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Impact des écrans sur parent-enfant

Le document aborde l'impact des écrans, en particulier des smartphones et tablettes, sur la relation parent-enfant et le développement des jeunes enfants, en introduisant le concept de 'technoférence'. Il souligne l'importance de l'attention parentale et des interactions sans intrusions technologiques pour le bien-être des enfants. Enfin, il propose des repères pour aider les professionnels et les parents à gérer l'utilisation des écrans dans le cadre familial.

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Impact des écrans sur parent-enfant

Le document aborde l'impact des écrans, en particulier des smartphones et tablettes, sur la relation parent-enfant et le développement des jeunes enfants, en introduisant le concept de 'technoférence'. Il souligne l'importance de l'attention parentale et des interactions sans intrusions technologiques pour le bien-être des enfants. Enfin, il propose des repères pour aider les professionnels et les parents à gérer l'utilisation des écrans dans le cadre familial.

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Écrans et smartphones appartiennent à notre quotidien

occupant un espace rythmé par nos usages professionnels,

QUAND L’ÉCRAN « FAIT ÉCRAN » À LA RELATION PARENT-ENFANT


administratifs, éducatifs, personnels, familiaux, amicaux…
De ce paysage technologique captivant émerge un
phénomène nouveau : la « technoférence ». Ce sont ces QUAND L’ÉCRAN
multiples interférences provenant du monde numérique,
ces notifications, ces bip et vibrations qui surgissent
et interrompent nos interactions avec les autres, nos
« FAIT ÉCRAN »
conversations, nos fils de pensée, notre présence.
À LA RELATION
Pour grandir, l’enfant a besoin de l’attention soutenue de
son parent ou de l’adulte qui s’en occupe et d’interactions PARENT-ENFANT
ajustées qui prennent en compte ce qu’il vit. Il a besoin
d’exister dans une continuité relationnelle préservée des
intrusions technologiques. Ce livre questionne l’impact de
ces interférences dans les liens parent-enfant, en interroge
les traces sur le développement des plus jeunes. Des Olivier Duris

LECTURES
repères, âge par âge, au fil du développement de l’enfant,
outillent le professionnel pour penser avec le parent la place
à réserver aux écrans dans l’environnement familial.

Olivier Duris est psychologue clinicien diplômé de l’UFR

TEMPS D’ARRÊT
OLIVIER DURIS
d’Études Psychanalytiques de l’Université Paris Diderot,
docteur en Psychopathologie et Psychanalyse. Il est l’auteur
de nombreux articles sur le numérique et sur les relations
des enfants et des ados avec les écrans dont Pratiques
excessives et pathologiques des jeux vidéo – Peut-on parler
d’addiction ? Revue l’Observatoire, vol. 110, pp. 60-65, Le
Smartphone dans la relation parent/enfant/adolescent : Qui
regardons-nous ? In Galli, D. et Renucci, F., Pharmaphone :
La voix des adolescents. De Boeck supérieur, 2020

Coordination de la prévention
de la maltraitance
Secrétariat général
Fédération Wallonie-Bruxelles
de Belgique
Bd Léopold II, 44 – 1080 Bruxelles
yapaka@[Link]
[Link]
135
Quand l’écran « fait écran »
à la relation parent-enfant
Olivier Duris
Temps d’Arrêt / Lectures Sommaire

Une collection de textes courts destinés aux


L’exposition des tout-petits aux écrans . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
professionnels en lien direct avec les familles.
Le développement psycho-affectif du nourrisson face
Une invitation à marquer une pause dans la
aux écrans non interactifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
course du quotidien, à partager des lectures en Le bébé et les écrans interactifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
équipe, à prolonger la réflexion par d’autres textes.
– 8 parutions par an. L’écran interactif et le rapport au monde du bébé . . . . . . . . 13
Le bébé et l’imitation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Directrice de collection : Claire-Anne Sevrin assistée de Diane L’écran interactif et le développement du langage . . . . . . . . . 16
Huppert ainsi que de Meggy Allo, Laurane Beaudelot, Philippe L’exploration du monde par la sensorialité et la relation
Dufromont, Audrey Heine et Habiba Mekrom.
intersubjective . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18

Le programme yapaka La « technoférence parentale » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21


Quelques études et quelques chiffres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
Fruit de la collaboration entre plusieurs administrations de la L’importance des interactions parent-enfant . . . . . . . . . . . . . . 26
Communauté française de Belgique (Administration générale de
l’Enseignement, Administration générale de l’Aide à la Jeunesse, Le parent et son smartphone . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
Administration générale des Maisons de Justice, Administration Monsieur D. et sa famille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
générale du Sport, Administration générale de la Culture et ONE), Madame B. et ses enfants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
la collection « Temps d’Arrêt / Lectures » est un élément du pro- Le smartphone dans la relation parent/adolescent . . . . . . . . . 36
gramme de prévention de la maltraitance [Link]
Qui regardons-nous ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
Comité de projets : Alexandra Adriaenssens, Mathieu Blairon, Une campagne pour un usage raisonné des écrans :
Nicole Bruhwyler, Louise Cordemans, Olivier Courtin, Jean-Marie
l’association 3-6-9-12+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
Delcommune, Anne-Marie Dieu, Marleine Dupuis, Ingrid Godeau,
Françoise Guillaume, Françoise Hoornaert, Farah Merzguioui, Avant 3 ans : jouons, parlons, arrêtons la télé . . . . . . . . . . . . . 44
Géraldine Poncelet, Nathalie Van Cauwenberghe, Françoise De 3 à 6 ans : limitons les écrans, partageons-les,
Verheyen. parlons en famille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
De 6 à 9 ans : créons avec les écrans,
Comité directeur : Frédéric Delcor, Freddy Cabaraux, Quentin expliquons-lui Internet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
David, Valérie Devis, Annie Devos, Alain Laitat, Laurent Monniez,
De 9 à 12 ans : apprenons-lui à se protéger et à protéger
Raphaël Noiset.
ses échanges . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
Après 12 ans : restons disponibles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53

Une initiative de la Fédération Wallonie-Bruxelles


de Belgique.
Éditeur responsable : Frédéric Delcor – Fédération Wallonie-Bruxelles
de Belgique – 44, boulevard Léopold II – 1080 Bruxelles.
Octobre 2022
De nombreux discours alarmistes sont aujourd’hui
véhiculés dans les médias à propos de l’exposi-
tion des enfants et particulièrement des bébés aux
écrans digitaux dits « nomades », soit les écrans
que l’on peut emporter partout avec soi (en par-
ticulier les smartphones et les tablettes tactiles).
Cependant, lorsqu’on se penche sur ces articles
de presse ou ces discours de professionnels, on se
rend vite compte qu’ils relatent majoritairement des
chiffres basés sur l’exposition globale aux écrans,
sans distinction effectuée entre écrans interactifs et
écrans non interactifs. Pourtant, les effets connus
que présentent les études actuelles sur la surexpo-
sition des enfants aux écrans concernent majoritai-
rement l’exposition à la télévision.
Il est clair aujourd’hui que nous ne pouvons pas
passer outre la distinction entre écrans interactifs
et écrans non interactifs. Les premiers, dont les
plus connus restent le smartphone et la tablette,
permettent à l’utilisateur d’occuper une position
active en modifiant l’expérience qu’il aura du monde
numérique qui lui est offert par le toucher ou le
balayage. À l’inverse, les écrans non interactifs,
comme la télévision, bloquent l’utilisateur dans un
usage passif, ne pouvant qu’être spectateur de ce
que l’écran lui donne à voir. Bien évidemment, l’uti-
lisation de ces écrans est également à prendre en
compte : regarder passivement des vidéos sur une
tablette ou un smartphone revient à avoir un usage

–5–
non interactif d’un écran interactif. C’est donc bien
plus la manière dont on se servira de l’écran qui
L’exposition des tout-petits
importe, plutôt que l’écran en lui-même. aux écrans
Il n’en demeure pas moins que les écrans nomades
sont des outils technologiques qui ont pris une
place importante dans les foyers, que ce soit dans
les domaines de l’éducation, de la culture, des Le développement psycho-affectif du
relations sociales, ou dans tout ce qui concerne la nourrisson face aux écrans non interactifs
vie en société. Beaucoup de parents et de profes- Tout d’abord, il nous semble essentiel de nous inté-
sionnels de l’éducation et de la santé s’interrogent resser à la question de l’exposition aux écrans non
quant aux impacts de ces écrans sur le dévelop- interactifs, étant donné que ceux-ci restent encore
pement du tout-petit, et se retrouvent bloqués aujourd’hui les plus regardés par les enfants1. En
entre des discours extrêmes divergents, à tel point effet, les résultats de la cohorte ELFE2, qui rapporte
qu’ils ne savent plus qui croire. Entre les soi-disant le suivi sur vingt ans de 18.000 enfants nés en
« experts » qui comparent la pratique des écrans à France en 2011, montrent que 10 % d’entre eux
la prise de drogues dures ou qui parlent du risque étaient quotidiennement exposés aux smartphones,
de devenir autiste en regardant la télévision (reflé- et 20 % de manière occasionnelle, tandis que deux
tant une cruelle méconnaissance des champs de tiers d’entre eux regardaient encore la télévision
l’addiction et des troubles du spectre autistique tous les jours. Ces chiffres sont également confir-
-TSA), et ceux qui, à l’extrême inverse, considèrent més par des études plus récentes3 sur des cohortes
que les enfants n’ont pas besoin d’éducation au plus jeunes4.
numérique puisqu’ils sont nés en même temps
que lui (discours qui est aussi problématique que Cela fait plusieurs années maintenant que les
ceux précédemment cités), il paraît normal de se études ont pu établir une corrélation entre une
sentir perdu et anxieux. Cet écrit a ainsi pour but surexposition à la télévision avant 2 ans et diverses
de faire un état des lieux de la question de l’enfant formes de retards psychomoteurs5. Parmi les plus
et du tout-petit face aux écrans nomades, en nous connues, nous pouvons rapporter le ralentissement
basant essentiellement sur ce que reflètent les
études actuelles, mais également sur des récits
1.  M.-N. Clément, « Les 0-6 ans et les écrans digitaux nomades. Évalua-
que nous rapportent régulièrement nos patients en tion de l’exposition et de ses effets à travers la littérature internatio-
consultation. nale », Neuropsychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, vol. 68, Issue 4,
juin 2020, p. 190-195.
2.  [Link]
3.  P. Fastrez, M. Mathen, Th. De Smedt, « Les enfants et les écrans
Usages des enfants de 0 à 6 ans, représentations et attitudes de leurs
parents et des professionnels de la petite enfance », étude de l’ONE et
du CESEM, 2015
4.  T. Poulain et al., « Reciprocal associations between electronic media
use and behavioral difficulties in preschoolers », International Journal of
Environmental Research and Public Health, 15(4), 2018, p. 814.
5.  S. Tisseron, « Les impacts des écrans sur les enfants et les moyens
de les en protéger », Revue francophone d’orthoptie, 12(4), 2019,
p. 176‑179.

