Ciments Verres Ionomères en Odontologie
Ciments Verres Ionomères en Odontologie
Introduction
I. Définition
II. Historique
III. Classification
II.1. Selon l’usage clinique
II.2. Selon la réaction de prise
II.3. Classification internationale de De Moore
II.4 Classification de Trentesaux et al (2017)
Conclusion
Bibliographie
1. Sharanbir K S. Glass-Ionomers in Dentistry. 2016.
2. Gebhard C. Les ciments verres ionomères en odontologie conservatrice : données actuelles. 2016.
3. Gener R. Propriétés mécanique in vitro des ciments verres ionomères haute viscosité : analyse de
littérature. 2016. P11
6. Ngo H C, Opsahil-Vital S. Intervention minimale en cariologie. La place des ciments verre ionomère.
2012.
7. Lagarde M. La longévité des restaurations sur dents temporaires en fonction du materiau. Revue
systématique de la littérature. 2015.
9. Rusnac M E, Gasparik C, Irimie A L et al. Giomers in dentistry - at the boundary between dental
composites and glass-ionomers. 2018.
11. McLean JW, Wilson A. The glass-ionomer cements: An update. The British Dental Journal. 1977.
12. J P Attal. Les ciments verres ionomères - Société Francophone des Biomatériaux Dentaires (SFBD).
([Link]
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Introduction
Le succès des traitements dentaires dépend non seulement de l’expérience du praticien, mais aussi
du bon choix et usage de matériel et matériaux mis en sa disposition. Les matériaux dentaires sont
divers et variés, et leur perpétuel développement rend leur étude plus qu’indispensable. Dans le
cadre d’odontologie conservatrice, le ciment verre ionomère est l’un des matériaux les plus
importants du large éventait dont on dispose. La connaissance de composition, propriétés et
protocole de mise en œuvre de chaque type de CVI dicte ses indications et ses limites. Dans ce
colloque on va exposer des différents types de CVI et leurs dérivés.
I. Définition
Les ciments verre ionomère (CVI) ont été mis au point au début des années 1970 dans les
laboratoires de chimie du gouvernement britannique par Wilson et Kent. Ils tentèrent de combiner la
résistance et la libération de fluor des ciments silicates avec la biocompatibilité et les propriétés
adhésives de l’acide polyacrylique.
Les CVI sont définis comme des matériaux de restauration dentaires qui résultent de la réaction
acide-base entre un verre contenant du calcium, de l'aluminium et du fluor, et un acide polyacrylique.
Ces matériaux ont la capacité de se lier chimiquement à la dentine et à l’émail tout en libérant des
ions fluorures, ce qui les rend avantageux pour la protection contre la carie.
Les ciments verre ionomère (CVI) sont devenus des matériaux incontournables de la pratique
odontologique du XXIe siècle.
II. Historique :
La mise au point des ciments verres ionomères est issue d’une longue expérimentation qui a été
menée à partir des ciments silicates. Les silicates avaient une certaine opacité, pouvaient libérer
du fluor, mais leur résistance à l’érosion était médiocre et leur adhésion aux tissus dentaires
mauvaise.
Les travaux de Smith permirent la création du premier ciment adhérant aux tissus dentaires par
adhésion chimique : le ciment polyacrylate en 1968. Celui-ci fut obtenu en remplaçant l’acide
phosphorique des ciments phosphate de zinc par de l’acide polyacrylique.
Ainsi, sur la base des travaux de Smith, Wilson et son équipe tentèrent alors de développer un
nouveau ciment ayant les avantages des ciments silicates sans leurs inconvénients. Ils
proposèrent un matériau utilisant le liquide des ciments polycarboxylates de zinc, l’acide
polyacrylique et la poudre des silicates, les verres fluorés alumino-siliciques en 1996. Ce fut la
naissance d’une nouvelle classe de biomatériaux : les ciments verres ionomères.
En 1975, le premier CVI fut commercialisé sous le nom de ASPA II (alumino-silicate polyacrylic
acid) par la société De Trey. Il avait la capacité d’adhérer spontanément aux tissus dentaires et de
libérer du fluor. Au fil des ans, d’autres améliorations virent le jour, notamment au niveau de la
formulation du matériau et permirent de multiplier les indications cliniques : ciments de
scellement, ciments d’obturation, ciments intermédiaires (ou de temporisation).
À la fin des années 80, le CVI évolua. On y incorpora une petite quantité de monomères résineux
et d’initiateurs, impliqués dans la réaction de polymérisation. Ainsi naquit le ciment verre
ionomère modifié par adjonction de résine (CVI MAR). Ses propriétés mécaniques sont
globalement supérieures à celles des CVI conventionnels et leur manipulation est plus aisée.
Depuis quelques années les CVI condensables ont fait leur apparition. Ils sont principalement
utilisés en pédodontie et en dentisterie humanitaire.
III. Classification :
Classification des verres ionomères deTrentesaux et al (Trenteseau T, Levarde C, Laumaille M et al. Verres
ionomères : des matériaux de choix en dentisterie pédiatrique ? 2018.)
IV. Les CVI conventionnels (conventional glass ionomer cement)
IV.1. Définition
Les CVI peuvent se présenter sous trois formes.
Forme poudre/liquide: deux versions sont possibles.
- Dans la première, les deux parties sont séparées. Il faut mélanger manuellement à l’aide d’une
spatule la poudre et le liquide selon un ratio poudre/liquide spécifié par les fabricants. - Dans la
seconde, la présentation est en capsules pré-dosées. Sa manipulation est alors plus aisée car le
mélange est fait mécaniquement dans un vibreur selon le temps indiqué par le fabricant.
