-
lacunes du système de l'ONU en ce qui ligné par le groupe des ONG du groupe
européenne concerne la gestion des droits de l'en- de travail sur les mécanismes de plain-
fant, ce qu'il en est des recommanda- tes de la CDE. Il disait que: «Les en-
Ms Maud de Boer-Buquicchio, Secré-
tions de l'EPU ainsi que comment as- fants ne devraient pas avoir à attendre
taire générale adjointe du Conseil de
surer l'adoption de meilleures recom- plus longtemps cet élément nécessaire
l'Europe a demandé: «Quel chemin
mandations. à la promotion et à la sauvegarde de
avons-nous parcouru et combien de pro-
La Slovaquie a déploré le manque de leurs droits». Lire ici la déclaration en
messes avons nous tenues ?» Elle a
procédures de communications pour la entier.
ajouté que «le point de départ de notre
travail est de reconnaître que les enfants Convention sur les droits de l'enfant.
ne sont pas des mini-personnes avec de Son délégué a dit que même là où des
mini-droits». remèdes nationaux existent, son pays est
convaincu qu'une procédure internatio-
Elle a déclaré que les gens vont fré-
quemment parler des droits des enfants,
quand en réalité ils parlent des droits
sur les enfants. «J'ai la conviction que
(4) Pour son rapport complet (mais en Anglais), voir : [Link]/docs/FileManager/
la punition corporelle envoie aux en- ms.maud_de_boerbuquicchio.pdf

22 JDJ n°286 - juin 2009


Mettre fin à l'impunité des auteurs
de crimes sexuels

Conflits armés :
Le Conseil de sécurité
Réactions

compte élargir les critères


Mr Danius Puras a répondu à certaines
des questions posées. Il a dit que des

de la «liste de la honte» (1)


solutions à long terme visant à aborder
la charge de travail du Comité étaient
nécessaires, ainsi que l'addition d'une
deuxième chambre. Il a déclaré que plus
de coordination entre toutes les parties
Le Conseil de sécurité, lors d'un débat mercredi marqué par le témoignage dou-
était nécessaire pour assurer une
loureux d'une ex-enfant soldat, a reconnu l'importance d'inscrire les parties à un
meilleure mise en application. En ce qui
conflit qui commettent des meurtres et des mutilations ou «des actes de viol et
concerne la procédure de plainte/com-
autres formes de violence sexuelle» sur la double liste figurant en annexe des
munication, il a confirmé le fait que le
rapports du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés, ajoutant qu'il
Comité soutient sa création.
prendrait des mesures «dans les trois mois».
Mr O'Brien a dit que l'état de la réforme
«La violence sexuelle est un crime terrible et ses auteurs doivent être punis», a
nationale était un domaine important
lancé l'ex-enfant soldat, Grace Akallo, dont l'intervention a été saluée, de façon
auquel se consacrer dans les prochai-
exceptionnelle, par les applaudissements du Conseil de sécurité. «Cela doit ces-
nes années.
ser», a-t-elle ajouté.
Mr Kickuchi-White a mis le doigt sur
Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a demandé au Conseil de sécu-
deux catégories de droits négligées et
rité de s'inspirer des paroles de Grace Akallo. «Vous devrez tenir compte de son
n'étant pas considérées comme signifi-
courage et de sa capacité de résilience», a-t-il dit, l'exhortant à intensifier son
catives pour le procédé de l'EPU. C'est
action en vue de mettre fin à l'impunité des auteurs de crimes sexuels. M. Ban a
pourquoi il a suggéré que les droits ci-
recommandé au Conseil d'élargir les critères pour les annexes de son rapport,
vils et libertés pourraient être un sujet
afin que celles-ci puissent inclure «les parties qui commettent des viols et d'autres
de discussion adéquat pour l'année pro-
violences sexuelles contre des enfants dans les conflits armés».
chaine.
Dans une déclaration présidentielle, lue à l'issue du débat au nom de tous ses
Il a également noté les lacunes dans la
membres, le Conseil de sécurité a condamné à nouveau, «avec la même éner-
protection des enfants en matière de
gie, la poursuite du recrutement et de l'emploi d'enfants dans des conflits ar-
soins alternatifs et le manque de parti-
més», ainsi que les autres violations graves commises contre des enfants en
cipation des enfants au Conseil des
période de conflit armé.
droits de l'homme.
Le Conseil «exige de toutes les parties concernées qu'elles mettent fin immé-
Il a ajouté que la procédure de plainte/
diatement à ce genre de pratiques et prennent des mesures spéciales pour pro-
communication de la CDE pourrait
téger les enfants». Il «demande une nouvelle fois» aux parties figurant sur les
compléter la structure institutionnelle
listes jointes en annexe au rapport du Secrétaire général «d'élaborer et d'exécu-
existante pour s'atteler à une réalisation
ter des plans d'action concrets, assortis d'échéances pour mettre un terme au
totale des droits des enfants.
recrutement et à l'utilisation d'enfants».
Ms Maud de Boer-Buquicchio a dit que
Le Conseil s'est dit en particulier préoccupé par «le grand nombre de viols et
les origines du manque de succès dans
autres formes de violence sexuelle commis avec une extrême brutalité contre
ce domaine résultaient du fait que la plu-
des enfants, filles comme garçons, dans le cadre de conflits armés».
part des gens ne reconnaissent pas les
enfants comme des personnes détentri- Il déclare reconnaître «l'importance d'insérer dans les annexes des rapports du
ces de droits. Elle a ajouté qu'il y avait Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés les parties aux conflits
un besoin de stratégies réelles pour les armés qui commettent des meurtres et mutilations d'enfants interdits par le droit
droits de l'enfant au niveau national, international applicable ou des actes de viol et autres formes de violence sexuelle
c'est-à-dire des nouvelles politiques à l'égard d'enfants qui sont interdits par le droit international applicable, dans
ainsi que des nouvelle lois, et qu'il fal- des situations de conflit armé, et il indique qu'il entend continuer d'examiner
lait une bonne coordination entre les dif- cette question pour prendre des mesures dans les trois mois à compter de la
férents mécanismes de mise en appli- présente date».
cation.
Informations supplémentaires Pour de plus amples informations, contacter: UN - United Nations Public
Inquiries Unit GA-57, New York, NY 10017; tél: +1 212 963 4475; Fax: +1 212
[Link]/resources/
963 0071; email: inquiries@[Link]; web: [Link]
[Link]?ID=20027&flag=report
( 1) Extrait de la lettre d'information du CRIN. Pour y souscrire : [Link]

JDJ n°286 - juin 2009 23


Quel statut pour nos enfants ?

«Le mineur dans tous ses états»


23 avril 2009, colloque de la
Conférence du Jeune Barreau
de Nivelles
Compte rendu par Madeleine Genot (1)

«Le mineur dans tous ses états», intitulé accrocheur pour un colloque composé d'inter-
ventions aussi variées qu'intéressantes. Organisé par la Conférence du Jeune Barreau de
Nivelles, ce colloque a eu lieu le 23 avril 2009 à Louvain-la-Neuve. Nous en proposons un
compte rendu afin de partager les riches réflexions qui en sont issues.

Introduction – l'enfant, le respect de sa liberté et de sa 3. Le processus d'autonomisation, qui


singularité, son droit à développer lui- fait référence au but de l'éducation et
Jean-Louis Renchon (2) même son propre épanouissement,… de la structuration psychologique, c'est-
Autant de notions qui ont progressive- à-dire le fait d'être un jour capable de
Plusieurs thématiques juridiques sont à ment envahi tous les champs de la so- se prendre en charge soi-même.
la croisée d'autres disciplines des scien- ciété (enseignement, famille, etc.). Ce dernier processus se réalise d'autant
ces humaines, telles que la sociologie, Dans son introduction, Jean-Louis mieux si l'enfant peut bénéficier des
la psychologie, l'anthropologie, etc. En Renchon met l'accent sur le fait que la deux autres processus (dans une pers-
matière de droit des mineurs, une ques- question du statut de l'enfant est inti- pective plus juridique : protection et
tion traverse notamment ces différents mement liée à son développement et autorité), qui ont pour objet de préparer
domaines : Quel statut pour nos en- donc également au processus de civili- l'enfant à l'autonomisation.
fants ? sation. Si on se réfère aux concepts psy-
Jusqu'il y a peu, en quelque sorte, cette chologiques, on peut synthétiser le dé-
question ne posait pas trop de problè- veloppement de l'enfant en trois proces-
mes aux juristes : quand on parlait «en- sus successifs: La responsabilité
fant», on parlait automatiquement «pro- 1. Le processus d'attachement, qui ren-
tection». Même si certains historiens di- voie au besoin de l'enfant d'être pris en
civile des parents –
ront que cette notion n'est arrivée qu'à charge, d'être sécurisé et correspondant Audrey Putz (3)
la fin du 19 ème siècle, il faut noter que au concept juridique de la protection,
déjà dans le Code Napoléon, la notion qui comprend notamment le mécanisme Au début de sa vie, l'enfant dépend com-
de protection était présente à travers de la garde. plètement de ses parents, mais il devra
celle d'autorité parentale. L'autorité re- 2. Le processus d'identification, qui per- rapidement trouver son chemin comme
connue aux parents avait pour objet la met aux enfants d'entrer dans le monde l'impose le concept d'autonomisation, si
protection des enfants. des humains avec ses valeurs, ses limi- important dans notre société.
À la fin du 20ème siècle et plus particu- tes, ses interdits,… Ce processus se réa- Beaucoup de parents s'interrogent sur
lièrement à partir de la période de mai lise à travers les règles et les adultes, le bien-être de l'enfant. La situation fa-
'68, tout bascule dans la lignée de en d'autres termes, à travers l'autorité. miliale a été bouleversée : le divorce est
l'émergence des idées d'émancipation et
d'autonomie qui influencent le droit ac- (1) DEI Belgique
tuel. Ce basculement a eu une incidence (2) Doyen de la Faculté de droit de l'Université catholique de Louvain, Professeur extraordinaire, avocat au
sur le statut de l'enfant qui se fonde à barreau de Bruxelles.
présent sur de «nouvelles» idées, telles (3) Assistante en droit des obligations aux Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur, avocate au
que l'autonomie du mineur, les droits de barreau de Nivelles.

24 JDJ n°286 - juin 2009


La «bonne éducation» et
la «surveillance adéquate»

chose courante, les femmes travaillent, n'y a pas de lien causal entre la faute et ponsabilité parentale est un pilier essen-
les familles recomposées sont fréquen- le dommage. tiel de notre système qui assure l'indem-
tes,… Ces bouleversements socio-fami- nisation des victimes. Ensuite, elle cons-
liaux façonnent la personnalité de l'en- Critiques du régime actuel tate que la double présomption prévue
fant, jouent un rôle sur son comporte- dans notre système a entraîné une ju-
ment et questionnent la responsabilité Audrey Pütz exprime plusieurs critiques risprudence confuse emprunte de sub-
des enfants, mais également celle des à l'encontre du système actuel. jectivité et estime qu'il est artificiel de
parents. Selon celle-ci, le postulat de départ est comparer la qualité de l'éducation à un
Le fait du mineur est au cœur de la res- erroné. Il suppose que si les parents édu- fait commis par un enfant, considérant
ponsabilité parentale. Sachant cela, quent correctement leur enfant, ils de- qu'une bonne éducation dépend, non pas
Audrey Pütz a exposé le régime actuel vraient pouvoir empêcher qu'il com- d'éléments extérieurs, comme avoir une
de cette responsabilité pour autrui, pour mette un fait entraînant un dommage. bonne école, avoir vu un psychologue
ensuite examiner les critiques qui lui Pourtant, il est impossible de s'assurer, en cas de problème,… mais dépend da-
sont adressées et enfin envisager les pos- même avec la meilleure éducation qu'il vantage d'une qualité de dialogue qui
sibilités de réforme. soit, qu'un enfant ne commette aucun s'accorde mal avec la notion de faute.
fait dommageable. La Cour considère que la présomption
Le régime actuel En ce qui concerne la «bonne éduca- de faute n'est plus adaptée à notre so-
tion» et la «surveillance adéquate», l'ap- ciété, précisant par ailleurs que le texte
Le régime actuel de responsabilité pa- préciation de ces notions est totalement légal ne prévoit pas cette présomption,
rentale, prévu à l'article 1384 du Code subjective et, les tribunaux éprouvant celle-ci étant une construction jurispru-
civil, veille au respect de deux choses : des difficultés à les apprécier, la juris- dentielle.
d'une part, assurer une meilleure indem- prudence est incohérente. Par consé- La Cour continue en faisant référence
nisation à la victime et d'autre part, as- quent, ces deux notions sont aléatoires au système français qui prévoit une res-
surer une pression sur les parents afin et fragiles. Sans compter qu'elles entraî- ponsabilité objective des parents. Dans
qu'ils exercent au mieux leur autorité nent des débats douloureux et souvent ce régime, les parents sont responsables
parentale. pas nécessaires entre les parents pour du fait de leur enfant uniquement parce
Le texte de l'article 1384 du Code civil tenter d'échapper à leur responsabilité. qu'ils sont parents et non pas parce qu'ils
ne prévoit cependant aucune condition Ces débats devraient être évités. sont présumés avoir commis une faute.
à cette responsabilité parentale. Ce sont En outre, on constate une grande inco- Les parents qui souhaitent renverser
donc la doctrine et la jurisprudence qui hérence entre le déclin de l'autorité pa- cette présomption de responsabilité doi-
amènent des précisions. rentale et l'augmentation de l'indemni- vent dès lors démontrer un fait
La victime d'un fait causé par un mi- sation (et donc de la responsabilité). Le positif (une cause étrangère
neur doit rapporter la preuve de plu- phénomène inverse aurait dû avoir lieu exonératoire), au lieu d'un fait négatif
sieurs conditions : étant donné que tout ce système est basé comme dans notre système (prouver
- les parents sont les parents au sens sur l'idée que les parents sont responsa- qu'on n'a pas donné une mauvaise édu-
strict du terme; bles, car ils sont détenteurs de l'autorité cation).
parentale. On aurait donc dû assister à La Cour, sans affirmer que la responsa-
- les parents doivent exercer leur auto-
un déclin de la responsabilité parentale bilité des parents pour le fait des enfants
rité parentale;
comparable au déclin de l'autorité pa- est une responsabilité sans faute/objec-
- la faute (4) commise par le mineur est rentale. tive, a permis d'éviter le débat subjectif
en lien causal avec le dommage. de la bonne éducation. Une évolution
Si la preuve de ces trois conditions est Évolution du régime est en cours, à suivre !
rapportée, les parents sont présumés res-
Deux arrêts inédits de la Cour d'appel
ponsables. La doctrine
de Bruxelles sont de nature à permettre
Cette présomption de responsabilité des une évolution. Le système actuel est sujet à de nom-
parents renferme en réalité deux pré-
Dans les deux arrêts, la Cour va suivre breuses critiques. Bien que certains
somptions distinctes : une présomption
le même raisonnement théorique. Elle auteurs veuillent le maintenir, la ma-
de faute des parents dans la surveillance
part tout d'abord du constat que la res- jorité considère qu'il faut le réformer
et l'éducation ainsi qu'une présomption
de lien causal entre cette faute et le dom-
mage.
Il est néanmoins possible pour les pa-
(4) Remarquons que la notion de faute a été étendue à l'acte objectivement illicite pour pouvoir y intégrer les
rents de renverser cette présomption en
dommages qui sont causés par des enfants en très bas âge (c'est-à-dire sans faculté de discernement). La notion
démontrant, soit qu'il n'y a pas eu de de faute nécessite que l'acte soit imputable à son auteur, dès lors celui-ci doit être doué de discernement. Un
faute de leur part dans la surveillance acte objectivement illicite pouvant ainsi être défini comme étant un acte qui, s'il avait été commis par une
et l'éducation de leur enfant, soit qu'il personne ayant le discernement, serait une faute.

