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Gouvernance illégale et inégale mondiale

Le document analyse la gouvernance non démocratique et illégale, mettant en lumière l'influence des forces économiques sur les décisions politiques à travers des mécanismes souvent illégaux. Il identifie sept formes de gouvernance qui entravent la démocratisation, notamment le pouvoir économique, répressif et idéologique, ainsi que l'impact des paradis fiscaux et des banques sur la corruption et la domination économique. Enfin, il critique la 'bonne gouvernance' promue par des institutions comme la Banque Mondiale, qui impose des politiques néo-libérales au détriment de la souveraineté des États.

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Gouvernance illégale et inégale mondiale

Le document analyse la gouvernance non démocratique et illégale, mettant en lumière l'influence des forces économiques sur les décisions politiques à travers des mécanismes souvent illégaux. Il identifie sept formes de gouvernance qui entravent la démocratisation, notamment le pouvoir économique, répressif et idéologique, ainsi que l'impact des paradis fiscaux et des banques sur la corruption et la domination économique. Enfin, il critique la 'bonne gouvernance' promue par des institutions comme la Banque Mondiale, qui impose des politiques néo-libérales au détriment de la souveraineté des États.

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11.06.2009 - La gouvernance non démocratique et illégale

par Thierry Brugvin (professeur en sociologie)


Introduction

Depuis plus de vingt ans, la mondialisation éloigne les citoyens des lieux de décisions. Les citoyens français
l'observent avec l'Union Européenne tandis qu'au plan international, le G8 impose son modèle politique dans le
monde, au travers le FMI, la Banque Mondiale et l'OMC en particulier. Au sein de ces différentes organisations,
sous couvert d'un discours sur la « bonne gouvernance », les dirigeants libéraux privatisent les instances
démocratiques en privilégiant le dialogue avec les entreprises au détriment des peuples, de leurs représentants,
des ONG et en jouant la "société civile" contre les Etats.

Ces différents mécanismes relèvent généralement de la gouvernance inégale et non démocratique, mais restent
pour une large part légaux. Cependant, il y a un autre champ qui lui est encore moins analysé, il s'agit de la
dimension illégale de la gouvernance publique. Ce sont donc les différentes formes de la gouvernance politique et
économique non démocratique, inégale et aussi illégale que nous allons analyser ici.

Comment les forces économiques influent-t-elles sur les décisions des pouvoirs publics, via les mécanismes de la
gouvernance globale illégale, inégale et non démocratique? Notre hypothèse est la suivante: il existe une

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influence, une relation dialectique, entre la force des idées (idées, acteurs et institutions), les pouvoirs publics et
les forces économiques (institutions, acteurs capitalistes, capital financier, forces productives (moyens de
production, techniques, connaissances, forces de travail). Cependant les forces économiques exercent une
influence dominante sur les pouvoirs publics et la force des idées, par le biais de la gouvernance globale. Or, une
part non négligeable de cette gouvernance nationale et globale est exercée de manière illégale, et non
démocratique, même s'il ne s'agit pas d'affirmer que toutes les pratiques relevant de la gouvernance s'avèrent
illégales. Il s'agit donc ici d'une typologie et non d'une description exhaustive de la gouvernance globale.

Ainsi, nous présenterons les 7 pouvoirs, ou les 7 formes de gouvernance non démocratique ou illégale qui sont
des obstacles fondamentaux à la démocratisation de la société. Il s'agit du pouvoir économique (productif,
commercial, financier : banques, dette, paradis fiscaux) ? Le pouvoir répressif et militaire ? Les pouvoirs publics
nationaux et internationaux non démocratique et leurs pratiques impérialistes ? Le pouvoir relationnel (réseaux,
lobbies...) ? Le pouvoir idéologique ? Le pouvoir communicationnel -Le besoin psycho-sociologique de pouvoir.

LA GOUVERNANCE NON DÉMOCRATIQUE PAR LE POUVOIR FINANCIER:


BANQUES, DETTE ET PARADIS FISCAUX

La dette: instrument de domination des pays riches

Contrairement à ce que l'opinion publique pense généralement, les flux financiers les plus importants vont donc
du Sud vers le Nord. C'est finalement les plus pauvres qui aident les plus riches. En 2003, l'APD l'élevait à 54
Mds $ et le remboursement à 436 Mds, soit 8 fois plus (Ziegler, 2005).

« Au moment de l'indépendance du Gabon en 1960, la Banque Mondiale a transféré à ce pays les dettes
précédemment contractées par la France pour la colonisation du Gabon, ce qui est en violation complète des
règles du droit international. Depuis, la mainmise des dirigeants français sur l'économie gabonaise ne s'est jamais
démentie : Omar Bongo en est avant tout le garant. Une dette constituée dans ces conditions est illégitime et n'a
pas à être remboursée» (Toussaint, 2006).

Concernant la Bolivie par exemple, selon Patrick PIRO «aucun économiste n'est dupe de ce miracle, c'est bien
grâce à la coca et à la cocaïne que le pays n'a pas volé en éclat. Le trafic de la drogue a donné au pays des
devises nécessaires au paiement de la dette » (Piro, 1994)

Boisgallais évalue, entre 1 à 5%, l'aide publique bilatérale qui parvient réellement à la population, le reste partant
en direction de construction d'infrastructure destinée à servir nos intérêts. Moins de 1% de l'APD bilatérale est
consacrée aux ONG (Boisgallais, 1994). Selon Politis, le reste de l'aide bilatérale française se répartit

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globalement ainsi: 30 à 40% environ, pour les opérations de rééchelonnement de la dette ou révision des taux
d'intérêts et parfois annulation partielle de dette ? 20 à 25 % pour le salaire des coopérants pour des projets
techniques, scientifiques, ou culturels, avec un salaire moyen de 4500 à 23 000 euros par mois. On comptait
3250 coopérants en 2001 ? 15 à 25 % pour la promotion de la francophonie ? 5 à 10 % pour l'aide financière aux
projets pour l'étude et la réalisation d'équipements, d'infrastructure des transnationales françaises ? 5 % destinés
à l'armée, l'aide budgétaire, et le soutien aux plans d'ajustement structurels (Politis, 1998).

L'été 1994, Lissouba, le président du Congo-B confie à Elf la responsabilité de gérer la dette pétrolière du pays.
On observe une totale manque d'indépendance de l'Etat. En effet, Elf devient ainsi à la fois client de l'Etat et
gestionnaire de son budget. (Verschave, 2001 : 44). Une entreprise capitaliste privée a ainsi eu la main mise sur
un Etat.

Les paradis fiscaux l'accélérateur de la gouvernance libérale et des délits politico-financiers

Les paradis fiscaux et les chambres de compensation (Clearstream) sont un instrument majeur de la corruption
politique et de la spoliation économique des citoyens. Selon l'office des Nations Unies pour le contrôle des
drogues et la prévention du crime, en 1999; 50% des 4800 Mds de francs annuels dégagés par l'ensemble des
activités criminelles du monde (trafics de drogue, prostitution, fausse monnaie...) seraient blanchis dans les
paradis fiscaux. (ODCCP, 2000).La fraude et l'évasion fiscale représentaient, en 2003, environ 50 milliards
d'euros pour la France, c'est à dire 17% du budget de l'Etat soit l'équivalent du déficit budgétaire (Attac, 2004).
Pour les PED, l'évasion fiscale conduit à un manque à gagner dans les recettes fiscales de 50 milliards de dollars.
L'équivalent de l'APD annuelle de l'ensemble des pays de l'OCDE (Foutoyet 2005).

La quasi totalité des grandes banques et entreprises européennes ou américaines a ouvert des succursales dans
des paradis fiscaux. C'est par exemple le cas de la BNP Pari-bas, présente aux Bahamas et aux îles Caïman,
idem pour le Crédit Agricole,la CIC, le Crédit Lyonnais, Natexis Ban-ques Populaires, la Société Générale, etc.
Total réalise la plus grande partie de ses bénéfices dans des filiales enregistrées aux îles Bermudes et autres
terri-toires off shore, etc. (Foutoyet, 2005).

Contrairement aux idées reçues, les paradis fiscaux ne sont donc pas un « sous- système» à la marge de la
machine économique : ils en sont l'un des roua-ges. En effet, on estime que plus de la moitié des transactions
financières internationales transite par les para-dis fiscaux.

En 1991, le scandale international de la BCCI (Bank of Crédit and Commerce International), enregistrée au
Luxembourg, a conduit à sa fermeture par la justice, a montré la liaison pouvant exister entre le trafic de drogue,

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le terrorisme, la haute finance et les services spéciaux (Verschave, 2003).

