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Cours de Mathématiques : Nombres Complexes

cours maths L1 physique chimie

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Licence 1, Physique-Chimie

Cours de mathématiques
Jean-Philippe Nicolas
LMBA,
Université de Brest, 6 avenue Victor Le Gorgeu,
29200 Brest.
Bureau H109
email : [Link]@[Link]
https: // jnicolas. pages. math. cnrs. fr/
2
Table des matières

1 Nombres complexes 5
1.1 Les ensembles de nombres usuels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2 Les nombres complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.1 Représentation cartésienne ou algébrique . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.2 Représentation polaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.3 Racines n-ièmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.4 Equations du second degré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.4.1 Cas réel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.4.2 Cas complexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.4.3 Une propriété importante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.5 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15

2 Vecteurs 17
2.1 Cadre général . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.2 Produits de vecteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.2.1 Produit scalaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.2.2 Produit vectoriel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.2.3 Produit mixte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2.3 Coordonnées angulaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2.4 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

3 Fonctions 29
3.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
3.2 Limites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.2.1 Quotient de polynômes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.2.2 Opérations sur les limites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.3 Continuité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
3.4 Dérivation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
3.5 Quelques fonctions usuelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
3.5.1 Polynômes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
3.5.2 Exponentielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
3.5.3 Logarithme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
3.5.4 Les puissances réelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36

3
4 TABLE DES MATIÈRES

3.5.5 Les fonctions sinus et cosinus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37


3.5.6 Les fonctions tangente et cotangente . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
3.5.7 Les fonctions arc-sinus, arc-cosinus, arc-tangente et arc-cotangente: 39
3.6 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41

4 Equations différentielles 43
4.1 Equations et solutions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
4.2 Equations du premier ordre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
4.2.1 Résolution de l’équation homogène . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
4.2.2 Résolution de l’équation complète . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
4.2.3 Résolution du problème de Cauchy . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
4.2.4 Principe de superposition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
4.3 Equations du second ordre à coefficients constants . . . . . . . . . . . . . . 48
4.3.1 Résolution de l’équation homogène . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
4.3.2 Résolution de l’équation avec second membre . . . . . . . . . . . . 50
4.4 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52

5 Intégration 55
5.1 Définitions et premières propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
5.2 Primitive et intégrale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
5.3 Intégrations par parties et changement de variable . . . . . . . . . . . . . . 56
5.4 Quelques intégrales de fractions rationnelles . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
5.5 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
Chapitre 1

Nombres complexes

1.1 Les ensembles de nombres usuels


Jusqu’à présent, vous avez manipulé quatre grands ensembles de nombres :

• les nombres entiers naturels

N = {0, 1, 2, 3, 4, ...} ;

• les nombres entiers relatifs

Z = {... − 3, −2, −1, 0, 1, 2, 3, 4, ...} ;

• les nombres rationnels


a
Q = {x = ; a, b ∈ Z , b ̸= 0} ;
b
(souvent on préfère choisir a et b de façon à ce qu’ils n’aient pas de diviseur commun,
mais x = −6/9 est un nombre rationnel même si on peut l’écrire plus simplement)

• R la droite réelle. On a l’habitude de manipuler les nombres réels, mais ce ne


sont pas des objets si simples ni évidents, la construction de R n’est d’ailleurs pas
totalement évidente.

On a les inclusions suivantes


N ⊂ Z ⊂ Q ⊂ R.
Ces ensembles sont tous infinis mais N, Z et Q sont dénombrables, c’est-à-dire qu’on
peut étiqueter tous leurs éléments avec un nombre entier naturel différent. Pour N c’est
évident, on pourra voir au tableau comment le faire pour Z et Q. Ainsi, en un certain
sens, N, Z et Q contiennent autant d’éléments, on peut en fait construire des bijections
entre ces ensembles. En revanche R n’est pas dénombrable, il contient strictement (et
largement) plus d’éléments que les trois autres ensembles.

5
6 Nombres complexes

1.2 Les nombres complexes


Les nombres complexes ont été découverts au XVIe siècle en Italie par Cardano et ses
élèves. Tout le monde était bien conscient que certaines équations algébriques comme

x2 = −1

n’ont
√ pas de solution. Cardano décide de considérer une solution à cette équation notée
−1. Evidemment il ne s’agit pas d’un nombre réel, car aucun nombre réel n’a un carré
égal à −1. Mais il décide de le manipuler comme si c’était un nombre usuel et de calculer
avec. Il a ainsi
√ accès à tout un ensemble de nombres dits imaginaires et qui sont de la
forme a + b −1 où a et b sont des nombres réels. Cela donne des méthodes efficaces pour
résoudre des équations algébriques de degrés 2, 3 et 4. Même si les solutions sont des
nombres réels, le fait d’utiliser ces nombres imaginaires permet de résoudre les équations
alors qu’en se limitant aux nombres réels, on n’a pas de méthodes systématiques.
Les nombres complexes ne seront correctement formalisés que beaucoup plus tard, par
Hamilton en 1835. Il définit un nombre complexe comme un couple z = (x, y) de nombres
réels. Pour deux nombres complexes z = (x, y) et z ′ = (x′ , y ′ ), on définit leur somme et
leur produit de la façon suivante :

z + z ′ = (x + x′ , y + y ′ ) , zz ′ = (xx′ − yy ′ , xy ′ + x′ y) .

Cela revient exactement à considérer que l’ensemble C des nombres complexes est muni
d’une base canonique (un repère) notée :

1 = (1, 0) , i = (0, 1)

vérifiant 1.i = i.1 = i, 12 = 1, i2 = −1. C’est à dire que

z = (x, y) = x + iy , z ′ = (x′ , y ′ ) = x′ + iy ′ , z + z ′ = x + x′ + i(y + y ′ ) ,


zz ′ = (x + iy)(x′ + iy ′ ) = xx′ + ixy ′ + ix′ y + i2 yy ′ = xx′ − yy ′ + i(xy ′ + x′ y) .

1.2.1 Représentation cartésienne ou algébrique


La définition de l’ensemble C des nombres complexes nous donne la première représenta-
tion de ces nombres, appelée représentation cartésienne, selon laquelle on écrit un nombre
complexe sous la forme
z = x + iy .
L’ensemble C est donc décrit comme

C = {z = x + iy , x, y ∈ R} .

Un nombre complexe z = (x, 0) = x + i0 est simplement noté x et s’identifie ainsi au


nombre réel x. Les nombres complexes z = x + iy avec x = 0 et y ̸= 0 sont qualifiés
d’imaginaires purs.
Les nombres complexes 7

Remarque 1.1. A noter que comme i2 = −1, il suit que i(−i) = 1 et donc −i = 1i .

Définition 1.1. Pour un nombre complexe z = x + iy, x s’appelle sa partie réelle et y sa


partie imaginaire, on note
x = Re z , y = Im z .
On appelle module d’un nombre complexe z = x + iy le nombre réel positif
p
|z| = x2 + y 2 ,

c’est la distance entre le point (x, y) ∈ R2 et l’origine (0, 0). Le complexe conjugué de z
est le nombre complexe
z̄ = x − iy .
On remarque que
z z̄ = |z|2 .

Une conséquence importante de la définition de C est que si z et w sont deux nombres


complexes, alors on a

z = w si et seulement si (Re z = Re w et Im z = Im w).

En particulier, un nombre complexe z est nul si et seulement si Re z = 0 et Im z = 0.


Lorsqu’on considère l’inverse d’un nombre complexe non nul écrit sous forme al-
gébrique, on peut aussi l’écrire sous forme algébrique par un calcul simple. Soit donc
z = x + iy avec x ou y non nul,
1 x − iy x − iy
= = 2 .
x + iy (x + iy)(x − iy) x + y2

Sans utiliser explicitement la représentation algébrique, ceci s’écrit, pour z ̸= 0


1 z̄ z̄
= = 2. (1.1)
z z z̄ |z|

On a les propriétés à peu près évidentes suivantes :

Proposition 1.1. Soit deux nombres complexes z et w. On a :

1. z̄¯ = z,

2. z + z̄ = 2Re z, z − z̄ = 2iIm z,

3. |z̄| = |z|,

4. |Re z| ≤ |z|, |Im z| ≤ |z|,

5. z + w = z̄ + w̄, zw = z̄ w̄, |zw| = |z||w|,


8 Nombres complexes

6. si z ̸= 0,
 
1 1 1 1  w  w̄ w |w|
= , = , = , = .
z z̄ z |z| z z̄ z |z|
Une autre propriété fondamentale est l’inégalité triangulaire, qui existe sous deux
formes équivalentes.

Théorème 1.1 (Inégalité triangulaire). On a les deux propriétés suivantes :

Pour tout z, w ∈ C , |z + w| ≤ |z| + |w| , (1.2)


Pour tout z, w ∈ C , ||z| − |w|| ≤ |z − w| . (1.3)

De plus, elles sont équivalentes, c’est-à-dire qu’on peut déduire l’une de l’autre et inverse-
ment.

Preuve. Commençons par montrer la première forme, on montrera ensuite l’équivalence


des deux. Soit z = x + iy ∈ C et w = a + ib ∈ C. Le module de z est la norme du vecteur
(x, y) et celui de w est celle du vecteur (a, b). Il s’agit donc de l’inégalité triangulaire
classique pour les triangles dans le plan, disant que la longueur d’un côté d’un triangle
est inférieure à la somme des longueurs des deux autres côtés. On peut aussi en faire une
preuve directe en utilisant les propriétés précédentes :

|z + w|2 = (z + w)(z + w)
= z z̄ + z w̄ + wz̄ + ww̄
= |z|2 + 2Re (z w̄) + |w|2
≤ |z|2 + 2|Re (z w̄)| + |w|2

et comme
|Re (z w̄)| ≤ |z w̄| = |z||w| ,
il suit
|z + w|2 ≤ |z|2 + 2|z||w| + |w|2 = (|z| + |w|)2 .
On en déduit donc que
|z + w| ≤ |z| + |w| .
Montrons maintenant l’équivalence des deux formes (1.2) et (1.3). On commence par
montrer la seconde en utilisant la première :

|z| = |(z − w) + w| ≤ |z − w| + |w|

et donc
|z| − |w| ≤ |z − w| .
En échangeant les rôles de z et w on obtient aussi

−(|z| − |w|) = |w| − |z| ≤ |w − z| = |z − w| .


Les nombres complexes 9

On a donc la deuxième forme (1.3). Reste à établir (1.2) en utilisant (1.3) :


|z + w| − |w| ≤ ||z + w| − |w|| ≤ |z + w − w| = |z| ,
donc
|z + w| ≤ |z| + |w| .
Le théorème est donc démontré.

1.2.2 Représentation polaire


Soit z = x + iy ∈ C, on peut utiliser la représentation polaire du couple (x, y) ∈ R2
x = r cos θ , y = r sin θ ,
où p
r= x2 + y 2 = |z|
et θ est l’angle orienté Ox,
\ Oz (on verra cet angle sur un dessin en cours).
Définition 1.2. La forme polaire de z est l’expression suivante
z = |z| cos θ + i|z| sin θ . (1.4)
L’angle θ est appelé l’argument de z et noté Arg(z). Il est unique si on décide qu’il
appartient à [0, 2π[ (ou encore à ] − π, π]), sinon il est défini modulo 2π. On peut aussi
écrire (1.4) de la façon suivante :
Re z = |z| cos θ , Im z = |z| sin θ .
On introduit une notation synthétique
eiθ := cos θ + i sin θ . (1.5)
La forme polaire de z peut alors s’écrire sous la forme plus courte
z = |z|eiθ . (1.6)
La question qui se pose naturellement est : “Comment passer d’une forme à l’autre?”
La forme polaire, d’après sa définition, permet de retrouver naturellement la forme cartési-
enne. Prenons quelques exemples. Tout d’abord, nous avons les quelques valeurs de θ
pour lesquelles on connait explicitement les valeurs de leur cosinus et de leur sinus :
ei0 = cos 0 + i sin 0 = 1 ,
eiπ = cos π + i sin π = −1 ,
eiπ/2 = cos(π/2) + i sin(π/2) = i ,
1 1
eiπ/4 = cos(π/4) + i sin(π/4) = √ + i √ ,
2 2

1 3
eiπ/3 = cos(π/3) + i sin(π/3) = + i ,
2√ 2
3 1
eiπ/6 = cos(π/6) + i sin(π/6) = +i .
2 2
10 Nombres complexes