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Mettre en place une responsabilité objective
couplée avec une assurance obligatoire

et instaurer une responsabilité sans


faute.
Selon Audrey Pütz, il faudrait mettre en
place une responsabilité objective cou-
plée avec une assurance obligatoire. Le
frein qui amène à la non-création de
cette responsabilité civile familiale obli-
gatoire relève dans le fait qu'à partir du
moment où l'on dit qu'une assurance est
obligatoire, il faut assurer un contrôle
et prévoir un fonds d'indemnisation en
cas d'absence d'assurance.
Une proposition de loi de décembre
2007, toujours pendante à la Chambre,
prévoit une responsabilité objective : les
parents sont automatiquement respon-
sables sauf s'ils apportent la preuve
d'une force majeure ou d'une faute de
la victime.
Une question se pose aujourd'hui : Ne
faudrait-il pas repenser le principe de
la responsabilité du fait d'autrui dans son
ensemble et pas seulement la responsa-
bilité des parents pour le fait de leur en- ment liés à la personne du mineur (par La capacité indirecte des mineurs pour
fant ? exemple, le consentement au ma- accomplir des actes «d'administration»
riage, la reconnaissance de son non lésionnaires est une catégorie un
enfant,etc.); peu résiduaire qui mérite quelques mots
- les actes qu'ils sont autorisés à poser d'explication. Pour la comprendre, il
L'accession en vertu de législations particulières; faut se référer aux sanctions applicables
progressive du - les actes juridiques autorisés en vertu
lorsqu'un mineur accomplit seul un acte
qui ne rentre pas dans une des catégo-
mineur à la de principes généraux dégagés par la
ries précitées.
doctrine et la jurisprudence.
majorité : quelques Cette dernière catégorie renferme elle-
Ces sanctions sont la nullité de droit et
la rescision pour lésion. La première
applications – même quatre autres types d'actes :
concerne les actes pour lesquels les re-
- les actes conservatoires, car ils n'en-
Geoffrey Willems (5) gagent pas le patrimoine du mineur
présentants légaux doivent obtenir
l'autorisation du juge de paix pour les
(par exemple, la déclaration d'un si- poser (les actes prévus par l'article 410
Après avoir précisé qu'il ne parlerait pas
nistre à l'assurance, introduire une du Code civil). La deuxième concerne
des mineurs émancipés dans son ex-
action en référé,etc.); les actes pour lesquels cette autorisa-
posé, Geoffrey Willems a rappelé les
principes de base concernant le statut - les actes autorisés en vertu de la théo- tion n'est pas nécessaire (les actes qui
du mineur. rie du mandat (le mineur est consi- ne sont pas repris dans l'article 410 du
déré comme le mandataire de son re- Code civil). Quoi qu'il en soit, ces deux
Le statut des mineurs est celui de l'in-
présentant légal et peut ainsi accom- sanctions ne s'appliquent que si l'annu-
capacité juridique. Ceux-ci sont donc
plir les actes de la vie courante; par lation est demandée dans le cas de la
soumis au régime de l'autorité parentale
exemple, acheter un cd, de la nourri- nullité de droit, ou s'il y a lésion dans le
(ou de la tutelle). Par conséquent, les
ture, etc.); chef du mineur dans le cas de la resci-
mineurs ne peuvent en principe pas po-
- agir et se défendre en justice; sion pour lésion.
ser des actes juridiques eux-mêmes.
- les actes «d'administration» non Par conséquent, on peut parler de capa-
Cependant, il existe certains actes que
lésionnaires pour lesquels les mineurs cité indirecte du mineur, en ce sens que
les mineurs doués de discernement sont
bénéficient d'une capacité indirecte. si la nullité n'est pas demandée ou s'il
autorisés à poser eux-mêmes, sans l'in-
termédiaire du représentant. Ceux-ci
sont de trois types :
- les actes qui ne tolèrent pas la (5) Assistant au Centre de droit de la personne, de la famille et de son Patrimoine à l'Université catholique de
représentation, car ils sont intime- Louvain (sur base d'un texte de Florence Reusens).

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L'enfant va donc être façonné par la manière
dont on applique le droit à son égard

n'y a pas de lésion, l'acte accompli par Dans les divers exemples exposés (se- fait référence à la capacité du sujet de
le mineur continuera à produire ses ef- cret de la correspondance, vie sexuelle, répondre de lui-même et par conséquent
fets. contraception, avortement), une idée de ses actes.
Après avoir expliqué les principes de semble se dégager, selon laquelle le
base, Geoffrey Willems en a proposé droit de surveillance des parents n'est Comment devient-on
quelques applications, dans des contrats pas absolu et varie en fonction de l'âge responsable ?
usuels d'une part et dans des situations et du discernement de l'enfant.
La responsabilisation est un processus
où l'autorité parentale (et donc le prin-
très complexe qui ne se fait pas de ma-
cipe de l'incapacité des mineurs) est en
nière linéaire. Devenir responsable sup-
tension avec la vie privée du mineur,
Le mineur pose d'une part, que le jeune soit im-
d'autre part.
mergé dans des situations qui le dépas-
En ce qui concerne les contrats usuels, délinquant : un sent (il doit «tomber en responsabilité»)
le mineur est soumis au régime de la et, d'autre part, qu'il côtoie des adultes
représentation. Mis à part les actes qui irresponsable responsables, car de la même manière
ne tolèrent pas la représentation, le re- quand même qu'on apprend à parler parce que
présentant légal peut donc poser tous les d'autres nous ont parlé, on apprend à être
actes au nom et pour le compte du mi- responsable ou un responsable parce que d'autres l'ont été
neur (y compris ceux que ce dernier peut
accomplir seul).
responsable un peu avec nous.
Trois questions méritent d'être posées :
Certains aspects de la vie privée du mi- irresponsable –
- Comment le droit contribue-t-il à ini-
neur sont susceptibles de rentrer en con-
flit avec le régime de l'autorité paren-
Thierry Moreau (6) tier le mineur à la responsabilité ?
tale, auquel le mineur est soumis en tant - De quoi parle-t-on quand on parle de
Est-ce que le mineur est un irresponsa-
qu'incapable juridique. Afin de bien sai- responsabilité des jeunes ?
ble quand même responsable ou un res-
sir l'enjeu derrière ce conflit, il y a lieu ponsable un peu irresponsable ? - En quoi la responsabilité des adultes
de se pencher sur la notion de vie pri- peut-elle marquer la responsabilité
vée et ce qu'elle signifie aujourd'hui. La Selon la loi, les mineurs sont pénale-
des jeunes ?
vie privée renvoie à un droit à l'intimité ment irresponsables. Sur le plan hu-
main, on considère que les mineurs sa- Thierry Moreau nous a proposé d'ana-
et plus largement à un droit à l'épanouis- lyser ces questions à travers quatre do-
sement. vent ce qu'ils font. Du point de vue des
droits de l'enfant, on constate que plus maines.
Une série de dispositions légales con- on octroie de droits aux mineurs, plus
sacrent le droit à la vie privée. Cepen- leurs responsabilités augmentent en
I. Le droit et la question du
dant, comme nous l'avons vu, le mineur contrepartie. tiers : qu'est-ce le droit pour
dispose de droits, mais ne peut pas les les jeunes ?
exercer directement. Dès lors, la ques- La question de la responsabilité des mi-
tion qui se pose est de savoir si le droit neurs, nous laisse donc en pleine con- Le droit traduit le monde que l'enfant
à la vie privée est si intimement lié à la fusion. reçoit en héritage et apprendre la loi est
personne que le mineur doit l'exercer Le terme même de responsabilité est une partie de cet héritage. Le droit est
lui-même. Si tel est le cas, dans quelle extrêmement vague. Ce terme existe sur également un signe d'altérité inébran-
mesure l'exercice de ce droit pourrait-il le plan juridique depuis longtemps, par lable, en ce sens que l'enfant ne peut
être restreint par les prérogatives qui ap- contre, c'est un concept philosophique pas faire comme si le droit n'existait pas.
partiennent aux parents au vu de leur très récent. Le concept de responsabi-
Néanmoins, le droit tout seul n'a pas de
autorité parentale ? lité renferme deux notions : être respon- sens, car le droit n'a un sens que parce
Il faut aborder ce sujet sous l'angle de sable signifie à la fois assumer et ré- qu'il y a des personnes qui l'appliquent.
la mission des parents qui consiste à pondre de. L'enfant va donc être façonné par la
amener progressivement l'enfant à Par ailleurs, suivant les disciplines, on manière dont on applique le droit à son
l'autonomie. Le passage à l'autonomie ne met pas toujours en évidence les mê- égard.
ne se fait pas en un seul jour, mais par mes accents de la responsabilité. Par
phases transitoires où petit à petit le exemple, du point de vue juridique, le
mineur peut exercer son autonomie. concept de responsabilité renvoie à la
Il y a un moment où l'on considère que responsabilité civile ou pénale, alors
le mineur a le discernement suffisant que du point de vue psychologique, il
pour opposer des droits à ses propres
parents.
(6) Professeur à l'Université catholique de Louvain, co-directeur du Centre Interdisciplinaire des Droits de l'En-
fant, avocat au barreau de Nivelles.

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Le désengagement actuel de l'État
dans la protection de la jeunesse

Mais que signifie le droit ? Cette incohérence amène inévitable- la sienne. S'il ne dispose pas de ressour-
ment des difficultés en ce qui concerne ces suffisantes pour porter cette respon-
Pendant longtemps on ne s'est pas posé la structuration du mineur. Il est donc sabilité et mener à bien la mesure con-
la question, car le droit traduisait une temps de redéfinir le statut juridique du sentie, tout échec justifiera l'application
référence commune qui se dégageait de mineur. de mesures plus classiques et judiciai-
la religion ou de la philosophie. res. Dans ce cas de figure, une plus
Au départ, le droit n'a pas de sens pour III. La justice des mineurs grande sévérité envers le jeune est jus-
les jeunes. Dès lors, le problème qui se tifiée en considérant qu'il a trahi la con-
La justice des mineurs est fondée sur fiance qu'on avait placée en lui. Par
pose aujourd'hui est que l'on est inca-
deux postulats de départ : exemple, si une médiation échoue, le
pable de signifier au jeune autre chose
que «tu dois respecter la loi parce que - assurer l'ordre et la sécurité publi- jeune en sera tenu pour responsable.
c'est la loi !». On n'arrive donc pas à ques; Cela traduit en réalité une certaine
donner un sens au droit. - apprendre aux jeunes à devenir de déresponsabilisation de l'État, sur les
bons citoyens de demain. jeunes ou leurs parents.
II. L'image morcelée de Avant de continuer, Thierry Moreau fait Le désengagement actuel de l'État dans
l'enfant véhiculée par le remarquer que, sur le plan factuel, les la protection de la jeunesse pose ques-
droit mineurs ne sont pas considérés comme tion. En principe, la responsabilité des
irresponsables, car si tel était le cas, les adultes est de permettre un juste équili-
L'enfant est à la fois même et autre que actes commis par les mineurs n'entraî- bre entre le «mineur-identique» et le
l'adulte. Logiquement, il faut faire co- neraient pas de réaction sociale. «mineur-différent» de l'adulte. Mais si
habiter cette tension en droit. on traite le mineur comme un «mini-
S'ensuit alors un bref exposé des diffé-
L'approche juridique en droit civil est rents modèles qui se sont succédés en adulte», il faut jouer le jeu jusqu'au bout
principalement axée sur la différence et Belgique. Le modèle pénal, puis le mo- et donner aux jeunes les moyens (poli-
met donc en évidence le fait que l'en- dèle protectionnel instauré par la loi du tiques, économiques, sociaux,…) d'être
fant n'est pas encore adulte. Cela donne 8 avril 1965, dite loi de la protection de responsables. Il faut donc que l'État leur
lieu au statut de base du mineur que la jeunesse, et enfin le modèle actuel, donne ces moyens et repense le statut
nous connaissons : incapacité juridique, héritage des années '80, marqué par une du mineur.
autorité parentale, présomption légale application de la loi de 1965 avec un Aujourd'hui l'État n'assume pas sa res-
d'absence de discernement entraînant la esprit beaucoup plus sanctionnel. ponsabilité d'assurer l'équilibre entre le
commission d'un fait qualifié infraction mineur «même» et «différent».
et non une infraction en tant que telle. Ce bref rappel historique a permis de
mettre en évidence des différences dans
Cependant, un certain nombre d'excep-
les méthodes utilisées pour amener les
tions à ce statut de base vont être auto-
risées et entraîner un problème de co-
jeunes à devenir responsables : tantôt en Mineurs face au Net,
affirmant leur responsabilité pénale, tan-
hérence. On pense notamment à la re-
tôt en l'évacuant. mineurs sur le Net –
connaissance, par la Convention rela-
tive aux droits de l'enfant, de certains Selon Thierry Moreau, il n'est pas né- Julie Feld (7)
droits que le mineur peut exercer sans cessaire d'avoir recours à la responsa-
bilité pénale pour apprendre la respon- La particularité lorsqu'on parle des mi-
ses parents.
sabilité aux jeunes. neurs et d'internet est qu'il n'y a aucune
Toutefois, ce système comporte une réglementation spécifique, il n'y a pas
faille non négligeable : la victime. L'in- IV. En quoi consiste la de droit des mineurs sur internet à pro-
capacité du mineur convient pour les si- prement parler. Il s'agit donc de procé-
responsabilité ?
tuations où l'on choisit son der au cas par cas.
cocontractant, mais pas pour celles où On peut donner des responsabilités au
on est victime du mineur. En droit ci- Internet est un nouveau monde, une
jeune ou l'initier à la responsabilité. sorte de monde parallèle à celui dans
vil, la situation est réglée en imputant
En posant de plus en plus de responsa- lequel nous vivons. Julie Feld a exposé
la responsabilité aux parents. Par con-
bilités sur les épaules du jeune, notam- les enjeux de ce «nouveau monde» et
tre, en «droit pénal» (loi du 8 avril
ment en lui laissant le soin de trouver les normes existantes en pointant deux
1965), le mineur doit répondre person-
et de construire seul la solution au pro- problématiques : d'une part, la question
nellement de son acte et il va devoir
blème qu'il a posé, l'État place le jeune de la publicité en ligne et d'autre part,
réparer le dommage dans un processus
dans une situation qui n'est pas encore celle de la protection de la vie privée.
qui suppose sa responsabilité de fait.
L'incohérence est alors flagrante : «tu
es incapable, mais responsable et quand
tu es responsable tu es quand même un (7) Chercheuse eu Centre de Recherche Informatique et Droit des Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix
peu capable». à Namur, avocate au Barreau de Bruxelles.

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Une grande distinction existe entre les MENA
et les mineurs accompagnés

Mineur étranger : sont facilement claires, précises et in- pour des droits marginaux). À aucun
conditionnelles, notamment lorsqu'il moment il n'est prévu que l'on recher-
enfant ou migrant ? – s'agit d'une situation précise dans la- che une solution durable pour eux, res-
quelle il est possible de voir quels sont pectant l'intégrité de l'enfant, alors que
Sylvie Sarolea (8) les intérêts en balance. cela est prévu pour les mineurs étran-
Sylvie Sarolea a commencé son exposé Dans la Convention européenne des gers non accompagnés. Pourtant, l'arti-
par quelques chiffres interpellants. Dans droits de l'homme (CEDH), deux arti- cle 2 de la CIDE interdit toute discri-
l'Union européenne, 9000 mineurs ont cles sont régulièrement invoqués con- mination. Quelle serait la proportionna-
demandé l'asile en 2007 et ils représen- cernant les mineurs étrangers, ce sont lité d'une telle différence de traitement
tent 3% des demandeurs d'asile. En Bel- les articles 8 et 5 qui concernent res- entre les deux ?
gique, il y avait 2000 MENA (mineurs pectivement le droit à la vie privée et La circulaire MENA devrait servir d'ins-
étrangers non accompagnés) en 2007 et familiale et la privation de liberté. Au piration pour mettre en place un système
521 MENA ont introduit des demandes sujet de l'article 5, la Cour européenne de protection des autres mineurs étran-
d'asile en 2008. des droits de l'homme considère étran- gers. L'argument de l'État pour ne pas
En ce qui concerne les MENA, il sub- gement qu'en ce qui concerne la priva- le faire est de dire «dans le cas des mi-
siste encore une vision un peu romanti- tion de liberté, le mineur est d'abord un neurs accompagnés, ce sont les parents
que de l'aventurier qui s'en va s'instal- étranger avant d'être un enfant. Les mi- qui ont eux-mêmes mis l'enfant dans
ler ailleurs. Pourtant, la réalité est très neurs étrangers se voient donc appliquer cette situation». Cet argument n'est ce-
différente, le parcours de ces enfants est l'article 5, f qui concerne les étrangers pendant pas valable pour justifier de
extrêmement dur et un grand nombre en général, plutôt que l'article 5, d qui l'État qu'il se soustraie à son obligation
d'entre eux meurent en cours de route. concerne les mineurs. de protection des enfants qui sont sur
En droit belge, les mineurs étrangers ont son territoire. En effet, la protection par
Les textes internationaux donnent des
été traités de la même manière que les les parents ne peut empêcher l'État d'as-
pistes sur la manière dont on devrait ré-
adultes étrangers pendant longtemps. surer la protection des enfants qui sont
soudre les situations qui concernent les
sur son territoire. De sorte qu'on ne de-
mineurs; pistes que l'on devrait donc C'est seulement à la suite de l'affaire
vrait pas reprocher la situation aux pa-
également utiliser dans le cadre de si- Tabitha, en 2005, que la Belgique a
rents mais protéger les enfants.
tuations impliquant des mineurs étran- adopté une circulaire concernant les
gers. Malheureusement, dans la prati- MENA, admettant enfin que ces mi- L'État ne veut donc pas utiliser l'intérêt
que, il est très difficile de les faire ap- neurs particulièrement vulnérables doi- de l'enfant pour améliorer le système de
pliquer, tant pour les MENA que pour vent être protégés jusqu'à leur majorité. protection des mineurs accompagnés de
les mineurs arrivés avec leur famille. Cette circulaire prévoit la délivrance peur que certains parents fassent des
d'un document de séjour provisoire (dé- enfants uniquement dans le but de bé-
La Convention internationale relative
claration d'arrivée, ordre de reconduire néficier d'une protection particulière.
aux droits de l'enfant (CIDE) prévoit,
prorogé,...) et l'instauration d'un tuteur Mais peut-être faut-il voir la situation
en son article 3, que l'intérêt de l'enfant
chargé de rechercher avec le mineur une autrement et envisager la situation à par-
est supérieur à tout autre intérêt. À la
solution durable le concernant, qui peut tir du point de vue de l'enfant, au lieu
lecture de cet article, l'intérêt de l'en-
être soit un regroupement dans le pays de commencer par le point de vue des
fant (à terminer ses études, à vivre
d'origine (dans la famille ou dans une parents ?
auprès de ses parents,…) devrait donc
être considéré comme supérieur à celui autre structure), soit un octroi de per-
de l'État. Par conséquent, si un enfant mis de séjour moyennant des condi-
se trouve depuis des années sur le terri- tions. Bien que des difficultés subsis-
toire de la Belgique, il devrait être auto- tent concernant la protection des MENA Le mineur dans le
(il n'y a par exemple pas de méthode
risé à y rester si tel est son intérêt.
claire par rapport à la recherche de la
procès civil –
L'article 2 de cette même Convention
permet, dès qu'un enfant est en cause,
solution durable pour le mineur), cette Cécile De Boe (9)
que l'enfant ne soit pas traité différem- circulaire est une avancée significative.
Depuis lors, une grande distinction La manière d'aborder l'enfant a beau-
ment d'un autre enfant.
existe entre les MENA, pour lesquels coup changé ces dernières décennies.
Or, beaucoup disent que la Convention Avant l'enfant était objet de droit, alors
des droits de l'enfant n'a pas d'effet di- une protection spéciale a été mise en
place, et les mineurs accompagnés, dont qu'il est, aujourd'hui, sujet de droit.
rect et ne peut donc pas être invoquée
devant les cours et tribunaux. le statut suit totalement celui de leurs En ce qui concerne la place du mineur
parents (mis à part quelques correctifs dans le procès civil, nous sommes face
Et Sylvie Sarolea de s'exclamer : «N'est-
ce pas clair, précis et inconditionnel ?» (8) Chargée de cours au Département de Droit International de Charles De Visscher de l'Université catholique de
Selon Sylvie Sarolea, des dispositions Louvain, avocate au barreau de Nivelles.
formulées comme de grands principes (9) Assistante au Centre de Droit Privé à l'Université catholique de Louvain, avocate au barreau de Bruxelles.