Dans la forme poudre/eau, la poudre peut parfois contenir le verre et le produit réactif liquide
(acide polyacrylique) sous une forme déshydratée. Elle est ensuite mélangée à de l’eau distillée
ou à un mélange contenant de l’acide tartrique. Cela permet de mélanger manuellement plus
facilement le produit.
Dans la forme pâte/pâte, le mélange de deux pâtes est obtenu par l’emploi d’un pistolet
mélangeur. Cette présentation concerne uniquement les CVIMAR.
Les ciments verres ionomères conventionnels (CVIC) sont composés d’une poudre et d’un liquide
à mélanger. Au cours du mélange, une réaction acido-basique se produit au sein de laquelle le
liquide est l’acide et la poudre est la base.
IV.2. Composition :
Poudre :
- Constituée de verre de fluoro-alumino-silicate (Al2O3-SiO2-CaF2). Elle est btenue par une procédure
de fusion puis de frittage (fines particules n’excédant pas 45 μm).
- La composition et la proportion des composants de la poudre du CVI peuvent varier d’un matériau à
un autre, selon les fabricants.
- Notons que les ions fluorures modifient le pH du ciment, permettant ainsi d’augmenter le temps de
travail et de réduire le temps de prise du ciment.
Liquide :
- C’est une solution aqueuse d’acide polyalkénoïque, avec des copolymères d’acide acrylique et
d’acide itaconique (50%).
- On y retrouve également de l’acide tartrique (5 %). Celui-ci possède trois propriétés. Il permet
d’augmenter le temps de travail en formant du tartrate de calcium, de diminuer le temps de prise en
libérant des cations métalliques et d’augmenter la dureté du ciment.
- Le liquide comporte des adjuvants comme de l’acide maléique ou de l’acide carboxylique, qui ont
également pour rôle d’accélérer la prise et de durcir plus précocément le matériau.
VI.4. Propriétés :
Adhésion (adhesion) :
L’adhésion du CVI est une adhésion chimique. Elle ne nécessite pas de matériau intercalaire
assurant le contact intime entre la surface de la dent et le ciment. Des liaisons ioniques vont se
créer entre les groupements carboxyles du ciment et les ions calcium de l’hydroxyapatite au
niveau des surfaces amélaires et dentinaires.
Ceci entraîne la création d’une zone intermédiaire de diffusion ionique entre le CVI et
l’hydroxyapatite. Cette zone est très fine de l’ordre de quelques micromètres. Les échanges se
font entre l’acide polyacrylique qui est adsorbé à la surface de l’hydroxyapatite et les ions
phosphate et calcium de la surface dentaire. L’adsorption est un phénomène selon lequel des
atomes ou des molécules de gaz ou de liquide, les adsorbats, se fixent sur une surface solide,
l’adsorbant.
Le traitement préalable de la surface dentaire par un acide polyacrylique améliore l’adhésion du
CVI. Il est appliqué pendant 15 à 20 secondes selon les recommandations des fabricants au
niveau des surfaces dentaires, rincé un temps équivalent au temps d’application, puis séché
modérément. Ce dernier va dissoudre la smear layer formée après utilisation des instruments
rotatifs lors de l’éviction carieuse, déminéraliser légèrement la surface dentaire et optimiser
l’adhésion.
Bioactivité (bioactivity) :
Le CVI libère des ions fluorures vers la dent et vers le milieu buccal lors de l’application et après
la prise du matériau.
Durant la réaction entre l’acide polyalkénoïque et le verre, la libération d’ions fluorures est très
importante. EIle augmente constamment les 24 premières heures. Pour Karantakis, elle est
maximale les 4 premières heures. Elle va ensuite diminuer rapidement entre 24 et 72 heures
pour se stabiliser pendant 10 à 20 jours puis enfin décroître lentement dans le temps pendant
des mois voire des années.
Cette libération de fluor est susceptible de diminuer la déminéralisation des structures dentaires
voisines.
Elle se fait aussi vers le milieu buccal notamment dans la plaque dentaire où elle va inhiber
l’action de certaines bactéries et en particulier leur production d’acide. Certains travaux
montrent que l’accumulation de la plaque dentaire à la surface d’une obturation en CVI est
moins importante qu’au niveau d’une résine composite.
Par ailleurs, grâce à l’apport extérieur de fluor, par le biais du dentifrice, de bains de bouche, de
vernis, de gel et de certains aliments, le CVI va pouvoir se recharger en fluor. Il fonctionne alors
comme un véritable réservoir qui libérera plus tard à nouveau les ions nécessaires. Ceci n’est
possible toutefois que sur une courte période.
Propriétés biologiques :
De nombreuses études ont montré qu’un CVI au contact de la dentine n’entraine pas ou peu de
réaction au niveau de la pulpe s’il existe une certaine distance entre celle-ci et le fond de la
cavité.
Mount et Hume ont mis en évidence une forte inflammation pulpaire quand le CVI se retrouve
au contact de la pulpe de molaires chez le rat. Celle-ci apparaîtrait pendant la réaction de prise.
Tobias a également montré une irritation pulpaire in vivo, mais elle était résolutive en 28 jours.
En général les CVI venant d’être mélangés ont tendance à provoquer plus de réactions que les
ciments ayant achevé leur réaction de prise. C’est pourquoi lorsqu’il reste moins d’un millimètre
entre le fond de la cavité dentinaire et de la pulpe, il apparait judicieux d’appliquer un fond
d’hydroxyde de calcium ou un ciment d’oxyde de zinc eugénol afin de minimiser les effets
d’irritation ou d’inflammation durant la réaction de prise du matériau.
Propriétés mécaniques :
Plusieurs facteurs vont modifier les performances mécaniques des CVI. En particulier, la structure
du verre, la structure du polyacide (composition, poids moléculaire) et le rapport poudre/liquide.
