Topologie des espaces vectoriels normés
Topologie des espaces vectoriels normés
Plan de cours
Dans tout ce chapitre, K désignera R ou C et (E , ∥ · ∥E ), (F, ∥ · ∥F ) deux espaces vectoriels normés. En l’absence
d’ambiguïté, on emploiera la notation ∥ · ∥ pour désigner la norme associée à l’un ou l’autre de ces espaces.
B (a , r ) = {x ∈ E | ∥x − a ∥ < r } = {x ∈ E | d (x , a ) < r }
∀x ∈ A, ∃r > 0, B (x , r ) ⊂ A
Proposition 12.2
(i) ∅ et E sont des parties ouvertes et fermées de E .
(ii) Les boules ouvertes sont... des ouverts !
(iii) Les boules fermées et les sphères sont des fermés ; en particulier, un singleton est un fermé.
On notera que les intervalles de R de la forme [a , b [ ne sont ni ouverts, ni fermés. Quels sont les intervalles
ouverts et les intervalles fermés de R ?
Démonstration
On notera que l’assertion sur les fermés est une conséquence directe de la première.
[
• Soient (Oi )i ∈I une famille quelconque d’ouverts et x ∈ Oi . Il existe donc i 0 ∈ I tel que x ∈ Oi 0 et
i ∈I[
comme Oi 0 est ouvert, il existe r > 0 tel que B (x , r ) ⊂ Oi 0 ⊂ Oi .
i ∈I
\
• Soient (Oi )1⩽i ⩽n une famille finie d’ouverts et x ∈ Oi . Il existe, pour chaque i ∈ ⟦1, n ⟧, un réel
1⩽i ⩽n \
strictement positif ri tel que B (x , ri ) ⊂ Oi . On a alors B (x , min ri ) ⊂ Oi . ■
1⩽i ⩽n
1⩽i ⩽n
Exemples
[ \
0, 1 − n1 = [0, 1[ n’est pas un fermé et 0, 1 + n1 =] 0, 1] n’est pas un ouvert.
n ∈N∗ n∈N∗
Exercice 1
Montrer que toute partie finie est fermée et montrer que Z est une partie fermée de R.
Notons que la définition d’une partie fermée n’est guère commode. On dispose cependant d’une caractérisation
extrêmement pratique : pour montrer qu’une partie A est fermée, il suffit de montrer que toute suite convergente
de A a sa limite dans A. Bref, A est fermée lorsqu’on ne sort pas de A par passage à la limite !
Démonstration
⇐= Supposons que la limite de toute suite convergente d’éléments de A appartient à A et montrons que
E \ A est ouverte. Faisons pour cela l’hypothèse qu’elle ne l’est pas et choisissons a ∈ E \ A tel que
pour tout r > 0, B (a , r ) ̸⊂ E \ A. Cela implique l’existence, pour tout n ∈ N∗ , de xn ∈ B (a , 1/n ) ∩ A. On
a ainsi construit une suite (xn )n∈N∗ d’éléments de A qui converge vers a ∈ / A puisque d (xn , a ) < 1/n .
Absurde.
=⇒ Supposons E \ A ouverte et considérons une suite (xn )n∈N d’éléments de A qui converge vers a . Si
a ∈ E \ A, il existe ϵ > 0 tel que B (a , ϵ) ⊂ E \ A. À partir d’un certain rang, tous les éléments xn
appartiennent à B (a , ϵ) donc à E \ A, ce qui contredit la définition de la suite (xn )n∈N . Donc a ∈ A. ■
Attention, ce résultat ne signifie pas pour autant que toute suite dans un fermé converge.
Exemples
• L’intervalle [0, 1[ n’est pas un fermé de R ; Z est un fermé de R ; Q n’est pas un fermé de R.
• C ([a , b ], K) est une partie fermée de F ([a , b ], K) pour la norme ∥ · ∥∞ .
• L’ensemble des polynômes n’est pas un fermé de C ([a , b ], K) pour la norme ∥ · ∥∞ .
Un dessin valant mieux que de longs discours, illustrons ces définitions au moyen des croquis suivants.
Exercice 2
Préciser l’intérieur, l’adhérence et la frontière d’une boule ouverte (resp. fermée).
L’intérieur de A est la réunion de tous les ouverts inclus dans A, quand l’adhérence de A est l’intersection de
tous les fermés contenant A.
Démonstration
Notons O la réunion de tous les ouverts inclus dans A (c’est donc bien un ouvert de E ). Montrons que A8 = O .
8 Il existe r > 0 tel que B (x , r ) ⊂ A donc B (x , r ) ⊂ O . Ainsi, x ∈ O .
• Soit x ∈ A.
8
• Soit x ∈ O . x appartient à un ouvert de A donc appartient à une boule incluse dans A : x ∈ A.
La frontière est fermée en tant qu’intersection de deux fermés. ■
Exercice 3
Soit A une partie de E .
c c
(i) Montrer que A8 = A c et (A8c ) = A .
(ii) Justifier alors que Fr(A) = A \ A8 = A ∩ A c et E = A8 ∪ Fr(A) ∪ (A8c ).