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L'État belge marque sa volonté de reconnaître
l'enfant comme véritable sujet de droit

à deux questions principales, la ques- ceptions. Elle appuie sa méfiance sur L'article 931 du Code judiciaire permet
tion du droit d'agir seul en justice et celle trois raisons. D'une part, elle considère à l'enfant doué de discernement d'être
du droit à l'audition. que les deux théories jurisprudentielles entendu dans toutes les procédures qui
et doctrinales sont trop floues et man- le concernent. Cet article est plus res-
Est-ce que le mineur peut quent de base légale. D'autre part, sa- trictif que l'article 12 de la CIDE sur
agir seul en justice ? chant qu'une action en justice est un acte plusieurs points :
qui peut entraîner de lourdes conséquen- - l'enfant ne peut pas choisir s'il veut
Cette question en renferme deux autres : ces, il paraît, selon elle, inapproprié de être assisté;
- Le mineur peut-il introduire seul une trop élargir la possibilité pour un mi-
- l'article 931 du Code judiciaire ne
action ? neur d'agir seul en justice. Pour finir, il
parle pas de la procédure à suivre;
- Le mineur peut-il être assigné seul ? faut se rappeler que le mineur ne pourra
agir en justice que s'il est «capable de - l'article 931 du Code judiciaire pré-
La règle est celle de l'incapacité juridi- voit que le procès-verbal doit être
discernement», cette notion n'étant pas
que du mineur. Il doit donc être repré- dressé, mais ne dit rien de son con-
définie, elle doit être appréciée par le
senté par ses représentants légaux. Cette tenu.
juge, ce qui entraîne un risque d'insé-
règle est née d'un souci de protection;
curité juridique. L'article 56 bis de la loi de la protection
on veut protéger le mineur contre son
Au-delà de ces considérations, Cécile de la jeunesse concerne uniquement des
insouciance et son jeune âge. Cécile De
De Boe soulève que le courant tendant procédures limitativement énumérées.
Boe rappelle que la capacité n'est pas
à reconnaître un droit d'action en jus- Cependant, le juge de la jeunesse peut
une condition d'existence de l'action en
tice aux mineurs se base sur les articles recourir à l'article 931 du Code judi-
justice, mais une condition d'exercice
9, 12 et 3 de la Convention relative aux ciaire s'il veut entendre l'enfant dans
de cette action. En d'autres termes, le
droits de l'enfant qui, selon cette der- d'autres situations que celles prévues à
mineur peut agir en justice, mais il doit
nière, ne constituent pas une base lé- l'article 56 bis de la loi de 1965 ou si
le faire par le biais de son représentant
gale supplémentaire étant donné que l'enfant veut être entendu.
légal.
leur applicabilité directe n'est pas una- Ces deux articles sont lacunaires et très
Lorsque le mineur introduit lui-même
nimement admise et est encore très con- différents, alors qu'ils concernent la
une action ou est assigné seul en jus-
troversée. même matière. Il faut moderniser le
tice, l'action est frappée de nullité rela-
droit à l'audition des mineurs afin de le
tive, ce qui signifie que seul le mineur Est-ce que le mineur a le rendre conforme à ce que prescrit la
(ou son représentant) peut soulever la
droit d'être entendu en CIDE.
nullité. Cependant, la doctrine et la ju-
risprudence considèrent que lorsque le justice ? Le nouvel article 22 bis de la Constitu-
mineur est demandeur, il est possible tion a été complété par plusieurs alinéas
Avant la Convention internationale re- dans le but de reprendre, dans notre droit
pour la partie adverse de soulever une lative aux droits de l'enfant, l'État belge
exception dilatoire. Cette exception en- interne, les idées maîtresses de la CIDE.
n'accordait que très peu de place à Cet article ne consacre cependant pas
traîne une suspension de la procédure
l'audition de l'enfant. Depuis la ratifi- de nouveaux droits et n'a donc pas de
pour permettre au mineur de se faire
cation par la Belgique de la CIDE, cette plus-value significative. Néanmoins, le
représenter par ses représentants légaux. question a suscité davantage d'intérêt.
Si cette exception n'est pas soulevée, la message politique est appréciable; par
Cependant, tant qu'il n'y a pas de posi- cet article, l'État belge marque sa vo-
demande poursuit son cours à moins que tion univoque sur l'effet direct de la
le mineur, ou son représentant, soulève lonté de reconnaître l'enfant comme vé-
CIDE, il faut s'en tenir à la transposi- ritable sujet de droit.
la nullité relative.
tion en droit belge.
Il existe des exceptions légales ainsi que Deux articles de droit belge concernent
des exceptions jurisprudentielles et doc- la question de l'audition du mineur : l'ar-
trinales à l'incapacité juridique. Ces der-
ticle 931 du Code judiciaire et l'article
nières se fondent sur deux théories, celle 56 bis de la loi de la protection de la
des actes conservatoires, ou celle des jeunesse.
actions relatives à des droits personnels
qui ne tolèrent pas la représentation. On
perçoit, dans les exceptions issues de
la jurisprudence et de la doctrine, une
volonté d'élargir les possibilités dans
lesquelles un mineur est capable d'es-
ter seul en justice.
Cécile De Boe reste cependant méfiante
face à cette tendance d'élargir ces ex-

30 JDJ n°286 - juin 2009


Regroupements de jeunes sur le territoire bruxellois

Regroupements de jeunes : entre


refuges, reconnaissances et violences
Violences en miroir ?

par le Dr Jacinthe Mazzocchetti *

Ce 23 avril 2009 a eu lieu à Saint Josse un colloque autour des «Bandes urbaines : appro-
ches d'un phénomène». Anthropologue à l'UCL, en collaboration avec P. Jamoulle, je
mène actuellement une recherche intitulée «Adolescents en exil en région bruxelloise (1)».
Cette enquête de terrain nous a amené à approcher la question des regroupements de
jeunes sur le territoire bruxellois. C'est dans ce cadre que j'ai été invitée à faire les conclu-
sions de ce colloque. Avant de relater quelques-unes des pistes d'action qui ont émergé de
cette journée, il me semble important de donner quelques éléments contextuels issus de nos
données de terrain. Cette recherche n'étant pas terminée, les idées présentées ci-après le
sont plutôt sous forme de pistes de réflexion. Elles ne résument en rien la complexité de
cette question.

Premièrement, il importe d'opérer une gines, ont tendance à se regrouper; nos de vue de leur histoire migratoire spéci-
distinction entre les regroupements de enquêtes de terrain montrent également fique.
jeunes qui, au travers des époques et des certaines spécificités des groupes de jeu- Si la présence significative de popula-
cultures, sont un élément récurrent des nes issus des migrations subsahariennes. tions issues d'Afrique subsaharienne en
modes de socialisation des jeunes gar- Notamment, d'un côté, les règlements de Belgique remonte aux années 60, cette
çons et les «bandes urbaines», plus di- compte entre groupes qui, ces dernières vague de migrations se démarque par la
rectement associées à la petite délin- années, se sont soldés par de nombreux diversité des trajectoires des personnes
quance (2) . Si de nombreux jeunes sont blessés et des décès. D'un autre côté, le et par son augmentation relativement
en partie socialisés au travers de grou- fait que ces jeunes subissent de façon récente. Ainsi, malgré les liens établis
pes de pairs, la grande majorité ne par- particulière racisme et discriminations lors de la période coloniale, les Africains
ticipe pas pour autant à des actes délin- multiples. Ces constats ne signifient pas subsahariens ne furent pas concernés par
quants. De plus, la plupart des groupes pour autant que tous les jeunes issus des les accords bilatéraux «d'importation de
de jeunes que l'on rencontre sur le terri- migrations subsahariennes feraient par- main d'œuvre» conclus entre la Belgi-
toire bruxellois sont mouvants, peu hié- tie de «bandes». Même s'ils sont les plus que et certains pays du bassin méditer-
rarchisés et organisés. Les actes délin- visibles sur le territoire, ils sont en réa- ranéen. Dès lors, les premiers migrants,
quants qui leurs sont attribués sont le fait lité bien moins nombreux que ceux ins- essentiellement originaires du Congo et
de quelques individus, certes parfois crits dans d'autres logiques. Cela ne si- du Rwanda, furent pour la plupart étu-
membres d'un groupe, mais les uns ne gnifie pas non plus que ces jeunes se- diants. Ceci dit, progressivement, en lien
peuvent être amalgamés aux autres. Si, raient les seuls concernés par cette ques- avec les troubles politiques mais aussi
comme les policiers présents lors de ce tion. Avec prudence dès lors, afin de ne l'augmentation continue de la pauvreté
colloque, l'ont expliqué, certains de ces pas accentuer encore les stigmatisations sur le Continent, les flux augmentent et
jeunes commettent des délits en groupe dont ces jeunes et leurs familles sont se diversifient. À partir des années 90,
(vols, agressions, etc.); ils restent mino- sujets, il semble néanmoins pertinent de de nombreux coups d'État et catastro-
ritaires. De plus, les jeunes proches des se pencher sur les particularités rencon- phes provoquent des déplacements mas-
«bandes» en sont aussi les premières vic- trées par les populations subsahariennes sifs de populations à l'intérieur du Con-
times. La violence qui se déploie dans de Bruxelles, ne serait-ce que du point tinent et en direction de l'Europe. Alors
certains de ces groupes est
majoritairement retournée vers les plus * Chercheuse/ Chargée de cours LAAP/SSM Le Méridien/UCL, Place Montesquieu 1, 1348 Louvain-la-Neuve,
proches, les pareils à soi. Belgique, [Link] [Link]@[Link]
(1) Plus d'informations concernant cette recherche sont disponibles sur le site de l'IRSIB (Institut d'encouragement
Deuxièmement, lors de cette journée du
de la Recherche Scientifique et de l'Innovation de Bruxelles).
23 avril, l'accent a été mis sur les jeunes
(2) Pour plus de détails, lire notamment M OHAMMED M., MUCCHIELLI L. (dir.), 2008, Les bandes de jeunes, Des
originaires d'Afrique subsaharienne. Si blousons noirs à nos jours, Paris, La découverte et MAUGÉR G., 2006, Les bandes, le milieu et la bohème
les jeunes, quelles que soient leurs ori- populaire, Paris, Broché.

JDJ n°286 - juin 2009 31


L'illusion d'avoir un lieu,
où ils sont chez eux

que certains cherchent à emprunter la ques sont également hautement quali- chent leurs propres protections. Ils ra-
voie du droit d'asile, d'autres n'hésitent fiés. Ces niveaux de qualification, ce- content tous plus ou moins la même his-
pas à risquer leur vie en passant par la pendant, ne sont bien souvent pas recon- toire : celle d'un groupe d'amis qui de-
voie illégale. Ces personnes proviennent nus sur le territoire belge. Ces person- vient «famille», celles de logiques d'em-
de plus de 40 pays, et donc d'histoires, nes rencontrent des difficultés à faire brouilles, de fierté et d'honneur qui, à
de cultures et de langues, parfois très valoir leurs diplômes. Même les person- un moment donné, prennent des propor-
différentes. Il est à noter que la majorité nes qualifiées dans le système belge tions telles qu'il semble impossible d'en
des ressortissants d'Afrique trouvent difficilement à s'insérer sur le sortir (5) .
subsaharienne sur le territoire belge ont marché de l'emploi. Beaucoup de ces James, 18 ans, membre de ce que
moins de 40 ans, ce qui confirme un personnes vivent dans des conditions médias, services de police et de plus en
mouvement migratoire récent et des po- précaires. Elles subissent de front dis- plus, travailleurs sociaux, nomment les
pulations, essentiellement primo-mi- criminations diverses (obtention de «bandes urbaines», raconte une sorte
grantes ou fils/filles de primo-mi- droits, logements, emplois…). d'engrenage. Il a été «pris» sans même
grants (3) . Cette situation se répercute sur les jeu- savoir exactement comment tout cela a
Aujourd'hui, les populations originaires nes générations. En colère face aux hu- commencé. Il explique aussi la déroute
d'Afrique subsaharienne se répartissent miliations subies par leurs parents, cer- de jeunes qui, comme lui, ne savent plus
entre étudiants, diplomates, travailleurs, tains sont désabusés par les voies léga- comment en sortir. Abandonner le
réfugiés politiques et sans papiers. L'hé- les de réussite. De plus, une grande par- groupe, c'est être lâche, faible. C'est re-
térogénéité des situations vécues sur le tie d'entre eux ont pour seul référent his- noncer à toutes loyautés, c'est accepter
continent africain, assortie d'une absence torique, celui du peuple noir opprimé et la mort de proches sans plus chercher à
d'accord, en dehors des universités, en- malmené au travers des siècles. Les les venger. Sortir du groupe, c'est aussi
tre ces pays et la Belgique, expliquent questions coloniales, mais aussi l'escla- se retrouver seul, sans protection, en
la diversité des trajectoires migratoires. vage, sont la toile de fond de nombreux danger.
Ce contexte particulier de migrations, à échanges. Pour beaucoup des jeunes ren- James : «Au début, on a grandi, on a été
tendances individualisées, joue aussi sur contrés, l'histoire de l'Afrique ne sem- à l'école ensemble, on était tout le temps
l'installation de ces populations dans l'es- ble exister que dans le rapport à la do- ensemble. On jouait au foot, on était là et
pace urbain. Bien qu'elles soient le plus mination (esclavage et colonisations) et il y a des autres jeunes qui viennent
souvent concentrées dans des blocs de dans la négative (guerres, génocides, comme ça pour s'imposer. Et du jour au
logements sociaux ou qu'elles trouvent famines…). Maltraitance des nouveaux lendemain, c'est... Alors qu'au départ,
plus facilement à s'installer dans des migrants (demandeurs d'asile, clandes- c'est pas une bande, c'est des jeunes, on
quartiers précarisés et donc, abordables; tins…) et discriminations s'ajoutent aux est là, on s'amuse bien. Et il y avait une
ces personnes, au-delà du référentiel humiliations et violences historiques. autre bande et comme ils avaient besoin,
vague à un même Continent, n'ont bien Certains de ces jeunes cherchent à se je ne sais pas, des adversaires, comme des
souvent guère de point de recoupement. démarquer de leurs ancêtres, mais aussi rivaux. Voilà, on jouait, ils sont là : «T'ha-
Attachés à leur région ou pays d'origine, de leurs parents qui, pour eux, conti- bites là ?» Et un jour, si t'habites pas ici,
ces migrants ne forment pas vraiment, nuent de se soumettre. En quête d'autres rentre chez toi et ils nous tapent. Et nous
si ce n'est de l'extérieur, une commu- modèles, valorisants et valorisés, ils aussi, on doit réagir, on ne va pas se faire
nauté. Leurs enfants, s'ils ont tendance s'identifient aux rappeurs et aux jeunes taper tout le temps. Si on tape mon pote,
à ne plus accorder grande importance à de gangs des States qui, eux, se font res- moi aussi je dois réagir. Vous voyez ce
leurs régions de provenance, se divisent pecter. Ainsi, les bandes d'adolescents, que je veux dire. C'est cette ville, quoi. Et
de leur côté de plus en plus autour des contrôlant des territoires, donnent à cer- c'est parti loin. Au début, on se battait
territoires urbains. tains de ces jeunes l'illusion d'avoir un avec des coups, maintenant c'est des cou-
Ces migrations, à l'exception d'une par- lieu où ils sont chez eux. Ces groupes teaux. On a des potes à l'hôpital, il y en a
tie des réfugiés, demandeurs d'asile et permettent de se construire à travers une même qui perdent des vies. Moi je ne com-
clandestins, ont la particularité d'être très identité «guerrière (4) », «violente», cer- prends pas pourquoi. Ça fait au moins 5
scolarisées. Les premiers établis étaient tes, mais valorisée auprès des pairs en ans qu'on vit ça. À la fin si t'es dedans,
pour la plupart des universitaires (ou vis-à-vis des violences sociales et ad- des fois tu n'y arrives plus. T'es pas tran-
équivalents). Ainsi, beaucoup de jeunes, ministratives vécues. Ces jeunes cher- quille. Tu dois aller en ville avec tes po-
aujourd'hui dans des quêtes de visibilité
(3) Sur l'immigration subsaharienne en Belgique, lire notamment KAGNÉ B., MARTINIELLO M., 2001, L'immigration
sur le territoire, ont des parents scolari- subsaharienne en Belgique, Courrier Hebdomadaire, N° 1721; CORNET A., 2004, «Les congolais en Belgique
sés. Les politiques migratoires, de plus aux XIXème et XXème siècles», in Histoire des étrangers… et de l'immigration en Belgique, de la préhistoire à nos
en plus restrictives n'octroient, bien sou- jours, Charleroi, Couleur Livres, pp. 375-400; KAGNÉ B., 2000, «Africains de Belgique, de l'indigène à l'immi-
gré», Hommes et migrations, pp. 62-67.
vent, de visas que pour raisons d'études,
(4) Lire SAUVADET TH., 2006, Le capital guerrier, Concurrence et solidarité entre jeunes de cité, Paris, Armand
et donc continuent à favoriser le mou- Colin.
vement des personnes scolarisées. En-
(5) Lire également L APEYRONNIE D., 2008, Ghetto urbain. Ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd'hui,
fin, nombreux parmi les réfugiés politi- Paris, Robert Laffont.

