Chapitre 2 : Incidences sur les biocénoses aquatiques de la
pollution des eaux continentales
I. Introduction
En conséquence des actions humaines, les milieux aquatiques sont modifiés et parfois
dégradés. L’altération d’un des paramètres du milieu peut provoquer une perturbation
générale de tout l’équilibre naturel. La pollution de l’eau est un des principaux facteurs
de dégradation. Un milieu aquatique est dit pollué lorsque son équilibre a été modifié
de façon durable par l’apport en quantités trop importantes soit de substances plus ou
moins toxiques, d’origine naturelle ou issue d’activités humaines, soit encore d’eaux
trop chaudes.
Chaque polluant est différent et ne présente pas les mêmes risques pour les
écosystèmes aquatiques et la biodiversité associée. Certains polluants sont en effet
biodégradables et d’autres ne le sont pas. Le caractère biodégradable d’une
substance dépend de sa structure moléculaire.
La pollution se définit comme une altération physique, chimique ou biologique de l’eau
liée à l’homme et entrainant des effets nuisibles pour:
- la santé humaine,
- la sécurité,
- le bien être,
- l’utilisation des eaux à quelque fins que ce soit,
- la conservation,
- la protection de l’environnement.
Quatre types de pollution sont identifiées :
- la pollution physique, provenant essentiellement des centrales thermiques et
nucléaires et des usines utilisant l’eau comme liquide de refroidissement. L’eau
prélevée dans le milieu naturel va être rejetée par ces structures à une
température plus élevée provoquant une élévation anormale de la température
du cours d’eau et par conséquent : (1) une mortalité des espèces ne supportant
pas la nouvelle température et (2) la prolifération d’autres espèces favorisées
par la nouvelle température de l’eau. Les espèces aquatiques sont
généralement plus sensibles aux variations de température que les espèces
terrestres. L'augmentation de la température modifie la densité et la viscosité,
augmente l'évaporation, diminue la solubilité des gaz, modifie les vitesses des
réactions chimiques, augmente la respiration des organismes (et donc diminue
la concentration d'oxygène dissous), augmente la sensibilité des organismes
aux substances toxiques et l'effet toxique des substances chimiques.
La pollution physique provient également des barrages et son impact dépend
de la profondeur, de la dimension de la retenue et de la gestion de la masse
d’eau. Les principaux impacts rencontrés sont :
1
Une rupture du gradient longitudinal : il y a une modification brutale du
biotope à l’aval du barrage agissant comme un obstacle pour les
biocénoses. Par exemple, la construction de barrages va empêcher le
passage des poissons migrateurs.
Une modification des régimes hydrologiques qui dépendra du mode de
gestion de l’ouvrage.
o Par éclusée : Ouvrage de faible capacité fait passer l’eau en fonction
de la demande. Le milieu lotique est très imprévisible, avec une chute
importante de la diversité.
o Cas des grands réservoirs susceptibles d’imposer des modalités
d’écoulements saisonniers extrêmement différents de ceux naturels.
o Ouvrage à dérivation, les tronçons des lits fluviaux sont court-
circuités par un canal qui est équipé d’une usine hydroélectrique. Dans
ce type de système, les tronçons lotiques vont être alimentés par un débit
faible appelé débit réservé.
- la pollution nutritive, provient de la surabondance dans les écosystèmes
aquatiques d'éléments nutritifs tels que le phosphore et l'azote. Les eaux usées
ainsi que les fertilisants agricoles et domestiques en sont les principales
sources. Cette forme de pollution entraine l'accélération de l'eutrophisation des
milieux aquatiques. Ces polluants nutritifs vont permettre une augmentation de
la production primaire dans un premier temps. Quand l’apport sera trop
important, on observera une forte activité de dégradation de la matière
organique et une chute de l’oxygène dissous. Le développement des algues est
limité par l’absence de lumière, il y a donc accumulation de l’azote et du
phosphore qui ne peuvent plus être dégradés.
Les plans d'eau sont alors pleins de cyanobactéries, qui rendent l'eau non
potable et interdisent même les activités de loisir.