Différentes propriétés peuvent être explorées comme la résistance à l’usure, à la compression, à
la traction, à la fatigue et à la flexion. Les CVI dits condensables (ayant un ratio poudre/liquide
plus important) semblent montrer de meilleures propriétés mécaniques par rapport aux CVIC.
Étanchéité :
L’objectif de toute restauration est d’avoir un joint qui soit le plus étanche possible entre le
matériau et les surfaces dentaires. S’il est déficient, le passage de fluide, de molécules, de
bactéries entraîne à terme l’échec potentiel de la restauration.
On peut distinguer deux types d’étanchéité. L’étanchéité immédiate, obtenue lors de la mise en
œuvre du matériau et l’étanchéité médiate (ou retardée), obtenue une fois le matériau mis en
place dans la cavité buccale.
- L’étanchéité immédiate va dépendre essentiellement de l’adhésion à la surface et des
variations dimensionnelles. Elle dépend également de la mise en oeuvre proprement dite,
notamment la gestion des variations hydriques. Les CVI bénéficient d’une bonne étanchéité
immédiate de par leur capacité à adhérer aux tissus dentaires et de par leur faible rétraction de
prise. En effet, une faible contraction de prise s’exerce au sein même du matériau et non à
l’interface dent/matériau. Par contre, ce sont des matériaux très sensibles aux variations
hydriques, leur étanchéité sera bonne s’ils sont manipulés correctement.
- L’étanchéité médiate ou retardée, quant à elle, dépend du coefficient de dilatation
thermique et de la solubilité du matériau dans le milieu buccal. Comme les coefficients de
dilatation thermique du CVI (11.10-6/°C), de l’émail (11.10-6/°C) ou de la dentine (8.10-6/°C) sont
proches, le risque de rupture au niveau de l’interface entre le matériau et la dent est faible. De
plus, à la fin de la réaction de prise, les CVI résistaient bien à l’hydrolyse de l’eau ou des acides
présents dans le milieu buccal, ce qui est garant d’une bonne étanchéité médiate.
Propriétés optiques :
Pour les CVI, la correspondance de couleur initiale avec les tissus dentaires est limitée.
Après mise en place, ils sont opaques mais gagnent en translucidité pendant leur phase de
maturation.
Les améliorations portées aux CVI ont permis d’homogénéiser l’indice de réfraction entre le
verre et la matrice afin d’optimiser la translucidité. Ce sont cependant des matériaux qui
demeurent opaques et qui sont contre indiqués dans les zones esthétiques en odontologie
conservatrice.
VI.5. Avantages :
Adhérence spontanée à l'émail et à la dentine.
Libération de fluorures et effet cariostatique.
Biocompatibilité pulpaire et parodontale.
Isolation thermique.
Étanchéité des obturations.
Durabilité du scellement.
Stabilité dimensionnelle.
Bonne étanchéité marginale et un faible taux de micro-infiltration à l'interface.
Tolérance pulpaire et parodontale.
VI.6. Inconvénients :
Qualités mécaniques médiocres.
Sensible aux variations hydriques.
Manipulation délicate.
Le temps de travail court.
Le temps de prise long.
Faible rendu esthétique.
Changement rapide de la teinte initiale.
Rugosité de surface.
Faible translucidité.
Choix de teinte limité.
VI.7. Indications : elles restent limitées pour les CVI conventionnels, à cause de leur
manipulation difficile, de leur temps de prise allongé et de leurs faibles propriétés mécaniques,
Ils sont utilisés pour :
Les restaurations transitoires.
Les restaurations simples intéressant une seule face dentaire et peu sollicitées par les forces
occlusales (dents temporaires et permanentes).
VI.8 Manipulation et précautions :
Précaution de manipulation :
Le CVI est un matériau très sensible aux variations hydriques. Sa balance hydrique doit rester
équilibrée lors sa prise. Les sels de polyacrylate de calcium et d’aluminium sont vulnérables face
à l’humidité.
Un surplus d’eau lors de la prise génère potentiellement une hydrolyse du ciment, une libération
des ions métalliques du CVI, une diminution des propriétés mécaniques, une diminution de la
translucidité ou encore une augmentation de la fixation des colorants.
À l’inverse, une perte excessive en eau favorise la dessiccation et entraîne des contractions au
sein du matériau avec la survenue de fêlures et de craquelures.
Certaines recommandations sont importantes à suivre. Le respect des doses poudre/liquide du
matériau et du temps de travail préconisé par les fabricants, l’obtention d’un aspect brillant du
matériau avant sa mise en place, l’isolation de la salive de la dent à restaurer, la réalisation un
traitement de surface de la dent avec de l’acide polyacrylique avant l’insertion du matériau,
l’obtention d’une exposition de la dentine ni trop sèche, ni trop humide, la protection du ciment
à l’aide de vernis et la réalisation d’un polissage 24 heures après la mise en place du matériau
sont autant de points à privilégier afin d’optimiser les propriétés du matériau.
V.1 Cermets :
Définition :
Destinés à pallier aux insuffisances mécaniques des CVIC, ils contiennent approximativement 40% de
particules d’argent frittées au verre FAS. Le métal est broyé puis fondu à 800°C environ, les particules
obtenues ont une taille inférieure à 3,5µm. L’incorporation de ces particules a inévitablement changé
certaines propriétés du CVI.
Réaction de prise : la prise étant rapide (de l’ordre de 5 minutes), ce matériau résiste très bien,
après 5 minutes, à l’absorption d’eau, et donc moins nécessaire de le protéger à l’aide d’une
résine non chargée. Il est possible de le travailler avec une fraise diamantée sous spray, 6
minutes après le début du mélange.
