Introduction aux équations de Navier-Stokes
Introduction aux équations de Navier-Stokes
Diego Chamorro
Diego Chamorro
5 juin 2023
Table des matières
3 Solutions classiques 43
3.1 Equation de la chaleur et équation de Laplace . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
3.2 Décomposition de Helmholtz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
3.3 Problème de Stokes et tenseur d’Oseen . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
3.4 Solutions classiques des équations de Navier-Stokes . . . . . . . . . . . . . . . 64
3.5 Formulation différentielle et formulation intégrale . . . . . . . . . . . . . . . . 78
3.6 Propriétés de décroissance spatiale des solutions classiques . . . . . . . . . . . 80
3.7 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
Bibliographie 201
i
ii TABLE DES MATIÈRES
Index 204
Introduction
L’objectif de ce livre est de présenter une première étude relativement élémentaire des
équations de Navier-Stokes, équations qui proviennent d’une modélisation mathématique de
la mécanique des fluides. Indiquons tout de suite qu’il n’exite pas une équation de Navier-
Stokes, mais des équations de Navier-Stokes en fonction du cadre de travail adopté et des
objectifs recherchés.
~ + f~,
~ u − ∇p
∂t ~u = ν∆~u − (~u · ∇)~ div(~u) = 0, ν > 0, (1)
Bien évidemment, et le lecteur peut le deviner sans problème, chacune de ces approches,
chaque angle d’attaque, induit un choix très particulier d’outils et de techniques et il suffit de
parcourir la table des matières de livres couvrant ces sujets (voir par exemple [21], [44], [35],
[45]) pour prendre conscience qu’il ne sera pas possible de traiter toutes les particularités des
équations de Navier-Stokes, même s’il s’agit d’un livre à caractère encyclopédique. . . et ceci
iii
iv TABLE DES MATIÈRES
est d’autant plus vrai pour un livre comme celui-ci qui se veut une introduction.
Voici maintenant une liste des thèmes qui seront abordés ici.
Dans le premier chapitre nous allons présenter très rapidement comment les équations de
Navier-Stokes se déduisent à partir de quelques hypothèses générales sur les fluides et nous
obtiendrons des propriétés fondamentales qui guideront notre étude tout le long de ce livre :
ces propriétés sont inhérentes à la structure des équations de Navier-Stokes et il convient de
les avoir à l’esprit avant de se lancer dans des calculs compliqués.
Le deuxième chapitre est consacré à la présentation des outils mathématiques qui seront
constamment mis en oeuvre. La plupart des objets sont supposés connus, nous ferons donc
qu’un rappel (parfois sans démonstrations) de leurs principales propriétés tout en donnant
les références nécessaires. Toutefois, quelques preuves sont détaillées dans les exercices à la
fin de ce chapitre.
Le vif du sujet est abordé au troisième chapitre, dans lequel nous présentons comment
obtenir des solutions “classiques” des équations de Navier-Stokes : il s’agit donc de fonctions
qui vérifient fortement ces équations, c’est à dire dans le sens où les dérivées considérées
sont des dérivées usuelles, et on obtiendra alors des résultats d’existence et d’unicité pour
ces équations avec des fonctions suffisamment régulières. Les idées exposées ici, ainsi que les
techniques associées, sont celles du début du XXème siècle (dûes principalement aux travaux
d’Oseen en 1911 [41]) et elles permettent de dégager quelques propriétés intéressantes des
solutions des équations de Navier-Stokes.
Les solutions mild seront exposées au quatrième chapitre et ce type de solutions généralisent
aux espaces de Sobolev les résultats du chapitre précédent. On donnera dans ce chapitre une
démonstration du théorème de Fujita-Kato, obtenu en 1964 [20], et il sera alors possible de
considérer des fonctions dont les dérivées peuvent être prises dans un sens beaucoup plus
général. Néanmoins, même si le cadre fonctionnel étudié ici est plus large que celui exposé au
troisième chapitre, la nature des résultats (existence, unicité, temps d’existence) est essen-
tiellement la même et les problèmes soulevés par la technique d’Oseen se retrouveront mutati
mutandis dans le cadre proposé par Fujita-Kato.
Les solutions construites dans tous les chapitres précédents (que ce soit en suivant les idées
TABLE DES MATIÈRES v
d’Oseen ou celles de Fujita et Kato) sont uniques, mais leur temps d’existence est lié à la taille
des données initiales. Pour obtenir des solutions globales en temps pour des données initiales
grandes il est donc nécessaire d’utiliser une autre méthode. Nous exposons dans le sixième
chapitre comment obtenir des solutions faibles en suivant le procédé de J. Leray développé
en 1934 [34] : l’idée consiste à régulariser tout d’abord le problème de Navier-Stokes pour
ensuite, grâce à un contrôle a priori sur les solutions de ce problème régularisé, prolonger le
temps d’existence des solutions approchées. On pourra ensuite récupérer des solutions glo-
bales en temps des équations de Navier-Stokes via un passage à la limite dans le paramètre de
régularisation. Cette technique, totalement fondamentale dans l’étude actuelle des équations
de Navier-Stokes, présente quelques inconvénients qui seront exposés et commentés dans ce
chapitre. Un point particulièrement important est le suivant : on obtient bien des solutions
globales en temps avec de propriétés intéressantes, mais on ne dispose d’aucun critère d’uni-
cité.
Dans le septième chapitre nous présentons une autre approche qui permet d’obtenir les
solutions faibles de Leray : si les idées fondamentales et les conclusions seront essentiellement
les mêmes, le point de vue adopté ici (relié aux solutions d’hyperviscosité) mérite le détour.
En effet, on verra que le fait de modifier les équations de Navier-Stokes en introduisant un
opérateur bi-Laplacien a, grosso modo, les mêmes conséquences que régulariser le terme non
linéaire lorsqu’il s’agit de construire des solutions faibles.
Dans le huitième chapitre nous nous intéressons à des problèmes d’explosion en temps
fini des solutions mild. Mais, nous ne savons pas traiter directement ce problème pour les
équations de Navier-Stokes et c’est pour cette raison que nous allons considérer ici un modèle
simplifié qui partage quelques éléments communs avec les équations de Navier-Stokes et qui
permettra de mettre en oeuvre un processus qui conduit vers l’explosion des solutions mild.
Ce chapitre explique, en partie, les difficultés techniques liées au principe de contraction de
Banach-Picard utilisé pour obtenir des solutions mild.
Les équations de Navier-Stokes sont des équations d’évolution, mais il est également très
intéressant d’étudier le problème stationnaire, c’est à dire lorsque le problème ne dépend
pas du temps. On pourrait croire que les techniques développées pour étudier le problème
d’évolution peuvent s’appliquer pour étudier le problème stationnaire, mais nous verrons que
ce n’est pas le cas et qu’il faudra considérer des résultats complètement différents afin de
pouvoir construire des solutions du problème stationnaire. Ceci sera réalisé au neuvième cha-
pitre où nous verrons également quelques problèmes propres au cas stationnaire.
∗ ∗ ∗
vi TABLE DES MATIÈRES
Chapitre 1
Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’un fluide ? Nous dirons tout simplement qu’un fluide
est un corps matériel qui peut se déformer de façon parfaite, comme par exemple les liquides
(eau, huile), les gaz (air) ou les plasmas. Cependant, la nature étant généreuse, tous les fluides
ne possèdent pas forcément les mêmes propriétés et ils ne réagissent pas tous de la même
manière face aux forces extérieures : il est clair que le miel ne se comporte pas de la même
façon que l’eau, par exemple. Ainsi les équations de Navier-Stokes que nous allons étudier
dans ce livre correspondent à un modèle très particulier de fluide dont les lignes générales
se basent sur quelques hypothèses simples. Toute la théorie qui sera développée ici repose
tout d’abord sur une hypothèse de continuité : le comportement général (macroscopique) du
fluide correspond à celui d’un corps parfaitement continu et toutes les quantités qui lui sont
reliées (température, densité, vitesse, pression) sont censées varier continûment d’un point à
un autre. Ensuite on supposera que le fluide est incompressible : une parcelle de fluide peut
se déformer mais on ne pourra pas la dilater ni la comprimer. En outre on considèrera des
fluides qui sont homogènes et isotropes : la densité ne dépend pas de la position et il n’existe
aucune direction privilégiée. Finalement, les objets considérés sont des fluides newtoniens :
leur comportement général est indépendant des forces extérieures. Par exemple, l’eau même
mélangée à une certaine vitesse garde son comportement de liquide, mais cela n’est plus le
cas pour de la crème liquide qui, correctement fouettée, peut se convertir en crème Chantilly,
avec des propriétés physiques qui ne correspondent plus du tout à celles d’un fluide !
Hypothèses générales
1
2 Chapitre 1. Un peu d’histoire et un peu de physique
Hypothèses mathématiques
Voilà pour le cadre de travail général, mais comment sommes-nous arrivés aux équations de
Navier-Stokes ?
n’est pas satisfaisant pour décrire l’écoulement des fluides : il manquait un terme qui puisse
expliquer la déformation de ces derniers.
Les problèmes de déformation des corps (la flexion de plaques) étaient en plein essor
au début du XIXème siècle et C. Navier proposa en 1821 [38] un modèle pour l’étude de
l’élasticité des corps solides et il eut l’idée d’appliquer ce modèle à l’hydrodynamique en 1822
[37]. Il introduit alors une modification des équations d’Euler en rajoutant un terme qui expli-
quait la déformation élastique du fluide. Mais l’expression de ce terme supplémentaire ne fut
pas immédiatement acceptée par la communauté scientifique de l’époque et des discussions
passionnées eurent lieu entre Navier, Poisson et Cauchy concernant l’expression exacte de ce
terme. Pendant les années 1842-1845, G. Stokes développe sa propre théorie de l’élasticité
dans le cadre de l’hydrodynamique et obtient des résultats similaires à ceux de Cauchy et,
bien qu’il conteste les résultats obtenus par Navier, les équations résultantes sont essentiel-
lement les mêmes. Le modèle mathématiques ainsi proposé fut mis à l’épreuve des données
expérimentales et, du moins dans le cadre des fluides laminaires, ces équations furent ac-
ceptées par ingénieurs et physiciens et c’est ainsi que ces équations portent aujourd’hui le
nom de Navier et de Stokes.
Cependant, si les équations de Navier-Stokes sont un bon modèle pour les fluides lami-
naires très réguliers, la situation se complique lorsqu’on étudie les fluides turbulents dans
lesquels la présence de tourbillons rend extrêmement délicate la modélisation. Les fluides en
état turbulent ont été étudiés par O. Reynolds dès 1883 [43] puis par A. Kolmogorov [30] en
1941, et par bien d’autres chercheurs depuis, mais une modélisation mathématique rigoureuse
de la turbulence reste encore un problème ouvert au XXIème siècle, voir par exemple [28].
Incluses dans la liste de sept problèmes du millénaire [10], les équations de Navier-Stokes
ont récemment attiré l’attention d’une communauté mathématique et scientifique plus large
et bien des questions concernant ces équations font l’objet de recherches et de publications
actuelles. Dans cette (très) courte introduction, il n’est bien évidemment pas possible de
présenter tous les développements autour des équations de Navier-Stokes, et pour plus de
détails historiques nous renvoyons au livre [16].
d
Xx (t) = ~u(t, Xx0 (t)). (1.1)
dt 0
Si Q représente une certaine quantité physique rattachée à une parcelle de fluide, alors
Qx0 (t) représentera cette quantité au temps t dont le point initial est x0 .
• Cadre Eulérien. Ici, le référentiel est fixé une fois pour toutes, on dispose alors d’un
point (t0 , x0 ) qui correspond à l’origine de l’espace [0, +∞[×R3 et on laisse évoluer le
fluide comme dans un laboratoire. Donc, si Q est une quantité physique, nous avons
tout simplement que Q(t, x) correspond à la valeur de cette quantité physique au
temps t et au point x dans le repère fixé.
Il y a bien sûr un lien entre ces deux approches : si Qx0 (t) est une quantité physique en
description lagrangienne et si Q(t, x) est la même quantité en description eulérienne, alors on
a l’identité suivante que relie la variation dans le temps de cette quantité Q dans ces deux
cadres :
3
d X d
Qx0 (t) = ∂t Q(t, x)|x=X + ∂i Q(t, x)|x=X Xx ,i (t).
dt x 0 (t) x0 (t) dt 0
i=1
Afin de différencier les dérivées partielles dans ces repères, on note traditionnellement la
d D
dérivée en coordonnées lagrangiennes dt Qx0 par Dt Qx0 et cette opération est appelée la
dérivée matérielle de la quantité Q. Ainsi, avec la relation (1.1) nous pouvons écrire
D ~
Qx (t) = ∂t Q(t, x) + (~u · ∇)Q(t, x). (1.2)
Dt 0
La base de la modélisation
Une fois que nous avons fixé la relation entre ces deux cadres de référence, nous passons à
la modélisation des équations de Navier-Stokes et le point de départ de cette modélisation est
donné par un petit élément de volume δV du fluide qui contient suffisamment de particules
mais dont taille reste infinitésimale par rapport à l’échelle macroscopique (petit élément de
volume donc, mais sans pour autant atteindre l’échelle moléculaire). Ainsi, si q = q(t, x0 ) est
une certaine quantité physique que l’on souhaite étudier, qui dépend de la variable de temps
t ∈ [0, +∞[ et de la position x0 ∈ R3 , alors notre connaissance de q au temps t sera donnée
par des moyennes prises sur ces éléments de volume δV qui contiennent le point x0 :
Z
QδV (t) = q(t, y)dy.
x0 ∈δV
Vt = y ∈ R3 : y = Xx (t), avec x ∈ V0 ,
1.2. Rapide déduction physique des équations de Navier-Stokes 5
donné par l’écoulement du fluide. Ainsi l’élément de volume dy de Vt sera associé à l’élément
de volume J(t, x)dx où J(t, x) est le Jacobien du transport x 7−→ Xx (t) et si l’on souhaite
étudier comment se comporte
ceJacobien avec l’évolution dans le temps, on devra considérer
∂
la quantité D(t, x) = det ∂xi yj (on a donc la relation J(t, x) = |D(t, x)|). En remar-
1≤i,j≤3
quant tout d’abord que l’on a par l’équation (1.1) :
3
∂ ∂ ∂ X ∂ ∂
∂t yj = (∂t yj ) = (uj (t, y)) = uj (t, y) yk ,
∂xi ∂xi ∂xi ∂yk ∂xi
k=1
∂ x1
∂
et en notant ∂x le vecteur ∂x2 , nous pouvons alors écrire
∂ x3
∂ ∂ ∂ ∂ ∂ ∂ ∂ ∂ ∂
∂t D(t, x) = det ∂t y1 , y2 , y3 + det y1 , ∂t y2 , y3 + det y1 , y2 , ∂t y3
∂x ∂x ∂x ∂x ∂x ∂x ∂x ∂x ∂x
3
X ∂ ∂ ∂ ∂
= u1 (t, y) det yk , y2 , y3
∂yk ∂x ∂x ∂x
k=1
3
X ∂ ∂ ∂ ∂
+ u2 (t, y) det y1 , yk , y3
∂yk ∂x ∂x ∂x
k=1
3
X ∂ ∂ ∂ ∂
+ u3 (t, y) det y1 , y2 , yk ,
∂yk ∂x ∂x ∂x
k=1
en observant maintenant que certaines colonnes des déterminants ci-dessus sont identiques
on obtient
∂ ∂ ∂ ∂ ∂ ∂
∂t D(t, x) = u1 (t, y) + u2 (t, y) + u3 (t, y) det y1 , y2 , y3 ,
∂y1 ∂y2 ∂y3 ∂x ∂x ∂x
ce qui nous donne l’équation
∂t D(t, x) = div(~u)D(t, x).
Si on considère la condition initiale D(0, x) = 1 et en se rappelant que l’on a la relation
J(t, x) = |D(t, x)|, nous obtenons l’expression suivante (l’exponentielle est positive) :
Z t
J(t, x) = exp div ~u(s, Xx (s)) ds . (1.3)
0
A partir de cette formule on remarque que la divergence div(~u) du champ de vitesse ~u explique
les variations du volume (compression ou dilatation) au cours du temps et nous reviendrons
sur ce fait un peu plus tard.
et alors Z
d
Q(t) = ∂t q(t, Xx (t)) J(t, x) + q(t, Xx (t))∂t J(t, x)dx.
dt V0
6 Chapitre 1. Un peu d’histoire et un peu de physique
D
Mais comme on a ∂t (q(t, Xx (t))) = Dt q(t, y) et ∂t J = div(~u)J, avec J(t, x)dx = dy, en
utilisant ces identités nous avons alors la formule de convection ci-dessous :
Z Z
d D
q(t, y)dy = q(t, y) + q(t, y)div(~u(t, y)) dy, (1.4)
dt Vt Vt Dt
Z
qui explique la variation dans le temps des quantités du type q(t, y)dy.
Vt
mais étant donné que la masse d’une parcelle de fluide ne varie pas au cours de
d
l’écoulement de celui-ci (préservation de la masse), on en déduit dt m(t) = 0, ce qui
donne Z Z
d D
ρ(t, y)dy = ρ(t, y) + ρ(t, y)div(~u(t, y))dy = 0,
dt Vt Vt Dt
et pour que cette relation soit vraie pour tout élément de volume initial V0 , on obtient
la relation de conservation de la densité :
D
ρ + ρ div(~u) = 0. (1.5)
Dt
Ainsi, si le fluide est incompressible, ce qui s’exprime par l’invariance dans le temps
D
de la densité des parcelles de fluide, alors nous avons Dt ρ = 0, ce qui induit que la
divergence du champ de vitesse doit être nulle :
div(~u) = 0. (1.6)
On remarquera que cette condition est en accord avec la formule (1.3) qui explique la
dilatation ou la compression des éléments de volume.
D
De plus, par la formule (1.2) nous avons l’équation Dt ρ = ∂t ρ + (~u · ∇)ρ = 0, mais
comme nous avons supposé que le fluide est homogène alors la densité du fluide est
indépendante de la position (ce qui se traduit par ρ(t, x) = ρ(t)) et l’on a (~u · ∇)ρ = 0
d
et donc ∂t ρ = dt ρ = 0, ce qui nous permet de conclure que la densité est constante en
variables de temps et d’espace :
ρ = Cste.
• Pression. Lorsqu’une parcelle de fluide occupe une partie de l’espace, elle subit une
pression de la part des autres parcelles et cette pression s’exerce sur les parois du
volume de la parcelle avec un signe contraire à la normale, ce qui nous permet d’écrire
Z
~
Fpression = − p · ~ν dσ,
∂Vt
Indiquons que cette pression existe même lorsque le fluide est en repos comme l’a
montré Pascal en 1646 avec l’expérience hydrostatique “crève-tonneau” déjà men-
tionnée page 2.
8 Chapitre 1. Un peu d’histoire et un peu de physique
• Viscosité. Lorsqu’un fluide est visqueux, il réagit comme un corps élastique qui résiste
aux déformations et il y a en particulier des phénomènes de friction qui dégagent de
la chaleur. Si le fluide est isotrope, homogène et si l’on suppose en plus que le fluide
est newtonien, alors cette résistance aux déformations se concrétise par des forces de
viscosité de la façon suivante
où µ et λ sont des paramètres physiques liés à la nature du fluide. On notera que si le
fluide est incompressible (div(~u) = 0), alors les seules forces de viscosité sont données
par le terme µ∆~u. Voir les livres [16] et [45] pour plus de détails à ce sujet.
Avec cette très courte étude des forces et avec l’incompressibilité du fluide, l’expression (1.9)
devient alors
div(~u) = 0,
et nous avons obtenu ainsi les équations de Navier-Stokes telles qu’elles seront étudiées
tout au long de ce livre.
Mais avant de commencer une étude mathématiques de ces équations, quelques remarques
s’imposent.
• La force extérieure est une donnée du problème, de sorte que les inconnues dans les
équations de Navier-Stokes sont la vitesse ~u et la pression p. Ainsi, pour résoudre
les équations de Navier-Stokes, il faut alors donner un couple (~u, p) de fonctions où
~u : [0, +∞[×R3 −→ R3 et p : [0, +∞[×R3 −→ R et un intervalle de temps [0, T ] pour
lequel on a les relations (1.11).
∂t u2 (t,x1 ,x2 ,x3 )=ν∆u2 (t,x1 ,x2 ,x3 )−[u1 ∂x1 u2 +u2 ∂x2 u2 +u3 ∂x3 u2 ](t,x1 ,x2 ,x3 )−∂x2 p(t,x1 ,x2 ,x3 )+f2 (t,x1 ,x2 ,x3 ),
∂t u3 (t,x1 ,x2 ,x3 )=ν∆u3 (t,x1 ,x2 ,x3 )−[u1 ∂x1 u3 +u2 ∂x2 u3 +u3 ∂x3 u3 ](t,x1 ,x2 ,x3 )−∂x3 p(t,x1 ,x2 ,x3 )+f3 (t,x1 ,x2 ,x3 ).
ou encore :
div(~u) = ∂x1 u1 + ∂x2 u2 + ∂x3 u3 = 0,
∂t u1
∆u1 u1 ∂x1 u1 + u2 ∂x2 u1 + u3 ∂x3 u1 ∂ x1 p f1
(1.12)
∂ t u2
= ν ∆u2 − u1 ∂x u2 + u2 ∂x u2 + u3 ∂x u2 − ∂x p + f2 .
1 2 3 2
∂t u3 ∆u3 u1 ∂x1 u3 + u2 ∂x2 u3 + u3 ∂x3 u3 ∂ x3 p f3
Il convient de garder en tête cette écriture des équations de Navier-Stokes car elle explicite
~ u.
son caractère vectoriel tout en donnant une expression détaillée du terme non linéaire (~u · ∇)~
Quelques remarques
• L’hypothèse de conservation de la densité donne la relation d’incompressibilité div(~u) =
0 et nous verrons par la suite que cette hypothèse est cruciale pour mener à bien cer-
tains calculs que nous nous proposons de réaliser.
• Notre cadre de travail en variable d’espace est R3 tout entier et le fluide est censé
remplir tout cet espace. Puisque nous avons supposé que ce fluide est homogène et
isotrope, si les équations de Navier-Stokes sont vérifiées au point x ∈ R3 alors elles
doivent encore être valables au point x + x0 pour tout x0 ∈ R3 . Cette propriété im-
plique que tous les objets que nous allons considérer ici devront être invariants par
10 Chapitre 1. Un peu d’histoire et un peu de physique
translation : que ce soit les opérateurs différentiels ou les normes qui serviront à ca-
ractériser les espaces de fonctions.
où, pour plus de simplicité, nous avons pris une force extérieure nulle f~ = 0. Pour
λ > 0, nous allons étudier ~uλ et pλ les dilatées de facteur λ de la vitesse et de la
pression définies par les expressions
où les paramètres αi et βi (1 ≤ i ≤ 3) seront fixés ci-dessous. En effet, par les mêmes
raisons d’invariance évoquées au point précédent, si (~u, p) sont solutions des équations
de Navier-Stokes, alors (~uλ , pλ ) doivent également être des solutions de ces équations,
mais cette fois-ci il est nécessaire d’imposer des conditions sur les exposants αi et βi .
En effet, un calcul direct montre que si ~u(t, x) et p(t, x) sont solutions des équations
(1.13), alors pour tout λ > 0 les fonctions
le sont également. Cette propriété d’homogénéité des solutions par rapport aux di-
latations est totalement fondamentale et elle façonnera les espaces fonctionnels avec
lesquels nous allons travailler tout au long de ce livre.
alors ces nouvelles variables vérifient également les équations de Navier-Stokes mais
cette fois-ci avec une viscosité ν = 1. On remarquera donc que le fait de fixer ν = 1
revient à faire une dilatation en variable de temps, ce qui d’un point de vue purement
technique ne pose aucun problème particulier.
∗ ∗ ∗
Indiquons pour finir que dans le cas où le paramètre de viscosité ν est nul, on parlera
alors de fluide idéal et on obtient les équations d’Euler :
div(~u) = 0,
(1.15)
t
~
∂ ~u = −(~u · ∇)~u − ~
∇p + ~
f ,
dont l’étude mathématique complète reste encore un problème ouvert qui ne sera pas
abordé ici.
Chapitre 2
Dans ce chapitre nous allons présenter la plupart des objets mathématiques qui seront
nécessaires pour mener à bien l’étude que nous nous proposons de faire sur les équations
de Navier-Stokes. Nous supposerons que le lecteur est familier avec les notions de base de
l’analyse fonctionnelle, de l’analyse de Fourier et de la théorie des distributions et la plupart
des énoncés de ce chapitre seront donnés sans démonstration.
Mais de quoi avons-nous besoin ? En plus de quelques identités vectorielles, nous aurons
essentiellement besoin de mesurer la taille des fonctions à l’aide des espaces de Lebesgue ainsi
que de leurs dérivées (ce qui sera fait en utilisant les espaces de Sobolev) et ces ingrédients
seront plus que suffisants pour une première étude mathématique des équations de Navier-
Stokes.
2.1 Généralités
2.1.1 Espaces de fonctions à valeurs réelles
Notre point de départ sera donc l’espace de fonctions continues bornées définies sur l’es-
pace Rn avec n ≥ 1 à valeurs dans R :
normé par kϕk∞ = sup |ϕ(x)|. De même, on considèrera l’espace Cbk (Rn ) des fonctions k fois
x∈Rn
continument dérivables et dont toutes les dérivées sont bornées qui est donné par l’ensemble
Pour tout k ≥ 0, les fonctions dont les k-ième dérivées existent et sont continues, mais qui
ne sont pas nécessairement bornées, seront dite de classe C k (Rn ). On dira qu’une fonction
ϕ : Rn −→ R est régulière si elle est indéfiniment dérivable, ce que l’on notera ϕ ∈ C ∞ (Rn ).
11
12 Chapitre 2. Les outils de base
Lorsque le support des fonctions est compact, on adoptera la notation C0k (Rn ), avec k ≥ 0
pour désigner cette information supplémentaire. L’espace des fonctions test, c’est à dire l’es-
pace des fonctions régulières à support compact, sera noté D(Rn ) ou encore C0∞ (Rn ).
On remarquera que l’on a l’identité d’espaces Cb0 (Rn ) = Cb (Rn ), C 0 (Rn ) = C(Rn ), ou en-
core C00 (Rn ) = C0 (Rn ) et l’on utilisera indistinctement ces notations.
Les espaces de fonctions Cbk (Rn ), C k (Rn ) et C0k (Rn ) que nous venons de présenter sont des
espaces classiques où l’étude de la régularité des fonctions se réalise au sens fort : les fonctions
sont suffisamment dérivables et les dérivées des fonctions sont des dérivées usuelles.
Mais dans ce livre nous aurons également besoin de considérer les dérivées des fonctions
dans un sens plus large (on parlera alors de dérivées au sens faible).
Ainsi, si ϕ : Rn −→ R est une fonction, pour tout multi-indice α nous dirons que la
dérivée faible Dα ϕ de la fonction ϕ est la fonction ψ si pour toute fonction test φ ∈ C0∞ (R3 )
on a l’identité Z Z
α |α|
ϕ(x)D φ(x)dx = (−1) ψ(x)φ(x)dx, (2.1)
Rn Rn
et cette façon de procéder nous permettra de considérer les dérivées d’objets (qui peuvent
être des fonctions bien sûr, mais pas seulement) beaucoup moins réguliers.
Le cadre formel pour étudier ce type de dérivées est celui des distributions, mais par un
soucis de concision on se limitera dans cet ouvrage aux distributions tempérées : on introduit
pour cela la classe de Schwartz S(Rn ) qui se définit comme l’espace des fonctions régulières
ϕ : Rn −→ R telles que les quantités
pk,α (ϕ) = sup |x|k |Dα ϕ(x)|,
x∈Rn
sont bornées pour tout k ∈ N et pour tout multi-indice α ≥ 0. A partir de cette classe de
fonction on considère alors l’espace S 0 (Rn ) des distributions tempérées comme l’ensemble des
formes linéaires continues définies sur la classe de Schwartz S(Rn ). Ainsi, si φ ∈ S(Rn ) est
une fonction de la classe de Schwartz et si f ∈ S 0 (Rn ) est une distribution tempérée nous
avons le crochet de dualité
hf, φiS 0 ×S , (2.2)
qui permet de transposer la plupart des opérations sur les fonctions aux distributions tempérées.
L’espace des distributions tempérées S 0 (Rn ) contient alors des objets qui peuvent être
dérivables au sens de l’expression (2.1) ci-dessus et l’intérêt pour nous de travailler avec cet
espace de distributions est double : tout d’abord dans ce livre on utilisera plusieurs espaces
fonctionnels (Lebesgue, Lorentz, Sobolev, etc) et tous ces espaces vérifient les inclusions
S(Rn ) ⊂ X ⊂ S 0 (Rn ), (2.3)
où l’on a désigné par X n’importe lequel de ces espaces. D’autre part, ces propriétés d’in-
clusion nous permettent de délimiter notre cadre de travail d’un point de vue de l’analyse
fonctionnelle et en particulier dans tous ces espaces la transformation de Fourier et toutes
ses propriétés sont bien définies (au sens des distributions) ce qui donne une cohérence d’en-
semble des outils qui seront utilisés par la suite.
Le lecteur trouvera plus de détails concernant tous ces espaces fonctionnels dans les livres
[54], [4], [24] et [5].
2.1. Généralités 13
f~ : Rm −→ Rn
x1 f1 (x1 , · · · , xm )
.. ..
. 7−→ ,
.
xm fn (x1 , · · · , xm )
avec m, n ≥ 1 où chacune des composantes f1 , · · · , fn est une fonction définie sur Rm , à
valeurs réelles, et ainsi nous avons
Pour un point x fixé, cette quantité peut être remplacée par n’importe quelle autre quantité
Xn
équivalente, par exemple |f~(x)| = max |fi (x)| ou encore |f~(x)| = |fi (x)| et nous ferons
i=1,...,n
i=1
abstraction des constantes (qui ne dépendent que de la dimension de l’espace Rn ) qui per-
mettent d’établir l’équivalence de ces quantités. Plus généralement nous avons la remarque
suivante.
L’espace des fonctions vectorielles k fois continument dérivables Cbk (Rm , Rn ) se définit de
manière similaire en exigeant que chaque composante f1 , · · · , fn appartienne à l’espace Cbk (Rm )
introduit précédemment. Ainsi, si α ∈ N3 est un multi-indice et si f~ : R3 −→ R3 est une
fonction vectorielle, on écrira Dα f~ pour désigner le vecteur
Dα f1
Dα f~ = Dα f2 ,
Dα f3
X
et on peut caractériser cet espace par la condition kf~kC k = kDα f~k∞ < +∞.
b
|α|≤k
Les idées utilisées pour les fonctions réelles s’appliquent de la même façon aux fonctions
vectorielles de classe C k (Rm , Rn ) qui sont continues mais pas nécessairement bornées et aux
fonctions vectorielles C0k (Rm , Rn ) dont le support est compact.
Si f~ : R3 −→ R3 est une fonction vectorielle son gradient est la matrice définie par
l’expression
∂x1 f1 ∂x1 f2 ∂x1 f3
~ ⊗ f~ =
∇ ∂x2 f1 ∂x2 f2 ∂x2 f3 .
(2.4)
∂x3 f1 ∂x3 f2 ∂x3 f3
• Le Laplacien. Si ϕ : R3 −→ R est une fonction à valeurs réelles nous avons
3
X
∆ϕ = ∂x2i ϕ,
i=1
div(f~) = ∇
~ · f~ = ∂x f1 + ∂x f2 + ∂x f3 .
1 2 3 (2.5)
Lemme 2.2.1
1) si ϕ : R3 −→ R est une fonction suffisamment régulière, alors
~ · (∇ϕ)
∇ ~ = ∆ϕ et donc ~
div(∇ϕ) = ∆ϕ.
div(ϕf~) = ϕ div(f~) + ∇ϕ
~ · f~
cet opérateur explique la manière dont un champ de vecteurs tourne autour d’un point
(d’où son nom !) et nous avons les identités suivantes.
Lemme 2.2.2
1) Si f~, ~g : R3 −→ R3 sont deux fonctions vectorielles et si λ ∈ R, alors on a
~ ∧ (λf~ + ~g ) = λ∇
∇ ~ ∧ f~ + ∇
~ ∧ ~g .
nous avons donc que le rotationnel d’un gradient est toujours nul.
~ ∧ f~) = ∇(
~ ∧ (∇
∇ ~ ∇~ · f~) − ∆f~.
~ ∧ f~) = −∆f~.
~ ∧ (∇
∇
Ainsi, le produit tensoriel de deux vecteurs est un tenseur dont l’expression est donnée
~ ⊗ f~ utilisée précédemment dans
par une matrice. Cette définition justifie la notation ∇
(2.4).
Pour clore cette section, nous rappelons que si A = (ai,j )1≤i,j≤3 est une matrice, alors
on notera sa dérivée ∂xk A = (∂xk ai,j )1≤i,j≤3 et sa norme (usuelle) sera donnée par |A| =
1
3 2
X
2
|ai,j | , mais il est bien sûr possible d’utiliser toute norme équivalente.
i,j=1
Lemme 2.2.3
1) Si φ, ϕ : R3 −→ R sont deux fonctions réelles alors :
~ · ∇ϕ.
∆(φϕ) = (∆φ)ϕ + φ∆ϕ + 2∇φ ~
|f~|2
(f~ · ∇)
~ f~ = (∇
~ ∧ f~) ∧ f~ + ∇
~ .
2
2.3. Espaces de Lebesgue 17
(f~ · ∇)~
~ g = div(~g ⊗ f~). (2.11)
Cette dernière identité est très importante car elle sera constamment appliquée par la suite
~ u des équations de Navier-Stokes (1.11).
au terme de transport (~u · ∇)~
Il existe, bien entendu, beaucoup d’autres propriétés et relations entre tous ces objets,
mais les formules que nous venons d’exposer sont suffisantes pour l’étude que nous nous
proposons de faire sur les équations de Navier-Stokes. Le lecteur qui souhaite approfondir
certains détails du calcul vectoriel est invité à consulter le livre [1].
Une généralisation utile des espaces de Lebesgue Lp (Rn ) est donnée par les espaces
Lploc (Rn ),
avec 1 ≤ p ≤ +∞, de fonctions mesurables qui sont localement intégrables et
qui sont caractérisés par l’ensemble
( Z 1/p )
Lploc (Rn ) = ϕ : Rn −→ R : p
|ϕ(x)| dx < +∞, pour tout compact K ⊂ Rn . (2.17)
K
Rappelons qu’il n’existe aucune relation d’inclusion entre les espaces de Lebesgue Lp (Rn ),
mais si l’on considère les espaces localement intégrables alors nous avons :
Dans ce livre nous n’aurons que très occasionnellement besoin d’utiliser les espaces de fonc-
tions localement intégrables, le lecteur qui souhaite avoir plus de détails sur ces espaces peut
consulter les livres [24], [4] et [11, 12].
Bien évidemment, les espaces Lp et Lploc se généralisent sans aucun problème aux fonctions
vectorielles mesurables f~ : Rm −→ Rn , en particulier pour 1 ≤ p ≤ +∞ la norme k · kLp qui
caractérise les espaces Lp (Rm , Rn ) est donnée par l’expression
Z 1
p
kf~kLp = |f~(x)|p dx ,
Rm
avec les modifications usuelles lorsque p = +∞. Lorsque 1 ≤ p < +∞ nous avons également
0
la relation de dualité (Lp (Rm , Rn ))0 = Lp (Rm , Rn ) avec p1 + p10 = 1, et donc l’expression (2.12)
devient Z
kf~kLp = sup f~(x) · ~g (x)dx .
k~g k 0 ≤1 Rm
Lp
Les propriétés (2.13), (2.14) et (2.16) présentées ci-dessus se maintiennent bien évidemment
dans le cadre de fonctions vectorielles, remarquons simplement que lorsque p = 2 le produit
scalaire (2.15) s’écrit dans ce cas de la façon suivante :
Z
~
hf , ~g iL2 ×L2 = f~(x) · ~g (x)dx.
Rm
f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3
(t, x) 7−→ f~(t, x),
dans lesquelles la variable de temps t appartient à l’intervalle [0, +∞[ (ou éventuellement à
l’espace R tout entier) et la variable d’espace x appartient à l’espace R3 .
Les objets qui seront définis dans toute cette section et les suivantes porteront principale-
ment sur ce type de fonctions, mais il convient de remarquer que la plupart des définitions et
propriétés qui suivent se généralisent aux dimensions autres que 1 (en temps) et 3 (en espace).
La première définition de cette section concerne donc les espaces de Lebesgue Lpt Lqx qui
nous permettront de mesurer des fonctions en considérant séparément leur intégrabilité sui-
vant ces deux variables.
Z +∞ p1 Z +∞ Z p ! p1
q
kf~kLpt Lqx = kf~(t, ·)kpLq dt = |f~(t, x)|q dx dt ,
0 0 R3
kf~kL∞ q =
t Lx
sup kf~(t, ·)kLq ,
t∈[0,+∞[
ou encore
kf~kL∞ ∞ =
t Lx
sup kf~(t, ·)kL∞ = sup sup |f (t, x)|.
t∈[0,+∞[ t∈[0,+∞[ x∈R3
Il est très important de remarquer que l’on intègre d’abord en variable d’espace et qu’ensuite
on intègre en variable de temps et cet ordre d’intégration apparaı̂tra assez naturellement dans
les calculs des chapitres suivants.
Remarquons également que cette définition s’applique sans modifications aux fonctions à
valeurs réelles ϕ : [0, +∞[×R3 −→ R et le choix d’introduire les espaces Lpt Lqx dans le cadre
des fonctions vectorielles correspond tout simplement aux situations les plus utilisées par la
suite.
20 Chapitre 2. Les outils de base
Indiquons finalement que les notations Lpt (Lqx ), Lpt Lqx et Lp [0, +∞[, Lq (R3 ) coexisteront
dans cet ouvrage, et si I ⊂ [0, +∞[ est un intervalle, si Ω ⊂ R3 est un domaine borné et si
A = I × Ω représente le cylindre temps-espace, alors lorsqu’il n’y a aucun risque de confusion
p q p q
nous écrirons tout simplement Lt Lx (A) au lieu de L I, L (Ω) .
Voici maintenant une liste de propriétés que le lecteur pourra vérifier par lui-même :
• Si 1 ≤ p, q ≤ +∞, les espaces Lp ([0, +∞[, Lq (R3 )) sont des espaces de Banach.
• Si 1 < p, q < +∞, les espaces Lp ([0, +∞[, Lq (R3 )) sont des espaces réflexifs et l’on a
0 0 0 1 1 1 1
Lpt Lqx = Lpt Lqx , avec + 0 = + 0 = 1.
p p q q
1 1 1 1 1 1
où p = p0 + p1 et q = q0 + q1 .
1 θ 1−θ 1 θ 1−θ
où 0 < θ < 1, p = p0 + p1 et q = q0 + q1 et 1 ≤ p, p0 , p1 , q, q0 , q1 ≤ +∞.
Lorsqu’on travaille avec des fonctions mesurables qui font intervenir deux variables, nous
avons l’inégalité suivante qui sera utilisée à plusieurs reprises par la suite :
Une preuve de cette majoration peut se consulter dans le livre [11]. Indiquons que ce résultat
peut se réécrire comme suit :
Z +∞ Z +∞
f~(t, ·)dt ≤ kf~(t, ·)kLp dt, 1 ≤ p < +∞.
0 Lp 0
2.3. Espaces de Lebesgue 21
• Si l’on note φ̌(x) = φ(−x) et si f, g, φ sont des fonctions suffisamment régulières, alors
on a l’identité Z Z
φ ∗ f (x)g(x)dx = f (x)φ̌ ∗ g(x)dx.
R3 R3
• En sortant du cadre L1 (et en passant aux distributions), nous avons que l’élément
neutre du produit de convolution est la masse de Dirac δ0 , ce qui s’écrit formellement
ϕ ∗ δ0 = ϕ,
pour toute fonction ϕ suffisamment régulière. Voir les livres [4], [5], [23] et [12] pour
plus de détails.
Pour une preuve de ces inégalités, voir les livres [24], [12]. Voici maintenant deux cas parti-
culiers très utiles des inégalités de Young :
22 Chapitre 2. Les outils de base
1 1
• Si 1 ≤ p, q ≤ +∞ et si ϕ ∈ Lp (R3 ), ψ ∈ Lq (R3 ) avec p + q = 1 alors il vient
kϕ ∗ ψkL∞ ≤ kϕkLp kψkLq .
Les inégalités de Young sont très rigides par rapport aux indices p et q qui déterminent les
espaces de Lebesgue des fonctions ϕ et ψ : une fois ces paramètres fixés, le choix de l’espace
Lr dans lequel se trouve ϕ ∗ ψ est déterminé par la relation 1 + 1r = p1 + 1q et sans informations
supplémentaires il ne sera pas possible de s’affranchir de cette relation entre les indices p, q
et r.
On observera que toutes les propriétés énoncées précédemment se maintiennent dans ce cadre
vectoriel : il suffit de raisonner composante par composante.
La fonction résultante ϕ
b est une fonction continue, qui tend vers 0 à l’infini et vérifie la majo-
ration kϕk
b L∞ ≤ kϕkL1 . Si la fonction ϕb est elle-même intégrable, alors nous avons la formule
d’inversion suivante Z
−1 1 ix·ξ
ϕ(x) = F [ϕ](x) = ϕ(ξ)e dξ.
(2π)3 R3
b b
Voici maintenant une liste de quelques propriétés que vérifie la transformation de Fourier
d’une fonction ϕ qu’on supposera intégrable et suffisamment régulière :
Lemme 2.3.7
1) Dilatation : pour λ > 0 on considère la fonction ϕλ (x) = ϕ(λx), on a alors
1
ϕ
cλ (ξ) = ϕ(ξ/λ).
λ3
b
et nous verrons par la suite comment cette formule permet de simplifier bien des calculs.
Indiquons seulement que l’action de la plupart des opérateurs qui apparaissent dans l’étude
des équations aux dérivées partielles peut se voir comme un produit de convolution, dès lors
il est souvent bien plus commode de travailler directement avec un produit algébrique plutôt
qu’avec un produit de convolution.
Le théorème de Plancherel sera utilisé de façon intensive dans les lignes qui suivent car il per-
mettra de définir certains espaces fonctionnels en passant directement en variable de Fourier.
Pour finir, la transformation de Fourier peut s’étendre aux distributions tempérées, qui
comme nous l’avons dit précédemment, constituent un cadre suffisamment large pour les be-
soins de ce livre (on rappelle les inclusions d’espaces (2.3)). On définit alors la transformation
de Fourier d’une distribution tempérée f ∈ S 0 (R3 ) en utilisant le crochet de dualité (2.2) :
et toutes les propriétés de dilatation, translation, dérivation exposées dans les lignes ci-dessus
se maintiennent.
Remarque 2.4 Dorénavant, et sauf mention explicite du contraire, on considèrera que tous
les objets manipulés (que ce soit des fonctions à valeurs réelles ou vectorielles) sont des
24 Chapitre 2. Les outils de base
La transformation de Fourier et les espaces de distributions tempérées sont des outils tota-
lement standards pour l’étude des équations aux dérivées partielles. Le lecteur qui souhaite
avoir plus de détails sur les propriétés de l’espace S 0 (R3 ) et de ses relations avec la transfor-
mation de Fourier peut consulter les livres [4], [5], [23], [54] et [24].
Cette définition est classique et parmi les propriétés élémentaires de ces espaces nous avons :
• Pour k2 ≥ k1 nous avons W k2 ,p (R3 ) ⊂ W k1 ,p (R3 ) et de plus W 0,p (R3 ) = Lp (R3 ). Ces
espaces sont donc décroissants par rapport au degré de régularité k considéré.
Dans ce livre nous allons employer principalement les espaces de Sobolev W k,2 . Etant
donné que lorsque p = 2 les espaces de Lebesgue sont des espaces de Hilbert, nous adopterons
dorénavant la notation H k (R3 ) = W k,2 (R3 ). En particulier, nous utiliserons très fréquemment
l’espace de Sobolev H 1 (R3 ) qui peut être caractérisé par la norme
kf~kH 1 = kf~kL2 + k∇
~ ⊗ f~kL2 . (2.24)
Le fait de travailler sur l’espace de Lebesgue L2 possède plusieurs avantages, en effet par
la formule de Plancherel nous disposons de l’équivalence
ce qui nous permet, en utilisant les propriétés de la transformée de Fourier par rapport aux
dérivations, de considérer la caractérisation suivante des espaces de Sobolev H k (R3 ) pour
2.4. Espaces de Sobolev 25
k≥0:
Z 1 Z 1
2 2
kf~kH k ' (1 + |ξ| ) |f~(ξ)|2 dξ
2 k
' kf~kL2 + |ξ| |f~(ξ)|2 dξ
2k
. (2.25)
b b b
R3 R3
On remarquera alors qu’avec cette caractérisation des espaces de Sobolev qui utilise la trans-
formée de Fourier, la régularité des fonctions se traduit en variable de Fourier par des pro-
priétés de décroissance à l’infini des celles-ci.
Mais avant de donner la définition de ces espaces, nous rappelons quelques propriétés
des puissances fractionnaires du Laplacien qui nous permettront justement de calculer des
dérivées fractionnaires. Remarquons tout d’abord que, pour une fonction ϕ : R3 −→ R
suffisamment régulière, nous avons l’identité
\
(−∆)ϕ(ξ) = |ξ|2 ϕ(ξ),
b
et inspirés par cette expression, pour s > 0 un réel nous pouvons définir les puissances
s
fractionnaires du Laplacien (−∆) 2 par la formule
Ainsi l’action de la puissance fractionnaire du Laplacien sur une fonction peut se lire très
facilement au niveau de Fourier et son symbole est tout simplement |ξ|s .
s
Nous obtenons alors un opérateur (−∆) 2 qui peut également être défini en variable d’es-
pace par l’expression 2
ϕ(x) − ϕ(y)
Z
s
(−∆) ϕ(x) = Cs v.p.
2
3+s
dy dans le cas où 0 < s < 2. (2.27)
R3 |x − y|
De la même manière, l’interaction entre les dérivées partielles usuelles et les puissances frac-
tionnaires du Laplacien est donnée par l’expression
s s
∂xk [(−∆) 2 ϕ](x) = (−∆) 2 [∂xk ϕ](x), pour k = 1, . . . , n et s > 0. (2.28)
2. Rappelons que la valeur principale de l’intégrale d’une fonction f avec une singularité au point 0 signifie
Z Z
v.p. f (x)dx = lim f (x)dx.
R3 ε→0+ R3 \B(0,ε)
26 Chapitre 2. Les outils de base
Voir [24] et [50] pour plus de détails concernant les puissances fractionnaires du Laplacien
et pour une démonstration rigoureuse de l’équivalence de ces différentes représentations (en
s
variable d’espace et en variable de Fourier) de l’opérateur (−∆) 2 .
s
L’operateur de dérivation fractionnaire (−∆) 2 s’étend naturellement aux fonctions vec-
torielles f~ : R3 −→ R3 en raisonnant composante par composante :
s
(−∆) 2 f1
s
s
(−∆) 2 f~ = (−∆) 2 f2 .
s
(−∆) 2 f3
Maintenant que nous avons à notre disposition cet opérateur de dérivation fractionnaire, nous
pouvons donner la définition qui suit.