On peut aussi déduire d’autres valeurs des relations usuelles suivantes :


cos(−θ) = cos θ , sin(−θ) = − sin θ ,
π  π 
cos − θ = sin θ , sin − θ = cos θ ,
 π2  2π 
cos + θ = − sin θ , sin + θ = cos θ ,
2 2
cos(π − θ) = − cos θ , sin(π − θ) = sin θ ,
cos(π + θ) = − cos θ , sin(π + θ) = − sin θ .
Quelques autre exemples :
5eiπ = 5 cos π + 5i sinπ = −5 ,
1 1
ei5π/4 = cos(5π/4) + i sin(5π/4) = − √ − i √ ,
2 2
√ !
1 3 √
2eiπ/3 = 2 cos(π/3) + 2i sin(π/3) = 2 +i = 1 + i 3.
2 2
Pour passer de la forme algébrique à la forme polaire, la méthode est simple, c’est la
même que pour trouver les coordonnées polaires d’un point de R2 . On peut la décrire de
la façon suivante. Prenons z = x + iy ∈ C :
1. on commence par factoriser le module de z dans son expression
!
p x y
z = x + iy = x2 + y 2 p + ip ;
x2 + y 2 x2 + y 2

2. ensuite on trouve θ tel que


x y
p = cos θ , p = sin θ
x2 + y2 x + y2
2

et on a alors
z = |z|(cos θ + i sin θ) .
On essaye souvent de choisir θ ∈ [0, 2π[, il est alors unique. Mais on peut aussi faire
d’autres choix.
Deux exemples.
√ √
1. Soit z = 1 + i. Le module de z est donné par |z| = 1 + 1 = 2 et donc

 
1 1
z = 2 √ + i√ .
2 2
On cherche alors θ tel que
1
cos θ = sin θ = √ ,
2
θ = π/4 convient. On a donc

1 + i = 2eiπ/4 .
Les nombres complexes 11

2. Soit maintenant w = 4 + 3i. Alors



|w| = 16 + 9 = 5 .
On écrit donc  
4 3
w=5 +i .
5 5
Il y a bien un unique θ ∈ [0, 2π[ (ici même entre 0 et π/2) tel que
4 3
cos θ = et sin θ =
5 5
mais il ne fait pas partie de notre liste et on ne connait pas sa valeur explicite.
On a la propriété suivante que l’on peut démontrer à l’aide des formules trigonométriques
usuelles
Proposition 1.2. Soit θ, φ ∈ R, on a
ei(θ+φ) = eiθ eiφ .
Le fait que la forme polaire n’est pas unique si on n’impose pas de choisir θ dans un
intervalle donné de longueur 2π, se traduit ici simplement par le fait que pour tout k ∈ Z
et tout θ ∈ R,
ei(θ+2kπ) = eiθ .
On en déduit en particulier le Théorème de Moivre :
Corollaire 1.1 (Théorème de Moivre). Pour tout n ∈ N et tout θ ∈ R
(cos θ + i sin θ)n = cos nθ + i sin nθ .
On a les propriétés importantes de la forme polaire qui suivent directement de la
définition et de la Proposition 1.2 :
Proposition 1.3. Soit deux nombres complexes z et w. Si on note leur forme polaire :
z = reiθ , w = Reiφ , avec r = |z|, R = |w|, on a
z̄ = re−iθ , zw = rRei(θ+φ) ,
et pour n ∈ N,
z n = rn einθ .
C’est-à-dire que
|z̄| = |z| , Arg(z̄) = −Arg(z) mod (2π) ,
|zw| = |z||w| , Arg(zw) = Arg(z) + Arg(w) mod (2π) ,
|z n | = |z|n , Arg(z n ) = nArg(z) mod (2π) .
Cette proposition nous donne une façon de calculer les racines n-ièmes d’un nombre
complexe. Nous allons développer ceci dans la prochaine section.
12 Nombres complexes

1.3 Racines n-ièmes


On cherche à calculer les racines n-ièmes d’un nombre complexe z ∈ C pour n ∈ N∗ donné,
c’est-à-dire à résoudre dans C
wn = z

Si z = 0, il n’y a que 0 qui soit solution, mais si z est différent de 0, on a toujours n


racines n-ièmes distinctes. On les obtient simplement à partir de la forme polaire de z :

z = reiθ

où r = |z| et θ = Arg (z). Les n racines n-ièmes distinctes de z sont alors données par

θ 2kπ
wk = r1/n ei( n + n ) , avec k = 0, 1, 2, ..., n − 1 .

Cas particulier des racines carrées. On a deux racines carrées de z qui sont
√ √ θ 2π √
rei( 2 + 2 ) =
θ θ
w0 = rei 2 , w1 = rei 2 eiπ = −w0 .

Lorsque z ̸= 0 on a donc exactement deux racines carrées opposées l’une de l’autre.


Bien sûr, tout ceci fonctionne si on est capable de déterminer explicitement l’argument
de z, ce qui n’est pas toujours le cas. Pour déterminer les racines carrées d’un nombre
complexe il existe aussi une autre méthode qui utilise la forme cartésienne et qui permet
de trouver le résultat même lorsqu’on ne peut pas déterminer simplement l’argument de
z. Soit z = x + iy ̸= 0. On cherche w = a + ib tel que w2 = z, c’est-à-dire tel que

a2 − b2 + 2iab = x + iy .

On écrit donc les équations qui identifient les parties réelles d’un côté et les parties imag-
inaires de l’autre. Pour simplifier la résolution, on écrit aussi l’égalité du module de z et
du module de w2 . On a donc le système de trois équations suivant:
 2
 a − b2 = x

 Re (w2 ) = Re z
Im (w2 ) = Im z ⇔ 2ab = yp
|w2 | = |z|
 2
a + b2 = x2 + y 2

On voit que les lignes 1 et 3 permettent de calculer a2 et b2 et la ligne 2 nous donne le


signe du produit ab. On trouve ainsi deux couples (a, b) qui vérifient les équations et qui
sont opposés l’un de l’autre. On peut traiter un exemple en cours, comme z = −3 + 4i
dont les deux racines carrées sont

w1 = 1 + 2i , w2 = −1 − 2i .
Equations du second degré 13

1.4 Equations du second degré


On cherche maintenant à résoudre les équations de la forme

az 2 + bz + c = 0 , (1.7)

où a, b, c sont des nombres avec a ̸= 0. On commence par ré-écrire la partie gauche de


l’équation (1.7) sous une forme plus utile
 
2 2 b c
az + bz + c = a z + z +
a a
2 !
b2

b c
= a z+ + − 2
2a a 4a
2 !
b2

b c
= a z+ + − 2
2a a 4a
2 !
b2 − 4ac

b
= a z+ − .
2a 4a2

On voit donc que (1.7) est équivalente à l’équation suivante, appelée la forme canonique
de (1.7)
2
b2 − 4ac

b
z+ = . (1.8)
2a 4a2
On note
∆ := b2 − 4ac
et on l’appelle le discriminant du polynôme az 2 + bz + c. A noter que (1.8) est encore
équivalente à une autre équation, obtenue en multipliant par 4a2 des deux côtés :

(2az + b)2 = ∆ . (1.9)

L’équation (1.9) nous dit exactement que 2az + b est une racine carrée de ∆. Elle va donc
nous permettre de trouver les solutions de (1.7).

1.4.1 Cas réel


On commence par considérer le cas où a, b, c ∈ R (avec a ̸= 0). On a trois cas :
1er cas : ∆ > 0. Alors (1.7) a deux solutions réelles distinctes données par
√ √
−b − ∆ −b + ∆
x1 = , x2 = .
2a 2a
Le polynôme az 2 + bz + c se factorise alors sous la forme

az 2 + bz + c = a(z − x1 )(z − x2 ) .
14 Nombres complexes

2eme cas : ∆ = 0. Alors (1.7) a une seule solution, qui est réelle et donnée par
b
x0 = − .
2a
Le polynôme az 2 + bz + c se factorise alors sous la forme
az 2 + bz + c = a(z − x0 )2 .

3eme cas : ∆ < 0. Alors on a


∆ = −|∆| = |∆|eiπ .
Le discriminant a donc deux racines carrées dans C données par
|∆|eiπ/2 = i |∆| et − i |∆| .
p p p

Il suit que (1.7) a deux solutions complexes conjuguées l’une de l’autre qui sont
p p
−b − i |∆| −b + i |∆|
z1 = , z2 = = z1 .
2a 2a
Le polynôme az 2 + bz + c se factorise alors sous la forme
az 2 + bz + c = a(z − z1 )(z − z2 ) .

1.4.2 Cas complexe


On se place maintenant dans le cas où a, b, c ∈ C avec a ̸= 0.
1. Lorsque ∆ = 0 la situation est formellement la même que dans le cas réel mais elle
est complexe: on a une seule racine donnée par
b
z0 = − .
2a
Le polynôme az + bz + c se factorise alors sous la forme
2

az 2 + bz + c = a(z − z0 )2 .

2. Lorsque ∆ ̸= 0, on écrit la forme polaire de ∆


∆ = |∆|eiθ , θ = Arg(∆) .
Les deux racines carrées de ∆ s’écrivent
d1 = |∆|eiθ/2 et d2 = −d1 .
p

Lorsqu’on n’a pas accès à la forme polaire explicite de ∆, on peut utiliser la seconde
méthode pour calculer les deux racines carrées de ∆. On a donc deux racines
complexes (qui en général ne sont pas conjuguées l’une de l’autre)
−b − d1 −b + d1
z1 = , z1 = .
2a 2a
Le polynôme az 2 + bz + c se factorise alors sous la forme
az 2 + bz + c = a(z − z1 )(z − z2 ) .
Exercices 15

1.4.3 Une propriété importante


Reprenons l’équation (1.7) dans le cas général. On peut l’écrire sous la forme
b c
z2 + z + = 0 .
a a
Si on note z1 et z2 les solutions de l’équation (z1 et z2 sont égaux dans le cas où on a une
seule solution), on peut vérifier à partir des formules de factorisation ci-dessus que
b c
z1 + z2 = − , z1 z2 = .
a a
On voit donc que le trinôme z 2 + ab z + c
a
s’écrit aussi

z 2 − Sz + P


S = z1 + z2 , P = z1 z2 .

1.5 Exercices
Exercice 1.1. Effectuer les calculs suivants :
1 + i iπ/2
(1 + 5i)(4 + 8i) , , e (3 + 6i) , (2 + i)(1 + i)(3 + i) .
1−i
Exercice 1.2. Mettre les nombres complexes suivants sous la forme a + ib :
 2
3 + 6i 1+i 3 + 6i 2 + 5i 2 − 5i
, + , + ,
3 − 4i 2−i 3 − 4i 1 − i 1+i
√ !3
5 + 2i 1 3 (1 + i)9
, − +i , .
−2i 2 2 (1 − i)7

Exercice 1.3. Ecrire les nombres complexes suivants sous la forme a + ib :

z1 = 2eiπ/3 , z2 = 3e−iπ/4 , z3 = eiπ/2 .

Exercice 1.4. Représenter sous forme polaire les nombres complexes suivants
√ 1+i 2 √
1, − 2, i, 1 − i, 1 + i, 1 + i 3, √ , − i, − 3 − 1.
1+i 3 5
Exercice 1.5. Trouver toutes les solutions dans C des équations suivantes :

z 3 = 1 , z 3 = −1 , z 4 = 16 ,
z2 + i = 0 , z2 + z + 1 = 0 .
16 Nombres complexes

Exercice 1.6. Résoudre dans C les équations suivantes :

z 2 − 3z + 1 = 0,
z 2 − 2iz + 3 = 0,
z 2 + 16i = 0,
z 4 − 2z 2 + 2 = 0,
z6 = −1 .
Chapitre 2

Vecteurs

2.1 Cadre général


Définition 2.1. Soit n ≥ 1 un entier naturel. On note Rn l’ensemble des n-uplets de
nombres réels :   

 u1 

n  ..  n
R :=  .  ; u1 , ..., un ∈ R .

 u 

n

Les éléments de Rn seront appelés vecteurs.

• Nous utilisons la notation ⃗u pour un vecteur de Rn ayant pour composantes u1 , ..., un ;


i.e. :  
u1
⃗u =  ...  .
 
un

• Le vecteur nul, noté ⃗0, est le vecteur particulier suivant :


 
0
. 
 ..  .
⃗0 := 
0

• Chaque vecteur ⃗u peut être multiplié par un nombre réel λ pour donner un nouveau
vecteur :    
u1 λu1
λ · ⃗u = λ ·  ...  :=  ...  .
   
un λun

17
18 Vecteurs

• Deux vecteurs ⃗u et ⃗v de Rn peuvent être additionnés selon la règle suivante :


     
u1 v1 u1 + v1
⃗u + ⃗v =  ...  +  ...  :=  ..
. .
     
un vn un + vn

Les illustrations suivantes permettent de se faire une idée géométrique de ces opérations :

La multiplication du vecteur bleu par le scalaire 3 donne le vecteur vert et la multiplication


par le scalaire −1 donne le vecteur rouge.