La frontière de A est en particulier un fermé de E . C’est aussi la frontière de A c .
Démonstration
Un fermé contenant A doit contenir toutes les limites des suites convergentes de A. Donc :
n o
F = lim xn | (xn ) ∈ A N converge ⊂ A
n→+∞
Soit réciproquement a ∈ A. Pour tout r > 0, B (a , r ) ∩ A = ̸ ∅. On peut donc construire une suite (xn )n∈N∗ tel
que pour tout n ∈ N∗ , xn ∈ B (a , 1/n ) ∩ A. Cette suite d’éléments de A converge vers a , donc a ∈ F . ■
Exemple
Si A est une partie bornée et non vide de R, sup(A) et inf(A) appartiennent à A.
Exercice 4
Déterminer l’intérieur et l’adhérence de [a , b [, Z et Q en tant que parties de R.
Définition 12.10
Soient A et B deux parties de E .
• On dit que A est dense dans E si A = E .
• On dit que A est dense dans B si B ⊂ A.
De façon équivalente, A est dense dans B si et seulement si l’une des assertions suivantes est vérifiée :
• Tout élément de B est limite d’une suite d’éléments de A.
• Pout tout x ∈ B , pour tout r > 0, B (x , r ) ∩ A ̸= ∅.
Exemples
Rappelons que si deux normes sur un espace vectoriel sont équivalentes, toute suite convergeant au sens de la
première converge au sens de la seconde. En dimension finie, il est donc inutile de préciser la norme choisie.
De manière plus générale, deux normes équivalentes définissent sur un espace la même topologie : les parties
ouvertes pour l’une sont ouvertes pour l’autre et il en va de même pour les parties fermées.
Exemple (♥)
Montrons que GLp (K) est dense dans Mp (K). Soit M ∈ Mp (K). Construisons une suite de matrices inver-
sibles qui converge vers M . Idée : si M est inversible, une suite constante suffit ; si M ne l’est pas, nous allons
« perturber » sa diagonale pour parvenir à nos fins. À cet effet, on pose M n = M − n1 Ip pour n ∈ N∗ .
• D’une part, de manière évidente, M n = M − n1 · Ip −−−−→ M .
n→+∞
• D’autre part, les matrices M n sont toutes inversibles, au moins à partir d’un certain rang. En effet,
det(M − λIp ) s’annule au plus p fois.
Un argument de densité servira à étendre une propriété valable pour les éléments d’un ensemble A à une
propriété vérifiée par les éléments de B = A.
C – Topologie induite
Soit F un sous-espace vectoriel de l’espace normé (E , ∥ · ∥). Notons que ∥ · ∥ définit une norme sur F et qu’elle
confère donc à F le statut d’espace vectoriel normé. On peut alors s’intéresser à la topologie induite sur F . Les
boules ouvertes de F (ou relativement à F ) sont de la forme :
BF (a , r ) = {x ∈ F | ∥x − a ∥ < r } = B (a , r ) ∩ F
Notons que cette boule du « point de vue » de F n’est, en dehors de quelques cas pathologiques, pas une boule
pour E . On peut alors montrer que les ouverts relatifs à F (resp. les fermés relatifs à F ) sont l’intersection de F
et des ouverts de E (resp. les fermés de E ). Ce qui motive la définition qui suit pour une partie cette fois-ci
quelconque de E .
Soit X une partie de A ⊂ E . On dit que :
• X est un voisinage de x relatif à A si X est l’intersection de A et d’un voisinage de x dans E .
• X est un ouvert relatif à A si X est l’intersection de A et d’un ouvert de E .
• X est un fermé relatif à A si X est l’intersection de A et d’un fermé de E .
On montre que ce sont respectivement des voisinages/ouverts/fermés pour la topologie induite sur A.
On retiendra l’exemple suivant : pour tout ϵ > 0, [0, ϵ[ est un voisinage de 0 relativement à R+ mais pas
relativement à R.
A – Limites
Définition 12.11
Soit A une partie non vide de E , f : A → F , a ∈ A et b ∈ F . On dira que f a pour limite b en a si :
Laissons de côté la quintessence de la limite exprimée en termes de voisinages pour étendre notre définition
de la limite dans le cas d’une limite en l’infini ou d’une limite infinie :
∀ϵ > 0, ∃M ∈ R, ∀x ∈ R, x ⩾ M =⇒ ∥f (x ) − b ∥F < ϵ
∀M ′ ∈ R, ∃α > 0, ∀x ∈ A, ∥x − a ∥E ⩽ α =⇒ f (x ) ⩾ M ′
∀M ′ ∈ R, ∃M ∈ R, ∀x ∈ R, x ⩾ M =⇒ f (x ) ⩾ M ′
(iv) Pour f : A ⊂ E → F avec A non bornée, on dira que f admet une limite b ∈ F en +∞ si :
∀ϵ > 0, ∃M ∈ R, ∀x ∈ A, ∥x ∥E ⩾ M =⇒ ∥f (x ) − b ∥F < ϵ
On adapte facilement dans les définitions (i), (ii) et (iii) pour une limite en −∞ ou qui vaudrait −∞, mais que
de tracas ! Il suffit en fait d’étendre la notion de voisinage à +∞ pour obtenir une définition unique, la seule
qui vaille :
lim f (x ) = b ⇐⇒ ∀V ∈ V (b ), ∃U ∈ V (a ), f (U ) ⊂ V
x →a
Ce résultat se prolonge dans le cas où A ⊂ R et a = ±∞. Nous ne détaillerons pas ici les propriétés classiques
de la limite (limite d’une combinaison linéaire, limite d’une composée...). Un dernier résultat est néanmoins à
connaître, celui de la limite d’une application à valeurs dans un espace produit.