Le pouvoir des banques dans la gouvernance économique et politique

La politique monétaire permet de jouer sur les importations et exportations. C'est un outil fondamental de la
souveraineté, comme l'est l'indépendance militaire par exemple. Or, les Etats africains n'ont pas cette liberté
d'action et donc cette indépendance économique et politique. La Banque de France et maintenant la Banque
centrale européenne avec l'euro ont décidé des dévaluations et du moment où elles ont eu lieu.

Les banques et les propriétaires des grandes banques (Rockefeller, Rothschild, Morgan...) représentent un des
pivots du pouvoir mondial. D'une part parce que ces propriétaires disposent de sommes énormes : Le magazine
Forbes décomptait 1125 milliardaires en 2008. (Kroll, 2008). Ceci leur permet d'acheter potentiellement
absolument, tout ce qui peut servir leur objectif de puissance: entreprises, médias, biens divers. Mais de plus, ils
ont la capacité de corrompre les dirigeants politiques, qui sont susceptibles de se laissent soudoyer.

D'autre part parce que les banques sont les lieux de dépôt de l'argent, et le lieu de transit des flux financiers qui
sont l'énergie, le sang du système. Le blanchiment d'argent sale passait autrefois, par les banques des pays
développés notamment, à présent cet argent transite plutôt préalablement par les banques des paradis fiscaux
(Andorre, Caïmans, Luxembourg, Jersey...) ou encore au sein de Clearstream (la banque des banques) comme
le soutien Denis Robert (2001). Ce dernier a mis à jour une des techniques de blanchiment, dans son ouvrage «
Révélation », en analysant le fonctionnement des banques Clearstream et Euroclear. Ces dernières, grâce à un «
mécanisme de compensation », font ainsi disparaître certaines transactions douteuses. Concernant, la BGPI,
filiale du Crédit agricole Indosuez, il affirme, qu'elle possède elle aussi un compte S0418, chez Clearstream
(Robert, 2007).

De plus, quasiment toutes les grandes banques disposent de comptes dans les paradis fiscaux (Foutoyet, 2005).
Ainsi, certaines, telle la FIBA d'Elf ont blanchi de l'argent, ou participé à l'évasion fiscale (Verschave, 2001 : 73).

Les banques suisses, luxembourgeoises, notamment, avec les paradis fiscaux, renforcent les dérives du
capitalisme illégal et la corruption, en blanchissant de l'argent sale, notamment grâce à la culture du secret, au
refus de faire la transparence sur l'ensemble des comptes présents et des virements qui s'y déroulent. C'est un
accélérateur de la criminalité grâce au blanchiment de l'argent lié au trafic de drogue, à la prostitution, à la
fabrication de fausse monnaie, au racket...).

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LA GOUVERNANCE NON DÉMOCRATIQUE PAR LES IDÉES


(IDÉOLOGIE)

La « bonne» gouvernance : la théorie hégémonique de la Banque


Mondiale

A la Banque Mondiale, l'idéologie néo-libérale est hégémonique, c'est donc dans le cadre de cette politique
qu'elle entend exercer ce qu'elle nomme une "bonne gouvernance". La « bonne gouvernance» , pour la Banque
mondiale est aussi synonyme de bonne gestion du développement" (World Bank, 1992). Marie Claude Smouts la
qualifie "d'outil idéologique pour une politique de l'Etat minimum" (1998). Cependant, si cette politique se limite
aux fonctions régaliennes, cela ne signifie pas un État faible. Il s'agit en réalité d'un "État gendarme" visant
théoriquement à faire respecter les règles d'un marché concurrentiel et les libertés individuelles. Derrière la
politique de "bonne gouvernance", la Banque Mondiale cherche aussi à contraindre les pays à bas salaires à
mener une bonne gestion, c'est-à-dire à appliquer les plans d'ajustements structurels (privatisations, restrictions
des budgets sociaux...), basés sur une politique économique néo-libérale. Ainsi, du fait du principe de
conditionnalité auquel sont soumis les États pour recevoir des prêts de la Banque Mondiale, ceux-ci perdent la
souveraineté sur leur politique nationale (George, 1994 : 184). Cette entorse à la souveraineté du peuple est
"camouflée par les qualificatifs "d'empowerement" (la participation) et de "consensus» avec la société civile
(Hidouci, 2003 : 6). On observe en effet une lutte idéologique, autour du concept de société civile, visant
notamment à gagner "la bataille" pour une nouvelle forme de direction politique démocratique mondiale. Tandis
que pour le grand public, la société civile signifie généralement les ONG, pour les organisations internationales
telle l'OMC, il s'agit aussi des représentants des entreprises tel le MEDEF ou l'UNICE.

La corruption limite la démocratisation des États. Pourtant, les institutions financières internationales (IFI)
agissent peu contre la corruption des dirigeants (lorsque les prêts qu'elles octroient sont détournés) (Gueye 2003
: 38).

La libéralisation et la privatisation de la régulation internationale

Au cours du Forum Mondial de l'Economie de Davos, le 31 Janvier 1999, Kofi Annan, le Secrétaire Général des
Nations Unies, a proposé au monde des affaires, de mettre en oeuvre le Global Compact (le pacte global). Plus
de 3 700 entreprises venant de 120 pays différents, adhéraient en 2007 au Global Compact. Parmi les dix
principes du Global Compact, deux concernent les droits de l'homme, quatre sont destinés aux droits des
travailleurs, trois concernent l'environnement et le dixième porte sur la lutte contre la corruption. Le Global
Compact étant une forme de code de conduite élaboré par les pouvoirs publics internationaux. Les
transnationales, telle Nike, Nestlé, ou Total qui l'ont adopté s'engage volontairement à le respecter, mais il n'est
prévu de dispositif de vérification, ni de sanction. Les Nations Unies ont autorisé les ETN Nike et Shell
notamment, à adhérer au Global Compact, alors qu'elles enfreignent régulièrement leurs propres codes de
conduite et les normes sociales et environnementales. Le choix consiste à déléguer, aux acteurs économiques
privés, certaines des fonctions traditionnellement dévolues au service public (service des eaux, retraitement des

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déchets, production énergétique..). D'une part, cela représente une orientation de politique économique très
spécifique. Mais d'autre part, cela transforme la nature même des organisations internationales publiques qui
deviennent des partenaires des entreprises privées, plutôt que des autorités de régulation au service du peuple et
de l'intérêt général (Brugvin, 2007).

La gouvernance globale s'est développée à partir de la gouvernance d'entreprise (Leach, Percy-Smith, 2001).
Dans la gouvernance on observe « une normalisation technique envahissante» (Hidouci, 2003 : 7) qui tente
d'évacuer la dimension politique sous le discours de la neutralité, en se cachant dernière le langage de la
gouvernance des entreprises. La gouvernance conduit à substituer les normes juridiques (décidées par les
pouvoirs publics représentant le peuple) par des normes techniques (crées par des intérêts privés) : codes de
conduite, labels, normes comptables privées, normes ISO...). Tandis qu'une partie du code du travail est en partie
votée par ce dernier, les codes de conduite liées aux conditions de travail ou les normes ISO sont souvent créées
par des entreprises privés.

Par ailleurs, L'OMC est le fer de lance du libéralisme économique, qui sont l'idéologie et le pouvoir politique
hégémonique au plan mondial. Le mandat de l'OMC est la suppression des obstacles au commerce. Comme
pour la Banque mondiale et le FMI, cela conduit à une privatisation de la société qui engendre une à une inégalité
sociale, économique et politique nuisible à la démocratie. Par exemple, l'OMC a pour mandat la libéralisation des
échanges commerciaux, ce qui a pour conséquence qu'elle impose les intérêts économiques des transnationales
sur les droits sociaux des travailleurs et la souveraineté politique des Etats.

Les pouvoirs publics tiennent leur légitimité de l'élection par le suffrage populaire et doivent donc être présents,
pour garantir, théoriquement, les intérêts du peuple dans les décisions qui concernent celui-ci. Les pouvoirs
publics disposent de la plus forte légitimité pour décider des règles, normes et lois, à portée générale, qui relèvent
du droit positif. Les entreprises privées ne disposent pas de cette légitimité élective, ni de l'indépendance
économique. Par conséquent, elles ne disposent pas de la légitimité à décider des orientations générales de la
société, à légiférer.

LA GOUVERNANCE GLOBALE NON DEMOCRATIQUE PAR LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES


PUBLIQUES:
(BM, FMI, ONU, OMC...)

