Cours de Probabilités et Dénombrement
Cours de Probabilités et Dénombrement
Partie I : Probabilités
1 Dénombrement et probabilités 3
1.1 Dénombrement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.1.1 p-listes, arrangements et combinaisons . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.2 Introduction aux probabilités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2.1 Opérations logiques sur les ensembles . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2.2 Notion d’événement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2.3 Opérations sur les événements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.2.4 Probabilité sur un univers fini . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.2.5 Probabilités conditionnelles-Théorème de Bayes . . . . . . . . . . . 10
1.2.6 Formule des probabilités totales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.2.7 Théorème ou formule de Bayes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.2.8 Indépendance, produit de deux espaces probabilisés . . . . . . . . . 13
1
2.5.2 Loi de Bernoulli . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.5.3 Loi binômiale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2.5.4 Loi de Poisson . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.6 Approximation de la loi binomiale par la loi de Poisson . . . . . . . . . . . 28
2
Chapitre 1
Dénombrement et probabilités
1.1 Dénombrement
Définition 1.1 — On appelle cardinal d’un ensemble fini E le nombre d’éléments de
E. On le note |E| ou card(E), et les éléments de E peuvent être notés e1 , e2 , ...en
où les ek sont deux à deux distincts.
— card(∅) = 0.
— Dénombrer un ensemble fini non vide E, c’est déterminer le cardinal de E, c’est
à dire le nombre de ses éléments.
— On dit que l’ensemble E est infini dénombrable s’il existe une bijection de N dans E.
Les éléments de E peuvent être notés e0 , e1 , ... où les ek sont deux à deux distincts.
Proposition 1.3 Soit E un ensemble fini. Si F est un ensemble tel qu’il existe une
bijection de E dans F , alors F est un ensemble fini et card(E) = card(F ).
Proposition 1.4 Soit E un ensemble fini. Toute partie A de E est fini et card(A) ≤
card(E). Si A est une partie de E, A = E ⇔ card(A) = card(E)
3
— Le cardinal des applications de E dans F vaut card(E)card(F ).
— card(P(E)) = 2card(E) .
Exemple 1.6 E = {1, 2, 5}, card(E) = 3 et F = {6, 7, 8}, card(F ) = 3 alors card(E ×
F ) = 9 et E × F = {(1, 6), (1, 7), (1, 8), (2, 6), (2, 7), (2, 8), (5, 6), (5, 7), (5, 8)}
Exemple 1.8 Soit E = {1, 2, 3, 4}, alors (1, 2, 2), (2, 4, 3) sont deux 3-listes d’éléments
de E, de plus (1, 2, 4) et (4, 1, 2) sont deux 3-listes différentes (non identiques).
Exemple 1.11
— (a, n, a, n, a, s) est une 6−liste de E = {a, b, c, ...z}
4
— Tirage avec remise : une urne U contient n boules numérotés de 1 à n. On tire
successivement p boules de U en remettant chaque fois dans l’urne la boule qu’on
vient de tirer. On note (x1 , x2 ., .., xp ) la suite des numéros obtenus. (x1 , x2 , ..., xp )
est une p-liste. Le nombre de tirages possibles est donc np .
n!
Apn = = n(n − 1) × ... × (n − p + 1)
(n − p)!
— Cette formule s’établit par un raisonnement élémentaire. Pour le premier élément
qu’on choisit, on a n choix. Pour le deuxième éléments, on a n − 1 choix.
— Un arrangement de n éléments parmi n s’appelle une permutation de E d’après la
formule précédente, il y a n! permutations de E : Ann .
On peut aussi interpréter Apn comme le nombre d’injections d’un ensemble à p-éléments
dans un ensemble à n éléments.
Théorème 1.13 Il y a n! façons de ranger n éléments distincts dans tous les ordres
possibles. Par conséquence, il y a n! façons de ranger n éléments distincts dans tous les
ordres possibles (ordre ou désordre).
Exemple 1.14 17 chevaux sont au départ d’un grand prix. Combien y a-t-il de tiercés
possibles ?
1◦ ) au total ?
2◦ ) dans lesquels les 3 chevaux de tête sont dans l’ordre ?
3◦ ) dans lesquels les 3 chevaux de tête sont dans l’ordre ou dans le désordre ?
4◦ ) dans le désordre ?
Solution : L’ordre des chevaux à l’arrivée intervient bien entendu et on choisit 3 chevaux
parmi les 17 donc
1◦ ) A317 = 17 × 16 × 15 = 4080 tiercés possibles ?
2◦ ) un seul.
