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Introduction aux équations de Navier-Stokes

Ce document est une introduction aux équations de Navier-Stokes, qui sont fondamentales en mécanique des fluides. Il présente les concepts historiques, les outils mathématiques nécessaires et les différentes approches pour étudier ces équations, notamment en termes d'existence et d'unicité des solutions. Le texte se concentre sur une étude théorique des propriétés des solutions dans un cadre mathématique rigoureux.

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Introduction aux équations de Navier-Stokes

Ce document est une introduction aux équations de Navier-Stokes, qui sont fondamentales en mécanique des fluides. Il présente les concepts historiques, les outils mathématiques nécessaires et les différentes approches pour étudier ces équations, notamment en termes d'existence et d'unicité des solutions. Le texte se concentre sur une étude théorique des propriétés des solutions dans un cadre mathématique rigoureux.

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Introduction aux équations de Navier-Stokes

Diego Chamorro

To cite this version:


Diego Chamorro. Introduction aux équations de Navier-Stokes. A paraître. �hal-03487812v2�

HAL Id: hal-03487812


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International License
Introduction aux équations de
Navier-Stokes
Version 0.1

Diego Chamorro

Laboratoire de Mathématiques et Modélisation d’Evry (LaMME)


Université Paris-Saclay, CNRS, Univ. Evry
&
AMARUN

5 juin 2023
Table des matières

1 Un peu d’histoire et un peu de physique 1


1.1 Bernoulli, Euler, Navier, Poisson, Stokes & Cie. . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 Rapide déduction physique des équations de Navier-Stokes . . . . . . . . . . . 3

2 Les outils de base 11


2.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.2 Quelques définitions et identités vectorielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.3 Espaces de Lebesgue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.4 Espaces de Sobolev . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.5 Quelques résultats utiles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
2.6 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38

3 Solutions classiques 43
3.1 Equation de la chaleur et équation de Laplace . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
3.2 Décomposition de Helmholtz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
3.3 Problème de Stokes et tenseur d’Oseen . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
3.4 Solutions classiques des équations de Navier-Stokes . . . . . . . . . . . . . . . 64
3.5 Formulation différentielle et formulation intégrale . . . . . . . . . . . . . . . . 78
3.6 Propriétés de décroissance spatiale des solutions classiques . . . . . . . . . . . 80
3.7 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98

4 Solutions mild 103


4.1 Principe de contraction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
4.2 Vitesse, pression et projecteur de Leray . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
4.3 Formulation intégrale et solutions mild . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
4.4 Théorème de Fujita-Kato . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
4.5 Formulation différentielle et formulation intégrale : équivalence . . . . . . . . 124
4.6 Temps d’existence des solutions et critères d’explosion . . . . . . . . . . . . . 131
4.7 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138

5 Solutions faibles de Leray 143


5.1 Motivation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144
5.2 Régularisation de Leray . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
5.3 Théorème Principal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
5.4 Inégalité forte d’énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 170
5.5 Unicité Fort-Faible . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 176
5.6 Le cas de la dimension n = 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 185
5.7 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 196

Bibliographie 201

i
ii TABLE DES MATIÈRES

Index 204
Introduction

L’objectif de ce livre est de présenter une première étude relativement élémentaire des
équations de Navier-Stokes, équations qui proviennent d’une modélisation mathématique de
la mécanique des fluides. Indiquons tout de suite qu’il n’exite pas une équation de Navier-
Stokes, mais des équations de Navier-Stokes en fonction du cadre de travail adopté et des
objectifs recherchés.

En effet, même s’il s’agit du système d’équations désormais classique

~ + f~,
~ u − ∇p
∂t ~u = ν∆~u − (~u · ∇)~ div(~u) = 0, ν > 0, (1)

il existe une multitude de points de vue différents concernant ce problème.

Ainsi, si on considère uniquement le domaine de définition du problème, on peut par


exemple étudier l’écoulement des fluides à l’intérieur d’un domaine fixe, disons sur un sous-
ensemble Ω de l’espace R3 (un tuyau par exemple), et dans ce cas les interactions du fluide
avec le bord ∂Ω du domaine d’étude Ω doivent obligatoirement être prises en compte car
elles vont conditionner les techniques de résolution. On peut également être intéressé par
des problèmes de turbulence, particulièrement pertinents lorsqu’il s’agit des écoulements des
fluides comme l’air ou l’eau lors du déplacement d’un corps rigide, comme un avion ou un
bateau par exemple (il s’agit ici d’un corps rigide qui évolue dans un fluide). Il est également
possible de considérer un cadre périodique en variable d’espace, ce qui peut se concevoir
comme une certaine modélisation (très particulière, il est vrai) d’un domaine à bord mais
qui procure des avantages techniques intéressants. Nous pouvons aussi nous focaliser sur un
problème un peu plus abstrait qui étudie un fluide qui remplit tout l’espace R3 , de sorte qu’il
n’y ait aucune interaction avec des obstacles : c’est ce que nous ferons ici car c’est le cadre
idéal pour appliquer les outils classiques issus de l’analyse harmonique.
Comme nous pouvons le constater avec cette très courte liste ci-dessus, nous avons plu-
sieurs possibilités pour le choix du domaine dans lequel on considère les équations de Navier-
Stokes (1). Une fois que ce domaine est fixé, nous pouvons être intéressés par une approche
numérique de ces équations afin de réaliser des simulations par ordinateur et ces aspects sont
très importants car ils permettent d’obtenir des résultats qui peuvent être contrastés avec
les expériences. Mais nous pouvons également considérer une étude générale des propriétés
des solutions de ces équations (existence, unicité, temps d’existence, régularité, etc.) et c’est
cette approche légèrement plus théorique qui sera développée ici.

Bien évidemment, et le lecteur peut le deviner sans problème, chacune de ces approches,
chaque angle d’attaque, induit un choix très particulier d’outils et de techniques et il suffit de
parcourir la table des matières de livres couvrant ces sujets (voir par exemple [21], [44], [35],
[45]) pour prendre conscience qu’il ne sera pas possible de traiter toutes les particularités des
équations de Navier-Stokes, même s’il s’agit d’un livre à caractère encyclopédique. . . et ceci

iii
iv TABLE DES MATIÈRES

est d’autant plus vrai pour un livre comme celui-ci qui se veut une introduction.

Dans de ce livre, et comme il a été dit précédemment, on va considérer les équations de


Navier-Stokes sur tout l’espace R3 et, afin d’étudier les problèmes d’existence, d’unicité et de
régularité des solutions de ces équations, nous allons faire appel à des outils issus de l’analyse
mathématique : espaces de Banach, espaces de Lebesgue, espaces de Sobolev, transformation
de Fourier, produit de convolution, inégalités de Hölder, de Young, de Grönwall et de Hardy-
Littlewood-Sobolev seront donc les ingrédients principaux de cette étude.

Voici maintenant une liste des thèmes qui seront abordés ici.

Dans le premier chapitre nous allons présenter très rapidement comment les équations de
Navier-Stokes se déduisent à partir de quelques hypothèses générales sur les fluides et nous
obtiendrons des propriétés fondamentales qui guideront notre étude tout le long de ce livre :
ces propriétés sont inhérentes à la structure des équations de Navier-Stokes et il convient de
les avoir à l’esprit avant de se lancer dans des calculs compliqués.

Le deuxième chapitre est consacré à la présentation des outils mathématiques qui seront
constamment mis en oeuvre. La plupart des objets sont supposés connus, nous ferons donc
qu’un rappel (parfois sans démonstrations) de leurs principales propriétés tout en donnant
les références nécessaires. Toutefois, quelques preuves sont détaillées dans les exercices à la
fin de ce chapitre.

Le vif du sujet est abordé au troisième chapitre, dans lequel nous présentons comment
obtenir des solutions “classiques” des équations de Navier-Stokes : il s’agit donc de fonctions
qui vérifient fortement ces équations, c’est à dire dans le sens où les dérivées considérées
sont des dérivées usuelles, et on obtiendra alors des résultats d’existence et d’unicité pour
ces équations avec des fonctions suffisamment régulières. Les idées exposées ici, ainsi que les
techniques associées, sont celles du début du XXème siècle (dûes principalement aux travaux
d’Oseen en 1911 [41]) et elles permettent de dégager quelques propriétés intéressantes des
solutions des équations de Navier-Stokes.

Les solutions mild seront exposées au quatrième chapitre et ce type de solutions généralisent
aux espaces de Sobolev les résultats du chapitre précédent. On donnera dans ce chapitre une
démonstration du théorème de Fujita-Kato, obtenu en 1964 [20], et il sera alors possible de
considérer des fonctions dont les dérivées peuvent être prises dans un sens beaucoup plus
général. Néanmoins, même si le cadre fonctionnel étudié ici est plus large que celui exposé au
troisième chapitre, la nature des résultats (existence, unicité, temps d’existence) est essen-
tiellement la même et les problèmes soulevés par la technique d’Oseen se retrouveront mutati
mutandis dans le cadre proposé par Fujita-Kato.

Le formalisme mild, en étroite association avec le principe de contraction de Picard, peut


être mis en œuvre dans de nombreux cadres fonctionnels et il s’agit d’une technique désormais
standard pour l’étude de diverses équations aux dérivées partielles. Dans le cinquième cha-
pitre nous montrerons comment obtenir des solutions des équations de Navier-Stokes dans les
espaces de Fourier-Herz dont la principale particularité repose sur une utilisation intensive de
la transformation de Fourier : nous verrons comment obtenir des solutions de ces équations
à partir de calculs (assez) élémentaires.

Les solutions construites dans tous les chapitres précédents (que ce soit en suivant les idées
TABLE DES MATIÈRES v

d’Oseen ou celles de Fujita et Kato) sont uniques, mais leur temps d’existence est lié à la taille
des données initiales. Pour obtenir des solutions globales en temps pour des données initiales
grandes il est donc nécessaire d’utiliser une autre méthode. Nous exposons dans le sixième
chapitre comment obtenir des solutions faibles en suivant le procédé de J. Leray développé
en 1934 [34] : l’idée consiste à régulariser tout d’abord le problème de Navier-Stokes pour
ensuite, grâce à un contrôle a priori sur les solutions de ce problème régularisé, prolonger le
temps d’existence des solutions approchées. On pourra ensuite récupérer des solutions glo-
bales en temps des équations de Navier-Stokes via un passage à la limite dans le paramètre de
régularisation. Cette technique, totalement fondamentale dans l’étude actuelle des équations
de Navier-Stokes, présente quelques inconvénients qui seront exposés et commentés dans ce
chapitre. Un point particulièrement important est le suivant : on obtient bien des solutions
globales en temps avec de propriétés intéressantes, mais on ne dispose d’aucun critère d’uni-
cité.

Dans le septième chapitre nous présentons une autre approche qui permet d’obtenir les
solutions faibles de Leray : si les idées fondamentales et les conclusions seront essentiellement
les mêmes, le point de vue adopté ici (relié aux solutions d’hyperviscosité) mérite le détour.
En effet, on verra que le fait de modifier les équations de Navier-Stokes en introduisant un
opérateur bi-Laplacien a, grosso modo, les mêmes conséquences que régulariser le terme non
linéaire lorsqu’il s’agit de construire des solutions faibles.

Dans le huitième chapitre nous nous intéressons à des problèmes d’explosion en temps
fini des solutions mild. Mais, nous ne savons pas traiter directement ce problème pour les
équations de Navier-Stokes et c’est pour cette raison que nous allons considérer ici un modèle
simplifié qui partage quelques éléments communs avec les équations de Navier-Stokes et qui
permettra de mettre en oeuvre un processus qui conduit vers l’explosion des solutions mild.
Ce chapitre explique, en partie, les difficultés techniques liées au principe de contraction de
Banach-Picard utilisé pour obtenir des solutions mild.

Les équations de Navier-Stokes sont des équations d’évolution, mais il est également très
intéressant d’étudier le problème stationnaire, c’est à dire lorsque le problème ne dépend
pas du temps. On pourrait croire que les techniques développées pour étudier le problème
d’évolution peuvent s’appliquer pour étudier le problème stationnaire, mais nous verrons que
ce n’est pas le cas et qu’il faudra considérer des résultats complètement différents afin de
pouvoir construire des solutions du problème stationnaire. Ceci sera réalisé au neuvième cha-
pitre où nous verrons également quelques problèmes propres au cas stationnaire.

Finalement, dans le dixième et dernier chapitre de ce livre, nous présentons la théorie


de régularité locale de Serrin et nous verrons qu’avec des hypothèses supplémentaires sur les
solutions faibles, il sera possible d’obtenir de la régularité en variable d’espace. Ce type de
résultat est particulièrement intéressant puisque, comme nous le verrons, un gain de régularité
peut permettre d’obtenir des résultats d’unicité pour les solutions faibles.

∗ ∗ ∗
vi TABLE DES MATIÈRES
Chapitre 1

Un peu d’histoire et un peu de


physique

Les équations de Navier-Stokes ont pour objectif de donner un modèle mathématique


au comportement des fluides et nous devons la formulation actuelle de ces équations, ainsi
que leur nom, aux travaux de deux scientifiques : Henri Navier (1785-1836) ingénieur et
mathématicien français et George Stokes (1819-1903) mathématicien et physicien britannique.

Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’un fluide ? Nous dirons tout simplement qu’un fluide
est un corps matériel qui peut se déformer de façon parfaite, comme par exemple les liquides
(eau, huile), les gaz (air) ou les plasmas. Cependant, la nature étant généreuse, tous les fluides
ne possèdent pas forcément les mêmes propriétés et ils ne réagissent pas tous de la même
manière face aux forces extérieures : il est clair que le miel ne se comporte pas de la même
façon que l’eau, par exemple. Ainsi les équations de Navier-Stokes que nous allons étudier
dans ce livre correspondent à un modèle très particulier de fluide dont les lignes générales
se basent sur quelques hypothèses simples. Toute la théorie qui sera développée ici repose
tout d’abord sur une hypothèse de continuité : le comportement général (macroscopique) du
fluide correspond à celui d’un corps parfaitement continu et toutes les quantités qui lui sont
reliées (température, densité, vitesse, pression) sont censées varier continûment d’un point à
un autre. Ensuite on supposera que le fluide est incompressible : une parcelle de fluide peut
se déformer mais on ne pourra pas la dilater ni la comprimer. En outre on considèrera des
fluides qui sont homogènes et isotropes : la densité ne dépend pas de la position et il n’existe
aucune direction privilégiée. Finalement, les objets considérés sont des fluides newtoniens :
leur comportement général est indépendant des forces extérieures. Par exemple, l’eau même
mélangée à une certaine vitesse garde son comportement de liquide, mais cela n’est plus le
cas pour de la crème liquide qui, correctement fouettée, peut se convertir en crème Chantilly,
avec des propriétés physiques qui ne correspondent plus du tout à celles d’un fluide !

Hypothèses générales

• Continuité : les quantités observables varient de manière continue dans le temps.


• Incompressibilité : la densité ne varie pas au cours du temps.
• Homogénéité : la densité est indépendante de la position.
• Isotropie : les propriétés mécaniques sont indépendantes de la position.
• Comportement Newtonien : le tenseur de déformation est linéaire.

1
2 Chapitre 1. Un peu d’histoire et un peu de physique

Continuité, incompressibilité, homogénéité, isotropie et comportement newtonien sont


donc les hypothèses de base sur les fluides que nous considérerons dans ce livre, mais nous
devons encore préciser un dernier point : bien que l’on puisse considérer un fluide en dimension
2 d’espace (c’est à dire dans le plan R2 et l’on pourra penser alors à une très très fine couche
de fluide), dans tout ce livre on travaillera uniquement en dimension 3 (cadre de travail
beaucoup plus intéressant du point de vue physique), c’est à dire que les points x seront des
vecteurs de R3 et on rajoutera une variable de temps t ∈ [0, +∞[ afin d’étudier l’écoulement
dans le temps de certaines quantités. Le fluide considéré rempli donc tout l’espace R3 dans
lequel il n’existe aucun obstacle ni aucun bord : il s’agit bien entendu d’un fluide théorique et
dans la vie quotidienne il ne faudra pas s’attendre à trouver un fluide physique qui remplisse
toutes ces conditions de domaine réunies. En réalité, ce choix de domaine est finalement
arbitraire et répond essentiellement à des questions d’ordre technique car les outils que nous
souhaitons mettre en place seront des outils qui proviennent de l’analyse harmonique et de
l’analyse fonctionnelle (on pensera notamment à l’analyse de Fourier) qui s’adaptent peu (ou
très mal) à un cadre de travail local qui présente des bords.

Hypothèses mathématiques

• Variable de temps t ∈ [0, +∞[.

• Variable d’espace en dimension 3 : x ∈ R3 .

• Domaine de définition du fluide : l’espace R3 tout entier.

Voilà pour le cadre de travail général, mais comment sommes-nous arrivés aux équations de
Navier-Stokes ?

1.1 Bernoulli, Euler, Navier, Poisson, Stokes & Cie.


Sans remonter aux problèmes d’irrigation des terres de cultures, ni au transport de l’eau
en utilisant des aqueducs ou autres procédés, une partie de cette histoire commence...il y a
bien longtemps !
En effet, dès 1646, B. Pascal met en évidence la pression interne des fluides en repos avec son
expérience “crève-tonneau” dans laquelle un tonneau rempli d’eau et muni d’un long tube
vertical explose lorsqu’on rempli peu à peu cette colonne d’eau. Mais à cette époque le calcul
différentiel n’était pas encore développé, ce qui complique singulièrement la mise en équation
du problème, de sorte que ces idées ont été admises sous forme de principes de l’hydrostatique.
Ainsi, peut être le premier travail mathématique concernant l’écoulement des fluides remonte
à 1738 avec un article de D. Bernoulli [3] qui introduit le mot “hydrodynamique” et qui donne
une première explication de leur mouvement.
Peu de temps après, en 1749, L. Euler publie un mémoire intitulé “Principes généraux
du mouvement des fluides” à l’Académie des Sciences de Berlin [18] dans lequel il pos-
tule un premier modèle d’équations aux dérivées partielles pour expliquer la dynamique des
fluides. Les concepts développés par Euler dans ce mémoire sont totalement fondamentaux
pour la modélisation mathématique de la mécanique des fluides et les équations ainsi ob-
tenues 1 sont parmi les toutes premières équations aux dérivées partielles considérées. Mais
ces équations ne correspondaient pas aux expériences réalisées par les ingénieurs et bien
que mathématiquement le problème était (et reste encore) passionnant, le modèle proposé

1. Appelées à juste titre les “équations d’Euler”, voir (1.15) ci-après.


1.2. Rapide déduction physique des équations de Navier-Stokes 3

n’est pas satisfaisant pour décrire l’écoulement des fluides : il manquait un terme qui puisse
expliquer la déformation de ces derniers.
Les problèmes de déformation des corps (la flexion de plaques) étaient en plein essor
au début du XIXème siècle et C. Navier proposa en 1821 [38] un modèle pour l’étude de
l’élasticité des corps solides et il eut l’idée d’appliquer ce modèle à l’hydrodynamique en 1822
[37]. Il introduit alors une modification des équations d’Euler en rajoutant un terme qui expli-
quait la déformation élastique du fluide. Mais l’expression de ce terme supplémentaire ne fut
pas immédiatement acceptée par la communauté scientifique de l’époque et des discussions
passionnées eurent lieu entre Navier, Poisson et Cauchy concernant l’expression exacte de ce
terme. Pendant les années 1842-1845, G. Stokes développe sa propre théorie de l’élasticité
dans le cadre de l’hydrodynamique et obtient des résultats similaires à ceux de Cauchy et,
bien qu’il conteste les résultats obtenus par Navier, les équations résultantes sont essentiel-
lement les mêmes. Le modèle mathématiques ainsi proposé fut mis à l’épreuve des données
expérimentales et, du moins dans le cadre des fluides laminaires, ces équations furent ac-
ceptées par ingénieurs et physiciens et c’est ainsi que ces équations portent aujourd’hui le
nom de Navier et de Stokes.
Cependant, si les équations de Navier-Stokes sont un bon modèle pour les fluides lami-
naires très réguliers, la situation se complique lorsqu’on étudie les fluides turbulents dans
lesquels la présence de tourbillons rend extrêmement délicate la modélisation. Les fluides en
état turbulent ont été étudiés par O. Reynolds dès 1883 [43] puis par A. Kolmogorov [30] en
1941, et par bien d’autres chercheurs depuis, mais une modélisation mathématique rigoureuse
de la turbulence reste encore un problème ouvert au XXIème siècle, voir par exemple [28].

Incluses dans la liste de sept problèmes du millénaire [10], les équations de Navier-Stokes
ont récemment attiré l’attention d’une communauté mathématique et scientifique plus large
et bien des questions concernant ces équations font l’objet de recherches et de publications
actuelles. Dans cette (très) courte introduction, il n’est bien évidemment pas possible de
présenter tous les développements autour des équations de Navier-Stokes, et pour plus de
détails historiques nous renvoyons au livre [16].

1.2 Rapide déduction physique des équations de Navier-Stokes


Nous allons maintenant expliquer très brièvement comment s’obtiennent les équations de
Navier-Stokes à partir des hypothèses sur les fluides exposées au début de ce chapitre.

1.2.1 Deux cadres de référence


Ces équations donnent une description du mouvement des fluides, elles étudient donc la
variation dans le temps et dans l’espace de certaines quantités physiques et pour cela il est
nécessaire de fixer des repères de coordonnées pour pouvoir suivre ces déformations. Nous
avons deux points de vue :

• Cadre Lagrangien. Le référentiel est associé à la configuration du fluide à un certain


instant initial t0 = 0 et les parcelles que l’on souhaite étudier (ainsi que les quantités
qui leurs sont rattachées) se déplacent à mesure que le fluide lui-même se déplace : il
s’agit donc d’une étude trajectorielle. On dira alors que le vecteur Xx0 (t) ∈ R3 est la
position d’une parcelle de fluide au temps t où x0 ∈ R3 est la position de cette parcelle
4 Chapitre 1. Un peu d’histoire et un peu de physique

au temps t0 = 0, ainsi, si ~u est la vitesse de ces parcelles, nous avons

d
Xx (t) = ~u(t, Xx0 (t)). (1.1)
dt 0
Si Q représente une certaine quantité physique rattachée à une parcelle de fluide, alors
Qx0 (t) représentera cette quantité au temps t dont le point initial est x0 .

Un exemple de cette situation correspond à celui d’un ballon atmosphérique, avec


différents capteurs, qui est relâché dans le ciel et qui suit le courant du vent.

• Cadre Eulérien. Ici, le référentiel est fixé une fois pour toutes, on dispose alors d’un
point (t0 , x0 ) qui correspond à l’origine de l’espace [0, +∞[×R3 et on laisse évoluer le
fluide comme dans un laboratoire. Donc, si Q est une quantité physique, nous avons
tout simplement que Q(t, x) correspond à la valeur de cette quantité physique au
temps t et au point x dans le repère fixé.

Il y a bien sûr un lien entre ces deux approches : si Qx0 (t) est une quantité physique en
description lagrangienne et si Q(t, x) est la même quantité en description eulérienne, alors on
a l’identité suivante que relie la variation dans le temps de cette quantité Q dans ces deux
cadres :
3
d X d
Qx0 (t) = ∂t Q(t, x)|x=X + ∂i Q(t, x)|x=X Xx ,i (t).
dt x 0 (t) x0 (t) dt 0
i=1

Afin de différencier les dérivées partielles dans ces repères, on note traditionnellement la
d D
dérivée en coordonnées lagrangiennes dt Qx0 par Dt Qx0 et cette opération est appelée la
dérivée matérielle de la quantité Q. Ainsi, avec la relation (1.1) nous pouvons écrire

D ~
Qx (t) = ∂t Q(t, x) + (~u · ∇)Q(t, x). (1.2)
Dt 0

La base de la modélisation
Une fois que nous avons fixé la relation entre ces deux cadres de référence, nous passons à
la modélisation des équations de Navier-Stokes et le point de départ de cette modélisation est
donné par un petit élément de volume δV du fluide qui contient suffisamment de particules
mais dont taille reste infinitésimale par rapport à l’échelle macroscopique (petit élément de
volume donc, mais sans pour autant atteindre l’échelle moléculaire). Ainsi, si q = q(t, x0 ) est
une certaine quantité physique que l’on souhaite étudier, qui dépend de la variable de temps
t ∈ [0, +∞[ et de la position x0 ∈ R3 , alors notre connaissance de q au temps t sera donnée
par des moyennes prises sur ces éléments de volume δV qui contiennent le point x0 :
Z
QδV (t) = q(t, y)dy.
x0 ∈δV

1.2.2 La déformation du volume


Si la quantité physique Q correspond à une moyenne comme cela a été introduit ci-dessus,
il sera nécessaire de comprendre l’évolution dans le temps de la déformation des éléments de
volume. Donc, si on considère un volume V0 à un certain instant t0 = 0 qui est rempli par le
fluide, on s’intéresse à l’ensemble

Vt = y ∈ R3 : y = Xx (t), avec x ∈ V0 ,

1.2. Rapide déduction physique des équations de Navier-Stokes 5

donné par l’écoulement du fluide. Ainsi l’élément de volume dy de Vt sera associé à l’élément
de volume J(t, x)dx où J(t, x) est le Jacobien du transport x 7−→ Xx (t) et si l’on souhaite
étudier comment se comporte
 ceJacobien avec l’évolution dans le temps, on devra considérer

la quantité D(t, x) = det ∂xi yj (on a donc la relation J(t, x) = |D(t, x)|). En remar-
1≤i,j≤3
quant tout d’abord que l’on a par l’équation (1.1) :
  3  
∂ ∂ ∂ X ∂ ∂
∂t yj = (∂t yj ) = (uj (t, y)) = uj (t, y) yk ,
∂xi ∂xi ∂xi ∂yk ∂xi
k=1
 
∂ x1

et en notant ∂x le vecteur ∂x2 , nous pouvons alors écrire
∂ x3
     
∂ ∂ ∂ ∂ ∂ ∂ ∂ ∂ ∂
∂t D(t, x) = det ∂t y1 , y2 , y3 + det y1 , ∂t y2 , y3 + det y1 , y2 , ∂t y3
∂x ∂x ∂x ∂x ∂x ∂x ∂x ∂x ∂x
3    
X ∂ ∂ ∂ ∂
= u1 (t, y) det yk , y2 , y3
∂yk ∂x ∂x ∂x
k=1
3    
X ∂ ∂ ∂ ∂
+ u2 (t, y) det y1 , yk , y3
∂yk ∂x ∂x ∂x
k=1
3    
X ∂ ∂ ∂ ∂
+ u3 (t, y) det y1 , y2 , yk ,
∂yk ∂x ∂x ∂x
k=1

en observant maintenant que certaines colonnes des déterminants ci-dessus sont identiques
on obtient
   
∂ ∂ ∂ ∂ ∂ ∂
∂t D(t, x) = u1 (t, y) + u2 (t, y) + u3 (t, y) det y1 , y2 , y3 ,
∂y1 ∂y2 ∂y3 ∂x ∂x ∂x
ce qui nous donne l’équation
∂t D(t, x) = div(~u)D(t, x).
Si on considère la condition initiale D(0, x) = 1 et en se rappelant que l’on a la relation
J(t, x) = |D(t, x)|, nous obtenons l’expression suivante (l’exponentielle est positive) :
Z t 

J(t, x) = exp div ~u(s, Xx (s)) ds . (1.3)
0

A partir de cette formule on remarque que la divergence div(~u) du champ de vitesse ~u explique
les variations du volume (compression ou dilatation) au cours du temps et nous reviendrons
sur ce fait un peu plus tard.

1.2.3 La formule de convection


Avec la formule (1.3), nous pouvons étudier des quantités moyennées
Z de la façon suivante :
si q représente une information physique, on notera Q(t) = q(t, y)dy la valeur de cette
Vt
quantité prise sur tout le volume Vt et nous pouvons écrire
Z
Q(t) = q(t, Xx (t))J(t, x)dx,
V0

et alors Z
d 
Q(t) = ∂t q(t, Xx (t)) J(t, x) + q(t, Xx (t))∂t J(t, x)dx.
dt V0
6 Chapitre 1. Un peu d’histoire et un peu de physique

D
Mais comme on a ∂t (q(t, Xx (t))) = Dt q(t, y) et ∂t J = div(~u)J, avec J(t, x)dx = dy, en
utilisant ces identités nous avons alors la formule de convection ci-dessous :
Z Z
d D
q(t, y)dy = q(t, y) + q(t, y)div(~u(t, y)) dy, (1.4)
dt Vt Vt Dt
Z
qui explique la variation dans le temps des quantités du type q(t, y)dy.
Vt

1.2.4 Quelques applications de la formule de convection


• Densité. Appliquons cette formule de convection à la densité ρ(t, y) du fluide. Nous
avons alors que la masse d’un élément de volume Vt sera donnée par
Z
m(t) = ρ(t, y)dy,
Vt

mais étant donné que la masse d’une parcelle de fluide ne varie pas au cours de
d
l’écoulement de celui-ci (préservation de la masse), on en déduit dt m(t) = 0, ce qui
donne Z Z
d D
ρ(t, y)dy = ρ(t, y) + ρ(t, y)div(~u(t, y))dy = 0,
dt Vt Vt Dt

et pour que cette relation soit vraie pour tout élément de volume initial V0 , on obtient
la relation de conservation de la densité :
D
ρ + ρ div(~u) = 0. (1.5)
Dt
Ainsi, si le fluide est incompressible, ce qui s’exprime par l’invariance dans le temps
D
de la densité des parcelles de fluide, alors nous avons Dt ρ = 0, ce qui induit que la
divergence du champ de vitesse doit être nulle :

div(~u) = 0. (1.6)

On remarquera que cette condition est en accord avec la formule (1.3) qui explique la
dilatation ou la compression des éléments de volume.

D
De plus, par la formule (1.2) nous avons l’équation Dt ρ = ∂t ρ + (~u · ∇)ρ = 0, mais
comme nous avons supposé que le fluide est homogène alors la densité du fluide est
indépendante de la position (ce qui se traduit par ρ(t, x) = ρ(t)) et l’on a (~u · ∇)ρ = 0
d
et donc ∂t ρ = dt ρ = 0, ce qui nous permet de conclure que la densité est constante en
variables de temps et d’espace :
ρ = Cste.

On remarquera que les hypothèses d’incompressibilité et d’homogénéité du fluide im-


pliquent que la densité est constante.

• Quantité de mouvement. La quantité de mouvement d’une parcelle de fluide est


donnée par l’expression suivante :
Z
M (t) = ρ ~u(t, y)dy,
Vt
1.2. Rapide déduction physique des équations de Navier-Stokes 7

ainsi, par la deuxième loi de Newton, la variation de cette quantité de mouvement


dans le temps doit être égale à une force F~ , que l’on suppose de densité f~, ce qui nous
permet d’écrire Z Z
d d
M (t) = ρ ~u(t, y)dy = f~(t, y)dy,
dt dt Vt Vt
et si l’on applique l’identité de convection (1.4) à cette expression on obtient
Z Z
D
ρ ~u(t, y) + ρ ~u(t, y)div(~u(t, y))dy = f~(t, y)dy.
Vt Dt Vt

Compte tenu de la condition d’incompressibilité (1.6), nous pouvons écrire


Z Z
D
ρ ~u(t, y)dy = f~(t, y)dy,
Vt Dt Vt

donc, la variation de la quantité de mouvement d’une parcelle de fluide est


D
ρ ~u(t, y) = f~(t, y), (1.7)
Dt
ou encore, en coordonnées eulériennes
 
∂ ~ u = f~.
ρ ~u + (~u · ∇)~ (1.8)
∂t
L’expression (1.7) ci-dessus, bien que fondamentale, est incomplète car il est nécessaire de
comprendre la nature des forces qui s’exercent sur le fluide.

1.2.5 Etudes des forces


Nous devons maintenant expliquer quelle est l’expression de la force qui intervient ci-
dessus et on commence par remarquer que cette force peut se décomposer en des forces
internes au fluide et des forces externes :
f~ = f~internes + f~externes . (1.9)
Les forces externes seront considérées comme des données du problème, de sorte que nous
devons étudier plus en détail les forces internes du fluide. Compte tenu des hypothèses ini-
tiales énoncées au début du chapitre, nous allons considérer uniquement deux types de forces
internes.

• Pression. Lorsqu’une parcelle de fluide occupe une partie de l’espace, elle subit une
pression de la part des autres parcelles et cette pression s’exerce sur les parois du
volume de la parcelle avec un signe contraire à la normale, ce qui nous permet d’écrire
Z
~
Fpression = − p · ~ν dσ,
∂Vt

où la fonction p représente la densité de pression sur la parcelle. En utilisant le


théorème de Stokes nous avons
Z
~
Fpression = − ~
∇p(t, y)dy.
Vt

Indiquons que cette pression existe même lorsque le fluide est en repos comme l’a
montré Pascal en 1646 avec l’expérience hydrostatique “crève-tonneau” déjà men-
tionnée page 2.
8 Chapitre 1. Un peu d’histoire et un peu de physique

• Viscosité. Lorsqu’un fluide est visqueux, il réagit comme un corps élastique qui résiste
aux déformations et il y a en particulier des phénomènes de friction qui dégagent de
la chaleur. Si le fluide est isotrope, homogène et si l’on suppose en plus que le fluide
est newtonien, alors cette résistance aux déformations se concrétise par des forces de
viscosité de la façon suivante

f~visc = µ∆~u + λ∇(div(~


~ u)),

où µ et λ sont des paramètres physiques liés à la nature du fluide. On notera que si le
fluide est incompressible (div(~u) = 0), alors les seules forces de viscosité sont données
par le terme µ∆~u. Voir les livres [16] et [45] pour plus de détails à ce sujet.

Avec cette très courte étude des forces et avec l’incompressibilité du fluide, l’expression (1.9)
devient alors

f~ = f~internes + f~externes = (f~pression + f~visc ) + f~externes = (−∇p


~ + µ∆~u) + f~externes ,

et c’est cette formulation qui sera utilisée par la suite.

1.2.6 Equations générales de l’hydrodynamique


Ces équations sont données par la conservation de la densité, énoncée dans l’équation
(1.5), et par la variation dans le temps de la quantité de mouvement donnée par (1.7). En
prenant en compte l’étude des forces ci-dessus, les équations de l’hydrodynamique sont alors
 
D
ρ + ρ div(~u) = 0, et ρ Dt ~u = µ∆~u − ∇p + f~externes .
D ~ (1.10)
Dt
Comme la densité est supposée constante, on retrouve la relation

div(~u) = 0,

pour l’équation de conservation de la densité et, en appliquant la formule de la dérivée


matérielle (1.2) à la vitesse ~u dans (1.10), on obtient l’expression suivante pour la variation
de la quantité de mouvement
 3
X 
ρ ∂t ~u + ~ + f~externes .
ui ∂i ~u = µ∆~u − ∇p
i=1

Nous obtenons alors le système d’équations



div(~u) = 0,
 
t
~
ρ ∂ ~u + (~u · ∇)~u ~ + f~externes .
= µ∆~u − ∇p

Si l’on note maintenant ν = µρ > 0 et en faisant les abus de notation suivants p = ρ1 p


et f~ = ρ1 f~externes , en divisant la deuxième équation ci-dessus par la densité ρ nous avons
finalement

div(~u) = 0,
(1.11)

∂t~u = ν∆~u − (~u · ∇)~ ~ + f~,
~ u − ∇p ν > 0,
1.2. Rapide déduction physique des équations de Navier-Stokes 9

et nous avons obtenu ainsi les équations de Navier-Stokes telles qu’elles seront étudiées
tout au long de ce livre.