La dépendance financière des agences de l'ONU vis à vis des


entreprises privées

En comparaison de l'étendue de la tâche qu'on lui attribue, ses ressources sont largement insuffisantes. En 1993,
le total des ressources de l'ONU s'élève donc à environ 7,3 milliards de dollars. Les grandes déclarations
proclamées à l'ONU, telle « la santé pour tous en l'an 2000,» ne sont pas toujours associées de mesures

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suffisamment précises et de moyens conséquents. Ce verbalisme n'a alors pour but que de donner bonne
conscience aux administrateurs représentants les différents pays membres et de satisfaire les attentes de
l'opinion publique. De telles déclarations, lorsqu'elles sont irréalistes, aboutissent à jeter la confusion et à
masquer l'impact réel des programmes mis en ?uvre. Depuis la création de l'ONU, en 1945, les grandes
promesses se succèdent, telle que la « santé pour tous en l'an 2000 », mais elles ne sont quasiment jamais
réalisées. L'opinion est satisfaite par les promesses faites, à chaque sommet international, mais comme elle a
peu de mémoire (les journalistes non plus), elle oublie les précédentes. C'est un cercle sans fin de manipulation
de l'opinion publique, dans la mesure où ses dirigeants savent très bien qu'ils ne pourront atteindre les objectifs
affichés.

Nous allons voir que l'ONU et l'OMS subissent parfois de graves dérives. Or, l'Etat français dispose d'une part
non négligeable de responsabilité dans la mesure où il est représenté au sein du conseil d'administration de
l'OMS et qu'il dispose du droit de veto au conseil de sécurité de l'ONU. Ce dernier s'avère l'organe le plus
puissant de l'ONU, mais aussi le moins démocratique.

Malgré ses faiblesses, l'ONU est parvenue à de grandes réussites au service des plus pauvres. Pourtant, l'ONU,
du fait de son influence, est l'objet de tentative de contrôle de la part des Etats dominants et de leurs
transnationales, au sein du conseil de sécurité et de chacune de ses agences. Christian Joly rappelle les
positions des organisations de solidarité internationale vis-à-vis de l'OMS : celles ci « continuent à voir la main
des multinationales dans divers programmes de l'organisation. La collaboration de l'OMS, avec les firmes
multinationales, est considérée comme une soumission aux lois du marché, au détriment de la satisfaction des
besoins des populations» (Joly, 1987 :244-245)

L'influence des lobbies industriels à l'ONU

L'influence des lobbies industriels, à l'ONU, ne se limite pas à l'OMS ou au FNUAP. L'affaire «du programme
pétrole contre nourriture » de l'ONU a éclaté, en janvier 2004. Dans son dernier rapport, le 7 septembre, la
Commission d'enquête indépendante mise en place, en avril 2004, par Kofi Annan, a dénoncé une conduite
«illicite, non éthique et corrompue» au sein de l'ONU et blâmé le secrétaire général Kofi Annan, lui-même, pour
ses négligences et ses erreurs. «Notre mission était de chercher des fautes de gestion, dans le programme
«pétrole contre nourriture» et des preuves de corruption au sein de l'ONU et par des entreprises sous contrat.
«Malheureusement, nous avons trouvé les deux», a déploré son président, Paul Volcker (Rosett, 2005). « Dans
un précédent rapport, en août, la Commission avait établi que le Chypriote Benon Sevan, lorsqu'il était
responsable du programme «pétrole contre nourriture», avait empoché près de 150 000 dollars en pots-de-vin »
(Mauriac, 2005).

Les directeurs de la Banque Mondiale ont quant à eux aussi interrompus les prêts à différents pays, lorsqu'ils se
heurtaient aux intérêts des Etats-Unis (même si officiellement il s'agissait d'autres motifs) précise Eric Toussaint.
Dans le même ordre d'idée, la Banque Mondiale a systématiquement tenté de mettre en échec les régimes
considérés comme des menaces pour les intérêts américains Parmi certains exemples les plus connus en
Afrique, citons la dictature de Mobutu au Zaire, celle de Idi Amin Dada en Ouganda, d'Habyarimana au Rwanda à
partir de 1973, d'Idris Déby au Tchad (Toussaint, 2006).

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LA GOUVERNANCE NON DÉMOCRATIQUE DE LA PRODUCTION ET DU COMMERCE PAR LES


ENTREPRISES:
EXPLOITATION, COMMERCE ILLÉGAL ET VIOLATION DES DROITS

L'exploitation légale par le capitalisme: premier facteur antidémocratique

Marx explique que la pauvreté, l'exploitation des travailleurs permet leur domination et leur aliénation, qui limitent
leur capacité à se former et donc leur capacité à tenir leur rôle de citoyen, c'est à dire à défendre la démocratie.
Avant, de trouver d'éventuelles causes, relevant de l'illégalité, il faut en effet, chercher les causes de la pauvreté
des pays en développement dans l'analyse marxiste notamment. Cette dernière explique les inégalités
principalement par le rôle des infrastructures économiques, des rapports sociaux de production, les inégalités des
termes de l'échange, la division internationale du travail entre le centre et la périphérie (Emmanuel, 1969)[1].
Cependant Gramsci, montre qu'il y a une interaction entre les infrastructures et les superstructures au sein « du
bloc historique» et non un simple déterminisme des premières sur les secondes (Gramsci, 1975). Mais, en plus
de l'exploitation inégale, il existe une exploitation illégale, que nous allons examiner.

Sous payer les matières premières d'un pays

La production du pétrole en Afrique, par les entreprises transnationales du pétrole permet d'engranger d'énormes
profits, souvent au détriment du pays et surtout de la population. A ce sujet l'exemple d'Elf Total, une autre
entreprise du pétrole, au Congo est fort instructif. Le président Lissouba a bradé à Elf, les parts que l'Etat du
Congo-Brazzaville détenait dans Elf Congo. Le prix officiel de la vente était de 270 millions de francs, mais les
estimations de la valeur réelle de ces parts sont de 4 à 16 fois supérieures! (LDC, 1997, 1998). Sous-évaluer la
qualité du pétrole représente un autre technique, pour arriver au même fin.

Les « cargaisons fantômes » : la non déclaration de la production

Le Floch Prigent, ainsi qu'un ancien Ministre de l'Economie du pays ont reconnu que le CONGO aurait bénéficié
d'au moins deux « cargaisons fantômes ». Dans les faits, un tanker vient chercher du pétrole ; il repart chargé
mais cette cargaison, qui échappe à toute comptabilisation, s'évanouit dans la nature au profit des compagnies
pétrolières et des élites dirigeantes du pays. Il n'est pas rare que la cargaison change plusieurs fois de

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propriétaire pour échapper à toute traçabilité (Harel, 2006).

S'allier les services d'un élu grâce aux commissions et rétro-commissions

Loik Le Floch Prigent, affirme lui-même dans un livre intitulé "Affaires Elf, affaires d'Etat" (2001), faisant le bilan
de son procès, que "l'activité industrielle classique s'accompagne nécessairement de mécanismes qui permettent
le financement d'opérations opaques (...). Au sein du groupe (Elf) qui fait deux cents milliards de francs de chiffre
d'affaires par an, le volume de ces opérations (occultes) varie de trois cents à huit cents millions de francs). (...)
Elf dépensait notamment ces fonds pour obtenir "des permis de forage" dans les pays ou la société n'était pas
encore implantée.

L'ensemble de ces commissions versées aux officiels du pays, via des intermédiaires, était d'un certaine façon le
prolongement de la politique étrangère de la France, notamment dans les pays africains et c'est la raison pour
laquelle le président d'Elf en informait la présidence de la république (française), ainsi que les ministres des
Finances et du Budget" (Prigent, 55-56). "Disons que le président d'Elf est à la fois le président d'une société
pétrolière et ministre bis de la Coopération. Et c'est justement parce ce que cette société avait un objet politique
et diplomatique en Afrique qu'elle a de tout temps financé les services secrets (...). Elf a servi au financement du
parti gaulliste, et a même été créé pour ça..." (...). Puis ce fut le tour du parti socialiste. Certaines de ces affaires
ont défrayé la chronique judiciaire (affaire Dumas, Deviers Joncourt, Sirven, Elf Thomson, avions renifleurs,
affaires des frégates, etc.). (Prigent, 2001 : 54-55 et 63-64). "L'ensemble de la classe politique savait qu'Elf faisait
du financement politique". Les rétro-commissions servaient "à mettre sous influence celui qui les percevait. Au
cas où... Au cas une affaire comme l'affaire Elf leur péterait à la figure. Si tout le monde se sert du gâteau, plus
personne ne plus rien dire." (Prigent, 2001, 66-67).