3◦ ) 3! = 6 autant que de permutations dans un ensemble de 3 chevaux.
4◦ ) 6 − 1 = 5.
5
Exemple 1.15 1◦ ) Combien existe-t-il de nombres écrits avec 3 chiffres tous différents
pris parmi les chiffres {1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9}?
2◦ ) Combien exist-t-il de nombres écrits avec 3 chiffres tous différents pris parmi les
chiffres {0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9}?
Solution : 1◦ ) Tout nombre formé avec 3 chiffres différents pris parmi {1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9}
est un arrangement de ces neuf chiffres pris trois à trois : deux nombres distincts différent
l’un de l’autre soit par la nature soit par l’ordre des 3 chiffres. On peut donc former
A39 = 9 × 8 × 7 = 504 nombres différents.
2◦ ) Avec les 10 chiffres {0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9} on peut former A310 = 10 × 9 × 8 = 720
nombres. Cependant parmi ceux-ci figurent les nombres commençant par 0 qui sont des
nombres de deux chiffres distincts. Or il existe A29 = 9 × 8 = 72 nombres différents
débutant par 0. Donc finalement 720 − 72 = 648 nombres de trois chiffres différents pris
parmi l’ensemble {0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9}.
Exemple 1.16 — Tirage sans remise : une urne U contient n boules numérotés
de 1 à n. On tire successivement p boules de U sans les remettre dans l’urne, et on
note (x1 , ..., xp ) un résultat de cette expérience (x1 , x2 , ..., xp ) est un arrangement
de p éléments parmi n. Il y’a Apn tirage différents possibles.
— (a, n, a, n, a, s) n’est pas un arrangement de lettres de l’alphabet : il y a répétition.
6
Proposition 1.19 Pour n ∈ N et p ∈ {0, 1, ..., n}
— Cnp = Cnn−p
— Cn0 = Cnn = 1
— Pour n ∈ N∗ et p ∈ {1, 2, ..., n − 1} Cn1 = Cnn−1 = n
p−1 p
— Cnp = Cn−1 + Cn−1
p−1
— Cnp = np Cn−1
Exemple 1.20 Une pièce de monnaie possède deux figures (éventualités) : pile et face.
Si la pièce n’est pas trafiquée et lancé loyalement, pile a autant de chances d’apparaı̂tre
que face. On dit alors que les deux éventualités sont équiprobables.
Ensembles disjoints
Deux ensembles A et B sont dits disjoints s’ils n’ont pas d’éléments en commun. On
termes d’événements, on dit que A et B sont incompatibles.
7
Réunion ou addition logique
Exemple 1.22 Si nous lançons un dé à 6 faces, les résultats possibles sont {1, 2, 3, 4, 5, 6}.
— Considérons les événements suivants A = ”obtenir la face 1” et B =” obtenir un
nombre pair”, donc A = {1} et B = {2, 4, 6}. A et B sont donc incompatibles car
A ∩ B = ∅.
— Considérons les événements A =”obtenir un nombre inférieur à 3” et B =”obtenir
un nombre impaire”. Alors A = {1, 2, 3} et B = {1, 3, 5}. De plus A∩B = {3} =
̸ ∅.
8
1.2.3 Opérations sur les événements
Soient les événements suivants, A, B et C.
— A=A
— A ∪ (B ∪ C) = (A ∪ B) ∪ C = A ∪ B ∪ C
— A ∩ (B ∩ C) = (A ∩ B) ∩ C = A ∩ B ∩ C
— A ∩ (B ∪ C) = (A ∩ B) ∪ (A ∩ C)
— A ∪ (B ∩ C) = (A ∪ B) ∩ (A ∪ C)
— A∪B =A∩B
— A∩B =A∪B
9
— Si A1 , A2 , ..., An sont des événements élémentaires et ∪ni=1 Ai = Ω, alors
10
Définition 1.25 (probabilité conditionnelle) Soient A et B deux événements tels que
P (B) ̸= 0. La probabilité conditionnelle de A sachant B est
P (A ∩ B)
P (A/B) = .
P (B)
On en déduit la formule dite des probabilités composées
Théorème 1.27 (Formule des probabilités totales) Soit {An }n≥1 un système com-
plet d’événements. Alors, quelque soit l’événement B, on a
X
P (B) = P (An )P (B/An )
n≥1
Exemple 1.29 Une usine d’ampoules dispose de 3 machines qui fabriquent respective-
ment 20, 30 et 50% de la production. Sachant que la probabilité qu’une ampoule défectueuse
ait été fabriqué par A, B, C est P (D/A) = 0.05, P (D/B) = 0.04, P (D/C) = 0.01 Calculer
1◦ ) La probabilité qu’une ampoule soit défectueuse.