Mais avant de commencer une étude mathématiques de ces équations, quelques remarques
s’imposent.

• La force extérieure est une donnée du problème, de sorte que les inconnues dans les
équations de Navier-Stokes sont la vitesse ~u et la pression p. Ainsi, pour résoudre
les équations de Navier-Stokes, il faut alors donner un couple (~u, p) de fonctions où
~u : [0, +∞[×R3 −→ R3 et p : [0, +∞[×R3 −→ R et un intervalle de temps [0, T ] pour
lequel on a les relations (1.11).

• Le système d’équations ci-dessus, énoncé sous forme vectorielle, peut se réécrire de la


façon suivante où les fonctions ui , p et fi avec 1 ≤ i ≤ 3 sont définies sur [0, +∞[×R3
et à valeurs dans R :


∂x1 u1 (t,x1 ,x2 ,x3 )+∂x2 u2 (t,x1 ,x2 ,x3 )+∂x3 u3 (t,x1 ,x2 ,x3 )=0,




∂ u (t,x ,x ,x )=ν∆u (t,x ,x ,x )−[u ∂ u +u ∂ u +u ∂
t 1 1 2 3 1 1 2 3 1 x1 1 2 x2 1 3 x3 u1 ](t,x1 ,x2 ,x3 )−∂x1 p(t,x1 ,x2 ,x3 )+f1 (t,x1 ,x2 ,x3 ),

∂t u2 (t,x1 ,x2 ,x3 )=ν∆u2 (t,x1 ,x2 ,x3 )−[u1 ∂x1 u2 +u2 ∂x2 u2 +u3 ∂x3 u2 ](t,x1 ,x2 ,x3 )−∂x2 p(t,x1 ,x2 ,x3 )+f2 (t,x1 ,x2 ,x3 ),







∂t u3 (t,x1 ,x2 ,x3 )=ν∆u3 (t,x1 ,x2 ,x3 )−[u1 ∂x1 u3 +u2 ∂x2 u3 +u3 ∂x3 u3 ](t,x1 ,x2 ,x3 )−∂x3 p(t,x1 ,x2 ,x3 )+f3 (t,x1 ,x2 ,x3 ).

ou encore :



div(~u) = ∂x1 u1 + ∂x2 u2 + ∂x3 u3 = 0,




         
 ∂t u1

∆u1 u1 ∂x1 u1 + u2 ∂x2 u1 + u3 ∂x3 u1 ∂ x1 p f1
          (1.12)

         

 ∂ t u2
 = ν ∆u2  − u1 ∂x u2 + u2 ∂x u2 + u3 ∂x u2  − ∂x p + f2  .

     1 2 3   2   

         


∂t u3 ∆u3 u1 ∂x1 u3 + u2 ∂x2 u3 + u3 ∂x3 u3 ∂ x3 p f3

Il convient de garder en tête cette écriture des équations de Navier-Stokes car elle explicite
~ u.
son caractère vectoriel tout en donnant une expression détaillée du terme non linéaire (~u · ∇)~

Quelques remarques
• L’hypothèse de conservation de la densité donne la relation d’incompressibilité div(~u) =
0 et nous verrons par la suite que cette hypothèse est cruciale pour mener à bien cer-
tains calculs que nous nous proposons de réaliser.

• Notre cadre de travail en variable d’espace est R3 tout entier et le fluide est censé
remplir tout cet espace. Puisque nous avons supposé que ce fluide est homogène et
isotrope, si les équations de Navier-Stokes sont vérifiées au point x ∈ R3 alors elles
doivent encore être valables au point x + x0 pour tout x0 ∈ R3 . Cette propriété im-
plique que tous les objets que nous allons considérer ici devront être invariants par
10 Chapitre 1. Un peu d’histoire et un peu de physique

translation : que ce soit les opérateurs différentiels ou les normes qui serviront à ca-
ractériser les espaces de fonctions.

• Considérons maintenant ~u : [0, +∞[×R3 −→ R3 et p : [0, +∞[×R3 −→ R une solution


des équations de Navier-Stokes
~ u − ∇p,
∂t ~u = ν∆~u − (~u · ∇)~ ~ div(~u) = 0, ν > 0, (1.13)

où, pour plus de simplicité, nous avons pris une force extérieure nulle f~ = 0. Pour
λ > 0, nous allons étudier ~uλ et pλ les dilatées de facteur λ de la vitesse et de la
pression définies par les expressions

~uλ = λα1 ~u(λα2 t, λα3 x) et pλ = λβ1 p(λβ2 t, λβ3 x),

où les paramètres αi et βi (1 ≤ i ≤ 3) seront fixés ci-dessous. En effet, par les mêmes
raisons d’invariance évoquées au point précédent, si (~u, p) sont solutions des équations
de Navier-Stokes, alors (~uλ , pλ ) doivent également être des solutions de ces équations,
mais cette fois-ci il est nécessaire d’imposer des conditions sur les exposants αi et βi .
En effet, un calcul direct montre que si ~u(t, x) et p(t, x) sont solutions des équations
(1.13), alors pour tout λ > 0 les fonctions

λ~u(λ2 t, λx) et λ2 p(λ2 t, λx), (1.14)

le sont également. Cette propriété d’homogénéité des solutions par rapport aux di-
latations est totalement fondamentale et elle façonnera les espaces fonctionnels avec
lesquels nous allons travailler tout au long de ce livre.

• La constante ν > 0 est reliée à la nature du fluide considéré et represente un facteur


de viscosité : plus cette constante est grande, plus le fluide s’écoulera lentement. Au
risque de froisser physiciens, ingénieurs -et même mathématiciens- nous supposerons
dorénavant ν = 1 et ce choix arbitraire n’a pas d’impact mathématique majeur dans
les développements que nous allons faire dans ce livre : en effet, si (~u, p) sont solutions
des équations de Navier-Stokes (1.12) pour une certaine viscosité ν > 0, alors si à la
place de la transformation (1.14) on considère

ν~u(νt, x) et ν 2 p(νt, x),

alors ces nouvelles variables vérifient également les équations de Navier-Stokes mais
cette fois-ci avec une viscosité ν = 1. On remarquera donc que le fait de fixer ν = 1
revient à faire une dilatation en variable de temps, ce qui d’un point de vue purement
technique ne pose aucun problème particulier.

∗ ∗ ∗

Indiquons pour finir que dans le cas où le paramètre de viscosité ν est nul, on parlera
alors de fluide idéal et on obtient les équations d’Euler :

div(~u) = 0,
(1.15)
t
~
∂ ~u = −(~u · ∇)~u − ~
∇p + ~
f ,

dont l’étude mathématique complète reste encore un problème ouvert qui ne sera pas
abordé ici.
Chapitre 2

Les outils de base

Dans ce chapitre nous allons présenter la plupart des objets mathématiques qui seront
nécessaires pour mener à bien l’étude que nous nous proposons de faire sur les équations
de Navier-Stokes. Nous supposerons que le lecteur est familier avec les notions de base de
l’analyse fonctionnelle, de l’analyse de Fourier et de la théorie des distributions et la plupart
des énoncés de ce chapitre seront donnés sans démonstration.

Mais de quoi avons-nous besoin ? En plus de quelques identités vectorielles, nous aurons
essentiellement besoin de mesurer la taille des fonctions à l’aide des espaces de Lebesgue ainsi
que de leurs dérivées (ce qui sera fait en utilisant les espaces de Sobolev) et ces ingrédients
seront plus que suffisants pour une première étude mathématique des équations de Navier-
Stokes.

2.1 Généralités
2.1.1 Espaces de fonctions à valeurs réelles
Notre point de départ sera donc l’espace de fonctions continues bornées définies sur l’es-
pace Rn avec n ≥ 1 à valeurs dans R :

Cb (Rn ) = ϕ : Rn −→ R : ϕ est continue et bornée ,




normé par kϕk∞ = sup |ϕ(x)|. De même, on considèrera l’espace Cbk (Rn ) des fonctions k fois
x∈Rn
continument dérivables et dont toutes les dérivées sont bornées qui est donné par l’ensemble

Cbk (Rn ) = ϕ : Rn −→ R : kϕkC k < +∞ ,



b
X
où la quantité kϕkC k = kDα ϕk∞ est une norme et où on a utilisé les notations classiques
b
|α|≤k
n
X
pour les dérivées : pour α = (α1 , · · · , αn ) ∈ Nn un multi-indice, on note |α| = αj sa
j=1
∂ |α| ϕ
longueur et alors nous écrivons Dα ϕ(x) = α1 (x).
∂x1 · · · ∂xαnn

Pour tout k ≥ 0, les fonctions dont les k-ième dérivées existent et sont continues, mais qui
ne sont pas nécessairement bornées, seront dite de classe C k (Rn ). On dira qu’une fonction
ϕ : Rn −→ R est régulière si elle est indéfiniment dérivable, ce que l’on notera ϕ ∈ C ∞ (Rn ).

11
12 Chapitre 2. Les outils de base

Lorsque le support des fonctions est compact, on adoptera la notation C0k (Rn ), avec k ≥ 0
pour désigner cette information supplémentaire. L’espace des fonctions test, c’est à dire l’es-
pace des fonctions régulières à support compact, sera noté D(Rn ) ou encore C0∞ (Rn ).

On remarquera que l’on a l’identité d’espaces Cb0 (Rn ) = Cb (Rn ), C 0 (Rn ) = C(Rn ), ou en-
core C00 (Rn ) = C0 (Rn ) et l’on utilisera indistinctement ces notations.

Les espaces de fonctions Cbk (Rn ), C k (Rn ) et C0k (Rn ) que nous venons de présenter sont des
espaces classiques où l’étude de la régularité des fonctions se réalise au sens fort : les fonctions
sont suffisamment dérivables et les dérivées des fonctions sont des dérivées usuelles.

Mais dans ce livre nous aurons également besoin de considérer les dérivées des fonctions
dans un sens plus large (on parlera alors de dérivées au sens faible).

Ainsi, si ϕ : Rn −→ R est une fonction, pour tout multi-indice α nous dirons que la
dérivée faible Dα ϕ de la fonction ϕ est la fonction ψ si pour toute fonction test φ ∈ C0∞ (R3 )
on a l’identité Z Z
α |α|
ϕ(x)D φ(x)dx = (−1) ψ(x)φ(x)dx, (2.1)
Rn Rn
et cette façon de procéder nous permettra de considérer les dérivées d’objets (qui peuvent
être des fonctions bien sûr, mais pas seulement) beaucoup moins réguliers.

Le cadre formel pour étudier ce type de dérivées est celui des distributions, mais par un
soucis de concision on se limitera dans cet ouvrage aux distributions tempérées : on introduit
pour cela la classe de Schwartz S(Rn ) qui se définit comme l’espace des fonctions régulières
ϕ : Rn −→ R telles que les quantités
pk,α (ϕ) = sup |x|k |Dα ϕ(x)|,
x∈Rn

sont bornées pour tout k ∈ N et pour tout multi-indice α ≥ 0. A partir de cette classe de
fonction on considère alors l’espace S 0 (Rn ) des distributions tempérées comme l’ensemble des
formes linéaires continues définies sur la classe de Schwartz S(Rn ). Ainsi, si φ ∈ S(Rn ) est
une fonction de la classe de Schwartz et si f ∈ S 0 (Rn ) est une distribution tempérée nous
avons le crochet de dualité
hf, φiS 0 ×S , (2.2)
qui permet de transposer la plupart des opérations sur les fonctions aux distributions tempérées.

L’espace des distributions tempérées S 0 (Rn ) contient alors des objets qui peuvent être
dérivables au sens de l’expression (2.1) ci-dessus et l’intérêt pour nous de travailler avec cet
espace de distributions est double : tout d’abord dans ce livre on utilisera plusieurs espaces
fonctionnels (Lebesgue, Lorentz, Sobolev, etc) et tous ces espaces vérifient les inclusions
S(Rn ) ⊂ X ⊂ S 0 (Rn ), (2.3)
où l’on a désigné par X n’importe lequel de ces espaces. D’autre part, ces propriétés d’in-
clusion nous permettent de délimiter notre cadre de travail d’un point de vue de l’analyse
fonctionnelle et en particulier dans tous ces espaces la transformation de Fourier et toutes
ses propriétés sont bien définies (au sens des distributions) ce qui donne une cohérence d’en-
semble des outils qui seront utilisés par la suite.

Le lecteur trouvera plus de détails concernant tous ces espaces fonctionnels dans les livres
[54], [4], [24] et [5].
2.1. Généralités 13

2.1.2 Fonctions à valeurs vectorielles


Etant donné que nous allons travailler avec des fonctions vectorielles, il est utile de
généraliser ces espaces précédents à ce type de fonctions.
p Nous considérerons tout d’abord
l’espace Rn muni de sa norme euclidienne |x| = x21 + · · · + x2n , ensuite on considère des
fonctions du type

f~ : Rm −→ Rn
   
x1 f1 (x1 , · · · , xm )
 ..  ..
 .  7−→  ,
 
.
xm fn (x1 , · · · , xm )

avec m, n ≥ 1 où chacune des composantes f1 , · · · , fn est une fonction définie sur Rm , à
valeurs réelles, et ainsi nous avons

|f~(x)| = f1 (x)2 + · · · + fn (x)2 .


p

Pour un point x fixé, cette quantité peut être remplacée par n’importe quelle autre quantité
Xn
équivalente, par exemple |f~(x)| = max |fi (x)| ou encore |f~(x)| = |fi (x)| et nous ferons
i=1,...,n
i=1
abstraction des constantes (qui ne dépendent que de la dimension de l’espace Rn ) qui per-
mettent d’établir l’équivalence de ces quantités. Plus généralement nous avons la remarque
suivante.

Remarque 2.1 (Notation) Si E est un espace normé muni de deux normes k · kE , k · kE ,


on utilisera la notation k · kE ' k · kE pour dénoter que ces normes sont équivalentes : il existe
deux constantes C1 , C2 > 0 telles que pour tout e ∈ E on ait C1 kekE ≤ kekE ≤ C2 kekE .
Avec ces précisions, l’espace des fonctions vectorielles continues bornées définies sur Rm à
valeurs dans Rn , qui sera noté Cb (Rm , Rn ), peut alors se caractériser par la norme

kf~k∞ = sup |f~(x)|.


x∈Rm

L’espace des fonctions vectorielles k fois continument dérivables Cbk (Rm , Rn ) se définit de
manière similaire en exigeant que chaque composante f1 , · · · , fn appartienne à l’espace Cbk (Rm )
introduit précédemment. Ainsi, si α ∈ N3 est un multi-indice et si f~ : R3 −→ R3 est une
fonction vectorielle, on écrira Dα f~ pour désigner le vecteur
 
Dα f1
 
Dα f~ = Dα f2  ,
 
 
Dα f3
X
et on peut caractériser cet espace par la condition kf~kC k = kDα f~k∞ < +∞.
b
|α|≤k

Les idées utilisées pour les fonctions réelles s’appliquent de la même façon aux fonctions
vectorielles de classe C k (Rm , Rn ) qui sont continues mais pas nécessairement bornées et aux
fonctions vectorielles C0k (Rm , Rn ) dont le support est compact.

Remarque 2.2 (Notation) Si t ∈ [0, +∞[, x ∈ Rm et f~ : [0, +∞[×Rm −→ Rn est une


fonction vectorielle, on écrira f~ ∈ Cbk ([0, +∞[, Cb` (Rm , Rn )) pour désigner les fonctions qui
14 Chapitre 2. Les outils de base

sont k-dérivables bornées dans la variable t et `-dérivables bornées dans la variable x. La


norme de cet espace est donnée par l’expression :
XX j
kf~kC k C ` = k∂t Dxα f~(·, ·)k∞ .
b,t b,x
j≤k |α|≤`

Pour finir, la classe de Schwartz vectorielle S(Rm , Rn ) et l’espaces des distributions


tempérées vectorielles S 0 (Rm , Rn ) se définissent de la même manière en considérant chaque
composante séparément.

2.2 Quelques définitions et identités vectorielles


Les équations de Navier-Stokes sont des équations vectorielles et il est donc très important
d’avoir en tête quelques calculs propres au cadre vectoriel qui permettent de simplifier (ou
tout simplement de mener à bien) un certain nombre calculs. Pour cette raison nous rappe-
lons maintenant quelques définitions du calcul vectoriel sur R3 et dans toute cette section
nous supposerons que toutes les fonctions ci-dessous (réelles ou vectorielles) sont suffisam-
ment régulières, dans le sens où les dérivées considérées sont bien définies. Nous avons donc :

~ et il est défini par l’expression


• Le gradient. Cet opérateur sera noté ∇
 
∂ x1
 
~ =
∇ ∂x2  .

 
∂ x3
Si ϕ : R3 −→ R est une fonction à valeurs réelles, son gradient est le vecteur déterminé
par  
∂ x1 ϕ
 
~ =
∇ϕ ∂x2 ϕ ,

 
∂ x3 ϕ
~ = (∂x ϕ)2 + (∂x ϕ)2 + (∂x ϕ)2 .
p
et bien sûr nous avons |∇ϕ| 1 2 3

Si f~ : R3 −→ R3 est une fonction vectorielle son gradient est la matrice définie par
l’expression  
∂x1 f1 ∂x1 f2 ∂x1 f3
 
~ ⊗ f~ = 
∇ ∂x2 f1 ∂x2 f2 ∂x2 f3  .

(2.4)
 
∂x3 f1 ∂x3 f2 ∂x3 f3
• Le Laplacien. Si ϕ : R3 −→ R est une fonction à valeurs réelles nous avons
3
X
∆ϕ = ∂x2i ϕ,
i=1

et si f~ : R3 −→ R3 est une fonction vectorielle on écrira


 
∆f1
 
~
∆f = ∆f2  .
 
 
∆f3
2.2. Quelques définitions et identités vectorielles 15

• La divergence. Si f~ : R3 −→ R3 est une fonction vectorielle, on définit la divergence


de f~ de la façon suivante

div(f~) = ∇
~ · f~ = ∂x f1 + ∂x f2 + ∂x f3 .
1 2 3 (2.5)

Les notations div(f~) et ∇


~ · f~ coexistent, mais nous allons privilégier (dans la mesure
du possible) la première notation div(f~).

Les relations entre le gradient, le Laplacien et la divergence sont nombreuses, en par-


ticulier nous avons :

Lemme 2.2.1
1) si ϕ : R3 −→ R est une fonction suffisamment régulière, alors
~ · (∇ϕ)
∇ ~ = ∆ϕ et donc ~
div(∇ϕ) = ∆ϕ.

2) si ϕ : R3 −→ R est une fonction à valeurs réelles et si f~ : R3 −→ R3 est une


fonction vectorielle, alors nous avons l’identité

div(ϕf~) = ϕ div(f~) + ∇ϕ
~ · f~

• Le produit vectoriel. Si ~a et ~b sont deux vecteurs de R3 , on définit leur produit


vectoriel 1 ~a ∧ ~b par l’expression :
 
a2 b3 − a3 b2
 
~a ∧ ~b = a3 b1 − a1 b3  , (2.6)
 
 
a1 b2 − a2 b1

et ce produit vectoriel se généralise sans problème aux fonctions vectorielles (en


écrivant f~ ∧ ~g ponctuellement).

• Le rotationnel. Pour une fonction vectorielle f~ : R3 −→ R3 nous définissons son


~ ∧ f~ par le vecteur
rotationnel ∇
 
∂x2 f3 − ∂x3 f2
 
~ ∧ f~ = 
∇ ∂x3 f1 − ∂x1 f3  ,

(2.7)
 
∂x1 f2 − ∂x2 f1

cet opérateur explique la manière dont un champ de vecteurs tourne autour d’un point
(d’où son nom !) et nous avons les identités suivantes.

Lemme 2.2.2
1) Si f~, ~g : R3 −→ R3 sont deux fonctions vectorielles et si λ ∈ R, alors on a
~ ∧ (λf~ + ~g ) = λ∇
∇ ~ ∧ f~ + ∇
~ ∧ ~g .

2) Si ϕ : R3 −→ R est une fonction à valeurs réelles alors


~ ∧ (∇ϕ)
∇ ~ = 0, (2.8)

nous avons donc que le rotationnel d’un gradient est toujours nul.

1. La notation ~a × ~b est également utilisée dans la littérature.


16 Chapitre 2. Les outils de base

3) Si f~ : R3 −→ R3 est une fonction vectorielle, nous avons l’identité

~ ∧ f~) = ∇(
~ ∧ (∇
∇ ~ ∇~ · f~) − ∆f~.

En particulier, si div(f~) = 0 on a la formule

~ ∧ f~) = −∆f~.
~ ∧ (∇

4) Si f~ : R3 −→ R3 est une fonction vectorielle, alors div(∇


~ ∧ f~) = ∇ ~ ∧ f~) = 0
~ · (∇
et donc la divergence d’un rotationnel est toujours nulle.

• Le produit tensoriel entre vecteurs. Si ~a et ~b sont deux vecteurs de R3 , le produit


tensoriel ~a ⊗ ~b est défini par
 
a1 b1 a1 b2 a1 b3
 
~a ⊗ ~b = a2 b1 a2 b2 a2 b3  . (2.9)
 
 
a3 b1 a3 b2 a3 b3

Ainsi, le produit tensoriel de deux vecteurs est un tenseur dont l’expression est donnée
~ ⊗ f~ utilisée précédemment dans
par une matrice. Cette définition justifie la notation ∇
(2.4).

• La divergence d’un tenseur. Si A = (ai,j )1≤i,j≤3 est la matrice associée à un


tenseur, on définit la divergence de ce tenseur par la formule
 
∂x1 a11 + ∂x2 a12 + ∂x3 a13
 
div(A) = ∂x1 a21 + ∂x2 a22 + ∂x3 a23  . (2.10)
 
 
∂x1 a31 + ∂x2 a32 + ∂x3 a33

Pour clore cette section, nous rappelons que si A = (ai,j )1≤i,j≤3 est une matrice, alors
on notera sa dérivée ∂xk A = (∂xk ai,j )1≤i,j≤3 et sa norme (usuelle) sera donnée par |A| =
 1
3 2
X
2
 |ai,j |  , mais il est bien sûr possible d’utiliser toute norme équivalente.
i,j=1

Quelques identités utiles


Voici quelques relations qui seront mises à profit dans les calculs des chapitres suivants :

Lemme 2.2.3
1) Si φ, ϕ : R3 −→ R sont deux fonctions réelles alors :

~ · ∇ϕ.
∆(φϕ) = (∆φ)ϕ + φ∆ϕ + 2∇φ ~

2) Si f~ : R3 −→ R3 est une fonction vectorielle, suffisamment régulière, on a

|f~|2
(f~ · ∇)
~ f~ = (∇
~ ∧ f~) ∧ f~ + ∇
~ .
2
2.3. Espaces de Lebesgue 17

2) Si f~, ~g : R3 −→ R3 sont deux fonctions vectorielles suffisamment régulières et si


div(f~) = 0, alors on a l’identité

(f~ · ∇)~
~ g = div(~g ⊗ f~). (2.11)

Cette dernière identité est très importante car elle sera constamment appliquée par la suite
~ u des équations de Navier-Stokes (1.11).
au terme de transport (~u · ∇)~

Il existe, bien entendu, beaucoup d’autres propriétés et relations entre tous ces objets,
mais les formules que nous venons d’exposer sont suffisantes pour l’étude que nous nous
proposons de faire sur les équations de Navier-Stokes. Le lecteur qui souhaite approfondir
certains détails du calcul vectoriel est invité à consulter le livre [1].

2.3 Espaces de Lebesgue


2.3.1 Généralités
Nous supposerons que le lecteur est familier avec les espaces de Lebesgue Lp (Rn ), avec
1 ≤ p ≤ +∞, qui sont définis comme l’ensemble des fonctions mesurables ϕ : Rn −→ R telles
que
Z 1
p
p
kϕkLp = |ϕ(x)| dx < +∞,
Rn
avec les modifications d’usage lorsque p = +∞. Cette quantité est une norme et les espaces
(Lp , k · kLp ) sont des espaces de Banach. Parmi les propriétés fondamentales de ces espaces
nous avons :
0
• Pour 1 ≤ p < +∞, nous avons la relation de dualité (Lp )0 = Lp avec 1
p + 1
p0 = 1, ce
qui nous permet de réécrire la norme k · kLp de la façon suivante
Z
kϕkLp = sup ϕ(x)φ(x)dx . (2.12)
kφk p0 ≤1 Rn
L

• L’inégalité de Cauchy-Schwarz : si ϕ, ψ sont deux fonctions de carré intégrable, alors


le produit ϕψ appartient à l’espace L1 (Rn ) et on a l’estimation
Z
|ϕ(x)ψ(x)|dx ≤ kϕkL2 kψkL2 . (2.13)
Rn

• L’inégalité de Hölder, qui n’est rien d’autre qu’une généralisation de l’inégalité de


Cauchy-Schwarz : si ϕ, ψ et φ sont trois fonctions mesurables telles que ϕ ∈ Lp (Rn ),
ψ ∈ Lq (Rn ) et φ ∈ Lr (Rn ), avec la relation p1 + 1q + 1r = 1, alors le produit ϕψφ est
une fonction intégrable et l’on a la majoration
Z
|ϕ(x)ψ(x)φ(x)|dx ≤ kϕkLp kψkLq kφkLr . (2.14)
Rn

• Dans le cas particulier p = 2, on dispose d’une structure supplémentaire : l’espace


L2 (Rn ) est un espace de Hilbert (réel ou complexe en fonction des valeurs prises par
les fonctions) muni du produit scalaire
Z
hϕ, ψiL2 ×L2 = ϕ(x)ψ(x)dx. (2.15)
Rn
18 Chapitre 2. Les outils de base

Lemme 2.3.1 (Une inégalité d’interpolation) Si 1 ≤ p0 < p < p1 ≤ +∞ sont trois


indices et si pour une fonction ϕ : Rn −→ R nous avons les informations ϕ ∈ Lp0 (Rn )
et ϕ ∈ Lp1 (Rn ), alors la fonction ϕ appartient à l’espace Lp (Rn ) et de plus on dispose de
l’inégalité
1 θ 1−θ
kϕkLp ≤ kϕkθLp0 kϕk1−θ
Lp1 , avec = + et 0 < θ < 1. (2.16)
p p0 p1
Cette inégalité est très intéressante car elle permet de déduire toute une famille d’estimations
intermédiaires à partir des informations sur les “bords” Lp0 et Lp1 .

Une généralisation utile des espaces de Lebesgue Lp (Rn ) est donnée par les espaces
Lploc (Rn ),
avec 1 ≤ p ≤ +∞, de fonctions mesurables qui sont localement intégrables et
qui sont caractérisés par l’ensemble
( Z 1/p )
Lploc (Rn ) = ϕ : Rn −→ R : p
|ϕ(x)| dx < +∞, pour tout compact K ⊂ Rn . (2.17)
K

Rappelons qu’il n’existe aucune relation d’inclusion entre les espaces de Lebesgue Lp (Rn ),
mais si l’on considère les espaces localement intégrables alors nous avons :

Lp ⊂ L1loc et Lploc ⊂ L1loc pour 1 ≤ p ≤ +∞.

Dans ce livre nous n’aurons que très occasionnellement besoin d’utiliser les espaces de fonc-
tions localement intégrables, le lecteur qui souhaite avoir plus de détails sur ces espaces peut
consulter les livres [24], [4] et [11, 12].

Bien évidemment, les espaces Lp et Lploc se généralisent sans aucun problème aux fonctions
vectorielles mesurables f~ : Rm −→ Rn , en particulier pour 1 ≤ p ≤ +∞ la norme k · kLp qui
caractérise les espaces Lp (Rm , Rn ) est donnée par l’expression
Z 1
p
kf~kLp = |f~(x)|p dx ,
Rm

avec les modifications usuelles lorsque p = +∞. Lorsque 1 ≤ p < +∞ nous avons également
0
la relation de dualité (Lp (Rm , Rn ))0 = Lp (Rm , Rn ) avec p1 + p10 = 1, et donc l’expression (2.12)
devient Z
kf~kLp = sup f~(x) · ~g (x)dx .
k~g k 0 ≤1 Rm
Lp

Les propriétés (2.13), (2.14) et (2.16) présentées ci-dessus se maintiennent bien évidemment
dans le cadre de fonctions vectorielles, remarquons simplement que lorsque p = 2 le produit
scalaire (2.15) s’écrit dans ce cas de la façon suivante :
Z
~
hf , ~g iL2 ×L2 = f~(x) · ~g (x)dx.
Rm

Remarque 2.3 Si on considère des fonctions vectorielles f~ : Rm −→ Rn , on désignera les


espaces de Lebesgue par Lp (Rm , Rn ), dans le cas de fonctions f~ : Rn −→ Rn on désignera ces
espaces par Lp (Rn ) et lorsqu’il n’y a pas de confusion possible on adoptera tout simplement
la notation Lp .
2.3. Espaces de Lebesgue 19

2.3.2 Espaces de Lebesgue temps-espace


Tout au long de ce livre nous devrons étudier la taille de fonctions qui dépendent des
variables de temps et d’espace et il sera nécessaire de distinguer la façon dont chacune de
ces variables est mesurée. Puisque notre objectif est d’étudier les équations de Navier-Stokes
définies sur tout l’espace R3 , nous allons concentrer notre étude sur des fonctions vectorielles
du type

f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3
(t, x) 7−→ f~(t, x),

dans lesquelles la variable de temps t appartient à l’intervalle [0, +∞[ (ou éventuellement à
l’espace R tout entier) et la variable d’espace x appartient à l’espace R3 .

Les objets qui seront définis dans toute cette section et les suivantes porteront principale-
ment sur ce type de fonctions, mais il convient de remarquer que la plupart des définitions et
propriétés qui suivent se généralisent aux dimensions autres que 1 (en temps) et 3 (en espace).

La première définition de cette section concerne donc les espaces de Lebesgue Lpt Lqx qui
nous permettront de mesurer des fonctions en considérant séparément leur intégrabilité sui-
vant ces deux variables.

Définition 2.3.2 (Espaces de Lebesgue Lpt Lqx ) Soit f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3


une fonction vectorielle mesurable, si 1 ≤ p, q ≤ +∞ sont deux paramètres réels,
~ p q 3

nous dirons que la fonction f appartient à l’espace L [0, +∞[, L (R ) si elle est
Lq -intégrable dans la variable d’espace et que la quantité résultante est Lp -intégrable
dans la variable de temps.

L’espace Lp [0, +∞[, Lq (R3 ) peut être normé par la quantité




Z +∞  p1 Z +∞ Z  p ! p1
q
kf~kLpt Lqx = kf~(t, ·)kpLq dt = |f~(t, x)|q dx dt ,
0 0 R3

avec les modifications nécessaires lorsque p, q = +∞, comme par exemple

kf~kL∞ q =
t Lx
sup kf~(t, ·)kLq ,
t∈[0,+∞[

ou encore
kf~kL∞ ∞ =
t Lx
sup kf~(t, ·)kL∞ = sup sup |f (t, x)|.
t∈[0,+∞[ t∈[0,+∞[ x∈R3

Il est très important de remarquer que l’on intègre d’abord en variable d’espace et qu’ensuite
on intègre en variable de temps et cet ordre d’intégration apparaı̂tra assez naturellement dans
les calculs des chapitres suivants.

Remarquons également que cette définition s’applique sans modifications aux fonctions à
valeurs réelles ϕ : [0, +∞[×R3 −→ R et le choix d’introduire les espaces Lpt Lqx dans le cadre
des fonctions vectorielles correspond tout simplement aux situations les plus utilisées par la
suite.
20 Chapitre 2. Les outils de base

Indiquons finalement que les notations Lpt (Lqx ), Lpt Lqx et Lp [0, +∞[, Lq (R3 ) coexisteront


dans cet ouvrage, et si I ⊂ [0, +∞[ est un intervalle, si Ω ⊂ R3 est un domaine borné et si
A = I × Ω représente le cylindre temps-espace, alors lorsqu’il n’y  a aucun risque de confusion
p q p q
nous écrirons tout simplement Lt Lx (A) au lieu de L I, L (Ω) .

Voici maintenant une liste de propriétés que le lecteur pourra vérifier par lui-même :

• Si p = q, alors on a l’identification d’espaces Lp ([0, +∞[, Lp (R3 )) = Lp ([0, +∞[×R3 ).

• Si 1 ≤ p, q ≤ +∞, les espaces Lp ([0, +∞[, Lq (R3 )) sont des espaces de Banach.

• Si 1 < p, q < +∞, les espaces Lp ([0, +∞[, Lq (R3 )) sont des espaces réflexifs et l’on a

0 0 0 1 1 1 1
Lpt Lqx = Lpt Lqx , avec + 0 = + 0 = 1.
p p q q

• Par dualité pour 1 ≤ p, q < +∞, nous avons la formule


Z +∞ Z
kf~kLpt Lqx = sup f~(t, x) · ~g (t, x)dxdt .
k~g k p0 q 0 ≤1 0 R3
Lt Lx

• Soient 1 ≤ p, p0 , p1 , q, q0 , q1 ≤ +∞ des indices réels. Pour deux fonctions vectorielles


~ 3 ~
f , ~g : R −→ R telles que f ∈ L [0, +∞[, L (R ) et ~g ∈ Lp1 [0, +∞[, Lq1 (R3 ) ,
3 p q 3
 
0 0

nous avons les inégalités de Hölder en temps et en espace :

kf~ · ~g kLpt Lqx ≤ kf~kLp0 Lqx0 k~g kLp1 Lqx1 , (2.18)


t t

1 1 1 1 1 1
où p = p0 + p1 et q = q0 + q1 .

Une conséquence des inégalités de Hölder est l’inégalité d’interpolation suivante

kf~kLpt Lqx ≤ kf~kθLp0 Lq0 kf~kL


1−θ
p1 q1 ,
L
(2.19)
t x t x

1 θ 1−θ 1 θ 1−θ
où 0 < θ < 1, p = p0 + p1 et q = q0 + q1 et 1 ≤ p, p0 , p1 , q, q0 , q1 ≤ +∞.

Lorsqu’on travaille avec des fonctions mesurables qui font intervenir deux variables, nous
avons l’inégalité suivante qui sera utilisée à plusieurs reprises par la suite :

Lemme 2.3.3 (Inégalité de Minkowski continue) Soit f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3


une fonction mesurable et soit 1 ≤ p < +∞ un indice. Alors nous avons l’inégalité
Z Z +∞ p  p1 Z +∞ Z 1
p
f~(t, x)dt dx ≤ |f~(t, x)| dx
p
dt. (2.20)
R3 0 0 R3

Une preuve de cette majoration peut se consulter dans le livre [11]. Indiquons que ce résultat
peut se réécrire comme suit :
Z +∞ Z +∞
f~(t, ·)dt ≤ kf~(t, ·)kLp dt, 1 ≤ p < +∞.
0 Lp 0
2.3. Espaces de Lebesgue 21

2.3.3 Produit de Convolution


Le produit de convolution entre deux fonctions joue un rôle central en analyse, en par-
ticulier par les nombreuses propriétés qui proviennent des liens très forts existants entre ce
produit, les dérivées et la transformation de Fourier. Dans l’étude des équations aux dérivées
partielles, cet outil est incontournable et il convient de fixer ici les notations et de présenter
les principales propriétés qui seront utilisées.

