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Introduction à l'optique physique

physique

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Cégep de Saint-Hyacinthe

Département de physique

Ondes et physique moderne


203-SN3-RE

Notes de cours
Module 2

Automne 2025
2
Chapitre 3

Optique physique

Les phénomènes reliées à la lumière sont expliquées par l’optique. Dans les premières
sections, nous allons étudié quelques phénomènes de l’optique géométrique où la propagation
de la lumière se fait alors en ligne droite. La réflexion et la réfraction sont les phénomènes
qui seront utiles pour l’optique physique. L’optique physique regroupe pour sa part des
phénomènes qui se produisent lorsque la nature ondulatoire de la lumière doit être prise en
compte. Cette réalité mène à des phénomènes intrigants, comme la polarisation, l’interférence
et la diffraction. C’est ce que nous étudierons dans ce chapitre.

3.1 Lumière
Tout d’abord, commençons par définir ce qu’est la lumière. La lumière est une onde
électromagnétique. Elle est composée d’un champ électrique et d’un champ magnétique qui
oscillent dans le temps. Ces champs sont perpendiculaires entre eux, et perpendiculaires à la
vitesse de propagation de l’onde.

Quoique, pendant longtemps, on a pensé que la lumière se propageait dans une substance
qu’on nommait éther, nous savons maintenant que les ondes électromagnétiques ne sont pas
des ondes mécaniques : elles n’ont pas besoin de substance pour se propager. Ainsi, la lumière
voyage dans le vide autant que dans une substance.

3.1.1 Spectre électromagnétique

La lumière et les couleurs que l’on distingue composent en fait une partie minime de
l’ensemble des ondes électromagnétiques. Le spectre électromagnétique inclut la lumière
visible, mais aussi une panoplie d’ondes invisibles comme les micro-ondes, les ondes radios,
les rayons infrarouges, les rayons ultraviolets, les rayons X et les rayons gamma. Notre œil
ne peut distinguer que les longueurs d’onde du spectre visible (d’environ 400 nm à 700 nm).

65
visibl
rayons
UV

IR
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

CHAPITRE 3. OPTIQUE GÉOMÉTRIQUE


Toutes les ondes électromagnétiques ayant une longueur d’onde différente nous sont invisibles.

1030 1025 1020 1015 1010 105


f (Hz)

micro-ondes

ondes radio
rayons X

visible
rayons

UV

IR
(m)
22 17 12 7 2
10 10 10 10 10 103

400 nm 700 nm

3.1 – Spectre électromagnétique


Figure 3.1
Figure
Dans notre
Dans notre étude
étude de
de la
la lumière
lumière àà cece chapitre,
chapitre, nous
nous allons
allons traiter
traiter du
du mouvement
mouvement en en
ligne droite
ligne droite des
des rayons
rayons lumineux.
lumineux. Ce Ce traitement
traitement permet
permet une
une approche
approche générale
générale relativement
relativement
précise. C’est
précise. C’est l’approximation
l’approximation de de l’optique
l’optique géométrique.
géométrique.

2 7
3.2 Réflexion
3.2 Réflexion

Lorsqu’un rayon
réflexion ✓′0 d’un lumineux
rayon
10
Lorsqu’un rayon lumineux entre en collision avec une surface, il est réfléchi. L’angle de
entre
lumineux est en collision avec
directement relié une surface,
à l’angle il est réfléchi.
d’incidence ✓ par L’angle
la loi dede
la
10
réflexion
réflexion.θ d’un rayon lumineux est directement relié à l’angle d’incidence θ par la loi de la
réflexion. ✓ = ✓0 (3.1)
= θ′
Les angles d’incidence et de réflexion sontθ mesurés (3.1)
par rapport à la normale de la surface
comme l’illustre la figure 3.2.
Les angles d’incidence et de réflexion sont mesurés par rapport à la normale de la surface
comme l’illustre la figure 3.2.

✓ ✓0

θ θ′

Figure 3.2 – Loi de la réflexion

Exemple 3.1 Figure 3.2 – Loi de la réflexion

00 nm Un rayon frappe une combinaison de deux miroirs formant un angle de 110 ° avec un
angle d’incidence de 70 °. Quel angle fera-t-il avec le deuxième miroir après sa deuxième
réflexion ?
66
700 nm
66
3.3. RÉFRACTION

Exemple 3.1
Un rayon frappe une combinaison de deux miroirs formant un angle de 110 ° avec un
angle d’incidence de 70 °. Quel angle fera-t-il avec le deuxième miroir après sa deuxième
réflexion ?

Solution
La situation est celle illustrée par la figure ci-contre.

θ3

θ2

70 ° θ1
110 °

Par la loi de la réflexion (équation 3.1),

θ1 = θi = 70 °

La trajectoire du premier rayon réfléchi allant du premier au deuxième miroir forme


avec les deux miroirs un triangle. Dans ce triangle, l’angle complémentaire à θ1 est de
20 ° et l’angle entre les miroirs est de 110 °. Comme la sommes des angles internes d’un
triangle est de 180 °, on en déduit que l’angle complémentaire à θ2 est 50 ° (180 °-110 °-
20 °) et donc que θ2 est 40 °.
Encore une fois par la loi de la réflexion (équation 3.1), on trouve l’angle final de
réflexion.

θ3 = θ2 = 40 °

L’angle par rapport au deuxième miroir est l’angle complémentaire à ce dernier, donc
50 °.

3.3 Réfraction
Lorsqu’un rayon lumineux change de milieu de propagation, il se divise en deux : la
grande majorité poursuit son chemin dans le nouveau milieu, mais une petite portion (5 à
8 %) est réfléchie. Le rayonnement qui poursuit sa route voit sa vitesse et sa longueur d’onde
modifiées. Sa fréquence reste la même par contre. La nature d’un milieu est caractérisée par
son indice de réfraction n. L’indice de réfraction d’un milieu est défini comme étant le ratio

67
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

de la vitesse de la lumière dans le vide c et de la vitesse de la lumière dans le milieu considéré


v.
c
n= (3.2)
v

La fréquence à la séparation des deux milieux ne peut changer, car le nombre d’onde
dans un temps précis qui traverse la surface doit être le même de chaque côté.
v = f λn
c = f λ0
Considérant cette équation et le lien entre la fréquence et la longueur d’onde, on trouve que
la longueur d’onde de la lumière dans un milieu dépend de son indice de réfraction :
c f λ0 λ0
n= = =
v f λn λn
λ0
λn =
n
où λ0 est la longueur d’onde de la lumière dans le vide.

Lorsqu’un rayon lumineux passe d’un milieu à un autre, il subit également une déviation
appelée réfraction. Lors de la réfraction, un rayon incident se dirigeant vers l’interface entre
les deux milieux à un angle θi (angle entre le rayon incident et la normale de l’interface
entre les milieux) est réfracté lors du changement de milieu. Le rayon réfracté continue à se
propager dans le deuxième milieu à un angle θr (angle entre le rayon réfracté et la normale de
l’interface entre les milieux). L’angle de réfraction θr est directement relié à l’angle d’incidence
θi par la loi de la réfraction, aussi nommée loi de Snell-Descartes.
ni sin θi = nr sin θr (3.3)
où ni est l’indice de réfraction du milieu incident et nr , celui du milieu de réfraction.

Si le rayon passe d’un milieu avec un faible indice de réfraction vers un milieu plus
réfringent (avec un plus grand indice de réfraction), l’angle de réfraction sera inférieur à
l’angle d’incidence, comme à la figure 3.3. S’il se déplace vers un milieu moins réfringent,
son angle de réfraction sera supérieur à son angle d’incidence.

Comme pour la réflexion, les angles d’incidence et de réfraction sont mesurés par rapport
à la normale de la surface comme l’illustre la figure 3.3.

La réfraction explique pourquoi une paille apparaît pliée lorsqu’elle est dans un verre
d’eau : les rayons qui se rendent à notre œil ont subi une réfraction et celui-ci perçoit la
paille à un endroit autre d’où elle est réellement. Une situation similaire est représentée à
la figure 3.4. Un objet O émet des rayons lumineux et celui se rendant jusqu’à notre œil
est présenté. Ce rayon est dévié lors du changement de milieu. Nous percevons toutefois un
rayon comme s’il voyageait en ligne droite et avons donc l’impression que le rayon provient
d’un autre endroit que l’objet. Nous observons une image semblant se situer au point I.

68
3.3. RÉFRACTION

œil

θi
ni < nr air

eau
I
θr
O

Figure 3.3 – Loi de la réfraction Figure 3.4 – Perception de l’image lors


d’une réfraction

Exemple 3.2
Un rayon lumineux se dirige vers un prisme d’indice de réfraction 1,45 ayant un angle
au sommet de 70 °. Il frappe le prisme en faisant un angle de 30 °, comme l’illustre la
figure ci-bas. De quel angle δ déviera-t-il lors de son passage dans le prisme ?

70 °
δ
30 °

Solution
Nous sommes en présence de deux réfractions successives. Nous les étudierons donc
successivement. L’angle d’incidence pour la première réfraction est l’angle complé-
mentaire à celui qui est donné, donc 60 °, car l’angle donné est celui par rapport au
changement de milieu et non par rapport à la normale. On trouve alors

next sin θi = nP sin θ1


1 sin 60 °
   
next sin θi
θ1 = arcsin = arcsin = 36,7 °
nP 1,45

Avec cet angle, on peut, par géométrie, trouver le deuxième angle d’incidence. On voit
en effet dans la figure ci-bas qu’un triangle est formé avec comme sommet les deux
points de réfraction et l’angle du prisme. On a donc

θ2 = 90 ° − θ1 = 90 ° − 36,7 ° = 53,3 °
θ3 = 180 ° − 70 ° − θ2 = 180 ° − 70 ° − 53,3 ° = 56,7 °
θ4 = 90 ° − θ3 = 33,3 °

69
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

70 °
θ2
60 ° θ3
θ1
θ4

On est alors rendu à la deuxième réfraction.

nP sin θ4 = next sin θr


1,45 sin 33,3 °
   
n1 sin θ4
θr = arcsin = arcsin = 52,8 °
nP 1

Il reste à répondre à la question, c’est-à-dire à calculer l’angle de déviation du rayon.


Pour ce faire, il faut trouver la déviation due à chaque réfraction, qui est la différence
entre les angles de réfraction et d’incidence.

δ = δ1 + δ2 = (θi − θ1 ) + (θr − θ4 ) = (60 ° − 36,7 °) + (52,8 ° − 33,3 °) = 42,8 °

Réflexion totale interne

Si un rayon lumineux part d’un milieu plus réfringent vers un milieu moins réfringent,
l’angle de réfraction sera supérieur à l’angle d’incidence. Il y aura alors un angle, qu’on
appelle angle critique θc , qui mènera à un angle de réfraction maximal de 90 °, le rayon
réfracté longeant alors la délimitation entre les milieux. La figure 3.5 illustre le tout.

θr
θr = 90 °

ni > nr

θi θc θ > θc θ′ = θ

Figure 3.5 – Angle critique et réflexion totale interne

La relation pour trouver l’angle critique est l’application de la loi de la réfraction (équation
3.3) à cette situation.
ni sin θc = nr (3.4)

70
3.3. RÉFRACTION

Si l’angle d’incidence d’un rayon est supérieur à l’angle critique, toute réfraction est
impossible et il y aura alors réflexion totale interne. Ce phénomène est utilisé dans différentes
applications, comme dans la fibre optique. En utilisant un indice de réfraction qui varie selon
le rayon de la fibre optique, cela permet de s’assurer que le signal lumineux reste dans le
cœur de la fibre optique, peu importe la forme de celui-ci. On doit aussi utiliser une gaine
avec un indice de réfraction compatible. Et comme la lumière se propage très rapidement,
cela permet un transfert très rapide de l’information sous forme de rayons lumineux.

cœur

gaine

Figure 3.6 – Réflexion totale interne dans une fibre optique

Exemple 3.3
Une lumière est placée sous une plaque de 10 cm d’un verre d’indice de réfraction
inconnu. La lumière produit un cercle de 19 cm de diamètre sur le haut du verre. Quel
est son indice de réfraction ?

Solution
Nous sommes ici dans une situation de réfraction jusqu’à l’angle critique. En effet, tant
que la lumière fait un angle inférieur ou égal à l’angle critique, elle peut être perçue dans
le milieu final (qui est l’air). Par contre, si l’angle d’incidence est supérieur à l’angle
critique, il y a réflexion totale interne et la lumière reste prise dans le verre. Elle ne
peut donc être perçue à l’extérieur. La grandeur du cercle est donc liée directement à
l’angle critique du verre, comme l’illustre la figure ci-bas.

e = 10 cm θc

R = 9,5 cm

On trouve l’angle critique géométriquement.


R
tan θc =
  e  
R 9, 5
θc = arctan = arctan = 43,5 °
e 10

On trouve alors l’indice de réfraction de ce milieu par la loi de la réfraction à l’angle

71
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

critique.

nverre sin θc = nr sin 90 °


nr sin 90 ° 1×1
nverre = = = 1,45
sin θc sin 43,5 °

3.4 Polarisation
La polarisation de la lumière est l’axe selon lequel le champ électrique oscille. Il est
toujours perpendiculaire à la propagation de la lumière, mais peut être selon n’importe quel
axe dans le plan perpendiculaire à cette propagation. La polarisation peut être quelconque,
circulaire ou linéaire. Nous étudierons particulièrement la polarisation linéaire.

3.4.1 Polarisation linéaire

La polarisation est dite linéaire si l’axe d’oscillation du champ électrique est linéaire. La
majorité de la lumière est polarisée linéairement, mais elle peut également être circulaire.
Dans ce cas, l’axe de polarisation tourne dans le temps. Lorsque la lumière est polarisée
linéairement, son angle de polarisation est arbitraire. La polarisation peut être autant verti-
cale qu’horizontale ou diagonale. Afin de représenter une lumière polarisée linéairement, on
utilise une ligne avec une flèche à chaque extrémité. La ligne est dans le même sens que l’axe
d’oscillation du champ électrique. La figure 3.7 montre une lumière polarisée verticalement.

Il est aussi possible qu’un faisceau lumineux ne soit pas polarisé. On parle alors de lumière
non polarisée. C’est entre autres le cas de toute la lumière émise par une source naturelle, car
chaque émission de rayonnement (nous verrons dans le troisième module comment le tout
se fait) est totalement indépendante de la précédente. La polarisation de chaque faisceau est
donc aléatoire. Le rayonnement global est non polarisée et son symbole est celui de la figure
3.8.

Figure 3.7 – Lumière linéairement polarisée Figure 3.8 – Lumière non polarisée

Certains instruments et phénomènes optiques permettent de modifier la polarisation de


la lumière. C’est ce que nous verrons dans les prochaines sections.

72
3.4. POLARISATION

E0

θ E∥

Figure 3.10 – Composante du champ électrique parallèle à l’axe de transmission qui pour-
suit son chemin à travers le second polariseur

3.4.2 Polariseurs

Des polariseurs sont utilisés afin de changer


l’axe d’oscillation du champ électrique pour un
rayonnement donné. Un polariseur est un en-
semble de feuilles minces composées de longues
molécules dans du plastique. Ces molécules
laissent passer la lumière qui possède une pola-
risation dans une certaine direction et bloque le
reste. Le polariseur est donc caractérisé par un
axe de transmission, axe selon lequel la lumière
ainsi polarisée est transmise. Toute lumière pola-
risée perpendiculairement à l’axe de transmission
est bloquée par les longues molécules du polari-
seur.
Figure 3.9 – Effet de deux polariseurs
La figure 3.9 est un bon exemple de cela. sur une lumière non polarisée
Le premier polariseur trie la lumière initialement
non polarisée. Seulement la lumière polarisée dans le même sens que l’axe de polarisation
(en pointillé) est transmise par le polariseur. Le principe pour le deuxième polariseur est le
même : seule la polarisation parallèle à l’axe de transmission ressort du polariseur.

