UNIVERSITE ABDELMALEK ESSAADI
FACULTE DES SCIENCES ET TECHNIQUES
TANGER
DEPARTEMENT DE CHIMIE
Master Sciences de l’Environnement
Semestre 3
Génie physico-chimique des traitements
des eaux
Techniques et procédés
Pr C. EL MOUJAHID
Sommaire
Introduction 1
Langage de l’eau 6
Prétraitements 9
I – Dégrillage 9
II – Dilacération 12
III – Dessablage 13
IV – Débourbage 15
V – Dégraissage et déshuilage 16
VI – Tamisage 20
VII – Evacuation et traitement des sous-produits 22
Procédés physico-chimiques des traitements des eaux 23
Chapitre I : Coagulation – floculation
1) Les colloïdes 23
2) Structure des colloïdes 23
3) Phénomène de la coagulation 24
4) Phénomène de la floculation 26
5) Technologies de la coagulation-floculation 28
Chapitre II : Décantation – flottation 32
1) Décantation 32
2) Procédés et technologies de la décantation 32
3) Flottation 40
Chapitre III : Précipitations chimiques 42
1) Elimination du calcium et du magnésium 42
2) Précipitation du silicium 44
3) Précipitation des métaux 45
4) Autres précipitations 46
5) Inhibition de la précipitation 48
Chapitre IV : Filtration 50
1) Loi générale 50
2) Matériaux de filtration 51
3) Construction d’un filtre 52
4) Fonctionnement des filtres 53
5) Contrôle et régulation des filtres 55
Chapitre V : Adsorption sur charbon actif -
1) Structure du charbon actif -
2) Phénomène d’adsorption -
3) Charbon actif en poudre -
4) Charbon actif en grain -
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Chapitre VI : Désinfection -
1) Principe -
2) Loi de Chick -
3) Chlore et dérivés -
4) Dioxyde de chlore -
5) Ozone -
6) Ultraviolets -
Chapitre VII : Equilibre calco-carbonique -
1) Equilibre prédominant -
2) Modèle théorique d’Allopeau-Dubbin -
3) Effet des coagulants -
2) Traitement des eaux agressives -
3) Traitement des eaux incrustantes -
Chapitre VIII : Techniques membranaires -
1) La membrane -
2) Les modules : Association de membranes -
3) Filtration membranaire -
4) Etude des procédés -
5) Applications -
Chapitre IX : Les pesticides -
1) Généralités -
2) Procédés d’élimination -
Chapitre X : Fer et Manganèse -
1) Rappels de base -
2) Elimination physico-chimique -
3) Elimination biologique -
Chapitre XI : Elimination de l’azote -
1) Origine et nuisances -
2) Elimination des nitrates -
3) Elimination de l’ammonium -
NB : La rédaction de ce cours n’a pas encore pris fin, certains chapitres sont importés à titre
provisoire de la littérature spécialisée dans le domaine des traitements de l’eau.
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1
Introduction
L’eau est une substance minérale la plus répandue sur la planète bleue, elle constitue l’hydrosphère.
On estime la répartition de son volume de la façon suivante :
Réserves Volume (106 km3) % total
Océans 1350 97
Glaciers (calotte glacière) 33 2,4
Eaux souterraines 8 0,6
Lacs 0,1 < 0,01
Eau dans le sol 0,07 < 0,01
Eau dans l’atmosphère 0,013 < 0,001
Rivières 0,0017 0,0001
Eau dans la matière vivante 0,0011 0,0001
Mais l’eau est surtout synonyme de la vie biologique. C’est le constituant majeur de la matière
vivante. Il entre en moyenne pour 80 % dans sa composition. Chez les animaux supérieurs, le
pourcentage d’eau est compris entre 60 à 70 %. Des valeurs extrêmes de 98 % se rencontrent chez
des organismes marins tels que la méduse ou certaines algues, par contre les bactéries sporulées,
forme de résistance et de vie ralentie, voient leur teneur en eau réduite à 50%.
L’eau est aussi le vecteur privilégié de la vie et de l’activité humaine, il est donc certain que les
besoins en cette matière précieuse ne cesseront de croître.