Définition 2.3.4 Si ϕ, ψ : R3 −→ R sont deux fonctions qui appartiennent à l’espace


L1 (R3 ), alors le produit de convolution ϕ ∗ ψ est défini par l’expression
Z
ϕ ∗ ψ(x) = ϕ(y)ψ(x − y)dy.
R3

De plus nous avons ϕ ∗ ψ ∈ L1 (R3 ) et kϕ ∗ ψkL1 ≤ kϕkL1 kψkL1 .

Parmi les propriétés immédiates du produit de convolution nous avons :

• Les identités de commutativité et linéarité ϕ∗ψ = ψ∗ϕ et ϕ∗(ψ+φ) = ϕ∗ψ+ϕ∗φ.

• Si l’on note φ̌(x) = φ(−x) et si f, g, φ sont des fonctions suffisamment régulières, alors
on a l’identité Z Z
φ ∗ f (x)g(x)dx = f (x)φ̌ ∗ g(x)dx.
R3 R3

• Si ϕ, ψ sont des fonctions suffisamment régulières, alors pour tout multi-indice α ∈ N3 :

Dα (ϕ ∗ ψ) = (Dα ϕ) ∗ ψ = ϕ ∗ (Dα ψ).

• Si ϕ ∈ L1 (R3 ) et si ψ est une fonction continue bornée, alors le produit de convolution


ϕ ∗ ψ est une fonction continue bornée.

• En sortant du cadre L1 (et en passant aux distributions), nous avons que l’élément
neutre du produit de convolution est la masse de Dirac δ0 , ce qui s’écrit formellement

ϕ ∗ δ0 = ϕ,

pour toute fonction ϕ suffisamment régulière. Voir les livres [4], [5], [23] et [12] pour
plus de détails.

Dans la proposition suivante, nous étendons le domaine de définition du produit de convolu-


tion en considérant des fonctions ϕ et ψ qui appartiennent à des espaces autres que L1 (R3 ).

Proposition 2.3.5 (Inégalités de Young) Si ϕ, ψ : R3 −→ R sont deux fonctions


mesurables telles que ϕ ∈ Lp (R3 ) et g ∈ Lq (R3 ) avec 1 ≤ p, q ≤ +∞, alors le produit
de convolution ϕ ∗ ψ appartient à l’espace Lr (R3 ) où 1 + 1r = p1 + 1q et l’on a l’inégalité

kϕ ∗ ψkLr ≤ kϕkLp kψkLq . (2.21)

Pour une preuve de ces inégalités, voir les livres [24], [12]. Voici maintenant deux cas parti-
culiers très utiles des inégalités de Young :
22 Chapitre 2. Les outils de base

• Lorsque ϕ ∈ Lp (R3 ) avec 1 ≤ p ≤ +∞ et ψ ∈ L1 (R3 ) nous avons l’inégalité


kϕ ∗ ψkLp ≤ kϕkLp kψkL1 .

1 1
• Si 1 ≤ p, q ≤ +∞ et si ϕ ∈ Lp (R3 ), ψ ∈ Lq (R3 ) avec p + q = 1 alors il vient
kϕ ∗ ψkL∞ ≤ kϕkLp kψkLq .

Les inégalités de Young sont très rigides par rapport aux indices p et q qui déterminent les
espaces de Lebesgue des fonctions ϕ et ψ : une fois ces paramètres fixés, le choix de l’espace
Lr dans lequel se trouve ϕ ∗ ψ est déterminé par la relation 1 + 1r = p1 + 1q et sans informations
supplémentaires il ne sera pas possible de s’affranchir de cette relation entre les indices p, q
et r.

Soit maintenant ϕ : R3 −→ R une fonction à valeurs réelles et soit f~ : R3 −→ R3 une


fonction vectorielle. Le produit de convolution ϕ ∗ f~ est alors défini par le vecteur
 
ϕ ∗ f1
 
ϕ ∗ f~ = ϕ ∗ f2  . (2.22)
 
 
ϕ ∗ f3

On observera que toutes les propriétés énoncées précédemment se maintiennent dans ce cadre
vectoriel : il suffit de raisonner composante par composante.

2.3.4 Transformation de Fourier


Les relations entre le produit de convolution et la transformée de Fourier seront de grande
utilité dans les chapitres suivants où nous pourrons voir comment l’analyse en fréquence est
un outil indispensable pour étudier les équations de Navier-Stokes.

Définition 2.3.6 Si ϕ : R3 −→ R est une fonction telle que ϕ ∈ L1 (R3 ), on définit sa


transformée de Fourier par
Z
ϕ(ξ)
b = F[ϕ](ξ) = ϕ(x)e−ix·ξ dx.
R3

La fonction résultante ϕ
b est une fonction continue, qui tend vers 0 à l’infini et vérifie la majo-
ration kϕk
b L∞ ≤ kϕkL1 . Si la fonction ϕb est elle-même intégrable, alors nous avons la formule
d’inversion suivante Z
−1 1 ix·ξ
ϕ(x) = F [ϕ](x) = ϕ(ξ)e dξ.
(2π)3 R3
b b

Voici maintenant une liste de quelques propriétés que vérifie la transformation de Fourier
d’une fonction ϕ qu’on supposera intégrable et suffisamment régulière :

Lemme 2.3.7
1) Dilatation : pour λ > 0 on considère la fonction ϕλ (x) = ϕ(λx), on a alors
1
ϕ
cλ (ξ) = ϕ(ξ/λ).
λ3
b

2) Translation : pour tout x0 ∈ R3 , si on pose ϕx0 (x) = ϕ(x − x0 ), alors


−ix0 ·ξ
ϕ
dx0 (ξ) = ϕ(ξ)e
b .
2.3. Espaces de Lebesgue 23

3) Dérivation : si ϕ : R3 −→ R est une fonction régulière intégrable, nous avons la


formule
∂ϕ
d
(ξ) = iξk ϕ(ξ)
b pour tout k = 1, 2, 3.
∂xk
Pour une démonstration de ces propriétés le lecteur peut consulter les livres [4], [5] et [23].

Le lien fondamental entre la transformation de Fourier et le produit de convolution est


donné par le fait suivant : si ϕ, ψ sont deux fonctions qui appartiennent à l’espace L1 (R3 ),
alors nous avons l’identité
ϕ[∗ ψ(ξ) = ϕ(ξ)
b ψ(ξ),
b

et nous verrons par la suite comment cette formule permet de simplifier bien des calculs.
Indiquons seulement que l’action de la plupart des opérateurs qui apparaissent dans l’étude
des équations aux dérivées partielles peut se voir comme un produit de convolution, dès lors
il est souvent bien plus commode de travailler directement avec un produit algébrique plutôt
qu’avec un produit de convolution.

On peut également considérer la transformation de Fourier dans l’espace de Lebesgue


L2 (R3 ) et dans ce cas particulier nous disposons du résultat ci-dessous.

Théorème 2.3.8 (Plancherel) Si ϕ est une fonction qui appartient à l’espace de


Lebesgue L2 (R3 ), alors nous avons l’équivalence

kϕkL2 ' kϕk


b L2 .

Le théorème de Plancherel sera utilisé de façon intensive dans les lignes qui suivent car il per-
mettra de définir certains espaces fonctionnels en passant directement en variable de Fourier.

Pour finir, la transformation de Fourier peut s’étendre aux distributions tempérées, qui
comme nous l’avons dit précédemment, constituent un cadre suffisamment large pour les be-
soins de ce livre (on rappelle les inclusions d’espaces (2.3)). On définit alors la transformation
de Fourier d’une distribution tempérée f ∈ S 0 (R3 ) en utilisant le crochet de dualité (2.2) :

(∀φ ∈ S(R3 )) hF[f ], φiS 0 ×S = hf, F[φ]iS 0 ×S , (2.23)

et toutes les propriétés de dilatation, translation, dérivation exposées dans les lignes ci-dessus
se maintiennent.

Finalement, lorsque f~ : R3 −→ R3 est une fonction vectorielle (ou une distribution


tempérée vectorielle), on définit la transformée de Fourier f~ par l’expression
b
 
fb1
 
f~ = fb2  ,
b  
 
fb3
et bien sûr toutes les propriétés exposées ci-dessus peuvent se transposer au cadre vectoriel
sans aucun problème.

Remarque 2.4 Dorénavant, et sauf mention explicite du contraire, on considèrera que tous
les objets manipulés (que ce soit des fonctions à valeurs réelles ou vectorielles) sont des
24 Chapitre 2. Les outils de base

distributions tempérées et donc la transformation de Fourier devra se concevoir en tant qu’une


opération générale explicitée par la formule (2.23).

La transformation de Fourier et les espaces de distributions tempérées sont des outils tota-
lement standards pour l’étude des équations aux dérivées partielles. Le lecteur qui souhaite
avoir plus de détails sur les propriétés de l’espace S 0 (R3 ) et de ses relations avec la transfor-
mation de Fourier peut consulter les livres [4], [5], [23], [54] et [24].

2.4 Espaces de Sobolev


Introduits presque simultanément par S. Sobolev et J. Leray dans les années 1934-1935, ces
espaces de fonctions sont maintenant totalement incontournables dans l’étude des équations
aux dérivées partielles. L’idée de base consiste à utiliser les dérivées faibles (au sens de
l’expression (2.1)) des fonctions et à mesurer la taille de celles-ci avec les espaces de Lebesgue.

2.4.1 Espaces de Sobolev non homogènes


A) Espaces de Sobolev d’ordre entier
Une première définition est la suivante.

Définition 2.4.1 (Espaces de Sobolev non homogènes d’ordre entier) Soient


k ∈ N un entier et 1 ≤ p < +∞ un paramètre réel. On définit l’espace de Sobolev
W k,p (R3 ) comme l’ensemble des distributions f~ ∈ S 0 (R3 ) qui appartiennent à l’espace
de Lebesgue Lp (R3 ) et dont les dérivées Dα f~, prises au sens faible avec |α| ≤ k,
appartiennent également à l’espace Lp (R3 ).
X
Cet espace peut être muni de la norme kf~kW k,p = kf~kLp + kDα f~kLp .
|α|=k

Cette définition est classique et parmi les propriétés élémentaires de ces espaces nous avons :

• Les espaces W k,p (R3 ) sont des espaces de Banach.

• Pour k2 ≥ k1 nous avons W k2 ,p (R3 ) ⊂ W k1 ,p (R3 ) et de plus W 0,p (R3 ) = Lp (R3 ). Ces
espaces sont donc décroissants par rapport au degré de régularité k considéré.

Dans ce livre nous allons employer principalement les espaces de Sobolev W k,2 . Etant
donné que lorsque p = 2 les espaces de Lebesgue sont des espaces de Hilbert, nous adopterons
dorénavant la notation H k (R3 ) = W k,2 (R3 ). En particulier, nous utiliserons très fréquemment
l’espace de Sobolev H 1 (R3 ) qui peut être caractérisé par la norme

kf~kH 1 = kf~kL2 + k∇
~ ⊗ f~kL2 . (2.24)

Le fait de travailler sur l’espace de Lebesgue L2 possède plusieurs avantages, en effet par
la formule de Plancherel nous disposons de l’équivalence

kf~kL2 ' kf~kL2 ,


b

ce qui nous permet, en utilisant les propriétés de la transformée de Fourier par rapport aux
dérivations, de considérer la caractérisation suivante des espaces de Sobolev H k (R3 ) pour
2.4. Espaces de Sobolev 25

k≥0:
Z 1 Z 1
2 2
kf~kH k ' (1 + |ξ| ) |f~(ξ)|2 dξ
2 k
' kf~kL2 + |ξ| |f~(ξ)|2 dξ
2k
. (2.25)
b b b
R3 R3

On remarquera alors qu’avec cette caractérisation des espaces de Sobolev qui utilise la trans-
formée de Fourier, la régularité des fonctions se traduit en variable de Fourier par des pro-
priétés de décroissance à l’infini des celles-ci.

B) Espaces de Sobolev d’ordre fractionnaire


Les espaces de Sobolev ci-dessus mesurent la régularité des fonctions de manière discrète,
dans le sens où le nombre de dérivées considérées est donné par le paramètre k ∈ N. Dans les
chapitres suivants nous aurons besoin d’étudier de façon plus fine la régularité, en particulier
nous devrons prendre en compte des dérivées d’ordre fractionnaire et pour cela nous allons
considérer les espaces de Sobolev de régularité s ∈ R avec s > 0.

Mais avant de donner la définition de ces espaces, nous rappelons quelques propriétés
des puissances fractionnaires du Laplacien qui nous permettront justement de calculer des
dérivées fractionnaires. Remarquons tout d’abord que, pour une fonction ϕ : R3 −→ R
suffisamment régulière, nous avons l’identité

\
(−∆)ϕ(ξ) = |ξ|2 ϕ(ξ),
b

et inspirés par cette expression, pour s > 0 un réel nous pouvons définir les puissances
s
fractionnaires du Laplacien (−∆) 2 par la formule

\2s ϕ(ξ) = |ξ|s ϕ(ξ).


(−∆) b (2.26)

Ainsi l’action de la puissance fractionnaire du Laplacien sur une fonction peut se lire très
facilement au niveau de Fourier et son symbole est tout simplement |ξ|s .
s
Nous obtenons alors un opérateur (−∆) 2 qui peut également être défini en variable d’es-
pace par l’expression 2

ϕ(x) − ϕ(y)
Z
s
(−∆) ϕ(x) = Cs v.p.
2
3+s
dy dans le cas où 0 < s < 2. (2.27)
R3 |x − y|

Indiquons également que l’utilisation de la caractérisation au niveau de Fourier (2.26) de


ces opérateurs nous permet d’écrire pour s1 , s2 > 0, au moins formellement et pour ϕ une
fonction suffisamment régulière, la formule suivante
s1  s2  s1 +s2
(−∆) 2 (−∆) 2 ϕ = (−∆) 2 ϕ.

De la même manière, l’interaction entre les dérivées partielles usuelles et les puissances frac-
tionnaires du Laplacien est donnée par l’expression
s s
∂xk [(−∆) 2 ϕ](x) = (−∆) 2 [∂xk ϕ](x), pour k = 1, . . . , n et s > 0. (2.28)
2. Rappelons que la valeur principale de l’intégrale d’une fonction f avec une singularité au point 0 signifie
Z Z
v.p. f (x)dx = lim f (x)dx.
R3 ε→0+ R3 \B(0,ε)
26 Chapitre 2. Les outils de base

Voir [24] et [50] pour plus de détails concernant les puissances fractionnaires du Laplacien
et pour une démonstration rigoureuse de l’équivalence de ces différentes représentations (en
s
variable d’espace et en variable de Fourier) de l’opérateur (−∆) 2 .
s
L’operateur de dérivation fractionnaire (−∆) 2 s’étend naturellement aux fonctions vec-
torielles f~ : R3 −→ R3 en raisonnant composante par composante :
 s 
(−∆) 2 f1
s
 s

(−∆) 2 f~ = (−∆) 2 f2  .
 
 
s
(−∆) 2 f3
Maintenant que nous avons à notre disposition cet opérateur de dérivation fractionnaire, nous
pouvons donner la définition qui suit.

Définition 2.4.2 (Espaces de Sobolev non homogènes fractionnaires) Si on


considère s > 0 un paramètre réel, nous définissons l’espace de Sobolev non homogène
fractionnaire H s (R3 ) comme l’ensemble des distributions f ∈ S 0 (R3 ) telles que
s
f~ ∈ L2 (R3 ) et telles que la quantité (−∆) 2 f~ appartient à L2 (R3 ). Cet espace peut être
caractérisé par la norme
s
kf~kH s = kf~kL2 + k(−∆) 2 f~kL2 .

• Les espaces H s (R3 ) avec s > 0 sont des espaces de Banach.

• Pour s2 ≥ s1 > 0 nous avons les inclusions d’espaces


H s2 (R3 ) ⊂ H s1 (R3 ) ⊂ L2 (R3 ). (2.29)
• Lorsque s = k les espaces de Sobolev donnés dans la Définition 2.4.3 coincident avec
les espaces de Sobolev d’ordre entier et nous avons l’équivalence des normes
k X
kf~kL2 + k(−∆) 2 f~kL2 ' kf~kL2 + kDα f~kL2 .
|α|=k

Bien évidemment, et en totale analogie avec la norme (2.25) donnée dans le cas d’espaces de
Sobolev d’ordre entier, nous avons la caractérisation suivante pour s > 0 :
Z 1 Z 1
2 2
kf~kH s ' (1 + |ξ| ) |f~(ξ)| dξ
2 s 2
' kf~kL2 + |ξ| |f~(ξ)| dξ
2s 2
. (2.30)
b b b
R3 R3

Etant donné que nous allons travailler essentiellement avec ces espaces de Sobolev H s , la
formule (2.30) ci-dessus sera très utilisée pour réaliser la plupart des calculs.

Indiquons qu’il est tout à fait possible de définir les espaces de Sobolev W s,p avec s > 0
et 1 ≤ p ≤ +∞, mais pour les besoins de ce livre les espaces H s sont plus que suffisants. Voir
[24] et [50] pour plus de détails sur les espaces de Sobolev de régularité fractionnaire.

C) Espaces de Sobolev d’ordre négatif


Nous allons maintenant définir les espaces de Sobolev non homogènes de régularité négative
et pour cela nous allons procéder par dualité.
2.4. Espaces de Sobolev 27

Définition 2.4.3 (Espaces de Sobolev non homogènes de régularité négative)


Si s > 0 est un paramètre réel nous définissons l’espace de Sobolev non homogène
de régularité négative H −s (R3 ) comme l’ensemble des distributions f~ ∈ S 0 (R3 ) qui
vérifient
|hf~, ~g i| ≤ Ck~g kH s ,
pour tout ~g ∈ H s (R3 ) et pour f~ ∈ H −s (R3 ) on note kf~kH −s la plus petite constante
possible dans la majoration ci-dessus.

Cette définition est bien trop abstraite pour nos besoins et nous allons maintenant donner
une série de propriétés de ces espaces qui les rendront beaucoup plus concrets.

• Si f~ ∈ H −s (R3 ) et si ~g ∈ H s (R3 ), nous utiliserons souvent la majoration suivante qui


se déduit directement de la définition

|hf~, ~g iH −s ×H s | ≤ kf~kH −s k~g kH s .

• Dans le cas des espaces de Sobolev de régularité négative, compte tenu de l’expression
(2.30) qui utilise la transformation de Fourier pour caractériser les espaces H s , nous
avons Z 1
2
~ 2 −s b ~ 2
kf kH −s ' (1 + |ξ| ) |f (ξ)| dξ . (2.31)
R3
• A partir des inégalités (2.29), pour s2 ≥ s1 > 0 nous avons par dualité les inclusions

L2 (R3 ) ⊂ H −s1 (R3 ) ⊂ H −s2 (R3 ), (2.32)

ainsi, plus l’indice de régularité est négatif, plus ces espaces sont grands.

• Les espaces de Sobolev de régularité négative peuvent contenir des objets qui ne
sont pas nécessairement des fonctions, par exemple si s > 3/2 alors nous avons
δ0 ∈ H −s (R3 ).

2.4.2 Espaces de Sobolev homogènes


Nous dirons qu’une norme k · k définie sur un ensemble de fonctions f~ : R3 −→ R3 , ainsi
que son espace fonctionnel associé, est homogène si pour tout λ > 0, si on pose f~λ (x) = f~(λx),
alors il existe un réel σ ∈ R tel que

kf~λ k = λσ kf~k.

Les espaces de Lebesgue usuels Lp (R3 ) sont homogènes car nous avons kf~λ kLp = λ−3/p kf~kLp ,
mais tous les espaces de Sobolev que nous venons de présenter ne sont pas homogènes par
rapport à la dilatation : en effet, si nous calculons par exemple la quantité kf~λ kH 1 en utilisant
la caractérisation donnée dans (2.24) nous obtenons
~ ⊗ f~λ kL2 = λ−3/2 kf~kL2 + λ1−3/2 k∇
kf~λ kH 1 = kf~λ kL2 + k∇ ~ ⊗ f~kL2 ,

et nous voyons bien que cette norme est donnée comme la somme de deux termes d’ho-
mogénéité différente.

Il est donc assez naturel d’utiliser comme cadre de travail des espaces fonctionnels ho-
mogènes. Nous aurons besoin des définitions suivantes.
28 Chapitre 2. Les outils de base

Définition 2.4.4 (Espaces de Sobolev homogènes)


• Si k ∈ N, l’espace de Sobolev homogène d’ordre entier Ḣ k est défini comme
l’ensemble des distributions f~ ∈ S 0 (R3 ) telles que toutes les dérivées Dα f~ avec
|α| = k appartiennent à l’espace L2 (R3 ). On peut caractériser cet espace par la
condition X
kf~kḢ k = kDα f~kL2 < +∞.
|α|=k

• Si s > 0, l’espace de Sobolev homogène fractionnaire Ḣ s est donné comme l’en-


semble des distributions f~ ∈ S 0 (R3 ) telles que la quantité suivante soit finie :
s
kf~kḢ s = k(−∆) 2 f~kL2 < +∞.

Voici quelques propriétés de ces espaces qu’il convient d’avoir en tête :

• Ces espaces sont bien homogènes, puisqu’on a


kf~λ kḢ k = λk−3/2 kf~kḢ k et kf~λ kḢ s = λs−3/2 kf~kḢ s .
• Les espaces de Sobolev homogènes tels qu’ils viennent d’être présentés ne sont pas des
espaces normés car les quantités k · kḢ k et k · kḢ s ne sont que des semi-normes. Plus
rigoureusement, pour obtenir des espaces normés, si 0 < s < 3/2 nous pouvons voir
que l’espace Ḣ s (R3 ) comme le complété de l’espace D(R3 ) par rapport à la quantité
s
k(−∆) 2 f~kL2 , mais si l’on a 3/2 + k ≤ s < 3/2 + k + 1 où k est un entier, alors il faudra
considérer l’espace Ḣ s (R3 ) comme un espace de distributions modulo les polynômes
de degré inférieur ou égal à k.

• En utilisant la formule de Plancherel nous avons


Z 1
s 2
kf~kḢ s = k(−∆) 2 f~kL2 ' |ξ| |f~(ξ)| dξ
2s 2
. (2.33)
b
R3
• Si s = k, alors nous avons l’équivalence
k X
k(−∆) 2 f~kL2 ' kDα f~kL2 ,
|α|=k

un cas particulier important est donné par l’espace Ḣ 1 (R3 ) pour lequel on peut écrire
Z 1
1 2
~ ⊗ f~kL2 ' k(−∆) 2 f~kL2 '
kf~kḢ 1 = k∇ |ξ| |f~(ξ)| dξ
2 2
.
b
R3
• Pour s, α > 0 deux paramètres réels, nous avons
α s α s+α
k(−∆) 2 f~kḢ s ' k(−∆) 2 [(−∆) 2 f~]kL2 ' k(−∆) 2 f~kL2 ' kf~kḢ s+α .
• Pour tout s > 0 on a H s (R3 ) ⊂ Ḣ s (R3 ) et nous disposons des inégalités
kf~kḢ s ≤ kf~kH s . (2.34)
• On remarquera que la norme des espaces de Sobolev non homogènes H s se construit
comme la somme d’une norme L2 et de la quantité qui caractérise les espaces Ḣ s :
kf~kH s = kf~kL2 + kf~kḢ s ,
ce qui nous permet d’écrire H s = L2 ∩ Ḣ s .
2.4. Espaces de Sobolev 29

Passons maintenant aux espaces de Sobolev homogènes de régularité négative. De la même


façon que dans le cas non homogène, nous utiliserons la dualité pour définir ces espaces.

Définition 2.4.5 (Espaces de Sobolev homogènes de régularité négative) Si


s > 0, l’espace de Sobolev homogène de régularité négative Ḣ −s est donné comme
l’ensemble des distributions f~ ∈ S 0 (R3 ) qui vérifient

|hf~, ~g i| ≤ Ck~g kḢ s ,

pour tout ~g ∈ Ḣ s (R3 ) et on note kf~kḢ −s la plus petite constante possible dans la
majoration ci-dessus.

Donnons quelques propriétés de ces espaces qui seront utiles par la suite.

• Pour s > 0, nous pouvons caractériser ces espaces par la condition


−s
kf~kḢ −s ' k(−∆) 2 f~kL2 < +∞,
−s
où l’opérateur (−∆) 2 peut se définir en utilisant la transformation de Fourier par
l’expression
\ −s 1 b
(−∆) 2 f~(ξ) = s f~(ξ). (2.35)
|ξ|
En s’inspirant de cette formule, qui caractérise au niveau de Fourier les puissances frac-
s
tionnaires du Laplacien, on adoptera souvent l’écriture suivante (−∆)− 2 f~ = 1 s f~
(−∆) 2
et en particulier on écrira
1 ~
(−∆)−1 f~ = f. (2.36)
(−∆)
Remarquons enfin qu’en variable d’espace nous avons la définition suivante
f~(y)
Z
−s
2 ~
(−∆) f (x) = Cs dy. (2.37)
3−s
R3 |x − y|
−s
L’opérateur (−∆) 2 est également connu comme le potentiel de Riesz de degré s. Voir
le livre [24] pour plus de détails.
s −s
Remarque 2.5 Les opérateurs (−∆) 2 et (−∆) 2 sont des opérateurs non locaux
comme cela peut se voir avec les formules (2.27) et (2.37) : pour déterminer leur action
en un point quelconque d’une fonction donnée il est nécessaire d’utiliser l’information
sur tout le domaine de définition de la fonction.
s
Observons qu’avec la caractérisation (2.35) de l’opérateur (−∆)− 2 donnée au niveau
de Fourier, nous avons en totale analogie avec la formule (2.28) la relation suivante
entre cet opérateur et les dérivées partielles usuelles :
s s
∂xk [(−∆)− 2 f~](x) = (−∆)− 2 [∂xk f~](x), pour k = 1, . . . , n et s > 0. (2.38)
Avec ces représentations, et en utilisant la formule de Plancherel, nous pouvons écrire
Z 1
2
~ −2s b
~ 2
kf kḢ −s ' |ξ| |f (ξ)| dξ < +∞. (2.39)
R3

Voici quelques observations supplémentaires :


30 Chapitre 2. Les outils de base

α
• Pour α ∈ R et pour s > 0 nous avons k(−∆) 2 f~kḢ −s ' kf~kḢ α−s .

• Il faut également faire très attention avec ces espaces homogènes : par exemple si
−s < −3/2 alors, même si ϕ est une fonction de test, il y a un problème pour donner
−s
un sens à l’expression k(−∆) 2 ϕkL2 : il faut exiger en plus que la fonction ϕ ait suf-
fisamment de moments nuls.

• Par dualité, à partir de l’inégalité (2.34), on a l’inclusion

Ḣ −s (R3 ) ⊂ H −s (R3 ). (2.40)

• Pour φ, ϕ : R3 −→ R deux fonctions suffisamment régulières, alors pour s > 0 les


s s
opérateurs (−∆) 2 et (−∆)− 2 sont autoadjoints, nous avons :
Z Z Z   Z  
s  s  1 1
(−∆) 2 φ ϕdx = φ (−∆) 2 ϕ dx et s φ ϕdx = φ s ϕ dx. (2.41)
R3 R3 R3 (−∆) 2 R3 (−∆) 2

Remarque 2.6 Il existe plusieurs caractérisations équivalentes des espaces de Sobolev et


l’objectif recherché ici n’est pas celui de faire un exposé complet sur ces espaces de fonctions.
Ainsi, nous avons choisi de présenter uniquement les caractérisations et les propriétés qui
seront directement utilisées par la suite : les points précédents sont donc très loin d’un exposé
rigoureux. Une exposition plus détaillée peut se consulter dans les livres [24], [50] ou [46].

2.4.3 Inégalités de Sobolev et d’interpolation


Les inégalités de Sobolev permettent de majorer la taille (estimée en norme Lp ) des fonc-
tions par la taille de leurs dérivées (estimée au sens d’un espace de Sobolev). Il s’agit donc
d’un outil précieux en analyse des équations aux dérivées partielles.

Théorème 2.4.6 (Inégalités de Sobolev)


1) Si 0 < s < n/2, alors nous avons les inégalités de Sobolev
n n
kf~kLq ≤ Ckf~kḢ s , avec = − s, (2.42)
q 2
où C > 0 est une constante universelle qui ne dépend que de la dimension n.

2) Si s = n/2, alors l’espace de Sobolev H s (Rn ) s’injecte continûment dans l’espace


de Lebesgue Lq (Rn ) pour tout 2 ≤ q < +∞.

3) Si n/2 < s < +∞, alors chaque élément de l’espace de Sobolev H s (Rn ) peut être
modifié sur un ensemble de mesure nulle tel que la fonction résultante soit bornée
et uniformément continue. En particulier on a l’inclusion H s (Rn ) ⊂ L∞ (Rn ).

Voir les Exercices 2.4 et 2.5 pour une démonstration des inégalités (2.42). Voir également les
Exercices 2.8 et 2.9 pour quelques détails concernant les deux derniers points de ce théorème.

Un exemple fondamental dans ce cours est le suivant : si f~ : R3 −→ R3 est une fonction


~ ⊗ f~ ∈ L2 (R3 ), alors nous avons l’inclusion Ḣ 1 (R3 ) ⊂ L6 (R3 ) et la
vectorielle telle que ∇
majoration
kf~kL6 ≤ Ckf~kḢ 1 . (2.43)
2.4. Espaces de Sobolev 31

Ainsi, si nous disposons d’un contrôle en norme L2 des premières dérivées de la fonction f~,
nous pouvons immédiatement en déduire un contrôle en norme L6 de la fonction f~ et cette
information supplémentaire sera d’une grande utilité dans les différents calculs que nous al-
lons réaliser, en particulier lorsqu’on la conjugue avec l’inégalité d’interpolation (2.16).
6
Observons également que l’on a les relations de dualité (Ḣ 1 )0 = Ḣ −1 et (L6 )0 = L 5 et
donc -toujours par dualité- à partir de l’inclusion Ḣ 1 (R3 ) ⊂ L6 (R3 ) qui provient des inégalité
6
de Sobolev (2.42) on obtient l’inclusion d’espaces L 5 (R3 ) ⊂ Ḣ −1 (R3 ) qui se traduit par
l’inégalité
kf~kḢ −1 ≤ Ckf~k 56 . (2.44)
L

Cette inégalité duale est souvent utile dans les calculs.

Plus généralement, indiquons que nous avons également les inégalités suivantes :

Corollaire 2.4.7 (Inégalités de Hardy-Littlewood-Sobolev) Soit f~ : R3 −→ R3 une


fonction qui appartient à l’espace Lp (R3 ) où 1 < p ≤ 2. Alors pour 0 < s < 3/2 on a
l’inégalité
3 3
kf~kḢ −s ≤ Ckf~kLp , avec s + = .
2 p
Voir deux vérifications différentes de cette estimation (ainsi que quelques généralisations)
dans les Exercices 2.4 et 2.5.

Voici maintenant un résultat particulièrement utile dans de nombreuses applications.

Proposition 2.4.8 (Inégalités d’interpolation) Soit f~ : R3 −→ R3 une fonction


qui appartient à l’espace Ḣ s0 ∩ Ḣ s1 (R3 ) pour 0 ≤ s0 < s1 . Alors si 0 < θ < 1 est un
paramètre d’interpolation, on a l’estimation suivante

kf~kḢ s ≤ kf~kθḢ s0 kf~k1−θ


Ḣ s1
,

où s = θs0 + (1 − θ)s1 . Ce résultat ce maintient pour les espaces de Sobolev non
homogènes.

Preuve. On écrit, en utilisant la formule de Plancherel


Z 1 Z    1
2 2
kf~kḢ s ' |ξ| |f~(ξ)|2 dξ
2s
= |ξ| 2θs0
|f~(ξ)|2θ |ξ| ~
2(1−θ)s1 b
|f (ξ)| 2(1−θ)
dξ ,
b b
R3 R3

1
puis en appliquant l’inégalité de Hölder (avec 1 = p + 1q , où p = 1
θ et q = 1
1−θ ), il vient

Z  θ Z  (1−θ)
2 2
kf~kḢ s ≤ 2s0
|ξ| |f~(ξ)|2 dξ 2s1
|ξ| |f~(ξ)|2 dξ = kf~kθḢ s0 kf~k1−θ ,
b b
Ḣ s1
R3 R3

ce qui nous donne bien l’estimation recherchée. 

Il existe bien sûr des versions plus générales de toutes ces inégalités et qui font intervenir
d’autres espaces de fonctions plus sophistiqués, mais ces énoncés suffisent largement à nos
besoins.
32 Chapitre 2. Les outils de base

2.4.4 Lois de produit


Nous nous intéressons maintenant à des inégalités qui expliquent le comportement des
espaces de Sobolev par rapport au produit de deux fonctions. Le résultat qui suit est totale-
ment fondamental dans l’étude des équations de Navier-Stokes, car il permettra de faire des
estimations dans les termes non linéaires.

Théorème 2.4.9 (Lois de produit) Soient 0 < δ < 3/2 et s ≥ 0 deux réels et si
f, g : R3 −→ R sont deux fonctions qui appartiennent à l’espace H s (R3 ) ∩ Ḣ δ (R3 ) alors
nous avons l’inégalité

kf gkH s+δ−3/2 ≤ C kf kḢ δ kgkH s + kgkḢ δ kf kH s . (2.45)

Lorsque tous les espaces de Sobolev sont des espaces homogènes on a :



kf gkḢ s+δ−3/2 ≤ C kf kḢ δ kgkḢ s + kgkḢ δ kf kḢ s .

Un cas particulier important de ce résultat est donné lorsque δ = 1, s = 3/2 et alors nous
avons l’inégalité  
kf gkḢ 1 ≤ C kf kḢ 1 kgk 32 + kgkḢ 1 kf k 32 . (2.46)
Ḣ Ḣ

Démonstration. Par un souci d’espace, on se concentre uniquement sur l’inégalité (2.45) et


on décompose la vérification de ces inégalités en deux cas.

• Supposons tout d’abord que l’on a s + δ − 3/2 ≤ 0.