Loi de Malus

Lorsque la lumière d’intensité incidente I0 sur le polariseur est linéairement polarisée, la


composante du champ électrique parallèle à l’axe de transmission poursuit son chemin, la
composante perpendiculaire étant absorbée. La figure 3.10 montre la composante du champ
électrique parallèle à l’axe de transmission qui poursuit son chemin à travers le second
polariseur.
E∥ = E0 cos θ

73
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

L’intensité lumineuse est proportionnelle au carré du champ électrique, on trouve que la


fraction de l’intensité lumineuse transmise dépend de l’angle θ entre la polarisation initiale
et l’axe de transmission du polariseur de la manière suivante. C’est la loi de Malus.

I = I0 cos2 θ (3.5)

Lumière non polarisée

Lorsqu’une lumière non polarisée d’intensité Inp se dirige vers un polariseur, toutes les
composantes parallèles à l’axe de transmission seront transmises. L’intensité transmise sera
donc la moyenne sur tous les rayons lumineux (donc de toutes les orientations) de la loi de
Malus.
R 2π
cos2 θdθ π
I = Inp < cos2 θ >= Inp 0 R 2π = Inp
dθ 2π
0

Comme la polarisation de chaque rayon est aléatoire, l’intensité transmise sera de la


moitié, l’autre moitié étant bloquée par le polariseur.

Inp
I= (3.6)
2

Multiples polariseurs

Si une lumière polarisée (ou non polarisée) traverse plusieurs polariseurs, chaque élément
doit être traité individuellement par la loi de Malus, en prenant l’intensité lumineuse trans-
mise par un polariseur comme l’intensité incidente du polariseur suivant. Ainsi, l’intensité
résultante est le produit des intensités transmises par chaque polariseur.

Exemple 3.4
De la lumière provenant du Soleil se dirige vers un ensemble de deux polariseurs dont les
axes de transmission sont séparés de 50 °. Quelle est l’intensité de la lumière résultante
en fonction de l’intensité de la lumière incidente ?

Solution
Le premier polariseur permet de polariser linéairement la lumière incidente non-
polarisée. L’intensité transmise est alors
I
I1 =
2
L’intensité après le deuxième polariseur est alors calculée par la loi de Malus (équation

74
3.4. POLARISATION

3.5).

I
I2 = I1 cos2 50 = × 0, 413 = 0, 207I
2
20,7 % de l’intensité initiale sera donc transmise par l’ensemble de polariseurs.

3.4.3 Polarisation par réflexion

La lumière n’est pas seulement polarisée par des polari-


θP θP
seurs, elle l’est aussi par la nature. Lorsqu’un rayonnement
frappe un dioptre (interface entre deux milieux menant à ni < nr
la réfraction) à un angle précis, dit angle de polarisation
θP , seule la lumière polarisée parallèlement à la surface
du dioptre est réfléchie. Le reste du rayonnement incident
θr
est réfracté. La lumière réfléchie est donc linéairement po-
larisée, alors que la lumière réfractée est seulement par-
tiellement polarisée. Qui plus est, si la lumière initiale ne Figure 3.11 – Polarisation par
comptait pas de polarisation parallèle au dioptre, il n’y réflexion
aurait aucune réflexion.

Si la lumière frappe la surface d’un dioptre à un angle autre que l’angle de polarisation,
la lumière réfléchie et la lumière réfractés seront partiellement polarisées.

La caractéristique de l’angle précis où ce phénomène se produit est que les rayonnements


réfracté et réfléchi sont perpendiculaires, comme sur la figure 3.11.

n1 sin θp = n2 sin θr
n1 sin θp = n2 sin(90 ° − θp )
n1 sin θp = n2 cos θp

Ainsi, par les lois de la réflexion et de la réfraction, on trouve la loi de Brewster.


n2
tan θp = (3.7)
n1

Exemple 3.5
Quel est l’angle de polarisation d’un rayon passant de l’air à l’eau ?

Solution
Le milieu incident est l’air, le milieu de réfracté est l’eau. On trouve l’angle de polari-

75
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

sation en utilisant la loi de Brewster (équation 3.7).


n2
tan θP =
n1
   
n2 1, 33
θP = arctan = arctan = 53,1 °
n1 1

3.5 Interférence
La lumière étant une onde, le traitement de deux ondes lumineuses se fait par le principe
de superposition que nous avons développé dans le premier module. Nous ferons désormais
référence au terme interférence pour exprimer la superposition de deux ou plusieurs ondes.
L’interférence entre deux ondes dépend de la différence de phase entre celles-ci. Ces ondes
peuvent s’additionner en tout point, s’opposer en tout point ou s’additionner de manière
variable selon la position. L’interférence peut être constructive (figure 3.12), destructive
(figure 3.13) ou quelconque (n’importe quelle autre situation). L’interférence de la lumière
est une preuve expérimentale de la nature ondulatoire de la lumière. Les lentilles antireflet
et les reflets colorés dans une bulle de savon en sont des exemples concrets, comme nous le
verrons dans cette section.

Figure 3.12 – Interférence constructive

Figure 3.13 – Interférence destructive

Tous les types d’onde peuvent produire de l’interférence. Nous utiliserons souvent l’exemple
d’une corde pour rendre plus concrète la situation, mais tous les phénomènes étudiés sont
aussi possible avec la lumière et le son. Nous verrons que c’est même possible d’observer
l’interférence avec des électrons !

76
3.5. INTERFÉRENCE

3.5.1 Phase entre deux sources

Si deux ondes différentes interfèrent, elles proviennent généralement de deux sources


différentes. Une onde lumineuse étant une onde sinusoïdale progressive, la différence de phase
entre les ondes émises par chacune des sources a un impact sur les conditions d’interférence
qui seront observées. Deux situations sont les plus souvent rencontrées : lorsque les deux
sources sont en phase ou lorsqu’elles sont hors phase.

Lorsque deux sources sont en phase, celles-ci émettent des ondes synchronisées, c’est-à-
dire qu’à l’endroit où se trouvent les sources, les ondes sont au même point de la fonction
sinusoïdale les représentant. Elles atteignent ainsi leur maximum au même moment et leur
minimum au même moment.

Dans le cadre du cours, lorsque deux sources sont dites hors phase, les deux ondes sont
déphasées de π rad l’une par rapport à l’autre. Lorsqu’une onde est à son maximum, l’autre
est à son minimum et inversement.

S1 S1

S2 S2

Figure 3.14 – Ondes émises par deux sources en phase (gauche) et hors phase (droite)

3.5.2 Conditions d’interférence r1


P

Étudions l’interférence entre deux ondes S1


produites par deux sources en phase (figure
r1
3.15). La différence de marche δ est définie
comme l’écart de longueur parcourue par les r2
deux rayonnements pour atteindre le point S2
δ
considéré, P sur notre exemple.

δ = |r2 − r1 | (3.8) Figure 3.15 – Différence de marche

Cette différence de marche varie bien sûr selon


le point considéré et la géométrie du problème.

Lorsque cette différence de marche est pro-


portionnelle à un nombre entier de longueurs d’onde, les deux ondes se superposent parfai-
tement. Il y a alors interférence constructive, comme le montre la figure 3.16. L’interférence

77
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

est constructive si la différence de marche est un multiple entier de la longueur d’onde.

δ = mλ, m ∈ Z (3.9)

Cette condition d’interférence constructive peut aussi être représenté sous forme d’angle, en
radians. La longueur d’onde représentant la distance d’un cycle et 2π, l’angle d’un cycle, on
trouve par équivalence

δ ϕ
=
λ 2π
2πδ 2π(mλ)
ϕ= =
λ λ
ϕ = 2πm, m ∈ Z (3.10)

Figure 3.16 – Interférence constructive Figure 3.17 – Interférence destructive

Lorsque cette différence de marche est proportionnelle à un nombre demi-entier de lon-


gueurs d’onde, les deux ondes s’opposent. Il y a alors interférence destructive, comme le
montre la figure 3.17. L’interférence est destructive si la différence de marche est un multiple
demi-entier de la longueur d’onde.
 
1
δ= m+ λ, m ∈ Z (3.11)
2

Comme pour l’interférence constructive, cette condition d’interférence destructive peut s’ex-
primer sous forme d’angle.

(m + 21 )λ
 
1
ϕ= 2π = (m + )2π, m ∈ Z (3.12)
λ 2

Dans les équations précédentes (3.9 à 3.12), m est un entier quelconque. Dans une même
situation, il y a plusieurs points respectant les conditions d’interférence constructive et des-
tructive. Ainsi, il y a plusieurs points d’interférence constructive, et plusieurs points d’inter-
férence destructives.

78
3.5. INTERFÉRENCE

Exemple 3.6

Deux sources en phase sont distantes de 4 m. À quelles distances d de la première, entre


les deux sources, n’entend-t-on aucun son si la longueur d’onde des sons produits est
de 240 cm ?

Solution
La situation peut être représentée par la figure ci-bas.
S1 P S2

d 4−d

La différence de marche est la distance entre les deux sources (équation 3.8). Ainsi,

δ = r2 − r1 = (4 − d) − d = 4 − 2d

Comme on cherche un minimum d’intensité sonore, il s’agit d’interférence destructive


(équation 3.11).
   
1 1
δ = m+ λ ⇒ 4 − 2d = m + λ
2 2
 
1 1
d=2− m+ λ
2 2

En calculant avec m = 0 et 1, on trouve un minimum d’interférence à 0,2 m et à 1,4 m


de chaque source. Bref, il y a des minima à 0,2 m, 1,4 m, 2,6 m et 3,8 m, compte tenu
de la symétrie de la situation.

Exemple 3.7
Deux sources en phase séparées d’une distance d
émettent des ondes de 50 cm de longueur d’onde. S1
Perpendiculairement au segment joignant les deux d
sources, comme le montre la figure ci-contre, à un
point P situé 3 m plus loin, l’intensité du son est à S2 P
3m
son maximum. De quelle distance minimale d sont
séparées les sources ?

Solution
La différence de marche est la distance entre les deux sources (équation 3.8). Ainsi,

δ = r1 − r2 = d2 + 32 − 3

Comme on cherche un maximum d’intensité sonore, il s’agit d’interférence constructive

79
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

(équation 3.9).

δ = mλ ⇒ d2 + 32 − 3 = mλ
d2 + 32 = (3 + mλ)2
p
d = (3 + mλ)2 − 32

La distance minimale est trouvée avec la valeur minimale de m, si celle-ci est non-nulle
pour éviter une distance nulle. Donc m = 1.
p p
d = (3 + mλ)2 − 32 = (3 + 0,5)2 − 32 = 1,80 m
4.2. INTERFÉRENCE

3.5.3
4.2.3 Expérience
Expérience de
de Young
Young
L’observation
L’observation réalisée
mentales
réalisée parpar Thomas
Thomas Young
Young enen 1801
1801 fût
fût une
une des
des premières
premières preuves
mentales de la nature ondulatoire de la lumière. Un rayonnement d’une source cohérente de
de la nature ondulatoire de la lumière. Un rayonnement d’une source
preuves expéri-
expéri-
cohérente de
y
lumière (ou de n’importe quel type d’ondes) est envoyé perpendiculairement
lumière (ou de n’importe quel type d’ondes) est envoyé perpendiculairement à deux minces à deux minces
fentes
fentes comme
comme l’illustre
l’illustre lala figure
figure 3.18.
4.11. Une
Une lumière
lumière est est cohérente
cohérente sisi tous
tous les
les rayons
rayons provenant
provenant
de
de la source sont en phase. L’observation (classique) attendue sur un écran situé après
la source sont en phase. L’observation (classique) attendue sur un écran situé après les
les
fentes
fentes est
suite
suite de
est de
de deux
de franges
deux points
points très
franges brillantes
brillantes et
très lumineux
lumineux sur
et sombres,
sur un
sombres, comme
un fond
fond noir.
comme l’illustrer
noir. L’observation
L’observation réelle
l’illustre2lala figure
figure 3.19.
4.12.
réelle est
est plutôt
plutôt une
une P
y

r2 P

✓ r1
d d ✓ r1
I

Figure 4.11 – Expérience de Young


Figure 3.18 – Expérience de Young
L’explication
L’explication de
de cette
cette réalité
réalité est
est basée
basée sur
sur l’interférence
l’interférence entre
entre les
les ondes
ondes provenant
provenant de
de
chaque fente. En effet, chaque fente agit comme une source secondaire
chaque fente. En effet, chaque fente agit comme une source secondaire de lumière. À un de lumière. À un
point
pointPPquelconque,
quelconque,les
lesondes
ondesprovenant
provenantde dechaque
chaquesource
sourceauront
aurontdonc
doncparcouru
parcouruuneunedistance
distance
différente.
différente. Pour un angle ✓ petit (si la distance L entre les fentes et l’écran est beaucoupplus
Pour un angle θ petit (si la distance L entre les fentes et l’écran est beaucoup plus
grande que la distance d entre les deux fentes), la différence de marche
grande que la distance d entre les deux fentes), la différence de marche est : est :

δ ==|r|r22− rr11||≃
'ddsin
sinθ✓ (4.9)
(3.13)

L’anglesous-tendant
L’angle sous-tendantlelepoint
pointPPpeut
peutaussi
aussiêtre
êtrecaractérisé
caractérisépar
parune
unedistance
distanceyy sur
surl’écran
l’écranpar
par
rapport au centre des fentes.
y
tan80
✓= (4.10)
L
Pour un petit angle d’observation sur l’écran, sin ✓ ' tan ✓, les équations 4.9 et 4.10 per-
mettent d’obtenir
3.5. INTERFÉRENCE

rapport au centre des fentes.


y
tan θ = (3.14)
L
Pour un petit angle d’observation sur l’écran, sin θ ≃ tan θ, les équations 3.13 et 3.14 per-
mettent d’obtenir
δ = d sin θ ≃ d tan θ
dy
δ=
L

Bien sûr, si on observe une frange brillante,


l’interférence est alors constructive ; elle est
destructive pour une frange sombre. La figure
3.19 illustre la succession des franges sombres
et brillantes observées lors de l’expérience de Figure 3.19 – Figure d’interférence
Young. Les conditions d’interférence (équations 3.9 et 3.11) s’appliquent toujours.

L’ordre des différents maxima d’intensité est l’entier m. Le pic central est caractérisé par
m = 0, les autres suivant dans l’ordre. Le dénombrement des maxima à partir du centre et
la valeur de m sont équivalents (huitième frange brillante correspond à m = 8). Ce n’est
pas la même chose pour les minima d’intensité. Le premier minimum d’un côté du centre
est calculé à partir de m = 0, et avec m = −1 de l’autre côté du centre. Du côté où m = 0
pour le premier minimum, le dénombrement des franges sombres est décalé par rapport à
la valeur de m (huitième frange sombre correspond à la condition d’interférence destructive
m = 7).

Exemple 3.8
Un laser envoie de la lumière rouge de 650 nm vers deux fentes séparées de 500 µm.
À quelle distance du pic central se trouvera la quatrième frange brillante sur l’écran
situé à 4 m ? Et la quatrième frange sombre ?

Solution
Une frange brillante fait référence à une interférence constructive. Le quatrième maxi-
mum après le central est relié à m = ±4. En utilisant les équations 3.9, 3.13 et 3.14,
on trouve :

δ = mλ
d sin θ = mλ
y
d = mλ
L
mλL ±4 × 650 × 10−9 × 4
⇒y= = = ±2,08 cm
d 500 × 10−6
Une frange sombre fait référence à une interférence destructive. Dans ce cas cependant,

81
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

le quatrième minimum est relié à m = 3, car le premier minimum est relié à m = 0.


1
δ = (m + )λ
2
1
d sin θ = (m + )λ
2
y 1
d = (m + )λ
L 2
(m + 12 )λL (3 + 12 ) × 650 × 10−9 × 4
⇒y= = = 1,82 cm
d 500 × 10−6
Il aurait également été possible d’utiliser m = −4 comme quatrième minimum, ce qui
aurait donné la même position, mais en négatif.