2◦ ) La probabilité pour qu’une ampoule défectueuse provienne de A.
3◦ ) La probabilité pour qu’une ampoule non défectueuse provienne de C.
11
P (D) = P (D ∩ (A ∪ B ∪ C)), or les événements D ∩ A, D ∩ B et D ∩ C étant
incompatibles, donc P (D) = P (D ∩ A) + P (D ∩ B) + P (D ∩ C). En utilisant la formule
des probabilités composées, on obtient
3◦ )
P (C ∩ D) P (C)P (D/C)
P (C/D) = =
P (D) P (D)
Or P (D/C) = 1 − P (D/C) = 0.99 et P (D) = 1 − P (D) = 0.973, d’ou
P (C/D) = 0.51
Exemple 1.31 Pour se rendre à la faculté, un étudiant a le choix entre quatre itinéraires :
1
A, B, C et D. La probabilité qu’il a de choisir A (resp. B, C) est 3
(resp. 14 , 12
1
). La proba-
1 1 1
bilité d’arriver en retard en empruntant A (resp. B, C) est 20
(resp. , ).
10 5
En empruntant
D, il n’est jamais en retard.
1◦ ) Quelle est la probabilité que l’étudiant choisisse l’itinéraire D ?
2◦ ) L’étudiant arrive en retard. Quelle est la probabilité qu’il ait emprunté l’itinéraire
C?
12
Solution : 1◦ ) Les événements {A, B, C, D} forme un système complet d’événements :
P (A) + P (B) + P (C) + P (D) = 1, donc P (D) = 31 .
P (C)P (R/C) 2
P (C/R) = = .
P (A)P (R/A) + P (B)P (R/B) + P (C)P (R/C) + P (D)P (R/D) 7
P (A/B) = P (A)
ce qui réalise que la probabilité que A se réalise est indépendante du fait que B soit réalisé
ou non.
Dans l’exemple du jet d’une pièce de monnaie deux fois, soit A =” le deuxième coup
1 1
donne face” et B =”le premier coup donne face”. P (A/B) = 2
or P (A) = 2
donc
P (A/B) = P (A)
De même P (A ∩ B) = P (A)P (B) = 14 .
Deux événements A et B sont indépendants ssi
P (A ∩ B) = P (A)P (B)
Conséquences
— Si A et B sont indépendants, il en est de même de A et B, de A et B, de A et B.
— Tout événement A est indépendant de l’événement certain Ω et de l’événement
impossible ∅.
— En général, on a P (A/B) ̸= P (A), ce qui signifie que ”A dépend de B”.
Définition 1.33 Soit une suite (finie ou non) d’événements (An )n∈N
Ces événements sont globalement indépendants si pour toute famille finie {Ai }i∈I ex-
traite de la suite An on a
Y
P (∩i∈I Ai ) = P (Ai )
i∈I
13
Exemple 1.34 (Dépendance ou indépendance de 3 événements) On lance deux pièces
de monnaie et on considère les événements
— A =” la première pièce donne face”
— B =” la deuxième pièce donne pile”
— C =” les deux pièces donnent le même résultat”
1◦ ) Les événements A, B, C sont-ils indépendants deux à deux ?
2◦ ) L’événement C est-il indépendant de A ∩ B ?
3◦ ) Les événements A, B et C sont-ils globalement indépendants ?
Solution : 1◦ ) Le lancer d’une pièce peut donner lieu à d̀eux événements Ω = {pile, f ace}.
Donc P (A) = 12 , P (B) = 12 .
Le lancer simultané de deux pièces donne l’un des résultats suivants :
14
Chapitre 2
Lois de probabilités discrètes
2.1 Introduction
Supposons que l’on considère l’épreuve ”lancer deux fois une pièce de monnaie”. L’uni-
vers sera alors Ω = {P P, F P, P F, F F }. Intéressons-nous au nombre de fois où ”Face est
apparu” au cours de ces deux lancers.
Ω PP PF FP FF
R 0 1 1 2
15
Soit G =”un garçon est né dans la famille” et F =” une fille est née dans la famille”.
On a P (F ) = P (G) = 12 , les probabilités à la naissance sont égales. On s’intéresse aux
familles de 3 enfants. On peut donc avoir les événements (incompatibles) suivants :
— 3 garçons : (G, G, G) et P (GGG) = P (G)3 = ( 21 )3 = 1
8
. Le fait d’avoir un
deuxième garçon est indépendant du fait d’avoir eu un premier garçon. Il s’agit
donc d’événements indépendants deux à deux et dans leur ensemble, on généralise
P (A ∩ B) = P (A)P (B). Ici (GGG) = (G ∩ G ∩ G).