LA CONCURRENCE DES GOUVERNANCES NATIONALISTES (IMPERIALISME)


ET LA GOUVERNANCE NON DÉMOCRATIQUE DE L'ETAT

Les intérêts des entreprises cachés derrière les guerres locales et


nationales

Parallèlement à la lutte entre transnationales, se déroule une lutte entre Etats. Il s'agit de conflits déclarés
(guerre) ou secrets (tels la guerre froide). Ce qui est en jeu, c'est le nationalisme, c'est à dire la volonté de
puissance (Nietzsche, 1976), psychologique, politique ou économique, des dirigeants politiques, économiques et
parfois même des peuples. Par leurs actions diplomatiques, militaires, politiques, les élus politiques viennent
appuyer le développement des entreprises capitalistes nationales (l'impérialisme).

Derrière les conflits internes à une nation ou entre nations, il est rare qu'il n'y ait pas une quelconque influence

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d'un ou de plusieurs grandes puissances. En particulier, lorsqu'il s'agit des PED. Ne pas prendre en compte cette
clé d'analyse, limite considérablement la compréhension du conflit en présence. Par exemple, le soutien de la
France aux Hutus dans leur action de génocide envers les Tutsi (Coret, 2005) se comprend mieux lorsque l'on
sait que les Tutsi étaient soutenus par les Etats-Unis notamment.

De 1945 jusqu'en 1989 (la chute du mur de Berlin) la guerre froide a été un des causes importantes des conflits.
Une majorité des conflits nationaux (Burkina Faso, Angola, Chili, Bolivie...) étaient renforcés, attisés ou créés par
la lutte entre le camp occidental, contre le camp soviétique. Malgré le discours d'indépendance de la France
envers les Etats-Unis, notre pays a soutenu régulièrement ce dernier, notamment en favorisant la diffusion de
l'arme atomique au camp occidental (Israël, Afrique du Sud durant l'apartheid...) (Lorentz, 2001).

Le Partage amiable des zones d'influence fait aussi parti des instruments de contrôle. Durant, la guerre froide, un
accord tacite entre les Etats-Unis et la France a permis à cette dernière d'exploiter et de contrôler l'Afrique
francophone, tandis que les Etats Unis s'octroyaient l'Afrique anglophone et l'Amérique du Sud (Verschave,
2003).

Le soutien des Etats aux intérêts des grands propriétaires capitalistes

L'Etat sert les intérêts des ETN, notamment pour des raisons d'indépendance énergétique nationale. M.
Dominique Perreau, directeur des affaires économiques et financières au ministère des Affaires étrangères a
déclaré que généralement « le ministre des Affaires étrangères use de son influence pour défendre les projets
des compagnies françaises car l'Etat doit veiller à la sécurité des approvisionnements en pétrole et gaz naturel»
(Aubert, 1999). Les présidents de la république jouent aussi le rôle de VIP pour les grandes transnationales de
leur pays. Chirac était accompagné de plusieurs PDG, lors de son voyage en Chine, en octobre 2006. Nicolas
Sarkozy fit de même et a ramené pour 20 milliards d'euros de contrats pour les entreprises françaises, lors de son
voyage en Chine en 2007(Les Echos, 26:/11/2007). Une large partie du soutien de la cellule africaine de l'Elysée,
vis à vis des dictateurs, des guerres, des déploiements de l'armée française, etc. vise à protéger les intérêts des
entreprises françaises.

Les gouvernements et les ministères sont parfois doublés par des officines parallèles. C'est le cas du réseau
Foccart, travaillant pour Elf, qui dirigeait en sous main tout la politique africaine de la France. Le soutien de l'Etat
aux transnationales renforce leur capacité d'exploitation légale et illégale. La cellule africaine de l'Elysée, le
Ministère des Affaires Etrangères, de l'identité nationale et de la coopération... qui devraient normalement
fonctionner dans la légalité ne respectent pas toujours l'Etat de droit. Par exemple, les observateurs du ministère
de la coopération qui ont cautionné les élections truquées au Tchad en mai 2006 (Survie, 2005).

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LA GOUVERNANCE NON DEMOCRATIQUE PAR LA CONTROLE ET LA VIOLENCE


(POUVOIR DE LA SÉCURITÉ ET DE RÉPRESSION)

Soutien militaire des grandes puissances dites démocratiques aux dictatures alliées

Les républiques qui disent faire la promotion de la démocratie dans le monde, n'hésitent pas à appuyer les
dictatures, lorsque leurs intérêts sont en jeu. Pendant les huit ans du règne Habré, la France n'a pas cessé
d'accroître son aide financière et militaire à un régime qui préférait investir toutes les ressources du pays dans
des dépenses militaires inconsidérées, à l'encontre des besoins fondamentaux de la population, comme la santé
ou l'éducation. L'armée et l'administration « d'Hissène Habré engloutissaient chacune en moyenne 200 à 250
millions par an d'aide française. L'armée française a enfoui ses possibles états d'âme face aux 40 000 personnes
exécutées, 50 000 personnes emprisonnées et 200 000 personnes dépossédées de leurs biens pour cause
d'opposition au régime d'Hissein Habré" (Calatayud, 1992).

Cacher un coup d'Etat par un gouvernement étranger derrière une fausse révolte populaire nationale

En prenant l'aspect d'une rébellion classique, les mercenaires jettent le doute sur la légitimité de tel ou tel
gouvernement et introduisent l'idée que le régime est précaire et n'a pas le soutien de toute la population et donc
doit être condamné. Cela contraint donc le gouvernement à entrer en conflit et il devient alors l'agresseur aux
yeux de la communauté internationale.

De nombreux, putschistes et mercenaires sont financés par un Etat ou une entreprise étrangère, afin de servir
leurs intérêts. Ainsi si le coup d'Etat réussit, ces derniers seront proches d'un pouvoir qui servira leurs projets
économiques ou politiques. Si le coup d'Etat échoue, compte tenu du fait qu'ils ne sont pas les acteurs de ce
coup de force, ils ont peu de chance d'être inquiétés.

Lorsqu'un Etat A ne sert pas ou plus les intérêts des entreprises d'un Etat B, le gouvernement de ce dernier use
parfois du coup d'Etat pour placer de nouveaux dirigeants au pouvoir, qui seront plus à même de servir leurs
intérêts. Ce fut le cas, avec le gouvernement français qui décida de mener un coup d'Etat, via des rebelles locaux
et / ou des mercenaires, notamment au Tchad, au Comores (avec Bob Denard),...

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Là encore, l'Etat agresseur peut les utiliser sans être mis en cause, comme lors du coup d'Etat aux Comores en
1995 ou Bob Denard arrive avec 33 hommes pour monter à l'assaut du palais présidentiel de Saïd Djohar. L'Etat
français intervient et arrête les mercenaires qui seront emprisonnés sauf Bob Denard, évacué par un appareil de
l'armée française (Caminade, 2003).

La guerre au service des intérêts des entreprises nationales

Officiellement, le départ pour la guerre contre une nation adverse est toujours légitimé par des mobiles vertueux,
de hautes valeurs morales : la défense de la liberté, de la démocratie, de la justice. Mais derrière ces nobles
motifs, les véritables motivations sont parfois moins claires.

Les guerres permettent de contrôler économiquement un pays afin de permettre aux entrepreneurs privés d'une
nation de s'accaparer les richesses (pétrole, uranium, minerais...) ou humaines du pays, Le Chili aura été terrain
d'expérimentation des théories libérales de Milton Friedman consistant à mettre sous tutelle les pays producteurs
de matière première (énergie, métaux, nourriture...) afin de garder la maîtrise de l'économie mondiale. Cela
supposait de briser les gouvernements et l'économie de ce type de pays (Petras, 2001 : 114).

La colonisation de l'Asie, de l'Amérique Latine et de l'Afrique sous le couvert d'apporter la civilisation visait
d'abord cela. La traite négrière en Europe et en Amérique du Nord a servi cet objectif. La guerre des Etats-Unis
contre l'Irak a permis à l'industrie pétrolière américaine de faire main basse sur les hydrocarbures du pays. Si la
France s'est opposée à cette guerre, ce n'est pas seulement pour défendre l'Etat de droit, mais pour défendre les
échanges privilégiés de ses industries avec l'Irak.

Ce fut le cas par exemple de la Guerre du Biafra, dans laquelle la France soutenait les rebelles afin de récupérer
le pétrole pour ses transnationales (Elf) (Verschave, 1999).