- la pollution organique se réfère aux substances polluantes contenant du
carbone comme les BPC, organochlorés comme les DDT, etc… Les émissions
peuvent être directes par les tuyaux et les rivières charrient alors les pesticides,
les fertilisants, la charge organique des villes, du pétrole, des huiles. Le trafic
naval génère aussi des rejets organiques par les naufrages, les accidents en
mer, les déchets jetés par-dessus bord et les eaux de ballast.
L’impact des pollutions organiques varient en fonction de l’importance des
rejets. Lorsqu’ils sont peu importants, la rivière va réussir à retrouver son état
initial un certain temps après la pollution. Lorsque les rejets sont trop importants,
la pollution apparait et est suivie d’effets sur les biocénoses. L’activité
bactérienne va par conséquent augmenter et entrainer une augmentation de
l’utilisation de l’oxygène dissous. La prolifération des algues en surface diminue
la transparence de l'eau et la photosynthèse n'est alors possible que dans la
couche superficielle.
2
- la pollution toxique, Les principaux toxiques rencontrés dans l'environnement
lors des pollutions chroniques ou aiguës sont généralement des métaux lourds
(plomb, mercure, cadmium, zinc,...), les halogènes (chlore, brome, fluor, iode),
des molécules organiques complexes d'origine synthétique (pesticides,...) ou
naturelle (hydrocarbures).
La pollution toxique de l'eau a plusieurs origines : elle peut provenir des rejets
ponctuels (industries, stations d'épuration urbaines,...), de rejets ponctuels
dispersés (DTQD : déchets toxiques en quantités dispersés : rejets de
nombreuses PMI, PME, artisans...) et/ou de rejets diffus moins bien connus
(épandage de pesticides en agriculture, retombées de micropolluants émis
dans l'atmosphère, lessivages des voies routières et autoroutières,...).
Les substances toxiques déversées dans le milieu aquatique, ont des effets
dommageables pour l’homme, la faune et la flore. Elles contribuent à
l’appauvrissement des écosystèmes aquatiques. Certaines d’entre elles
s’accumulent dans les êtres vivants (bioconcentration), et passent d’un maillon
de la chaîne alimentaire à un autre (bioamplification). Elles entraînent des
dommages importants pour les équilibres biologiques.
Toutes ces pollutions peuvent être accidentelles ou chroniques. Une pollution
accidentelle est une pollution ponctuelle, comme une marée noire, souvent de grande
envergure. Alors qu’une pollution chronique correspond au rejet de manière
permanent de faibles doses de polluants dans l’écosystème (émissions urbains,
activités agricoles,…).
Finalement, le faciès de l’écosystème aquatique est la résultante de toute une série
d’actions et de réactions entres les composantes biologiques et les paramètres
physico-chimiques. Si la qualité du substrat aquatique est reflétée par la nature des
associations planctoniques, celles-ci exercent une action en retour qui met en jeu de
puissants systèmes de régulation et de contrôle capables d’influencer le devenir des
autres composantes tant biotiques qu’abiotiques. Certaines dégradations causées à
l’écosystème peuvent être réversibles ou alors irréversibles.
II. Impacts de la pollution sur les milieux aquatiques
II.1. Eutrophisation
L’eutrophisation est une forme singulière mais
naturelle de pollution de certains écosystèmes aquatiques
qui se produit lorsque le milieu reçoit trop de matières
nutritives assimilables par les algues et que celles-ci
prolifèrent en quantité exceptionnelle, perturbant ainsi le
fonctionnement de tout l’écosystème. Ce phénomène s’observe principalement dans
les écosystèmes où les eaux se renouvellent lentement
3
comme les lacs ou encore les cours d’eau
à faible débit. Mais l’eutrophisation peut aussi bien
atteindre les eaux douces, saumâtres ou salées, le
milieu marin comme les milieux continentaux, les eaux
profondes comme les eaux superficielles. Les principaux nutriments à l’origine de ce
phénomène sont le phosphore (contenu dans les phosphates), l’azote
(contenu dans l’ammonium, les nitrates, et les nitrites) et
le carbone (carbonates, hydrogénocarbonates, matières
organiques...). Le phosphore est généralement le facteur
limitant dans les milieux naturels de type eau douce,
l’azote est plutôt le facteur limitant en milieu marin.