Adhésion : la présence de particules d’argent semble diminuer le potentiel d’adhésion à la dent.
Il est souhaitable d’adjoindre à la cavité destinée à recevoir un Cermet des petites rétentions
mécaniques.
Relargage des fluorures, toxicité pulpaire : il semblerait que sur ce plan, il n’y ait pas de grandes
différences entre les Cermet et les autres CVI.
Autres propriétés :
- La résistance à la compression, à la flexion et à l’abrasion sont augmentées.
- Il est difficile de parler d’esthétique pour les Cermets, matériau totalement opaque, de teinte grise
foncée.
- Il est en revanche très radiopaque (particules d’argent) ce qui permet de diagnostiquer précocément
une reprise de carie.
Rq : aujourd’hui, les cermets ont du mal à se frayer une place clinique entre les CVI-MAR et les
CVI condensables. Ils sont donc de moins en moins utilisés.
Bioactivité
Tout comme les CVI, les CVIMAR constituent un réservoir de fluor. Ils ont la capacité de libérer et de
se recharger en fluor. La quantité de fluor libérée varie en fonction de, la concentration de fluor
initiale, du type de mélange du matériau, de la composition de la poudre, et de la porosité du
matériau.
Un matériau poreux permet une plus grande diffusion de certains éléments comme le fluor. Ainsi
pour les CVI et les CVIMAR, leur porosité intrinsèque majorée permet une libération ou une recharge
facilitée en ions fluor.
Plusieurs études rapportent une libération très importante pendant les 24 premières heures. Celle-ci
diminue dès le deuxième jour et continue de décroître dans le temps, pour se stabiliser à un plateau
aux alentours du 7e jour.
Cette libération de fluorures permet d’inhiber le métabolisme de certaines bactéries cariogéniques.
Propriétés biologiques :
Le CVIMAR après photopolymérisation est susceptible de libérer des monomères de HEMA qui
peuvent passer par les tubulis dentinaires et atteindre la pulpe. À ce stade, ces résidus provoquent
son irritation.
La mise en place du CVIMAR Fuji II LC® dans une cavité avec une épaisseur de dentine supérieure à
0,5 mm, entre la pulpe et le matériau, ne freine pas et n’arrête pas la dentinogénèse. Lorsque
l’épaisseur est inférieure à 0,5 mm, la dentinogénèse se retrouve stoppée ou ralentie. S’il y a une
exposition pulpaire avec apposition du matériau sur celle-ci, aucune formation de pont de dentine
réparatrice n’est observée après 90 jours.
Cependant la plupart des études in vivo permettent de conclure que les CVIMAR sont des matériaux
ayant une bonne biocompatibilité. Les réactions se produisant sous CVIMAR sont qualifiées de faibles
à modérées et la dentinogénèse n’y est pas forcément modifiée. Tout comme pour les CVIC, le facteur
le plus critique est l’épaisseur de dentine résiduelle.
Propriétés mécaniques :
Globalement, elles sont supérieures à celles des CVIC, résistance à l’usure mise à part.
Leurs performances mécaniques restent néanmoins inférieures à celles des résines composites. De ce
fait, leur utilisation reste contre-indiquée dans les zones soumises à des charges occlusales
importantes.
Étanchéité :
Tout comme les CVIC, les CVIMAR ont une bonne étanchéité immédiate. Leur tolérance à la
manipulation, facilite également leur mise en œuvre. L’étanchéité médiate est aussi très bonne.
Même si le coefficient de dilatation thermique est plus important que celui des CVIC, en raison de la
présence de monomères résineux, il reste compatible avec une bonne étanchéité. Grâce à la
polymérisation du matériau, ce dernier est peu sensible aux variations hydriques et résiste bien à
l’hydrolyse de l’eau dès les premières heures de sa mise en place.
Propriétés optiques :
Les propriétés optiques des CVIMAR sont supérieures à celles des CVIC mais demeurent largement
inférieures à celles des résines composites. Une plus grande gamme de couleur est disponible.
Cependant plusieurs études montrent que la stabilité colorimétrique du matériau varie dans le temps.
Après photopolymérisation, le matériau présente une translucidité satisfaisante.
V.3. Compomères :
Cette famille de matériau a vu le jour dans les années 90. Elle combine des propriétés appartenant
aux résines composites et aux CVI. Son nom vient de l’association des mots composite et ionomère.
Mais ils sont plutôt considérés comme étant des résines composites modifiées par des polyacides.
Composition :
Il est constitué d’une matrice résineuse, de charges, d’initiateurs de photopolymérisation, de
pigments et de stabilisateurs. Ce matériau, contrairement aux CVI, est totalement anhydre.
Matrice :
· Diméthacrylate glycidique de bisphénol A (Bis GMA)
· Diméthacrylate d'uréthane (UDMA) Résines composites
· Diméthacrylate de dicarbonate cycloapatique Compomères
Charges :
· Non réactives et silanées Résines composites
· Réactives CVI
Le dimétacrylate de dicarbonate cycloapatique est un monomère qui diffère des monomères utilisés
dans les résines composites car il contient des groupements carboxyles et va initier la réaction acido-
basique au contact de l’eau. C’est un composant mineur de la matrice.
Principe de réaction :
La réaction principale se fait par photopolymérisation, entraînant son durcissement immédiat.
La réaction acide-base est secondaire, apparaît en surface, au contact de l’humidité buccale ou des
fluides dentinaires. Elle permet principalement la libération de fluor et est considérée comme
accessoire à la cohésion du matériau.