Nous voulons étudier la quantité kf gkH s+δ−3/2 et pour cela on procède par dualité en
considérant une fonction ψ ∈ H 3/2−s−δ (R3 ) telle que kψkH 3/2−s−δ ≤ 1 et on peut alors
écrire Z
kf gkH s+δ−3/2 = sup (f g)ψdx .
kψkH 3/2−s−δ ≤1 R3

On remarque que par les inégalités de Sobolev (2.42) on a les injections d’espaces
6 6
suivantes H s (R3 ) ⊂ L 3−2s (R3 ) et Ḣ δ (R3 ) ⊂ L 3−2δ (R3 ) et comme par hypothèse nous
6 6
avons f, g ∈ H s (R3 ) ∩ Ḣ δ (R3 ), on a donc f, g ∈ L 3−2s (R3 ) et f, g ∈ L 3−2δ (R3 ). On
6
observe également que l’on a ψ ∈ H 3/2−s−δ (R3 ) ⊂ L 2(s+δ) (R3 ), ce qui nous permet
d’étudier l’intégrale ci-dessus uniquement avec des espaces de Lebesgue et en appli-
quant l’inégalité de Hölder il vient
Z  
kf gkH s+δ−3/2 = sup (f g)ψdx ≤ sup kf k 3−2s
6 kgk 6 kψk 6 ,
kψkH 3/2−s−δ ≤1 R3 kψkH 3/2−s−δ ≤1 L L 3−2δ L 2(s+δ)

finalement, en utilisant les inégalités entre espaces de Lebesgue et espaces de Sobolev


on obtient

kf gkH s+δ−3/2 ≤ sup kf kH s kgkḢ δ kψkH 3/2−s−δ ,
kψkH 3/2−s−δ ≤1

ce qui nous donne le résultat recherché lorsque s + δ − 3/2 ≤ 0.


2.4. Espaces de Sobolev 33

• Etudions maintenant le cas où s + δ − 3/2 > 0.

En utilisant la transformation de Fourier et la formule de Plancherel on écrit


Z
2
kf gkH s+δ−3/2 ' (1 + |ξ|2 )s+δ−3/2 |fb ∗ gb(ξ)|2 dξ
R3
Z Z 2
2 s+δ−3/2
' (1 + |ξ| ) fb(ξ − ζ)b
g (ζ)dζ dξ,
R3 R3
on découpe maintenant le domaine d’intégration de la deuxième intégrale ci-dessus et
l’on a

Z Z 2
2 2 s+δ−3/2
kf gkH s+δ−3/2 ≤ 2  (1 + |ξ| ) fb(ξ − ζ)b
g (ζ)dζ dξ (2.47)
R3 {|ζ|<|ξ−ζ|}

Z Z 2
+ (1 + |ξ|2 )s+δ−3/2 fb(ξ − ζ)b
g (ζ)dζ dξ  .
R3 {|ζ|>|ξ−ζ|}

Ces deux termes se traitent de la même façon, de sorte qu’on se concentre sur la
première double intégrale de (2.47) et on écrit
Z Z 2 Z
2 s+δ−3/2
(1 + |ξ| ) fb(ξ − ζ)b
g (ζ)dζ dξ ≤ (1 + |ξ|2 )s+δ−3/2
R3 {|ζ|<|ξ−ζ|} R3
Z !2
× |ζ|−δ |fb(ξ − ζ)||ζ|δ |b
g (ζ)|dζ dξ
{|ζ|<|ξ−ζ|}

Ainsi, si l’on applique l’inégalité de Cauchy-Schwarz dans ce terme on a


Z Z ! Z !
≤ (1 + |ξ|2 )s+δ−3/2 |ζ|−2δ |fb(ξ − ζ)|2 dζ |ζ|2δ |b
g (ζ)|2 dζ dξ
R3 {|ζ|<|ξ−ζ|} {|ζ|<|ξ−ζ|}
Z Z
≤ kgk2Ḣ δ (1 + |ξ|2 )s+δ−3/2 |ζ|−2δ |fb(ξ − ζ)|2 dζdξ.
R3 {|ζ|<|ξ−ζ|}

On pose η = ξ − ζ et donc ζ = ξ − η et avec ce changement de variable nous avons


Z Z
≤ kgk2Ḣ δ (1 + |ξ|2 )s+δ−3/2 |ξ − η|−2δ |fb(η)|2 dηdξ.
R3 {|ξ−η|<|η|}

Maintenant on observe que sur l’ensemble {|ξ − η| < |η|} on a |ξ| ≤ 2|η|, ce qui nous
permet d’écrire en utilisant le théorème de Fubini
Z Z
≤ kgkḢ δ2
(1 + 4|η|2 )s |fb(η)|2 (1 + 4|η|2 )δ−3/2 |ξ − η|−2δ dζdξ
R 3 {|ξ−η|<|η|}
Z Z
≤ kgkḢ δ2 2 s b 2
(1 + 4|η| ) |f (η)| (1 + 4|η| ) 2 δ−3/2
|ξ − η|−2δ dξdζ,
R3 {|ξ−η|<|η|}
Z
et puisque 0 < δ < 3/2, un calcul direct donne |ξ − η|−2δ dξ = C|η|3−2δ de
{|ξ−η|<|η|}
manière que l’on obtient la majoration
Z
2
≤ CkgkḢ δ (1 + 4|η|2 )s |fb(η)|2 (1 + 4|η|2 )δ−3/2 |η|3−2δ dζ
R 3
 Z
≤ CkgkḢ δ sup (1 + 4|η|2 )δ−3/2 |η|3−2δ
2
(1 + |η|2 )s |fb(η)|2 dζ
η∈R3 R3

≤ Ckgk2Ḣ δ kf k2H s .
34 Chapitre 2. Les outils de base

La deuxième double intégrale de (2.47) se traite de façon totalement similaire en


interchangeant f par g. Ainsi, on obtient finalement la majoration

kf gkH s+δ−3/2 ≤ C kf kḢ δ kgkH s + kgkḢ δ kf kH s ,

ce qui termine la démonstration des lois de produits (2.45). 

Remarque 2.7 Il est très important d’observer encore une fois que les inégalités de Hölder
(2.18), de Young (2.21), de Sobolev (2.42) et les lois de produit (2.45) présentées ci-dessus
sont très rigides, dans le sens où il faut faire attention dans les différentes relations vérifiées
par les indices des espaces fonctionnels considérés.

Nous nous sommes particulièrement focalisés dans les lignes précédentes sur les espaces
de Sobolev qui se construisent à partir de l’espace de Lebesgue L2 (Rn ) avec n = 3. Dans cet
ouvrage, il sera rarement nécessaire d’utiliser d’autres espaces de Sobolev, mais à toutes fins
utiles nous introduisons l’espace de Sobolev W s,p (Rn ) avec s > 0 et 1 < p < +∞ comme
l’espace des fonctions f : Rn −→ R qui appartiennent à l’espace de Lebesgue Lp (Rn ) et telles
s
que la quantité k(−∆) 2 f kLp est bornée. Ces espaces peuvent être normés par la fonctionnelle
s
kf kW s,p = kf kLp + k(−∆) 2 f kLp .

Pour 0 < s < n/p, les espaces de Sobolev homogènes Ẇ s,p (Rn ) s’obtiennent comme le
s
complété de l’espace D(Rn ) par rapport à la quantité k(−∆) 2 f kLp . Si n/p+k ≤ s < n/p+k+1
où k est un entier, alors l’espace Ẇ s,p (Rn ) est l’espace des distributions modulo les polynômes
s
de degré inférieur ou égal à k telles que k(−∆) 2 f kLp < +∞. Il vient alors :

Proposition 2.4.10 (Inégalités de Sobolev)


1) Si 0 < s < n/p, alors nous avons les inégalités de Sobolev
n n
kf kLq ≤ Ckf kẆ s,p , avec = − s,
q p

où C > 0 est une constante universelle qui ne dépend que de la dimension n.

2) Si s = n/p, alors l’espace de Sobolev W s,p (Rn ) s’injecte continûment dans l’espace de
Lebesgue Lq (Rn ) pour tout p ≤ q < +∞.

3) Si n/p < s < +∞, alors chaque élément de l’espace de Sobolev W s,p (Rn ) peut être
modifié sur un ensemble de mesure nulle tel que la fonction résultante soit bornée et
uniformément continue. En particulier on a l’inclusion W s,p (Rn ) ⊂ L∞ (Rn ).

Nous avons également le résultat suivant

Proposition 2.4.11 (Inégalités de Hardy-Littlewood-Sobolev) Soit f : Rn −→ R une


fonction qui appartient à l’espace Lp (Rn ). Alors pour 0 < s < n/p on a l’inégalité
s n n
k(−∆)− 2 f kLq ≤ Ckf kLp , avec s + = .
q p

Nous avons soigneusement évité ici les cas limites p = 1 et p = +∞ car ils nécessitent un
traitement légèrement différent. Les lecteurs intéressés sur ces points ou sur les démonstrations
des résultats ci-dessus pourront consulter les livres [49], [6] et [24]. Finalement, pour étudier
les fonctions vectorielles, il suffit de raisonner composante par composante.
2.5. Quelques résultats utiles 35

2.5 Quelques résultats utiles


Nous terminons ce chapitre avec un très court rappel de résultats (plus ou moins classiques
selon le bagage mathématique du lecteur) qui seront utilisés à plusieurs reprises par la suite.

2.5.1 Transformées de Riesz


Les transformées de Riesz vont intervenir souvent dans ce livre car elles nous permettrons
de mettre en lumière dans les chapitres suivants certaines propriétés des champs de vecteurs
à divergence nulle.

Définition 2.5.1 Soit ϕ : R3 −→ R une fonction suffisamment régulière. Pour tout


1 ≤ j ≤ 3 on définit les transformées de Riesz Rj de ϕ par la formule

x j − yj
Z
Rj (ϕ)(x) = Cv.p. 3+1
ϕ(y)dy.
R3 |x − y|

En utilisant la transformation de Fourier nous avons

\ ξj
Rj (ϕ)(ξ) = −i ϕ(ξ),
|ξ|
b

ce qui nous permet d’écrire



Rj (ϕ) = √ j ϕ.
(−∆)

La définition en variable réelle ne sera pas souvent employée dans ce livre, et nous pri-
vilégierons plutôt la caractérisation qui utilise la transformation de Fourier car elle nous
permettra d’obtenir assez facilement des résultats intéressants : par exemple, un calcul direct
en variable de Fourier nous donne l’identité suivante
3
X 3
X
−Id = Rj (Rj ) = Rj2 .
j=1 j=1

On remarque également que pour toute fonction suffisamment régulière les transformées de
Riesz commutent avec les dérivations :
s s
∂xk (Rj ϕ) = Rj (∂xk ϕ) et (−∆) 2 (Rj ϕ) = Rj ((−∆) 2 ϕ), (s ∈ R).

Le résultat fondamental concernant les transformées de Riesz est le suivant.

Théorème 2.5.2 Si ϕ : R3 −→ R est une fonction qui appartient à un espace de


Lebesgue Lp (R3 ) pour 1 < p < +∞, alors pour tout 1 ≤ j ≤ 3 les transformées de
Riesz Rj de ϕ sont bornées de Lp dans Lp et on a le contrôle suivant

kRj (ϕ)kLp ≤ CkϕkLp .

En particulier, les transformées de Riesz sont bornées dans tous les espaces de Sobolev
H s (R3 ) et Ḣ s (R3 ) pour s ∈ R et l’on a

kRj (ϕ)kH s ≤ CkϕkH s et kRj (ϕ)kḢ s ≤ CkϕkḢ s .

Remarque 2.8 Les transformées de Riesz ne sont pas bornées dans les espaces limites L1
et L∞ .
36 Chapitre 2. Les outils de base

Le lecteur peut trouver une démonstration de ce théorème ainsi que d’autres propriétés des
transformées de Riesz dans le livre [24].

La généralisation aux fonctions vectorielles est directe en raisonnant composante par


composante : pour f~ : R3 −→ R3 et pour 1 ≤ j ≤ 3 on écrit alors
 
Rj (f1 )
 
Rj (f~) = Rj (f2 )
 
 
Rj (f3 )

2.5.2 Trois résultats simples, mais utiles


Voici maintenant quelques résultats utiles dans de nombreuses situations. Le premier est
une inégalité importante pour l’analyse des équations aux dérivées partielles :

Lemme 2.5.3 (Inégalité de Grönwall) Soient φ, ψ : [0, +∞[−→ R deux fonctions


continues telles que φ(t) ≥ 0 et ψ(t) ≥ 0. Si, pour t0 ≤ t on a
Z t
φ(t) ≤ A + B ψ(s)φ(s)ds, (2.48)
t0

où A et B sont des constantes positives, alors pour t0 ≤ t on a l’inégalité


 Z t 
φ(t) ≤ A exp B ψ(s)ds . (2.49)
t0

Un cas classique d’utilisation de cette inégalité correspond au cas où la fonction ψ vérifie ψ ≡ 1
dans la condition (2.48), et alors on obtient tout simplement l’estimation φ(t) ≤ A eB(t−t0 ) .
Une autre situation intéressante est donnée lorsque A = 0 dans (2.48), et alors on peut
en déduire que φ(t) = 0, ce dernier cas est souvent mis en place pour vérifier l’unicité des
solutions d’équations aux dérivées partielles.

Remarque 2.9 L’hypothèse de continuité peut être contournée et ce résultat se généralise


aux fonctions positives mesurables en imposant les conditions
Z t Z t
ψ(s)ds < +∞ et ψ(s)φ(s)ds < +∞.
t0 t0

Ainsi, si φ, ψ : [0, +∞[−→ R sont deux fonctions mesurables telles que φ(t) ≥ 0 et ψ(t) ≥ 0 et
qui vérifient en plus les deux conditions ci-dessus et l’hypothèse (2.48), alors on a l’estimation
(2.49).
Voici une autre inégalité générale :

Lemme 2.5.4 (Inégalité de Jensen) Soit (X, A , µ) un espace mesuré de mesure


finie tel que µ(X) = 1 et soit I ⊂ R un intervalle borné. Si ϕ : I −→ R est une fonction
convexe et si f ∈ ZL1 (X, A , µ, R) est une fonction telle que f (x) ∈ I pour µ-presque
tout x ∈ X, alors f (x)dµ(x) ∈ I, ϕ(f ) est µ-intégrable et nous avons l’inégalité
X
Z  Z
ϕ f (x)dµ(x) ≤ ϕ(f )(x)dµ(x).
X X
2.5. Quelques résultats utiles 37

Le troisième résultat nous indique le comportement d’une fonction localement intégrable par
rapport à sa moyenne :

Théorème 2.5.5 (de différentiation de Lebesgue) Soit f : Rn −→ R une fonc-


tion localement intégrable, alors on a la limite
Z
1
lim f (y)dy = f (x),
r→0 |B(x, r)| B(x,r)

pour presque tout x ∈ Rn . Nous avons également la limite presque partout :


Z
1
lim |f (x) − f (y)|dy = 0.
r→0 |B(x, r)| B(x,r)

Les points pour lesquels ces limites ont lieu sont appelés des points de Lebesgue de
l’application f .

En dimension n = 1 nous avons en particulier le résultat suivant,

1 t+h
Z
lim f (s)ds = f (t),
h→0 h t

où f : [0, +∞[−→ R est une fonction localement intégrable et 0 < t < +∞.

Pour finir, voici l’inégalité de Young pour le produit de deux facteurs positifs qui est
constamment utilisée pour faire des estimations sur le produit de deux normes : pour tous
réels a > 0, b > 0 et pour tous paramètres 1 < p, q < +∞ avec p1 + 1q , on a l’inégalité

ap bq
ab ≤ + . (2.50)
p q

Un exemple fréquemment utilisé par la suite est le suivant, si f ∈ X(R3 ) et si g ∈ Y(R3 ), où
X, Y sont des espaces normés quelconques, alors on a tout simplement la majoration
   2
1 1 2 1 1
kf kX kgkY = (Ckf kX ) kgkY ≤ (Ckf kX ) + kgkY .
C 2 2 C

2.5.3 Banach-Aloaglu et Rellich-Kondrashov


Les deux théorèmes suivants sont très importants car ils donnent un bon cadre pour
étudier les limites (fortes ou faibles) de suites de fonctions.

Théorème 2.5.6 (Banach-Aloaglu) Soit (E, k · kE ) un espace de Banach séparable,


soit (E 0 , k · kE 0 ) son espace dual et soit (Tn )n∈N une suite d’éléments de l’espace E 0 . Si
la suite (Tn )n∈N est bornée dans E 0 (on a kTn kE 0 < +∞ pour tout n ∈ N), alors on
peut en extraire une sous-suite (Tϕ(k) )k∈N qui est faiblement-∗ convergente.

Ce théorème est d’une grande utilité pour obtenir la convergence (au sens faible-∗) de suites.
Bien évidemment, si les espace considérés sont réflexifs, alors la convergence faible-∗ peut se
remplacer par la convergence faible car dans ce cas précis la topologie faible coincide avec la
topologie faible-∗. En revanche, puisqu’on doit passer par des sous-suites extraites, ce résultat
ne donne aucune indication sur l’éventuelle unicité de la limite. Par exemple, si l’on considère
38 Chapitre 2. Les outils de base

la suite (−1)n pour n ∈ N, alors on peut en extraire au moins deux sous-suites convergentes :
an = 1 et bn = −1, et on observe bien ici la perte d’unicité.

Le résultat qui suit est fondamental car il permet d’obtenir des injections compactes entre
les espaces de Sobolev et de Lebesgue mais pour cela les objets considérés doivent être définis
sur un sous ensemble Ω borné et à régulier de R3 . Ainsi, on dira que f : Ω −→ R appar-
tient à l’espace de Sobolev H 1 (Ω) si l’on a f ∈ L2 (Ω) et si la dérivée ∇f~ prise au sens
2
des distributions appartient à l’espace L (Ω). Cette définition s’étend sans problème aux es-
paces de Sobolev H k (Ω) en demandant que f ∈ L2 (Ω) et que les dérivées faibles vérifient
Dα f ∈ L2 (Ω), pour |α| = k.

Nous avons alors :

Théorème 2.5.7 (Rellich-Kondrashov) Soit Ω ⊂ Rn un ensemble ouvert borné à


bord régulier. Si 0 < s < n2 , alors l’espace de Sobolev H s (Ω) est continûment inclus

dans l’espace Lq (Ω) où q ∗ = n−2s
2n
> 2.
De plus cette inclusion est compacte dans les espaces Lq (Ω) pour tout 1 ≤ q < q ∗ .

Grâce à ce résultat, on obtient que toute suite faiblement convergente dans H 1 (Ω) possède
une sous-suite qui converge fortement dans Lq (Ω) pour 1 ≤ q < q ∗ : on a donc un mode de
convergence fort (localement) ce qui est particulièrement utile lorsqu’on utilise des arguments
d’approximation, mais le prix à payer est le fait de travailler avec des sous-suites. Voir [6]
pour une preuve de ce résultat.

Notes et compléments
Dans ce chapitre nous avons réuni la plupart des éléments mathématiques nécessaires pour
la présentation des équations de Navier-Stokes que l’on se propose de faire dans les chapitres
suivants. Comme nous allons le voir, les espaces de Lebesgue et de Sobolev, ainsi que les outils
usuels des équations aux dérivées partielles (transformation de Fourier, convolution, etc.), sont
suffisants pour une première introduction à l’analyse mathématique de ces équations de la
mécanique des fluides.
En effet, même si les techniques les plus récentes pour étudier les équations de Navier-
Stokes mettent en oeuvre des espaces fonctionnels plus sophistiqués (comme les espaces de
Besov, de Morrey, de Triebel-Lizorkin, etc.), les difficultés inhérentes de ces équations peuvent
s’observer directement dans le cadre donné ici et c’est justement ce qui fait toute la difficulté
de ce problème : les outils les plus sophistiqués dont nous disposons aujourd’hui ne permettent
pas de réaliser une percée considérable dans la compréhension complète des problèmes d’exis-
tence, d’unicité ou de régularité de ces équations.

2.6 Exercices
Exercice 2.1 (Identités vectorielles)
1. Vérifier que l’on a l’identité f~ · ~g = T r(f~ ⊗ ~g ).

~ · ∇g.
2. Montrer l’identité f ∆g = ∆(f g) − (∆f )g − 2∇f ~
2.6. Exercices 39

3. Vérifier la formule (f~ · ∇)~


~ g = div(~g ⊗ f~). A t-on besoin de div(f~) = 0, de div(~g ) = 0
ou des deux ?

4. Démontrer l’identité (∇ ~ |~u|2 = (~u · ∇)~


~ ∧ ~u) ∧ ~u + ∇ ~ u.
2

5. Vérifier que l’on a


~ ∧ (∇
∇ ~ ∧ ~u) = −∆~u + ∇div(~
~ u).

Exercice 2.2
1. Soit f~ : R3 −→ R3 une fonction vectorielle régulière. Montrer par une intégration par
parties que l’on a l’identité
Z Z
~ ~
∆f · f dx = − |∇~ ⊗ f~|2 dx.
R3 R3

2. Soient f~, ~g , ~h : R3 −→ R3 trois fonctions vectorielles régulières avec uniquement


div(f~) = 0. Vérifier par une intégration par parties que l’on a
Z Z
~ ~ ~
[(f · ∇)~g ] · hdx = − [(f~ · ∇)
~ ~h] · ~g dx
R3 R3

Exercice 2.3
1. Quelle est l’homogénéité des espaces Lebesgue Lpt Lqx ? Si λ > 0 et si on considère la
fonction fλ (t, x) = f (λt, λx), donner la valeur de σ ∈ R tel que l’on ait

kfλ kLpt Lqx = λσ kf kLpt Lqx .

2. Démontrer les inégalités de Hölder données dans la formule (2.18).

Exercice 2.4 (Inégalité de Hedberg et de Hardy-Littlewood-Sobolev) L’objectif de


cet exercice est de démontrer l’inégalité de Hardy-Littlewood-Sobolev suivante
s
k(−∆)− 2 f kLq ≤ Ckf kLp , (2.51)

où f : Rn −→ R est une fonction mesurable, 1 < p < q < +∞ et 0 < s < n/p sont des
paramètres réels qui vérifient l’identité np = s + nq .

Pour cela on aura besoin quelques propriétés des fonctions maximales dont voici la définition :
pour f une fonction mesurable, on définit M(f ) sa fonction maximale associée par l’expres-
sion Z
1
M(f )(x) = sup n
|f (x − y)|dy,
r>0 vn r {|y|<r}

où vn est le volume de la boule unité n-dimensionnelle. On admettra les points suivants :

• kM(f )kL∞ ≤ kf kL∞ ,

• si f 6= 0, alors M(f ) n’appartient jamais à l’espace L1 (Rn ),

• pour 1 < p < +∞, on a l’estimation kM(f )kLp ≤ Ckf kLp .


40 Chapitre 2. Les outils de base

Une propriété fondamentale des fonctions maximales est la suivante : si ϕ : [0, +∞[−→ R est
une fonction continue et décroissante, si Φ(x) = ϕ(|x|) est intégrable sur Rn et si on pose
Φt (x) = t1n Φ(x/t), alors on a l’inégalité ponctuelle

sup(|f | ∗ Φt )(x) ≤ kΦkL1 f (x).


t>0

Nous prions le lecteur de consulter [24] pour plus de détails concernant les fonctions maxi-
males et pour une démonstration de ces estimations.

−s
1. En utilisant la caractérisation de l’opérateur (−∆) 2 comme une intégrale de Riemann-
Liouville 3 Z +∞
−s 1
(−∆) 2 f (x) = ts/2−1 gt ∗ f (x)dt,
Γ(s/2) 0
où gt est la fonction gaussienne et Γ est la fonction Gamma usuelle, obtenir la majo-
ration

M(f )(x) T s/2−1


Z Z +∞
−s C −n
|(−∆) 2 f (x)| ≤ t dt + ts/2−1 t 2p kf kLp dt,
Γ(s/2) 0 Γ(s/2) T

2. Déterminer la valeur de T = T (M(f )(x), kf kLp ) qui permet d’obtenir l’inégalité sui-
vante (connue comme inégalité de Hedberg)
−s sp sp
|(−∆) 2 f (x)| ≤ Ckf kLnp M(f )(x)1− n .

3. Reconstruire la norme Lq des deux côtés de cette inégalité ponctuelle pour obtenir
l’inégalité recherchée (2.51).

Remarque 2.10 Pour obtenir les inégalités de Sobolev énoncées dans l’expression (2.42), il
s
suffit de considérer que la fonction f est de la forme f = (−∆) 2 g.

Exercice 2.5 (Espaces de Lorentz) Dans cet exercice nous allons voir une deuxième preuve
de l’inégalité de Hardy-Littlewood-Sobolev (2.51). Pour cela nous aurons besoin de considérer
les espaces de Lorentz 4 Lp,∞ (Rn ) (avec 1 ≤ p < +∞) qui sont donnés comme l’ensemble des
fonctions mesurables f : Rn −→ R telles que la quantité suivante est bornée
1
n o
kf kLp,∞ = sup α × df (α) p < +∞,
α>0
Z
où df (α) est la fonction de distribution de f définie par df (α) = 1{|f (x)|>α} (x)dx.
Rn
1. Montrer l’identité Z +∞
kf kpLp =p αp−1 df (α)dα.
0

2. Vérifier l’inégalité
kf kLp,∞ ≤ kf kLp .
1
3. Démontrer que la fonction f (x) = |x|n/p
appartient à l’espace de Lorentz Lp,∞ (Rn ).

3. Passer en variable de Fourier pour vérifier cette identité.


4. Appelés également espaces de Marcinkiewicz ou espace Lp -faibles.
2.6. Exercices 41

4. En acceptant la variante suivante des inégalités de Young qui fait intervenir des espaces
de Lorentz :
kf ∗ gkLr ≤ kf kLp,∞ kgkLq ,
où 1 + 1r = 1
p + 1q avec 1 < p, q, r < +∞, et en utilisant la caractérisation par convolu-
−s
tion de l’opérateur (−∆) donnée
Z dans (2.37) dont la version n-dimensionnelle est
2

−s f (y)
donnée par (−∆) f (x) = Cs 2 dy, démontrer les inégalités de Hardy-
R3 |x − y|n−s
Littlewood-Sobolev (2.51).

Voir [24] pour plus de détails concernant les espaces de Lorentz et pour une démonstration
des inégalités de Young qui font intervenir ce type d’espace.

Exercice 2.6
1. Soit f une fonction qui appartient aux espaces Ḣ −1 (R3 ) et Ḣ 1 (R3 ). Montrer l’inégalité

kf k2L2 ≤ kf kḢ −1 kf kḢ 1 .

2. Soit f une fonction qui appartient aux espaces Ḣ 1 (R3 ) et Ḣ 2 (R3 ). Montrer l’inégalité

kf k2 3 ≤ kf kḢ 1 kf kḢ 2 .
Ḣ 2

3. Si f est une fonction telle que f ∈ L2 (R3 ) ∩ Ḣ 2 (R3 ), alors vérifier les estimations
suivantes :
1 3
(a) kf k 3 ≤ kf kL4 2 kf kḢ
4
2
,
Ḣ 2

1 1
(b) kf kḢ 1 ≤ kf kL2 2 kf kḢ
2
2
,

3 1
(c) kf k 1 ≤ kf kL4 2 kf kḢ
4
2
.
Ḣ 2

4. Si f ∈ Ḣ −1 (R3 ) ∩ Ḣ 2 (R3 ), montrer que l’on a


1 1
kf k 1 ≤ kf kḢ
2
−1
kf kḢ
2
2
.
Ḣ 2

Ces inégalités dépendent-elles de la dimension ?

Exercice 2.7
1. A t-on les inclusions d’espaces Ḣ 2 (R3 ) ⊂ Ḣ 1 (R3 ) ?
(Indication : passer en Fourier et faire un dessin).
2. Si f ∈ Ḣ 2 (R3 ) ∩ Ḣ 1 (R3 ), a t-on f ∈ H 1 (R3 ) ?

Exercice 2.8 Sur l’espace R2 on considère la fonction

f (x) = ϕ(x) ln(− ln |x|),

où ϕ ∈ C0∞ (R2 ) est une fonction positive qui vaut 1 sur la boule B(0, 21 ) et qui vérifie
sup ϕ ⊂ B(0, 1).

1. Vérifier que la fonction f n’est pas bornée.


42 Chapitre 2. Les outils de base

2. Montrer que l’on a l’estimation


C
|∂xj f (x)| ≤ ,
|x|| ln |x||

et en déduire que f appartient à l’espace Ḣ 1 (R2 ).


3. En déduire que l’espace Ḣ 1 (R2 ) ne s’injecte pas dans l’espace de Lebesgue L∞ (R2 ) (cet
exemple montre bien que les conditions données dans le deuxième point du Théorème
2.4.6, page 30, sont strictes).

Exercice 2.9 Soit f : R3 −→ R une fonction qui appartient à l’espace de Sobolev H 2 (R3 ).
1. Montrer que l’on a l’estimation
Z
kf kL∞ ≤ C |fb(ξ)|dξ.
R3

2. En introduisant convenablement le poids (1 + |ξ|2 )2 , vérifier l’inégalité


Z
|fb(ξ)|dξ ≤ Ckf kH 2 ,
R3

et en déduire l’inclusion d’espaces H 2 (R3 ) ⊂ L∞ (R3 ).


3. La seule information f ∈ Ḣ 2 (R3 ) suffit-elle pour obtenir f ∈ L∞ (R3 ) ?
4. Cette estimation se maintient-elle si l’on travaille sur R4 ?

Exercice 2.10 Soit f ∈ Ḣ 1 (R3 ) ∩ Ḣ 2 (R3 ). Montrer que l’on a l’inégalité


1 1
kf kL∞ ≤ Ckf kḢ
2
1
kf kḢ
2
2
.

Pour cela suivre les étapes suivantes :


1. Pour un paramètre A > 0 arbitraire et pour f une fonction sympathique, obtenir
l’estimation Z Z
kf kL∞ ≤ C |f (ξ)|dξ + C
b |fb(ξ)|dξ.
{|ξ|<A} {|ξ|≥A}

2. En déduire l’inégalité
1 1 1 1
kf kL∞ ≤ Ckf kḢ
2
1
A 2 + Ckf kḢ
2
2
A− 2 .

3. Calibrer le paramètre A pour obtenir le résultat recherché pour cette fonction f sym-
pathique, en déduire le résultat général par densité.
Chapitre 3

Solutions classiques

Dans ce chapitre nous allons étudier les équations de Navier-Stokes



∂t ~u = ∆~u − (~u · ∇)~ ~ + f~,
~ u − ∇p div(~u) = 0,
(3.1)
~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0, x ∈ R3 ,

en utilisant essentiellement les outils et les techniques mathématiques qui étaient disponibles
au tout début du XXème siècle, c’est à dire que les fonctions considérées ainsi que leurs
dérivées seront continues et dérivables au sens fort. Cette approche peut sembler paradoxale,
puisqu’il existe d’autres points de vue qui permettent d’obtenir des conclusions similaires avec
un degré supérieur de généralité (en étudiant des dérivées faibles par exemple), mais cette
première étude des équations de Navier-Stokes va nous montrer certains aspects explicites
très intéressants qui ne sont pas souvent abordés par ailleurs.
Avant de nous lancer dans les calculs, il peut être utile de remarquer que d’une façon très
générale les équations de Navier-Stokes (3.1) peuvent se concevoir comme deux problèmes
différents sur les deux inconnues 1 ~u et p :

• Une équation de la chaleur non-linéaire pour la vitesse ~u : nous pouvons tout


simplement réécrire les équations (3.1) ci-dessus de la façon suivante :

∂t ~u = ∆~u + F~0 , (3.2)

où le terme F~0 = F~0 (~u, p, f~) regrouperait tous les les termes restants, à savoir

F~0 (~u, p, f~) = −(~u · ∇)~ ~ + f~.


~ u − ∇p

Ainsi, bien que ce terme F~0 concentre l’essentiel des difficultés liées aux équations de
Navier-Stokes, il n’est pas totalement inutile de faire quelques rappels sur l’équation
de la chaleur (3.2) ci-dessus dans le cas très particulier où F~0 serait juste un terme
supplémentaire (sans dépendance par rapport à ~u ou p) car, comme nous le verrons
plus tard, certaines propriétés intéressantes de cette équation peuvent se transposer
sous certaines conditions aux équations de Navier-Stokes.

1. Rappelons que f~ est une force extérieure fixée par avance au même titre que la donnée initiale ~
u0 .

43
44 Chapitre 3. Solutions classiques

• Une équation de Poisson pour la pression p : en effet, en appliquant formellement


la divergence aux équations de Navier-Stokes on obtient
~ + f~
~ u − ∇p

div(∂t ~u) = div ∆~u − (~u · ∇)~
~ u − ∆p + div(f~),

∂t (div(~u)) = ∆(div(~u)) − div (~u · ∇)~

et puisque l’on a div(~u) = 0, nous obtenons l’équation


~ u + div(f~),

∆p = −div (~u · ∇)~

que nous réécrivons comme suit

∆p = F1 , (3.3)

où F1 = F1 (~u, f~) désigne les termes

F1 (~u, f~) = −div (~u · ∇)~


~ u + div(f~).


L’équation de Poisson (3.3) mérite également d’être étudiée lorsque le terme F1 est
un terme générique qui ne dépend pas de ~u, car même dans ce cadre on obtiendra des
informations qui pourront être exploitées par la suite.

Une fois que nous avons mis en évidence ces deux équations pour la vitesse ~u et la pression
p, nous allons étudier dans la Section 3.1 les équations de la chaleur et de Poisson correspon-
dantes à chacune de ces inconnues et cette étude sera faite d’un point de vue assez large mais
tout en gardant à l’esprit que ces résultats seront appliqués aux équations de Navier-Stokes :
les énoncés seront donc donnés directement en dimension 3 d’espace et on ne recherchera
pas forcément la plus grande généralité possible. Ensuite, dans la Section 3.2, nous ver-
rons comment étudier les champs de vecteurs en utilisant la décomposition de Helmholtz,
décomposition qui justement séparera les inconnues ~u et p des équations de Navier-Stokes et
permettra une application (relativement) directe des résultats de la première section.
Toutefois, avant de nous attaquer directement aux équations de Navier-Stokes nous allons
réaliser dans la Section 3.3 une étude des équations de Stokes qui sont une simplification
considérable des équations (3.1) car le terme le plus difficile à traiter, et qui est donné par la
~ u, n’y est plus pris en compte. Comme nous le verrons ci-après,
quantité non linéaire (~u · ∇)~
les équations de Stokes font également intervenir les deux inconnues ~u et p et on pourra alors
illustrer dans ce cadre simplifié et de façon très pédagogique l’utilisation de la décomposition
de Helmholtz pour séparer ces variables.
Finalement, une fois que nous aurons à notre disposition tous ces résultats, nous réaliserons
dans la Section 3.4 une première étude des équations de Navier-Stokes avec des outils issus
de l’analyse mathématique classique : nous verrons comment -et sous quelles hypothèses- il
est possible de construire des solutions fortes de ces équations de la mécanique des fluides.

3.1 Equation de la chaleur et équation de Laplace


Dans cette section nous rappelons quelques résultats importants relatifs aux équations de
la chaleur, de Laplace et de Poisson. Ces équations sont sans doute bien connues du lecteur,
mais nous allons prendre le temps de mettre en lumière un certain nombre de propriétés qui
seront utiles pour la suite. Pour la preuve de ces propriétés, nous avons la possibilité d’utiliser
un langage moderne en passant directement par la théorie des distributions, mais nous allons
3.1. Equation de la chaleur et équation de Laplace 45

plutôt privilégier ici une approche plus classique. Ce choix permettra de dégager des outils et
un langage qui seront directement mis à profit pour la vérification des principaux théorèmes
de ce chapitre.