C’est un processus plutôt lent qui peut s’étaler sur
de longues périodes. Il peut en revanche être accéléré lors
d’apports plus élevés d’effluents domestiques, industriels
et/ou agricoles. L’eutrophisation d’un milieu induit principalement
une baisse de la biodiversité ainsi que de la qualité de
l’eau. Ces dégradations sont liées à différents facteurs :
- une augmentation du volume d’algues et de la biomasse,
- le développement de phytoplancton toxique et de pathogènes en lien avec la
diminution de la pénétration des UV dans l’eau,
- une dégradation de l’eau (aspect, couleur, odeur …),
- l’envasement plus rapide du milieu et l’apparition de vase sombre et
malodorante,
- l’asphyxie du milieu par diminution de la teneur en oxygène dissous la nuit due
à la respiration des nombreux végétaux et animaux présents,
- la dégradation des habitats lors de la
décomposition des algues. Les éléments
décomposés vont colmater le fond des cours
d’eau détruisant ainsi les milieux de vie des
invertébrés et les zones de frai des poissons.
Ces effets peuvent également se répercuter sur
l’activité touristique qui peut être menacée lorsque la
qualité de l’eau se dégrade.
II.2. Réchauffement des eaux
Il intervient lorsque l’eau est utilisée comme liquide
de refroidissement par les industriels notamment dans
les centrales thermiques et nucléaires, les eaux
usées sont rejetées et le drainage agricole. On observe une augmentation ou une
diminution de
4
la température de l’eau qui
peuvent être progressives ou brutales. Le milieu s’en trouve perturbé et la vie
aquatique, qu’elle soit animale ou végétale, peut alors
subir des modifications de rythme physiologique influant
la reproduction, la survie hivernale, la mortalité
des espèces ainsi que le développement bactérien et
l’augmentation de la toxicité de plusieurs substances
peuvent également être engendrés par ce type de
pollution.
II.3. Détérioration des zones humides
Les zones humides sont
des lieux d’enjeux
multiples et jouent un rôle majeur dans la régulation du
régime des eaux ou leur épuration. Dans les cas
extrêmes, les dégradations de zones humides conduisent
à des risques d’inondations ou de sécheresses accrus,
à une réduction de l’épuration naturelle des eaux et à une
détérioration des milieux naturels. Elles sont soumises à de nombreuses dégradations
du fait de l’extension
du drainage, conséquence de l’évolution des pratiques culturales,
notamment le développement de l’irrigation et l’abandon
de prairies naturelles, ainsi que par la gestion des niveaux
d’eau pour satisfaire les besoins des cultures.
Une détérioration marquée des zones humides peut être
observée notamment en lien avec les pollutions diffuses
et ponctuelles dues aux intrants agricoles : traitements
phytosanitaires, épandages de fumures animales,
amendements et engrais. Ces pollutions peuvent être responsables d’intoxications
(empoisonnement d’organismes, accumulation
dans les chaînes trophiques) mais également de
dysfonctionnements trophiques (marées vertes…). Ces zones sont soumises à
d’autres problématiques liées aux activités anthropiques :
- envasement,
- déstructuration du réseau,
- dessèchement par drainage,
- fractionnement,
- suppression de corridors,
- comblement,
- disparition des habitats,
5
II.4. Appauvrissement de la biodiversité
L’eau présente
pour les organismes qui y vivent une grande stabilité car en général, les variations de
température, les chocs, les vibrations,
sont atténués. Par sa densité, l’eau facilite aussi les
déplacements avec un minimum de dépenses physiques. Elle offre « gîte et couvert »
à toute une gamme
d’organismes végétaux et animaux, permettant ainsi
l’établissement de chaînes alimentaires complexes et
équilibrées. Les besoins des écosystèmes qui vivent dans l’eau sont liés à la qualité
(oxygénation, température, luminosité,
turbidité réduite, faible apport de nutriments et absence
de polluants), à la régularité (perturbations réduites,
suffisance de débit en étiage, crues suffisantes) et sur la
diversité (courants lents et/ou rapides, substrats variés,
zones de repos, d’alimentation et de reproduction pour
les espèces animales). Entre les êtres vivants et le milieu
s’exercent des relations privilégiées qui conditionnent
l’équilibre général.