Bien évidemment, et en totale analogie avec la norme (2.25) donnée dans le cas d’espaces de
Sobolev d’ordre entier, nous avons la caractérisation suivante pour s > 0 :
Z 1 Z 1
2 2
kf~kH s ' (1 + |ξ| ) |f~(ξ)| dξ
2 s 2
' kf~kL2 + |ξ| |f~(ξ)| dξ
2s 2
. (2.30)
b b b
R3 R3
Etant donné que nous allons travailler essentiellement avec ces espaces de Sobolev H s , la
formule (2.30) ci-dessus sera très utilisée pour réaliser la plupart des calculs.
Indiquons qu’il est tout à fait possible de définir les espaces de Sobolev W s,p avec s > 0
et 1 ≤ p ≤ +∞, mais pour les besoins de ce livre les espaces H s sont plus que suffisants. Voir
[24] et [50] pour plus de détails sur les espaces de Sobolev de régularité fractionnaire.
Cette définition est bien trop abstraite pour nos besoins et nous allons maintenant donner
une série de propriétés de ces espaces qui les rendront beaucoup plus concrets.
• Dans le cas des espaces de Sobolev de régularité négative, compte tenu de l’expression
(2.30) qui utilise la transformation de Fourier pour caractériser les espaces H s , nous
avons Z 1
2
~ 2 −s b ~ 2
kf kH −s ' (1 + |ξ| ) |f (ξ)| dξ . (2.31)
R3
• A partir des inégalités (2.29), pour s2 ≥ s1 > 0 nous avons par dualité les inclusions
ainsi, plus l’indice de régularité est négatif, plus ces espaces sont grands.
• Les espaces de Sobolev de régularité négative peuvent contenir des objets qui ne
sont pas nécessairement des fonctions, par exemple si s > 3/2 alors nous avons
δ0 ∈ H −s (R3 ).
kf~λ k = λσ kf~k.
Les espaces de Lebesgue usuels Lp (R3 ) sont homogènes car nous avons kf~λ kLp = λ−3/p kf~kLp ,
mais tous les espaces de Sobolev que nous venons de présenter ne sont pas homogènes par
rapport à la dilatation : en effet, si nous calculons par exemple la quantité kf~λ kH 1 en utilisant
la caractérisation donnée dans (2.24) nous obtenons
~ ⊗ f~λ kL2 = λ−3/2 kf~kL2 + λ1−3/2 k∇
kf~λ kH 1 = kf~λ kL2 + k∇ ~ ⊗ f~kL2 ,
et nous voyons bien que cette norme est donnée comme la somme de deux termes d’ho-
mogénéité différente.
Il est donc assez naturel d’utiliser comme cadre de travail des espaces fonctionnels ho-
mogènes. Nous aurons besoin des définitions suivantes.
28 Chapitre 2. Les outils de base
un cas particulier important est donné par l’espace Ḣ 1 (R3 ) pour lequel on peut écrire
Z 1
1 2
~ ⊗ f~kL2 ' k(−∆) 2 f~kL2 '
kf~kḢ 1 = k∇ |ξ| |f~(ξ)| dξ
2 2
.
b
R3
• Pour s, α > 0 deux paramètres réels, nous avons
α s α s+α
k(−∆) 2 f~kḢ s ' k(−∆) 2 [(−∆) 2 f~]kL2 ' k(−∆) 2 f~kL2 ' kf~kḢ s+α .
• Pour tout s > 0 on a H s (R3 ) ⊂ Ḣ s (R3 ) et nous disposons des inégalités
kf~kḢ s ≤ kf~kH s . (2.34)
• On remarquera que la norme des espaces de Sobolev non homogènes H s se construit
comme la somme d’une norme L2 et de la quantité qui caractérise les espaces Ḣ s :
kf~kH s = kf~kL2 + kf~kḢ s ,
ce qui nous permet d’écrire H s = L2 ∩ Ḣ s .
2.4. Espaces de Sobolev 29
pour tout ~g ∈ Ḣ s (R3 ) et on note kf~kḢ −s la plus petite constante possible dans la
majoration ci-dessus.
Donnons quelques propriétés de ces espaces qui seront utiles par la suite.
α
• Pour α ∈ R et pour s > 0 nous avons k(−∆) 2 f~kḢ −s ' kf~kḢ α−s .
• Il faut également faire très attention avec ces espaces homogènes : par exemple si
−s < −3/2 alors, même si ϕ est une fonction de test, il y a un problème pour donner
−s
un sens à l’expression k(−∆) 2 ϕkL2 : il faut exiger en plus que la fonction ϕ ait suf-
fisamment de moments nuls.
3) Si n/2 < s < +∞, alors chaque élément de l’espace de Sobolev H s (Rn ) peut être
modifié sur un ensemble de mesure nulle tel que la fonction résultante soit bornée
et uniformément continue. En particulier on a l’inclusion H s (Rn ) ⊂ L∞ (Rn ).
Voir les Exercices 2.4 et 2.5 pour une démonstration des inégalités (2.42). Voir également les
Exercices 2.8 et 2.9 pour quelques détails concernant les deux derniers points de ce théorème.
Ainsi, si nous disposons d’un contrôle en norme L2 des premières dérivées de la fonction f~,
nous pouvons immédiatement en déduire un contrôle en norme L6 de la fonction f~ et cette
information supplémentaire sera d’une grande utilité dans les différents calculs que nous al-
lons réaliser, en particulier lorsqu’on la conjugue avec l’inégalité d’interpolation (2.16).
6
Observons également que l’on a les relations de dualité (Ḣ 1 )0 = Ḣ −1 et (L6 )0 = L 5 et
donc -toujours par dualité- à partir de l’inclusion Ḣ 1 (R3 ) ⊂ L6 (R3 ) qui provient des inégalité
6
de Sobolev (2.42) on obtient l’inclusion d’espaces L 5 (R3 ) ⊂ Ḣ −1 (R3 ) qui se traduit par
l’inégalité
kf~kḢ −1 ≤ Ckf~k 56 . (2.44)
L
Plus généralement, indiquons que nous avons également les inégalités suivantes :
où s = θs0 + (1 − θ)s1 . Ce résultat ce maintient pour les espaces de Sobolev non
homogènes.
1
puis en appliquant l’inégalité de Hölder (avec 1 = p + 1q , où p = 1
θ et q = 1
1−θ ), il vient
Z θ Z (1−θ)
2 2
kf~kḢ s ≤ 2s0
|ξ| |f~(ξ)|2 dξ 2s1
|ξ| |f~(ξ)|2 dξ = kf~kθḢ s0 kf~k1−θ ,
b b
Ḣ s1
R3 R3
Il existe bien sûr des versions plus générales de toutes ces inégalités et qui font intervenir
d’autres espaces de fonctions plus sophistiqués, mais ces énoncés suffisent largement à nos
besoins.
32 Chapitre 2. Les outils de base
Théorème 2.4.9 (Lois de produit) Soient 0 < δ < 3/2 et s ≥ 0 deux réels et si
f, g : R3 −→ R sont deux fonctions qui appartiennent à l’espace H s (R3 ) ∩ Ḣ δ (R3 ) alors
nous avons l’inégalité
kf gkH s+δ−3/2 ≤ C kf kḢ δ kgkH s + kgkḢ δ kf kH s . (2.45)
Un cas particulier important de ce résultat est donné lorsque δ = 1, s = 3/2 et alors nous
avons l’inégalité
kf gkḢ 1 ≤ C kf kḢ 1 kgk 32 + kgkḢ 1 kf k 32 . (2.46)
Ḣ Ḣ
Nous voulons étudier la quantité kf gkH s+δ−3/2 et pour cela on procède par dualité en
considérant une fonction ψ ∈ H 3/2−s−δ (R3 ) telle que kψkH 3/2−s−δ ≤ 1 et on peut alors
écrire Z
kf gkH s+δ−3/2 = sup (f g)ψdx .
kψkH 3/2−s−δ ≤1 R3
On remarque que par les inégalités de Sobolev (2.42) on a les injections d’espaces
6 6
suivantes H s (R3 ) ⊂ L 3−2s (R3 ) et Ḣ δ (R3 ) ⊂ L 3−2δ (R3 ) et comme par hypothèse nous
6 6
avons f, g ∈ H s (R3 ) ∩ Ḣ δ (R3 ), on a donc f, g ∈ L 3−2s (R3 ) et f, g ∈ L 3−2δ (R3 ). On
6
observe également que l’on a ψ ∈ H 3/2−s−δ (R3 ) ⊂ L 2(s+δ) (R3 ), ce qui nous permet
d’étudier l’intégrale ci-dessus uniquement avec des espaces de Lebesgue et en appli-
quant l’inégalité de Hölder il vient
Z
kf gkH s+δ−3/2 = sup (f g)ψdx ≤ sup kf k 3−2s
6 kgk 6 kψk 6 ,
kψkH 3/2−s−δ ≤1 R3 kψkH 3/2−s−δ ≤1 L L 3−2δ L 2(s+δ)
Ces deux termes se traitent de la même façon, de sorte qu’on se concentre sur la
première double intégrale de (2.47) et on écrit
Z Z 2 Z
2 s+δ−3/2
(1 + |ξ| ) fb(ξ − ζ)b
g (ζ)dζ dξ ≤ (1 + |ξ|2 )s+δ−3/2
R3 {|ζ|<|ξ−ζ|} R3
Z !2
× |ζ|−δ |fb(ξ − ζ)||ζ|δ |b
g (ζ)|dζ dξ
{|ζ|<|ξ−ζ|}
Maintenant on observe que sur l’ensemble {|ξ − η| < |η|} on a |ξ| ≤ 2|η|, ce qui nous
permet d’écrire en utilisant le théorème de Fubini
Z Z
≤ kgkḢ δ2
(1 + 4|η|2 )s |fb(η)|2 (1 + 4|η|2 )δ−3/2 |ξ − η|−2δ dζdξ
R 3 {|ξ−η|<|η|}
Z Z
≤ kgkḢ δ2 2 s b 2
(1 + 4|η| ) |f (η)| (1 + 4|η| ) 2 δ−3/2
|ξ − η|−2δ dξdζ,
R3 {|ξ−η|<|η|}
Z
et puisque 0 < δ < 3/2, un calcul direct donne |ξ − η|−2δ dξ = C|η|3−2δ de
{|ξ−η|<|η|}
manière que l’on obtient la majoration
Z
2
≤ CkgkḢ δ (1 + 4|η|2 )s |fb(η)|2 (1 + 4|η|2 )δ−3/2 |η|3−2δ dζ
R 3
Z
≤ CkgkḢ δ sup (1 + 4|η|2 )δ−3/2 |η|3−2δ
2
(1 + |η|2 )s |fb(η)|2 dζ
η∈R3 R3
≤ Ckgk2Ḣ δ kf k2H s .
34 Chapitre 2. Les outils de base
Remarque 2.7 Il est très important d’observer encore une fois que les inégalités de Hölder
(2.18), de Young (2.21), de Sobolev (2.42) et les lois de produit (2.45) présentées ci-dessus
sont très rigides, dans le sens où il faut faire attention dans les différentes relations vérifiées
par les indices des espaces fonctionnels considérés.
Nous nous sommes particulièrement focalisés dans les lignes précédentes sur les espaces
de Sobolev qui se construisent à partir de l’espace de Lebesgue L2 (Rn ) avec n = 3. Dans cet
ouvrage, il sera rarement nécessaire d’utiliser d’autres espaces de Sobolev, mais à toutes fins
utiles nous introduisons l’espace de Sobolev W s,p (Rn ) avec s > 0 et 1 < p < +∞ comme
l’espace des fonctions f : Rn −→ R qui appartiennent à l’espace de Lebesgue Lp (Rn ) et telles
s
que la quantité k(−∆) 2 f kLp est bornée. Ces espaces peuvent être normés par la fonctionnelle
s
kf kW s,p = kf kLp + k(−∆) 2 f kLp .
Pour 0 < s < n/p, les espaces de Sobolev homogènes Ẇ s,p (Rn ) s’obtiennent comme le
s
complété de l’espace D(Rn ) par rapport à la quantité k(−∆) 2 f kLp . Si n/p+k ≤ s < n/p+k+1
où k est un entier, alors l’espace Ẇ s,p (Rn ) est l’espace des distributions modulo les polynômes
s
de degré inférieur ou égal à k telles que k(−∆) 2 f kLp < +∞. Il vient alors :
où C > 0 est une constante universelle qui ne dépend que de la dimension n.
2) Si s = n/p, alors l’espace de Sobolev W s,p (Rn ) s’injecte continûment dans l’espace de
Lebesgue Lq (Rn ) pour tout p ≤ q < +∞.
3) Si n/p < s < +∞, alors chaque élément de l’espace de Sobolev W s,p (Rn ) peut être
modifié sur un ensemble de mesure nulle tel que la fonction résultante soit bornée et
uniformément continue. En particulier on a l’inclusion W s,p (Rn ) ⊂ L∞ (Rn ).
Nous avons soigneusement évité ici les cas limites p = 1 et p = +∞ car ils nécessitent un
traitement légèrement différent. Les lecteurs intéressés sur ces points ou sur les démonstrations
des résultats ci-dessus pourront consulter les livres [49], [6] et [24]. Finalement, pour étudier
les fonctions vectorielles, il suffit de raisonner composante par composante.
2.5. Quelques résultats utiles 35
x j − yj
Z
Rj (ϕ)(x) = Cv.p. 3+1
ϕ(y)dy.
R3 |x − y|
\ ξj
Rj (ϕ)(ξ) = −i ϕ(ξ),
|ξ|
b
La définition en variable réelle ne sera pas souvent employée dans ce livre, et nous pri-
vilégierons plutôt la caractérisation qui utilise la transformation de Fourier car elle nous
permettra d’obtenir assez facilement des résultats intéressants : par exemple, un calcul direct
en variable de Fourier nous donne l’identité suivante
3
X 3
X
−Id = Rj (Rj ) = Rj2 .
j=1 j=1
On remarque également que pour toute fonction suffisamment régulière les transformées de
Riesz commutent avec les dérivations :
s s
∂xk (Rj ϕ) = Rj (∂xk ϕ) et (−∆) 2 (Rj ϕ) = Rj ((−∆) 2 ϕ), (s ∈ R).
En particulier, les transformées de Riesz sont bornées dans tous les espaces de Sobolev
H s (R3 ) et Ḣ s (R3 ) pour s ∈ R et l’on a
Remarque 2.8 Les transformées de Riesz ne sont pas bornées dans les espaces limites L1
et L∞ .
36 Chapitre 2. Les outils de base
Le lecteur peut trouver une démonstration de ce théorème ainsi que d’autres propriétés des
transformées de Riesz dans le livre [24].
Un cas classique d’utilisation de cette inégalité correspond au cas où la fonction ψ vérifie ψ ≡ 1
dans la condition (2.48), et alors on obtient tout simplement l’estimation φ(t) ≤ A eB(t−t0 ) .
Une autre situation intéressante est donnée lorsque A = 0 dans (2.48), et alors on peut
en déduire que φ(t) = 0, ce dernier cas est souvent mis en place pour vérifier l’unicité des
solutions d’équations aux dérivées partielles.
Ainsi, si φ, ψ : [0, +∞[−→ R sont deux fonctions mesurables telles que φ(t) ≥ 0 et ψ(t) ≥ 0 et
qui vérifient en plus les deux conditions ci-dessus et l’hypothèse (2.48), alors on a l’estimation
(2.49).
Voici une autre inégalité générale :
Le troisième résultat nous indique le comportement d’une fonction localement intégrable par
rapport à sa moyenne :
Les points pour lesquels ces limites ont lieu sont appelés des points de Lebesgue de
l’application f .
1 t+h
Z
lim f (s)ds = f (t),
h→0 h t
où f : [0, +∞[−→ R est une fonction localement intégrable et 0 < t < +∞.
Pour finir, voici l’inégalité de Young pour le produit de deux facteurs positifs qui est
constamment utilisée pour faire des estimations sur le produit de deux normes : pour tous
réels a > 0, b > 0 et pour tous paramètres 1 < p, q < +∞ avec p1 + 1q , on a l’inégalité
ap bq
ab ≤ + . (2.50)
p q
Un exemple fréquemment utilisé par la suite est le suivant, si f ∈ X(R3 ) et si g ∈ Y(R3 ), où
X, Y sont des espaces normés quelconques, alors on a tout simplement la majoration
2
1 1 2 1 1
kf kX kgkY = (Ckf kX ) kgkY ≤ (Ckf kX ) + kgkY .
C 2 2 C
Ce théorème est d’une grande utilité pour obtenir la convergence (au sens faible-∗) de suites.
Bien évidemment, si les espace considérés sont réflexifs, alors la convergence faible-∗ peut se
remplacer par la convergence faible car dans ce cas précis la topologie faible coincide avec la
topologie faible-∗. En revanche, puisqu’on doit passer par des sous-suites extraites, ce résultat
ne donne aucune indication sur l’éventuelle unicité de la limite. Par exemple, si l’on considère
38 Chapitre 2. Les outils de base
la suite (−1)n pour n ∈ N, alors on peut en extraire au moins deux sous-suites convergentes :
an = 1 et bn = −1, et on observe bien ici la perte d’unicité.
Le résultat qui suit est fondamental car il permet d’obtenir des injections compactes entre
les espaces de Sobolev et de Lebesgue mais pour cela les objets considérés doivent être définis
sur un sous ensemble Ω borné et à régulier de R3 . Ainsi, on dira que f : Ω −→ R appar-
tient à l’espace de Sobolev H 1 (Ω) si l’on a f ∈ L2 (Ω) et si la dérivée ∇f~ prise au sens
2
des distributions appartient à l’espace L (Ω). Cette définition s’étend sans problème aux es-
paces de Sobolev H k (Ω) en demandant que f ∈ L2 (Ω) et que les dérivées faibles vérifient
Dα f ∈ L2 (Ω), pour |α| = k.
Grâce à ce résultat, on obtient que toute suite faiblement convergente dans H 1 (Ω) possède
une sous-suite qui converge fortement dans Lq (Ω) pour 1 ≤ q < q ∗ : on a donc un mode de
convergence fort (localement) ce qui est particulièrement utile lorsqu’on utilise des arguments
d’approximation, mais le prix à payer est le fait de travailler avec des sous-suites. Voir [6]
pour une preuve de ce résultat.
Notes et compléments
Dans ce chapitre nous avons réuni la plupart des éléments mathématiques nécessaires pour
la présentation des équations de Navier-Stokes que l’on se propose de faire dans les chapitres
suivants. Comme nous allons le voir, les espaces de Lebesgue et de Sobolev, ainsi que les outils
usuels des équations aux dérivées partielles (transformation de Fourier, convolution, etc.), sont
suffisants pour une première introduction à l’analyse mathématique de ces équations de la
mécanique des fluides.
En effet, même si les techniques les plus récentes pour étudier les équations de Navier-
Stokes mettent en oeuvre des espaces fonctionnels plus sophistiqués (comme les espaces de
Besov, de Morrey, de Triebel-Lizorkin, etc.), les difficultés inhérentes de ces équations peuvent
s’observer directement dans le cadre donné ici et c’est justement ce qui fait toute la difficulté
de ce problème : les outils les plus sophistiqués dont nous disposons aujourd’hui ne permettent
pas de réaliser une percée considérable dans la compréhension complète des problèmes d’exis-
tence, d’unicité ou de régularité de ces équations.
2.6 Exercices
Exercice 2.1 (Identités vectorielles)
1. Vérifier que l’on a l’identité f~ · ~g = T r(f~ ⊗ ~g ).
~ · ∇g.
2. Montrer l’identité f ∆g = ∆(f g) − (∆f )g − 2∇f ~
2.6. Exercices 39
Exercice 2.2
1. Soit f~ : R3 −→ R3 une fonction vectorielle régulière. Montrer par une intégration par
parties que l’on a l’identité
Z Z
~ ~
∆f · f dx = − |∇~ ⊗ f~|2 dx.
R3 R3
Exercice 2.3
1. Quelle est l’homogénéité des espaces Lebesgue Lpt Lqx ? Si λ > 0 et si on considère la
fonction fλ (t, x) = f (λt, λx), donner la valeur de σ ∈ R tel que l’on ait
où f : Rn −→ R est une fonction mesurable, 1 < p < q < +∞ et 0 < s < n/p sont des
paramètres réels qui vérifient l’identité np = s + nq .
Pour cela on aura besoin quelques propriétés des fonctions maximales dont voici la définition :
pour f une fonction mesurable, on définit M(f ) sa fonction maximale associée par l’expres-
sion Z
1
M(f )(x) = sup n
|f (x − y)|dy,
r>0 vn r {|y|<r}
où vn est le volume de la boule unité n-dimensionnelle. On admettra les points suivants :
Une propriété fondamentale des fonctions maximales est la suivante : si ϕ : [0, +∞[−→ R est
une fonction continue et décroissante, si Φ(x) = ϕ(|x|) est intégrable sur Rn et si on pose
Φt (x) = t1n Φ(x/t), alors on a l’inégalité ponctuelle
Nous prions le lecteur de consulter [24] pour plus de détails concernant les fonctions maxi-
males et pour une démonstration de ces estimations.
−s
1. En utilisant la caractérisation de l’opérateur (−∆) 2 comme une intégrale de Riemann-
Liouville 3 Z +∞
−s 1
(−∆) 2 f (x) = ts/2−1 gt ∗ f (x)dt,
Γ(s/2) 0
où gt est la fonction gaussienne et Γ est la fonction Gamma usuelle, obtenir la majo-
ration
2. Déterminer la valeur de T = T (M(f )(x), kf kLp ) qui permet d’obtenir l’inégalité sui-
vante (connue comme inégalité de Hedberg)
−s sp sp
|(−∆) 2 f (x)| ≤ Ckf kLnp M(f )(x)1− n .
3. Reconstruire la norme Lq des deux côtés de cette inégalité ponctuelle pour obtenir
l’inégalité recherchée (2.51).
Remarque 2.10 Pour obtenir les inégalités de Sobolev énoncées dans l’expression (2.42), il
s
suffit de considérer que la fonction f est de la forme f = (−∆) 2 g.
Exercice 2.5 (Espaces de Lorentz) Dans cet exercice nous allons voir une deuxième preuve
de l’inégalité de Hardy-Littlewood-Sobolev (2.51). Pour cela nous aurons besoin de considérer
les espaces de Lorentz 4 Lp,∞ (Rn ) (avec 1 ≤ p < +∞) qui sont donnés comme l’ensemble des
fonctions mesurables f : Rn −→ R telles que la quantité suivante est bornée
1
n o
kf kLp,∞ = sup α × df (α) p < +∞,
α>0
Z
où df (α) est la fonction de distribution de f définie par df (α) = 1{|f (x)|>α} (x)dx.
Rn
1. Montrer l’identité Z +∞
kf kpLp =p αp−1 df (α)dα.
0
2. Vérifier l’inégalité
kf kLp,∞ ≤ kf kLp .
1
3. Démontrer que la fonction f (x) = |x|n/p
appartient à l’espace de Lorentz Lp,∞ (Rn ).
4. En acceptant la variante suivante des inégalités de Young qui fait intervenir des espaces
de Lorentz :
kf ∗ gkLr ≤ kf kLp,∞ kgkLq ,
où 1 + 1r = 1
p + 1q avec 1 < p, q, r < +∞, et en utilisant la caractérisation par convolu-
−s
tion de l’opérateur (−∆) donnée
Z dans (2.37) dont la version n-dimensionnelle est
2
−s f (y)
donnée par (−∆) f (x) = Cs 2 dy, démontrer les inégalités de Hardy-
R3 |x − y|n−s
Littlewood-Sobolev (2.51).
Voir [24] pour plus de détails concernant les espaces de Lorentz et pour une démonstration
des inégalités de Young qui font intervenir ce type d’espace.
Exercice 2.6
1. Soit f une fonction qui appartient aux espaces Ḣ −1 (R3 ) et Ḣ 1 (R3 ). Montrer l’inégalité
2. Soit f une fonction qui appartient aux espaces Ḣ 1 (R3 ) et Ḣ 2 (R3 ). Montrer l’inégalité
kf k2 3 ≤ kf kḢ 1 kf kḢ 2 .
Ḣ 2
3. Si f est une fonction telle que f ∈ L2 (R3 ) ∩ Ḣ 2 (R3 ), alors vérifier les estimations
suivantes :
1 3
(a) kf k 3 ≤ kf kL4 2 kf kḢ
4
2
,
Ḣ 2
1 1
(b) kf kḢ 1 ≤ kf kL2 2 kf kḢ
2
2
,
3 1
(c) kf k 1 ≤ kf kL4 2 kf kḢ
4
2
.
Ḣ 2
Exercice 2.7
1. A t-on les inclusions d’espaces Ḣ 2 (R3 ) ⊂ Ḣ 1 (R3 ) ?
(Indication : passer en Fourier et faire un dessin).
2. Si f ∈ Ḣ 2 (R3 ) ∩ Ḣ 1 (R3 ), a t-on f ∈ H 1 (R3 ) ?
où ϕ ∈ C0∞ (R2 ) est une fonction positive qui vaut 1 sur la boule B(0, 21 ) et qui vérifie
sup ϕ ⊂ B(0, 1).
Exercice 2.9 Soit f : R3 −→ R une fonction qui appartient à l’espace de Sobolev H 2 (R3 ).
1. Montrer que l’on a l’estimation
Z
kf kL∞ ≤ C |fb(ξ)|dξ.
R3
2. En déduire l’inégalité
1 1 1 1
kf kL∞ ≤ Ckf kḢ
2
1
A 2 + Ckf kḢ
2
2
A− 2 .
3. Calibrer le paramètre A pour obtenir le résultat recherché pour cette fonction f sym-
pathique, en déduire le résultat général par densité.
Chapitre 3
Solutions classiques
en utilisant essentiellement les outils et les techniques mathématiques qui étaient disponibles
au tout début du XXème siècle, c’est à dire que les fonctions considérées ainsi que leurs
dérivées seront continues et dérivables au sens fort. Cette approche peut sembler paradoxale,
puisqu’il existe d’autres points de vue qui permettent d’obtenir des conclusions similaires avec
un degré supérieur de généralité (en étudiant des dérivées faibles par exemple), mais cette
première étude des équations de Navier-Stokes va nous montrer certains aspects explicites
très intéressants qui ne sont pas souvent abordés par ailleurs.
Avant de nous lancer dans les calculs, il peut être utile de remarquer que d’une façon très
générale les équations de Navier-Stokes (3.1) peuvent se concevoir comme deux problèmes
différents sur les deux inconnues 1 ~u et p :
où le terme F~0 = F~0 (~u, p, f~) regrouperait tous les les termes restants, à savoir
Ainsi, bien que ce terme F~0 concentre l’essentiel des difficultés liées aux équations de
Navier-Stokes, il n’est pas totalement inutile de faire quelques rappels sur l’équation
de la chaleur (3.2) ci-dessus dans le cas très particulier où F~0 serait juste un terme
supplémentaire (sans dépendance par rapport à ~u ou p) car, comme nous le verrons
plus tard, certaines propriétés intéressantes de cette équation peuvent se transposer
sous certaines conditions aux équations de Navier-Stokes.
1. Rappelons que f~ est une force extérieure fixée par avance au même titre que la donnée initiale ~
u0 .
43
44 Chapitre 3. Solutions classiques
∆p = F1 , (3.3)
L’équation de Poisson (3.3) mérite également d’être étudiée lorsque le terme F1 est
un terme générique qui ne dépend pas de ~u, car même dans ce cadre on obtiendra des
informations qui pourront être exploitées par la suite.
Une fois que nous avons mis en évidence ces deux équations pour la vitesse ~u et la pression
p, nous allons étudier dans la Section 3.1 les équations de la chaleur et de Poisson correspon-
dantes à chacune de ces inconnues et cette étude sera faite d’un point de vue assez large mais
tout en gardant à l’esprit que ces résultats seront appliqués aux équations de Navier-Stokes :
les énoncés seront donc donnés directement en dimension 3 d’espace et on ne recherchera
pas forcément la plus grande généralité possible. Ensuite, dans la Section 3.2, nous ver-
rons comment étudier les champs de vecteurs en utilisant la décomposition de Helmholtz,
décomposition qui justement séparera les inconnues ~u et p des équations de Navier-Stokes et
permettra une application (relativement) directe des résultats de la première section.
Toutefois, avant de nous attaquer directement aux équations de Navier-Stokes nous allons
réaliser dans la Section 3.3 une étude des équations de Stokes qui sont une simplification
considérable des équations (3.1) car le terme le plus difficile à traiter, et qui est donné par la
~ u, n’y est plus pris en compte. Comme nous le verrons ci-après,
quantité non linéaire (~u · ∇)~
les équations de Stokes font également intervenir les deux inconnues ~u et p et on pourra alors
illustrer dans ce cadre simplifié et de façon très pédagogique l’utilisation de la décomposition
de Helmholtz pour séparer ces variables.
Finalement, une fois que nous aurons à notre disposition tous ces résultats, nous réaliserons
dans la Section 3.4 une première étude des équations de Navier-Stokes avec des outils issus
de l’analyse mathématique classique : nous verrons comment -et sous quelles hypothèses- il
est possible de construire des solutions fortes de ces équations de la mécanique des fluides.
plutôt privilégier ici une approche plus classique. Ce choix permettra de dégager des outils et
un langage qui seront directement mis à profit pour la vérification des principaux théorèmes
de ce chapitre.
∂t u − ∆u = 0. (3.4)
0, si t < 0.
vérifie l’équation de la chaleur (3.4) sur ]0, +∞[×Rn . Nous dirons que la fonction gt
est la solution fondamentale de l’équation de la chaleur. Nous dirons également que gt
est le noyau de la chaleur. On notera g1 (x) = g(1, x) = g(x).
Le fait que cette fonction gt satisfait l’équation de la chaleur dans ]0, +∞[×Rn peut se vérifier
directement en variable réelle ou plus rapidement en variable de Fourier et nous laissons les
détails au lecteur. Voire également le livre [23].
Proposition 3.1.2
1) Pour tout t > 0 nous avons l’identité
2
gbt (ξ) = e−t|ξ| .
gt ∗ gs = gt+s ,
3) La famille (gt )t>0 est une approximation de l’identité : pour tout t > 0 on a
kgt kL1 = 1 et lim gt = δ0 .
t→0+
Proposition 3.1.3
1) Si α ∈ Nn et si k ∈ N, pour tout t > 0 et pour tout 1 ≤ p ≤ +∞ on a
∂k α |α|+2k+n(1−1/p)
D g(t, ·) ≤ Ct− 2 .
∂tk Lp
k
D g(t, ·) ∗ f ≤ Ct− 2 kf kLp .
∂t Lp
et cette dernière expression (en tant que fonction de la variable de temps) n’appartient pas à
l’espace L1 (]0, +∞[) : on remarque bien qu’une application directe de estimations ci-dessus
n’est pas suffisante pour conclure que la quantité k∆(gt ∗ f )kL1t L1x (qui fait intervenir les deux
variables) est bornée et il faudra faire très attention à cette particularité.
où la donnée initiale ~u0 : R3 −→ R3 vérifie certaines conditions qui seront bientôt explicitées
et l’identité ∂t ~u = ∆~u représente le système
∂t u1 ∆u1
∂ u = ∆u 2 .
t 2
∂t u3 ∆u3
Ainsi, il suffira de raisonner composante par composante pour obtenir le vecteur solution de
cette équation.
Il est bien connu que ce problème d’évolution admet des solutions même pour des données
initiales ~u0 assez générales, et nous y reviendrons un peu plus tard au Chapitre 4, mais dans
ce chapitre nous aurons besoin du résultat suivant qui permet d’obtenir des solutions de
l’équation (3.6) à partir de la solution fondamentale.
Théorème 3.1.4 Soit ~u0 : R3 −→ R3 une fonction vectorielle telle que ~u0 ∈ Cb0 (R3 ),
alors la fonction
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x),
vérifie les points suivants.
Démonstration. Vérifions tout d’abord que la fonction ~u(t, x) est bien définie, nous avons
pour tout t > 0 et x ∈ R3 :
Z
|~u(t, x)| ≤ |gt (x − y)||~u0 (y)|dy ≤ kgt kL1 k~u0 k∞ < +∞.
R3
et puisque ~u0 ∈ Cb0 (R3 ), on observe alors sans problème que la fonction ~u est continue sur
]0, +∞[×R3 et que l’on a en plus par convergence dominée lim ~u(t, x) = ~u0 (x) et donc
t→0+
~u(0, x) = ~u0 (x) ce qui donne la continuité sur [0, +∞[×R3 . Etant donné que pour t > 0 la
fonction gt est régulière, on obtient que ~u(t, x) est de classe C ∞ sur ]0, +∞[×R3 . Pour le
dernier point il suffit de remarquer que l’on a
(∂t − ∆)~u(t, x) = (∂t − ∆) gt ∗ ~u0 (x) = (∂t − ∆)gt ∗ ~u0 (x) = 0,
~u(0, x) = 0.
Théorème 3.1.5 Soit f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3 une force extérieure donnée qui vérifie
f~ ∈ Cb1 ([0, +∞[×R3 ). Alors la fonction
Z t
~u(t, x) = gt−s ∗ f~(s, x)ds, (3.8)
0
~u(0, x) = 0 sur R3 .
Démonstration. Pour le premier point : comme f~ est continue bornée en variable d’espace
et la fonction gt est intégrable en variable d’espace, on obtient par les propriétés du produit de
convolution que la fonction gt−s ∗ f~(s, x) est continue sur R3 . Maintenant, par un changement
de variables nous avons
Z tZ Z tZ
1 |z|2
− 4 ~
√
~u(t, x) = gt−s (y)f~(s, x − y)dyds = 3/2
e f (s, x − t − s z)dzds,
0 R3 0 R3 (4π)
et comme la fonction f~ est continue bornée en variable temporelle on obtient bien la continuité
de ~u(t, ·) pour t > 0. Finalement, par convergence dominée en variable de temps on obtient
sans problème lim ~u(t, x) = 0, ce qui nous permet de conclure la continuité sur [0, +∞[×R3 .
t→0+
Pour le deuxième point, raisonnant composante par composante et pour tout indice
i, j, k = 1, 2, 3 on obtient
Z t
∂xi uk (t, x) = gt−s ∗ ∂xi fk (s, x)ds,
0
mais comme la fonction ∂xi fk appartient à l’espace Cb0 ([0, +∞[×R3 ) par hypothèse, alors
avec les mêmes arguments antérieurs nous déduisons que la fonction ∂xi uk (t, x) est continue
bornée sur ]0, +∞[×R3 . De plus on peut écrire
Z tZ
√ ds
∂xi ∂xj uk (t, x) = ∂xi g(z)∂xj fk (s, x − t − s z)dz √ .
0 R3 t−s
3.1. Equation de la chaleur et équation de Laplace 49
mais étant donné que la fonction ∂xi g est intégrable en variable d’espace, que la fonction
∂xj fk est continue bornée en temps et en espace et que le poids (t − s)−1/2 est intégrable, on
obtient que la fonction ~u(t, ·) est de classe C 2 (R3 ).
Pour le dernier point, on remarquera que toutes les fonctions considérées sont continues
bornées, de sorte que l’on peut dériver sous le signe somme pour obtenir l’équation vérifiée
par la fonction ~u(t, x) définie par (3.8).
Il existe bien sûr de nombreuses variantes de ces théorèmes, mais nous ne cherchons pas
l’exhaustivité ici : ces énoncés sont suffisants pour nos besoins immédiats.
C) Résultat Général
Avec les deux théorèmes antérieurs et par le principe de superposition du problème ho-
mogène avec le problème non-homogène, nous pouvons étudier le cas général.
Théorème 3.1.6 Soit f~ : [0, +∞[×R3 −→ R une force extérieure telle que l’on ait
f~ ∈ C 1 ([0, +∞[×R3 ). Si la donnée initiale ~u0 est une fonction continue bornée sur R3 ,
alors la fonction Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ f~(s, x)ds,
0
est solution du problème
∂t ~u = ∆~u + f~ sur ]0, +∞[×R3 ,
Remarque 3.3 Nous verrons au Chapitre 4 comment étendre le Théorème 3.1.6 à des
données initiales ~u0 et à des forces extérieures f~ plus générales.
A) Equation de Laplace
L’équation de Laplace est historiquement une des premières équations aux dérivées par-
tielles considérées et si f : Rn −→ R est une fonction suffisamment régulière cette équation
s’écrit
n
X
∆f (x) = ∂x2i f (x) = 0, (3.9)
i=1
50 Chapitre 3. Solutions classiques
pour tout x ∈ Rn . En étudiant certaines propriétés d’invariance de cette équation, il est très
simple de vérifier que cette équation admet la solution suivante
Le lecteur peut consulter le livre [19] pour une construction de la solution fondamentale Φ
en utilisant des outils totalement élémentaires.
1 1
Φ(x) = . (3.11)
4π |x|
Dans ce cadre précis, nous pouvons voir sans problème que si x 6= 0, alors nous avons les
inégalités
C C C
|DΦ(x)| ≤ , |D2 Φ(x)| ≤ , et |D3 Φ(x)| ≤ , (3.12)
|x|2 |x|3 |x|4
Remarque 3.4 En utilisant le langage de la théorie des distributions on peut écrire l’identité
−∆Φ = δ0 . On remarquera également sans problème que la fonction Φ est régulière en dehors
de l’origine.
et la fonction f ainsi définie est de classe C 2 (R3 ) et de plus elle vérifie l’équation de
Poisson (3.13) sur R3 .
ce qui nous donne que f est de classe C 2 car par hypothèse g ∈ C 1 et Φ est régulière en dehors
de l’origine. De plus nous pouvons écrire
Z 3
X Z
∆f (x) = lim ∂xi g(x − y)∂xi Φ(y)dy = lim ~
∇g(x ~
− y) · ∇Φ(y)dy,
→0 <|y|<R i=1 →0 <|y|<R
R→+∞ R→+∞
et en remarquant que l’on a l’identité ∆Φ = 0 sur R3 \ {0} ainsi que les formules
3 3
X 1 X 1
σi ∂xj Φ(σ) = − 2
et σi ∂xj Φ(Rσ) = − , alors il vient
4π 4πR2
i=1 i=1
Z Z
1 1
∆f (x) = lim − g(x − σ)dσ + g(x − Rσ)dσ .
→0
R→+∞
4π S2 4π S2
On remarque maintenant que par l’hypothèse (3.14), la fonction g est bornée près de l’origine,
tend vers 0 à l’infini et en se rappelant que la mesure de la sphère unité S2 est 4π, par un
passage à la limite nous avons bien l’identité recherchée
∆f (x) = −g(x),
La solution (3.15) du problème de Poisson (3.13) est donnée par convolution avec le noyau
de Green Φ qui dont les dérivées vérifient les estimations (3.12). Nous aurons besoin d’un
résultat général qui nous permettra d’estimer ces produits de convolution :
52 Chapitre 3. Solutions classiques
Lemme 3.1.9 Soient 0 < α < 3 un indice réel. Alors on a les estimations suivantes
2) Si β = 3, nous avons
Z
1 1 C
α β
dy ≤ max(1, ln |x|). (3.17)
R3 |y| (1 + |x − y|) (1 + |x|)α
3) Si β > 3, alors Z
1 1 C
α β
dy ≤ . (3.18)
R3 |y| (1 + |x − y|) (1 + |x|)α
Preuve. Observons tout d’abord que grâce à un changement de variable on a l’identité
Z Z
1 1 1 1
α β
dy = α β
dy,
R3 |y| (1 + |x − y|) R3 |x − y| (1 + |y|)
de manière qu’il est totalement équivalent de travailler sur chacune de ces deux expressions
ci-dessus.
• Pour obtenir ces estimations, on étudie d’abord le cas où |x| < 1 et on a
Z Z Z
1 1 1 1 1 1
α β
dy = α β
dy+ α β
dy.
R3 |y| (1 + |x − y|) {|y|<1} |y| (1 + |x − y|) {|y|≥1} |y| (1 + |x − y|)
1
Comme (1+|x−y|)β
≤ 1 nous écrivons
Z Z
1 1 1
dy ≤ dy < +∞,
{|y|<1}
α
|y| (1 + |x − y|)β {|y|<1} |y|α
car 0 < α < 3. Maintenant, puisque on a supposé |x| < 1, alors on a les estimations
1 1
|y| ≤ |x − y| + |x| ≤ |x − y| + 1 et donc (1+|x−y|)β ≤ |y|β , ce qui nous permet d’écrire
Z Z
1 1 1
dy ≤ dy < +∞,
{|y|≥1}
α
|y| (1 + |x − y|)β {|y|≥1} |y|α+β
car α + β − 3 > 0 (ce que l’on a dans les trois cas Z de figure explicités). Nous avons
1 1
donc obtenu que lorsque |x| < 1, alors l’intégrale α (1 + |x − y|)β
dy est bornée.
R3 |y|
• Supposons maintenant que |x| ≥ 1, nous avons alors :
Z Z Z
1 1 1 1 1 1
α (1 + |x − y|)β
dy = α (1 + |x − y|)β
dy+ α (1 + |x − y|)β
dy.
R3 |y| 1
{|y|≤ |x|} |y| 1
{ |x|<|y|} |y|
2 2
Pour la première intégrale ci-dessus on remarque que sur l’ensemble 12 |x| < |y|, on a
C
les contrôles |x − y| ≤ |x| + |y| ≤ 3|y|, et donc |y|1α ≤ |x−y| α . On obtient alors
Z Z
1 1 1 1
dy ≤ dy
{ 12 |x|<|y|}∩{|x−y|>|x|/2} |y|α (1 + |x − y|)β { 12 |x|<|y|}∩{|x−y|>|x|/2} |x − y|α (1 + |x − y|)β
Z
1 C
≤ dy ≤ ,
{|x−y|>|x|/2} |x − y|α+β |x|α+β−3
Avec toutes ces estimations pour les cas |x| < 1 et |x| ≥ 1, nous obtenons donc
bien l’inégalité (3.16) recherchée.
de sorte que l’on a (avec toutes les estimations précédentes) le contrôle général
suivant
max(1, ln |x|)
Z
1 1
α β
dy ≤ C ,
R3 |x − y| (1 + |y|) (1 + |x|)α
ce qui démontre l’inégalité (3.17).
54 Chapitre 3. Solutions classiques
Remarque 3.5 Si l’on compare les exposants dans la partie de gauche et de droite de la
formule (3.16) on notera qu’il y a une perte dans la décroissance obtenue car β > α+β−3 > 0
puisque 0 < α < 3. D’autre part, la condition α < 3 est nécessaire car si α = 3 alors le terme
1 1
|y|α = |y|3 ne serait pas localement intégrable. Bien évidemment ce résultat se généralise
lorsque la dimension de l’espace ambiant est autre que n = 3.
On notera également une perte de la décroissance dans la formule (3.18) car initialement
on a une décroissance de l’ordre de β > 3 mais la conclusion nous fournit une décroissance
d’ordre 3 > α > 0.
La proposition qui suit explicite deux propriétés des solutions de l’équation de Poisson qui
seront utilisées par la suite.
Soit f la solution du problème de Poisson (3.13) donnée par l’expression (3.15). Nous
avons alors les points suivants :
Démonstration.
1) En utilisant l’hypothèse avec 2 < σ < 3 et par définition de la solution fondamentale
de l’équation de Laplace Φ donnée dans (3.10), nous avons directement l’estimation
(1 + |y|)σ |g(y)|
Z Z
|f (x)| ≤ |Φ(x − y)||g(y)|dy ≤ |Φ(x − y)| dy
R3 R3 (1 + |y|)σ
Z
1 1
≤ C sup (1 + |y|)σ |g(y)| σ
dy
y∈R3 R3 |x − y| (1 + |y|)
Z
1 1 1
≤ C σ
dy ≤ C ,
R3 |x − y| (1 + |y|) (1 + |x|)σ−2
où nous avons utilisé le Lemme 3.1.9 pour estimer la dernière intégrale ci-dessus, et à
partir de cette inégalité on obtient sans problème le premier point de la proposition.
3.1. Equation de la chaleur et équation de Laplace 55
(1 + |y|)σ |g(y)|
Z
α α
|D f (x)| = |D Φ ∗ g(x)| ≤ |Dα Φ(x − y)| dy
R3 (1 + |y|)σ
Z
1 1
≤ C sup (1 + |y|)σ |g(y)| 2 σ
dy
y∈R3 R3 |x − y| (1 + |y|)
1
≤ C ,
(1 + |x|)σ−1
où nous avons appliqué encore une fois le Lemme 3.1.9 pour obtenir le contrôle an-
noncé.
On remarquera à partir des calculs ci-dessus, que si l’on a pas d’information sur la décroissance
des dérivées de la fonction g alors on pourra difficilement obtenir de l’information sur la
décroissance de la fonction Dα f .
En suivant les arguments précédents, on notera également que pour étudier le comporte-
ment de la fonction Dα f , on ne pourra pas forcément appliquer des dérivées d’ordre 2 sur
le noyau de Green Φ car alors, par la deuxième estimation de l’expression (3.12), on aura
C
|Dα Φ(x − y)| ≤ |x−y| 3 , ce qui nous empêchera d’appliquer le Lemme 3.1.9 (voir la Remarque
3.5). D’autre part, même si l’on suppose une meilleure décroissance pour la fonction g, par
exemple si l’on suppose
sup sup (1 + |x|)σ |Dα g(x)| < +∞,
|α|≤1 x∈R3
Il est bien sûr possible de continuer l’étude des équations de la chaleur et de l’équation de
Poisson ainsi que les propriétés de leurs solutions, mais les résultats présentés ci-dessus suf-
fisent amplement pour atteindre nos objectifs.
Nous allons donc étudier dans les pages qui suivent comment obtenir à partir des équations
de Navier-Stokes une équation de la chaleur (non linéaire) pour la vitesse et une équation
de Poisson pour la pression, mais avant il sera nécessaire d’énoncer un résultat qui va nous
permettre de décomposer de manière astucieuse les champs de vecteurs.
56 Chapitre 3. Solutions classiques
Cette écriture d’un champ de vecteurs en fonction de deux termes aux caractéristiques
bien distinctes apparaı̂t souvent en électromagnétisme et en mécanique des fluides (cette
décomposition est également connue comme le théorème fondamental du calcul vectoriel ).
sup sup (1 + |x|)σ |Dα F~ (x)| < +∞, avec 2 < σ < 3.
|α|≤2 x∈R3
Il existe alors deux champs de vecteurs F~0 , F~1 : R3 −→ R3 de classe C 1 tels que l’on ait
la décomposition
F~ = F~0 + F~1 , (3.21)
avec les propriétés suivantes :
3) On a les contrôles
et
sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dα F~1 (x)| < +∞.
|α|≤1 x∈R3
Avec cette estimation, en prenant div(F~ ) comme une donnée, nous pouvons considérer
l’équation de Poisson suivante avec pour inconnue une fonction p : R3 −→ R :
∆p = div(F~ ), (3.22)
3.2. Décomposition de Helmholtz 57
et alors, cette équation de Poisson admet par le Théorème 3.1.8 une solution p qui est de
classe C 2 (R3 ) et qui vérifie, par la Proposition 3.1.10, les inégalités :
La fonction p obtenue ci-dessus est bien de classe C 2 et satisfait les conditions de décroissance
explicitées dans le premier point du théorème. A partir de cette fonction p, on peut maintenant
construire deux champs de vecteurs F~1 et F~0 de la façon suivante :
F~1 = ∇p,
~ et F~0 = F~ − F~1 , (3.24)
et on remarque sans problème que les champs de vecteurs F~0 et F~1 sont de classe C 1 (R3 ) par
construction.