32 JDJ n°286 - juin 2009


Une partie de ces jeunes n'existent que
dans les rapports de force

tes. Tu dois être avec eux tout le temps, ils fiés, désignés par le voisinage ainsi que nuer les entrées dans la délinquance et
te raccompagnent chez toi. Tu dois faire les travailleurs sociaux, les forces de l'or- les escalades de violences. La répression
attention, tu dois marcher, tu dois regar- dre, les médias. L'identité groupale se fige n'est jamais une solution en soi. Elle n'est
der de loin. C'est devenu comme la mode aussi par assignations externes. C'est là qu'un «pansement» en bout de course.
alors que c'est de la merde. On voit les que ces jeunes acquièrent leur «droit de Temps d'arrêt individuel qui, bien sou-
petits, ils nous disent bonjour, ils veulent cité». Cette identité fière, guerrière est pro- vent, n'empêche aucunement, que du
rentrer, ils deviennent nos petits alors que, gressivement transmise aux plus jeunes, contraire, le retour à la délinquance. La
je ne sais pas, nous on ne sait pas quoi parfois à l'insu des grands frères «dépas- répression n'est en rien, à elle seule, une
faire. Ils ne savent même pas que nous on sés», comme le raconte James. Les «pe- réponse sur le long terme. Et effet, s'il y
vit dans la merde. Déjà le problème, c'est tits» repèrent au travers de ces groupes, a crise et cris, c'est surtout l'expression
que, je ne sais pas, il n'y a pas moyen d'ar- de la peur et de la sidération qu'ils opè- de profonds mal-être, de mésestimes de
rêter ça. Il y a des gens, on dirait qu'ils rent, un espace où, même si c'est par la soi, de racismes quotidiens, de discrimi-
veulent que tout le monde parle d'eux. Je négative, être valorisés. L'absence de pers- nations accumulées, de manques avérés
ne sais pas si c'est la fierté ou je ne sais pectives, les réponses répressives, en vis- de reconnaissance. Il y a dès lors quel-
pas c'est quoi». à-vis de l'accumulation du manque de pro- que chose à entendre de ces violences,
La force mobilisée au sein des groupes tection, d'adultes fiables dans leurs expé- principalement retournées contre soi,
permet d'être reconnu. La faiblesse y est riences de vie, renforcent ces processus contre le proche, le semblable; de cette
stigmatisée. Ces jeunes se retrouvent de reconnaissance uniquement acquise au délinquance, bien plus d'exclusion et
souvent dépassés, surpris quand l'un des travers de la mise en danger de soi, de la d'expression que d'appropriation (7) .
leurs vient à mourir. La mort vient les délinquance, de la violence, de la peur Les questions de fond sont celles des
confronter au réel. Leurs constructions inspirée à l'autre. véritables projets d'avenir que notre so-
identitaires reposent sur la force et le J'en arrive ainsi à la troisième partie de ciété offre à ces jeunes et à leurs familles
corps invulnérable. Ils doivent démon- cet article où je reprendrai de façon syn- ? Les difficultés à porter le poids du
trer «leurs capacités», acquérir une ré- thétique quelques-unes des pistes d'ac- passé exprimées par ces jeunes, assor-
putation. La culture du risque dans la- tions repérées lors de ce colloque. Col- ties des discriminations actuelles, créent
quelle ils sont pris s'appuie sur un défi/ loque qui avait pour particularité et ri- et alimentent leur mal-être. Ils résistent
déni de la mort. Les blessures, les cica- chesse de réunir et dès lors, de confron- comme ils le peuvent. Ils tentent de trou-
trices sont autant de jeux de la limite, de ter, les points de vue : police, justice, ver place dans un territoire qui ne leur
confrontation avec la mort. Ce déni leur travailleurs sociaux, politique et enfin, en offre guère. Ils luttent contre les stig-
est aussi nécessaire pour s'affirmer et chercheurs en sciences sociales (6) . La mates, se différencient pour être recon-
oser. Dans cette escalade de bravoure, nécessité d'un travail en partenariat en- nus. Même si la plupart combattent le
les consommations d'alcool et de dro- tre les différents acteurs a été soulevée stigmate au travers de trajectoires indi-
gue aident à trouver la force, à dépasser à maintes reprises : parents, associations, vidualisées de réussite ou encore des
ses limites. Une partie de ces jeunes jeunes, écoles... Ces jeunes et leurs fa- groupes de musique, ces jeunes nous
n'existent que dans les rapports de force. milles se sentent mis à l'écart, voire dis- renvoient des questions essentielles de
Ces jeunes sont pris dans des logiques qualifiés, par les institutions. Ils dispo- l'ordre du droit à être des citoyens à part
de défiance. Il leur faut aller toujours sent pourtant de savoirs et de ressour- égale des autres. Beaucoup cherchent à
plus loin pour exister et être protégés. ces. Ils doivent être impliqués en tant prouver qu'ils ont de la valeur, qu'ils sont
Et en effet, envers certains de ces jeunes, qu'acteurs à part entière. Au-delà de ren- identiques et non inférieurs. Et si cela
la «bienveillance» du politique semble en dre une parole, il s'agit de rendre une doit passer par la force et la peur, alors
retrait en parallèle d'une forte présence de place véritable tant du point de vue éco- ils n'hésitent pas. Il est urgent de réflé-
l'État au niveau du contrôle et de la ré- nomique, politique que culturel. chir à ce qui peut faire lieu pour ces jeu-
pression. Ainsi, la police est très présente Les services de police présents ont éga- nes. Un autre rapport à l'État, aux adul-
auprès des jeunes, dans sa fonction répres- lement insisté sur les questions de par- tes doit se construire avec eux. L'appro-
sive. Ces jeunes se sentent contrôlés, ac- tenariat. Ce qui n'est pas sans soulever che se doit d'être globale. Au-delà des
cusés d'office, à la merci des violences de d'importantes questions éthiques; bien questions d'insécurité civile, se posent
la rue et des institutions tout autant qu'ils que leur souci d'efficacité soit, en lien celles de la lutte contre les différentes
se vivent abandonnés des institutions. Ils avec leurs fonctions, légitimes. Ceci dit, formes d'insécurités sociales que vivent
ont l'impression que rien n'est fait pour il importe surtout, de mon point de vue, ces jeunes, autrement dit celles de leur
eux. En tant que Noirs, ils sont au «fond de travailler en amont afin d'appréhen- reconnaissance «à part égale» pleine et
du panier». L'attachement au groupe, la der la complexité et dès lors, de dimi- entière.
«bande», le territoire comme référents de
construction de soi s'inscrivent dans un (6) Les organisateurs prévoient la sortie des actes de ce colloque dans les prochains mois.
double processus. Ces jeunes cherchent
(7) Lire BAILLEAU F., 2009, «Jeunes et politiques publiques. Comment juger et punir les jeunes», [Link], mis
des lieux où exister et être reconnus. Ils en ligne en février 2009. Voir également CHANTRAINE G. (dir.), 2008, Trajectoires d'enfermement, récits de vie
sont également progressivement identi- au quartier mineurs, Paris, CESDIP.

JDJ n°286 - juin 2009 33


documents
STRASBOURG, 17 JUIN 2009 DIFFUSION RESTREINTE
COMMDH(2009)14 - VERSION ORIGINALE
(VERSION COMPLÈTE, NOTES DE BAS DE PAGE Y COMPRISES, SUR [Link])
RAPPORT DU COMMISSAIRE AUX DROITS DE L'HOMME DU
CONSEIL DE L'EUROPE, THOMAS HAMMARBERG
FAISANT SUITE À SA VISITE EN BELGIQUE 15-19 DÉCEMBRE 2008
À L'ATTENTION DU COMITÉ DES MINISTRES ET DE L'ASSEMBLÉE PARLEMENTAIRE

Extrait III. Asile. La procédure d'asile a récemment été améliorée et


Résumé ses délais de traitement accélérés. Le Commissaire considère
qu'elle devrait être rendue plus transparente et les informa-
Le Commissaire Thomas Hammarberg et sa délégation se sont
tions à son égard plus accessibles. Il appelle à la fin de la
rendus en Belgique du 15 au 19 décembre 2008. Au cours de
détention systématique de certaines catégories de demandeurs
cette visite, le Commissaire s'est entretenu avec des autorités
d'asile ainsi que du traitement spécifique des demandes d'asile
fédérales, régionales et communautaires, des parlementaires,
faites à la frontière.
des hauts magistrats, des structures indépendantes de droits
de l'homme et des représentants de la société civile. Plusieurs IV. Détention des migrants. Les conditions de vie et l'accès
institutions ont également été visitées. aux soins doivent être améliorés dans les centres fermés no-
tamment dans les centres INAD et 127. Le Commissaire con-
I. Système national de protection des droits de l'homme.
sidère qu'une aide juridique de première ligne doit être mise
Les droits de l'homme sont garantis par la Constitution et la
en place pour conseiller et informer de leurs droits les migrants
Belgique a ratifié un grand nombre de traités relatifs aux droits
détenus dans ces centres. Il appelle à revoir la pratique des
de l'homme du Conseil de l'Europe et des Nations unies. Néan-
régimes différenciés dans les centres fermés. Le délai pour
moins, la protection des droits de l'homme pourrait être renfor-
faire appel de la décision d'éloignement doit être accru à au
cée notamment par la ratification du Protocole n° 12 à la CEDH
moins cinq jours. Le Commissaire salue la nouvelle politique
et de la Convention-cadre pour la protection des minorités na-
consistant à ne plus détenir la plupart des familles irrégulières
tionales. Des efforts ont été entrepris pour améliorer le fonc-
et considère le nouveau système d'hébergement comme une
tionnement du système judiciaire mais des procédures trop
amélioration substantielle. Il regrette cependant que dans cer-
longues perdurent. La Belgique a un grand nombre de méca-
tains cas des enfants avec leurs parents continuent à être dé-
nismes de plaintes et de structures de droits de l'homme. Le
tenus et appelle à ce qu'une solution soit également trouvée
Commissaire note qu'un plan d'action national sur les droits
pour ces cas. Les engagements pris quant à la mise en place
de l'homme pourrait également être adopté et que le méca-
d'une procédure de régularisation de certains migrants irrégu-
nisme de contrôle des activités de police pourrait être rendu
liers devraient être clarifiés.
encore plus indépendant et transparent. Le Commissaire con-
sidère que les droits fondamentaux devraient être garantis dès V. Mesures contre la discrimination, le racisme et la vio-
le placement en garde à vue. lence à l'égard des femmes. La Belgique a récemment adopté
plusieurs lois et mesures importantes dans ces domaines. Des
II. Système pénitentiaire. Le Commissaire a pu constater une
efforts doivent être poursuivis pour atteindre une égalité effec-
surpopulation inadmissible et des conditions de détention in-
tive entre les femmes et les hommes. Le Commissaire appelle
humaines dans un certain nombre de prisons. Il salue l'adop-
à l'élargissement du plan d'action sur les violences dans la
tion récente d'un programme ambitieux de construction et de
famille à toutes les formes de violence contre les femmes ainsi
rénovation. Il appelle cependant les autorités à immédiatement
qu'à un renforcement du soutien aux victimes. Il note que de
améliorer les conditions d'hygiène, à remédier à la promis-
nombreux cas de discriminations potentielles fondées sur la
cuité et au manque de sécurité ainsi qu'à fermer les cellules
langue ont été rapportés notamment dans les régions de
impropres à la détention. Des mesures alternatives à la déten-
Flandres et de Bruxelles-capitale.
tion doivent être développées afin de diminuer cette surpopu-
lation. Les prévenus, détenus et personnes atteintes de trou- En conséquence, il recommande l'établissement d'un méca-
bles psychiatriques doivent être détenus séparément. Le Com- nisme efficace et impartial pour traiter les plaintes fondées sur
missaire invite à la mise en place d'un mécanisme efficace et la langue au regard de la législation anti-discrimination. Une
indépendant pour traiter les plaintes des prisonniers. sensibilisation à cette législation devrait être offerte aux fonc-
tionnaires et élus.

34 JDJ n°286 - juin 2009


documents
VI. Mineurs. Le système de justice juvénile en Belgique de- minorités nationales et la Convention du Conseil de l'Europe
meure relativement protecteur bien que des préoccupations sur la lutte contre la traite des êtres humains.
existent notamment en matière de détention des mineurs. De 2. Envisager la ratification du Protocole facultatif à la Conven-
nouvelles institutions fermées pour mineurs doivent ouvrir pro- tion des Nations unies contre la torture et mettre en place un
chainement et certaines seront fort éloignées de toute zone mécanisme de visite des lieux privatifs de liberté.
urbaine. Le Commissaire invite à ce que des moyens supplé-
3. Mettre en place un plan d'action pour la protection et la pro-
mentaires soient également alloués pour assurer l'efficacité
motion des droits de l'homme.
des mesures alternatives à la détention des mineurs. Il ap-
pelle à mettre fin à la détention des mineurs avec des adultes 4. Poursuivre les réformes afin de raccourcir les délais de pro-
en cas de dessaisissement ainsi qu'à revoir cette procédure. cédures et la surcharge des juridictions.
Une loi interdisant explicitement les châtiments corporels et 5. Renforcer l'indépendance et la transparence des mécanis-
des mesures pour promouvoir l'éducation sans violence de- mes de contrôle des actes de la police ainsi que leur efficacité
vraient être adoptées. au stade de l'enquête.
VII. Anti-terrorisme. Les infractions relatives au terrorisme 6. Procéder à la réforme des articles du code de procédure
ainsi que les mesures spéciales d'enquête doivent être mieux pénale afin de garantir les droits fondamentaux des person-
définies. Le Commissaire appelle à une utilisation appropriée nes privées de leur liberté, dès le début de la privation de li-
et proportionnée des mesures anti-terroristes telles que les berté.
restrictions aux droits de la défense ou à la protection des don- Système pénitentiaire
nées personnelles.
7. Prendre toutes les mesures adéquates pour mettre fin rapi-
Introduction
dement à la surpopulation carcérale et aux conditions de dé-
1. Le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Eu- tention inhumaines dans certains établissements pénitentiai-
rope, M. Thomas Hammarberg, a effectué une visite officielle res et assurer la mise en œuvre rapide du Master plan pour
en Belgique du 15 au 19 décembre 2008suite à l'invitation du accélérer l'élargissement ainsi que le renouvellement du parc
Premier Ministre, Yves Leterme. Cette visite était la dernière carcéral.
dans une série de missions régulières du Commissaire dans
tous les Etats membres du Conseil de l'Europe afin d'évaluer 8. Prendre les mesures d'urgence pour améliorer dès à pré-
la mise en œuvre effective des droits de l'homme. sent la situation des détenus en termes d'hygiène, de promis-
cuité et de sécurité, en particulier respecter la règle un détenu-
(…)
un lit et fermer les cellules qui ne sont pas équipées de toilet-
7. Le présent rapport vise à identifier les moyens d'améliorer tes.
la protection et la promotion des droits de l'homme en Belgi-
que. Ce rapport est établi sur la base des informations recueillies 9. Garantir aux détenus les soins médicaux adaptés et appli-
notamment auprès de la société civile pendant la visite ainsi quer un régime spécifique de détention aux internés.
que des notes, rapports et statistiques fournis par les autorités 10. Détenir séparément les prévenus et les condamnés.
belges pendant et après cette visite. Il se réfère naturellement 11. Mettre en place un système indépendant et efficace de
aux rapports pertinents des organes de suivi des droits de plaintes individuelles pour les détenus.
l'homme du Conseil de l'Europe et d'autres organisations in- 12. Développer et promouvoir les peines alternatives à l'em-
ternationales. Ce premier rapport d'évaluation du Commissaire prisonnement.
ne prétend pas fournir une analyse exhaustive de la situation
des droits de l'homme dans le pays et se limite à aborder cer- Asile
tains aspects que le Commissaire juge prioritaires pour l'amé- 13. Donner des instructions claires aux forces de l'ordre et
lioration de la protection des droits de l'homme. Le Commis- autres services compétents afin d'assurer qu'aucun étranger
saire entend fonder les bases d'un dialogue et d'une coopéra- ne puisse être interpellé par le recours à des convocations
tion avec les autorités belges et la société civile sur la mise en non spécifiques.
œuvre des recommandations formulées dans ce rapport, dans 14. Rendre la procédure d'asile plus transparente notamment
le but d'améliorer toujours plus avant la protection des droits quant aux décisions de rejet de l'Office des étrangers ainsi
de l'homme en Belgique. qu'en facilitant l'accès aux informations et statistiques.
(..;) 15. Ne plus recourir à la détention systématique de certaines
VII. Recommandations catégories de demandeurs d'asile dont la demande a été faite
147. Le Commissaire, conformément à l'article 3, paragraphes à la frontière et permettre aux personnes concernées de bé-
b, c et e, et à l'article 8 de la Résolution (99) 50 du Comité des néficier des mêmes droits et mêmes procédures que les autres
Ministres, fait les recommandations suivantes aux autorités demandeurs.
belges : Détention des migrants
Système national de protection des droits de l'homme 16. Apporter une solution afin de ne plus détenir des mineurs
1. Ratifier le Protocole n° 12 à la Convention européenne des dans les centres fermés ainsi qu'analyser l'opportunité et la
droits de l'homme, la Convention-cadre pour la protection des nécessité de détenir certains étrangers malades.