L’addition du vecteur rouge et du vecteur bleu donne le vecteur vert. Il s’agit du vecteur
que l’on obtient lorsqu’on translate le vecteur bleu le long du vecteur rouge. Si les deux
vecteurs changent de rôle dans cette construction on obtient le même résultat (l’addition
est commutative).

Proposition 2.1. On a un certain nombre de propriétés naturelles de l’addition et de la


multiplication par un scalaire, comme par exemple la commutativité qu’on vient de voir.

⃗ ∈ Rn on a (⃗u + ⃗v ) + w
1. Pour tout ⃗u, ⃗v , w ⃗ = ⃗u + (⃗v + w).

2. Pour tout ⃗u, ⃗v ∈ Rn on a ⃗u + ⃗v = ⃗v + ⃗u.

3. Pour tout ⃗u ∈ Rn on a ⃗u + ⃗0 = ⃗u.

4. Pour tout ⃗u ∈ Rn il existe un ⃗v ∈ Rn tel que ⃗u + ⃗v = ⃗0, il s’agit de −⃗u.

5. Pour tout ⃗u ∈ Rn on a 1 · ⃗u = ⃗u.

6. Pour tout ⃗u, ⃗v ∈ Rn et λ ∈ R on a λ · (⃗u + ⃗v ) = λ · ⃗u + λ · ⃗v .

7. Pour tout ⃗u ∈ Rn et λ, µ ∈ R on a (λ + µ) · ⃗u = λ · ⃗u + µ · ⃗u.


Cadre général 19

8. Pour tout ⃗u ∈ Rn et λ, µ ∈ R on a (λµ) · ⃗u = λ · (µ · ⃗u).

Ces propriétés permettent de définir la notion d’espace vectoriel.

Définition 2.2 (Espace vectoriel). On dit qu’un ensemble V , contenant un élément par-
ticulier ⃗0 et sur lequel est définie une opération d’addition + entre éléments de V et une
opération de multiplication · entre nombres réels et éléments de V , est un espace vectoriel,
si les deux opérations satisfont toutes les propriétés 1. à 8. de la proposition précédente.

Exemples.

• Rn est un espace vectoriel, quel que soit n ∈ N∗ ;

• l’ensemble C des nombres complexes est un espace vectoriel.

La vérification du fait qu’un ensemble est un espace vectoriel est en général un peu longue.
Par contre, si un ensemble est un sous-ensemble d’un espace vectoriel, vérifier qu’il est lui-
même un espace vectoriel sera très facile. Nous introduisons ici la notion de sous-espace
vectoriel.

Définition 2.3 (Sous-espace vectoriel). Soit E un espace vectoriel et F un sous-ensemble


de E. On dira que F est un sous-espace vectoriel de E si F est lui-même un espace
vectoriel.

Théorème 2.1. Soit E un espace vectoriel et F un sous-ensemble de E. Alors F est un


sous-espace vectoriel de E si et seulement si il vérifie les trois propriétés suivantes :

1. pour tout ⃗u ∈ F et ⃗v ∈ F , on a ⃗u + ⃗v ∈ F (on dit que F est stable par addition) ;

2. pour tout λ ∈ R et ⃗u ∈ F , on a λ · ⃗u ∈ F (on dit que F est stable par multiplication


par un scalaire) ;

3. ⃗0 ∈ F .

Exemples.

1. Dans R2 .

(a) L’ensemble    
v1 2
F1 = ⃗v = ∈ R ; v1 = v2
v2
est un sous-espace vectoriel de R2 .
(b) L’ensemble    
v1 2
F2 = ⃗v = ∈ R ; v1 = 1 − v2
v2
n’est pas un sous-espace vectoriel de R2 car il ne contient pas ⃗0.
20 Vecteurs

(c) L’ensemble    
v1 2 2 2
F3 = ⃗v = ∈ R ; (v1 ) + (v2 ) = 1
v2
qui est le cercle de centre ⃗0 et de rayon 1 dans R2 , n’est pas un sous-espace
vectoriel de R2 . Il ne contient pas ⃗0.
(d) L’ensemble    
v1 2 2
F4 = ⃗v = ∈ R ; v2 = (v1 )
v2
est une parabole dans R2 . Cet ensemble contient bien ⃗0 mais n’est pas un sous-
espace vectoriel de R2 car il n’est pas stable par addition ni par multiplication
par un scalaire. En effet les vecteurs
   
−1 1
⃗u = , ⃗v = ,
1 1

sont tous les deux dans F4 mais ce n’est pas le cas de leur somme, ni de, par
exemple, 2⃗u.

Définition 2.4. On dit que les vecteurs ⃗v1 , ⃗v2 , ..., ⃗vm d’un espace vectoriel sont linéaire-
ment indépendants si la seule solution λ1 , ..., λm ∈ R de l’équation

λ1⃗v1 + λ2⃗v2 + ... + λm⃗vm = ⃗0

est donnée par λ1 = 0, ..., λm = 0. Sinon on dit que les vecteurs ⃗v1 , ⃗v2 , ..., ⃗vm sont liés.

Remarque 2.1. Si un des vecteurs parmi ⃗v1 , ..., ⃗vm est le vecteur nul, disons ⃗v2 = ⃗0,
alors les vecteurs sont liés, car il y a par exemple la solution

λ1 = 0, λ2 = 1, λ3 = 0, ..., λm = 0

à l’équation
λ1⃗v1 + λ2⃗v2 + ... + λm⃗vm = ⃗0

Dans le cas de Rn les vecteurs


   
v11 vm1
⃗v1 =  ...  , ..., ⃗vm =  ... 
   
v1n vmn

sont linéairement indépendants si et seulement si le système d’équations linéaires

0 = λ1 v11 + ... + λm vm1


.. .. ..
. . .
0 = λ1 v1n + ... + λm vmn
Cadre général 21

a pour seule solution λ1 = 0, ..., λm = 0.


Exemple 1. Les vecteurs
     
1 0 1
⃗v1 =  2 , ⃗v2 =
  1 , ⃗v3 =
  0 
3 1 1
sont liés car le système linéaire
λ1 + λ3 = 0
2λ1 + λ2 = 0
3λ1 + λ2 + λ3 = 0
admet la solution non-triviale λ1 = −1 , λ2 = 2 et λ3 = 1.
Exemple 2. Les vecteurs
     
1 0 1
⃗v1 =  2  , ⃗v2 =  1  , ⃗v3 =  0 
2 1 1
sont linéairement indépendants. En effet, considérons le système linéaire
λ1 + λ3 = 0
2λ1 + λ2 = 0
2λ1 + λ2 + λ3 = 0
La première équation donne λ1 = −λ3 et les deux autres deviennent
−2λ3 + λ2 = 0
−2λ3 + λ2 + λ3 = 0.
Le seul moyen de satisfaire ces deux équations linéaires est de poser λ2 = 0 et λ3 = 0, ce
qui implique alors λ1 = 0. Donc d’après la définition les trois vecteurs sont linéairement
indépendants.
Définition 2.5. Une base ou un repère de Rn est une famille de n vecteurs de Rn linéaire-
ment indépendants.
Etant donnée une base de Rn , tout vecteur de Rn peut s’écrire comme combinaison
linéaire des vecteurs de la base. Cette écriture est unique.
Définition 2.6 (Base d’un espace vectoriel, dimension). Soit E un espace vectoriel. Une
base de E est une famille de vecteurs linéairement indépendants tels que tout vecteur de
E puisse s’écrire comme combinaison linéaire de ces vecteurs. La dimension de E est le
nombre de vecteurs dans la base (c’est indépendant du choix de la base).
Par exemple, un plan passant par l’origine dans R3 est un espace vectoriel de dimension
2, une base d’un tel plan est constituée de deux vecteurs non colinéaires situés dans le
plan. Ou encore une droite passant par l’origine dans R2 ou R3 est un espace vectoriel de
dimension 1, une base d’une telle droite est constituée d’un vecteur non nul appartenant
à la droite (on parle de vecteur directeur).
22 Vecteurs

2.2 Produits de vecteurs


2.2.1 Produit scalaire
Définition 2.7 (Produit scalaire, orthogonalité). Soit deux vecteurs ⃗x et ⃗y de Rn . Le
produit scalaire de ⃗x et de ⃗y est donné par
   
x1 y1
⃗x.⃗y =  ...  .  ...  := x1 y1 + ... + xn yn .
   
xn yn

On dit que les deux vecteurs ⃗x et ⃗y sont orthogonaux si ⃗x.⃗y = 0.


La norme d’un vecteur décrit sa longueur, elle est définie de la façon suivante.
Définition 2.8 (Norme euclidienne). Pour un vecteur ⃗x ∈ Rn , la norme euclidienne de
⃗x est donnée par
√ q
∥⃗x∥ := ⃗x.⃗x = x21 + ... + x2n .

Le produit scalaire a un certain nombre de propriétés importantes.


Proposition 2.2. Tout d’abord les propriétés de calcul :
• pour tout ⃗x, ⃗y ∈ Rn et λ ∈ R on a

λ(⃗x.⃗y ) = (λ⃗x).⃗y = ⃗x.(λ⃗y ) ;

• pour tout ⃗x, ⃗y , ⃗z ∈ Rn ,

(⃗x + ⃗y ).⃗z = ⃗x.⃗z + ⃗y .⃗z et ⃗x.(⃗y + ⃗z) = ⃗x.⃗y + ⃗x.⃗z .

On a ensuite les propriétés de la norme :


• pour tout ⃗x ∈ Rn on a ∥⃗x∥ ≥ 0 ;
• soit ⃗x ∈ Rn , alors ∥⃗x∥ = 0 si et seulement si ⃗x = ⃗0 ;
• pour tout ⃗x ∈ Rn et λ ∈ R on a ∥λ · ⃗x∥ = |λ|∥⃗x∥ ;
• pour tout ⃗x, ⃗y ∈ Rn on a ∥⃗x + ⃗y ∥ ≤ ∥⃗x∥ + ∥⃗y ∥ (inégalité triangulaire).
Le produit scalaire de deux vecteurs non nuls ⃗u et ⃗v peut se calculer en fonction des normes
des deux vecteurs et du cosinus de l’angle θ ∈ [0, π] formé par les deux vecteurs :

⃗u.⃗v = ∥⃗u∥ ∥⃗v ∥ cos θ .

Ceci a pour conséquence l’inégalité de Cauchy-Schwarz : pour tout ⃗x, ⃗y ∈ Rn on a

|⃗x.⃗y | ≤ ∥⃗x∥∥⃗y ∥ .
Produits de vecteurs 23

Le produit scalaire permet de décrire certains sous-ensembles de R2 ou de R3 (ou


même de Rn si on veut). Nous en donnons quelques exemples ici.

• DansR2 . Equation de la droite ∆ passant par l’origine et de vecteur directeur


u1
⃗u = . On suppose bien sûr que ⃗u est différent du vecteur nul. On commence
u2
par chercher
 un vecteur orthogonal à ∆, c’est-à-dire orthogonal à ⃗u. Le vecteur
u2
⃗v = convient. Alors un point M = (x, y) de R2 appartient à ∆ si et
−u1  
−−→ x
seulement si le vecteur OM = est orthogonal à ⃗v , c’est-à-dire si et seulement
y
−−→
si OM .⃗v = 0. Ce produit scalaire s’écrit
   
−−→ x u2
OM .⃗v = . = u2 x − u1 y .
y −u1

La droite ∆ est donc décrite par l’équation suivante

∆ = (x, y) ∈ R2 ; u2 x − u1 y = 0 .


Il s’agit d’un sous-espace vectoriel de R2 .

• Dans R2 . Equation
 de
 la droite ∆ passant par le point M0 = (x0 , y0 ) et de vecteur
u1
directeur ⃗u = . La droite ne passe plus nécessairement par l’origine. Dans
u2
ce cas, un
 point M = (x, y) de R appartient à ∆ si et seulement si le vecteur
2

−−−→ x − x0 −−→
M0 M = est orthogonal à ⃗v , c’est-à-dire si et seulement si OM .⃗v = 0.
y − y0
Ce produit scalaire s’écrit
   
−−→ x − x0 u2
OM .⃗v = . = u2 (x − x0 ) − u1 (y − y0 ) .
y − y0 −u1

La droite ∆ est donc décrite par l’équation suivante

∆ = (x, y) ∈ R2 ; u2 (x − x0 ) − u1 (y − y0 ) = 0 .