–7–
de l’acquisition du langage6, l’altération des capa- temps devant la télévision, moins ils en auraient
cités d’attention et de concentration si le bébé se pour des jeux créatifs, pour des activités interac-
trouve dans une pièce où la télévision est allumée, tives impliquant leur motricité et leurs cinq sens,
et ce, même s’il ne la regarde pas7, ainsi qu’une et pour d’autres expériences cognitives sociales
diminution des capacités d’autonomie et d’habile- fondamentales. Cette théorie de la substitution est
tés sociales8. Ces différentes influences négatives aujourd’hui très répandue et partagée dans de nom-
persisteraient d’ailleurs au-delà de l’âge de 10 ans, breux discours médiatiques et/ou professionnels.
et contribueraient à la réduction de l’intérêt en Cependant, différents chercheurs commencent à
classe et des habiletés en mathématiques, mais la remettre en cause, notamment car les études
aussi au risque d’être plus tard constitué en vic- précédemment citées sur les impacts des écrans
time ou en bouc émissaire par les autres jeunes9. ne relèvent que de liens de corrélations, et non de
D’ailleurs, le rapport aux mimiques et aux capacités causalités. De plus, un grand nombre d’enfants très
empathiques serait lui aussi impacté, ce qui pourrait jeunes sont quotidiennement exposés aux écrans,
provoquer des comportements d’isolement lorsque mais peuvent tout de même bénéficier d’activités
l’enfant souffre de ne pas comprendre les mimiques variées et stimulantes avec leurs parents, tandis
de ses pairs, ou des quiproquos conduisant à des que d’autres tout-petits jamais exposés aux écrans
situations de conflits10. peuvent s’avérer très peu stimulés et accompagnés.
C’est d’ailleurs pour ces raisons, entre autres, que D’ailleurs, les études actuelles tendent à montrer
l’Académie américaine de pédiatrie recommande, que l’effet isolé des écrans sur le développement
depuis 1999, de ne pas exposer les enfants de de l’enfant diminue si l’on prend également en
moins de 2 ans aux écrans non interactifs. Cette compte le manque d’accès aux jouets, aux loisirs et
recommandation n’a pas changé depuis plus de aux équipements extérieurs, mais aussi le manque
vingt ans, et les études ultérieures ont pu appuyer d’adultes physiquement et psychiquement dispo-
ce discours. nibles dans la relation11. Or ces éléments se trouvent
corrélés avec des situations socio-économiques
À la suite de tous ces différents résultats est
défavorisées. Les études actuelles montrent que
apparue la fameuse « théorie de la substitution »,
la surexposition aux écrans se retrouve majoritai-
selon laquelle plus les enfants passeraient du
rement dans les milieux les plus défavorisés sur
6.  F. J. Zimmerman et D. A. Christakis, « Children’s television viewing and le plan socio-économique12. Il convient donc de
cognitive outcomes: A longitudinal analysis of national data », Archives
of Pediatrics & Adolescent Medicine, 159(7), 2005, p. 619. s’interroger sur la place que l’écran occupe dans
7.  M. E. Schmidt et al., « The effects of background television on the toy ces effets néfastes sur le développement que nous
play behavior of very young children », Child Development, 79(4), 2008,
p. 1137‑1151. venons de relever : est-ce l’écran en lui-même qui
8.  L. S. Pagani, F. Lévesque-Seck et C. Fitzpatrick, « Prospective associa-
tions between televiewing at toddlerhood and later self-reported social
poserait problème, ou le manque de liens, d’inte-
impairment at middle school in a Canadian longitudinal cohort born in ractions et de jeux ? Le problème n’apparaîtrait-il
1997/1998 », Psychological Medicine, 46(16), 2016, p. 3329‑3337.
9.  L. S. Pagani et al., « Prospective associations between early childhood 11. S. W. McDonald, H. L. Kehler et S. C. Tough, « Risk factors for delayed
television exposure and academic, psychosocial, and physical well- social-emotional development and behavior problems at age two: Re-
being by middle childhood », Archives of Pediatrics & Adolescent Medi- sults from the All Our Babies/Families (AOB/F) cohort », Health Science
cine, 164(5), 2010. Reports, 1(10), e82, 2018.
10. S. Tisseron, 3-6-9-12 : apprivoiser les écrans et grandir (Nouvelle édi- 12. H. K. Kabali et al., « Exposure and use of mobile media devices by
tion revue et augmentée), Toulouse, Érès, 2017. young children », Pediatrics, 136(6), 2015, p. 1044‑1050.

–8– –9–
pas lorsque l’écran vient lui-même faire écran à la partie du quotidien d’un grand nombre de bébés15,
relation ? Ce constat peut être d’ailleurs appuyé qui y sont exposés dès le plus jeune âge16.
par le fait que la probabilité d’utiliser des outils
Malheureusement, l’étude de l’impact des écrans
technologiques augmente lorsque l’enfant montre
nomades sur les jeunes enfants reste très difficile à
au préalable des difficultés relationnelles avec ses
effectuer, à l’heure actuelle, du fait que le temps d’ex-
pairs, notamment une moindre intégration sociale
position aux écrans relevé est très souvent un temps
ou une pauvreté dans les contacts. Dans ce cas, la
global. Il existe en effet très peu de données sur le
pratique des écrans ne viendrait que renforcer une
type d’usage des écrans (interactifs ou non interac-
problématique déjà présente.
tifs), ni sur le type de contenus face auxquels l’enfant
est exposé, ni sur la qualité de l’accompagnement
Le bébé et les écrans interactifs parental. D’ailleurs, certaines études montrent même
que le caractère interactif de l’écran nomade, asso-
Il nous est aujourd’hui impossible de faire l’impasse
cié à un accompagnement soutenu de l’adulte,
sur le fait que les écrans interactifs font partie inté-
pourrait avoir des conséquences positives sur les
grante de la vie d’un grand nombre de familles.
apprentissages et sur le transfert d’apprentissages.
L’usage quotidien de ces outils par les adultes et
Ainsi, les enfants apprendraient mieux des médias
adolescents ne peut donc pas être sans effet sur
lorsque leurs parents sont activement engagés avec
la pratique que les bébés développent eux-mêmes.
eux dans l’activité, à condition que le support qui leur
Ainsi, une étude menée dans un babylab français
est offert soit bel et bien interactif17. La même chose
(laboratoire enfant) sur un échantillon de 450 bébés
peut être observée dans le cadre de la lecture, pour
a pu montrer que 58 % des 5-24 mois ont déjà
laquelle les études montrent que, même si l’intérêt
utilisé un écran interactif13. La consommation des
du support papier reste nettement supérieur pour les
outils numériques par les tout-petits est en constante
plus jeunes, cette supériorité s’estompe à partir de
augmentation : il suffit de comparer ces résultats à
l’âge de 4 ans si un support interactif est proposé
ceux d’une étude similaire, menée aux États-Unis
(tablette ou smartphone), ce dernier stimulant tout
deux ans auparavant14, qui n’en avait alors relevé que
autant la compréhension de l’histoire qu’un livre
33 %, soit presque deux fois moins. Ces chiffres nous
papier18. En outre, l’objet livre engage à cet âge un
montrent que la position prudente qui consisterait à
champ de manipulation fondamental (tenir le livre
recommander de tenir les bébés éloignés des écrans
dans le bon sens, tourner les pages, acquérir une
numériques est peu réaliste. L’environnement tech-
représentation de la chronologie …).
nologique omniprésent dans les foyers d’aujourd’hui,
et la difficulté qu’ont les parents eux-mêmes d’éviter 15. P. Fastrez, M. Mathen, Th. De Smedt, « Les enfants et les écrans
Usages des enfants de 0 à 6 ans, représentations et attitudes de leurs
l’utilisation des divers outils numériques devant leurs parents et des professionnels de la petite enfance », étude de l’ONE et
jeunes enfants, nous conduisent à nous rendre à du CESEM, 2015
16. C. Ahearne et al., « Touch-screen technology usage in toddlers », Ar-
l’évidence : ces supports font désormais pleinement chives of Disease in Childhood, 101(2), 2016, p. 181‑183.
17. A. R. Lauricella, T. A. Pempek, R. Barr et S. L. Calvert, « Contingent
13. A. Cristia et A. Seidl, « Parental reports on touch screen use in early computer interactions for young children’s object retrieval success »,
childhood », PLOS ONE, 10(6), e0128338, 2015. Journal of Applied Developmental Psychology, 31(5), 2010, p. 362‑369.
14. V. Rideout, « Zero to eight: children’s media use in America », https:// 18. J. Parish-Morris et al., « Once upon a time: Parent-child dialogue and
[Link]/research/zero-to-eight-childrens-me- storybook reading in the electronic era: Preschool reading in the elec-
dia-use-in-america-2013, 2013. tronic era », Mind, Brain, and Education, 7(3), 2013, p. 200‑211.

– 10 – – 11 –
L’utilisation des interfaces tactiles chez le tout-
petit pourrait également avoir un effet positif sur le
L’écran interactif et le rapport
développement des capacités de motricité fine du au monde du bébé
bébé. Une étude récente19 n’a ainsi relevé aucune
conséquence négative de l’usage des tablettes
sur les différentes étapes de développement des
tout-petits. Au contraire, il est même souligné que
Le bébé et l’imitation
les enfants qui utilisent le plus tôt les écrans inte-
ractifs développent plus rapidement des habiletés Nous savons à quel point les bébés s’avèrent être
de motricité fine avec des objets réels. Précisons de formidables imitateurs. Dans la période qui pré-
que cette association positive concerne les enfants cède l’acquisition du langage, le jeune enfant utilise
dont les activités sur la tablette ou le smartphone une forme d’imitation « immédiate ou synchrone »21
impliquent un usage accompagné par l’adulte et un pour communiquer avec ses pairs. Cette forme
contrôle de l’écran (par le toucher ou le balayage p. d’imitation transitoire, visible entre 18 mois et 4 ans,
ex.), et non un usage passif comme regarder des correspond alors à la nécessité d’une similitude
vidéos ou des images20. pour mettre en place une interaction. L’imitation est
donc une condition d’accès à la conscience de soi
Par ailleurs, la variable du temps passé devant
et d’autrui. Ainsi, tout au long de son développe-
l’écran reste à ce stade déterminante. Aussi limiter
ment, l’enfant exploite différentes ressources pour
le temps d’usage de l’écran pour privilégier les acti-
entrer en relation avec l’autre, et notamment les
vités physiques et socio-émotionnelles indispen-
capacités d’exécution contrôlée de l’action et les
sables soutient l’enfant dans son développement et
capacités de discrimination sociale22.
son rapport au corps et à l’espace, au temps, etc.
Nous y reviendrons. Nous pouvons considérer l’imitation chez le bébé
comme un mécanisme permettant d’extraire les
ressemblances et par lequel le nourrisson pourra
établir des équivalences entre la perception visuelle
et l’agir, entre ce qu’il fait et ce qu’il voit faire23.
Jacqueline Nadel explique ainsi que l’imitation se
joue dès la naissance, se limitant à cette période
aux mouvements faciaux. Le nouveau-né sera
donc capable, dès le début de la vie, de reproduire
21. J. Nadel, Imitation et communication entre jeunes enfants, 1986
(1re éd.), Paris, PUF.
22. J. Nadel et C. Potier, chapitre IV « Imiter et être imité dans le déve-
loppement de l’intentionnalité », in J. Nadel (éd.), Imiter pour décou-
vrir l’humain : psychologie, neurobiologie, robotique et philosophie de
19. R. Bedford et al., « Toddlers’ fine motor milestone achievement is asso- l’esprit, Paris, PUF, 2002, p. 83-104.
ciated with early touchscreen scrolling », Frontiers in Psychology, 7, 23. A. Meltzoff et A. Gopnik, « The role of imitation in understanding per-
2016. sons and developing a theory of mind », in S. Baron-Cohen, H. Flusberg
20. M.-N. Clément et O. Duris, « Le bébé et la tablette numérique : intérêts et D. Cohen (éd.), Understanding other Minds, Oxford, Oxford Univer-
et dangers », Spirale, n° 83(3), 2017, p. 62‑71. sity Press, 1993, p. 335-366.