Propriétés :
Adhésion :
Les compomères adhèrent aux tissus dentaires par le biais de systèmes adhésifs comme les résines
composites. Pour les compomères les plus récents, les valeurs d’adhérence obtenues sont voisines de
celles des résines composites.
Afin d’optimiser l’adhérence et l’étanchéité marginale des compomères, il est conseillé de procéder
au mordançage de l’émail de la cavité avec de l’acide orthophosphorique avant de faire usage d’un
adhésif automordançant.
Bioactivité :
La réaction acide-base s’effectue dans un deuxième temps, dans la salive qui constitue un milieu
hydrique. La libération en ions fluorures est cependant plus faible que pour les CVI et les CVIMAR.
De la même façon que pour les CVI et les CVIMAR, les compomères se comportent comme des
réservoirs de fluorures. Lorsqu’ils sont exposés à des sources de fluor, ils peuvent l’adsorber et le
libérer par la suite In vitro, il existe une corrélation entre la quantité d’ions fluorures libérés et
l’inhibition de la croissance des bactéries streptoccocus mutans. Ce phénomène s’atténue
progressivement avec le temps.
Propriétés biologiques :
Les compomères présentent une bonne biocompatibilité. L’équipe de Tarim a montré dans une étude
in vivo qu’ils ne sont pas irritants pour la pulpe. En revanche, si un traitement à l’acide
orthophosphorique précède la mise en place du compomère au niveau dentinaire, le risque de
pénétration bactérienne le long des parois et dans les canalicules dentinaires augmente, ce qui
favorise l’installation d’une inflammation pulpaire. Les travaux de Bonte ont rapporté des résultats
similaires. De plus, l’apport de la photopolymérisation, le prétraitement de la cavité avec un acide
automordançant pour éliminer la boue dentinaire ne sont pas des facteurs défavorables à une bonne
biocompatibilité.
Étanchéité :
En ce qui concerne le potentiel d’étanchéité des compomères par rapport à celui des CVI, les résultats
des tests de micro-infiltrations sont variables.
Tous les auteurs s’accordent sur le fait que les compomères ne préviennent pas totalement la
survenue de micro-infiltrations au niveau des bords de la restauration. Certains trouvent que les
compomères présentent une qualité de scellement marginale égale voir supérieure à celle des
résines composites et des CVI, et d’autres mettent en évidence un degré de microinfiltration
supérieur par rapport aux CVI.
Propriétés mécaniques :
Le comportement mécanique des compomères se rapproche de celui des résines composites
microchargées. Il reste néanmoins inférieur à celui des résines composites hybrides.
Une étude a comparé certaines propriétés physiques de trois compomères et de trois résines
composites. La résistance à la fracture, s’est avérée être largement inférieure, pour les compomères,
à celle des résines composites étudiées. Les compomères ne devraient donc pas être utilisés dans les
zones soumises à des charges occlusales importantes.
Propriétés optiques :
Les compomères les plus récents présentent une opacité proche de celle des résines composites. De
plus, ils se déclinent sous des couleurs variées.
Le Dyract®AP (Dentsply), par exemple, est commercialisé sous 12 couleurs différentes. Le F2000®
(Kerr) et le Compoglass®F (Ivoclar Vivadent) sont les seuls compomères à proposer différentes
nuances de couleurs pour les dents temporaires. Les propriétés optiques des compomères sont
supérieures à celle des CVI et CVIMAR mais demeurent inférieures à celles des résines composites.
L'utilisation de nanoparticules plus petites repose sur l'idée que certaines propriétés, telles que
la rétention, la brillance ou la résistance à l'usure, peuvent être améliorées, bien que la dureté
du matériau ne soit pas significativement différente de celle des autres CVI. Cependant, pour les
CVI encapsulées, des difficultés apparaissent pour maintenir une consistance de pâte utilisable
tout en conservant un contenu adéquat en volume de charges.
Étant donné qu'il existe un besoin perçu pour que les matériaux CVI possèdent des propriétés
esthétiques similaires à celles des résines composites, il est envisagé que des types de particules
plus petites soient introduits.
Plusieurs technologies peuvent être utilisées : l'agglomération, la pré-polymérisation,
l'infiltration de résine et l'association de systèmes de verre avec des nanoparticules.
Les composites à particules de verre de taille nano obtiennent généralement une meilleure
brillance initiale et une meilleure rétention de la brillance.
Pour les CVI, la phase nano pourrait offrir des propriétés exceptionnelles, en particulier dans les
domaines de l'esthétique et de la résistance à l'usure. Cependant, il reste à prouver comment
une nanoparticule (<100 nm) possédant les propriétés chimiques appropriées peut remplacer
adéquatement les verres contenant du fluor.
L'utilisation d'une combinaison de deux types de charges différentes ou de charges de
compositions différentes pourrait être employée pour surmonter les problèmes associés à
l'utilisation des nanoparticules comme seul type de charge.
Il a également été rapporté que les nano-argiles renforcent les systèmes CVI, bien qu'elles ne
soient pas encore utilisées dans les GIC commerciaux.
Les nano-feuilles, nano-tiges, nano-tubes, nano-films et une gamme diversifiée de structures
micro-nano rapportées pourraient être intégrées dans les CVI pour améliorer diverses propriétés.
Particules Sphériques :
Actuellement, la plupart des CVI contiennent des particules de verre de forme irrégulière. En
incorporant des particules sphériques, il est possible de modifier le rapport charge/volume.
Bien qu'ils n'aient pas encore été introduits commercialement, les particules sphériques peuvent
être produits de différentes manières, et des méthodes telles que la technologie sol-gel et le
traitement plasma ont été utilisées. La sphéroïdisation des poudres de verre a également été
réalisée en utilisant des techniques de pulvérisation à flamme et de pulvérisation plasma à
radiofréquence inductive. L'ajout de silice sphérique aux CVI-MAR a également été étudié et a
démontré une réduction améliorée de l'écart marginal, ainsi que des améliorations de la
résistance à la compression, de la résistance à la traction et de la résistance à la flexion.