En général, cette droite n’est pas un sous-espace vectoriel de R2 car elle ne passe
par l’origine (elle ne contient pas le vecteur nul).

• Dans
  . Equation du plan P passant par l’origine et orthogonal au vecteur ⃗v =
R 3

v1
 v2 . Un point M = (x, y, z) de R3 appartient à P si et seulement si le vecteur
v3
24 Vecteurs

 
x
−−→ −−→
OM =  y  est orthogonal à ⃗v , c’est-à-dire si et seulement si OM .⃗v = 0. Ce
z
produit scalaire s’écrit
   
x v1
−−→
OM .⃗v =  y  .  v2  = v1 x + v2 y + v3 z .
z v3
Le plan P est donc décrit par l’équation suivante

P = (x, y, z) ∈ R3 ; v1 x + v2 y + v3 z = 0 .


Il s’agit d’un sous-espace vectoriel de R3 .


• Dans R3 . Equation
 du plan passant par le point M0 = (x0 , y0 , z0 ) et orthogonal au
v1
vecteur ⃗v =  v2 . Le plan P ne contient pas nécessairement l’origine. Un point
v3  
x − x0
−−−→
M = (x, y, z) de R3 appartient à P si et seulement si le vecteur M0 M =  y − y0 
z − z0
−−−→
est orthogonal à ⃗v , c’est-à-dire si et seulement si M0 M .⃗v = 0. Ce produit scalaire
s’écrit
   
x − x0 v1
−−−→
M0 M .⃗v =  y − y0  .  v2  = v1 (x − x0 ) + v2 (y − y0 ) + v3 (z − z0 ) .
z − z0 v3
Le plan P est donc décrit par l’équation suivante

P = (x, y, z) ∈ R3 ; v1 (x − x0 ) + v2 (y − y0 ) + v3 (z − z0 ) = 0 .


En général ce plan ne contient pas l’origine et n’est pas un sous-espace vectoriel de


R3 .

2.2.2 Produit vectoriel


Définition 2.9. Pour deux vecteurs ⃗u et ⃗v de R2 nous introduisons leur produit vectoriel
par :    
u1 v1
⃗u ∧ ⃗v = ∧ := u1 v2 − u2 v1 .
u2 v2
Proposition 2.3. On a
• Pour tout ⃗u, ⃗v , w
⃗ ∈ R2 on a

(⃗u + ⃗v ) ∧ w
⃗ = ⃗u ∧ w
⃗ + ⃗v ∧ w
⃗ et ⃗u ∧ (⃗v + w)
⃗ = ⃗u ∧ ⃗v + ⃗u ∧ w

Produits de vecteurs 25

• Pour tout ⃗u, ⃗v ∈ R2 on a ⃗u ∧ ⃗v = −⃗v ∧ ⃗u.

• Pour tout ⃗u, ⃗v ∈ R2 et λ ∈ R on a (λ · ⃗u) ∧ ⃗v = ⃗u ∧ (λ · ⃗v ) = λ(⃗u ∧ ⃗v ).

• Quels que soient les vecteurs ⃗u et ⃗v non nuls dans R2 , la valeur absolue de ⃗u ∧⃗v peut
se calculer en fonction des normes des deux vecteurs et du sinus de l’angle θ ∈ [0, π]
formé par les deux vecteurs :

|⃗u ∧ ⃗v | = ∥⃗u∥ ∥⃗v ∥ sin θ .

Si ⃗u et ⃗v ne sont pas parallèles, ceci est l’aire du parallélogramme engendré par les
vecteurs ⃗u et ⃗v .
Définition 2.10. Pour deux vecteurs ⃗u et ⃗v de R3 nous définissons leur produit vectoriel
par :      
u1 v1 u2 v3 − u3 v2
⃗u ∧ ⃗v =  u2  ∧  v2  :=  u3 v1 − u1 v3  .
u3 v3 u1 v2 − u2 v1
Proposition 2.4. On a
• Pour tout ⃗u, ⃗v , w
⃗ ∈ R3 on a

(⃗u + ⃗v ) ∧ w
⃗ = ⃗u ∧ w
⃗ + ⃗v ∧ w
⃗ et ⃗u ∧ (⃗v + w)
⃗ = ⃗u ∧ ⃗v + ⃗u ∧ w

• Pour tout ⃗u, ⃗v ∈ R3 on a ⃗u ∧ ⃗v = −⃗v ∧ ⃗u.

• Pour tout ⃗u, ⃗v ∈ R3 et λ ∈ R on a (λ · ⃗u) ∧ ⃗v = ⃗u ∧ (λ⃗· v) = λ · (⃗u ∧ ⃗v ).

• Pour tout ⃗u, ⃗v ∈ R3 on a ⃗u.(⃗u ∧ ⃗v ) = 0 et ⃗v .(⃗u ∧ ⃗v ) = 0.

• Quels que soient les vecteurs ⃗u et ⃗v non nuls dans R3 , la norme du vecteur ⃗u ∧⃗v peut
se calculer en fonction des normes des deux vecteurs et du sinus de l’angle θ ∈ [0, π]
formé par les deux vecteurs :

∥⃗u ∧ ⃗v ∥ = ∥⃗u∥ ∥⃗v ∥ sin θ .

Si ⃗u et ⃗v ne sont pas parallèles, ceci est l’aire du parallélogramme engendré par les
vecteurs ⃗u et ⃗v .
Remarque : L’avant-dernier point de la proposition précédente dit que le produit vec-
toriel de ⃗u et ⃗v est un vecteur qui est orthogonal au plan engendré par les deux vecteurs
⃗u et ⃗v . L’orientation du vecteur ⃗u ∧ ⃗v par rapport aux deux vecteurs ⃗u et ⃗v correspond
à l’orientation du majeur de la main droite par rapport au pouce et l’index (règle de la
main droite). Ceci dit que si on aligne le pouce au vecteur ⃗u et l’index au vecteur ⃗v alors
le majeur montre dans la direction de ⃗u ∧ ⃗v . C’est l’orientation qu’on appelle “directe”.
La longueur du vecteur ⃗u ∧ ⃗v correspond à l’aire du parallélogramme engendré par ⃗u
et ⃗v sur le plan qui contient ⃗u et ⃗v .
26 Vecteurs

2.2.3 Produit mixte


⃗ ∈ R3 on introduit le produit mixte
Définition 2.11. Pour trois vecteurs ⃗u, ⃗v , w

|⃗u, ⃗v , w|
⃗ := ⃗u.(⃗v ∧ w).

Calcul du volume d’un parallélépipède avec le produit mixte


Soient ⃗u, ⃗v et w
⃗ trois vecteurs dans R3 . Le parallélépipède engendré par les trois
vecteurs est l’ensemble suivant
n o
P := ⃗x = λ⃗v + µw⃗ + ρ⃗u; λ, µ, ρ ∈ [0, 1] .

Le volume de P est donné par

vol(P ) = |⃗u, ⃗v , w|
⃗ = |⃗u.(⃗v ∧ w)|.

De plus on a les équivalences suivantes :

• |⃗u, ⃗v , w|
⃗ ≠ 0 si et seulement si {⃗u, ⃗v , w}
⃗ est un repère de R3 .

• |⃗u, ⃗v , w|
⃗ > 0 si et seulement si {⃗u, ⃗v , w}
⃗ est un repère direct de R3 .

• |⃗u, ⃗v , w|
⃗ < 0 si et seulement si {⃗u, ⃗v , w}
⃗ est un repère indirect de R3 .

2.3 Coordonnées angulaires


Souvent en physique, il est plus pratique de travailler avec des coordonnées adaptées au
problème. Cela simplifie les équations qui décrivent l’état du système. Par exemple, un
mouvement circulaire est difficile à décrire en coordonnées cartésiennes, alors qu’il suffit
de connaître un angle pour décrire l’état du système.
Coordonnées polaires du plan
Après avoir choisi un repère, tout point M du plan R2 peut être décrit par sa distance
de l’origine r et l’angle θ ∈ [0, 2π[ entre la droite qui relie l’origine à M et l’axe des
abscisses. On a alors les liens suivants entre les coordonnées cartésiennes (x, y) et les
coordonnées polaires (r, θ) du point M :

p
r = x2 + y 2 ,
x = r cos θ ,
y = r sin θ .

Coordonnées cylindriques
On peut rajouter une dimension verticale aux coordonnées polaires pour paramétriser
l’espace à trois dimensions R3 . On a alors les rapports suivant entre les coordonnées
cartésiennes (x, y, z) d’un point M et ses coordonnées cylindriques (r, θ, z) :
Exercices 27

z = z,
p
r = x2 + y 2 ,
x = r cos θ ,
y = r sin θ .
Coordonnées sphériques
Après avoir choisi un repère, tout point M de l’espace R3 peut être décrit par sa
distance de l’origine r, l’angle θ entre l’axe Oz et la droite qui relie l’origine à M et
finalement l’angle φ entre la droite qui relie la projection du point M sur le plan engendré
par les deux premiers axes et l’origine et le premier axe. On a alors les liens suivants entre
les coordonnées cartésiennes (x, y, z) et les coordonnées polaires (r, θ, φ) du point M :

p
r = x2 + y 2 + z 2 ,
x = r sin θ cos φ ,
y = r sin θ sin φ ,
z = r cos θ .

2.4 Exercices
Exercice 2.1. Soit les deux vecteurs dans R2 :
   
⃗ 1 ⃗ 4
U= , V = .
2 −2
1. Calculer leurs normes.
2. Sont-ils orthogonaux?
3. Déterminer l’aire du parallélogramme engendré par U
⃗ et V⃗ .

Exercice 2.2. Dans R3 , on considère les trois vecteurs suivants


     
1 3 1
⃗u =  2  , ⃗v =  2  , w ⃗ = 0 .
3 1 −2
1. Le triplet {⃗u , ⃗v , w}
⃗ est-il un repère de R3 ? Si oui, est-il direct ou indirect?
2. Déterminer le volume du parallélépipède engendré par ⃗u, ⃗v et w.

Exercice 2.3. Dans R3 , on considère les trois vecteurs suivants
     
1 0 1
⃗u =  0  , ⃗v =  1  , w ⃗ = 1 .
1 1 0
28 Vecteurs

1. Calculer le produit mixte |⃗u, ⃗v , w|.


2. Le triplet {⃗u , ⃗v , w}
⃗ est-il un repère de R3 ? Si oui, est-il direct ou indirect?

3. Déterminer le volume du parallélépipède engendré par ⃗u, ⃗v et w.


Exercice 2.4. Donner dans R2 l’équation de la droite passant par le point (−1, 3) et
orthogonale au vecteur (2, −1).

Exercice 2.5. Déterminer l’équation de la droite dans le plan R2 passant par le point
(1, 5) et de vecteur directeur (−1, 2).

Exercice 2.6. Donner l’équation du plan dans R3 contenant les trois points suivants :
A = (1, 0, 1), B = (0, 2, 0), C = (−2, 3, 1).

Exercice 2.7. Déterminer l’équationdu plan de l’espace R contenant le point M0 =


3

1
(1, 2, 1) et orthogonal au vecteur ⃗v = −2.

2
Chapitre 3

Fonctions

3.1 Généralités
• Domaine de définition. Souvent une fonction est définie par une expression
algébrique sans préciser pour quelles valeurs de la variable elle est définie. On
appelle domaine de définition d’une fonction f (x) l’ensemble des valeurs de x pour
lesquelles f (x) est bien définie. Par exemple la fonction f de la variable réelle x

1 + 2x − x2
f (x) =
(x − 4)(x + 3)

est définie pour tout x ∈ R différent de −3 et de 4, son domaine de définition est

Df = R \ {−3, 4} =] − ∞, −3[∪] − 3, 4[∪]4, +∞[ .

• Composition de fonctions. Soit E, F et G trois ensembles et soit f : E → F


et g : F → G deux fonctions. Comme l’ensemble d’arrivée de f est le domaine sur
lequel g est définie, on peut parler de la composée de f et g, notée g ◦ f et définie
par
g ◦ f (x) = g(f (x)) .
Par exemple si on prend f : R → R, f (x) = x2 et g : R → R, g(x) = cos x, la
composée de f et g est donnée par

g ◦ f (x) = cos(x2 )

et la composée de g et f est aussi possible ici, elle est donnée par

f ◦ g(x) = (cos x)2 .