– 13 –
différents mouvements, tels que l’ouverture de la montrer non seulement des imitations de mouve-
bouche et la protrusion de la langue24, le cligne- ments, mais également des imitations d’actions.
ment des yeux25 ou les expressions faciales pri- Petit à petit, et jusqu’aux 2 ans du bébé, se consti-
maires26. Cela s’explique par la capacité innée qu’a tuera alors un répertoire d’actions encodables en
le bébé à produire des réponses motrices à la suite termes de représentations et la mise en jeu de
de la perception d’un mouvement chez l’autre27, différents processus contrôlés par ses fonctions
et au fait que le bébé aurait une reconnaissance exécutives.
innée de ce qui est « comme lui », soit les visages
Plus tard, le bébé pourra également acquérir la
humains28.
possibilité de se représenter l’acte original et d’en
C’est à partir de 6 à 9 semaines qu’apparaîtront faire une exécution concrète, faisant ainsi des
les imitations des mouvements de la tête, des ajustements comportementaux constants. Il lui
mains et des bras pendant les interactions en face faudra également pouvoir se représenter en tant
à face29. Durant cette période, les imitations des qu’entité objective perçue de l’extérieur et ressen-
expressions faciales pourront alors se diversifier et tie de l’intérieur.
acquérir une signification dans le contexte social,
Ainsi, nous pouvons comprendre en quoi le bébé
comme, par exemple, via les sourires. C’est à ce
pourra trouver un intérêt envers l’usage des écrans
moment que les imitations de protrusion de la
interactifs, et en quoi celui-ci pourra contribuer au
langue et de clignement des yeux (mouvements
développement de ses interactions sociales. En
non sociaux) s’inhiberont peu à peu, laissant la
effet, voir ses parents constamment interagir avec
place au développement de l’imitation d’autres
des écrans tactiles va pousser le bébé à s’essayer
mouvements sociaux, comme les postures corpo-
lui-même à l’usage de ces outils. De plus, certaines
relles, ainsi que son utilisation dans des situations
applications vont précisément solliciter l’enfant du
sociales d’interaction en tant que réponses à
côté de ses capacités d’imitation. C’est notam-
divers stimuli sociaux que le bébé pourra détecter
ment le cas de toutes celles qui s’appuient sur des
grâce à ses capacités perceptives sociales.
expressions émotionnelles : le tout-petit va être
Après 6 mois, les capacités imitatives du bébé amené à reproduire les mimiques vues sur l’écran,
augmentent rapidement, et ce dernier peut alors ou encore les modulations verbales. Encore une
fois, c’est dans la relation avec les parents qu’un
24. A. Meltzoff et M. Moore, « Newborn infants imitate adult facial ges-
tures », Child Development, 54, 1983, p. 702-709. intérêt pourra être trouvé ici, puisque c’est à tra-
25. G. Kugiumutzakis, « Genesis and development of early infant mimesis vers un jeu à deux entre parent et enfant, médiatisé
to facial and vocal models », in J. Nadel et G. Butterworth (éd.), Imitation
in Infancy, Cambridge, ma, Cambridge University Press, 1999, p. 36- par l’écran, que les capacités d’imitation pourront
59.
26. T. Field, R. Woodson, R. Greenberg et D. Cohen, « Discrimination and être stimulées et encouragées.
imitation of facial expression by neonates », Science, 218(4568), 1982,
p. 179‑181.
27. M. Jeannerod, The Cognitive Neuroscience of Action, New York,
Blackwell, 1997.
28. C. Umilta, F. Simion et E. Valenza, « Newborn’s preference for faces »,
European Psychologist, 1, 1996, p. 200-205.
29. J. Nadel et al., « Do children with autism have expectancies about the
social behaviour of unfamiliar people? A pilot study using the still face
paradigm », Autism, 4(2), 2000, p. 133‑145.

– 14 – – 15 –
L’écran interactif et le développement de la même manière) est ainsi composée de cette
du langage succession de pics élevés et bas32.
Fernald et Simon30 ont effectué une recherche avec Le mamanais semble avoir, selon les études,
des bébés âgés d’un à trois jours, à qui ils faisaient une dimension d’universalité, étant observé dans
entendre la voix de leur mère. Ils constatèrent que diverses langues, et même dans la langue des
les nourrissons avaient une appétence orale exa- signes (exagération et ralentissement de certains
cerbée pour la prosodie de la voix de leurs parents, gestes lorsque le parent s’adresse en langue des
qui se caractérise par une grammaire, une ponc- signes à son bébé)33. Cette prosodie est adop-
tuation et une mélodie particulière. Cette recherche tée spontanément et inconsciemment par les
a permis de découvrir qu’un nourrisson n’ayant membres de la famille (parents, grands-parents,
pas encore fait l’expérience de la satisfaction ali- enfants aînés) et s’exprimera par des pics et
mentaire (et donc avant la première montée de lait) courbes caractéristiques de la voix, une tonalité
devenait extrêmement attentif et se mettait à sucer moyenne plus aiguë, un ralentissement du tempo,
avec une forte intensité une tétine non nutritive des répétitions prosodiques et de plus longues
lorsqu’il entendait une forme prosodique particu- pauses. Sa qualité est corrélée avec le taux d’ocy-
lière de la voix maternelle s’adressant à lui. L’étude tocine, hormone de l’attachement dont la sécrétion
montre également que, si la mère enregistre sa augmente chez les parents pendant les premiers
voix sans être en face de son bébé, les pics pro- mois de vie du bébé34.
sodiques de sa voix seront différents, et le bébé y
Dès la naissance, le bébé est ainsi passionné par le
montrera moins d’intérêt lorsqu’on lui fera écouter
mamanais, cette prosodie marquée par la joie et la
l’enregistrement. De plus, si la mère s’adresse à un
surprise que le parent ressent à la vue de son nour-
autre adulte, l’appétence du bébé s’éteindra tota-
risson, et dans l’interaction avec lui. Le bébé discri-
lement, les pics prosodiques de la voix maternelle
mine d’ailleurs la voix de la mère dès la naissance,
étant à ce moment encore plus faibles. Fernald et
avant même la première tétée35, donnant ainsi une
Simon expliquent alors que ces pics prosodiques
place essentielle à cette voix comme premier objet
n’apparaissent dans la voix qu’au moment où le
de la pulsion orale : la construction de l’appareil
sujet qui parle ressent une grande surprise et une
psychique ne se fait donc pas, en premier lieu, par
grande joie : plus précisément, l’émotion de sur-
la satisfaction du besoin alimentaire, mais bien par
prise provoquera un pic d’énergie élevé dans la
l’échange prosodique, auquel l’enfant réagira en
voix du parent d’un bébé, tandis que celle de joie
réponse avec ses propres capacités.
produira un pic très bas31. La prosodie de la voix
du parent (alors appelée mamanais, ou parentais,
du fait que les deux parents peuvent le produire 32. V. Rey, « La portée du langage », Temps d’Arrêt, vol 110, Yapaka, 2019
33. C. Saint-Georges, « La synchronie et le mamanais dans les films fami-
liaux peuvent-ils nous éclairer sur la dynamique interactive précoce des
30. A. Fernald et T. Simon, « Expanded intonation contours in mother’s bébés futurs autistes avec leurs parents ? », Cahiers de PréAut, 10(1),
speech to newborns », Developmental Psychology, 20(1), 1984, p. 104- 2013, p. 79.
113. 34. I. Gordon et coll., « Oxytocin and the development of parenting in hu-
31. N. Reissland, J. Shepherd et L. Cowie, « The melody of surprise: mater- mans », Biol. Psychiatry, vol. 68, n° 4, 2010, p. 377-382.
nal surprise vocalizations during play with her infant », Infant and Child 35. B. Boysson Bardies (de), Comment la parole vient aux enfants : de la
Development, vol. 11, n° 3, 2002, p. 271-278. naissance jusqu’à deux ans, Paris, Odile Jacob, 1996.

– 16 – – 17 –
Toutes ces études nous font bien comprendre en découvrir, stupéfait, la trace du mouvement qu’il a
quoi l’âge du premier usage des écrans tactiles accompli. Ses actions pourront ainsi faire apparaître
n’éveille aucunement le développement du langage. des couleurs, des formes, des sons harmonieux, ou
En effet, même si des contenus langagiers sont tout autre élément numérique pensé par les déve-
véhiculés, la simple exposition à un écran « froid » loppeurs de l’application. Dans ce cas, si l’enfant
ne suffit pas à stimuler l’acquisition du langage est accompagné par l’adulte dans sa découverte,
verbal chez le bébé. Les applications ludo-éduca- et que l’adulte y prend également un certain plaisir,
tives élaborées à cet effet ne présentent donc pas alors la boucle interactive engagée encouragera
véritablement d’intérêt, en tout cas si l’enfant les l’enfant à développer sa démarche exploratoire.
utilise seul. Il en va bien sûr autrement si le support Encore une fois, tout se joue dans l’interaction
numérique est pris dans un contexte relationnel parent-enfant.
avec un adulte qui commente, s’extasie, applaudit
Ainsi, le développement et la complexification des
les performances de l’enfant : la boucle interactive
capacités d’imitation, de communication et de
rétablit alors les conditions conformes aux besoins
production langagière sont favorisés par la relation
du tout-petit. Dès que l’adulte s’implique active-
intersubjective et les partages émotionnels entre
ment dans l’usage de l’outil aux côtés de l’enfant,
l’adulte et l’enfant. Pour cette raison, l’exposition
le média devient secondaire : l’important devient ce
passive à un écran froid et non interactif, tel que la
qui se joue autour de l’écran et non plus sur l’écran.
télévision, n’est pas adaptée au développement du
bébé. Les écrans nomades, lorsqu’ils sont utilisés
L’exploration du monde par la sensorialité de manière médiatisée, interactive et donc active,
et la relation intersubjective engageant, quant à eux, le toucher, le corps et la
sensorialité, apparaissent de ce fait plus adaptés
Le bébé découvre le monde par son corps et ses
à l’univers du tout-petit. Ce qui fait comprendre
sens. Il se déplace partout dans l’espace, touche
en quoi aucun élément, à ce jour, ne permet de
à tout ce qui passe près de lui et porte les objets à
conclure à un effet néfaste de l’usage précoce de
sa bouche. Plus ses capacités motrices et de pré-
ces outils technologiques, à partir du moment où
hension se développeront, et plus il pourra explorer
cet usage se fait de manière interactive et adaptée.
le monde qui l’entoure. C’est ce que Jean Piaget a
nommé le stade sensori-moteur, qui s’étend de la Toutefois, il est bien évidemment essentiel de rap-
naissance aux 2 ans du bébé. peler que le soutien et la médiation d’un adulte
demeurent indispensables dans cette situation. Sans
Lorsque le tout-petit se retrouve face à un écran
l’instauration d’une boucle interactive avec l’adulte,
interactif, il va donc le toucher, le balayer, etc. Bref, il
l’intérêt des technologies numériques interactives
va spontanément « essayer pour voir ». Or l’attitude
retombe très vite. Par ailleurs, il importe de limiter le
qui consiste à faire d’abord pour découvrir ensuite
temps d’usage de la tablette afin de ne pas détourner
est celle qui préside aux premières expériences
l’enfant d’autres activités physiques et socio-émo-
et aux premières traces de l’enfant, avant qu’il ne
tionnelles indispensables à son développement (rap-
subordonne son geste au désir de l’intentionnalité.
port au corps et à l’espace, rapport au temps, etc.).
Il va donc frotter son doigt à la surface de l’écran et