Une manière potentielle de réduire le biofilm sur les verre-ionomères pourrait être de fournir
une surface de matériau plus lisse, facilitée peut-être par des systèmes de charges de taille nano
plus petites, bien que cela n'ait pas encore été introduit.
Des fibres de verre réactives ont été utilisées dans des CVI expérimentaux pour créer des CVI
renforcés de fibres. Elles augmentent la résistance à la flexion et augmentent le travail de
fracture principalement en raison de l'énergie supplémentaire nécessaire pour "tirer" les fibres
hors de la surface de fracture.
Les fibres de verre sont généralement plus grandes que les particules de verre, ce qui peut être
un inconvénient.
De courtes fibres augmentent la résistance à la traction, la résistance à la flexion, le module de
flexion et à la fracture des CVI. Bien que ces résistances soient inférieures à celles généralement
obtenues par les composites.
Les propriétés esthétiques sont compromises, et cela, associé à l'exposition des fibres en raison
de l'usure.
De plus, à mesure que les recherches sur les nanotubes et les nanofils continuent, la disponibilité
de ces nanoproduits permettra de déterminer leur effet sur les CVI.
Enfin, les nanofibres hybrides organiques-inorganiques sont également en cours d'investigation
dans d'autres domaines des sciences des matériaux et pourraient éventuellement introduire des
propriétés nouvelles.
Ce sont des particules chargées de molécules actives ou de composés conçus pour être libérés
ou influencer l'environnement. Ces particules sphériques de taille nano, mono-dispersées, ont
été utilisées en ingénierie tissulaire et pour la délivrance contrôlée de médicaments.
Les possibilités pour ces porte-charges sont infinies lorsqu'elles sont appliquées aux systèmes
CVI, et elles offrent des systèmes innovants pour libérer des composés futurs non directement
impliqués dans la réaction de durcissement des CVI.
Ces particules, chargées de chlorure de zinc et incorporées dans des adhésifs, ont été proposées
pour inhiber la dégradation du collagène par les métallo-protéinases de matrice.
Leur incorporation dans les CVI pourrait également représenter une voie de recherche viable
pour améliorer davantage la liaison des CVI à la dentine.
Libération Contrôlée :
Des particules micro-encapsulées ont été proposées afin de faciliter la minéralisation de la dent.
Ces particules sont généralement conçues pour libérer de manière concentrée des sels de
calcium (Ca(NO3)2), de fluorure (NaF) ou de phosphate (K2HPO4) directement dans la dent.
De nouveaux types de réseaux polymères interpénétrants délivrant une large gamme de
composés et de médicaments sont typiquement basés sur des hydrogels, des microsphères, des
microbilles, des microparticules, des nanoparticules et d'autres plateformes.
Toutes ces technologies de libération contrôlée pourraient être employées pour un futur usage
dans les matériaux CVI afin de libérer des produits chimiques spécifiques bénéfiques pour
protéger et réparer la structure dentaire restante.
Technologie d'auto-réparation :
L'auto-réparation, ou la réparation autonome, est une nouvelle technologie qui permet la réparation
automatique des fissures, fractures et autres zones endommagées dans une interface polymère ou
adhésive, résultant de processus de fatigue chimique, thermique ou mécanique. Elle fournit des
matériaux « intelligents » multifonctionnels. Les CVI sont de bons candidats pour cette technologie
car ils ont déjà une interaction significative (transport ionique et hydrique) avec le milieu buccal.
Des améliorations peuvent être obtenues en modifiant la chimie des polymères. Des acides poly-
acide acrylique-co-itaconique à bras multiples ont été préparés et ont montré des améliorations
de la résistance à la compression pour les CVI conventionnels, et des polymères poly-
carboxylique en forme d'étoile ont été proposés pour les CVI-MAR.
Les copolymères poly-acide acrylique-co-acide itaconique contenant du vinyle ont également
montré une résistance en flexion plus élevée, entraînant une surface de fracture plus résistante
et des propriétés de déformation plastique.
La chimie des polymères ici est complexe, et les améliorations futures des résultats dépendent
des interactions entre la nature multi-composants des différents systèmes CVI qui contiennent
de nombreux composants, y compris des systèmes d'initiation complexes.
Réduction de porosité :
Lorsque les ionomères de verre sont mélangés, de petites cavités ou poches d'air sont
généralement incorporées dans le mélange. On suppose que ces cavités ont un effet négatif sur
la résistance des CVI.
Une méthode pour réduire ces cavités consiste à fournir les deux composants sous forme de
pâte, qui peut être mélangée à la main avec une spatule ou par un système de mélange statique.
Cette forme de livraison est généralement peu économique et n'est pas largement utilisée.
Une avancée majeure pour les versions encapsulées serait la réduction des cavités lors de
l'extrusion de la pâte mélangée.
Dans certaines études, des GIC modernes utilisés pour restaurer des cavités portantes ont montré
des performances satisfaisantes jusqu'à 10 ans.
Il a été montré que la modification des composants polymères, tels que les GIC contenant des
acides aminés, des diluants réactifs à base de méthacryloyl-aminé sont des pistes viables pour
améliorer des propriétés telles que la résistance à la fracture du ciment final.
D'autres systèmes polymères novateurs, tels que les polymères poly-acide acrylique en forme
d'étoile à 6 bras, ont également montré des augmentations significatives de la ténacité à la
fracture, proches de celles des matériaux composites.
