INTRODUCTION
« La propriété intellectuelle s’insère dans un vaste ensemble dont le socle
repose sur le droit de propriété tel que régi par les dispositions du code
napoléonien. C’est ainsi qu’au même titre que le propriétaire d’un bien matériel
au sens du droit civil, le titulaire d’un droit de propriété intellectuelle jouit de
tous les attributs essentiels du droit de propriété à savoir, l’usus, le fructus et
l’abusus. Toutefois, à la différence de la propriété au sens civiliste du terme qui
est centrée sur l’appropriation des biens matériels, la propriété intellectuelle
porte sur une nouvelle catégorie de biens fondée sur l’appropriation du savoir
dans tous les domaines de l’activité humaine notamment l’industrie,
l’agriculture, l’artisanat, la science, etc. » 1C’est en cela que La propriété
intellectuelle cristallise de plus en plus l’attention du législateur en ce que les
créations qui constituent son assiette occupent une part de plus en plus
conséquente dans la croissance économique des Etats en particuliers ceux
d’Afrique dont fait partie la Côte d’Ivoire .
Concomitant aux prémices des sciences de l'informatique, ce poème de Wystan
Hugh AUDEN reflète néanmoins une problématique de plus en plus
contemporaine : la dépersonnalisation de l'individu. Une telle négation de la
subjectivité de la personne humaine par une objectivisation des informations qui
lui sont relatives est facilitée par l'emploi de l'outil informatique 2.
A l'instar du miroir qui ne fait que réfléchir la personne telle qu'elle est, la
corrélation entre l'informatique et la description de la personne humaine produite
par un traitement de données est objective. Cette objectivité n'en est pas moins
indiscrète3. Cette indiscrétion se fait au travers du traitement des informations
nominatives , redéfinies en données à caractère personnel4.
1
[Link],13/05/2019
2
Jonathan Keller, La notion d’auteur dans le monde des logiciels, thèse de doctorat en Droit privé, Université de
Nanterre - Paris X, 2017, p.8.
3
P. SAMUELSON, Privacy as Intellectual property, 52 Standford Law Review, 1999, pp. 1126-1173, spéc. p. 1143
cité par Jonathan Keller, op cit, p.8.
4
Ibid.
C'est au nom de cette protection des personnes concernées que la première loi
relative à l'informatique émergea. Or cette loi était précurseuse à l'aube de l'âge
de l'information5. Cette anticipation se manifeste dans la neutralité
technologique de son dispositif, c'est-à-dire dans le ratione materiae de la loi. En
effet, l'article second de la première version de cette loi vise expressément les «
traitements informatisés d'informations »6. On constate une evolution jusqu’à
l’avènement de logiciels. Le monde des logiciels peut, tout d'abord, être entendu
d'un point de vue purement géographique. Par cela, le programme informatique
sera perçu comme un produit au sens commercial du terme, c'est-à-dire faisant
l'objet de transactions financières entre différents acteurs du marché et soumis
aux législations financières et commerciales7.
C’est dans ce contexte de valorisation du savoir et de développement
technologique que se pose la question de la protection des logiciels en droit
ivoirien, découlant du cadre général d’évolution de l’informatique. Ces créations
immatérielles qui allient innovation et utilité économique et qui nécessitent un
encadrement juridique spécifique8. Cependant, en tant que produit immatériel, le
logiciel fait l'objet d'une compétition entre concurrents nécessitant sa protection
par le droit d’auteur. Cela nous a donc conduit à mener l’étude sur le sujet
suivant : LA PROTECTION DU LOGICIEL EN DROIT IVOIRIEN.
Le XXIe siècle et sa course effrénée à la modernisation a favorisé le
développement de plusieurs technologies dans le domaine informatique et avec
lui des infractions d’un nouveau genre dont la contrefaçon de logiciel (à
compléter avec le doc cyber droit) et cette évolution quelque peu subite a donné
naissance à une controverse doctrinale quant à la protection dont doit bénéficier
le programme d’ordinateur. Car si pour certains auteurs sa protection doit
relever du brevet, d’autres par contre la considère comme une œuvre littéraire et
donc protégeable par le droit d’auteur.