Passons au deuxième point. Nous avons bien que le champ de vecteurs F~1 est de rotationnel
nul puisque l’on a l’identité vectorielle
~ ∧ F~1 = ∇
∇ ~ ∧ (∇p)
~ ≡ 0.
Si nous appliquons maintenant l’opérateur divergence au champ de vecteurs F~0 , nous obtenons
les identités
car p est justement solution de l’équation de Poisson (3.22). On a ainsi obtenu l’existence de
la décomposition F~ = F~0 + F~1 avec les propriétés recherchées, ce qui démontre le deuxième
point du théorème.
Le troisième point se base sur le fait que la fonction p vérifie les estimations (3.23) et on
obtient sans problème le contrôle suivant pour F~1 :
sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dα F~1 (x)| = sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dα ∇p(x)|
~ < +∞.
|α|≤1 x∈R3 |α|≤1 x∈R3
Pour le champ de vecteurs F~0 on utilise sa définition donnée dans l’expression (3.24) et
l’hypothèse sur le champ de vecteurs F~ pour obtenir
sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dα F~0 (x)| = sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dα (F~ − F~1 )(x)|
|α|≤1 x∈R3 |α|≤1 x∈R3
Pour terminer il ne reste plus qu’à étudier l’unicité de la décomposition (3.21). On suppose
donc qu’il existe une autre décomposition (G ~ 0, G
~ 1 ) avec les mêmes propriétés que le couple
~ ~ ~ ~ ~ ~ ~
(F0 , F1 ), c’est à dire que F = F0 + F1 et F = G0 + G ~ 1 où F~0 et G
~ 0 sont à divergence nulle
~ ~
et où F1 et G1 sont à rotationnel nul et de plus on a les bonnes conditions de décroissance
pour toutes ces champs de vecteurs.
58 Chapitre 3. Solutions classiques
~ 1 − F~1 ) = div((F~ − G
∆q = div(G ~ 0 ) − (F~ − F~0 )) = div(G
~ 0 − F~0 ) = 0,
car F~0 et G
~ 0 sont à divergence nulle. La fonction q est donc harmonique sur R3 et ses dérivées
de premier ordre s’annulent à l’infini car les fonctions G ~ 1 et F~1 vérifient les estimations du
troisième point. Alors par le principe du maximum (pour les fonctions harmoniques) on a
que q est une fonction constante, et donc G ~ 1 − F~1 = ∇q
~ = 0, ce qui nous donne l’unicité
recherchée.
Cette décomposition des champs de vecteurs sera d’une grande utilité dans l’étude des
équations de Navier-Stokes car elle nous permettra de séparer les composantes à divergence
nulle et à rotationnel nul d’un champ de vecteurs et de ce fait on pourra étudier chacune
des inconnues ~u et p séparément. Nous verrons dans le chapitre suivant comment généraliser
ce résultat à un cadre plus moderne en faisant intervenir des champs de vecteurs qui appar-
tiennent à des espaces de fonctions comme les espaces de Lebesgue ou de Sobolev (on parlera
alors du projecteur de Leray).
Mais avant de nous lancer dans l’étude des équations de Navier-Stokes, il est très utile
de considérer d’abord un système plus simple donné par les équations de Stokes qui seront
traitées dans la section qui suit.
A) Le problème de Stokes
Pour mieux comprendre les mécanismes d’application de cette décomposition dans l’étude
d’équations aux dérivées partielles, nous nous proposons d’étudier dans cette section le
système suivant qui est une simplification des équations de Navier-Stokes classiques :
∂t ~u = ∆~u − ∇p ~ + ~g , div(~u) = 0,
(3.25)
~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0,
où ~u0 est une donnée initiale que l’on supposera à divergence nulle, ~g est une force extérieure
donnée.
Ce problème (3.25) correspond aux équations de Stokes et d’un point de vue physique,
ces équations modélisent l’évolution dans le temps d’un fluide dont le terme de transport est
totalement négligeable par rapport à la viscosité ambiante comme c’est le cas par exemple
lorsqu’on étudie les propriétés de certains polymères.
D’un point de vue plus mathématique, on remarquera que par rapport aux équations de
Navier-Stokes (3.1), le problème ci-dessus ne prend pas en compte le terme non-linéaire de
~ u. Il s’agit alors d’un problème linéaire en ~u qui sera beaucoup plus simple
transport (~u · ∇)~
à étudier.
Toutefois, nous avons ici aussi deux inconnues (~u, p) et nous allons voir maintenant com-
ment utiliser la décomposition de Helmholtz pour étudier séparément chacune de ces deux
inconnues.
• sup sup (1 + |x|)σ |Dxα~g (t, x)| < +∞, avec 2 < σ < 3.
|α|≤2 x∈R3
Alors il existe une unique solution (~u, p) du problème de Stokes (3.25) telle que
2) on a le contrôle sup sup (1 + |x|)σ−2 |p(t, x)| < +∞ ainsi que la majoration
t≥0 x∈R3
sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dxα p(t, x)| < +∞,
1≤|α|≤2 t≥0,x∈R3
où gt est le noyau de la chaleur et Φ est la fonction de Green donnée dans (3.11).
Démonstration. Nous allons tout d’abord montrer que le problème de Stokes (3.25) admet
une solution (~u, p) qui s’écrit de la forme (3.26), pour ensuite vérifier les propriétés de ces
solutions énoncées dans ce théorème.
Le point de départ pour construire des solutions au problème de Stokes consiste à appli-
quer la décomposition de Helmholtz au champ de vecteurs ~g (qui vérifie les hypothèses du
Théorème 3.2.1), ce qui donne
~
~g = ~g0 + ∇q, (3.27)
60 Chapitre 3. Solutions classiques
Nous observons ici que dans la dernière identité, le terme (∆~u + ~g0 ) est à divergence nulle
~ − p) est à rotationnel nul. Ainsi, si nous appliquons la décomposition de
et le terme ∇(q
Helmholtz (3.21) pour le champ de vecteurs
mais pour pouvoir étudier ces équations correctement nous avons besoin de quelques petites
manipulations supplémentaires. En effet, à partir de cette dernière équation nous obtenons
~ = ∇q
∇p ~ et donc la décomposition (3.27) ~g = ~g0 + ∇q
~ nous permet d’écrire
~ = ~g − ∇p.
~g0 = ~g − ∇q ~
~ = ∇q,
De plus, en appliquant l’opérateur divergence à l’identité ∇p ~ on en déduit la relation
suivante
∆p = ∆q = div(~g ),
où nous avons utilisé l’identité (3.28).
Avec les relations que nous venons d’obtenir pour ~g0 et pour le Laplacian de la pression p,
nous avons les deux équations recherchées :
• Une équation de Poisson ∆p = div(~g ) dont la solution est donnée par le Théorème
3.1.8 (on remarquera que les hypothèses sur ~g permettent d’appliquer ce théorème) :
où Φ est la fonction de Green donnée par l’expression (3.11). De plus la pression p
vérifie les estimations explicitées dans la Proposition 3.1.10.
Il s’agit maintenant de relier ces deux équations pour revenir au problème initial et pour
cela on remplace l’expression de la pression donnée par la formule (3.29) dans le problème
ci-dessus pour obtenir
Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + ~ ∗ div(~g ))(s, x)ds,
gt−s ∗ (~g + ∇Φ
0
Pour les conditions 1)-4) énoncées dans le Théorème 3.3.1, il suffit d’exploiter les conclu-
sions du Théorème 3.1.8, de la Proposition 3.1.10 et du Théorème 3.1.6, de sorte que les
détails sont laissés au lecteur.
B) Le Tenseur d’Oseen
La solution du problème de Stokes calculée dans la section précédente nous incite à définir
un noyau de convolution qui concentre l’information de la même façon que les solutions fon-
damentales données précédemment pour les équations de la chaleur et l’équation de Poisson.
Dans ce sens nous avons la définition qui suit :
Définition 3.3.2 (Tenseur d’Oseen) Soit (t, x) ∈ [0, +∞[×R3 . On définit le ten-
seur d’Oseen (Oj,k )1≤j,k≤3 par la formule
pour 1 ≤ j, k ≤ 3 et où la fonction δj,k est la fonction delta de Kronecker. Ici, gt est le
noyau de la chaleur et Φ est la fonction de Green.
Remarquons que ce tenseur s’écrit également en notation matricielle de la forme suivante :
gt + Φ ∗ ∂x21 gt Φ ∗ ∂x1 ∂x2 gt Φ ∗ ∂x1 ∂x3 gt
Ot (x) = O(t, x) = Φ ∗ ∂x2 ∂x1 gt gt + Φ ∗ ∂x22 gt Φ ∗ ∂x2 ∂x3 gt ,
Φ ∗ ∂x3 ∂x1 gt 2
Φ ∗ ∂x3 ∂x2 gt gt + Φ ∗ ∂x3 gt
et on observe facilement d’une part que ce tenseur est symétrique Oj,k = Ok,j et d’autre part
que l’on a la propriété de divergence nulle
div(Ot ) = 0, (3.31)
il suffit pour cela d’appliquer la définition de la divergence d’un tenseur donnée dans la
formule (2.10), page 16 :
∂x1 (gt + Φ ∗ ∂x21 gt ) + ∂x2 (Φ ∗ ∂x1 ∂x2 gt ) + ∂x3 (Φ ∗ ∂x1 ∂x3 gt ) ∂x1 gt + ∆Φ ∗ ∂x1 gt
div(Ot ) = ∂x1 (Φ ∗ ∂x2 ∂x1 gt ) + ∂x2 (gt + Φ ∗ ∂x22 gt ) + ∂x3 (Φ ∗ ∂x2 ∂x3 gt ) = ∂x2 gt + ∆Φ ∗ ∂x2 gt ,
2
∂x1 (Φ ∗ ∂x3 ∂x1 gt ) + ∂x2 (Φ ∗ ∂x3 ∂x2 gt ) + ∂x3 (gt + Φ ∗ ∂x3 gt ) ∂x3 gt + ∆Φ ∗ ∂x3 gt
Observons maintenant que le tenseur d’Oseen nous permet d’écrire la partie concernant
la variable ~u dans la solution (3.26) du problème de Stokes de la façon suivante :
3 Z
Z t X !
uj (t, x) = gt ∗ u0,j (x) + Oj,k (t − s, x − y)gk (s, y)dy ds,
0 k=1 R3
Proposition 3.3.3
1) Pour tout t > 0, pour tout x ∈ R3 et pour 1 ≤ j, k ≤ 3 nous avons
1 x
Oj,k (t, x) = 3/2 Oj,k 1, √ , (3.33)
t t
Preuve. Le premier point se déduit directement des propriétés d’homogénéité des fonctions
gt (x) et Φ(x), de sorte que les détails sont laissés au lecteur.
On remarque pour le deuxième point de la proposition que l’on peut écrire par la définition
(3.30) :
Oj,k (t, x) = δj,k gt (x) + ∂xj ∂xk (Φ ∗ gt )(x),
nous observons ici que la fonction Φ ∗ gt (x) = ϕ(|x|) est une fonction radiale, bornée près de
l’origine, qui tend vers zéro à l’infini et qui de plus vérifie l’équation
1 |x|2
− 4t
−∆ϕ(|x|) = −∆Φ ∗ gt (x) = e = Gt (|x|),
(4πt)3/2
et donc nous devons avoir (en passant en coordonnées sphériques) :
2
ϕ00 (ρ) + ϕ0 (ρ) = −Gt (ρ),
ρ
3.3. Problème de Stokes et tenseur d’Oseen 63
ce qui nous permet d’écrire (ρϕ)00 (ρ) = −ρGt (ρ), mais par la définition de la fonction Gt
ci-dessus, on a également −ρGt (ρ) = 2tGt (ρ)0 et alors nous avons l’équation
2t ρ
Z
A
ce qui nous conduit à l’expression ϕ(ρ) = + B + Gt (s)ds. Comme la fonction ϕ est
ρ ρ 0
bornée près de l’origine et elle tend vers zéro à l’infini, il vient que A = B = 0 et alors nous
avons l’expression recherchée
Z |x|
2t s2
Φ ∗ gt (x) = e− 4t ds,
(4πt)3/2 |x| 0
Cα
|Dxα Oj,k (1, x)| ≤ .
(1 + |x|)3+|α|
si |x| < 1, par les propriétés du noyau de la chaleur g1 données dans la Proposition 3.1.2,
page 45, et par une estimation de l’intégrale lorsque |x| < 1, on obtient sans problème
que la quantité ci-dessus est bornée. Maintenant, pour |x| ≥ 1 (avec la formule de Leibniz
généralisée) on observe que l’on a :
Z |x| !
α α α 1 2
− s4
|Dx Oj,k (x)| ≤ |Dx g1 (x)| + C ∂xj ∂xk Dx e ds
|x| 0
Z |x| !
X α
1 2
α α−β β − s4
≤ |Dx g1 (x)| + C ∂xj ∂xk Dx Dx e ds
β |x| 0
β≤α
Cα Cα Cα
≤ 3+|α|
+ 3+|α|+2 ≤ ,
|x| |x| |x|3+|α|
où nous avons utilisé les propriétés du noyau de la chaleur g1 (voir la Proposition 3.1.2,
page 45), la régularité de la fonction |x|−1 lorsque |x| ≥ 1 et les propriétés de décroissance
de la fonction exponentielle. Avec ces deux estimations nous avons donc obtenu la première
inégalité du corollaire. La deuxième s’en déduit facilement par homogénéité en utilisant la
formule (3.33).
Z +∞ s2 √
et puisque e− 4t ds = πt, il vient :
0
!
Z +∞
1 t − s4t
2
Oj,k (t, x) = δj,k gt (x) + ∂xj ∂xk − 2∂xj ∂xk e ds ,
4π|x| (4πt)3/2 |x| |x|
et par la définition du noyau de Green Φ donnée dans l’expression (3.11), page 50, on obtient :
!
Z +∞
t − s4t
2
Oj,k (t, x) = ∂xj ∂xk Φ(x) + δj,k gt (x) − 2∂xj ∂xk e ds ,
(4πt)3/2 |x| |x|
f~ − (~u · ∇)~
~ u,
Ainsi on obtiendrait, avec la formule (3.32) et les expressions (3.26) qui donnent la solution
de l’équation de Stokes, la formulation intégrale suivante pour le problème précédent :
3.4. Solutions classiques des équations de Navier-Stokes 65
Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) +
Ot−s :: f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds
0 (3.36)
p(t, x) = −Φ ∗ div f~ − (~u · ∇)~
~ u (t, x),
bien évidemment nous devons donner un sens à ces quantités car nous n’avons que transformé
l’équation différentielle (3.35) en un système intégro-différentiel (3.36) et c’est ce système que
nous allons étudier ci-dessous.
et ces quantités regroupent les informations concernant la donnée initiale ~u0 et la force
extérieure f~. Ainsi nous pouvons réécrire (3.36) :
Z t
~u(t, x) = ~
v 0 (t, x) − O t−s :: (~
u · ~
∇)~
u (s, x)ds
0 (3.38)
0
~
p(t, x) = q (t, x) + Φ ∗ div (~u · ∇)~
u (t, x).
L’idée originale d’Oseen parue dans l’article [41] de 1911 que nous allons développer ici
considère un développement en série des fonctions ~u et p du type suivant
+∞
X +∞
X
n
~uε = ε ~un , div(~un ) = 0 et pε = εn pn , (3.39)
n=0 n=0
pour un certain ε > 0 et nous allons injecter cette représentation dans le système intégro-
différentiel (3.38) mais pour lequel on a rajouté un paramètre ε supplémentaire :
Z t
~u
ε
(t, x) = ~
v 0 (t, x) − ε O t−s :: (~
u ε · ~
∇)~
u ε (s, x)ds
0 (3.40)
ε 0 ε
~
p (t, x) = q (t, x) + ε Φ ∗ div (~u · ∇)~
u ε (t, x).
Il s’agira alors de regrouper les termes ~un en suivant les puissances de ε pour obtenir de la
sorte une “cascade” de problème de Stokes que nous sommes en mesure de résoudre. Dans
ce processus on devra donc trouver un temps T qui nous permettra d’une part d’obtenir des
contrôles uniformes sur chacun des termes ~un afin de reconstruire la fonction ~u et d’autre
part ces estimations uniformes nous donnerons les arguments nécessaires pour passer à la
limite ε → 1, ce qui nous fournira une solution du système de Navier-Stokes sous formulation
intégrale (3.36).
2) Pour la force extérieure, pour |α| ≤ 2, Dxα f~ est une fonction continue sur
[0, +∞[×R3 .
3) De plus, on a l’estimation
Alors il existe un temps T > 0 et une unique solution (~u, p) des équations de Navier-
Stokes sous formulation intégrale :
Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) +
Ot−s :: f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds
0 (3.43)
p(t, x) = −Φ ∗ div f~ − (~u · ∇)~
~ u (t, x).
~ uε = (~u0 · ∇)~
~ u0 + ε (~u0 · ∇)~
~ u1 + (~u1 · ∇)~
~ u0
(~uε · ∇)~
~ u2 + (~u1 · ∇)~
+ε2 (~u0 · ∇)~ ~ u1 + (~u2 · ∇)~
~ u0 + . . .
(3.44)
Avec cette expression, nous allons maintenant étudier les relations vérifiées par les termes ~un
et pn dans les équations (3.40). En effet, si l’on se concentre pour l’instant sur la première
équation du système (3.40) on a formellement
t
Z
~ uε ) ds
~uε = ~v0 − ε Ot−s :: (~uε · ∇)~
0
+∞ +∞
! ! ! +∞ !
X Z t X X
n
ε ~un = ~v0 − ε Ot−s :: n ~
ε ~un · ∇ n
ε ~un ds,
n=0 0 n=0 n=0
ce qui nous conduit, grâce à l’expression (3.44), aux identification suivantes en fonction des
3.4. Solutions classiques des équations de Navier-Stokes 67
~u0 = ~v0
Z t
~u1 = − ~ u0 ds
Ot−s :: (~u0 · ∇)~
0
Z t
~ u1 + (~u1 · ∇)~
~ u0 ds
~u2 = − Ot−s :: (~u0 · ∇)~
0
Z t
~ u2 + (~u1 · ∇)~
~ u1 + (~u2 · ∇)~
~ u0 ds
~u3 = − Ot−s :: (~u0 · ∇)~
0
..
.
De même, si nous étudions maintenant la pression pε , nous avons, par la deuxième équation
de l’expression (3.40) :
~ uε )
pε = q0 + ε Φ ∗ div (~uε · ∇)~
+∞ +∞
! ! +∞ !!
X X X
εn pn = q0 + ε Φ ∗ div ~
εn~un · ∇ εn~un ,
k=0 n=0 n=0
de sorte qu’en identifiant les termes avec les mêmes puissances du paramètres ε nous avons
les relations (avec q0 donné par l’expression (3.37)) :
p0 = q0
~ u0
p1 = Φ ∗ div (~u0 · ∇)~
~ u1 + (~u1 · ∇)~
p2 = Φ ∗ div (~u0 · ∇)~ ~ u0
..
.
On remarquera que dans les expressions (3.45) et (3.46) chaque couple (~un+1 , pn+1 ) dépend
uniquement des valeurs précédentes (~uk , pk ) pour 0 ≤ k ≤ n et nous avons donc linéarisé le
problème initial.
Avec toutes ces observations, nous pouvons maintenant exhiber la “cascade” d’équations
de Stokes mentionnée précédemment. En effet, les équations vérifiées par les couples (~un , pn )
sont les suivantes :
68 Chapitre 3. Solutions classiques
Observons qu’avec les hypothèses du Théorème 3.4.1 et par construction des termes ci-
dessus, nous pouvons sans problème particulier obtenir les solutions (~un , pn ) de cette cascade
d’équations.
La partie essentielle de la démonstration consiste donc à montrer que l’on peut obtenir
un contrôle uniforme sur les quantités ~un et pn (ainsi que sur leurs dérivées) pour pouvoir
reconstruire une solution des équations de Navier-Stokes de la forme
X X
~uε = εn~un et pε = εn pn , (3.49)
n∈N n∈N
Plus précisément, notre objectif est d’obtenir les contrôles uniformes qui suivent
+∞
X
sup sup sup |Dxα~un (t, x)| < +∞. (3.50)
3
n=0 x∈R |α|≤2 0<t≤T
+∞
X
sup sup sup |Dxα pn (t, x)| < +∞. (3.51)
3
n=0 x∈R |α|≤2 0<t≤T
On remarquera que ces deux conditions nous donnent la convergence normale des séries
+∞
X +∞
X
~un et pn ,
n=0 n=0
Remarque 3.6
1) Les solutions (~un , pn ) de cette cascade d’équations de Stokes étant uniques, lors de
la reconstruction des fonctions ~u et p en suivant les formules (3.49) ci-dessus et avec
les contrôles uniformes (3.50) et (3.51), on obtiendra aussi l’unicité pour ces fonctions.
3.4. Solutions classiques des équations de Navier-Stokes 69
2) On remarquera qu’on obtient également l’information suivante sur les dérivées tem-
porelles :
+∞
X
sup sup |∂t~un (t, x)| < +∞,
3
n=0 x∈R 0<t≤T
en effet, les fonctions (∂t~un )n≥0 vérifient les équations (3.47)-(3.48) et, à partir des
informations (3.50) et (3.51), chaque terme de la partie de droite de ces équations
vérifie les contrôles adaptés.
3) Nous allons obtenir les contrôles (3.50) et (3.51) de manière totalement uniforme par
rapport au paramètre ε : on pourra alors non seulement “reconstruire” les fonctions ~u
et p à partir des fonctions ~un et pn , mais en plus on pourra considérer la limite ε → 1
dans le système (3.40) pour obtenir ainsi une solution du problème de Navier-Stokes.
Nous allons tout d’abord étudier les estimations (3.50) pour ensuite en déduire le contrôle
(3.51) sur les pressions.
Afin d’exploiter au mieux les résultats de la section précédente portant sur les équations
de Stokes, nous allons réécrire les systèmes (3.47) et (3.48) en utilisant la propriété
de divergence nulle des vecteurs considérés, ainsi, pour tout n ≥ 0 nous réécrivons ces
systèmes de la façon suivante
3
X
∂xj ~hj,n − ∇p
~ n,
∂t~un = ∆~un + div(~un ) = 0,
j=1 (3.52)
~
un (0, x) = δn,0 ~u0 (x),
Le lecteur vérifiera sans peine que ces quantités sont bien celles qui interviennent dans
(3.47) et (3.48). En particulier, pour n = 0, on a
3
X 3
X
∂xj ~hj,0 (t, x) = − ∂xj (f~ ∗ ∂xj Φ)(t, x) = −∆(f~ ∗ Φ)(t, x) = f~(t, x). (3.54)
j=1 j=1
Avec les résultats de la section précédente il vient que les candidats qui sont solution
de ces problèmes de Stokes (3.52) s’écrivent
Z t 3
X
~un = δn,0 gt ∗ ~u0 + Ot−s :: ∂xj ~hj,n ds, (3.55)
0 j=1
α
et maintenant nous allons X estimer les quantites ~un ainsi que D ~un pour pouvoir donner
un sens à la série ~u = ~un .
n∈N
70 Chapitre 3. Solutions classiques
Nous allons étudier tout d’abord le premier terme de droite de l’inégalité ci-dessus,
on écrit alors
Z
sup |gt ∗ Dxα ~u0 (x)| ≤ sup |gt (x − y)||Dxα ~u0 (y)|dy
0<t≤T 0<t≤T R3
gt (x − y)
Z
α
≤ sup (1 + |y|)|D ~u0 (y)| × sup dy,
y∈R3 0<t≤T R3 1 + |y|
En effet, on remarque tout d’abord que par les inégalités de Young pour la convo-
lution, nous avons le contrôle uniforme par rapport à la variable de temps :
Z
gt (y) 1
dy ≤ kgt kL1 < +∞,
R3 1 + |x − y| 1 + | · | L∞
ce qui nous indique que cette intégrale est bornée en t et en x. Ensuite, on écrit
pour |x| ≥ 1
gt (x − y)
Z Z
gt (y)
dy = dy
R3 1 + |x − y| R3 1 + |y|
gt (x − y) gt (x − y)
Z Z
= dy + dy.
1
{|y|≤ |x|} 1 + |y| { |x|<|y|} 1 + |y|
1
2 2
Pour finir, étant donné que toute l’intégrale de la partie de gauche de l’expression
(3.57) est bornée, on obtient bien que cette intégrale se majore par la fonction
C
(1+|x|) .
Ainsi, avec (3.57) et avec l’hypothèse (3.41) sur ~u0 nous pouvons écrire le contrôle
suivant pour le premier terme de (3.56) :
CA0
sup |gt ∗ Dxα ~u0 (x)| ≤ . (3.58)
0<t≤T (1 + |x|)
par les propriétés du tenseur d’Oseen données le Corollaire 3.3.4, page 63, et par
l’hypothèse (3.42) sur la force extérieure nous écrivons :
Z t
sup Ot−s :: Dxα f~(s, x)ds ≤ C sup {(1 + |y|)4 |Dxα f~(t, y)|}
0<t≤T 0 |α|≤2, 0<t≤T,y∈R3
Z tZ
1 1
× sup √ dyds
0<t≤T 0 R3 ( t − s + |x − y|) (1 + |y|)4
3
Z Z t
1 1
≤ CB0 sup √ dsdy.
0<t≤T R3 0 ( t − s + |x − y|) (1 + |y|)4
3
• On continue notre étude avec le terme Dxα~un (t, x) et par récurrence on va montrer
que pour un certain 0 ≤ δ < 1/2 on a l’inégalité
n
Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) C0 (A0 + B0 )
sup sup |Dxα~un (t, x)| ≤ . (3.60)
|α|≤2 0<t≤T (1 + n)4 (1 + |x|)
On remarque sans problème à partir des calculs précédents que cette estimation
est vraie pour n = 0, supposons donc que ceci est vrai pour n et vérifions que cela
reste vrai pour n + 1.
3 Z
X t
Dxα~un+1 (t, x) = ∂xj Ot−s :: Dxα~hj,n+1 (s, x)ds,
j=1 0
Observons maintenant que par le Corollaire 3.3.4, page 63, nous pouvons écrire
C
|∂xj O(t − s, x − y)| ≤ ,
(t − s)2 + |x − y|4
C Ctδ 1
2 4
≤ ,
(t − s) + |x − y| (t − s) (t − s) + |x − y|4
δ 2
Nous utilisons maintenant la définition des quantités ~hj,n+1 donnée dans (3.53)
pour écrire
n
X
sup sup |Dxα~hj,n+1 (t, y)| ≤ sup sup |Dxα (uj,k~un−k )(t, y)|.
|α|≤2 0<t≤T |α|≤2 0<t≤T k=0
n
n (C0 (A0 + B0 ))2 X 1
≤ Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) × C1 2
×
(1 + |y|) (1 + k) (1 + n − k)4
4
k=0
+∞
n (C0 (A0 + B0 ))2 C2 X 1
≤ Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) × C1 ×
(1 + |y|)2 (2 + n)4 (1 + k)4
k=0
n (C (A + B ))2 C1 C2 C3
0 0 0
≤ Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) × × ,
(1 + |y|)2 (2 + n)4
On remarque maintenant que par le Lemme 3.1.9, page 52, on a l’estimation sui-
vante (car 0 ≤ δ < 1/2 et donc 0 < 2 + 2δ < 3) :
Z
1 1 1
2 2+2δ
dy≤ Cδ 1+2δ
≤ Cδ ,
R3 (1 + |y|) |x − y| (1 + |x|) (1 + |x|)
de sorte que l’inégalité précédente peut se réécrire comme suit
n
α Kδ T δ C0 (A0 + B0 )
sup sup |Dx ~un+1 (t, x)| ≤ ×
|α|≤2 0<t≤T (2 + n)4
C0 (A0 + B0 )
×C0 C1 C2 C3 C4 Cδ T δ (A0 + B0 ) ,
(1 + |x|)
et alors si on pose Kδ = C1 C2 C3 C4 Cδ on a bien
n+1
Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) C0 (A0 + B0 )
sup sup |Dxα~un+1 (t, x)| ≤ ,
|α|≤2 0<t≤T (1 + (n + 1))4 (1 + |x|)
A partir des relations (3.46) et en utilisant les fonctions ~hj,n définies dans (3.53) nous
pouvons écrire
X3
Dxα pn = − Dxα~hj,n ∗ ∂xj Φ.
j=1
Nous observons ainsi, qu’avec les estimations (3.60) et (3.64) nous pouvons écrire
+∞ +∞ n
X Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) C0 (A0 + B0 )
X
sup sup sup |Dxα~un (t, x)|
≤ sup
3 3 (1 + n)4 (1 + |x|)
n=0 x∈R |α|≤2 0<t≤T n=0 x∈R
+∞ +∞ n
C Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) C0 (A0 + B0 )
X X
sup sup sup |Dxα pn (t, x)| ≤ sup .
x∈R3 |α|≤2 0<t≤T x∈R3 (1 + n)4 (1 + |x|)
n=0 n=0
On remarque maintenant que si le temps T est suffisamment petit pour que l’on ait
Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) ≤ 1, (3.65)
alors les sommes précédentes convergent et nous en déduisons sans aucun problème les
contrôles uniformes (3.50) et (3.51).
+∞
X +∞
X
Ayant ainsi obtenu la convergence normale des séries ~un et pn dans l’espace de
n=0 n=0
fonctions C([0, T ], Cb2 (R3 )), et avec les contrôles uniformes obtenus, nous pouvons alors faire
ε → 1 dans le système (3.40) et nous sommes donc en mesure de construire une solution des
équations de Navier-Stokes sous la formulation intégrale (3.35).
Avec les calculs réalisés dans la démonstration de ce théorème, nous pouvons en déduire
le résultat suivant qui nous fournit quelques informations supplémentaires sur la solution que
nous venons d’obtenir :
1) pour |α| ≤ 2 , les fonctions Dxα ~u et Dxα p sont continues sur [0, T ] × R3 , et
3) ainsi que l’estimation sup sup (1 + |x|)|Dxα p(t, x)| < +∞.
|α|≤2 x∈R3 ,0<t≤T
3.4. Solutions classiques des équations de Navier-Stokes 75
Nous verrons plus tard quelques propriétés supplémentaires de ces solutions, pour l’instant
nous allons nous focaliser sur la notion de temps d’existence de celles-ci : en effet, le théorème
précédent nous fournit uniquement un temps T > 0 sous certaines conditions qu’il convient
d’étudier de plus près.
Remarque 3.7 Il est fondamental d’observer que le temps T d’existence des solutions est
donné par la relation (3.65) qui fait intervenir des constantes génériques mais qui surtout fait
apparaı̂tre les contrôles A0 et B0 de la donnée initiale ~u0 et de la force extérieure f~ donnés
dans les hypothèses (3.41) et (3.42) respectivement.
Ainsi, à partir de la condition (3.65) nous obtenons l’inégalité
1
Tδ ≤ , (3.66)
C(A0 + B0 )
et cette estimation nous indique que si les données sont “grandes” (ce qui se traduit par le fait
que l’on a A0 , B0 1), alors le temps d’existence pour les solutions que nous avons obtenu
pour les équations de Navier-Stokes sera “petit”.
Théorème 3.4.3 (Solutions globales) Il existe un ε0 > 0 tel que si nous avons les
estimations
alors la solution (~u, p) des équations de Navier-Stokes associée à ces données initiales
est définie globalement en temps et vérifie les majorations
sup sup sup (1 + |x|)|Dxα ~u(t, x)| < +∞ et sup sup sup (1 + |x|)|Dxα p(t, x)| < +∞.
|α|≤2 x∈R3 0<t |α|≤2 x∈R3 0<t
Cet aspect, qui relie la taille des données avec le temps d’existence, reviendra souvent
lorsqu’on étudie les équations de Navier-Stokes comme nous aurons l’opportunité de le voir
dans les chapitres suivants.
Nous allons maintenant étudier plus généralement l’unicité des solutions que nous venons
de d’obtenir avec le Théorème 3.4.1 : en effet, nous savons déjà par la Remarque 3.6, page
76 Chapitre 3. Solutions classiques
68, qu’à partir d’une donnée initiale ~u0 et d’une force extérieure f~ fixées, le processus utilisé
fournit par construction une solution unique (~u, p) des équations de Navier-Stokes sous forme
intégrale (3.43), mais si (~v , q) est une autre solution de ce système qui vérifie les mêmes pro-
priétés de décroissance et qui provient des mêmes données initiales ~u0 et f~, alors nous allons
voir que l’on a ~u = ~v et p = q et ce indépendamment de la technique utilisée pour obtenir le
couple (~v , q).
Théorème 3.4.4 (Unicité) Soient ~u0 et f~ deux fonctions de classe C 2 telles que l’on
ait la propriété div(~u0 ) = 0 et les contrôles
sup sup (1 + |x|)|Dα ~u0 (x)| < +∞ et sup sup (1 + |x|)4 |Dxα f~(t, x)| < +∞.
|α|≤2 x∈R3 |α|≤2 x∈R3 ,t≥0
Si (~u, p) est une solution classique (au sens du Corollaire 3.4.2) du système intégral
de Navier-Stokes (3.43) sur l’intervalle de temps [0, T [ et si (~v , q) est une solution du
problème suivant sur le même intervalle de temps
Z t
~v (t, x) = gt ∗ ~u0 (x) +
Ot−s :: f~ − (~v · ∇)~
~ v (s, x)ds
0
q(t, x) = −Φ ∗ div f~ − (~v · ∇)~
~ v (t, x),
sup sup (1 + |x|)|Dxα~v (t, x)| < +∞ et sup sup (1 + |x|)|Dxα q(t, x)| < +∞,
|α|≤2 x∈R3 ,0<t≤T |α|≤2 x∈R3 ,0<t≤T
alors on a ~u = ~v et p = q.
Démonstration. On remarque tout d’abord qu’il suffit d’étudier l’unicité pour les vitesses
puisque si ~u = ~v alors par la formule ci-dessus qui détermine la pression q on obtiendra
directement que p = q.
sup (1 + |x|)|~v (t, x)| < +∞ et sup (1 + |x|)|~u(t, x)| < +∞,
x∈R3 ,0<t≤T x∈R3 ,0<t≤T
alors on a également
sup (1 + |x|)|w(t,
~ x)| < +∞.
x∈R3 ,0<t≤T
On note maintenant 0 < T ∗ le temps maximal sur lequel on a w(t, ~ x) = 0 sur l’ensemble
[0, T [×R et on suppose (afin d’obtenir une contradiction) que l’on a T ∗ < T0 ≤ T pour un
∗ 3
~ ϕ et par les
ϕ · ∇)~
Remarquons à présent que l’on a par la bilinéarité de l’application (~
propriétés de divergence nulle les identités
~ v − (~u · ∇)~
(~v · ∇)~ ~ u = (w ~ v + (~u · ∇)
~ · ∇)~ ~ w ~ ⊗ ~v + ~u ⊗ w),
~ = div(w ~
3.4. Solutions classiques des équations de Navier-Stokes 77
et ainsi nous pouvons écrire, pour tout T0 tel que T ∗ < T0 ≤ T et pour T ∗ < t < T0 :
Z t Z t
w(t,
~ x) = ~ v (s, x)ds −
Ot−s :: (~v · ∇)~ ~ u(s, x)ds
Ot−s :: (~u · ∇)~
T∗ T∗
Z t
= ~ v (s, x) − (~u · ∇)~
Ot−s :: (~v · ∇)~ ~ u(s, x) ds
T∗
Z t
= Ot−s :: (div(w ~ ⊗ ~v + ~u ⊗ w))
~ (s, x)ds.
T∗
Dans le résultat qui suit, nous allons voir dans quel sens ces fonctions vérifient les équations
de Navier-Stokes usuelles :
sup (1 + |x|)|Dxα ~u(t, x)| < +∞ et sup (1 + |x|)|Dxα p(t, x)| < +∞,
x∈R3 ,0<t≤T x∈R3 ,0<t≤T
|α|≤2 |α|≤2
Ainsi si l’on fait tendre h → 0 ci-dessus, par convergence dominée et en remarquant qu’avec
l’expression Oj,k = δj,k gt + Φ ∗ ∂xj ∂xk gt les dérivées temporelles affectent uniquement la
fonction gaussienne, on obtient :
Z t
~ ~
∂t ~u(t, x) = ∂t gt ∗ ~u0 (x) + δj,k ∂t gt−s + Φ ∗ ∂xj ∂xk ∂t gt−s j,k
:: f − (~u · ∇)~u (s, x)ds
0
1 t+h
Z
+ lim (δj,k gt+h−s )j,k :: f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds
h→0 h t
1 t+h ~
Z
+ lim ∇ (Φ ∗ gt+h−s ) ∗ div f~ − (~u · ∇)~ ~ u (s, x)ds.
h→0 h t
1 t+h ~
Z
+ lim ∇ (Φ ∗ gt+h−s ) ∗ div f~ − (~u · ∇)~ ~ u (s, x)ds,
h→0 h t
80 Chapitre 3. Solutions classiques
1 t+h ~
Z
+ lim ∇ (Φ ∗ gt+h−s ) ∗ div f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds.
h→0 h t
En utilisant le Théorème 2.5.5 de différentiation de Lebesgue dans les deux limites ci-dessus
on obtient
Z t
∂t ~u(t, x) = ∆ gt ∗ ~u0 (x) + Ot−s :: f − (~u · ∇)~u (s, x)ds + g0 ∗ f~ − (~u · ∇)~
~ ~ ~ u (t, x)
0
+∇~ (Φ ∗ g0 ) ∗ div f~ − (~u · ∇)~
~ u (t, x).
Etant donné que l’on a g0 = δ0 , où la fonction δ0 est la fonction Delta de Dirac qui est
l’élément neutre de la convolution et puisque ~u et p sont donnés par les formules (3.69),
l’équation ci-dessus se réécrit comme
∂t ~u(t, x) = ∆~u(t, x) + f~ − (~u · ∇)~
~ u (t, x) − ∇p(t,
~ x),
en remarquant que le tenseur d’Oseen est symétrique et en notant, pour f~ et ~g deux fonctions
vectorielles, f~ : ~g = f1 ∗ g1 + f2 ∗ g2 + f3 ∗ g3 , nous avons
Z t
div(~u)(t, x) = gt ∗ div(~u0 )(x) + div (Ot−s ) : f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds,
0
ainsi, puisque par hypothèse on a div(~u0 ) = 0 et que l’on a div(Ot−s ) = 0 (voir la formule
(3.31, page 61), on obtient sans problème que si ~u est donné par cette formule intégrale alors
div(~u) = 0.
Nous savons déjà par le Théorème 3.4.1 et son Corollaire 3.4.2, que si l’on part de données
~u0 et f~ qui vérifient les propriétés
sup sup (1 + |x|)|Dα ~u0 (x)| < +∞ et sup sup (1 + |x|)4 |Dxα f~(t, x)| < +∞,
|α|≤2 x∈R3 |α|≤2 x∈R3 ,t≥0
ce qui nous donne quelques informations de la décroissance à l’infini (en variable d’espace)
de ~u. Voyons tout d’abord comment améliorer un peu ce résultat :
sup sup (1 + |x|)2 |Dα ~u0 (x)| < +∞ et sup sup (1 + |x|)4 |Dxα f~(t, x)| < +∞,
|α|≤2 x∈R3 |α|≤2 x∈R3 ,t≥0
alors la vitesse ~u qui est la solution associée à ces données pour les équations de Navier-
Stokes vérifie l’estimation :
Preuve. Considérons tout d’abord le cas où |α| = 0. On remarque alors que ces hypothèses
de travail nous permettent d’invoquer le Théorème 3.4.1, page 66 : nous avons donc des so-
C
lutions ~u qui vérifient l’estimation sup |~u(t, x)| ≤ (1+|x|) et qui en plus s’écrivent sous la
0<t≤T
Z t
formulation ~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + Ot−s :: f~ − div(~u ⊗ ∇)~
~ u (s, x)ds. Nous devons alors
0
estimer chacun des trois termes de droite de l’inégalité ci-dessous :
Z t Z t
|~u(t, x)| ≤ |gt ∗ ~u0 (x)| + ~
Ot−s :: f (s, x)ds + Ot−s :: div(~u ⊗ ~u)(s, x)ds . (3.71)
0 0
Pour le premier terme, en utilisant l’hypothèse sur ~u0 et en suivant les calculs réalisés entre
les expressions (3.57) et (3.58) on obtient sans problème l’estimation
C
sup |gt ∗ ~u0 (x)| ≤ . (3.72)
0<t≤T (1 + |x|)2
Pour le deuxième terme de (3.71) qui fait intervenir la force extérieure on écrit
Z t Z tZ
Ot−s :: f~(s, x)ds ≤ C |Ot−s (x − y)||f~(s, y)|dyds,
0 0 R3
et par les propriétés du tenseur d’Oseen données le Corollaire 3.3.4, page 63, ainsi que par
l’hypothèse sur la force extérieure nous avons :
Z tZ
|Ot−s (x − y)||f~(s, y)|dyds ≤ C sup {(1 + |y|)4 |Dxα f~(t, y)|}
0 R3 0<t≤T,y∈R3
Z Z t
1 1
× sup √ dsdy.
0<t≤T R3 0 ( t − s + |x − y|) (1 + |y|)4
3
82 Chapitre 3. Solutions classiques
Maintenant, pour un 0 < < 1 fixé, par les inégalités de Young on a les majorations
3 3
√
(t |x|3−2 ) ≤ C (t ) 2 + (|x|3−2 ) 3−2 ≤ C ( t + |x|)3 ,
1 1 1
ce qui nous permet d’écrire √
( t−s+|x−y|)3
≤ C (t−s) |x−y|3−2 , et donc il vient
Z tZ Z Z t
1 1 1
|Ot−s (x − y)||f~(s, y)|dyds ≤ C sup 3−2
dsdy
0 R3 0<t≤T R3 0 (t − s) |x − y| (1 + |y|)4
Z
1− 1 1
≤ C T 3−2
dy,
R3 |x − y| (1 + |y|)4
et avec le Lemme 3.1.9, page 52, il vient finalement (le temps T étant borné)
Z t
C T 1− C
sup Ot−s :: f~(s, x)ds ≤ 3−2
≤ . (3.73)
0<t≤T 0 (1 + |x|) (1 + |x|)2
C C
Comme on a sup |~u(t, x)| ≤ (1+|x|) alors on obtient sup |~u ⊗ ~u| ≤ (1+|x|)2
et par les
0<t≤T 0<t≤T
estimations concernant le tenseur d’Oseen données dans le Corollaire 3.3.4, page 63, nous
avons :
Z tZ Z Z t
1 1
|∂xj Ot−s (x − t)||~u ⊗ ~u(s, y)|dyds ≤ C √ dsdy. (3.74)
0 R3 R3 0 ( t − s + |x − y|)4 (1 + |y|)2
où nous avons utilisé l’estimation (3.75) et le troisième point du Lemme 3.1.9, page 52. Ainsi,
avec cette majoration, tous les termes de (3.71) ont une décroissance de l’ordre de (1 + |x|)−2 .
Avec les hypothèses disponibles, les deux premiers termes ci-dessus se traitent de la même
manière que précédemment et en suivant les calculs utilisés pour obtenir les estimations (3.72)
et (3.73) on obtient sans problème :
Z t
C C
sup |gt ∗ Dxα ~u0 (x)| ≤ 2
et sup Ot−s :: Dxα f~(s, x)ds ≤ .
0<t≤T (1 + |x|) 0<t≤T 0 (1 + |x|)2
C
On remarque maintenant que l’on a sup |~u(t, x)| ≤ (1+|x|)2
(par les lignes précédentes) et
0<t≤T
C
que l’on dispose de la majoration sup |∂xj ~u(t, x)| ≤ (1+|x|) pour 1 ≤ j ≤ 3 (par le Corollaire
0<t≤T
3.4.2, page 74), ce qui nous permet d’écrire
~ u(t, x)| ≤ C C
sup |(~u · ∇)~ ≤ ,
0<t≤T (1 + |x|)3 (1 + |x|)2
et avec cette estimation, on obtient (car |α| = 1) :
Z t Z tZ
α ~
Dx (Ot−s :: (~u · ∇)~u)(s, x)ds ≤ ~ u)(s, x)|dyds
|Dxα Ot−s (x − y)||(~u · ∇)~
0 0 Rn
Z Z t
1 1
≤ C √ 2
dsdy,
R3 0 ( t − s + |x − y|) (1 + |y|)
4
et donc, en suivant les arguments exposés entre les formules (3.74) et (3.77) et avec les deux
estimations précédentes, nous avons
1
sup |Dxα ~u(t, x)| ≤ C 5 ,
0<t≤T (1 + |x|) 3
ce qui constitue une première amélioration pour la quantité Dxα ~u. Afin d’obtenir l’estimation
recherchée, il suffira de réinjecter cette estimation pour obtenir le contrôle
~ u(t, x)| ≤ C
sup |(~u · ∇)~ 11 ,
0<t≤T (1 + |x|) 3
84 Chapitre 3. Solutions classiques
1 1
(où l’on a utilisé sup |~u(t, x)| ≤ C (1+|x|)2 et sup |∂xi ~
u(t, x)| ≤ C 5 ). Ainsi, en suivant
0<t≤T 0<t≤T (1+|x|) 3
les mêmes idées exposées ci-dessus il est alors possible d’obtenir sans problème le contrôle
recherché
1
sup |Dxα ~u(t, x)| ≤ C ,
0<t≤T (1 + |x|)2
ce qui termine la démontration de cette proposition.
On remarquera que l’on procède ici par étapes pour obtenir une meilleure décroissance :
on obtient tout d’abord un gain de décroissance sur ~u qui convenablement réinjecté permet,
en itérant les arguments, d’obtenir le résultat souhaité. On pourrait donc croire que si l’on
renforce les hypothèses sur la donnée initiale ~u0 et sur la force extérieure f~ (en imposant plus
de décroissance), alors il sera possible d’améliorer la décroissance de la fonction ~u.
Ce programme est envisageable, mais uniquement jusqu’à un certain point. En effet, si
la force extérieure est quelconque (sans aucune structure particulière), alors on sera vite
confronté à l’estimation (3.73) qui nous fournira une décroissance de l’ordre de |x|−(3−2)
et nous verrons dans la Remarque 3.9 ci-dessous que l’on peut en fait obtenir dans ce cas
général une décroissance de l’ordre de |x|−3 . Toutefois, si l’on considère une force extérieure
nulle (pour faire abstraction du problème ci-dessus, ce qui après tout est possible car il s’agit
d’une donnée que l’on peut choisir à notre guise), ce programme se heurtera à un seuil structu-
rel en dessous duquel il ne sera pas possible de descendre. On démontrera alors que pour une
solution de Navier-Stokes “générique” on ne pourra pas obtenir une meilleure décroissance à
l’infini que |x|−4 . Cette particularité des équations de Navier-Stokes est le reflet des propriétés
du tenseur d’Oseen et pour mettre en lumière ce point nous commencerons par vérifier que
l’on peut effectivement obtenir une vitesse ~u(t, ·) avec un comportement à l’infini de l’ordre
|x|−4 . On verra ensuite que cette décroissance ne peut être améliorée à moins de vérifier
certaines conditions très précises.