3.1.1 Equation de la chaleur


Notre point de départ est l’équation de la chaleur homogène : nous cherchons alors une
fonction (scalaire pour commencer) u :]0, +∞[×Rn −→ R qui vérifie

∂t u − ∆u = 0. (3.4)

Nous disposons alors de la notion suivante :

Définition 3.1.1 (Solution Fondamentale pour l’équation de la chaleur) La


fonction gt (x) = g(t, x) déterminée par
|x|2

 1 n e− 4t , si t > 0 et si x ∈ Rn ,

gt (x) = (4πt)
2


0, si t < 0.

vérifie l’équation de la chaleur (3.4) sur ]0, +∞[×Rn . Nous dirons que la fonction gt
est la solution fondamentale de l’équation de la chaleur. Nous dirons également que gt
est le noyau de la chaleur. On notera g1 (x) = g(1, x) = g(x).

Le fait que cette fonction gt satisfait l’équation de la chaleur dans ]0, +∞[×Rn peut se vérifier
directement en variable réelle ou plus rapidement en variable de Fourier et nous laissons les
détails au lecteur. Voire également le livre [23].

Remarque 3.1 Les notations gt , Wt , Mt ou encore ht coexistent dans la littérature pour


désigner cette fonction. On parlera alors de fonction gaussienne gt , de fonction de Weierstrass
Wt ou de fonction maxwellienne Mt . La notation ht provient quant à elle du fait que cette
fonction est solution de la “heat equation”.

Voici maintenant quelques propriétés de la fonction gt .

Proposition 3.1.2
1) Pour tout t > 0 nous avons l’identité
2
gbt (ξ) = e−t|ξ| .

2) Pour tout t, s > 0 nous avons la propriété de semi-groupe

gt ∗ gs = gt+s ,

et pour une fonction f : Rn −→ R suffisamment régulière, on pourra également


écrire
gt ∗ f = et∆ (f ),
on dira alors que l’opérateur et∆ est le semi-groupe associé à l’opérateur
Laplacien et que son action sur les fonctions est donnée par convolution avec la
gaussienne gt .
46 Chapitre 3. Solutions classiques

3) La famille (gt )t>0 est une approximation de l’identité : pour tout t > 0 on a
kgt kL1 = 1 et lim gt = δ0 .
t→0+

4) Pour tout t > 0 et pour γ > 0 on a le contrôle (pour |x| ≥ 1)


γ−n
t 2
gt (x) ≤ C γ . (3.5)
|x|

5) Si α ∈ Nn est un multi-indice et si k ∈ N, alors



∂ k C|x|−(n+|α|+2k) si |x|2 ≥ t,
α
D g(t, x) ≤
∂tk  − (n+|α|+2k)
Ct 2 si |x|2 ≤ t.

Proposition 3.1.3
1) Si α ∈ Nn et si k ∈ N, pour tout t > 0 et pour tout 1 ≤ p ≤ +∞ on a

∂k α |α|+2k+n(1−1/p)
D g(t, ·) ≤ Ct− 2 .
∂tk Lp

2) Si α ∈ Nn et si k ∈ N, pour tout t > 0 et pour tout f ∈ Lp (Rn ) avec 1 ≤ p ≤ +∞


on a
∂k α |α|+2k

k
D g(t, ·) ∗ f ≤ Ct− 2 kf kLp .
∂t Lp

La preuve de ces estimations découle directement de la définition même du noyau de la chaleur


gt et la vérification de ces propositions sera laissée en exercice au lecteur.

Remarque 3.2 La fonction gt est de classe C ∞ en variable d’espace pour un paramètre


t > 0 fixé, mais si l’on est amené à considérer les deux variables, on observe que la variable
t introduit une singularité qui peut être très gênante car non nécessairement intégrable.
En effet, soit f : Rn −→ R une fonction qui appartient à l’espace L1 (Rn ), on considère gt ∗ f
pour t > 0 et on s’intéresse à étudier la quantité k∆(gt ∗ f )kL1t L1x . En estimant d’abord la
variable d’espace et avec le point 2) de la proposition ci-dessus nous avons

k∆(gt ∗ f )kL1x ≤ k∆gt kL1x kf kL1x ≤ Ct−1 kf kL1x ,

et cette dernière expression (en tant que fonction de la variable de temps) n’appartient pas à
l’espace L1 (]0, +∞[) : on remarque bien qu’une application directe de estimations ci-dessus
n’est pas suffisante pour conclure que la quantité k∆(gt ∗ f )kL1t L1x (qui fait intervenir les deux
variables) est bornée et il faudra faire très attention à cette particularité.

A) Problème de Cauchy homogène


Dans ce paragraphe nous nous intéressons maintenant à une version vectorielle de l’équation
de la chaleur (3.4) avec une donnée initiale et on se place en dimension n = 3. Il s’agit alors
d’étudier le problème suivant

∂t ~u(t, x) = ∆~u(t, x),
(3.6)
~u(0, x) = ~u0 (x),

3.1. Equation de la chaleur et équation de Laplace 47

où la donnée initiale ~u0 : R3 −→ R3 vérifie certaines conditions qui seront bientôt explicitées
et l’identité ∂t ~u = ∆~u représente le système
   
∂t u1 ∆u1
   
∂ u = ∆u 2 .
   
 t 2  
   
∂t u3 ∆u3

Ainsi, il suffira de raisonner composante par composante pour obtenir le vecteur solution de
cette équation.

Il est bien connu que ce problème d’évolution admet des solutions même pour des données
initiales ~u0 assez générales, et nous y reviendrons un peu plus tard au Chapitre 4, mais dans
ce chapitre nous aurons besoin du résultat suivant qui permet d’obtenir des solutions de
l’équation (3.6) à partir de la solution fondamentale.

Théorème 3.1.4 Soit ~u0 : R3 −→ R3 une fonction vectorielle telle que ~u0 ∈ Cb0 (R3 ),
alors la fonction
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x),
vérifie les points suivants.

1) ~u(t, x) est continue sur [0, +∞[×R3 et l’on a ~u(0, ·) = ~u0 ,

2) ~u(t, x) est de classe C ∞ sur ]0, +∞[×R3 ,

3) ~u(t, x) vérifie l’équation de la chaleur



∂t ~u(t, x) = ∆~u(t, x) sur ]0, +∞[×R3 ,
(3.7)
~u(0, x) = ~u0 (x) sur R3 .

Démonstration. Vérifions tout d’abord que la fonction ~u(t, x) est bien définie, nous avons
pour tout t > 0 et x ∈ R3 :
Z
|~u(t, x)| ≤ |gt (x − y)||~u0 (y)|dy ≤ kgt kL1 k~u0 k∞ < +∞.
R3

Maintenant, par un changement de variable élémentaire on peut écrire


Z √ 1 |y|2
− 4
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) = ~u0 (x − t y) e dy,
R3 (4π)3/2

et puisque ~u0 ∈ Cb0 (R3 ), on observe alors sans problème que la fonction ~u est continue sur
]0, +∞[×R3 et que l’on a en plus par convergence dominée lim ~u(t, x) = ~u0 (x) et donc
t→0+
~u(0, x) = ~u0 (x) ce qui donne la continuité sur [0, +∞[×R3 . Etant donné que pour t > 0 la
fonction gt est régulière, on obtient que ~u(t, x) est de classe C ∞ sur ]0, +∞[×R3 . Pour le
dernier point il suffit de remarquer que l’on a
   
(∂t − ∆)~u(t, x) = (∂t − ∆) gt ∗ ~u0 (x) = (∂t − ∆)gt ∗ ~u0 (x) = 0,

car gt est la solution fondamentale de l’équation de la chaleur et vérifie l’équation (3.7). 


48 Chapitre 3. Solutions classiques

B) Problème de Cauchy non-homogène avec donnée initiale nulle


Soit maintenant f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3 un champ de vecteurs, le problème étudié ici est
le suivant. 
∂t ~u = ∆~u + f~,

~u(0, x) = 0.

Une particularité intéressante de ce problème d’évolution provient du fait qu’en présence


d’une force extérieure f~ non nulle et à partir d’une donnée initiale ~u0 nulle, nous obtenons
une solution non nulle de cette équation comme nous l’indique le théorème qui suit.

Théorème 3.1.5 Soit f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3 une force extérieure donnée qui vérifie
f~ ∈ Cb1 ([0, +∞[×R3 ). Alors la fonction
Z t
~u(t, x) = gt−s ∗ f~(s, x)ds, (3.8)
0

vérifie les points suivants :

1) ~u(t, x) est continue sur [0, +∞[×R3 ,

2) ~u(t, x) est de classe C 1 (]0, +∞[×R3 ) et de classe C 2 (R3 ),

3) ~u(t, x) est solution de l’équation de la chaleur non-homogène



∂t ~u(t, x) = ∆~u(t, x) + f~(t, x) sur ]0, +∞[×R3 ,

~u(0, x) = 0 sur R3 .

Démonstration. Pour le premier point : comme f~ est continue bornée en variable d’espace
et la fonction gt est intégrable en variable d’espace, on obtient par les propriétés du produit de
convolution que la fonction gt−s ∗ f~(s, x) est continue sur R3 . Maintenant, par un changement
de variables nous avons
Z tZ Z tZ
1 |z|2
− 4 ~

~u(t, x) = gt−s (y)f~(s, x − y)dyds = 3/2
e f (s, x − t − s z)dzds,
0 R3 0 R3 (4π)

et comme la fonction f~ est continue bornée en variable temporelle on obtient bien la continuité
de ~u(t, ·) pour t > 0. Finalement, par convergence dominée en variable de temps on obtient
sans problème lim ~u(t, x) = 0, ce qui nous permet de conclure la continuité sur [0, +∞[×R3 .
t→0+

Pour le deuxième point, raisonnant composante par composante et pour tout indice
i, j, k = 1, 2, 3 on obtient
Z t
∂xi uk (t, x) = gt−s ∗ ∂xi fk (s, x)ds,
0

mais comme la fonction ∂xi fk appartient à l’espace Cb0 ([0, +∞[×R3 ) par hypothèse, alors
avec les mêmes arguments antérieurs nous déduisons que la fonction ∂xi uk (t, x) est continue
bornée sur ]0, +∞[×R3 . De plus on peut écrire
Z tZ
√ ds
∂xi ∂xj uk (t, x) = ∂xi g(z)∂xj fk (s, x − t − s z)dz √ .
0 R3 t−s
3.1. Equation de la chaleur et équation de Laplace 49

mais étant donné que la fonction ∂xi g est intégrable en variable d’espace, que la fonction
∂xj fk est continue bornée en temps et en espace et que le poids (t − s)−1/2 est intégrable, on
obtient que la fonction ~u(t, ·) est de classe C 2 (R3 ).

Pour le dernier point, on remarquera que toutes les fonctions considérées sont continues
bornées, de sorte que l’on peut dériver sous le signe somme pour obtenir l’équation vérifiée
par la fonction ~u(t, x) définie par (3.8). 

Il existe bien sûr de nombreuses variantes de ces théorèmes, mais nous ne cherchons pas
l’exhaustivité ici : ces énoncés sont suffisants pour nos besoins immédiats.

C) Résultat Général

Avec les deux théorèmes antérieurs et par le principe de superposition du problème ho-
mogène avec le problème non-homogène, nous pouvons étudier le cas général.

Théorème 3.1.6 Soit f~ : [0, +∞[×R3 −→ R une force extérieure telle que l’on ait
f~ ∈ C 1 ([0, +∞[×R3 ). Si la donnée initiale ~u0 est une fonction continue bornée sur R3 ,
alors la fonction Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ f~(s, x)ds,
0
est solution du problème

∂t ~u = ∆~u + f~ sur ]0, +∞[×R3 ,

~u(0, x) = ~u0 (x) sur R3 ,


et vérifie les points suivants

1) ~u(t, x) est continue sur [0, +∞[×R3 ,

2) ~u(t, x) est de classe C 1 (]0, +∞[×R3 ) et de classe C 2 (R3 ).

Remarque 3.3 Nous verrons au Chapitre 4 comment étendre le Théorème 3.1.6 à des
données initiales ~u0 et à des forces extérieures f~ plus générales.

3.1.2 Equation de Laplace et de Poisson


Passons maintenant à l’étude des équations de Laplace et de Poisson qui nous permettrons
de mieux comprendre la relation entre la vitesse et la pression dans les équations de Navier-
Stokes.

A) Equation de Laplace

L’équation de Laplace est historiquement une des premières équations aux dérivées par-
tielles considérées et si f : Rn −→ R est une fonction suffisamment régulière cette équation
s’écrit
n
X
∆f (x) = ∂x2i f (x) = 0, (3.9)
i=1
50 Chapitre 3. Solutions classiques

pour tout x ∈ Rn . En étudiant certaines propriétés d’invariance de cette équation, il est très
simple de vérifier que cette équation admet la solution suivante

Définition 3.1.7 (Solution Fondamentale pour l’équation de Laplace) Si vn


est la mesure de la boule unité de Rn , alors la fonction

1
− 2π log(|x|) (n = 2),
Φ(x) = (3.10)
1 1

n(n−2)vn |x| n−2 (n > 2),

définie pour tout x ∈ Rn avec x 6= 0 est la solution fondamentale de l’équation de


Laplace (3.9) : nous avons
∆Φ(x) = 0,
sur R3 \ {0}.

Le lecteur peut consulter le livre [19] pour une construction de la solution fondamentale Φ
en utilisant des outils totalement élémentaires.

Lorsque n = 3 (cas qui correspond au équations de Navier-Stokes étudiées ici), la solution


fondamentale est connue comme la fonction de Green (ou encore comme le noyau de Green) :

1 1
Φ(x) = . (3.11)
4π |x|

Dans ce cadre précis, nous pouvons voir sans problème que si x 6= 0, alors nous avons les
inégalités

C C C
|DΦ(x)| ≤ , |D2 Φ(x)| ≤ , et |D3 Φ(x)| ≤ , (3.12)
|x|2 |x|3 |x|4

où C > 0 est une constante générique.

Remarque 3.4 En utilisant le langage de la théorie des distributions on peut écrire l’identité
−∆Φ = δ0 . On remarquera également sans problème que la fonction Φ est régulière en dehors
de l’origine.

B) Problème non-homogène : l’équation de Poisson

A partir de la notion de solution fondamentale obtenue dans la section antérieure nous


allons pouvoir résoudre l’équation de Poisson donnée par le problème suivant, où pour plus
de simplicité nous nous plaçons directement dans le cas n = 3. Ainsi, si f, g : R3 −→ R sont
deux fonctions suffisamment régulières, l’équation de Poisson est alors

− ∆f (x) = g(x), (3.13)

pour tout x ∈ R3 . La solution de ce problème est explicitée dans le résultat ci-dessous.


3.1. Equation de la chaleur et équation de Laplace 51

Théorème 3.1.8 Soit g : R3 −→ R une fonction de classe C 1 (R3 ) telle que

sup sup (1 + |x|)σ |Dα g(x)| < +∞, (3.14)


|α|≤1 x∈R3

avec 2 < σ < 3. Alors, en utilisant la solution fondamentale de l’équation de Laplace


Φ donnée par l’expression (3.10), on peut construire une fonction f : R3 −→ R de la
façon suivante Z
f (x) = Φ ∗ g(x) = Φ(x − y)g(y)dy, (3.15)
R3

et la fonction f ainsi définie est de classe C 2 (R3 ) et de plus elle vérifie l’équation de
Poisson (3.13) sur R3 .

Démonstration. Par les propriétés du produit de convolution nous avons l’identité


3
X
∆f (x) = ∆Φ ∗ g(x) = ∂xi Φ ∗ ∂xi g(x),
i=1

ce qui nous donne que f est de classe C 2 car par hypothèse g ∈ C 1 et Φ est régulière en dehors
de l’origine. De plus nous pouvons écrire
Z 3
X Z
∆f (x) = lim ∂xi g(x − y)∂xi Φ(y)dy = lim ~
∇g(x ~
− y) · ∇Φ(y)dy,
→0 <|y|<R i=1 →0 <|y|<R
R→+∞ R→+∞

ainsi, par la première formule de Green nous avons l’identité


Z 3
X Z 3
X
2 2
∆f (x) = lim  g(x − σ) σi ∂xi Φ(σ)dσ − R g(x − Rσ) σxi ∂i Φ(Rσ)dσ
→0 S2 S2
R→+∞ i=1 i=1
Z !
− g(x − y)∆Φ(y)dy ,
<|y|<R

et en remarquant que l’on a l’identité ∆Φ = 0 sur R3 \ {0} ainsi que les formules
3 3
X 1 X 1
σi ∂xj Φ(σ) = − 2
et σi ∂xj Φ(Rσ) = − , alors il vient
4π 4πR2
i=1 i=1
 Z Z 
1 1
∆f (x) = lim − g(x − σ)dσ + g(x − Rσ)dσ .
→0
R→+∞
4π S2 4π S2

On remarque maintenant que par l’hypothèse (3.14), la fonction g est bornée près de l’origine,
tend vers 0 à l’infini et en se rappelant que la mesure de la sphère unité S2 est 4π, par un
passage à la limite nous avons bien l’identité recherchée

∆f (x) = −g(x),

ce qui termine la démonstration du Théorème 3.1.8. 

La solution (3.15) du problème de Poisson (3.13) est donnée par convolution avec le noyau
de Green Φ qui dont les dérivées vérifient les estimations (3.12). Nous aurons besoin d’un
résultat général qui nous permettra d’estimer ces produits de convolution :
52 Chapitre 3. Solutions classiques

Lemme 3.1.9 Soient 0 < α < 3 un indice réel. Alors on a les estimations suivantes

1) Si 0 < β < 3 et α + β − 3 > 0 :


Z
1 1 C
α β
dy ≤ . (3.16)
R3 |y| (1 + |x − y|) (1 + |x|)α+β−3

2) Si β = 3, nous avons
Z
1 1 C
α β
dy ≤ max(1, ln |x|). (3.17)
R3 |y| (1 + |x − y|) (1 + |x|)α

3) Si β > 3, alors Z
1 1 C
α β
dy ≤ . (3.18)
R3 |y| (1 + |x − y|) (1 + |x|)α
Preuve. Observons tout d’abord que grâce à un changement de variable on a l’identité
Z Z
1 1 1 1
α β
dy = α β
dy,
R3 |y| (1 + |x − y|) R3 |x − y| (1 + |y|)

de manière qu’il est totalement équivalent de travailler sur chacune de ces deux expressions
ci-dessus.

• Pour obtenir ces estimations, on étudie d’abord le cas où |x| < 1 et on a
Z Z Z
1 1 1 1 1 1
α β
dy = α β
dy+ α β
dy.
R3 |y| (1 + |x − y|) {|y|<1} |y| (1 + |x − y|) {|y|≥1} |y| (1 + |x − y|)

1
Comme (1+|x−y|)β
≤ 1 nous écrivons
Z Z
1 1 1
dy ≤ dy < +∞,
{|y|<1}
α
|y| (1 + |x − y|)β {|y|<1} |y|α

car 0 < α < 3. Maintenant, puisque on a supposé |x| < 1, alors on a les estimations
1 1
|y| ≤ |x − y| + |x| ≤ |x − y| + 1 et donc (1+|x−y|)β ≤ |y|β , ce qui nous permet d’écrire

Z Z
1 1 1
dy ≤ dy < +∞,
{|y|≥1}
α
|y| (1 + |x − y|)β {|y|≥1} |y|α+β

car α + β − 3 > 0 (ce que l’on a dans les trois cas Z de figure explicités). Nous avons
1 1
donc obtenu que lorsque |x| < 1, alors l’intégrale α (1 + |x − y|)β
dy est bornée.
R3 |y|
• Supposons maintenant que |x| ≥ 1, nous avons alors :
Z Z Z
1 1 1 1 1 1
α (1 + |x − y|)β
dy = α (1 + |x − y|)β
dy+ α (1 + |x − y|)β
dy.
R3 |y| 1
{|y|≤ |x|} |y| 1
{ |x|<|y|} |y|
2 2

Si on travaille sur l’ensemble |y| ≤ 12 |x|, alors |x| ≤ |x − y| + |y| ≤ |x − y| + 12 |x| et


donc 21 |x| ≤ |x − y|, on en déduit l’estimation (1+|x−y|)
1 C
β ≤ (1+|x|)β , il vient alors, car
0<α<3:
C|x|3−α
Z Z
1 1 C 1 C
α β
dy ≤ β α
dy ≤ β
≤ .
{|y|≤ 1 |x|} |y| (1 + |x − y|) (1 + |x|) {|y|≤ 1 |x|} |y| (1 + |x|) (1 + |x|)α+β−3
2 2
3.1. Equation de la chaleur et équation de Laplace 53

Si on travaille à présent sur l’ensemble 12 |x| < |y| on écrit


Z Z
1 1 1 1
α β
dy ≤ C α β
dy
{ 12 |x|<|y|} |y| (1 + |x − y|) { 21 |x|<|y|}∩{|x−y|>|x|/2} |y| (1 + |x − y|)
Z (3.19)
1 1
+C α (1 + |x − y|)β
dy.
1
{ 2 |x|<|y|}∩{|x−y|≤|x|/2} |y|

Pour la première intégrale ci-dessus on remarque que sur l’ensemble 12 |x| < |y|, on a
C
les contrôles |x − y| ≤ |x| + |y| ≤ 3|y|, et donc |y|1α ≤ |x−y| α . On obtient alors

Z Z
1 1 1 1
dy ≤ dy
{ 12 |x|<|y|}∩{|x−y|>|x|/2} |y|α (1 + |x − y|)β { 12 |x|<|y|}∩{|x−y|>|x|/2} |x − y|α (1 + |x − y|)β
Z
1 C
≤ dy ≤ ,
{|x−y|>|x|/2} |x − y|α+β |x|α+β−3

car on a α + β − 3 > 0 par hypothèse. Pour la deuxième intégrale de l’expression (3.19)


ci-dessus, sur l’ensemble { 12 |x| < |y|} ∩ {|x − y| ≤ |x|/2} on a |x| 3
2 ≤ |y| ≤ 2 |x|, et donc
1 C
|y|α ≤ |x|α , et nous pouvons alors écrire
Z Z
1 1 C 1
dy ≤ dy
{ 12 |x|<|y|}∩{|x−y|≤|x|/2} |y| (1 + |x − y|)β
α |x|α { 12 |x|<|y|}∩{|x−y|≤|x|/2} (1 + |x − y|)β
Z
C 1
≤ dy
|x| {|x−y|≤|x|/2} (1 + |x − y|)β
α
Z
C 1
≤ dz. (3.20)
|x|α {|z|≤|x|/2} (1 + |z|)β

Nous distinguons ici trois cas :


1) Si 0 < β < 3 on a pour l’intégrale ci-dessus :
Z Z
1 1 C
β
dz ≤ β
dz ≤ ,
{|z|≤|x|/2} (1 + |z|) {|z|≤|x|/2} |z| |x|β−3

ce qui nous donne finalement la majoration suivante lorsque |x| ≥ 1 :


Z
1 1 C
α (1 + |x − y|)β
dy ≤ α+β−3
.
1
{ |x|<|y|}∩{|x−y|≤|x|/2} |y| |x|
2

Avec toutes ces estimations pour les cas |x| < 1 et |x| ≥ 1, nous obtenons donc
bien l’inégalité (3.16) recherchée.

2) Si 0 < α < 3 et β = 3, on a pour l’intégrale (3.20) on a (avec |x|  1) :


Z Z Z
1 1 1
3
dz = 3
dz + 3
dz
{|z|≤|x|/2} (1 + |z|) {|z|≤1} (1 + |z|) {1<|z|≤|x|/2} (1 + |z|)
Z |x|/2 Z |x|/2
0 1 0 1
≤ C +C dρ ≤ C + C dρ
1 (1 + ρ) 1 ρ
≤ C max(1, ln(|x|)),

de sorte que l’on a (avec toutes les estimations précédentes) le contrôle général
suivant
max(1, ln |x|)
Z
1 1
α β
dy ≤ C ,
R3 |x − y| (1 + |y|) (1 + |x|)α
ce qui démontre l’inégalité (3.17).
54 Chapitre 3. Solutions classiques

3) Finalement, si β > 3 on a pour l’intégrale (3.20) :


Z Z Z
1 1 1
dz = dz + dz
{|z|≤|x|/2} (1 + |z|)β {|z|≤1} (1 + |z|)
β
{1<|z|≤|x|/2} (1 + |z|)
β
Z |x|/2 Z +∞
0 1 0 1
≤ C +C β−2
dρ ≤ C + C β−2
dρ = C 00 < +∞,
1 (1 + ρ) 1 ρ
ce qui nous donne dans ce cas la majoration
Z
1 1 C
α β
dy ≤ ,
R3 |x − y| (1 + |y|) (1 + |x|)α
et l’inégalité (3.18) est démontrée. 

Remarque 3.5 Si l’on compare les exposants dans la partie de gauche et de droite de la
formule (3.16) on notera qu’il y a une perte dans la décroissance obtenue car β > α+β−3 > 0
puisque 0 < α < 3. D’autre part, la condition α < 3 est nécessaire car si α = 3 alors le terme
1 1
|y|α = |y|3 ne serait pas localement intégrable. Bien évidemment ce résultat se généralise
lorsque la dimension de l’espace ambiant est autre que n = 3.
On notera également une perte de la décroissance dans la formule (3.18) car initialement
on a une décroissance de l’ordre de β > 3 mais la conclusion nous fournit une décroissance
d’ordre 3 > α > 0.
La proposition qui suit explicite deux propriétés des solutions de l’équation de Poisson qui
seront utilisées par la suite.

Proposition 3.1.10 Soit g : R3 −→ R une fonction de classe C 1 (R3 ) qui vérifie la


condition
sup sup (1 + |x|)σ |Dα g(x)| < +∞, avec 2 < σ < 3.
|α|≤1 x∈R3

Soit f la solution du problème de Poisson (3.13) donnée par l’expression (3.15). Nous
avons alors les points suivants :

1) sup (1 + |x|)σ−2 |f (x)| < +∞,


x∈R3

2) sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dα f (x)| < +∞.


1≤|α|≤2 x∈R3

Démonstration.
1) En utilisant l’hypothèse avec 2 < σ < 3 et par définition de la solution fondamentale
de l’équation de Laplace Φ donnée dans (3.10), nous avons directement l’estimation
(1 + |y|)σ |g(y)|
Z Z
|f (x)| ≤ |Φ(x − y)||g(y)|dy ≤ |Φ(x − y)| dy
R3 R3 (1 + |y|)σ
Z
1 1
≤ C sup (1 + |y|)σ |g(y)| σ
dy
y∈R3 R3 |x − y| (1 + |y|)
Z
1 1 1
≤ C σ
dy ≤ C ,
R3 |x − y| (1 + |y|) (1 + |x|)σ−2
où nous avons utilisé le Lemme 3.1.9 pour estimer la dernière intégrale ci-dessus, et à
partir de cette inégalité on obtient sans problème le premier point de la proposition.
3.1. Equation de la chaleur et équation de Laplace 55

2) Lorsque on a |α| = 1, il suffit de combiner les arguments ci-dessus avec la première


inégalité de l’expression (3.12) en effet on écrit, par les propriétés du produit de convo-
lution et avec les hypothèses sur la fonction g :

(1 + |y|)σ |g(y)|
Z
α α
|D f (x)| = |D Φ ∗ g(x)| ≤ |Dα Φ(x − y)| dy
R3 (1 + |y|)σ
Z
1 1
≤ C sup (1 + |y|)σ |g(y)| 2 σ
dy
y∈R3 R3 |x − y| (1 + |y|)
1
≤ C ,
(1 + |x|)σ−1

où on a appliqué le Lemme 3.1.9 pour obtenir la dernière estimation.

Si |α| = 2, on écrit alors pour |β| = |γ| = 1 :

(1 + |y|)σ |Dγ g(y)|


Z
α
|D f (x)| ≤ |Dβ Φ(x − y)| dy
R3 (1 + |y|)σ
Z
1 1
≤ C sup (1 + |y|)σ |Dγ g(y)| 2 σ
dy
y∈R3 R3 |x − y| (1 + |y|)
1
≤ C ,
(1 + |x|)σ−1

où nous avons appliqué encore une fois le Lemme 3.1.9 pour obtenir le contrôle an-
noncé. 

On remarquera à partir des calculs ci-dessus, que si l’on a pas d’information sur la décroissance
des dérivées de la fonction g alors on pourra difficilement obtenir de l’information sur la
décroissance de la fonction Dα f .
En suivant les arguments précédents, on notera également que pour étudier le comporte-
ment de la fonction Dα f , on ne pourra pas forcément appliquer des dérivées d’ordre 2 sur
le noyau de Green Φ car alors, par la deuxième estimation de l’expression (3.12), on aura
C
|Dα Φ(x − y)| ≤ |x−y| 3 , ce qui nous empêchera d’appliquer le Lemme 3.1.9 (voir la Remarque

3.5). D’autre part, même si l’on suppose une meilleure décroissance pour la fonction g, par
exemple si l’on suppose
sup sup (1 + |x|)σ |Dα g(x)| < +∞,
|α|≤1 x∈R3

avec un σ ≥ 3, alors on ne pourra pas en toute généralité améliorer la décroissance donnée


dans le deuxième point de la proposition précédente car nous serions confronté au troisième
point du Lemme 3.1.9. Nous verrons par la suite, dans la Section 3.6 ci-dessous, de quelle façon
ces remarques vont influencer le comportement des solutions des équations de Navier-Stokes.

Il est bien sûr possible de continuer l’étude des équations de la chaleur et de l’équation de
Poisson ainsi que les propriétés de leurs solutions, mais les résultats présentés ci-dessus suf-
fisent amplement pour atteindre nos objectifs.

Nous allons donc étudier dans les pages qui suivent comment obtenir à partir des équations
de Navier-Stokes une équation de la chaleur (non linéaire) pour la vitesse et une équation
de Poisson pour la pression, mais avant il sera nécessaire d’énoncer un résultat qui va nous
permettre de décomposer de manière astucieuse les champs de vecteurs.
56 Chapitre 3. Solutions classiques

3.2 Décomposition de Helmholtz


On s’intéresse ici à une décomposition pour un champ de vecteurs donné en deux champs
de vecteurs dont l’un est à divergence nulle et l’autre peut se mettre sous la forme d’un
gradient : plus précisément, si F~ : R3 −→ R3 est un champ de vecteurs, qui vérifie certaines
hypothèses de décroissance, alors on peut écrire
F~ = F~0 + F~1 ,
où F~0 vérifie div(F~0 ) = 0 (F~0 est à divergence nulle) et l’on a pour F~1 l’identité F~1 = ∇g
~ (et
donc F~1 s’écrit sous la forme d’un gradient) pour une certaine fonction g : R3 −→ R, ce qui
permet d’écrire ∇ ~ ∧ F~1 = 0. On parlera alors d’un champ de vecteur à divergence nulle et
d’un champ de vecteur à rotationnel nul.

Cette écriture d’un champ de vecteurs en fonction de deux termes aux caractéristiques
bien distinctes apparaı̂t souvent en électromagnétisme et en mécanique des fluides (cette
décomposition est également connue comme le théorème fondamental du calcul vectoriel ).

Théorème 3.2.1 (Décomposition de Helmholtz) Soit F~ : R3 −→ R3 un champ


de vecteurs de classe C 2 tel que l’on ait le contrôle

sup sup (1 + |x|)σ |Dα F~ (x)| < +∞, avec 2 < σ < 3.
|α|≤2 x∈R3

Il existe alors deux champs de vecteurs F~0 , F~1 : R3 −→ R3 de classe C 1 tels que l’on ait
la décomposition
F~ = F~0 + F~1 , (3.21)
avec les propriétés suivantes :

1) Il existe une fonction p : R3 −→ R de classe C 2 qui vérifie la condition


sup (1 + |x|)σ−2 |p(x)| < +∞ et telle que F~1 = ∇p.
~
x∈R3

2) F~0 est à divergence nulle (div(F~0 ) = 0) et F~1 est irrotationnel (∇


~ ∧ F~1 = 0).

3) On a les contrôles

sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dα F~0 (x)| < +∞,


|α|≤1 x∈R3

et
sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dα F~1 (x)| < +∞.
|α|≤1 x∈R3

4) La décomposition (3.21) ainsi obtenue est unique.

Démonstration. On commence par vérifier l’existence d’une telle décomposition et on


considère la divergence du champ de vecteur F~ , qui par hypothèse vérifie la majoration
sup sup (1 + |x|)σ |Dα div(F~ )| < +∞, 2 < σ < 3.
|α|≤1 x∈R3

Avec cette estimation, en prenant div(F~ ) comme une donnée, nous pouvons considérer
l’équation de Poisson suivante avec pour inconnue une fonction p : R3 −→ R :
∆p = div(F~ ), (3.22)
3.2. Décomposition de Helmholtz 57

et alors, cette équation de Poisson admet par le Théorème 3.1.8 une solution p qui est de
classe C 2 (R3 ) et qui vérifie, par la Proposition 3.1.10, les inégalités :

sup (1 + |x|)σ−2 |p(x)| < +∞, et


x∈R3
(3.23)
sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dα p(x)| < +∞.
1≤|α|≤2 x∈R3

La fonction p obtenue ci-dessus est bien de classe C 2 et satisfait les conditions de décroissance
explicitées dans le premier point du théorème. A partir de cette fonction p, on peut maintenant
construire deux champs de vecteurs F~1 et F~0 de la façon suivante :

F~1 = ∇p,
~ et F~0 = F~ − F~1 , (3.24)

et on remarque sans problème que les champs de vecteurs F~0 et F~1 sont de classe C 1 (R3 ) par
construction.

Passons au deuxième point. Nous avons bien que le champ de vecteurs F~1 est de rotationnel
nul puisque l’on a l’identité vectorielle
~ ∧ F~1 = ∇
∇ ~ ∧ (∇p)
~ ≡ 0.

Si nous appliquons maintenant l’opérateur divergence au champ de vecteurs F~0 , nous obtenons
les identités

div(F~0 ) = div(F~ − F~1 ) = div(F~ − ∇p)


~
= div(F~ ) − div(∇p)
~ = div(F~ ) − ∆p = 0,

car p est justement solution de l’équation de Poisson (3.22). On a ainsi obtenu l’existence de
la décomposition F~ = F~0 + F~1 avec les propriétés recherchées, ce qui démontre le deuxième
point du théorème.

