Leçon 2 : LES MUTATIONS CONTEMPORAINES DE LA CIVILISATION NEGRO
AFRICAINE
Un griot dans l'Afrique traditionnelle
Introduction
L’Afrique, centre principal de la civilisation négro-africaine présente une grande diversité : multitude de
langues, de systèmes politiques, de coutumes, de genres de vie, émiettement de groupes humains etc.
Mais au cours des siècles, cette diversité culturelle et ces valeurs spécifiques au continent noir vont subir
de profonds changements.
Quels sont les grands traits caractéristiques de la civilisation négro-africaine précoloniale ?
Quels sont les bouleversements socio-culturels à la faveur de la colonisation ?
I- Les grands traits de la civilisation négro-africaine précoloniale
1) Des entités territoriales politiquement très structurées
a) Les sociétés étatiques
Les empires et les royaumes : ils englobent des territoires plus vastes et des populations plus nombreuses.
Nous pouvons citer l’empire du Ghana, l’empire du Mali, le royaume Mossi, le royaume Ashanti, le
royaume du Dahomey, L’empereur ou le roi est un personnage sacré, un être divin qu’il est parfois interdit
de voir. On lui attribue des pouvoirs surnaturels : exemples : l’empereur du Mali (le Mansa), le roi
Ashanti (l’Ashantihene), le roi mossi (le Moro-Naaba), le Faama dans les royaumes bambaras de
Ségou.
Certaines entités étatiques sont fondées sur des principes religieux notamment islamiques : ce sont des
États théocratiques où le pouvoir est exercé au nom de Dieu. On les appelle des sultanats et des émirats
(Emirat de Kano). L’émir ou le sultan vient souvent de l’ethnie conquérante convertie à l’islam
b) Les sociétés non étatiques
Il s’agit des chefferies qui sont des entités territoriales de moindre dimension que les empires et les
royaumes. Elles se sont construites généralement sur la base des lignages, des tribus ou clans et des
villages. Le chef peut être l’un des bâtisseurs du village ou un de ses successeurs. Il peut être aussi
désigné en remplissant des critères (âge, sagesse, équité, force, richesse…). Certaines sociétés sont
reparties par classe d’âge. Le pouvoir est rotatif et limité dans le temps (chaque classe d’âge a sa période
d’exercice du pouvoir). C’est une forme très évoluée de la démocratie. Exemple : les peuples lagunaires
de Côte d’Ivoire.
Rappelons que dans les sociétés étatiques comme non étatiques, il existe des éléments démocratiques qui
permettent de limiter ou tempérer le pouvoir absolu des souverains et chefs. Nous pouvons citer entre
autres :
►Les conseils politiques ou l’arbre à palabres : c’est là que sont examinés les problèmes collectifs et
où la population peut participer à la discussion. Ces palabres limitent donc le pouvoir central.
►Les griots : ils sont nombreux dans les pays africains de civilisation musulmane. Ils chantent certes les
noms des personnages importants, mais ils peuvent aussi les défaire. Ils ont donc un pouvoir redoutable,
et ils sont souvent craints par l’autorité politique.
►Les maîtres de la terre : Descendants des anciennes populations locales soumises par les ancêtres de
la dynastie dominante, ils sont chargés de la protection et de la prospérité de la communauté. Ils
parviennent ainsi à imposer leur volonté aux chefs politiques.
►Les alliances interethniques : elles sont sacrées. Leur but est de renforcer l’harmonie, la symbiose
entre les différents peuples et surtout endiguer les guerres.