Comme il a été indiqué dans les lignes précédentes, la décroissance de l’ordre |x|−4 ne peut
pas être atteignable pour une force extérieure f~ quelconque, mais si celle-ci s’écrit comme la
divergence d’un tenseur alors nous pourrons obtenir ce comportement à l’infini. Ainsi, dans
ce qui suit on supposera que la force f~ peut s’écrire comme
f~ = div(F),
où F = (fi,j )1≤i,j≤3 est un tenseur. Cette expression nous permettra de traiter de manière
~ u qui s’écrit
similaire le terme provenant de la force extérieure et le terme non linéaire (~u · ∇)~
lui aussi comme div(~u ⊗ ~u). Avec cette écriture pour la force extérieure nous avons le résultat
suivant :
sup sup (1 + |x|)4 |Dα ~u0 (x)| < +∞ et sup sup (1 + |x|)4 |Dxα F(t, x)| < +∞,
|α|≤2 x∈R3 |α|≤2 x∈R3 ,t≥0
alors la vitesse ~u qui est la solution associée à ces données pour les équations de Navier-
Stokes vérifie l’estimation :
Démonstration. On notera que les hypothèses ci-dessus sont plus fortes que celle du Théorème
3.4.1, page 66, et donc nous pouvons représenter la vitesse ~u par l’expression
Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + Ot−s :: div (F − ~u ⊗ ~u) (s, x)ds,
0
et on écrit alors
3 Z tZ
X
|~u(t, x)| ≤ |gt ∗ ~u0 (x)| + |∂xi Ot−s (x − y)| (|F(s, y)| + |~u ⊗ ~u(s, y)|) dyds. (3.78)
i=1 0 R3
ce qui nous indique que cette intégrale est bornée en t et en x. Ensuite, toujours pour
|x| ≥ 1 on écrit
Z Z Z
gt (y) gt (y) gt (y)
4
dy = 4
dy + dy.
R3 (1 + |x − y|) 1
{|y|≤ |x|} (1 + |x − y|) 1
{ |x|<|y|} (1 + |x − y|)4
2 2
Ainsi, pour la première intégrale ci-dessus, sur l’ensemble {|y| ≤ 12 |x|} on a l’estimation
1 1 C
2 |x| ≤ |x − y|, ce qui implique (1+|x−y|)4 ≤ (1+|x|)4 et donc
Z Z
gt (y) C
4
dy ≤ gt (y)dy
{|y|≤ 12 |x|} (1 + |x − y|) (1 + |x|)4 {|y|≤ 1 |x|}
2
Z
C C
≤ gt (y)dy ≤ .
(1 + |x|)4 R3 (1 + |x|)4
On considère maintenant la deuxième intégrale ci-dessus et on écrit
Z Z
gt (y) gt (y)
4
dy = 4
dy
{ 12 |x|<|y|} (1 + |x − y|) { 12 |x|<|y|}∩{|x−y|>|x|/2} (1 + |x − y|)
Z
gt (y)
+ 4
dy,
{ 1 |x|<|y|}∩{|x−y|≤|x|/2} (1 + |x − y|)
2
1
Maintenant, par la majoration gt (y) ≤ Ct 2 |y|−4 (voir la formule (3.5), page 46) on
écrit
Z Z 1
gt (y) t2 1
4
dy ≤ C 4 4
dy,
{ 1 |x|<|y|}∩{|x−y|≤|x|/2} (1 + |x − y|)
2
{ 1 |x|<|y|}∩{|x−y|≤|x|/2} |y| (1 + |x − y|)
2
86 Chapitre 3. Solutions classiques
mais comme sur l’ensemble { 12 |x| < |y|} ∩ {|x − y| ≤ |x|/2} on a bien les inégalités
1 3 1 C
2 |x| ≤ |y| ≤ 2 |x|, on a donc les contrôles |y|4 ≤ |x|4 et il vient alors (comme 0 < t ≤ T ) :
1 Z 1
CT 2 1 CT 2
dy ≤ .
|x|4 { 12 |x|<|y|}∩{|x−y|≤|x|/2} (1 + |x − y|)4 |x|4
Pour finir, étant donné que toute l’intégrale (3.79) est bornée, on obtient bien que
1
CT 2
cette quantité se majore par la fonction (1+|x|)4
, nous avons donc
1
CT 2
|gt ∗ ~u0 (x)| ≤ . (3.80)
(1 + |x|)4
• On considère maintenant les termes de la formule (3.78) qui font intervenir les quantités
F et ~u ⊗ ~u. On sait d’une part, que par hypothèse sur la force extérieure on a
C
|F(t, x)| ≤ .
(1 + |x|)4
D’autre part, compte tenu du cadre de travail considéré (qui utilise des hypothèse
fortes de décroissance), alors par la Proposition 3.6.1 nous avons les estimations
Montrons tout d’abord que lorsque |x| < 1 alors la double intégrale ci-dessus est finie
pour tout 0 < t ≤ T . En effet on a
Z tZ Z tZ
1 1 1 1
√ 4
dyds = √ dyds
0 R3 ( t − s + |x − y|)
4 (1 + |y|) 0 R3 ( t − s + |y|)
4 (1 + |x − y|)4
et puisque 1
≤ 1, on écrit avec le changement de variable u = √y :
(1+|x−y|)4 t−s
Z tZ Z tZ
1 1 1
√ dyds ≤ √ dyds
0 R3 ( t − s + |y|) (1 + |x − y|)4
4
0 R3 ( t − s + |y|)
4
Z t Z
1 1 1
≤ √ 4
duds ≤ Ct 2
0 t − s R3 (1 + |u|)
1
≤ CT 2 ,
Z tZ Z tZ
1 1 1 1
√ dyds = √ dyds
0 R3 ( t − s + |y|)4 (1 + |x − y|)4 0 { 12 |x|<|x−y|} ( t − s + |y|)4 (1 + |x − y|)4
Z tZ
1 1
+ √ dyds.
0 {|x−y|< 21 |x|} ( t − s + |y|)4 (1 + |x − y|)4
1
Z t Z
C 1 1 CT 2
≤ √ ds du ≤ .
(1 + |x|)4 0 t−s R3 (1 + |u|)4 (1 + |x|)4
Z tZ Z t
1 1 C
√ dyds ≤ √
0 {|x−y|< 21 |x|} ( t − s + |y|) 4 (1 + |x − y|)4 0 ( t − s + |x|)4
Z
1
× dyds,
{|x−y|< 12 |x|} (1 + |x − y|)4
où nous avons utilisé le changement de variable u = |x|s 2 dans l’avant-dernière intégrale
ci-dessus. Il vient alors
Z t Z t
C |x|2 1 C |x|2 1 C t
√ du ≤ du = arctan .
|x|2 0 (1 + u)4 |x|2 0 1 + u2 |x|2 |x|2
Donc, étant donné que l’on souhaite étudier le comportement lorsque |x| est grand
(rappelons que 0 < t ≤ T < +∞), peut écrire en utilisant un développement limité
T
lorsque |x| 2 < 1 :
t t T
arctan 2
≤ C 2 ≤ C 2.
|x| |x| |x|
Ainsi, avec cette estimation, nous pouvons retourner à l’intégrale (3.81) et l’on obtient
alors (lorsque |x| 1)
Z tZ
1 1 CT
√ 4
dyds ≤ .
0 {|x−y|< |x|} ( t − s + |y|) (1 + |x − y|)
1 4 |x|4
2
Z tZ Z tZ
1 1
|∂xi Ot−s (x − y)| (|F| + |~u ⊗ ~u|(s, y)) dyds ≤ C √ 4 (1 + |y|)4
dyds
0 R3 0 (
R3 t − s + |x − y|)
1 1
≤ C max{T 2 , T } .
(1 + |x|)4
Si nous revenons à l’estimation (3.78) et nous utilisons la majoration (3.80) pour le terme qui
fait intervenir la donnée initiale ~u0 et la majoration ci-dessus qui contient la force extérieure
et le terme non linéaire, alors nous avons obtenu l’estimation suivante pour 0 < t ≤ T :
1 1
|~u(t, x)| ≤ C max{T 2 , T } ,
(1 + |x|)4
Remarque 3.8 On notera que l’écriture f~ = div(F) permet de considérer les quantités
|∂xi Oj,k (t, x)|, qui par le Corollaire 3.3.4, page 63, ont une meilleure décroissance que les
termes |Oj,k (t, x)|.
Insistons sur le fait que, étant donné que la donnée initiale ~u0 et que la force extérieure
(via le tenseur F) sont des fonctions pour lesquelles on dispose de toute liberté, elles peuvent
être choisies à décroissance rapide ou même à support compact (et en ce qui concerne la force
extérieure on pourrait même ne pas la prendre en compte du tout en posant tout simplement
f~ = 0). On remarque alors que ce résultat de décroissance de la vitesse ~u(t, ·) provient d’un
bon contrôle de l’intégrale suivante
Z
|∂xi Ot−s (x − y)||~u ⊗ ~u(s, y)|dy.
R3
C
Or, par le Corollaire 3.3.4, page 63, on a uniquement l’estimation |∂xi Ot−s (x−y)| ≤ √
( t−s+|x−y|)4
ainsi, si l’on suppose que l’on est capable d’obtenir une inégalité du type
C
|~u ⊗ ~u(t, x)| ≤ ,
(1 + |x|)β
pour un certain β > 3, alors (en faisant abstraction -à des fins pédagogiques- de la variable
de temps dans l’estimation concernant le tenseur d’Oseen) on sera vite limité dans nos ma-
jorations par le dernier point du Lemme 3.1.9, page 52.
On pourrait toutefois penser que des estimations plus fines pourraient donner une meilleure
décroissance pour une vitesse générique ~u, solution des équations de Navier-Stokes, mais nous
allons voir qu’il n’en est rien. En effet, nous allons maintenant montrer cette décroissance
d’ordre |x|−4 est en réalité un seuil en dessous duquel on ne pourra pas descendre, à moins
de vérifier certaines propriétés très particulières, et pour vérifier cette assertion, nous aurons
besoin du résultat suivant :
3.6. Propriétés de décroissance spatiale des solutions classiques 89
2) Pour la force extérieure, pour |α| ≤ 2, Dxα f~ est une fonction continue sur
[0, +∞[×R3 et vérifie
où Φ est le noyau de Green et les fonctions Ak (t) et Bk,m (t) sont définies par les
formules :
Z tZ Z tZ
Ak (t) = fk (s, x)dxds et Bk,m (t) = uk (s, x)um (s, x) + xk fm (s, x)dxds.
0 R3 0 R3
Nous allons estimer séparément le terme relié à la donnée initiale et le terme qui comporte
la force extérieure ainsi que la partie non linéaire.
Ainsi, en suivant les mêmes calculs exposés dans (3.79) et (3.80), on obtient sans problème
à partir de l’hypothèse sur la donnée initiale ~u0 , l’estimation
C
|gt ∗ ~u0 (x)| ≤ ,
(1 + |x|)5
ce qui nous donne bien un comportement du type o(|x|−4 ) pour ce terme lorsque |x| → +∞.
Passons maintenant à l’étude du terme qui contient les quantités f~ − (~u · ∇)~
~ u et on com-
mence par étudier les informations disponibles pour la vitesse : sous les hypothèses considérées
ici, nous pouvons appliquer la Proposition 3.6.1, donné page 81, et nous avons les estimations :
|~u(t, x)| ≤ C(1 + |x|)−2 et |∂xj ~u(t, x)| ≤ C(1 + |x|)−2 , 1 ≤ j ≤ 3.
de plus, nous pouvons aussi appliquer le Théorème 3.6.2, page 84 (car les hypothèses considérées
ci-dessus sont plus fortes), et il vient
|~u(t, x)| ≤ C(1 + |x|)−4 ,
90 Chapitre 3. Solutions classiques
Ces deux estimations seront la base des calculs utilisés par la suite, maintenant donnons une
majoration fondamentale pour le tenseur d’Oseen : en utilisant le Corollaire 3.3.4, page 63,
nous avons l’inégalité
C
|O(t − s, x − y)| ≤ √ ,
( t − s + |x − y|)3
et pour 0 < < 1, par les inégalités de Young on a les majorations
3 3
√
(t |x|3−2 ) ≤ C (t ) 2 + (|x|3−2 ) 3−2 ≤ C ( t + |x|)3 ,
1 1
|O(t − s, x − y)| ≤ C . (3.84)
(t − s) |x − y|3−2
Avec ce contrôle que nous venons d’obtenir (qui permet de séparer les variables de temps et
d’espace), nous allons à présent estimer plus précisément le terme
Z tZ
Ot−s (x − y) · f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds. (3.85)
0 R3
R3 = D1 ∪ D2 ∪ D3 ,
Ct1− Ct1−
Z Z
1 1
|I~1 | ≤ dy ≤ dy
|x|6 1
{|y|≥ 2 |x|}∩{|x−y|≤|x|} |x − y|3−2 |x|6 {|x−y|≤|x|} |x − y|3−2
Ct1− Ct1−
Z
1
≤ dz ≤ . (3.86)
|x|6 {|z|≤|x|} |z|3−2 |x|6−2
Ct1− Ct1−
Z Z
1 1
|I~2 | ≤ dy ≤ dy
|x|3−2 1
{|y|≥ 2 |x|}∩{|x−y|>|x|} |y|6 |x|3−2 1
{|y|≥ 2 |x|} |y|6
Ct1−
≤ , (3.87)
|x|6−2
étant donné qu’on peut fixer 0 < < 12 on a bien 6 − 2 > 4, et avec les estima-
tions (3.86) et (3.87) on obtient bien (lorsque |x| est suffisamment grand) la propriété
suivante
|I~1 | + |I~2 | = o(|x|−4 ).
• Pour I~3 , nous devons étudier
Z tZ
~
I3 = Ot−s (x − y) · f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds.
1
0 {|y|< 2 |x|}
92 Chapitre 3. Solutions classiques
X3
= I3j,k ,
k=1
Z tZ
où on a noté I3j,k = Oj,k (t − s, x − y) f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds. On
1 k
0 {|y|< 2 |x|}
décompose maintenant chacun de ces termes de la manière suivante
Z tZ
I3j,k = Oj,k (t − s, x − y) − ∂xj ∂xk Φ(x − y) f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds
1 k
0 {|y|< 2 |x|}
3
Z tZ !
X
+ ∂xj ∂xk Φ(x − y) − ∂xj ∂xk Φ(x) + ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x)ym
1
0 {|y|< 2 |x|} m=1
× f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds
k
3
Z tZ !
X
+ −∂xj ∂xk Φ(x) + ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x)ym f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds
1 k
0 {|y|> 2 |x|} m=1
3
Z tZ !
X
+ ∂xj ∂xk Φ(x) − ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x)ym f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds
0 R3 k
m=1
= I1 + I2 + I3 + I4 .
mais comme on s’intéresse au comportement de ces quantités lorsque |x| est très
grand (|x| → +∞), par le Corollaire 3.3.5, page 64, on a
!
Z +∞
t 2
− s4t
Oj,k (t − s, x − y) − ∂xj ∂xk Φ(x − y) ≤ |gt (x−y)|+2 ∂xj ∂xk e ds ,
(4πt)3/2 |x − y| |x−y|
et puisque sur l’ensemble {|y| < 12 |x|} on a l’inégalité 12 |x| ≤ |x − y|, on obtient
7 Z 7
Ct 2 Ct 2
|I1 | ≤ dy = ,
|x|8 1
{|y|< |x|} |x|5
2
|I1 | = o(|x|−4 ).
où l’on a utilisé les estimations (3.82)- (3.83) et on a intégré par rapport à la
variable de temps. On remarque maintenant que l’on a, par un développement
limité à l’ordre deux, l’estimation
3
X
∂xj ∂xk Φ(x − y) − ∂xj ∂xk Φ(x) + ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x)ym ≤ |D2 ∂xj ∂xk Φ(x)||y|2
m=1
C|y|2
≤ ,
|x|5
ce qui nous permet alors d’écrire :
|y|2 |y|2
Z Z
1 Ct Ct
|I2 | ≤ Ct 5 6
dy ≤ 5 6
dy = ,
{|y|< |x|} |x| (1 + |y|)
1 |x| R3 (1 + |y|) |x|5
2
|I2 | = o(|x|−4 ).
|I3 | = o(|x|−4 ).
94 Chapitre 3. Solutions classiques
∗ Le dernier terme I4 ne peut pas être négligé par rapport à |x|−4 car nous devons
étudier l’expression
3
Z tZ !
X
I4 = ∂xj ∂xk Φ(x) − ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x)ym f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds,
0 R3 k
m=1
et par les propriétés du noyau de Green Φ (voir les formules (3.12), page 50), ce
terme générique fait intervenir les quantités ∂xj ∂xk Φ(x) qui se comportent comme
|x|−3 .
Remarque 3.9 On notera qu’avec cette décomposition on peut obtenir une décroissance
de l’ordre de |x|−3 pour une force générique qui ne s’écrit pas sous forme divergence.
Nous avons donc, en regroupant tous ces contrôles :
3
X 3
X
I3j ,k = I1 + I2 + I3 + I4
k=1 k=1
3 Z tZ 3
!
X X
= ∂xj ∂xk Φ(x) − ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x)ym
k=1 0 R3 m=1
~ u (s, y)dyds + o(|x|−4 ),
× f~ − (~u · ∇)~
k
Avec toutes ces estimations, si nous revenons à l’expression (3.85), nous avons obtenu la
décomposition
Z tZ 3 Z tZ
X
~ u(s, y)dyds =
Ot−s (x − y) · (~u · ∇)~ Ot−s (x − y) · f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds
0 R3 `=1 0 D`
Afin d’obtenir le résultat énoncé dans le Théorème 3.6.3 il est nécessaire de faire deux re-
marques supplémentaires. On note tout d’abord que l’on a ((~u · ∇)~ ~ u)k = u1 ∂x uk + u2 ∂x uk +
1 2
C C
u3 ∂x3 uk , de plus on a |uk (t, y)| ≤ (1+|y|)4 et |∂xj uk (t, y)| ≤ (1+|y|)2 pour 1 ≤ j ≤ 3 (le produit
uj ∂xj uk est alors intégrable et ces fonctions tendent vers zéro à l’infini) de sorte que l’on peut
écrire par une intégration par parties :
Z Z
~
((~u · ∇)~u)k (t, y)dy = u1 ∂x1 uk (t, y) + u2 ∂x2 uk (t, y) + u3 ∂x3 uk (t, y)dy
R3 RZ3
ce qui correspond bien au terme Ak (t) défini dans l’énoncé du Théorème 3.6.3.
de sorte que l’on a bien Bk,m (t) = Bk,m (t) comme annoncé dans le Théorème 3.6.3.
Cette décomposition générique des solutions des équations de Navier-Stokes va nous don-
ner des conditions nécessaires pour obtenir une meilleure décroissance que |x|−4 et nous avons
alors le résultat ci-dessous :
Corollaire 3.6.4 Soient ~u0 et f~ des données régulières avec div(~u0 ) = 0 et soit (~u, p) une
solution classique des équations de Navier-Stokes sur l’ensemble [0, T [×R3 . Si on suppose que
l’on a
sup (1 + |x|)5 |~u0 (x)| < +∞ et sup (1 + |x|)6 |f~(t, x)| < +∞,
x∈R3 t>0,x∈R3
96 Chapitre 3. Solutions classiques
alors pour un 0 < t < T fixé, une condition nécessaire pour obtenir la décroissance à l’infini
de la vitesse ~u du type
lim |x|4 |~u(t, x)| = 0,
|x|→+∞
est que la vitesse ~u et la force extérieure f~ doivent satisfaire les contraintes suivantes :
Z tZ Z tZ
fk (s, x)dxds = 0, ym fk (s, y) + uk (t, y)um (s, y)dyds = 0,
0 R3 0 R3
pour 1 ≤ k, m ≤ 3 et k 6= m.
Bien évidemment, si ces conditions ne sont pas vérifiées, alors on ne peut espérer obtenir une
meilleure décroissance à l’infini.
On remarque finalement que les fonctions f~ et ~u étant continues par rapport à la variable
de temps, on peut alors énoncer le résultat suivant :
Corollaire 3.6.5 Soient ~u0 et f~ des données régulières avec div(~u0 ) = 0 et soit (~u, p) une
solution classique des équations de Navier-Stokes sur l’ensemble [0, T [×R3 . Si on suppose que
l’on a
sup (1 + |x|)5 |~u0 (x)| < +∞ et sup (1 + |x|)6 |f~(t, x)| < +∞,
x∈R3 t>0,x∈R3
et si l’on a les conditions suivantes pour la donnée initiale ~u0 et pour la force extérieure f~
Z Z
fk (0, x)dx 6= 0, ym fk (0, y) + u0,k (y)u0,m (y)dy 6= 0,
R3 R3
pour 1 ≤ k, m ≤ 3 et k 6= m, alors il existe un temps t0 > 0 tel que l’on ait pour tout
0 < t < t0 :
lim inf |x|4 |~u(t, x)| > 0.
|x|→+∞
Remarque 3.10 Le corollaire ci-dessus nous indique qu’en toute généralité, il y a une dis-
persion instantanée du support des solutions des équations de Navier-Stokes, et même si l’on
part d’une force extérieure nulle et d’une donnée initiale ~u0 régulière à support compact (nulle
à l’infini) qui ne vérifie pas les conditions ci-dessus, alors on ne peut pas s’attendre à une
meilleure décroissance à l’infini que |x|−4 .
Dans le résultat qui suit nous énonçons quelques conséquences importantes de ces résultats
qu’il convient expliciter
Corollaire 3.6.6
1) Si la force extérieure f~ est non nulle, à décroissance rapide ou même à support com-
pact, mais ne s’écrit pas sous forme divergence (f~ = div(F)) ou ne vérifie pas les
conditions des Corollaires 3.6.4 et 3.6.5, alors il existe un temps t0 > 0 tel que pour
tout 0 < t < t0 on a
lim inf |x|3 |~u(t, x)| > 0,
|x|→+∞
2) Si la force extérieure f~ est nulle, alors pour une donnée initiale ~u0 quelconque (à
décroissance rapide à l’infini ou à support compact) mais qui ne vérifie pas la condition
Z
u0,k (y)u0,m (y)dy 6= 0,
R3
pour 1 ≤ k, m ≤ 3 et k 6= m, alors il existe un temps t0 > 0 tel que l’on ait pour tout
0 < t < t0 :
lim inf |x|4 |~u(t, x)| > 0,
|x|→+∞
Notes et compléments
Nous avons vu dans ce chapitre qu’il est possible de construire des solutions classiques des
équations de Navier-Stokes, dans le sens où les dérivées considérées sont des dérivées usuelles
(des dérivées fortes), nous sommes donc en mesure de résoudre les équations de Navier-Stokes
dans un cadre très précis.
• Le temps d’existence des solutions obtenues (~u, p) dépend de la taille des données ini-
tiales ~u0 et f~ comme indiqué dans la relation (3.66) donnée page 75 : si les données
initiales sont grandes, alors le temps d’existence sera petit. Réciproquement, si les
données initiales sont suffisamment petites, alors on pourra considérer des solutions
globales en temps, mais en dehors de ces relations, le Théorème 3.4.1 ne nous donne
aucune piste d’étude. Cette interdépendance du temps d’existence des solutions et de
la taille des données initiales provient de la technique mise en oeuvre pour la construc-
tion des solutions : il s’agit donc d’un problème de méthode et non pas d’une propriété
intrinsèque des équations.
• Avec le Théorème 3.6.3 et ses Corollaires 3.6.4 et 3.6.5, nous voyons qu’en toute
généralité, et pour tout temps 0 < t < t0 , la vitesse ~u(t, x) a -au mieux- une décroissance
à l’infini de l’ordre |x|−3 et que sous certaines conditions sur la force extérieure, on peut
améliorer cette décroissance en |x|−4 , mais pas au-delà. Cette dispersion instantanée
du support spatial est indépendante de la nature de la donnée initiale (qui peut être
totalement régulière et à support compact), il s’agit donc d’une propriété inhérente aux
équations de Navier-Stokes. Ce comportement à l’infini se maintient bien évidemment
si l’on considère un cadre encore plus régulier (par exemple dans lequel on exigerait
un contrôle sur des dérivées d’ordre supérieur à celui exposé dans le Théorème 3.4.1)
mais exclut totalement toute étude dans les espaces de fonctions à décroissance rapide.
Ces conditions étudiées dans le Théorème 3.6.3 ont été développées par Dobrokhotov
et Shafarevitch [17] en 1994.
Dans tous les chapitres qui suivent nous allons considérer un cadre de travail plus général et
plus moderne, dans le sens où nous allons travailler avec des dérivées faibles et avec des outils
plus récents. Mais comme nous allons le voir, cette généralisation n’entraı̂nera pas forcément
une amélioration substentielle des deux points précédents.
98 Chapitre 3. Solutions classiques
3.7 Exercices
Exercice 3.1 Vérifier les propriétés du noyau de la chaleur gt énoncées dans les Propositions
3.1.2, page 45 et Proposition 3.1.3, page 46.
(a) Pour tout s ∈ R on pose ϕ(s) = u(t + s, x + sB), vérifier que l’on a
(b) Remarquer que ϕ(0) = u(t, x) et que ϕ(−t) = g(x − tB), en déduire les identités
Z 0 Z 0
0
ϕ(0) − ϕ(−t) = ϕ (s)ds et u(t, x) − g(x − tB) = f (t + s, x + sB)ds.
−t −t
Exercice 3.3 Soit u0 ∈ C 1 (R, R) et soit B :]0, +∞[×R −→ R une fonction régulière. On
considère le problème :
∂t u(t, x) + B(t, x) · ∇u(t, x) = 0 sur ]0, +∞[×R,
u(0, x) = u0 sur R.
3.7. Exercices 99
1. Si l’on note U (s) = u(s, X(s)), où X : R −→ R est une fonction régulière, déterminer
U 0 (s).
2. Si on suppose que X 0 (s) = B(s, X(s)) et si u est solution du problème ci-dessus, que
peut-on dire sur U 0 ? Que peut-on dire sur u(s, X(s)) ?
1. Vérifier que si u(x) est une solution de l’équation de Laplace (3.90), alors pour tout
τ ∈ Rn , la fonction u(x + τ ) l’est aussi.
2. Si u(x) est une solution de l’équation de Laplace (3.90), vérifier que pour tout angle
θ ∈ [0, 2π] la fonction u(Rθ [x]) est aussi solution où Rθ [x] est la matrice de rotation
d’angle θ.
3. On pose u(x) = ϕ(ρ) avec ρ = |x| = (x21 + · · · + x2n )1/2 , si x 6= 0, montrer que l’on a
∂ρ xi ∂2ρ 1 x2i
= et = − .
∂xi ρ ∂x2i ρ ρ3
x2 x2i
4. Vérifier les identités ∂xi u(x) = ϕ0 (ρ) xρi et ∂x2i u(x) = ϕ00 (ρ) ρ2i + ϕ0 (ρ) 1
ρ − ρ3
.
5. Montrer que ∆u = 0 équivaut au problème ϕ00 (ρ) + n−1 0
ρ ϕ (ρ) = 0.
ϕ00
6. Si ϕ0 6= 0, réécrire cette équation comme log(ϕ0 )0 = ϕ0 = 1−n
ρ , et en déduire que l’on
0 C1
a d’une part la formule ϕ (ρ) = ρn−1 et que l’on a d’autre part
C2 log(ρ) + C3 (n = 2)
ϕ(ρ) =
C2
+ C3 (n > 2).
ρn−2
9. Montrer que si u : Ω ⊂ Rn −→ R est une fonction de classe C 2 (Ω) telle que l’on ait
Z
1
u(x) = u(y)dS(y),
|∂B(x, r)| ∂B(x,r)
pour toute boule B(x, r) ⊂ Ω, alors la fonction u est une fonction harmonique.
Exercice 3.6 Soit Ω un sous-ensemble ouvert de Rn et soit u ∈ C(Ω) une fonction qui vérifie
les identités
Z Z
1 1
u(x) = u(y)dS(y) = u(y)dy,
|∂B(x, r)| ∂B(x,r) |B(x, r)| B(x,r)
4. Obtenir que l’on a uε = u sur Ωε et que la fonction u est de classe C ∞ sur Ωε pour
tout ε > 0. Conclure que la fonction u est régulière sur Ω.
Exercice 3.9 Dans cet exercice on souhaite démontrer le Théorème 3.1.8, mais en utilisant
des hypothèses différentes : on supposera ici que la fonction g est de classe C 2 (R3 ) et qu’elle
est à support compact.
1. Vérifier que la fonction f donnée par l’expression (3.15) est bien définie.
2. Démontrer que cette fonction f est de classe C 2 (R3 ) (on pourra utiliser le fait que la
fonction g est de classe C 2 ).
3. Pour vérifier que la fonction f donnée par convolution est solution de l’équation de
Poisson considérer les intégrales
Z Z Z
∆f = Φ(y)∆x g(x−y)dy = Φ(y)∆x g(x − y)dy + Φ(y)∆x g(x − y)dy .
Rn B(0,ε) B(0,ε)c
| {z } | {z }
I1 I2
(b) Pour le deuxième terme I2 , obtenir par une intégration par parties l’expression
Z Z
∂g
I2 = − ∇Φ(y)∇g(x − y)dy + Φ(y) (x − y)dS(y),
B(0,ε)c ∂B(0,ε) ∂ν
| {z } | {z }
I3 I4
(d) Pour l’intégrale I3 , avec une deuxième intégration par parties obtenir
Z Z
∂Φ
I3 = ∆Φ(y)g(x − y)dy − (y)g(x − y)dS(y)
B(0,ε)c ∂B(0,ε) ∂ν
Z
∂Φ
= − (y)g(x − y)dS(y).
∂B(0,ε) ∂ν
(e) Utiliser les propriétés de la fonction Φ pour obtenir sur ∂B(0, ε) l’identité
∂Φ 1
(y) = ν · ∇Φ(y) = .
∂ν 4πε2
(f ) En déduire la limite suivante
Z
1
I3 = − g(x − y)dS(y) −→ −g(x).
4πε2 ∂B(0,ε) ε→0
pour un paramètre 0 < δ < 1. On pourra utiliser le Lemme 3.1.9 et l’estimation (3.84).
Chapitre 4
Solutions mild
Dans ce chapitre nous présentons une technique très générale pour construire par un
processus itératif des solutions d’équations qui peuvent s’écrire sous la forme
où e0 est une donnée initiale et B(·, ·) est une application bilinéaire 1 et continue d’un espace
de Banach (E, k · kE ) sur lui même, c’est à dire que l’on a l’inégalité
pour tout e, f ∈ E, avec CB la constante de continuité de l’application B(·, ·). Comme nous
allons voir par la suite, il suffira de disposer d’une relation entre la constante de continuité CB
de l’application bilinéaire et le contrôle δ de la donnée initiale (i.e. ke0 kE ≤ δ) pour obtenir
une solution pour ce type d’équations. Ce procédé - connu comme principe de contraction ou
méthode de point fixe - s’applique très naturellement dans de nombreux cadres et, en particu-
lier, dans l’étude des équations aux dérivées partielles il s’avère être un outil particulièrement
efficace pour obtenir l’existence ainsi que l’unicité de solutions.
Bien sûr, un tel degré de généralité pose un certain nombre de problèmes lorsqu’on sou-
haite l’appliquer aux équations de Navier-Stokes : tout d’abord ces équations ne sont pas de
la forme (4.1) et pour utiliser le principe de contraction on devra considérer une formulation
intégrale adéquate. Mais surtout, nous verrons que cette technique soulève le problème du
temps d’existence des solutions : il existe une dichotomie entre la taille de la donnée initiale
(exprimée par le contrôle δ) et le temps d’existence des solutions (qui provient de la constante
de continuité). En effet, soit la taille de la donnée initiale est grande et dans ce cas le temps
d’existence est petit ; soit inversement la taille de la donnée initiale est petite et alors le temps
d’existence pourra être plus grand. Mais en dehors de ces deux possibilités, le formalisme
donné par le principe de contraction ne donne aucune piste d’étude. Nous étudierons plus
en détail cet aspect précis dans la Section 4.6 où nous donnerons quelques critères d’explosion.
Ainsi, après avoir rappelé le principe de contraction dans la Section 4.1, nous verrons dans
les Sections 4.2 et 4.3 comment transformer les équations de Navier-Stokes pour les mettre
sous la forme de l’équation (4.1) : on parlera alors de formulation mild ou de formulation
intégrale. Cette transformation met en place des outils très particuliers qui permettrons de
mettre en lumière des relations intéressantes entre la vitesse et la pression. Dans la Section
4.4 on donnera une démonstration du théorème de Fujita et Kato, obtenu en 1964 [20], où
1. Rappelons que cela veut dire que l’application B(·, ·) est linéaire dans chacune de ses composantes prises
séparément, c’est à dire que l’on a B(e0 +λe1 , f ) = B(e0 , f )+λB(e1 , f ) et B(e, f0 +λf1 ) = B(e, f0 )+λB(e, f1 ).
103
104 Chapitre 4. Solutions mild
l’on applique ce formalisme mild aux équations de Navier-Stokes et les solutions obtenues
par cette méthode seront désignées comme des solutions mild.
Nous avons de plus une dépendance continue par rapport à la donnée initiale : si f0
est une autre donnée initiale telle que kf0 kE ≤ δ et si f est solution de l’équation
f = f0 − B(f, f ) avec kf kE ≤ 2δ, alors
1
ke − f kE ≤ ke0 − f0 kE .
1 − 4CB δ
en+1 = e0 − B(en , en ),
et nous allons voir que lorsque n → +∞ on obtient une solution de l’équation (4.3). On
commence donc par vérifier que l’on a bien ken+1 kE ≤ 2δ. Ceci est vrai par hypothèse pour
e0 , de sorte que l’on fait l’hypothèse de récurrence ken kE ≤ 2δ et nous allons démontrer
que cela reste vrai pour en+1 . En effet, en utilisant l’hypothèse de continuité de l’application
B(·, ·) donnée dans (4.2) nous avons :
mais puisque l’on a 4CB δ < 1, nous obtenons ken+1 kE ≤ 2δ et ceci montre que pour tout
n ≥ 1, l’élément en ainsi construit appartient à la boule fermée B(0, 2δ).
Maintenant, il suffit de vérifier que l’on tend vers une solution e lorsque n → +∞. Pour
cela on considère la quantité en+1 − en et, en utilisant la bilinéarité de l’application B(·, ·),
on obtient
ken+1 − en kE = k(e0 − B(en , en )) − (e0 − B(en−1 , en−1 ))kE = k−B(en , en ) + B(en−1 , en−1 )kE
= kB(en − en−1 , en ) + B(en−1 , en − en−1 )kE
≤ kB(en − en−1 , en )kE + kB(en−1 , en − en−1 )kE ,
4.2. Vitesse, pression et projecteur de Leray 105
et par hypothèse de continuité de l’application B(·, ·) ainsi qu’en utilisant les estimations
ken−1 kE ≤ 2δ et ken kE ≤ 2δ obtenues précédemment, on a :
ken+1 − en kE ≤ CB ken − en−1 kE ken kE + CB ken−1 kE ken − en−1 kE ≤ 4CB δken − en−1 kE .
mais étant donné que 4CB δ < 1, et que ke1 − e0 kE ≤ ke1 kE + ke0 kE ≤ 3δ, nous avons que la
partie de droite de l’inégalité ci-dessus s’annule si n → +∞ : on obtient bien la convergence
au sens de la norme k · kE de la suite (en )n∈N vers un élément e ∈ E qui sera solution de
l’équation (4.3) et qui vérifie kekE ≤ 2δ. L’unicité est immédiate par construction car nous
travaillons sur un espace de Banach.
ke − f kE = k(e0 − B(e, e)) − (f0 − B(f, f ))kE = ke0 − f0 − B(e − f, e) − B(f, e − f )kE
≤ ke0 − f0 kE + kB(e − f, e)kE + kB(f, e − f )kE
≤ ke0 − f0 kE + CB kekE ke − f kE + CB kf kE ke − f kE
≤ ke0 − f0 kE + 4CB δke − f kE ,
Remarque 4.1 On observera que ce théorème s’applique tel quel à l’étude des équations de
la forme
e = e0 + B(e, e),
c’est-à-dire que le signe devant l’application bilinéaire B(·, ·) n’intervient pas.
Ce procédé de construction de solutions d’équations du type (4.3) est très abstrait et, mis
à part la continuité de l’application bilinéaire B(·, ·), il ne prend aucun compte des pro-
priétés particulières de celle-ci. Ce degré de généralité fait du principe de contraction un outil
standard qui peut s’appliquer à un grand nombre d’équations aux dérivées partielles.
Mais pour cela, il sera nécessaire tout d’abord de reformuler ces équations pour obtenir un
problème de la forme
e = e0 − B(e, e),
106 Chapitre 4. Solutions mild
et seulement après nous devrons choisir un espace fonctionnel E bien adapté qui nous four-
nisse le contrôle de continuité (4.2) pour l’application bilinéaire B(·, ·). En effet, les équations
de Navier-Stokes, telles qu’elles sont présentées ci-dessus ne peuvent pas se mettre directe-
ment sous la forme e = e0 − B(e, e), non seulement parce que le système de Navier-Stokes
est un problème d’évolution mais surtout parce qu’il y a deux inconnues, la vitesse ~u et la
pression p, ce qui ne correspond pas du tout au cadre d’application du principe de contraction
de Banach-Picard. . . on devra alors étudier comment concentrer notre étude sur une seule
inconnue, mais laquelle des deux ?
Dans la Section 4.3 ci-après, en étudiant une équation de la chaleur non homogène
générique, nous verrons qu’il est finalement assez naturel de privilégier une étude sur la
vitesse ~u plutôt que sur la pression p (comme nous l’avons déjà signalé lors de l’étude clas-
sique de ces équations réalisée au chapitre précédent). Pour conforter cette approche, il est
fondamental de remarquer que la pression p et la vitesse ~u sont reliées de sorte que si l’on
étudie un problème qui ne fait intervenir que la vitesse ~u, on pourra récupérer sans difficulté
la pression. En effet, et en reprenant quelques calculs réalisés précédemment (voir la page 44),
si l’on applique l’opérateur divergence aux équations de Navier-Stokes on obtient la relation
suivante :
~ + f~)
~ u − ∇p
div(∂t ~u) = div(∆~u − (~u · ∇)~
~ u − ∆p + div(f~),
0 = −div (~u · ∇)~
~ u − div(f~)
ce qui nous donne l’équation qui relie la pression à la vitesse −∆p = div (~u · ∇)~
que nous réécrivons formellement comme suit
1
~ u − div(f~) ,
p= div (~u · ∇)~ (4.4)
(−∆)
1 \ 1 1 b
où l’on rappelle que l’opérateur (−∆) est donné au niveau de Fourier par (−∆) φ(ξ) = |ξ|2
φ(ξ)
pour toute fonction φ telle que cette quantité ait un sens.
Ainsi, comme la force extérieure est une donnée du problème, si nous sommes capables
d’obtenir des informations sur la vitesse ~u, nous pourrons grâce à l’équation (4.4) en déduire
des informations sur la pression p.
Cette particularité nous permettra donc de considérer un problème dans lequel la seule va-
riable qui intervient est la vitesse ~u. Pour cela nous aurons besoin de décomposer les équations
de Navier-Stokes de sorte qu’on puisse concentrer notre étude sur la vitesse ~u et ceci pourra
être réalisé à l’aide du projecteur de Leray qui nous aidera à séparer les champs de vecteurs
qui sont à divergence nulle (comme la vitesse ~u) de ceux qui ne le sont pas.
identité que l’on peut réécrire (en utilisant le produit tensoriel de deux vecteurs donné dans
(2.9), page 16) comme
~ ξ⊗ξ
P(f )(ξ) = Id3×3 − · f~(ξ). (4.6)
d b
|ξ| 2
Une fois que nous avons exhibé plusieurs manières d’écrire cet opérateur, on observe sans
problème que le projecteur de Leray P est un opérateur linéaire :
Bien évidemment, la définition et les caractérisations que nous venons de donner sont
pour l’instant purement formelles et la première chose à faire maintenant est de vérifier que
cet opérateur est bien défini sur l’espace L2 (R3 ). Pour cela il suffit de passer en variable de
Fourier pour écrire :
1 ~ 1 (∇
kP(f~)kL2 = kf~ + ∇
~ ~ · f~)kL2 ≤ kf~kL2 + ∇
(∇ ~ · f~)
(−∆) (−∆) L2
3
X 1
≤ kf~kL2 + ∂ xj (∂x fk )
(−∆) k L2
j,k=1
3
X 1
≤ Ckf~kL2 = C 0 kf~kL2 ,
b~
≤ kf kL2 + C ξj 2 (ξk fbk )
b
|ξ| L2
j,k=1
car les transformées de Riesz Rj sont bornées sur L2 (R3 ) (voir le Théorème 2.5.2, page 35),
ce qui montre que cet opérateur, étant linéaire et borné, est alors continu (et donc bien posé)
dans l’espace L2 (R3 ).
Ḣ −s : il suffit pour cela d’utiliser les caractérisations de ces espaces (2.30), (2.31) et (2.33),
(2.39) qui sont données au niveau de Fourier. Nous avons donc en particulier les estimations
suivantes pour f~ ∈ H s (R3 ) (ou encore f~ ∈ Ḣ s (R3 )) avec s ∈ R :
Ces estimations seront utilisées de façon intensive dans ce chapitre et les suivants et elles
généralisent le domaine de définition du projecteur de Leray donné dans la Définition 4.2.1
ci-dessus.
P(f~) = f~,
• Si f~ est un gradient, c’est à dire s’il existe une fonction g : R3 −→ R telle que f~ = ∇g,
~
alors
1 ~ 1 (∆g) = ∇g
P(f~) = ∇g
~ +∇
~ ~ · ∇g)
(∇ ~ = ∇g
~ +∇ ~ − ∇g
~ = 0,
(−∆) (−∆)
et on observe que le projecteur de Leray annule les champs de vecteurs qui s’expriment
comme un gradient, on gardera donc en tête que pour une fonction p : R3 −→ R
suffisamment régulière (dans un espace L2 , Ḣ 1 ou Ḣ 2 , par exemple), on a l’identité
~ = 0.
P(∇p) (4.8)
• Si f~ est un rotationnel : si f~ = ∇
~ ∧ ~g , alors on a
1 ~ ~
P(f~) = P(∇
~ ∧ ~g ) = ∇
~ ∧ ~g + ∇
~ ~ ∧ ~g = f~,
∇ · (∇ ∧ ~g ) = ∇
(−∆)
~ · (∇
car la divergence d’un rotationnel est toujour nulle et donc ∇ ~ ∧ ~g ) ≡ 0 (voir le
dernier point du Lemme 2.2.2, page 15) et on obtient alors que le projecteur de Leray
laisse les rotationnels invariants.
f~(y)
Z
1 ~
f (x) = C dy,
(−∆) R3 |x − y|
4.2. Vitesse, pression et projecteur de Leray 109
1 ~
et ainsi, pour calculer la valeur de (−∆) f en un seul point, nous avons besoin d’intégrer
l’information sur tout l’espace : ce qui montre clairement le caractère non local du pro-
jecteur de Leray.
En particulier, pour deux champs de vecteurs dans L2 (R3 ), le projecteur de Leray est
auto-adjoint.
F~ = F~0 + F~1 ,
où F~0 est à divergence nulle (div(F~0 ) = 0) et F~1 s’écrit comme un gradient : F~1 = ∇p.
~ Ainsi,
~
l’action du projecteur de Leray sur le champ de vecteurs F consiste à garder uniquement le
premier terme F~0 de la décomposition de Helmholtz (c’est à dire P(F~ ) = F~0 ) car on a par les
propriétés explicitées ci-dessus :
Dans la section qui suit nous appliquerons cet opérateur aux équations de Navier-Stokes
afin de transformer ces dernières en un problème du type (4.3).
où nous considérons des fonctions u, f définies sur [0, +∞[×R3 et à valeurs dans R et où f
appartient à l’espace L2 ([0, T [, L2 (R3 )) pour un certain temps fini 0 < T < +∞.
L’espace C0∞ étant dense dans L2 on considèrera pour commencer une fonction f (·, ·)
qui est régulière à support compact en variable de temps et d’espace. Ainsi, pour une telle
fonction f , la solution du problème (4.11) est classique et par le Théorème 3.1.5 page 48, elle
s’écrit Z t
u(t, x) = gt−s ∗ f (s, x)ds. (4.12)
0
De plus, nous savons en particulier, par le deuxième point du Théorème 3.1.5, que si f ap-
partient à l’espace Cb1 ([0, +∞[×R3 ), alors la solution u est de classe C 1 (]0, +∞[×R3 ) et de
classe C 2 (R3 ).
Qu’en est-il de ces informations de régularité si nous supposons uniquement que la fonc-
tion f appartient à l’espace L2t L2x ?
Nous allons voir ici que non seulement cette formulation (4.12) est bien définie dans un
sens beaucoup plus large que celui donné au Chapitre 3, mais aussi que cette information de
régularité se maintient : on pourra donner un sens aux dérivées d’ordre un et d’ordre deux de
u. En effet, toujours en supposant que f (·, ·) est régulière à support compact, si nous étudions
la quantité ku(t, ·)kH 1 avec 0 < t < T , où la fonction u est donnée par l’expression intégrale
(4.12), nous avons alors
1
ku(t, ·)kH 1 = ku(t, ·)kL2 + k(−∆) 2 u(t, ·)kL2
Z t Z Z t
1
= gt−s ∗ f (s, ·)ds + sup (−∆) 2 gt−s ∗ f (s, x)ds ψ(x)dx ,
0 L2 kψkL2 ≤1 R3 0
Nous avons alors que la fonction u donnée par l’expression (4.12) appartient à l’espace
L∞ ([0, T ], H 1 (R3 )).
Poussons un peu plus loin notre analyse et, avec cette information sur la fonction u que
nous venons d’obtenir, nous pouvons écrire
Z Z
d ~ 2 ~ ~ ~ ~
k∇u(t, ·)kL2 = 2 ∇u(t, x) · (∇∂t u(t, x))dx = 2 ∇u(t, x) · ∇(∆u(t, x) + f (t, x))dx
dt RZ3 R3
Z
= −2 |∆u(t, x)|2 dx − 2 ∆u(t, x)f (t, x)dx
R3 R3
≤ −2k∆u(t, ·)k2L2 + 2k∆u(t, ·)kL2 kf (t, ·)kL2
≤ −2k∆u(t, ·)k2L2 + k∆u(t, ·)k2L2 + kf (t, ·)k2L2 = −k∆u(t, ·)k2L2 + kf (t, ·)k2L2 ,
En intégrant l’inégalité précédente par rapport au temps, et comme la donnée initiale est
nulle, nous avons Z t
~ 2
k∇u(t, ·)kL2 + k∆u(s, ·)k2L2 ds ≤ kf k2L2 L2 . (4.14)
t x
0
Nous remarquons maintenant que l’estimation ci-dessus se maintient par densité lorsque la
fonction f appartient à l’espace L2t L2x . A partir de ces calculs et des estimations (4.13) et
(4.14), nous avons donc les points suivants :
• si le terme f appartient à l’espace L2t L2x , les quantités préservées par l’équation cor-
respondent aux espaces L∞ 1 2 2
t Hx et Lt Ḣx .