Proposition 12.13
Soit F = F1 × · · · × Fp le produit des espace vectoriels normés (Fk , Nk ), muni de la norme définie par
N (x ) = max Nk (x ). Soient f : x ∈ A 7→ (f1 (x ), . . . , fp (x )) ∈ F où A ⊂ E et a ∈ A. f admet une limite en a si
1⩽k ⩽p
et seulement si chaque fk admet une limite en a . Dans ce cas, lim f = lim f1 , . . . , lim fp .
a a a
B – Continuité
1 – Définition et premières propriétés
Définition 12.14
• f est dite continue en a ∈ A si f (x ) −−→ f (a ), c’est-à-dire si :
x →a
Les opérations classiques sur les limites nous permettent de montrer que :
• l’ensemble C (A, F ) des fonctions continues sur A est un espace vectoriel.
• l’ensemble C (A, K) des fonctions continues sur A et à valeurs dans K est une K-algèbre (le produit de
deux fonctions continues est en particulier continu).
• si f : A → F et g : B → G sont continues avec f (A) ⊂ B , alors g ◦ f est continue sur A.
Exemple
Soit une suite (u n )n ∈N vérifiant u n+1 = f (u n ) avec f continue. Si (u n )n∈N converge vers ℓ, alors f (ℓ) = ℓ.
Proposition 12.16
Soient f , g : A → F deux applications continues qui coïncident sur une parte dense de A. Alors f = g .
Démonstration
Supposons que f et g sont continues sur A et qu’elles coïncident sur D avec D = A.
Soit x ∈ A. il existe alors une suite (u n )n∈N d’éléments de D qui converge vers x . Par continuité de f et g ,
f (x ) = lim f (u n ) = lim g (u n ) = g (x )
n→+∞ n →+∞
Exercice 5
Déterminer les applications continues f : R → R vérifiant pour tous x , y ∈ R, f (x + y ) = f (x ) + f (y ).
2 – Applications lipschitziennes
Définition 12.17
L’application f : E → F est dite lipschitzienne de rapport K ⩾ 0 si :
∀x , y ∈ E , ∥ f (x ) − f (y )∥F ⩽ K · ∥x − y ∥E
Pour une fonction f : R → R, la K -lipschitzianité a une interprétation géométrique simple : les pentes des
cordes du graphe de f sont majorées (en valeur absolue) par K .
Exemples
Proposition 12.18
Si f : [a , b ] → R est dérivable et f ′ est bornée, alors f est lipschitzienne.
Démonstration
Supposons que | f ′ | ⩽ M . La continuité de f sur [a , b ] et la dérivabilité sur ]a , b [ nous permet d’utiliser le
théorème des accroissements finis :
∀x , y ∈ [a , b ], ∃c ∈]x , y [, | f (x ) − f (y )| = | f ′ (c )| · |x − y | donc | f (x ) − f (y )| ⩽ M · |x − y |
■
Exercice 6
Montrer que la composée de deux applications lipschitziennes est encore une application lipschitzienne.
Proposition 12.19
Toute fonction lipschitzienne est continue.
Démonstration
Supposons f : E → F K -lipschitzienne. Soit x0 ∈ E .
∀x ∈ E , ∥ f (x ) − f (x0 )∥ ⩽ K ∥x − x0 ∥
Démonstration
Ces deux applications sont définies sur E et à valeurs dans R+ . On doit donc prouver que pour tous x , y ∈ E ,
| f (x ) − f (y )| ⩽ ∥x − y ∥
∀x , y ∈ E , ∥x ∥ − ∥y ∥ ⩽ ∥x − y ∥
• Soit A une partie non vide de E . d (·, A) est bien définie puisque pour x ∈ E , {∥x − a ∥, a ∈ A} est une
partie de R non vide et minorée (par 0). Soient x , y ∈ E .
∀a ∈ A, d (x , A) ⩽ ∥x − a ∥ ⩽ ∥x − y ∥ + ∥y − a ∥
Par composition, si f est continue, ∥ f ∥ est continue. Pour une norme différente, le résultat n’est plus garanti !
Définition 12.21
On dit que f : A ⊂ E → F est uniformément continue sur A si :
Exemple
Toute application lipschitzienne est uniformément continue.
En résumé,
f lipschitzienne =⇒ f uniformément continue =⇒ f continue
f −1 (X ) = {x ∈ E | f (x ) ∈ X } ⊂ E
L’image réciproque de X par f , car c’est son nom, est l’ensemble des antécédents des éléments de X par f . 2
On notera que A ⊂ f −1 (X ) si et seulement si f (A) ⊂ X .