De par leur rôle de refuge, de nutrition et de zone
de reproduction, les milieux aquatiques, constitués d’un
milieu physique environnant (le biotope, composé par
l’eau, le lit, les berges, les nappes d’accompagnement pour
les cours d’eau) et d’un ensemble d’organismes vivants
(la biocénose, composée par des espèces végétales
et animales se trouvant dans le milieu ou à proximité)
présentent un intérêt écologique majeur.
III. Influence de la pollution sur les éléments du plancton
III.1. Influence d’un apport allogène d’éléments nutritifs sur l’évolution des
associations planctoniques
Certaines algues, bien que pourvues de pigments assimilateurs, sont étroitement
dépendantes de la teneur du milieu en composées organiques simples ou en vitamines
(alloauxotrophes et hétérotrophes facultatifs). En cas d’enrichissement du milieu par
des matières organiques allogènes, les espèces hétérotrophes facultatives ou
obligatoires (algues, bactéries) et leurs prédateurs, de mêmes que les animaux
détritivores se trouvent favorisées et voient leur croissance stimulée.
Les associations planctoniques des milieux soumises à des pollutions essentiellement
organiques sont conditionnées par les paramètres suivants :
- la concentration et la nature des polluants,
6
- la quantité d’oxygène disponible,
- la concentration des produits toxiques résultant du métabolisme bactérien :
toxines, H2S, ammoniac,
- la saison,
- la nature des prédateurs,
- l’efficacité de l’autoépuration qui dépend elle-même de la température, de la
nature et de l’activité des microorganismes.
III.1.1. Principales associations algales caractéristiques des divers degrés
trophiques des plans d’eau
On appelle valeur du degré trophique d’une eau, son aptitude à produire une biomasse
végétale ou animale plus ou moins abondante. Cette biomasse sera d’autant plus
importante que les organismes en question y trouveront en plus grande quantité les
éléments nutritifs (organiques ou minéraux) dont ils ont besoin. On distingue ainsi les
milieux aquatiques oligotrophes, mésotrophes ou eutrophes selon leur richesse
croissante en éléments nutritifs utilisables pour les biosynthèses.
Les milieux eutrophes sont caractérisés par une forte productivité primaire et une faible
minéralisation. Il en résulte une accumulation de vases organiques. Dans les milieux
oligotrophes, par suite d’une faible productivité primaire et d’une forte minéralisation,
la quantité totale de matière vivante produite est minéralisée et reprise dans le cycle.
En principe, il n’y a pas formation de vases organiques.
Les pollutions organiques apportant à l’eau des éléments nutritifs utilisables par des
hétérotrophes et les produits de la dégradation favorisant secondairement les
organismes, on a pu établir un parallélisme entre le degré de pollution organique (eau
oligo-méso-polysaprobe) et le degré trophique des eaux
Degré de saprobité Degré trophique
(pollution organique)
Xénosaprobe Oligotrophe
Oligosaprobe
Oligo-béta-mésosaprobe mésotrophe
Béta-mésosaprobe Eutrophe
Béta-alpha-mésosaprobe Très eutrophe
Alpha-mésosaprobe Hypereutrophe ou
polysaprobe polytrophe
Les algues planctoniques sont parmi les organismes qui sont le plus directement
influencées par le dégrée trophique et le degré de saprobité des eaux.
Pour les lacs de toute latitude, Hutchnison (1967) a défini 13 grands types
d’associations algales. Pour les collections d’eau de faible profondeur du type étang,
dans lesquelles les échanges eau-vase jouent un rôle bien plus important qu’en lac,
Wurtz (1985) distingue 10 à 11 types d’associations. La nature des sédiments et celles
des associations planctoniques rend mieux compte de la productivité potentielle
7
(valeur biogénique) que ne le fait l’analyse des éléments nutritifs présent dans la pleine
eau.
6 types principaux d’associations ont été définis dans les étangs en France:
Type I : Etangs oligotrophes
1) Oligotrophe normale sur sable ou gravier : tous les groupes d’algues peuvent êtres
représentés à l’état d’individus isolés (eaux très bien oxygénées)
2) Etangs acidogènes, sur sables ou argiles : Plancton à Desmidiées, Diatomées,
Chlorococcales, Chrysophycées, Péridiniens (sans dominance et très peu
abondants)
3) Ologotrophes acidogènes, avec formation de tourbe, par blocage de la
minéralisation en milieu acide : Plancton à Desmidiées dominantes ou à diatomées
pennées, Chlorococcales, Péridiniens et Cyanophycées qui jouent un rôle
accessoire. Ce sont les seuls étangs ou l’on trouve des associations algales
stables.