— 2 garçons et une fille : (GGF ) ou (GF G) ou F GG. Ces événements sont incom-
patibles. On obtient
1 1 1 3
= P (G)P (G)P (F ) + P (G)P (F )P (G) + P (F )P (G)P (G) = + + =
8 8 8 8
— 1 garçon et 2 filles : (GF F ) ou (F GF ) ou (F F G)
3
P ((GF F ) ∪ (F GF ) ∪ (F F G)) = P (GF F ) + P (F GF ) + P (F F G) =
8
— 3 filles : (F F F ). On a P (F F F ) = 18 .
Supposons que l’on s’intéresse au nombre de garçons dans ces familles de 3 enfants. On
peut représenter la loi de probabilité de la variable aléatoire X par le tableau suivant :
xi 0 1 2 3
1 3 3 1
pi 8 8 8 8
Propriétés
— FX est croissante et
— Si a < b, alors
P (a < X < b) = FX (b) − FX (a)
16
Exemple 2.5 On représente la fonction de répartition de l’exemple précédent par le
tableau suivant :
x −∞ 0 1 2 3 +∞
1 1 4 4 7 7
FX (x) 0 8 8 8 8 8 8
1 1
Solution :
— Pour x = − 21 , on a F (− 12 ) = P (X ≤ − 12 ) = 0.
1
— Pour x = 0, on a F (0) = P (X ≤ 0) = P (X = 0) = 8
Exemple 2.6 1◦ ) Une urne contient une boule noire et une boule blanche. On tire avec
remise deux boules de cette urne, et on note X le nombre de boules blanches obtenues. X
est une variable aléatoire définie sur Ω = {(b, b), (b, n), (n, b), (n, n)}, X(Ω) = {0, 1, 2}.
2◦ ) On lance un dé cubique jusqu’à ce que l’on obtienne un 6. Soit X le nombre
de lancer effectués. X est une variable aléatoire discrète infinie car X(Ω) = N∗ . (La
probabilité de ne jamais obtenir un 6 est nulle, mais cet événement n’est pas impossible.)
P (X = xk ) = f (xk ), k = 1, 2, 3, ...
Définition 2.7 On définit la fonction de probabilité ou densité discrète f (xk ) telle que :
— 1.f (xk ) ≥ 0
P
— 2. xk ∈X(Ω) f (xk ) = 1, où la somme est prise sur les valeurs possibles de X.
17
Remarque 3 — La fonction de répartition d’une v.a.d. X se déduit de la fonction
de probabilité puisque
X
FX (x) = P (X ≤ x) = P (X = Xk )
xk ≤x
— Soit X une v.a qui prend des valeurs entière positives. On peut utiliser les tech-
niques suivantes pour résoudre des exercices de calcul des probabilités :
P (X = k) = P (X ≥ k) − P (X ≥ k + 1) = P (X > k − 1) − P (X > k)
= P (X ≤ k) − P (X ≤ k − 1) = P (X < k + 1) − P (X < k)
k
X +∞
X
P (X ≤ k) = P (X = i), P (X ≥ k) = P (X = i)
i=0 i=k
Définition 2.8 Soit (X, Y ) un vecteur aléatoire réel. On appelle loi conjointe de (X, Y )
la probabilité définie sur R2 par
P(X,Y ) (I × J) = P (X ∈ I et Y ∈ J)
Y
y1 y2 ... ys Totaux
X
x1 p11 p12 p1s p1.
x2 p21 p22 p2s p2.
..
.
xr pr1 pr2 ... prs pr.
Totaux p.1 p.2 p.s 1
18
avec s
X
p1. = p1j = P (X = x1 )
j=1
Il est toujours possible à l’aide de loi conjointe, de retrouver les lois marginales : Si
X(Ω) = {x1 , x2 , ....xp } et Y (Ω) = {y1 , y2 , ....yq }, on a :
q
X
P (X = xi ) = P (X = xi , Y = yj ), (ligne)
j=1
p
X
P (Y = yj ) = P (X = xi , Y = yj ), (colonne)
i=1
Sur le tableau, cela correspond aux sommations par ligne ou par colonne.