Le troisième point se base sur le fait que la fonction p vérifie les estimations (3.23) et on
obtient sans problème le contrôle suivant pour F~1 :

sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dα F~1 (x)| = sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dα ∇p(x)|
~ < +∞.
|α|≤1 x∈R3 |α|≤1 x∈R3

Pour le champ de vecteurs F~0 on utilise sa définition donnée dans l’expression (3.24) et
l’hypothèse sur le champ de vecteurs F~ pour obtenir

sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dα F~0 (x)| = sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dα (F~ − F~1 )(x)|
|α|≤1 x∈R3 |α|≤1 x∈R3

≤ sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dα F~ (x)|


|α|≤1 x∈R3

+ sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dα F~1 (x)| < +∞.


|α|≤1 x∈R3

Pour terminer il ne reste plus qu’à étudier l’unicité de la décomposition (3.21). On suppose
donc qu’il existe une autre décomposition (G ~ 0, G
~ 1 ) avec les mêmes propriétés que le couple
~ ~ ~ ~ ~ ~ ~
(F0 , F1 ), c’est à dire que F = F0 + F1 et F = G0 + G ~ 1 où F~0 et G
~ 0 sont à divergence nulle
~ ~
et où F1 et G1 sont à rotationnel nul et de plus on a les bonnes conditions de décroissance
pour toutes ces champs de vecteurs.
58 Chapitre 3. Solutions classiques

Ainsi, G~ 1 − F~1 est un champ de vecteurs irrotationnel (i.e. ∇


~ ∧ (G
~ 1 − F~1 ) = 0) et on peut
trouver, de la même façon que précédemment, une fonction q telle que (G~ 1 − F~1 ) = ∇q.
~ Nous
pouvons alors écrire
~ 1 − F~1 ) = ∆q,
div(G
mais comme nous avons F~1 = F~ − F~0 et G
~ 1 = F~ − G
~ 0 nous obtenons la relation

~ 1 − F~1 ) = div((F~ − G
∆q = div(G ~ 0 ) − (F~ − F~0 )) = div(G
~ 0 − F~0 ) = 0,

car F~0 et G
~ 0 sont à divergence nulle. La fonction q est donc harmonique sur R3 et ses dérivées
de premier ordre s’annulent à l’infini car les fonctions G ~ 1 et F~1 vérifient les estimations du
troisième point. Alors par le principe du maximum (pour les fonctions harmoniques) on a
que q est une fonction constante, et donc G ~ 1 − F~1 = ∇q
~ = 0, ce qui nous donne l’unicité
recherchée. 

Cette décomposition des champs de vecteurs sera d’une grande utilité dans l’étude des
équations de Navier-Stokes car elle nous permettra de séparer les composantes à divergence
nulle et à rotationnel nul d’un champ de vecteurs et de ce fait on pourra étudier chacune
des inconnues ~u et p séparément. Nous verrons dans le chapitre suivant comment généraliser
ce résultat à un cadre plus moderne en faisant intervenir des champs de vecteurs qui appar-
tiennent à des espaces de fonctions comme les espaces de Lebesgue ou de Sobolev (on parlera
alors du projecteur de Leray).

Mais avant de nous lancer dans l’étude des équations de Navier-Stokes, il est très utile
de considérer d’abord un système plus simple donné par les équations de Stokes qui seront
traitées dans la section qui suit.

3.3 Problème de Stokes et tenseur d’Oseen


Dans la section précédente nous avons vu qu’il est possible de décomposer les champs
de vecteurs d’une façon très particulière qui, comme nous allons le voir, nous permettra de
considérer des systèmes d’équations comme la superposition d’une équation de la chaleur et
d’une équation de Poisson.

A) Le problème de Stokes
Pour mieux comprendre les mécanismes d’application de cette décomposition dans l’étude
d’équations aux dérivées partielles, nous nous proposons d’étudier dans cette section le
système suivant qui est une simplification des équations de Navier-Stokes classiques :

∂t ~u = ∆~u − ∇p ~ + ~g , div(~u) = 0,
(3.25)
~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0,

où ~u0 est une donnée initiale que l’on supposera à divergence nulle, ~g est une force extérieure
donnée.

Remarquons que la condition de divergence nulle imposée à la donnée initiale correspond


au fait que l’on cherchera des solutions ~u(t, x) qui sont continues en variable de temps, on
s’attend donc à obtenir la limite lim ~u(t, x) = ~u(0, x) et par souci de compatibilité il est
t→0+
totalement naturel d’imposer la condition div(~u0 ) = 0.
3.3. Problème de Stokes et tenseur d’Oseen 59

Ce problème (3.25) correspond aux équations de Stokes et d’un point de vue physique,
ces équations modélisent l’évolution dans le temps d’un fluide dont le terme de transport est
totalement négligeable par rapport à la viscosité ambiante comme c’est le cas par exemple
lorsqu’on étudie les propriétés de certains polymères.

D’un point de vue plus mathématique, on remarquera que par rapport aux équations de
Navier-Stokes (3.1), le problème ci-dessus ne prend pas en compte le terme non-linéaire de
~ u. Il s’agit alors d’un problème linéaire en ~u qui sera beaucoup plus simple
transport (~u · ∇)~
à étudier.

Toutefois, nous avons ici aussi deux inconnues (~u, p) et nous allons voir maintenant com-
ment utiliser la décomposition de Helmholtz pour étudier séparément chacune de ces deux
inconnues.

Théorème 3.3.1 (Solutions fortes du problème de Stokes) Soit ~u0 : R3 −→ R3


un champ de vecteurs de classe C 1 sur R3 et ~g : [0, +∞[×R3 −→ R3 un champ de
vecteurs de classe C 2 sur [0, +∞[×R3 respectivement, tels que l’on ait :

• div(~u0 ) = 0 et sup sup |Dα ~u0 (x)| < +∞,


|α|≤1 x∈R3

• sup sup (1 + |x|)σ |Dxα~g (t, x)| < +∞, avec 2 < σ < 3.
|α|≤2 x∈R3

Alors il existe une unique solution (~u, p) du problème de Stokes (3.25) telle que

1) pour |α| ≤ 2, la fonction Dxα p est continue sur [0, +∞[×R3 ,

2) on a le contrôle sup sup (1 + |x|)σ−2 |p(t, x)| < +∞ ainsi que la majoration
t≥0 x∈R3
sup sup (1 + |x|)σ−1 |Dxα p(t, x)| < +∞,
1≤|α|≤2 t≥0,x∈R3

3) pour |α| ≤ 2, la fonction Dxα ~u est continue sur [0, +∞[×R3 ,

4) la fonction ∂t ~u est continue sur [0, +∞[×R3 .

Cette solution s’écrit


Z t  
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + ~ ∗ div(~g ) ds,
gt−s ∗ ~g + ∇Φ
0 (3.26)
p(t, x) = −Φ ∗ div(~g )(t, x),

où gt est le noyau de la chaleur et Φ est la fonction de Green donnée dans (3.11).

Démonstration. Nous allons tout d’abord montrer que le problème de Stokes (3.25) admet
une solution (~u, p) qui s’écrit de la forme (3.26), pour ensuite vérifier les propriétés de ces
solutions énoncées dans ce théorème.

Le point de départ pour construire des solutions au problème de Stokes consiste à appli-
quer la décomposition de Helmholtz au champ de vecteurs ~g (qui vérifie les hypothèses du
Théorème 3.2.1), ce qui donne
~
~g = ~g0 + ∇q, (3.27)
60 Chapitre 3. Solutions classiques

~ est à rotationnel nul. On remarquera qu’alors nous


où bien sûr ~g0 est à divergence nulle et ∇q
avons
~ = ∆q.
div(~g ) = div(∇q) (3.28)
En revenant aux équations (3.25) nous pouvons donc écrire
~ + (~g0 + ∇q)
∂t ~u = ∆~u − ∇p ~
~ − p).
= (∆~u + ~g0 ) − ∇(q

Nous observons ici que dans la dernière identité, le terme (∆~u + ~g0 ) est à divergence nulle
~ − p) est à rotationnel nul. Ainsi, si nous appliquons la décomposition de
et le terme ∇(q
Helmholtz (3.21) pour le champ de vecteurs

F~ = (∆~u + ~g0 ) − ∇(q


~ − p),

nous avons F~0 = ∆~u+~g0 et F~1 = −∇(q−p).


~ D’autre part, si nous étudions cette décomposition
pour le champ de vecteur
~ = ∂t ~u,
G
~ 0 = ∂t ~u et
qui est par hypothèse à divergence nulle, nous obtenons alors sans problème que G
~ 1 = 0.
G

~ = F~ , en identifiant les termes à divergence nulle et les termes à rotationnel


Ainsi, comme G
nul nous obtenons les deux équations suivantes :

∂t ~u = ∆~u + ~g0 et ~ − p),


0 = ∇(q

mais pour pouvoir étudier ces équations correctement nous avons besoin de quelques petites
manipulations supplémentaires. En effet, à partir de cette dernière équation nous obtenons
~ = ∇q
∇p ~ et donc la décomposition (3.27) ~g = ~g0 + ∇q
~ nous permet d’écrire

~ = ~g − ∇p.
~g0 = ~g − ∇q ~

~ = ∇q,
De plus, en appliquant l’opérateur divergence à l’identité ∇p ~ on en déduit la relation
suivante
∆p = ∆q = div(~g ),
où nous avons utilisé l’identité (3.28).

Avec les relations que nous venons d’obtenir pour ~g0 et pour le Laplacian de la pression p,
nous avons les deux équations recherchées :

• Une équation de Poisson ∆p = div(~g ) dont la solution est donnée par le Théorème
3.1.8 (on remarquera que les hypothèses sur ~g permettent d’appliquer ce théorème) :

p(t, x) = −Φ ∗ div(~g )(t, x), (3.29)

où Φ est la fonction de Green donnée par l’expression (3.11). De plus la pression p
vérifie les estimations explicitées dans la Proposition 3.1.10.

• Une équation de la chaleur non-homogène, avec donnée initiale ~u0 :



~
∂t ~u = ∆~u + (~g − ∇p),

~u(0, x) = ~u0 (x),



3.3. Problème de Stokes et tenseur d’Oseen 61

dont la solution est donnée par le Théorème 3.1.6 :


Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + ~
gt−s ∗ (~g − ∇p)(s, x)ds.
0

Il s’agit maintenant de relier ces deux équations pour revenir au problème initial et pour
cela on remplace l’expression de la pression donnée par la formule (3.29) dans le problème
ci-dessus pour obtenir
Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + ~ ∗ div(~g ))(s, x)ds,
gt−s ∗ (~g + ∇Φ
0

et nous avons donc obtenu l’expression (3.26) recherchée.

Pour les conditions 1)-4) énoncées dans le Théorème 3.3.1, il suffit d’exploiter les conclu-
sions du Théorème 3.1.8, de la Proposition 3.1.10 et du Théorème 3.1.6, de sorte que les
détails sont laissés au lecteur. 

B) Le Tenseur d’Oseen
La solution du problème de Stokes calculée dans la section précédente nous incite à définir
un noyau de convolution qui concentre l’information de la même façon que les solutions fon-
damentales données précédemment pour les équations de la chaleur et l’équation de Poisson.
Dans ce sens nous avons la définition qui suit :

Définition 3.3.2 (Tenseur d’Oseen) Soit (t, x) ∈ [0, +∞[×R3 . On définit le ten-
seur d’Oseen (Oj,k )1≤j,k≤3 par la formule

Oj,k (t, x) = δj,k gt (x) + Φ ∗ ∂xj ∂xk gt (x), (3.30)

pour 1 ≤ j, k ≤ 3 et où la fonction δj,k est la fonction delta de Kronecker. Ici, gt est le
noyau de la chaleur et Φ est la fonction de Green.
Remarquons que ce tenseur s’écrit également en notation matricielle de la forme suivante :
 
gt + Φ ∗ ∂x21 gt Φ ∗ ∂x1 ∂x2 gt Φ ∗ ∂x1 ∂x3 gt
 
Ot (x) = O(t, x) =  Φ ∗ ∂x2 ∂x1 gt gt + Φ ∗ ∂x22 gt Φ ∗ ∂x2 ∂x3 gt  ,
 
 
Φ ∗ ∂x3 ∂x1 gt 2
Φ ∗ ∂x3 ∂x2 gt gt + Φ ∗ ∂x3 gt

et on observe facilement d’une part que ce tenseur est symétrique Oj,k = Ok,j et d’autre part
que l’on a la propriété de divergence nulle

div(Ot ) = 0, (3.31)

il suffit pour cela d’appliquer la définition de la divergence d’un tenseur donnée dans la
formule (2.10), page 16 :
   
∂x1 (gt + Φ ∗ ∂x21 gt ) + ∂x2 (Φ ∗ ∂x1 ∂x2 gt ) + ∂x3 (Φ ∗ ∂x1 ∂x3 gt ) ∂x1 gt + ∆Φ ∗ ∂x1 gt
   
div(Ot ) = ∂x1 (Φ ∗ ∂x2 ∂x1 gt ) + ∂x2 (gt + Φ ∗ ∂x22 gt ) + ∂x3 (Φ ∗ ∂x2 ∂x3 gt ) = ∂x2 gt + ∆Φ ∗ ∂x2 gt  ,
   
   
2
∂x1 (Φ ∗ ∂x3 ∂x1 gt ) + ∂x2 (Φ ∗ ∂x3 ∂x2 gt ) + ∂x3 (gt + Φ ∗ ∂x3 gt ) ∂x3 gt + ∆Φ ∗ ∂x3 gt

et de se rappeler que l’on a −∆Φ ∗ f = f , puisque Φ est la fonction de Green.


62 Chapitre 3. Solutions classiques

Observons maintenant que le tenseur d’Oseen nous permet d’écrire la partie concernant
la variable ~u dans la solution (3.26) du problème de Stokes de la façon suivante :
3 Z
Z t X !
uj (t, x) = gt ∗ u0,j (x) + Oj,k (t − s, x − y)gk (s, y)dy ds,
0 k=1 R3

pour 1 ≤ j ≤ 3. Afin de simplifier l’écriture, on écrira l’expression ci-dessus de façon vectorielle


par Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + Ot−s :: ~g (s, x)ds, (3.32)
0
où le terme A :: ~v ci-dessus (avec A une matrice 3 × 3 dont les coefficients (aj,k )1≤j,k≤3 sont
des fonctions et ~v : R3 −→ R3 est une fonction vectorielle) désigne le produit de convolution
entre un tenseur et un vecteur, dont le résultat est un vecteur. Cette quantité est donnée
explicitement par l’expression
 
a11 ∗ v1 + a12 ∗ v2 + a13 ∗ v3
 
A :: ~v = 
a21 ∗ v 1 + a 22 ∗ v 2 + a23 ∗ v 3
.

a31 ∗ v1 + a32 ∗ v2 + a33 ∗ v3
En utilisant les propriétés du produit de convolution, on notera alors que l’on peut écrire les
identités :
Dxα (A :: ~v ) = (Dxα A) :: ~v = A :: (Dxα~v ).
Voici maintenant quelques propriétés importante du tenseur d’Oseen O(t, x).

Proposition 3.3.3
1) Pour tout t > 0, pour tout x ∈ R3 et pour 1 ≤ j, k ≤ 3 nous avons
 
1 x
Oj,k (t, x) = 3/2 Oj,k 1, √ , (3.33)
t t

et on notera Oj,k (x) à la fonction Oj,k (1, x).

2) Les composantes du tenseur d’Oseen peuvent se réécrire comme :


Z |x| !
t s2
Oj,k (t, x) = δj,k gt (x) + 2∂xj ∂xk e− 4t ds . (3.34)
(4πt)3/2 |x| 0

Preuve. Le premier point se déduit directement des propriétés d’homogénéité des fonctions
gt (x) et Φ(x), de sorte que les détails sont laissés au lecteur.
On remarque pour le deuxième point de la proposition que l’on peut écrire par la définition
(3.30) :
Oj,k (t, x) = δj,k gt (x) + ∂xj ∂xk (Φ ∗ gt )(x),
nous observons ici que la fonction Φ ∗ gt (x) = ϕ(|x|) est une fonction radiale, bornée près de
l’origine, qui tend vers zéro à l’infini et qui de plus vérifie l’équation
1 |x|2
− 4t
−∆ϕ(|x|) = −∆Φ ∗ gt (x) = e = Gt (|x|),
(4πt)3/2
et donc nous devons avoir (en passant en coordonnées sphériques) :
2
ϕ00 (ρ) + ϕ0 (ρ) = −Gt (ρ),
ρ
3.3. Problème de Stokes et tenseur d’Oseen 63

ce qui nous permet d’écrire (ρϕ)00 (ρ) = −ρGt (ρ), mais par la définition de la fonction Gt
ci-dessus, on a également −ρGt (ρ) = 2tGt (ρ)0 et alors nous avons l’équation

(ρϕ)00 (ρ) = 2tGt (ρ)0 ,

2t ρ
Z
A
ce qui nous conduit à l’expression ϕ(ρ) = + B + Gt (s)ds. Comme la fonction ϕ est
ρ ρ 0
bornée près de l’origine et elle tend vers zéro à l’infini, il vient que A = B = 0 et alors nous
avons l’expression recherchée
Z |x|
2t s2
Φ ∗ gt (x) = e− 4t ds,
(4πt)3/2 |x| 0

ce qui termine la preuve de la proposition. 

Corollaire 3.3.4 Pour tout multi-indice α ∈ N3 , les composantes du tenseur d’Oseen


Oj,k vérifient l’estimation ponctuelle


|Dxα Oj,k (1, x)| ≤ .
(1 + |x|)3+|α|

Cette estimation s’écrit également :



|(Dxα Oj,k )(t, x)| ≤ √ .
( t + |x|)3+|α|
Preuve. Par l’expression (3.34), et en fixant t = 1, on observe que l’on a
!
Z |x|
1 2
− s4
|Dxα Oj,k (1, x)| ≤ |Dxα g1 (x)| + C Dxα ∂xj ∂xk e ds ,
(4π)3/2 |x| 0

si |x| < 1, par les propriétés du noyau de la chaleur g1 données dans la Proposition 3.1.2,
page 45, et par une estimation de l’intégrale lorsque |x| < 1, on obtient sans problème
que la quantité ci-dessus est bornée. Maintenant, pour |x| ≥ 1 (avec la formule de Leibniz
généralisée) on observe que l’on a :
Z |x| !
α α α 1 2
− s4
|Dx Oj,k (x)| ≤ |Dx g1 (x)| + C ∂xj ∂xk Dx e ds
|x| 0
Z |x| !
X α  
1 2
α α−β β − s4
≤ |Dx g1 (x)| + C ∂xj ∂xk Dx Dx e ds
β |x| 0
β≤α
Cα Cα Cα
≤ 3+|α|
+ 3+|α|+2 ≤ ,
|x| |x| |x|3+|α|

où nous avons utilisé les propriétés du noyau de la chaleur g1 (voir la Proposition 3.1.2,
page 45), la régularité de la fonction |x|−1 lorsque |x| ≥ 1 et les propriétés de décroissance
de la fonction exponentielle. Avec ces deux estimations nous avons donc obtenu la première
inégalité du corollaire. La deuxième s’en déduit facilement par homogénéité en utilisant la
formule (3.33). 

Un dernier résultat concernant le tenseur d’Oseen est le suivant :


64 Chapitre 3. Solutions classiques

Corollaire 3.3.5 Si |x| > 1, alors on a l’expression suivante :


!
Z +∞
t 2
− s4t
Oj,k (t, x) = ∂xj ∂xk Φ(x) + δj,k gt (x) − 2∂xj ∂xk e ds .
(4πt)3/2 |x| |x|

Preuve. A partir de la formule (3.34) on écrit


!
Z |x|
t 2
− s4t
Oj,k (t, x) = δj,k gt (x) + 2∂xj ∂xk e ds
(4πt)3/2 |x| 0
!
Z +∞ Z +∞
t 2
− s4t t 2
− s4t
= δj,k gt (x) + 2∂xj ∂xk e ds − e ds ,
(4πt)3/2 |x| 0 (4πt)3/2 |x| |x|

Z +∞ s2 √
et puisque e− 4t ds = πt, il vient :
0
!
  Z +∞
1 t − s4t
2
Oj,k (t, x) = δj,k gt (x) + ∂xj ∂xk − 2∂xj ∂xk e ds ,
4π|x| (4πt)3/2 |x| |x|

et par la définition du noyau de Green Φ donnée dans l’expression (3.11), page 50, on obtient :
!
Z +∞
t − s4t
2
Oj,k (t, x) = ∂xj ∂xk Φ(x) + δj,k gt (x) − 2∂xj ∂xk e ds ,
(4πt)3/2 |x| |x|

ce qui termine la démonstration de ce corollaire. 

3.4 Solutions classiques des équations de Navier-Stokes


Nous nous proposons dans cette section d’étudier les équations de Navier-Stokes générales
en utilisant tous les ingrédients présentés jusqu’à présent. L’idée de base repose sur le problème
de Stokes dont l’étude a été réalisée dans la section précédente :

~ + ~g ,
∂t ~u = ∆~u − ∇p div(~u) = 0,

~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0,


et de remplacer -du moins formellement- la force ~g ci-dessus par le terme

f~ − (~u · ∇)~
~ u,

où f~ est une force extérieure et (~u · ∇)~


~ u est le terme de transport non linéaire, pour obtenir
de la sorte le système de Navier-Stokes usuel :

~ + f~ − (~u · ∇)~
~ u ,

∂t ~u = ∆~u − ∇p div(~u) = 0,
(3.35)
~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0.

Ainsi on obtiendrait, avec la formule (3.32) et les expressions (3.26) qui donnent la solution
de l’équation de Stokes, la formulation intégrale suivante pour le problème précédent :
3.4. Solutions classiques des équations de Navier-Stokes 65

 Z t  
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) +

 Ot−s :: f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds
0 (3.36)
  
p(t, x) = −Φ ∗ div f~ − (~u · ∇)~
 ~ u (t, x),

bien évidemment nous devons donner un sens à ces quantités car nous n’avons que transformé
l’équation différentielle (3.35) en un système intégro-différentiel (3.36) et c’est ce système que
nous allons étudier ci-dessous.

Pour simplifier un peu la présentation, on introduit les notations ~v0 et q0 où :


Z t
~v0 (t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + Ot−s :: f~(s, x)ds et q0 (t, x) = −Φ ∗ div(f~)(t, x), (3.37)
0

et ces quantités regroupent les informations concernant la donnée initiale ~u0 et la force
extérieure f~. Ainsi nous pouvons réécrire (3.36) :
 Z t  


~u(t, x) = ~
v 0 (t, x) − O t−s :: (~
u · ~
∇)~
u (s, x)ds
0 (3.38)
  
0
~
p(t, x) = q (t, x) + Φ ∗ div (~u · ∇)~

u (t, x).

Cette formulation de la vitesse ~u et de la pression p donnent (formellement) une solution des


équations de Navier-Stokes (3.35), mais il faut bien évidemment justifier cette écriture.

L’idée originale d’Oseen parue dans l’article [41] de 1911 que nous allons développer ici
considère un développement en série des fonctions ~u et p du type suivant

+∞
X +∞
X
n
~uε = ε ~un , div(~un ) = 0 et pε = εn pn , (3.39)
n=0 n=0

pour un certain ε > 0 et nous allons injecter cette représentation dans le système intégro-
différentiel (3.38) mais pour lequel on a rajouté un paramètre ε supplémentaire :
 Z t  
~u
 ε
 (t, x) = ~
v 0 (t, x) − ε O t−s :: (~
u ε · ~
∇)~
u ε (s, x)ds
0 (3.40)
  

ε 0 ε
~
p (t, x) = q (t, x) + ε Φ ∗ div (~u · ∇)~
u ε (t, x).

Il s’agira alors de regrouper les termes ~un en suivant les puissances de ε pour obtenir de la
sorte une “cascade” de problème de Stokes que nous sommes en mesure de résoudre. Dans
ce processus on devra donc trouver un temps T qui nous permettra d’une part d’obtenir des
contrôles uniformes sur chacun des termes ~un afin de reconstruire la fonction ~u et d’autre
part ces estimations uniformes nous donnerons les arguments nécessaires pour passer à la
limite ε → 1, ce qui nous fournira une solution du système de Navier-Stokes sous formulation
intégrale (3.36).

Le résultat que l’on obtient est alors le suivant :


66 Chapitre 3. Solutions classiques

Théorème 3.4.1 (Solutions Classiques des Equations de Navier-Stokes)


Soient ~u0 : R3 −→ R3 et f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3 deux champs de vecteurs de classe C 2
tels que l’on ait les propriétés

1) Pour la donnée initiale : div(~u0 ) = 0 et

sup sup (1 + |x|)|Dα ~u0 (x)| = A0 < +∞. (3.41)


|α|≤2 x∈R3

2) Pour la force extérieure, pour |α| ≤ 2, Dxα f~ est une fonction continue sur
[0, +∞[×R3 .

3) De plus, on a l’estimation

sup sup (1 + |x|)4 |Dxα f~(t, x)| = B0 < +∞. (3.42)


|α|≤2 x∈R3 ,t≥0

Alors il existe un temps T > 0 et une unique solution (~u, p) des équations de Navier-
Stokes sous formulation intégrale :
 Z t  
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) +

 Ot−s :: f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds
0 (3.43)
  
p(t, x) = −Φ ∗ div f~ − (~u · ∇)~
 ~ u (t, x).

Démonstration du Théorème 3.4.1. Il est utile d’étudier rapidement comment se com-


~ u lorsqu’on remplace ~u par ~uε donné par l’expression (3.39).
porte le terme non linéaire (~u · ∇)~
En effet, si l’on a le développement en série

~uε = ~u0 + ε~u1 + ε2~u2 + ε3~u3 + . . . ,

alors on peut voir aisément que l’on a

~ uε = (~u0 · ∇)~
~ u0 + ε (~u0 · ∇)~
~ u1 + (~u1 · ∇)~
~ u0
 
(~uε · ∇)~
~ u2 + (~u1 · ∇)~
+ε2 (~u0 · ∇)~ ~ u1 + (~u2 · ∇)~
~ u0 + . . .
 
(3.44)

Avec cette expression, nous allons maintenant étudier les relations vérifiées par les termes ~un
et pn dans les équations (3.40). En effet, si l’on se concentre pour l’instant sur la première
équation du système (3.40) on a formellement

t
Z  
~ uε ) ds
~uε = ~v0 − ε Ot−s :: (~uε · ∇)~
0
+∞ +∞
! ! ! +∞ !
X Z t X X
n
ε ~un = ~v0 − ε Ot−s :: n ~
ε ~un · ∇ n
ε ~un ds,
n=0 0 n=0 n=0

ce qui nous conduit, grâce à l’expression (3.44), aux identification suivantes en fonction des
3.4. Solutions classiques des équations de Navier-Stokes 67

puissances du paramètres ε (où ~v0 est défini par la formule (3.37)) :

~u0 = ~v0
Z t
~u1 = − ~ u0 ds
Ot−s :: (~u0 · ∇)~
0
Z t
~ u1 + (~u1 · ∇)~
~ u0 ds
 
~u2 = − Ot−s :: (~u0 · ∇)~
0
Z t
~ u2 + (~u1 · ∇)~
~ u1 + (~u2 · ∇)~
~ u0 ds
 
~u3 = − Ot−s :: (~u0 · ∇)~
0
..
.

et plus généralement, pour tout n ≥ 0 nous avons la formule


Z t n
X
~ un−k ds,

~un+1 = − Ot−s :: (~uk · ∇)~ (3.45)
0 k=0

ce qui nous donne une expression pour les termes ~un+1 .

De même, si nous étudions maintenant la pression pε , nous avons, par la deuxième équation
de l’expression (3.40) :
 
~ uε )
pε = q0 + ε Φ ∗ div (~uε · ∇)~
+∞ +∞
! ! +∞ !!
X X X
εn pn = q0 + ε Φ ∗ div ~
εn~un · ∇ εn~un ,
k=0 n=0 n=0

de sorte qu’en identifiant les termes avec les mêmes puissances du paramètres ε nous avons
les relations (avec q0 donné par l’expression (3.37)) :

p0 = q0
 
~ u0
p1 = Φ ∗ div (~u0 · ∇)~
 
~ u1 + (~u1 · ∇)~
p2 = Φ ∗ div (~u0 · ∇)~ ~ u0
..
.

ce qui nous donne la formule générale pour n ≥ 0 :


n
!
X
pn+1 = Φ ∗ div ~ un−k
(~uk · ∇)~ . (3.46)
k=0

On remarquera que dans les expressions (3.45) et (3.46) chaque couple (~un+1 , pn+1 ) dépend
uniquement des valeurs précédentes (~uk , pk ) pour 0 ≤ k ≤ n et nous avons donc linéarisé le
problème initial.

Avec toutes ces observations, nous pouvons maintenant exhiber la “cascade” d’équations
de Stokes mentionnée précédemment. En effet, les équations vérifiées par les couples (~un , pn )
sont les suivantes :
68 Chapitre 3. Solutions classiques

• pour ~u0 nous avons le système



∂t~u0 = ∆~u0 + f~ − ∇p
 ~ 0, div(~u0 ) = 0,
(3.47)

~u (0, x) = ~u .
0 0

• pour tout n ≥ 0 les équations pour le terme ~un+1 sont :


 n
X

∂ ~u

t n+1 = ∆~un+1 − ~ un−k − ∇p
(~uk · ∇)~ ~ n+1 , div(~un+1 ) = 0,
k=0 (3.48)


~
un (0, x) = 0.

Observons qu’avec les hypothèses du Théorème 3.4.1 et par construction des termes ci-
dessus, nous pouvons sans problème particulier obtenir les solutions (~un , pn ) de cette cascade
d’équations.

La partie essentielle de la démonstration consiste donc à montrer que l’on peut obtenir
un contrôle uniforme sur les quantités ~un et pn (ainsi que sur leurs dérivées) pour pouvoir
reconstruire une solution des équations de Navier-Stokes de la forme
X X
~uε = εn~un et pε = εn pn , (3.49)
n∈N n∈N

où le rayon de convergence ε peut être mis égal à 1.

Plus précisément, notre objectif est d’obtenir les contrôles uniformes qui suivent

(i) Pour les vitesses ~un :

+∞
X
sup sup sup |Dxα~un (t, x)| < +∞. (3.50)
3
n=0 x∈R |α|≤2 0<t≤T

(ii) Pour les pressions pn :

+∞
X
sup sup sup |Dxα pn (t, x)| < +∞. (3.51)
3
n=0 x∈R |α|≤2 0<t≤T

On remarquera que ces deux conditions nous donnent la convergence normale des séries
+∞
X +∞
X
~un et pn ,
n=0 n=0

dans l’espace C([0, T ], Cb2 (R3 )).

Remarque 3.6
1) Les solutions (~un , pn ) de cette cascade d’équations de Stokes étant uniques, lors de
la reconstruction des fonctions ~u et p en suivant les formules (3.49) ci-dessus et avec
les contrôles uniformes (3.50) et (3.51), on obtiendra aussi l’unicité pour ces fonctions.
3.4. Solutions classiques des équations de Navier-Stokes 69

2) On remarquera qu’on obtient également l’information suivante sur les dérivées tem-
porelles :
+∞
X
sup sup |∂t~un (t, x)| < +∞,
3
n=0 x∈R 0<t≤T

en effet, les fonctions (∂t~un )n≥0 vérifient les équations (3.47)-(3.48) et, à partir des
informations (3.50) et (3.51), chaque terme de la partie de droite de ces équations
vérifie les contrôles adaptés.

3) Nous allons obtenir les contrôles (3.50) et (3.51) de manière totalement uniforme par
rapport au paramètre ε : on pourra alors non seulement “reconstruire” les fonctions ~u
et p à partir des fonctions ~un et pn , mais en plus on pourra considérer la limite ε → 1
dans le système (3.40) pour obtenir ainsi une solution du problème de Navier-Stokes.

Nous allons tout d’abord étudier les estimations (3.50) pour ensuite en déduire le contrôle
(3.51) sur les pressions.

(i) Contrôle sur les vitesses :

Afin d’exploiter au mieux les résultats de la section précédente portant sur les équations
de Stokes, nous allons réécrire les systèmes (3.47) et (3.48) en utilisant la propriété
de divergence nulle des vecteurs considérés, ainsi, pour tout n ≥ 0 nous réécrivons ces
systèmes de la façon suivante
 3
X
∂xj ~hj,n − ∇p
~ n,

∂t~un = ∆~un + div(~un ) = 0,


j=1 (3.52)



~
un (0, x) = δn,0 ~u0 (x),

où nous avons posé pour les termes de transport


n
X
~hj,0 = −f~ ∗ ∂x Φ et ~hj,n+1 = − uj,k ~un−k . (3.53)
j
k=0

Le lecteur vérifiera sans peine que ces quantités sont bien celles qui interviennent dans
(3.47) et (3.48). En particulier, pour n = 0, on a
3
X 3
X
∂xj ~hj,0 (t, x) = − ∂xj (f~ ∗ ∂xj Φ)(t, x) = −∆(f~ ∗ Φ)(t, x) = f~(t, x). (3.54)
j=1 j=1

Avec les résultats de la section précédente il vient que les candidats qui sont solution
de ces problèmes de Stokes (3.52) s’écrivent
Z t 3
X
~un = δn,0 gt ∗ ~u0 + Ot−s :: ∂xj ~hj,n ds, (3.55)
0 j=1

α
et maintenant nous allons X estimer les quantites ~un ainsi que D ~un pour pouvoir donner
un sens à la série ~u = ~un .
n∈N
70 Chapitre 3. Solutions classiques

• On commence par étudier ~u0 qui est donné par l’expression


Z t 3
X
~u0 = gt ∗ ~u0 + Ot−s :: ∂xj ~hj,0 ds,
0 j=1

qui par la formule (3.54) se réécrit comme


Z t
~u0 = gt ∗ ~u0 + Ot−s :: f~(s, x)ds.
0
Ainsi, pour |α| ≤ 2 on se concentre sur l’expression Dxα~u0 et il vient
Z t
α α
sup |Dx ~u0 (t, x)| ≤ sup |Dx (gt ∗ ~u0 )(x)| + sup Dxα (Ot−s :: f~)(s, x)ds . (3.56)
0<t≤T 0<t≤T 0<t≤T 0

Nous allons étudier tout d’abord le premier terme de droite de l’inégalité ci-dessus,
on écrit alors
Z
sup |gt ∗ Dxα ~u0 (x)| ≤ sup |gt (x − y)||Dxα ~u0 (y)|dy
0<t≤T 0<t≤T R3
gt (x − y)
Z
α
≤ sup (1 + |y|)|D ~u0 (y)| × sup dy,
y∈R3 0<t≤T R3 1 + |y|

mais par les propriétés du noyau de la chaleur nous avons l’estimation


gt (x − y)
Z Z
gt (y) C
sup dy = sup dy ≤ . (3.57)
0<t≤T R3 1 + |y| 0<t≤T R3 1 + |x − y| 1 + |x|

En effet, on remarque tout d’abord que par les inégalités de Young pour la convo-
lution, nous avons le contrôle uniforme par rapport à la variable de temps :
Z
gt (y) 1
dy ≤ kgt kL1 < +∞,
R3 1 + |x − y| 1 + | · | L∞
ce qui nous indique que cette intégrale est bornée en t et en x. Ensuite, on écrit
pour |x| ≥ 1
gt (x − y)
Z Z
gt (y)
dy = dy
R3 1 + |x − y| R3 1 + |y|
gt (x − y) gt (x − y)
Z Z
= dy + dy.
1
{|y|≤ |x|} 1 + |y| { |x|<|y|} 1 + |y|
1
2 2

Pour la première intégrale ci-dessus on utilise la majoration gt (x − y) ≤ C|x − y|−3


(voir la formule (3.5), page 46) ainsi que le fait que sur l’ensemble {|y| ≤ 21 |x|} on
a les inégalités |x| ≤ |x − y| + |y| ≤ |x − y| + 12 |x|, on en déduit que 12 |x| ≤ |x − y|
et |x − y|−3 ≤ C|x|−3 . Il vient alors
gt (x − y)
Z Z Z
C 1 C 1 C
dy ≤ 3
dy ≤ 3
dy ≤ .
{|y|≤ 1 |x|} 1 + |y|
2
{|y|≤ 1 |x|} |x − y| 1 + |y|
2
|x| {|y|≤ 1 |x|} |y| |x|
2

Pour la deuxième intégrale on a sur l’ensemble { 21 |x| < |y|} l’inégalité 1


1+|y| ≤ C
1+|x| ,
et donc on a
gt (x − y)
Z Z Z
C C C
dy ≤ gt (x−y)dy ≤ gt (x−y)dy ≤ .
{ 21 |x|<|y|} 1 + |y| 1 + |x| { 12 |x|<|y|} 1 + |x| Rn 1 + |x|
3.4. Solutions classiques des équations de Navier-Stokes 71

Pour finir, étant donné que toute l’intégrale de la partie de gauche de l’expression
(3.57) est bornée, on obtient bien que cette intégrale se majore par la fonction
C
(1+|x|) .