• Fonction réciproque. Soit E et F deux ensembles et une fonction f : E → F .


On commence par définir trois propriétés importantes.

29
30 Fonctions

Définition 3.1. On dit que f est surjective si pour tout choix d’un élément y dans
l’ensemble F on peut trouver un élément x dans l’ensemble E de sorte que f (x) = y.

Définition 3.2. On dit que f est injective si pour tout choix de deux éléments
distincts x1 et x2 dans l’ensemble E on a toujours f (x1 ) ̸= f (x2 ).

Définition 3.3. On dit que f est bijective si elle est à la fois surjective et injective.

Dans le cas d’une fonction bijective f : E → F , il existe pour tout y ∈ F une unique
solution x ∈ E de l’équation : f (x) = y. Cette solution unique x dépend du choix de
y. On peut symboliser ceci en choisisant la notation xy pour dénoter la solution de
l’équation. On a donc f (xy ) = y pour tous les choix de y. La fonction qui attribue à
y l’unique solution xy de l’équation est appelée la fonction réciproque de la fonction
f . Si on définit la fonction g : F → E; y 7→ xy on obtient la proposition suivante.

Proposition 3.1. Soit f : E → F une fonction bijective. Alors il existe une unique
fonction bijective g : F → E de sorte que :

1. g ◦ f (x) = g(f (x)) = x pour tout x ∈ E;


2. f ◦ g(x) = f (g(y)) = y pour tout y ∈ F .

On l’appelle la fonction réciproque de f et on la note f −1 .

Exemple. Fonction réciproque de la fonction x2 . Soit la fonction f : R → R


définie par f (x) = x2 . Tout d’abord elle n’est pas injective car f (−x) = f (x)
pour tout x ∈ R. De plus elle n’est pas surjective car f (x) ≥ 0 pour tout x ∈ R.
Par contre si on considère f comme une fonction de [0, +∞[ dans [0, +∞[, elle est
bijective et sa fonction réciproque est donnée par

f −1 : [0, +∞[→ [0, +∞[ , f −1 (x) = x.

Le domaine de définition de x est [0, +∞[.

• Croissance et décroissance.

Définition 3.4. Pour une fonction f : R → R on dit que :

– f est croissante si on a f (x) ≤ f (y) lorsque x ≤ y ;


– f est strictement croissante si on a f (x) < f (y) lorsque x < y ;
– f est décroissante si on a f (x) ≥ f (y) lorsque x ≤ y ;
– f est strictement décroissante si on a f (x) > f (y) lorsque x < y.
Limites 31

3.2 Limites
3.2.1 Quotient de polynômes
On considère une fonction
P (x)
f (x) =
Q(x)
où P et Q sont des polynômes sur R.

• La limite de f en 0 est donnée par la limite du quotient des termes de plus bas
degré.

• La limite de f en +∞ est donnée par la limite du quotient des termes de plus haut
degré, même chose en −∞.

3.2.2 Opérations sur les limites


Soit deux fonctions f et g et x0 ∈ R donné. On suppose que

lim f (x) = l1 , lim g(x) = l2 , où l1 , l2 ∈ R .


x→x0 x→x0

Alors

lim f (x) + g(x) = l1 + l2 ,


x→x0
lim f (x)g(x) = l1 l2 ,
x→x0
f (x) l1
lim = si l2 ̸= 0 ,
x→x0 g(x) l2
lim a.f (x) = a.l1 pour tout a ∈ R .
x→x0

Lorsqu’une des deux limites est infinie, on peut utiliser le tableau suivant :

limx→x0 f (x) limx→x0 g(x) limx→x0 (f (x) + g(x)) limx→x0 f (x) · g(x) limx→x0 f (x)/g(x)
+∞ l2 > 0 +∞ +∞ +∞
l1 > 0 +∞ +∞ +∞ 0
+∞ −∞ indéterminée −∞ indéterminée
0 +∞ +∞ indéterminée 0
+∞ 0 +∞ indéterminée +∞
0 0 0 0 indéterminée

Les limites “indéterminées” signifient que selon les exemples on peut avoir des limites
différentes. Quelques formes indéterminées résolues :

sin x ln(1 + x) tan x arctan x


lim = 1 , lim = 1 , lim = 1 , lim = 1.
x→0 x x→0 x x→0 x x→0 x
32 Fonctions

3.3 Continuité
• Une fonction f est dite continue en x0 si

lim f (x) = f (x0 ) .


x→x0

• Cela équivaut à dire que

lim f (x) = lim+ f (x) = f (x0 ) .


x→x−
0 x→x0

Les limites
lim f (x) et lim+ f (x) ,
x→x−
0 x→x0

si elles existent, s’appellent respectivement la limite de f à gauche en x0 et à droite


en x0 .

• On dit qu’une fonction est continue sur un intervalle si elle est continue en tout
point de l’intervalle (intuitivement, cela veut dire qu’on peut tracer son graphe sans
lever le crayon).

Exemples :

• La fonction f (x) = sin x est continue sur R.

• La fonction
1 si x ≥ 0 ,

g(x) =
x si x < 0 ,
n’est pas continue en 0.

Opérations sur les fonctions continues.

• Les fonctions constantes sont continues.

• La somme et le produit de fonctions continues sont continus.

• Le quotient de fonctions continues est continu là où le dénominateur ne s’annule


pas.

• La composée de fonctions continues est continue.

Théorème 3.1 (des valeurs intermédiaires). Soit −∞ < a < b < +∞ et f : [a, b] → R
une fonction continue. Alors pour tout y ∈]f (a), f (b)[, il existe x ∈]a, b[ tel que f (x) = y.
Dérivation 33

3.4 Dérivation
Définition 3.5. On dit qu’une fonction f :]a, b[→ R est dérivable en x0 ∈]a, b[ si la limite

f (x0 + h) − f (x0 )
lim
h→0 h
df
existe dans R. Si c’est le cas on la note f ′ (x0 ) ou encore dx
(x0 ) et on l’appelle la dérivée
de f en x0 .

Comme pour la continuité, une fonction f : I → R est dite dérivable sur I si elle est
dérivable en tout point de I.

Définition 3.6 (Dérivabilité à gauche et à droite). Soit une fonction f :]a, b[→ R. On
dit que

1. f est dérivable à gauche en x0 ∈]a, b[ si la limite

f (x0 + h) − f (x0 )
fg′ (x0 ) := lim−
h→0 h
existe dans R.

2. f est dérivable à gauche en x0 ∈]a, b[ si la limite

f (x0 + h) − f (x0 )
fd′ (x0 ) := lim+
h→0 h
existe dans R.

La fonction f est dérivable en x0 si et seulement si elle est dérivable à gauche et à droite


en x0 et fg′ (x0 ) = fd′ (x0 ). Dans ce cas on a f ′ (x0 ) = fg′ (x0 ) = fd′ (x0 ).

Théorème 3.2. Si une fonction est dérivable en un point, alors elle est continue en ce
point.

Dérivées usuelles. (On les verra une à une dans la section suivante)

1
(xα )′ = αxα−1 , (ex )′ = ex , (ln x)′ = ,
x
(sin x)′ = cos x , (cos x)′ = − sin x ,
1 −1
(tan x)′ = 2
= 1 + (tan x)2 , (cot x)′ = = −1 − (cot x)2 ,
(cos x) (sin x)2
1 −1 1
(arcsin x)′ = √ , (arccos x)′ = √ , (arctan x)′ = .
1−x 2 1−x 2 1 + x2
34 Fonctions

Produit et quotient.
 ′
′ ′ ′ u′ v − uv ′
 u ′ 1 −u′
(uv) = u v + uv , = , = ,
v v2 u u2
(uv)′′ = u′′ v + 2u′ v ′ + uv ′′ .

Pour des fonctions composées.


1
(g ◦ f )′ (x) = g ′ (f (x)).f ′ (x) , (f −1 )′ (y) = ,
f ′ (f −1 (y))
u′
(uα )′ = αu′ uα−1 , (ln |u|)′ = , (eu )′ = u′ eu .
u
Dérivabilité et croissance
On considère une fonction f :]a, b[→ R, dérivable.
• Si f ′ > 0 sur ]a, b[, alors f est strictement croissante sur ]a, b[.

• Si f ′ < 0 sur ]a, b[, alors f est strictement décroissante sur ]a, b[.

• Si f ′ ≥ 0 sur ]a, b[, alors f est croissante sur ]a, b[.

• Si f ′ ≤ 0 sur ]a, b[, alors f est décroissante sur ]a, b[.

3.5 Quelques fonctions usuelles


3.5.1 Polynômes
p : R → R , x 7→ an xn + an−1 xn−1 + ... + a3 x3 + a2 x2 + a1 x + a0 .
On appelle les nombres a0 , a1 , ..., an les coefficients du polynôme p. Le degré du polynôme
p est la plus grande puissance de x, ici c’est n (si an ̸= 0). La dérivée du polynôme p est
aussi un pôlynome avec un degré réduit

p′ (x) = nan xn−1 + (n − 1)an−1 xn−2 + ... + 3a3 x2 + 2a2 x + a1 .

3.5.2 Exponentielle
On peut la définir comme une limite de polynômes.
+ x
 x n
exp : R → R , x 7→ e := lim 1 + .
n→∞ n
Cette fonction satisfait les propriétés suivantes :
• Formule produit: ex+y = ex ey ; i.e.: exp(x + y) = exp(x) exp(y).

• Elle est bijective de R dans ]0, +∞[.


Quelques fonctions usuelles 35

• La dérivée de la fonction exponentielle est

d
exp(x) = exp(x).
dx

y = ex
8

−4 −2 2 4
Graphe de la fonction exponentielle.

3.5.3 Logarithme
La fonction logarithme naturel (népérien)

ln : R+∗ → R

est la fonction réciproque de

exp : R → R+∗ ; x 7→ ex .

Le domaine de définition du logarithme est R+∗ =]0, +∞[.

• On a
exp(ln(x)) = x ∀x ∈ R+∗ et ln(exp(x)) = x ∀x ∈ R.

• Pour tout x, y > 0 on a : ln(xy) = ln x + ln y

• Pour tout p ∈ N et x > 0, on a ln(xp ) = p ln x.

• La dérivée de la fonction logarithme est d


dx
ln(x) = x1 .
36 Fonctions

y = ex y=x
10

5
y = ln(x)

−5 5 10

−5

Graphe de la fonction exponentielle et de son inverse la fonction logarithme que l’on


obtient en pivotant le graphe de la fonction exponentielle autour de la première
diagonale y = x.

3.5.4 Les puissances réelles


On utilise le logarithme et la fonction exponentielle pour définir les puissances réelles:
xα := exp(α ln(x)) pour α ∈ R et x ∈ R+∗ .
• x−β = ( x1 )β = 1

.
1 √
• x β = β x.
• (xy)α = xα y α .
• xα+β = xα xβ .
• xαβ = (xα )β .
La dérivée d’une puissance est donnée par:
d α
x = αxα−1 .
dx
10 y = x3
y = x2

5 √
y= x

−2 2 4

−5
Quelques fonctions usuelles 37

3.5.5 Les fonctions sinus et cosinus


Pour θ ∈ R, cos θ et sin θ sont définies comme les projections sur l’axe des x et des y du
point situé sur le cercle trigonométrique à l’angle θ (exprimé en radiants) de l’axe Ox.
Les fonctions sin et cos sont définies sur R et à valeurs dans [−1, 1].

• La formule d’Euler: eix = cos x + i sin x.

• Le théorème de Pythagore: (sin x)2 + (cos x)2 = 1.

• Les théorèmes d’addition:

sin(x + y) = sin x cos y + cos x sin y;


cos(x + y) = cos x cos y − sin x sin y;
sin(x − y) = sin x cos y − cos x sin y;
cos(x − y) = cos x cos y + sin x sin y;
x−y x+y
sin x + sin y = 2 cos sin ;
2 2
x+y x−y
sin x − sin y = 2 cos sin ;
2 2
x+y x−y
cos x + cos y = 2 cos cos ;
2 2
x+y x−y
cos x − cos y = −2 sin sin .
2 2

• La péridocité de sinus et cosinus

sin(x + 2π) = sin x, cos(x + 2π) = cos x

sin(x + π) = − sin x, cos(x + π) = − cos x

• Le rapport entre sinus et cosinus

π π
sin( − x) = cos x et cos( − x) = sin x
2 2

• Les dérivées de sinus et cosinus sont:

d d
sin x = cos x et cos x = − sin x.
dx dx
38 Fonctions

1.5
y = cos x
1

0.5 y = sin x

−2 2 4 6
−0.5

−1

Graphe de la fonction sinus et de la fonction cosinus. On obtient la seconde en


appliquant un changement de phase de π/2 à la première.