L'ajustement du poids moléculaire des polymères a également été étudié pour améliorer les
propriétés, bien que l'impact de ces changements sur les résultats cliniques soit encore inconnu.
Les propriétés visco-élastiques des CVI ont également été rapportées dans le but de comprendre
le comportement mécanique de ces matériaux.
Des modifications dans la poudre, par exemple la réduction de la taille des particules et les
rapports poudre/liquide, ont également montré une augmentation de la résistance à la fracture
dans les formulations de CVI.
Pour améliorer la longévité des GIC, des propriétés telles que la résistance à la fracture et les
propriétés adhésives doivent être améliorées.
Les capsules de nouvelle génération pourront mélanger des CVI à "ultra" haute viscosité, ce qui
pourrait aussi permettre un nouveau CVI avec des rapports poudre/liquide très élevés et des
résistances jamais vues dans les CVI précédents.
Cependant, un inconvénient des "capsules" est que, pendant le processus de mélange, elles
introduisent généralement une forme de microporosité subclinique dans la pâte. Différentes
méthodes, telles que la centrifugation de la capsule après le processus de mélange ou les
mélangeurs sous vide, ont été utilisées pour réduire cela avec un effet limité.
Théoriquement, la réduction de cette porosité augmentera les propriétés physiques des CVI. Il
est probable que la facilité d'utilisation en termes de distribution et la réduction de la porosité
soient des domaines où des améliorations peuvent être apportées.
Améliorations de l'Usure :
Les futurs efforts pour améliorer la différence entre les propriétés d'usure de l'amalgame et des
GICs continueront d'être axés par les chercheurs.
L'usure peut être améliorée en augmentant la dureté de la surface du GIC avant tout événement
d'usure. Cela peut être réalisé de plusieurs manières, et l'augmentation du rapport
poudre/liquide, la concentration d'acides polyacides ou le poids moléculaire des polyacides ont
été rapportés comme des moyens possibles.
Étant donné que les matériaux commerciaux contiennent des composés propriétaires non
divulgués et sont produits par des procédés novateurs, bon nombre de ces progrès ne sont pas
documentés dans le domaine public.
Des particules d'argent ont été utilisées pour fournir un moyen de lubrification pendant les
événements d'usure. Cependant, d'un point de vue esthétique, l'ajout de particules métalliques
compromet le résultat clinique, et ces matériaux ne sont pas actuellement largement acceptés.
Les voies pour de futures améliorations des propriétés d'usure des GICs se concentreront sur des
innovations, afin de fournir une surface externe plus dure pour les restaurations GIC, bien qu'il
soit peu probable que les propriétés d'usure à court terme atteignent celles obtenues par les
alternatives modernes de l'amalgame.
Améliorations Esthétiques :
Le changement de couleur au fil du temps pourrait être réduit avec l'ajout de nouvelles chimies
de polymères et de surfaces qui permettent aux CVI de résister au changement de couleur.
La translucidité initiale et les propriétés optiques des CVI-MAR sont maintenant similaires aux
principaux matériaux de résine composite.
L'esthétique des CVI continuera probablement à évoluer. Les propriétés optiques, telles que la
translucidité et les valeurs d'opacité, ainsi que l'appariement des couleurs plus proches des
teintes Vita™ pourraient être améliorées pour suivre les résines composites.
Libération de Fluor
Les données récentes sur la libération de fluor des GICs commerciaux pendant 1 an ont montré
des différences significatives dans la libération de fluor entre les GICs actuellement disponibles
sur le marché.
Les futurs CVI pourraient être conçus pour libérer de grandes quantités de calcium, de
phosphate ou d'autres espèces ioniques considérées comme bénéfiques pour certaines
conditions de cavité.
Les CVI peuvent "recharger" leur libération de fluor par application topique de fluor (par
exemple, un dentifrice contenant du fluor). Des études ont montré que le recouvrement des CVI
vieillissants avec un dentifrice contenant 0,1 % de fluor ou un gel de fluor à 1,25 % augmente de
manière significative la libération de fluor.
Les CVI de nouvelle génération viseront à maintenir un approvisionnement constant et pertinent
en ions fluorés tout au long de leur vie, sans dégradation du ciment. L'ajout de potassium et de
fluor a également été effectué dans les composants liquides des GICs, et cela a démontré une
libération d'ions pendant 500 jours. Les verres-ionomères immergés dans du fluorure de
potassium ont montré une libération d'ions vingt fois plus grande, agissant comme des réservoirs
pour des ions spécifiques.
Bien que la plupart des fabricants mettent en avant la libération de fluorure de leurs matériaux
GIC, les futurs GIC pourraient être conçus pour libérer de hauts niveaux de calcium, de
phosphate ou d'autres espèces ioniques considérées comme bénéfiques pour certaines
conditions de cavité. Cette libération pourrait provenir des systèmes de verre impliqués dans la
réaction principale de prise, systèmes de verre non impliqués dans la réaction de prise ou autres
additifs (phosphate de calcium amorphe).
Des nanoparticules de phosphate de calcium amorphe (ACP), incorporées dans des matériaux
composites, ont montré qu'elles libéraient des ions calcium lorsqu'elles étaient soumises à des
conditions acides, et une diminution du pH a entraîné une libération accrue des ions.
Les phosphopeptides de caséine- phosphate de calcium amorphe (CPPACP) incorporés dans la
composante poudre libérait des ions fluorure, calcium et phosphate dans des conditions acides,
minimisant potentiellement les effets de la déminéralisation causée par les attaques carieuses.
Des nanoparticules de micro- ou nano-hydroxyapatite ont également été proposées comme
additifs pour favoriser davantage la biominéralisation dans les GIC et ont montré une
amélioration des propriétés des GIC.