2. n’y voyons en aucun cas un quelconque signe de bijectivité de f .
Théorème 12.22 : Image réciproque d’un ouvert/fermé par une application continue
Une application f : A ⊂ E → F est continue sur A si et seulement si l’une des deux assertions suivantes
est vraie :
(i) L’image réciproque par f de tout ouvert de F est un ouvert relatif à A dans E .
(ii) L’image réciproque par f de tout fermé de F est un fermé relatif à A de E .
Démonstration
Démontrons la caractérisation (i).
=⇒ On suppose f continue. Considérons un ouvert X de F et montrons que f −1 (X ) est un ouvert relatif
à A.
Soit x ∈ f −1 (X ). Comme f (x ) ∈ X et X est ouvert, il existe ϵ > 0 tel que B (f (x ), ϵ) ⊂ X . Par continuité de f
en x , il existe α > 0 tel que f (A ∩ B (x , α)) ⊂ B (f (x ), ϵ) et donc f (A ∩ B (x , α)) ⊂ X . Ainsi, A ∩ B (x , α) ⊂ f −1 (X ).
⇐= On suppose que l’image réciproque de tout ouvert par f est un ouvert relatif à A. Montrons que f est
continue.
Soient x ∈ E et ϵ > 0. B (f (x ), ϵ) est un ouvert de F donc son image réciproque (qui contient x ) est un
ouvert relativement à A. Il existe ainsi α > 0 tel que f (A ∩ B (x , α)) ⊂ B (f (x ), ϵ). f est bien continue !
c
La seconde caractérisation découle de l’égalité f −1 (X ) = f −1 (X c ) pour une partie X quelconque. ■
Ce résultat est un formidable outil 3 pour montrer qu’une partie est ouverte/fermée. Par exemple, si f : E → R
est continue,
{x ∈ E , f (x ) > 0} = f −1 (R∗+ ) est ouvert ;
Pour montrer qu’une partie décrite avec des inégalités strictes est ouverte (ou décrite par des inégalités larges
est fermée), on introduira une fonction adaptée pour décrire la partie étudiée comme image réciproque et
conclure facilement.
Exemples
x2 y 2
y f : (x , y ) 7→ +
a2 b2
x [ ] R
−a a 0 1
−b
Prenons garde en revanche aux implications abusives. Par exemple, l’image d’un fermé par une application
continue n’est pas nécessairement fermée... On pourra méditer l’exemple du fermé [0, +∞[ dont l’image par
la fonction continue arctan est [0, π/2[.
3. c’est bien plus que cela puisque c’est LA définition de la continuité d’une application dans un espace topologique.
Démonstration
=⇒ Supposons u ∈ L (E , F ) continue. Soit ϵ > 0. Par continuité en 0, il existe α > 0 tel que : ∥x ∥ ⩽ α =⇒
∥u (x )∥ ⩽ ϵ.
αx
Soit x ̸= 0E . Le vecteur est de norme inférieure ou égale à α donc :
∥x ∥
αx α∥u (x )∥ ϵ
u = ⩽ ϵ, soit, ∥u (x )∥ ⩽ · ∥x ∥
∥x ∥ ∥x ∥ α
ϵ
Le résultat est encore valable pour x = 0E . On retrouve bien l’inégalité attendue, avec C = .
α
⇐= Supposons qu’il existe C > 0 tel que pour tout x ∈ E , ∥u (x )∥ ⩽ C ∥x ∥ et soit x0 ∈ E .
∥u(x ) − u (x0 )∥ = ∥u (x − x0 )∥ ⩽ C ∥x − x0 ∥
Il suffit alors de faire tendre x vers x0 : on a bien u (x ) −−−→ u (x0 ), d’où la continuité en x0 . ■
x →x0
On peut reformuler ce théorème de bien des manières. Pour qu’une application linéaire soit continue, il faut et
il suffit qu’elle soit lipschitzienne, qu’elle soit uniformément continue, qu’elle soit bornée sur la boule unité...
Mais quand il s’agira d’étudier la continuité d’une application linéaire, il suffira, hors scénario exotique,
• d’invoquer un argument de dimension : nous verrons qu’en dimension finie, toute application linéaire est
continue.
• de majorer ∥u (x )∥ afin de trouver C tel que pour tout x ∈ E , ∥u (x )∥ ⩽ C ∥x ∥ et justifier ainsi la continuité.
• d’exhiber une suite (xn )n∈N de E tel que pour tout n ∈ N, ∥u(xn )∥ > n ∥xn ∥ et justifier ainsi la non-continuité.
À ces possibilités s’ajoutent des arguments de compacité (voir section suivante).
Exemple
Tr : Mn (K) → K est une application linéaire et Mn (K) est de dimension finie donc Tr est continue.
Ker(Tr) = Tr−1 ({0}), l’hyperplan des matrices de traces nulles, est donc un fermé de Mn (K).
De manière générale, tout noyau d’application linéaire en dimension finie est fermé.