– 18 – – 19 –
Nous comprenons donc en quoi la place que les
écrans occupent en eux-mêmes dans les effets
La « technoférence
négatifs liés à une surexposition aux écrans reste à parentale »
relativiser : il est bien plus important de questionner
la place des interactions familiales, des relations
entre parent et enfant, ainsi que la communication,
L’autre jour, une collègue me rapportait cette his-
plutôt que de simplement se focaliser sur le rap-
toire : elle est assise dans le métro, en face d’une
port à l’écran. Finalement, tout est une question
mère et son enfant. Ce dernier est installé dans
de partage, d’échanges et d’interactions. Dans ce
sa poussette, le visage tourné vers sa mère qui,
contexte, l’écran interactif peut avoir un côté inté-
elle, semble absorbée par son téléphone por-
ressant, tant qu’il reste un outil de médiation dans
table. Le bébé hurle à pleins poumons. Essayant
la relation entre le parent et son enfant.
de le calmer, la mère range alors son téléphone
et le regarde, lui souriant et lui demandant ce qui
n’allait pas. Aussitôt, les cris s’arrêtent, et elle joue
quelques minutes à faire des grimaces avec son fils.
Une fois les choses calmées, elle reprend son télé-
phone dans sa poche et replonge son regard dans
son écran. Alors l’enfant repart dans un concert de
cris et de pleurs.
Nous sommes nombreux parmi les cliniciens à
observer la place importante qu’occupe le téléphone
portable dans la vie des parents, lorsque ceux-ci
viennent consulter avec leurs jeunes enfants : télé-
phone dans la salle d’attente, ou parfois donné au
bébé ou à l’enfant pour l’occuper, appels ou SMS
envoyés pendant la séance, etc. Demander à cer-
tains parents de couper leur téléphone pendant la
consultation peut parfois être un moment essentiel
de la thérapie, permettant au thérapeute de montrer
l’intérêt du jeu entre l’enfant et son parent, sans que
ce dernier ne se retrouve distrait par une conversa-
tion téléphonique envahissante.
Ainsi, il nous semble important d’appuyer un
constat que nous avons pu relever depuis plusieurs
années : si de nombreuses études et campagnes de
prévention se sont attardées sur les dangers de la
consommation des écrans par les tout-petits, assez

– 21 –
peu portent sur l’appauvrissement des interactions de la part de l’adulte pour goûter de nouveaux ali-
entre parents et enfants du fait d’un usage des ments. D’ailleurs, ce constat peut être appuyé par
écrans (et majoritairement des écrans nomades) par un sondage effectué par Common Sense Media37
les parents. Ce phénomène porte pourtant un nom, qui rapporte que, sur 900 familles ayant des enfants
la « technoférence parentale », et semble tout aussi âgés de 2 à 17 ans, 51 % des parents déclarent que
important, si ce n’est même plus, que l’exposition l’utilisation du téléphone à l’heure du dîner permet-
directe du nourrisson aux écrans numériques. tait de se sentir déconnecté de la famille. D’autres
études ultérieures ont ensuite appuyé sur le fait que
des parents absorbés par leur téléphone portable
Quelques études et quelques chiffres montrent une capacité plus limitée à s’occuper de
On doit le terme de « technoférence parentale » à leurs enfants38.
Brandon T. McDaniel, un chercheur en psychologie
Il est pourtant connu aujourd’hui que la petite
qui a montré que les interruptions régulières des
enfance est une période de développement social,
échanges de contact et de regard du fait d’un inté-
émotionnel et cognitif pendant laquelle la présence
rêt porté vers un outil technologique (plus particu-
des parents est essentielle pour accompagner le
lièrement le téléphone portable) pouvaient nuire aux
nourrisson dans sa découverte de l’environne-
relations de couple et aux relations parent-enfant.
ment (physique et social). Ainsi, une interaction
Ces interruptions relationnelles sont alors associées
insuffisante entre parents et enfants peut entraîner
à une altération de l’attention et de la réactivité
de nombreuses difficultés dans le développement
que les parents auront vis-à-vis de leurs enfants,
psychique. Malgré cela, la présence de l’écran
étant donné que leur attention et leur engagement
nomade dans la vie du parent devient de plus en
seraient, dans les temps de « technoférence », plus
plus importante. Par exemple, une étude américaine
importants à l’égard du téléphone mobile que de
de 2012 a révélé à ce sujet que 35 % des parents
leur nourrisson36. Ainsi, de nombreuses préoccu-
reconnaissent utiliser fréquemment leur smartphone
pations peuvent être soulevées, notamment sur
pendant les temps de jeu en commun39.
le bien-être émotionnel et le développement psy-
choaffectif des enfants. D’ailleurs, un des lieux dans lesquels la relation
parent-enfant peut être facilement évaluée est le
Plus précisément, les premiers chercheurs à avoir
terrain de jeux. En effet, ce genre d’endroits favorise
opérationnalisé le niveau d’utilisation du smart-
phone par les parents au cours d’une interaction 37. [Link]
parent/enfant ont fait le constat que, dans une situa- life-teens-reveal-their-experiences-2018.
38. A. Hiniker et al., Texting while Parenting: How Adults Use Mobile
tion de repas, les mères distraites par un appareil Phones while Caring for Children at the Playground. Proceedings of the
33rd Annual ACM Conference on Human Factors in Computing Sys-
mobile communiquaient moins avec leurs enfants tems, 2015, p. 727‑736.
(que ce soit verbalement ou non verbalement), et C. Moser, S. Y. Schoenebeck et K. Reinecke, Technology at the Table:
Attitudes about Mobile Phone Use at Mealtimes. Proceedings of the
ces derniers recevaient moins d’encouragements 2016 CHI Conference on Human Factors in Computing Systems, 2016,
p. 1881‑1892.
39. M.-N. Clément, « Les 0-6 ans et les écrans digitaux nomades. Évalua-
36. J. Radesky et al., « Maternal mobile device use during a structu- tion de l’exposition et de ses effets à travers la littérature internatio-
red parent-child interaction task », Academic Pediatrics, 15(2), 2015, nale », Neuropsychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, op. cit., p. 190-
p. 238‑244. 195.

– 22 – – 23 –
les rencontres avec des pairs et peut accompagner photos ou des vidéos p. ex.). L’utilisation accrue
le petit d’homme dans son acquisition d’habilités du téléphone portable par les parents, sur de lon-
sociales importantes, comme la prise de parole, la gues périodes de temps, serait donc corrélée à
patience, la retenue, etc.40. Les parents sont, dans une attention très faible envers leurs enfants et une
ces espaces, les principaux agents de socialisation disponibilité réduite pour les soutenir émotionnel-
de l’enfant, l’accompagnant par le dialogue et le jeu, lement et les valoriser dans leurs découvertes du
tout en l’aidant à interpréter les réalités sociales et à monde et leurs différentes expérimentations.
s’intégrer dans un lieu public41. Toutefois, plusieurs
Une observation du même genre a également pu
études ont pu montrer que très nombreux sont les
être effectuée dans différents lieux de restaura-
parents qui accompagnent leurs enfants dans des
tion rapide, dans lesquels certains parents pou-
activités récréatives en plein air, tout en s’amusant
vaient aller jusqu’à utiliser leur téléphone portable
sur leur téléphone mobile, pour éviter de s’ennuyer
durant la totalité du repas43, alors même qu’il est
ou d’avoir l’impression de faire usage d’un temps
connu aujourd’hui que les interactions parent-
« non productif »42. Plus précisément, 79 % des
enfant durant les repas améliorent la communica-
adultes utiliseraient leur téléphone mobile pendant
tion familiale, et favorisent la mise en place d’un lien
qu’ils surveillent les enfants qu’ils ont en charge,
affectif permettant d’éviter certains risques pour la
allant d’une seule utilisation à un tiers du temps.
santé du jeune, tels que l’obésité44 ou les compor-
Dans cette dernière étude, une classification de tements à risque45. Certains de ces comportements
l’engagement parental en trois paliers a été pro- à risque peuvent d’ailleurs être interprétés comme
posée par les auteurs : un engagement fort, un des moyens trouvés par les enfants pour attirer
engagement divisé et un faible engagement. Ces l’attention de leurs parents.
trois paliers sont associés à l’attention du parent
Enfin, de récentes études ont pu montrer qu’un
envers les comportements et émotions de son
parent utilisant un téléphone mobile près de son
enfant, sa capacité à ne pas se laisser distraire
bébé pourra provoquer les mêmes réactions chez
par ses pairs, la communication (sur un plan ver-
celui-ci que s’il était en situation expérimentale
bal ou non verbal) et les temps de jeux partagés.
de « still face »46, soit l’absence totale d’émotion
À ce sujet, les chercheurs ont pu montrer que les
sur le visage du parent responsable d’une grande
parents ayant un faible niveau d’engagement dans
détresse chez son nourrisson. En effet, lorsqu’il est
la relation parent-enfant utilisaient leur smartphone
concentré sur son écran de téléphone, le parent
de manière constante, tandis que ceux qui présen-
taient un fort engagement ne l’utilisaient que très 43. S. J. Radesky et al., « Patterns of mobile devices use by caregivers
and children during meals in fast food restaurants », Pediatrics, 133(4),
peu, voire pas du tout, ou alors dans un contexte e843–e849, 2014.
44. A. J. Hammons et B. H. Fiese, « Is frequency of shared family meals
interactionnel et communicatif (pour prendre des related to the nutritional health of children and adolescents? », Pedia-
trics, 127(6), e1565‑e1574, 2011.
40. A. Sluckin, Growing Up in The Playground, Taylor & Francis, 2018. 45. M. R. Skeer et E. L. Ballard, « Are family meals as good for youth as we
41. D. Lemish, N. Elias et D. Floegel, (2019). « “Look at me!” Parental use think they are? A review of the literature on family meals as they per-
of mobile phones at the playground », Mobile Media & Communication, tain to adolescent risk prevention », Journal of Youth and Adolescence,
2019, 205015791984691. 42(7), 2013, p. 943‑963.
42. E. Mangan, J. E. Leavy et J. Jancey, « Mobile device use when caring 46. S. Myruski et al., « Digital disruption? Maternal mobile device use is
for children 0-5 years: A naturalistic playground study », Health Promo- related to infant social-emotional functioning », Developmental Science,
tion Journal of Australia, 29(3), 2018, p. 337‑343. 21(4), e12610, 2018.