3.5.6 Les fonctions tangente et cotangente


On utilise les fonctions sinus et cosinus pour introduire la fonction tangente et la fonction
cotangente:
sin x
tan :] − π/2, π/2[→ R ; x 7→ et
cos x
cos x
cotan :]0, π[→ R ; x 7→ .
sin x
• Le théorème d’addition pour la fonction tangente:
tan x + tan y
tan(x + y) = .
1 − tan x tan y

• Les dérivées des fonctions tangente et cotangente sont:


d 1 d 1
tan x = = 1 + (tan x)2 et cotanx = − = −1 − (cot x)2 .
dx (cos x)2 dx (sin x)2

y = tan x

−1 1 2 3 4

−5
y = cot x
Les graphes des fonctions tan(x) et cot(x).
Quelques fonctions usuelles 39

3.5.7 Les fonctions arc-sinus, arc-cosinus, arc-tangente et arc-


cotangente:
Si on restreint la fonction sinus sur l’intervalle [−π/2, π/2], alors elle est bijective de
[−π/2, π/2] dans [−1, 1]. Il existe donc une fonction inverse appelée la fonction arc-sinus.
On a donc arcsin : [−1, 1] → [−π/2, π/2] de sorte que

arcsin(sin x) = x ∀x ∈ [−π/2, π/2] et sin(arcsin x) = x ∀x ∈ [−1, 1].

La dérivée de arcsin se calcule par la formule de dérivation d’une fonction réciproque

1 1
arcsin′ (x) = ′ = .
sin (arcsin x) cos(arcsin x)

Comme la fonction arcsin est à valeurs dans [−π/2, π/2], cos(arcsin x) ≥ 0 et donc
q √
(cos(arcsin x))2 = 1 − (sin(arcsin x)) = 1 − x2 .
p
cos(arcsin x) =

On en déduit donc que


1
arcsin′ (x) = √ .
1 − x2

Si on restreint la fonction cosinus sur l’intervalle [0, π], elle est bijective de [0, π] dans
[−1, 1]. Il existe donc une fonction inverse appelée la fonction arc-cosinus. On a donc
arccos : [−1, 1] → [0, π] de sorte que

arccos(cos x) = x ∀x ∈ [0, π] et cos(arccos x) = x ∀x ∈ [−1, 1].

La dérivée de arccos se calcule un peu comme celle de arcsin :

1 −1
arccos′ (x) = = .
cos′ (arccos x) sin(arccos x)

Comme la fonction arccos est à valeurs dans [0, π], sin(arccos x) ≥ 0 et donc
q √
(sin(arccos x))2 =
p
sin(arccos x) = 1 − (cos(arccos x)) = 1 − x2 .

On en déduit donc que


−1
arccos′ (x) = √ .
1 − x2
40 Fonctions

2 y = arcsin x

1
y = arccos x
−1 −0.5 0.5 1
−1

−2
Les graphes de arccos(x) et arcsin(x).

La fonction inverse de la fonction tangente est appelée la fonction arc-tangente. Cette


fonction arctan : R →] − π2 , π2 [ satisfait :

arctan(tan x) = x ∀x ∈] − π/2, π/2[ et tan(arctan x) = x ∀x ∈ R.

Sa dérivée est donnée par

1 1 1
arctan′ y = ′
= 2
= .
tan (arctan y) 1 + tan (arctan y) 1 + y2

La fonction inverse de la fonction cotangente est appelée la fonction arc-cotangente.


Cette fonction arccotan : R →]0, π[ vérifie :

arccotan(cotanx) = x ∀x ∈]0, π[ et cotan(arccotanx) = x ∀x ∈ R.

2 y = arctan x
1
y=arccotx
−10 −5 5 10
−1

Les graphes de arctan(x) et arccot(x).


Exercices 41

3.6 Exercices
Exercice 3.1. Calculer les limites suivantes si elles existent :
x3 + 2x x4 − 2x + 3
lim , lim ,
x→0 x4 − x3 + 1 x→−∞ 3x4 + 6x3 + 4x
x3 + x x3 + x
lim+ 4 , lim .
x→0 x + x2 x→0 x4 + x2

Exercice 3.2. Etudier la continuité sur R des fonctions suivantes :


(cos x) si x ≤ 0 ,

f1 (x) =
e2x si x > 0 ,
si x ≤ 0 ,
 3
x
f2 (x) =
ln(1 + x) si x > 0 ,
 x2
 2 si x ≤ −2 ,
f3 (x) = −x si −1 < x < 0 ,
si x ≥ 0 .
 x
e

Exercice 3.3. Etudier la continuité sur R de la fonction


 
1
f (x) = (sin x) cos si x ̸= 0 , f (0) = 0 .
x
Exercice 3.4. Soit f l’application de R dans lui-même définie par
 √
1 − x2 si |x| < 1 ,
f (x) =
ax2 + bx + c si |x| ≥ 1 .
Existe-t-il des nombres réels a, b et c non tous nuls tels que f soit continue sur R?
Exercice 3.5. Etudier la continuité, puis la dérivabilité sur R des fonctions suivantes :
(cos x) − 1 si x ≤ 0 ,

f (x) =
sin x si x > 0 ,
si x ≤ −1 ,

 (x + 1)2
g(x) = x4 + 4x si −1 < x < 1 ,
x + 2x + 2 si x ≥ 1 ,
 2 3

si x ≤ 0 ,
 2
x + 2x − 3
h(x) =
2 sin x − 3 cos x si x > 0 .
Exercice 3.6. Donner un exemple de fonction continue sur R et non dérivable en 0.
Exercice 3.7. On considère la fonction f : R → R définie par
sin(x2 ) si x ≤ 0 ,

f (x) =
e−1/x si x > 0 .
Etudier la dérivabilité de f sur R.
42 Fonctions

Exercice 3.8. Soit la fonction f : R∗ → R définie par


a
f (x) = + x.
x2
Déterminer a pour que le graphe de f ait une tangente horizontale en x = 2.

Exercice 3.9. Calculer les limites suivantes :


sin x cos2 x − 1 (arctan x)(sin x)2 (tan x)
lim+ √ , lim , lim .
x→0 x x→0 x x→0 x4 + x7

Exercice 3.10. Etudier les variations de la fonction f (x) = x4 − x3 + 1 sur R.

Exercice 3.11. Calculer les dérivées des fonctions suivantes en précisant leur domaine
de définition :

f1 (x) = x6 − 5x4 + 6x3 − x2 + 6 ,



f2 (x) = x2 + 1 ,
f3 (x) = ln(cos x + 2) ,
f4 (x) = arctan(1 + x + x2 ) ,

f5 (x) = 1 + x3 .
Chapitre 4

Equations différentielles

4.1 Equations et solutions


Définition 4.1 (Equations différentielles linéaires du premier ordre). Soit I un intervalle
de R. Une équation différentielle linéaire (E.D.L.) du premier ordre est une équation de
la forme
a(t)y ′ (t) + b(t)y(t) = c(t) (E)
où a, b et c sont des fonctions continues de I dans R ou C, a ne s’annulant pas sur I et
y : I → R ou C est la fonction inconnue.
• On appelle solution sur I de (E) toute fonction y : I → R ou C dérivable sur I telle
que
a(t)y ′ (t) + b(t)y(t) = c(t) ∀t ∈ I .

• Si c ≡ 0 sur I, on dit que l’équation est homogène.


• On appelle équation homogène associée à (E) (ou équation sans second membre)
l’équation
a(t)y ′ (t) + b(t)y(t) = 0 . (E0 )

Remarque 4.1. Comme a ne s’annule pas sur I, on peut écrire (E) et (E0 ) respective-
ment sous la forme
y ′ (t) = α(t)y(t) + β(t) , (Ẽ)
y ′ (t) = α(t)y(t) (Ẽ0 )
où les fonctions α et β sont les fonctions continues sur I définies par
−b(t) c(t)
α(t) = , β(t) = .
a(t) a(t)
Définition 4.2 (E.D.L. du second ordre à coefficients constants). Une E.D.L. du second
ordre à coefficients constants est une équation de la forme
ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = d(t) (e)

43
44 Equations différentielles

où a, b, c ∈ R ou C, a =
̸ 0, d est une fonction continue sur R à valeurs dans R ou C et
y : R → R ou C est la fonction inconnue.

• On appelle solution sur R de (e) toute fonction y : R → R ou C deux fois dérivable


sur R telle que

a(t)y ′′ (t) + b(t)y ′ (t) + c(t)y(t) = d(t) ∀t ∈ R .

• Si d ≡ 0 sur R, on dit que l’équation est homogène.

• On appelle équation homogène associée à (e) (ou équation sans second membre)
l’équation
a(t)y ′′ (t) + b(t)y ′ (t) + c(t)y(t) = 0 . (e0 )

Proposition 4.1. Soit S0 l’ensemble des solutions de (Ẽ0 ) et s0 l’ensemble des solutions
de (e0 ). S0 et s0 sont des espaces vectoriels.

Proposition 4.2 (Ensemble des solutions de (Ẽ) et (e)).

1. Soit z une solution de (Ẽ), alors l’ensemble des solutions de (Ẽ) est

S = {z + y ; y ∈ S0 } .

2. Soit z une solution de (e), alors l’ensemble des solutions de (e) est

s = {z + y ; y ∈ s0 } .

C’est-à-dire que pour résoudre (Ẽ), ou (e), il suffit de connaître l’ensemble des solutions
de l’équation homogène associée et une solution de l’équation complète.

4.2 Equations du premier ordre


On se place dans le cadre de la définition 4.1.

4.2.1 Résolution de l’équation homogène


Proposition 4.3. Soit A : I → R ou C, une primitive sur I de la fonction α : I → R
ou C définie par α(t) = −b(t)/a(t). L’ensemble des solutions de (Ẽ0 ) est l’ensemble des
fonctions de la forme :
y(t) = λeA(t) , λ ∈ R ou C .

Démonstration. On démontre ce résultat par la méthode de la variation de la


constante. Nous pouvons raisonner par équivalence de la façon suivante :

y est solution de (Ẽ0 )


Equations du premier ordre 45

⇔ y est dérivable sur I et vérifie l’équation (Ẽ0 ) pour tout t ∈ I,

⇔ la fonction z(t) = y(t)e−A(t) est dérivable sur I et vérifie pour tout t ∈ I

z ′ (t) = y ′ (t)e−A(t) − A′ (t)y(t)e−A(t)


= α(t)y(t)e−A(t) − α(t)y(t)e−A(t) = 0 ,

⇔ la fonction z(t) = y(t)e−A(t) est constante sur I, i.e. z(t) = λ ∈ R ou C fixé,

⇔ y(t) = λeA(t) , λ ∈ R ou C fixé.

Remarque 4.2. 1. La proposition précédente montre que S0 est un espace vectoriel


de dimension 1. En particulier, si on connaît une solution y de (Ẽ0 ), y non iden-
tiquement nulle, alors toutes les solutions de (Ẽ0 ) sont de la forme λy(t), λ ∈ R ou
C.

2. Cette proposition montre aussi que si y est solution de (Ẽ0 ) et si y n’est pas iden-
tiquement nulle sur I, alors y ne s’annule pas sur I. Autrement dit, si une solution
s’annule en un seul point, alors elle est nulle partout sur I.

3. Dans le cas réel, on voit facilement pourquoi les solutions sont λeA(t) : a, b et y sont
à valeurs réelles et on suppose que y ne s’annule pas sur I, alors

y ′ (t)
= (ln |y(t)|)′ = α(t) .
y(t)

Donc la fonction ln |y(t)| est une primitive de α(t), i.e. il existe K ∈ R tel que
ln |y(t)| = A(t) + K. Il suit |y(t)| = CeA(t) où C = eK ∈ R+∗ . La fonction y
étant dérivable, et donc continue, sur I et ne s’annulant pas sur I, elle est de signe
constant sur I. On a donc : y(t) = CeA(t) si y est positive sur I et y(t) = −CeA(t)
si y est négative sur I. Les solutions ne s’annulant pas sur I sont donc y(t) = λeA(t)
avec λ ∈ R∗ . On en déduit que l’espace vectoriel des solutions est l’ensemble des
fonctions y(t) = λeA(t) , λ ∈ R.