Exemple
La forme linéaire u : f 7→ f (1) définie sur C ([0, 1], K) est continue – ou non – en fonction de la norme choisie.
• Elle est continue si on munit C ([0, 1], K) de ∥ · ∥∞ :
La caractérisation de la continuité d’une application linéaire s’étend facilement aux applications multilinéaires.
Exemple
Tout produit scalaire 〈·, ·〉 définit sur un espace vectoriel E de dimension quelconque une application
continue puisqu’elle est bilinéaire et qu’elle satisfait de plus l’inégalité de Cauchy-Schwarz :
∀x , y ∈ E , 〈x , y 〉 ⩽ ∥x ∥ · ∥y ∥
Fermons cette parenthèse pour revenir aux applications linéaires. On note en général Lc (E , F ) l’ensemble
des applications linéaires continues de E dans F . C’est un sous-espace vectoriel de L (E , F ) et même un
sous-espace vectoriel normé, quitte à le munir d’une norme dite d’opérateur. Cette dernière « se fabrique »
au moyen d’une norme sur E et d’une norme sur F : c’est le plus petit réel positif C tel que pour tout x ∈ E ,
∥u (x )∥F ⩽ C ∥x ∥E , c’est-à-dire le réel :
∥u (x )∥F
~u ~ = sup
x ̸=0E ∥x ∥E
∥u (x )∥F x
~u ~ = sup = sup u = sup ∥u (y )∥F
x ̸=0E ∥x ∥E x ̸=0E ∥x ∥E F ∥y ∥E =1
Il suffit donc de déterminer une telle borne supérieure non pas sur E \ {0E } mais sur S (0, 1).
Démonstration
• Le critère de continuité d’une application linéaire assure l’existence de ~u ~ pour tout u ∈ Lc (E , F ).
• ~ · ~ est de plus une norme sur Lc (E , F ). L’application est clairement à valeurs dans R+ . En outre,
– Si u ∈ Lc (E , F ) et ~u ~ = 0 alors u = 0L (E ,F ) . En effet, u (0E ) = 0F et :
∥u (x )∥F
∀x ̸= 0E , =0 donc u (x ) = 0F
∥x ∥E
Exercice 7
Soient E un C-espace vectoriel normé et f ∈ Lc (E ). Montrer que ~ f ~ ⩾ |λ| pour tout λ ∈ Sp(f ).
Comment déterminer une norme d’opérateur ? En pratique, on majorera ∥u (x )∥ pour trouver une inégalité de
la forme ∥u(x )∥ ⩽ C ∥x ∥. S’il y a égalité pour un vecteur x0 donné, elle sera optimale. En dimension finie, nous
nous assurerons qu’un tel vecteur x0 existe toujours.
Exemple
Nous avons vu que la forme linéaire u : f 7→ f (1), définie sur C ([0, 1], K) muni de la norme ∥ · ∥∞ , à valeurs
dans K muni de la norme | · |, est continue. En outre,
Exercice 8
n
X
Donner la norme d’opérateur de l’application Tr sur Mn (K) muni de la norme déf. par ∥M ∥ = sup |mi , j |.
1⩽i ⩽n j =1
Travaillons maintenant avec F = E . De façon immédiate, ~idE ~ = 1. La norme ~·~ est de plus sous-multiplicative.
Démonstration
Pour tout vecteur x unitaire, ∥u (v (x ))∥ ⩽ ~u ~ · ∥v (x )∥ ⩽ ~u ~ · ~v ~ · ∥x ∥ = ~u ~ · ~v ~.
On conclut par passage à la borne supérieure. ■
n
X n
X
On montre que les normes définies par ~A ~ = max |a i , j | et ~A ~ = max |a i , j | sont des normes subor-
1⩽i ⩽n 1⩽ j ⩽n
j =1 i =1
données. Attention cependant, les normes sur Mn (K) rencontrées les mois passés ne sont pas toutes des
normes subordonnées :
p
• la norme euclidienne définie par ∥A∥ = Tr(A ⊤ A) est sous-multiplicative mais ∥In ∥ = n ̸= 1.
p
• la norme définie par ∥A∥ = sup |a i , j | n’est tout simplement pas sous-multiplicative.
1⩽i , j ⩽n
– valeur d’adhérence de (u n )n∈N ∈ E N toute limite de sous-suites de (u n )n∈N . λ est une valeur d’adhérence de
(u n )n∈N ssi
∀ϵ > 0, ∀N ∈ N, ∃n ⩾ N , u n ∈ B (λ, ϵ)
Une suite converge vers ℓ ∈ E ssi toutes ses sous-suites convergent vers ℓ. La limite est donc l’unique valeur
d’adhérence d’une suite convergente. En revanche, l’existence d’une unique valeur d’adhérence ne garantit
par la convergence.
Exemples
• D’après le principe des tiroirs, toute partie finie est compacte. Essayez de ranger votre collection (infinie)
de billes dans p tiroirs !
• D’après le théorème de Bolzano-Weierstrass (version MPSI/MP2I), les segments de R sont des compacts.