– 24 – – 25 –
est physiquement présent, mais reste distrait, et quant à lui, que 36 % des parents consultent leur
ne peut pas apporter une régulation suffisante des téléphone portable pendant les temps de repas en
émotions du nourrisson, ce qui peut provoquer chez famille, et 28 % pendant les temps de jeux parta-
ce dernier une réaction de détresse et de confusion. gés. Ces sondages étant tirés de questionnaires
De plus, les résultats de ces études suggèrent que autodéclaratifs, il ne serait d’ailleurs pas étonnant
l’utilisation fréquente et habituelle des smartphones que le chiffre réel soit bien plus impressionnant.
par les parents devant leur nourrisson peut réduire Plusieurs parents se retrouvent ainsi plus captés par
la « réparation » réussie des interactions après une leur smartphone que par leurs enfants. Il n’est donc
trop longue interruption. pas étonnant de voir qu’une étude menée en 2013
révélait que 45 % des jeunes âgés de 8 à 13 ans
trouvaient que leurs parents passaient trop de
L’importance des interactions temps sur leurs téléphones, et que 27 % d’entre eux
parent-enfant
rêvaient même de leur confisquer ! Il est vrai que
Ainsi, nombreuses sont les études qui montrent bon nombre d’adolescents ne se permettent pas de
qu’une trop forte utilisation du téléphone portable faire ce genre de remarques à leurs parents, espé-
par des parents peut augmenter la distraction rant que ceci puisse leur permettre de passer plus
parentale, et réduire grandement les interactions de temps sur leurs outils technologiques en limitant
entre parent et enfant. Cette interaction est pourtant au plus tous les éventuels commentaires parentaux.
essentielle pour le développement de l’enfant47, et Mais auraient-ils le même avis avant leurs 2 ans ?
particulièrement celle mise en place par l’échange
Nous savons aujourd’hui que les bébés sont direc-
de regards48. Nous pouvons donc comprendre en
tement captés par les mouvements colorés51, ce
quoi l’écran de téléphone portable peut bel et bien
qui explique d’ailleurs pourquoi les écrans peuvent
« faire écran » à la relation entre un adulte et son
paraître si attrayants. Par cette capacité, le tout-
tout-petit.
petit va ainsi diriger son regard vers ce qui lui paraî-
D’ailleurs, un sondage réalisé en France en 201749 a tra le plus brillant, le plus mobile et le plus coloré
montré que 50 % des parents se laissaient distraire dans le visage de l’autre : ses yeux. Mais si les yeux
par leur smartphone dans les moments d’échange de son parent ne sont pas accessibles, et si les
avec leurs enfants. Un autre sondage50 indique, échanges tant attendus et espérés se trouvent trop
peu présents, alors le risque qu’il dirige son atten-
47. K. R. Ginsburg, « The importance of play in promoting healthy child
development and maintaining strong parent-child bonds », Pediatrics,
tion vers l’écran s’intensifiera, puisqu’il cherchera
119(1), 2007, p. 182-191. alors un refuge inconscient contre son sentiment
48. D. W. Winnicott, Jeu et réalité : l’espace potentiel, Paris,
Gallimard, 1983.
d’abandon parental.
T. J. Schofield et al., « Patterns of gaze between parents and children in Eu-
ropean American and Mexican American families », Journal of Nonver- De plus, si l’adulte est lui-même accaparé par
bal Behavior, 32(3), 2008, p. 171-186. l’écran, le bébé le sera également. Cela s’ex-
49. Tech observatory, Observatoire des pratiques mobiles, CSA Research,
sondage réalisé entre le 20 et le 30 juillet 2017 sur un échantillon de plique tout d’abord par ses capacités d’imitation,
201 Français âgés de 12 à 14 ans.
50. Sondage réalisé par AVG Technologies auprès de 6.117 parents et
51. S. Tisseron, « Les impacts des écrans sur les enfants et les moyens
enfants ([Link]
de les en protéger », Revue francophone d’orthoptie, 12(4), 2019,
a-la-maison-Fais-ce-que-je-dis-pas-ce-que-je-fais_a191441.html).
p. 176‑179.

– 26 – – 27 –
précédemment décrites, mais également par ses campagnes de prévention sur la place des écrans
capacités d’attention conjointe qui le poussent, dès dans la petite enfance sont majoritairement cen-
ses 9 mois, à diriger son regard et son désir vers ce trées sur les échanges entre parents et enfants, bien
qui semble attirer son parent. De ce fait, si le parent plus que sur l’exposition aux écrans en elle-même.
regarde sans cesse l’écran, le nourrisson fera de
même.
Une assistante maternelle me racontait un jour
qu’elle s’occupait quotidiennement d’un bébé pour
qui les temps de repas ne pouvaient pas se passer
sans écran. En effet, lorsqu’elle commençait à le
nourrir, l’enfant hurlait si la télévision n’était pas allu-
mée. Elle apprit alors que la maman nourrissait son
bébé au biberon tout en regardant, en même temps,
la télévision. Or il est bien connu que l’arrivée de lait
dans la bouche n’est pas le seul élément important
du temps de nourrissage : il doit être accompagné
de regards, de sourires, de paroles, de tout ce que
Winnicott a nommé les capacités de holding et de
handling52, soit les soins et manipulations du bébé
effectués par les parents dans une boucle interac-
tionnelle communicante. Ce bébé n’ayant pas pu
trouver tout ce dont il avait besoin dans le regard de
sa mère, pendant le nourrissage, avait donc trouvé
refuge dans cet écran de télévision qui attirait tant
le regard de celle qui le portait.
De ce fait, si un enfant grandit dans un milieu où
les écrans sont omniprésents, et dans lequel il est
habitué à ne trouver que trop rarement un visage
adulte avec lequel interagir, il est peu étonnant qu’il
se mette à préférer se tourner vers un écran. Mais
si l’adulte est bel et bien présent et inclus dans
une interaction mêlant des échanges de voix et de
regards, de joie et de surprise, alors le bébé pré-
férera toujours interagir avec lui plutôt qu’avec un
écran froid. C’est d’ailleurs pour ces raisons que les
52. J. Lehmann, « Holding et Handling », in J. Lehmann, La clinique ana-
lytique de Winnicott : de la position dépressive aux états-limites, Tou-
louse, Érès, 2007, p. 170-206.

– 28 –
Le parent et son smartphone

Monsieur D. et sa famille
« Je viens vous voir car je suis toujours accro-
ché à mon téléphone portable, je ne peux rien
faire d’autre sur mon temps libre. Il a une vraie
emprise sur moi. » C’est ainsi que Monsieur D.
s’est présenté à moi lors de sa première séance
de psychothérapie.
Ayant fait une demande de suivi sur les conseils de
sa femme, Monsieur D. m’explique en effet que sa
vie de famille est impactée par le temps qu’il passe
sur son smartphone en dehors des temps de tra-
vail. Je le questionne alors sur son rythme de vie. Il
me raconte qu’il travaille dans une banque, et que
l’essentiel de son activité se déroule en télétravail.
Il passe donc un temps important chez lui, derrière
son écran d’ordinateur. Son travail l’occupe beau-
coup dans la journée, et il ne lui reste que peu de
temps à côté pour profiter de son petit garçon de
2 ans et demi. « Pourtant, j’adore mon petit garçon,
et j’aimerais beaucoup que nous passions plus de
temps ensemble. Mais ma femme n’aime pas que
je reste seul avec lui, elle n’a pas confiance en moi
et pense que je m’en occuperais mal. »
J’interroge alors Monsieur D. sur sa relation de
couple. Celui-ci m’explique que, depuis la nais-
sance de leur enfant, son couple bat de l’aile :
plus de moments en amoureux, plus de relations
sexuelles, des tensions constantes qui se finissent
régulièrement en disputes, etc. « De ce fait, quand
j’ai fini de travailler, je me change les idées en allant
sur mon téléphone portable. »

– 31 –
Monsieur D. passe en effet une partie importante des Français53. Plusieurs éléments peuvent expli-
de son temps libre à jouer aux jeux vidéo sur son quer cette consommation accrue.
smartphone, mais également à placer différents
Tout d’abord, l’augmentation du télétravail a pro-
investissements financiers en cryptomonnaies. Il a
voqué une hausse importante de la consommation
ainsi installé plusieurs applications lui permettant de
des écrans à domicile : les parents travaillant sur
suivre le cours des différentes monnaies virtuelles,
leurs ordinateurs ou leurs téléphones, et les enfants
et reçoit constamment de nouvelles notifications lui
et adolescents suivant également leurs cours à
indiquant les moments où il serait intéressant pour
distance.
lui de faire des achats/reventes à la minute. Ces
notifications arrivent à n’importe quelle heure de la Ensuite, les écrans ont pu aider à garder le contact
journée, que ce soit sur les moments de travail ou avec les proches, que ce soit à travers des appels
sur ses temps libres. De ce fait, Monsieur D. ne peut réguliers, des parties de jeux vidéo en réseaux, des
jamais se séparer de son téléphone : « Il est toujours « apéros virtuels », etc.
près de moi, je me dois d’être réactif dès qu’une
Mais les écrans ont également servi à « couper » la
notification arrive. »
relation avec les personnes confinées avec nous.
Au fil des séances, Monsieur D. me parle de sa vie En effet, nombreux sont les adolescents qui ont
sociale. Il sort voir des amis au moins une fois par fait part de leur grande difficulté à être confinés
semaine, et apprécie grandement ces moments de avec leurs parents et leurs frères et sœurs, et nom-
coupure. Il part aussi régulièrement chez ses parents breux sont également les parents qui ont partagé la
ou ses beaux-parents, accompagné de sa femme et fatigue qu’ils ressentaient à passer l’intégralité de
de son fils, mais ces moments lui semblent moins leur temps avec leurs jeunes enfants. Si nous pre-
« épanouissants », car sources régulières de ten- nons en exemple un parent seul, confiné avec son
sions dans son couple. Je lui demande alors si son ou ses enfants, sans autre adulte avec qui échanger,
téléphone portable est toujours près de lui dans ces nous pouvons comprendre en quoi l’écran pou-
moments-là. « Avec la famille, oui. Avec mes amis, vait lui servir à s’évader un peu de la relation trop
en revanche, je ne fais jamais attention à lui. Parfois, rapprochée avec son enfant, afin de retrouver un
je le laisse chez moi, sinon il reste au fond de ma temps pour soi, ou d’entretenir un lien avec d’autres
poche et je ne le consulte pas. » adultes. Dans ce contexte, les écrans peuvent donc
servir de refuge pour se couper d’une relation trop
Nous retrouvons ici ce que bon nombre de per-
envahissante ou trop angoissante.
sonnes ont pu vivre lors du premier confinement
de mars 2020, lorsque la pandémie de Covid-19 Bien évidemment, cette liste n’est pas exhaustive,
nous a tous touchés par surprise. Il n’est en effet et plusieurs autres raisons peuvent justifier l’aug-
pas étonnant de voir dans les chiffres de Santé mentation du temps passé devant les écrans à
publique France que le temps passé devant les partir du confinement. Cependant, nous pouvons
écrans a considérablement augmenté pour 60 % ici comprendre un peu mieux la problématique de
53. [Link]
impact-certain-sur-l-activite-physique-le-temps-passe-assis-et-le-
temps-passe-devant-un-ecran.

– 32 – – 33 –
Monsieur D. Je me permets alors cette question : la vie de ses enfants, et Madame B. doit s’occuper
« Ne pensez-vous pas que ce temps que vous pas- seule de toutes les formalités administratives ainsi
sez devant votre téléphone relève plus d’une diffi- que de tous les achats et accompagnements du
culté à interagir avec votre femme, ou à jouer avec quotidien. « J’adore mes enfants, mais, parfois, j’ai
votre enfant devant elle, plutôt qu’à une relation l’impression de ne plus avoir un seul temps pour
d’emprise que ce simple objet technologique aurait moi. Je n’ai pas la télévision chez moi, mais j’utilise
sur vous ? » À ce moment, le visage de Monsieur D. souvent mon smartphone. Dessus, je lis des livres,
s’éclaire. Ce rapport si problématique qu’il entrete- des bandes dessinées, je regarde des vidéos, peu
nait avec son téléphone portable prenait désormais importe ce que je fais, tant que je me sens isolée
un tout autre sens : plutôt que de chercher à corri- dedans. »
ger sa volonté d’aller sur son smartphone, il lui fallait
C’est ainsi que Madame B. a commencé à aborder
peut-être aller chercher ce qui le poussait à trouver
avec moi l’une des difficultés qui la culpabilisaient
refuge derrière cet écran.
grandement, à savoir l’incapacité qu’elle avait à pas-
Après cette séance, Monsieur D. ne m’a presque ser du temps de jeu avec ses deux fils. S’occupant
plus parlé de son rapport au téléphone. L’essentiel constamment des sorties, des accompagnements
de ses séances était majoritairement tourné sur son dans les écoles ou vers les professionnels de soin,
rapport à sa femme, à sa famille, à son travail, à mais aussi des tâches ménagères et autres obliga-
son enfant et à ses difficultés pour faire entendre tions parentales, le tout avec ses enfants, elle res-
son désir de passer des temps privilégiés avec sentait parfois le besoin de se retrouver seule. Son
lui. Le temps qu’il occupe derrière son écran s’est refuge se trouvait alors être son smartphone, unique
d’ailleurs très vite réduit, au fil de la psychothérapie. outil qu’elle avait trouvé pour couper un peu de sa
Monsieur D. a en effet réussi à s’entendre et à se relation avec ses deux petits. Et le seul moment de
faire entendre, et son refuge technologique ne lui la journée qu’elle avait trouvé pour en profiter était
était plus tellement utile. Petit à petit, les relations leur temps de jeux.
avec sa femme se sont améliorées, et il réussit à
Cependant, Madame B. culpabilisait. C’est en
passer de plus en plus de temps de qualité avec
larmes qu’elle m’expliquait qu’elle savait à quel
son fils.
point il était important qu’elle s’amuse avec ses
enfants, et à quel point elle s’en voulait de ne pas
Madame B. et ses enfants leur proposer des temps de jeux partagés. Lorsque
ceux-ci jouaient et l’appelaient pour les rejoindre,
Madame B., que je reçois en psychothérapie depuis
elle ne pouvait réussir à maintenir son attention plus
plusieurs années maintenant, m’a également ques-
de cinq minutes, avant de se réfugier à nouveau
tionné sur son rapport au téléphone portable.
dans son téléphone portable.
Madame B. est une femme de 42 ans, divorcée
et mère de deux enfants handicapés. Son rapport Même si les phénomènes de technoférence paren-
avec ses enfants est parfois compliqué, notamment tale sont associés à des troubles comportementaux
lorsque les troubles comportementaux de ceux-ci externalisés chez les enfants, l’inverse est éga-
sont exacerbés. Le père est assez peu présent dans lement vrai : les troubles comportementaux chez