Type II : Etangs oligo-mésotrophes
Il se forme peu de vase, mais les eaux restent bien oxygénées
1) Plancton à Chrysomonadines nettement dominantes (Mallomonas, Synura, parfois
Chromulina et Dinobryon bivaricum). Les autres groupes d’algues (par ordre
d’importance décroissante) : Chlorococcales, Péridiniens, Desmidiées,
Eugléniens, y sont peu représentées
2) Plancton à Chrysomonadines, Diatomées, Péridiniens dominants en proportion à
peu près égale, avec possibilité d’apparition de fleurs d’eau à Botryococcus braunii.
Type III : Etangs faiblement eutrophes
Ils sont caractérisés par la formation de vase organique, la perte d’oxygène en
profondeur, la stratification journalière de l’oxygène et d’autres substances chimiques.
Le plancton est à Péridiniens et Diatomées dominants (60 à 70 % du peuplement). Les
Desmidiées, Chlorococcales et Chrysophycées moins abondants forment 30 à 40 %
du peuplement
Type IV : Etangs moyennement Eutrophes
Dans ceux-ci, la formation de vase, la perte d’oxygène en profondeur et la stratification
journalière sont plus accusées. Le plancton à Chlorococcales ; Diatomées,
Péridiniens, Chrysophycées sont à égalité de pourcentage. Il y a généralement
apparition de fleurs d’eau à Cyanophycées (Microystis) en été et en automne, au
printemps fleurs d’eau à Volvocales (Volvox).
Type V : Etangs fortement eutrophes
Ils présentent les mêmes phénomènes que le type précédent, mais en plus accusée.
Il se produit notamment de fortes saturations d’oxygène en surface. Le plancton est à
Chlorococcales et Cyanophycées fortement dominantes. Le nombre d’espèce
8
d’algues diminue, mais la quantité d’individus peut devenir extrêmement importante.
Eugléniens et Volvocales sont en quantité moindre et moins caractéristique.
Type VI : Etangs hypereutrophes à polytrophes
Ces étangs peuvent présenter d’énormes sursaturations en oxygène en surface durant
le jour et une désoxygénation totale en profondeur. La production de vases organiques
est très importante. Plusieurs associations algales peuvent être rencontrées :
1) Plancton à volvocale, Chlorococcales, Cyanophycées (formations de fleurs d’eau
à Aphizomenon flos aquae)
2) Plancton à Eugléniens, Volvocales dominants avec élimination plus ou moins
complète des algues appartenant aux autres groupes. Dans les cas extrêmes la
couche d’O2 dépasse à peine une épaisseur de quelques cm en surface. Ce type
d’étang peut devenir complètement anaérobie et évoluer vers le type suivant
caractérisé par
3) Plancton exclusivement bactérien. Etangs à Chromatium, riches en H2S et en sels
ammoniacaux.
Ainsi le degré d’eutrophisation des plans d’eau entretenu par les apports allogènes et
la diffusion dans la pleine eau de substances nutritives provenant des sédiments, peut
être caractérisée à la fois par la nature des espèces dominantes et par la fréquence
relative de celles-ci.
La composition des associations algales est la résultante des exigences nutritionnelles
des espèces, de leurs potentialités de multiplication et de l’activité de leurs prédateurs
(zooplancton ou certains poissons se nourrissant d’algues).
III.2. Effet d’un enrichissement du milieu par des composés organiques
dégradables : évolution des associations planctoniques au cours de
l’autoépuration
Un apport excessif en composés organiques dégradables entraîne un
déséquilibre entre la productivité et la minéralisation ainsi que divers dommages
résultant de la dégradation de ces composés.