3.5.4 Intensité lumineuse

Comme nous l’avons vu précédemment lors de l’étude de la polarisation, l’intensité lu-


mineuse dépend du carré du champ électrique. Pour calculer l’intensité d’une onde résultant
d’une interférence, il faut tenir compte du champ électrique de chaque onde incidente. Ainsi,
supposons deux ondes

E1 = E sin(ωt)
E2 = E sin(ωt + ∆ϕ)

Comme les deux sources sont considérées en phase, le déphasage est relié à la différence de
marche.
∆ϕ δ
=
2π λ
2πδ
∆ϕ =
λ
Le champ électrique résultant peut être calculé avec l’identité trigonométrique sin A±sin B =
2 sin 2 cos 2 .
A±B A∓B
 

ωt + ∆ϕ − ωt
       
ωt + ∆ϕ + ωt 1 1
Etot = E2 + E1 = 2E sin cos = 2E sin ωt + ∆ϕ cos ∆ϕ
2 2 2 2

L’amplitude de cette onde stationnaire est 2E cos 21 ϕ , car le sinus est la partie qui varie


dans le temps. L’intensité lumineuse dépend du carré du champ électrique.


 
1
I = 4I0 cos 2
∆ϕ (3.15)
2

où I0 ∝ E 2 est l’intensité lumineuse d’une source. Ainsi, l’intensité lumineuse résultante de


l’interférence varie entre 0 et 4I0 , avec une moyenne de 2I0 .

82
3.5. INTERFÉRENCE

I
4I0

2I0

ϕ(rad)
π 2π 3π 4π 5π 6π 7π 8π

Figure 3.20 – Intensité lumineuse en fonction du déphasage


On remarque sur la figure précédente que les maxima et minima respectent bien ceux
énoncés aux équations 3.9 et 3.11.

Exemple 3.9
Deux fentes sont séparées d’une distance de 50 µm. Une lumière à 520 nm est projetée
vers les fentes. L’écran est à 80 cm des fentes.
a) Quelle proportion de l’intensité lumineuse maximale de la figure d’interférence
est à 7 mm du centre ?
b) Si on considère qu’il est impossible de différencier l’intensité maximale de 80 %
de sa valeur maximale, quelle est la largeur d’un maxima ?

Solution
Nous sommes en présence d’une situation de deux fentes, comme celle de Young.
a) Avec la position sur l’écran et les distances fournies, on peut trouver le déphasage
du point observé.

dy (50 × 10−6 )(7 × 10−3 )


δ = d sin θ = = = 4,375 × 10−7 m = 437,5 nm
L 0,8
On peut transformer cette différence de marche en déphasage.
∆ϕ δ
=
2π λ
2πδ 2π × 437,5 × 10−9
∆ϕ = = = 5,29 rad
λ 520 × 10−9
On peut alors trouver l’intensité lumineuse à ce point par l’équation 3.15.
   
2 1 2 1
I = 4I0 cos ∆ϕ = 4I0 cos × 5,29 = 3,09I0
2 2

83
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

L’intensité maximale de la figure d’interférence étant de 4I0 , on trouve l’intensité


relative en divisant l’intensité obtenue par l’intensité maximale. On trouve alors
une intensité relative de 77,1 %.
b) À partir de l’intensité relative fournie, et en se rappelant qu’elle fait référence à
l’intensité résultante maximale de 4I0 , on peut trouver le déphasage.
 
2 1
I = 4I0 cos ∆ϕ = 0,8(4I0 )
2
 
2 1
0,8 = cos ∆ϕ
2
 p 
∆ϕ = 2 × arccos ± 0,8 = ±0,927 rad ou ± 5,36 rad

Les solutions ∆ϕ = 0,927 rad et ∆ϕ = −0,927 rad correspondent à une intensité


relative de 80 % de chaque côté de la frange brillante située au centre de l’écran.
Pour déterminer la largeur de la frange brillante centrale, il suffit donc de dé-
terminer la position sur l’écran de ces deux déphasages. Pour le déphasage de
∆ϕ = 0,927 rad,
∆ϕ δ
=
2π λ
λ∆ϕ 520 × 10−9 × 0,927
δ= = = 76,7 nm
2π 2π
On peut trouver la position sur l’écran par la relation avec la différence de marche
géométrique.
dy
δobs = δgeo = d sin θ =
L
δobs L 76,7 × 10−9 × 0,8
y= = = 1,23 mm
d 50 × 10−6
Par symétrie, le déphasage de ∆ϕ = −0,927 rad donne une position sur l’écran
de −1,23 mm. La distance entre ces deux positions donne la largeur de la frange
brillante, soit 2,46 mm.

3.5.5 Pellicules minces

Le phénomène d’interférence est responsable de plusieurs observations quotidiennes comme


la couleur dans les bulles de savon et dans les flaques d’huile. Il s’agit de situations repré-
sentées par l’interaction de la lumière avec ce qu’on appelle une pellicule mince.

Une pellicule mince est formée par un milieu d’indice de réfraction np et d’épaisseur
e. D’un côté de la pellicule mince se trouve un milieu d’indice de réfraction n1 d’où la

84
3.5. INTERFÉRENCE

I
1 2

n1
A
e np

n2 B

Figure 3.21 – Interférence dans une pellicule mince

lumière incidente provient. De l’autre côté de la pellicule mince se trouve un milieu d’indice
de réfraction n2 (voir figure 3.21). Par exemple, pour une flaque d’huile, l’huile forme une
pellicule mince entourée par l’air (n1 ) d’un côté et l’eau (n2 ) de l’autre côté. Afin qu’un
phénomène d’interférence soit observé, l’épaisseur de la pellicule mince doit être de l’ordre
de la longueur d’onde de la lumière, d’où le nom de pellicule mince.

Observons un rayon lumineux incident (I) se dirigeant vers la pellicule mince. Au contact
du dioptre formé par l’interface entre n1 et np , le rayon se scindera en deux parties : une
partie réfractée et une partie réfléchie. La grande majorité du rayonnement (plus de 90 %)
est réfractée, une faible partie est réfléchie. Le rayon réfracté traverse la pellicule mince
jusqu’au deuxième dioptre formé par l’interface entre np et n2 où il est encore divisé en une
partie réfractée et une autre réfléchie. La partie réfléchie revient vers le premier dioptre et se
divise à nouveau par réfraction et réflexion. Ces divisions se poursuivent pour la partie du
rayonnement restant dans la pellicule, mais son intensité diminue rapidement sachant que
moins de 10 % de l’intensité est réfléchie à chaque contact avec un dioptre. Les rayons qui
nous intéressent sont les rayons 1 et 2 représentés à la figure 3.21. Ces deux rayons interfèrent
et les conditions de la pellicule mince (épaisseur et indice de réfraction de chaque milieu)
déterminent quel type d’interférence se produit (constructive ou destructive).

Bien que la figure 3.21 illustre le cas général où le rayonnement incident possède un angle
incident quelconque, nous allons nous limiter à l’étude du rayonnement incident normal.
Tous les rayonnements réfléchis et réfractés sont alors le long de la normale aux dioptres.
Les rayons seront tout de même représentés comme à la figure 3.21 car il serait difficile de
distinguer les différents rayons si nous les traçons de façon normale à la surface.

L’interférence entre les rayons 1 et 2 est déterminée par la différence de phase entre
ceux-ci. Commençons par étudier la phase de chacun des rayons séparément. Pour le rayon
1, son seul changement de phase est lié à sa réflexion au point A. Comme pour la réflexion
d’une onde sur une corde, la réflexion pour une onde lumineuse peut être dure ou molle.
Une réflexion dure a lieu lorsque l’indice de réfraction du milieu incident est plus petit que
l’indice de réfraction du milieu réfringent. Une réflexion dure a comme effet d’inverser la
forme de l’onde. Sur une onde périodique, cela correspond à un déphasage de π radians. À
l’inverse, si l’indice de réfraction du milieu incident est plus grand que l’indice de réfaction du

85
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

milieu réfringent, il s’agit d’une réflexion molle et l’onde lumineuse ne subit aucun déphasage.
Pour le rayon 1, le déphasage dû à sa réflexion au point A (ϕA ) dépend donc des indices de
réfraction et est donné par :
(
0 si n1 > np
ϕA =
π si n1 < np

Pour ce qui est du rayon 2, son déphasage a deux parties. Premièrement, le rayon 2 subit
une réflexion au point B. Comme pour le rayon 1, le déphasage relié à sa réflexion dépend
des indices de réfaction.
(
0 si np > n2
ϕB =
π si np < n2

Deuxièmement, le rayon 2 parcourt une distance plus grande que le rayon 1. Cette différence
de marche introduit également un déphasage. Comme le rayon 2 fait un aller-retour dans
la pellicule mince et que nous traitons le rayonnement incident normal, cette différence de
marche est de

δ = 2e.

Pour transformer cette différence de marche en déphasage (ϕδ ), on utilise

δ ϕδ
=
λn 2π
2πδ 2π(2e)
ϕδ = =
λn λ0 /np
4πnp e
ϕδ = (3.16)
λ0
L’aller-retour se faisant dans la pellicule mince, c’est cet indice de réfraction qui est considéré.

Le déphasage total subit par le rayon 2 est donc

ϕ2 = ϕB + ϕδ

et la différence de phase entre les rayons 1 et 2 est donnée par

∆ϕ = ϕ2 − ϕ1 = (ϕδ + ϕB ) − ϕA .

Comme les rayons 1 et 2 proviennent initialement du même rayonnement incident, ils sont
initialement en phase. Les conditions d’interférence entre les deux rayons sont alors
(
(m + 12 )2π si l’interférence est destructive
∆ϕ = (3.17)
m · 2π si l’interférence est constructive

86
3.5. INTERFÉRENCE

où m est un entier. Lorsque la différence de phase n’est pas un facteur entier de π, l’interfé-
rence est intermédiaire, entre l’interférence destructive et constructive.

Selon les équations 3.16 et 3.17, la différence de phase dépend en partie de la longueur
d’onde de la lumière. Si une lumière blanche incidente est envoyée vers la pellicule mince,
certaines longueurs d’onde donneront des conditions d’interférence constructive et seront ac-
centuées tandis que d’autres longueurs d’onde correspondront à des conditions d’interférence
destructive et seront atténuées. De plus, dans nos exemples initiaux de flaque d’huile et de
bulles de savon, l’épaisseur de la pellicule mince n’est pas uniforme. Selon l’équation 3.16, la
différence de phase dépend également de l’épaisseur de la pellicule mince. Ainsi, si l’épais-
seur change, cela change également les longueurs d’onde qui correspondent aux conditions
d’interférence constructive et destructive. C’est ce qui est à l’origine des différentes couleurs
observées dans ces situations.

Exemple 3.10
Une pellicule d’huile de moteur d’automobile ayant un indice de réfraction de 1,40
repose sur une flaque d’eau (neau = 1,33). Son épaisseur est de 1,2 µm.
a) Quelle(s) longueur(s) d’onde dans le spectre visible est(sont) accentuées ?
b) Quelle(s) longueur(s) d’onde dans le spectre visible est(sont) atténuées ?

Solution
Nous sommes en présence d’une situation avec une pellicule mince d’une épaisseur
connue. Calculons d’abord la différence de phase entre les rayons réfléchis. Pour le
rayon 1, la réflexion au point A est dure car l’indice de réfraction du milieu incident
(nair = 1) est plus petit que l’indice de réfraction du milieu réfringent (nhuile = 1,40).

ϕA = π

Pour le rayon 2, sa réflexion au point B est molle puisque l’indice de réfraction du milieu
incident (nhuile = 1,40) est plus grand que l’indice de réfraction du milieu réfringent
(neau = 1,33).

ϕB = 0

Le déphasage lié à la différence de marche du rayon 2 est donné par l’équation 3.16.
4πnp e
ϕδ =
λ0
La différence de phase entre les deux rayons est donc donnée par :

∆ϕ = ϕ2 − ϕ1 = (ϕδ + ϕB ) − ϕA
 
4πnp e 4πnp e
∆ϕ = +0 −π = −π
λ0 λ0

87
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

a) Si les longueurs d’onde sont accentuées, nous sommes en présence d’une interfé-
rence constructive. La différence de phase est donc

∆ϕ = 2mπ
4πenp
− π = 2πm
λ0
4πenp
= (2m + 1)π
λ0
4enp
λ0 =
2m + 1
Plusieurs longueurs d’onde sont accentuées. Pour déterminer celles situées dans
le domaine du spectre visible, déterminons les valeurs de m pour les extrêmes
du spectre visible, soit 400 et 700 nm. La valeur de m lorsque la longueur d’onde
est de 400 nm est
 
1 4enp
m= −1
2 λ0
1 4 × 1,2 × 10−6 × 1,40
 
m= − 1 = 7,9
2 400 × 10−9
Pour la longueur d’onde de 700 nm, m = 4,3. Comme m est un entier, les valeurs
possibles de m sont 5, 6, et 7. Pour chacune de ces valeurs, la longueur d’onde
peut être calculée à partir de la même équation. On obtient des longueurs d’onde
de 611 nm (m = 5), 517 nm (m = 6) et 448 nm (m = 7).
b) Si les longueurs d’onde sont atténuées, nous sommes en présence d’une interfé-
rence destructive. La démarche est la même, seulement les conditions d’interfé-
rence [Link] différences de phase sont donc
1
∆ϕ = (m + )2π
2
4πnp e 1
− π = (m + )2π
λ0 2
4enp
λ0 =
2m + 2
Plusieurs longueurs d’onde sont atténuées. Utilisons les longueurs d’onde limites
du spectre visible pour déterminer les valeurs limites de m.
 
1 4enp
m= −2
2 λ0
Pour une longueur d’onde de 400 nm, m = 7,4 et pour une longueur d’onde
de 700 nm. m = 3,8. Les valeurs de m possibles sont donc 4, 5, 6 et 7. Les
longueurs d’onde obtenues pour chacune de ces valeurs sont 672 nm (m = 4),
560 nm (m = 5), 480 nm (m = 6) et 420 nm (m = 7).

88
3.5. INTERFÉRENCE

Coins

Un coin est une pellicule mince d’épaisseur variable. En fait, son épaisseur varie linéaire-
ment avec la distance transversale. Une autre particularité d’un coin est qu’il est nécessai-
rement composé de seulement deux matériaux : un matériau composant le coin et un autre
dans lequel ce dernier baigne. La figure 3.22 illustre un coin d’air entouré de verre. L’angle
du coin est généralement très petit, car sa hauteur est de l’ordre du micromètre. Un coin
permet de mesurer l’épaisseur d’un petit élément, comme un bout de cheveu pris entre les
deux plaques de verre.
O
P

∆e

Figure 3.22 – Coin de verre dans l’air

Comme pour une pellicule mince, l’interférence dans un coin est formée par deux rayons
réfléchis, un à chaque surface du coin. Le changement d’épaisseur du coin forme une succes-
sion de franges brillantes et sombres où les conditions d’interférence constructive et destruc-
tive alternent. Ce qui nous intéresse dans un coin est la comparaison entre les conditions
d’interférence de deux points où l’épaisseur du coin est différente.

Prenons l’exemple des points O et P de la figure 3.22. À chaque point, le rayon incident
est réfléchi directement à la surface supérieure du coin (verre-air) ; c’est le rayon le plus grand
sur la figure. La partie réfractée du rayon traverse le coin, est réfléchie vers le haut par la
surface inférieure du coin (air-verre), puis réfractée ; c’est le rayon à la sortie le plus petit
sur la figure.

On pourrait étudier les point O et P individuellement, mais c’est la différence entre les
deux qui nous intéresse. Ainsi, regardons ce qui différencie l’interférence observée aux points
O et P. D’abord, les réflexions du rayon directement réfléchi et de celui qui est réfléchi après
avoir traversé le coin sont les mêmes aux points O et P. Ainsi, comme les réflexions aux
points O et P sont les mêmes, celles-ci n’amènent pas de différence de phase.