– 34 – – 35 –
l’enfant peuvent être un facteur prédictif d’une plus la recherche d’une plus grande autonomie et d’une
grande technoférence parentale, conduisant vers plus grande indépendance par le jeune, notamment
le risque de l’installation d’un cercle vicieux dans dans ses prises de décision et dans ses relations
lequel le parent, stressé par les troubles du jeune, sociales et affectives. Ce temps de développement
cherche dans son téléphone une échappatoire54. est parfois difficile à supporter par les parents, qui
Malheureusement, la technoférence parentale qui rapportent même parfois « ne pas reconnaître leur
s’installera alors pourra accroître les troubles com- petit », ce dernier s’isolant plus souvent dans sa
portementaux de l’enfant, en générant un fort senti- chambre, participant moins aux activités familiales,
ment de frustration et un besoin de reconnaissance etc. L’adolescent utilise d’ailleurs majoritairement
inassouvi. les outils numériques (réseaux sociaux, smart-
phones, jeux vidéo en réseaux) pour se connecter
Chez Madame B., les troubles comportementaux de
avec ses amis, tout en se « déconnectant » de
ses enfants ajoutés au peu de temps libre qu’elle
ses parents55. Cette déconnexion (ou évasion) de
pouvait avoir dans ses journées la poussaient à
la relation ne peut cependant avoir lieu qu’à partir
trouver refuge dans son téléphone portable. Il a
du moment où le sujet est suffisamment immergé56
donc fallu l’accompagner vers le fait de trouver du
dans les univers proposés par son écran pour se
soutien humain, parmi sa famille et ses amis, pour
couper de son environnement extérieur : le regard
ne pas la laisser seule dans cette relation parent/
est détourné, et la réalité du sujet immergé se réduit
enfants trop envahissante pour elle, tout en lui
pendant un temps à la réalité de l’univers dans
redonnant goût au jeu partagé avec ses enfants,
lequel il est immergé, afin de profiter pleinement de
lui faisant découvrir une autre relation que celle
son expérience (ici) numérique.
consistant en la réalisation des obligations quoti-
diennes. Une fois qu’elle a pu retrouver le goût des Notre pratique clinique nous a ainsi montré que,
temps d’interactions ludiques avec ses enfants, lorsqu’un sujet (adolescent ou adulte) dispose d’un
Madame B. fut bien moins accrochée à son télé- smartphone près de lui, il vérifie très souvent s’il n’a
phone portable, et le réservait plutôt à ses moments pas reçu d’éventuels messages, et se sent anxieux
de repos solitaire, une fois ses petits couchés. lorsqu’il en est séparé57. Mais l’objet-téléphone en
lui-même est-il vraiment la cause de cet intérêt et
de cette anxiété ? Ne serait-ce pas plutôt le lien à
Le smartphone dans la relation l’autre qui est ici à prendre en compte ? Un ado-
parent/adolescent
lescent que je recevais en psychothérapie me disait
À l’inverse de ce que nous avons décrit précédem- un jour : « Je me fiche que mes parents me donnent
ment, nous pouvons voir que la place qu’occupe un téléphone vieux d’il y a 7 ou 8 ans, tout ce que je
le téléphone portable dans la relation parent/ado- 55. I. Sharaievska et M. Stodolska, « Family satisfaction and social networ-
lescent est bien différente. En effet, l’adolescence king leisure », Leisure Studies, 36(2), 2017, p. 231‑243.
56. D. Arsenault et M. Picard, Le jeu vidéo entre dépendance et plaisir
est une période du développement caractérisée par immersif : les trois formes d’immersion vidéoludique, Homo ludens. Le
jeu vidéo : un phénomène social massivement pratiqué, Congrès de
l’ACFAS, 2008.
54. B. T. McDaniel et J. S. Radesky, « Technoference: Parent distraction
57. O. Duris, « Le Smartphone dans la relation parent/enfant/adolescent :
with technology and associations with child behavior problems », Child
qui regardons-nous ? », in D. Galli et F. Renucci, Pharmaphone : la voix
Development, 89(1), 2018, p. 100‑109.
des adolescents, De Boeck supérieur, 2020, p. 79-88.

– 36 – – 37 –
veux, c’est pouvoir parler avec mes amis, et aller sur grand désir pour l’adolescent de se séparer de sa
les réseaux pour savoir ce qu’il se passe au lycée famille, en utilisant dans la majeure partie des cas
quand je n’y suis pas. » C’est ainsi le contenu (les les différents médias sociaux.
applications installées et le lien possible avec les
autres), et non le contenant (l’objet-téléphone), qui
est à questionner.
Qui regardons-nous ?
Nous pouvons ainsi faire le constat que les télé-
Pour la majorité des parents d’adolescents que nous
phones portables offrent à leurs utilisateurs la
avons rencontrés, dans le cadre de notre pratique
possibilité de maîtriser la distance avec l’autre. De
clinique, nous avons pu constater que les smart-
ce fait, là où les adolescents chercheront plutôt
phones servaient majoritairement aux parents à gar-
à utiliser leurs smartphones pour se déconnecter
der le contact avec leurs adolescents (par le biais
de leurs parents et se connecter à leurs amis, les
des applications de messagerie comme WhatsApp,
parents les utiliseront assez différemment, et avec
Snapchat ou via les messageries SMS), mais éga-
une pratique dépendant principalement de l’âge
lement à augmenter la « surveillance parentale »,
de leurs enfants61 : le portable permettra de se
notamment en contrôlant leurs activités en ligne,
déconnecter intentionnellement d’une relation trop
voire même en installant une application permettant
proche, trop anxiogène ou trop culpabilisante avec
de géolocaliser le jeune à n’importe quel moment
les plus jeunes enfants, dans le but de se connecter
de la journée58 ! À ce sujet, il convient de rappeler
avec d’autres adultes ou de fuir la relation, tandis
qu’un niveau trop élevé de surveillance parentale
qu’ils serviront à garder le contact à distance avec
peut empêcher les adolescents de satisfaire cer-
un adolescent trop éloigné physiquement. Ces élé-
tains désirs d’autonomie et entraîner certaines
ments sont d’ailleurs très importants à prendre en
conséquences négatives sur les relations parent/
compte par tout éducateur ou thérapeute qui rece-
adolescent, augmentant l’hostilité du jeune envers
vra des adolescents et leurs familles, afin d’évaluer
ses parents59 et réduisant les occasions de dialogue
les capacités d’autonomie des adolescents et les
familial60. L’extrême inverse n’est bien évidemment
angoisses de séparation propres à chacun.
pas préférable, nous en conviendrons. L’objectif
étant de trouver un juste milieu au niveau de la sur- Le smartphone est à considérer aujourd’hui comme
veillance parentale, et de ne pas se servir des outils une source de divertissement et un moyen de
technologiques pour « tout savoir » sur la vie de son sociabilité62. Par sa capacité à être constamment
jeune : cela risquerait d’ailleurs d’entraîner un plus « connecté », il nous permet de toujours nous
58. À ce sujet, un père me dit d’ailleurs un jour : « À la base, je voulais instal-
sentir accessibles aux autres. C’est ce constat que
ler ce tracker dans le téléphone de ma femme, car je pense qu’elle me l’on peut retrouver dans le fameux FoMO (Fear
trompe. Mais j’ai déjà voulu commencer sur le téléphone de mon ado
pour vérifier si tout fonctionnait bien. » Nous pouvons, ici, comprendre of Missing Out), que l’on peut traduire par « peur
en quoi la géolocalisation du téléphone d’un membre de la famille peut
conduire à de bien nombreuses dérives… !
59. J.-H. Kwon, C.-S. Chung et J. Lee, « The effects of escape from self and 61. L. Palen et A. Hughes, « When home base is not a place: Parents’ use of
interpersonal relationship on the pathological use of internet games », mobile telephones », Personal and Ubiquitous Computing, 11(5), 2007,
Community Mental Health Journal, 47(1), 2011, p. 113‑121. p. 339‑348.
60. M. Kerr, H. Stattin et W. J. Burk, « A reinterpretation of parental monito- 62. G. J. O’Keefe et B. K. Sulanowski, « More than just talk: Uses, gratifi-
ring in longitudinal perspective », Journal of Research on Adolescence, cations, and the telephone », Journalism and Mass Communications
20(1), 2010, p. 39‑64. Quarterly, 72, 1995, p. 922-933.

– 38 – – 39 –
de manquer quelque chose », anxiété ressentie qui peuvent être considérés comme trop éloignés,
lorsqu’un sujet craint constamment de ne plus et mettant de la distance, pendant un temps, avec
avoir de connexion internet, risquant de manquer ceux qui peuvent nous paraître parfois trop proches.
une nouvelle importante qui pourrait apparaître, et Cet usage n’est bien évidemment pas celui que
avec laquelle il pourrait alors interagir63. Néanmoins, nous recommandons. En effet, dans le cadre d’une
nous pouvons également faire le constat que cette relation parent/enfant/adolescent, il reste essentiel
angoisse de la déconnexion n’est pas seulement que les écrans (qu’ils soient interactifs ou non,
due à la peur de manquer quelque chose en ligne, d’ailleurs) puissent être utilisés comme des sup-
mais également de ne pas être joignable par les ports d’échanges et de dialogues mutuels, car c’est
autres. par cet usage qu’ils pourront améliorer les relations
entre parents et enfants, et offrir des moments
Un parent qui présente des difficultés à interagir
d’interaction familiale riches, et surtout partagés.
avec son tout-petit, dans une relation qui peut lui
paraître trop envahissante, pourra ainsi facilement
se détacher de ce « trop-plein » de relation en se
dirigeant vers l’écran, lui permettant d’entrer en
contact avec d’autres, éloignés de lui, mais facile-
ment accessibles à distance. À l’inverse, un parent
présentant des difficultés à interagir avec son
adolescent, dans une relation lui paraissant trop
distante, pourra passer par le biais des écrans pour
maintenir un contact avec lui. Dans ces deux situa-
tions, nous pouvons faire le constat que ce n’est
pas l’objet-téléphone en lui-même qui intéressera
l’utilisateur, mais bien le lien à l’autre (manquant),
toujours rendu possible par la connexion constante
offerte par le téléphone. Si nous regardons notre
téléphone si souvent dans la journée, ce n’est pas
pour l’objet en lui-même, mais bien pour vérifier si
nous avons une notification, si quelqu’un nous a
écrit, si quelqu’un a pensé à nous. Notre désir se
tourne ainsi vers celui qui nous manque, et vers
ceux qui peuvent, à tout moment, nous désirer.
Il est ainsi nécessaire de penser le téléphone por-
table comme un objet permettant de jouer sur la
distance avec l’autre : nous rapprochant de ceux
63. A. K. Przybylski, K. Murayama, C. R. DeHaan et V. Gladwell, « Moti-
vational, emotional, and behavioral correlates of fear of missing out »,
Computers in Human Behavior, 29(4), 2013, p. 1841‑1848.