Ainsi, avec (3.57) et avec l’hypothèse (3.41) sur ~u0 nous pouvons écrire le contrôle
suivant pour le premier terme de (3.56) :
CA0
sup |gt ∗ Dxα ~u0 (x)| ≤ . (3.58)
0<t≤T (1 + |x|)

Etudions maintenant le deuxième terme de droite de l’expression (3.56), nous avons


alors
Z t Z tZ
sup α ~
Dx (Ot−s :: f )(s, x)ds ≤ sup |Ot−s (x − y)||Dxα f~(s, y)|dyds,
0<t≤T 0 0<t≤T 0 R3

par les propriétés du tenseur d’Oseen données le Corollaire 3.3.4, page 63, et par
l’hypothèse (3.42) sur la force extérieure nous écrivons :
Z t
sup Ot−s :: Dxα f~(s, x)ds ≤ C sup {(1 + |y|)4 |Dxα f~(t, y)|}
0<t≤T 0 |α|≤2, 0<t≤T,y∈R3
Z tZ
1 1
× sup √ dyds
0<t≤T 0 R3 ( t − s + |x − y|) (1 + |y|)4
3
Z Z t
1 1
≤ CB0 sup √ dsdy.
0<t≤T R3 0 ( t − s + |x − y|) (1 + |y|)4
3

On remarque maintenant que l’on a les estimations


Z t Z t
C C
√ 3
ds ≤ 3 ds
0 ( t − s + |x − y|) 0 ((t − s) 2 + |x − y|3 )
Z +∞
C 1 C
≤ 3 du ≤ ,
|x − y| 0 1 + u2 |x − y|
où nous avons réalisé un changement de variable en variable de temps dans la
dernière intégrale ci-dessus. Il vient alors, avec le Lemme 3.1.9, page 52 :
Z t Z
α ~ 1 1
sup Dx (Ot−s :: f )(s, x)ds ≤ CB0 4
dy
0<t≤T 0 R3 (1 + |y|) |x − y|
CB0
≤ . (3.59)
(1 + |x|)
Donc, avec les estimations (3.58) et (3.59), si nous revenons à l’expression (3.56)
nous obtenons l’inégalité suivante :
1
sup |Dxα~u0 (t, x)| ≤ C0 (A0 + B0 ) .
0<t≤T (1 + |x|)

Et ceci nous donne l’estimation

sup sup sup (1 + |x|)|Dxα~u0 (t, x)| < +∞,


|α|≤2 x∈R3 0<t≤T

pour le premier terme ~u0 .


72 Chapitre 3. Solutions classiques

• On continue notre étude avec le terme Dxα~un (t, x) et par récurrence on va montrer
que pour un certain 0 ≤ δ < 1/2 on a l’inégalité
n
Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) C0 (A0 + B0 )
sup sup |Dxα~un (t, x)| ≤ . (3.60)
|α|≤2 0<t≤T (1 + n)4 (1 + |x|)

On remarque sans problème à partir des calculs précédents que cette estimation
est vraie pour n = 0, supposons donc que ceci est vrai pour n et vérifions que cela
reste vrai pour n + 1.

Par la définition du terme ~un+1 donnée dans (3.55), nous avons :

3 Z
X t
Dxα~un+1 (t, x) = ∂xj Ot−s :: Dxα~hj,n+1 (s, x)ds,
j=1 0

et nous écrivons alors


3 Z
X
sup sup |Dxα~un+1 (t, x)| ≤ sup |Dxα~hj,n+1 (t, y)| ×
|α|≤2 0<t≤T j=1 R3 0<t≤T
!
Z t
sup |∂xj O(t − s, x − y)|ds dy. (3.61)
0<t≤T 0

Observons maintenant que par le Corollaire 3.3.4, page 63, nous pouvons écrire

C
|∂xj O(t − s, x − y)| ≤ ,
(t − s)2 + |x − y|4

et pour un certain 0 ≤ δ < 1/2 nous avons l’estimation

C Ctδ 1
2 4
≤ ,
(t − s) + |x − y| (t − s) (t − s) + |x − y|4
δ 2

ce qui nous permet d’obtenir, par un changement de variable en temps, la majo-


ration
Z t Z t
1 1
|∂xj O(t − s, x − y)|ds ≤ Ctδ δ (t − s)2 + |x − y|4
ds
0 0 (t − s)
Z +∞
Ctδ 1 1
≤ 2+2δ δ 2
du
|x − y| 0 u u +1
Ctδ
≤ , (3.62)
|x − y|2+2δ
Z +∞
1 1
car l’intégrale δ 2
du est finie (elle est intégrable sur l’ensemble |u| < 1
0 u u +1
car 0 ≤ δ < 1/2 et elle est intégrable sur l’ensemble |u| > 1 puisqu’on a suf-
fisamment de décroissance à l’infini) ainsi, en revenant à la formule (3.61) nous
obtenons :
3 Z
X CT δ
sup sup |Dxα~un+1 (t, x)| ≤ sup sup |Dxα~hj,n+1 (t, y)| dy. (3.63)
|α|≤2 0<t≤T R3 |α|≤2 0<t≤T |x − y|2+2δ
j=1
3.4. Solutions classiques des équations de Navier-Stokes 73

Nous utilisons maintenant la définition des quantités ~hj,n+1 donnée dans (3.53)
pour écrire
n
X
sup sup |Dxα~hj,n+1 (t, y)| ≤ sup sup |Dxα (uj,k~un−k )(t, y)|.
|α|≤2 0<t≤T |α|≤2 0<t≤T k=0

En utilisant la règle de Leibniz pour la quantité Dxα (uj,k~un−k ) avec |α| ≤ 2 et


par l’hypothèse de récurrence (3.60) sur les termes uj,k et ~un−k qui sont d’ordre
inférieur, nous avons le contrôle
n k n−k !
X Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) Kδ T δ C0 (A0 + B0 )
sup sup |Dxα~hj,n+1 (t, y)| ≤
|α|≤2 0<t≤T (1 + k)4 (1 + n − k)4
k=0
(C0 (A0 + B0 ))2
×C1
(1 + |y|)2

n
 n (C0 (A0 + B0 ))2 X 1
≤ Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) × C1 2
×
(1 + |y|) (1 + k) (1 + n − k)4
4
k=0
+∞
 n (C0 (A0 + B0 ))2 C2 X 1
≤ Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) × C1 ×
(1 + |y|)2 (2 + n)4 (1 + k)4
k=0
 n (C (A + B ))2 C1 C2 C3
0 0 0
≤ Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) × × ,
(1 + |y|)2 (2 + n)4

et avec cette estimation on revient à (3.63) pour écrire


n
Kδ T δ C0 (A0 + B0 )
α
sup sup |Dx ~un+1 (t, x)| ≤ × C1 C2 C3 C4 T δ × (C0 (A0 + B0 ))2
|α|≤2 0<t≤T (2 + n)4
Z
1
× 2 2+2δ
dy.
R3 (1 + |y|) |x − y|

On remarque maintenant que par le Lemme 3.1.9, page 52, on a l’estimation sui-
vante (car 0 ≤ δ < 1/2 et donc 0 < 2 + 2δ < 3) :
Z
1 1 1
2 2+2δ
dy≤ Cδ 1+2δ
≤ Cδ ,
R3 (1 + |y|) |x − y| (1 + |x|) (1 + |x|)
de sorte que l’inégalité précédente peut se réécrire comme suit
n
α Kδ T δ C0 (A0 + B0 )
sup sup |Dx ~un+1 (t, x)| ≤ ×
|α|≤2 0<t≤T (2 + n)4
C0 (A0 + B0 )
×C0 C1 C2 C3 C4 Cδ T δ (A0 + B0 ) ,
(1 + |x|)
et alors si on pose Kδ = C1 C2 C3 C4 Cδ on a bien
n+1
Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) C0 (A0 + B0 )
sup sup |Dxα~un+1 (t, x)| ≤ ,
|α|≤2 0<t≤T (1 + (n + 1))4 (1 + |x|)

ce qui démontre la relation (3.60) pour le terme ~un+1 .


74 Chapitre 3. Solutions classiques

(ii) Contrôle sur les pressions :

A partir des relations (3.46) et en utilisant les fonctions ~hj,n définies dans (3.53) nous
pouvons écrire
X3
Dxα pn = − Dxα~hj,n ∗ ∂xj Φ.
j=1

En procédant de manière totalement similaire (par récurrence et avec sensiblement les


mêmes estimations), nous avons l’inégalité
n
α Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) C0 (A0 + B0 )
sup sup |Dx pn (t, x)| ≤ C . (3.64)
|α|≤2 0<t≤T (1 + n)4 (1 + |x|)

Nous observons ainsi, qu’avec les estimations (3.60) et (3.64) nous pouvons écrire
+∞ +∞ n
X Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) C0 (A0 + B0 )
X
sup sup sup |Dxα~un (t, x)|
≤ sup
3 3 (1 + n)4 (1 + |x|)
n=0 x∈R |α|≤2 0<t≤T n=0 x∈R
+∞ +∞ n
C Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) C0 (A0 + B0 )

X X
sup sup sup |Dxα pn (t, x)| ≤ sup .
x∈R3 |α|≤2 0<t≤T x∈R3 (1 + n)4 (1 + |x|)
n=0 n=0

On remarque maintenant que si le temps T est suffisamment petit pour que l’on ait

Kδ T δ C0 (A0 + B0 ) ≤ 1, (3.65)

alors les sommes précédentes convergent et nous en déduisons sans aucun problème les
contrôles uniformes (3.50) et (3.51).
+∞
X +∞
X
Ayant ainsi obtenu la convergence normale des séries ~un et pn dans l’espace de
n=0 n=0
fonctions C([0, T ], Cb2 (R3 )), et avec les contrôles uniformes obtenus, nous pouvons alors faire
ε → 1 dans le système (3.40) et nous sommes donc en mesure de construire une solution des
équations de Navier-Stokes sous la formulation intégrale (3.35). 

Avec les calculs réalisés dans la démonstration de ce théorème, nous pouvons en déduire
le résultat suivant qui nous fournit quelques informations supplémentaires sur la solution que
nous venons d’obtenir :

Corollaire 3.4.2 (Solutions classiques) Soient ~u0 : R3 −→ R3 une donnée initiale


et f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3 une force extérieure. Si ces deux champs de vecteurs sont
de classe C 2 et vérifient les hypothèses du Théorème 3.4.1, alors la solution (~u, p) des
équations de Navier-Stokes obtenue par ce théorème satisfait les points suivants :

1) pour |α| ≤ 2 , les fonctions Dxα ~u et Dxα p sont continues sur [0, T ] × R3 , et

2) on a le contrôle sup sup (1 + |x|)|Dxα ~u(t, x)| < +∞,


|α|≤2 x∈R3 ,0<t≤T

3) ainsi que l’estimation sup sup (1 + |x|)|Dxα p(t, x)| < +∞.
|α|≤2 x∈R3 ,0<t≤T
3.4. Solutions classiques des équations de Navier-Stokes 75

Nous verrons plus tard quelques propriétés supplémentaires de ces solutions, pour l’instant
nous allons nous focaliser sur la notion de temps d’existence de celles-ci : en effet, le théorème
précédent nous fournit uniquement un temps T > 0 sous certaines conditions qu’il convient
d’étudier de plus près.

Remarque 3.7 Il est fondamental d’observer que le temps T d’existence des solutions est
donné par la relation (3.65) qui fait intervenir des constantes génériques mais qui surtout fait
apparaı̂tre les contrôles A0 et B0 de la donnée initiale ~u0 et de la force extérieure f~ donnés
dans les hypothèses (3.41) et (3.42) respectivement.
Ainsi, à partir de la condition (3.65) nous obtenons l’inégalité
1
Tδ ≤ , (3.66)
C(A0 + B0 )
et cette estimation nous indique que si les données sont “grandes” (ce qui se traduit par le fait
que l’on a A0 , B0  1), alors le temps d’existence pour les solutions que nous avons obtenu
pour les équations de Navier-Stokes sera “petit”.

Observons maintenant, toujours à partir de la condition (3.65), que puisque le paramètre


δ vérifie 0 ≤ δ < 1/2, alors si l’on fait tendre δ → 0 dans cette condition (3.65), nous avons
naturellement la relation
K0 C0 (A0 + B0 ) ≤ 1, (3.67)
qui nous permet de conclure l’argument de convergence sans faire intervenir le temps T , mais
le prix à payer est que la taille des données A0 et B0 doit être petite et cette observation nous
permet d’énoncer le résultat suivant.

Théorème 3.4.3 (Solutions globales) Il existe un ε0 > 0 tel que si nous avons les
estimations

1) sup sup (1 + |x|)|Dα ~u0 (x)| = A0 < ε0 ,


|α|≤2 x∈R3

2) sup sup sup (1 + |x|)4 |Dxα f~(t, x)| = B0 < ε0 ,


|α|≤2 x∈R3 0≤t

alors la solution (~u, p) des équations de Navier-Stokes associée à ces données initiales
est définie globalement en temps et vérifie les majorations

sup sup sup (1 + |x|)|Dxα ~u(t, x)| < +∞ et sup sup sup (1 + |x|)|Dxα p(t, x)| < +∞.
|α|≤2 x∈R3 0<t |α|≤2 x∈R3 0<t

Démonstration. La démonstration de ce résultat est la même que celle du Théorème 3.4.1.


En effet, sous les hypothèses de ce théorème, si les quantités A0 et B0 sont suffisamment
petites pour vérifier (3.67), alors on peut appliquer la démonstration précédente sans aucune
contrainte sur la variable de temps. 

Cet aspect, qui relie la taille des données avec le temps d’existence, reviendra souvent
lorsqu’on étudie les équations de Navier-Stokes comme nous aurons l’opportunité de le voir
dans les chapitres suivants.

Nous allons maintenant étudier plus généralement l’unicité des solutions que nous venons
de d’obtenir avec le Théorème 3.4.1 : en effet, nous savons déjà par la Remarque 3.6, page
76 Chapitre 3. Solutions classiques

68, qu’à partir d’une donnée initiale ~u0 et d’une force extérieure f~ fixées, le processus utilisé
fournit par construction une solution unique (~u, p) des équations de Navier-Stokes sous forme
intégrale (3.43), mais si (~v , q) est une autre solution de ce système qui vérifie les mêmes pro-
priétés de décroissance et qui provient des mêmes données initiales ~u0 et f~, alors nous allons
voir que l’on a ~u = ~v et p = q et ce indépendamment de la technique utilisée pour obtenir le
couple (~v , q).

Théorème 3.4.4 (Unicité) Soient ~u0 et f~ deux fonctions de classe C 2 telles que l’on
ait la propriété div(~u0 ) = 0 et les contrôles

sup sup (1 + |x|)|Dα ~u0 (x)| < +∞ et sup sup (1 + |x|)4 |Dxα f~(t, x)| < +∞.
|α|≤2 x∈R3 |α|≤2 x∈R3 ,t≥0

Si (~u, p) est une solution classique (au sens du Corollaire 3.4.2) du système intégral
de Navier-Stokes (3.43) sur l’intervalle de temps [0, T [ et si (~v , q) est une solution du
problème suivant sur le même intervalle de temps
 Z t  
~v (t, x) = gt ∗ ~u0 (x) +

 Ot−s :: f~ − (~v · ∇)~
~ v (s, x)ds
0
  
q(t, x) = −Φ ∗ div f~ − (~v · ∇)~
 ~ v (t, x),

où les fonctions ~v et q sont de classe C 2 et vérifient les estimations

sup sup (1 + |x|)|Dxα~v (t, x)| < +∞ et sup sup (1 + |x|)|Dxα q(t, x)| < +∞,
|α|≤2 x∈R3 ,0<t≤T |α|≤2 x∈R3 ,0<t≤T

alors on a ~u = ~v et p = q.
Démonstration. On remarque tout d’abord qu’il suffit d’étudier l’unicité pour les vitesses
puisque si ~u = ~v alors par la formule ci-dessus qui détermine la pression q on obtiendra
directement que p = q.

~ x) = ~v (t, x) − ~u(t, x) et on obtient sans problème les identités


Nous posons alors w(t,

~ x) = ~v (0, x) − ~u(0, x) = ~u0 (x) − ~u0 (x) = 0


w(0, et ~ = div(~v ) − div(~u) = 0,
div(w)

et comme par hypothèse on a les contrôles

sup (1 + |x|)|~v (t, x)| < +∞ et sup (1 + |x|)|~u(t, x)| < +∞,
x∈R3 ,0<t≤T x∈R3 ,0<t≤T

alors on a également
sup (1 + |x|)|w(t,
~ x)| < +∞.
x∈R3 ,0<t≤T

On note maintenant 0 < T ∗ le temps maximal sur lequel on a w(t, ~ x) = 0 sur l’ensemble
[0, T [×R et on suppose (afin d’obtenir une contradiction) que l’on a T ∗ < T0 ≤ T pour un
∗ 3

certain T0 qui sera fixé par la suite.

~ ϕ et par les
ϕ · ∇)~
Remarquons à présent que l’on a par la bilinéarité de l’application (~
propriétés de divergence nulle les identités

~ v − (~u · ∇)~
(~v · ∇)~ ~ u = (w ~ v + (~u · ∇)
~ · ∇)~ ~ w ~ ⊗ ~v + ~u ⊗ w),
~ = div(w ~
3.4. Solutions classiques des équations de Navier-Stokes 77

et ainsi nous pouvons écrire, pour tout T0 tel que T ∗ < T0 ≤ T et pour T ∗ < t < T0 :
Z t Z t
w(t,
~ x) = ~ v (s, x)ds −
Ot−s :: (~v · ∇)~ ~ u(s, x)ds
Ot−s :: (~u · ∇)~
T∗ T∗
Z t  
= ~ v (s, x) − (~u · ∇)~
Ot−s :: (~v · ∇)~ ~ u(s, x) ds
T∗
Z t
= Ot−s :: (div(w ~ ⊗ ~v + ~u ⊗ w))
~ (s, x)ds.
T∗

Nous avons alors


3 Z
X t Z
(1 + |x|)|w(t,
~ x)| ≤ (1 + |x|) |∂xj Ot−s (y)||w
~ ⊗ ~v |(s, x − y)dyds
j=1 T∗ R3
Z t Z 
+ |∂xj Ot−s (y)||~u ⊗ w|(s,
~ x − y)dyds ,
T∗ R3

et avec les contrôles sur les fonctions ~u, ~v et w


~ explicités ci-dessus on peut écrire
 
(1 + |x|)|w(t,
~ x)| ≤ C(1 + |x|)k(1 + | · |)w(·, ~ ·)k∞ k(1 + | · |)~v (·, ·)k∞ + k(1 + | · |)~u(·, ·)k∞
3 Z t Z
X |∂xj Ot−s (y)|
× 2
dyds. (3.68)
j=1 T ∗ R3 (1 + |x − y|)

Nous avons maintenant :


Z t Z Z t
|∂xj Ot−s (y)|
Z
1
2
dyds = 2
|∂xj Ot−s (y)|dsdy,
T ∗ R3 (1 + |x − y|) R3 (1 + |x − y|) T∗
1
et en suivant les calculs donnés dans la formule (3.62), page 72, on a pour 0 < δ < 2 :
Z t Z t
1 1
|∂xj Ot−s (y)|ds ≤ Ctδ δ (t − s)2 + |y|4
ds
T ∗ T ∗ (t − s)
Z t Z t
Ctδ 1 1 Ctδ 1
≤ 2+2δ δ 2
du ≤ 2+2δ δ
du
|y| T∗ u u + 1 |y| T∗ u
Ctδ (t1−δ − T ∗ 1−δ ) CT0δ (T01−δ − T ∗ 1−δ )
≤ ≤ ,
|y|2+2δ |y|2+2δ
où nous avons utilisé le fait T ∗ < t < T0 < T . Nous pouvons alors écrire, par le Lemme 3.1.9,
page 52 :
Z t Z
|∂xj Ot−s (y)|
Z
δ 1−δ ∗ 1−δ 1 1
2
dyds ≤ CT0 (T0 − T ) 2 2+2δ
dy
T ∗ R3 (1 + |x − y|) R3 (1 + |x − y|) |y|
T0δ (T01−δ − T ∗ 1−δ ) T0δ (T01−δ − T ∗ 1−δ )
≤ C ≤ C ,
(1 + |x|)1+2δ (1 + |x|)
et alors, en revenant à l’expression (3.68), on obtient
 
(1 + |x|)|w(t,
~ x)| ≤ C(1 + |x|)k(1 + | · |)w(·, ~ ·)k∞ k(1 + | · |)~v (·, ·)k∞ + k(1 + | · |)~u(·, ·)k∞
T0δ (T01−δ − T ∗ 1−δ )
×
(1 + |x|)
 
≤ k(1 + | · |)w(·,
~ ·)k∞ k(1 + | · |)~v (·, ·)k∞ + k(1 + | · |)~u(·, ·)k∞
 
× T0δ (T01−δ − T ∗ 1−δ ) ,
78 Chapitre 3. Solutions classiques

ce qui nous donne l’estimation


 
k(1 + | · |)w(·,
~ ·)k∞ ≤ k(1 + | · |)w(·,
~ ·)k∞ k(1 + | · |)~v (·, ·)k∞ + k(1 + | · |)~u(·, ·)k∞
 
× T0δ (T01−δ − T ∗ 1−δ ) ,
maintenant en fixant T0 suffisamment proche de T ∗ (ce qui est possible car le choix de T0 > T ∗
est arbitraire) tel que l’on ait
   
k(1 + | · |)~v (·, ·)k∞ + k(1 + | · |)~u(·, ·)k∞ × T0δ (T01−δ − T ∗ 1−δ ) < 1,
alors on obtient une contradiction (1 < 1), ce qui nous permet de conclure que la fonction
w
~ est nulle sur tout l’intervalle [0, T [. On en déduit de la sorte que l’on a l’identité ~v = ~u et
nous avons obtenu l’unicité recherchée. 

3.5 Formulation différentielle et formulation intégrale


Nous avons obtenu par le Théorème 3.4.1 précédent des solutions des équations de Navier-
Stokes sous formulation intégrale :
 Z t  
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) +

 Ot−s :: f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds
0
  
p(t, x) = −Φ ∗ div f~ − (~u · ∇)~
 ~ u (t, x).

Dans le résultat qui suit, nous allons voir dans quel sens ces fonctions vérifient les équations
de Navier-Stokes usuelles :

Théorème 3.5.1 Soient ~u0 : R3 −→ R3 avec div(~u0 ) = 0 et f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3


deux champs de vecteurs de classe C 2 qui vérifient les hypothèses du Théorème 3.4.1.
Si le couple (~u, p) vérifie les estimations du Corollaire 3.4.2 :

sup (1 + |x|)|Dxα ~u(t, x)| < +∞ et sup (1 + |x|)|Dxα p(t, x)| < +∞,
x∈R3 ,0<t≤T x∈R3 ,0<t≤T
|α|≤2 |α|≤2

et si (~u, p) est une solution du problème de Navier-Stokes intégral


 Z t  


 ~
u (t, x) = g t ∗ ~
u 0 (x) + O t−s :: ~
f − (~
u · ~
∇)~
u (s, x)ds
0 (3.69)
  
p(t, x) = −Φ ∗ div f~ − (~u · ∇)~
 ~ u (t, x),

alors (~u, p) est une solution du problème de Navier-Stokes différentiel



~ + f~, div(~u) = 0,
~ u − ∇p
∂t ~u = ∆~u − (~u · ∇)~

~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0.


Démonstration. Pour h > 0 on écrit :


 Z t+h 
~u(t + h, x) − ~u(t, x) 1 
~ ~

= gt+h ∗ ~u0 (x) + Ot+h−s :: f − (~u · ∇)~u (s, x)ds
h h 0
 Z t 
1 
~ ~

− gt ∗ ~u0 (x) + Ot−s :: f − (~u · ∇)~u (s, x)ds ,
h 0
3.5. Formulation différentielle et formulation intégrale 79

et en utilisant les propriétés de linéarité de la convolution et de l’intégrale, on a


Z t 
~u(t + h, x) − ~u(t, x) gt+h − gt Ot+h−s − Ot−s  ~ ~

= ∗ ~u0 (x) + :: f − (~u · ∇)~u (s, x)ds
h h 0 h
1 t+h
Z  
+ Ot+h−s :: f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds,
h t

rappelons que le tenseur d’Oseen est donné par l’expression

Oj,k (t, x) = δj,k gt (x) + Φ ∗ ∂xj ∂xk gt (x),

nous avons alors


Z t 
~u(t + h, x) − ~u(t, x) gt+h − gt Ot+h−s − Ot−s  ~ ~

= ∗ ~u0 (x) + :: f − (~u · ∇)~u (s, x)ds
h h 0 h
1 t+h
Z  
+ (δj,k gt+h−s )j,k :: f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds
h t
1 t+h
Z  
+ (Φ ∗ ∂xj ∂xk gt+h−s )j,k :: f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds,
h t

et nous réécrivons la dernière intégrale de l’expression précédente comme :


Z t 
~u(t + h, x) − ~u(t, x) gt+h − gt Ot+h−s − Ot−s  ~ 
~ u (s, x)ds
= ∗ ~u0 (x) + :: f − (~u · ∇)~
h h 0 h
Z t+h
1  
+ (δj,k gt+h−s )j,k :: f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds
h t
1 t+h ~ 
Z  
+ ∇ (Φ ∗ gt+h−s ) ∗ div f~ − (~u · ∇)~ ~ u (s, x)ds.
h t

Ainsi si l’on fait tendre h → 0 ci-dessus, par convergence dominée et en remarquant qu’avec
l’expression Oj,k = δj,k gt + Φ ∗ ∂xj ∂xk gt les dérivées temporelles affectent uniquement la
fonction gaussienne, on obtient :
Z t   
~ ~

∂t ~u(t, x) = ∂t gt ∗ ~u0 (x) + δj,k ∂t gt−s + Φ ∗ ∂xj ∂xk ∂t gt−s j,k
:: f − (~u · ∇)~u (s, x)ds
0
1 t+h
Z  
+ lim (δj,k gt+h−s )j,k :: f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds
h→0 h t

1 t+h ~ 
Z  
+ lim ∇ (Φ ∗ gt+h−s ) ∗ div f~ − (~u · ∇)~ ~ u (s, x)ds.
h→0 h t

Rappelons maintenant que l’on a ∂t gt = ∆gt et on peut écrire


Z t   
~ ~

∂t ~u(t, x) = ∆gt ∗ ~u0 (x) + ∆ δj,k gt−s + Φ ∗ ∂xj ∂xk gt−s j,k
:: f − (~u · ∇)~u (s, x)ds
0
1 t+h
Z  
+ lim (δj,k gt+h−s )j,k :: f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds
h→0 h t

1 t+h ~ 
Z  
+ lim ∇ (Φ ∗ gt+h−s ) ∗ div f~ − (~u · ∇)~ ~ u (s, x)ds,
h→0 h t
80 Chapitre 3. Solutions classiques

ce qui s’écrit également comme


 Z t   
~ ~

∂t ~u(t, x) = ∆ gt ∗ ~u0 (x) + δj,k gt−s + Φ ∗ ∂xj ∂xk gt−s j,k
:: f − (~u · ∇)~u (s, x)ds
0
1 t+h
Z  
+ lim (δj,k gt+h−s )j,k :: f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds
h→0 h t

1 t+h ~ 
Z  
+ lim ∇ (Φ ∗ gt+h−s ) ∗ div f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds.
h→0 h t

En utilisant le Théorème 2.5.5 de différentiation de Lebesgue dans les deux limites ci-dessus
on obtient
 Z t     
∂t ~u(t, x) = ∆ gt ∗ ~u0 (x) + Ot−s :: f − (~u · ∇)~u (s, x)ds + g0 ∗ f~ − (~u · ∇)~
~ ~ ~ u (t, x)
0
  
+∇~ (Φ ∗ g0 ) ∗ div f~ − (~u · ∇)~
~ u (t, x).

Etant donné que l’on a g0 = δ0 , où la fonction δ0 est la fonction Delta de Dirac qui est
l’élément neutre de la convolution et puisque ~u et p sont donnés par les formules (3.69),
l’équation ci-dessus se réécrit comme
 
∂t ~u(t, x) = ∆~u(t, x) + f~ − (~u · ∇)~
~ u (t, x) − ∇p(t,
~ x),

ce qui termine la démonstration du théorème à condition de montrer que l’on a bien la


propriété div(~u) = 0. On applique alors l’opérateur divergence à l’expression de ~u (on se
rappellera que chaque terme de l’intégrale est bien défini) pour obtenir :
 Z t   
div(~u)(t, x) = div gt ∗ ~u0 (x) + ~ ~
Ot−s :: f − (~u · ∇)~u (s, x)ds
0
Z t   
= gt ∗ div(~u0 )(x) + div Ot−s :: f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds,
0

en remarquant que le tenseur d’Oseen est symétrique et en notant, pour f~ et ~g deux fonctions
vectorielles, f~ : ~g = f1 ∗ g1 + f2 ∗ g2 + f3 ∗ g3 , nous avons
Z t  
div(~u)(t, x) = gt ∗ div(~u0 )(x) + div (Ot−s ) : f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds,
0

ainsi, puisque par hypothèse on a div(~u0 ) = 0 et que l’on a div(Ot−s ) = 0 (voir la formule
(3.31, page 61), on obtient sans problème que si ~u est donné par cette formule intégrale alors
div(~u) = 0. 

3.6 Propriétés de décroissance spatiale des solutions classiques


L’objectif de cette section est d’étudier plus en détail le comportement de la vitesse ~u(t, ·)
en variable d’espace et plus précisément on souhaite donner des estimations plus fines sur
la décroissance à l’infini de la fonction ~u(t, ·). Ce point est particulièrement important car
il nous amènera à nous confronter avec la structure interne des équations de Navier-Stokes
comme nous allons le voir dans les lignes qui suivent.
3.6. Propriétés de décroissance spatiale des solutions classiques 81

Nous savons déjà par le Théorème 3.4.1 et son Corollaire 3.4.2, que si l’on part de données
~u0 et f~ qui vérifient les propriétés

sup sup (1 + |x|)|Dα ~u0 (x)| < +∞ et sup sup (1 + |x|)4 |Dxα f~(t, x)| < +∞,
|α|≤2 x∈R3 |α|≤2 x∈R3 ,t≥0

alors la vitesse ~u(t, x) solution des équations de Navier-Stokes possède un comportement du


type
sup sup (1 + |x|)|Dxα ~u(t, x)| < +∞, (3.70)
|α|≤2 x∈R3 ,0<t≤T

ce qui nous donne quelques informations de la décroissance à l’infini (en variable d’espace)
de ~u. Voyons tout d’abord comment améliorer un peu ce résultat :

Proposition 3.6.1 Soient ~u0 : R3 −→ R3 et f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3 deux champs de


vecteurs de classe C 2 qui vérifient

sup sup (1 + |x|)2 |Dα ~u0 (x)| < +∞ et sup sup (1 + |x|)4 |Dxα f~(t, x)| < +∞,
|α|≤2 x∈R3 |α|≤2 x∈R3 ,t≥0

alors la vitesse ~u qui est la solution associée à ces données pour les équations de Navier-
Stokes vérifie l’estimation :

sup sup (1 + |x|)2 |Dxα ~u(t, x)| < +∞.


|α|≤1 x∈R3 ,0<t≤T

Preuve. Considérons tout d’abord le cas où |α| = 0. On remarque alors que ces hypothèses
de travail nous permettent d’invoquer le Théorème 3.4.1, page 66 : nous avons donc des so-
C
lutions ~u qui vérifient l’estimation sup |~u(t, x)| ≤ (1+|x|) et qui en plus s’écrivent sous la
0<t≤T
Z t  
formulation ~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + Ot−s :: f~ − div(~u ⊗ ∇)~
~ u (s, x)ds. Nous devons alors
0
estimer chacun des trois termes de droite de l’inégalité ci-dessous :
Z t Z t
|~u(t, x)| ≤ |gt ∗ ~u0 (x)| + ~
Ot−s :: f (s, x)ds + Ot−s :: div(~u ⊗ ~u)(s, x)ds . (3.71)
0 0

Pour le premier terme, en utilisant l’hypothèse sur ~u0 et en suivant les calculs réalisés entre
les expressions (3.57) et (3.58) on obtient sans problème l’estimation

C
sup |gt ∗ ~u0 (x)| ≤ . (3.72)
0<t≤T (1 + |x|)2

Pour le deuxième terme de (3.71) qui fait intervenir la force extérieure on écrit
Z t Z tZ
Ot−s :: f~(s, x)ds ≤ C |Ot−s (x − y)||f~(s, y)|dyds,
0 0 R3

et par les propriétés du tenseur d’Oseen données le Corollaire 3.3.4, page 63, ainsi que par
l’hypothèse sur la force extérieure nous avons :
Z tZ
|Ot−s (x − y)||f~(s, y)|dyds ≤ C sup {(1 + |y|)4 |Dxα f~(t, y)|}
0 R3 0<t≤T,y∈R3
Z Z t
1 1
× sup √ dsdy.
0<t≤T R3 0 ( t − s + |x − y|) (1 + |y|)4
3
82 Chapitre 3. Solutions classiques

Maintenant, pour un 0 <  < 1 fixé, par les inégalités de Young on a les majorations
 3 3
 √
(t |x|3−2 ) ≤ C (t ) 2 + (|x|3−2 ) 3−2 ≤ C ( t + |x|)3 ,

1 1 1
ce qui nous permet d’écrire √
( t−s+|x−y|)3
≤ C (t−s) |x−y|3−2 , et donc il vient

Z tZ Z Z t
1 1 1
|Ot−s (x − y)||f~(s, y)|dyds ≤ C sup  3−2
dsdy
0 R3 0<t≤T R3 0 (t − s) |x − y| (1 + |y|)4
Z
1− 1 1
≤ C T 3−2
dy,
R3 |x − y| (1 + |y|)4

et avec le Lemme 3.1.9, page 52, il vient finalement (le temps T étant borné)
Z t
C T 1− C
sup Ot−s :: f~(s, x)ds ≤ 3−2
≤ . (3.73)
0<t≤T 0 (1 + |x|) (1 + |x|)2

Pour le troisième terme de (3.71) on écrit


Z t 3 Z tZ
X
Ot−s :: div(~u ⊗ ~u)(s, x)ds ≤ C |∂xj Ot−s (x − t)||~u ⊗ ~u(s, y)|dyds.
0 j=1 0 R3

C C
Comme on a sup |~u(t, x)| ≤ (1+|x|) alors on obtient sup |~u ⊗ ~u| ≤ (1+|x|)2
et par les
0<t≤T 0<t≤T
estimations concernant le tenseur d’Oseen données dans le Corollaire 3.3.4, page 63, nous
avons :
Z tZ Z Z t
1 1
|∂xj Ot−s (x − t)||~u ⊗ ~u(s, y)|dyds ≤ C √ dsdy. (3.74)
0 R3 R3 0 ( t − s + |x − y|)4 (1 + |y|)2

De plus, par les inégalités de Young on a


2 8
 2 8 3
 √
(t 3 |x| 3 ) ≤ C (t 3 )3 + (|x| 3 ) 2 ≤ C( t + |x|)4 ,

ce qui nous donne l’estimation


1 1 1
√ 4
≤C 2 8 , (3.75)
( t − s + |x − y|) (t − s) 3 |x − y| 3

et nous pouvons écrire


Z Z t Z
1 1 1 1 1
√ 2
dsdy ≤ CT 3
8 2
dy.
R3 0 ( t − s + |x − y|) (1 + |y|) R3 |x − y| 3 (1 + |y|)
4

On peut appliquer le premier point du Lemme 3.1.9, page 52 pour obtenir


Z t
1 1
Ot−s :: div(~u ⊗ ~u)(s, x)ds ≤ CT 3 5 . (3.76)
0 (1 + |x|) 3
1 1
En observant que l’on a le contrôle (1+|x|)2
≤ 5 , alors avec les estimations (3.72)-(3.73)
(1+|x|) 3
et (3.76), en revenant à l’estimation (3.71), nous avons démontré que l’on a
1
sup |~u(t, x)| ≤ C 5 , (3.77)
0<t≤T (1 + |x|) 3
3.6. Propriétés de décroissance spatiale des solutions classiques 83

ce qui est une amélioration de l’estimation de base (3.70) car 1 < 53 .