La différence entre les interférences des points O et P est seulement la différence de marche
supplémentaire parcourue par le rayon au point O. En terme de phase, cette différence de
marche est donnée par
δ ∆ϕ
=
λn 2π
2π × δ 2π × 2∆e
∆ϕ = =
λn λn

89
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

Cette différence de parcours entre les deux points produit une interférence, qui est observée
par les franges produites par le coin. Il faut alors compter le nombre de franges d’interférence
entre les deux points considérés. Dans notre cas, on a ∆ϕobs = 2π × 6. On trouve ainsi un
lien entre l’épaisseur entre deux points et le nombre de franges observé entre lesdits points.

Exemple 3.11

Vous placez un cheveu entre deux plaques de verre (nverre = 1,5) ayant une longueur de
10 cm. Le cheveu est placé à l’extrémité des plaques. En utilisant un laser de 650 nm,
vous observez 16 franges sombres par cm.
a) Quel est le diamètre du cheveu ?
b) Comment varierait la figure d’interférence si l’expérience était réalisée dans
l’eau ?

Solution
a) Lorsque le cheveu est placé entre les deux plaques de verre, un coin d’air est
formé. Ainsi, la longueur d’onde dans le coin d’air est la longueur d’onde dans
le vide (λn = λ0 ). La hauteur du coin est le diamètre du cheveu, sa longueur est
de 10 cm.
Pour l’ensemble de la longueur du coin, le nombre de franges d’interférence sera

∆m = 16 fr/cm × 10 cm = 160 fr

On peut alors trouver la variation d’épaisseur correspondant à cette observa-


tion. Cette variation d’épaisseur est directement proportionnelle au diamètre du
cheveu.

∆ϕ = 2π∆m
2π × 2D
= 2π∆m
λ0
∆m 160
D= λ0 = × 650 × 10−9 = 52 µm
2 2

b) La longueur d’onde dans l’eau est plus petite que la longueur d’onde dans l’air
(λn = λ0 /n). Pour une même épaisseur de cheveu et une plus petite longueur
d’onde, le nombre de franges d’interférence (∆m) doit augmenter.

2D 2Dn 2 × 52 × 10−6 × 1,33


∆m = = =
λn λ0 650 × 10−9
∆m = 212,8 ≃ 213

90
3.5. INTERFÉRENCE

3.5.6 Interféromètre de Michelson

Le phénomène d’interférence est utile pour mesurer certaines quantités comme l’indice
de réfraction d’un matériau et la concentration de certains éléments. L’interféromètre de
Michelson est un instrument particulièrement précis et simple utilisé à cet effet. Il est illustré
sur la figure 3.23.

M2

P
source

M1 M1

Figure 3.23 – Interféromètre de Michelson

Un interféromètre de Michelson est formé d’une plaque semi-transparente et de deux


miroirs (voir figure 3.23). La lumière émise par une source est dirigée vers la plaque semi-
transparente P qui scinde la lumière en deux parties : une moitié qui traverse la plaque et
se dirige vers le miroir M1 et l’autre moitié qui est réfléchie par la plaque et se dirige vers le
miroir M2 . La lumière traversant la plaque semi-transparente est réfléchie par le miroir M1
et une partie du rayonnement est ensuite réfléchie à nouveau par la plaque semi-transparente
pour se diriger vers un écran E. Quant à la lumière incidente réfléchie par la plaque semi-
transparente, elle est réfléchie par le miroir M2 et une partie du rayonnement traverse ensuite
la plaque semi-transparente jusqu’à l’écran E.

Ainsi, deux rayons seront observés. Il y aura donc interférence, et selon les distances
entre P et M1 ainsi qu’entre P et M2 , l’interférence pourra être constructive ou destructive.
Mais l’intérêt principal de l’interféromètre de Michelson n’est pas dans la figure initiale,
conséquence de ces deux parcours, mais plutôt sa variation suite à des changements dans le
système.

Mesure de longueur d’onde

Un interféromètre de Michelson possède un miroir fixe (M2 ) et un miroir mobile (M1 ).


Lorsque le miroir M1 est déplacé, cela signifie que la distance parcourue par ce rayon chan-
gera. Par rapport à la situation initiale (avant de déplacer le miroir), le rayon réfléchi par le
miroir mobile aura parcouru une distance différente et cela créera une différence de marche.

91
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

Cette différence de marche est liée au changement de la figure d’interférence. Par exemple, si
la figure d’interférence reste la même, c’est que le rayon réfléchi par le miroir mobile a repris
la même phase qu’avant son déplacement, ce qui correspond à une différence de marche égale
à un nombre entier de longueur d’onde

δ = ∆mλ

où ∆m représente le nombre de franges qui ont défilé lors du déplacement du miroir. Dans
une situation où les franges brillantes et sombres sont inversées suite au déplacement du
miroir, alors ∆m prendrait des valeurs demi-entières.

Comme le rayon réfléchi par le miroir mobile fait un aller-retour, un déplacement d du


miroir aura pour effet d’engendrer une différence de marche δ = 2d. En reliant la différence
de marche aux changements observés dans la figure d’interférence, il est alors possible de
déterminer la longueur du rayonnement.

Exemple 3.12

Si la figure d’interférence est inversée (les franges brillantes deviennent sombres et


les sombres, brillantes) avec de la lumière de 600 nm, de quelle distance un miroir de
l’interféromètre de Michelson a-t-il été déplacé ?

Solution
L’inversion de la figure d’interférence signifie que la différence de marche est d’une
demie longueur d’onde.

λ 600 × 10−9
δ= = = 300 nm
2 2
Cette modification de la figure d’interférence provient de l’augmentation du parcours
du rayon par l’aller-retour supplémentaire d’une distance d.

δ = 2d

On trouve alors
λ
= 2d
2
λ 600 × 10−9
d= = = 150 nm
4 4

Mesure d’indice de réfraction

Il est aussi possible de mesurer des indices de réfraction (et donc la concentration de
certains éléments dans une solution) à l’aide d’un interféromètre. Si on insère une lame

92
3.5. INTERFÉRENCE

d’épaisseur e entre la plaque semi-transparente et un miroir, la longueur d’onde à l’intérieur


de la lame changera et cela créera un déphasage, ce qui affectera la figure d’interférence.

En effet, si un rayon initiale-


ment dans l’air traverse une lame
ou une cavité dont l’indice de ré-
fraction est plus élevé, la longueur
d’onde sera plus petite dans cet
autre milieu. La figure 3.24 illustre
le changement de longueur d’onde
Figure 3.24 – Modification de la longueur d’onde lors
lorsque le rayonnement entre dans
d’un changement de milieu.
la cavité en pointillé. Sur la figure
d’interférence, le défilement de franges est encore représenté par ∆m, comme dans le cas du
déplacement du miroir. Toutefois, ce décalage n’est plus relié à la différence de marche mais
plutôt au nombre de longueurs d’onde qui n’est pas le même avant ou après l’insertion de
la lame. Lorsque le rayon passe à travers la lame, la lumière parcourt une distance de 2e
(aller-retour) dans la lame et le nombre de longueurs d’onde est donnée par

2e 2e
#λlame = = λ0
λlame n
2ne
#λlame = .
λ0

Sans la lame, le nombre de longueurs d’onde pour la même distance est donné par

2e
#λ0 = .
λ0

Le nombre de franges qui défilent (∆m) correspond à la différence entre le nombre de lon-
gueurs d’onde avant (#λ0 ) et après (#λlame ) l’insertion de la lame.

∆m = #λlame − #λ0
2ne 2e
∆m = −
λ0 λ0
2e
∆m = (n − 1) . (3.18)
λ0

Exemple 3.13
Si, en insérant un gaz d’indice de réfraction inconnu dans une cavité de longueur
e = 100 µm, on observe le déplacement des franges sombres en franges brillantes et
vice-versa, quel est l’indice de réfraction de ce gaz ? La lumière utilisée est de 500 nm.

93
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

Solution
Le déplacement d’une frange brillante à la frange sombre adjacente correspond à un
défilement d’une demie-frange (∆m = 1/2). En isolant l’indice de réfraction dans
l’équation 3.18,

∆mλ0 (0,5)(500 × 10−9 )


n=1+ =1+ = 1,001 25
2e 2(100 × 10−6 )

3.5.7 Fentes multiples

Nous avons étudié le cas de la lumière passant par deux fentes à travers l’expérience de
Young. Qu’en est-il si le nombre de fentes augmente ? C’est ce que nous allons regarder dans
cette section.
4.2. INTERFÉRENCE
Si plusieurs fentes sont présentes, l’interférence se fera entre l’ensemble de celles-ci, comme
l’illustre la figurefentes
Si plusieurs [Link]
On remarque
présentes, que l’écart de se
l’interférence phase
fera ∆θ entre
entre deux sources
l’ensemble est toujours
de celles-ci, comme
constant, ce qui nous permet d’écrire les équations de l’onde émanant de chaque fente
l’illustre la figure 4.18. On remarque que l’écart de phase ✓ entre deux sources est toujours comme
constant, ce qui nous permet d’écrire les équations de l’onde émanant de chaque fente comme
y1 (x, t) = A sin(kx − ωt + ϕ) = A sin(θ)
y2 (x, t)y1=(x,
At)sin(kx − ωt + ϕ!t
= A sin(kx + )==AAsin(θ
+ ∆θ) sin(✓)+ ∆θ)
y3y(x,
2 (x,
t) t)==A Asin(kx − ωt!t
sin(kx ++ϕ ++ 2∆θ) ✓)==AAsin(θ
sin(✓++2∆θ)
✓)
y3 (x, t) = A sin(kx y4!t (x,+t) =+... ✓) = A sin(✓ + 2 ✓)
y4 (x, t) = ...

d
d ✓

2 ✓

2 ✓
Figure 4.18 – Fentes multiples
Figure 3.25 – Fentes multiples
Pour
Pourréaliser
réaliserune
unetelle
telleaddition,
addition,nous
nousallons
allonsutiliser
utiliserles
lesvecteurs
vecteursde deFresnel.
[Link]
Lesfonctions
fonctions
trigonométriques à additionner sont les composantes verticales d’un vecteur de
trigonométriques à additionner sont les composantes verticales d’un vecteur de longueur AA longueur
tournant
tournant dans
dans un
un cercle
cercle trigonométrique,
trigonométrique, comme
comme l’illustre
l’illustre lala figure
figure 3.26.
4.19.
sin ✓ 94

✓+2 ✓
3.5. INTERFÉRENCE

sin θ

θ + 2∆θ
A sin θ
θ y = y1 + y2 + y3
cos θ
θ + ∆θ

Figure 3.26 – Vecteur de Fresnel Figure 3.27 – Addition avec de vecteurs de Fresnel
Ainsi, si on a plusieurs ondes à additionner, on peut mettre bout à bout les vecteurs de
chaque onde et prendre la composante verticale du résultat comme somme. La figure 3.27
illustre un exemple.

Avec la représentation des vecteurs de Fresnel, il sera possible d’observer les conditions
d’interférence à plusieurs fentes pour avoir un maximum principal, un minimum ou un maxi-
mum secondaire. Pour ce faire, nous considérerons que la phase commune θ = π2 pour illustrer
l’intensité de la première fente. Ainsi, si l’écart de phase ∆θ est nul ou de 2π, tous les vec-
teurs seront alignés et le maximum est alors très intense. C’est le maximum principal, tel
qu’illustré sur la figure 3.28.

∆θ = π 2π
∆θ = 3

π
∆θ = 2 2π
∆θ = 5

Figure 3.28 – Maxima principaux selon Figure 3.29 – Premier minimum selon
le nombre de fentes le nombre de fentes
Il est également possible de trouver par des dessins l’écart de phase minimal pour avoir
un minimum. La figure 3.29 illustre le cas de deux à cinq fentes. On remarque alors que
l’écart de phase pour la situation du premier minimum change selon le nombre de fentes de
π = 2π2
, 2π
3
, π2 = 2π
4
à 2π
5
. On trouve ainsi que la condition pour le premier minimum, autant
pour l’écart de phase que pour la différence de marche, sont

2π λ
∆θ = ,δ = . (3.19)
N N

95
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

Ainsi, selon la figure 3.28, plus le nombre de fentes est grand, plus le maximum princi-
pal sera grand. De plus, l’augmentation du nombre de fentes rend plus étroit ces maxima
principaux, car le premier minimum se rapproche de manière inversement proportionnelle
au nombre de fentes (comme on l’a vu dans le traitement de la figure 3.29). On peut ainsi
illustrer l’intensité lumineuse en fonction de la position sur l’écran pour deux et huit fentes,
comme le fait la figure 3.30.
I

8 fentes
2 fentes

Figure 3.30 – Intensité selon le nombre de fentes

3.5.8 Réseaux

Un réseau est une série de minces fentes séparées par une distance uniforme, comme le
montre la figure 3.31. Un réseau avec un grand nombre de fentes sera utile pour séparer des
éléments lumineux rapprochés, car, comme mentionné dans la section précédente, plus le
nombre de fentes sera élevé, plus les maxima principaux seront intenses et étroits.

On remarque sur la figure 3.31 que la condition d’interférence constructive est observée
entre deux fentes successives. La figure d’interférence ressemblera alors à la figure 3.32. Cela
signifie, comme illustré à la figure 3.28 de la section précédente, que l’interférence entre toutes
les fentes sera constructive, ce qui explique l’intensité du maximum.

La condition pour l’observation d’un maximum d’intensité est celle d’une interférence
constructive entre deux fentes.

∆θ = 2πm, m ∈ Z
δ ≃ d sin θ = mλ, m ∈ Z (3.20)

La distance d entre chaque fente est appelée le pas du réseau. Il est à noter que l’angle
des raies (maxima principaux) observées est souvent grand, ce qui ne permet pas toujours
l’utilisation de l’approximation des petits angles.

96
y

Figure 4.23 – Intensité selon le nombre de fentes


3.5. INTERFÉRENCE

=
d

Figure 4.24 – Réseau


Figure 3.31 – Réseau

signifie, comme illustré à la figure 4.21 de la section précédente, que l’interférence entre toutes
les fentes sera constructive, ce qui explique l’intensité du maximum.

La condition pour l’observation d’un maximum d’intensité est celle d’une interférence
constructive entre deux fentes.
Figure 3.32 – Figure de diffraction d’un réseau
✓ = 2⇡m, m 2 Z
Exemple 3.14 ' d sin ✓ = m , m 2 Z (4.16)

Le pas d’un réseau est de 20 µm. Le maximum de deuxième ordre est à 9 cm du centre,
Lasur un écran
distance situé chaque
d entre à 150 cm. Quelle
fente est longueur
appelée led’onde estréseau.
pas du utiliséeIl? est à noter que l’angle
des raies (maxima principaux) observées est souvent grand, ce qui ne permet pas toujours
l’utilisation de l’approximation des petits angles.
Solution
Les raies des réseaux correspondent à la condition
129 d’interférence constructive de l’ex-
périence de Young. Ainsi,

d sin θ = mλ
y
d = mλ
L
dy 20 × 10−6 × 9 × 10−2
λ= = = 600 nm
mL 2 × 1,5

3.5.9 Résolution des réseaux

La résolution d’un réseau est la capacité de distinguer des maxima d’intensité pour des
rayonnements avec des longueurs d’onde différentes, mais rapprochées. Comme nous l’avons

97
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

vu précédemment, plus le nombre de fentes d’un réseau est important, plus ses maxima sont
intenses et étroits. La résolution d’un réseau dépend donc du nombre de fentes.

La limite d’observation de deux éléments lumineux


distincts est que la position du premier minimum d’un
rayonnement corresponde à la position du maximum λ λ + ∆λ
de l’autre rayonnement, et vice-versa. La figure 3.33
illustre le tout. Les différences de marche reliées à ces
positions dépend du nombre de fentes N du réseau,
comme nous l’avons vu à la section précédente.