Les différentes étapes de l’autoépuration sont caractérisées par :
- le développement intense des bactéries (décomposeurs) ;
- le suivi de très près par celui des flagellés hétérotrophes (algues dépourvues de
pigments) appartenant à divers groupes mais qui absorbent directement les
composés organiques en solution et qui phagocytent les particules de matière
organique et les bactéries ;
- d’autres bactériophages se développent sur cette nourriture abondante : Ciliés,
amibes utilisent les particules de M.O ainsi que les bactéries et peuvent étendre
leur prédation aux Flagellés ;
- arrivé à un degré avancé de minéralisation, diatomées et algues vertes
commencent à se développer en abondance. Les consommateurs sont alors
essentiellement des métazoaires. Les consommateurs primaires, puis leurs
prédateurs (hydres) remplacent les Ciliés.
9
En fin de minéralisation, le milieu se trouve épuisé, la M.O inerte et les substances
résultant de sa décomposition ont été transformées en matière organique vivante
essentiellement constituée par des algues de divers groupes. En absence de
consommateurs, les substances provisoirement stockées dans les cellules algales
seront à nouveau libérées dans le milieu à la mort de celles-ci et recyclées.
Dans un milieu recevant une charge polluante, la succession des principaux groupes
de phyto et zooplancton intervient en général dans un ordre bien défini. Cette
succession dépend de la concentration des effluents et des processus
d’autoépuration. Cette succession est constituée de 4 phases dans un étang recevant
des effluents de sucrerie:
1- Phase d’hétéroptrophie caractérisée par le développement des Eugléniens,
Volvocales et par l’absence quasi totale du zooplancton. La DCO et la DBO5 sont
très élevées et il s’instaure un important déficit en oxygène
2- Phase d’hyperautotrophie caractérisée par une densité élevée des groupes
précédents, mais les chlorococcales et les Cryptomonadines apparaissent et il se
développe un zooplancton abondant composé principalement de Rotifères,
Cladocères et de Protozoaies. Ces modifications sont en liaison avec la diminution
de la DCO et de la DBO et une élévation continue de la DO.
3- Phase de transition caractérisée par une diminution du nombre d’algues et
l’augmentation de la densité de cladocères
4- Phase de stabilisation des conditions physiques et chimiques caractérisée du point
de vue biologique par des associations planctoniques communes à la plupart des
étangs :
- Phytoplancton à Chlorococcales prédominantes
- Zooplancton essentiellement représentée par des Cladocères et des
Copépodes
IV. Action en retour des organismes sur le milieu
Les organismes planctoniques à l’instar des autres composantes biotiques des
écosystèmes, exercent une action en retour sur le milieu qui les abritent et influencent
ses caractéristiques chimiques, physiques et biologiques.
IV.1- Influence de la nature du plancton sur l’efficacité de l’autoépuration
Naturellement, un écosystème a des capacités d’auto-épuration
par l’action directe de l’oxygène (aération) et par
l’action d’organismes aérobies (oxydation) et anaérobies
(réduction). Cette épuration ne met en oeuvre que des
éléments constitutifs du biotope elle sera d’autant plus
efficace et rapide que les conditions de température,
d’oxydoréduction et de lumière seront remplies, et que le
milieu ne sera pas toxique pour la biomasse.
10
L’écosystème est ainsi capable de transformer ou d’éliminer
(en partie ou en totalité) les substances biodégradables
qu’il reçoit. Le maintien de l’équilibre de l’écosystème ainsi
que de sa qualité des eaux est alors effectif. Ce phénomène
est rendu possible grâce à la filtration et à l’oxydation des
substances en lien avec l’action des organismes comme
les bactéries, les insectes ou encore les plantes qui se
trouvent dans le milieu ou à proximité.
Un déséquilibre peut être observé lorsque la
qualité de substances plus ou moins toxiques reçue
est supérieure aux capacités auto-épuratoires de
l’écosystème. L’élimination des polluants n’est alors plus
aussi efficace et ceux-ci tendent à s’accumuler dans le
milieu pouvant alors devenir toxiques pour les espèces.
Les agents polluants qui ne sont pas ou peu biodégradables
comme les macro-déchets (plastiques, verre …), les
métaux ou certains pesticides, perturbent et amplifient
ce phénomène.
L’auto-épuration d’un milieu pollué peut être
restaurée lors d’épisodes pluvieux importants, la pluie
apportée permettant en effet une meilleure oxygénation
de l’eau. Ce phénomène est notamment très important
pour les zones les plus profondes dans lesquelles tendent
à s’accumuler les cadavres et détritus organiques qui vont
alors reprendre leur cycle de décomposition biologique
naturel.