Des structures nanométriques biomimétiques de fluoro-hydroxyapatite/acide polyacrylique ont
également été proposées en tant qu'additifs, ayant des structures très similaires à l'émail.
Modification du biofilm :
Il a été démontré que les CVI ont des surfaces plus rugueuses que les matériaux composites.
Leur chimie de surface est complexe, ce qui attire davantage de protéines et augmente
l'adhésion bactérienne. Des études in vitro ont montré que la libération de fluorure des CVI n'est
pas suffisante pour empêcher la formation de biofilm.
Il serait avantageux que les GIC améliorent leurs mécanismes de protection contre les attaques
de biofilm. Plusieurs stratégies pourraient être employées, notamment l'augmentation de la
libération de fluorure, des propriétés antimicrobiennes et l'incorporation d'autres additifs.
En général, ces surfaces en verre sont recouvertes d'une fine couche de matériau qui facilite
l'auto-nettoyage photo-oxydatif ou un autre processus de nettoyage. Par exemple, le dioxyde de
titane (TiO2) a montré qu'il était capable de tuer des bactéries gram-positives et gram-négatives.
D'autres surfaces auto-nettoyantes ont été décrites, mais l'hydrophobicité résultant de leurs
propriétés pourrait ne pas leur permettre d'être incorporées dans les CVI.
Cependant, on pourrait supposer que des recherches sur l'incorporation de mécanismes ou de
technologies "auto-nettoyants" dans les CVI pourraient être introduites et pourraient
potentiellement réduire l'accumulation de biofilm dans des zones critiques telles que la marge
émail-restauration tout en maintenant des propriétés biocompatibles.
Propriétés antimicrobiennes / Bio-protection :
L'ajout d'antimicrobiens tels que le chlorure de benzalkonium dans les CVI libère des ions
chlorure ainsi que des ions fluorure, augmentant ainsi l'efficacité antimicrobienne des CVI.
D'autres stratégies ont employé des verres bioactifs, connus pour des propriétés
antimicrobiennes (effets antimicrobiens contre Candida albicans et Streptococcus mutans).
Des macromolécules contenant des sels d'ammonium quaternaires ont également été étudiées,
l'effet antimicrobien de ces polymères pouvait durer plus longtemps.
Des nanoparticules de chlorhexidine hexamétaphosphate ont été ajoutées aux systèmes de
charges pour fournir un « agent antimicrobien à large spectre », qui libérerait théoriquement de
la chlorhexidine de manière contrôlée.
Les données actuelles suggèrent que l'effet antimicrobien des CVI diminue après un mois. Avec
l'ajout de 1 % de poudre de chlorhexidine diacétate, l'effet antibactérien des CVI est
significativement accru jusqu'à 84 jours.
Bien que ces tests soient basés sur des travaux en laboratoire, ils démontrent l'efficacité des
matrices CVI comme supports pour les additifs antimicrobiens et offrent de nombreuses avenues
pour de futures améliorations des matériaux, notamment dans des situations de forte
prévalence de caries.
Ajouts d'antibiotiques :
Des antibiotiques (ciprofloxacine et métronidazole) ont été précédemment ajoutés aux CVI et
ont montré un effet inhibiteur accru contre Streptococcus mutans et Lactobacillus casei,
l’augmentent de libération de fluorure. Des essais cliniques initiaux ont également montré les
bénéfices de l'utilisation de CVI chargés avec des antibiotiques pour sceller la dentine infectée
dans les restaurations atraumatiques des premières molaires.
Cependant, à ce jour, aucun CVI commercial ne contient d'antibiotique. D'autres additifs
considérés comme plus sûrs pourraient être la voie privilégiée pour les développements futurs.
Les nanoparticules d'argent sont connues pour posséder des propriétés antimicrobiennes et ont
démontrent des effets inhibiteurs contre un large éventail de bactéries.
Des nanoparticules d'argent-polymères, des nanoparticules d'argent-poly(vinyl alcohol) ainsi que
de l'hydroxyapatite dopée à l'argent ont été rapportées. Des stratégies non-nanoparticulaires
pour délivrer de l'argent ont également été utilisées pour enrober des nanofibres avec des
revêtements polymères libérant des ions d'argent.
Conclusion:
Le praticien se trouve quotidiennement confronté au choix de matériau de restauration coronaire,
entre amalgame, composite et CVI.
La demande esthétique étant plus importante qu’auparavant, l’amalgame se fait de plus en plus rare.
Les résines composites conventionnelles ont un défaut majeur : la stratification est chronophage et
économiquement compliquée à mettre en œuvre.
De plus, on doit prendre en compte les spécificités de certains patients comme les enfants, les
personnes âgées, les patients ayant un RCI élevé et les patients soignés en structure carcérale.
Le CVI possède des propriétés esthétiques compatibles avec des restaurations postérieures, une mise
en place plus rapise que celle du composite et une bioactivité due à la présence de fluor qui en fait un
matériau de choix dans le cadre d’un traitement restaurateur sur patient à RCI élevé.
Le CVI continue d'être considéré comme matériau « intelligent » en raison de son interaction
dynamique avec la structure dentaire et l'environnement environnant. Mais il présente un
inconvénient : ses propriétés mécaniques sont toujours inférieures à celles présentées par les résines
composites.
Les développements futurs des CVI devraient permettre d'améliorer leurs propriétés mécaniques et
esthétiques. Ces améliorations permettront au matériau d'augmenter sa longévité. D'autres
nouvelles caractéristiques sur lesquelles l'attention sera probablement concentrée incluent
l'optimisation des propriétés biomimétiques, biominéralisantes ou antimicrobiennes pour fournir des
CVI de nouvelle génération.