Le secret de la raison d'Etat : la boite de Pandore contre la transparence démocratique

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Au delà du financement pas toujours très légal, des services secrets, les Etats, sous le motif de la raison d'Etat,
classent « top secret » certaines affaires. Le fait qu'il faille parfois, pour des raisons de défense nationale invoquer
le « secret d'Etat », engendre un biais très préjudiciable dans la transparence de la démocratie. Si au départ, les
motifs sont légitimes, ensuite, la pratique se développe et les élus, ou les administrateurs de l'Etat utilisent le motif
de la raison d'Etat pour dissimuler des éléments dont leurs citoyens devraient légitimement être informés. En
1989, par exemple, sous les motifs officiels de ne pas inquiéter la population, les français n'ont pas été informés à
temps des retombées du nuage radioactif de Tchernobyl. En réalité, on peut supposer que le lobby
militaro-industriel du nucléaire n'avait pas intérêt à laisser se développer une psychose autour du danger des
centrales nucléaires.

De plus, on observe parfois une collusion entre les services secrets et les intérêts économiques privés. Maurice
Robert, était chef de la sécurité d'Elf et ancien chef des services secret français en Afrique, pivot du réseau
Foccart-Chirac (Verschave, 2001, 32). Par ailleurs, certains présidents africains ont été chaperonnés par un
colonel de la DGSE, soi?disant chargé de sa sécurité, et de multiples conseillers français. Par exemple, tous les
conseillers du « président » ivoirien Houphouët?Boigny étaient français (Verschave, 2000).

LA GOUVERNANCE PAR LA COMMUNICATION NON DEMOCRATIQUE

La communication comme instrument de propagande

Les campagnes de dénonciation des mouvements sociaux se heurtent aux campagnes de communication et de
relations publiques des entreprises qui s'appuient sur une expertise et des ressources financières largement plus
conséquentes. Les relations publiques sont ainsi qualifiées, dans les années 1920, « d'industrie du
consentement» (Richter, 2004 : 149). Les relations publiques des entreprises sont, selon Harold D. Laswell, un
de ses théoriciens, « la découverte que la propagande est moins coûteuse que la violence, la corruption, et autres
techniques de contrôle» (Laswell, 1935: 524). Nous qualifierons pour notre part, de communication marketing,
les pratiques de communication des entreprises qui visent à organiser le consentement du public, en s'appuyant
sur des campagnes publicitaires, le packaging des produits et les relations publiques pour atteindre leurs fins,
c'est à dire la maximisation de leur profit.

La novlangue : transformer la langue pour cacher une politique mal


acceptée

La novlangue, de même que le langage politiquement correct visent à transformer le mot trop connoté
politiquement, pour en substituer d'autres qui n'éveilleront pas l'attention. Les dirigeants néo-libéraux sont passés
maitres dans cet art. Alain Bihr, a écrit un ouvrage intitulé La novlangue néolibérale. Le rhétorique du fétichisme
économique (Bihr, 2007), ou il en donnent divers exemples.

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Ainsi, le NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique) lancé par l'axe FMI ? Banque
Mondiale, dans sa rénovation du vocabulaire de l'ajustement structurel. Ce dernier ayant subit de nombreuses
critiques, ils cherchent à travers une nouvelle formulation (la novlangue) à laisser penser que l'on prend mieux en
compte les besoins des plus faibles. Mais étant donné que les principes fondamentaux restent de nature
néo-libérale, les plus démunis restent toujours sur le bord du chemin.

La récupération conceptuelle au service de l'idéologie dominante

Un autre instrument de l'hégémonie idéologique des néo-libéraux est leur aptitude à la récupération et à la
manipulation conceptuelle, qui est relativement proche de la novlangue. La Banque utilise « des mots solennels
et des formules magiques pour transformer la réalité (George, 1994 : 207). Face aux défenseurs de
l'environnement qui risquaient de mettre un terme à la philosophie de la croissance illimitée, la Banque a utilisé la
notion de développement durable en décrétant « la croissance durable» . Celle-ci n'était dès lors plus menaçante,
l'idée de durabilité neutralisant le danger de destruction. « Le mouvement de défense de l'environnement qui
craint pour son avenir s'est vu ainsi privé de ses armes conceptuelles» (George, 94 :208)

Enfin, les institutions de Breton Woods, exercent un pouvoir politique et culturel. Le rôle financier et économique
n'est que la partie émergée de l'iceberg. La partie immergée relève donc de la foi, de la croyance, de la doctrine,
du leadership intellectuel. Comme le dirait Pierre Bourdieu, la Banque est puissante parce qu'elle est capable
d'échanger constamment du capital économique contre du capital symbolique et vice versa.

Susan George décrit la Banque comme « la main invisible du « programme» planétaire mis en oeuvre par le
capitalisme libéral. Dans son livre Crédits Sans Frontières, elle attribue donc au Fond monétaire international et à
la Banque des attributs et un fonctionnement quasi religieux. La doctrine remplace alors l'argumentation, malgré
le discours qui se veut scientifique c'est bien d'idéologie qu'il s'agit.

LA GOUVERNANCE NON DÉMOCRATIQUE PAR LE POUVOIR RELATIONNEL ET L'IDÉOLOGIE:


LE RÔLE DES RÉSEAUX ET DES ASSOCIATIONS PROFESSIONNELLES

Les associations professionnelles contribuant à l'élaboration des politiques internationales

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Les associations professionnelles (lobbies) exercent une influence parfois plus puissante sur les élus, que les
électeurs eux-mêmes. En effet, de par leur position sociale, " leur capital économique, culturel, symbolique, social
(le réseau des relations)» , tels que les définit Bourdieu, certains de ces individus, groupes ou lignées, influencent
de façon plus ou moins indirecte, une part des décisions politiques et économiques internationales. Quelques-uns
sont des leaders politiques de premier plan. Mais la plupart d'entre eux sont généralement inconnus du grand
public, bien qu'ils occupent des postes hauts placés dans le secteur professionnel ou politique. Parmi, ces
différentes organisations ont peu citer parmi les plus connus: CFR, Trilatérale, Bilderberg, WBRound Table,
Bohemian Grove, Skulls&bones... Or ces réseaux exercent une influence parfois plus puissante sur les élus que
les électeurs eux-mêmes.

Gramsci (1975) a souligné le rôle des intellectuels dans l'hégémonie idéologique et la puissance des think thanks.
Ces derniers sont des sortes de club de réflexion qui diffusent des idées. Les think thanks les plus influents,
actuellement mettent la puissance de leurs idées et leurs meilleurs intellectuels au service de l'idéologie, des
politiques des classes dominantes. Le sociologue français, Michel Crozier a ainsi réalisé, avec Samuel
Huntington, un rapport en 1975, pour la commission trilatérale (Crozier) .

Les dirigeants de la CCI, tel Maucher, ceux de l'ERT, et, des ETN telles Nestlé, Shell ou Unilever participent
régulièrement aux rencontres de Davos et du groupe Bilderberg (Balanya, 2003). C'est dans ces lieux où se
forgent les idées néo-libérales au plan mondial que ces derniers se réunissent tous les ans (Gill, 1990 : 127).

Le groupe Bilderberg, fut créé en 1954, grâce à un cofinancement de Unilever et de la CIA. Selon le politologue
Stephen Gill, Il a pour but "d'encourager des discussions ouvertes et confidentielles (...) entre les nations de l'axe
atlantique» (Gill, 1990 : 127) en particulier les Etats-Unis et l'Europe de l'Ouest. Selon un ancien délégué du
groupe, le consensus élaboré au sein de ce forum sert de base à l'évolution des politiques internationales.
Bilderberg "compose la toile de fond des politiques qui sont mises en place par la suite. Ainsi, le Forum
économique mondial à Davos en février, les rencontres Bilderberg et du G8 en avril-mai et la conférence annuelle
du FMI et de la Banque Mondiale en septembre. Une sorte de consensus international émerge (...). Ce
consensus devient la toile de fond des communiqués du G8; il inspire le FMI lorsqu'il impose le programme de
réajustement à l'Indonésie, et la politique que le Président américain propose au congrès" (Armstrong, 1998).

David Rockefeller fut le fondateur du Bilderberg, puis de la Commission Trilatérale. « Ces deux lobbies sont les
véritables architectes de la mondialisation néo-libérale" selon M. R. Jennar (2005). D. Rockefeller a déclaré à
Newsweek international, "quelque chose doit remplacer les gouvernements et le pouvoir privé me semble l'entité
adéquate pour le faire" (Rockefeller, 1999). "Ce même personnage avait déclaré huit ans plus tôt devant la
Commission Trilatérale: la souveraineté supranationale d'une élite intellectuelle et de banquiers est préférable au
principe d'autodétermination des peuples" (Jennar, 2005 : 17).