– 40 –
Une campagne pour un
usage raisonné des écrans :
l’association 3-6-9-12+

Toute la question des outils numériques et de leur


utilisation par les enfants, adolescents et adultes
est un problème de santé publique qui ne pourra
se résoudre par la seule dénonciation de leurs
dangers. En tant que membre de l’association 3-6-
9-12+64, créée en 2008 par Serge Tisseron, il me
semble en effet essentiel de participer à l’encoura-
gement au plaisir de la créativité et de la relation,
que ce soit avec ou sans écran.
L’association 3-6-9-12+ s’est fixé pour objectif de
s’atteler à la question de la place des écrans dans
les familles et dans la société. Son but est d’ap-
prendre à tous à mieux comprendre les intérêts et
risques liés à l’usage des écrans, et d’accompagner
les plus jeunes et les adultes vers une découverte
des écrans et vers une autre manière de penser les
choses : « apprendre progressivement à s’en servir,
pour mieux savoir s’en passer ».
Trois conseils devraient guider les parents soucieux
d’un bon environnement éducatif : l’alternance,
l’accompagnement et l’autorégulation. Le premier,
l’alternance, consiste à encourager la diversité
des activités, avec et sans écran, tout en privilé-
giant les pratiques créatives et interactives avec
les outils numériques. Le second implique de
parler et d’échanger avec le jeune à propos de ce
qu’il voit et fait sur les écrans, permettant ainsi à
l’écran de devenir un outil de médiation dans la
relation parent/enfant, et de ne plus « faire écran »

64. [Link]/.

– 43 –
à la relation. Enfin, l’éducation à l’autorégulation se aidé par les écrans, et ne peut se faire que dans
construit sur le long terme, le parent nommant les une relation vivante et interactive avec un adulte ou
temps d’écran et encourageant le jeune à toujours un autre enfant.
associer la pratique des écrans à une durée, afin
Ne laissons alors jamais un enfant devant un écran,
qu’il puisse lui-même parvenir à cette autorégula-
ou dans une pièce où un écran est allumé. Mais cela
tion une fois l’adolescence atteinte. Si certains traits
n’empêche pas de jouer de temps en temps avec
de l’adolescence dont la passion, la transgression,
lui en utilisant une application numérique amusante,
le débordement… peuvent faire obstacle à limiter
tant que cela reste sur une période évidemment
les temps d’écrans, l’autorégulation accompagnée
courte, en complémentarité avec les jeux tradition-
dès la petite enfance est un terreau qui y participera
nels, et toujours en usage accompagné et interactif.
peu à peu.
Enfin, il nous paraît essentiel de partager aux
parents des conseils positifs, ne cherchant pas à
De 3 à 6 ans : limitons les écrans,
partageons-les, parlons en famille
mettre en place d’injonctions culpabilisantes visant
à limiter les pratiques, mais bien à insister pour À cet âge, l’enfant renforce ses acquisitions et com-
remettre la communication et les interactions au mence son apprentissage de l’autorégulation. Les
centre de toute relation. Pour ce faire, la campagne limites imposées au temps d’écran doivent en faire
des balises 3-6-9-12+ propose différents conseils partie. Les temps restent bien évidemment relatifs
pour toutes les tranches d’âges, de l’enfance à la en fonction de chaque vie de famille, des contenus
fin de l’adolescence. proposés, et tant que l’activité est bien encadrée et
accompagnée. Le temps d’écran doit être un temps
de partage avec un parent.
Avant 3 ans : jouons, parlons,
arrêtons la télé Jamais d’écran dans la chambre, les écrans doivent
être dans une pièce commune. Évitons aussi de
À cet âge, l’enfant construit sa personnalité et son
les utiliser le soir (les LED perturbent les rythmes
cerveau. Plus il passe de temps devant les écrans et
de sommeil), à table ou pour calmer l’enfant.
moins il en a pour les jeux créatifs, les activités inte-
L’utilisation des écrans pour récompenser l’enfant
ractives et d’autres expériences cognitives sociales
est également fortement déconseillée.
fondamentales. Des compétences telles que le
partage, l’appréciation et le respect des autres, Le slogan « Pas de console personnelle avant
qui sont des acquisitions enracinées dans la petite 6 ans », lancé en 2008 dans le cadre de la cam-
enfance, s’en trouvent menacées. pagne « 3-6-9-12 », signifie ne pas offrir avant 6 ans
d’outil numérique personnel à l’enfant, car cela
L’enfant doit acquérir à cet âge les quatre bases
rend quasiment impossible sa régulation. Les outils
de sa socialisation future : le langage, les compé-
numériques doivent être familiaux. Il est également
tences motrices, les capacités d’attention et de
important de fixer une tranche horaire quotidienne
concentration, et la reconnaissance des mimiques.
à l’enfant afin de l’habituer à associer les écrans à
Le développement de ces compétences n’est pas
une durée.

– 44 – – 45 –
Enfin, n’oublions pas d’encourager les activités Encourageons le préadolescent à gérer son temps
physiques et de création manuelle, comme le d’écran distractif, en l’invitant à utiliser un « carnet
pliage, le découpage, le collage, la cuisine, le bri- du temps d’écran ». Parlons aussi avec lui de ce
colage, etc. Le plus important reste évidemment qu’il voit et fait avec les écrans. Expliquons-lui
que le parent puisse partager des temps d’écran également les trois règles d’Internet : tout ce qu’on
avec son enfant, et parle avec lui de ce qu’il voit y met peut tomber dans le domaine public, tout ce
et fait avec eux. qu’on y met y restera éternellement, et il ne faut pas
forcément croire tout ce que l’on y trouve.
De 6 à 9 ans : créons avec les écrans, Par précaution, retardons le plus longtemps pos-
expliquons-lui Internet sible le moment d’acheter un téléphone mobile à
notre enfant, préférons un appareil aux fonctions
De 6 à 9 ans, c’est l’apprentissage des règles du jeu
et au forfait limité, et installons une application qui
social. C’est aussi l’âge à partir duquel l’enfant peut
limite le temps qu’il peut passer dessus.
découvrir les outils de création numérique : photo-
graphie numérique, applications d’apprentissage de
programmation comme Scratch Junior, logiciels de Après 12 ans : restons disponibles
montages photo ou vidéo, etc. Invitons l’enfant à
créer avec les écrans. Commençons aussi à parler L’adolescent cherche ses repères de plus en plus
avec lui de l’âge où il aura son premier téléphone en dehors de sa famille, mais il a encore besoin de
mobile, et abordons avec lui des questions comme l’attention affectueuse de ses parents, même s’il fait
le droit à l’inimité et le droit à l’image. Enfin, fixons tout pour leur faire croire le contraire !
des règles familiales qui interdisent notamment les Plusieurs études indiquent que l’utilisation des
mobiles pendant les repas pris en commun et dans réseaux sociaux par les adolescents est plutôt
les chambres la nuit. Cette interdiction pendant les bénéfique65. En effet, celle-ci augmenterait le senti-
repas doit d’ailleurs autant concerner les enfants ment d’être en lien avec les pairs, réduirait la sen-
que leurs parents. Enfin, achetons à chacun un sation d’isolement et favoriserait les amitiés exis-
réveil pour éviter de s’en servir comme excuse pour tantes66. Son usage pathologique correspondrait à
la présence du téléphone dans la chambre. une fuite face à une situation réelle vécue comme
insurmontable67. Dans ces situations, une réduction
contrainte du temps d’écran a peu de chances de
De 9 à 12 ans : apprenons-lui à se
protéger et à protéger ses échanges réussir. L’important est bel et bien de comprendre le
problème sous-jacent qui provoquerait cette fuite.
Les enfants qui passent beaucoup de temps devant
les écrans présentent une baisse des capacités
65. Brochure publiée en décembre 2017 par l’UNICEF, intitulée « Les en-
d’attention et de concentration. Leur cerveau s’ha- fants dans un monde numérique », p. 116.
bitue à suivre ou enchaîner des mouvements ou des 66. E. Teppers, K. A. Luyckx, T. Klimstra et L. Goossens, « Loneliness and
Facebook motives in adolescence: A longitudinal inquiry into directio-
actions plutôt que de se mobiliser volontairement nality of effect », Journal of Adolescence, 37(5), 2014, p. 691‑699.
67. M. D. Griffiths et al., « Working towards an international consensus on
sur une tâche. criteria for assessing internet gaming disorder: A critical commentary on
Petry et al. (2014) », Addiction, 111(1), 2016, p. 167‑175.

– 46 – – 47 –
Les profils sur les réseaux sociaux doivent cepen- le désir d’échapper à quelque chose ou d’oublier
dant être paramétrés en mode privé, et les liens certains problèmes. Si l’écran est utilisé en tant
noués à travers les écrans (à commencer par les que refuge, alors nous risquons de ne pas parvenir
réseaux sociaux et les jeux vidéo) sont bénéfiques à nous en séparer, ce qui impactera forcément les
s’ils sont maintenus et renforcés par des liens dans relations familiales et sociales.
la réalité, notamment avec les camarades d’école.
Il faut bien faire attention à empêcher l’utilisation du
téléphone mobile la nuit dans la chambre : la réduc-
tion du temps de sommeil a des conséquences pro-
blématiques sur la mémoire, l’humeur, les capacités
d’attention et de concentration, l’alimentation et,
bien entendu, les performances scolaires.
Cadrons le temps sur les jeux vidéo : l’accroisse-
ment des capacités de décision et d’action rapide
se fait aux dépens des compétences dédiées à la
prise de recul et au contrôle des impulsions. Ainsi,
incitons les adolescents à utiliser leurs appareils
technologiques de manière ciblée, pour des activi-
tés précises, et non par ennui, et à ne pas manger
devant les écrans.
Il semble également essentiel de rappeler aux
parents à quel point ils doivent faire passer la com-
munication avec leurs enfants avant l’utilisation de
leur propre téléphone mobile. Les règles de bon
usage des écrans (et en particulier de la télévision et
du smartphone) ne sont efficaces que si les parents
donnent le bon exemple. Incitons-les alors à utiliser
leurs propres appareils technologiques de manière
ciblée, pour des activités précises, et non par ennui,
et à partager leurs expériences avec leurs jeunes.
Finalement, tout se joue dans l’interaction et dans
l’échange.
Enfin, il paraît clair que, pour profiter des écrans
sans y passer trop de temps, il faut tout d’abord que
nous nous demandions si c’est le plaisir que nous
trouvons dans leur usage qui nous retient, ou bien

– 48 –
Conclusion

Il y a quelques semaines, j’étais installé au restau-


rant avec une amie. Pendant que nous discutions,
mon regard se perdait un peu dans la salle, et
s’arrêta sur une famille installée près de nous. Les
deux parents mangeaient tranquillement ce qui
se trouvait dans leurs assiettes pendant que leurs
deux adolescents étaient chacun de leur côté de la
table, les yeux rivés sur leurs téléphones portables,
pianotant sur leurs écrans pour participer à ce qui
ressemblait fortement, de loin, à des conversations
en simultané. La première idée qui me vint alors
en tête fut : « Eh bien, ce sera compliqué pour eux
de communiquer en famille, ensemble, avec une
configuration pareille ! » Je repartis alors dans ma
discussion avec mon amie, et ne fis plus attention
à eux. Une vingtaine de minutes plus tard, ma
curiosité me poussa à les regarder à nouveau. Les
téléphones portables étaient tous rangés, mais
chacun fixait son plat, en silence. Personne ne
se parlait, ou ne s’échangeait un seul regard. Ce
silence dura longtemps, très longtemps, trop long-
temps. Je revoyais ces scènes de repas dans les
vieux films, dans lesquels chacun était à table uni-
quement pour manger, où seul le bruit des couverts
se faisait entendre, et où prendre la parole était un
risque que peu de membres de la famille osaient
prendre. À ce moment, je me trouvais alors à pen-
ser : « Finalement, c’était bien quand ils écrivaient
des messages depuis leurs téléphones. Au moins,
ils étaient en lien avec quelqu’un. »
Les campagnes de prévention sur l’exposition
des enfants (et des parents) aux écrans relèvent
aujourd’hui du champ de la santé publique. Il est
essentiel que les professionnels puissent évoquer