δ1 = m(λ + ∆λ)
 
1
δ2 = m + λ
N
Figure 3.33 – Limite de résolu-
Pouvoir de résolution tion

Ces deux points étant les mêmes, les deux différences de marche sont identiques. On
trouve alors le pouvoir de résolution R d’un réseau de diffraction.
λ
m∆λ =
N
λ
⇒R= = Nm (3.21)
∆λ

Le pouvoir de résolution est défini comme étant la plus petite variation de longueur d’onde
observable autour d’une certaine longueur d’onde. Il n’a pas d’unités. Il dépend linéairement,
par le traitement précédent, du nombre de fentes N et de l’ordre d’observation m. Plus il y a
de fentes ou plus l’observation est réalisée à un ordre important, plus le pouvoir de résolution
est grand. Cependant, il est souvent impossible d’utiliser les ordres supérieurs à 2 (et même à
1), car la fin de l’ordre précédent se confond avec le début de l’ordre d’intérêt. C’est pourquoi
le nombre de fentes est le critère pratique le plus important dans le pouvoir de résolution
d’un réseau.

Pouvoir de dispersion

Le pouvoir de dispersion D mesure l’étalement des raies. Il est généralement calculer


autour du pic central. Pour le calculer, il faut d’abord trouver l’angle entre deux raies d’ordre
successifs, ∆θ. Pour cela, il suffit de prendre la différentielle de l’équation des maxima pour
les réseaux (équation 3.20).

d sin θ = mλ
d cos θ∆θ = m∆λ

98
3.5. INTERFÉRENCE

Par définition du pouvoir de dispersion, on trouve alors


∆θ m
⇒D= = (3.22)
∆λ d cos θ
Les unités du pouvoir de dispersion sont l’inverse des mètres (m−1 ). Plus le pouvoir de
dispersion est grand, plus la distance séparant les pics sont grands.

Exemple 3.15
Un réseau de 2 cm possédant 3000 lignes est éclairé par la longueur d’onde moyenne
visible de 550 nm.
a) Quels sont les pouvoirs de résolution et de dispersion de ce réseau au premier
ordre ?
b) Quel écart de longueur d’onde pourrait-on observé au deuxième ordre ?

Solution
Dans un réseau, on observe des raies brillantes par interférence constructive.
a) Le pouvoir de résolution est défini par l’équation 3.21.
R = N m = 3000 × 1 = 3000
Pour trouver le pouvoir de dispersion, il faut d’abord calculer l’angle relié à la
longueur d’onde d’intérêt. Pour ce faire, il faut d’abord trouver le pas du réseau.
Nd = L
L 0,02
d= = = 6,67 µm
N 3000
Cela peut se faire par la condition d’interférence constructive, dans un réseau
(équation 3.20).
d sin θ = mλ
1 × 550 × 10−9
   

θ = arcsin = arcsin = 4,73 °
d 6,67 × 10−6
On peut alors utiliser la définition du pouvoir de dispersion (équation 3.22).
m 1
D= = = 151 × 103 m−1
d cos θ 6,67 × 10−6 cos 4,73
b) Puis qu’on cherche au 2e ordre, le pouvoir de résolution sera de 6000. Il reste
alors à déterminer l’écart de longueur d’onde pouvant être observé. On peut le
calculer par la définition du pouvoir de résolution.
λ
R=
∆λ
λ 550 × 10−9
∆λ = = = 0,091 67 nm
R 6000

99
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

3.6 Diffraction
Comme nous l’avons vu dans la section précédente, la lumière passant par deux fentes
interfère. La largeur des fentes n’a cependant jamais été prises en compte. Ainsi, qu’arrive-
t-il si on considère que la fente traversée par la lumière a une certaine largeur a ? La réponse
à cette question dépend de la largeur de la fente.

Si la fente est très large (a ≫ λ), la lumière passant par le trou poursuit son chemin en
ligne droite, comme sur la figure 3.34. La diffraction commence à apparaître lorsque la fente
est plus étroite (a > λ), mais elle apparaît réellement lorsque la largeur de la fente est de
l’ordre de la longueur d’onde (a ∼ λ).

a >> λ a>λ a∼λ

Figure 3.34 – Aucune dif- Figure 3.35 – Début de dif- Figure 3.36 – Diffraction
fraction par une large fente fraction par une fente étroite

Ce phénomène est utilisé dans les appareils photographiques et dans notre oeil. Dans
chaque cas, une petite ouverture (la pupille ou le diaphragme) permet l’observation des
détails plus ou moins petits. Nous verrons d’ailleurs que la grandeur de la fente est reliée à
la grandeur des détails pouvant être observés. Précédemment, nous étudierons précisément
le phénomène de diffraction.

3.6.1 Diffraction par une fente

Une fente ayant une certaine largeur a peut être vue comme étant une série de sources
secondaires alignées sur cette distance a, comme le montre la figure 3.37. Observons les
conditions d’interférence destructives.

100
4.3.1 Diffraction par une fente

Une fente ayant une certaine largeur a peut être vue comme yétant une série de sources
secondaires alignées sur cette distance a, comme le montre la figure
[Link]. Observons les
DIFFRACTION
conditions d’interférence destructives.
y


a a

I I

=
=

4.30 –– Diffraction
Figure3.37
Figure Diffraction par
par une
une fente
fente
Dans la figure 3.37, la fente est formée par 12 sources secondaires. Il s’agit d’un nombre
arbitraire
Dans la utilisé
figurepour sa la
4.30, symétrie,
fente estmais nouspar
formée aurions pu utiliser
12 sources n’importe
secondaires. Il quel
s’agitautre
d’unnombre.
nombre
Nous allonsutilisé
arbitraire séparer la sa
pour fente en deux
symétrie, parties
mais nous égales
aurionsformées de six
pu utiliser sources,quel
n’importe la partie
autre du haut
nombre.
contient les sources
Nous allons séparer 1la àfente
6 (duen haut
deux vers le bas)
parties et formées
égales la partiededu
sixbas contient
sources, les sources
la partie 7
du haut
àcontient
12 (également du haut
les sources 1 à 6vers
(dulehaut
bas).vers
Si les sources
le bas) 1 et
et la 7 sont
partie duenbasinterférence
contient les destructive
sources 7
(comme sur la figure 3.37), alors, par symétrie, il y aura également interférence destructive
pour les autres paires de sources 2 et 8, 3 133 et 9, etc. Comme nous regardons la situation
d’interférence destructive, un minimum de l’intensité lumineuse sera observé sur l’écran.
Dans cette situation, la différence de marche entre chaque paire de sources est de 21 λ. Par le
même raisonnement que pour l’expérience de Young, on trouve que la différence de marche
est alors donnée par
a
δ= sin θ
2
a λ
sin θ =
2 2
a sin θ = λ.

Nous avons séparé la fente en deux afin d’utiliser la symétrie du problème, mais nous
aurions aussi pu la scinder en quatre parties. Dans ce cas, chaque partie serait formée par
trois sources. Si les sources 1 et 4 sont en interférence destructive, ce sera également le cas
pour les autres paires de sources. Dans ce cas, la différence de marche est donnée par
a
δ= sin θ
4

ce qui donne comme condition d’interférence destructive


a λ
sin θ =
4 2
a sin θ = 2λ.

101
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

De façon générale, il est donc possible d’utiliser la symétrie du problème en divisant notre
fente par un nombre pair. Prenons 2M où M ∈ Z∗ (rappelons que Z∗ est l’ensemble formé
par les nombres entiers non nuls) pour représenter l’ensemble des nombres pairs non nuls
(nous reviendrons à l’exclusion du 0). La condition d’interférence destructive devient

a λ
sin θ =
2M 2
a sin θ = M λ, avec M ∈ Z∗ . (3.23)

Les valeurs positives de M sont associées à un côté du centre de l’écran et les valeurs négatives
à l’autre côté.

Les maxima se trouvant entre les minima, la condition pour avoir un maximum de dif-
fraction est donc le complément.
 
1
δ ≃ a sin θ = M+ λ, M ∈ Z∗ (3.24)
2

L’approximation des petits angles est encore utilisée dans cette situation pour la comparaison
de la largeur de la fente par rapport à la distance entre la fente et l’écran. Le résultat de ce
phénomène de diffraction est illustré sur les figures 3.38 et 3.40. Le maximum d’intensité au
centre de l’écran est appelé pic central et est délimité par le premier minimum de diffraction
de chaque côté du centre. Ainsi, ce n’est pas un minimum, mais un maximum qui est présent
au centre, d’où l’exclusion de la valeur nulle dans les conditions de minima et maxima de
diffraction (équations 3.23 et 3.24).

En observant la relation des minima de diffraction, on remarque l’intervalle constant entre


les minima et les maxima secondaires. Aussi, plus la fente est étroite, plus le pic central et
les différents maxima sont larges.

δ(m)
−2λ −λ 0 λ 2λ

Figure 3.38 – Intensité de la diffraction par une fente

102
3.6. DIFFRACTION

Exemple 3.16
Quelle est la largeur du pic central de diffraction si l’écran est à 2 m d’une fente de
150 µm et qu’une lumière de 600 nm est utilisée ? Quelle est alors la largeur du pic
suivant de diffraction ?

Solution
La largeur du pic central est la distance entre le premier minimum de chaque côté du
maximum central. Il faut donc d’abord trouver la position du premier minimum.

a sin θ = M λ
y
a = Mλ
L
M λL 1 × 600 × 10−9 × 2
⇒y= = = 8 mm
a 150 × 10−6
Comme le minimum est des deux côtés du maximum central, il est large de 16 mm.

Les autres pics de diffraction sont délimités par la distance entre deux minima de
diffraction. La distance entre les minima étant constante, la largeur des autres pics est
de 8 mm. Notez que c’est la moitié de la largeur du pic central.

3.6.2 Diffraction et interférence

Nous venons de voir l’effet de la largeur de la fente sur l’observation. Il est important de
faire un retour sur l’expérience des fentes de Young avec cette nouvelle information. Si chaque
fente produit de la diffraction, s’il y a plusieurs fentes, ces sources secondaires interfèrent
ensemble pour former la suite de franges sombres et brillantes présentée précédemment (voir
la figure 3.19). Si les deux phénomènes sont présents (il y a deux fentes de la largeur de
l’ordre de la longueur d’onde), l’intensité résultante est alors celle des figures 3.39 et 3.41.

On remarque que l’intensité résultante est simplement le produit des intensités de la dif-
fraction et de l’interférence. Le nombre de pics d’interférence dans le pic central de diffraction
est relié au ratio de la largeur d’une fente par rapport à la distance entre les deux fentes,
comme le montre l’exemple suivant.

Exemple 3.17
Deux fentes de 0,1 mm sont séparées de 400 µm. Combien de pics complets seront
observés dans le pic central de diffraction ?

103
CHAPITRE 3. OPTIQUE PHYSIQUE

δ (m)
−2λ −λ 0 λ 2λ

Figure 3.39 – Figure résultante de l’interférence et de la diffraction

Figure 3.40 – Figure de diffraction par une Figure 3.41 – Figure de diffraction par
fente deux fentes
Solution
Comme l’information recherchée est liée à la fin du pic central de diffraction, on utilise
ce point d’étude. On sait donc, en diffraction, que nous sommes à M = 1.
a sin θ = M λ
En interférence, nous sommes au même point, donc θ est identique.
d sin θ = mλ
On cherche alors l’ordre m à ce point. Il reste à comparer les deux équations.
a sin θ = M λ
d sin θ = mλ
a M
=
d m
d 400 × 10−6
m= M = ×1=4
a 0,1 × 10−3
Ainsi, la premier minimum de diffraction correspond au 4e maximum d’interférence.
Ce maximum d’interférence n’est donc pas visible, car il est superposé au minimum
de diffraction. Pour voir clairement ce maximum, on devrait minimalement voir le
minimum le suivant (une valeur de m=4,5 serait la limite pour que le 4e maximum
soit visible en entier). Nous pouvons ainsi compter, de part et d’autres du maximum
central, trois maximum d’interférence. Avec le maximum central, ça fait un total de 7
pics d’interférence (3 + 3 + 1) dans le pic central de diffraction (figure 3.39).

104
3.6. DIFFRACTION

3.6.3 Critère de Rayleigh

Une fente est utile afin de séparer la lumière provenant de deux sources rapprochées.
Chaque source crée une figure de diffraction dont la position du pic central sur l’écran est
en ligne droite avec la source (figure 3.42), et les deux figures de diffraction se superposent.
Le but est de pouvoir différencier deux éléments lumineux, comme sur la figure 3.43 a).

Sur la partie b) de la même figure, on


observe encore la présence de deux éléments
lumineux distincts, même si leur limite est
floue. Cette situation est la limite de percep- a
tion de deux éléments distincts. À cette limite,
le maximum (centre du pic central) d’une fi-
α
gure de diffraction coïncide avec le premier mi-
nimum de l’autre figure de diffraction (comme
pour la définition du pouvoir de résolution
d’un réseau). Cela donne comme condition li-
mite

a sin α = λ. (3.25)
Figure 3.42 – Critère de Rayleigh
Cette relation permet de déterminer la plus
petite séparation angulaire α entre deux sources afin de pouvoir les distinguer. Sur la partie
c), la séparation angulaire entre les sources est plus petite que cet angle et un seul élément
est observé.

Bien que nous ayons travaillé avec des fentes rectangulaires jusqu’à maintenant, les ins-
truments d’optique utilisés pour distinguer deux sources (œil, télescope, jumelles, etc.) ont
une fente de forme circulaire. Dans ce cas, la condition de l’équation 3.25 devient

δ ≃ a sin α = 1,22λ. (3.26)

Le facteur 1,22 vient de la forme circulaire de la fente. L’équation 3.26 est appelée critère de
Rayleigh.

Exemple 3.18
La pupille de notre œil mesure environ 2 mm de diamètre. Si vous regardez une fleur
située à 120 cm de votre visage, quelle distance minimale doit séparer deux petits
insectes rouges (600 nm) pour que vous puissiez les distinguer ?

Solution
Dans cette situation, notre pupille joue le rôle d’une fente circulaire. Ainsi, au critère
de Rayleigh, la position du premier minimum de diffraction correspondra à la limite
possible d’observation. Notre angle sera ici petit, on peut donc laisser tomber le sinus

105
' a sin ↵ = 1,22 . (4.22)

Le facteur 1,22
CHAPITRE 3. vient de la forme
OPTIQUE circulaire de la fente. L’équation 4.22 est appelée critère de
PHYSIQUE
Rayleigh.

a) b) c)

I I I

✓ ✓ ✓

Figure 4.363.43
Figure – Résolution par par
– Diffraction uneune
fente simple
fente

Exempleest
(l’angle 4.15
alors nécessairement en radian).
La pupille de notre œil mesure environ 2 mm de diamètre. Si vous regardez une fleur
située à 120 cm de votre visage,a sin α ≃ distance
quelle aα = 1,22λ
minimale doit séparer deux petits
insectes rouges (600 pour que × 600
1,22vous × 10−9les distinguer−4
puissiez = 3,66 × 10 ? rad
1,22λ
nm)
α= = −3
a 2 × 10
La distance entre les deux insectes sera reliée à cet angle par la trigonométrie.
Solution
Dans cette situation, notre pupille joue le rôle d’une
d fente circulaire. Ainsi, au critère
de Rayleigh, la position du premiertan α ≃ α =de diffraction correspondra à la limite
minimum L
possible d’observation.
d = αL = 3,66 × 10 × 1,2 = 4,39 × 10−4 mdonc
Notre angle
−4sera ici petit, on peut laisser
= 0,439 mmtomber le sinus
(l’angle est alors nécessairement en radian).

a sin ↵ ' a↵ = 1,22


1,22 1,22 ⇥ 600 ⇥ 10 9 4
↵= = = 3,66 ⇥ 10 rad
a 2 ⇥ 10 3

138

106
Chapitre 4

Relativité restreinte

Vers la fin du XIXe siècle, une grande partie des phénomènes physiques connus était
expliquée. Les lois de Newton avaient quelques siècles, l’électricité et le magnétisme venaient
d’être unifiés par James Clerk Maxwell, les trois principes de la thermodynamiques étaient
connus, les règles de l’optique géométrique étaient appliquées dans les télescopes et dans la
vie quotidienne, l’effet de la nature ondulatoire de la lumière sur les phénomènes optiques
comme l’interférence et la diffraction avait été débusqué. Plusieurs en sont même venus à
penser que la physique comme science était à la limite de son existence, n’ayant plus rien à
expliquer. Pourtant...