Certains auteurs, tel Fritz Scharpf, estiment que la légitimité par l'élection peut nuire au résultat, puisque le peuple
n'est pas un expert (Scharpf, 2000), qu'il est versatile et émotif. Scharpf privilégie une gouvernance fondée

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surtout sur les outputs, c'est-à-dire la légitimité par le résultat notamment économique, plutôt qu'une légitimité
issue de l'élection par les peuples. C'est sur ce type d'argument, fondé sur la légitimité par le résultat, que se sont
appuyés les régimes autoritaires pour justifier leur autoritarisme, souligne Hermet (2003 : 21). C'est donc, pour
leur éviter de commettre des erreurs nuisant à l'intérêt du peuple lui-même, que les élites proposent d'ériger la
gouvernance, par les seuls experts et les élites économiques et politiques.

La vision de Nietzsche illustre bien celles de certaines élites, tel Rockefeller. Pour Nietzsche, la démocratie est un
fléau pour l'humanité, car elle inaugure le pouvoir de la masse, du peuple ignorant (Nietzsche, 1976). Spencer, un
contemporain de Darwin, considérait que la loi du plus fort était une loi naturelle, qui devait s'appliquer aux
sociétés humaines. Ne favoriser que les élites est préférable pour le développement de l'humanité, car c'est le
sens de l'évolution naturelle, la sélection naturelle du plus fort sur le plus faible. Par conséquent, l'aide sociale, les
services sociaux, l'école publique, sont nuisibles à l'humanité, car ils viennent gaspiller des ressources
nécessaires pour développer les qualités des élites (Spencer, 1889).

Romano Prodi figure notamment parmi ces élites. En 2006, il dirige l'Italie, or il a été auparavant membre du
comité de direction du groupe Bilderberg. Avec Pascal Lamy, actuel directeur de l'OMC et autrefois représentant
de l'UE à l'OMC, ils ont à participer aux réunions du groupe Bilderberg en 2001 et 2003. Tous les ans, les
représentants de BP, Exxon, Shell, Unilever se rendent à la réunion annuelle du groupe Bilderberg (Balanya :
2005 :292). Précisons cependant, que le pouvoir des réseaux et des lobbies, n'est pas si important que certains
voudraient le penser. S'ils disparaissaient, cela n'aurait qu'un impact relatif, dans la mesure, ou il ne sont qu'un
aspect, parmi une bonne dizaine d'autres formes de gouvernance non démocratique.

La puissance des réseaux contre la démocratie ?

Après sa victoire aux élections présidentielles, Nicolas Sarkosy invite au Fouquet's, un palace parisien, les
membres les plus proches de son réseau. On y trouvait notamment: B. Arnault, Bolloré, Dassault, Decaux,
Bouygues (Parain d'un de ses fils), Desseigne (Barrière), Bernheim (Generali), Desmarais (Power Corporation),
Kron (Alsthom), Frère (Suez), Proglio (Véolia)... (Chemin, 2005). De même au mariage de la fille de Bernard
Arnaud, le 22 septembre 2005j, le magasine Paris Match, rapporte que 6 ministres en exercice étaient présents.
Michel et Monique Pinçon, dans leur livre sur les grandes fortunes, montre que la richesse ne repose pas
seulement sur l'argent mais sur des réseaux sociaux et un capital de privilèges socioculturels transmis par des
dynasties familiales (2006). Cet aspect dynastique n'est pas sans rappeler les pratiques de la noblesse et de la
royauté. Les privilèges officiels de l'aristocratie ont disparu pour la plupart (excepté pour certaines familles
royales), mais cette pratique dynastique se perpétue, au plan social, économique et souvent même sur le plan du
sang (mariage entre nobles).

Parallèlement aux réseaux politiques, on trouve des réseaux économiques. Par exemple dans les relations entre
la France et l'Afrique, les réseaux les plus influents sont ceux d'Elf-Total, Bolloré-Rivaud, Bouygues, Castel... Les
réseaux religieux et ésotériques ont aussi leur place. Il y a notamment les groupes catholiques, le Vatican, l'Opus
Dei, la Loge P2...

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Le réseau francs-maçons, en France et dans le monde, contribue parfois à limiter l'impartialité des juges. Le
magistrat, Eric de Montgolfier, a dénoncé certains agissements, puis en janvier 2004, le magistrat Bernard Bacou
décide de saisir lui-même le conseil supérieur de la magistrature au sujet de doyen des juges d'instruction du
tribunal de Nice, en l'accusant d'impartialité et de solidarité criminelle entre des prévenus et lui-même. En effet, ce
juge était membre des francs-maçons et jugeait une affaire dans laquelle l'accusé était lui même membre des
francs-maçons. Or un des premiers serments de la franc-maçonnerie est le serment de solidarité (Etchegoin,
2004).

L'influence des puissances économiques sur les dirigeants politiques repose donc notamment sur les relations
liées à leur statut important (capital symbolique), de négocier des accords ou des lois grâce à leurs poids
économique (capital économique), de placer leurs anciens dirigeants dans les appareils politiques (capital social).
Ou à l'inverse, les grands propriétaires capitalistes sont aussi en mesure de s'acheter les services d'ex-homme
d'Etat, de se servir de leur image, de leur notoriété, de leur reconnaissance sociale (capital symbolique).

LA GOUVERNANCE NON DÉMOCRATIQUE ISSUE DE LA DIMENSION PSYCHO-SOCIOLOGIQUE


(SOCIO-IDENTITAIRE)

Le besoin psychologique de pouvoir contre la démocratie

On ne peut donc pas considérer que les problèmes politiques ne relèvent pas que de déficiences de nature
sociale, mais aussi de faiblesses psychologiques donc individuelles. Plus les individus s'élèvent dans les
structures du pouvoir économique ou politique, plus le besoin psychologique du pouvoir est susceptible d'être
stimulé. Certains y succombent, d'autres non et d'autres préfèrent s'en écarter pour éviter ce type de difficultés.
Ils s'en trouvent aussi qui restent pendant un temps à des postes de pouvoir sans succomber à ces vicissitudes.
En effet, les problèmes d'ego et de pouvoir, d'agressivité, d'intolérance, etc. sont les premiers pas vers les
pratiques anti-démocratiques, aussi bien au sein de la gouvernance globale non-démocratique, comme des
mouvements sociaux d'ailleurs.

Alfred Adler (1870-1937) est un des trois pères fondateurs de la psychanalyse avec Freud et Karl Abraham. Il va
élaborer une théorie de la psychologie individuelle, fondée sur le besoin de puissance visant à compenser un
sentiment d'infériorité inhérent à tout être humain névrosé. C'est à dire tout le monde...

En effet, les meilleures lois, règlements et procédures promulguées par les organisations internationales, les
Etats, les entreprises et même les associations ne suffiront pas à faire respecter la démocratie en leur sein et ni à
l'extérieur. Car un comportement démocratique ne relève pas seulement d'un savoir faire. En effet, le dialogue
démocratique suppose aussi le dialogue et l'écoute sincère entre les personnes, une certaine éthique de la
discussion, une volonté de dialogue de chaque individu, une ouverture à l'autre dans le respect de ses limites, de

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ses différences... En un mot un savoir être ne se limitant pas à un savoir faire. Il y a peu d'espoir de "faire de la
politique autrement" sans cette prise en mains du premier niveau politique: la conduite de chacun par lui-même.
N'oublions pas ce vieil adage, "la fin ne peut justifier les moyens". Pour cette raison l'autre pan de l'action
politique, relève de l'action de soi sur soi.

Les différences de respect des règles sociales aux 3 étages de la


société

Fernand Braudel a montré que, depuis les origines de l'humanité, se sont édifiés progressivement trois étages de
l'économie, auxquels correspondent trois étages de la société. Les trois étages de l'économie se sont constitués
à travers un processus d'éloignement. Au rez-de-chaussée, l'étage de fondement, se développe une économie
non-monétaire, de survie, de subsistance familiale. Au premier étage, est pratiquées l'économie d'échange local,
c'est l'étage de la régulation légale. L'étage supérieur, étant celui de l'économie monde, celui de l'accumulation
(des ressources et de la puissance), de la distance, de l'opacité... A cet étage, les acteurs font le contraire de ce
qu'ils disent. Ils incitent à la pratique des règles du marché, mais grâce à leur puissance et leur éloignement de
l'opinion publique, ils cherchent constamment à constituer des monopoles. Braudel montre ainsi qu'il existe un
étage intermédiaire qui pratique les règles du jeu ; un premier étage qui ne les pratique pas encore et un étage
supérieur qui ne les pratique plus, tout en tenant un double langage.

