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Ethnicité et citoyenneté en Afrique

La revue semestrielle 'Échanges' aborde des thèmes liés à l'ethnicité et à la citoyenneté en Afrique, avec des contributions variées sur des sujets socio-économiques, éducatifs et environnementaux. Elle est publiée par le Laboratoire d’Analyse des Mutations Politico-juridiques, Économiques et Sociales de l'Université de Lomé, et inclut des articles d'experts de plusieurs universités africaines. Le numéro 012 de juin 2019 présente une série d'analyses et d'études sur divers enjeux contemporains en Afrique.

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Ethnicité et citoyenneté en Afrique

La revue semestrielle 'Échanges' aborde des thèmes liés à l'ethnicité et à la citoyenneté en Afrique, avec des contributions variées sur des sujets socio-économiques, éducatifs et environnementaux. Elle est publiée par le Laboratoire d’Analyse des Mutations Politico-juridiques, Économiques et Sociales de l'Université de Lomé, et inclut des articles d'experts de plusieurs universités africaines. Le numéro 012 de juin 2019 présente une série d'analyses et d'études sur divers enjeux contemporains en Afrique.

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ISSN : 2310-3329

REVUE DE PHILOSOPHIE, LITTÉRATURE ET SCIENCES HUMAINES

ÉCHANGES
ETHNICITÉ ET CITOYENNETÉ EN AFRIQUE

VARIA

REVUE SEMESTRIELLE No 012 juin 2019


LOMÉ-TOGO
REVUE DE PHILOSOPHIE, LITTÉRATURE ET SCIENCES HUMAINES

ÉCHANGES
ETHNICITÉ ET CITOYENNETÉ EN AFRIQUE

VARIA
N° 012 juin 2019

Laboratoire d’Analyse des Mutations Politico-juridiques,


Économiques et Sociales (LAMPES)
Faculté des Sciences de l’Homme et de la Société
Université de Lomé
01 BP 1515 Lomé

ISSN 2310-3329
ADMINISTRATION ET RÉDACTION DE LA REVUE

Revue de Philosophie, Lettres et Sciences humaines de la Faculté des Sciences de l’Homme et de la


Société, Université de Lomé (Togo)
Revue créée en 2013

Directeur de publication : Pr Octave Nicoué BROOHM


Coordinateur de Rédaction : Pr Robert DUSSEY

Secrétariat de rédaction :

Coordinateur du secrétariat de rédaction : Bilina Iba BALLONG, Maître de


conférences
Coordinateur Adjoint du secrétariat de rédaction : Kokou GBEMOU, Maître
de conférences
Membre du secrétariat de rédaction : Roger FOLIKOUE, Bilakani TONYEME,
Charles-Grégoire Dotsè ALOSSE, Bantchin NAPAKOU, Yawo AMEWU, Koffi
AGNIDE, Komlan AZIALE

COMITÉ SCIENTIFIQUE

Pr Koutchoukalo TCHASSIM
Pr Serge GLITHO
Pr Komla NUBUKPO
Pr François D. GBIKPI
Pr Laurence FAVIER
Pr Doh Ludovic FIÉ

COMITÉ DE LECTURE

Pr Yaovi AKAKPO (Université de Lomé)


Pr TCHAMIE Thiou (Université de Lomé)
Pr Komi KOSSI-TITRIKOU (Université de Lomé)
Pr Essè AMOUZOU (Université de Lomé)
Pr Cyrille KONE (Université de Ouagadougou 1)
Pr Pierre NAKOULIMA (Université de Ouagadougou 1)
Pr Mahamadé SAVADOGO (Université de Ouagadougou 1)
Pr Augustin DIBI (Université de Cocody, Abidjan)
Pr Kazaro TASSOU (Université de Lomé)
Pr Adovi GOEH-AKUE (Université de Lomé)
Pr Koffi AKIBODE (Université de Lomé)
Pr Yao DJIWONOU (Université de Lomé)
Pr Laurence FAVIER (Université Lille 3)
Pr Doh Ludovic FIÉ (Université de Bouaké)
Pr Widad MUSTAFA EL HADI (Université Lille 3)
Pr Atafeï PEWESSI (Université de Lomé)

5
Revue Échanges – Administration, Rédaction, Comités scientifique et de lecture

Pr Issiaka KONÉ (Université de Bouaké)


Pr Essoham ASSIMA-KPATCHA (Université de Lomé)
Pr Robert DUSSEY (Université de Lomé)
Pr Tamasse DANIOUE (Université de Lomé)
Pr Essodina K. PERE-KEWEZIMA (Université de Lomé)
Pr Komlan E. ESSIZEWA (Université de Lomé)
Pr Thiémélé L. Ramsès (Université de Cocody, Abidjan)
Pr Jean-Gobert TANOH (Université de Bouaké)
Pr Rubin POHOR (Université de Bouaké)
Pr Henri BAH (Université de Bouaké)
Pr Antoine KOUAKOU (Université de Bouaké)
Pr Tchégnon ABOTCHI (Université de Lomé)
Pr Wonou OLADOKOUN (Université de Lomé)
Pr Aklesso ADJI (Université de Lomé)
Pr Dossou GBENOUGA (Université de Lomé)
Pr Kokou ALONOU (Université de Lomé)
Pr Nicoué BROOHM (Université de Lomé)
Pr Edinam KOLA (Université de Lomé)
Lalle Richard LARE, Maître de Conférences (Université de Lomé)
Lare KANTCHOA, Maître de conférences (Université de Kara)
Komlan KOUZAN, Maître de conférences (Université de Kara)
Padabô KADOUZA, Maître de conférences (Université de Kara)
Donissongui SORO, Maître de conférnces (Université de Bouaké)
Souleymane SANGARÉ Maître de conférnces (Université de Bouaké)
N’goran François KOUASSI, Maître de recherche (Université de Bouaké)
Brou Émile KOFFI, Maître de conférences (Université de Bouaké)
Afiwa Pépvi KPAKPO, Maître de conférences (Université de Lomé)
Mike MOUKALA NDOUMOU, Maître de conférences (Université Omar Bongo,
Libreville)
Komi KOUVON, Maître de conférences (Université de Lomé)
Gbati NAPO, Maître de conférences (Université de Lomé)
Komlan AVOUGLA, Maîtrede conférences (Université de Lomé)
Folligan HETCHELI, Maître de conférences (Université de Lomé)
Koffi Messan Litinmé MOLLEY, Maître de conférences (Université de Lomé)
Mawusse Kpakpo AKUE-ADOTEVI, Maître de conférences (Université de Lomé)
Follygan HETCHELI, Maître de conférences (Université de Lomé)

Secrétaire : Rahima BOUKARI

6
Revue Échanges – Administration, Rédaction, Comités scientifique et de lecture

Éditeur : Laboratoire d’Analyse des Mutations Politico-juridiques, Économiques


et Sociales (LAMPES), Université de Lomé.
Mail : [Link]@[Link]
Site : [Link]

Contact

- Adresse : Revue Échanges, Faculté des Sciences de l’Homme et de la Société,


Université de Lomé, 01 BP : 20459, Lomé-Cité, Togo.
- Tel : 90063972 ; 90844484 ; 90142268 (Uniquement pour les renseignements)
- Mail : revueechanges@[Link]

7
SOMMAIRE
SOMMAIRE ......................................................................................................... 15

VARIA ................................................................................................................. 305

ANALYSE DES CONDITIONS SOCIO-ÉCONOMIQUES DES FEMMES


PRODUCTRICES DE CACAO DANS LE DEPARTEMENT DE SAN-PEDRO
AU SUD-OUEST DE LA CÔTE D’IVOIRE, SINAN ADAMAN, KASSOUM
TRAORE (UNIVERSITÉ PELEFORO GON COULIBALY DE KORHOGO - CÔTE
D’IVOIRE) ......................................................................................................... 307

CONNAISSANCE DE L’ÉLÈVE ET DIFFÉRENCIATION PÉDAGOGIQUE :


APPLICABILITÉ DE L’OUTIL DE LA DESCRIPTION DE SOI SELON LE
MODÈLE DE MARSH ET SHAVELSON, DANS LE CONTEXTE SCOLAIRE
AFRICAIN, FLAUBERT KOUKOUGNON AKA (ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE
D’ABIDJAN – RCI) ............................................................................................ 332