Attention, ce ne sont pas les seules parties compactes de R.
Toute suite d’un compact admet par définition au moins une valeur d’adhérence. Une telle suite convergera
dès lors qu’elle en admet au plus une.
Proposition 12.28
Une suite d’éléments d’une partie compacte converge ssi elle admet une seule valeur d’adhérence.
Démonstration
=⇒ Toute suite convergente admet une seule valeur d’adhérence (la limite d’une telle suite).
⇐= Raisonnons par contraposée. Supposons pour cela qu’une suite (u n )n ∈N d’une partie compacte A
diverge et prouvons qu’elle admet au moins deux valeurs d’adhérence. Par définition de la compacité,
(u n )n∈N admet au moins une valeur d’adhérence notée λ. Puisque (u n )n∈N ne converge pas vers λ, on
sait qu’il existe ϵ > 0 tel que pour tout N ∈ N, il existe n ⩾ N tel que u n ∈
/ B (λ, ϵ). Cela nous assure
l’existence d’une suite extraite (u ϕ(n) ) dont aucun des termes n’est dans B (λ, ϵ). Une telle suite à
valeurs dans A admet nécessairement une valeur d’adhérence λ′ ̸= λ, également valeur d’adhérence
de (u n )n∈N . ■
Théorème 12.29
Toute partie compacte est fermée et bornée.
Démonstration
Supposons que A est une partie compacte de E .
• A est fermée. En effet, soit (u n )n∈N une suite d’éléments de A convergeant vers ℓ ∈ E . Par compacité de
A, il existe une sous-suite qui converge dans A, mais aussi nécessairement vers ℓ. Donc, ℓ ∈ A.
• A est bornée. Supposons qu’elle ne le soit pas. On pourrait alors construire pour chaque entier n ∈ N,
u n ∈ A tel que ∥u n ∥ > n. On ne peut extraire de (u n )n ∈N une sous-suite convergente puisque ∥u ϕ(n) ∥ >
ϕ(n ) ⩾ n ce qui montre que la suite extraite n’est même pas a minima bornée. ■
Nous verrons plus tard, avec un peu de travail, que la réciproque est vraie en dimension finie. Contentons-nous
pour l’instant d’un contre-exemple en dimension infinie.
Exemple
+∞
X
On munit K[X ] de la norme P = a k X k 7→ ∥P ∥ = sup |a k |. Ce sup est un max car la famille (a k )k ∈N est
k =0 k ∈N
presque nulle. On considère la sphère unité de E , c’est-à-dire S (0̃, 1) = {P ∈ K[X ] | ∥P ∥ = 1}. C’est bien
entendu un fermé borné de E . Posons alors, pour tout n ∈ N, Pn = X n . La suite (Pn )n∈N est une suite de
S (0̃, 1) qui ne peut pourtant pas admettre de sous-suite convergente puisque pour tous n , m ∈ N avec
n ̸= m , ∥Pn − Pm ∥ = 1 ⩾ 1.
Les parties compactes d’un compact sont les parties fermées de ce compact. En d’autres termes :
Proposition 12.30
Soit X ⊂ A où A est une partie compacte de E . Alors, X est compacte si et seulement si X est fermée.
Exercice 9
Montrer que [a , b ] × [c , d ] est un compact de R2 .
Proposition 12.31
Le produit fini de compacts d’espaces normés est compact (pour la norme produit).
Démonstration
Il suffit d’adapter la preuve de l’exercice précédent pour deux parties compactes puis de généraliser par
récurrence. ■
B – Compacité et continuité
Théorème 12.32
L’image d’un compact par une application continue est compacte.
Démonstration
Soient A une partie compacte de E et f : E → F continue. Montrons que f (A) est une partie compacte de F.
Considérons une suite f (u n ) n∈N de f (A). La suite (u n )n∈N du compact A admet une sous-suite u ϕ(n ) n∈N
qui converge vers ℓ ∈ A. Par continuité de f , la sous-suite f (u ϕ(n) ) n∈N converge vers f (ℓ) ∈ f (A). ■
On en déduit un fameux corollaire, la généralisation de notre « toute fonction continue sur un segment est
bornée et atteint ses bornes ». Ce résultat permettra de prouver efficacement l’existence d’un maximum ou
d’un minimum.
Corollaire 12.33 : Théorème des bornes atteintes
Si f est une application continue sur un compact et à valeurs dans R, f est bornée et atteint ses bornes.
Démonstration
Si f : A ⊂ E → R est continue et A compact, f (A) est un compact donc une partie fermée et bornée de R.
Du caractère borné, on tire l’existence de inf f (x ) et de sup f (x ). Du caractère fermé, on tire l’appartenance
x ∈A x ∈A
de ces bornes inf/sup à l’adhérence de f (A) donc à f (A) lui-même.
Ainsi, inf f (x ) = min f (x ) et sup f (x ) = max f (x ). ■
x ∈A x ∈A x ∈A x ∈A
1
Si E = R et A est un intervalle non fermé, f (A) n’a aucune raison d’être bornée ou fermée. Ex. : x 7→ x sur ]0, 1].