Z t
2 2
• Ainsi, lorsque f ∈ Lt Lx , la fonction définie par u(t, x) = gt−s ∗ f (s, x)ds appar-
0
tient à l’espace L∞ ([0, T [, H 1 (R3 ))∩L2 ([0, T [, Ḣ 2 (R3 )) et elle est solution de l’équation
(4.11).
Dans ce cadre que nous venons d’exposer, nous dirons alors que la fonction
Z t
u(t, x) = gt−s ∗ f (s, x)ds,
0
112 Chapitre 4. Solutions mild
où la force extérieure f~ appartient à l’espace L2 ([0, T [, L2 (R3 )) pour un certain temps donné
0 < T < +∞ et où la donnée initiale ~u0 vérifie ~u0 ∈ H 1 (R3 ). Ces deux informations fixeront
notre cadre de travail : en effet, inspirés de l’exemple précédent donné par l’équation (4.11) et
de sa solution mild (4.12), on cherchera à travailler sur l’espace fonctionnel L∞ ([0, T [, H 1 (R3 ))∩
L2 ([0, T [, Ḣ 2 (R3 )).
Mais pour obtenir une formulation intégrale adéquate nous avons besoin d’un étape
supplémentaire qui fait intervenir le projecteur de Leray défini dans la section précédente. En
effet, et comme on l’a souligné précédemment, dans les équations de Navier-Stokes ci-dessus,
il y a deux inconnues, la vitesse ~u et la pression p et nous allons voir maintenant comment
obtenir un système d’équations équivalentes qui considère uniquement la vitesse ~u. Ainsi, en
appliquant le projecteur de Leray aux équations de Navier-Stokes (4.15) nous avons
~ + P(f~).
P(∂t ~u) = P(∆~u) − P div(~u ⊗ ~u) − P(∇p)
~ = 0 par la propriété
Etant donné que l’on a par hypothèse div(~u) = 0 et que l’on a P(∇p)
(4.8) du projecteur de Leray, nous pouvons écrire
La principale particularité de l’équation ci-dessus repose sur le fait qu’elle ne fait intervenir
que la variable ~u et pas la pression p : et cela ne pose pas de problème conceptuel car si l’on
résout cette équation et on obtient une vitesse ~u avec de bonnes propriétés, on pourra alors
en déduire la pression p en utilisant l’expression (4.4) page 106.
Ceci nous amène à voir l’équation (4.16) comme une équation de la chaleur non ho-
mogène comme celle considérée dans (4.11) et nous obtenons alors l’expression suivante (voir
également le Théorème 3.1.6, page 49)
4.4. Théorème de Fujita-Kato 113
Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds −
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~u) (s, x)ds, (4.17)
0 0
et c’est précisément ce problème que nous allons étudier. Mais avant de continuer nous avons
besoin d’une définition.
Définition 4.3.1 (Solutions mild ) Nous dirons qu’un couple (~u, p) est une solution
mild des équations de Navier-Stokes (4.15) si la vitesse ~u vérifie l’identité (4.17) et si
la pression vérifie la formule (4.4).
~ 0 par
Une fois que nous avons à notre disposition le problème (4.17), si l’on note U
Z t
~ 0 = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P f~ (s, x)ds,
U
0
qui est donné par les données ~u0 et f~, et si on note B(·, ·) par
Z t
B(~u, ~v ) = gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds, (4.18)
0
qui est une application bilinéaire, alors nous obtenons une formulation des équations de
Navier-Stokes du type
~ 0 − B(~u, ~u),
~u = U (4.19)
et grâce à cette réécriture de ces équations, nous allons appliquer dans la section suivante le
principe de contraction de Banach-Picard pour obtenir des solutions mild des équations de
Navier-Stokes.
~ 0 kE ≤ δ < +∞,
• kU
1
et une fois que l’on dispose de ces majorations, il suffira d’exiger la relation 0 < δ < 4CB ,
~ 0 − B(~u, ~u).
pour obtenir des solutions de l’équation ~u = U
Il est important de remarquer que le choix de l’espace fonctionnel E est absolument fon-
damental pour satisfaire les deux conditions précédentes et il existe plusieurs espaces qui
permettent d’obtenir les majorations nécessaires pour fermer l’argument de point fixe. D’un
point de vue chronologique, le premier exemple d’un tel espace pour les équations de Navier-
Stokes est donné par le résultat suivant.
114 Chapitre 4. Solutions mild
Théorème 4.4.1 (Fujita-Kato –1964) Soit ~u0 ∈ H 1 (R3 ) une donnée initiale avec
div(~u0 ) = 0 et soit une force extérieure f~ ∈ L2 ([0, T [, L2 (R3 )) avec 0 < T ≤ +∞.
Alors il existe un temps 0 < T0 < T et ~u une fonction qui appartient à l’espace
et (quitte à répéter ce qui a été dit plusieurs fois précédemment) nous devons donc obtenir
les estimations suivantes pour chacun de ces termes
où CB sera la constante de continuité de la forme bilinéaire, qui comme on le verra un peu
plus tard jouera un rôle très important.
Avec ces majorations il suffira de vérifier les hypothèses du Theorème 4.1.1 (c’est à dire
une relation entre la taille des données et la constante de continuité de la forme bilinéaire)
pour obtenir des solutions mild des équations de Navier-Stokes.
Remarque 4.2 On notera que dans la définition de l’espace fonctionnel ET0 , il y a in-
trinsèquement une dépendance par rapport au temps T0 : l’intervalle de temps [0, T0 ] dans le-
quel on va construire une solution devra être déterminé et nous verrons ci-après qu’il dépendra
de la taille des données. On remarquera également que ce temps d’existence est a priori
contrôlé par l’information que l’on dispose sur la force extérieure car 0 < T0 < T .
Lemme 4.4.2
1) Si f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3 est une fonction vectorielle telle que l’on ait les
informations f~ ∈ L∞ ([0, +∞[, Ḣ 1 (R3 )) et f~ ∈ L2 ([0, +∞[, Ḣ 2 (R3 )). Alors on a
l’inégalité
1 1
kf~k 3 ≤ kf ~k 2 kf~k 2 . L∞
(4.22)
1 L2t Ḣx2
L4t Ḣx2 t Ḣx
Preuve.
1) En utilisant la formule de Plancherel et l’inégalité de Cauchy-Schwarz nous avons
Z Z
~ 2
kf (t, ·)k 3 ' ~
3 b 2
|ξ| |f (t, ξ)| dξ = |ξ||f~(t, ξ)|×|ξ|2 |f~(t, ξ)|dξ ≤ kf~(t, ·)kḢ 1 kf~(t, ·)kḢ 2 ,
b b
Ḣ 2 R3 R3
Le lemme suivant permettra d’estimer les données initiales :
Lemme 4.4.3
1) Si f~ ∈ L2 (R3 ) alors gt ∗ f~ ∈ L∞ ([0, +∞[, L2 (R3 )) et nous avons
Preuve.
1) Il suffit d’utiliser les inégalités de Young et les propriétés du noyau de la chaleur pour
obtenir kgt ∗ f~kL2 ≤ kgt kL1 kf~kL2 = kf~kL2 et avec cette estimation uniforme en temps
nous pouvons écrire kgt ∗ f~kL∞ ~kL2 .
2 ≤ kf
t Lx
Z Z +∞
1 1 b
Si on pose τ = on obtient alors kgt ∗ f~k2L2 Ḣ 1 '
2t|ξ|2 e−τ |f~(ξ)|2 dτ dξ = kf~k2L2
b
t x 2 R3 0 2
ce qui nous donne kgt ∗ f~kL2 Ḣ 1 ≤ Ckf~kL2 .
t x
Voici un troisième résultat qui sera fondamental par la suite car il fait intervenir les intégrales
de la formulation mild (4.17). En particulier, le deuxième point de ce lemme est crucial car
il donne une estimation optimale qui fait intervenir les principaux ingrédients des équations
de Navier-Stokes : le Laplacien, le semi-groupe de la chaleur et une intégration par rapport
à la variable de temps.
Z t
Lemme 4.4.4 Si f~ ∈ L2 ([0, +∞[, L2 (R3 )) et si l’on note F~ (t, x) = gt−s ∗ f~(s, x)ds,
0
alors nous avons les estimations suivantes
Il est possible d’obtenir des variantes de la régularité maximale du noyau de la chaleur dans
les espaces Lpt Lqx (le lecteur peut consulter le livre [44] pour une démonstration dans le cas
Lpt Lqx avec 1 < p, q < +∞), mais pour nos besoins la version L2t L2x est suffisante.
Preuve.
1) En raisonnant par dualité nous écrivons
Z
1 1
k(−∆) F~ (t, ·)kL2 =
2 sup (−∆) 2 F~ (t, x) · ϕ
~ (x)dx
ϕkL2 ≤1
k~ R3
Z Z t 1
= sup (−∆) 2 gt−s ∗ f~(s, x) ds · ϕ
~ (x)dx
k~
ϕkL2 ≤1 R3 0
Z tZ
1
= sup ~ ) · f~(s, x)dxds
(−∆) 2 (gt−s ∗ ϕ
k~
ϕkL2 ≤1 0 R3
Z t 1
≤ sup kf~(s, ·)kL2 k(−∆) 2 (gt−s ∗ ϕ
~ )kL2 ds ≤ sup kf~(·, ·)kL2t L2x kgt−s ∗ ϕ
~ kL2 Ḣ 1 ,
t x
k~
ϕkL2 ≤1 0 k~
ϕkL2 ≤1
mais par le deuxième point du Lemme 4.4.3 nous avons kgt−s ∗ ϕ~ kL2 Ḣ 1 ≤ Ck~
ϕkL2 , ce
t x
qui nous permet d’écrire
kF~ (t, ·)kḢ 1 ≤ Ckf~kL2t L2x .
2) Etant donné que l’on a l’identité
Z t
∆F~ (t, x) = ∆[gt−s ] ∗ f~(s, x)ds,
0
Remarque 4.3 La notion de régularité maximale exprime le fait que le noyau de la chaleur
gt peut “absorber” au plus deux dérivées en variable d’espace (représentées ici par l’opérateur
Laplacien) tout en gardant un comportement acceptable en variable de temps (reflété ici par
la norme L2 en variable de temps).
Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds −
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~u) (s, x)ds . (4.24)
|0 } |0
| {z }
(1) {z {z }
(2) (3)
Pour la partie (1.a) nous avons directement par le premier point du Lemme 4.4.3 la majoration
sup kgt ∗ ~u0 kL2 ≤ k~u0 kL2 ,
0≤t≤T0
118 Chapitre 4. Solutions mild
tandis que pour le deuxième terme (1.b), en utilisant le même raisonnement il suffit d’écrire
1 1
sup k(−∆) 2 (gt ∗ ~u0 )kL2 = sup kgt ∗ (−∆) 2 ~u0 kL2 ≤ k~u0 kḢ 1 .
0≤t≤T0 0≤t≤T0
Avec chacune de ces estimations pour les termes (1.a), (1.b) et (1.c) nous avons
Pour le premier terme (2.a) nous écrivons en utilisant l’inégalité de Minkowski continue
(2.20), présentée page 20, les inégalités de Young pour la convolution, les propriétés du noyau
de la chaleur et du projecteur de Leray
Z t Z t
~ ~
sup gt−s ∗ P f (s, ·)ds ≤ sup kgt−s kL1 P f (s, ·) 2 ds
0≤t≤T0 0 L2 0≤t≤T0 0 L
Z T0
≤ C f~(s, ·) ds,
0 L2
Pour le terme (2.b) nous allons utiliser le premier point du Lemme 4.4.4 ainsi, avec les
propriétés de continuité du projecteur de Leray, on obtient :
Z t
gt−s ∗ P f~ (s, ·)ds ≤ Ckf~kL2t L2x .
sup
0≤t≤T0 0 Ḣ 1
Nous remarquons maintenant que le dernier terme (2.c) se déduit directement de la régularité
maximale du noyau de la chaleur donnée dans le deuxième point du Lemme 4.4.4 et nous
pouvons écrire
2
!1
Z T0 Z t 2
Avec toutes ces estimations pour les termes (2.a), (2.b) et (2.c), nous avons finalement la
majoration suivante pour la quantité (4.26) :
Z t 1
~ ≤ C2 1 + T0 kf~kL2t L2x .
gt−s ∗ P f (s, ·)ds 2
0 ET0
2
! 21
Z T0 Z t
+ ∆ gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds dt .
0 0 L2
| {z }
(3.c)
Nous allons étudier les termes (3.a), (3.b) et (3.c) qui constituent l’expression (4.27).
Terme (3.a) En utilisant l’inégalité de Minkowski continue, les inégalités de Young, les
propriétés du noyau de la chaleur et celles du projecteur de Leray (continuité dans l’espace
L2 ), nous avons
Z t Z t
sup gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, ·)ds ≤ sup kgt−s kL1 P div(~u ⊗ ~v ) (s, ·) L2 ds
0≤t≤T0 0 L2 0≤t≤T0 0
Z t
≤ C sup kdiv(~u ⊗ ~v )(s, ·)kL2 ds,
0≤t≤T0 0
120 Chapitre 4. Solutions mild
et maintenant, avec la majoration kdiv(~u ⊗ ~v )(s, ·)kL2 ≤ Ck~u ⊗ ~v (s, ·)kḢ 1 et par l’inégalité
de Cauchy-Schwarz en variable de temps, nous écrivons
Z t Z t 21
sup kdiv(~u ⊗ ~v )(s, ·)kL2 ds ≤ C sup ds k~u ⊗ ~v kL2 Ḣ 1
t x
0≤t≤T0 0 0≤t≤T0 0
1
≤ CT0 k~u ⊗ ~v kL2 Ḣ 1 .
2
(4.28)
t x
A ce stade nous invoquons les lois de produit énoncées au Chapitre 2, et nous utilisons en
particulier l’inégalité (2.46) donnée page 32 pour écrire (avec une inégalité de Hölder en
variable de temps qui nous fait passer de la norme L2 aux normes L4 )
k~u ⊗ ~v kL2 Ḣ 1 ≤ C k~uk 4 23 k~v kL4 Ḣ 1 + k~v k 4 23 k~ukL4 Ḣ 1 ,
t x Lt Ḣx t x Lt Ḣx t x
de sorte qu’en utilisant les inégalités (4.22) et (4.23) du Lemme 4.4.2 on obtient
1 1 1 1 1 1
k~u ⊗ ~ukL2 Ḣ 1 ≤ C k~ukL2 ∞ Ḣ 1 k~ukL2 2 Ḣ 2 × T04 k~v kL∞ Ḣ 1 + k~v kL2 ∞ Ḣ 1 k~v kL2 2 Ḣ 2 × T04 k~ukL∞ Ḣ 1 , (4.29)
t x t x t x t x t x t x t x
Maintenant il ne reste plus qu’à observer que chacune des normes qui intervient dans la partie
de droite de l’expression ci-dessus peut être majorée par la norme
k · kET0 = k · kL∞ 2 + k · k ∞ 1 + k · k 2 2,
t Lx L Ḣ L Ḣ
t x t x
Z t
1 1 1
sup gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds ≤ C k~ukL2 ∞ Ḣ 1 k~ukL2 2 Ḣ 2 × T04 k~v kL∞ Ḣ 1
t x t x t x
0≤t≤T0 0 Ḣ 1
1 1 1
+k~v kL∞ Ḣ 1 k~v kL2 Ḣ 2 × T0 k~ukL∞ Ḣ 1
2 2 4
t x t x t x
4.4. Théorème de Fujita-Kato 121
en remarquant que chacune des normes de la partie de droite de l’inégalité ci-dessus est
majorée par la norme k · kET0 = k · kL∞ 2 + k · k ∞ 1 + k · k 2 2 , il vient alors
t Lx L Ḣ L Ḣ t x t x
Z t 1
sup gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds ≤ CT04 k~ukE k~v kE . (4.31)
0≤t≤T0 0 Ḣ 1
Terme (3.c) Il nous reste plus qu’à étudier maintenant la dernière partie de l’expression
(4.27) :
2
!1
Z T0 Z t
2 Z t
∆ gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds dt = ∆ gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds .
0 0 L2 0 L2t L2x
En prolongeant les quantités impliquées par 0 si t > T0 , nous pouvons appliquer le deuxième
point du Lemme 4.4.4 pour écrire
Z T0 Z t 2 !1
2
∆ gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds dt ≤ CkP div(~u⊗~v ) kL2t L2x ≤ Ck~u⊗~v kL2 Ḣ 1 ,
t x
0 0 L2
et en utilisant les mêmes raisonnements précédents pour estimer la quantité k~u ⊗ ~v kL2 Ḣ 1 , on
t x
obtient la majoration suivante
Z T0 Z t 2 !1
2 1
∆ gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds dt ≤ CT04 k~ukE k~v kE . (4.32)
0 0 L2
Avec les estimations (4.30), (4.31) et (4.32) nous avons terminé l’étude des termes (3.a), (3.b)
et (3.c) qui composent l’expression (4.27) et nous pouvons alors écrire
Z t
gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, ·)ds = (3.a) + (3.b) + (3.c)
0 ET0
1 1 1 1
≤ CT0 T0 k~ukET0 k~v kET0 + CT0 k~ukET0 k~v kET0 + CT04 k~ukET0 k~v kET0
2 4 4
1
1
≤ C3 T0 1 + T0 k~ukET0 k~v kET0 .
4 2
Nous avons utilisé l’espace fonctionnel ET0 = L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )), muni
de la norme k · kET0 = k · kL∞ 2 + k · k ∞ 1 + k · k 2 2 et nous avons obtenu les majorations
t Lx Lt Ḣx Lt Ḣx
suivantes :
122 Chapitre 4. Solutions mild
Z t 1
gt−s ∗ P f~ (s, ·)ds kf~kL2t L2x ,
• kgt ∗ ~u0 kET0 ≤ C1 k~u0 kH 1 , et ≤ C2 1 + T0
2
0 ET0
Z t 1
1
• gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~u) (s, x)ds ≤ C3 T0 1 + T0 k~ukET0 k~ukET0 ,
4 2
0 ET0
On remarquera à partir de ces deux conditions que l’on ne peut espérer avoir simultanément
un temps d’existence T0 grand et des données initiales (~u0 , f~) grandes. Mais une fois que les
quantités k~u0 kH 1 et kf~kL2t L2x sont fixées (qu’elles soient grandes ou petites), on peut exhiber
un temps d’existence T0 > 0 et une fonction ~u ∈ L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )),
telle que ~u est solution au sens mild des équations de Navier-Stokes, et ceci termine la
démonstration du Théorème 4.4.1.
Remarque 4.4 Insistons sur le fait que la condition (4.33) impose une dichotomie entre la
taille des données initiales (~u0 , f~) et le temps d’existence T0 . En effet, on a la condition
1 1
T04 < 1
1
,
2 2 ~
4C3 (1 + T0 ) C1 k~u0 kH 1 + C2 (1 + T0 )kf kL2t L2x
• soit les données initiales sont petites, et dans ce cas le temps d’existence T0 peut être
grand,
• soit les données initiales sont grandes et alors le temps d’existence T0 est petit,
Remarque 4.5 Si le temps d’existence T0 est borné (0 < T0 < +∞) alors la solution
~u ∈ L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )) que nous venons de construire avec le théorème
précédent appartient également à l’espace L2 ([0, T0 ], L2 (R3 )) et en particulier elle appar-
tient à l’espace L2 ([0, T0 ], H 2 (R3 )). Ainsi, par les injections de Sobolev données dans le
point 3) du Théorème 2.4.6 page 30, nous en déduisons que la solution appartient à l’es-
pace L2 ([0, T0 ], L∞ (R3 )).
En effet, puisqu’on sait que la solution ~u appartient à l’espace L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )), on a sans
problème ~u ∈ L∞ ([0, T0 ], L2 (R3 )). Le temps T0 étant borné, nous avons alors
Z T0 21 1
2
k~ukL2t L2x = k~u(t, ·)kL2 dt ≤ sup k~u(t, ·)kL2 T02 < +∞.
0 0<t<T0
4.4. Théorème de Fujita-Kato 123
Nous avons donc ~u ∈ L2 ([0, T0 ], L2 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )), ce qui nous donne bien le
contrôle ~u ∈ L2 ([0, T0 ], H 2 (R3 )).
Le résultat qui suit nous donne une information très importante par rapport à la continuité
en temps de la fonction t 7−→ k~u(t, ·)kH 1 .
Ainsi, pour tout 0 < t1 < t2 < T0 , si nous étudions la quantité k~u(t2 , ·) − ~u(t1 , ·)kH 1 on a
Z t2 Z t2
~
k~u(t2 , ·) − ~u(t1 , ·)kH 1 = gt2 ∗ ~u0 + gt2 −s ∗ P f ds − gt2 −s ∗ P div(~u ⊗ ~u) ds
0 0
Z t1 Z t1
gt1 −s ∗ P f~ ds −
− gt1 ∗ ~u0 + gt1 −s ∗ P div(~u ⊗ ~u) ds
0 0 H1
Z t2 Z t1
gt2 −s ∗ P f~ ds − gt1 −s ∗ P f~ ds
≤ k~u0 ∗ (gt2 − gt1 )kH 1 +
0 0 H1
Z t2
Z t1
+ gt2 −s ∗ P div(~u ⊗ ~u) ds − gt1 −s ∗ P div(~u ⊗ ~u) ds ,
0 0 H1
et avec les propriétés de semi-groupe du noyau de la chaleur ainsi que par la linéarité de
l’intégrale en variable de temps, on obtient
Z t1
gt1 −s ∗ gt2 −t1 ∗ P f~ − P f~ ds
k~u(t2 , ·) − ~u(t1 , ·)kH 1 ≤ k~u0 ∗ (gt2 − gt1 )kH 1 +
0 H1
Z t2 Z t1
gt2 −s ∗ P f~ ds
+ + gt1 −s ∗ gt2 −t1 ∗ P div(~u ⊗ ~u) − P div(~u ⊗ ~u) ds
t1 H1 0 H1
Z t2
+ gt2 −s ∗ P div(~u ⊗ ~u) ds ,
t1 H1
et une application directe du théorème de convergence dominée nous fournit (voir également
les propriétés du noyau de la chaleur données dans la Proposition 3.1.2, page 45) :
nous obtenons alors la continuité de la fonction t 7−→ k~u(t, ·)kH 1 . En particulier on obtient
également la limite limk~u(t, ·)kH 1 = k~u0 kH 1 .
t→0
Avec le Théorème 4.4.1 nous avons obtenu une solution mild de l’équation (4.20), mais
cette équation fait intervenir le projecteur de Leray qui a le bon goût d’annuler la pression
p : nous nous sommes donc concentrés sur un problème à une seule inconnue et le résultat
est alors une fonction ~u qui appartient aux bons espaces fonctionnels. Toutefois, cela ne suffit
pas pour terminer notre présentation et nous devons étudier maintenant la pression p.
124 Chapitre 4. Solutions mild
Corollaire 4.4.6 Soit ~u0 ∈ H 1 (R3 ) une donnée initiale à divergence nulle et soit
une force extérieure f~ ∈ L2 ([0, T [, L2 (R3 )) avec 0 < T ≤ +∞. Soit 0 < T0 < T un
temps d’existence et soit ~u ∈ L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )) la solution mild
obtenue avec le Théorème de Fujita-Kato 4.4.1.
1 ~ u − div(f~)
Alors la pression p = (−∆) div (~u · ∇)~ appartient à l’espace
L2 ([0, T0 ], Ḣ 1 (R3 )).
Preuve. En utilisant cette expression pour la pression p on a directement l’estimation
1 1
kpkL2 Ḣ 1 ≤ ~ u
div (~u · ∇)~ + div(f~) . (4.35)
t x (−∆) L2t Ḣx1 (−∆) L2t Ḣx1
1 ~ u
~ u
div (~u · ∇)~ ' (~u · ∇)~ = kdiv(~u ⊗ ~u)kL2t L2x ' k~u ⊗ ~ukL2 Ḣ 1 ,
(−∆) L2t Ḣx1 L2t L2x t x
mais par l’estimation (4.29) étudiée à la page 120, nous savons que si ~u ∈ L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 ))∩
L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )), alors la quantité k~u ⊗ ~ukL2 Ḣ 1 est bornée. De plus, pour le terme qui fait
t x
intervenir la force extérieure f~ nous écrivons
1
1 (−∆) 2
div(f~) ' div(f~) ≤ kf~kL2t L2x ,
(−∆) L2t Ḣx1 (−∆)
L2t L2x
mais on sait par hypothèse que f~ ∈ L2t L2x et donc cette dernière quantité est bien bornée.
Tous les termes de la partie de droite de l’inégalité (4.35) sont donc bornés, et on en
déduit alors sans problème que p ∈ L2 ([0, T0 ], Ḣ 1 (R3 )).
Remarque 4.6 Avec les fonctions (~u, p) que nous venons de construire, nous obtenons une
solution aux équations de Navier-Stokes au sens mild. On remarquera que grâce au projecteur
de Leray, toute l’étude que nous avons réalisé se concentre sur la vitesse ~u.
Nous allons maintenant vérifier qu’en fait on est bien solution du problème de Navier-Stokes
usuel et pour cela on considère le résultat suivant qui nous donne l’équivalence entre ces deux
points de vue.
4.5. Formulation différentielle et formulation intégrale : équivalence 125
Théorème 4.5.1 Soit ~u0 ∈ H 1 (R3 ) une donnée initiale telle que div(~u0 ) = 0 et soit
f~ ∈ L2 ([0, T [, L2 (R3 )) une force extérieure avec 0 < T ≤ +∞. Soit 0 < T0 < T un
temps fini et soit ~u ∈ L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )), alors les deux points
suivants sont équivalents :
avec 0 < t ≤ T0 .
On commence tout d’abord par vérifier que le problème (4.36) est équivalent au système
différentiel
~ u) + P(f~),
∂t ~u = ∆~u − P((~u · ∇)~
(4.39)
~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0,
et on remarquera sans difficulté que dans ces problèmes (4.36) et (4.39) la pression p n’inter-
vient pas.
Donc, si ~u ∈ L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx et si ~
u s’écrit de la forme intégrale suivante
Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds − ~ u (s, x)ds,
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P (~u · ∇)~
0 0
alors nous allons vérifier que ~u est solution du problème (4.39). En effet, par tous les calculs
réalisés dans la Section 4.4 nous savons que les termes de la formule ci-dessus ont bien un
sens dans l’espace L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx , et nous écrivons alors, pour h > 0 :
!
t+h t+h
~u(t + h, x) − ~u(t, x)
Z Z
1
gt+h−s ∗ P f~ ds − ~ u ds
= gt+h ∗ ~u0 + gt+h−s ∗ P (~u · ∇)~
h h 0 0
Z t Z t
1
gt−s ∗ P f~ ds − ~
− gt ∗ ~u0 + gt−s ∗ P (~u · ∇)~u ds ,
h 0 0
126 Chapitre 4. Solutions mild
ce qui, par les propriétés de linéarité de la convolution et des intégrales, se réécrit comme
Z t
~u(t + h, x) − ~u(t, x) 1 1
(gt+h−s − gt−s ) ∗ P f~ (s, x)ds
= (gt+h − gt ) ∗ ~u0 (x) +
h h h 0
Z t
1 ~
− (gt+h−s − gt−s ) ∗ P (~u · ∇)~u (s, x)ds
h 0
1 t+h 1 t+h
Z Z
~ ~ u (s, x)ds,
+ gt+h−s ∗ P f (s, x)ds − gt+h−s ∗ P (~u · ∇)~
h t h t
Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds − ~ u (s, x)ds, et
mais comme ~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P (~u · ∇)~
0 0
g0 = δ0 , on a bien
et nous en déduisons que F~ et la quantité P(F~ ) appartiennent à l’espace L2t L2x . Donc, en
suivant les idées exposées dans la Section 4.3.1 (avec cette fois-ci une donnée initiale), la
solution de l’équation (4.40) s’écrit
Z t Z t
gt−s ∗ P F~ ds = gt ∗ ~u0 + ~ u + f~ ds,
~u = gt ∗ ~u0 + gt−s ∗ P (~u · ∇)~
0 0
4.5. Formulation différentielle et formulation intégrale : équivalence 127
Nous allons à présent montrer que le problème (4.39) est en fait équivalent au problème
(4.37). La première implication es facile : on remarque sans problème que si ~u est solution
des équations (4.37), alors elle est à divergence nulle et en appliquant le projecteur de Leray
à cette équation (4.37) on obtient sans problème que ~u est solution du système (4.39).
Pour établir la réciproque, nous allons tout d’abord étudier la pression. En effet, si
~u ∈ L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx est solution de l’équation (4.37), alors nous avons que la pression p
est déterminée de façon unique par l’expression (4.38) : si nous appliquons l’opérateur diver-
gence dans l’équation (4.37), en utilisant le fait que div(~u) = 0 et que div(∇p)~ = ∆p, on
obtient
~ u) − div(f~),
− ∆p = div((~u · ∇)~ (4.41)
mais, par hypothèse on a d’une part f~ ∈ L2t L2x , et donc div(f~) ∈ L2t Ḣx−1 et d’autre part,
puisque ~u ∈ L∞ 1 2 2 ~ u)
t Hx ∩Lt Ḣx , on sait par l’estimation (4.29), donnée page 120, que div((~
u · ∇)~
2 −1
appartient à l’espace Lt Ḣx , et donc la partie de droite de l’expression (4.41) est bien définie
et on a
p = p0 + p1 ,
1 ~ u − div(f~) ∈ L2t Ḣx1 (par le Corollaire 4.4.6) et où la
où on a définit p0 = (−∆) div (~u · ∇)~
fonction p1 : [0, +∞[×R3 −→ R est une fonction harmonique (∆p1 = 0). Nous allons vérifier
que p1 ≡ 0, et pour cela on considère φ ∈ C0∞ (R3 ) une fonction de test en variable de temps
et ϕ ∈ C0∞ (R3 ) une fonction de test en variable d’espace, il vient alors
Z Z Z Z
~
∇p1 (t, x)φ(t)ϕ(x)dxdt = ~ − ∇p
(∇p ~ 0 )(t, x)φ(t)ϕ(x)dxdt
R R 3 R R 3
Z Z
= ~ u + f~)(t, x) − ∇p
(−∂t ~u + ∆~u − (~u · ∇)~ ~ 0 (t, x) φ(t)ϕ(x)dxdt,
R R3
on note que tous les termes de droite ci-dessus sont bien définis (au sens des distributions)
car par hypothèse on sait que ~u ∈ L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx , et donc ∂t ~ u ∈ L2t Ḣx−1 puisque l’on a
~ u ∈ L2t L2x , f~ ∈ L2t L2x , et ∇p
∆~u ∈ L2t Ḣx−1 , (~u · ∇)~ ~ 0 ∈ L2 L2 . Ainsi, on en déduit que le terme
t x
~ 2 −1
∇p1 appartient à l’espace Lt Ḣx et de plus on a par construction ∆p1 = 0.
ce qui nous permet d’affirmer que le support en variable de Fourier de la fonction ∇p ~ 1 est
concentré sur l’origine et qu’alors la fonction p1 est un polynôme, mais comme on appartient
à l’espace L2t Ḣx−1 , il ne peut pas s’agir d’un polynôme et on en déduit donc que p1 ≡ 0.
Donc si ~u ∈ L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx est solution du problème (4.37), alors on sait que la pression
p peut être uniquement déterminée par la formule
1
~ u − div(f~) .
p= div (~u · ∇)~
(−∆)
128 Chapitre 4. Solutions mild
Ainsi, si ~u ∈ L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx est solution du problème (4.39), alors on a
~ u) + P(f~),
∂t ~u − ∆~u = −P((~u · ∇)~
et pour montrer que ~u est également solution du problème (4.37) on doit vérifier que l’on a
div(~u) = 0,
où nous avons utilisé la formule (4.38) qui relie la pression à la vitesse ~u et à la force extérieure
f~. Nous avons donc
" # " #
~
∇ ~
∇
~ u+
− (~u · ∇)~ ~ u
div (~u · ∇)~ + f~ + div(f~) = −P((~u · ∇)~ ~ u) + P(f~),
(−∆) (−∆)
Z tZ
mais comme div(~u0 ) = 0 et que le terme ~ u))|2 dxds est positif on obtient
|∇(div(~
0 R3
Z tZ
kdiv(~u)(t, ·)k2L2 = −2 ~ u))|2 dxds,
|∇(div(~
0 R3
et cette formule nous permet de conclure que pour tout temps t > 0 on a bien la condition
de divergence nulle div(~u) = 0. Nous avons donc montré que si ~u est solution de l’équation
(4.39) alors elle est également solution du problème (4.37).
L’équivalence entre les problèmes (4.36), (4.39) et (4.37) a donc été établie, ce qui termine
la démonstration du théorème.
Proposition 4.5.2 (unicité des solutions mild ) Soit ~u0 ∈ H 1 (R3 ) une donnée
initiale à divergence nulle et soit f~ ∈ L2 ([0, T [, L2 (R3 )) une force extérieure avec
0 < T ≤ +∞. Soit ~u ∈ L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )) avec 0 < T0 < T ,
la solution des équations de Navier-Stokes associée à ces données obtenue au moyen
du Théorème de Fujita-Kato 4.4.1. Si ~v ∈ L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )) est
également une solution sur l’ensemble [0, T0 ] × R3 de l’équation de Navier-Stokes (avec
la même donnée initiale ~u0 et la même force extérieure f~) sous formulation intégrale
Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds −
~v (t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P div(~v ⊗ ~v ) (s, x)ds,
0 0
alors on a ~u = ~v .
Preuve. On pose w(t, ~ x) = ~u(t, x) − ~v (t, x) pour tout t ≥ 0. Etant donné que l’on a
~u(0, x) = ~v (0, x) = ~u0 (x) pour tout x ∈ R3 (car la donnée initiale pour ces deux solu-
tions ~u et ~v est la même), alors on a sans problème l’identité w(0,
~ x) = 0. De plus, comme on
∞ 1 3 2 2 3
a ~u, ~v ∈ L ([0, T0 ], H (R )) ∩ L ([0, T0 ], Ḣ (R )), alors on a
et nous allons montrer avec cette formulation et par contradiction que pour tout t > 0 on a
w(t,
~ x) = 0.
130 Chapitre 4. Solutions mild
A cet effet, on définit T ∗ ∈ [0, T0 ] le temps maximal tel que l’on ait w ~ = 0 sur l’ensemble
∗ 3 ∗
[0, T [×R et on supposera qu’il existe un temps T1 tel que T < T1 < T0 et tel que la
fonction w~ n’est pas identiquement nulle sur l’intervalle [T ∗ , T1 ]. Nous allons donc étudier la
norme de la fonction w ~ dans l’espace L∞ ([0, T1 [, H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T1 [, Ḣ 2 (R3 )) et nous avons
~ x) = 0 sur l’intervalle de temps 0 < t ≤ T ∗ et qu’on suppose que w(t,
(puisque w(t, ~ x) 6= 0
sur l’intervalle de temps T ∗ < t < T1 < T ) la formulation suivante :
Z t Z t
~ x) = −
w(t, gt−s ∗ P div(w ~ ⊗ ~v ) (s, x)ds − gt−s ∗ P div(~u ⊗ w) ~ (s, x)ds,
T∗ T∗
et il vient alors
Z t
kwk
~ L∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 ≤ gt−s ∗ P div(w
~ ⊗ ~v ) (s, ·)ds
t x t x
T∗ L∞ 1 2 2
t Hx ∩Lt Ḣx
Z t
+ gt−s ∗ P div(~u ⊗ w)
~ (s, ·)ds . (4.43)
T∗ L∞ 1 2 2
t Hx ∩Lt Ḣx
Les deux termes ci-dessus se traitent la même manière, car l’information sur les fonctions ~u, ~v
et w
~ est la même, de sorte que nous étudierons que la première de ces quantités. Donc, en
suivant les mêmes calculs réalisés dans l’estimation (4.28), page 120, et en prenant compte
que l’intervalle d’intégration en temps est [T ∗ , T1 ], nous avons :
Z t Z t 12
gt−s ∗ P div(w ~ ⊗ ~v ) (s, ·)ds ≤ sup ds kw
~ ⊗ ~v kL2 Ḣ 1
t x
T∗ L∞ 2
t Lx
T ∗ ≤t≤T1 T∗
1
≤ (T1 − T ∗ ) 2 kw~ ⊗ ~v kL2 Ḣ 1
t x
1 1
∗ 21 ∗ 1
≤ C(T1 − T ) ~ L2 ∞ Ḣ 1 kwk
kwk ~ L2 2 Ḣ 2 (T1 − T ) 4 k~v kL∞ Ḣ 1
t x t x t x
1 1
≤ C(T1 − T ∗ ) (T1 − T ∗ ) kwk
2 ~ L∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 k~v kL∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 ,
4
t x t x t x t x
où on a utilisé l’estimation (4.29), page 120 dans l’avant-dernière inégalité ci-dessus (voir
également le deuxième point du Lemme 4.4.2, page 115). D’autre part, nous avons en utilisant
l’estimation (4.31), page 121 :
Z t
1
≤ C(T1 − T ∗ ) 4 kwk
gt−s ∗ P div(w ~ ⊗ ~v ) (s, ·)ds ~ L∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 k~v kL∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 ,
t x t x t x t x
T∗ L∞ 1
t Ḣx
ainsi, en revenant à l’inégalité (4.43), et en répétant ces arguments pour le terme qui fait
intervenir la quantité ~u ⊗ w,
~ nous avons l’inégalité
1 1
~ L∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 ≤ C(T1 −T ∗ ) 4 (1+(T1 −T ∗ ) 2 )kwk
kwk ~ L∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 k~v kL∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 + k~ukL∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 ,
t x t x t x t x t x t x t x t x
Donc, si la quantité T1 − T∗
est suffisamment petite alors le terme de droite peut être rendu
strictement plus petit que 1, ce qui nous donne une contradiction : on peut en déduire que la
fonction w ~ est nulle sur l’intervalle [0, T1 ], et en répétant ces arguments pour des intervalles
de temps de plus en plus grands, on obtient finalement que la fonction w ~ est nulle sur tout
l’intervalle [0, T0 ], ce qui termine la preuve de cette proposition.
4.6. Temps d’existence des solutions et critères d’explosion 131
Cependant, grâce au Corollaire 4.4.5 ci-dessus, nous savons que la vitesse appartient à l’es-
pace ~u ∈ C([0, T0 ], H 1 (R3 )) et donc nous pouvons être tentés de prendre comme donnée initiale
la valeur ~u0 (x) = ~u(T0 , x) puisque la quantité ponctuelle en variable de temps k~u(T0 , ·)kH 1
a bien un sens. Ainsi, étant donné que la force extérieure f~ est définie sur l’intervalle [0, T ]
où T0 < T et qu’elle vérifie f~ ∈ L2 ([0, T ], L2 (R3 )), nous disposons au temps T0 d’un cadre de
travail très similaire à celui du Théorème 4.4.1.
L’idée que l’on souhaite alors appliquer consiste à répéter l’argument de point fixe précédent
de façon à obtenir une solution dont le temps d’existence serait T0 + δ 0 pour un certain δ 0 > 0,
éventuellement petit, et si possible itérer ce processus pour construire des solutions globales
en temps, indépendamment de la taille des données initiales. Ainsi on obtiendrait un temps
d’existence T0 + δ 0 + δ 00 + δ 000 + . . . ce qui nous conduirait éventuellement vers des solutions
dont le temps d’existence est grand.
Malheureusement, comme nous allons voir dans cette section, il existe quelques obstruc-
tions pour appliquer ce programme lorsque les données initiales (~u0 , f~) ne sont pas petites.
En effet, dans les résultats ci-dessous nous allons donner quelques critères d’explosion, dans le
sens où, si l’on souhaite prolonger le temps d’existence des solutions, on perdra le contrôle des
informations obtenues dans la section précédente et alors il ne sera plus possible de réaliser
un point fixe : on ne pourra donc pas itérer indéfiniment ce processus.
Avant de rentrer dans les détails, il convient de fixer quelques concepts et notations concer-
nant le temps d’existence des solutions.
Définition 4.6.1 (Temps Maximal) Soit ~u0 ∈ H 1 (R3 ) une donnée initiale à diver-
gence nulle, soit 0 < T∞ ≤ +∞ et soit une force extérieure f~ définie sur l’ensemble
[0, T∞ [×R3 qui vérifie f~ ∈ L2 ([0, T ], L2 (R3 )) pour tout temps 0 < T < T∞ .
Alors on notera 0 < Tmax ≤ T∞ le temps maximal d’existence pour lequel on peut
construire une solution ~u des équations de Navier-Stokes en utilisant le Théorème 4.4.1
et tel que, pour tout 0 < T < Tmax on ait
Si Tmax = T∞ on dira alors que la solution ~u est une solution globale (en temps).
On remarquera que le temps T∞ est déterminé par la force extérieure, qui est une donnée du
problème. On pourra alors fixer, et ce sans perte de généralité, que l’on a T∞ = +∞.
Une fois que nous avons cette notion de temps maximal d’existence Tmax , il est très na-
turel d’étudier si l’on peut obtenir en général Tmax = T∞ , et si cela n’est pas possible, sous
quelles conditions raisonnables on peut étendre le plus possible de temps d’existence des so-
lutions. Un premier critère est le suivant.
132 Chapitre 4. Solutions mild
Soit Tmax le temps maximal d’existence de solutions mild ~u tel que pour tout
0 < T < Tmax on ait ~u ∈ L∞ ([0, T ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T ], Ḣ 2 (R3 )). Nous avons les
points suivants.
Remarque 4.7 On note que la condition du point 3) ci-dessus pour obtenir des solutions
1
globales en temps dépend de la petitesse de la donnée initiale ~u0 exprimée en norme Ḣ 2 (R3 )
et non pas en norme H 1 (R3 ). Ceci peut sembler étrange d’un premier abord, mais nous
1 1
avons l’estimation k~u0 k 12 ≤ k~u0 kL2 2 k~u0 kḢ
2
1
≤ k~u0 kH 1 , ainsi si ~u0 est une donnée initiale
Ḣ
1 3
suffisamment petite en norme H (R ) (ce qui correspond au cadre du Théoreme 4.4.1) nous
pouvons bien obtenir des solutions globales.
Démonstration.
1) Fixons T1 tel que T < Tmax < T1 < T∞ . Nous disposons d’une solution ~u définie sur
l’intervalle de temps [0, T ] qui vérifie l’équation
Z t Z t
~
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P f (s, x)ds − gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~u) (s, x)ds. (4.44)
0 0
De plus, sur l’intervalle T < t < T + δ0,
on peut considérer le problème
Z t Z t
~
~u(t, x) = gt−T ∗~uT (x)+ gt−s ∗P f (s, x)ds− gt−s ∗P div(~u ⊗~u) (s, x)ds, (4.45)
T T
où, par le Corollaire 4.4.5, page 123 la donnée initiale donnée par ~uT (x) = ~u(T, x)
appartient bien à l’espace H 1 (R3 ). Ainsi, en réappliquant l’algorithme de point fixe
on obtient une solution mild dont le gain de temps δ 0 vérifie (en suivant les calculs
réalisés pour obtenir la formule (4.34) page 122) :
C
δ 0 = min T1 − T, 1, 4 . (4.46)
k~uT kH 1 + kf~kL2t L2x
De cette façon, avec les calculs précédents, par la linéarité des intégrale en temps
et par les propriétés de semi-groupe du noyau gt , en combinant (4.44) et (4.45) on
obtient une solution mild des équations de Navier-Stokes sur l’intervalle [0, T + δ 0 ].
Mais comme Tmax est le temps maximal d’existence, on doit avoir T + δ 0 < Tmax , ou
encore δ 0 < Tmax − T , ce qui implique que plus on s’approche de Tmax , plus δ 0 devient
petit. La norme kf~kL2t L2x étant fixée, on déduit par la contrainte (4.46) le fait suivant
lim inf k~u(t, ·)kH 1 = +∞.
−
t→Tmax
4.6. Temps d’existence des solutions et critères d’explosion 133
2) Par le premier point nous savons que la norme k~u(t, ·)kH 1 = k~u(t, ·)kL2 + k~u(t, ·)kḢ 1
explose lorsque t → Tmax − . On remarquera qu’à ce stade nous ne savons pas laquelle des
deux quantités qui conforment la norme H 1 explose (ou si elles explosent les deux en
même temps). Pour cette raison on fera une étude séparée des deux termes k~u(t, ·)kL2
et k~u(t, ·)kḢ 1 ce qui nous permettra de vérifier le deuxième point du théorème.
Commençons par étudier la norme L2 (R3 ). Si ~u est une solution mild sur l’intervalle
de temps [0, Tmax [, on a l’équation suivante
∂t ~u = ∆~u − P div(~u ⊗ ~u) + P(f~),
avec ~u ∈ L∞ ([0, T ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T ], Ḣ 2 (R3 )). Mais étant donné que l’on a les
bornes T < Tmax < +∞, nous avons également que la vitesse ~u appartient à l’espace
L2 ([0, T ], L2 (R3 )). En effet, on écrit tout simplement
k~u(t, ·)kL2 ≤ k~u(t, ·)kH 1 ,
et en intégrant par rapport au temps, il vient
Z T 21 Z T 12
k~ukL2t L2x = k~u(t, ·)k2L2 dt ≤ k~u(t, ·)k2H 1 dt
0 0
Z T 21
1
≤ k~ukL∞ 1
t Hx
dt = T 2 k~ukL∞ 1 < +∞.
t Hx
0
Ainsi, si on étudie chacun des termes de l’équation ci-dessus nous obtenons sans
problème que ∂t ~u ∈ L2 ([0, T ], L2 (R3 )) car :
• f~ ∈ L2 ([0, T ], L2 (R3 )) par hypothèse (et le projecteur de Leray est continu dans
L2 (R3 )),
• en suivant les calculs (4.28)-(4.30) donnés page 120 nous avons que le terme non
linéaire div(~u ⊗ ~u) appartient à l’espace L∞ ([0, T ], L2 (R3 )) et de plus comme
T < Tmax < +∞, nous avons également div(~u ⊗ ~u) ∈ L2 ([0, T ], L2 (R3 )).