Pour ce qui est des surplus de fertilisants et de certains
produits phytosanitaires, ils vont être fixés dans la vase
et de ce fait, ne seront plus disponibles. Ils pourront
également être fixés par les végétaux aquatiques ou
utilisés pour leur croissance.
L’élimination de l’ensemble de ces substances peut
permettre de favoriser l’épuration de plans d’eau ou de
bras morts des rivières par exemple.
Enfin, l’équilibre d’un milieu ne peut perdurer que si un
certain débit est maintenu, permettant ainsi le transport
des débris et des sédiments, et évitant leur accumulation.
11
Avec une lame d’eau plus importante et son renouvellement
continu, l’oxygénation de l’eau est favorisée et la capacité
auto-épuratoire du milieu maintenue.
Le plancton contribue de façon non négligeable à la réduction de la pollution organique
et minérale des eaux. Cette action se manifeste à travers l’absorption des substances
issues de la dégradation microbienne. Dans les pays tempérés, les rendements
épuratoires des cours d’eau sont élevés pendant les périodes estivales. Sous les
tropiques, les rendements sont en général constants pendant toute l’année.
Nitrates, nitrites et ammoniaque sont utilisés par les algues et les bactéries
nitrifiantes comme source d’énergie et comme source d’azote pour les synthèses
protéiques.
En provoquant l’élévation du pH, l’activité photosynthétique algale favorise la
formation de NH3 et son départ dans l’atmosphère.
IV.2. Influence du phytoplancton sur les propriétés physiques, chimiques et
biologiques de l’eau
Le phytoplancton joue également un rôle très important dans l’oxygénation des
masses d’eau ce qui peut être utile si ceux-ci servent aux activités halieutiques.
Toutefois, lorsque les densités d’algues sont très importantes (10 6/cm3), il peut avoir
sursaturation en oxygène (jusqu’à 300%) ce qui pourrait rendre le milieu impropre à la
survie des poissons les plus rustiques (de fortes sursaturations entraînent la formation
d’azote gazeux dans les liquides intérieurs et causent chez les poissons une mort par
embolie).
Durant les périodes de floraisons algales, la turbidité de l’eau est très élevée. Cette
densité excessive d’éléments figurés est généralement défavorable aux métazoaires
se nourrissant par filtration.
Cette augmentation de turbidité a pour conséquence de rendre le milieu peu favorable
développement des microorganismes animaux et des organismes plus évolués. La
faible diversité spécifique est dans ce cas compensée par une intense prolifération des
individus.
IV.3. Influence du zooplancton sur les propriétés physiques, chimiques et
biologiques de l’eau
Les Rotifères (Brachionus calyciflorus, B. angularis et B. rubens) sont les principales
espèces algivores qui se développent pendant les floraisons algales. Les brachions
sont capables d’éliminer en quelques jours la quasi-totalité du phytoplancton si celle-
ci est constituée d’espèces adaptées à son alimentation. Le contrôle des populations
algales par les prédateurs actifs a pour conséquences
- un appauvrissement du phytoplancton en individus, mais la diversité spécifique
devient très importante et la biocénose mieux structurée
- faute de prédateurs capables de contrôler leur population, les grandes daphnies
prolifèrent et excluent les petites espèces animales à spectre alimentaire moins
large qui ne sont plus représentes que de façon sporadique
12
- le fort développement du zooplancton se traduit par un appauvrissement de la
teneur en O.D
- les nitrates et l’ammoniaque sont éliminés de façon plus lente et les teneurs en
phosphates sont très faiblement affectés.
Conclusion
La pollution des milieux aquatiques peut agir directement ou indirectement sur les
associations planctoniques. De façon indirecte la pollution peut agir en éliminant
spécifiquement du milieu certains prédateurs. Les espèces qui se trouvaient
initialement les moins affectées par la prédation voient disparaître l’avantage qu’elles
avaient acquis sur le plan de la compétition spécifique, alors que les espèces
initialement influencées par la prédation se trouvent favorisées par l’action des
polluants. Il s’ensuit diverses modifications au sein des associations planctoniques qui
se répercutent sur les caractéristiques de l’environnement.
13