– 51 –
avec les parents la place qu’occupent les écrans
dans la famille, que ce soit du point de vue physique
Bibliographie
(dans quelle pièce) et organisationnel (combien de
temps par jour, sur quels créneaux horaires). Enfin,
- Ahearne C., Dilworth S., Rollings R., Livingstone V., Murray D.,
la place qu’occupent les écrans dans les échanges « Touch-screen technology usage in toddlers », Archives of Disease
et interactions doit être le plus questionnée : l’écran in Childhood, 101(2), 2016, p. 181183.
fait-il écran à la relation, ou est-il un support de par- - Arsenault D., Picard M., Le jeu vidéo entre dépendance et plai-
sir immersif : les trois formes d’immersion vidéoludique, Homo
tage et de communication ? Comme nous avons pu Ludens. Le jeu vidéo : un phénomène social massivement pratiqué,
le voir, l’exposition des parents aux écrans est tout Congrès de l’ACFAS, 2008.
aussi problématique que celle des enfants, si ce - Bedford R., Saez de Urabain I. R., Cheung C. H. M., Karmiloff-
n’est même plus. Les enfants ont besoin du regard Smith A., Smith T. J. (2016), « Toddlers’ fine motor milestone achie-
vement is associated with early touchscreen scrolling », Frontiers
de leurs parents pour évoluer et pour se développer, in Psychology, 7.
et il est essentiel de ne pas laisser un écran s’inter- - Boysson-Bardies B. (de), Comment la parole vient aux enfants : de
poser entre eux. Si jamais l’écran est utilisé comme la naissance jusqu’à deux ans, Odile Jacob, 1996.
refuge pour fuir une relation compliquée, source - Clément M.-N., « Les 0-6 ans et les écrans digitaux nomades.
Évaluation de l’exposition et de ses effets à travers la littérature
d’angoisses ou de difficultés, alors il est essentiel internationale », Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence,
de travailler sur les difficultés relationnelles qui 68(4), 2020, p. 190195.
poussent à s’enfermer dans l’écran, afin d’accom- - Clément M.-N., Duris O., « Le bébé et la tablette numérique : inté-
rêts et dangers », Spirale, 83(3), 2017, p. 6271.
pagner la personne vers un détachement de l’outil
- Collard Y., Huys S., Vanneste B., Orban de Xivry A-C., Guffens B.,
technologique et vers une reconstitution de la rela- « #Génération2020 : les usages des écrans chez les moins de 20
tion parent/enfant, essentielle pour tous. Car, dans ans », Média animation, 2020
ce cas, même sans écran, il n’y aurait tout de même - Cristia A., Seidl A., « Parental reports on touch screen use in early
childhood », PLOS ONE, 10(6), e0128338, 2015.
pas de relation ! Chacun a un rôle à jouer dans cette
- Duris O., « Le Smartphone dans la relation parent/enfant/ado-
histoire, et il ne faut pas se focaliser sur l’écran qui, lescent : qui regardons-nous ? », in Pharmaphone : la voix des
en lui-même, ne peut être pensé que comme l’arbre adolescents, De Boeck supérieur, 2020, p. 7788.
qui cacherait la forêt (psychopathologique). - Fastrez P., Mathen M., De Smedt Th., « Les enfants et les écrans
Usages des enfants de 0 à 6 ans, représentations et attitudes de
Finalement, quand on parle des écrans, on s’inté- leurs parents et des professionnels de la petite enfance », étude de
l’ONE et du CESEM,
resse bien plus aux regards, aux partages et aux
- Fernald A., Simon T., « Expanded intonation contours in mothers’
interactions. C’est bien cela qui intéresse tout speech to newborns », Developmental Psychology, 20(1), 1984,
professionnel de l’éducation ou clinicien. Reste à p. 104113.
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la relation, avec Angélique Gozlan
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as we think they are? A review of the literature on family meals as ·…
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édition revue et augmentée), Érès, 2017. · Domestiquer les écrans au rythme de l'enfant
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Une campagne de Yapaka
« Ne laissons pas
les écrans faire écran »
RESSOURCES À DESTINATION RESSOURCES À DESTINATION
DU GRAND PUBLIC : DES PROFESSIONNELS :
 4 spots montrant chacun une situation de vie quo-  De courtes vidéos interview d’experts qui
tidienne dans laquelle un adulte est absorbé par son répondent à des questions telle « Pourquoi privilégier
téléphone en présence de son enfant et passe à côté d’utiliser son téléphone lorsque les enfants ne sont pas
d’un chouette moment avec lui. Cette série de spots présents ? »…
invitent chacun à s’interroger sur son utilisation des
écrans en présence de l’enfant.  Des pages théoriques, accessibles à tout adulte
et éducateur, reprenant de manière détaillée les avan-
tages, risques, repères d’utilisation en fonction du
développement de l’enfant.

En télé  Un Powerpoint qui peut servir de base pour une


gne
e en li
t sensibilisation des parents sur la thématique des
écrans.

 Un dépliant illustré « Ne laissons pas les écrans


faire écran » qui reprend de manière synthétique
l’argumentaire de la campagne. Ce texte peut être
 4 affiches « 3-6-9-12 » qui proposent des repères téléchargé et imprimé pour mise à disposition dans une
clairs d’usage des écrans en fonction du développe- salle d’attente...
ment de l’enfant.

ibles
Disponr
su
de
deman
AVANT 9 ANS, PAS D’INTERNET SEUL
Les repères d’utilisation des La meilleure découverte, celle qu’on
écrans au rythme de l’enfant : partage de la réalite
Avant 9 ans, l’enfant continue à mettre en place les dif-
AVANT 3 ANS, PAS D’ÉCRAN férentes formes de son intelligence. Il a besoin de sortir,
La meilleure émission, celle qu’il créé d’explorer son environnement...
avec son entourage
Internet risque de brouiller les repères qu’il est en train
Avant 3 ans, l’enfant a d’abord besoin de construire ses de se construire. Pour éviter les pièges du web, l’enfant
repères. Pour comprendre le monde physique, il joue, doit notamment assimiler la distinction entre espaces
touche, manipule, observe chaque objet. Et il a surtout intime et public.
besoin qu’on s’adresse à lui, qu’on lui parle, qu’on lui
raconte. Il est essentiel pour son développement que Il est essentiel de parler avec lui de ce qui s’y passe, de
d’autres le regardent, s’adressent vraiment à lui, avec ce qu’il fait sur les écrans, ses intérêts, d’accompagner
des émotions et des affects adaptés à son âge. son exploration d’internet mais aussi des jeux vidéo,
films…
Dès tout petit, le bébé se développe et grandit porté par
nos interactions.
AVANT 12 ANS, PAS DE RÉSEAUX SOCIAUX
La meilleure connexion, celle qu’il a
AVANT 6 ANS, PAS DE JEUX VIDÉO avec ses copains
La meilleure partie, celle qu’on joue
ensemble Avant 12 ans, l’enfant a besoin d’explorer la complexité
des relations et du monde réel. Il a besoin d’éprouver
Avant 6 ans, l’enfant a besoin de découvrir toutes les relations sociales, de tester ses comportements et
ses possibilités : il est prioritaire qu’il ait des activités les réactions qu’ils suscitent, sans la distance créée par
engageant ses dix doigts, pour développer son habileté les écrans.
motrice, et surtout son cerveau. Il est essentiel égale-
ment qu’il ait des interactions sociales, des échanges Il est important de garder des moments de jeux en
qui l’aident à comprendre qui il est et comment être famille et entre amis dans la même pièce, de continuer
acteur du monde qui l’entoure. à établir des règles claires sur le temps d’écrans et de
les utiliser dans les espaces communs. Il est primordial
A cet âge, accompagner l’enfant dans sa découverte de continuer à parler de ce que chacun peut y faire ou
des jeux vidéo, notamment est primordial. S’intéresser non, de ce que l’on y vit d’agréable ou de désagréable,
à ce qu’il y fait, ce qu’il aime lui permet de savoir que de ce qui s’y passe, de ce qu’on y voit…
l’adulte est disponible, présent si il y fait de mauvaises
expériences. A tout âge, autorisez-vous à fixer des limites de
temps, de lieu, de contenu.

sur [Link]
Temps d’Arrêt / Lectures
Dernier parus
104. Jeunes et radicalisations. 121. Ensauvagement du monde,
David Le Breton violence des jeunes.
105. Le harcèlement virtuel. Danièle Epstein
Angélique Gozlan 122. Accueillir la vie en temps de
106. Le deuil prénatal. Marie-José pandémie. Pascale Gustin
Soubieux, Jessica Shulz 123. L’entrée dans le langage.
107. Prévenir la négligence. Jean-Claude Quentel
Claire Meersseman 124. Naître et grandir.
108. A l’adolescence, s’engager acques Gélis
pour exister. Marie Rose Moro 125. La parentalité désorientée
109. Le secret professionnel, Mal du XXIe siècle ?
fondement de la relation d’aide et Ludovic Gadeau
d’écoute. Claire Meersseman, 126. Puissance de l’imaginaire à
André Donnet, Françoise Dubois, l’adolescence. Ivan Darrault-Harris
Cécile Guilbau 127. Quand la parole déconfine,
110. La portée du langage. Pascal Kayaert
Véronique Rey, Christina Romain, 128. Covid-19 : l’impact sur la
Sonia DeMartino, Jean-Louis Deveze santé mentale des jeunes.
111. Être porté pour grandir. Sophie Maes
Pierre Delion 129. Le monde de l’enfance après
112. Le travail social animé par la un an de crise sanitaire.
« volonté artistique ». David Puaud Pierre Delion
113. Quand la violence se joue au 130. Comme une tombe.
féminin. Véronique Le Goaziou Le silence de l’inceste.
114. Résister à l’algocratie - Anne-Françoise Dahin
Rester humain dans nos métiers 131. Maltraitance institutionnelle
et dans nos vies. Vincent Magos en temps de crise.
115. Mères et bébés en errance Emmanuel de Becker
migratoire. Christine Davoudian 132. L’adolescence à l’ère du
116. Faire famille au temps du virtuel. Xanthie Vlachopoulou
confinement et en sortir… 133. Accompagner le parent
Daniel Coum porteur de handicap. Drina
117. Challenges numériques sur Candilis-Huisman
les réseaux sociaux. Marion Haza, 134. Penser l’incestuel, la
Thomas Rohmer confusion des places.
118. La découverte sensorielle et Dominique Klopfert
émotionnelle du bébé.
Ayala Borghini * Ouvrage épuisé.
119. Rire… et grandir. Découvrez toute la collection Temps
David Le Breton d'Arrêt et retrouvez nos auteurs sur
120. Adolescence en temps de [Link] pour des entretiens vidéo,
Covid-19 entre crise-passions et conférences en ligne…
crispations. Aurore Mairy
Les livres de yapaka
En Belgique uniquement
disponibles gratuitement au 0800/20 000 ou infos@[Link]

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