PARTICIPATION ET GESTION DE FORÊTS PROTÉGÉES PÉRI-


URBAINES EN CÔTE D’IVOIRE : CAS DE LA FORÊT CLASSÉE DU
MONT KORHOGO, N’GUESSAN SIMON ANDON, KOUADIO AUGUSTIN ALLA
(UNIVERSITÉ PELEFORO GON COULIBALY DE KORHOGO), KOUACOU JEAN -
MARIE ATTA (UNIVERSITÉ F. H.-B. D’ABIDJAN) - RCI.................................. 351
ANALYSE DES RISQUES SANITAIRES LIÉS À L’ACTIVITÉ DES
LAVANDIERS DANS LA RIVIÈRE BANCO (ABIDJAN - CÔTE D’IVOIRE),
FLORENCE DJALIAH AKE-AWOMON (UNIVERSITÉ F. H.-B., MOUSSA
COULIBALY (UNIVERSITÉ PELEFORO GON COULIBALY), MAÏMOUNA YMBA
(UNIVERSITÉ F. H.-B.) - RCI ............................................................................ 372
HORIZON THÉRAPEUTIQUE D’IMMIGRÉES TOGOLAISES À
OUAGADOUGOU : LES SOINS AU FACIÈS (PARTIE 1), ALEXIS CLOTAIRE
BASSOLE (UNIVERSITÉ OUAGA I – BURKINA FASO) ..................................... 389
LA RÉGION STÉPHANOISE ET LA TENTATIVE DE CONSTITUTION DU
DISTRICT, UN PROJET AU CENTRE DES CONTROVERSES POLITIQUES
(1959-1992), ÉRIC DAMIEN BIYOGHE BI ELLA (IRSH-CENAREST -
FRANCE) ........................................................................................................... 408
DONNÉES NOUVELLES SUR LE PEUPLEMENT ANCIEN DU CENTRE DE
LA CÔTE D’IVOIRE, RÉNÉ KOUADIO BOUADI (UNIVERSITÉ JEAN
LOROUGNON GUÉDÉ DE DALOA - RCI), SIMON-PIERRE EKANZA (UNIVERSITÉ
FÉLIX HOUPHOUËT-BOIGNY - RCI) ................................................................. 423
LES CAMPAGNES DU DUCHE DE BOURGOGNE D’APRÈS LES
MÉMOIRES DE COMMYNES (1464-1477), COMOÉ FULBERT ETTIEN

15
(UNIVERSITÉ JEAN LOROUGNON GUÉDÉ DE DALOA - RCI), ASSOUMOU GILBERT
EKOU (UNIVERSITÉ ALASSANE OUATTARA DE BOUAKÉ - RCI) .................... 441
L’AMBIGUÏTE DE LA VIOLENCE : UNE APPROCHE À LA
CARACTERISATION DU PERSONNAGE BIGGER THOMAS DANS
NATIVE SON DE RICHARD WRIGHT, SIMTÉKPÉ KOBOYO MAZA-ABALO
FAWI (UNIVERSITÉ DE LOMÉ – TOGO)............................................................ 458
L’EXPRESSION DU BENEFACTIF EN DAN, MUNSEU ALIDA HOUMEGA
(UNIVERSITÉ FÉLIX HOUPHOUËT-BOIGNY – RCI) ........................................... 470
LE PORTRAIT DE COULEUR D’ORIGINE DANS BLACK BAZAR D’ALAIN
MABANCKOU : ÉTUDE DE LA LANGUE ET DU STYLE, R. VIRGINIE
KABORE (UNIVERSITÉ PR JOSEPH KI-ZERBO DE OUAGADOUGOU – BF) .... 482
LA MIMÈSIS : UNE EXPÉRIENCE ESTHÉTIQUE POUR UNE ÉTHIQUE
ENVIRONNEMENTALE, GBOMENÉ HILAIRE KANON (UNIVERSITÉ
ALASSANE OUATTARA / BOUAKÉ - RCI) ......................................................... 498
ÉTUDE PSYCHOSOCIALE DES RAPPORTS ENSEIGNANTS/
STRUCTURES SOCIALES EN MILIEU SCOLAIRE : CAS DE L’IEP DE
BOUAFLÉ 1, MATHIAS KÉÏ, KOUAKOU DANIEL YAO (UNIVERSITÉ F. H.-B.
D’ABIDJAN), NOEL AÏKO (MEN-ETFP) – RCI ............................................... 510

LA CÔTE D’IVOIRE À L’ẺPREUVE DE L’INTẺGRATION DES IMMIGRẺS


AFRICAINS (1960 - 1993), JOSEPH ABO KOBI (UNIVERSITÉ ALASSANE
OUATTARA - RCI) ............................................................................................ 532
LES FIGURES DE TRANSFERT SÉMANTIQUE DANS LE ROMAN MÊME
AU PARADIS ON PLEURE QUELQUEFOIS DE MAURICE BANDAMAN,
BOUREIMA ALEXIS KOENOU (UNIVERSITÉ PR JOSEPH KI-ZERBO DE
OUAGADOUGOU - BF........................................................................................ 549
PRÉPOSITION ET PROJECTION CIRCONSTANCIELLE : ÉTUDE
PSYCHOMECANIQUE DE LA SPATIALITÉ DANS UN CORPUS
D’APPRENNANTS, ALAIN FERNAND RAOUL LOUSSAKOUMOUNOU
(UNIVERSITÉ MARIEN NGOUABI DE BRAZZAVILL - CONGO), LOUANGE
PRINCELIANOURIA BASSOUMBA (UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES–
BELGIQUE)........................................................................................................ 564
ÉCRITURE DU CLIENTÉLISME, PROMOTION DU MESSIANISME
POLITIQUE ET LÉGITIMATION DU PROVIDENTIALISME : LE
CONTENU DES MOTIONS DE SOUTIEN AU CAMEROUN, ARISTIDE M.
MENGUELE MENYENGUE (UNIVERSITÉ DE DOUALA - CAMEROUN) ........ 580
DIRE L’ÉPOPÉE AUTREMENT : LE RÉCIT DE LOBBO JANGO, UNE
ÉPOPÉE SANS VIOLENCE, ABOUBACAR MOUMOUNI IBRAHIM
(UNIVERSITÉ ABDOU MOUMOUNI DE NIAMEY – NIGER)................................. 599

16
GESTION OPTIMALE ET DURABLE DES RESSOURCES NATURELLES
ET HUMAINES, ACHILLE ASSOGBADJO, (UNIVERSITÉ D’ABOMEY-CALAVI –
BÉNIN), HERMANN JUSTE NADOHOU (UNIVERSITÉ DE PARAKOU – BÉNIN) 618
LA POLITIQUE COLONIALE FRANÇAISE EN HAUTE-VOLTA : ENTRE
DISLOCATION ET RÉUNIFICATION (1887-1947), KATIÉNÉFFOOUA ADAMA
OUATTARA (UNIVERSITÉ FÉLIX HOUPHOUËT-BOIGNY D’ABIDJAN – RCI) . 633
LES CAUSES DE L’INDISCIPLINE DANS LES ÉTABLISSEMENTS
D’ENSEIGNEMENT POST-PRIMAIRE ET SECONDAIRE DE LA VILLE DE
GARANGO, DÉSIRÉ NOWENKÛUM POUSSOGHO (CENTRE NATIONAL DE
RECHERCHE SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIE), RICHARD DARGA (CONSEILLER
D’ADMINISTRATION SCOLAIRE ET UNIVERSITAIRE) – BURKINA FASO ........... 647