4.1 Relativité restreinte

4.1.1 La lumière : une onde

Nous avons vu précédemment que toutes les ondes sont des conséquences de l’équation
d’onde. Comme la vitesse de la lumière est connue, l’équation d’onde pour la lumière s’écrit

∂ 2 y(x, t) 1 ∂ 2 y(x, t)
=
∂dx2 c2 ∂dt2

En unissant l’électricité et la magnétisme, Maxwell a trouvé que cette vitesse de la lumière


était lié à des constantes électrique et magnétique :
1
c= √ (4.1)
ε0 µ 0

Comme toute onde mécanique (comme le son), il était entendu que la lumière se propa-
geait à travers un milieu. La notion d’éther a été ainsi développée. Il s’agissait à l’époque
du milieu dans lequel la lumière se propageait. Cette matière remplissait l’Univers, car elle

107
CHAPITRE 4. RELATIVITÉ RESTREINTE

permettait à la lumière de se déplacer du Soleil et des autres étoiles jusqu’à nous (entre
autres). On a ainsi voulu détecter la présence de l’éther en mesurant les conséquences de sa
présence.

Expérience de Michelson-Morley

Vers la fin du XIXe siècle, Albert Abraham Michelson et Ewdard Morley tentent de
mesurer la vitesse de la Terre par rapport à l’éther. Le principe est assez simple : comme la
Terre se déplace par rapport à l’éther, nous devrions mesurer l’effet du "sillon" de la Terre
à travers l’éther, l’équivalent d’un vent d’éther. Pour ce faire, ils construisent un appareil
que nous avons déjà vu dans l’étude de l’interférence : un interféromètre de Michelson. On
suppose que la longueur de chaque bras de l’interféromètre est L0 .
M2

⃗v
L0
P

M1

L0
E

Figure 4.1 – Expérience de Michelson-Morley

Supposons que la Terre se dirige vers la droite dans notre situation illustrée par la figure
4.1. Le vent d’éther ⃗v serait alors parallèle à la trajectoire des rayons que frappent le miroir
M1 , vers la gauche. La vitesse de la lumière sera ainsi affectée par cette vitesse de l’éther
d’une manière différente pour les rayons se rendant et étant réfléchis par M1 et pour ceux se
rendant et étant réfléchis par M2 .

Le temps t1 mis par les rayons reliés au miroir M1 peut être divisé par le temps de l’aller
"contre le vent d’éther" et le temps du retour "dans le sens du vent d’éther".
L0 L0 L0 (c + v) + L0 (c − v) 2L0 c 2L0 /c
t1 = t1aller + t1retour = + = = 2 2
= 2
c−v c+v (c + v)(c − v) c −v 1 − vc
On ne connaît pas la vitesse v de la Terre par rapport à l’éther, mais on sait qu’elle est
beaucoup plus petite que la vitesse de la lumière c. On peut ainsi utiliser le développement
de Taylor du dénominateur autour d’une valeur vc petite devant l’unité.
2L0
  v 2 −1 2L     
v 2 2L0
  v 2 
0
t1 = 1− ≃ 1− − = 1+
c c c c c c

108
4.1. RELATIVITÉ RESTREINTE

Le temps t2 mis par les rayons reliés au miroir M2 est le même


⃗vEM
à l’aller et au retour, mais il est plus difficile à calculer. La vitesse
relative du vent d’éther par rapport au miroir est perpendiculaire à
la vitesse de la lumière par rapport au miroir, donc la vitesse résul-
tante de la lumière par rapport à l’éther sera en deux dimensions ⃗vLM ⃗vLE
comme l’illustre la figure ci-contre.
2 2 2
vLM = vLE − vEM = c2 − v 2

Figure 4.2 – Vitesses


On peut alors calculer le temps pour l’aller-retour vers M2 : relatives de la lumière
L0 2L0 2L0 /c
t2 = 2t2aller = 2 =√ =q
vLM 2
c −v 2 2
1 − vc

Comme mentionné précédemment, la vitesse de la Terre par rapport à l’éther est faible en
comparaison de la vitesse de la lumière, on peut encore utiliser le développement de Taylor.

2L0
  v 2 −1/2 2L  
1  v 2

2L0

1  v 2

0
t2 = 1− ≃ 1− − = 1+
c c c 2 c c 2 c

L’interférence observée dépend de l’écart entre les temps.


2L0 v 2
  v 2  2L  
2L0 0 1  v 2 L0  v 2
∆t = t1 − t2 = 1+ − 1+ = =
c c c 2 c c 2c2 c c

On peut alors calculer le nombre de franges ∆m relié à cet écart de temps, car l’écart de
différence de marche est la distance que parcourt la lumière pendant l’intervalle de temps
précédemment calculé.

∆δ = ∆mλ = c∆t
c∆t L0  v 2
∆m = =
λ λ c

Cette interférence est trop petite pour être observée, surtout à la fin du XIXe siècle. Les
scientifiques réfléchissent alors à sa constante ou non dans le temps. L’interférence dépend
de la direction du vent d’éther, et comme la Terre tourne autour du Soleil, la vitesse relative
reliée au miroir M1 s’inverse six mois plus tard. On devrait alors observer une modification
deux fois plus importante de la figure d’interférence en comparant les figures d’interférence à
six mois d’intervalle. Avec des bras d’interféromètre de 10 m, une longueur d’onde de 500 nm
et la vitesse de la Terre autour du Soleil de 3 × 104 m/s, on devrait alors trouver
2
2 × 10 3 × 104

2L0  v 2
∆mannee = = = 0,4 frange
λ c 500 × 10−9 3 × 108

109
CHAPITRE 4. RELATIVITÉ RESTREINTE

Pourtant, aucune différence de la figure d’interférence n’est observée.

Cette expérimentation est refaite régulièrement, lorsqu’une innovation technique ou tech-


nologique permet d’augmenter sa précision. Le résultat, pour sa part, reste toujours le même :
aucune variation d’observation. Avec les dernières expérimentations, on sait donc que la vi-
tesse de la Terre par rapport à un tel milieu que serait l’éther est inférieure à 5 cm/s.

La conclusion plus porteuse est la mise de côté de l’existence de l’éther. C’est donc dire
que, contrairement aux ondes mécaniques comme le son, la lumière peut se déplacer dans le
vide ! La lumière est vraiment une onde particulière.

4.1.2 Expérience de pensée d’Einstein

La légende veut que dans sa jeunesse, Albert Einstein était fasciné par la lumière et se
posait énormément de questions quant à sa nature. Notamment, il savait bien que lorsqu’il
se déplaçait à vélo le long d’un rail de chemin de fer, il arrivait à pédaler très fort et à
presque égaler la vitesse du train. À ce moment, en regardant les passagers du train, il avait
l’impression qu’ils étaient immobiles, et eux avaient la même impression en le regardant
pédaler. En effet, lorsque deux voitures côte à côte ont la même vitesse sur l’autoroute,
une personne dans une voiture peut regarder une personne dans l’autre voiture et avoir
l’impression que les deux sont immobiles, car elles ne bougent pas l’une par rapport à l’autre.
Einstein se demandait si c’était la même chose avec la lumière : si on arrivait à égaler ou
s’approcher de la vitesse de la lumière, est-ce qu’on pourrait voir la lumière arrêtée ?

Plus précisément, il proposa une des premières expériences de pensée : si une personne
(disons Superman pour être contemporain) se déplace à la vitesse de la lumière avec un miroir
dans sa main, est-ce qu’elle verra sa réflexion dans le miroir ? Cette question semble bien
simple, mais les réponses à celle-ci illustre l’écart entre la physique classique et la physique
moderne.

Pour Isaac Newton et tous les physiciens classiques, la réponse devait être négative :
aucune réflexion ne devait être visible. En effet, comme le miroir s’éloigne aussi rapidement
de la personne que la lumière veut s’en approcher, jamais la lumière ne l’atteindra. Ainsi, il
ne sera pas possible d’observer les rayons réfléchis par le miroir, car ils ne se rendront même
pas à ce dernier.

Pour Einstein, la personne devait pouvoir observer son image. Sinon, cela signifierait
qu’elle connaîtrait sa vitesse (celle de la lumière). Pourtant, pour Einstein, peu importe la
vitesse à laquelle on voyage, toutes les observations doivent rester les mêmes, sans exception.
Un peu comme en automobile. Si vous êtes passager et que vous avancez à 100 km/h sur
l’autoroute, si vous fermez les yeux (il ne faut pas le faire si vous conduisez, on s’entend),
vous ne devriez pas être capable de savoir si vous êtes au repos ou si vous êtes en mouvement.
Les observations que vous réalisez dans l’automobile (sans regarder à l’extérieur) ne doivent
pas dépendre de la vitesse de votre mouvement. C’est seulement en observant les vaches dans

110
4.1. RELATIVITÉ RESTREINTE

le pré que vous déduirez que vous avancez et qu’elles sont immobiles.

La conséquence du raisonnement d’Einstein est que la lumière doit toujours aller à la


même vitesse ! On peut courir aussi vite qu’on veut (même en pensée) : on ne rattrapera
jamais la lumière. Chaque rayon s’éloigne de nous à la vitesse de la lumière, peu importe
la vitesse de notre mouvement propre. La lumière est en fait la seule chose dans l’univers
qui se comporte de cette façon. Comme nous le verrons, ceci a un impact important sur les
mesures de temps et de longueurs lorsque les vitesses sont grandes.

4.1.3 Postulats

La relativité restreinte est basée sur deux postulats. Des postulats sont des énoncés pris
pour acquis, qui ne sont pas prouvés ni argumentés. La théorie repose sur la pertinence de
ceux-ci, car les conséquences sont normalement de simples déductions desdits postulats.

Principe de relativité

Le premier postulat est une exigence naturelle que les physiciens théoriciens imposent à
tous les modèles représentant la réalité. Il s’agit du principe de relativité. C’est une forma-
lisation d’un constat qu’a fait Galilée en remarquant que si on se déplace en ligne droite à
vitesse constante, il est impossible de s’en rendre compte. Ainsi, dans la vie de tous les jours,
si on se déplace à vitesse constante, les lois du mouvement sont les mêmes que si on était au
repos. Par exemple, un objet lancé parfaitement à la verticale nous retombe dans la main,
que nous soyons immobile dans un champ de maïs ou en déplacement à vitesse constante de
300 km/h dans un train ultrarapide.

Ainsi, le premier postulat de la relativité restreinte stipule que les lois de la physique
ont la même forme dans tous les référentiels inertiels.

Bien évidemment, si le train est en mouvement circulaire ou en accélération, ceci n’est


plus vrai : c’est précisément ce en quoi consiste un référentiel inertiel, un référentiel où il n’y
a aucune accélération. Effectivement, une balle lancée verticalement ne retombera pas dans
notre main si le train accélère vers l’avant (elle retombera derrière) ou si le train effectue un
mouvement circulaire (elle retombera à côté dû à la force centripète).

Constance de la vitesse de propagation de la lumière dans le vide

Une conséquence du principe de relativité est qu’une observation ne peut être reliée à
notre vitesse relative. Ainsi, il est impossible pour une personne en mouvement de ne pas
voir son image dans le miroir si une personne au repos le voit.

Cette conclusion de l’expérience de pensée est contre-intuitive. Par exemple, si mon bras

111
CHAPITRE 4. RELATIVITÉ RESTREINTE

me permet de lancer un caillou à une vitesse de 10 m/s par rapport au sol, je peux réussir
à augmenter ma vitesse de lancer si je me donne un élan en courant. Si je réussis à courir
à 5 m/s par rapport au sol, dans la même direction que mon lancer, le caillou quittera ma
main à une vitesse de 15 m/s mesuré par rapport au sol.

Mais la lumière n’est pas une roche ! Si je suis dans un train qui se déplace à une grande
vitesse, et que j’ai une lampe de poche qui envoie un rayon lumineux vers l’avant du train,
alors un observateur dans le train et un observateur immobile dans le champ (comme une
vache) verrait le rayon lumineux aller à la même vitesse ! En fait, on pourrait imaginer une
course de lumière : moi dans le train ultrarapide avec ma lampe de poche et une autre
personne à l’extérieur, immobile sur le sol avec sa lampe de poche. Si on envoie nos rayons
de lumière dans la même direction, ils iront à la même vitesse. La vitesse de la source de
lumière n’influence aucunement la vitesse de la lumière issue de cette source !

Cette réalité est étrange, même contre-intuitive. En fait, elle peut même être difficile à
accepter, c’est pourquoi c’est un postulat. On ne peut prouver une telle affirmation, mais on
peut tester ses conséquences, ce qui fût fait. Il ne faut pas oublier non plus que les effets de
la relativité se font sentir lorsque les vitesses sont immenses. Nous en reparlons plus tard.

Ainsi, le deuxième postulat de la relativité restreinte stipule que la vitesse de la lumière


dans le vide c est absolue. Elle ne dépend ni de la vitesse de la source ni de la vitesse
de l’observateur. Elle vaut c = 299 792 458 m/s. Nous utiliserons sa valeur approximative qui
vaut
c = 300 000 000 m/s = 3 × 108 m/s (4.2)

Ces deux postulats ont été testés à maintes reprises : aucune observation ne nous permet
de dire que l’un ou l’autre de ces postulats est faux. Il faut donc les considérer comme étant
des acquis, à moins de preuve contraire, comme le veut toute démarche scientifique.

Au-delà des postulats de la relativité restreinte, ce sont les conséquences de ces postulats
qui frappent l’imaginaire. Ainsi, Newton prétendait que les vitesses s’additionnaient, même
pour la lumière. Si ce n’est pas le cas, il faut donc qu’autre chose change selon la vitesse
relative de l’observateur. Einstein trouva que le temps et la distance sont des quantités
relatives à la vitesse des observateurs et non des quantités absolues comme le prétend la
physique classique. Cela signifie que deux événements simultanés ne le sont pas pour tous.

4.1.4 Conséquences

Relativité de la simultanéité

Qu’est-ce que deux événements simultanés ? Sachant que la


A B vitesse de la lumière est constante, si deux événements A et
B émettent chacun un rayon, ils seront simultanés si les deux
Figure 4.3 – Deux événe- rayons sont captés en même temps par un observateur situé
ments simultanés
112
4.1. RELATIVITÉ RESTREINTE

exactement entre les points où ont lieu les deux événements.

Prenons l’exemple de deux passagers d’un train. Le passager


A est assis à l’avant et échappe sa tasse de café. Le passager B est assis à l’arrière et crie
lorsqu’il aperçoit une belle vache dans le champ. Les deux événements sont simultanés si des
rayons envoyés par chaque événement se rencontre au centre du train, comme la figure 4.3
l’illustre.