JDJ n°286 - juin 2009 35


documents
17. Rendre conforme aux standards européens le centre Mineurs
«INAD» notamment en donnant accès à un lieu de prome- 31. Mettre en place un mécanisme indépendant pour la pro-
nade à l'extérieur. tection des droits des enfants dans la Communauté germano-
18. Fermer le centre «127» et prévoir la détention des étran- phone.
gers y étant détenus dans d'autres centres existants en atten- 32. Revoir les méthodes disciplinaires et de sanctions au sein
dant l'ouverture du centre de remplacement et garantir le res- du centre fermé d'Everberg.
pect de l'intimité et de l'autonomie pour l'ensemble des étran-
33. Prendre en compte dans l'ouverture de nouveaux centres
gers détenus notamment dans les centres de Merksplas et
fermés leur éloignement par rapport aux grandes aggloméra-
Bruges.
tions et assurer l'accessibilité de ces centres.
19. Offrir aux étrangers en détention une qualité de soins com-
34. Allouer les moyens nécessaires pour garantir la pleine ef-
parable à celle disponible à l'extérieur.
ficacité des mesures alternatives à la détention des mineurs.
20. Revoir la pratique non encadrée du régime différencié dans
35. Mettre un terme à la détention des mineurs dessaisis dans
les centres fermés.
les prisons pour adultes.
21. Mettre en place un système indépendant et efficace de
36. Adopter une loi interdisant formellement les châtiments cor-
plaintes individuelles pour les étrangers détenus.
porels et poursuivre les efforts entrepris pour promouvoir la
22. Créer des permanences juridiques de première ligne dans parentalité positive et l'éducation sans violence.
l'ensemble des centres fermés et allouer les fonds nécessai-
Anti-terrorisme
res pour qu'elles soient professionnelles, indépendantes et de
qualité. 37. Définir de manière précise les infractions dans le cadre de
la législation anti-terroriste et définir restrictivement le champ
23. Etendre à au moins cinq jours le délai pour contester une
d'application des méthodes particulières d'enquête.
décision d'éloignement.
38. Veiller à ce que les restrictions apportées au droit au res-
24. Allouer des moyens humains et financiers supplémentai-
pect des droits de la défense, au respect de la vie privée et à la
res aux structures ouvertes pour familles étrangères.
protection des données personnelles au nom de la prévention
25. Clarifier au plus vite les engagements concernant la régu- des activités terroristes soient nécessaires, adéquates, pro-
larisation des migrants irréguliers et offrir une procédure égali- portionnées et prévues par la loi.
taire et transparente.
Mesures contre la discrimination, le racisme et la violence
à l'égard des femmes
26. Désigner des organismes indépendants, facilement acces-
sibles au public et dotés des moyens financiers nécessaires
pour promouvoir l'égalité et recueillir les plaintes au titre de la
législation communautaire et régionale sur la non-discrimina-
tion.
27. Intensifier leurs efforts pour assurer une égalité effective
entre les femmes et les hommes, en s'attachant tout particu-
lièrement à réduire les disparités de rémunérations et à aug-
menter le nombre de femmes occupant des postes à respon-
sabilités dans le pays.
28. Etendre le plan d'action contre la violence familiale afin
qu'il couvre toutes les formes de violence à l'égard des fem-
mes et à améliorer les services d'aide aux femmes victimes
de violences afin de mettre à leur disposition des centres de
premier accueil spécialisés.
29. Créer un organisme efficace et impartial chargé de traiter
les plaintes relatives à la discrimination fondée sur la langue
au titre de la législation en vigueur contre la discrimination.
30. Dispenser aux fonctionnaires et aux élus une formation
sur les obligations qui découlent de la législation anti-discrimi-
nation, telle qu'elle a été modifiée, en s'attachant tout particu-
lièrement au critère de langue.

36 JDJ n°286 - juin 2009


droit des
étrangers
Après un premier rejet, cette demande (déposée le 15 mai 2007 par
son avocat) fut ajournée le 12 juillet 2007, les autorités attendant
Impossibilité de contester l'irrégularité des éléments complémentaires, dont des résultats d'examens médi-
et la durée de détention caux. Ils furent fournis le 19 septembre 2007 et attestèrent de mau-
vais traitements subis par S.D. en Turquie, qui s'apparentaient à des
Cour européenne des droits de l'homme – 11 juin 2009 tortures, comme des électrochocs, la «pendaison palestinienne» – la
suspension, nu, par les bras – ou l'isolement dans des cellules de
Détention d'étranger – Traitement inhumain ou dégra- type F.
dant Dans le cadre de sa demande d'asile, S.D. fut transféré le 10 juillet
La durée pendant laquelle une personne est soumise à 2007 au centre de détention pour étrangers de l'Attique (Petrou Rali)
un traitement inhumain ou dégradant n'est pas déter- – où il resta jusqu'au 16 juillet 2007, période pendant laquelle il ne
minante (ici, 2 mois), d'autant plus qu'en l'espèce l'état fut pas autorisé à sortir de sa cellule – afin de comparaître devant la
de santé de S.D. était fragile. Commission consultative en matière d'asile, qui devait rendre un avis
sur sa demande. Le 17 juillet 2007, S.D. se vit remettre une attesta-
La détention du demandeur d'asile n'était donc pas ré- tion d'étranger demandeur d'asile, valide six mois et renouvelée deux
gulière. fois depuis, lui donnant le droit de travailler et de bénéficier d'une
Les personnes dans l'attente de la décision sur leur de- assistance médicale.
mande d'asile qui ne peuvent pas être expulsées mais S.D. renouvela ses objections contre sa détention auprès du tribunal
souhaitent contester leur détention, se trouvent dans un administratif, qui les accueillit le 16 juillet 2007. Le tribunal jugea,
vide juridique. Le droit grec ne permet pas un contrôle de manière générale, que l'expulsion et l'éloignement d'un étranger
direct de la légalité de la détention d'un étranger détenu entré illégalement en Grèce et ayant déposé une demande d'asile,
en vue de son expulsion. Ceci viole l'article 5 § 4. étaient interdits. En l'espèce, il constata que l'examen de la demande
d'asile de S.D. était pendante et ordonna sa remise en liberté.
S.D. c. Grèce (requête no 53541/07).
2. Procédure et composition de la Cour
1. Principaux faits (…)
Le requérant, S.D., est un ressortissant turc, né en 1959 et résidant à
Athènes. Victime de détentions et violences de la part des autorités 3. Résumé de l'arrêt (1)
turques pour ses convictions politiques et son activité de journaliste, Griefs
il quitta la Turquie et passa en Grèce à la nage en 2007. À son arri- Invoquant l'article 3, S.D. se plaignait des conditions de sa déten-
vée en Grèce le 12 mai, il fut appréhendé par la police pour entrée tion de deux mois dans les centres de Soufli et de Petrou Rali –
illégale dans le pays. Du 12 mai 2007 au 10 juillet 2007, S.D. sé- absence d'exercice physique, de contact avec l'extérieur et d'assis-
journa au centre de détention du poste frontière de Soufli. tance médicale. Invoquant par ailleurs l'article 5 §§ 1 et 4, il se plai-
S.D. affirme avoir déclaré immédiatement qu'il était réfugié politi- gnait d'avoir été détenu alors qu'il était demandeur d'asile et que le
que, mais cette déclaration ne fut pas enregistrée. En 1990, il avait tribunal administratif ait refusé d'examiner la légalité de sa déten-
déjà soumis une demande d'asile politique aux autorités grecques, tion.
qui l'avaient refusée. Décision de la Cour
À son arrivée en Grèce le 12 mai 2007, une procédure pénale fut Article 3
ouverte à son encontre, pour usage de faux papiers et entrée illégale
En réponse au gouvernement grec qui souligne la durée limitée de
dans le pays. Malgré sa relaxe le 17 mai – le tribunal précisa que
S.D. avait été obligé de fuir en raison des risques pour sa vie en détention (deux mois), la Cour rappelle que la durée pendant laquelle
Turquie – il fut de nouveau arrêté par la police et fit l'objet d'une une personne est soumise à un traitement inhumain ou dégradant
mesure d'éloignement. Il fut placé en détention au poste frontière de n'est pas déterminante, d'autant plus qu'en l'espèce l'état de santé de
S.D. était fragile.
Soufli, dans l'attente de son expulsion, qui n'intervint pas puisque
les autorités avaient entre temps officiellement enregistré sa demande S.D. allègue que le centre de détention de Soufli était surpeuplé, que
d'asile. S.D. n'avait pas la possibilité de sortir à l'extérieur, de télé- ses couvertures étaient sales et qu'il a été privé d'activités en exté-
phoner ou de disposer de couvertures, de draps propres et d'eau rieur, de traitement médical, d'eau chaude et de communications. Le
chaude. gouvernement grec n'a pas explicitement contredit ces allégations.
Le 24 mai 2007, le recours du requérant contre la décision d'éloi- Elles sont par ailleurs corroborées par plusieurs rapports d'institu-
gnement fut rejetée par le directeur général de la police du départe- tions internationales – notamment le Haut Commissariat des Nations
ment, au motif que S.D. représentait un danger pour l'ordre public et unies pour les réfugiés et l'organisation Human Rights Watch – cons-
la sécurité du pays. tatant l'état déplorable des conditions de détention dans tous les cen-
Les objections du requérant contre sa détention furent rejetées par le tres de détention proches de la frontière gréco-turque.
tribunal administratif. D'après ce magistrat, de telles objections ne La Cour estime que, même à supposer que S.D. ait partagé avec un
sont recevables, en droit grec, que si l'intéressé prévoit de quitter le autre détenu turc une pièce relativement propre avec baignoire et
territoire sous trente jours, ce qui n'était pas le cas en l'espèce puis-
que S.D. avait fait une demande d'asile politique. (1) Rédigé par le greffe, ce résumé ne lie pas la Cour.

JDJ n°286 - juin 2009 37


droit des
étrangers
eau chaude – comme l'indique la responsable de la section grecque
d'Amnesty International, en visite au centre de détention du poste
frontière de Soufli le 18 mai 2007 – il reste que S.D. a séjourné deux
Règime de taxation discriminatoire
mois dans une baraque préfabriquée, sans possibilité de sortir à l'ex-
térieur, de téléphoner ou de disposer de couvertures, de draps pro- Cour européenne des droits de l'homme (1ère section) –
pres et de produits d'hygiène suffisants. Puis au centre de Petrou 30 avril 2009
Rali, il a été confiné pendant six jours dans sa cellule, dans des con- Conscription – Exemption pour inaptitude physique –
ditions inacceptables, telles que décrites par le Comité européen pour Taxe d'exemption – Dispense – Handicap majeur – In-
la Prévention de la Torture suite à sa visite en février 2007.
capacité insuffisante – Vie privée – Discrimination – Ab-
La Cour conclut que S.D., en tant que réfugié et demandeur d'asile, sence de justification objective – Violation de l'art. 8 com-
a connu des conditions de détention qui s'analysent en un traitement biné avec l'art. 14 CEDH
dégradant, en violation de l'article 3.
Article 5 § 1 S. Glor c/Suisse (req. n° 13444/04)
La Cour note que la demande d'asile de S.D. n'a été enregistrée qu'à Le requérant a été exempté du service militaire pour inaptitude physi-
la troisième tentative, le 17 mai 2007, et que les autorités n'ont en- que, due à une maladie chronique (une forme de diabète). La législa-
suite pas pris en considération sa qualité de demandeur d'asile. Sa tion lui impose le paiement d'une taxe d'exemption (3% du revenu
détention en vue de son expulsion s'est en effet trouvée sans fonde- imposable) dont ne sont dispensés que ceux qui souffrent d'un handi-
ment en droit grec à partir de cette date puisque, en tant que deman- cap majeur (40% d'incapacité permanente au moins); l'affection qui
deur d'asile dont la demande était en cours d'examen, il ne pouvait atteint le requérant reste inférieure à ce seuil, et par ailleurs, la législa-
être expulsé. Sa détention n'était donc pas régulière, en violation de tion ne lui permet pas de démontrer qu'en raison de la modicité de son
l'article 5 § 1. salaire, la taxe constitue pour lui une charge excessive. Enfin, le ser-
Article 5 § 4 vice de remplacement n'est accessible qu'aux objecteurs de conscience,
La Cour note qu'en Grèce les personnes qui, dans l'attente, comme et suppose l'aptitude physique au service militaire.
S.D., de la décision sur leur demande d'asile ne peuvent pas être Le régime en cause, qui tire des conséquences différentes selon l'état
expulsées mais souhaitent contester leur détention, se trouvent dans de santé des personnes concernées, met en jeu le droit à la protection
un vide juridique. Le droit grec ne permet pas un contrôle direct de de la vie privée, garanti par l'art. 8 de la C.E.D.H. Il établit aussi une
la légalité de la détention d'un étranger détenu en vue de son expul- discrimination, notamment, entre exemptés du service militaire, les
sion. uns étant dispensés de la taxe et les autres non; une telle discrimina-
S.D. n'a pas vu la légalité de sa détention examinée par les tribunaux tion relève de l'art. 14, qui énumère des critères de manière non limi-
grecs. L'ordre juridique grec ne lui offrait aucune possibilité d'obte- tative.
nir une décision sur cette question, en violation de l'article 5 § 4. La Cour estime déraisonnables les justifications objectives présen-
La Cour conclut, à l'unanimité : tées par le gouvernement suisse, parce qu'elles ne ménagent pas un
juste équilibre entre la sauvegarde des intérêts de la collectivité et
· à la violation de l'article 3 (interdiction des traitements inhumains celle des droits reconnus au requérant. En conséquence, il y a eu vio-
ou dégradants) de la Convention européenne des droits de l'homme, lation de l'art. 8 combiné à l'art. 14.
en raison des conditions de détention du requérant dans des cen-
tres pour étrangers; et, Note
· à la violation de l'article 5 §§ 1 et 4 (droit à la liberté et à la 1. On retiendra d'abord le caractère invraisemblablement anachronique
sûreté), en raison de l'irrégularité de sa détention et de l'impossi- de la législation en question. Au début du XXème siècle, la conscription
bilité de contester cette irrégularité en droit grec. belge s'opérait par tirage au sort, mais un jeune malchanceux pouvait
toujours s'acheter un remplaçant s'il en avait les moyens. Le vieux pale-
En application de l'article 41 (satisfaction équitable) de la Conven- tot qui vous cause (lui-même en service civil d'objecteur de conscience
tion, la Cour alloue au requérant 10 000 euros (EUR) pour dommage de 1971 à 1973) a entendu sa grand-mère paternelle évoquer son demi-
moral. (L'arrêt n'existe qu'en français.) frère ouvrier qui n'avait pas pu se payer une telle dispense.
Siég. : Nina Vajiæ (Croatie), présidente, Christos Rozakis (Grèce), 2. Il faut souligner que dans l'affaire annotée, le requérant se déclarait
Anatoly Kovler (Russie), Elisabeth Steiner (Autriche), Khanlar prêt à accomplir le service militaire aussi bien que le service de rem-
Hajiyev (Azerbaïdjan), Giorgio Malinverni (Suisse), George placement. Ce qui amène la Cour européenne à reprocher à la Suisse
Nicolaou (Chypre), juges. de ne prévoir ni la possibilité d'un service militaire adapté à l'affec-
Note tion de l'intéressé, ni l'accès du service de remplacement à quelqu'un
Les trois questions traitées par la Cour dans cette affaire pourraient qui n'est pas objecteur de conscience. Même si la Cour n'a pas com-
tout aussi bien concerner la Belgique : la détention dans des bara- pétence pour mettre en cause la politique de défense d'un État, une
quements est pratiquée au Centre 127, le contrôle exercé par la Cham- telle approche raisonnable du cas d'espèce est dangereuse en ce qu'elle
bre du conseil est par trop limité et la Belgique détient des étrangers banalise la dimension fondamentalement contestataire de l'objection
pendant la procédure d'asile ! Voilà donc une décision à exploiter. de conscience, et du service de remplacement comme symbole d'une
autre conception sociale. Je conseille vivement la lecture des Car-
nets de prison de Jean Van Lierde (Vie Ouvrière, 1994).
3. La Suisse ne fait toujours pas partie de l'Union européenne, mais
l'arrêt annoté apporte un éclairage utile à un débat qu'a déclenché la