Donc, avec l’information ∂t ~u ∈ L2t L2x , nous pouvons réaliser les calculs suivants
Z Z Z
d 2
~u · ∆~u − P div(~u ⊗ ~u) + P(f~) dx
|~u| dx = 2 ~u · ∂t ~u dx = 2
dt R3 RZ3 R3Z Z
= −2 ~ ⊗ ~u|2 dx − 2
|∇ ~u · P(div(~u ⊗ ~u))dx + 2 ~u · P(f~)dx,
R3 R3 R3
Z
le terme −2 ~ ⊗ ~u|2 dx étant négatif et en utilisant le fait que le projecteur de
|∇
R3
Leray est auto-adjoint (voir la formule (4.10) page 109) ainsi que les inégalités de
Young pour le dernier terme on obtient
Z Z
d 2
|~u| dx ≤ −2 ~u · (div(~u ⊗ ~u))dx + k~u(t, ·)k2L2 + kf~(t, ·)k2L2 . (4.47)
dt R3 R 3
Z
∞ 1 2 2
On remarque qu’avec les informations ~u ∈ Lt Hx ∩Lt Ḣx , l’intégrale ~u · (div(~u ⊗ ~u))dx
R3
est bien définie (on pourra utiliser l’estimation (4.29) donnée page 120 et observer que,
134 Chapitre 4. Solutions mild
puisque l’intervalle de temps [0, T ] est borné, alors on a ~u ∈ L2t Hx1 ), ainsi, avec une
intégration par parties on peut maintenant écrire
Z Z
~u · div(~u ⊗ ~u) dx = − ~u · div(~u ⊗ ~u) + |~u|2 div(~u)dx
R3 3
ZR
= − ~u · div(~u ⊗ ~u) dx, (4.48)
R3
Z Z
car div(~u) = 0, ce qui implique l’égalité ~u · div(~u ⊗ ~u) dx = − ~u · div(~u ⊗ ~u) dx
Z R3 R3
à partir de laquelle on déduit 2 ~u · div(~u ⊗ ~u) dx = 0, ainsi, en revenant à l’inégalité
R3
(4.47) nous avons
Z
d
|~u(t, x)|2 dx ≤ k~u(t, ·)k2L2 + kf~(t, ·)k2L2 ,
dt R3
en appliquant l’inégalité de Grönwall (voir le Lemme 2.5.3, page 36) nous obtenons
k~u(t, ·)k2L2 ≤ k~u0 k2L2 + kf~k2L2 L2 et ≤ k~u0 k2L2 + kf~k2L2 L2 eTmax ,
(4.49)
t x t x
ce qui nous indique que la quantité k~u(t, ·)kL2 est bornée et n’explose pas : ce sera
donc le terme k~u(t, ·)kḢ 1 qui devra exploser.
Z
2
Etudions donc plus en détail l’expression k~u(t, ·)kḢ 1 = ~ ⊗ ~u|2 (t, x)dx, on a alors
|∇
R3
Z 3 Z
d ~ ⊗ ~u|2 (t, x)dx = 2
X
|∇ ∂xj ~u · ∂xj (∂t ~u)(t, x)dx
dt R3 R3
j=1
3 Z
X
∂xj ~u · ∂xj ∆~u − P div(~u ⊗ ~u) (t, x) + P f~ (t, x)dx.
= 2
j=1 R3
Compte tenu des propriétés du projecteur de Leray, du fait que div(~u) = 0 et par des
intégrations par parties nous obtenons
Z Z 3 Z Z
d X
~ 2
|∇ ⊗ ~u| dx = −2 2
|∆~u| dx − 2 ∂xj ~u · ∂xj (div(~u ⊗ ~u))dx − 2 ∆~u · f~dx.
dt R3 R3 R3 R3
j=1
ce qui nous donne bien que cette quantité est nulle et donc que l’on a bien l’identité
X3 Z 3 Z
X
~ u dx,
∂xj ~u · ∂xj (div(~u ⊗ ~u))dx = ∂xj ~u · ((∂xj ~u) · ∇)~
j=1 R3 j=1 R3
mais nous savons également par l’inégalité (4.49) que la norme k~u(t, ·)kL2 reste bornée :
c’est donc la norme k~u(t, ·)kḢ 1 qui doit exploser. De plus, comme les deux quantités
Z t
~ 2
k∇ ⊗ ~u0 kL2 et kf~(s, ·)k2L2 ds sont bornées par hypothèse, on en déduit à partir de
0
l’inégalité (4.50) ci-dessus que l’on doit avoir :
Z Tmax
k~u(s, ·)k2 3 ds = +∞,
0 Ḣ 2
3) Pour obtenir le critère énoncé nous allons utilisé le point précédent et nous allons
mettre en oeuvre un procédé qui nous permettra de majorer (sous les hypothèses du
Z t
troisième point du Théorème 4.6.2) la quantité k~u(s, ·)k2 3 ds pour tout temps t.
0 Ḣ 2
Etant donné que l’hypothèse de petitesse de la donnée initiale ~u0 s’exprime en termes
de la quantité k · k 12 , nous allons étudier l’évolution dans le temps de k~u(t, ·)k 12 et
Ḣ Ḣ
pour cela nous écrivons
Z Z Z
d 1
2 1 1 1
|(−∆) 4 ~u| dx = 2 (−∆) 4 ~u · ∂t (−∆) 4 ~u dx = 2 (−∆) 2 ~u · ∂t ~u dx
dt R3 3 R3
ZR
1
(−∆) 2 ~u · ∆~u − P(div(~u ⊗ ~u)) + P(f~) dx
= 2
R3
Z Z Z
1 1 1
= −2 (−∆) ~u · (−∆)~u dx − 2
2 (−∆) ~u · P(div(~u ⊗ ~u))dx + 2
2 (−∆) 2 ~u · P(f~)dx.
R3 R3 R3
En utilisant le fait que le projecteur de Leray est auto-adjoint, que ~u est à divergence
nulle et l’identité
Z Z
1 3 3
(−∆) 2 ~u · (−∆)~u dx = (−∆) 4 ~u · (−∆) 4 ~u dx,
R3 R3
Par une intégration par parties dans la deuxième intégrale et en utilisant l’inégalité
de Cauchy-Schwarz dans les deux dernières intégrales nous avons
d
k~u(t, ·)k2 1 ≤ −2k~u(t, ·)k2 3 + 2k~u(t, ·)k 3 k~u ⊗ ~uk 1 + 2k~u(t, ·)k 3 kf~(t, ·)k 1 .
dt Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ − 2
En appliquant les lois de produit données dans le Théorème 2.4.9 page 32 au terme
k~u ⊗ ~uk 12 , nous avons alors
Ḣ
d
k~u(t, ·)k2 1 ≤ −2k~u(t, ·)k2 3 + k~u(t, ·)k 3 C0 k~u(t, ·)k 3 k~u(t, ·)k 1
dt Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ 2
≤ −2k~u(t, ·)k2 3 + C0 k~u(t, ·)k2 3 k~u(t, ·)k 1 + k~u(t, ·)k2 3 + kf~(t, ·)k2 1
Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ − 2
≤ k~u(t, ·)k2 3 (C0 k~u(t, ·)k 1 − 1) + kf~(t, ·)k2 1 .
Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ − 2
A partir de cette estimation nous voyons Z T∞que si la donnée initiale ~u0 vérifie l’inégalité
1
k~u0 k 12 ≤ 2C1 0 et si la force f~ vérifie kf~(s, ·)k2 − 1 ds ≤ 2 , alors on a la majo-
Ḣ 0 Ḣ 2 4C 0
ration Z t
2 1
k~u(s, ·)k2 3 C0 k~u(s, ·)k 21 − 1 ds +
k~u(t, ·)k 1 ≤ . (4.52)
Ḣ 2
0 Ḣ 2 Ḣ 2C02
1
Etant donné qu’on part d’une donnée initiale k~u0 k2 1 ≤ 4C02
et que la quantité
Ḣ 2
k~u(s, ·)k 1 est continue dans la variable de temps (puisque par interpolation on a
Ḣ 2
1 1
k~u(s, ·)k 12 ≤ k~u(s, ·)kL2 2 k~u(s, ·)kḢ
2
1
et ces deux normes sont continues par le Corol-
Ḣ
laire 4.4.5), on obtient par l’estimation (4.52) -qui est valable pour tout temps- que la
quantité k~u(t, ·)k2 1 vérifie l’inégalité
Ḣ 2
1
k~u(t, ·)k 1 ≤√ ,
Ḣ 2 2C0
en effet, à partir de la majoration (4.52), par continuité de la fonction k~u(s, ·)k 1 , si
Ḣ 2
1
on part de la condition k~u0 k2 1 ≤ 4C02
, alors pour un temps petit 0 < s < t, la quan-
Ḣ 2
titié C0 k~u(s, ·)k 12 − 1 sera négative, et raisonnant de proche en proche on obtient
Ḣ
bien le contrôle annoncé.
Notes et compléments
Le Théorème 4.4.1 de Fujita-Kato a été démontré en 1964 [20] en utilisant une donnée
initiale ~u0 ∈ H 1 et comme espace de résolution pour le point fixe l’espace L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx . De-
puis, d’autres espaces fonctionnels ont été considérés et on notera en particulier l’utilisation
des espaces suivants :
• Les espaces de Sobolev fractionnaires ont été utilisés par Chemin en 1992 [15] avec
~u0 ∈ H s , s > 1/2, pour la donnée initiale, f~ ∈ L2t Hxs−1 pour la force extérieure et
L∞ s 2 s+1 comme espace de résolution.
t Hx ∩ Lt Ḣx
1
• L’espace de Sobolev critique H 2 peut également être utilisé : on suppose alors que
1 −1 1 3
l’on a ~u0 ∈ H 2 , f~ ∈ L2t Hx 2 et on considère l’espace de résolution L∞ 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx .
2
• Les espaces de Lebesgue Lp ont aussi été étudiés par Kato [29], dans le cas d’une force
nulle, et par Cannone et Planchon [9] avec une force non nulle. La donnée initiale
vérifie ~u0 ∈ Lp avec p > 3, la force extérieure satisfait f~ ∈ Lrt Lqx avec 2r + 3q < 2 + p3 et
p
l’espace de résolution est L∞ t Lx .
• Le cas critique correspondant aux espaces de Lebesgue L3 est plus délicat, car l’appli-
cation bilinéaire B(·, ·) donnée par l’expression (4.18), page 113, n’est plus continue
dans l’espace L∞ 3
t Lx , voir F. Oru [40]. Des solutions ont été apportées par Weissler
[53] et Kato [29].
• D’autres espaces plus “exotiques” sont également utilisés par de nombreux auteurs
pour obtenir des solutions en utilisant un argument de point fixe. Pour les données
initiales, on notera entre autres l’utilisation des espaces de Besov Bqs,p et les espaces
de Morrey M q,a , voir plus de détails dans les livres [44], [45].
Quel est l’intérêt de considérer un point fixe dans différents espaces ? Tout d’abord, plus un
espace fonctionnel est grand, plus sa norme est petite et ainsi, les données initiales grandes
dans un certain espace fonctionnel peuvent devenir plus petites dans un autre espace fonc-
tionnel, et cela représente un certain intérêt. D’autre part, cette multitude d’espaces permet
de considérer des données initiales et des forces extérieures avec des propriétés variées, ce qui
peut être très utile dans les applications.
Mais il convient d’insister sur le fait que travailler avec différents espaces de fonctions ne
permet pas de supprimer la dichotomie existante entre la taille de la donnée initiale et le
temps d’existence, dichotomie qui est inhérente à la méthode mise en place et non au choix
de l’espace fonctionnel.
4.7 Exercices
Exercice 4.1 Démontrer le Théorème 4.1.1, page 104, en considérant l’équation
e = e0 + B(e, e).
On notera en particulier que le signe devant l’application bilinéaire B(·, ·) ne joue aucun rôle.
Exercice 4.3 Soit (E, k·kE ) un espace de Banach et soit B : E×E×E −→ E une application
trilinéaire bornée
kB(e, f, g)kE ≤ CB kekE kf kE kgkE .
1
Si e0 ∈ E est telle que ke0 kE ≤ δ et si 0 < δ 2 < 12CB , alors montrer que l’équation
e = e0 + B(e, e, e),
admet une unique solution e ∈ E telle que kekE ≤ 2δ.
4.7. Exercices 139
P(P(f~)) = P(f~),
pour tout champ de vecteur f~ : R3 −→ R3 suffisamment régulier (par exemple f~ ∈ L2 (R3 ), H s (R3 ),
H −s (R3 ) avec s ∈ R3 ). On pourra utiliser le Lemme 2.2.1, page 15.
Exercice 4.5 Dans le Lemme 4.4.3, donné page 115, montrer que si ~u0 ∈ L2 (R3 ), il est
alors possible d’améliorer le premier point de ce lemme de la façon suivante :
Exercice 4.6
1. Soit s > 0 et soit k ∈ N un entier tel que 0 < 2s < k. Vérifier que l’on a l’identité
suivante pour f une fonction régulière :
Z +∞
s 1 s
(−∆) 2 (f )(x) = τ k− 2 −1 (−∆)k (gτ ∗ f )(x)dτ,
Γ(k − s/2) 0
Cette inégalité permet d’estimer la norme L1 d’une puissance fractionnaire d’une fonction
par le produit de la norme L1 de puissances entières du Laplacien de la fonction et de la
norme L1 de cette fonction. Autrement dit, si on a des informations sur les dérivées entières
on peut obtenir des informations sur les dérivées fractionnaires.
s
Mais attention ! La quantité k(−∆) 2 (f )kL1 n’est pas équivalente à un espace de Sobolev.
s
On peut utiliser la quantité k(−∆) 2 (f )kLp avec s > 0 et 1 < p < +∞ pour caractériser (avec
des précautions) les espaces de Sobolev homogènes Ẇ s,p (R3 ) mais les cas limites p = 1 ou
p = +∞ doivent être exclus.
140 Chapitre 4. Solutions mild
s
5. Pour 0 < 2 < 1 et pour 1 < p < +∞, obtenir l’estimation
s
s 1− s
k(−∆) 2 (f )kL2 ≤ Ck∆f kL2 p kf kLp 2 ,
en déduire l’inégalité d’interpolation suivante (voir également l’Exercice 2.6, page 41) :
s
1− s
kf kḢ s ≤ Ckf kḢ
2
2
kf kL2 2 .
Exercice 4.7 Soit f~, ~g , ~h : [0, +∞[×R3 −→ R3 trois fonctions vectorielles qui appartiennent
à l’espace L∞ ([0, T ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T ], Ḣ 2 (R3 )) avec 0 < T < +∞.
1. Montrer l’estimation
Z TZ Z T
~ ~ ~
f · (~g · ∇)h(t, x)dxdt ≤ kf~(t, ·)kL3 k~g (t, ·)kL6 k~h(t, ·)kḢ 1 dt.
0 R3 0
2. Vérifier que l’on a kf~(t, ·)kL3 ≤ Ckf~(t, ·)k 12 , k~g (t, ·)kL6 ≤ Ck~g (t, ·)kḢ 1 et montrer
Ḣ
que
1 1
kf~(t, ·)k 1 ≤ kf~(t, ·)k 2 2 kf~(t, ·)k 2 ≤ kf~(t, ·)kH 1 .
L Ḣ 1
Ḣ 2
Exercice 4.8 Soit f, g, h : [0, +∞[×R3 −→ R3 trois fonctions réelles qui appartiennent à
l’espace L∞ ([0, T ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T ], Ḣ 2 (R3 )) avec 0 < T < +∞.
1. Pour 1 ≤ j, k, ` ≤ 3, montrer l’estimation
Z TZ Z T
∂xj f (t, x)g(t, x)∂xk ∂x` h(t, x)dxdt ≤ k∂xj f (t, ·)kL3 kg(t, ·)kL6 kh(t, ·)kḢ 2 dt.
0 R3 0
2. Vérifier que l’on a k∂xj f (t, ·)kL3 ≤ Ckf (t, ·)k 3 et montrer que
Ḣ 2
1 1
kf~(t, ·)k 3 ≤ kf~(t, ·)kḢ
2
1
kf~(t, ·)kḢ
2
2
.
Ḣ 2
3. Montrer que l’on a f, g, h ∈ L2 ([0, T ], L2 (R3 )) et en déduire que f, g, h ∈ L2 ([0, T ], H 2 (R3 )).
4. Déduire la majoration suivante
Z TZ
∂xj f (t, x)g(t, x)∂xk ∂x` h(t, x)dxdt ≤ Ckf kL2t Hx2 kgkL∞ 1 khk 2 2 .
t Hx L Ḣ t x
0 R3
Exercice 4.9 Pour u : [0, +∞[×Rn −→ R une fonction réelle, on considère l’équation
α
1
2
∂t u(t, x) = −(−∆) 2 u(t, x) + (−∆) 2 u(t, x) ∗ f (t, x),
(1 < α ≤ 2)
(4.53)
n
u(0, x) = u0 (x), x ∈ R ,
où u0 : Rn −→ R est une donnée initiale, f : [0, +∞[×Rn −→ R est un terme d’amortisse-
α
ment et où l’opérateur (−∆) 2 avec 1 ≤ α ≤ 2 est la puissance fractionnaire du Laplacien
\ α
dont l’action au niveau de Fourier peut se voir par l’expression (−∆) 2 ϕ(ξ) = |ξ|α ϕ(ξ)
b (se
rappeler des formules (2.26) et (2.27) données page 25). Le semi-groupe associé à l’opérateur
4.7. Exercices 141
α α
−(−∆) 2 sera noté e−t(−∆) 2 avec t > 0 et son action pour les fonctions dans la classe de
α c α
Schwartz S(Rn ) est donnée au niveau de Fourier par e−t(−∆) 2 ϕ (ξ) = e−t|ξ| ϕ(ξ).
b Cet
α
opérateur admet donc un noyau de convolution qui sera noté pt (autrement dit, on a la for-
α
mule e−t(−∆) 2 (ϕ) = pαt ∗ ϕ).
Le lecteur pourra consulter une preuve de ces deux points dans les livres [27] et [31].
Dans cet exercice on cherche à obtenir des solutions mild pour le problème (4.53) dans
l’espace de résolution L∞ ([0, T0 [, H 1 (Rn )), où T0 est un temps d’existence qui sera déterminé
par la suite. On considère donc la formulation intégrale suivante
α
Z t α 2
1
−t(−∆) 2
u(t, x) = e u0 (x) + e−(t−s)(−∆) 2 (−∆) 2 u ∗ f (s, x) ds, (1 < α ≤ 2), (4.54)
0
où la donnée initiale u0 appartient à l’espace H 1 (Rn ) et où le terme d’amortissement f ap-
partient à l’espace L∞ ([0, +∞[, L2 (Rn )).
1 α 1
2 1
(Id − ∆) 2 e−(t−s)(−∆) 2 (−∆) 2 u ∗ f (s, ·) ≤ (Id − ∆) 2 pαt−s
L2 L1
1
2
× (−∆) u (s, ·)
2 kf (s, ·)kL2
L1
1
5. En remarquant que le terme (t − s)− α est intégrable puisqu’on a 1 < α ≤ 2, obtenir
l’inégalité
1
1− α
kBf (u, u)kL∞ 1 ≤ CT
t Hx 0 kf kL∞ 2 kukL∞ H 1 kukL∞ H 1 .
t Lx t x t x
142 Chapitre 4. Solutions mild
7. Conclure que l’équation (4.53) admet une unique solution mild dans l’espace de fonc-
tions L∞ 1 n
t ([0, T0 [, Hx (R )) où l’on donnera une borne supérieure pour le temps d’exis-
tence T0 en fonction des données du problème.
Exercice 4.10 On considère ici ~u0 une donnée initiale à divergence nulle telle que l’on ait
~u0 ∈ Lp (R3 ) où p = 3 avec 0 < < 1 un paramètre fixé une fois pour toutes (on remarquera
que l’on a alors 3 < p < +∞).
1. Vérifier l’inégalité kgt ∗ ~u0 kL∞ p ≤ k~
t Lx
u0 kLp .
2. Montrer que l’on a
1+ 1+
k(−∆) 2 gt−s kL1 ≤ C(t − s)− 2 .
(On pourra raisonner par homogénéité, en passant par Fourier si nécessaire, sinon
utiliser l’Exercice 4.6).
3. Démontrer l’estimation
k(−∆)− 2 f~kLp ≤ Ckf~kLq ,
3
où + p = 3q . On remarquera en particulier que l’on a 2q = p.
4. On étudie le problème suivant
Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) − gt−s ∗ P(div(~u ⊗ ~u))ds.
0
Avec les estimations précédentes, appliquer un argument de point fixe pour obtenir
p
une solution mild des équations de Navier-Stokes dans l’espace L∞ t Lx : pour cela on
démontrera que l’on a l’estimation
Z t
1−
gt−s ∗ P(div(~u ⊗ ~u)ds ≤ CT 2 k~ukL∞ p k~
t Lx
ukL∞t Lx
p.
p
0 L∞
t Lx
puis on utilisera les inégalités de Minkowski, de Young et les points précédents (on
notera que l’on a 1+2 < 1, ce qui rend la singularité en temps produite par le noyau
de la chaleur intégrable).
Exercice 4.11 Soit F(t, x) un tenseur qui appartient à l’espace L∞ ([0, +∞[, H −s (R3 )) avec
s 1. Montrer que la quantité
Z t
~u(t, x) = gt−s ∗ div(F)(s, x)ds,
0
appartient à l’espace L∞ ([0, T [, H −s (R3 )) pour un T < +∞ borné. On notera que la formu-
lation intégrale ci-dessus a un sens même si F est très irrégulier (car s 1). Montrer que ~u
vérifie (au sens des distributions) l’équation de la chaleur
∂t ~u = ∆~u + div(F).
Chapitre 5
Par les calculs réalisés aux chapitres précédents, nous savons déjà que lorsque les données
(~u0 , f~) sont grandes, un argument de point fixe (dans un espace fonctionnel bien choisi) nous
permet par un processus itératif de construire des solutions pour les équations de Navier-
Stokes. L’existence et l’unicité de ces solutions sont donc assurés, mais uniquement sur un
intervalle de temps petit qui est déterminé en fonction de la taille de ces données. En particu-
lier, plus celles-ci sont grandes, plus le temps d’existence est petit et le Théorème 4.6.2, page
132, donne quelques critères d’explosion dans le cadre des solutions mild de Fujita-Kato : en
toute généralité on ne pourra pas étendre indéfiniment le temps d’existence par ces méthodes
car il y a une perte des contrôles nécessaires pour faire tourner les algorithmes.
L’objectif de ce chapitre est de présenter une autre approche qui nous permettra de
considérer des solutions issues à partir de données quelconques (grandes) mais dont le temps
d’existence peut être prolongé en toute sécurité : on parlera alors de solutions globales (en
temps). Pour construire de telles solutions nous allons suivre la méthode introduite par Jean
Leray en 1934 dans l’article [34] et qui consiste à :
(ii) régulariser le problème initial et appliquer un argument de point fixe pour le problème
régularisé,
(iii) obtenir un contrôle a priori afin de prolonger dans le temps les solutions du problème
régularisé,
(iv) passer à la limite pour supprimer la régularisation et obtenir des solutions globales
en temps du problème initial. Indiquons que lors du passage à la limite, on obtiendra
des solutions faibles et non plus des solutions mild.
Toutes les étapes de ce programme seront explicitées dans les lignes qui suivent, mais il
convient de faire quelques remarques générales :
• Contrairement aux arguments de point fixe, le temps d’existence des solutions obte-
nues par ce procédé ne dépendra pas de la taille des données, on pourra alors parler
de solutions globales en temps, que ce soit pour des données “petites” ou pour des
données “grandes”.
• En revanche, ce type de solutions ne seront pas uniques car le processus dépend d’un
143
144 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
• Le passage à la limite se fera dans les deux variables de temps et d’espace et les infor-
mations sur ces variables seront mesurées au sens faible. Les solutions que nous allons
obtenir vont en plus vérifier certaines propriétés particulières, ce qui justifie leur ap-
pellation de solutions faibles de Leray.
• Il sera naturel de comparer les solutions obtenues par les deux procédés étudiés jus-
qu’ici (les solutions mild et les solutions faibles). En fait, nous verrons dans la Sec-
tion 5.5 qu’il y a unicité dans le petit intervalle de temps commun d’existence, (on
démontrera que toutes ces solutions coı̈ncident) : la perte d’unicité intervient donc
lorsqu’on souhaite prolonger les solutions.
Indiquons pour finir cette courte introduction que les solutions que nous allons construire
dans ce chapitre sont le point de départ de très nombreux développements actuels.
5.1 Motivation
Afin de dégager un cadre fonctionnel adapté, il est très utile d’étudier la structure de
l’équation pour avoir une intuition de ce que l’on peut éventuellement obtenir si l’on est
très optimiste. Dans toute cette section nous allons donc supposer (à des fins purement
pédagogiques) que les objets manipulés sont très réguliers. Ceci nous permettra d’obtenir
des informations importantes qui seront exploitées plus rigoureusement dans les sections sui-
vantes.
sur laquelle nous ne faisons aucune hypothèse sur les données (~u0 , f~) : les conditions ap-
paraı̂trons au fur et à mesure des calculs réalisés.
Nous multiplions maintenant toute cette équation par ~u, l’idée étant de réaliser des
intégrations par parties (on supposant que cela soit possible, car sans un cadre préalable
sur ces objets, ces calculs n’ont pas de sens !) pour faire apparaı̂tre des quantités qui “res-
semblent” à des normes : on aura ainsi une idée des espaces fonctionnels qui entrent en jeu
naturellement, c’est à dire en fonction de la structure interne de l’équation. Il vient alors :
~ + f~],
~ u − ∇p
~u · ∂t ~u = ~u · [∆~u − (~u · ∇)~
puis en intégrant en espace on obtient
Z Z Z Z Z
~u · ∂t ~u dx = ~u · ∆~u dx − ~ u dx −
~u · (~u · ∇)~ ~ dx +
~u · ∇p ~u · f~ dx,
R3 R3 R3 R3 R3
et avec des intégrations par parties (formelles) pour le premier terme à gauche et pour le
premier et troisième terme à droite de cette identité, nous avons
Z Z Z Z Z
1 2
∂t |~u| dx = − ~ 2
|∇ ⊗ ~u| dx − ~
~u · (~u · ∇)~u dx + ~
p(∇ · ~u)dx + ~u · f~ dx,
2 R3 R3 R3 R3 R3
5.1. Motivation 145
Maintenant, on remarque que l’on a par une intégration par parties (toujours purement
formelle) :
Z Z Z
~
~u · (~u · ∇)~u dx = − ~ 2
~u · (~u · ∇)~u + |~u| div(~u)dx = − ~ udx,
~u · (~u · ∇)~
R3 R3 R3
Z
(car div(~u) = 0) ce qui implique que la quantité ~ u dx est nulle. (Voir également
~u · (~u · ∇)~
R3
la formule (4.48) page 134).
Cette identité nous donne des informations sur le comportement en temps (i.e. de la dérivée
temporelle) de la quantité k~u(t, ·)kL2 et, au vu de cette formule, la norme L2 semble être une
quantité intéressante pour mesurer la fonction ~u en variable d’espace. Mais si cette norme L2
en espace est adoptée pour la partie de gauche de (5.1), pour le premier terme à droite de cette
identité nous aurons naturellement besoin de contrôler la norme Ḣ 1 (R3 ) de ~u(t, ·), et cette in-
formation nous imposera des conditions sur la force extérieure qui intervient dans le deuxième
terme
Z à droite de l’identité (5.1) : en effet, si l’on a ~u(t, ·) ∈ Ḣ 1 (R3 ), pour que l’intégrale
~u · f~ dx ait un sens, nous demanderons, par dualité, la condition f~(t, ·) ∈ Ḣ −1 (R3 ).
R3
Etudions plus en détail cette identité (5.1). En effet, les considérations précédentes portent
uniquement sur la variable d’espace et pour étudier la variable de temps nous commençons
par écrire :
Z
d 2 2
k~u(t, ·)kL2 = −2k~u(t, ·)kḢ 1 + 2 ~u · f~ dx.
dt R 3
en appliquant les inégalités de Young pour le produit des deux normes ci-dessus, il vient
Pour la force extérieure f~ nous avions déjà supposé que f~(t, ·) ∈ Ḣ −1 (R3 ), nous suppo-
sons maintenant que la quantité kf (s, ·)kḢ −1 est une fonction de carré intégrable dans la
146 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
variable de temps, ce qui nous donne la contrainte f~ ∈ L2 [0, T ∗ ], Ḣ −1 (R3 ) pour un certain
0 < T ∗ < +∞. Pour la donnée initiale ~u0 nous imposons tout naturellement la condition
~u0 ∈ L2 (R3 ).
Ainsi, l’inégalité (5.2) nous permet de contrôler (si elle existe !) la solution ~u au sens des
quantités k~ukL∞ 2 et k~
t Lx
ukL2 Ḣ 1 et ce, à partir des contraintes imposés aux données (~u0 , f~).
t x
Observons de plus que, tant que la force f~ est définie sur l’intervalle de temps [0, T ∗ ] et vérifie
les conditions indiquées, alors nous avons le contrôle (5.2) sur tout l’intervalle [0, T ∗ ].
Pour insister sur ce contrôle, on remarquera en particulier que si la force extérieure est
nulle, alors l’estimation (5.2) devient tout simplement
Z t
2
k~u(t, ·)kL2 + k~u(t, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ k~u0 k2L2 < +∞,
0
ce qui montre peut être encore plus clairement le contrôle uniforme en temps des quantités qui
apparaissent dans la partie de gauche de cette inégalité. Autrement dit, les normes k~ukL∞ 2
t Lx
et k~ukL2 Ḣ 1 sont préservées dans le temps (elles ne peuvent pas exploser, car elles sont bornées
t x
par la quantité k~u0 kL2 ) et cela indique qu’il est sans doute intéressant de les étudier en détail.
Bien que les calculs précédents soient totalement heuristiques, la majoration (5.2) donne,
en réalité, une bonne intuition (nous verrons un peu plus tard comment donner un sens
rigoureux à cette inégalité) et elle nous invite à chercher une solution des équations de Navier-
Stokes dans l’espace
L∞ [0, T ], L2 (R3 ) ∩ L2 [0, T ], Ḣ 1 (R3 ) ,
k · kT = k · kL∞ 2 + k · k 2 1.
t Lx L Ḣ
t x
On notera sans problème que cette norme (à une racine carrée près) n’est rien d’autre que la
partie de gauche de l’inégalité (5.2) et nous avons ainsi un contrôle uniforme en temps pour
cette norme k · kT (on parlera alors d’information a priori ) qui nous permettra, comme nous
allons le voir par la suite, de prolonger le temps d’existence des solutions pour obtenir de
cette façon des solutions globales en temps.
Le cadre fonctionnel dans lequel on souhaite travailler étant posé, nous essayerons dans la
section qui suit de construire une solution en utilisant un argument de point fixe, mais nous
verrons assez rapidement que ce n’est pas possible de le faire directement : le problème est
mal posé en dimension 3 dans l’espace de résolution L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx . Nous montrerons alors
qu’une régularisation bien adaptée permet de contourner ce problème.
A partir des idées dégagées dans la section précédente on commence par fixer les données
de notre problème : on supposera que l’on a
temps [0, T ∗ [, avec 0 < T ∗ ≤ +∞, dans lequel on dispose ce contrôle est fixé une fois
pour toutes.
5.1. Motivation 147
Rappelons que la pression p n’intervient pas dans les équations ci-dessus et qu’elle pourra se
récupérer à partir de la vitesse ~u et de la force extérieure f~ par la formule :
1
~ u − div(f~) .
p= div (~u · ∇)~
(−∆)
Nous allons maintenant étudier l’équation (5.3) et pour cela nous allons appliquer un argu-
∞
ment de point fixe dans l’espace fonctionnel L [0, T ], L (R ) ∩ L [0, T ], Ḣ 1 (R3 ) muni de
2 3 2
la norme
Z T 12
k~ukT = k~ukL∞ 2 + k~
t Lx
ukL2 Ḣ 1 = sup k~u(t, ·)kL2x + k~u(t, ·)k2Ḣ 1 dt , (5.4)
t x x
0≤t≤T 0
pour un certain temps T tel que 0 < T < T ∗ qui sera fixé par la suite : en effet, on rappelle
ici que le schéma itératif de Picard que nous allons mettre en place ne donnera qu’un temps
d’existence qui dépend des données et qui peut donc être potentiellement très petit.
et nous allons essayer d’estimer au sens de la norme (5.4) chacun des termes (1), (2) et (3)
ci-dessus pour appliquer le Théorème 4.1.1, page 104.
Indiquons tout de suite que les deux premiers termes pourrons être estimés assez facile-
ment, la difficulté se concentre dans le dernier terme qui est justement le terme non-linéaire.
L’estimation de la norme k · kT du terme (1) ci-dessus est facile à traiter et nous avons le
résultat qui suit.
il suffit alors d’appliquer les deux points du Lemme 4.4.3 donné page 115 pour obtenir l’es-
timation recherchée.
148 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
Proposition 5.1.2 Soit 0 < T < T ∗ , si f~ ∈ L2 [0, T ∗ [, Ḣ −1 (R3 ) alors nous avons la
majoration Z t
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ≤ Ckf~kL2 Ḣx−1 .
t
0 T
On étudiera d’abord la norme L2 dans la variable d’espace pour ensuite considérer la norme
L∞ dans la variable de temps. Ainsi, par dualité on a
Z t Z Z t
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ~
= sup gt−s ∗ P f (s, x) ds · ϕ
~ (x)dx
0 L2 ϕkL2 ≤1
k~ R3 0
Z Z tZ
gt−s (x − y)P f~(s, y) · ϕ
= sup ~ (x)dydsdx
ϕkL2 ≤1
k~ R3 0 R3
Z tZ
~ (−y) · P f~(s, y) dyds .
= sup gt−s ∗ ϕ
k~
ϕkL2 ≤1 0 R3
Ainsi, en utilisant la continuité du projecteur de Leray dans les espaces de Sobolev nous
pouvons écrire la majoration suivante :
Z t
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ≤ CkP(f~)kL2 Ḣx−1 ≤ Ckf~kL2 Ḣx−1 .
t t
0 L2t Ḣx1
Pour finir, on utilise cette inégalité précédente et la majoration (5.6) pour reconstruire la
norme k · kT , nous avons alors :
Z t
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ≤ Ckf~kL2 Ḣx−1 ,
t
0 T
~ u appartenait à
Nous savons grâce à la Proposition 5.1.2 précédente que si le terme (~u · ∇)~
2 −1
l’espace Lt Ḣx , alors nous pourrions obtenir une majoration qui permettrait de fermer le
point fixe du problème intégral (5.5) avec la norme k · kT .
Mais -et c’est sur ce point particulier que se concentre le problème principal- en utilisant
l’information ~u ∈ L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx donnée par l’espace dans lequel on souhaite faire le point
~ u ∈ L2t Ḣx−1 . En effet, nous avons
fixe, nous ne pouvons pas conclure que l’on a (~u · ∇)~
~ uk 2 −1 = kdiv(~u ⊗ ~u)k 2 −1 ' k~u ⊗ ~uk 2 2 ,
k(~u · ∇)~ L Ḣx
t L Ḣx Lt Lx t
ce qui revient, pour faire simple, à étudier les normes kuj uk kL2t L2x pour 1 ≤ j, k ≤ 3. Alors
pour “séparer” les informations sur les fonctions uj et uk , on doit utiliser les inégalités de
Hölder et l’on a
kuj uk kL2t L2x ≤ kuj kLp0 Lqx0 kuk kLp1 Lqx1 ,
t t
et ici nous ne pouvons pas déduire à partir de l’information donnée par l’espace ambiant
L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx (espace dans lequel on souhaite fermer l’argument de point fixe) que l’on a
effectivement uj ∈ Lpt 0 Lqx0 et uk ∈ Lpt 1 Lqx1 où ces paramètres vérifient les contraintes (5.8)
indiquées.
En effet, par les inégalités de Sobolev, nous savons que si l’on appartient à l’espace Ḣ 1 (R3 ),
alors on appartient à l’espace L6 (R3 ) (voir l’inégalité (2.43), page 30), et l’information que
l’on dispose est donc uj , uk ∈ L∞ 2 2 6
t Lx ∩ Lt Lx . Mais ceci ne permet pas de vérifier la condition
(5.8) : par interpolation, les seules contrôles de type Lebesgue que l’on peut obtenir à partir
des espaces L∞ 2 2 6
t Lx et Lt Lx sont ~ u ∈ Lpt Lqx où les indices p et q vérifient les conditions
1 θ 1−θ 1 1−θ
= + et = , (5.9)
q 2 6 p 2
Il est alors facile de vérifier (il s’agit de simples contraintes algébriques) qu’il n’existe pas
deux paramètres 0 < θ0 , θ1 < 1 tels que les indices p0 , q0 et p1 , q1 qui s’obtiennent à partir de
(5.9) puissent vérifier la condition (5.8). Voir plus de détails dans l’Exercice 5.1.
La conséquence de ces remarques est que l’on ne peut pas estimer les termes (5.7) avec
les normes des espaces L∞ 2 2 1
t Lx ou Lt Ḣx et qu’on ne peut donc pas fermer l’argument de point
fixe.
Remarque 5.1 Observons néanmoins que le contrôle que l’on peut obtenir ici est le suivant :
3
~ u ∈ L2 Ḣx− 2 .
(~u · ∇)~ t
3 3
~ u ∈ Ḣ − 2 (R3 ) équivaut à div(~u ⊗~u) ∈ Ḣ − 2 (R3 ) et il faut donc
En effet, on remarque que (~u · ∇)~
1
étudier si l’on a ~u ⊗ ~u ∈ Ḣ − 2 (R3 ). En utilisant les inégalités de Hardy-Littlewood-Sobolev
(voir le Corollaire 2.4.7, page 31) puis l’inégalité de Hölder on a
~ uk
k(~u · ∇)~ 3 = kdiv(~u ⊗ ~u)k 3 ' k~u ⊗ ~uk 1 ≤ Ck~u ⊗ ~uk 3 ≤ Ck~ukL2 k~ukL6 , (5.10)
Ḣ − 2 Ḣ − 2 Ḣ − 2 L2
et avec la majoration k~ukL6 ≤ Ck~ukḢ 1 nous obtenons k~u ⊗ ~uk − 12 ≤ Ck~ukL2 k~ukḢ 1 . Pour
Ḣ
finir, il suffit de prendre la norme L2 dans la variable de temps pour avoir la majoration
~ uk
k(~u · ∇)~ 3 ≤ Ck~ukL∞ 2 k~
ukL2 Ḣ 1 . (5.11)
−2 t Lx
L2t Ḣx t x
−3
~ u, mais encore une fois, il
Nous avons bien le contrôle de la norme L2t Ḣx 2 du terme (~u · ∇)~
∞
ne sera pas possible d’obtenir à partir des informations Lt Lx et L2t Ḣx1 un contrôle en norme
2
L2t Ḣx−1 .
Avec ces calculs, nous voyons bien que nous ne pouvons pas appliquer l’idée initiale
de
∞ 2 3 2 1 3
réaliser un point fixe dans l’espace fonctionnel L [0, T ], L (R ) ∩ L [0, T ], Ḣ (R ) : le
~ u ne peut pas être correctement contrôlé et il est alors nécessaire
terme non-linéaire (~u · ∇)~
de contourner cet obstacle.
5.2. Régularisation de Leray 151
Pour cela nous considérons une fonction positive θ ∈ C0∞ (R3 ) telle que
Z
θ(x)dx = 1, (5.12)
R3
1 x
θε (x) = θ .
ε3 ε
Par les propriétés bien connues du produit de convolution, si f est une fonction mesurable
telle que f ∈ L2 (R3 ) alors f ∗ θε est une fonction beaucoup plus régulière : d’une part on
pourra appliquer les inégalités de Young au produit de convolution f ∗ θε , ce qui permet de
gagner un degré de liberté supplémentaire, et, d’autre part nous avons à ε > 0 fixé que la
fonction f ∗ θε appartient à l’espace H s (R3 ) pour tout s > 0. De plus, nous avons la limite
kf ∗ θε kL2 −→ kf kL2 , ce qui nous permet de récupérer la fonction f initiale.
ε→0
Le programme de travail est alors assez clair : avec une régularisation bien posée du
~ u nous pourrons réaliser un certain nombre de calculs pour obtenir
terme non-linéaire (~u · ∇)~
les estimations recherchées. En effet, avec les différentes estimations déjà réalisées pour les
termes (1) et (2) de l’expression (5.5) page 147, on verra qu’il est assez simple d’appliquer
le schéma itératif de Picard pour le problème régularisé. Mais on se gardera bien de croire
que cela représente la fin des calculs : il y a une dépendance par rapport au paramètre de
régularisation ε et il faudra revenir au problème original en faisant ε −→ 0. Ce passage à la
limite n’est pas totalement trivial et il sera étudié en détail dans la section suivante.
~ u,
([~u ∗ θε ] · ∇)~ (ε > 0),
nous obtenons Z t
~ u (s, x)ds,
gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
0
et maintenant nous voulons contrôler la norme k · kT , définie dans (5.4), de cette expression
(on remarquera sans problème que cette formule régularisée définit une application bilinéaire).
Inspirés par la Proposition 5.1.2, nous savons qu’un contrôle en norme L2t Ḣx−1 de la
~ u est utile pour obtenir des inégalités adaptées à nos besoins, en effet,
quantité ([~u ∗ θε ] · ∇)~
~ u ∈ L2 Ḣ −1 , si l’on applique directement
en supposant pour l’instant que l’on a ([~u ∗ θε ] · ∇)~ t x
les calculs précédents nous avons bien l’estimation
Z t
~ u (s, x)ds ~ uk 2 −1 ,
gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~ ≤ Ck([~u ∗ θε ] · ∇)~ L Ḣx
t
0 T
152 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
et c’est précisément ici que nous pouvons voir l’utilité de la régularisation : sans celle-ci, nous
n’avons pas de contrôle dans l’espace L2t Ḣx−1 à partir des informations de l’espace ambiant
L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx dans lequel on souhaite travailler.
Proposition 5.2.1 Soit 0 < T < T ∗ . Si ~u est un champ de vecteurs à divergence nulle
tel que
~u ∈ L∞ [0, T ], L2 (R3 ) ∩ L2 [0, T ], Ḣ 1 (R3 ) ,
Remarque 5.2 Si nous remplaçons le terme (~u · ∇)~ ~ u par la régularisation ([~u ∗ θε ] · ∇)~
~ u,
2 −1
nous pouvons donner un sens à la norme Lt Ḣx de cette dernière quantité en fonction des
informations données par notre cadre de travail sur la vitesse ~u, à savoir ~u ∈ L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx .
Toutefois, le contrôle obtenu n’est pas uniforme par rapport au paramètre de régularisation ε
comme on peut le voir dans la conclusion de la proposition ci-dessus.
Avec tous les résultats précédents, on peut concevoir sans trop de problème que cette
estimation (5.13) nous permettra de fermer l’argument de point fixe : chaque terme de la
représentation intégrale (5.5) page 147, des équations considérées pourra être correctement
contrôlé.
Toutefois, avant de clore cette section nous insistons sur le fait que la régularisation in-
~ u n’est pas sans conséquences et elle nous amène
troduite dans le terme non-linéaire (~u · ∇)~
à étudier un problème approché (à ε > 0 fixé) dont les solutions vont dépendre du paramètre ε.
explose : nous aurons besoin de quelques ingrédients supplémentaires pour nous défaire de
cette régularisation. Indiquons rapidement qu’un des ingrédients qui nous permettra de nous
défaire de cette régularisation est justement les estimations a priori obtenues dans la formule
(5.2), page 145.
Voici maintenant le résultat qui nous donne l’existence des solutions faibles des équations
de Navier-Stokes par la méthode utilisée par J. Leray en 1934 dans l’article [34].
Théorème 5.3.1 (Leray –1934) Soit ~u0 ∈ L2 (R3 ) une donnée initiale avec
div(~u0 ) = 0 et soit f~ ∈ L2 [0, T ∗ [, Ḣ −1 (R3 ) avec 0 < T ∗ ≤ +∞. Alors nous avons les
points suivants :
L2 [0, T ], Ḣ 1 (R3 ) avec 0 < T < T ∗ qui vérifie au sens faible les équations
de Navier-Stokes
~ + f~, div(~u) = 0,
~ u − ∇p
∂t ~u = ∆~u − (~u · ∇)~
Il est très important de souligner ici que l’on obtient seulement un résultat d’existence de
solutions dont la “durée de vie” dépend uniquement des propriétés de la force extérieure, si
celle-ci est définie sur [0, +∞[, alors on obtient des solutions globales en temps, et ce sans
aucune contrainte par rapport à la taille de la donnée initiale ~u0 ou de la force extérieure f~.
De plus, le dernier point fournit une inégalité d’énergie pour ce type de solutions faibles et
cette estimation est fondamentale dans l’analyse des équations de Navier-Stokes comme nous
pourrons le voir par la suite.
Nous appliquons maintenant le projecteur de Leray pour obtenir d’une part le système
~ u + P(f~),
∂t ~u = ∆~u − P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
Ainsi, une fois que l’on sera en mesure d’obtenir une solution ~u du système ci-dessus, on
pourra alors en déduire des informations sur la pression p au moyen de la formule précédente.
Dans les lignes qui suivent nous allons donc concentrer notre étude au problème régularisé :
~ u + P(f~),
∂t ~u = ∆~u − P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
(5.15)
~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0.
Nous allons donc appliquer un argument de point fixe dans l’espace L∞ [0, T ], L2 (R3 ) ∩
k · kT = k · kL∞ 2 + k · k 2 1,
t Lx L Ḣ t x
pour un certain temps 0 < T < T ∗ qui sera déterminé plus tard et qui dépendra des données
~u0 , f~ et du paramètre de régularisation ε > 0.
5.3. Théorème Principal 155
Par les Propositions 5.1.1 et 5.1.2 nous avons déjà les majorations
Z t
(5.17)
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ≤ Ckf~kL2 Ḣx−1 .
t
0 T
Z t
~ u (s, ·)ds
Il ne reste plus qu’à étudier le terme gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~ et nous avons
0 T
3√
Z t
~ u (s, ·)ds ≤ Cε− 2 T k~uk2T .
gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~ (5.18)
0 T
Preuve. Nous reprenons une parties des calculs pour la commodité du lecteur : il s’agit alors
d’étudier les quantités
Z t Z t
~ ~ u (s, ·)ds
gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~u (s, ·)ds = gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
0 T 0 L∞ 2
t Lx
Z t
~ u (s, ·)ds
+ gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~ (5.19)
0 L2t Ḣx1
Pour la première quantité ci-dessus on procède par dualité. En effet, par les propriétés de la
convolution et par la continuité du projecteur de Leray, on a
Z t Z Z t
~ ~
gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~u ds = sup gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~u (s, x)ds · ϕ~ (x)dx
0 L2 ϕkL2 ≤1
k~ R3 0
Z t
~ u k −1 ds
≤ sup ~ kḢ 1 kP ([~u ∗ θε ] · ∇)~
kgt−s ∗ ϕ Ḣ
k~
ϕkL2 ≤1 0
Z t
≤ C sup ~ uk −1 ds,
~ kḢ 1 k([~u ∗ θε ] · ∇)~
kgt−s ∗ ϕ Ḣ
k~
ϕkL2 ≤1 0
et par le deuxième point du Lemme 4.4.3 donné page 115 on obtient (car k~ ϕkL2 ≤ 1) :
Z t
~ u (s, ·)ds ~ uk 2 −1 .
gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~ ≤ Ck([~u ∗ θε ] · ∇)~ L Ḣx t
0 L2
Pour la deuxième expression de droite de la formule (5.19), nous utilisons la régularité maxi-
male du noyau de la chaleur, la continuité du projecteur de Leray et l’estimation (5.13) pour
obtenir
!
~ u (s, ·)
Z t Z t
~ u (s, ·)ds
P ([~
u ∗ θ ε ] · ∇)~
gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~ = gt−s ∗ ∆ 1 ds
0 L2t Ḣx1 0 (−∆) 2 L2t L2x
~ u
P ([~u ∗ θε ] · ∇)~ ~ u
≤ 1 = P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
(−∆) 2 L2t Ḣx−1
L2t L2x
3√
≤ Cε− 2 T k~uk2L∞ L2x , (5.21)
t
ainsi, avec les majorations (5.20) et (5.21) nous reconstruisons la norme k · kT et nous avons
la majoration
3√ 3√
Z t
~ u (s, ·)ds ≤ Cε− 2 T k~uk2L∞ L2x ≤ Cε− 2 T k~uk2T ,
gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
t
0 T
Maintenant, avec l’inégalité (5.18) et les majorations (5.17) nous pouvons appliquer le
principe de contraction de Banach-Picard au problème intégral (5.16) : avec les notations du
Théorème 4.1.1 donné page 104 du Chapitre 4, (voir également la formule (4.19), page 113)
nous pouvons réécrire l’équation
Z t Z t
~ ~ u (s, x)ds,
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P f (s, x) ds − gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
0 0
comme
~ 0 − B(~u, ~u),
~u = U
~ 0 par
où nous avons noté U
Z t
~ 0 = gt ∗ ~u0 + gt−s ∗ P f~ ds,
U
0
(le lecteur vérifiera sans peine que l’application ci-dessus est effectivement bilinéaire).