2) Une vie sociale très communautaire
a) La notion de la famille
Elle se compose d’un grand nombre de personnes venant d’un même ancêtre. A l’intérieur de cette grande
famille, il existe des familles restreintes (famille-ménage ou famille-foyer). Ces petites familles sont
différentes de la famille en Occident car elles sont souvent composées d’un mari, de plusieurs épouses et
de nombreux enfants et plusieurs autres proches parents.
b) Les normes sociales
►La solidarité : l’appartenance à une même parenté crée un lien profond de solidarité entre les
membres. L’aide est apportée aux parents proches ou lointains. Les biens appartiennent à la communauté ;
la solidarité, le partage et l’entraide sont sacrés, très pratiques au quotidien. La gestion des descendants
est lignagère dans les sociétés traditionnelles africaines. La prise en charge des enfants n’était pas
l’apanage exclusif des parents biologiques. La famille au sens large, grands-parents, oncles et tantes,
autres membres du lignage ont coutume d’y contribuer par le système du confiage des enfants. Cette
pratique permet non seulement de répartir la charge démographique des descendants d’un lignage, mais
elle atténue la personnalisation des relations des parents biologiques avec leurs enfants et renforce la
conscience communautaire chez les individus.
►La hiérarchie : les relations entre individus sont très hiérarchisées ; par exemple, l’aîné est supérieur
au cadet et l’homme, à la femme.
►Le savoir : Les sociétés africaines sont en général basées sur la gérontocratie. La sagesse, le savoir et
l’autorité appartiennent aux plus anciens. L’expérience et la connaissance sont acquises à travers des rites
d’initiation, des mises à l’épreuve qui forgent le caractère, le courage et la personnalité de l’individu.
►Le mariage : le mariage n’est pas forcement l’union de deux personnes mais avant tout l’union de
deux grandes familles. En règle générale, le jeune homme ne choisit pas lui-même sa fiancée car celle-ci
peut être désignée dès sa naissance par le chef de famille. Le jeune homme doit faire une prestation
matrimoniale (la dot) aux parents de sa fiancée en nature ou en espèce. Cela limite les divorces car la
famille de la fiancée est tenue de rembourser la prestation. La polygamie est une pratique courante. Sa
justification est d’ordre économique, social ou religieux.
►Le mode de succession : il varie selon l’appartenance à un groupe patrilinéaire ou matrilinéaire. Par
exemple, chez la plupart des peuples Akan en Côte d’Ivoire, la femme est l’élément central du pouvoir
royal, symbole de la stabilité du foyer familial et garante du mode de succession matrilinéaire. Les
enfants des sœurs sont par conséquent les héritiers de droit de leurs oncles maternels. Ce principe est
valable aussi bien dans l’héritage des biens que dans la transmission du pouvoir monarchique.
3) Une économie de subsistance très diversifiée
a) Les activités primaires
Les activités économiques en Afrique noire comprenaient la cueillette, l’agriculture, l’élevage, la chasse,
la pêche, la récolte de sel, l’exploitation des gisements d’or, de fer etc.
La cueillette était une activité quasi générale, elle se concentrait entre autres, sur la récolte des noix de
kola dont les arbres poussaient à l’état sauvage dans les régions forestières et sur la noix de karité dans les
zones de savane.
L’agriculture est la base de l’économie traditionnelle. C’était une agriculture de subsistance (tournée vers
la satisfaction des besoins familiaux). Les surfaces exploitées et la terre appartiennent, en général, à la
collectivité villageoise. Cette agriculture utilisait des méthodes et techniques agricoles traditionnelles : La
culture itinérante sur brûlis, la polyculture extensive, la jachère, le buttage des parcelles, l’utilisation
d’engrais biologiques etc. Aussi, les rendements sont faibles.
L’élevage était bien pratiqué dans toutes les régions, particulièrement les zones de savane et de steppes.
Et il en existe deux types :
►L’élevage du petit bétail. Il se présente comme une activité d’appoint pour les peuples cultivateurs.
C’est un élevage domestique réalisé dans le cadre familial (volailles, petits ruminants comme les ovins et
caprins).
►Le gros élevage qui portait particulièrement sur l’élevage bovin, dans les régions de savanes et de
steppes. C’est la spécialité des peuples nomades tels que les peuls en Afrique occidentale et les Massaïs
en Afrique orientale et australe.