Ceci implique la nécessité impérieuse de protéger l’eau. Il faut la traiter que ce soit pour la
production de l’eau destinée à la consommation ou à des usages spécifiques industriels ou pour
limiter les rejets de pollution dans la nature.
On peut citer les eaux à traiter comme suivant :
1) Les eaux naturelles
- eaux souterraines (infiltration, nappes)
- eaux de surface retenues ou en écoulement (barrage, lacs, rivières)
- eaux de mer et eaux saumatres.
2) Les eaux de consommation
Quel que soit l’usage qu’en fera le consommateur, l’eau arrivant au robinet de ce consommateur
doit donc être potable.
Il est nécessaire de traiter l’eau chaque fois que l’un des paramètres analytiques est supérieur aux
normes en vigueur dans le pays considéré.
L’OMS établit pour chaque paramètre, des recommandations qui doivent être adaptées dans chaque
pays, en fonction de l’état sanitaire et des considérations économiques de ce pays, pour aboutir aux
normes réglementaires nationales (voir annexe).
3) Les eaux industrielles
Les qualités nécessaires dans l’industrie sont variées et correspondent à des emplois de valeur
ajoutée inégale. Si les petites et moyennes entreprises peuvent souvent se satisfaire d’eau potable ou
d’un forage, la taille et la situation des grandes usines les conduisent à utiliser des sources moins
coûteuses pouvant aller jusqu’à l’eau de mer.
De plus, l’importance croissante des besoins justifie le recyclage de ces eaux et la variété des
fonctions de l’eau conduit souvent à des recommandations de qualité.
On peut citer dans le tableau suivant, les principales utilisations industrielles de l’eau et sources
d’eau possibles.
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Sources d’eau acceptables
utilisations
(sources après un traitement adéquat)
- boissons gazeuses
- Agro-alimentaire Eaux moyennement minéralisée
- Pharmacie Eau potable ou
Eau de fabrications nobles - Papiers blancs Eaux de forage ou
- Textiles Eaux de surface peu polluées
- Teintureries
- Chimie
- Pharmacie
- Chaudières MP et HP
Eaux de forage
- Préparation de bains divers
Eau déminéralisée ou
- Rinçages en galvanoplastie
de surface peu polluée
- Eau ultra-pure
- Dessalement par osmose
inverse
Eau de refroidissement en - Réfrigération - Eaux de surface pauvres en Cl-
circuit semi-ouvert atmosphérique - Effluents après traitement tertiaire
- Eaux de surface
Eau de refroidissement en
- Condenseurs et échangeurs - Eaux de mer
circuit ouvert
- Effluents après traitement
- Lavage gaz métallurgique - Eaux de surface tamisées et
Eau de lavage de gaz ou
et incinération prédécantées
produits de transport
- Lavage charbon - Effluents secondaires
4) Les effluents urbains
Les effluents urbains comprennent :
- les eaux résiduaires ou eaux usées
- les eaux pluviales
L’origine des eaux urbaines (ERU) est principalement domestique (eaux vannes, eaux grises), la
part d’origine industrielle est généralement croissante avec la taille de l’agglomération.
Les établissements industriels qui rejettent une pollution proportionnellement trop importante ou
exigeant un traitement spécifique sont généralement dotés d’un système d’épuration autonome.
Suivant le niveau de ce traitement, l’effluent industriel rejoint ensuite le milieu récepteur ou le
système de collecte et de traitement des ERU.
5) Les effluents industriels
Quatre catégories de rejet doivent être distinguées dans l’industrie :
- Effluents généraux de fabrication
La plupart des procédés conduisant à des rejets polluants qui proviennent du contact de l’eau avec
des gaz, liquides ou solides
- Effluents particuliers
Certains effluents sont susceptibles d’être séparés soit pour un traitement spécifique avec
éventuellement récupération, soit dans un bassin de stockage pour être réinjectés à débit pondéré
dans le circuit de traitement.