Ainsi, en revenant à notre problème de point fixe, nous pouvons poser par tous les calculs
précédents (voir la Proposition 5.1.1, page 147 et la Proposition 5.1.2, page 148 pour le terme
~ 0 et la Proposition 5.3.2 pour le terme B(~u, ~u)) :
U
3√
δ = C k~u0 kL2 + kf~kL2 Ḣx−1 et CB = Cε− 2 T ,
t
5.3. Théorème Principal 157
de sorte que nous obtenons l’existence d’une unique solution ~u dans l’espace L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx
du problème sous forme intégrale
Z t Z t
~ ~ u (s, x)ds, (5.22)
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P f (s, x) ds − gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
0 0
qui est équivalent (voir la Section 4.5, page 124) au problème sous forme différentielle :
~ u + P(f~),
∂t ~u = ∆~u − P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
(5.23)
~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0,
sur un intervalle de temps [0, T ] où 0 < T < T ∗ est suffisamment petit pour vérifier
ε3
T < 2 . (5.24)
C k~u0 kL2 + kf~kL2 Ḣx−1
t
Remarque 5.3 Les solutions que nous venons d’obtenir dépendent bien évidemment du pa-
ramètre ε. Nous les noterons ~uε et nous avons ~uε ∈ L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx , ce qui correspond bien
à la première partie de notre programme. Toutefois, le temps T d’existence de la solution
dépend également du paramètre ε > 0 comme le montre l’inégalité ci-dessus : il faudra donc
une étape supplémentaire pour pouvoir faire tendre ε −→ 0 sans perte d’information.
Remarque 5.4 Pour tout temps 0 < t ≤ T , les solutions ~uε (t, x) de l’équation (5.23)
vérifient la condition div(~uε )(t, x) = 0.
En effet, on remarque tout d’abord que puisque ~uε ∈ L2t Ḣx1 alors div(~uε ) ∈ L2t L2x ce qui
montre que cette quantité a bien un sens. Ensuite, en utilisant l’expression (5.22) de ~uε , nous
appliquons l’opérateur divergence a cette identité et nous avons
Z Z Z t Z t
gt−s ∗ P f~ ds − ~ u ds · ϕ
kdiv(~
uε )kL2t L2x = sup div gt ∗ ~
u0 + gt−s ∗ P ([~
u ∗ θε ] · ∇)~ ~ dxdt
kϕk
~ L2 L2 ≤1 R R3 0 0
t x
Z Z Z t
gt−s ∗ div(P f~ ds · ϕ
= sup gt ∗ div(~
u0 ) · ϕ
~+ ~
kϕk
~ L2 L2 ≤1 R R3 0
t x
Z t
~ u (s, x)ds · ϕ
− gt−s ∗ div(P ([~
u ∗ θε ] · ∇)~ ~ dxdt
0
mais puisque la donnée initiale vérifie div(~u0 ) = 0 et par la propriété générique div(P(f~)) = 0
du projecteur de Leray (voir la formule (4.9), page 108), on en déduit sans problème que l’on
a bien div(~uε ) = 0.
~ uε + P f~ , on en
Ainsi, à partir de tous ces points, comme on a ∂t ~uε = ∆~uε − P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~
déduit que l’on a ∂t ~uε ∈ L2t Ḣx−1 . Donc, par dualité entre les espaces L2t Ḣx−1 et L2t Ḣx1 , nous
pouvons alors donner un sens aux quantités
~ uε · ~uε , P f~ · ~uε ,
∂t ~uε · ~uε , ∆~uε · ~uε , P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~
et on peut écrire
Z Z
d
~ uε + P f~ dx
k~uε (t, ·)k2L2
= 2 ~uε · ∂t ~uε dx = 2 ~uε · ∆~uε − P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~
dt RZ3 R3Z Z
~ 2 ~ ~uε · P f~ dx.
= −2 |∇ ⊗ ~uε | dx − 2 ~uε · P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~uε dx + 2
R3 R3 R3
Rappelons à présent que la quantité suivante est bien définie par la dualité L2t Ḣx−1 − L2t Ḣx1
D E
~ uε , ~uε ,
([~uε ∗ θε ] · ∇)~ (5.26)
= − ~ uε · ~uε dx,
([~uε ∗ θε ] · ∇)~
R3
Insistons que ce calcul, réalisé de manière formelle dans l’introduction, est maintenant correct
et rigoureux. En revenant à (5.25) nous avons alors :
Z Z
d
k~uε (t, ·)k2L2 = −2 ~ ⊗ ~uε |2 dx + 2
|∇ ~uε · f~dx. (5.27)
dt R3 R3
Avec les informations sur ~uε et f~, il vient (par dualité et par les inégalités de Young)
d
k~uε (t, ·)k2L2 ≤ −2k~uε (t, ·)k2Ḣ 1 + 2k~uε (t, ·)kḢ 1 kf~(t, ·)kḢ −1
dt
≤ −k~uε (t, ·)k2Ḣ 1 + kf~(t, ·)k2Ḣ −1 , (5.28)
de sorte qu’en intégrant par rapport à la variable de temps sur l’intervalle [0, t] on obtient
finalement l’estimation
Z t Z t
2
k~uε (t, ·)kL2 + 2 2
k~uε (s, ·)kḢ 1 ds ≤ k~u0 kL2 + kf~(s, ·)k2Ḣ −1 ds, (5.29)
0 0
Remarque 5.5 Les calculs précédents donnent un sens à l’inégalité d’énergie (5.2) qui a
été obtenue heuristiquement au début de ce chapitre. On observera que maintenant tous
les objets ci-dessus ont bien un sens, chaque quantité est bien définie et les calculs réalisés
sont justifiés. . .mais il y a toutefois une dépendance importante par rapport au paramètre de
régularisation ε > 0. Néanmoins, cette dépendance n’intervient que dans la partie de gauche
de cette estimation : autrement dit nous avons un contrôle uniforme en ε > 0 qui sera mis à
profit dans ce qui suit.
Remarque 5.6 On notera sans problème que l’estimation (5.29) reste valable tant qu’on
dispose d’un bon contrôle sur la force f~ (qui est, rappelons-le, une donnée du problème).
Remarque 5.7 On notera que par les mêmes arguments donnés dans le Corollaire 4.4.5,
page 123, on obtient qu’à ε > 0 fixé, la solution mild approchée ~uε appartient également à
l’espace C([0, T ], L2 (R3 )).
Cette continuité en variable de temps nous permet d’affirmer que la quantité ponctuelle (en
variable de temps) k~uε (T, ·)kL2 est bornée : on pourra prendre cette valeur comme une nou-
velle donnée initiale.
où, comme on l’a vu, la donnée initiale ~uε,T (x) = ~uε (T, x) appartient à l’espace L2 (R3 ) :
on obtiendra de la sorte une solution mild (notée ~ueε ) de ce système approché dans l’espace
L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx pour un certain intervalle de temps du type [T, T + δ].
En principe le gain de temps δ doit dépendre de la taille de la donnée initiale ~uε,T mais
nous allons voir que c’est précisément ici qu’intervient l’information a priori obtenue dans la
section précédente et qu’elle nous permettra d’obtenir un gain de temps uniforme : en effet,
par l’inégalité d’énergie (5.29) on a la majoration uniforme (en ε et en temps) suivante
ainsi, à ε > 0 fixé, si le gain de temps δ vérifie la condition suivante (qui est plus forte que
(5.24)) :
ε3 ε3
δ< 2 ≤ 2 ,
C k~u0 kL2 + 2kf~kL2 Ḣx−1 C k~uε (T, ·)kL2 + kf~kL2 Ḣx−1
t t
on obtient alors l’existence d’une solution unique ~ueε sur l’intervalle [T, T + δ] qui s’écrit sous
la forme (5.30).
Une fois que nous avons obtenu une unique solution ~uε sur l’intervalle [0, T ] et une unique
solution ~ueε sur [T, T + δ], on peut tout simplement définir
pour obtenir une unique solution du système approché sur l’intervalle [0, T + δ] tout entier
qui vérifie ~uε ∈ C([0, T + δ], L2 (R3 )) ∩ L2 ([0, T + δ], Ḣ 1 (R3 )). En effet, on écrit
~uε (t, x) = ~uε (t, x)1[0,T [ (t) + ~ueε (t, x)1[T,T +δ] (t)
Z t Z t !
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds − ~ uε (s, x)ds 1[0,T [ (t) +
= gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~
0 0
!
Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds − ~ uε (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t),
gt−T ∗ ~uε,T (x) + gt−s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~
T T
il vient
~uε (t, x) = gt ∗ ~u0 (x) 1[0,T [ (t) + gt−T ∗ (gT ∗ ~u0 (x)) 1[T,T +δ[ (t)
Z t Z T
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds 1[0,T [ (t) + gt−T ∗ gT −s ∗ P f~ (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t)
+
0 0
Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t)
+
T
Z t
~
− gt−s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~uε (s, x)ds 1[0,T [ (t)
0
Z T
~
− gt−T ∗ gT −s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~uε (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t)
0
Z t
~ uε (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t).
− gt−s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~
T
et on obtient :
~uε (t, x) = gt ∗ ~u0 (x) 1[0,T [ (t) + gt ∗ ~u0 (x) 1[T,T +δ[ (t)
Z t Z T
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds 1[0,T [ (t) + gt−s ∗ P f~ (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t)
+
0 0
Z t
~
+ gt−s ∗ P f (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t)
T
Z t
~
− gt−s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~uε (s, x)ds 1[0,T [ (t)
0
Z T
~
− gt−s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~uε (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t)
0
Z t
~ uε (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t),
− gt−s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~
T
ce qui nous fournit une solution ~uε (t, x) du problème approché (5.22) sur l’intervalle de temps
[0, T + δ[.
Il est alors possible de répéter tous ces arguments précédents pour obtenir une solution
sur l’intervalle [0, T + 2δ] puis sur [0, T + 3δ], etc, où le pas de temps δ est le même à chaque
application du processus de point fixe : il n’y a pas de perte d’information et même si ce
gain de temps δ est petit (car les quantités k~u0 kL2 et kf~kL2 Ḣx−1 sont quelconques), il reste
t
uniforme. Ceci nous permet de prolonger de proche en proche (par continuité en variable
de temps) le temps d’existence de la solution ~uε du problème régularisé. Ainsi, par itération
et tant que la force f~ est correctement définie, on obtient alors des solutions ~uε globales en
temps : autrement dit, si f~ ∈ L2 ([0, T ∗ [, Ḣ −1 (R3 )) avec 0 < T ∗ ≤ +∞ et si ~u0 ∈ L2 (R3 ) est
une donnée initiale, alors pour ε > 0 fixé, les équations
~ u) + P(f~),
∂t ~u = ∆~u − P(([~u ∗ θε ] · ∇)~
admettent une solution ~uε qui vérifie ~uε ∈ C([0, T ∗ [, L2 (R3 )) ∩ L2 ([0, T ∗ [, Ḣ 1 (R3 )).
~ uε ) + P(f~),
∂t ~uε = ∆~uε − P(([~uε ∗ θε ] · ∇)~
↓ ↓ ↓
∂t ~u = ∆~u − P((~u · ∇)~u) + P(f~),
~
. . .mais cette opération n’est pas totalement triviale comme nous allons le voir.
162 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
En effet, puisque pour tout ε > 0 fixé, on a par l’inégalité d’énergie (5.29) que la famille
(~uε )ε>0 reste bornée dans l’espace L∞ ([0, T ∗ [, L2 (R3 )) ∩ L2 ([0, T ∗ [, Ḣ 1 (R3 )), alors nous pou-
vons obtenir sans trop de problème (par le Théorème 2.5.6 de Banach-Alaoglu, page 37) que
la suite (~uε )ε>0 converge dans un sens faible-∗ vers une fonction ~u, mais cela n’implique pas
forcément que cette fonction limite ~u vérifie les équations de Navier-Stokes et le point délicat
est bien évidemment lié au terme non linéaire car il s’agit de donner un sens à la quantité
~ uε lorsque ε → 0.
([~uε ∗ θε ] · ∇)~
Rappelons que le produit de deux distributions n’est pas définit en général et en particu-
lier, si ϕ est une fonction de test en temps et en espace on sera amené à étudier des quantités
du type Z +∞
Z
(uj,ε ∗ θε )(∂xj uk,ε )ϕ dxdt,
−∞ R3
pour 1 ≤ j, k ≤ 3 et la présence de cette fonction test ϕ ne permet pas de conclure que l’on a
Z +∞ Z Z +∞ Z
(uj,ε ∗ θε )(∂xj uk,ε )ϕ dxdt −→ uj (∂xj uk )ϕ dxdt, (5.31)
−∞ R3 ε→0 −∞ R3
car nous n’avons qu’une seule fonction test et deux termes uj,ε ∗ θε et ∂xj uk,ε dont il faut
étudier la convergence.
Nous aurons donc besoin d’un argument supplémentaire qui fournira un peu de conver-
gence forte pour un de ces deux termes, de sorte que la double convergence (5.31) ci-dessus
se transforme en un problème qui ne fait intervenir qu’une seule convergence faible.
Pour cela nous allons présenter dans les lignes ci-dessous un résultat général qui permet
d’obtenir cette convergence forte, mais avant de rentrer dans le vif du sujet, il est utile de
rappeler que nous avons les points suivants :
• Etant donné que nous avons ~uε ∈ L2t Ḣx1 on peut déduire sans problème que l’on a
∆~uε ∈ L2t Ḣx−1 , et ce pour tout ε > 0.
• par les propriétés de la fonction θ (voir page 151), on a k~uε ∗ θε (t, ·)kL2 ≤ k~uε (t, ·)kL2 ,
et grâce à cette estimation, en suivants les calculs exposés entre les formules (5.10)-
(5.11) page 150, on obtient que le terme non linéaire ([~uε ∗ θε ] · ∇)~ ~ uε appartient à
−3
l’espace L2t Ḣx 2 , pour tout ε > 0. En effet, on a
~ uε k
k([~uε ∗ θε ] · ∇)~ 3 ≤ Ck~uε ∗ θε kL∞ 2 k~
uε kL2 Ḣ 1
−2 t Lx
L2t Ḣx t x
≤ Ck~uε kL∞ 2 k~
t Lx
uε kL2 Ḣ 1 ,
t x
3
~ uε est bornée dans l’espace L2 Ḣx− 2 .
ce qui montre bien que la quantité ([~uε ∗ θε ] · ∇)~ t
~ uε + P f~ ,
∂t ~uε = ∆~uε − P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~
−3
le terme ∂t ~uε appartient à l’espace L2t Hx 2 , et ce pour tout sous-intervalle borné [0, T ] et
pour tout ε > 0.
Ces deux points seront les hypothèses du résultat suivant qui nous permettra comme indiqué
d’obtenir un critère de convergence forte. Plus précisément nous avons :
alors il existe une sous-suite (fnk )k∈N qui converge fortement vers une fonction limite
f ∈ (L2t L2x )loc : pour tout ϕ ∈ D(I × Ω) on a
Z Z
lim ϕ(t, x)2 |fnk (t, x) − f (t, x)|2 dxdt = 0.
k→+∞ R R3
Preuve. Fixons une fonction test ϕ ∈ D(I × Ω) et posons vn = ϕfn . Nous avons alors
par construction supkvn kL2 (I,H α (R3 )) < +∞ et nous avons également
n∈N
en effet, on a k∂t vn kLp (I,H −β (R3 )) ≤ k(∂t ϕ)fn kLp (I,H −β (R3 )) + kϕ∂t fn kLp (I,H −β (R3 )) et par hy-
pothèse le deuxième terme vérifie supkϕ ∂t fn kLp (I,H −β (Ω)) < +∞. Pour le premier terme, par
n∈N
les inclusions d’espaces H α ⊂ L2 ⊂ H −β donnée dans les formules (2.29) et (2.32), page 26, et
en posant ∂t ϕ = ψ, on obtient k(∂t ϕ)fn (t, ·)kH −β (R3 ) = kψfn (t, ·)kH −β (R3 ) ≤ kψfn (t, ·)kH α (R3 )
puis en prenant la norme Lp en variable de temps il vient
k(∂t ϕ)fn kLp (I,H −β (R3 )) ≤ kψfn kLp (I,H α (R3 )) ≤ Ckψfn kL2 (I,H α (R3 )) ,
où nous avons utilisé pour la dernière estimation le support compact en temps de la fonction
ψ et les inégalités de Hölder avec le fait que 1 < p ≤ 2. Ainsi, avec cette majoration et avec
1. On vérifiera sans problème que sur un intervalle de temps borné, si une fonction appartient à l’espace
L∞ 2 2 1 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx , alors elle appartient à l’espace non-homogène Lt Hx .
164 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
On considère maintenant la fonction θ(t) = c|t|r−1 avec 0 < p1 − 12 < r < 1 dont la
b ) = |τ |−r et avec cette fonction auxiliaire, en notant par ? le
transformée de Fourier est θ(τ
produit de convolution dans la variable de temps, nous pouvons écrire par les inégalités de
Young (avec 1 + 21 = a1 + p1 )
supkθ ? ∂t vn kL2 (I,H −β (R3 )) ≤ kθkLa supk∂t vn kLp (I,H −β (R3 )) < +∞,
n∈N n∈N
1 1
et on remarquera que l’on a bien kθkLa < +∞ puisque p − 2 < r.
Nous allons maintenant étudier en variable de Fourier (en temps et en espace) les quantités
supkvn kL2 (I,H α (R3 )) et supkθ ? ∂t vn kL2 (I,H −β (R3 )) : d’une part nous avons par la formule de
n∈N n∈N
Plancherel
Z Z
supkvn kL2 (I,H α (R3 )) ' sup |Ft,x (vn )(τ, ξ)|2 (1 + |ξ|2 )α dτ dξ < +∞, (5.34)
n∈N n∈N R R3
d’autre part, en remarquant que l’on a |Ft,x (∂t vn )(τ, ξ)| = |τ ||Ft,x (vn )(τ, ξ)|, nous obtenons
Z Z
supkθ ? ∂t vn kL2 (I,H −β (R3 )) ' sup |τ |−2r (|τ ||Ft,x (vn )(τ, ξ)|)2 (1 + |ξ|2 )−β dτ dξ < +∞,
n∈N n∈N R R3
Avec ces estimations uniformes et avec les inégalités de Hölder nous allons vérifier que l’on a
Z Z
sup (1 + |τ |2 + |ξ|)γ |Ft,x (vn )(τ, ξ)|2 dτ dξ < +∞, (5.36)
n∈N R R3
(1−r)α
où 0 < γ = 1−r+α+β . En effet, on écrit
Z Z Z Z
(1 + |τ |2 + |ξ|2 )γ |Ft,x (vn )(τ, ξ)|2 dτ dξ ≤ (1 + |τ |2 )γ (1 + |ξ|2 )γ |Ft,x (vn )(τ, ξ)|2 dτ dξ
R R3 R R3
Z Z
2α αβ
− 1−r+α+β
≤ (1 + |τ |2 )γ |Ft,x (vn )(τ, ξ)| 1−r+α+β (1 + |ξ|2 )
R R3
2(1−r+β) α(1−r+β)
×|Ft,x (vn )(τ, ξ)| 1−r+α+β (1 + |ξ|2 ) 1−r+α+β dτ dξ,
1−r+α+β 1−r+α+β
et si l’on pose δ = α > 1 et δ 0 = 1−r+β , on a bien 1
δ + 1
δ0 = 1 et il vient alors
Z Z Z Z δ1
(1 + |τ |2 + |ξ|2 )γ |Ft,x (vn )(τ, ξ)|2 dτ dξ ≤ (1 + |τ |2 )1−r |Ft,x (vn )(τ, ξ)|2 (1 + |ξ|2 )−β dτ dξ
R R3 R R3
Z Z 10
δ
2 2 α
× |Ft,x (vn )(τ, ξ)| (1 + |ξ| ) dτ dξ .
R R3
Ainsi, avec les contrôles uniformes (5.34) et (5.35) on obtient bien que la quantité (5.36) est
bornée.
5.3. Théorème Principal 165
A partir de ce résultat on déduit que la suite (vn )n∈N est bornée dans l’espace de So-
bolev H γ (R × R3 ), de plus, comme le support des fonctions vn = ϕfn est contenu dans
un compact fixe (déterminé par la fonction auxiliaire ϕ), alors on peut appliquer le Lemme
Rellich-Kondrashov usuel (donné dans le Théorème 2.5.7, page 38) pour obtenir une sous-
suite qui converge fortement dans l’espace L2t L2x . Tout ce raisonnement dépend de la fonction
test utilisée initialement, alors pour finir il suffit de considérer un recouvrement par des en-
sembles compacts de l’ensemble I × Ω, d’associer à chacun de ces compacts des fonctions test
ϕ ∈ C0∞ (I × Ω) puis d’utiliser le procédé d’extraction diagonal de Cantor.
Ce résultat est fondamental car, comme nous le voyons, il nous fournit une convergence
forte (même si ce n’est que localement) pour une sous-suite de fonctions pour lesquelles on
dispose d’un contrôle adéquat, ce qui est exactement le cas pour la suite (~uε )ε>0 . En effet,
par les estimations (5.32) que nous avons obtenu précédemment, on peut alors déduire qu’il
existe une sous-suite (~uεn )n∈N et une fonction ~u telles que l’on ait (localement) la limite forte
~uεn −→ ~u dans L2t L2x .
n→+∞
• Grâce à l’inégalité d’énergie (5.29) valable pour les solutions ~uε et aux contrôles uni-
formes qui s’en déduisent, on a dans chaque sous-intervalle borné [0, T ] que la suite
(~uεn )n∈N converge faiblement vers ~u dans l’espace L2t Ḣx1 et faiblement étoile vers ~u
dans l’espace L∞ t Lx :
2
∗
~uεn * ~u et ~uεn ∞
* ~u
L2t Ḣx1 Lt L2x
• Nous avons vu dans la page précédente que le terme ∂t ~uε reste borné dans l’espace
−3
L2t Hx 2 , on obtient donc la convergence faible :
∂t ~uεn * ∂t ~u (5.38)
3
−2
L2t Hx
• De plus, comme la sous-suite (~uεn )n∈N reste également bornée dans L2 ([0, T ], Ḣ 1 (R3 )),
~ ⊗ ~uεn converge faiblement vers ∇
nous avons que ∇ ~ ⊗ ~u dans L2 ([0, T ] × R3 ).
loc
Grâce à toutes ces observations (et en particulier par les deux derniers points ci-dessus) nous
avons la majoration suivante dans laquelle on a utilisé les calculs réalisés dans l’expression
(5.10) page 150 et les inégalités de Hölder dans la variable de temps :
~ uεn k
k([~uεn ∗ θεn ] · ∇)~ 3 ~ ⊗ ~uεn k 2 2 ,
≤ k~uεn ∗ θεn k(Lpt L2x )loc k∇
−2 (Lt Lx )loc
(Lqt Hx )loc
166 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
1 1 1
avec q = p + 2 et 1 < q < 2 et cette majoration nous montre que l’on a bien la convergence
3
~ u dans (Lq Hx− 2 )loc : le premier terme k~uεn ∗θεn k p 2
~ uεn vers (~u · ∇)~
faible de ([~uεn ∗θεn ]· ∇)~ t (Lt Lx )loc
converge fortement (par le lemme de Rellich-Lions-Kondrashov), tandis que le deuxième terme
k∇~ ⊗ ~uεn k 2 2
(Lt Lx )loc converge faiblement. Observons que nous avons également que la quantité
−3
~ uεn reste bornée uniformément dans (L2 Hx 2 )loc (voir la Remarque 5.1) et on
([~uεn ∗ θεn ] · ∇)~ t
~ u dans cet espace :
obtient ainsi la convergence faible de ce terme vers (~u · ∇)~
~ uεn
([~uεn ∗ θεn ] · ∇)~ * ~ u.
(~u · ∇)~ (5.39)
−3
(L2t Hx 2 )loc
Pour finir, nous savons que le projecteur de Leray P est continu danstous ces espaces ce qui
~ uεn vers P (~u · ∇)~
nous donne la convergence faible de la quantité P ([~uεn ∗ θεn ] · ∇)~ ~ u dans
−3
l’espace (L2t Hx 2 )loc .
Avec les convergences (5.37), (5.38) et (5.39) nous avons obtenu une sous-suite (~uεn )n∈N ,
solution du problème approché
~ uεn + P f~ ,
∂t ~uεn = ∆~uεn − P ([~uεn ∗ θεn ] · ∇)~
qui converge faiblement (dans S 0 en variable de temps et d’espace) lorsque ε −→ 0 vers une
fonction ~u ∈ L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx solution des équations
~ u + P f~ .
∂t ~u = ∆~u − P (~u · ∇)~ (5.40)
Remarque 5.8 Nous insistons sur le fait que, lors du passage à la limite ε −→ 0, nous
sommes forcés de raisonner par sous-suites extraites et cela pose un inconvénient majeur :
nous avons bien des solutions définies globalement mais le prix à payer est l’ unicité, nous ob-
tenons donc toute une famille de solutions et il n’y a aucun critère qui permette de privilégier
une solution particulière.
F) Etude de la pression
N’oublions pas qu’une solution des équations de Navier-Stokes est un couple vitesse-
pression. Nous rappelons alors, qu’une fois qu’on a fixé une vitesse ~u, alors la pression associée
se déduit par l’expression
1 ~ u − div(f~) ,
p= div (~u · ∇)~ (5.41)
(−∆)
et nous avons le corollaire suivant.
Corollaire 5.3.4 Soit ~u0 ∈ L2 (R3 ) une donnée initiale à divergence nulle et soit une
force extérieure f~ ∈ L2 [0, T ∗ [, Ḣ −1 (R3 ) avec T ∗ > 0. Si ~u ∈ L∞ ([0, T ∗ [, L2 (R3 )) ∩
L2 ([0, T ∗ [, Ḣ 1 (R3 )) est une solution des équations (5.40) alors la pression p donnée à
1
partir de l’équation (5.41) appartient à l’espace L2 ([0, T ∗ [, H − 2 (R3 )).
Preuve. En considérant tout d’abord la variable d’espace nous avons :
1 1
~ u(t, ·) div(f~)(t, ·)
kp(t, ·)k 1 ≤ div (~u(t, ·) · ∇)~ +
H− 2 (−∆) 1
−2 (−∆) 1
H H− 2
1 1
+ (−∆)− 2 f~(t, ·) − 1
≤ div div(~u ⊗ ~u) (t, ·)
(−∆) −1
H 2 H 2
1
≤ k~u(t, ·) ⊗ ~u(t, ·)k 1
−2 + (−∆)− 2 f~(t, ·) 1 .
H H− 2
5.3. Théorème Principal 167
2 1
et en utilisant les inégalités de Hölder (avec 3 = 2 + 61 ) et les inclusions Ḣ 1 (R3 ) ⊂ L6 (R3 ),
nous avons
kpk 1
−2 ≤ Ck~ukL∞ ukL2 Ḣ 1 + kf~kL2 Ḣx−1 ,
2 k~
t Lx
L2t Hx t x t
et cette quantité est bien bornée car la solution de Leray ~u appartient à l’espace L∞ 2 2 1
t Lx ∩Lt Ḣx
et la force extérieure appartient à l’espace L2t Ḣx−1 .
Remarque 5.9 Si la force extérieure est à divergence nulle (ou a fortiori si elle est nulle),
3
alors on peut vérifier très facilement que l’on a p ∈ L2t Lx2 .
En effet, si l’on a div(f~) = 0, alors l’expression (5.41) devient p = 1 ~ u et nous
(−∆) div (~u · ∇)~
pouvons écrire (avec les mêmes arguments utlisés ci-dessus)
1
kp(t, ·)k 3 = div div(~u(t, ·) ⊗ ~u(t, ·) ' k~u(t, ·) ⊗ ~u(t, ·)k 32
L2 (−∆) 3
L2
L
Remarquons que chaque terme de cette inégalité est bien défini car d’une part on a la
continuité en variable de temps (puisque ~uε ∈ C([0, T ], L2 (R3 )), en particulier la quan-
tité k~uε (t, ·)kL2 est bien définie ponctuellement pour 0 < t < T ) et d’autre part on a
~uε ∈ L2 ([0, T ], Ḣ 1 (R3 )), ce qui donne un sens à la première intégrale de la partie de gauche
de l’estimation ci-dessus.
Nous allons voir maintenant que cette inégalité d’énergie se maintient lors du passage à
la limite et nous souhaitons montrer que l’on a la majoration suivante
Z t Z t
2
k~u(t, ·)kL2 + 2 k~u(s, ·)kḢ 1 ds ≤ k~u0 kL2 + 2 hf~(s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds,
2 2
(5.42)
0 0
168 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
et avec l’inégalité de Jensen donnée dans le Lemme 2.5.4, page 36, on obtient
puisque kωη kL1 = 1. On remarque à présent que l’on a la convergence faible de ωη ? ~uε vers
ωη ?~u dans L2t Ḣx1 et la convergence forte de ωη ?~uε vers ωη ?~u dans (L2 ([0, T ], L2 (R3 )))loc , donc
avec le contrôle que nous avons sur la norme L2 en variable d’espace, nous avons également
la convergence faible de ωη ? ~uε (t, ·) vers ωη ? ~u(t, ·) dans L2 (R3 ). Nous pouvons alors écrire
(propriété de Fatou) :
Z t Z t
ωη ?k~u(t, ·)k2L2 +2ωη ? k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ lim inf ωη ? k~uεn (t, ·)k2L2 + 2ωη ? k~uεn (s, ·)k2Ḣ 1 ds ,
0 n→+∞ 0
Nous avons obtenu l’inégalité recherchée avec une régularisation en temps supplémentaire et
nous devons maintenant nous défaire de cette régularisation.
Rappelons ici qu’un point de point de Lebesgue d’une application localement intégrable
ϕ : R −→ R est un point t0 tel que l’on ait la limite
Z
1
lim |ϕ(τ ) − ϕ(t0 )|dτ = 0,
η→0+ η B(t0 ,η/2)
de plus, par le théorème de différentiation de Lebesgue (voir page 37) cette relation a lieu
presque partout. Ainsi, si t0 est un point de Lebesgue de l’application t 7−→ k~u(t, ·)kL2 (qui
est localement intégrable car on sait que ~u ∈ L∞ 2 +
t Lx ), alors en faisant η → 0 on obtient
l’inégalité
Z t0 Z t0
k~u(t0 , ·)k2L2 +2 k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ k~u0 k2L2 +2 hf~(s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds,
0 0
5.3. Théorème Principal 169
Maintenant, si t0 > 0 n’est pas un point de Lebesgue, on considère (tn )n≥1 > 0 une suite
de points de Lebesgue telle que l’on ait tn → t0 et telle que
Z tn Z tn
k~u(tn , ·)k2L2 +2 k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ k~u0 k2L2 +2 hf~(s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds.
0 0
Ainsi, étant donné que l’application t 7−→ k~u(t, ·)kL2 est faiblement-∗ continue, on a d’une
part l’inégalité k~u(t0 , ·)k2L2 ≤ lim k~u(tn , ·)k2L2 et d’autre part puisqu’on dispose des identités
n→+∞
Z t0 Z tn
k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds = lim k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds
0 n→+∞ 0
Z t0 Z tn
et hf~(s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds = lim hf~(s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds,
0 n→+∞ 0
on obtient
Z t0 Z tn
k~u(t0 , ·)k2L2 + 2 k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ lim k~u(tn , ·)k2L2 + lim 2 k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds
0 n→+∞ n→+∞ 0
Z tn
≤ k~u0 k2L2 + lim 2 hf~(s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds,
n→+∞ 0
ce qui nous permet d’obtenir l’inégalité d’énergie (5.42) pour ce type de points.
Les solutions que nous venons d’obtenir sont le point de départ de nombreux développements.
En particulier, lorsqu’on est intéressé par des données grandes et des temps long, cette ap-
proche est (essentiellement) la seule que nous disposons actuellement pour obtenir des so-
lutions des équations de Navier-Stokes. Pour cette raison nous introduisons la définition
suivante.
Définition 5.3.5 (Solutions faibles de Leray) Soit ~u0 ∈ L2 (R3 ) une donnée
initiale à divergence nulle et soit f~ ∈ L2 [0, T ∗ ], Ḣ −1 (R3 ) , avec 0 < T ∗ ≤ +∞, une
force extérieure.
associée aux données initiales (~u0 , f~) est une solution faible de Leray si elle vérifie :
Remarque 5.10 Observons que les solutions globales en temps que nous venons d’obtenir
vérifient les équations de Navier-Stokes au sens faible dans les deux variables de temps et
d’espace.
Notons en particulier que l’application t 7−→ k~u(t, ·)kL2 n’est pas fortement continue, elle
appartient uniquement à l’espace L∞ t ([0, +∞[) et non pas à l’espace Ct ([0, +∞[). Toutefois,
à l’origine t = 0 nous avons le résultat suivant :
Corollaire 5.3.6 (Continuité forte en 0) Soit ~u une solution faible de Leray au sens de
la Définition 5.3.5 ci-dessus. Alors on a la propriété de continuité à l’origine suivante :
mais par l’inégalité d’énergie nous avons le contrôle k~u(t, ·)k2L2 ≤ k~u0 k2L2 , à partir duquel on
obtient
lim supk~u(t, ·)k2L2 ≤ k~u0 k2L2 ,
t→0+
ce qui nous donne bien la propriété de continuité à l’origine recherchée puisque l’on a
lim k~u(t, ·)k2L2 = k~u0 k2L2 .
t→0+
Théorème 5.4.1 (Inégalité forte d’énergie) Soit ~u0 ∈ L2 (R3 ) une donnée
initiale à divergence nulle et soit f~ ∈ L2 [0, T ∗ ], Ḣ −1 (R3 ) ∩ L1 [0, T ∗ ], L2 (R3 ) ,
avec 0 < T ∗ ≤ +∞, une force extérieure également à divergence nulle et soit
~u ∈ L∞ [0, T ∗ ], L2 (R3 ) ∩ L2 [0, T ∗ ], Ḣ 1 (R3 ) une solution faible de Leray (au sens de
la Définition 5.3.5 ci-dessus).
Alors pour presque tout 0 < t0 < T ∗ et pour tout t ∈]t0 , T ∗ [ on la l’inégalité d’énergie
Z t1 Z t1
k~u(t1 , ·)k2L2 + k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ k~u(t0 , ·)kL2 + kf~(s, ·)k2Ḣ −1 ds.
t0 t0
La principale différence entre les inégalités d’énergie de Leray et les inégalités fortes d’énergie
réside sur le fait que dans ces dernières nous ne sommes pas obligés de considérer une
intégration en temps à partir de l’origine (t0 = 0) et cette particularité permet d’obtenir
certaines propriétés intéressantes comme nous le verrons par la suite.
Démonstration. Fixons tout d’abord un temps t0 > 0 et un temps t1 tel que t0 < t1 < T ∗ .
Nous allons reprendre certains calculs réalisés dans la page 157, ainsi, pour un ε > 0 fixé et
5.4. Inégalité forte d’énergie 171
pour une solution ~uε de l’équation (5.14), nous avons l’inégalité d’énergie (5.28) donnée page
158 :
d
k~uε (t, ·)k2L2 ≤ −k~uε (t, ·)k2Ḣ 1 + kf~(t, ·)k2Ḣ −1 .
dt
Etant donné que par la Remarque 5.7 on a ~uε ∈ C([0, T ∗ ], L2 (R3 )), alors la quantité k~uε (t0 , ·)kL2
a bien un sens et nous pouvons intégrer (en variable de temps) l’inégalité précédente sur l’in-
tervalle [t0 , t] pour obtenir
Z t Z t
2
k~uε (t, ·)kL2 + 2
k~uε (s, ·)kḢ 1 ds ≤ k~uε (t0 , ·)kL2 + kf~(s, ·)k2Ḣ −1 ds.
t0 t0
On considère maintenant pour η > 0 une fonction auxiliaire φη (t) = √1η ϕ( t−t η ) où la fonction
1
Z
positive ϕ ∈ C0∞ ([−1, 1]) vérifie |ϕ(t)|2 dt = 1, ainsi à partir de l’estimation précédente et
R
par les propriétés de normalisation de la fonction φη , nous pouvons alors écrire :
Z Z Z t
2 2 2 2
|φη (t)| k~uε (t, ·)kL2 dt + |φη (t)| k~uε (s, ·)kḢ 1 ds dt ≤ k~uε (t0 , ·)kL2
R R t0
Z Z t
+ |φη (t)| 2 ~ 2
kf (s, ·)kḢ −1 ds dt.
R t0
Etant donné que l’application t 7−→ k~u(t, ·)kL2 est mesurable et localement intégrable (car on
a ~u ∈ L∞ 2
t Lx ), alors par le Théorème 2.5.5 de différentiation de Lebesgue donné page 37, en
faisant tendre η → 0, on obtient pour tout point de Lebesgue t1 tel que t1 > t0 , la majoration
Z t1 Z t1
2
k~u(t1 , ·)kL2 + 2
k~u(s, ·)kḢ 1 ds ≤ lim inf k~uεk (t0 , ·)kL2 + kf~(s, ·)k2Ḣ −1 ds,
t0 εk →0 t0
et cette estimation ce maintient pour tout point t1 > t0 par la continuité faible de l’applica-
tion t 7−→ k~u(t, ·)kL2 .
Il ne reste plus qu’à vérifier qu’il existe une sous-suite εj de εk telle que l’on ait la
convergence (dans L2loc (R × R3 )) de k~uεj (t0 , ·)kL2 vers k~u(t0 , ·)kL2 pour presque tout t0 > 0.
Pour cela nous souhaitons établir la limite
Z T1
lim k~uεk (t, ·) − ~u(t, ·)k2L2 dt = 0, (5.45)
εk →0 T
0
ce qui nous permettra d’extraire une sous-suite (~uεj )j∈N telle que l’on ait, presque partout,
la limite lim k~uεj (t, ·) − ~u(t, ·)kL2 = 0.
εj →0
172 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
Afin d’étudier la limite (5.45), on considère une fonction positive φ ∈ C0∞ (R3 ) telle que
φ(x) = 1 si |x| ≤ 1 et φ(x) = 0 si |x| ≥ 2. Ainsi, pour R > 1 on pose φR (x) = φ(x/R) et on
notera alors que pour R fixé on a supp(φR ) ⊂ B(0, 2R) et de plus on a lim φR (x) = 1.
R→+∞
Comme nous avons par le Lemme de Rellich-Lions-Kondrashov (voir page 165 pour l’uti-
lisation de ce lemme) la convergence forte (locale)
Z T1
kφR (·) ~uεk (t, ·) − ~u(t, ·) k2L2 dt = 0,
lim
εk →0 T
0
Etant donné que l’on a par construction la limite lim [1−φR (·)] = 0 et que l’on a ~u ∈ L∞ 2
t Lx ,
R→+∞
2
on en déduit que lim sup [1 − φR (·)]~u(t, ·) L2
= 0, et nous pouvons écrire
R→+∞
Z T1
lim sup k~uεk (t, ·) − ~u(t, ·)k2L2 dt ≤
εk →0 T0
2
(T1 − T0 )lim sup lim sup sup [1 − φR (·)]~uεk (t, ·) L2
. (5.46)
R→+∞ εk →0 T0 <t<T1
Maintenant, pour la limite ci-dessus nous allons étudier l’évolution dans le temps de la
quantité [1 − φR (·)]~uεk = ~uR,εk . Rappelons tout d’abord que la variable ~uεk est solution
de l’équation régularisée (5.14) donnée page 154 :
~ ε + f~,
~ uε − ∇p
∂t ~uεk = ∆~uεk − ([~uεk ∗ θεk ] · ∇)~ k k
où l’on a ~uεk ∈ C([0, +∞[, L2 (R3 )) (voir la Remarque 5.7, page 159) et où la pression pεk peut
être définie par l’expression (car div(f~) = 0)
1
pεk = div div([~uεk ∗ θεk ] ⊗ ~uεk ) .
(−∆)
On remarquera alors sans problème que l’on a pεk ∈ C([0, +∞[, L2 (R3 )), en effet, par la
∂
continuité des transformées de Riesz √ j dans les espaces L2 , nous avons les estimations
(−∆)
1
kpεk (t, ·)kL2 = div div([~uεk ∗ θεk ] ⊗ ~uεk ) (t, ·) ≤ Ck([~uεk ∗ θεk ] ⊗ ~uεk )(t, ·)kL2
(−∆) L2
≤ Ck[~uεk ∗ θεk ](t, ·)kL∞ k~uεk (t, ·)kL2 ≤ Ck~uεk kL2 kθεk kL2 k~uεk (t, ·)kL2
≤ Cεk k~uεk kL2 k~uεk kL2 ,
5.4. Inégalité forte d’énergie 173
qui nous permettent d’obtenir que l’on a bien pεk ∈ C([0, +∞[, L2 (R3 )) : ceci nous permettra
de donner un sens au produit pεk ~uεk .
Nous allons maintenant étudier chacun des termes de l’identité (5.48) ci-dessus.
• Pour le premier terme de (5.48), par une intégration par parties on obtient
Z tZ Z tZ Z t
~uR,εk · ∆~uR,εk dxds = − ~ ⊗ ~uR,ε |2 dxds = −
|∇ k~uR,εk k2Ḣ 1 ds.
k
0 R3 0 R3 0
6
où nous avons appliqué l’injection de Hardy-Littlewood-Sobolev Ḣ −1 (R3 ) ⊂ L 5 (R3 ).
Maintenant, en gardant trace du support de la fonction ∆[1 − φR ], par les inégalités
de Young pour la somme et par les inégalités de Hölder avec 65 = 16 + 23 , nous obtenons
Z t
1
k~uR,εk k2Ḣ 1 + 4k~uεk ∆[1 − φR ] k2 6 ds
≤
0 4 L5
Z t
1
≤ k~uR,εk k2Ḣ 1 + 4k~uεk 1CR k2L6 k∆[1 − φR ]k2 3 ds
0 4 L2
Z t Z t
1
≤ k~uR,εk k2Ḣ 1 ds + Ck∆[1 − φR ]k2 3 k~uεk 1CR k2L6 ds,
4 0 L2 0
• Pour le troisième terme de (5.48), on note tout d’abord la propriété de support suivante
~ − φR ]kL3 = k∇[1
en remarquant que par homogénéité on a k∇[1 ~ − φ]kL3 < +∞ et que
l’on a k[1 − φR ]kL∞ = 1, il vient
Z tZ 3
X
~uR,εk · ∂j [1 − φR ]∂j ~uεk dxds ≤ Ck~uεk 1CR kL2t L6x k~uεk kL2 Ḣ 1 ,
t x
0 R3 j=1
où nous avons appliqué les inégalités de Hölder avec 1 = 61 + 12 + 13 . Nous avons alors :
Z tZ Z t
~
~uR,εk · [1 − φR ] ([~uεk ∗ θεk ] · ∇)~uεk dxds ≤ C ~ − φR ]kL6 k~uε kL2 k~uε k2 6 ds
k∇[1 k k L
0 R3 0
~ − φR ]kL6 k~uε kL∞ L2 k~uε k2 2 6 .
≤ Ck∇[1 k t x k L L x
t
5.4. Inégalité forte d’énergie 175
~ − φR ]kL6 = R− 12 k∇[1
On remarque que l’on a par homogénéité k∇[1 ~ − φ]kL6 = CR− 21 ,
ce qui nous permet d’écrire :
Z tZ 1
~ uε
~uR,εk · [1 − φR ] ([~uεk ∗ θεk ] · ∇)~ k
dxds ≤ CR− 2 k~uεk kL∞ uεk k2L2 L6 .
2 k~
t Lx t x
0 R3
2 1
Par l’inégalité de Hölder avec 1 = 3 + 6 + 16 , nous pouvons écrire
Z t Z t
≤ k[1 − φR ]kL∞ ~ − φR ]kL6 ds ≤ CR− 12
kpεk k 32 k~uεk kL6 k∇[1 kpεk k 3 k~uεk kL6 ds
0 L 0 L2
1
≤ CR− 2 kpεk k 3 k~uεk kL2t L6x ,
L2t Lx2
≤ Ck~uεk kL∞ ~k 1 2 .
2 k[1 − φR ]f
t Lx Lt Lx
Avec toutes ces estimations pour les termes de l’expression (5.48), nous obtenons
Z t Z t
1
k~uR,εk (t, ·)kL2 ≤ k~uR,εk (0, ·)kL2 − 2 k~uR,εk k2Ḣ 1 ds + k~uR,εk k2Ḣ 1 ds + Ck~uεk 1CR k2L2 L6
0 2 0 t x
− 21
+Ck~uεk 1CR kL2t L6x k~uεk kL2 Ḣ 1 + CR k~uεk kL∞ uεk k2L2 L6
2 k~
t Lx
t x t x
− 21 ~k 1 2 ,
+CR kpεk k 3 k~uεk kL2t L6x + k~uR,εk kL∞ 2 k[1 − φR ]f
t Lx Lt Lx
L2t Lx2
176 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
3 t
Z
k~uR,εk (t, ·)kL2 + k~uR,εk k2Ḣ 1 ds ≤ k~uR,εk (0, ·)kL2 + Ck~uεk 1CR k2L2 L6
2 0 t x
1
+Ck~uεk 1CR kL2t L6x k~uεk kL2 Ḣ 1 + CR− 2 k~uεk kL∞ uεk k2L2 L6
2 k~
t Lx
t x t x
− 21 ~k 1 2 ,
+CR kpεk k 3 k~uεk kL2t L6x + Ck~uεk kL∞ 2 k[1 − φR ]f
t Lx Lt Lx
L2t Lx2
Z t
de plus, la quantité k~uR,εk k2Ḣ 1 ds étant positive, il vient
0
k~uR,εk (t, ·)kL2 ≤ k~uR,εk (0, ·)kL2 + Ck~uεk 1CR k2L2 L6 + Ck~uεk 1CR kL2t L6x k~uεk kL2 Ḣ 1
t x t x
− 21 − 12
+CR k~uεk kL∞
t Lx
uεk k2L2 L6
2 k~ + CR kpεk k 3 k~uεk kL2t L6x (5.49)
t x L2t Lx2
+Ck~uεk kL∞ ~k 1 2 .