Exemple : si a et b sont constantes sur I, i.e., pour tout t ∈ I, a(t) = c1 ̸= 0, b(t) = c2 ,


alors α est la fonction constante égale à k = −c2 /c1 sur I. Une primitive de α sur I est
A(t) = kt, donc les solutions de

c1 y ′ (t) + c2 y(t) = 0

sont les fonctions y(t) = λekt , λ ∈ R ou C.

4.2.2 Résolution de l’équation complète


Il suffit de trouver une solution z de (Ẽ).
46 Equations différentielles

Dans certains cas, une telle solution est évidente


Par exemple, pour l’équation
y ′ = αy + β
où α et β sont des constantes, α ̸= 0, la fonction constante z(t) = −β/α est clairement
solution. Les solutions de l’équation homogène

y ′ = αy

sont y(t) = λeαt , λ ∈ R ou C, d’où les solutions de l’équation complète sont


β
y(t) = − + λeαt , λ ∈ R ou C .
α

Méthode de la variation de la constante


Lorsqu’il n’y a pas de solution évidente à (Ẽ), on cherche une solution particulière sous
la forme
z(t) = λ(t)eA(t) ,
i.e. on remplace la constante λ par une fonction de t dans l’expression des solutions de
(Ẽ0 ). La fonction z est solution si et seulement si :

z ′ (t) = λ′ (t)eA(t) + λ(t)A′ (t)e−A(t)


= λ′ (t)eA(t) + α(t)λ(t)e−A(t)
= λ′ (t)eA(t) + α(t)z(t)
= α(t)z(t) + β(t) ,

i.e. si et seulement si λ′ (t) = β(t)e−A(t) , ce qui équivaut à λ primitive de β(t)e−A(t) . On


cherche une primitive B(t) de β(t)e−A(t) et la solution générale de (Ẽ) est donnée par

y(t) = B(t)eA(t) + λeA(t) , λ ∈ R ou C .

Exemple : on considère l’équation

ty ′ (t) − y(t) = t2 et sur ]0, +∞[ .

L’équation homogène est


1
y ′ (t) = y(t) sur ]0, +∞[ .
t
A(t) = ln(t) est une primitive de 1/t sur ]0, +∞[, les solutions de l’équation homogène
sont donc
y(t) = λeln(t) = λt , λ ∈ R .
On cherche une solution de l’équation complète sous la forme z(t) = λ(t)t. On a alors

tz ′ (t) − z(t) = t2 λ′ (t) + tλ(t) − λ(t)t = t2 et ,


Equations du premier ordre 47

d’où, λ′ (t) = et , i.e, λ doit être une primitive de et , λ(t) = et convient1 . Une solution
particulière de l’équation complète est donc donnée par z(t) = tet et la solution générale
à valeurs réelles est donc :
y(t) = tet + λt , λ ∈ R .

4.2.3 Résolution du problème de Cauchy


Définition 4.3. Le problème de Cauchy pour (Ẽ) est le problème suivant : soit t0 ∈ I,
soit y0 ∈ R ou C, on cherche une solution y de (Ẽ) telle que y(t0 ) = y0 . C’est-à-dire
qu’on impose une “condition initiale” à la solution.

Proposition 4.4. Soit t0 ∈ I et y0 ∈ R ou C, le problème de Cauchy ci-dessus admet


une unique solution.

Démonstration. La solution générale de (Ẽ) est

y(t) = B(t)eA(t) + λeA(t) , λ ∈ R ou C ,

où A(t) est une primitive donnée de α(t) et B(t) une primitive donnée de β(t)e−A(t) . Pour
y solution de (Ẽ), y(t0 ) = y0 équivaut à

B(t0 )eA(t0 ) + λeA(t0 ) = y0

i.e. à
λ = y0 − B(t0 )eA(t0 ) e−A(t0 ) .


C’est-à-dire que la solution y de (Ẽ) correspondant à λ = y0 − B(t0 )eA(t0 ) e−A(t0 ) est




l’unique solution de (Ẽ) vérifiant y(t0 ) = y0 .

4.2.4 Principe de superposition


Proposition 4.5. Si y1 est solution de

a(t)y ′ (t) + b(t)y(t) = c1 (t)

et y2 est solution de
a(t)y ′ (t) + b(t)y(t) = c2 (t)
alors λ1 y1 (t) + λ2 y2 (t) est solution de

a(t)y ′ (t) + b(t)y(t) = λ1 c1 (t) + λ2 c2 (t) .


t2 et − ln(t)
1
A noter qu’ici β(t)e−A(t) = t e = tet 1t = et .
48 Equations différentielles

Ce principe est utile pour calculer des solutions particulières d’équations dont le second
membre est une combinaison linéaire de fonctions simples.
Exemple : on considère l’équation
y ′ (t) + y(t) = et + e−t sur R .
La solution générale de l’équation homogène est
y(t) = λe−t , λ ∈ R .
On cherche une solution particulière de chacune des équations suivantes :
y ′ (t) + y(t) = et
y ′ (t) + y(t) = e−t
et on les additionne. De façon générale, on cherche une solution particulière de
y ′ (t) + y(t) = ekt , k ∈ R , (4.1)
par variation de la constante. z(t) = λ(t)e−t est solution de (4.1) si et seulement si
λ′ (t)e−t − λ(t)e−t + λ(t)e−t = ekt
i.e.
λ′ (t) = e(1+k)t .
Si k ̸= −1, on peut prendre
1 (1+k)t
λ(t) = e
1+k
et si k = −1, on a λ′ (t) = 1 et λ(t) = t convient. Pour notre équation, on additionne les
solutions particulières pour k = 1 et k = −1 ; on obtient la solution particulière
1
z(t) = et + te−t .
2

4.3 Equations du second ordre à coefficients constants


4.3.1 Résolution de l’équation homogène
Cas complexe
Soit trois nombres complexes a, b, c, a ̸= 0. On considère l’équation sur I = R
ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = 0 , ∀t ∈ R . (e0 )
Proposition 4.6. Pour r ∈ C, la fonction ϕ(t) = ert est solution de (e0 ) si et seulement
si
ar2 + br + c = 0 . (k)
L’équation (k) est appelée équation caractéristique de (e0 ).
Equations du second ordre à coefficients constants 49

Démonstration. La preuve est immédiate :

ϕ(t) = ert est solution de (e0 )

⇔ aϕ′′ (t) + bϕ′ (t) + cϕ(t) = ar2 ert + brert + cert = 0

⇔ ar2 + br + c = 0 car ert ̸= 0 pour tout r ∈ C et t ∈ R.

Proposition 4.7. 1. Si l’équation caractéristique ar2 + br + c = 0 a deux racines


distinctes r1 et r2 , les solutions de (e0 ) sont

y(t) = λ1 er1 t + λ2 er2 t , λ1 , λ2 ∈ C .

2. Si l’équation caractéristique ar2 +br+c = 0 admet une racine double r0 , les solutions
de (e0 ) sont
y(t) = (λ1 + λ2 t) er0 t , λ1 , λ2 ∈ C .

Remarque 4.3. La proposition (4.7) montre que l’ensemble des solutions de (e0 ) dans le
cas complexe est un C-espace vectoriel de dimension 2.

Cas réel
On considère l’équation (e0 ) dans le cas où a, b et c sont réels et où on cherche des solutions
réelles (on suppose toujours a ̸= 0).

Proposition 4.8. 1. Si l’équation caractéristique ar2 +br+c = 0 a deux racines réelles


distinctes r1 et r2 , les solutions réelles de (e0 ) sont

y(t) = λ1 er1 t + λ2 er2 t , λ1 , λ2 ∈ R .

2. Si l’équation caractéristique ar2 + br + c = 0 a une racine double r0 , les solutions


de (e0 ) sont
y(t) = (λ1 + λ2 t) er0 t , λ1 , λ2 ∈ R .

3. Si l’équation caractéristique ar2 + br + c = 0 a deux racines complexes conjugués


l’une de l’autre r1 = µ + iσ et r2 = µ − iσ, σ ̸= 0, les solutions réelles de (e0 ) sont

y(t) = (λ1 cos(σt) + λ2 sin(σt)) eµt , λ1 , λ2 ∈ R .

Remarque 4.4. Lorsque a, b et c sont réels, on peut aussi chercher les solutions complexes
de (e0 ). On peut alors appliquer la proposition 4.7, ou encore appliquer la proposition 4.8
en prenant λ1 et λ2 dans C. Les deux méthodes sont équivalentes.
50 Equations différentielles

4.3.2 Résolution de l’équation avec second membre


Soit a, b et c trois nombres complexes, a ̸= 0, et soit une fonction d : R → C continue.
On cherche les solutions de l’équation

ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = d(t) , ∀t ∈ R . (e)

Les solutions de l’équation homogène sont données par la proposition 4.7 (par la proposi-
tion 4.8 si a, b et c sont réels et si on cherche des solutions réelles ; il faut alors aussi que
d soit à valeurs réelles). Il suffit maintenant de trouver une solution particulière de (e).
S’il n’y a pas de solution particulière évidente, on a plusieurs méthodes selon la forme de
d.

Si d = P , polynôme de degré p
On cherche une solution particulière z(t) sous la forme d’un polynôme

• de degré p si c ̸= 0,

• de degré p + 1 si c = 0 et b ̸= 0,

• de degré p + 2 si b = c = 0.

Dans les trois cas, az ′′ (t) + bz ′ (t) + cz(t) est un polynôme de degré p et on identifie ses
coefficients avec ceux de P pour calculer les coefficients de z(t).
Exemple : on cherche les solutions réelles de y ′′ (t) + y(t) = 1 + t2 .

• Equation homogène : y ′′ (t) + y(t) = 0. L’équation caractéristique r2 + 1 = 0 a deux


racines complexes conjuguées i et −i. Les solutions réelles sont donc

y(t) = λ1 cos t + λ2 sin t , λ1 , λ2 ∈ R .

• Equation complète : le coefficient de y(t) est différent de 0. On cherche donc une


solution sous la forme
z(t) = a0 + a1 t + a2 t2 .
Alors
z ′′ (t) + z(t) = 2a2 + a0 + a1 t + a2 t2
et

z ′′ (t) + z(t) = 1 + t2 ⇔ 2a2 + a0 = 1 , a1 = 0 , a2 = 1 ,


⇔ a2 = 1 , a1 = 0 , a0 = −1 .

La solution générale de l’équation est donc :

y(t) = −1 + t2 + λ1 cos t + λ2 sin t , λ1 , λ2 ∈ R .


Equations du second ordre à coefficients constants 51

Si d(t) = emt P (t), où m ∈ C et P polynôme de degré p


On cherche une solution particulière sous la forme z(t) = emt Q(t) où Q est un polynôme
• de degré p si m n’est pas racine de ar2 + br + c,
• de degré p + 1 si m est racine simple de ar2 + br + c,
• de degré p + 2 si m est racine double de ar2 + br + c.
Dans les trois cas, az ′′ (t)+bz ′ (t)+cz(t) est alors de la forme emt R(t) où R est un polynôme
de degré p et on identifie les coefficients de R avec ceux de P pour calculer les coefficients
de Q.
Vérifions que az ′′ (t) + bz ′ (t) + cz(t) est toujours de la forme emt R(t) où R est un
polynôme de degré p. Nous avons
az ′′ (t) + bz ′ (t) + cz(t) = aQ′′ (t) + (2am + b) Q′ (t) + am2 + bm + c Q(t) em t .
  
| {z }
R(t)

• Si m n’est pas racine de l’équation caractéristique, alors le coefficient de Q dans


R(t) est non nul et R est donc bien de degré p.
• Si m est racine simple, alors am2 + bm + c = 0. Cependant, le fait que m soit racine
simple signifie qu’il existe une autre racine simple distincte de m. Ceci correspond
au cas où le discriminant est non nul et les deux racines

−b ± ∆
,
2a

où ∆ doit être compris comme i |∆| si ∆ < 0, sont distinctes de −b . Nous avons
p
2a
donc 2am + b ̸= 0. Le coefficient de Q est donc nul dans R(t) mais pas celui de Q′ .
Comme Q est ici un polynôme de degré p+1, R est de degré p. Une autre façon plus
simple de voir que le coefficient de Q′ est non nul est de poser f (r) = ar2 + br + c.
Si m est racine simple de f , cela signifie que f (m) = 0 et f ′ (m) ̸= 0.
• Si m est racine double, nous avons am2 +bm+c = 0 et m = −b
2a
. Donc les coefficients
de Q et Q sont nuls, mais bien sûr pas celui de Q car a =
′ ′′
̸ 0. Q est ici de degré
p + 2, R est donc de degré p.