Mais pour la même situation, Événements initiaux Rencontre des rayons


imaginons deux vaches C et D
(dans le champ et non le train), qui A B A B
sont exactement à la même hau-
teur qu’A et B respectivement, au C D C D
moment des événements. La par- Figure 4.4 – Deux événements simultanés dans le
tie gauche de la figure 4.4 illustre train, mais pas à l’extérieur
la situation lorsque les deux événe-
ments se produisent. Si le train se dirige vers la droite par rapport au sol, alors, dans le
référentiel du train, le champ se déplace vers la gauche. Si une troisième vache se situe entre
les points C et D, le temps que la lumière l’atteigne, elle se sera déplacée vers la gauche.
Ainsi, la lumière émise par le point A aura une plus petite distance à parcourir que celle
émise par le point B. Comme la vitesse de la lumière est constante, la vache entre C et
D percevra l’événement A avant l’événement B alors que quelqu’un situé dans le train, au
milieu des points A et B, percevra les deux événements simultanément. Ainsi, si deux évé-
nements sont simultanés pour certains observateurs, ils ne le sont nécessairement pas pour
des observateurs en mouvement relatif à grande vitesse.

Comment tout cela peut-il être cohérent ? C’est possible si les longueurs changent avec
la vitesse de déplacement, de même que le temps d’ailleurs.

Dilatation du temps

Le postulat de la constance de la vitesse de la lumière dans le vide a des conséquences


importantes sur notre façon de voir le temps. Pour représenter cette conséquence, prenons une
situation semblable à celle de la section précédente : un voyageur dans le train se déplaçant
à une vitesse v envoie un rayon lumineux vers un miroir au plafond du train et mesure le
temps pour son aller-retour. Les vaches dans le champ observe le même aller-retour de la
lumière. Dans le train, l’observation est celle de la figure 4.5. Les points A et B sont en réalité
au même endroit, mais ils ont été dessinés côte à côte pour faciliter la visualisation de la
situation. Un observateur dans le train verra simplement la lumière monter vers le plafond,
puis redescendre. Pour les deux vaches situées dans le champ (voir figure 4.6), le rayon monte
vers le miroir (en pointillé), en même temps que le train avance. Le déplacement du rayon
lumineux sera donc en diagonale, comme l’illustre le trait continue. Il atteint le miroir au
plafond pour être ensuite réfléchi vers le bas, toujours en diagonale. Comme la vitesse de la
lumière est constante pour chacun des deux référentiels (passager du train et vaches) mais

113
CHAPITRE 4. RELATIVITÉ RESTREINTE

que la distance parcourue par le rayon lumineux n’est pas la même, le temps mesuré dans
chacun des deux référentiels ne sera pas le même !

h
h

C D
A B
vT
Figure 4.5 – Aller-retour du rayon lumi-
Figure 4.6 – Aller-retour vu de l’exté-
neux vers le miroir
rieur du train
Reprenons la même situation en effectuant le développement mathématique afin de voir
comment les temps mesurés dans chaque référentiel sont reliés. Pour l’observateur dans le
train, la lumière monte vers le plafond puis redescend, le rayon semblant parcourir deux fois
la hauteur du train h. Le temps de l’aller-retour T0 est donc
2h
T0 = .
c

Dans le référentiel des vaches, si le temps pris pour que le rayon fasse l’aller-retour est
T , le train aura avancé d’une certaine distance vT . Contrairement au passager du train qui
observe seul le rayon partir de revenir au même endroit, les vaches doivent être deux pour
observer l’aller-retour du rayon sur le miroir du train (points C et D). Pour calculer le temps
mesuré par les deux vaches, on utilise l’analyse de l’aller du rayon vers le miroir.
 2  2
T T
c = v + h2
2 2
 2
c − v2

2 2
h =T
4
2 4h2
T = 2
c − v2
En faisant la relation entre le temps mesuré par le voyageur et les vaches, on trouve

4h2 4h2 /c2


T2 = = 2 2
 = T0 γ
c2 − v 2 v 2
1− c

On trouve donc

T = γT0 (4.3)
1
où γ = q (4.4)
v 2

1− c

114
4.1. RELATIVITÉ RESTREINTE

L’importance des effets relativistes dépend du facteur γ, et donc de la vitesse relative


entre l’observateur mesurant le temps propre et les observateurs mesurant le temps dilaté.
Plus la vitesse est grande, plus le temps sera dilaté (et donc plus grand que le temps propre).
La valeur de référence du facteur relativiste, lorsque la vitesse est faible (par rapport à la
vitesse de la lumière), est 1. L’effet de dilatation du temps est alors imperceptible, comme
c’est le cas dans notre vie de tous les jours. Le tableau 4.1 illustre l’effet relativiste de certaines
vitesses relatives, la vitesse de la lumière utilisée est celle exacte de 299 792 458 m/s.

Tableau 4.1 – Quelques vitesses et leur effet relativiste


Vitesse (m/s) Vitesse (c) γ
100 0,000 000 334 1,000 000 000 000 056
1000 0,000 003 34 1,000 000 000 005 6
10 000 0,000 033 4 1,000 000 000 56
100 000 0,000 334 1,000 000 056
1 000 000 0,003 34 1,000 005 6
10 000 000 0,0334 1,000 56
13 397 080 0,044 69 1,001
42 082 096 0,140 37 1,01
100 000 000 0,333 56 1,06
200 000 000 0,667 13 1,34
290 000 000 0,967 34 3,94
299 000 000 0,997 36 13,8
299 700 000 0,999 69 40,3
299 790 000 0,999 99 247

Ainsi, le temps entre deux événements mesuré pour un observateur au repos


est le temps propre. Tout autre observateur en mouvement par rapport à celui-
ci mesurera un temps dilaté entre les deux mêmes événements. Il est important
de noter que le temps propre est mesuré par un seul observateur, alors que le temps dilaté
est mesuré par deux observateurs qui doivent donc avoir des horloges synchronisées pour en
déduire le temps entre les deux événements.

Par rapport à tout ce que nous avons appris de la physique classique, ce phénomène
de dilatation du temps est contre-intuitif. Pourtant, il est bien réel. Avec deux horloges
atomiques (donc très précises), une qui reste à la surface de la Terre pendant qu’une autre
est mise dans un avion se déplaçant rapidement, on observe bel et bien un écart de temps
entre les deux horloges lorsque l’avion revient à la surface de la Terre. Et on ne parle pas
d’illusion ou de problème de mesure. Les mesures de temps seront réellement différentes.

Un exemple souvent utilisé pour représenter l’effet de la dilatation du temps est celui
de deux jumeaux identiques, dont un est astronaute. Imaginons que les deux jumeaux sont
séparés à l’âge de 18 ans. L’un voyage dans une navette spatiale ultrarapide, l’autre reste sur
la Terre. Si le voyageur est parti 10 ans selon son observation, il terminera son voyage âgé
de 28 ans alors que le jumeau qui reste au repos aura un âge différent. Il pourrait avoir 30,
35, 40 ans ou plus tout dépendant de la vitesse à laquelle s’est déplacée la navette. Plus la

115
CHAPITRE 4. RELATIVITÉ RESTREINTE

navette a une vitesse proche de la vitesse de la lumière, plus l’écart d’âge sera important !

Il est important de bien noter que ce n’est pas le processus de vieillissement qui est
différent entre les deux jumeaux. Les cellules de chacun évoluent au même rythme, un jour à
la fois. En fait, c’est le « temps » d’une seconde qui n’est pas la même pour chaque jumeau.
En effet, le temps pour le jumeau dans la navette s’écoule plus lentement que pour celui resté
sur la Terre.

La grande difficulté dans l’étude de la dilatation du temps est d’identifier correctement le


référentiel associé au temps propre et celui qui mesure un temps dilaté. Le principe de base
est que le temps propre peut être mesuré avec une seule horloge tandis que le temps dilaté
sera mesuré avec deux horloges (début et fin de l’événement à deux endroits différents). Voici
quelques exemples de situation typique :

— Dans la figure 4.5, le temps mesuré est propre, car le point de mesure (envoi et réception
du rayon) ne bouge pas par rapport au passager du train.

— Dans la figure 4.6, le temps mesuré est dilaté, car le temps mesuré est la différence entre
le temps de réception du rayon et celui d’envoi. Il faut donc deux observateurs pour
mesurer le temps précisément. Les observateurs mesurent le temps d’un référentiel en
mouvement.

— Le temps entre le moment où l’avant du train passe devant un poteau et le moment


où l’arrière du train passe devant le même poteau est un temps propre pour des ob-
servateurs à l’extérieur du train, car le poteau ne bouge pas par rapport à eux et
un seul observateur, bien appuyé sur le poteau, peut mesurer le temps entre les deux
événements (avant du train devant le poteau et arrière du train devant le poteau).

— Le même temps entre le moment où l’avant du train passe devant un poteau et le


moment où l’arrière du train passe devant le même poteau est un temps dilaté pour
des observateurs dans le train, car le poteau bouge par rapport aux passagers du train
(vers l’arrière de celui-ci) et cela prend deux observateurs, un à l’avant et l’autre à
l’arrière du train, pour mesurer cet intervalle de temps.

— Le temps entre les moments où l’avant du train passe devant un premier poteau et le
moment où l’avant du train passe devant un second poteau est un temps propre pour
des passagers dans le train, car l’observateur dans le train est au repos par rapport
à l’avant du train et qu’un seul passager assis à ce point peut mesurer l’intervalle de
temps pertinent.

— Le même temps entre les moments où l’avant du train passe devant un premier poteau
et le moment où l’avant du train passe devant un second poteau est un temps dilaté
pour des observateurs à l’extérieur du train, car l’avant du train est en mouvement
par rapport à eux et qu’ils doivent être deux observateurs pour mesurer l’intervalle de
temps : un près du premier poteau et l’autre près du second poteau.

116
4.1. RELATIVITÉ RESTREINTE

Contraction des longueurs

Pour deux référentiels en mouvement l’un par rapport à l’autre, les deux mesureront la
même vitesse relative de un par rapport à l’autre. Si on reprend l’exemple des jumeaux, il s’est
écoulé un temps T0 pour celui qui a fait un voyage spatial et un temps dilaté plus long T pour
le jumeau resté sur Terre. Comme les deux jumeaux mesurent la même vitesse du vaisseau
spatial par rapport à la Terre mais pas la même durée pour le voyage, ils ne s’entendront
pas sur la distance parcourue par le jumeau dans la navette spatiale. La distance parcourue
mesurée par le jumeau dans la navette spatiale (vT0 ) sera plus petite que celle mesurée par
le jumeau resté sur Terre (vT ). C’est ce qu’on appelle la contraction des longueurs ! Voyons
comment les mesures de longueur entre deux référentiels en mouvement l’un par rapport à
l’autre peuvent être reliées.

La longueur propre L0 est la longueur d’un objet dans le référentiel où l’objet est au
repos. Prenons l’exemple de la longueur d’un train. Pour l’observateur dans le train, cette
longueur est propre, le train étant immobile par rapport à lui. Deux observateurs dans le
train peuvent prendre un ruban à mesurer, s’installer aux deux extrémités du train et prendre
la mesure de la longueur du train. Le train et les deux observateurs sont au repos les uns par
rapport aux autres, la longueur est donc propre. Une façon de connaître cette longueur est
de mesurer le temps qu’elle prend pour franchir un point extérieur unique (comme passer
devant un poteau). Le temps mesuré est alors dilaté car deux observateurs, un à chaque
extrémité, sont nécessaires pour mesurer ce temps. La longueur propre est donc reliée au
temps dilaté par la vitesse relative du train par rapport au champ.

L0 = vT

La même longueur du train sera contractée (L) pour un observateur dans le champ. Elle
pourra aussi être calculée en mesurant le temps propre entre le passage du devant et du
derrière du wagon de train devant un point, comme le poteau.

L = vT0

En remplaçant l’équation précédente dans celle-ci, on trouve

L0 T0 L0
L= T0 = L0 = ,
T T γ

ce qui est généralement écrit


1
L= L0 . (4.5)
γ

Il est important de noter que c’est seulement la dimension en mouvement qui est contrac-
tée. Ainsi, si une voiture se dirige vers la droite, sa hauteur ne sera aucunement affectée par
la contraction des longueurs, mais sa longueur le sera.

117
CHAPITRE 4. RELATIVITÉ RESTREINTE

Ainsi, la longueur d’un objet mesuré par des observateurs au repos par rap-
port à l’objet est la longueur propre. Tout autre observateur en mouvement
par rapport à l’objet mesurera une longueur contractée. Il est important de noter
qu’une longueur est toujours mesurée par deux observateurs qui prennent une mesure au
même temps (aux deux extrémités de la règle). Et comme la simultanéité des mesures est
elle-même relative, la mesure de la longueur le sera également.

Il est très important de noter qu’il n’est pas possible, dans un même référentiel, de
mesurer la longueur propre et le temps propre relié. En effet, si la longueur considérée est
au repos (longueur propre), il faut donc que l’observateur se déplace pour mesurer le temps
pour franchir ladite longueur (temps dilaté). Si la longueur est en mouvement (longueur
contractée), l’observateur pourra mesurer le temps sans se déplacer (temps propre).

Voici quelques exemples de longueurs propre et contractée.


— La distance entre deux poteaux situés sur le quai d’une gare est une longueur propre
pour des observateurs à l’extérieur du train, car cette longueur ne bouge pas par rapport
à eux. Pour mesurer le temps pris par le devant du train afin de passer d’un poteau à
l’autre, il faut deux personnes, une à chaque poteau.
— La même distance entre deux poteaux situés sur le quai d’une gare est une longueur
contractée pour les passagers du train en marche. En effet, les passagers ont l’impression
que cette distance se déplace vers l’arrière du train. Un seul passager peut mesurer le
temps entre le passage du premier poteau et celui du deuxième.
— La longueur d’un wagon est une longueur propre pour le passager du train, car elle ne
bouge pas par rapport à lui. Pour mesurer le temps écoulé entre le passage du devant et
l’arrière du train par rapport à un point fixe extérieur au train, il faut deux personnes,
une à chaque extrémité du train.
— La même longueur d’un wagon est une longueur contractée pour les vaches dans le
champ. En effet, celles-ci voient le wagon se déplacer vers l’avant. Une seule vache peut
donc mesurer le temps entre le passage de l’avant et de l’arrière dudit wagon.

Confirmation de la théorie

À sa publication en 1905, la théorie de la relativité restreinte n’eut pas un effet immédiat.


Le fait qu’elle soit contre-intuitive n’a certainement pas aidé, mais toute théorie doit prédire
de nouvelles observations ou expliquer des mesures inexplicables pour être considérée et
surtout, retenue. Le simple fait d’être une nouvelle théorie n’est pas suffisante, elle doit
expliquer des éléments non expliquées par les théories précédentes pour être acceptée par
la communauté scientifique. Voici un exemple de vérification expérimentale de la relativité
restreinte, qui est venue confirmer sa pertinence, au-delà de notre intuition.

Il existe dans la nature des particules semblables à des électrons, mais plus massives : ce
sont des muons. Ces particules sont produites dans la haute atmosphère quand les rayons
cosmiques interagissent avec les atomes présents. Il est connu que la durée de vie moyenne
des muons au repos est de 2,2 µs et qu’ils voyagent à 0,995 c.

118
4.1. RELATIVITÉ RESTREINTE

L’expérimentation réalisée consistait à comparer le nombre de muons au sommet d’une


montagne de 2 km de haut et le nombre de muons au bas de la montagne. Les muons
franchiront la distance s’ils ne se désintègrent pas en chemin. Le nombre de noyaux non
désintégrés N , comme nous le verrons au chapitre 7, dépend du nombre initial de noyaux
non désintégrés N0 , du temps t écoulé et de la constante de temps. La constante de temps
est la durée de vie T0 des muons.
N = N0 e−t/T0
Sachant que les muons doivent voyager pendant t = hv = 6,7 µs pour franchir la montagne,
la prédiction de la physique classique est que seulement 4,75 % des muons initiaux devaient
atteindre le bas de la montagne.
−6
− 6,7 × 10−6
N = N0 e−t/T0 = N0 e 2,2 × 10 = 4,75 %N0

Le résultat expérimental fût différent : on observa que 73,8 % des muons initiaux attei-
gnaient le bas de la montagne. La différence est énorme, et elle est expliquée par la relativité
restreinte, autant du point de vue du scientifique que du muons.