Remarque 4 En général, il n’est pas possible de réaliser la démarche inverse, c.à. d.,
étant données les deux lois marginales, retrouver la loi conjointe. Il faut en effet avoir des
informations supplémentaires sur la façon dont les variables aléatoires X et Y dépendants
l’une de l’autre. En particulier, si X et Y sont indépendants, on a :
P (X = xi , Y = yj ) = P (X = xi )P (Y = yj )
P (X = xi , Y = yj ) = P (X = xi )P (Y = yj /X = xi )
Exemple 2.9 Soit une urne contenant 6 boules blanches et 4 boules noires. On effectue
deux tirages successifs sans remise. On définit la v.a.d. X par
19
Solution Il faut calculer
4 3 12
P (X = 0, Y = 0) = P (X = 0)P (Y = 0/X = 0) = × =
10 9 90
4 6 24
P (X = 0, Y = 1) = P (X = 0)P (Y = 1/X = 0) = × =
10 9 90
6 4 24
P (X = 1, Y = 0) = P (X = 1)P (Y = 0/X = 1) = × =
10 9 90
6 5 30
P (X = 1, Y = 1) = × =
10 9 90
En général, on représente ces résultats dans un tableau à double entrée :
Y
0 1 Totaux
X
12 24 26
0 90 90 90
24 30 54
1 90 90 90
36 54
Totaux 90 90
1
2◦ ) Lois marginales de X et de Y :
36 2 54 3
P (X = 0) = = , P (X = 1) = =
90 5 90 5
36 54 3
P (Y = 0) = , P (Y = 1) = =
90 90 5
3◦ ) Puisqu’il n’y a pas de remise dans l’urne de la première boule tirée, les événements
(les deux tirages) sont dépendants. En effet, (technique de vérification)
24 36 54
P (X = 0, Y = 1) ̸= P (X = 0)P (Y = 1), car ̸= ×
90 90 90
20
Exemple 2.11 Dans l’exemple 2.3
1 3 3 1 3
E(X) = 0 × +1× +2× +3× =
8 8 8 8 2
Définition 2.12 On appelle moment d’ordre k de la v.a.d. finie X prenant les valeurs
xi , 1 ≤ i ≤ n , le nombre
n
X
mk (X) = xki pi
i=1
Définition 2.13 On appelle moment centré d’ordre k due v.a.d.f X prenant les valeurs
xi , 1 ≤ i ≤ n , le nombre
n
X
µk (X) = (xi − E(X))k pi
i=1
Propriétés de l’espérance
— Si X et Y deux v.a.d. et (λ, µ) ∈ R2
en particulier
E(X + µ) = E(X) + µ
E(XY ) = E(X)E(Y )
Propriétés de la variance
Si X et Y sont deux v.a.d.f. et (λ, µ) ∈ R2
—
V (λX + µ) = λ2 V (X)
21
— Si X et Y sont deux variables indépendantes
V (X + Y ) = V (X) + V (Y )
1
E(Z) = E(X − X) = 0
σ
1 1
V (Z) = 2
V (X − X) = 2 V (X) = 1
σ σ
On a aussi
cov(X, Y ) = V (X + Y ) − V (X) − V (Y )
De la dernière relation on déduit une condition nécessaire pour que deux v.a. soient
indépendentes :
cov(X, Y ) = 0
cov(X, Y )
ρ=
σ(X)σ(Y )
Remarque 6 On généralise les notions vues précédemment au cas où les v.a.d. infinies.
Toutes les sommes rencontrées précédemment sont remplacées pas des sommes de séries
numériques, dans le cas où ces séries sont convergentes.
22
Exemple 2.19 Un atelier fonctionne avec deux équipes d’ouvriers, une du matin et une
du soir. Chaque jour on enregistre le nombre d’ouvriers absents et on note X le nombre
d’abscence dans l’équipe de jour et par Y le nombre d’absences dans l’équipe du soir. La
loi de probabilité du couple (X, Y ) est donnée dans le tableau suivant :
Y
0 1 2 3
X
0 0.25 0.25 0.05 0
1 0.20 0.10 0.05 0.05
2 0.05 0.02 0.02 0.01
Solution
1◦ ) En utilisant le tableau de la loi conjointe du couple (X, Y ), et en faisant la somme
des lignes (on trouve la loi de X) et la somme des colonnes (on trouve la loi de Y ) :
Y
0 1 2 3 marg X
X
0 0.25 0.25 0.05 0 0; 50
1 0.20 0.10 0.05 0.05 0.40
2 0.05 0.02 0.02 0.01 0.10
marg Y 0.50 0.32 0.12 0.06 1
23
E(X 2 ) = 02 × 0.50 + 12 × 0.40 + 22 × 0.10 = 0.8, E(Y 2 ) = 1.34
P (Y = yj ; X = 1) P (Y = yj ; X = 2)
P (Y = yj /X ≥ 1) = +
0.50 0.50
donc
Y = yj 0 1 2 3
P (Y = yj /X ≥ 1) 0.50 0.24 0.14 0.12
5◦ ) Perte journalière moyenne due aux absences
Exemple 2.20 Une urne contient 3 boules blanches et 4 boules rouges. On tire succes-
sivement 2 boules de cette urne, dans un premier avec remise, dans le second cas, sans
remise.