Le théorème des bornes atteintes s’applique couramment à une fonction f continue sur un compact A pour
montrer qu’une norme est atteinte : sup ∥ f (x )∥ = max ∥ f (x )∥ = ∥ f (x0 )∥.
x ∈A x ∈A
Pratique, pour la boule unité en dimension finie !
∀α > 0, ∃x , y ∈ A, ∥x − y ∥ < α et ∥ f (x ) − f (y )∥ ⩾ ϵ
1
• Pour tout entier n ∈ N∗ , il existe xn , yn ∈ A tels que ∥xn − yn ∥ <
et ∥ f (xn ) − f (yn )∥ ⩾ ϵ.
n
• On peut extraire de la suite (xn )n∈N (du compact A) une sous-suite convergente xϕ(n) n∈N vers ℓ ∈ A.
∥xϕ(n) − yϕ(n ) ∥ < n1 donc yϕ(n ) n∈N converge elle aussi vers ℓ.
• ∥ f (xϕ(n ) ) − f (yϕ(n) )∥ ⩾ ϵ mais par continuité, ∥ f (xϕ(n) ) − f (yϕ(n) )∥ −−−−→ ∥ f (ℓ) − f (ℓ)∥ = 0, absurde ! ■
n→+∞
ϕ : (Kn , ∥ · ∥∞ ) −→ (E , N∞ )
n
X
(x1 , . . . , xn ) 7−→ xi ei
i =1
∀y ∈ E , N∞ (y ) = 1 =⇒ α ⩽ ∥y ∥ ⩽ β
x x
Soit x ∈ E \ {0}. étant unitaire au sens de N∞ , α ⩽ ⩽ β , soit αN∞ (x ) ⩽ ∥x ∥ ⩽ β N∞ (x ).
N∞ (x ) N∞ (x )
L’encadrement étant encore valable pour x = 0E , on a montré l’équivalence des normes ∥ · ∥ et N∞ .
• Étape 4 – On savoure notre victoire puisque toutes les normes sur E sont équivalentes à N∞ donc
équivalentes entre elles par transitivité. ■
Tout repose sur le fait que la convergence d’une suite (ou l’existence d’une limite de fonction) à valeurs dans
un e.v.n. de dimension finie équivaut à celle de chacune de ses coordonnées dans une base ; on peut donc
ainsi se ramener à R ou C.
Démonstration
Soient A une partie fermée et bornée de (E , ∥·∥), supposé de dimension finie, et une suite (xn )n ∈N d’éléments
de A.
Nous appuyant sur la démonstration du théorème précédent, introduisons une base (e1 , . . . , ep ) de E .
Par équivalence des normes, A est fermée et bornée au sens de la norme N∞ définie par N∞ (x ) = max |xk |.
1⩽k ⩽p
p
X
Ainsi, pour tout n ∈ N, xn = xn(k ) ek .
k =1
(k ) (k )
Les suites de coordonnées (xn )n∈N sont bornées pour la norme N∞ puisque pour tout n ∈ N, |xn | ⩽ N∞ (xn )
et à valeurs dans K. Elles admettent toutes une sous-suite convergente ; Il en va de même pour (xn )n∈N . ■
Corollaire 12.37
Une suite bornée d’un espace normé de dimension finie converge si et seulement si elle a une unique
valeur d’adhérence.
Théorème 12.38
Si E est de dimension finie, toute application linéaire de E dans F est continue.
Démonstration
Une application u ∈ L (E , F ) est continue ssi il existe C ⩾ 0 tel que pour tout x ∈ E , ∥u(x )∥F ⩽ C · ∥x ∥E .
Supposons E de dimension finie et notons (e1 , . . . , en ) une base de E et N∞ : x ∈ E 7→ max1⩽k ⩽n |xk |.
• Comme ∥ · ∥E et N∞ sont équivalentes, il existe α, β > 0 tels que α∥ · ∥E ⩽ N∞ ⩽ β ∥ · ∥E .
• Soit x ∈ E .
n n n
n
X X X X
∥u (x )∥F = xk u (ek ) ⩽ |xk | · ∥u(ek )∥F ⩽ ∥u(ek )∥F · N∞ (x ) ⩽ β ∥u (ek )∥F ∥x ∥E
k =1 F k =1 k =1 k =1
| {z }
=C
En dimension finie, la sphère unité étant compacte, nous disposons du corollaire immédiat suivant : si u ∈
L (E , F ), ~u ~ = sup ∥u (x )∥F = max ∥u (x )∥F = ∥u (x0 )∥F pour un certain x0 unitaire.
∥x ∥E =1 ∥x ∥E =1
Exemple
Puisque Mn (K) est de dimension finie, la forme linéaire Tr est continue. L’hyperplan Ker(Tr) = Tr−1 ({0}) des
matrices de trace nulle est fermé comme image réciproque d’un fermé par une application continue.
Théorème 12.39
Tout sous-espace vectoriel de dimension finie d’un espace normé est fermé.