Pour le scientifique sur la Terre, la hauteur de la montagne est une longueur propre. Elle
est bien au repos par rapport à lui (on l’espère !). Les muons sont par contre en mouvement,
à une vitesse relativiste.
1 1
γ=q =p = 10, 01
v 2
 1 − (0,995)2
1− c

Leur durée de vie de 2,2 µs se dilate pour nous. La durée de vie dilatée T des muons est
donc
T = γT0 = 10, 01 × 2,2 = 22 µs (4.6)
Avec cette correction relativiste, on trouve que le nombre de muons qui franchissent la
montagne doit être de
−6
− 6,7 × 10−6
N = N0 e−t/T = N0 e 22 × 10 = 73,8 %N0
Ce résultat est exactement le résultat expérimental !

La même réalité peut aussi être expliqué du point de vue du muon. Pour celui-ci, son
temps de vie est vraiment de 2,2 µs, car il est au repos par rapport à lui-même ( !). Il voit
cependant la montagne se diriger vers lui à une vitesse de 0,995 c. La montagne ne mesure
donc pas 2 km pour lui, car elle est contractée.
L0 2000
L= = = 199,7 m
γ 10, 01
Avec ce résultat, on trouve également le résultat attendue pour le nombre de muons fran-
chissant la montagne.
−t h/v 199,7/(0,995×3 × 108 )
− −
N = N0 e T0 = N0 e T0
= N0 e 2,2 × 10−6 = 73,8 %N0

119
CHAPITRE 4. RELATIVITÉ RESTREINTE

Exemple 4.1
Un train long de 100 m voyage à 0,8 c.
a) Quelle est la longueur du train pour une personne dans ce dernier ?
b) Et pour une personne dans le champ ?
c) Combien de temps prendra ce train pour passer devant un poteau pour une
personne dans le champ ?
d) Et pour une personne dans le train ?

Solution
Le facteur relativiste peut être calculé à partir de la vitesse du train.
1 1
γ=q =p = 1,67
1− v 2
 1 − (0,8)2
c

a) La longueur de 100 m est la longueur propre, donc mesurée par une personne
dans le train.
b) Une personne dans le champ voit le train bouger. Elle mesure donc une longueur
contractée.
L0 100
L= = = 60 m
γ 1,67
c) Le temps mis par le train d’une longueur contractée de 60 m pour passer devant
le poteau peut être calculée à partir de sa vitesse. Ce temps est propre, car il
peut être mesurée par une seule personne.
L 60
T0 = = = 250 ns
v 0,8 × 3 × 108

d) Le temps mesuré par une personne dans le train sera dilaté, car il doit y avoir
deux personnes pour le mesurer (une à chaque extrémité du train).

T = γT0 = 1,67 × 250 = 417 ns

Exemple 4.2
Un astronaute désire atteindre une étoile située à 4 al de la Terre. S’il met 10 années
à atteindre l’étoile, quelle a été sa vitesse ?

120
4.1. RELATIVITÉ RESTREINTE

Solution
Les deux valeurs connues sont les valeurs propres. La longueur de 4 al est la valeur
propre, car elle est mesurée alors que nous sommes au repos par rapport à l’Univers
(imaginez deux personnes, une sur la Terre et une près de l’autre étoile et les deux ont
un gigantesque galon à mesurer pour mesurer la distance entre les deux). Le temps
de 10 ans est aussi propre, car c’est le temps mesuré par l’astronaute et que celui-ci
peut mesurer la durée du trajet avec une seule horloge. On peut relier la vitesse avec
le facteur relativiste.
r
L0 L0 v 2 L0
v= = = 1− 2
T γT c T0
 0 2
 2
v L0
v2 = 1 − 2
c T02
L2 v 2 L2
v 2 + 02 2 = 02
T0 c T0
v v
u L2 u L2 s
u 0 u 2 02 42
u T02 u c T0 102
v=t L2
=t L2
c= 42
c = 0,371 c
1 + 2 02 1 + 2 02 1 + 10 2
c T0 c T0

4.1.5 Masse et énergie

Les conséquences de la relativité restreinte touchent également la masse et l’énergie. En


fait, ces deux quantités se retrouvent intimement reliées dans probablement la plus célèbre
équation scientifique de l’histoire, une équation qui a la vie remplie de taches.

Constance de la masse au repos

La masse est reliée à la quantité de matière qu’elle contient, elle doit donc être invariante
(constante) selon sa vitesse relative. Par contre, on remarque qu’il est beaucoup plus difficile
d’accélérer une masse déjà en mouvement qu’une masse au repos. Ainsi, la vitesse relative
de la masse a des effets physiques sur son mouvement.

La masse au repos m0 est un invariant, elle est donc constante. L’effet de cette masse
change selon son mouvement relatif, de la même manière que le temps se dilate et que la
longueur se contracte. C’est le même facteur relativiste γ qui importe.

m = γm0 (4.7)

Deux interprétations de cette réalité sont présentées. Dans un cas, on parle de la masse
m en mouvement relatif comme d’une masse relativiste, comme si sa valeur était relative,

121
CHAPITRE 4. RELATIVITÉ RESTREINTE

comme le temps et la longueur. Cette interprétation va un peu à l’encontre de la définition


classique de la masse qui est reliée à la quantité de matière du corps. L’autre interprétation
est que la masse m de la relation précédente représente plutôt l’inertie liée à la masse. Ainsi,
selon cette interprétation, la masse d’un corps est invariant (c’est la masse au repos m0 ),
alors que son effet, son inertie, est relative.

Peu importe l’interprétation (ça devient presque de la philosophie), une particule se


déplaçant rapidement demande une énergie plus grande pour être accélérée qu’une particule
se déplaçant lentement ou étant au repos. Et comme l’effet relativiste de la masse d’un corps
tend vers l’infini lorsque sa vitesse tend vers la vitesse de la lumière, cela signifie qu’il est
impossible pour une particule massive de se déplacer à la vitesse de la lumière. Une telle
accélération demanderait en effet une quantité infinie d’énergie, ce qui est impossible par
définition. C’est pourquoi on dit souvent qu’il est impossible qu’un objet ayant une masse
non-nulle voyage plus rapidement que la vitesse de la lumière, car cela demanderait une
énergie infinie.

Énergie relativiste

E = mc2 (4.8)

Cette équation est connue d’à peu près tout le monde, mais que signifie-t-elle réellement ?

C’est plus qu’une relation entre la masse et l’énergie. L’équation 4.8 signifie que toute
masse est également de l’énergie et que toute quantité d’énergie est également une masse,
qu’il est possible de transformer toute masse en énergie et toute énergie en masse. En effet,
si on concentre assez d’énergie en un point précis, il peut « apparaître » des particules du
« vide ». De la même façon, des particules peuvent « disparaître » en tout temps, mais
en émettant une énergie et en respectant les principes de conservation (de l’énergie, de la
quantité de mouvement et du moment cinétique).

Ces processus se sont beaucoup déroulés au cours des premières minutes de l’Univers,
juste après le Big Bang, lorsque la température de l’Univers (et donc l’énergie de l’espace)
était élevée. Ainsi sont nées les premières particules de matière.

Cette relation est aussi à la base de la physique nucléaire qui sera étudiée au chapitre 7.
L’énergie libérée par une réaction nucléaire (comme une bombe nucléaire, mais également
une centrale nucléaire) provient de la transformation d’un défaut de masse en énergie.

Prenons l’exemple d’une fusion nucléaire combinant deux atomes d’hydrogène pour pro-
duire un atome d’hélium. Lors de cette fusion, la masse du produit (l’hélium) n’égale pas la
masse des réactants (l’hydrogène). Une partie de la masse disparaît et se transforme en éner-
gie. En effet, si on fusionne 600 kg d’hydrogène, il en résultera seulement 596 kg d’hélium !
La masse perdue de 4 kg est transformée en énergie selon l’équation 4.8. Et de quel ordre
de grandeur serait cette énergie ? Elle serait suffisante pour alimenter tous les États-Unis

122
4.1. RELATIVITÉ RESTREINTE

pendant plusieurs semaines !

L’énergie de l’équation 4.8 est l’énergie mécanique d’une particule. Son énergie potentielle
est son énergie au repos. On peut alors calculer son énergie cinétique relativiste.
K = E − U = mc2 − m0 c2 = γm0 c2 − m0 c2
K = m0 c2 (γ − 1) (4.9)
Cette équation est très différente dans sa forme à l’équation de l’énergie cinétique non re-
lativiste, mais à petite vitesse, on retrouve une forme connue. Pour ce faire, utilisons le
développement de Taylor pour de petites vitesses devant celle de la lumière.
!
  v 2 −1/2    
1 v 2

2 2 2
K = m0 c (γ − 1) = m0 c 1− − 1 ≃ m0 c 1 − − −1
c 2 c
1 v2 1
K = m0 c2 2 = m0 v 2
2 c 2
Nous retrouvons pour les petites vitesses la forme connue de l’énergie cinétique. Cela illustre
que la relativité restreinte est en fait une généralisation de la physique classique, cette dernière
s’appliquant lorsque la vitesse relative est petite par rapport à la vitesse de la lumière.

Quantité de mouvement relativiste

La quantité de mouvement varie avec la vitesse relative, comme la masse le fait.


p = mv = γm0 v (4.10)

La quantité de mouvement d’une particule dépend donc de sa vitesse, tout comme son
énergie dépend de la vitesse. On devrait ainsi pouvoir trouver un lien entre l’énergie d’une
particule et sa quantité de mouvement.
m 0 c2
E = mc2 = γm0 c2 = q 2
1 − vc
v2 E 2v2 m 2 c4 v 2
 
m0 c = E 1 − 2 = E 2 − 2 = E 2 −
2 4 2
2
= E 2 − p 2 c2
c c c
Cette relation est alors
E 2 = p2 c2 + m20 c4 (4.11)

Cette équation illustre que même une particule sans masse possède une quantité de
mouvement, liée à son énergie mécanique.
E
p=
c

123
CHAPITRE 4. RELATIVITÉ RESTREINTE

Exemple 4.3

Un électron possède une quantité de mouvement relativiste 10 % supérieure à sa quan-


tité de mouvement classique.
a) Quelle est sa vitesse ?
b) Quelle est son énergie mécanique ?

Solution
La différence entre la quantité de mouvement classique et relativiste est la masse
relativiste.
a) L’information donnée permet de faire ce lien.

1,1pclas = prel
1,1m0 v = mv
1,1m0 v = γm0 v
γ = 1,1

Connaissant le facteur relativiste,


1
γ=q
v2
1− c2
1
γ2 = 2
1 − vc2
v2 1
1− 2 = 2
c γ
on peut calculer la vitesse de l’électron.
r r
1 1
v = 1 − 2c = 1 − c = 0,417 c
γ 1,12

b) Son énergie mécanique peut être calculée par la célèbre équation d’Einstein.

E = mc2 = γm0 c2 = 1,1 × 9,109 × 10−31 × (3 × 108 )2 = 90,1 fJ = 562 keV

124
4.1. RELATIVITÉ RESTREINTE

Exemple 4.4
Le Large Hadron Collider est un accélérateur de protons situé à la frontière franco-
suisse. L’accélérateur principal est construit dans un tunnel de 26,7 km de circonfé-
rence. Les protons sont accélérés pour atteindre une énergie de 7 TeV (7 × 1012 eV).
a) Quelle est alors la vitesse des protons ?
b) Quelle est leur quantité de mouvement ?
c) Quelle est alors la masse d’un proton ?

Solution
Nous connaissons l’énergie mécanique du proton.
a) Pour trouver la vitesse, il faut d’abord calculer le facteur relativiste.

E = mc2 = γm0 c2
E 7 × 1012 × 1,602 × 10−19
γ= = = 7458
m0 c2 1,673 × 10−27 × (3 × 108 )2

Avec le facteur relativiste, on peut trouver la vitesse.


1
γ=q
v 2

1− c
v2 1
1− 2 = 2
c γ
r r
1 1
v = 1 − 2c = 1 − c = 0,999 999 991 c
γ 74582
b) La quantité de mouvement peut être calculée à partir de la vitesse ou de l’énergie.
Pour le deuxième cas :

E 2 = p2 c2 + m20 c4
r
E 2 − m20 c4
p=
s c2
(7 × 1012 × 1,602 × 10−19 )2 − (1,673 × 10−27 )2 (3 × 108 )4
p=
(3 × 108 )2
p = 3,74 × 10−15 kg·m/s

c) La masse du proton est plus grande, car elle est relativiste.

m = γm0 = 7448 × 1,673 × 10−27 = 1,25 × 10−23 kg

125
CHAPITRE 4. RELATIVITÉ RESTREINTE

4.2 Relativité générale


La relativité générale est une théorie de la gravitation qui tient compte des effets de la
relativité restreinte. Son idée novatrice est de généraliser la relativité aux référentiels non
inertiels, c’est-à-dire en accélération relative les uns par rapport aux autres. La conséquence
de cette généralisation est de traiter l’espace tridimensionnel et le temps comme une seule
entité à quatre dimensions appelée espace-temps. L’attraction gravitationnelle est alors la
conséquence de la courbure de cet espace-temps par la présence de masses (ou de l’énergie,
les deux états étant équivalents).

4.2.1 Équivalence accélération-gravitation

Comme pour la relativité restreinte, on peut résumer la nouveauté de la théorie de la


relativité générale par une expérience de pensée. Imaginez vous dans une navette spatiale.
Vous êtes attirés vers le plancher de la navette. Êtes-vous en mesure de distinguer si vous
êtes autour de la Terre ou si la navette accélère dans l’espace à une grandeur de 9,81 m/s2 ?
Sur la Terre, au repos Dans l’espace, accéléré

⃗a

⃗g

Figure 4.7 – Équivalence entre accélération et gravitation

Regardons les deux cas plus précisément. Sur la Terre, comme l’illustre la partie de gauche
de la figure 4.7, la personne subit son poids. La normale peut être trouvée par la deuxième
loi de Newton.
X
Fy = 0
N − mg = 0
N = mg

Dans l’espace, comme l’illustre la partie de droite de la figure 4.7, la personne subit une
accélération extérieure. La normale peut aussi être trouvée par la deuxième loi de Newton.
X
Fy = may
N = ma

Ainsi, si l’accélération extérieure dans l’espace est de même grandeur que l’accélération

126
4.2. RELATIVITÉ GÉNÉRALE

gravitationnelle terrestre, la personne ressentira le même poids apparent. Elle ne pourra donc
pas distinguer les deux situations, sauf en regardant un point extérieur de la navette.

Cette réflexion d’Einstein le mènera à considérer la force gravitationnelle comme une


conséquence de la courbure de l’espace-temps.

4.2.2 Espace-temps

Selon la conception classique attribuée à Isaac Newton, notre espace est composé de trois
dimensions (longueur, largeur et hauteur). Des objets sont présents dans cet espace et se
déplacent dans les trois dimensions à des vitesses plus ou moins rapides, ce qui fait qu’il est
possible de mesurer un intervalle de temps entre deux positions du même objet. Dans cette
façon de voir l’univers, celle de la physique classique, le temps est traité comme une flèche,
s’écoulant d’une extrémité vers l’autre extrémité. Il n’est en effet pas possible de revenir dans
le temps, comme c’est possible de revenir sur ses pas dans l’espace.

En relativité générale, Einstein a eu l’intuition de traiter le temps comme une dimension


en soi et de le combiner aux trois dimensions d’espace pour former l’espace-temps à quatre
dimensions. L’idée lui est venue en tentant de définir un événement : c’est quelque chose
qui a lieu en un endroit précis, mais un temps précis également. En effet, si vous donnez
rendez-vous à un ami au cégep, vous lui indiqueriez à quel étage (hauteur), au coin de quels
deux corridors (longueur et largeur), mais aussi à quel moment (temps) a lieu le rendez-
vous. Einstein a donc traité l’espace et le temps comme des dimensions combinées d’un
espace-temps à quatre dimensions.

127

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