CONTRIBUTION DES FEMMES DANS LE PROCESSUS DE RÉSOLUTION


DU CONFLIT INTERNE ARMÉ CASAMANÇAIS, BENOÎT TINE
(UNIVERSITÉ ASSANE SECK DE ZIGUINCHOR – SÉNÉGAL) .............................. 669
LE PÈRE ET L’ÉDUCATION DE L’ENFANT : SON IMPLICATION DANS
L’ORIENTATION SCOLAIRE DE L’ENFANT AU GABON, JACQUES
TOUNGA (UNIVERSITÉ OMAR BONGO LIBREVILLE – GABON) ...................... 689
LES VERTUS CARDINALES CHEZ PLATON ET L’AMBIGUÏTÉ DU
COURAGE POLITIQUE EN AFRIQUE, MINTAN TOURÉ (UNIVERSITÉ F. H.-
B. – RCI)........................................................................................................... 705
CRISE ÉCOLOGIQUE, CRISE DES FONDEMENTS NATURELS ET
SPIRITUELS, TRAORÉ GRÉGOIRE (UNIVERSITÉ ALASSANE OUATTARA DE
BOUAKÉ – RCI) ................................................................................................ 719
PENSER L’UNITÉ AFRICAINE À L’ÉCOLE DE L’ÉGYPTE
PHARAONIQUE, ISSAKA YAMEOGO (UNIVERSITÉ NORBERT ZONGO -
BURKINA FASO)................................................................................................ 730
VARIABILITÉ HYDROPLUVIOMÉTRIQUE DANS LE NORD-EST
CENTRAFRICAIN, MARCEL KEMBE (UNIVERSITÉ DE BANGUI – RCA), JEAN-
CLAUDE BOMBA (UNIVERSITÉ DE BANGUI – RCA), RAOUL LUDOVIC ZAGUY-
GUEREMBO (UNIVERSITÉ DE BANGUI – RCA), LAOTÉ BAHOUTOU
(UNIVERSITÉ DE NDJAMENA – TCHAD)............................................................ 744
CONTRIBUTION DE L’EXPLOITATION AGRICOLE DES BAS-FONDS AU
DEVELOPPEMENT RURAL DANS LE DISTRICT DE YAMOUSSOUKRO,
ZADY EDOUARD ZOGBO, NARCISSE B. ASSI-KAUDJHIS, JOSEPH P. ASSI-
KAUDJHIS (UNIVERSITÉ ALASSANE OUATTARA DE BOUAKÉ - RCI) ............ 760
GESTION DES DÉCHETS PLASTIQUES À ABOBO-BAOULÉ PAR LES
COLLECTEURS PRIVÉS, ALLASSANE SOGODOGO, N’DRI PARFAIT
KOUAKOU, KONAN KAN FÉLIX YAO (UNIVERSITÉ ALASSANE OUATTARA
DE BOUAKÉ – RCI) ........................................................................................... 776

17
GESTION DES DÉCHETS PLASTIQUES À ABOBO-BAOULÉ PAR LES
COLLECTEURS PRIVÉS, Allassane SOGODOGO, N’Dri Parfait KOUAKOU,
Konan Kan Félix YAO (Université Alassane OUATTARA de Bouaké – RCI)
drsogodogosociologie@[Link]/parfaitjeankouakou@[Link]/yaokonankanfelix@[Link]

Résumé
La gestion des ordures ménagères dans le quartier d’Abobo-baoulé est
le fait des chiffonniers. L’étude aborde les questions suivantes : Comment
les chiffonniers s’organisent-ils pour mener à bien leur activité à Abobo-
baoulé ? Quels sont les enjeux, les difficultés et les stratégies pour améliorer la
gestion de l’activité et de l’environnement ? Elle vise à comprendre l’organisation
de la filière des déchets plastiques à Abobo-baoulé. Les chiffonniers sont de
couches sociales défavorisées, hommes, femmes et enfants. La gestion des ordures
se fait par des tris sélectifs en fonction des types d’ordures recyclables. L’activité
débute par le ramassage, le transport et le déversement avec le système de tri à la
source et en aval. C’est un travail à la chaine qui voit l’intervention d’acheteurs et
de transformateur. Cette gestion dans sa forme actuelle permet aux acteurs de vivre
de leur activité et d’influencer l’environnement du quartier d’Abobo-baoulé.
Cependant, se pose la question d’hygiène et de sécurité chez les chiffonniers qui ne
sont pas toujours protégés pendant l’activité. Le métier malgré ses risques permet
de créer des emplois et assainir un environnement fortement pollué.
.
Mots clés : Gestion, Déchets plastiques, collecteurs privés, Emploi, Risques
environnementaux et sanitaires

PLASTIC WASTE’S MANAGEMENT IN ABOBO-BAOULE BY PRIVATE


COLLECTORS

Abstract

The household waste management in the neighborhood of Abobo-Baoulé is


done by the ragpickers. The study addresses the following questions: How do
ragpickers organize themselves to carry out their activity in Abobo-baoulé? What
are the issues, challenges and strategies for improving the management of the
activity and the environment? It aims to understand the organization of the plastic
waste sector in Abobo-Baoulé. The ragpickers are of disadvantaged social classes,
men, women and children. Garbage management is done by selective sorting
according to the types of recyclable garbage. The activity begins with pickup,
transportation and spill with the sorting system at source and downstream. It is a
job at the chain that sees the intervention of buyers and processors. This
management in its current form allows the actors to live their activity and influence
the environment of the neighborhood of Abobo-baoulé. However, there is the issue
of hygiene and safety among rag pickers who are not always protected during the

776
Allassane SOGODOGO, N’Dri Parfait KOUAKOU, Konan Kan Félix YAO / Gestion des déchets
plastiques à Abobo-Baoule par les collecteurs privés / Revue Échanges, n° 12, juin 2019
activity. The job, despite its risks, creates jobs and cleans up a highly polluted
environment.

Keywords: Management, Plastic waste, private collectors, Employment,


Environmental and health risks

Introduction
En Côte d’Ivoire, les pouvoirs publics conscients de la dégradation
de l’environnement et du cadre de vie des populations ont décidé de mettre en
œuvre une stratégie afin de résoudre ces problèmes. C’est ainsi qu’ils ont entrepris
l’élaboration d’un Plan National d’Action Environnementale (PNAE), fondé dans
sa phase initiale sur une consultation très large de tous les acteurs. Cette démarche
a conduit à l’élaboration du livre blanc adopté par le Gouvernement le 24 mai 1995
(Rapport BNETD, 2010).
Ce plan a abordé tous les aspects de la question notamment l’économie, la
population et surtout l’environnement. Aujourd’hui, les autorités ivoiriennes, à
travers des structures spécialisées (Ministères, ANASUR, ANDE, etc.) continuent
de mettre au premier plan de leurs préoccupations les problèmes environnementaux
parmi lesquels, l’épineux problème d’assainissement et de collecte d’ordures
ménagères. En effet, l’état d’insalubrité très avancé dans lequel baignent les villes
ivoiriennes en général et Abidjan en particulier, incite à entreprendre des études
pour mieux comprendre les raisons de l’émergence d’un nouveau phénomène, celui
d’activités économiques issues de la collecte d’ordures ménagères (YASSI Gilbert
Assi, 2013 ; BIT, 2014).
La collecte et l’élimination des déchets solides dans la ville d’Abidjan
constituent la plus grande difficulté que rencontre les autorités municipales. Ce
dysfonctionnement rencontré dans la gestion des déchets en général et plastiques
en particulier dans toutes les communes du District d’Abidjan et particulièrement
dans le quartier d’Abobo-baoulé a contribué ainsi à la naissance de nombreux
métiers informels.
Comment les chiffonniers s’organisent-ils pour mener à bien leur activité à
Abobo-baoulé ? Quels sont les enjeux, les difficultés et les stratégies pour
améliorer la gestion de l’activité et maintenir un cadre de vie sain à Abobo-
baoulé ? C’est autour de ces questions que le sujet sera traité.
1. Méthodologie
Le quartier d’Abobo-baoulé fait partie de la commune d’Abobo qui est
située au Nord de l’agglomération d’Abidjan à une dizaine de kilomètre du centre-
ville. Elle est limitée au Nord par la commune d’Anyama, au Sud par la commune
d’Adjamé et la forêt du Banco, à l’Est par la commune de Cocody et à l’Ouest par
la commune de Yopougon et la Sous-préfecture de Songon.