* bains de décapage et galvanoplastie, soudes usées, eaux ammoniacales de cokerie
* condensats de papeterie, eaux mères de l’industrie agro-alimentaire (IAA)
* rejets toxiques et rejets concentrés
- Effluents de service généraux
* Eaux vannes (cantines, etc…)
* Eaux de chaufferies (purges chaudières, éluats de régénération)
* Boues du traitement des eaux d’appoint
* Purges d’eaux de réfrigération
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- Rejets occasionnels
Ils peuvent correspondre :
* à des fuites accidentelles de produits lors de leur manutention ou de leur stockage
* à des eaux de lavage des sols
* à des eaux polluées, dont celles d’orage qui peuvent causer aussi une surcharge hydraulique
5) Les boues
Ce sont des suspensions plus ou moins concentrées contenant les éléments polluants et leurs
produits de transformation retirés de la phase liquide au cours de traitement d’eau quelque soit la
nature.
On distingue les classes suivantes :
* Classe organique hydrophile
* Classe minérale hydrophile
* Classe huileuse
* Classe minérale hydrophobe
* Classe minérale hydrophile-hydrophobe
* Classe fibreuse
Généralités sur les procédés de base des traitements de l’eau
Deux grandes règles sont appropriées que ce soit pour la production de l’eau potable ou la
dépollution des eaux usées. Les prétraitements physiques tels que dégrillage, tamisage, dessablage
et dégraissage permettent de retirer certains composés. On peut ensuite transformer la substance soit
pour la retirer de l’eau soit pour l’y laisser.
A) Traitements liés à la production de l’eau potable :
Dans le cas du traitement de l’eau destinée à la consommation, le traitement coagulation-
décantation-filtration constitue la clarification. On coagule puis on flocule les particules colloïdales
en vue de former du floc qui décante. La filtration sur sable en retire le reliquat. La mise en œuvre
de charbon actif en poudre ou en grains permet l’adsorption de certains micropolluants comme les
pesticides. Enfin, la pré-oxydation oxyde certains composés et les transforment en précipités. C’est
le cas du fer et du manganèse. La biodégradation modifie la structure de molécules qui persistent
dans l’eau sous une autre forme. On peut citer la nitrification.
Les moyens de correction sont nombreux. En général, une filière de potabilisation appliquée à une
eau de surface comporte des traitements à large spectre d’action tels que clarification, adsorption et
oxydation. Les déferrisations, démanganisations, denitratation sont les principaux traitements
spécifiques de l’eau souterraine.
La figure 1 schématise les principales chaînes de traitement que l’on peut rencontrer et qui doivent
être complétées par des traitements spécifiques éventuellement rendus nécessaires par la présence
d’un composé bien déterminé et indésirable.
La ligne 1 concerne une eau claire et sans pollution dont le seul traitement peut être une
désinfection destinée à assurer la qualité microbiologique. La ligne 2 concerne une eau dont les
seules impuretés sont des MES (matières en suspension). Une simple filtration avant désinfection
est suffisante. Lorsque l’eau contient une faible quantité de colloïdes ou présente une couleur plus
importante, une coagulation sur filtre permet de résoudre le problème (ligne 3). Si la quantité de
coagulant nécessaire à l’élimination des colloïdes ou de la couleur devient trop élevée, le volume de
floc formé devient très important, ce qui provoquerait un colmatage rapide du filtre et des lavages
trop fréquents, il est indispensable de prévoir un étage de séparation du floc formé (décantation ou
flottation) avant filtration (ligne 4).
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Ozone – Chlore
Chloramines
Dioxyde de chlore
1 -------------------------------------------------------------------------------- Désinfection
2 ---------------------------------------------------------------- Filtration Désinfection
3 Coagulation ----------------------------------------- Filtration Désinfection
𝐹𝑙𝑜𝑐𝑢𝑙𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛
4 Coagulation { Filtration Désinfection
𝑆é𝑑𝑖𝑚𝑒𝑛𝑡𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑜𝑢 𝐹𝑙𝑜𝑡𝑡𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛
5 Adsorption CAP Adsorption CAG
(charbon actif en poudre) (charbon actif en grains)
6 Oxydation Oxydation Oxydation
Chlore Ozone Chlore
Chloramines Chlore Ozone
Ozone Permanganate
Permanganate de potassium
de potassium
7 Effet biologique possible ------------------------------------------------
Clarification : 2 ou 3 ou 4
Affinage : 5 ou 6
Figure 1 : Schéma des principaux traitements de l’eau destinée à la consommation
Le floc formé après l’addition de coagulant permet de bien clarifier l’eau. Ce floc a également des
propriétés adsorbantes et certains polluants dissous peuvent s’adsorber à sa surface. Mais si la
concentration en matières organiques (MO) polluantes est trop importante, il peut être indispensable
de mettre en place des traitements complémentaires : oxydation (ligne 6) ou adsorption (ligne 5) qui
peuvent se combiner avec l’un ou l’autre des traitements de clarification.