Le même schéma se retrouve au niveau politique. au rez-de-chaussée il y a le clan et la famille. Au premier


étage, l'échange, le débat public, la démocratie locale et à l'étage supérieur la macro politique qui pratique le
double langage. Ainsi, au 3è étage de la pyramide, lorsque l'on appartient au groupe des élites, ou de la même
classe sociale, on peut être tenté de se considérer comme supérieur, au-dessus des lois. C'est ce qui explique
ainsi, que tant des dirigeants politiques et économiques, tel le PDG d'Elf, Roland Dumas, ou Charles Pasqua, par
exemple, dérapent et se retrouvent devant les tribunaux.

Ils estiment qu'étant membres de l'élite, ils n'ont pas à fonctionner comme les autres, et qu'à la limite, s'ils le
faisaient ce serait mauvais pour eux et pour l'intérêt général tel qu'ils le conçoivent. Ainsi, certains tels
Rockefeller, se prononcent contre la démocratie car elle conduit à laisser le pouvoir à des ignorants et cela ne
permet pas de prendre des bonnes décisions (Rockefeller, 1999). Ce sont les experts qui doivent décider. C'est
pourquoi ils considèrent que, les référendums par exemple, tel celui sur le traité constitutionnel européen, sont
préjudiciables à l'intérêt général, car les électeurs ne disposent pas de connaissances suffisantes pour voter en
connaissance de cause.

La pression sociale et l'imitation contre la légalité

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Beaucoup de citoyens ordinaires, s'ils étaient placés du jour au lendemain, aux commandes d'une transnationale
exerçant des pratiques illégales ou d'une dictature, deviendraient probablement des dirigeants corrompus, ou des
tyrans. D'une part pour des raisons psychologiques, liées au besoin de pouvoir (plus ou moins refoulé), tel que
l'analyse Adler (1918). D'autre part du fait de la pression sociale de leurs collègues et de l'imitation, par
l'isomorphisme (Powel, DiiMaggio: 1983 : 152), afin de rester conforme aux pratiques de ce milieu, à cette culture
et de ces codes. L'individu tend à reproduire les pratiques de sa classe sociale. C'est le phénomène de
« reproduction» décrit par Bourdieu (1972). Comme l'explique Braudel, lorsqu'un dirigeant exerce au « 3e étage
de la société» , au sommet des responsabilités nationales et internationales, il reproduit les règles sociales, les
pratiques de ses paires qui se sentent au-dessus des lois créées pour la masse des citoyens. Ils se considèrent
être membres de l'élite, donc au-dessus de celles-ci. Les abus du pouvoir, ne sont donc ni uniquement de nature
psychologique, ni uniquement liés aux structures sociales, tel que l'explique Braudel. C'est donc une erreur de
penser que tous les grands dictateurs sont des psychotiques (même si cela a pu être le cas parfois), même si
souvent le « le pouvoir total rend totalement fou ». Il existe donc une relation dialectique entre le besoin
psychologique du pouvoir, les structures de domination politique et économique, qui nuisent à la démocratie. On
doit donc considérer que les problèmes politiques relèvent aussi bien de déficiences de nature sociale, donc
collectives, que de faiblesses psychologiques donc individuelles.

Dialectique de l'individu et du collectif, du psychologique et du social

C'est par un changement intérieur personnel (psychologique, pratique...), par le renoncement à son besoin de
pouvoir sur l'autre, pour se consacrer à un véritable service des autres que la société évolue. En effet, lorsqu'une
grande masse d'individus opèrent un changement de conscience, alors les règles sociétales, les lois
internationales, les pouvoirs mondiaux se transforment vers plus d'équité.

Ces changements de conscience et ses nouvelles règles sociétales, empêchent alors certains individus placés au
sommet des organisations (économique, politique, sociale, religieuse...) de dériver vers leurs faiblesses (le besoin
de pouvoir sans limite) qui les conduisent à reproduire les pratiques anti-démocratiques et parfois illégales des
dirigeants précédents.

C'est donc des changements intérieurs des individus qui agissent sur la régulation globale de la société, qui en
retour façonnent de nouveaux individus par l'éducation des masses. Car une éducation des masses façonnées
par des élites ou des peuples empreintes du besoin de pouvoir, ne fait que reproduire la situation en place.

Car une éducation des masses façonnées par des élites ou des peuples empreintes du besoin de pouvoir, ne fait
que se reproduire elle même.

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LA THEORIE DE LA DEMOCRATIE ET DE LA GOUVERNANCE

Définition de la gouvernance adémocratique et illégale

Robert Cox a développé une économie politique critique en prolongeant la pensée d'Antonio Gramsci au plan
international. Cox distingue aussi « trois forces fondamentales : les forces matérielles, celle des idées, et celle
des institutions. Mais, il n'y en a pas une parmi ces trois qui puisse exercer une action unidirectionnelle, car elles
sont en interactions » (Cox 1996 : 96-99). Susan Strange (1196) ajoute à la tripartition de Gramsci et de Cox, un
quatrième forme d'autorité, la sécurité (militaire, sociale, économique).

Il y a un secteur qui est équitable et légal et démocratique (le visage officiel des relations Nord-Sud), cependant,
celui-ci est lié à un pouvoir (la gouvernance) global ? inégal ? illégal, ? et non démocratique.

La gouvernance globale non démocratique de l'Afrique signifie donc le pouvoir (la gouvernance par les
entreprises, les pouvoirs publics, l'armée...) inégal, illégal et non démocratique par des acteurs de nationalités
multiples visant à perpétuer la domination et l'exploitation économique et politique en Afrique, (et non du monde).

On observe dans la réalité, un continuum sans véritable rupture entre les pôles opposés que sont la gouvernance
légale et illégale, démocratique et non démocratique, privée et publique. Provisoirement, nous définirons aussi la
démocratie comme la participation du plus grand nombre possible d'acteurs légitimes à une décision favorisant
l'intérêt général. Nous y reviendrons plus en détails dans la suite.

La gouvernance non démocratique relève (et/ou) :

• de la gouvernance légale (et/ou) -non transparente (occulte) par des acteurs non légitimes du fait de
leur nature, car : non indépendants économiquement, non élus démocratiquement et dont les décisions
sont insuffisamment participatives.
• de la gouvernance illégale, c'est-à-dire ne respectant pas l'Etat de droit (les lois)
• de la gouvernance inégale ne permettant pas l'égalité des conditions (Tocqueville), c'est à dire en
terme bourdieusien une égalité au niveau du capital économique, social (réseaux, origines....), culturel
(connaissance, éducation, temps disponible pour cela...), capital symbolique (diplômes, titres, statuts...)
(Bourdieu).

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En résumé la gouvernance non démocratique est une gouvernance illégale, (et/ou) inégale, non transparente, par
des acteurs non légitimes.

La démocratie ne peut être effective si on relève notamment:

L'inégalité dans la propriété et la gestion de l'appareil économique et financier, (pouvoir capitaliste) ? L'inégalité
du temps pour se former et pour militer (Braibant, 2005) ? L'inégalité des niveaux d'éducation ? L'inégalité des
conditions (de vie et de biens) Tocqueville (1948) qui entraîne : Une inégalité dans se capacité à supporter les
conséquences des lois du fait d'inégalité économique -Une différence de priorité politique (égalité contre liberté)
dans le vote des lois du fait de l'inégalité des conditions de vie (Noberto Bobbio).

En effet l'égalité juridique n'est pas réelle sans l'égalité économique et sociale (conditions de vie, possibilité de
mobilité sociale) car l'exploitation économique capitaliste engendre la domination et l'aliénation des travailleurs.

La gouvernance légale mais inégale et la gouvernance légale non


démocratique

Une grande partie de ce qui est décrit par FX Verschave, concernant ce qu'il nomme la «Françafrique», relève du
légal. Par contre il s'agit de situation légale et en même temps inégale selon les partisans des politiques sociales.
Par exemple lorsque Elf-Total va sous payer des ressources, tel le pétrole au Congo-Brazzaville (Verschave,
1999), une partie de ces transactions économiques s'inscrivent dans le champ légal, mais sont inégales.

A un second niveau, on peut porter l'analyse sur le plan légal et non démocratique. Les dirigeants du G8, tels les
présidents français Mitterrand, Chirac ou Sarkozy, ont généralement considéré que la gouvernance nationale et
celle des organisations internationales sont légales et démocratiques. Dans une démocratie représentative, les
dirigeants sont élus, donc il s'agit d'une démocratie. Cependant, un certain nombre d'auteurs Castoriadis (1996),
Rosenvallon (1998) et d'associations telle Attac estiment qu'une démocratie représentative, si elle est bien légale,
n'est pas véritablement démocratique. Sans démocratie participative, les citoyens ne peuvent plus participer aux
décisions qu'une fois tous les 5 ans durant le mandat municipal ou présidentiel. De même le suffrage est
censitaire au niveau de la Banque Mondiale et du FMI (George, 1994).