Soit X la v.a. prenant la valeur 1 si la première boule tirée est blanche, 0 sinon.
Soit Y la v.a. prenant la valeur 1 si la deuxième boule tirée est blanche, 0 sinon.
1◦ ) Donner, sous forme de tableau, la loi du couple (X, Y )
2◦ ) Calculer les lois marginales.
3◦ ) Conclure.
Solution
1◦ ) Les lois du couple (X, Y ) sont données par (Avec remise à gauche et sans remise
à droite)
Y Y
0 1 marg X 0 1 marg X
X X
16 12 28 4 2 2 4
0 49 49 49
= 7
0 7 7 7
12 9 21 3 2 1 3
1 49 49 49
= 7
1 7 7 7
4 3 4 3
marg Y 7 7
1 marg Y 7 7
1
24
Dans le cas avec remise, on a
4 3
P (X = 0) = ; P (X = 1) =
7 7
4 3
P (Y = 0) = ; P (Y = 1) =
7 7
les événements sont indépendennts.
Dans le cas sans remise, on constate que les lois marginales sont les mêmes dans
les deux cas, alors que les lois conjointes sont différentes. On conclut que la donnée des
lois marginales est insuffisante pour reconstituer la loi conjointe. Les événements sont
dépendants.
On note X ,→ B(p)
Exemple 2.23 Une urne contient 2 boules rouges et 3 boules vertes. On tire une boule
de l’urne. On considère la v.a. X =”nombre de boules rouges tirées”.
X est une v.a. de Bernoulli
2 3
X(Ω) = {0, 1} et P (X = 1) = 5
= p; P (X = 0) = 5
=q
25
2.5.3 Loi binômiale
La loi binômiale est la loi de probabilité d’une série d’épreuves répétées possédant les
propriétés suivantes :
— Chaque épreuve donne lieu à deux éventualités exclusives de probabilités constantes
p et q = 1 − p
— Les épreuves répétées sont indépendantes les unes des autres.
— La v.a. a pour valeur le nombre de succès dans une suite de n épreuves.
Exemple 2.24 La loi binomiale B(n, p) est suivi par la v.a. X dans les exemples sui-
vants :
— 1) X est égale au nombre de ”piles” obtenus au cours de n lancers indépendants
d’une pièce équilibrée, ici p = 21 .
— 2) X est égale au nombre de boules rouges extraites au cours de n tirages successifs
indépendants, avec remise, d’une boule dans une urne contenant des boules rouges
et blanches dans les proportions p et q = 1 − p.
X suit une loi binomiale notée B(n, p)
— X(Ω) = {0, 1, 2, ..., n}
— ∀k ∈ X(Ω), P (X = k) = Cnk pk q n−k
— E(X) = np
— V (X) = npq
Exemple 2.25 On lance un dé à 6 faces non pipé. On s’intéresse au fait suivant : ”ob-
tenir 6”. On considère ce fait comme succèes, avec la probabilité 61 , l’échec étant ”obtenir
1
”1, 2, 3, 4, 5”, donc q = 1 − 6
= 56 .
On lance 10 fois ce dé. Soit X la v.a. correspondant au nombre de succès.
1◦ ) Calculer P (X = 5)
2◦ ) Calculer la probabilité d’obtenir au moins une fois le 6, au cours des 10 lancers.
Solution
L’expérience aléatoire permet de dire que X ,→ B(10, 16 )
1◦ ) P (X = 5) = C10
5 1 5 5 5
(6) (6)
26
2◦ )P (X = 0) = C10
0 1 0 5 10
( 6 ) ( 6 ) = ( 65 )10 .
L’événement {X = 0} est le contraire de {X ≥ 1}. On a donc
5
P (X ≥ 1) = 1 − ( )10 ≃ 0.84
6
Remarque 8 — Cette loi porte le nom de binômiale car elle fait intervenir les Cnk
coefficients du développement du binôme (a + b)n
— Les valeurs P (X = k) sont tabulées, pour certaines valeurs de n, (k ≤ n).
λk
P (X = k) = e−λ , k∈N
k!