5
Ibid.
6
Jonathan Keller, op cit, p.8.
7
Ibid, p.10.
8
Ibid.
C’est pour ce dernier régime de protection que le législateur ivoirien a opté à la
lumière des conventions internationales relatives à la propriété intellectuelle
auxquelles elle est partie. Cette position est d’ailleurs étayée par
l’ORGANISATION MONDIALE DE LA PROPRIETE INTELLECTUELLE
selon laquelle les « brevets peuvent être délivrés pour des inventions dans tous
les domaines de la technique, allant de l’ustensile de cuisine courant au
microprocesseur issu de la nanotechnologie. Une invention peut être un produit,
tel qu’un composé chimique, ou un procédé permettant d’obtenir un composé
chimique spécifique. De nombreux produits contiennent en fait plusieurs
inventions. À titre d’exemple, un ordinateur portable peut comporter des
centaines d’inventions fonctionnant de concert. »9 Alors que Le droit d’auteur
est un terme juridique désignant les droits dont jouissent les créateurs sur leurs
œuvres littéraires et artistiques. Les œuvres protégées par le droit d’auteur vont
des livres, œuvres musicales, peintures, sculptures et films aux programmes
d’ordinateur, bases de données, créations publicitaires, cartes géographiques et
dessins techniques10. Le logiciel, de par son évolution pose donc l question de sa
véritable protection par le droit d’auteur.
On constate une insuffisante définition du logiciel par le législateur ivoirien.
Historiquement, le mot logiciel émergeait en 1969 en tant que traduction de
l'anglais software11. La traduction française provient étymologiquement du
nom commun logique. « Cette idée de logique pure se manifeste dans la forme
initiale du logiciel alors défini comme n'étant que des séries d'instructions pour
faire fonctionner une machine calculatrice »12.
En langage informatique, le logiciel peut se saisir comme un ensemble de
programmes, d'instructions et de données conçus pour effectuer des tâches
9
[Link],13/05/2019
10
Op cit
11
Ariel Maixent KOUADIANE, La protection des logiciels en droit ivoirien,
[Link] consulté le
03 Décembre 2025 à 23H44.
12
Ariel Maixent KOUADIANE, op cit.
spécifiques sur un ordinateur ou un système informatique 13. Il forme l'âme de
l'ordinateur, sans lui, celui-ci ne serait qu'une masse de ferrailles.
Il est formé partir de programmes fonctionnant sur la base de consignes données
et se distingue donc du programme d'ordinateur. En fait, contrairement au
logiciel qui s'identifie par son aspect fonctionnel, le programme d'ordinateur
n'est qu'une suite ordonnée d'instructions écrites dans un langage de
programmation spécifique14.
De ce fait, le logiciel est une notion plus large et inclusive que le programme
d'ordinateur. Cela dit, le droit ne s'est guère embarrassé de cette subtilité
technique. C'est ainsi que les textes font généralement référence au programme
d'ordinateur, pour parler du logiciel15.
À cet égard, il y a lieu de souligner que le droit ivoirien emploie indifféremment
les termes logiciel et programme d'ordinateur16, qu'il définit comme l'ensemble
d'instructions exprimées par des mots, des codes, des schémas ou par toute autre
forme pouvant, une fois incorporés dans un support déchiffrable par une
machine, faire accomplir ou faire obtenir une tâche ou un résultat particulier par
un ordinateur ou par un procédé électronique capable de faire du traitement de
l'information.
Quant à la doctrine, elle considère que le terme «logiciel » diverge
singulièrement du concept de « programme informatique » généralement
privilégié par les instruments supra-étatiques17 . Cette différence de terminologie
entraîne en droit français l'incorporation de la documentation et des actes
préparatoires dans le cadre de la protection dont jouit le logiciel 18.
13
Ibid.
14
Ibid.
15
Ibid.