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La gouvernance illégale : le non respect de l'Etat de droit est non


démocratique

A un 3ème niveau on peut analyser la gouvernance entre les PED et les pays développés sous l'angle de
l'illégalité. Le non respect de la loi généralisé signifie l'absence de l'Etat de droit. Nous retiendrons la définition
première et minimum de l'Etat de droit, il s'agit d'un système institutionnel dans lequel les pouvoirs publics sont
soumis au respect du droit[2]. Ce n'est donc pas une démocratie parfaite, mais un minimum à atteindre pour
pouvoir approfondir les autres dimensions.

L'illégalité est un des aspects du non démocratique. Car la démocratie suppose le respect de la légalité, c'est à
dire de l'Etat de droit, mais aussi, de la transparence, de la légitimité des représentants, de la participation, etc. La
définition de néo-patrimonialisme de Jean-François Médard (1995 : 325-339) vient souligner que la notion de
légalité dépend aussi de la culture d'un pays. Cependant, dans un régime républicain occidental fondé sur le
respect de l'état de droit, sur le respect des lois, sur une séparation claire entre les biens publics et privés, les
pratiques néo-patrimoniales relèvent de l'illégalité. Les élus du peuple qui s'y adonnent devraient donc être punis
par la justice, or c'est rarement le cas et lorsqu'ils sont inculpés, cela donne lieu souvent à des non-lieux ou à des
légères peines, qui ne sont mêmes pas systématiquement appliquées. Concernant le procès Elf, quelques
semaines après son incarcération, André Tarallo (le monsieur Afrique d'Elf), « en sortait pour raisons médicales»
et ne devait plus jamais y retourner. M. Tarallo avait fait appel. Un an plus tard, en mars 2005, le jugement était
encore plus sévère : sept ans d'emprisonnement ferme et toujours la même peine d'amende, 2 millions d'euros.
Or, cette forte amende n'a toujours pas été acquittée (Robert, 2007).

Le pire est atteint lorsque que la situation est inégale, illégale et non démocratique. C'est le cas lorsqu'un service
secret (CIA, DGSE) ou une transnationale finance des mercenaires pour fomenter un coup d'Etat, comme ce fut
le cas d'Elf au Congo- Brazzaville (Verschave, 2001).

Une typologie et non une description générale d'un système de


gouvernance

Précisons tout d'abord qu'il s'agit, dans un premier temps, de présenter une typologie de la gouvernance illégale
et non démocratique. Ce n'est donc pas une description de l'étendue de la gouvernance illégale. Cela ne signifie
aucunement que les citoyens des PED, n'aient aucune responsabilité et que la dimension illégale de la carence
démocratique soit dominante. En effet, pour décrire le pouvoir (effectif) d'une forme de gouvernance illégale et
non-démocratique sur la société, il faut être en mesure d'en établir :

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• Quel est le nombre et le pourcentage des décisions?


• Les décisions illégales sont elles fondamentales ou secondaires ?
• Ces actions sont-elles structurelles ou conjoncturelles ?
• Ces actions sont elles intentionnelles ou involontaires ? (Quelle est le degré d'intentionnalité des
décisions?)

Il ne s'agit donc ni d'en conclure, que les formes d'illégalité, telle la corruption sévissent partout et tout le temps ni
à l'inverse d'en conclure que nous n'avons affaire qu'à un phénomène marginal. Les dirigeants politiques et
économiques, qui observent le système capitaliste, repèrent les erreurs du système, mais ne les corrigent pas
toujours, en particulier lorsque les dysfonctionnements (les injustices) les avantagent. Par exemple, le
développement de la sous-traitance contribué à affaiblir le syndicalisme. Il n'a pas été pensé pour cela au début,
mais a été utilisé pour cela ensuite.

Une majorité des acteurs appartenant aux classes dominantes ont des intérêts communs. C'est pourquoi, il n'est
pas nécessaire qu'ils s'organisent systématiquement et qu'ils se téléphonent, pour fédérer ses intérêts
convergents. La gouvernance capitaliste globale fonctionne majoritairement ainsi dans sa dimension légale.
Cependant, certains types d'actions illégales tels les coups d'Etats, les élections truquées, elles, sont
généralement pensées dès leur origine.

Est-ce un système structuré, ou des décisions éparses et sans liens entre elles qui sont le fruit des hasards de la
conjoncture et donc disposant d'une importance secondaire ? On relève que les pratiques de la françafrique
durent au moins depuis la décolonisation, donc depuis plus de 50 ans. Pierre Péan, Smith et Glaser, François
Xavier Verschave (Françafrique (1999), Noir Silence (2000), ou Noir Chirac (2003)) notamment, montrent à
travers leurs différents ouvrages, qu'il y existe un système structuré concernant certains aspects de la
gouvernance illégale (le mercenariat, la corruption, le détournement des matières premières...). Cependant, cela
ne signifie pas pour autant, que l'ensemble de la gouvernance de l'Afrique, relève de l'illégalité. ...).

Mais un faible nombre d'actions illégales, si elles déterminent l'orientation à long terme d'un politique nationale,
deviennent alors fondamentales.

CONCLUSION

Essayons à présent de hiérarchiser les différentes formes de pouvoir qui sont responsables de la situation
actuelle de la pauvreté et des inégalités dans le monde.

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La première cause, relève de l'éducation dans l'enfance et de la dimension psychologique. La seconde cause qui
explique les inégalités sociales relève des déterminismes de la gouvernance économique, financière et
idéologique. Gramsci (1975), puis Cox (1996) ont montré l'interaction entre les superstructures et les
infrastructures, entre les forces productives et l'idéologie (de l'Etat, de la société civile...). Comme l'a montré Marx,
les inégalités sont donc le résultat d'une lutte des classes, de l'exploitation, de la domination et de l'aliénation. Le
capitalisme national et mondialisé reste donc la cause dominante, après la dimension psycho-sociologique, liée
au besoin de pouvoir. Par conséquent, c'est autant le pouvoir et les causes politico idéologiques que le pouvoir et
les causes économiques qui peuvent expliquer les inégalités actuelles mondiales et non la seule dimension
économique.

En particulier, c'est le pouvoir politique des propriétaires des biens économiques (finance et moyens de
production), (les capitalistes) qui domine largement le pouvoir politique des dirigeants des pouvoirs publics. Donc,
pour reprendre notre typologie il s'agit de la gouvernance économique, financière, idéologique et de la
gouvernance par les pouvoirs publics (nationaux et internationaux).

Le 4e niveau du pouvoir ou de la gouvernance regroupe la gouvernance par la violence (policière, militaire...), le


pouvoir relationnel (les réseaux) et la gouvernance nationaliste (impérialiste).

La dimension illégale vient donc renforcer les carences de la gouvernance non-démocratique, mais reste
finalement secondaire, même si elle semble largement sous-estimée. En effet, les causes premières sont les
insuffisances psychologiques (besoin de pouvoir égocentrique), les carences de la démocratie (politique,
économique et sociale), puis les causes économiques (le capitalisme économique) et enfin l'illégalité.

De même, si le capitalisme économique et politique peut expliquer la situation mondiale actuelle d'inégalité
extrême, le libéralisme (avec sa dérégulation) ne vient que le renforcer, en accentuant encore les tendances vers
le non respect des règles de certains des élites (la corruption). Ainsi, si le capitalisme libéral n'est pas la cause
première des inégalités, il vient largement renforcer les faiblesses humaines (le besoin compulsif de pouvoir), le
manque de démocratie et la tentation de la corruption et de l'illégalité.

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[1] Emmanuel Arrighi, L'échange inégal. Essai sur les antagonismes dans les rapports économiques
internationaux (Maspero, 1969)

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[2] Dans cette seconde définition (que nous ne retiendrons pas), l'Etat de droit se compose du respect des droits
fondamentaux (civils et politiques), l'Etat libéral (Etat minimum, régalien, gendarme) et la démocratie libérale
(pluralisme des partis, suffrage universel). « L'Etat de droit apparaît comme une organisation politique et sociale
destinée à mettre en oeuvre les principes de la démocratie libérale» (Chevalier, Jacques, 1994, L'Etat de droit,
Paris, 2e Edition, p.54).

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