38 JDJ n°286 - juin 2009


civil et
familial
Cour de Justice des Communautés européenne à propos de la notion
de handicap. Avec l'âge, les convictions philosophiques et «l'orienta-
tion sexuelle», le handicap est l'un des critères de discrimination dans
Pas de risque de préjudice grave et
l'emploi que la directive 2000/78/CE du 27 novembre 2000 entend difficilement réparable pour le surdoué
prohiber. Cependant, saisie d'une question préjudicielle, la Cour de
Justice a dit dans son arrêt Chacón Navas, C-13/05 du 11 juillet 2006 C.E. (sect. cont. adm., 12ème ch.) – 30 avril 2009
(J.T.T., 2006, p. 337) que la notion de handicap ne pouvait pas être Enseignement à domicile – Décision d'exclusion – De-
étendue à la maladie de longue durée. Il en résulte dans les États mem- mande de suspension – Préjudice grave et difficilement
bres une profonde perplexité (voir ma chronique de jurisprudence, réparable – Démonstration insuffisante
Journal de droit européen, 2008, p. 306). Ainsi, en Belgique, la loi du
10 mai 2007 dite «relative à la discrimination en général», envisage F.L. c./Communauté flamande (n° 192.902)
dans son champ d'application d'autres critères, comme «l'état de santé», À partir de l'année scolaire 2002-03, les parents de l'enfant, requé-
mais, en exécution de la directive, l'obligation de prévoir des «amé- rant, ont déclaré qu'il suivait l'enseignement à domicile. En 2008,
nagements raisonnables» du poste de travail est liée au critère du après deux visites successives, l'inspection scolaire a décidé que,
handicap. L'arrêt Glor c/Suisse devrait donc relancer la réflexion. l'enseignement à domicile que recevait l'intéressé apparaissant in-
Jean Jacqmain suffisant, il en était exclu et devait s'inscrire dans une école recon-
nue par la Communauté flamande.
La recevabilité de la requête en suspension, introduite par l'enfant re-
présenté par ses parents, implique la démonstration d'un risque de préju-
Conséquences du défaut d'exercice du dice grave et difficilement réparable si la décision contestée s'applique
droit d'option par les parents dans l'attente d'un arrêt concernant la demande d'annulation.
L'affirmation que l'enfant est surdoué et que, lorsqu'il suivait l'ensei-
Civ. Courtrai (4ème ch.) – 8 novembre 2007 gnement maternel régulier aux Pays-Bas, cette particularité n'avait
pas été prise en considération, ne suffit pas à une telle démonstration
Successions – Héritiers – Délai pour renoncer à la suc- alors que le requérant a maintenant 14 ans et qu'il existe en Flandre
cession – Trente ans – Exercice du droit d'option après des écoles secondaires adaptées aux surdoués.
l'expiration des délais d'inventaire et de délibération –
La requête en suspension est rejetée.
Condition – Héritiers mineurs – Défaut d'exercice du
Trad. : J. Jacqmain
droit d'option – Droits du créancier – Condamnation à
l'acceptation pure et simple
Aux termes de l'art. 789 du Code civil, les héritiers ont, durant une
période de 30 ans, la faculté de renoncer à la succession. Le fait que
Indemnisation se référant au coût des
les héritiers n'aient procédé à la renonciation qu'après avoir été assi- titres-services
gnés en justice est donc sans incidence.
Les héritiers conservent leur droit d'option même après l'expiration Pol. Bruges (6ème ch.) – 6 septembre 2007
des délais d'inventaire (3 mois après l'ouverture de la succession) et Responsabilité aquilienne – Dommage et réparation –
de délibération (40 jours de plus) pour autant qu'ils n'aient accompli Lésion corporelle – Victime âgée – Atteinte à l'autono-
aucun acte d'acceptation et qu'il n'y ait aucune décision passée en mie – Aide de tiers – Devoir d'assistance des enfants –
force de chose jugée qui les déclare héritiers purs et simples. Évaluation – Prix d'achat de titres-services
Lorsque des héritiers mineurs viennent à la succession et que les Lorsque l'autonomie d'une victime âgée est atteinte au point que l'in-
parents en tant que titulaires de l'autorité parentale et administra- téressé a besoin de l'aide de tiers, il y a lieu de fixer la valeur de cette
teurs des biens de leurs enfants mineurs, même après avoir été assi- assistance au prix d'achat des titres-services, en tenant compte de
gnés en justice, restent en défaut d'exercer effectivement le droit l'avantage fiscal qui s'y attache. Cette base d'indemnisation [soit 4
d'option au nom de ceux-ci, les enfants mineurs doivent être décla- euros par heure] ne s'applique pas seulement aux services fournis
rés héritiers purs et simples et répondent des dettes de la succession. par des professionnels, mais aussi à ceux qui résultent du devoir
Dans Rechtskundig Weekblad, 2008-09, 1389, note de S. Seyns d'assistance qui incombe en l'espèce aux enfants de la victime. En
Trad. : J. Jacqmain effet, devoir faire appel à ses enfants constitue pour l'intéressé un
dommage certain, car les enfants ne peuvent plus venir aider leur
père lorsque cela les arrange, mais doivent se tenir à des moments
réguliers, en fonction des besoins de leur père.
Dans Rechtskundig Weekblad, 20-08-09
Trad : J. Jacqmain
Note
Agé de 79 ans, veuf et pensionné, l'intéressé apportait depuis sa re-
traite une aide quotidienne à sa fille, gardienne encadrée. Sur cette
base, et compte tenu d'une invalidité permanents de 20% provoquée
par l'accident, le tribunal lui octroie aussi en équité 4500 euros pour
préjudice materiel et moral.

JDJ n°286 - juin 2009 39


civil et
familial

Pas de réparation pour la veuve séparée Remboursement des loyers nés de


Pol. Bruges (6ème ch.) – 7 juin 2007 l'infraction
Responsabilité aquilienne – Dommage et réparation –
Décès – Epoux séparés de fait – Chances de réconcilia- Corr. Gand (21ème ch.) – 24 juin 2008
tion – Preuve – Inscription aux registres de la popula- Logement – Code flamand – Location d'un logement dé-
tion – Époux décédé inscrit à l'adresse de ses parents – claré inhabitable – Infraction – Conséquences sur le bail
Demande de pouvoir prouver la cohabitation réelle – – Nullité – Confiscation des loyers – Avantage pécuniaire
Contravention à l'ordre public qui résulte directement de l'infraction – Confiscation du
À la suite du décès accidentel de son époux, une femme ne peut montant correspondant et restitution à la partie civile
prétendre à la réparation de son préjudice pécuniaire et moral si le Le bailleur qui sait que le logement qu'il met en location a été dé-
couple était séparé de fait. Cette séparation doit être tenue pour dé- claré inhabitable, doit ou bien le rénover ou bien mettre fin au bail.
montrée si elle ressort de la plupart des éléments factuels, bien que Un bien déclaré inhabitable ne pouvant être mis en location, les loyers
l'épouse affirme qu'il y avait des chances réelles de réconciliation, constituent des avantages pécuniaires qui résultent directement des
sans prouver cette affirmation à suffisance. En outre, au plan juridi- infractions constatées, et doivent être confisqués. Si ces avantages
que, il apparaît que le défunt était inscrit aux registres de la popula- ne peuvent être identifiés à l'intérieur du patrimoine du condamné, il
tion à l'adresse de ses parents, et non à celle qu'il avait partagée avec y a lieu d'en apprécier la valeur et la confiscation porte sur le mon-
son épouse. La loi du 19 juillet 1991 relative aux registres de la tant correspondant.
population rend l'inscription inexacte passible de sanctions pénales;
Lorsqu'un contrat n'a pu naître qu'à l'aide d'une infraction, il ne peut
par conséquent, admettre la femme, à sa demande, à pouvoir prou-
produire d'effets et doit être déclaré nul. Une des conséquences de
ver la réalité de la cohabitation, contreviendrait à l'ordre public.
cette nullité est le remboursement à la partie civile des loyers qu'elle
Dans Rechtskundig Weekblad, 2008-2009, p. 1703. a payés.
Trad. : J. Jacqmain. Dans Rechtskundig Weekblad, 2008-09, p. 1697, note de T. Vandromme.
Trad. : J. Jacqmain.
Pas d'intérêt contraire et d'appel
incident pour l'administrateur provisoire
Anvers (3ème ch.) – 23 janvier 2008
Minorité prolongée – Grave arriération mentale – No-
tion – Appel – Personne concernée par la demande – Avo- Dans le cadre du programme de
cat – Commis d'office – Droit de décider d'interjeter ap-
pel au nom de la personne concernée par la demande – Formations au droit des jeunes
Administrateur provisoire – Personne sous statut de mi- «2009»
norité prolongée – Intérêt à interjeter appel
Alors qu'elle avait connu jusqu'alors un développement mental nor-
mal, l'intéressée a subi, à l'âge de 7 ans et 7 mois, une quasi noyade, à
Le mineur et la police
la suite de laquelle elle se trouve depuis lors en coma éveillé. La grave
arriération mentale qui en résulte n'est donc pas congénitale ni surve- (1 module de 2 jours)
nue dans la petite enfance comme l'exige l'art. 487bis du Code civil et
DATES : les jeudi 17 septembre et lundi 28 septembre 2009
le statut de minorité prolongée ne pouvait s'appliquer lorsque l'inté- FORMATEURS : Sandra Gérard, Stéphanie Roos, Isabelle Dogne,
ressée a atteint 18 ans. Bien que la décision du juge de paix qui attri- Jean-Luc Bodson
bue ce statut à la demande des parents ait un effet immédiat, la per- Quand la police peut-elle effectuer des contôles d'identité,
sonne qu'elle concerne peut la contester par voie d'appel. des fouilles, utiliser les menottes, combien de temps un jeune
L'assistance d'un avocat qui est obligatoirement octroyée à la per- peut-il rester au poste, ses parents doivent-ils être avertis ?
sonne concernée par une telle décision, vise à protéger les intérêts de Un jeune victime peut-il seul déposer plainte, peut-il se faire
celle-ci, indépendamment de ceux des autres personnes impliquées, accompagner dans le cadre d'une audition, etc. ? Ces
questions seront abordées lors de cette formation qui tentera
et constitue une garantie complémentaire contre d'éventuels abus; l'avo-
de délimiter le cadre d'intervention de la police face au mineur
cat commis d'office a le droit de décider lui-même d'interjeter appel
et les droits de ce dernier.
au nom de la personne concernée par la décision.
L'administrateur provisoire d'une personne placée sous statut de mi- Renseignements ?
norité prolongée n'a pas d'intérêt contraire à ceux de cette personne et Contenu des formations et formations «à la carte» (par e-mail svp) :
du ministère public qui interjettent appel de la décision, de sorte qu'elle Cécile Mangin cm@[Link] ou 02/209.61.65
ne peut introduire d'appel incident. Administration - inscriptions : Jeunesse et Droit 04/342.61.01 ou
Dans Rechtskundig Weekblad, 2008-09, p. 1733, note d'A. Huygens formations@[Link]
Trad. : J. Jacqmain

40 JDJ n°286 - juin 2009


bibliographie

l'association Crecer Juntos pour trouver de quoi nourrir les enfants


Famille sans frontiè- des quartiers pauvres de Tucuman.
res - 50 questions Vingt années, c'est aussi l'âge anniversaire de la Convention des Droits
de l'Enfant censée protéger tous les enfants du monde.
sur le droit familial Les enfants du monde entier peuvent-ils espérer de cette législation
international novatrice un changement radical dans leur vie quotidienne ? De quels
droits leur parle-t-on lorsque l'on fait référence à la Convention ?
Si vous vous mariez à l'étranger, est-ce Quel pays peut aujourd'hui garantir que ses enfants soient élevés
que la cérémonie peut être célébrée par
dans «un esprit de paix, de dignité, de tolérance, de liberté, d'égalité
un prêtre ou par un imam ? Devez-vous
et de solidarité» pour reprendre les termes des Nations unies ? Quel
respecter les règles belges ou étrangè-
juriste peut assurer que les multiples outils de protection des droits
res concernant l'âge à partir duquel vous
pouvez vous marier ? Pouvez-vous, en protègent réellement les enfants ? Que pense un enfant, si au lieu de
tant que belge, vous marier avec une personne du même sexe, quelle le soigner, on se contente de lui dire qu'il a droit à la santé ?
que soit sa nationalité ? Si une femme belge a un enfant avec un étran- Rens. : editionsducygne@[Link], ISBN : 978-2-84924-135-6, 92 pages,
ger, est-ce que cet homme peut reconnaître l'enfant en Belgique ? 13,00 euros.

Les relations de famille internationales peuvent être régies par diffé-


rents systèmes de droit. Le fait de vivre en Belgique ne signifie pas pour État des droits de
autant que le droit belge sera d'office d'application. En effet, en vertu du
droit international privé, les personnes de nationalité étrangère ou d'ori- l'Homme
gine étrangère dépendent parfois en ce qui concerne leur statut person- en Belgique -
nel du droit de leur pays d'origine. Depuis le 1er octobre 2004, la Belgi-
que dispose d'un Code de Droit international privé dans lequel les règles Rapport 2008
de conflits de loi sont reprises. Avant cette date, on devait s'inspirer
d'anciennes dispositions du code civil et de la jurisprudence. Ce Code a
Ligue des droits de l'Homme
permis de clarifier la situation pour les particuliers, les assistants so- La Ligue des droits de l'Homme vous invite à
ciaux, les employés et les juristes. découvrir le bilan d'une année chargée en événements relatif au res-
pect des droits humains.
Dès leur création en 2006, les points d'appui du Droit International Privé
Familial ont accompagné de nombreuses familles dans des questions La situation des droits de l'Homme en Belgique n'est certes pas aussi
relatives à des conflits de lois. Ils dispensent de l'information aussi bien grave que dans certains pays. Mais est-elle pour autant très relui-
aux intéressés qu'aux instances officielles et travailleurs de terrain qui sante ? Si l'état de santé d'une démocratie se mesure à l'aune de ses
souhaitent obtenir un avis sur l'application du droit familial internatio- coulisses et de ses exclus, c'est du côté des prisons surpeuplées et
nal. vétustes, des centres fermés pour étrangers, des expulsions violentes
et des lieux d'enfermement pour mineurs ou malades mentaux qu'il
L'objectif de cette brochure est double : d'une part, proposer aux fa-
faut regarder. Autant de lieux méconnus du grand public où les droits
milles internationales ainsi qu'aux professionnels les informations cor-
fondamentaux sont fragilisés, quand ils ne sont pas tout simplement
rectes et les guider à travers la législation complexe. D'autre part, valo-
relégués au second plan. Sans compter qu'à côté de ces lieux, des
riser l'expertise développée par les points d'appui et rappeler au public
l'existence de ce service juridique. dispositifs de contrôle et de répression moins tangibles se mettent en
place dont les effets, bien que plus diffus, ne sont pas moins dange-
Mars 2009. reux. Des fichiers de police tentaculaires (on a parlé de 1,6 million
Vous pouvez télécharger cette brochure sur le site du Centre pour l'éga- de Belges fichés) aux abus liés au renforcement de la lutte contre le
lité des chances et la lutte contre le racisme: [Link]. Vous terrorisme ou l'immigration clandestine, en passant par la multipli-
pouvez également la commander par téléphone: 02-212 30 00, par e- cation des caméras de surveillance ou les mesures de conditionne-
mail: epost@[Link] ment de prestations sociales, l'impression qui domine nettement est
celle d'un rétrécissement des droits fondamentaux.
Les droits de l'enfant : Dans ce livre, la Ligue des droits de l'Homme propose un tour d'ho-
rizon des sujets sensibles sur lesquels elle travaille au quotidien. Des
une fausse bonne idée ? spécialistes présentent de manière accessible les enjeux en matière
de Philippe de Dinechin de droit à la vie privée, de prisons, de droit des étrangers, d'égalité
entre les femmes et les hommes, de droits des jeunes, de droits éco-
«Dans mon quartier, à Tucuman (Argentine), nomiques, sociaux et culturels, etc. Avec, pour clôturer, une chrono-
un enfant de dix ans a été expulsé de l'école logie des événements marquants de l'année 2008.
parce qu'il s'était drogué, un autre de douze
Coordonné par Pierre-Arnaud Perrouty
ans a été tué d'une balle dans la tête par un
Rens. : Infos et commandes à la LDH : 02/209 62 80 - ldh@[Link],
voisin parce qu'il l'avait volé. La police, cha- éditions Aden, [Link] , 224 pa-
que week-end, fait des descentes dans nos ges, 2009, 15 euros (12 euros + frais d'envoi pour les membres de la LDH).
maisons. Les habitants du quartier sont presque tous armés. Nous
avons peur de nos enfants. Alors de quels droits me parles-tu ?» Ces
paroles sont celles de Mirta qui lutte depuis vingt ans au sein de

JDJ n°286 - juin 2009 41


DJ
De quelques précautions à l'usage d'Internet
-J par Corinne Villée, assistante sociale et criminologue
E
au Service Droit des Jeunes de Bruxelles,
CH

Kim Wintgens, stagiaire criminologue


et Sandra Gérard, criminologue au Service Droit des Jeunes de Liège
FI

Les blogs personnels, Facebook, Netlog, Youtube… tographie de personne sera, elle, abordée dans le chapi-
l'utilisation d'internet et le partage d'images ou de vi- tre suivant.
déos se généralisent et se facilitent. Les groupes de Les droits valent durant toute la vie de l'auteur et se pro-
paroles ou de réactions se développent également de longent durant 70 ans au-delà de sa mort.
plus en plus. Cette facilité entraîne, bien souvent,
B. Les droits sur la photographie elle-même ?
l'idée, tout à fait fausse, chez les jeunes que tout est
permis sur le net. En effet, la liberté d'expression n'est Toute photographie est elle-même susceptible d'être pro-
pas absolue, même sur le net et doit être contre ba- tégée par le droit d'auteur dès qu'elle présente le carac-
lancée par d'autres principes que nous allons déve- tère d'originalité. Ainsi, l'originalité s'appréciera compte
lopper ci-après. tenu de la liberté du choix de l'angle de prise de vue, de la
luminosité, du cadrage….
L'autorisation de l'auteur sera presque toujours requise et
ce dernier pourra toujours s'opposer à ce qu'on diffuse
De grands principes peuvent son œuvre en ligne. Une dérogation possible concerne le
droit de citation. Il faut cependant que cumulativement la
se trouver en opposition citation :
La liberté d'expression consacrée par l'article 10 de la · provienne d'une œuvre déjà licitement publiée;
CEDH doit être mise en balance avec certains autres droits · soit faite «dans un but de critique, de polémique ou
tels la protection de la réputation et des droits d'autrui, la d'enseignement ou dans des travaux scientifiques» (vo-
protection de la vie privée, la divulgation d'informations cation pédagogique excluant les sites à caractère com-
confidentielles, les messages à caractère violent et/ou mercial ou de pur divertissement);
racistes, les propos calomnieux ou diffamatoires, les in- · soit faite «de bonne foi»;
formations dangereuses pour autrui, l'image de tiers sans · mentionne la source et le nom de l'auteur.
avoir obtenu leur autorisation, …
C. Conclusions
Certains contenus, même s'ils ne sont pas illicites peu-
vent cependant porter préjudice à quelqu'un. La personne À quelques exceptions près, la plupart des photographies
responsable de ce contenu sur internet peut être amenée peuvent faire l'objet d'une protection par les droits d'auteur.
à réparer cet éventuel préjudice (dommages et intérêts Avant toute diffusion d'images, il sera donc nécessaire de
au niveau civil) vérifier deux éléments importants :
~ l'objet ou le sujet (cfr. chapitre suivant) photographié
fait-il l'objet d'une protection ?
~ est-on l'auteur de la photographie en elle-même ou
Les infractions liées à est-ce une autre personne qui a pris cet objet ou sujet
l'utilisation d'internet peuvent en photo ?
relever de différentes sphères Il faudra ensuite essayer d'identifier le(s) auteur(s) ou leurs
ayants droit afin de solliciter les autorisations indispensa-
- les images bles, ce qui relève, dans certains cas, de la gageure. Dans
le cas où tous les efforts déployés pour retrouver le(s)
- les personnes auteur(s) de l'œuvre seraient demeurés vains, il est utile
- les textes d'envisager une solution de fortune qui, bien qu'elle ne
1. Les images soit pas sans risques juridiques, pourra attester de la bonne
A. Les droits sur l'objet/le sujet photographié ? foi de l'utilisateur. Elle consiste à mentionner de façon
claire, en même temps que la mise en ligne de l'œuvre,
Toute création originale (c'est-à-dire considérée comme une formulation du type : «Malgré tous les efforts déployés
le fruit de l'effort intellectuel de son auteur) ayant néces- par l'utilisateur de l'œuvre ci-contre pour satisfaire aux dis-
sité l'intervention humaine est susceptible d'être protégée positions légales en matière de droits d'auteur, l'auteur
par les droits d'auteur. n'a pas pu être identifié. Toutefois, cette personne est in-
Seront ainsi protégés par le droit d'auteur : les reproduc- vitée à se mettre en contact avec l'utilisateur afin de régu-
tions d'un tableau, d'une sculpture même exposée dans lariser cette situation».
un lieu public, d'un jardin aménagé par l'homme, d'un 2. Les personnes
modèle de table, d'un logo, d'un dessin…. De la même
manière, échapperont aux droits d'auteur: les paysages A. Peut-on diffuser des photographies de personnes
naturels, la faune, la flore, les formes purement fonction- sur un site ?
nelles telles une clef… en effet, il ne s'agit pas ici de re- La doctrine et la jurisprudence belge ont toujours reconnu
production de créations originales. La question de la pho- un «droit à l'image» pour chaque individu qui est constitu-