Certaines de ces étapes de traitement ont un effet biologique (ligne 7) : dès qu’un procédé de
traitement met en œuvre une interface solide-liquide, cette interface favorise le développement de
micro-organismes dont l’effet peut être bénéfique pour l’eau traitée, c’est le cas des étages de
filtration (sur sable et sur charbon actif en grains) et pour une faible part, du lit de boue des
appareils de décantation.
B) Traitements des eaux usées
Dans le cas du traitement des eaux usées, les exigences épuratoires ne s’appliquent qu’aux seuls
paramètres mesurant la pollution carbonée, azotée et phosphorée. Mais on mesure d’autres formes
de pollution. Les matières inhibitrices (MI), caractérisant une toxicité directe, sont quantifiées sur
des daphnies. Un litre d’effluent représente N Equitox s’il faut le diluer N fois pour provoquer
l’immobilisation en 24 heures de 50% de la population initiale. Les hydrocarbures et les ions
cyanures font partie des matières inhibitrices. Les métaux lourds (Hg2+, Ni, Pb2+, Cr3+, As, Cd, Se)
sont pris en compte par le paramètre METOX et les composés organochlorés par AOX. Ces deux
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types de polluants sont responsables d’une toxicité indirecte et par accumulation dans les tissus
graisseux. Leur bioaccumulation a fait interdire certains pesticides organochlorés tel que le DDT
(dichlorodiphényltrichloroéthane).
Plusieurs étapes de traitement des eaux usées sont exigées pour satisfaire les nomes de rejet dans le
milieu récepteur (rivière, mer), ce qui oblige à répondre aux questions sur la composition des eaux
traitées, de leurs effets probables, de la capacité de dilution et d’autoépuration du milieu aquatique
et des limites techniques de traitements.
Les principales filières de traitement des eaux usées sont :
- Les prétraitements :
Les prétraitements tels que dégrillage, tamisage, dessablage et dégraissage éliminent les matières les
plus grossières susceptibles d’endommager les organes mécaniques ou de perturber l’efficacité des
étapes ultérieures comme la décantation et l’aération.
- Les traitements primaires :
Ils permettent la rétention des particules décantables. Cette étape est simple si elle met en œuvre
une seule décantation et physico-chimique si une coagulation-floculation se déroule en amont.
Selon les caractéristiques de l’eau à traiter, une flottation peut s’y substituer.
- Le traitement secondaire :
Il est souvent purement biologique. Il a pour objectif d’abattre la pollution soluble en la
transformant en boues biologiques facilement décantables au niveau d’un décanteur secondaire ou
clarificateur. Le procédé est à culture libre (lagunage, boue activée) ou à culture fixée (lits
bactériens alvéolaires, biofiltres).
- Le traitement tertiaire :
Il est indispensable vu les exigences épuratoires vis-à-vis des éléments azote et phosphore. Le
découpage entre secondaire et tertiaires est arbitraire. En effet, au sein d’une station d’épuration à
boues activées, l’élimination des pollutions carbonée, azotée et phosphorée, peut se réaliser dans un
seul et même bassin.
- La désodorisation
Les stations d'épuration dégagent parfois des gaz malodorants. Aussi, de plus en plus souvent, sont-
elles équipées de systèmes de désodorisation afin d'améliorer le confort des riverains et celui du
personnel qui y travaille.
Les gaz malodorants sont captés puis envoyés dans des "tours de lavage" où ils sont éliminés par
des procédés physico-chimiques ou biologiques.
- Le traitement des boues :
La première étape de traitement est l’épaississement qui vise à obtenir des boues concentrées mais
toujours liquides. La deuxième consiste en leur déshydratation pour atteindre l’état pâteux ou
solide. Le conditionnement modifie la structure physique de la boue pour en faciliter son
exploitation.
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