Conséquences
P+∞ P+∞ −λ λk
— k=0 P (X = k) = 1 donc k=0 e k!
=1
√
— E(X) = λ, σ(X) = λ
Pp
— La fonction de répartition est F (p) = P (X ≤ p) = k=0 P (X = k)
Le domaine d’application de la loi de Poisson a été longtemps limité à celui des événements
rares comme les suicides d’enfants, les arrivées de bateaux dans un port ou les accidents
dus aux coups de pied de cheval dans les armés. C’est la loi des petites probabilités et
sans mémoire, dans un intervalle de temps donné. Depuis quelques décennies, son champ
d’application s’est considérablement élargie. Actuellement, on l’utilise beaucoup dans les
télécommunications (pour compter le nombre de communications dans un intervalle de
temps donné, le contrôle de qualité statistique, la biologie, la météorologie, la finance pour
modéliser la probabilité de défaut d’un crédit
Autres exemples
— le nombre de chèque émis sans provision
— le nombre de fautes d’impression dans les pages d’un livre
— le nombre de personnes atteintes d’une maladie
— le nombre d’accidents sur une portion de route
— le nombre d’accidents annuels provoqués par un automobiliste assuré
— le nombre de déchets dans une fabrication
27
— le nombre d’atomes désintégrés par unité de temps.
P (X > 2) = 1 − P (X ≤ 2) = 1 − [P (X = 0) + P (X = 1) + P (X = 2)]
Exemple 2.28 Pour une femme ayant eu entre 50 et 52 ans en l’an 2000, le nombre
d’enfants, noté X, suit une loi de poisson de paramètre inconnu λ. Un échantillon de 1000
de ces femmes donne 135 sans enfants.
1◦ ) Donner une estimation de λ
2◦ ) Estimer la proportion de ces femmes ayant plus de 3 enfants.
3◦ ) Conclure
Exemple 2.29 On suppose qu’une urne contient 1 boule blanche et 99 boules noires. On
effectue n tirages successifs d’une boule avec remise. Déterminer n pour que la probabilité
de tirer au moins une fois la boule blanche soit supérieure ou égale à 0.95
Solution Soit X la v.a. ” nombre de fois où on tire la boule blanche au cours de n tirages”,
donc X ,→ B(n, p = 0.01)
P (X ≥ 1) = 1 − P (X = 0) = 1 − (0.99)n
Si on veut que P (X ≥ 1) ≥ 0.95, il faut que (0.99)n ≤ 0.05, ce qui veut dire que
ln(0.05)
n ≥ 0.99
, c.à.d. n ≥ 298.1, or n est entier, alors n ≥ 299. Il faut donc effectuer 299
tirages au moins pour être sûr à 95% d’avoir au moins une boule blanche.
29
Remarque 11 (Utilisation d’approximation par la loi de Poisson) On a n est grand et
n 1
p faible, on approche pour cela X par la loi de Poisson de paramètre np = 1+99
= 100
n
P (X ≥ 1) = 1 − P (X = 0) = 1 − e 100
n
Pour avoir P (X ≥ 1) ≥ 0.95, il faut que e− 100 ≤ 0.05, c.à.d. n ≥ −100 ln(0.05) ≃ 299.6.
Par conséquence n ≥ 300.
30
Chapitre 3
Lois de probabilités de variables aléatoires
continues
3.1 Définitions
Définition 3.1 Soit f une fonction réelle. On dit que f est une densité de probabilité ssi
— f est continue sur R privé éventuellement d’un nombre fini de points.
— ∀x ∈ R, f (x) ≥ 0
R +∞
— −∞ f (x) = 1
31
R +∞
3◦ ) −∞
f (x)dx = 1
Définition 3.3 On dit que X est une v.a. continue s’il existe une fonction densité de
probabilité f telle que la fonction de répartition de X soit définie pour tout x réel par
Z x
P (X ≤ x) = F (x) = f (t)dt.
−∞
Solution 1◦ ) Pour que F soit une fonction de répartition, il faut vérifier les 3 conditions
suivantes :
— 1) F est croissante au sens large
— 2) Valeurs de F aux limites
F (+∞) = lim
x→+∞ F (x) = 1,
F (−∞) = limx→−∞ ex = 0
2
3.2 Propriétés
— 1)
P (a < X ≤ b) = F (b) − F (a)
Z b Z a Z b
= f (x)dx − f (x)dx = f (t)dt
−∞ −∞ a
32
— 2) Supposons b fixé et faisons tendre a vers b dans l’expression précédente, on
obtient Z b
lim P (a < X ≤ b) = P (X = b) = f (t)dt = 0
a−→b b
donc
∀b ∈ R, P (X = b) = 0
π
Z +∞ Z
2 π
E(X) = xf (x)dx = x cos(x)dx = − 1.