777
Allassane SOGODOGO, N’Dri Parfait KOUAKOU, Konan Kan Félix YAO / Gestion des déchets
plastiques à Abobo-Baoule par les collecteurs privés / Revue Échanges, n° 12, juin 2019
L’étude qui s’est déroulée du 17 Mars au 07 Juillet 2017 dans le quartier d’Abobo-
baoulé, vise à comprendre l’organisation de la filière des ordures ménagères à
Abobo-baoulé. Dans le cadre de notre analyse, l’information a été collectée à
travers des visites sur le terrain, des témoignages directs auprès des citoyens et des
entretiens avec les acteurs clefs et responsables publics et privés de la filière de
collecte sélective des déchets plastiques au niveau du village d’Abobo-baoulé.
Nous avons dénombré 22 collecteurs réguliers sur le site. Ce sont 06 hommes, 09
femmes, et 07 enfants. Le nombre de collecteurs étant moindre, nous avons décidé
de travailler avec la totalité des personnes en les répartissant selon les différentes
catégories d’acteurs en présence à savoir : les hommes, les femmes, les enfants. En
effet, ces différents groupes de collecteurs ayant des motivations différentes, un
mode de fonctionnement différent, il nous a semblé opportun de les scinder afin de
mieux cerner notre sujet. Les techniques de collecte des données utilisées sont
l’observation directe, l’entretien semi-directif et la recherche documentaire.
L’analyse systémique et la théorie des attentes sont à la base du traitement de nos
données.
2. Résultats
2.1. Caractéristiques de l’environnement des décharges d’abobo-baoule
2.1.1. Pratique de la collecte sélective comme un fait généralisé
La pratique de collecte sélective dans les décharges et domiciles d’Abobo-
baoulé s’apprécient à travers les concepts de « cherchement » et de
« débrouillardise ». Par définition, le « cherchement » est une signification sociale
de la pratique de la collecte sélective dans les décharges. C’est un concept
uniquement connu des récupérateurs. Dans le jargon des récupérateurs, il est dit
d’un chiffonnier qu’il « se cherche » ou « grouille ». Ce sont des constructions
sociales à l’ivoirienne qui désignent, le fait d’entreprendre (se débrouiller) pour
subvenir à ses besoins. Aujourd’hui, le concept a évolué. Il est plutôt perçu comme
le fait de mener d’autres activités en plus de celle qui est officiellement connue
pour maximiser ses gains.
2.1.2. Absence de contrôle opérationnel
Le phénomène de la collecte informel en milieu urbain, est une
préoccupation qui est d’actualité. Mais jusque-là, il n’existe pas d’instruments
d’accompagnements efficaces. Des institutions existent mais elles ne sont pas
suffisamment compétentes pour contrôler les activités des récupérateurs et pour
veiller à ce qu’elles soient plus efficaces (D. Souleymane, 2008). Il s’agit de mettre
sur pied une collecte sélective formelle et d’accorder plus d’importance à la
récupération informelle. Aucun contrôle n’est assuré en permanence, le contrôle se
limite à la sensibilisation.

778
Allassane SOGODOGO, N’Dri Parfait KOUAKOU, Konan Kan Félix YAO / Gestion des déchets
plastiques à Abobo-Baoule par les collecteurs privés / Revue Échanges, n° 12, juin 2019
2.2. Détermination et analyse de la demande des déchets plastiques
Le plastique a connu un développement important en termes d’utilité, en
comparaison aux autres matériaux. Son utilisation dans les ménages est donc très
remarquée : meubles, équipements électroniques et ménagers et bien évidemment
dans les emballages, premier secteur d'application des matières plastiques. En effet,
la naissance de la filière de collecte des déchets plastiques n’est pas fortuite. Elle
représente une part considérable de la matière première de certains complexes
industriels. Cette situation occasionne une forte demande de la part de ces derniers
que nous nous attèlerons à déterminer et analyser au niveau de l’importance
qu’occupent les déchets plastiques collectés dans les activités de production des
sociétés locales et étrangères.
La crise politico-militaire qui a éclaté en 2002 en Côte d’Ivoire a
considérablement réduit l’approvisionnement en polystyrène, une substance
chimique qui rentre dans la fabrication des objets en plastique. La majorité des
objets en plastiques sont fabriqués à partir de thermoplastiques comme le
polystyrène ou le polyéthylène. L’approvisionnement en ces matières chimiques
s’avère coûteux, ce qui entraine un coût de production élevé chez les usiniers. Pour
y faire face, certaines industries telles que SOGICI, OK-PLAST, CI-PLAST, se
sont alors lancées dans la récupération et le recyclage de ces déchets plastiques.
Entrainant ainsi l’essor du recyclage de ces déchets et la collecte sélective
informelle. En effet, à Abidjan, face à l’incapacité des pouvoirs publics à mener à
bien la gestion des ordures ménagères, certaines personnes (hommes, femmes,
enfants et structures privées) ont pris l’initiative de faire la collecte sélective des
objets plastiques auprès des ménages ou dans les décharges publiques. Après la
collecte, ils les vendent aux opérateurs économiques ayant construit des plates-
formes à cet effet, eux à leur tour les commercialisent aux industries locales qui en
redemandent de plus en plus pour leurs activités de productions. Le taux de
récupération des déchets plastiques est de ce fait très élevé. Ces déchets sont
valorisables par récupération importante d’une partie de la matière (recyclage et
régénération) ou par utilisation de leur pouvoir calorifique. Face à cette demande
de plus en plus forte, les récupérateurs se disent qu’ils seront toujours sollicités.
Qu’il y aura toujours du travail pour eux, donc aucune inquiétude à avoir pour leur
lendemain. Ils ne seront jamais au chômage ou licenciés comme à la fonction
publique. Ils s’adonnent à cœur joie pour dire que « tant qu’il y en a et qu’on en
redemande, on est là, callé1. » Pour dire que les agro-industriels auront toujours
besoin de leur service et marqué la dépendance de ces derniers vis-à-vis d’eux.

1
Propos d’un enfant chiffonnier.

779
Allassane SOGODOGO, N’Dri Parfait KOUAKOU, Konan Kan Félix YAO / Gestion des déchets
plastiques à Abobo-Baoule par les collecteurs privés / Revue Échanges, n° 12, juin 2019

Figure 01 : Différentes étapes de la collecte sélective des déchets plastiques à


Abobo-baoulé.
Production de déchets plastiques

Ramassage dans les Récupération dans les Récupération dans


rues. foyers (porte à porte). les décharges.

Acheteurs locaux et revendeurs intermédiaires.

Transformateurs et autres industriels.

Réutilisation.

Source : Données de l’étude (Avril 2017)

La valorisation des déchets plastiques passe par une première étape qui fait
intervenir les récupérateurs installés dans les différents lieux de déversement des
déchets. Les objets ramassés sont soit vendus directement envoyés à des
intermédiaires qui vont les nettoyer, laver et les revendre par la suite aux
industriels, soit transportés aux alentours de la zone industrielle de Yopougon ou
de Koumassi pour être lavés et vendus directement aux entreprises de fabrication
d’objets plastiques. Dans la majorité des cas, c’est un processus qui va du
collecteur à l’industriel en passant par des intermédiaires.
Les déchets plastiques sont un atout dans la production des industries plastiques du
monde entier. En effet, ils alimentent de nombreuses entreprises dans le monde.
Cette matière première leur sert à fabriquer divers éléments de la vie courante.
Cependant, les collecteurs ignorent le processus de fabrication des plastiques,
même s’ils en entendent parler : « Nous on sait pas ce qu’ils font avec les bidons et
les sachets là. On n’a jamais vu usine de ça là, on sait que les gens demandent trop
chez nous pour aller avec ».