42 JDJ n°286 - juin 2009


DJ
-J De quelques précautions à l'usage d'Internet
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tif d'un véritable droit de la personnalité. Par la suite, la loi comportement à l'égard d'une personne avec l'intention
relative aux droits d'auteur a prescrit que «ni l'auteur, ni le de nuire (généralement la violence est verbale et/ou psy-
propriétaire d'un portrait, ni toute autre possesseur ou chologique).
détenteur d'un portrait n'a le droit de le reproduire ou de le Le fait de ne pas prendre conscience de l'impact sur la
communiquer au public sans l'assentiment de la personne victime, l'absence de contrôle des adultes et la publicité à
représentée ou celui de ses ayants droits pendant vingt large échelle peuvent être des éléments facilitant le cyber-
ans à partir de son décès». (1) harcèlement qui crée alors un rapport de force entre
Toute personne a donc le droit de s'opposer à ce que ses l'auteur et la victime.
traits soient représentés sans son consentement. L'auto- Cette infraction entraîne alors une responsabilité de
risation donnée peut être tacite, mais doit être certaine. l'auteur des contenus (s'il est doué de discernement). Il y
Elle est donnée par rapport à une photo ou une vidéo a alors infraction à la loi commise personnellement et le
déterminée et pour un usage bien déterminé. Il s'agit pour mineur doué de discernement peut être tenu responsa-
la personne photographiée ou filmée, qui donne son con- ble pénalement. Des mesures protectionnelles prévues
sentement, de connaître toutes les modalités de repro- par la loi du 8 avril 1965 peuvent alors être prises à son
duction et de diffusion de son image. encontre par le tribunal de la Jeunesse.
Certaines conditions sont toutefois nécessaires pour in- Souvent, il existe un faux sentiment d'anonymat. Les jeu-
voquer le droit à l'image. Il faut que la personne soit iden- nes se montrent donc plus audacieux que dans la vie réelle
tifiable et reconnaissable. Une photo prise de dos ou de et osent aller plus loin. Ce qui peut expliquer que l'on en
très loin, par exemple dans une foule, ne correspond pas arrive à des situations de cyber-harcèlement. Force est
au critère. De plus, la représentation doit être permanente de constater qu'Internet n'est absolument pas une garan-
et perceptible par autrui, ce qui est bien entendu le cas de tie d'anonymat (même les adresses e-mails anonymes
la diffusion sur internet. peuvent être retracées). Ce que l'on écrit ou publie sur le
Il en découle que le consentement de la personne est Net ne fait pas partie de la vie privée, même si l'on surfe
indispensable à toute reproduction ou communication au sur le Net dans un endroit privé (maison, chambre, etc.).
public et que ce consentement est toujours interprété de Le Net est un endroit public !
manière restrictive. Qu'en est-il de la responsabilité des fournisseurs d'accès
Concernant les mineurs, l'autorisation des parents est bien à internet ? Il ne découle aucune responsabilité si le four-
évidemment toujours nécessaire. Il s'agit d'un principe nisseur n'est pas à l'origine des données. Il n'existe pas
relevant de l'autorité parentale et qui est régi par les rè- non plus d'obligation de surveillance des contenus et pas
gles du Code Civil. Ce sont eux qui doivent donner leur d'obligation de prendre des mesures concernant les con-
consentement pour toutes les reproductions et diffusions tenus, sauf injonction judiciaire).
de l'image de leur enfant mineur. Qu'en est-il de la responsabilité des hébergeurs (presta-
Qu'en est-il des personnalités publiques, tels que chan- taires qui conservent les informations fournies par le
teurs ou sportifs ? On considère habituellement que les client) ? L'hébergeur n'est pas responsable s'il n'a pas con-
personnalités publiques autorisent tacitement la reproduc- naissance des contenus illicites. Dès qu'il en a connais-
tion de leurs traits pourvu que cette reproduction soit ef- sance, il doit cependant les retirer et en informer le procu-
fectivement en relation avec leur profession, leur situa- reur du Roi.
tion ou la raison pour laquelle elles font la «une» de l'ac- Qu'en est-il de la responsabilité civile des parents ? Sur
tualité. base des règles du code civil, les parents sont responsa-
On exclut de cette interprétation la reproduction à des fins bles de l'utilisation faite par leurs enfants sur internet.
publicitaires et commerciales ainsi que celle qui porte at- Que peut-on faire dans ces situations ? Il existe des pis-
teinte au respect de la vie privée. tes afin de faire cesser le cyber-harcèlement, notamment
B. Les différentes infractions concernant les person- en le signalant et en parlant …
nes · à une personne de confiance;
Toute une série d'infractions pénales ou civiles peuvent · au modérateur du site, qui pourra exclure le cyber-
être imputées à la personne qui diffuse sur Internet des harceleur;
photographies, des vidéos ou des propos, textes qui im-
· à l'hébergeur du site, qui pourra empêcher l'accès au
pliquent d'autres personnes et qui seraient contraire à la
site et le supprimer;
loi. Il s'agit :
· à la police via le site de la Federal Computer Crime
a. Le cyber-harcèlement (2) = envoyer de manière ré-
Unit [Link];
pétitive des emails d'insultes
Il s'agit de l'utilisation de nouvelles technologies pour (1) Article 10 loi du 30 juin 1994.
adopter de manière répétitive, agressive et délibérée un (2) Article 145, § 3bis de la loi du 13 juin 2005 relative aux communications électroni-
ques.

JDJ n°286 - juin 2009 43


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-J De quelques précautions à l'usage d'Internet
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· à child focus, à l'adresse clicksafe@[Link] Il s'agit d'inciter d'autres personnes à la discrimination, la


Sur des sites tels que Facebook et Netlog il existe d'ailleurs haine, la violence à l'égard de quelqu'un en raison de la
un bouton «Signaler un abus». race, la couleur, l'origine nationale ou ethnique. Il en va
de même concernant la publicité de ce type de fait.
Un très bon moyen de se protéger d'un cyber-harceleur
est de connaître un maximum les trucs et astuces de d. Les injures (5) = mettre un commentaire sur un fo-
l'Internet. rum : «la prof de math est une sale p***»
Par exemple : C'est le fait de divulguer un fait imprécis qui porte atteinte
à l'honneur d'une autre personne.
- ne jamais accepter dans ses contacts MSN des per-
sonnes que l'on ne connaît pas dans la vie réelle; e. L'outrage aux bonnes mœurs (6) = diffuser sur
internet une vidéo concernant ses relations sexuel-
- ne pas publier d'informations personnelles sur son blog
les avec sa petite amie
ou son profil;
C'est le fait d'exposer, de vendre ou de distribuer des ima-
- ne pas choisir un mot de passe trop simple;
ges ou des écrits choquants et contraires à la morale.
- créer deux adresses e-mails; une pour les vrais amis
f. Le traitement illégal de données à caractère per-
et l'autre pour le reste;
sonnel (7) = utiliser des photos de quelqu'un d'autre
- apprendre à identifier les emails comme «courrier in- sans son autorisation
désirable»;
C'est le fait de collecter, de conserver, d'utiliser, de modi-
- sur les sites tels que Facebook, dans les paramètres fier ou de communiquer les informations personnelles
de confidentialité, autoriser seulement ses amis à voir d'une autre personne en dehors des règles prévues par la
son profil; loi.
- conserver les emails reçus du cyber-harceleur; ils pour- g. L'usurpation d'identité (8) = créer un faux profil avec
ront servir de preuve en cas de plainte; le nom d'une autre personne
- faire des captures d'écran (photographie de l'écran) C'est le fait de voler le nom et les caractéristiques d'une
afin de permettre de garder des preuves du cyber-har- personne dans le but de se faire passer pour elle.
cèlement;
h. La divulgation méchante (9) = donner des informa-
- apprendre à vérifier ses sources. tions confidentielles sur quelqu'un par email
C'est le fait de porter à la connaissance d'un large public
b. La calomnie et la diffamation (3) = mettre des com- un fait vrai à propos d'une personne dans le seul but de
mentaires sur un blog : «Laura est une voleuse» faire du mal.
Selon le Code Pénal, «Celui qui, dans les cas ci-après i. Le hacking (ou piratage) (10) = s'introduire dans une
indiqués, a méchamment imputé à une personne un fait boîte mail en modifiant le mot de passe
précis qui est de nature à porter atteinte à l'honneur de C'est le fait de s'introduire et de se maintenir dans un
cette personne ou à l'exposer au mépris public, et dont la système informatique sans en avoir l'autorisation.
preuve légale n'est pas rapportée, est coupable de ca-
j. Violation du respect de la vie privée (11)
lomnie lorsque la loi admet la preuve du fait imputé, et de
diffamation lorsque la loi n'admet pas cette preuve». Le droit au respect de la vie privée, signifie que chacun a
le droit à ce que personne n'intervienne illégalement dans
Exemples :
sa vie ou dans celle de sa famille.
- dans le cadre de la calomnie, on reproche à quelqu'un
Ce droit protège aussi :
d'avoir commis un vol sans en apporter la preuve;
- dans le cadre de la diffamation, on reproche à quel-
qu'un d'avoir commis un vol mais la preuve légale ne (3) Articles 443 et suivants du Code Pénal.
peut plus être apportée parce qu'il y a prescription (le (4) Article 20 de la loi du 30 juillet 1981 tendant à réprimer certains actes inspirés par
fait ne peut pas être poursuivi car il s'est passé il y a le racisme et la xénophobie.
trop longtemps). (5) Article 448 du code pénal.
(6) Articles 383 et suivants du code pénal.
La question de l'atteinte à l'honneur sera une question de
(7) Articles 4, 5, 6, 8 et 39 de la loi du 8 décembre 1992 relative à la protection de la vie
fait tranchée par le juge. privée à l'égard des traitements de données à caractère personnel.
c. Le racisme (4) = mettre des commentaires sur un fo- (8) Article 231 du code pénal.
rum : «il faut frapper les noirs» (9) Article 449 du code pénal.
La loi du 30 juillet 1981 réprime certains actes inspirés (10) Article 550 bis du code pénal.
par le racisme et la xénophobie. (11) Article 22 de la constitution

44 JDJ n°286 - juin 2009


DJ
-J De quelques précautions à l'usage d'Internet
E
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· le domicile;
Université d'été autour des droits de l'enfant
· la correspondance (le courrier, que ce soit des lettres
écrites ou des emails);
Session 2009
· l'honneur;
Enfance et pauvreté
· la réputation (ne pas lancer de rumeurs); du lundi 20 au vendredi 24 juillet 2009 à Sion
· les données personnelles (nom et prénom, adresse, Public cible
numéro de téléphone, mots de passe, des informa- L'Université d'été autour des droits de l'enfant s'adresse à des pro-
tions privées ne peuvent pas être publiées sans auto- fessionnels travaillant dans un domaine en lien avec l'enfance et la
risation). jeunesse (travailleurs sociaux, éducateurs, psychologues, juristes,
enseignants, etc.) et à des étudiants en fin de formation (université
3. Les textes ou haute école), intéressés par les droits de l'enfant et désirant sui-
A. Peut-on reproduire un texte ? vre une introduction générale et pratique dans ce domaine ou de
Tout texte, de quelque nature qu'il soit, est susceptible de perfectionner leurs connaissances sur les droits de l'enfant. Les cours
protection par le droit d'auteur pourvu qu'il soit «original». sont dispensés en français (aucune traduction n'est prévue); la maî-
Il est reconnu à tout écrit qui reflète la personnalité de son trise du français oral et écrit est exigée. Le nombre de participants
est limité.
auteur.
Lundi 20 juillet : Introduction : La pauvreté et les droits hu-
La reproduction d'œuvre et leur diffusion, même à des mains
fins d'illustration de l'enseignement ou de recherche scien- Eric Marlier (*),Centre d'Etudes de Populations, de Pauvreté et de
tifique, nécessitent l'accord préalable de leur auteur. Politiques Socio-Economiques (CEPS/INSTEAD), Luxembourg.
Il importe de préciser que seul le texte est protégé par le Wouter Vandenhole (*), Chaire UNICEF en droits de l'enfant, Uni-
droit d'auteur. Il est donc permis de s'inspirer des idées versité d'Anvers
d'une création existante pour écrire un nouveau texte. Mardi 21 juillet : Famille et pauvreté
Mendicité et familles : Roms (CODE, Fondation roi Baudouin),…
B. Peut-on invoquer le droit de citation pour repro- Centre social protestant CSP Genève : Pauvreté et familles sans pa-
duire un extrait d'œuvre ? piers
Il faut que la citation réponde cumulativement aux critè- Mercredi 22 juillet : Ecole, santé et pauvreté
res suivants : Emmanuel Kabengele, Professeur à l'Université de Genève; IUKB
· elle doit être «courte»; Sion. Loïc Wacquant– pauvreté et prison (sociologue, Chicago).ATD
Quart Monde Suisse
· elle doit provenir d'une œuvre déjà licitement publiée; Jeudi 23 juillet : Protection de l'enfance et de la jeunesse
· elle doit être faite «dans un but de critique, de polémi- Isabelle Delens-Ravier, Docteure en criminologie, Université Ca-
que ou d'enseignement ou dans des travaux scientifi- tholique de Louvain et Centre interdisciplinaire des droits de l'en-
ques»; fant, Bruxelles. Marc Otjacques (*), Lutte, solidarité, travail,
· elle doit être faite «de bonne foi»; Andenne. Philip D. Jaffé, Professeur en psychologie, Responsable
de l'Unité Droits de l'enfant et Directeur de l'IUKB, Sion
· elle doit mentionner la source et le nom de l'auteur. Vendredi 24 juillet : Politiques sociales
C. Peut-on tout écrire dans un texte ? Stéphane Rossini (*), Master HES-SO en Action et politiques so-
Non, il y a bien entendu des limites à liberté d'expression. ciales, EESP, Lausanne et Université de Genève. Bernard De Vos
(*), Délégué général de la communauté française aux droits de l'en-
Tel est le cas, par exemple pour les propos diffamatoires,
fant, Bruxelles.
injurieux, racistes,…
(*) Participation à confirmer
Quoi qu'il en soit, internet est un véritable outil d'échange Certification
et de communication, à condition qu'il soit utilisé de ma- L'IUKB validera les acquis en formes de points ECTS :
nière scrupuleuse et que l'auteur des contenus (textes, ¨ participation par session sur base de la participation active et de
photos,…) mis en ligne en assure une bonne gestion. la rédaction d'un rapport : 2 crédits ECTS;
¨ participation par cycle sur base de la participation active aux 4
sessions, de la rédaction de 4 rapports annuels et d'un travail de
synthèse et d'évaluation : 10 crédits ECTS.
Lieu : Campus de l'Institut Universitaire Kurt Bösch (IUKB) à Sion/
Bramois en Suisse.
La participation aux frais s'élève à 800 CHF (~ 500 euros); ce mon-
tant comprend les frais de formation et les frais de repas. L'héberge-
ment, les dépenses personnelles et les frais de trajet jusqu'à Sion
sont à la charge des participants.
Rens. : Institut Universitaire Kurt Bösch (IUKB), Université d'été, Case pos-
tale 4176, CH 1950 – Sion 4, Suisse, tél.: + 41 27 205 73 00, fax: +41 27
205 73 01, email: [Link]@[Link], internet: [Link] –
[Link]