Principe de superposition
Proposition 4.9. Si y1 est solution de
ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = d1 (t)
et si y2 est solution de
ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = d2 (t) ,
alors pour tout λ1 , λ2 ∈ C, λ1 y1 + λ2 y2 est solution de
ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = λ1 d1 (t) + λ2 d2 (t) .
52 Equations différentielles

Application au cas où d(t) = eλt (cos(µt)P (t) + sin(µt)Q(t)), avec λ, µ ∈ R, P et Q


polynômes.
Nous écrivons :
 
λt 1
(λ+iµ)t 1
e (cos(µt)P (t) + sin(µt)Q(t)) = e P (t) + Q(t)
2 2i
 
(λ−iµ)t 1 1
+e P (t) − Q(t) .
2 2i
On pose
1 1
m1 = λ + iµ , P1 (t) = P (t) + Q(t) ,
2 2i
1 1
m2 = λ − iµ , P2 (t) = P (t) − Q(t) .
2 2i
On cherche une solution particulière z1 de

ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = em1 t P1 (t) ,

puis une solution particulière z2 de

ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = em2 t P2 (t) .

Par le principe de superposition, z(t) = z1 (t) + z2 (t) est une solution particulière de

ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = d(t) .

4.4 Exercices
Exercice 4.1. Donner l’ensemble des solutions des équations différentielles suivantes :

y ′ − 4y = 3 ,
y ′ + y = 2ex ,
y
y′ − = x.
x
Exercice 4.2. Résoudre les problèmes de Cauchy suivants :

y ′ − 2y = 4 , y(0) = 0 ,
1
y ′ − 2y = 2t , y(0) = ,
4
y+1
y′ = , y(0) = 0 .
t
Exercice 4.3. On considère l’équation différentielle suivante

y ′ (t) − 2ty(t) = t . (4.2)


Exercices 53

1. Donner toutes les solutions de l’équation homogène

y ′ (t) − 2ty(t) = 0 . (4.3)

2. Trouver une solution particulière de (4.2).

3. Donner toutes les solutions de (4.2).

4. Trouver la solution y de (4.2) telle que y(0) = 1.


Exercice 4.4. On considère l’équation différentielle suivante définie pour t > 0
y(t)
y ′ (t) − = t. (4.4)
t
1. Donner toutes les solutions de l’équation homogène
y(t)
y ′ (t) − = 0. (4.5)
t

2. Trouver une solution particulière de (4.4).

3. Donner toutes les solutions de (4.4).

4. Trouver la solution y de (4.4) telle que y(1) = 1.


Exercice 4.5. On considère l’équation différentielle suivante :
2
y ′ (t) − 2ty(t) = (cos t)et . (4.6)

1. Trouver la solution générale de (4.6).

2. Trouver la solution y de (4.6) telle que y(0) = 0.


Exercice 4.6. On considère l’équation différentielle

t2 y ′ (t) + y(t) = 1 . (4.7)

1. Sur quels intervalles de R peut-on résoudre (4.7)?

2. Donner la solution générale de (4.7) sur chacun de ces intervalles.

3. Quelle est la solution y de (4.7) telle que y(0) = 1?


Exercice 4.7. On considère l’équation différentielle suivante :

2t t2 + 2
y ′ (t) − y(t) = , sur ]0, +∞[ . (4.8)
t2 + 2 t
1. Donner la solution générale de l’équation homogène associée à (4.8).
54 Equations différentielles

2. Donner la solution générale de (4.8).


Exercice 4.8. Résoudre les équations différentielles suivantes :
y ′′ − y ′ − 2y = 0 ,
y ′′ − 2y ′ + y = 0 ,
y ′′ + y = 0 .
Exercice 4.9. Résoudre les problèmes de Cauchy suivants :
y ′′ − y ′ − 2y = 0 , y(0) = 0 , y ′ (0) = 1 ,
y ′′ − 2y ′ + y = 0 , y(0) = 1 , y ′ (0) = 1 ,
y ′′ + y = 0 , y(0) = 2 , y ′ (0) = −1 .
Exercice 4.10. Résoudre les équations différentielles suivantes :
y ′′ − 3y ′ + 2y = 4t2 ,
y ′′ − 2y ′ = −4t + 2 ,
y ′′ = t2 .
Exercice 4.11. On considère l’équation différentielle
y ′′ (t) − 2y ′ (t) − 8y(t) = 0 (4.9)
1. Trouver toutes les solutions de (4.9).
2. Trouver la solution de (4.9) telle que y(0) = 1 et y ′ (0) = −1.
Exercice 4.12. On considère l’équation différentielle
y ′′ (t) − 4y ′ (t) + 3y(t) = 0 (4.10)
1. Trouver toutes les solutions de (4.10).
2. Trouver la solution de (4.10) telle que y(0) = 0 et y ′ (0) = −2.
Exercice 4.13. Soit l’équation différentielle
y ′′ (t) + 2y ′ (t) + 2y(t) = et . (4.11)
1. Trouver toutes les solutions réelles de (4.11).
2. Trouver la solution de (4.11) telle que y(0) = y ′ (0) = 0.
Exercice 4.14. On considère l’équation différentielle
y ′′ (t) + 3y ′ (t) + 2y(t) = te−2t . (4.12)
1. Déterminer la solution générale de (4.12).
2. Quelle est la solution y de (4.12) telle que y(0) = 1 et y ′ (0) = −1?
Chapitre 5

Intégration

5.1 Définitions et premières propriétés

• L’intégrale comme mesure d’aire. Pour une fonction continue f : [a, b] →


[0, +∞[ l’intégrale
Z b
f (x)dx
a

mesure l’aire entre l’axe Ox, les droites verticales {x = a} et {x = b} et le graphe


de f , c’est-à-dire l’aire du domaine de R2

{(x, y) ∈ R2 ; a ≤ x ≤ b , 0 ≤ y ≤ f (x)} .

Rb
• Pour une fonction continue de signe quelconque. L’intégrale a f (x)dx
représente l’aire délimitée par le graphe de f au dessus de l’axe Ox moins l’aire
délimitée par le graphe de f au dessous de l’axe Ox.

• Linéarité de l’intégrale.

Z b Z b Z b
(f + g)(x)dx = f (x)dx + g(x)dx ,
a a a
Z b Z b
αf (x)dx = α f (x)dx .
a a

55
56 Intégration

• Inégalités. Soit f et g deux fonctions continues sur [a, b] à valeurs dans R


Z b
f (x) ≥ 0 sur [a, b] ⇒ f (x)dx ≥ 0 ,
a
Z b
f (x) > 0 sur ]a, b[ ⇒ f (x)dx > 0 ,
a
Z b Z b
f (x) ≥ g(x) sur [a, b] ⇒ f (x)dx ≥ g(x)dx ,
a a
Z b Z b
f (x)dx ≤ |f (x)|dx .
a a

• Orientation et découpage.
Z b Z a
f (x)dx = − f (x)dx ,
a b
Z b Z c Z b
f (x)dx = f (x)dx + f (x)dx .
a a c

5.2 Primitive et intégrale


Soit une fonction f : [a, b] → R continue.
• On dit qu’une fonction F : [a, b] → R est une primitive de f si F est dérivable sur
[a, b] et si F ′ = f .
• La fonction Z x
F (x) = f (t)dt
a
est la primitive de f qui s’annule en a.
• Soit F une primitive de f , on a
Z b
f (x)dx = F (b) − F (a) .
a

Ce résultat s’appelle le Théorème fondamental de l’analyse (ou encore Théorème


fondamental du calcul différentiel et intégral).

5.3 Intégrations par parties et changement de variable


Théorème 5.1 (Intégration par parties). Soit u et v deux fonctions dérivables sur [a, b]
et ayant une dérivée continue, alors
Z b Z b
′ b
u(x)v (x)dx = [u(x)v(x)]a − u′ (x)v(x)dx .
a a
Quelques intégrales de fractions rationnelles 57

Cette méthode fonctionne notamment pour les intégrales suivantes :


Rb Rb Rb Rb
1. a sin(kx) cos(mx)dx, a sin(kx) sin(mx)dx, a cos(kx) cos(mx)dx, a ekx cos(mx)dx
on fait deux intégrations par parties successives (on peut aussi se ramener à des ex-
ponentielles et intégrer directement) ;
Rb Rb Rb
2. a p(x) cos(mx)dx ou a p(x) sin(mx)dx ou a p(x)emx dx où p est un polynôme de
degré n ; on fait n intégrations par parties successives.
Théorème 5.2 (Changement de variables). Soit f : [a, b] → R une fonction continue et
φ : [c, d] → [a, b] une fonction bijective et dérivable de sorte que φ′ est continue et telle
que φ(c) = a et φ(d) = b. Alors on a :
Z b Z d
f (x)dx = f (φ(t))φ′ (t)dt.
a c

5.4 Quelques intégrales de fractions rationnelles


On va considérer des intégrales de fonctions de la forme
cx + d
f (x) = .
x2 + 2ax + b
Selon les valeurs des coefficients, on utilise différentes techniques. L’important est le signe
du discriminant du dénominateur
∆ = 4(a2 − b) .
Cas 1 : a2 = b, le dénominateur est un carré. On écrit f sous la forme
cx + d c(x + a) + d − ac c d − ac
f (x) = 2
= 2
= +
(x + a) (x + a) x + a (x + a)2
et on sait trouver une primitive pour chaque partie de f . Les primitives de f sont :
1
F (x) = c ln |x + a| − (d − ac) + K , K ∈ R.
x+a

Cas 2 : a2 > b, le discriminant du dénominateur est strictement positif. Alors f s’écrit


sous la forme (x1 et x2 sont les racines du dénominateur, ce sont des réels) :
cx + d A B
f (x) = = +
(x − x1 )(x − x2 ) x − x1 x − x2
et les primitives de f sont données par
F (x) = A ln |x − x1 | + B ln |x − x2 | + K , K ∈ R .
Comment calculer A et B?
A = (x − x1 )f (x)|x=x1 , B = (x − x2 )f (x)|x=x2 .
58 Intégration

Cas 3 : a2 < b et c = 0. Alors


d d
f (x) = =
x2 + 2ax + b (x + a)2 + b − a2
d 1
=
b − a 1 + √x+a 2 2
2 
b−a

et les primitives de f sont données par

d √
   
x + a d x + a
F (x) = b − a2 arctan √ +K = √ arctan √ +K,
b − a2 b − a2 b − a2 b − a2

avec K ∈ R.

Cas 4 : a2 < b et c ̸= 0, on écrit f de la façon suivante :

c 2x + 2a d − ac
f (x) = + .
2 x2 + 2ax + b x2 + 2ax + b
La première fraction a pour primitives évidentes
c
ln(x2 + 2ax + b) + K , K ∈ R
2
(pas de valeur absolue dans le log car le trinôme est partout strictement positif) et
la seconde se traite comme dans le cas 3 (on remplace juste d par d − ac).

5.5 Exercices
Exercice 5.1. Trouver toutes les primitives des fonctions suivantes en indiquant leur
domaine de définition :
2x sin x −1 1
f1 (x) = , f2 (x) = cos(x)e , f3 (x) = , f 4 (x) = √ .
1 + x2 1 + x2 2x − 1

Exercice 5.2. Calculer l’intégrale suivante par intégration par parties


Z x
ln(t)dt .
2

En déduire toutes les primitives de ln x.

Exercice 5.3. Calculer les intégrales suivantes à l’aide d’intégrations par parties :
Z 2 Z Z 2 Z 1
2 −x
x ln xdx , π cos x sin(2x)dx , x e dx , arctan xdx .
1 0 0 0
Exercices 59

Exercice 5.4. Calculer les intégrales suivantes à l’aide de changements de variables :


Z 1√
1 − x2 dx , on posera x = sin t ,
0
Z e2
dx
, on posera x = et ,
e x ln x
3
ex
Z
dx , on posera u = ex .
1 1 + ex
Exercice 5.5. Montrer que l’intégrale suivante vaut zéro :
Z 7
4
xex dx .
−7

Indication : on pourra couper l’intégrale en deux sur [−7, 0] et sur [0, 7] et dans l’une des
deux intégrales faire un changement de variables x 7→ −x.

Exercice 5.6. Calculer les intégrales suivantes :


Z 0 Z 2 Z 1 Z 1
x+1 x+2 1 x−1
2
dx , 2
dx , 2
dx , 2
dx .
−1 x − 2x + 1 0 x − 2x − 3 0 x + 2x + 2 0 x + 2x + 2

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