La pêche était la principale activité des peuples du littoral tels les Ewe, les Fanti, les Nzima, les lagunaires
etc. Quant à la chasse, tous y participaient, armés d’abord de javelots, de gourdins, d’arcs et de flèches.
Nous avons aussi les activités d’extraction qui acquirent une extrême importance entre 1500 et 1800 en
Afrique noire. Le sel était produit aussi bien par les habitants du littoral que dans les salines sahariennes
notamment celles d’Awlil, d’Idjil et de Teghaza. De même, l’exploitation aurifère était le domaine réservé
à la population des zones forestières de l’intérieur. L’exploitation des gisements de fer était plus assurée
par les populations des régions de savane et sahéliennes.
b) une industrie artisanale prospère
Les trouvailles archéologiques montrent que, les sociétés africaines en général et en particulier celles de
la côte guinéenne maîtrisaient parfaitement les arts et métiers de la poterie, de la gravure et de la sculpture
(sur bois, sur ivoire et en argile), les métiers du tissage, de l’orfèvrerie et de la fonte d’objets (en bronze,
en cuivre et en or).
Incontestablement toutefois, c’est dans l’orfèvrerie et la fonte, notamment d’objets en or et en laiton, que
les peuples de la côte de la Guinéenne en général, et notamment les Akan, excellèrent tout
particulièrement. Les orfèvres, utilisant essentiellement la méthode de la cire perdue pour produire des
objets d’une finesse exquise : poignées de sabres, bagues, chaînes et diadèmes, essentiellement en or et en
argent.
C’est au XVIIIe siècle que l’art du tissage a atteint chez les Akan et les Ewe, sa pleine perfection, ce dont
témoignent les tissus multicolores Kente des Akan, aujourd’hui réputés, et les somptueuses étoffes
adanudo des Ewe. La spécialisation classique des tâches a abouti à la formation des castes : Les castes des
forgerons, des cordonniers, des tisserands, des potiers, des sculpteurs…
c) Des échanges commerciaux intra-communautaires denses
L’Afrique noire comportait un réseau complexe de routes commerciales principales et secondaires. Cette
multiplication des routes favorisa l’émergence d’un certain nombre de centres urbains généralement situés
le long des grands axes et servant d’entrepôts, de marchés ou de terminus, tels Tombouctou,
Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, kong, Buna (dans le nord) Tiassalé, Krindjabo, Kumasi dans le sud. Les
produits commercialisés portaient sur l’or, les noix de kola, les esclaves, le sel, les textiles. Le commerce
lointain tel que le commerce transsaharien utilisait des monnaies plus importantes comme la poudre d’or.
Les échanges courants étaient assurés par un système de troc. Les cauris servaient de monnaies
traditionnelles la plupart des transactions dans plusieurs régions. Certaines populations utilisaient comme
monnaies, des objets d’utilisation directe comme les barres de sel, la natte de raphia, les étoffes, le cheval
etc.
4) Une vitalité religieuse et culturelle
a) L’animisme, première religion traditionnelle des africains.
En général, toutes les religions noires reconnaissent un Dieu suprême dont le nom varie d’un peuple à un
autre, mais s’adressent rarement à lui. Par contre, les dieux de la nature, les ancêtres et les génies sont
souvent invoqués, le Dieu suprême étant très loin des hommes. Dans ces religions traditionnelles, on croit
aux forces surnaturelles et on se protège donc avec les fétiches et on adore les éléments de la nature
(cours d’eau, arbres, montagnes, animaux…). L’homme parle aux dieux de la nature, aux ancêtres et aux
génies à travers la pratique des rites dont le plus important est le sacrifice. Les prêtres et les guérisseurs
sont les intermédiaires entre les dieux et les hommes.