JDJ n°286 - juin 2009 45


Ici et
ailleurs
Nomination Ya pas à dire, avec une oppo- Trois pour le prix d’un Liberté de presse sauce
sition pareille, le prochain Mi-
La désignation de Mme D. Ro- Il paraît que le réaménage- bolognaise
nistre n’a qu’à bien se tenir.
cour comme juge de la jeunesse ment d’Everberg aura coûté 3 Fabrizio Gatti (journaliste
à Liège est renouvelée pour un fois plus que le prix normal ecrivain, auteur de «Bilal») sera
terme de cinq ans prenant cours C’est une bonne parce que le contrat n’avait jugé par le tribunal d'Agrigento
le 1er juillet 2009 (AR 17/02/09). question… pas suivi la procédure habi- (Italie) pour avoir déclaré une
tuelle de mise en adjudication fausse identité quand - en juillet
La Chambre jeunesse de la Cour
On le saura ! d’appel de Liège ne perd jamais
parce que le gouvernement 2005 - il se présenta à la police
souhaitait que l’institution soit de Lampedusa en disant qu’il
La Convention internationale des une occasion pour questionner
terminée dans un délai de six était un ressortissant kurde ira-
droits de l’enfant fête ses 20 ans la Cour constitutionnelle, ce qui
mois. De plus, lors de la con- quien ayant survecu à un nau-
cette année et ça va se savoir. Si fait incontestablement avancer
clusion du contrat, portant sur frage, afin de se faire arrêter dans
vous voulez connaître l’ensemble la science du droit, même si par-
plusieurs millions d’euros, le centre de premier accueil, où,
des manifestations qui sont orga- fois, ses questions sont, com-
10 % de dessous-de-table à l’époque, l’entrée était interdite
nisées à cette occasion rendez- ment dire, tarabiscotées. C’est le
auraient aussi été versés, pro- à la presse. En 2004, il avait déjà
vous sur le site de la CODE : cas d’une question posée par un
bablement à l’ancien directeur été condanné à 20 jours pour
[Link]. arrêt du 22/04/09 qui porte, si
général de la Régie des bâti- s’être déclaré de la Roumanie,
nous avons bien compris, sur les
ments, Hans E. qui dirigeait le afin de visiter le centre d’expul-
Ils ne doutent de rien… jeunes qui font l’objet de pour-
projet en 2002. C’est donc sion de Milano. En Italie, jus-
suites sur la base de l’article 36,
L’Aide à la jeunesse veut orien- pour ça que l’enfermement qu’en 2006, l’accès aux centres
4° de la loi du 8/04/65 (modi-
ter les moyens de la Communauté coûte cher ! En tous cas, ne de détention était interdit à la
fiée), donc un jeune soupçonné
française sur l’éducatif et le pré- sont pas les plus délinquants presse. Depuis 2006, l’accès est
d’avoir commis un fait qualifié
ventif. Du moins, c’est le chan- ceux qu’on pense. Dire qu’on possible moyennant une autori-
infraction, et pour lequel il y a
gement de cap que réclame au aurait pu construire 3 centres sation de la Préfecture. Et à con-
simultanément une saisine du
futur gouvernement l’Inter-fédé- avec le même montant, quel dition de ne pas critiquer les trai-
juge de paix sur la base de la loi
rations de l’aide à la jeunesse dommage ! tements inhumains et dégradants
relative à la protection des ma-
(AAJ) après une législature mar- subis par les étrangers ?
lades mentaux. CPAS et secret
quée à ses yeux par des dépenses
en faveur des centres fermés. «La
délinquance concerne une popu- …merci de l’avoir posée professionnel Journée des enfants
Certains CPAS transmettent di- disparus...
lation très minoritaire; or, cer- Le problème : la différence dans rectement à l’Office des étran-
tains faits divers ont poussé le les régimes de sortie selon que On adore ce message diffusé par
gers, de manière systématique
gouvernement à attribuer d’im- le jeune est placé en IPPJ ou Yapaka : «certains proposent
ou pas, des informations concer-
portants moyens à l’augmenta- dans une institution psychiatri- d’organiser ce 25 mai une jour-
nant l’aide accordée à un étran-
tion des places en centre fermé que fermée et le fait que la ré- née internationale des enfants
ger ou à un membre de sa fa-
(Everberg, Saint-Hubert), avec le glementation ne prévoit pas disparus . À cette occasion, une
mille, utilisées pour mettre fin
risque de créer un appel d’air l’obligation pour le médecin du campagne massive est lancée en
au séjour. Parfois, le CPAS le
pour l’enfermement des jeunes », service à qui est confié le jeune France sous le slogan «défense
fait de sa propre initiative, par-
a exposé Pascal Rigot, au nom de par le juge de paix soit d’infor- d’enlever» (voir : http://
fois à la demande de l’OE ou de
l’AAJ. mer le juge de la jeunesse de sa [Link]). Une vidéo de 36 secon-
la commune. Ceci est une vio-
décision d’autoriser une sortie lation du secret professionnel, des, visible sur le site de
…et commencent fort ! du patient dans des conditions sanctionnée par le droit pénal. «Yapaka» campe un contexte an-
Peut-on encore parler de ris- susceptibles de constituer un ris- L’Association des villes et com- xiogène. Sur fond sonore dra-
que quand il se vérifie ? Bien que pour la sécurité de celui-ci munes flamandes (VVSG) l’a matique, défilent des affiches
timorée en tous cas l’Inter- en fonction des actes qu’il pour- d’ailleurs clairement rappelé. d’enfants disparus. Zoomant du
fédé, elle ne réclame pas rait commettre ou du comporte- Quand les CPAS résistent, l’OE singulier à la masse d’enlève-
qu’on renonce aux projets en ment qu’il pourrait adopter, soit demande parfois aux intéressés ments, le message soutient que
cours (St Hubert) ou futurs d’associer le juge de la jeunesse d’aller chercher eux-mêmes une «personne n’est à l’abri». Et, en
(Achènes), ni même un mora- à la modalisation de sa décision attestation au CPAS d’où il res- terminant le spot par le message
toire absolu sur toute création relative aux sorties. Zavez sort qu’ils reçoivent ou pas une «Fugue, enlèvement, soyons vi-
de nouvelles places fermées. suivi ? aide sociale. gilants», les initiateurs ajoutent

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une confusion entre des types de cette émission depuis quatre ans taure une collaboration avec les de médiation et de conciliation.
disparitions extrêmement diffé- a envie de passer le relais, mais a écoles et un point police dans Le jeune pourra être entendu à
rents. Tout ceci brouille encore à coeur que l’émission perdure, chacune d’entre-elles. Le Soir du partir de 12 ans et plus tôt si dis-
davantage les repères émotion- comme espace de liberté de pa- 29 mai lui a consacré un petit cernement. Il sera assisté d’un
nels». roles pour les gens à qui cette dossier d’où il ressort qu'une zone avocat spécialisé chargé de lui
En effet, nous pensons qu’orga- parole est déniée, comme espace de police sur 4 collabore avec les expliquer la procédure et ses
niser une telle journée contribue de critique du monde qui produit écoles et que les trois quart ont droits.
à accroître l’anxiété de parents les taules, comme outil pour créer instauré un point de contact pour
déjà fragilisés par la des brèches dans les murs qui les écoles. Tout ça pour le Pour leur montrer le
médiatisation de chaque dispari- nous entourent. Et d’appeler à la meilleure (paraît-il) et surtout
chemin de l’école
tion. Dès lors, ces parents hési- relève. A bon émetteur : passe- pour le pire (voyez les descentes
muraille@[Link]. anti-drogue dans certains établis- Dans la foulée de ses travaux con-
tent à laisser à leur enfant la pos-
sements). Nous aurons l’occasion cernant les enfants roms, la Fon-
sibilité d’acquérir progressive-
ment leur autonomie. Où diable gît le d’y revenir. dation roi Baudouin lance un ap-
problème ? pel à projets pour soutenir les ini-
Le tribunal de la famille tiatives qui visent à stimuler la
…une fausse bonne idée Mme Annemie Turtelboom, mi- scolarisation des enfants roms. Le
Du côté des enfants, il est égale- nistre de la Politique de migra- … montant de l’aide financière va-
ment contreproductif d’évoquer tion et d’asile. – «Depuis le 1er riera entre 2 500 et 10 000 euros
Annoncée depuis 30 ans, cette
un monde hostile et dangereux janvier 2007, les mineurs non ac- par projet, ce qui n’est pas
réforme semble enfin sur les rails.
dans lequel ils doivent être sur compagnés bulgares et roumains énorme. Les projets ont pour ob-
Un premier accord est intervenu
leurs gardes. Comment grandir sont considérés comme des mi- jectif d’amener les enfants roms
au sein d’un groupe de travail
dans un tel monde ? neurs européens et l’État belge vers les institutions scolaires afin
technique pour la création d’une
examine leur situation sur la base de les y intégrer de manière du-
L’angoisse n’est jamais moteur section Jeunesse et Famille au
de leur qualité de citoyens de rable et de permettre également
de prévention ; laquelle repose sein du Tribunal de première ins-
l’Union européenne. Le droit une intégration progressive de ces
plutôt sur la capacité de penser tance qui regroupera l’ensemble
européen exclut le mineur euro- populations au sein de notre so-
des adultes et des enfants et sur péen de la définition du mineur des compétences judiciaires re-
la transmission de la confiance en latives aux contentieux familiaux ciété ; ils doivent être rentrés pour
étranger non accompagné car le 21 septembre 2009 (résultats
soi. l’Union européenne a estimé que et aux problématiques de la Jeu-
nesse (divisées en trois cham- annoncés en décembre). Plus
«L’appel à témoin, soutenu dans pour les mineurs européens, les
bres : une chambre famille avec d’information : 070/233.065 ou
la campagne d’affichage, parti- contacts entre États membres de-
toutes les compétences civiles y proj@[Link]. Voir le site :
ciperait aussi à augmenter l’état vaient être privilégiés. Le droit
compris les procédures d’ur- [Link]
de vigilance et à détricoter plus communautaire confère aux ci-
encore la solidarité et la con- toyens européens, y compris aux gence, une chambre jeunesse
fiance en l’autre. Nous pensons mineurs, le droit de circuler et de avec les compétences en matière Mécanisme individuel
au contraire que la prévention séjourner librement sur le terri- civile pour les mineurs en dan- de plainte
doit privilégier le relationnel et toire de l’Union européenne. La ger et protectionnelle à l’égard
Le Conseil des droits de
renforcer la solidarité entre les situation des mineurs européens des mineurs ayant commis un fait
l’Homme des Nations unies,
adultes». En Belgique, à part non accompagnés requiert donc qualifié d’infraction ainsi que la
vient de franchir un pas impor-
Child Focus, personne ne pense- une solution adaptée, différente compétence sur les mineurs ma-
tant dans l’établissement d’un
rait à aborder les choses de la de celle prévue pour les mineurs lades mentaux, et enfin un cham-
mécanisme de plainte individuel
sorte. étrangers ressortissants de pays bre spécifique pour les mineurs
en acceptant de créer un groupe
tiers. Un autre cadre juridique dessaisis).
de travail chargé de se pencher
Passe-Muraille, c’est doit leur être appliqué». sur cette question. Constitué de
fini (pour l’instant...) À se demander de quoi ces mi- …en route représentant des États, ce groupe
Depuis 30 années, Passe-Mu- neurs et les associations spécia- La réforme vise à plus de cohé- devra explorer la possibilité
raille questionne l’existence de la lisées se plaignent; le droit au sé- rence, plus de simplicité et d’ac- d’élaborer un protocole option-
prison en animant des émissions jour existe donc (bien qu’il cessibilité, à favoriser les solu- nel. Nombre d’Etats ont encore
à destination des détenus et de s’agisse d’une interprétation as- tions apaisantes et devrait per- de grandes réticences, il reste
leurs familles. Durant ces années, sez originale de la réglementation mettre une spécialisation tant des donc bien du chemin à parcourir
de nombreuses personnes se sont européenne); si en plus il fallait magistrats que des avocats. Le mais les ONG, qui ont fait cam-
investies dans l’émission, la fai- qu’il soit respecté ! principe de la saisine permanente pagne pour un tel protocole,
sant vivre, évoluer, y amenant sera d’application et la comparu- veilleront au grain.
leur grain de [Link]’hui une PLP41 tion personnelle des intéressés
des périodes de passe-muraille se Souvenez-vous, c’est le petit nom sera prévue dans plusieurs matiè-
termine. L’équipe qui a animé de la circulaire police, qui ins- res afin de favoriser le processus

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Précarité et accès à l'éducation
agenda du 26 au 30 août 2009 à Wéron (Namur)
Formation résidentielle proposée par La Ligue des droits de l'Homme
asbl.
Programme
- Rencontres avec Marie Jo Sanchez (membre de la commission
Jeunesse de la LDH et coordinatrice de CEFA), Miguel Lloreda
(professeur, membre du mouvement socio pédagogique «Chan-
gement pour l'égalité» CGé), Donat Carlier (coordinateur à la
Commission consultative formation emploi enseignement en
région Bruxelloise);
- Journée d'exploration et de réflexion sur le théâtre forum avec
À la recherche de la confiance perdue Carlos Bustamante (Formateur au Centre de formation pour ani-
Au-delà de la disqualification et de l'impuis- mateurs en art du spectacle – CFA asbl);
sance dans la relation d'aide - Exploration du Manuel Repères du Conseil de l'Europe, film,
témoignages;
Les 7 et 8 décembre 2009 à Paris - Travail sur les récits de vie (à partir d'un livre de Pascale Jamoulle
– avec son autorisation);
Entre les professionnels de la relation d'aide et de soin et les familles
en grande difficulté, il peut exister un désespoir et une méfiance qui - Présentation d'un «livre politique» par Didier Decoux (profes-
circulent dans les deux directions. seur à l'École supérieur des arts plastiques et visuels à Mons),
Même lorsque les «bénéficiaires» acceptent de montrer patte blanche, etc.
ils peuvent percevoir nos propositions d'aide comme une violence, un Formateurs : Cécile de Borman et Olivier Boutry
piège, un problème supplémentaire. Leur histoire est souvent jalon- Inscription : 120 euros (logement et nourriture compris, étudiants,
née de sentiments de trahison, de colère, d'injustice ou d'abandon de chômeurs : 95 euros, 20 places disponibles – inscriptions clôturées le
la part de ceux qui avaient prétendu leur apporter de l'aide. 15 juillet 2009
D'un autre côté, quel professionnel n'a jamais été gagné par un pro- Lieu : La formation se tiendra à la ferme de Vevy, Wéron (Namur)
fond sentiment de découragement, se demandant s'il était vraiment Rens. : Cécile de Borman : cdeborman@[Link], ou au 02/209 62 84
raisonnable de fonder quelque espoir sur les capacités d'évolution d'une
personne, d'une famille, d'un couple parental, d'un adolescent délin-
quant … Comment réduire le fossé entre les professionnels avec leurs
bonnes intentions et les usagers avec leurs résistances ouvertes ou dis- Premier congrès de justice juvénile restauratrice
simulées ? Entre les familles qui montrent qu'elles ont besoin que l'on
croie en un futur meilleur et les professionnels qui attendent l'émer- du 4 au 7 novembre 2009 à Lima Pérou
gence d'une demande authentique pour commencer à s'investir ?
Quels enseignements peut-on tirer du récit des expériences traumati- Organisé par la Fondation Terre des hommes-Lausanne, l'Association
ques que les familles ont connu dans leur histoire avec les interve- Encuentros Casa de la Juventud, le Ministère Public du Pérou et l'Uni-
nants, les services, les institutions ? versité Catholique du Pérou avec l'aval académique et scientifique de
Peut-on créer un contexte favorable à l'établissement d'un sentiment l'Association Internationale des Magistrats de la Jeunesse et de la Fa-
de sécurité et de confiance mutuelle nécessaire pour travailler les souf- mille, de la Société Internationale de Criminologie et de l'Institut In-
frances ? Comment mobiliser notre capacité de croire au potentiel de ternational des Droits de l'Enfant (IDE).
changement des personnes et leur transmettre cette force contagieuse ? Ce Congrès fera appel aux experts les plus confirmés et donnera la
Enfin, il faudra aussi aborder la question de la confiance entre les parole aux acteurs de terrain, permettant ainsi de confronter les prati-
professionnels : dépasser les actes de disqualification, les rivalités, les ques dans l'intérêt supérieur des mineurs en conflit avec la loi comme
luttes de pouvoir ou de territoire pour offrir un collectif humain, con- dans l'intérêt de la communauté où ils doivent se réinsérer.
tinu, organisé aux personnes en difficulté. Comment travailler en co- La finalité de ce congrès est de promouvoir la Justice Juvénile Restau-
intervention, en équipe, en réseau, dans le respect de chacun pour le ratrice (JJR), un modèle innovant et prometteur, et préciser sa nature,
bénéfice de tous ? sa portée et ses applications concrètes dans des contextes culturels et
juridiques variés.
Rens. : Parole d'Enfants, en Belgique : 7c, Boulevard d'Avroy, B-4000 Liège; Les Objectifs du congrès sont :
en France : 57, rue d'Amsterdam, F-75008, Paris, tél. : 00 32 (0)4 223 10 99, 1. Mener une réflexion sur le concept de Justice Juvénile Restaura-
fax : 00 32 (0)4 223 15 56, tél. vert (depuis la France) : 0800 90 18 97, trice (JJR);
info@[Link], [Link]
2. Approfondir la méthodologie et les instruments propres à la JJR;
3. Valoriser la situation de la victime au sein de la JJR, la nécessité de
la protéger et sa restauration;
4. Échanger les expériences, les leçons apprises et les bonnes prati-
ques en matière de justice juvénile restauratrice dans le monde.
Ouvert à un public interdisciplinaire, ce congrès permettra d'enrichir
le travail de chacun et de faire de la justice des mineurs un élément-clé
de la politique globale des droits de l'homme au niveau de chaque
État.
Rens. : contacto@[Link] o [Link]@[Link]

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