Démonstration
Soient un sous-espace vectoriel F de dimension finie de E et une suite (xn )n∈N d’éléments de F qui converge
vers ℓ ∈ F . Montrons que la limite en question appartient nécessairement à F . On considère à nouveau une
base (e1 , . . . , ep ) de F , ce qui nous permet écrire : p
X
∀n ∈ N, xn = xn(k ) ek (∗)
k =1
(k )
Chaque suite (xn )n∈N converge comme image de la suite (xn ) par la forme linéaire continue ϕk : x 7→ xk (F
p
X
est de dim. finie). Notons ℓk les limites respectives. Par passage à la limite dans (∗), ℓ = ℓk e k ∈ F . ■
k =1
Exemples
• Sn (K) est un fermé de Mn (K) en tant que sous-espace vectoriel de dimension finie. Autrement dit, toute
limite de suites de matrices symétriques est une matrice symétrique.
• GLn (K) n’est quant à lui pas un fermé de Mn (K). Non pas parce que ce n’est pas un sous-espace vectoriel
de Mn (K) (l’argument ne suffirait pas) mais plus simplement parce que GLn (K) = Mn (K).
Exercice 10
Montrer que pour tout A ∈ Mn (K), exp(A) ∈ K[A].
Remarquons que le choix de la base importe peu : un changement de base montre qu’une application polyno-
miale suivant une base reste polynomiale suivant une autre.
En notant πk la forme linéaire qui associe au vecteur x sa coordonnée suivant ek (c’est-à-dire l’application
α
x 7→ xk ), on peut écrire tout monôme sous la forme π1 1 × · · · × παnn . En dimension finie, ces formes linéaires πk
– qu’on appelle applications coordonnées – sont nécessaires continues. D’où le résultat suivant, par produit de
fonctions continues à valeurs dans R.
Proposition 12.41
Toute application polynomiale définie sur un espace vectoriel normé de dimension finie est continue.
Exemples (♥)
Exercice 11
Montrer que On (R) est un compact de Mn (R).
Exercice 12
Montrer que M 7→ χM est continue sur Mn (K). En déduire que pour tous A, B ∈ Mn (K), χAB = χB A .
L’existence d’un chemin continu entre a et b revient à joindre les deux points à l’aide d’un stylo sans lever le
crayon.
Notons qu’on pourra remplacer le segment [0, 1] par n’importe quel autre segment de R.
Proposition 12.44
R est une relation d’équivalence sur A.
Démonstration
On montrer que la relation binaire R est réflexive, symétrique et transitive.
• Réflexivité : a est relié avec lui-même par le chemin continu γ : t 7→ a .
• Symétrie : S’il existe un chemin continu γ joignant a et b , t 7→ γ(1 − t ) est un chemin continu joignant b
et a .
• Transitivité : S’il existe un chemin continu γ1 (resp. γ2 ) joignant a et b (respectivement b et c ), alors
γ1 (2t ) si t ⩽ 1/2
l’application γ : t 7→ est un chemin continu (à vérfier !) joignant a et c . ■
γ2 (2t − 1) si t ⩾ 1/2
Définition 12.45
On appelle composantes connexes de la partie A les classes d’équivalence de A relativement à R.
Autrement dit, deux points de A sont dans une même composante connexe s’il sont reliés par un chemin
continu. A sera connexe par arcs si elle possède une seule composante connexe : la partie est d’un seul tenant !
Exemples
• Les parties convexes de E sont connexes par arcs. Il suffit de considérer pour une partie convexe C
donnée un chemin rectiligne (continu) joignant a , b ∈ C : ∀t ∈ [0, 1], γ(t ) = (1 − t )a + t b ∈ C .
• Les parties étoilées de E sont connexes par arcs. Ce sont les parties E pour lesquelles il existe x ∈ E tel
que pour tout y ∈ E , [x , y ] ⊂ E .
Dans des cas simples, une figure convaincante vaut preuve de connexité par arcs.
Proposition 12.46
Les parties connexes par arcs de R sont les intervalles.
Démonstration
Soient x , y ∈ A, où A est une partie connexe par arcs de R, et γ : [0, 1] → A un chemin continu les reliant.
D’après le théorème des valeurs intermédiaires (version réelle), l’image d’un intervalle par une fonction
continue est un intervalle. γ([0, 1]) est donc un intervalle de A qui contient x et y . Le segment [x , y ] est donc
inclus dans A.
A est donc convexe, c’est un intervalle de R. ■
Dans R, intervalles, parties connexes par arcs et parties convexes sont donc confondus. C’est faux en général.
Exercice 13
Montrer que dans un espace vectoriel normé de dimension supérieure ou égale à 2, une sphère est connexe
par arcs et qu’une boule privée de son centre est connexe par arcs.
Un résultat pratique pour montrer qu’une partie est connexe par arcs : l’image d’une partie connexe par arcs
par une application continue est connexe par arcs.
Théorème 12.47
Soient f : E → F une application continue et A une partie connexe par arcs de E . Alors f (A) est connexe
par arcs.
Comme dans le cas purement réel, on utilise souvent ce résultat pour justifier que f s’annule sur A en trouvant
x , y ∈ A tels que f (x ) · f (y ) ⩽ 0.