L’islam, à l’œuvre depuis le VIIIe au moins, a accentué son influence dans les grands empires du Soudan
depuis celui du Ghana jusqu’à celui de Gao. Cette religion n’a cessé de s’étendre en Afrique
subsaharienne de diverses et nombreuses façons: par le biais des commerçants, des hommes de prière et
par la violence au besoin. Il y eut certes des obstacles et des résistances à sa pénétration surtout dans les
régions forestières mais son succès s’explique en partie par le caractère de cette religion qui s’accommode
bien avec les habitudes des africains (polygamie, divorce, soumission de la femme, respect de l’aîné,
solidarité…). Ainsi, l’islam a été fortement influencé par des pratiques mystiques locales : c’est l’Islam
noir porté vers le maraboutage, un syncrétisme religieux né de la fusion des pratiques islamiques et des
traditions animismes africaines.
b) L’oralité, principal vecteur de conservation et de transmission du savoir
Les civilisations négro-africaines étaient en général des civilisations de la parole, même si l’écriture était
connue depuis le XVIe siècle en Afrique occidentale. La tradition orale africaine ne se limite pas à des
contes et légendes ou même à des récits mythiques ou historiques et les « griots » ne sont pas les seuls et
uniques transmetteurs qualifiés. Les grands dépositaires de cet héritage oral sont ceux que l’on appelle les
« traditionalistes ». Mémoire vivante de l’Afrique, ils sont les meilleurs conservateurs des secrets de la
création cosmique et des sciences de la vie. Les traditionalistes, doués en général d’une mémoire
prodigieuse, sont souvent aussi les archivistes des événements passés transmis par la tradition, ou des
événements contemporains. Ils se retrouvent dans toutes les sociétés négro-africaines.
Après les traditionnalistes, nous avons les griots. On peut les diviser en trois catégories :
►Les griots musiciens, qui jouent de tous les instruments (monocorde, guitare, cora, tam-tam, etc.).
Souvent merveilleux chanteurs, ils sont conservateurs et transmetteurs des musiques anciennes en même
temps que compositeurs ;
►Les griots « ambassadeurs » et courtisans, chargés de s’entremettre entre les grandes familles
lorsqu’il existe des différends. Ils sont toujours attachés à une famille royale ou noble, parfois à une seule
personne ;
►Les griots généalogistes, historiens ou poètes (ou les trois à la fois) qui sont aussi généralement
conteurs et grands voyageurs, et pas forcément attachés à une famille.
De nombreux facteurs, religieux, magiques ou sociaux, concouraient à préserver la fidélité de la
transmission orale.
Le champ d’action des griots est plus perceptible dans les sociétés manding et bambara du Soudan
occidental.
c) De diverses et dynamiques expressions culturelles
Diverses compétences artistiques et culturelles (chant, musique, danse, art oratoire, etc.), sont enseignées
et transmises depuis le cercle familial puis dans les sociétés secrètes ou initiatiques. Elles s’expriment et
se perfectionnent dans le temps à travers les cérémonies (funérailles, mariage, danses de masques, rites
initiatiques, festivités, cérémonial royal etc.). Les principaux instruments de musique sont dans l’Afrique
traditionnelle sont entre autres, le tambour, le balafon, la flûte, le cor, la castagnette, le grelot etc.
II- Les bouleversements socio-culturels a la faveur de la colonisation
1) Les facteurs des mutations dans les sociétés africaines
L’Afrique noire va connaître de profondes mutations à la faveur de son contact avec les Etats de l’Europe.
La colonisation du continent qui sera consécutive à ce contact va susciter de nombreux facteurs qui vont
provoquer ces bouleversements sociopolitiques, économiques et culturels.
L’introduction de l’école occidentale en Afrique noire, l’utilisation d’un nouveau système monétaire dans
les échanges commerciaux, l’urbanisation rapide et l’introduction du christianisme constituent les
principaux facteurs des mutations en Afrique noire que la colonisation a apportés.