780
Allassane SOGODOGO, N’Dri Parfait KOUAKOU, Konan Kan Félix YAO / Gestion des déchets
plastiques à Abobo-Baoule par les collecteurs privés / Revue Échanges, n° 12, juin 2019
Photo 01 et 02 : Différents déchets plastiques collectés

Source : Données de l’étude (Avril 2017)

3. Fonctionnement de la collecte sélective des déchets plastiques d’Abobo-


baoulé et ses enjeux
A l’instar des villes en développement, les déchets ménagers produits à
Abobo-baoulé sont constitués en majorité de matières qui se fermentent rapidement
(plus de 50% (Thonart Philippe, Diabate Ibrahim Sory, Hiligsmann Serge et
Lardinois Mathias, 2005 ; Diabagate Souleymane, 2008). Le fort taux de matières
plastiques explique l’existence au sein du village d’Abobo-baoulé d’une filière de
récupération ou collecte sélective. Selon un collecteur : « Pour faire tout travail,
quand tu n’es pas organisé ce n’est pas bon. Ici, chacun fait son travail et ça
marche. »
Cependant, vu que ces filières de récupération existent dans presque toutes
les villes du monde et cela depuis des années, il convient de présenter un temps soit
peu cette pratique de collecte sélective. Et montrer par la suite, comment
aujourd’hui, elle occupe une place prépondérante dans la gestion des déchets à
Abobo-baoulé.
3.1. Collecte sélective versus collecte mixte, tri à la source et tri en aval dans le
contexte national
La collecte sélective des déchets consiste à collecter séparément les déchets
à la source en fonction de leur nature et/ou en fonction de l’objectif de leur
recyclage, valorisation ou traitement. Ce mode de collecte est lui-même basé sur
l’engagement et le respect des producteurs, à trier leurs déchets à la source et à se
conformer aux exigences et modalités techniques de la collecte sélective. La
collecte sélective peut cibler le tri à la source d’une seule catégorie ou type de
déchets « [Link]. Papier Carton » ou de différents types des déchets recyclables soit
séparément (plastique, verre, papier carton…etc.) en conteneurisation spécifique
soit encore en mélange de plusieurs catégories, tel que l’exemple de la collecte
sélective des emballages en vrac (plastique, aluminium et emballages alimentaires)
en Europe.

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Allassane SOGODOGO, N’Dri Parfait KOUAKOU, Konan Kan Félix YAO / Gestion des déchets
plastiques à Abobo-Baoule par les collecteurs privés / Revue Échanges, n° 12, juin 2019

Photo 03 : Des femmes et des enfants pratiquant la collecte des déchets plastiques à
la décharge d’Abobo-baoulé

Source : Données de l’étude (Avril 2017)

Une femme du milieu nous informe : « Moi mon travail, je fais porte à
porte pour faire sortir les ordures. D’autres sont là pour envoyer à la décharge dans
charrette ou bien pousse-pousse. » Les systèmes (ou modes) de collecte sélective
varient d’un pays à l’autre. Les systèmes de collecte sélective les plus courants sont
le porte à porte, la conteneurisation spécifique externe de proximité, la
conteneurisation volumineuse et spécifique en Points d’Apport Volontaire ou
encore les Ecopark et Déchèteries. Selon les situations, le tri à la source et la
collecte sélective peuvent être suivis ou non par un second tri (dit aussi tri positif)
pour une séparation poussée des différents matériaux collectés. Le Tri en aval
concerne les déchets collectés en vrac depuis la source sans aucune séparation.
La figure suivante donne l’emplacement des deux types de tri, à la source
et en aval, par rapport au schéma actuel de gestion des Déchets Solides Ménagers
et où le tri en aval se fait dans les stations de transfert, en fonction de sa faisabilité
technico-économique.
Le tri en aval est un simple tri qui se fait à la main, les populations refusant
de le faire. Cela permet une séparation très poussée de l’ensemble des matériaux
recyclables du mélange de départ. Contrairement au tri à la source, le tri en aval est
relativement moins contraignant dans la mesure où il ne dépend pas de la
participation des citoyens et producteurs et qu’il n’est pas influencé par le mode de
collecte. La difficulté à Abobo-baoulé est qu’il se fait à la main malgré les risques
encourus.

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Allassane SOGODOGO, N’Dri Parfait KOUAKOU, Konan Kan Félix YAO / Gestion des déchets
plastiques à Abobo-Baoule par les collecteurs privés / Revue Échanges, n° 12, juin 2019
Figure 02 : Tri à la source versus Tri en aval

Collecte Transport / Mise en


décharge

Collecte Collecte Décharge


Station
transfert contrôlée

Tri à la source Tri en aval

Source : Données de terrain (Avril 2017)

3.2. Les Enjeux opérationnels de la collecte sélective


Pour un collecteur : « Si nous on n’est pas là, le quartier n’est pas propre.
Avant le coin était sale et ça sentait comme ça. Même la mairie ne peut pas faire
comme nous. »
En Côte d’Ivoire, la question de la collecte sélective est difficilement
dissociable de la collecte informelle notamment pour ce qui est de l’activité des
récupérateurs ambulants informels des villes et des petits « commerçants
ambulants » qui sont tous des acteurs très actifs déjà à la source. Pour la quasi-
totalité des villes ivoiriennes, la récupération informelle s’opère dans les rues et
auprès des ménages et concerne la plupart des déchets recyclables, notamment les
matériaux en plastique, l’aluminium, les métaux ferreux et non ferreux, les déchets
électriques et électroniques et dans une moindre mesure le verre.
En dépit de ses retombées économiques avec un chiffre d’affaire estimé à
852 Millions de FCFA et de sa portée sociale de taille qui est évaluée à environ 12
à 21 milles emplois (Rapport BNETD, 2010), la collecte informelle demeure d’une
part une activité très peu rentable au vu des tonnages recyclés et d’autre part une
activité qui va à l’encontre des efforts de la réforme du secteur des DSM en Côte
d’Ivoire. Ce également, au regard des conditions sanitaires (D. Mamadou, 2010) et
d’exclusion sociale qui caractérisent le métier de la récupération informelle. Nos
interlocuteurs à Abobo-baoulé affirment se retrouver avec plus de 75000Fcfa/mois,
somme au-dessus du SMIG en Côte d’Ivoire, même si certains s’en plaignent. Pour

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plastiques à Abobo-Baoule par les collecteurs privés / Revue Échanges, n° 12, juin 2019
l’un des collecteurs : « Les récupérateurs vivent pour la plupart sont dans la
pauvreté. Ils ont des revenus insignifiants qui ne leur permettent pas de vivre
bien..».
Au même temps, et malgré quelques tentatives d’organisation de ce secteur
force est de constater qu’il s’agit d’une activité qui a plutôt tendance à se
développer davantage et à se généraliser à toutes les villes en de véritables petits
métiers plus ou moins spécialisés (récupérateurs de ferrailles et équipement en fin
de vie, récupérateurs de papiers, récupérateurs de plastiques, etc.) et dont
l’importance des écarts entre les revenus représentent, entre autre, un véritable
frein à l’organisation du métier. Face à cette situation, tout scénario de collecte
sélective formelle est tout simplement appelé à analyser toutes les possibilités
d’intégration, de complémentarité et, le cas échéant, de coexistence avec la
récupération informelle.
4. Déterminants sociaux de l’activité de chiffonniers et ressources des
récupérateurs
Hormis les stratégies mises en place (compétences se rapportant à la
maîtrise de la profession), les récupérateurs utilisent les positions qu’ils occupent et
les pouvoirs qu’ils détiennent pour influencer la pratique de la collecte sélective
dans les décharges et domiciles (D. Souleymane, 2008)
4.1. Déterminants sociaux de l’activité de chiffonniers
« La vérité est bonne à dire, depuis je suis ici, ma vie à changer et je règle
mes problèmes sans demander l’aide des gens autour. », propos d’un collecteur.
Les motivations dans cette activité de collecte sélective varient en fonction des
différents acteurs. Les principales raisons, sont le manque d'un travail alternatif
(souvent à cause d'un faible niveau d'éducation et/ou de discrimination), le besoin
d'un revenu plus élevé et la flexibilité qu'il offre dans les heures et lieux de travail.
Les femmes pratiquent également cette activité pour assurer l’avenir de leur
famille, le conjoint n’a plus de ressources du fait de son âge avancé pour assurer
l’épanouissement familial. Certaines sont veuves et sans soutien financier. Les
raisons sont plus diverses pour les enfants :
-L'incapacité des parents à travailler (handicap, maladie, alcoolisme...) ;
-Les enfants peuvent aussi se sentir responsables de la famille ;
-L'absence d'écoles accessible, le peu d'attractivité des écoles ou le coût des frais
scolaires, le peu d'importance attaché à l'éducation ;
- Le ramassage d'ordures est vu comme un standard de vie, ou une décharge est
située à côté du lieu de vie ;
- Les enfants sont réputés plus agiles et rapides pour trier et ramasser les ordures,
sont payés moins, et pendant ce temps, ils n'ont pas besoin d'un endroit pour les
laisser pendant que les parents travaillent ; - Le travail des enfants est vu comme
« normal » (comme d'autres activités : vendeur d'eau, aides aux chauffeurs de