16
Article 1 de la de la loi n°2016-555 relative au droit d'auteur et aux droits voisins publié au journal officiel du
jeudi 20 octobre 2016 cité par Ariel Maixent KOUADIANE, op cit.
17
Jonathan Keller, op cit, p.18.
18
Ibid.
En outre, comme l'ont proposé M. le professeur PELLEGRINI et M. le maître de
conférences CANEVET dans leur ouvrage, la définition de ce qu'est un logiciel
sera étudié pour mieux l’isoler des œuvres artistiques traditionnelles 19.
L'étude de la notion juridique du logiciel offre la détermination de l'étendue de
la protection accordée par le droit d'auteur., Ainsi la définition française du
logiciel, « ensemble de programmes procédés et règles, et éventuellement de la
documentation, relatifs au fonctionnement d'un ensemble de traitement de
données », ne mentionne guère les différents composants qui font partie
intégrante dudit logiciel20.
Concernant la protection, du latin protectio, elle désigne toute forme de
précaution qui consiste à prémunir une personne ou un bien contre un risque, à
garantir sa sécurité, son intégrité par des moyens tant juridiques que matériels 21.
Sur le plan juridique, la protection est soit privative, soit non privative 22. Est
privative la protection reposant sur la propriété de la chose concernée. En fait,
les avantages de la chose sont réservés à une seule personne qui jouit d'un
monopole sur celle-ci; elle exerce un véritable droit privatif sur la chose et est
défendue contre les entreprises de quiconque 23. Quant à la protection non
privative, c'est celle qui fait intervenir le jeu de la responsabilité soit pénale soit
civile24.
L’étude de ce sujet présente un double intérêt théorique et pratique. Sur le plan
théorique, il s’agira de mettre en évidence l’étendue de la protection du logiciel
en droit ivoirien, ainsi que les spécificités de cette protection. Il s’agira donc
d’analyser la difficile articulation entre droit d’auteur et protection du logiciel
19
Voir F. PELLEGRINI et S. CANEVET, DROIT DES LOGICIELS, PUF, 2013 pp. 612, spéc. pp. 97-116 cité par Ariel
Maixent KOUADIANE, op cit.
20
Ibid.
21
G. CORNU, Vocabulaire juridique, PUF, 12? Ed, p.824 cité par Jonathan Keller, op cit, p.19.
22
I. M. KOUM DISSAKE, La protection des logiciels par le droit des marques dans l'espace OAPI, Éditions
universitaires européennes, 2012, p.4 cité par Ariel Maixent KOUADIANE, op cit.
23
C. ATIAS, Droit civil les biens, LexisNexis Litec, Paris, 11ème édition, 2011, p.112 cité par Ariel Maixent
KOUADIANE, op cit.
24
M. VIVANT, J.-M. BRUGUIERE, Droit d'auteur, Dalloz, 2009, p.5 cité par Ariel Maixent KOUADIANE, op cit.
dans un monde de plus en plus concurrentiel notamment eu égard du cadre
national et international de la protection de la propriété intellectuelle.
Sur le plan pratique, il s’agira de s’intéresser à l’efficacité de cette protection en
matière de sécurisation et de protection réelle du droit d’auteur dans le logiciel,
ainsi que la réalité des moyens mis en place par le législateur ivoirien dans la
sanction des atteintes au droit d’auteur dans le contexte particulier du logiciel.
Le problème ressortant de l’analyse de ce sujet pourrait se formuler comme
suit : Quels sont les moyens mis en place dans la protection du logiciel en droit
ivoirien ?
Par l’approche de différentes méthodes de recherche notamment analytique et
critique essentiellement basée sur la recherche documentaire, nous avons essayé
de répondre à la problématique soulevée.
Ainsi, notre réflexion scindée en deux parties consistera à montrer d’une part La
réservation du logiciel en COTE D’IVOIRE (Première partie), et d’autres parts, la répression
de la contrefaçon de logiciel en COTE D’IVOIRE (Deuxième partie).