2) La mutation des structures politiques
La colonisation et l’avènement des indépendances vont entraîner d’importants bouleversements dans le
mode d’organisation politique des peuples africains. Les puissances colonisatrices ont créé des États
artificiels sans tenir compte de l’homogénéité culturelle et du passé historique des peuples qui ont mis des
siècles à se constituer. Ces nouveaux Etats ont été créés en suivant principalement les intérêts des
puissances colonisatrices. C’est ce qui explique en partie les conflits inter ou intra- Etats, les nations ayant
tendance à se reconstituer ou à revendiquer des intérêts communs. On a assisté ainsi à un démembrement
des royaumes et même des lignages. Ce qui entraîne un affaiblissement de l’autorité des chefs
traditionnels qui sont devenus de simples agents d’exécution, des subordonnés de l’administration
moderne.
Au lendemain des indépendances, la naissance d’États modernes délimités par des frontières, dotés
d’institutions républicaines copiées sur celles de l’Europe, achève cette phase de mutations politiques
négro-africaine. Désormais l’on parle d’État indépendant et souverain, de démocratie, de partis politiques,
d’élections, le mode de désignation de chefs etc.
3) Le bouleversement des valeurs sociales
La colonisation et les indépendances vont profondément et de façon irréversible bouleverser les valeurs
sociales qui ont toujours caractérisé les peuples africains.
►L’individualisme remplace la vie communautaire. La famille élargie cède de plus en plus la place à la
famille nucléaire ou au couple de type occidental.
►L’apparition de nouvelles classes socio-professionnelles comme les fonctionnaires, les ouvriers, les
manœuvres, les commerçants. Les castes lentement se sont effacées de l’organisation socioéconomique.
►Le déclin de certains fondements traditionnels comme la solidarité, la polygamie, le mariage
traditionnel avec le paiement de la dot, les alliances interethniques.
►L’argent devenu le critère absolu de toute valeur s’est substitué aux vieilles valeurs symboliques. La
hiérarchie, la sagesse et le prestige ne sont plus fonction d’un statut au sein de la société mais plutôt de
l’argent qu’on possède.
►Le recul de la succession traditionnelle au profit de la succession légale. Le matriarcat est aboli en Côte
d’Ivoire au profit de la succession légale patrilinéaire.
►La possibilité de s’instruire avec l’accès aux écoles et universités pour les enfants des deux sexes.
Conséquences : le savoir qui était autrefois lié à l’expérience et à l’âge est aujourd’hui entre les mains des
jeunes. Les personnes âgées avec leur savoir et leur sagesse sont taxées d’ignorantes parce qu’elles ne
savent ni lire ni écrire dans la langue officielle d’origine étrangère. La scolarisation et l’autonomisation de
la femme l’a amenée à s’émanciper dans la nouvelle société (égalité du genre).
4) La mutation des structures économiques
La grande mutation est le passage d’une économie de subsistance à une économie de marché avec une
large ouverture de celle-ci sur le marché international. Conséquence, les économies négro-africaines sont
désormais soumises aux aléas du marché international auxquels elles s’adaptent difficilement.
L’intégration de l’Afrique au commerce international avec ses règles et normes complexes, va
progressivement déstructurer l’organisation commerciale intra-africaine traditionnelle. La monétisation
moderne de l’économie a fait disparaître le système traditionnel de troc.
Dans le secteur agricole, les méthodes et techniques agricoles modernes se vulgarisent, ce qui augmente
significativement la productivité et les rendements à l’hectare. On assiste au développement d’une
agriculture commerciale avec de nouvelles plantes spéculatives (café, cacao, hévéa…). La conséquence
du développement de ces cultures est le délaissement des cultures vivrières, ce qui engendre le problème
de l’autosuffisance alimentaire. De plus, les plantations de ces cultures pérennes occupent de vastes
superficies et cela pose de plus en plus le problème de l’insuffisance des terres.