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bus...), ou les enfants sont supposés participer aux activités de la famille.
Le peu d'éducation n'offre aucune alternative. Tous les enquêtés sont d’accord que
le métier de chiffonnier est un corps misérable, répugnant qui à lui seul ne nourrit
pas convenablement son homme. Ils estiment que les gains ne permettent pas de
couvrir l’ensemble des besoins de leur petite famille. Il ne leur reste plus rien,
lorsqu’ils veulent satisfaire à la fois tous les besoins : les besoins alimentaire ;
scolaire ; paiement de factures d’eau et d’électricité ; soins et couverture médicale.
Que faire dans ces conditions ? Selon un enquêté : « Tant qu’il y aura des objets
plastiques déversées çà et là, lui il mangera. Peu vaut mieux que zéro. » Alors, la
collecte sélective se présente comme une solution aux problèmes des récupérateurs.
Car elles contribuent à l’amélioration des conditions de vie et au maintien de
l’équilibre économique et social de ces derniers.
Les récupérateurs considèrent le trajet des objets plastiques récupérés
comme un secret. Ils refusent d’aborder ces questions avec des personnes
étrangères, des personnes qui ne sont pas de leur milieu. Car pour eux, si ce secret
est cause de tapage médiatique, il y aura un afflux de personnes vers la pratique de
la collecte sélective. Ainsi, avec la concurrence, ils n’auront plus suffisamment de
moyens pour subvenir aux besoins et éventuels problèmes.
4.2. Les déchets plastiques : Une ressource importante aujourd’hui
Dans les décharges d’Abobo-baoulé, les récupérateurs accordent plus
d’importance aux déchets plastiques qu’aux conséquences sur leur santé (Moreno
Sainz María Laura, 2007/3). En effet à Abobo-baoulé, les récupérateurs sont prêts à
tous les sacrifices pour avoir le plus d’objets plastiques recyclables. Dans les
domiciles par exemple, lorsqu’il n’y a personnes aux alentours, ils s’emparent de
certains objets plastiques recyclables comme les seaux, sandales communément
appelés « tapettes ou en attendant ».
A l’intérieur des décharges, il y a des récupérateurs qui complotent pour
voler ou s’accaparer les objets plastiques dénichés par leur collègue. Après fouille,
un récupérateur peut entreposés les objets plastiques collectés sous un hangar à
l’abri des yeux indiscret et aller à la maison ou aller faire du porte à porte en plus.
Il n’est pas sans surprise qu’ils ne les retrouvent plus à son retour. Ainsi,
« Nombreux sont ces récupérateurs flémards et paresseux qui prennent de force le
butin ou objets plastiques collectés par d’autres récupérateurs dans le but de faire
des bénéfices sans aucuns efforts ou souffrances » pour parler comme un jeune
chiffonnier.
Les récupérateurs pour la plupart déplorent la misère dans laquelle ils
vivent. Ils pensent que pratiquer la collecte sélective c’est au moins faire quelque
chose de ces dix doigts, « se défendre » pour ne pas dépendre des autres et avoir un
revenu quand même (BIT, 2013). Ils estiment qu’il n’y a rien de plus précieux que
le travail. Mais à la réalité, « tout porte à croire que l’argent est mieux que la
santé » d’après un chiffonnier. Une chose est certaine, les récupérateurs d’Abobo-

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baoulé ne se voient pas stopper la pratique de la collecte sélective. Pour eux, cette
pratique leur permettra un jour de se rapprocher du luxe que pourraient s’offrir les
fonctionnaires d’État. Pour eux, malgré leur marginalisation ou exclusion sociale,
ils ne perdent pas espoir d’un lendemain meilleur. Pour eux il n’y à pas de « sots
métiers » et « seul le travail paye », donc si tu ne travailles pas tu ne manges pas.
4.3. Ressources des récupérateurs
4.3.1. Position hiérarchique des récupérateurs à la décharge
La collecte sélective à une organisation et un fonctionnement même si elle
n’est pas des plus élogieuses. Les premiers responsables dans les décharges
d’Abobo-baoulé sont les hommes récupérateurs. Ils assurent les fonctions de chef
de décharge. Les postes qu’ils occupent varient en fonction de leur corpulence ou
force physique, de leur ancienneté ou de leur capital social (carnet d’adresse
d’intermédiaires ou potentiels acheteurs) et humain (rapidité dans les fouilles et
une reconnaissance tout de suite des objets potentiellement recyclables). A la
décharge d’Abobo-baoulé, celui qui remplit ces critères est assimilable au directeur
de la décharge. A ce titre, il bénéficie de privilèges. Il peut créer un groupe, en être
le chef de fil à l’effet de faire les fouilles ou le porte à porte sans y participer. Il
peut décider de qui doit avoir accès à la décharge qui devient sa propriété privée.
Malgré tout, pour une des dames à la décharge : « Partout où l’homme est, femme
est là aussi. Chacun fait son travail et ça va vite grâce à Dieu ».
Les femmes viennent en deuxième position et travaillent en plein temps car
elles doivent s’occuper en plus des tâches domestiques. A côté des femmes, au bas
de l’échelle, se trouvent les enfants (garçons comme filles) réputés moins robustes,
mais très agiles pour monter dans les bacs à ordures. Ils sont là pour aider leurs
parents pour la plupart et veillent sur les déchets plastiques collectés, les
débarrassent des impuretés qui sont de nature à donner moins de valeur à l’objet.
4.3.2. Influence des récupérateurs
Les récupérateurs travaillent en équipe (de façon interdépendante) dans les
décharges ou domiciles. Malgré l’individualisme de certains et l’altruisme (en
termes de pouvoir de décision) des autres dans les prises de décision, les
chiffonniers ont tous besoin les uns des autres. Les récupérateurs de « porte » à
« porte » travaillent de sorte à éviter les désagréments avec les populations. Ces
considérations caractérisent le fonctionnement des chiffonniers d’Abobo-baoulé.
Mais, au-delà de cette image, les récupérateurs usent de stratégies
particulières pour obtenir les objets plastiques endommagés dans les ménages
(Simos Jean et Cantoreggi Nicola, 2008). Dans l’entente, la complicité, la comédie
et surtout avec négociation, ils créent des conditions obligeant en quelque sorte les
populations à leur vendre souvent des objets plastiques pour la plupart inutilisés.
En cas d’ennuis, ils s’entraident et « procèdent toujours par arrangement »

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témoigne une chiffonnière. Aussi, dans les décharges d’Abobo-baoulé, la pratique
de la collecte sélective fait partie du quotidien des populations.
Entre récupérateurs, la collecte fait souvent l’objet de débat de
compréhension. A ces occasions, il n’est vraiment pas gênant pour eux de débattre
de ces questions. Ils s’informent, se conseillent et s’accordent sur des stratégies
d’efficacité. Plusieurs considérations sont à l’origine de tels comportements.
5. Aspects employabilité, environnemental et sanitaire
Sans difficulté, un collecteur nous précise : « Gants, bottes, cache nez tout
ça, ça rend lourd. Nous, on n’a besoin de vite travailler pour gagner plus. Tu es
blessé ou autre chose, c’est Dieu qui fait tout. »
Comme dans la plupart des pays en développement (María Laura Moreno Sainz,
2007/3), la Côte d’Ivoire connait un énorme souci au niveau du chômage des
personnes en âge de travailler. Cette réalité s’apprécie à différents niveaux. Tout
d’abord, chez les primo-demandeurs qui connaissent des insertions à minima avec
l’inadéquation formation/emploi et la non-maîtrise des pré-requis scolaires ou
académiques. D’autre part, ceux qui n’ont aucune qualification et sont en quête
d’emploi pour répondre à leurs besoins primaires. Ces chômeurs se reconvertissent
après la pratique d’activités peu porteuses et qui n’ont d’autres choix que de se
plier aux offres plus accessibles sans tenir compte de leurs degrés d’instruction.
Toutes ces catégories se retrouvent sur les mêmes sites de collecte avec les mêmes
défis à relever. Cette activité vient régler d’une certaine façon le problème
d’employabilité des jeunes dans le quartier d’Abobo-baoulé comme c’est bien le
cas dans nos villes africaines surpeuplées. Partant de là ; l’aspect environnemental
est à préciser.
Nos communes souffrent de la démographie galopante et l’énorme
difficulté dans la gestion des ordures ménagères. Et c’est bien cette situation qui a
encouragé la naissance d’unités ou de sociétés privés de pré collecte ou de collecte
d’ordures. Ainsi fait, c’est l’environnement quotidien des populations qui est
débarrassé de monticules d’ordures disséminées ça et là à proximité des
habitations. Les caniveaux permettant de laisser écouler les eaux de ruissellement
servent de dépotoirs, empêchant ceux-ci de jouer le rôle de départ. L’insalubrité
s’en suivant, la santé des populations est mise à mal avec la pollution de
l’environnement et de l’air. Les cas récurrents de maladie sont entre autres le
paludisme, le choléra, la fièvre typhoïde, la bourbouille. La gestion de
l’environnement joue un rôle important au niveau de la santé humaine comme
animale. Les dépotoirs d’ordures à ciel ouvert sont en effet, des endroits où les
chiens airant notamment se nourrissent. La sensibilisation des populations quant
aux conséquences de la mauvaise gestion des ordures doit se faire par approche
communautaire, suivant différentes étapes.