2 k[1 − φR ]f
t Lx Lt Lx
Nous remarquons maintenant que l’on a un contrôle uniforme en εk pour les normes L2t L6x ,
3
L∞ 2 2 1
t Lx et Lt Ḣx de ~ u ainsi que pour la norme L2t Lx2 de p, de sorte que les termes k~uεk kL2t L6x ,
k~uεk kL∞ 2 , k~
t Lx
uεk kL2 Ḣ 1 et kpεk k 2 23 vont rester bornés et par toute la théorie de passage
t x Lt Lx
à la limite présentée dans les pages précédentes on pourra contrôler ces quantités lorsque
εk → 0. De plus les termes k~uεk 1CR kL2t L6x et k[1 − φR ]f~kL1t L2x vont tendre vers 0 si R → +∞
par convergence dominée (on a par hypothèse f~ ∈ L1 L2 ). Finalement, on a k~uR,ε (0, ·)kL2 =
t x k
k[1 − φR ]~u0 kL2 qui lui aussi va tendre vers 0 si R → +∞. Nous obtenons donc que tous les
termes de droite de l’inégalité (5.49) ci-dessus vont tendre fortement vers 0 si R → +∞.
Nous en déduisons que la limite (5.46) tend vers 0, ce qui implique à son tour la limite
(5.45) et nous avons donc obtenu l’inégalité d’énergie forte annoncée.
• D’une part, si on applique un argument de point fixe dans un bon cadre fonctionnel,
nous obtenons des solutions uniques des équations de Navier-Stokes, mais l’existence
n’est garantie que sur un petit intervalle de temps, disons [0, T ] et nous ne pouvons
pas prolonger dans le temps les solutions ainsi obtenues (à moins de considérer des
données initiales suffisamment petites).
• D’autre part, si on considère maintenant les solutions faibles que nous venons de
construire, nous pouvons exhiber des solutions qui existent dans un intervalle de temps
quelconque, mais le prix à payer est l’unicité.
La question que l’on se pose dans cette section est de savoir quelle est la différence entre
les solutions obtenues par point fixe (les solutions mild ) et les solutions faibles. Bien sûr, cette
question n’a un sens que dans l’intervalle de temps dans lequel les solutions qui proviennent
d’un point fixe existent. En fait, nous allons voir que dans l’intervalle de temps commun
d’existence de ces solutions, les solutions faibles coı̈ncident avec les solutions obtenues par
un point fixe : et ainsi la perte d’unicité apparaı̂t après le temps maximal d’existence des
5.5. Unicité Fort-Faible 177
solutions mild.
Théorème 5.5.1 (Unicité Fort-Faible) Soient ~u0 ∈ H 1 (R3 ) avec div(~u0 ) = 0 une
donnée initiale et f~ ∈ L2 [0, +∞[, L2 (R3 ) ∩L2 [0, +∞[, Ḣ −1 (R3 ) une force extérieure.
~u(0, x) = ~u0 ,
admet une solution ~uM sur l’ensemble [0, T] × R3 avec 0 < T < +∞ et qui appartient
∞
à l’espace fonctionnel L [0, T ], H (R ) ∩ L [0, T ], Ḣ 2 (R3 ) ainsi qu’une solution de
1 3 2
Leray ~uL sur [0, T ] × R3 , au sens de la Définition 5.3.5, alors sur l’intervalle de temps
[0, T ] on a l’égalité
~uM = ~uL .
Observons avant de passer au détail des calculs, qu’avec ces données initiales nous sommes
bien en mesure de construire des solutions mild en utilisant le Théorème 4.4.1 de Fujita-Kato,
donné page 114, et des solutions faibles de Leray en utilisant le Théorème 5.3.1, présenté page
153.
~ = ~uL − ~uM ,
w
on a les identités
~ ·)k2L2
kw(t, = k(~uL − ~uM )(t, ·)k2L2 = k~uL (t, ·)k2L2 + k~uM (t, ·)k2L2 − 2h~uM (t, ·), ~uL (t, ·)iL2 ×L2
= k~uL k2L2 − k~uM k2L2 − 2h~uM , wi
~ L2 ×L2 . (5.50)
A partir de cette identité, nous allons utiliser les contrôles dont on dispose sur les termes
de droite pour pouvoir appliquer le lemme de Grönwall et ainsi obtenir l’unicité recherchée,
i.e. w
~ = 0. Pour mener à bien ce programme, nous aurons besoin d’établir les deux identités
suivantes.
Preuve. On aura besoin de rassembler quelques informations sur les fonctions ~uM et ~uL . On
remarque que l’on a pour le terme ~uM :
• Vérifions maintenant que l’on a ∂t ~uM ∈ L2t Hx−1 . En effet, comme on a l’équation
~ uM ) + P(f~),
∂t ~uM = ∆~uM − P((~uM · ∇)~ (5.53)
il suffira de vérifier que chacun des termes de droite appartient à l’espace L2t Hx−1 .
Comme on a l’information ~uM ∈ L2t Ḣx2 , on en déduit que l’on a ∆~uM ∈ L2t L2x ⊂ L2t Hx−1
et par hypothèse on a f~ ∈ L2t Ḣx−1 ⊂ L2t Hx−1 . Il ne reste plus qu’à étudier le terme non
~ uM ). On observe que puisque ~uM ∈ L2t Ḣx2 est une solution mild,
linéaire P((~uM · ∇)~
alors par la Remarque 4.5 page 122 on a ~uM ∈ L2t L∞ x , et donc ~uM ∈ L∞ 2 2 ∞
t Lx ∩ Lt Lx ,
ce qui nous permet d’écrire par l’inégalité d’interpolation entre espaces de Lebesgue
(voir l’inégalité (2.19), page 20) :
1 1
k~uM kL4t L4x ≤ Ck~uM kL2 ∞ L2 k~uM kL2 2 L∞ < +∞.
t x t x
≤ Ck~uM ⊗ ~uM kL2t L2x ≤ Ck~uM kL4t L4x k~uM kL4t L4x < +∞,
et comme L2t Ḣx−1 ⊂ L2t Hx−1 , on obtient bien que P((~uM · ∇)~~ uM ) ∈ L2t Hx−1 . Donc,
puisque tous les termes de droite de l’équation (5.53) ci-dessus appartiennent à l’espace
L2t Hx−1 , on obtient finalement
∂t ~uM ∈ L2t Hx−1 .
il suffira de montrer que chacun des termes à droite de celle-ci appartiennent à l’espace
L2t Hx−2 . On a bien ∆~uL ∈ L2t Ḣx−1 ⊂ L2t Hx−1 ⊂ L2t Hx−2 et de même pour la force
extérieure on a f~ ∈ L2t Ḣx−1 ⊂ L2t Hx−1 ⊂ L2t Hx−2 . Maintenant, pour le terme non
~ uL on écrit (en utilisant les inégalités de Hardy-Littlewodd-Sobolev
linéaire (~uL · ∇)~
6
L 5 (R3 ) ⊂ H −1 (R3 ) puis les inégalités de Hölder ainsi que les injections de Sobolev
Ḣ 1 (R3 ) ⊂ L6 (R3 )) :
~ uL )k 2 −2
kP((~uL · ∇)~ ~ uL )k 2 −2 ≤ Ckdiv(~uL ⊗ ~uL )k 2 −2
≤ kP((~uL · ∇)~
L Hx t L Ḣx t L Ḣx t
Remarque 5.11 On notera que l’on a ∂t ~uM ∈ L2t Hx−1 ⊂ L2t Hx−2 et donc
et encore une fois chacun de ces termes est bien définit par les informations obtenues ci-dessus.
En intégrant maintenant par rapport à la variable de temps, on obtient
Z Z Z t Z t
~uM · ~uL dx = ~u0,M · ~u0,L dx + h∂t ~uM , ~uL iH −1 ×H 1 ds + h~uM , ∂t ~uL iH 2 ×H −2 ds,
R3 R3 0 0
mais les deux solutions ~uM et ~uL proviennent de la même donnée initiale ~u0 , ce qui donne
bien l’identité (5.52) recherchée. L’identité (5.51) se vérifie de manière totalement similaire
de sorte que les détails sont laissés au lecteur.
~ ·)k2L2
kw(t, = k~uL k2L2 − k~uM k2L2 − 2h~uM , ~uL iL2 ×L2 + 2h~uM , ~uM iL2 ×L2
Z t Z t
2 2
= k~uL kL2 − k~uM kL2 − 2 h∂t ~uM , ~uL iH −1 ×H 1 ds + h~uM , ∂t ~uL iH 2 ×H −2 ds
0 0
Z t Z t
+2 h∂t ~uM , ~uM iH −1 ×H 1 ds + h~uM , ∂t ~uM iH 2 ×H −2 ds
0 0
Z t Z t
2 2
= k~uL kL2 − k~uM kL2 − 2 h∂t ~uM , wi
~ H −1 ×H 1 ds + h~uM , ∂t wi
~ H 2 ×H −2 ds ,
0 0
• Pour le terme k~uL k2L2 on dispose par construction de l’inégalité d’énergie de Leray :
Z t Z t
k~uL (t, ·)k2L2 ≤ k~u0 k2L2 +2 hf~, ~uL iH −1 ×H 1 ds − 2 ~ ⊗ ~uL k2 2 ds.
k∇ L (5.55)
0 0
• Pour le terme k~uM k2L2 , étant donné que l’on dispose de plus de régularité (il s’agit
d’une solution mild qui appartient à l’espace L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx ), nous avons en revanche
l’identité
Z t Z t
2 2 ~
k~uM (t, ·)kL2 = k~u0 kL2 + 2 hf , ~uM iH −1 ×H 1 ds − 2 ~ ⊗ ~uM k2 2 ds.
k∇ (5.56)
L
0 0
180 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
Pour s’en convaincre on considère l’équation (5.53) vérifiée par ~uM , on la multiplie
par ~uM et on intègre en variable d’espace pour obtenir
Z Z Z Z
∂t ~uM · ~uM dx = ∆~uM · ~uM dx − ~
P((~uM · ∇)~uM ) · ~uM dx + P(f~) · ~uM dx,
R3 R3 R3 R3
~ 2 −1 2 1
Z par les calculs précédents que (~uM · ∇)~uM ∈ Lt Hx et ~uM ∈ Lt Hx , la
or, on sait
quantité ~ uM · ~uM dx est donc bien définie, mais comme on a par ailleurs
(~uM · ∇)~
R3
l’information ~uM ∈ L2t Hx2 , on dispose d’assez de régularité pour faire des intégrations
par parties (voir la formule (4.48), page 134) et on obtient
Z Z Z
~
(~uM ·∇)~uM ·~uM dx = − ~ 2
(~uM ·∇)~uM ·~uM +|~uM | div(~uM )dx = − ~ uM ·~uM dx,
(~uM ·∇)~
R3 R3 R3
ce qui nous permet d’affirmer que ce terme est nul et que l’on a l’identité
Z Z Z
∂t ~uM · ~uM dx = ∆~uM · ~uM dx + f~ · ~uM dx,
R3 R3 R3
Remarque 5.12 On notera ici que si l’on dispose de suffisamment de régularité (un
cadre mild L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx par exemple), alors on obtient une égalité d’énergie et non
pas une inégalité. Le cadre L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx n’offre pas ces conditions, on doit alors
régulariser et passer à la limite pour obtenir une inégalité.
Z t
• Pour le terme h∂t ~uM , wi
~ H −1 ×H 1 ds, nous utilisons l’équation vérifiée par ∂t ~uM . En
0
effet, nous avons encore une fois ∂t ~uM = ∆~uM − P((~uM · ∇)~ ~ uM ) + P(f~), et donc nous
écrivons, en utilisant le fait que w ~ est à divergence nulle :
Z t Z t
h∂t ~uM , wi
~ H −1 ×H 1 ds = ~ uM ) + P(f~), wi
h∆~uM − P((~uM · ∇)~ ~ H −1 ×H 1 ds
0 0
Z t Z t Z t
=− ~ ⊗ ~uM , ∇
h∇ ~ ⊗ wi
~ L2 ×L2 ds − ~ uM , wi
h(~uM · ∇)~ ~ H −1 ×H 1 ds + hf~, wi
~ H −1 ×H 1 ds.
0 0 0
Z t
• Finalement, pour le terme h~uM , ∂t wi
~ H 2 ×H −2 ds nous utilisons la relation
0
~ uL − (~uM · ∇)~~ uM pour obtenir
∂t w
~ = ∆w ~ − P (~uL · ∇)~
Z t Z t
~ uL − (~uM · ∇)~
~ uM iH 2 ×H −2 ds,
h~uM , ∂t wi
~ H 2 ×H −2 ds = h~uM , ∆w~ − P (~uL · ∇)~
0 0
puis, comme ~uM est à divergence nulle nous avons, par les propriétés du projecteur
de Leray :
5.5. Unicité Fort-Faible 181
Z t Z t Z t
h~uM , ∂t wi
~ H 2 ×H −2 ds = − ~ ~
h∇ ⊗ ~uM , ∇ ⊗ wi
~ L2 ×L2 ds − ~ uL iH 2 ×H −2 ds
h~uM , (~uL · ∇)~
0 0 0
Z t
~ uM iH 2 ×H −2 ds.
+ h~uM , (~uM · ∇)~ (5.57)
0
Ainsi, avec les expressions (5.55) et (5.57), nous revenons à l’identité (5.55) pour écrire
Z t Z t
~ ·)k2L2
kw(t, ≤ 2 ~
k~u0 kL2 + 2 hf , ~uL iH −1 ×H 1 ds − 2 ~ 2
k∇ ⊗ ~uL kL2 ds
0 0
Z t Z t
− k~u0 k2L2 + 2 hf~, ~uM iH −1 ×H 1 ds − 2 k∇~ ⊗ ~uM k2 2 ds
L
0 0
Z t Z t
+ 2 h∇~ ⊗ ~uM , ∇
~ ⊗ wi~ L2 ×L2 ds + ~ uM , wi
h(~uM · ∇)~ ~ H −1 ×H 1 ds
0 0
Z t
~
− hf , wi ~ H −1 ×H 1 ds
0
Z t Z t
+ 2 ~ ~
h∇ ⊗ ~uM , ∇ ⊗ wi ~ L2 ×L2 ds + ~ uL iH 2 ×H −2 ds
h~uM , (~uL · ∇)~
0 0
Z t
− h~uM , (~uM · ∇)~ ~ uM iH 2 ×H −2 ds ,
0
Z t Z t Z t
~ ·)k2L2
kw(t, ≤ −2 ~ ⊗ ~uL k2 2 ds + 2
k∇ ~ 2
k∇ ⊗ ~uM kL2 ds + 4 h∇ ~ ⊗ ~uM , ∇
~ ⊗ wi~ L2 ×L2 ds
L
0 0 0
Z t Z t
+2 h(~uM ~ uM , wi
· ∇)~ ~ uL iH 2 ×H −2 ds
~ H −1 ×H 1 ds + 2 h~uM , (~uL · ∇)~
0 0
Z t
−2 ~ uM iH 2 ×H −2 ds.
h~uM , (~uM · ∇)~
0
~ uM , wi
h(~uM · ∇)~ ~ wi
~ H −1 ×H 1 = −h~uM , (~uM · ∇) ~ H 2 ×H −2 ,
~ uM iH 2 ×H −2 = 0, on peut écrire
et comme on a h~uM , (~uM · ∇)~
Z t Z t Z t
~ ·)k2L2
kw(t, ≤ −2 ~ ⊗ ~uL k2 2 ds + 2
k∇ ~ 2
k∇ ⊗ ~uM kL2 ds + 4 h∇ ~ ⊗ ~uM , ∇
~ ⊗ wi~ L2 ×L2 ds
L
0 0 0
Z t Z t
~ wi
−2 h~uM , (~uM · ∇) ~ uL iH 2 ×H −2 ds
~ H 2 ×H −2 ds + 2 h~uM , (~uL · ∇)~
0 0
Z t Z t
~ ~ uM iH 2 ×H −2 ds,
−2 h~uM , (~uL · ∇)~uM iH 2 ×H −2 ds + 2 h~uM , (~uL · ∇)~
0 0
où nous avons fait apparaı̂tre artificiellement les deux dernières quantités. Ainsi on obtient,
182 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
~ u:
par la bilinéarité de la quantité (~u · ∇)~
Z t Z t Z t
~ ·)k2L2
kw(t, ≤ −2 ~ ⊗ ~uL k2 2 ds + 2
k∇ ~ 2
k∇ ⊗ ~uM kL2 ds + 4 h∇ ~ ⊗ ~uM , ∇
~ ⊗ wi~ L2 ×L2 ds
L
0 0 0
Z t Z t
−2 h~uM , (~uM ~ wi
· ∇) ~ wi
~ H −2 ×H 2 ds + 2 h~uM , (~uL · ∇) ~ H 2 ×H −2 ds
0 0
Z t
+2 ~ uM iH 2 ×H −2 ds
h~uM , (~uL · ∇)~
0
Z t Z t Z t
≤ −2 ~ 2
k∇ ⊗ ~uL kL2 ds + 2 ~ 2
k∇ ⊗ ~uM kL2 ds + 4 h∇ ~ ⊗ ~uM , ∇
~ ⊗ wi~ L2 ×L2 ds
0 0 0
Z t Z t
+2 h~uM , (w ~ wi
~ · ∇) ~ uM iH 2 ×H −2 ds,
~ H 2 ×H −2 ds + 2 h~uM , (~uL · ∇)~
0 0
~ ⊗ w,
On note maintenant que par l’identité (5.50), appliquée à la quantité ∇ ~ on obtient la
majoration
Z t Z t
~ ·)k2L2
kw(t, ≤ −2 ~ ⊗ wk
k∇ ~ 2L2 ds + 2 h~uM , (w ~ wi
~ · ∇) ~ H 2 ×H −2 ds.
0 0
A ce stade, on applique les inégalités de Hölder dans la dernière intégrale pour obtenir (on
se rappellera que comme ~uM ∈ L2t Ḣx2 est une solution mild, alors par la Remarque 4.5, page
122, on a ~uM ∈ L2t L∞
x ) :
Z t Z t
~ ·)k2L2
kw(t, ≤ −2 ~ ⊗ wk
k∇ ~ 2L2 ds + 2 k~uM kL∞ kwk
~ L2 kwk
~ Ḣ 1 ds,
0 0
Pour finir, on observe que l’on a (toujours par la Remarque 4.5, page 122) :
Z t
k~uM (s, ·)k2L∞ kw(s,
~ ·)k2L2 ds ≤ kwk
~ 2L∞ L2x k~uM k2L2 L∞
t t x
0
2
≤ C(k~uL kL∞ 2 + k~
t Lx
uM kL∞ uM k2L2 H 2 < +∞,
2 ) k~
t Lx t x
5.5. Unicité Fort-Faible 183
Z t
d’autre part on a également k~uM (s, ·)k2L∞ ds ≤ k~uM k2L2 L∞ ≤ Ck~uM k2L2 H 2 , il suffit alors
t x t x
0
d’appliquer le Lemme 2.5.3 de Grönwall (voir la Remarque 2.9 page 36) pour obtenir l’iden-
~ ·)k2L2 = 0 ce qui nous donne l’unicité recherchée.
tité kw(t,
Ce théorème couplé avec l’inégalité forte d’énergie admet un corollaire intéressant qui
nous donne une idée du comportement en temps long des solutions faibles de Leray.
Corollaire 5.5.3 Soit ~u0 ∈ L2 (R3) une donnée initiale à divergence nulle et
considérons f~ ∈ L2 [0, +∞[, L2 (R3 ) ∩ L2 [0, +∞[, Ḣ −1 (R3 ) une force extérieure.
Alors toute solution ~u du problème de Navier-Stokes
~ u + P(f~), div(~u) = 0,
∂t ~u = ∆~u − P (~u · ∇)~
~u(0, ·) = ~u0 ,
qui a été obtenue par le Théorème 5.3.1 vérifie le comportement dans le temps suivant
• k~u(t0 , ·)kH 1 < +∞, car on est L∞ 2 2 1 u(t, ·) ∈ Ḣ 1 (R3 ) et ~u(t, ·) ∈ L2 (R3 )
t Lx ∩ Lt Ḣx , donc ~
presque partout,
• ~u est une solution de Leray sur l’intervalle de temps [t0 , +∞[, en particulier, par le
Théorème 5.4.1, pour tout t ∈]t0 , +∞[ on a l’inégalité
Z t Z t
k~u(t, ·)k2L2 + 2 k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ k~u(t0 , ·)k2L2 + 2 hf (s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds.
t0 t0
pour une constante ε0 > 0 suffisamment petite, alors le problème de Navier-Stokes ci-dessus
avec les données initiales (~u(t0 , ·), f~) admet une solution mild globale
~uM définie sur l’inter-
valle de temps [t0 , +∞[ qui appartient à l’espace C [t0 , +∞[, H 1 (R3 ) ∩L2 [t0 , +∞[, Ḣ 2 (R3 ) .
Ainsi, dans ce cadre nous pouvons appliquer le Théorème 5.5.1 d’unicité fort-faible et
nous avons alors que la solution faible de Leray ~u coincide sur [t0 , +∞[ avec
la solution mild
~uM qui appartient à l’espace C [t0 , +∞[, H 1 (R3 ) ∩ L2 [t0 , +∞[, Ḣ 2 (R3 ) .
De la sorte, pour démontrer la formule (5.58), il suffira de vérifier que l’on a cette propriété
pour la solution mild ~uM :
lim k~uM (t, ·)kL2 = 0.
t→+∞
Ainsi, pour t0 < τ < t on peut écrire
Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds,
~uM (t, x) = gt−τ ∗ ~uM (τ, x) − gt−s ∗ P div(~uM ⊗ ~uM ) (s, x)ds +
τ τ
et nous avons
Z t Z t
gt−s ∗ P f~ ds
k~uM (t, ·)kL2 ≤ kgt−τ ∗~uM (τ, ·)kL2 + gt−s ∗ P div(~uM ⊗ ~uM ) ds + ,
τ L2 τ L2
Nous allons maintenant faire tendre t → +∞ dans cette estimation et pour cela on remarque
tout d’abord que l’on a par convergence dominée la limite lim kgt−τ ∗ ~uM (τ, ·)kL2 = 0, en
t→+∞
effet, en passant en variable de Fourier, nous avons
Z
2
2
lim kgt−τ ∗ ~uM (τ, ·)kL2 = lim e−2(t−τ )|ξ| |~uc 2
M (τ, ξ)| dξ = 0,
t→+∞ t→+∞ R3
pour finir il suffit maintenant de faire tendre τ vers +∞ pour obtenir que l’on a effectivement
étant donné que l’on a l’unicité fort-faible entre la solution mild ~uM et la solution faible de
Leray ~u, on en déduit sans problème le comportement annoncé dans l’expression (5.58) et la
preuve du corollaire est donc terminée.
Ce résultat nous indique que toutes les solutions faibles de Leray (obtenues par le Théorème
5.3.1, page 153) tendent en norme L2x à zéro lorsque le temps tends à l’infini et on obtient de
cette manière l’unicité des solutions en temps grand. Ainsi, si l’on part de données grandes,
nous sommes en mesure d’obtenir l’existence et l’unicité de solutions des équations de Navier-
Stokes en temps petit et en temps (très) grand, mais entre ces deux extrêmes on ne dispose
que de la notion de solutions faibles de Leray pour lesquelles on ne sait (toujours) pas (au
XXIème siècle) si elles sont uniques.
(f~ · ∇)~
~ g = div(~g ⊗ f~).
Théorème 5.6.1 Soit ~u0 : R2 −→ R2 une donnée initiale telle que div(~u0 ) = 0 et
~u0 ∈ L2 (R2 ) et soit f~ : [0, +∞[×R2 −→ R2 une force extérieure telle que l’on ait
f~ ∈ L2 [0, T ∗ [, Ḣ −1 (R2 ) avec 0 < T ∗ ≤ +∞. Si on a l’estimation
~ u) + P(f~),
∂t ~u = ∆~u − P((~u · ∇)~ div(~u) = 0,
muni de la norme
k · kE = k · kL∞ 2 + k · k 2 1.
t Lx L Ḣ t x
On commence par remarquer que si ~u0 ∈ L2 (R2 ) alors kgt ∗ ~u0 kL2 ≤ kgt kL1 k~u0 kL2 = k~u0 kL2 .
De même, on a kgt ∗ ~u0 kḢ 1 ≤ Ck~u0 kL2 , et cette estimation est une conséquence directe du
Lemme 4.4.3, page 115, dont la démonstration ne fait pas intervenir la dimension. On obtient
alors
kgt ∗ ~u0 kE ≤ C1 k~u0 kL2 .
Pour la force extérieure on a également l’inégalité
Z t
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ≤ C2 kf~kL2 Ḣx−1 ,
(5.59)
t
0 E
Maintenant, par les inégalités de Sobolev en dimension n = 2 (voir le Théorème 2.4.6, page
1
30), si ~u(t, ·) ∈ Ḣ 2 (R2 ) nous avons
et on remarque que l’on a, par interpolation (voir la Proposition 2.4.8, page 31)
1 1
k~u(t, ·)k 1 ≤ Ck~u(t, ·)kL2 2 k~u(t, ·)kḢ
2
1
, (5.60)
Ḣ 2
ainsi on a
k~u(t, ·)k4L4 ≤ Ck~u(t, ·)k4 1 ≤ Ck~u(t, ·)k2L2 k~u(t, ·)k2Ḣ 1 ,
Ḣ 2
et en intégrant par rapport au temps, il vient
1 1
k~ukL4t L4x ≤ Ck~ukL2 ∞ L2 k~ukL2 2 Ḣ 1 . (5.61)
t x t x
188 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
On a donc
1 1 1 1
k~u ⊗ ~v kL2t L2x ≤ k~ukL4t L4x k~v kL4t L4x ≤ Ck~ukL2 ∞ L2 k~ukL2 2 Ḣ 1 k~v kL2 ∞ L2 k~v kL2 2 Ḣ 1 ,
t x t x t x t x
Remarque 5.13 On notera ici que dans la condition (5.63) qui permet de fermer l’argu-
ment de point fixe, le temps n’intervient pas contrairement à ce qui se passe en dimension
3. En effet, tant pour les solutions mild de Fujita-Kato (voir la condition (4.33) page 122)
que pour les solutions régularisées de Leray (voir la condition (5.24), page 157), nous avions
une dépendance par rapport à la variable temporelle. Dans les deux cas le temps d’existence
était relié à la taille des données initiales mais ici, grâce à l’estimation (5.63) nous pou-
vons appliquer directement le théorème de point fixe dans l’espace E = L∞ [0, T ∗ [, L2 (R2 ) ∩
L2 [0, T ∗ [, Ḣ 1 (R2 ) tout entier : tant que la force extérieure est correctement définie et suffi-
samment petite (ainsi que la donnée initiale), on peut construire des solutions des équations
de Navier-Stokes en dimension 2.
Lemme 5.6.2 Soit ~u0 : R2 −→ R2 une fonction qui appartient à l’espace L2 (R2 ). Alors pour
tout 0 < t < T ≤ +∞ on a l’estimation
kgt ∗ ~u0 k 1 ≤ k~u0 kL2 .
L4t Ḣx2
Corollaire 5.6.3 Soit ~u0 : R2 −→ R2 une fonction qui appartient à l’espace L2 (R2 ). Soit
κ0 > 0 un réel, il existe alors une constante ρ0 = ρ(κ0 , ~u0 ) > 0 telle que pour 0 < t < T on
ait l’estimation
C 1
kgt ∗ ~u0 k 4 12 ≤ + C(ρ20 T ) 4 k~u0 kL2 .
Lt Ḣx κ0
Preuve. On commence par fixer un réel ρ0 = ρ(κ0 , ~u0 ) tel que
!1
Z 2
c0 (ξ)|2 dξ 1
|~u ≤ .
{|ξ|≥ρ0 } κ0
On écrit ensuite
Z Z
2 2
kgt ∗ ~u0 k2 1 = |ξ|e−2t|ξ| |~u
c0 (ξ)|2 dξ + |ξ|e−2t|ξ| |~u
c0 (ξ)|2 dξ
Ḣ 2 {|ξ|≥ρ0 } {|ξ|<ρ0 }
Z Z
−2t|ξ|2 c0 (ξ)|2 dξ + ρ0 c0 (ξ)|2 dξ
≤ |ξ|e 1{|ξ|≥ρ0 } |~u |~u
R2 {|ξ|<ρ0 }
∨ 2
≤ gt ∗ 1{|·|≥ρ0 } |~u
c0 (·)|
1
+ ρ0 k~u0 k2L2 ,
Ḣ 2
Lemme 5.6.4 Soit f~ : [0, +∞[×R2 −→ R2 une fonction qui appartient à l’espace L2t Ḣx−1 .
1) Nous avons l’estimation
Z t
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ~
1 ≤ Ckf kL2 Ḣx
−1 ,
t
0 L4t Ḣx2
190 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
2) Si κ1 > 0 est un réel, il existe une constante ρ1 = ρ(κ1 , f~) > 0 telle que pour 0 < t < T
on ait l’estimation
Z t
C 3
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds + Cρ31 T 4 kf~kL2 Ḣx−1 .
1 ≤
0 L4 Ḣx2 κ1 t
t
Preuve. La vérification du premier point se base sur l’inégalité (5.60), à partir de laquelle
on obtient sans difficulté la majoration générique suivante :
1 1
k~
ϕk 1 ≤ Ck~
ϕkL2 ∞ L2 k~
ϕkL2 2 Ḣ 1 .
L4t Ḣx2 t x t x
Il vient alors :
1 1
Z t Z t 2
Z t 2
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds gt−s ∗ P f~(s, ·) ds gt−s ∗ P f~(s, ·) ds
1 ≤C ,
0 L4t Ḣx2 0 L∞ 2
t Lx
0 L2t Ḣx1
et on écrit
1
2 2
Z t Z Z t b
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ~
1
≤ |ξ| gt−s ∗ P f (s, ·) ds (ξ) dξ
0 Ḣ 2 R2 0
2
!1
Z Z t 2
−(t−s)|ξ|2 [
≤ |ξ| e P f~ (s, ξ)ds dξ .
R2 0
2
!1
t 2
ξ⊗ξ
Z Z
−(t−s)|ξ|2 b~
|ξ| e Id3×3 − · f 1{|ξ|<ρ1 } (s, ξ)ds dξ
R2 0 |ξ|2
!1
t 2 2
ξ⊗ξ
Z Z
−2(t−s)|ξ|2
≤ |ξ|1{|ξ|<ρ1 } e Id3×3 − |f~(s, ξ)|2 dξ ds,
b
0 R2 |ξ|2
5.6. Le cas de la dimension n = 2 191
1
puis, en introduisant le poids |ξ|2
on obtient
1
2
t 2 b~ 2
ξ⊗ξ |f (s, ξ)|
Z Z
2
≤ |ξ|3 1{|ξ|<ρ1 } e−2(t−s)|ξ| Id3×3 − dξ ds
0 R2 |ξ|2 |ξ|2
1
2
T 2 b~ 2
ξ⊗ξ |f (s, ξ)|
Z Z
≤ ρ31 Id3×3 − dξ ds,
0 R2 |ξ|2 |ξ|2
2
où nous avons utilisé le fait que 1{|ξ|<ρ1 } e−2(t−s)|ξ| ≤ 1 et 0 < t < T . Maintenant, en
appliquant l’inégalité de Cauchy-Schwarz en variable de temps on a
1 1
2 2
T 2 b~ 2 Z TZ 2 b~ 2
ξ⊗ξ |f (s, ξ)| ξ⊗ξ |f (s, ξ)|
Z Z
3 21
ρ31 Id3×3 − dξ ds ≤ ρ1 T Id3×3 − dξds
0 R2 |ξ|2 |ξ| 2
0 R2 |ξ|2 |ξ|2
1 1
≤ ρ31 T 2 kP(f~)kL2 Ḣx−1 ≤ Cρ31 T 2 kf~kL2 Ḣx−1 ,
t t
Z t Z t ∨
1
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds
b~
+ Cρ31 T 2 kf~kL2 Ḣx−1 .
1
≤ gt−s ∗ P f 1{|ξ|≥ρ1 } ds 1 t
0 Ḣ 2 0 Ḣ 2
Z t Z t ∨
3
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds
b~
+ Cρ31 T 4 kf~kL2 Ḣx−1 ,
1 ≤ gt−s ∗ P f 1{|ξ|≥ρ1 } ds 1
t
0 L4t Ḣx2 0 L4t Ḣx2
Z t ∨
3
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds
b~
+ Cρ31 T 4 kf~kL2 Ḣx−1
1 ≤ C f 1{|ξ|≥ρ1 }
t
0 L4t Ḣx2 L2t Ḣx−1
!1
Z T Z 2
1 b~ 3
≤ C 2
|f (t, ξ)|2
dξdt + Cρ31 T 4 kf~kL2 Ḣx−1
0 {|ξ|≥ρ1 } |ξ| t
C 3
≤ + Cρ31 T 4 kf~kL2 Ḣx−1 ,
κ1 t
où nous avons utilisé le contrôle (5.64). La preuve du deuxième point de ce lemme est donc
terminée.
Avec ces résultats, nous allons étudier maintenant comment obtenir des solutions globales
en temps pour les équations de Navier-Stokes en dimension 2.
192 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
Théorème 5.6.5 Soit ~u0 : R2 −→ R2 une donnée initiale qui appartient à l’espace
L2 (R2 ) et telle que div(~u0 ) = 0 et soit f~ : [0, +∞[×R2 −→ R2 une force extérieure qui
appartient à l’espace L2 ([0, +∞[, Ḣ −1 (R2 )).
Alors il existe une unique solution globale en temps ~u(t, x) des équations de Navier-
Stokes
~ u) + P(f~), div(~u) = 0,
∂t ~u = ∆~u − P((~u · ∇)~
(5.66)
~u(0, x) = ~u0 (x),
1
qui appartient à l’espace L4 ([0, +∞[, Ḣ 2 (R2 )) et qui appartient également à l’espace
1
et par appliquer un argument de point fixe dans l’espace L4t Ḣx2 . On remarque alors que l’on
a les estimations suivantes :
1 1
• En utilisant l’inégalité k · k 1 ≤ Ck · kL2 ∞ L2 k · kL2 2 Ḣ 1 qui provient de l’estimation
L4t Ḣ 2 t x t x
(5.60), on écrit
1
Z t Z t 2
~ v (s, ·)ds ~ v (s, ·)ds
gt−s ∗ P (~u · ∇)~ 1 ≤ C gt−s ∗ P (~u · ∇)~
0 L4t Ḣx2 0 L∞ 2
t Lx
1
Z t 2
~ v (s, ·)ds
× gt−s ∗ P (~u · ∇)~ ,
0 L2t Ḣx1
1
et en utilisant les injections de Sobolev Ḣ 2 (R2 ) ⊂ L4 (R2 ), on a
Z t
~ v (s, ·)ds
gt−s ∗ P (~u · ∇)~ 1 ≤ Ck~
uk 4 21 k~v k 1 . (5.69)
0 L4t Ḣx2 Lt Ḣx L4t Ḣx2
Ainsi, pour appliquer le Théorème 4.1.1 de contraction de Banach-Picard donné page 104, à
partir des estimations (5.67), (5.68) et (5.69) nous devons vérifier la condition
C 1 C 3 1
+ C(ρ20 T ) 4 k~u0 kL2 + + Cρ31 T 4 kf~kL2 Ḣx−1 < ,
κ0 κ1 t 4C
et donc, si l’on fixe les constantes κ0 et κ1 telles que l’on ait κC0 ≤ 16C 1
et κC1 ≤ 16C
1
, la condition
précédente s’écrit
1 3 1
C(ρ20 T ) 4 k~u0 kL2 + Cρ31 T 4 kf~kL2 Ḣx−1 < . (5.70)
t 8C
On observe alors que si les données sont grandes (c’est à dire si l’on a k~u0 kL2 1 et
kf~kL2 Ḣx−1 1), alors le temps d’existence T doit être petit pour que cette relation ci-dessus
t
ait lieu et on obtient de la sorte une unique solution des équations de Navier-Stokes dans
1
l’espace de résolution L4 ([0, T [, Ḣ 2 (R2 )) qui s’écrit
Z t Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + ~
gt−s ∗ P(f )(s, x)ds − ~ u)(s, x)ds,
gt−s ∗ P((~u · ∇)~
0 0
et qui appartient donc à l’espace L∞ ([0, T [, L2 (R2 )) ∩ L2 ([0, T [, Ḣ 1 (R2 )) : en effet, sous cette
expression, la vitesse ~u vérifie les estimations :
Z t
k~ukL∞ L2 ∩L2 Ḣ 1 ≤ kgt ∗ ~u0 kL∞ L2 ∩L2 Ḣ 1 + gt−s ∗ P(f~)(s, x)ds
t x t x t x t x
0 L∞ 2 2 1
t Lx ∩Lt Ḣx
Z t
+ ~ u)(s, x)ds
gt−s ∗ P((~u · ∇)~
0 L∞ 2 2 1
t Lx ∩Lt Ḣx
avec les estimations (5.61) données page 187, on obtient bien que la vitesse ~u appartient à l’es-
pace L∞ ([0, T [, L2 (R2 )) ∩ L2 ([0, T [, Ḣ 1 (R2 )) et de plus, par cette même formulation intégrale
on obtient sans problème la continuité de la fonction t 7−→ k~u(t, ·)kL2 .
Cette expression est pour l’instant purement formelle, mais contrairement au cas de la di-
mension 3, nous pouvons justifier sans problème cette écriture : en effet, nous savons par les
calculs précédents que l’on a ~u0 ∈ L2 , f~ ∈ L2t Ḣx−1 et ∞ 2 2 1
Z ~u Z∈ Lt Lx ∩ Lt Ḣx , ce qui donne un sens
t
à tous les termes ci-dessus mis à part la quantité ~ u(s, x) · ~u(s, x)dxds que l’on
(~u · ∇)~
0 R2
étudie composante par composante : cela revient à traiter des termes de la forme
Z tZ
uj (s, x)∂xj uk (s, x)u` (s, x)dxds,
0 R2
où nous avons utilisé le contrôle (5.61) qui n’est valable qu’en dimension 2.
Z tZ
Ainsi, puisque la quantité trilinéaire ~ u(s, x) · ~u(s, x)dxds est bien définie, on
(~u · ∇)~
0 R2
peut utiliser les identités vectorielles et la propriété div(~u) = 0 pour obtenir
Z tZ Z tZ
~ u(s, x) · ~u(s, x)dxds =
(~u · ∇)~ div(~u ⊗ ~u)(s, x) · ~u(s, x)dxds
0 R2 R2 0
Z tZ Z tZ
=− div(~u ⊗ ~u)(s, x) · ~u(s, x)dxds + |~u(s, x)|2 div(~u)(s, x)dxds
0 R2 0 R2
Z tZ Z tZ
=− div(~u ⊗ ~u)(s, x) · ~u(s, x)dxds = − ~ u(s, x) · ~u(s, x)dxds.
(~u · ∇)~
0 R2 0 R2
Z tZ
et à partir de cette identité on obtient alors que la quantité ~ u(s, x) · ~u(s, x)dxds
(~u · ∇)~
0 R2
est en réalité nulle, ce qui nous permet d’obtenir l’égalité d’énergie
Z tZ Z tZ
k~u(t, ·)k2L2 +2 ~ ⊗ ~u(s, x)|2 dxds = k~u0 k2 2 + 2
|∇ L f~(s, x) · ~u(s, x)dxds, (5.71)
0 R2 0 R2
Remarque 5.14
1
1) On remarquera que le point fixe est réalisé ici dans l’espace L4t Ḣx2 qui est un espace
1 1
plus grand que l’espace L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx (on a bien k~
uk 1 ≤ k~ukL2 ∞ L2 k~ukL2 2 Ḣ 1 , voir
L4t Ḣx2 t x t x
les estimations (5.60)-(5.61) données page 187), l’utilisation de cet espace est unique-
ment motivée par la nécessité d’introduire une dépendance par rapport à la variable de
temps afin de considérer des données initiales grandes.
Pour finir, étudions les propriétés de la pression dans le cadre de la dimension 2. Nous
avons toujours la même équation pour la pression
1
~ u − div(f~) ,
p= div (~u · ∇)~ (5.72)
(−∆)
et alors il vient :
Corollaire 5.6.6 Soit ~u0 ∈ L2 (R2 ) une donnée initiale à divergence nulle et soit une
force extérieure f~ ∈ L2 [0, T ∗ [, Ḣ −1 (R2 ) avec T ∗ > 0. Si ~u ∈ L∞ ([0, T ∗ [, L2 (R2 )) ∩
L2 ([0, T ∗ [, Ḣ 1 (R2 )) est une solution des équations (5.66) alors la pression p donnée à
partir de l’équation (5.72) appartient à l’espace L2 ([0, T ∗ [, L2 (R2 )).
Preuve. On écrit
1 1
+ (−∆)− 2 f~(t, ·)
kp(t, ·)kL2 ≤ div div(~u(t, ·) ⊗ ~u(t, ·)
(−∆) L2 L2
1
≤ k~u(t, ·) ⊗ ~u(t, ·)kL2 + (−∆)− 2 f~(t, ·) .
L2
Cette quantité est bien bornée car, d’une part, en dimension 2 nous avons l’estimation (5.61) :
1 1
k~ukL4t L4x ≤ Ck~ukL2 ∞ L2 k~ukL2 2 Ḣ 1 .
t x t x
Notes et compléments
Les solutions construites par J. Leray en 1934 constituent, rétrospectivement, une avancée
fondamentale dans la compréhension des équations de Navier-Stokes et elles sont le point de
départ de la plupart des axes de recherche actuels sur le sujet. Rappelons que ces solutions
se caractérisent par les trois points suivants : il s’agit tout d’abord de solutions faibles (les
informations sont mesurées au sens faible dans les deux variables, temps et espace), ce sont en
plus des solutions globales en temps (ces solutions ont été construites pour cela) et, finalement,
elles vérifient l’inégalité d’énergie de Leray qui donne des informations très utiles sur cette
équation. Toutefois, ces solutions présentent un inconvénient majeur : nous ne savons pas
si elles sont uniques et l’étude de l’unicité des solutions de Leray est un défi mathématique
particulièrement difficile (il s’agit d’un problème du millénaire !).
Indiquons pour finir qu’il est possible de considérer des solutions des équations de Navier-
Stokes encore plus générales (mais avec moins de propriétés, voir par exemple le livre [45])
mais leur étude déborde du cadre de cet ouvrage.
5.7 Exercices
Exercice 5.1 Soit 0 < θ0 , θ1 < 1. On définit les indices p0 , q0 , p1 et q1 par les relations :
1 θ0 1 − θ0 1 1 − θ0 1 θ1 1 − θ1 1 1 − θ1
= + , = et = + , = ,
q0 2 6 p0 2 q1 2 6 p1 2
Z +∞ Z
2. Montrer que dans ce cas, la quantité ~ u · ~u(t, x)dxdt est bien définie.
(~u · ∇)~
0 R3
On vérifiera, par exemple, que l’on a
Z +∞ Z
~ u · ~u(t, x)dxdt ≤ k~uk 2 1 k~uk 4 4 .
(~u · ∇)~ L Ḣ Lt Lx t x
0 R3
3. Avec l’estimation ci-dessus, étudier la quantité définie dans l’expression (5.26), page
158. Avec l’information L4t L4x , est-il nécessaire de régulariser l’équation pour donner
~ u, ~ui ?
un sens à la quantité h(~u · ∇)~
Z +∞ Z
4. Vérifier que dans le cadre considéré ici, on a bien ~ u · ~u(t, x)dxdt = 0.
(~u · ∇)~
0 R3
Exercice 5.3 Soit ~u0 ∈ L2 (R3 ), à divergence nulle. On suppose qu’il existe une solution ~u
de l’équation
Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) − gt−s ∗ (P div (~u ⊗ ~u))(s, x)ds
0
telle que ~u ∈ L∞ ([0, +∞[, L2 (R3 )) ∩ L2 ([0, +∞[, Ḣ 1 (R3 )) ∩ L4 ([0, +∞[, Ḣ 1 (R3 )).
1 1
1. Montrer que pour f ∈ H 1 (R3 ) on a kf k 1 ≤ kf kL2 2 kf kḢ
2
1
. En déduire que si l’on a
Ḣ 2
1
f0 ∈ L2 (R3 ) alors gt ∗ f0 ∈ L4t Ḣx2 .
Z t
4
− 12
2. En déduire que si g ∈ L ([0, T [, Ḣ
3 (R3 )) alors gt−s ∗g(s, x)ds ∈ L∞ (]0, T [, L2 (R3 )).
0
Z t
3. En écrivant pour 0 ≤ t1 ≤ t, ~u(t, ·) = gt−t1 ∗ ~u(t1 , x) − gt−s ∗ P div (~u ⊗ ~u))(s, x) ds
t1
montrer que
4. En conclure que
où ~u0 ∈ L2 (R3 ) et ~b0 ∈ L2 (R3 ) sont des données initiales et où f~, ~g ∈ L2 ([0, +∞[, Ḣ −1 (R3 ))
sont des forces extérieures.
1. Pour > 0 fixé on considère les équations
198 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
Z t Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + ~
gt−s ∗ f (s, x)ds − ~ u + ([~b ∗ θ ] · ∇)
gt−s ∗ P ([~u ∗ θ ] · ∇)~ ~ ~b (s, x)ds
0 0
Z t Z t
~b(t, x) = gt ∗ ~b0 (x) + gt−s ∗ ~g (s, x)ds − ~ ~ ~ ~
gt−s ∗ P ([~u ∗ θ ] · ∇)b + ([b ∗ θ ] · ∇)~u (s, x)ds,
0 0
Z
où θ ∈ C0∞ (R3 ) est telle que 1 x
θ(x)dx = 1 et θ (x) = 3
θ . Montrer que ce système
R3
d’équation admet une solution mild locale (~u , ~b ) en temps dans l’espace L∞ 2 2 1
t Lx ∩Lt Ḣx .
1. A partir du système (5.73), obtenir des estimations d’énergie semblable à la formule
(5.29) pour le couple (~u , ~b ).
2. Obtenir des solutions mild globales (~u , ~b ).
3. Passer à la limite pour obtenir des solutions faibles de l’équation (5.73).
~ u et (~u · ∇)
2. Régulariser les termes (~u · ∇)~ ~ w.
~
et en déduire que ce terme est nul (on supposera que ~u et w ~ sont suffisamment
régulières, ce qui est le cas lorsqu’on traite le problème régularisé). Montrer également
que l’on a l’identité
Z Z
~
(∇ ∧ w)
~ · ~u dx = ~ ∧ ~u) · w
(∇ ~ dx
R3 R3
5. En considérant que tout est suffisamment régulier (ce qui est le cas lorsqu’on a introduit
les régularisations), multiplier l’équation (5.74) par le vecteur (~u, w) ~ et intégrer en
variable d’espace puis en variable de temps pour obtenir l’estimation
Z t
2 2
k~u(t, ·)kL2 + kw(t,
~ ·)kL2 + k~u(s, ·)k2Ḣ 1 + 2kw(s,
~ ·)k2Ḣ 1 + 2kdiv(w)(s, ~ ·)k2L2 ds
0
Z t Z t
0
≤C kw(s, 2
~ ·)kL2 ds + C kf~(s, ·)k2Ḣ −1 ds + k~u0 k2L2 + kw~ 0 k2L2 .
0 0
5.7. Exercices 199
7. Prolonger les solutions approchées et obtenir par un passage à la limite des solutions
~ de type Leray dans l’espace L∞
faibles (~u, w) 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx .
200 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
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Index
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Noyau
de Green, 50
de la chaleur, 45
Pascal, 2
Point fixe, 104, 208, 246
Poisson, 3
Pression, 7
Principe de contraction, 104
Problème de type Liouville, 254
Produit
tensoriel, 16
vectoriel, 15
Projecteur de Leray, 106
Viscosité, 8
Vorticité, 269