−∞ 0 2
33
Proposition 3.8 — 1) La fonction de répartition F est donnée par
0 si x < a,
F (x) = x−a
b−a
si a ≤ x ≤ b
1 si x > b
— 2) E(X) = λ1 , V (X) = 1
λ2
, σ(X) = λ1 .
34
3.4.4 Loi normale centrée réduite
X−m
Définition 3.13 Soit X une v.a. continue qui suit une loi normale, alors la v.a. T = σ
X −m X −m
E(T ) = E( ) = 0, V (T ) = V ( )=1
σ σ
t2
La fonction de densité de probabilité est donnée par φ(x) = √1 e− 2 . Elle admet l’axe
2π
des ordonnées comme axe de symétrie et les points d’inflexion ont pour abscisses −1 et 1.
Propriétés
Rt x 2
— La fonction de répartition est donnée par F (t) = P (T ≤ t) = √1 e− 2 dx. Elle
−∞ 2π
n’est tabulée que pour des valeurs de t ≥ 0 en raison de la symétrie.
On a F (−∞) = 0, F (+∞) = 1, F (0) = 0.5, F (−t) = 1 − F (t)
Soient X1 ,→ N (m1 , σ12 ) et X2 ,→ N (m2 , σ22 ) deux v.a. normales. Alors, si X1
et X2 sont indépendantes
— 1) La v.a. X1 + X2 est une v.a. normale ,→ N (m1 + m2 , σ12 + σ22 )
— 2) La v.a. X1 − X2 est une v.a. normale ,→ N (m1 − m2 , σ12 + σ22 )
1 (150)2 1
P (X = 100) ≃ √ √ e− 2×125 = √ √ e−90
125 2π 125 2π
P (X = 100) = ϵ, nombre très proche de 0.
35
Une autre méthode est celle d’encadrer la valeur proposée et de se ramener au calcul
d’une fonction de répartition. On a 100 ∈ [99.5, 100.5]
P (X = 100) ≃ P (99.5 ≤ X ≤ 100.5) que l’on calcul par changement de variables et
l’utilisation de la loi N (0, 1).
Exemple 3.14 On s’intéresse au poids moyen d’un nouveau né. On suppose que ce poids
suit une loi normale de moyenne 3.1 kg et d’écart-type 0.5 kg.
1◦ ) Quelle est la probabilité qu’un nouveau né pèse plus de 4 kg ?
2◦ ) Quelle est la probabilité qu’il pèse moins de 3 kg ?
3◦ ) Quelle est la probabilité que son poids soit compris entre 2.9 kg et 3.5 kg ?
Solution
Le poids suit la loi normale N (m, σ 2 ) avec m = 3.1 et σ = 0.5
1◦ ) P (X > 4) = 1 − P (X ≤ 4). On effectue le changement de variable T = X−m
σ
, alors
4−3.1
T ,→ N (0, 1). Si X = 4, alors T = σ
= 1.8.
On a 1 − P (T ≤ 1.8) = 1 − 0.09641 = 0.0359, donc P (X > 4) = 0.036
36
2◦ ) P (X ≤ 3) = P (T ≤ −0.2) = 1 − P (T < 0.2) = 1 − 0.05793 = 0.4207
3◦ ) On a
P (2.9 ≤ X ≤ 3.5) = P (X ≤ 3.5) − P (X < 2.9)
3.5 − 3.1 2.9 − 3.1
= P (T ≤ ) − P (T ≤ )
0.5 0.5
= P (T ≤ 0.8) − P (T ≤ −0.4)
= P (T ≤ 0.8) − (1 − P (T ≤ −0.4))
= P (T ≤ 0.8) + P (T ≤ 0.4) − 1
Solution 1◦ ) Il s’agit d’une loi binômiale B(200, 120) ∼ N (np, npq), avec m = 100, σ 2 =
√
50 c.à.d. σ = 5 2.
−20 20
P (80 ≤ X ≤ 120) = P ( √ ≤ T ≤ √ )
5 2 5 2
avec T ,→ N (0, 1)
√ √ √ √
= P (−2 2 ≤ T ≤ 2 2) = P (T ≤ 2 2) − P (T ≤ −2 2)
√ √
= P (T ≤ 2 2) − (1 − P (T ≤ 2 2))
√
= P (T ≤ 2 2) − 1 = 2 × 0.9976 − 1 ≃ 0.9952
37