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6. Difficultés rencontrées par les récupérateurs et Stratégies spécifiques pour
une meilleure gestion des déchets ménagers plastiques
6.1. Difficultés rencontrées par les récupérateurs
S’il est vrai qu’il n’y a pas de sots métiers, force est de reconnaître qu’il y a
des métiers à risques. Ainsi la santé des ramasseurs du village d’Abobo-baoulé
n’est pas loin d’être affectée par les ordures ménagères. Les chiffonniers d’Abobo-
baoulé souffrent par moment de fatigue et de mal de tête. Mais vu qu’ils sont
exposés aux produits chimiques, aux odeurs suffocantes, aux microbes, le manque
d’hygiène va engendrer à la longue plusieurs maladies qui pour la plupart sont
pulmonaires et cutanées. Les maladies qui les guettent sont généralement la
tuberculose, le cancer pulmonaire, la fièvre typhoïde, le tétanos, la gale et le sida.
Les récupérateurs ne sont pas à l’abri de ces maladies pour les raisons
suivantes : Les résidus qu’ils ramassent sont composés de produits chimiques. Les
récupérateurs de la décharge d’Abobo-baoulé doivent constamment faire un bilan
de santé ce qui malheureusement n’est pas le cas. La collecte de déchets dans la
décharge et la manipulation même des déchets entraînent des risques sanitaires et
des dangers physiques pour les ramasseurs. En effet, les maladies parasitaires sont
couramment répandues chez ces derniers. « On sait que y a maladie dedans. Mais
moi-même fer m’a coupé beaucoup de fois mais on fait tétanos. Toi-même regarde
les traces sur moi. » (Une femme chiffonnier).
Les dangers sont liés à l’inexistence d’équipements adéquats. Les
ramasseurs marchant en sandales voire pieds nus, sont exposés à des coupures
d'objets tranchants, à des infections par des déchets médicaux (notamment les
seringues, aux morsures d'animaux et aux piqûres d'insectes, aux virus et microbes
de tout genre. Le poids des matériaux et la technique de ramassage créent des
problèmes de dos récurrents. L'instabilité des déchets augmente les risques de
fractures, et les éboulements peuvent être mortels. Les incendies sont fréquents,
volontaires ou non. Le site n’étant pas circonscrit les risques sanitaires peuvent
également s’étendre aux habitations par les animaux qui se nourrissent des déchets
(et qui servent eux-mêmes de nourriture aux habitants) et par la dispersion des
déchets. De plus, l'absence d'infrastructures de base, les latrines en particulier
pousse certains récupérateurs à utiliser les piles d'ordures comme toilettes, d'où une
contamination accrue. En conséquence, leur espérance de vie est en danger. Mais
que l'activité soit légale ou non, le secteur reste majoritairement informel et ne
procure aucune couverture sociale, à l'exception d'initiatives isolées dans certaines
communes pour offrir un minimum de protection aux récupérateurs organisés en
entreprise. Étant donné la grande proportion de femmes et d'enfants dans le secteur
(notamment des enfants des rues, souvent orphelins), il existe enfin un risque à
l'exploitation sociale de la part des revendeurs. Aussi, la totalité de ces risques n’est
pas sans facteur d’accroissement.

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6.2. Stratégies spécifiques pour une meilleure gestion des déchets ménagers
Différentes stratégies ont été élaborées depuis des lustres sans que des
résultats satisfaisants n’aient été constatés. Nous proposons une approche
spécifique qui se présente comme suit :
 Mobilisation communautaire
-Prise de rendez-vous avec les parties prenantes ;
-Réunion avec les différentes parties prenantes ;
-Fixation du jour du diagnostic communautaire ;
 Diagnostic communautaire
-Identification communautaire des facteurs de risque ;
-Identification communautaire des solutions aux facteurs de risque ;
 Restitution communautaire
-Validation et priorisation communautaire des facteurs de risque ;
-Validation et priorisation communautaire des solutions aux facteurs de
risque ;
 Le plan de la mise en œuvre
-Planification communautaire des activités par problèmes ;
-Modalités d’archivage ;
-Conclusion (examen critique et enseignements tirés).
7. Discussion
7. 1. Manque de ressources des récupérateurs
Dans les décharges d’Abobo-baoulé, les récupérateurs pour la plupart sont
sans revenus fixes et vivent dans la misère. C’est véritablement ce manque de
ressources financières qui les pousse à la pratique de la collecte sélective des
déchets plastiques. Ainsi, c’est en vertu de ce manque de revenu consistant, qu’ils
créent les conditions d’une vie meilleure avec la pratique de la collecte sélective
des déchets plastiques. Jack Louamy (2007) 3 partage ce point de vue lorsqu’il
affirme que désœuvrés pour la plupart, mais aussi étudiants pour certains, titulaires
d'un Baccalauréat ou d'un Brevet de Technicien Supérieur pour d'autres, ces jeunes
ne veulent pas rester les bras croisés. Faute de moyens financiers, ils sont donc
obligés de s'adonner à cette activité pour subvenir à leurs besoins et aux besoins de
leur famille pour la plupart démunie.
L’étude montre que des jeunes dans le district d'Abidjan, s'adonnent de
plus en plus à la récupération d'ordures plastiques. Cette activité qualifiée de
répugnante par certaines personnes, est une véritable manne, génératrice de
revenus. C’est en cela qu’un adulte chiffonnier s’explique :

Je gagne 1000 Fcfa par jour en récupérant les déchets plastiques dans les poubelles
des ménages ou dans les décharges. Je suis en année de licence à la faculté de
droit. N'ayant personne à Abidjan pour m'aider, je suis obligé d'exercer ce petit
métier pendant mes heures libres. » À en croire notre nouvel interlocuteur, l'activité