Au niveau de la production industrielle, le contact avec l’Europe et la colonisation vont freiner les efforts
créatifs des peuples africains. L’importation en Afrique de quantité d’articles de grande consommation par
les européens va défaire le tissu industriel africain et l’empêcher de se consolider.
5) Les mutations religieuses et culturelles
L’implantation du christianisme en Afrique noire avec la colonisation va profondément bouleverser le
paysage religieux traditionnel africain. Introduite par les missionnaires européens véritablement au
XXème siècle, le christianisme apparait dès l’origine comme un aspect de la colonisation et cela ne
favorise pas son expansion. Mais depuis les indépendances, sa progression est rapide à cause de ses
œuvres à caractère social (écoles, hôpitaux, assistance sociale…).
Si la religion islamique africaine se maintient dans ses pratiques traditionnelles et ne subit pas de réelles
mutations au contact des européens, il n’en est pas ainsi de l’animisme, religion traditionnelle de
l’Afrique noire.
En effet, l’expansion du christianisme va contrarier et combattre l’enracinement de l’animisme,
considérée comme non salutaire et mystique et rétrograde. On assiste à un délaissement progressif des
pratiques animistes sous l’effet de l’urbanisation, de la modernisation et de la scolarisation. Toutefois le
christianisme sera fortement africanisé avec l’introduction des instruments de musique africains dans les
chorales et le développement des sectes (Harrisme, Christianisme Céleste, Papa Nouveau, Déhima…).
L’expansion fulgurante de l’écriture dans les sociétés africaines après les indépendances (à travers la
scolarisation) a fortement contribué à éroder l’oralité sur le continent noir. Cette tendance s’est renforcée
avec le développement des moyens modernes de communication (radio, presse écrite, télévision, internet
etc.). Les traditionnalistes, archivistes de la mémoire collective sont de plus en plus rares et leur zone
d’expression se réduit au milieu rural, sous la pression de l’urbanisation galopante. Les sources orales,
bien que toujours présentes, sont de moins en moins sollicitées dans l’écriture de l’histoire. Les sources
écrites, laissées surtout par les explorateurs et européens dans la période coloniale sont les plus
prépondérantes dans la recherche historique africaine actuelle.
La vocation de griot ne reflète plus aujourd’hui le prestige et la charge historique que revêtait cette
fonction dans l’Afrique traditionnelle. Dans plusieurs sociétés africaines actuelles, les griots se limitent à
produire des éloges à l’égard de personnalités publiques ou politiques. La dimension généalogiste ou
ambassadeur de cette fonction a aujourd’hui quasiment disparu.
Au des diverses expressions culturelles, il faut noter que la colonisation a entraîné une dégradation de
l’identité culturelle de l’Afrique. Les pratiques culturelles ont été bafouées, les objets culturels surtout les
masques ont été désacralisés et pillés par les colons. Après les indépendances, l’urbanisation galopante, la
modernisation du niveau de vie et surtout la christianisation de la société ont progressivement entraîné
l’abandon de certains pratiques culturelles et artistiques comme les danses de masques, la sculpture, les
fêtes traditionnelles, les cérémonies initiatiques etc. dont la zone de pratique se réduit au milieu rural.
L’art moderne (la musique, la danse, la peinture…) s’impose dans les sociétés actuelles. L’habillement, la
consommation, le divertissement ont perdu leur africanité et sont de plus en plus inspirés par la société
moderne occidentale.
Conclusion
L’Afrique a subi de profondes mutations dans son organisation politique, sociale, économique et
culturelle avec la colonisation. Ces bouleversements vont s’accentuer avec les indépendances entraînant
une perte de l’identité culturelle de l’africain. Cette rupture de l’africain avec ses fondements traditionnels
et sa dynamique volonté de s’occidentaliser n’explique-t-elle pas son incapacité chronique à se repérer et
à s’insérer de façon responsable et autonome dans la civilisation moderne actuelle ?