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de récupérateur nourri véritablement son homme. « Je peux me retrouver chaque
fin de mois avec 40 000 ou 55 000Fcfa ».
C'est dire que cette activité génère beaucoup d'argent. Et, les jeunes qui ont
sans doute flairé le coup, s'y intéressent de plus en plus. La rémunération quant à
elle, dépend de l'importance des ordures plastiques récupérées.
D’après le modèle d’analyse de Jack LOUAMY, il existe une solution pour
aider ces récupérateurs. Il reste persuadé que s’ils sont encadrés et que le prix des
objets plastiques récupérés était revu à la hausse ou stabilisés chez tous les
intermédiaires ou revendeurs, les récupérateurs de déchets plastiques seraient
beaucoup plus motivés, encouragés et auraient plus d’ardeur pour pratiquer la
collecte sélective. Pour lui, la hausse des gains est un facteur susceptible de
prévenir la corruption, le vol ou le banditisme de ces personnes désœuvrées. Si les
gains attendus de cette débrouillardise sont supérieurs, il est évident que ces
derniers s’adonneront à cœur joie à collecter les déchets plastiques hautement
encombrant pour notre environnement.
À l’issue de cette analyse, même si Jack Louamy a réussi à démontrer que
les récupérateurs qui gagnent mieux ont plus souvent plus d’ardeur à prendre part à
la collecte sélective des déchets plastiques que leurs collègues gagnant moins, il est
clair que les ressources des récupérateurs contribuent à la pratique de la collecte
sélective.
7.2. Environnement des chiffonniers
La collecte sélective des déchets plastiques dans les domiciles et décharges
d’Abobo-baoulé sont caractérisées comme des pratiques de « débrouillardise » et
de « gombo2. » Selon les enquêtés, aucun quartier n’est en marge de ces pratiques.
Malgré cela, il n’existe pas d’institutions suffisamment compétentes pour avoir un
œil regardant à cette activité. Cette défaillance prédispose et encourage les
récupérateurs à s’adonner à la pratique de collecte sélective sans aucune
inquiétude& aide extérieure. D’ailleurs bon nombre de ces récupérateurs
considèrent cette pratique comme orpheline, laissé pour compte.
Toujours dans le même ordre d’idée, Moreno Sainz María Laura (2007/3) pense
que la plupart des cas de naissance de filières de collectes sélective informelle
reflètent des problèmes plus généraux de gouvernance et de désintérêt du secteur
public. Ainsi, l’absence de collecte sélective organisée entraîne l’apparition de
décharges sauvages comme à Buenos Aires. La même situation prévaut dans de
nombreuses villes des autres pays en développement. Les déchets plastiques sont
omniprésents dans l’environnement urbain. Ils jonchent les rues, caniveaux.
De même, une étude réalisée par le PNUD (2017) s’inscrit dans la même
perspective. Cette étude porte sur une analyse globale de l’environnement des pays
en développement. Selon cette étude, le degré d’insalubrité dépend globalement de

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Terme issu du jargon populaire ivoirien nouchi qui signifie : travail, tâche, activité.

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l’absence ou non de collectes sélectives formelles qui disposent de capacités de
contrôle.
C’est pourquoi, pour la prise en compte des récupérateurs dans la gestion
des ordures ménagères les incitent à travailler de manière plus acharnée. Lorsque
les contrôles, formations, investissements ou aides des gouvernants sont fréquents,
les récupérateurs fournissent plus d’effort. Comme débarrasser l’environnement
des déchets plastiques recyclables mais aussi non recyclables ; dans le cas
contraire, ils auront tendance à se tourner que vers ceux seulement commerciales. Il
ressort de cette analyse que, l’environnement de la filière de collecte sélective des
déchets plastiques a besoin d’être régi par des normes pour réguler l’enlèvement
journalier des déchets plastiques qui jonchent nos rues.
7.3. Les opportunités de collecte de déchets plastiques
Les domiciles proposent les mêmes produits que ceux collectés à la
décharge avec des coûts suffisamment au rabais et moins d’efforts. Les
récupérateurs achètent et revendent ces produits aux intermédiaires ou agro-
industriels (le plus souvent pas en difficulté financière). Le marché noir encourage
donc la naissance de filières informelles de déchets plastiques et, met en cause les
fonctions et attributions réelles des agents du ministère de la salubrité dans la
mesure où un tiers peut désormais assurer un service censé être du ressort des
municipalités ou société ayant obtenu la charge de la gestion des ordures
ménagères en général.
Au regard de cette analyse, il serait intéressant de comprendre que les
opportunités ou sites de récupération constituent un facteur éminent de pratique de
collecte sélective. A ce niveau d’analyse, il est possible d’affirmer que hormis les
domiciles, tous les autres sites visités par les récupérateurs de la collecte sélective
réside dans les opportunités de trouver des déchets plastiques recyclables dans tous
les endroits. Autrement dit, c’est en général sous l’inspiration des opportunités d’en
trouver partout que les récupérateurs éprouvent les idées de pratiquer la collecte
sélective.
7.4. Croyances des récupérateurs d’abobo-baoule
Dans les décharges d’Abobo-baoulé, pour les récupérateurs ce qui compte,
c’est dans un premier temps, c’est ce qu’ils peuvent avoir. Ils pratiquent la collecte
sélective pour selon eux, atténuer leurs difficultés financières et l’exclusion social
car ils sont persuadés que les fonctionnaires et eux, devraient être vus de la même
manière ou même plus ; pour la simple raison qu’ils travaillent pour notre
environnement à tous. Ils estiment qu’il n’y a rien de plus précieux que la
sauvegarde de l’environnement.
Conformément aux croyances des récupérateurs d’Abobo-baoulé, une
étude réalisée par SIMOS Jean et Cantoreggi Nicola (dans le cadre d’une étude sur
les déchets ménagers et déchets assimilés au Burkina Faso en 2008) auprès de

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citoyens, montre que la plupart des récupérateurs des pays en développement
interrogées sont marginalisés. Selon cette étude, les différentes réponses des
citoyens reflètent les croyances des citoyens de chaque continent en matière de
collecte sélective. De plus, après une profonde analyse portée sur les récupérateurs
en matière d’aides financières et de couvertures médicales, Diabate Mamadou
(2010) restent persuadés que le nombre de personnes qui pratiqueraient la collecte
sélective serait deux fois plus élevé si des crédits affectés au secteur parvenaient
dans leur intégralité à destination.
Au terme de ce développement, il importe de savoir que la pensée précède
l’action. Ici, la notion de « pensée » constitue les croyances que les individus
pourraient se faire d’une réalité quelconque ; et l’action représente la pratique de
collecte sélective. Ce qui est socialement conçu influence les croyances
individuelles, prend possession des individus et les contraint à des agissements tels
que la pratique de la récupération informelle, malgré les risques encourus.
Même si les auteurs n’abordent pas la question, l’utilisation d’excitants et
autres drogues est une pratique courante chez certains chiffonniers. La prise de ces
produits leur permet de supporter la pénibilité de l’activité et d’être plus efficaces
en termes de rendement. Fort est de reconnaitre que le milieu est favorable à la
prise de ces produits. D’une part, l’allure de ces chiffonniers ne peut révéler leur
attitude et d’autre part l’activité elle-même est perçu comme répugnante par les
populations et s’attendent à toute forme de dérive. Ce comportement est donc à
risque car des agressions et des vols et autres actes malveillants ont été perpétrés
par des chiffonniers selon eux-mêmes. Un regard doit être porté sur ce côté
insoupçonné du métier de chiffonnier.
Conclusion
La problématique élaborée par rapport à notre recherche porte sur la
question centrale suivante : Comment les chiffonniers s’organisent-ils pour mener à
bien leur activité à Abobo-baoulé ? Le constat qui s’en suit est que chaque
catégorie d’acteurs possède une logique de fonctionnement pour le ramassage des
déchets plastiques. Dans ce contexte général, il ressort que les récupérateurs sont
plus conscients des risques sanitaires qu’ils encourent en exerçant ce métier,
cependant, n’ayant aucune ressource, ils sont obligés de s’y adonner dans un but
bien précis, celui de gagner de l’argent. Selon les situations, le tri à la source et la
collecte sélective peuvent être suivis ou non par un second tri (dit aussi tri positif)
pour une séparation poussée des différents matériaux collectés. Le tri en aval quant
à lui, est un simple tri qui se fait à la main, les populations refusant de le faire. Cela
permet une séparation très poussée de l’ensemble des matériaux recyclables du
mélange de départ.
L’amélioration de ce secteur d’activité s’avère indispensable, vu
l’importance des tâches à conduire. Mais au-delà de cela, il s’agit de donner une
image plus honorable à ce secteur d’activité et plus encore d’apporter une aide aux

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Allassane SOGODOGO, N’Dri Parfait KOUAKOU, Konan Kan Félix YAO / Gestion des déchets
plastiques à Abobo-Baoule par les collecteurs privés / Revue Échanges, n° 12, juin 2019
récupérateurs afin qu’ils exercent ce métier avec plus d’ardeur que de contraintes.
Nous pouvons retenir que l’émergence des ordures ménagères et l’inefficacité des
services de gestion de ceux-ci sont à la base de la naissance des filières de collecte
en l’occurrence, celle de la filière de collecte sélective des déchets plastiques
d’Abobo-baoulé. Cela vient régler un temps soit peu les problèmes
environnementaux, sanitaires et d’employabilité dans le quartier et à Abidjan.
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