Pour obtenir la décroissance annoncée il suffit de réappliquer les arguments précédents :


C
en effet, à partir de (3.77) on obtient sans problème sup |~u ⊗ ~u(t, x)| ≤ 10 et donc la
0<t≤T (1+|x|) 3

majoration (3.74) devient


Z tZ Z Z t
1 1
|∂xj Ot−s (x − t)||~u ⊗ ~u(s, y)|dyds ≤ C √ 4 10 dsdy
0 R3 R3 0 ( t − s + |x − y|) (1 + |y|) 3
Z
1 1 1
≤ CT 3 8 10 dy
R3 |x − y| 3 (1 + |y|) 3
1 1 1 1
≤ CT 3 8 ≤ CT
3 ,
(1 + |x|) 3 (1 + |x|)2

où nous avons utilisé l’estimation (3.75) et le troisième point du Lemme 3.1.9, page 52. Ainsi,
avec cette majoration, tous les termes de (3.71) ont une décroissance de l’ordre de (1 + |x|)−2 .

Etudions maintenant le cas où |α| = 1. Nous devons estimer alors :


Z t Z t
α α α~ ~ u)(s, x)ds .
|Dx ~u(t, x)| ≤ |gt ∗ Dx ~u0 (x)| + Ot−s :: Dx f (s, x)ds + Dxα (Ot−s :: (~u · ∇)~
0 0

Avec les hypothèses disponibles, les deux premiers termes ci-dessus se traitent de la même
manière que précédemment et en suivant les calculs utilisés pour obtenir les estimations (3.72)
et (3.73) on obtient sans problème :
Z t
C C
sup |gt ∗ Dxα ~u0 (x)| ≤ 2
et sup Ot−s :: Dxα f~(s, x)ds ≤ .
0<t≤T (1 + |x|) 0<t≤T 0 (1 + |x|)2
C
On remarque maintenant que l’on a sup |~u(t, x)| ≤ (1+|x|)2
(par les lignes précédentes) et
0<t≤T
C
que l’on dispose de la majoration sup |∂xj ~u(t, x)| ≤ (1+|x|) pour 1 ≤ j ≤ 3 (par le Corollaire
0<t≤T
3.4.2, page 74), ce qui nous permet d’écrire

~ u(t, x)| ≤ C C
sup |(~u · ∇)~ ≤ ,
0<t≤T (1 + |x|)3 (1 + |x|)2
et avec cette estimation, on obtient (car |α| = 1) :
Z t Z tZ
α ~
Dx (Ot−s :: (~u · ∇)~u)(s, x)ds ≤ ~ u)(s, x)|dyds
|Dxα Ot−s (x − y)||(~u · ∇)~
0 0 Rn
Z Z t
1 1
≤ C √ 2
dsdy,
R3 0 ( t − s + |x − y|) (1 + |y|)
4

et donc, en suivant les arguments exposés entre les formules (3.74) et (3.77) et avec les deux
estimations précédentes, nous avons
1
sup |Dxα ~u(t, x)| ≤ C 5 ,
0<t≤T (1 + |x|) 3
ce qui constitue une première amélioration pour la quantité Dxα ~u. Afin d’obtenir l’estimation
recherchée, il suffira de réinjecter cette estimation pour obtenir le contrôle

~ u(t, x)| ≤ C
sup |(~u · ∇)~ 11 ,
0<t≤T (1 + |x|) 3
84 Chapitre 3. Solutions classiques

1 1
(où l’on a utilisé sup |~u(t, x)| ≤ C (1+|x|)2 et sup |∂xi ~
u(t, x)| ≤ C 5 ). Ainsi, en suivant
0<t≤T 0<t≤T (1+|x|) 3
les mêmes idées exposées ci-dessus il est alors possible d’obtenir sans problème le contrôle
recherché
1
sup |Dxα ~u(t, x)| ≤ C ,
0<t≤T (1 + |x|)2
ce qui termine la démontration de cette proposition. 

On remarquera que l’on procède ici par étapes pour obtenir une meilleure décroissance :
on obtient tout d’abord un gain de décroissance sur ~u qui convenablement réinjecté permet,
en itérant les arguments, d’obtenir le résultat souhaité. On pourrait donc croire que si l’on
renforce les hypothèses sur la donnée initiale ~u0 et sur la force extérieure f~ (en imposant plus
de décroissance), alors il sera possible d’améliorer la décroissance de la fonction ~u.
Ce programme est envisageable, mais uniquement jusqu’à un certain point. En effet, si
la force extérieure est quelconque (sans aucune structure particulière), alors on sera vite
confronté à l’estimation (3.73) qui nous fournira une décroissance de l’ordre de |x|−(3−2)
et nous verrons dans la Remarque 3.9 ci-dessous que l’on peut en fait obtenir dans ce cas
général une décroissance de l’ordre de |x|−3 . Toutefois, si l’on considère une force extérieure
nulle (pour faire abstraction du problème ci-dessus, ce qui après tout est possible car il s’agit
d’une donnée que l’on peut choisir à notre guise), ce programme se heurtera à un seuil structu-
rel en dessous duquel il ne sera pas possible de descendre. On démontrera alors que pour une
solution de Navier-Stokes “générique” on ne pourra pas obtenir une meilleure décroissance à
l’infini que |x|−4 . Cette particularité des équations de Navier-Stokes est le reflet des propriétés
du tenseur d’Oseen et pour mettre en lumière ce point nous commencerons par vérifier que
l’on peut effectivement obtenir une vitesse ~u(t, ·) avec un comportement à l’infini de l’ordre
|x|−4 . On verra ensuite que cette décroissance ne peut être améliorée à moins de vérifier
certaines conditions très précises.

Comme il a été indiqué dans les lignes précédentes, la décroissance de l’ordre |x|−4 ne peut
pas être atteignable pour une force extérieure f~ quelconque, mais si celle-ci s’écrit comme la
divergence d’un tenseur alors nous pourrons obtenir ce comportement à l’infini. Ainsi, dans
ce qui suit on supposera que la force f~ peut s’écrire comme

f~ = div(F),

où F = (fi,j )1≤i,j≤3 est un tenseur. Cette expression nous permettra de traiter de manière
~ u qui s’écrit
similaire le terme provenant de la force extérieure et le terme non linéaire (~u · ∇)~
lui aussi comme div(~u ⊗ ~u). Avec cette écriture pour la force extérieure nous avons le résultat
suivant :

Théorème 3.6.2 Soient ~u0 : R3 −→ R3 et f~ = div(F) : [0, +∞[×R3 −→ R3 deux


champs de vecteurs de classe C 2 qui vérifient

sup sup (1 + |x|)4 |Dα ~u0 (x)| < +∞ et sup sup (1 + |x|)4 |Dxα F(t, x)| < +∞,
|α|≤2 x∈R3 |α|≤2 x∈R3 ,t≥0

alors la vitesse ~u qui est la solution associée à ces données pour les équations de Navier-
Stokes vérifie l’estimation :

sup (1 + |x|)4 |~u(t, x)| < +∞.


x∈R3 ,0<t≤T
3.6. Propriétés de décroissance spatiale des solutions classiques 85

Démonstration. On notera que les hypothèses ci-dessus sont plus fortes que celle du Théorème
3.4.1, page 66, et donc nous pouvons représenter la vitesse ~u par l’expression
Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + Ot−s :: div (F − ~u ⊗ ~u) (s, x)ds,
0

et on écrit alors
3 Z tZ
X
|~u(t, x)| ≤ |gt ∗ ~u0 (x)| + |∂xi Ot−s (x − y)| (|F(s, y)| + |~u ⊗ ~u(s, y)|) dyds. (3.78)
i=1 0 R3

Nous allons maintenant estimer ces deux termes ci-dessus.

• Pour la donnée initiale ~u0 on a les inégalités


gt (x − y)
Z Z
4
|gt ∗ ~u0 (x)| ≤ |gt (x − y)||~u0 (y)|dy ≤ sup {(1 + |y|) |~u0 (y)|} dy
R3 y∈R3 R3 (1 + |y|)4
Z
gt (y)
≤ C dy, (3.79)
R3 (1 + |x − y|)4
et on remarque que l’on a
Z
gt (y) 1
4
dy ≤ kgt kL1 < +∞,
R3 (1 + |x − y|) (1 + | · |)4 L∞

ce qui nous indique que cette intégrale est bornée en t et en x. Ensuite, toujours pour
|x| ≥ 1 on écrit
Z Z Z
gt (y) gt (y) gt (y)
4
dy = 4
dy + dy.
R3 (1 + |x − y|) 1
{|y|≤ |x|} (1 + |x − y|) 1
{ |x|<|y|} (1 + |x − y|)4
2 2

Ainsi, pour la première intégrale ci-dessus, sur l’ensemble {|y| ≤ 12 |x|} on a l’estimation
1 1 C
2 |x| ≤ |x − y|, ce qui implique (1+|x−y|)4 ≤ (1+|x|)4 et donc
Z Z
gt (y) C
4
dy ≤ gt (y)dy
{|y|≤ 12 |x|} (1 + |x − y|) (1 + |x|)4 {|y|≤ 1 |x|}
2
Z
C C
≤ gt (y)dy ≤ .
(1 + |x|)4 R3 (1 + |x|)4
On considère maintenant la deuxième intégrale ci-dessus et on écrit
Z Z
gt (y) gt (y)
4
dy = 4
dy
{ 12 |x|<|y|} (1 + |x − y|) { 12 |x|<|y|}∩{|x−y|>|x|/2} (1 + |x − y|)
Z
gt (y)
+ 4
dy,
{ 1 |x|<|y|}∩{|x−y|≤|x|/2} (1 + |x − y|)
2

et par les mêmes arguments utilisés précédemment on a


Z
gt (y) C
4
dy ≤ .
{ 1 |x|<|y|}∩{|x−y|>|x|/2} (1 + |x − y|) (1 + |x|)4
2

1
Maintenant, par la majoration gt (y) ≤ Ct 2 |y|−4 (voir la formule (3.5), page 46) on
écrit
Z Z 1
gt (y) t2 1
4
dy ≤ C 4 4
dy,
{ 1 |x|<|y|}∩{|x−y|≤|x|/2} (1 + |x − y|)
2
{ 1 |x|<|y|}∩{|x−y|≤|x|/2} |y| (1 + |x − y|)
2
86 Chapitre 3. Solutions classiques

mais comme sur l’ensemble { 12 |x| < |y|} ∩ {|x − y| ≤ |x|/2} on a bien les inégalités
1 3 1 C
2 |x| ≤ |y| ≤ 2 |x|, on a donc les contrôles |y|4 ≤ |x|4 et il vient alors (comme 0 < t ≤ T ) :
1 Z 1
CT 2 1 CT 2
dy ≤ .
|x|4 { 12 |x|<|y|}∩{|x−y|≤|x|/2} (1 + |x − y|)4 |x|4

Pour finir, étant donné que toute l’intégrale (3.79) est bornée, on obtient bien que
1
CT 2
cette quantité se majore par la fonction (1+|x|)4
, nous avons donc
1
CT 2
|gt ∗ ~u0 (x)| ≤ . (3.80)
(1 + |x|)4
• On considère maintenant les termes de la formule (3.78) qui font intervenir les quantités
F et ~u ⊗ ~u. On sait d’une part, que par hypothèse sur la force extérieure on a
C
|F(t, x)| ≤ .
(1 + |x|)4
D’autre part, compte tenu du cadre de travail considéré (qui utilise des hypothèse
fortes de décroissance), alors par la Proposition 3.6.1 nous avons les estimations

sup (1 + |x|)2 |~u(t, x)| < +∞.


x∈R3 ,0<t≤T

ce qui nous permet d’écrire le contrôle suivant


C
|~u ⊗ ~u(t, x)| ≤ .
(1 + |x|)4
Finalement, par le Corollaire 3.3.4, page 63, on a l’estimation
C
|∂xi Ot−s (x − y)| ≤ √ .
( t − s + |x − y|)4
Ainsi, avec toutes ces informations nous pouvons écrire
Z tZ Z tZ
1 1
|∂xi Ot−s (x − y)| (|F| + |~u ⊗ ~u|(s, y)) dyds ≤ C √ dyds
0 R3 0 R3 ( t − s + |x − y|) (1 + |y|)4
4

Montrons tout d’abord que lorsque |x| < 1 alors la double intégrale ci-dessus est finie
pour tout 0 < t ≤ T . En effet on a
Z tZ Z tZ
1 1 1 1
√ 4
dyds = √ dyds
0 R3 ( t − s + |x − y|)
4 (1 + |y|) 0 R3 ( t − s + |y|)
4 (1 + |x − y|)4

et puisque 1
≤ 1, on écrit avec le changement de variable u = √y :
(1+|x−y|)4 t−s
Z tZ Z tZ
1 1 1
√ dyds ≤ √ dyds
0 R3 ( t − s + |y|) (1 + |x − y|)4
4
0 R3 ( t − s + |y|)
4
Z t Z
1 1 1
≤ √ 4
duds ≤ Ct 2
0 t − s R3 (1 + |u|)
1
≤ CT 2 ,

ce qui montre bien que cette double intégrale est bornée.

Etudions à présent le cas |x| ≥ 1, on écrit alors


3.6. Propriétés de décroissance spatiale des solutions classiques 87

Z tZ Z tZ
1 1 1 1
√ dyds = √ dyds
0 R3 ( t − s + |y|)4 (1 + |x − y|)4 0 { 12 |x|<|x−y|} ( t − s + |y|)4 (1 + |x − y|)4
Z tZ
1 1
+ √ dyds.
0 {|x−y|< 21 |x|} ( t − s + |y|)4 (1 + |x − y|)4

Pour la première intégrale ci-dessus, si 21 |x| < |x − y|, on a bien 1


(1+|x−y|)4
≤ C
(1+|x|)4
, il vient
alors :
Z tZ Z tZ
1 1 C 1
√ dyds ≤ √ dyds
0 { 12 |x|<|x−y|} ( t − s + |y|)4 (1 + |x − y|)4 (1 + |x|)4 0 { 21 |x|<|x−y|} ( t − s + |y|)4
Z tZ
C 1
≤ √ dyds,
(1 + |x|)4 0 R3 ( t − s + |y|)4

et par le changement de variable u = √y on obtient


t−s

1
Z t Z
C 1 1 CT 2
≤ √ ds du ≤ .
(1 + |x|)4 0 t−s R3 (1 + |u|)4 (1 + |x|)4

Nous remarquons maintenant que si |x − y| < 12 |x|, alors on a 1


2 |x| ≤ |y|, ce qui implique
1 √ C
l’inégalité (√t−s+|y|) 4 ≤ ( t−s+|x|)4 , et nous avons :

Z tZ Z t
1 1 C
√ dyds ≤ √
0 {|x−y|< 21 |x|} ( t − s + |y|) 4 (1 + |x − y|)4 0 ( t − s + |x|)4
Z
1
× dyds,
{|x−y|< 12 |x|} (1 + |x − y|)4

et en élargissant le domaine d’intégration en variable d’espace, on a


Z t Z Z t Z t
C 1 C C
≤ √ 4
dyds ≤ √ ds = √ 4
ds
R3 (1 + |x − y|) 0 ( s + |x|)
4 4
0 ( t − s + |x|) 0 ( t − s + |x|)
Z t
C |x|2 1
≤ √ du, (3.81)
|x|2 0 (1 + u)4

où nous avons utilisé le changement de variable u = |x|s 2 dans l’avant-dernière intégrale
ci-dessus. Il vient alors
Z t Z t  
C |x|2 1 C |x|2 1 C t
√ du ≤ du = arctan .
|x|2 0 (1 + u)4 |x|2 0 1 + u2 |x|2 |x|2

Donc, étant donné que l’on souhaite étudier le comportement lorsque |x| est grand
(rappelons que 0 < t ≤ T < +∞), peut écrire en utilisant un développement limité
T
lorsque |x| 2 < 1 :
 
t t T
arctan 2
≤ C 2 ≤ C 2.
|x| |x| |x|
Ainsi, avec cette estimation, nous pouvons retourner à l’intégrale (3.81) et l’on obtient
alors (lorsque |x|  1)
Z tZ
1 1 CT
√ 4
dyds ≤ .
0 {|x−y|< |x|} ( t − s + |y|) (1 + |x − y|)
1 4 |x|4
2

Nous avons donc démontré la majoration


88 Chapitre 3. Solutions classiques

Z tZ Z tZ
1 1
|∂xi Ot−s (x − y)| (|F| + |~u ⊗ ~u|(s, y)) dyds ≤ C √ 4 (1 + |y|)4
dyds
0 R3 0 (
R3 t − s + |x − y|)
1 1
≤ C max{T 2 , T } .
(1 + |x|)4

Si nous revenons à l’estimation (3.78) et nous utilisons la majoration (3.80) pour le terme qui
fait intervenir la donnée initiale ~u0 et la majoration ci-dessus qui contient la force extérieure
et le terme non linéaire, alors nous avons obtenu l’estimation suivante pour 0 < t ≤ T :

1 1
|~u(t, x)| ≤ C max{T 2 , T } ,
(1 + |x|)4

ce qui termine la démonstration du théorème. 

Remarque 3.8 On notera que l’écriture f~ = div(F) permet de considérer les quantités
|∂xi Oj,k (t, x)|, qui par le Corollaire 3.3.4, page 63, ont une meilleure décroissance que les
termes |Oj,k (t, x)|.

Insistons sur le fait que, étant donné que la donnée initiale ~u0 et que la force extérieure
(via le tenseur F) sont des fonctions pour lesquelles on dispose de toute liberté, elles peuvent
être choisies à décroissance rapide ou même à support compact (et en ce qui concerne la force
extérieure on pourrait même ne pas la prendre en compte du tout en posant tout simplement
f~ = 0). On remarque alors que ce résultat de décroissance de la vitesse ~u(t, ·) provient d’un
bon contrôle de l’intégrale suivante

Z
|∂xi Ot−s (x − y)||~u ⊗ ~u(s, y)|dy.
R3

C
Or, par le Corollaire 3.3.4, page 63, on a uniquement l’estimation |∂xi Ot−s (x−y)| ≤ √
( t−s+|x−y|)4
ainsi, si l’on suppose que l’on est capable d’obtenir une inégalité du type

C
|~u ⊗ ~u(t, x)| ≤ ,
(1 + |x|)β

pour un certain β > 3, alors (en faisant abstraction -à des fins pédagogiques- de la variable
de temps dans l’estimation concernant le tenseur d’Oseen) on sera vite limité dans nos ma-
jorations par le dernier point du Lemme 3.1.9, page 52.

On pourrait toutefois penser que des estimations plus fines pourraient donner une meilleure
décroissance pour une vitesse générique ~u, solution des équations de Navier-Stokes, mais nous
allons voir qu’il n’en est rien. En effet, nous allons maintenant montrer cette décroissance
d’ordre |x|−4 est en réalité un seuil en dessous duquel on ne pourra pas descendre, à moins
de vérifier certaines propriétés très particulières, et pour vérifier cette assertion, nous aurons
besoin du résultat suivant :
3.6. Propriétés de décroissance spatiale des solutions classiques 89

Théorème 3.6.3 Soient ~u0 : R3 −→ R3 et f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3 deux champs de


vecteurs de classe C 2 tels que l’on ait les propriétés :

1) Pour la donnée initiale : div(~u0 ) = 0 et

sup sup (1 + |x|)5 |Dα ~u0 (x)| < +∞.


|α|≤2 x∈R3

2) Pour la force extérieure, pour |α| ≤ 2, Dxα f~ est une fonction continue sur
[0, +∞[×R3 et vérifie

sup sup (1 + |x|)6 |Dxα f~(t, x)| < +∞.


|α|≤2 x∈R3 ,t≥0

Si on considère la solution classique (~u, p) des équations de Navier-Stokes associée à


cette donnée initiale ~u0 et à cette force extérieure f~, alors, pour tout temps 0 < t ≤ T ,
la vitesse ~u(t, ·) possède le développement asymptotique suivant lorsque |x| → +∞ :
3
X 3
X
~u(t, x) = ~ x Φ(x) −
Ak (t)∇∂ ~ x ∂x Φ(x) + o(|x|−4 ),
Bk,m (t)∇∂
j j k
k=1 k,m=1

où Φ est le noyau de Green et les fonctions Ak (t) et Bk,m (t) sont définies par les
formules :
Z tZ Z tZ
Ak (t) = fk (s, x)dxds et Bk,m (t) = uk (s, x)um (s, x) + xk fm (s, x)dxds.
0 R3 0 R3

Démonstration. Sous les hypothèses de ce théorème, on peut appliquer le Théorème 3.4.1,


page 66, pour obtenir que la vitesse ~u s’écrit de la manière suivante :
Z t  
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + Ot−s :: f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds,
0

Nous allons estimer séparément le terme relié à la donnée initiale et le terme qui comporte
la force extérieure ainsi que la partie non linéaire.

Ainsi, en suivant les mêmes calculs exposés dans (3.79) et (3.80), on obtient sans problème
à partir de l’hypothèse sur la donnée initiale ~u0 , l’estimation
C
|gt ∗ ~u0 (x)| ≤ ,
(1 + |x|)5
ce qui nous donne bien un comportement du type o(|x|−4 ) pour ce terme lorsque |x| → +∞.

Passons maintenant à l’étude du terme qui contient les quantités f~ − (~u · ∇)~
~ u et on com-
mence par étudier les informations disponibles pour la vitesse : sous les hypothèses considérées
ici, nous pouvons appliquer la Proposition 3.6.1, donné page 81, et nous avons les estimations :
|~u(t, x)| ≤ C(1 + |x|)−2 et |∂xj ~u(t, x)| ≤ C(1 + |x|)−2 , 1 ≤ j ≤ 3.
de plus, nous pouvons aussi appliquer le Théorème 3.6.2, page 84 (car les hypothèses considérées
ci-dessus sont plus fortes), et il vient
|~u(t, x)| ≤ C(1 + |x|)−4 ,
90 Chapitre 3. Solutions classiques

on déduit sans problème que l’on a alors

~ u(t, x)| ≤ C(1 + |x|)−6 .


|(~u · ∇)~ (3.82)

Par les hypothèses sur la force extérieure on a également le contrôle

|f~(t, x)| ≤ C(1 + |x|)−6 . (3.83)

Ces deux estimations seront la base des calculs utilisés par la suite, maintenant donnons une
majoration fondamentale pour le tenseur d’Oseen : en utilisant le Corollaire 3.3.4, page 63,
nous avons l’inégalité
C
|O(t − s, x − y)| ≤ √ ,
( t − s + |x − y|)3
et pour 0 <  < 1, par les inégalités de Young on a les majorations
 3 3
 √
(t |x|3−2 ) ≤ C (t ) 2 + (|x|3−2 ) 3−2 ≤ C ( t + |x|)3 ,

ce qui nous permet d’écrire

1 1
|O(t − s, x − y)| ≤ C . (3.84)
(t − s) |x − y|3−2


Avec ce contrôle que nous venons d’obtenir (qui permet de séparer les variables de temps et
d’espace), nous allons à présent estimer plus précisément le terme
Z tZ  
Ot−s (x − y) · f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds. (3.85)
0 R3

On décompose alors l’espace R3 de la manière suivante

R3 = D1 ∪ D2 ∪ D3 ,

où les ensembles D1 , D2 et D3 sont donnés par les expressions

D1 = {y ∈ R3 : |y| ≥ 21 |x|} ∩ {y ∈ R3 : |x − y| ≤ |x|}

D2 = {y ∈ R3 : |y| ≥ 12 |x|} ∩ {y ∈ R3 : |x − y| > |x|}

D3 = {y ∈ R3 : |y| < 12 |x|}.

Ainsi, nous avons bien


Z tZ  
Ot−s (x − y) · f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds = I1 + I2 + I3 ,
0 R3

où pour 1 ≤ ` ≤ 3 on a posé


Z tZ  
I~` = Ot−s (x − y) · f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds,
0 D`

et nous allons estimer chacun des termes I~` .


3.6. Propriétés de décroissance spatiale des solutions classiques 91

• Pour I~1 on a les estimations suivantes


Z tZ  
~
|I1 | ≤ |Ot−s (x − y)|| f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)|dyds
1
0 {|y|≥ 2 |x|}∩{|x−y|≤|x|}
Z tZ
1 1 1
≤ C dyds,
0
1
{|y|≥ 2 |x|}∩{|x−y|≤|x|} (t − s) |x − y|3−2 (1 + |y|)6

où nous avons utilisé l’estimation


 (3.84) pour
 le tenseur d’Oseen et les majorations
~ ~
(3.82)-(3.83) pour le terme | f − (~u · ∇)~u |. Ainsi, en intégrant par rapport à la
variable de temps on a :
Z
~ 1− 1 1
|I1 | ≤ Ct 3−2
dy
{|y|≥ 2 |x|}∩{|x−y|≤|x|} |x − y|
1 (1 + |y|)6
Z
1 1
≤ Ct1− 3−2
dy.
{|y|≥ |x|}∩{|x−y|≤|x|} |x − y|
1 |y|6
2

De plus, en utilisant le support d’intégration, on a |y| ≥ 12 |x| et donc

Ct1− Ct1−
Z Z
1 1
|I~1 | ≤ dy ≤ dy
|x|6 1
{|y|≥ 2 |x|}∩{|x−y|≤|x|} |x − y|3−2 |x|6 {|x−y|≤|x|} |x − y|3−2
Ct1− Ct1−
Z
1
≤ dz ≤ . (3.86)
|x|6 {|z|≤|x|} |z|3−2 |x|6−2

• De façon totalement symétrique on a pour I~2 :


Z tZ  
~
|I2 | ≤ |Ot−s (x − y)|| f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)|dyds
1
0 {|y|≥ 2 |x|}∩{|x−y|>|x|}
Z tZ
1 1 1
≤ C  3−2
dyds
0
1
{|y|≥ 2 |x|}∩{|x−y|>|x|} (t − s) |x − y| (1 + |y|)6
Z
1 1
≤ Ct1− 3−2
dy,
1
{|y|≥ 2 |x|}∩{|x−y|>|x|} |x − y| |y|6

et en prenant en compte le support d’intégration on a |x − y| > |x| ce qui nous permet


d’écrire |x−y|13−2 ≤ |x|3−2
1
, il vient alors

Ct1− Ct1−
Z Z
1 1
|I~2 | ≤ dy ≤ dy
|x|3−2 1
{|y|≥ 2 |x|}∩{|x−y|>|x|} |y|6 |x|3−2 1
{|y|≥ 2 |x|} |y|6
Ct1−
≤ , (3.87)
|x|6−2

étant donné qu’on peut fixer 0 <  < 12 on a bien 6 − 2 > 4, et avec les estima-
tions (3.86) et (3.87) on obtient bien (lorsque |x| est suffisamment grand) la propriété
suivante
|I~1 | + |I~2 | = o(|x|−4 ).
• Pour I~3 , nous devons étudier
Z tZ  
~
I3 = Ot−s (x − y) · f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds.
1
0 {|y|< 2 |x|}
92 Chapitre 3. Solutions classiques

Afin de faciliter l’exposition nous considérons les composantes de ce vecteur et l’on


écrit alors pour 1 ≤ j ≤ 3 :
3 Z tZ
X  
I3j = O(t − s, x − y)j,k f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds
1 k
k=1 0 {|y|< 2 |x|}

X3
= I3j,k ,
k=1
Z tZ  
où on a noté I3j,k = Oj,k (t − s, x − y) f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds. On
1 k
0 {|y|< 2 |x|}
décompose maintenant chacun de ces termes de la manière suivante

Z tZ
 
I3j,k = Oj,k (t − s, x − y) − ∂xj ∂xk Φ(x − y) f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds
1 k
0 {|y|< 2 |x|}
3
Z tZ !
X
+ ∂xj ∂xk Φ(x − y) − ∂xj ∂xk Φ(x) + ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x)ym
1
0 {|y|< 2 |x|} m=1
 
× f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds
k
3
Z tZ !
X  
+ −∂xj ∂xk Φ(x) + ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x)ym f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds
1 k
0 {|y|> 2 |x|} m=1
3
Z tZ !
X  
+ ∂xj ∂xk Φ(x) − ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x)ym f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds
0 R3 k
m=1

= I1 + I2 + I3 + I4 .

∗ Le premier terme I1 donné ci-dessus se contrôle de la manière suivante : on écrit


Z tZ  
|I1 | ≤ Oj,k (t − s, x − y) − ∂xj ∂xk Φ(x − y) | f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)|dyds,
1 k
0 {|y|< 2 |x|}

mais comme on s’intéresse au comportement de ces quantités lorsque |x| est très
grand (|x| → +∞), par le Corollaire 3.3.5, page 64, on a
!
Z +∞
t 2
− s4t
Oj,k (t − s, x − y) − ∂xj ∂xk Φ(x − y) ≤ |gt (x−y)|+2 ∂xj ∂xk e ds ,
(4πt)3/2 |x − y| |x−y|

alors, en utilisant la décroissance exponentielle de la fonction gaussienne (et en


remarquant que sur l’ensemble {|y| < 12 |x|} on a les inégalités 12 |x| ≤ |x−y| ≤ 32 |x|),
peut écrire
5
C(t − s) 2
Oj,k (t − s, x − y) − ∂xj ∂xk Φ(x − y) ≤ ,
|x − y|8
et il vient (avec les estimations (3.82)-(3.83)) :
Z tZ 5 Z tZ 5
(t − s) 2 1 (t − s) 2
|I1 | ≤ C dyds ≤ C dyds
0
1
{|y|< 2 |x|} |x − y| (1 + |y|)6
8
0
1
{|y|< 2 |x|} |x − y|8
Z
7 1
≤ Ct 2 dy,
1
{|y|< 2 |x|} |x − y|8
3.6. Propriétés de décroissance spatiale des solutions classiques 93

et puisque sur l’ensemble {|y| < 12 |x|} on a l’inégalité 12 |x| ≤ |x − y|, on obtient
7 Z 7
Ct 2 Ct 2
|I1 | ≤ dy = ,
|x|8 1
{|y|< |x|} |x|5
2

et donc, si |x| → +∞ et pour 0 < t < T , on obtient le comportement suivant

|I1 | = o(|x|−4 ).

∗ Pour le deuxième terme I2 , on a


Z tZ 3
X
|I2 | ≤ ∂xj ∂xk Φ(x − y) − ∂xj ∂xk Φ(x) + ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x)ym
1
0 {|y|< 2 |x|} m=1
 
×| f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)|dyds
k
Z tZ 3
X 1
≤ ∂xj ∂xk Φ(x − y) − ∂xj ∂xk Φ(x) + ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x)ym dyds
0
1
{|y|< 2 |x|} m=1
(1 + |y|)6
Z 3
X 1
≤ t ∂xj ∂xk Φ(x − y) − ∂xj ∂xk Φ(x) + ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x)ym dy
1
{|y|< 2 |x|} m=1
(1 + |y|)6

où l’on a utilisé les estimations (3.82)- (3.83) et on a intégré par rapport à la
variable de temps. On remarque maintenant que l’on a, par un développement
limité à l’ordre deux, l’estimation
3
X
∂xj ∂xk Φ(x − y) − ∂xj ∂xk Φ(x) + ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x)ym ≤ |D2 ∂xj ∂xk Φ(x)||y|2
m=1
C|y|2
≤ ,
|x|5
ce qui nous permet alors d’écrire :
|y|2 |y|2
Z Z
1 Ct Ct
|I2 | ≤ Ct 5 6
dy ≤ 5 6
dy = ,
{|y|< |x|} |x| (1 + |y|)
1 |x| R3 (1 + |y|) |x|5
2

de sorte que lorsque |x| est grand on a bien

|I2 | = o(|x|−4 ).

∗ Le troisième terme I3 se majore de la façon suivante : en utilisant les estimations


(3.82)-(3.83) ainsi que les propriétés (3.12) données page 50 du noyau de Green,
nous avons
Z tZ X 3  
|I3 | ≤ ∂xj ∂xk Φ(x) + ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x)ym | f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)|dyds
1 k
0 {|y|> 2 |x|} m=1
Z tZ  
1 |y| 1
≤ C 3
+ 4 dyds
0
1
{|y|> 2 |x|} |x| |x| (1 + |y|)6
Ct
≤ ,
|x|6
et on a bien lorsque |x| est grand :

|I3 | = o(|x|−4 ).
94 Chapitre 3. Solutions classiques

∗ Le dernier terme I4 ne peut pas être négligé par rapport à |x|−4 car nous devons
étudier l’expression
3
Z tZ !
X  
I4 = ∂xj ∂xk Φ(x) − ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x)ym f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds,
0 R3 k
m=1

et par les propriétés du noyau de Green Φ (voir les formules (3.12), page 50), ce
terme générique fait intervenir les quantités ∂xj ∂xk Φ(x) qui se comportent comme
|x|−3 .

Remarque 3.9 On notera qu’avec cette décomposition on peut obtenir une décroissance
de l’ordre de |x|−3 pour une force générique qui ne s’écrit pas sous forme divergence.
Nous avons donc, en regroupant tous ces contrôles :
3
X 3
X
I3j ,k = I1 + I2 + I3 + I4
k=1 k=1
3 Z tZ 3
!
X X
= ∂xj ∂xk Φ(x) − ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x)ym
k=1 0 R3 m=1
 
~ u (s, y)dyds + o(|x|−4 ),
× f~ − (~u · ∇)~
k

et cette expression se réécrit comme


3
X 3
X Z tZ  
I3,j = I3j ,k = ∂xj ∂xk Φ(x) f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds
0 R3 k
k=1 k=1
3 X
X 3 Z tZ  
− ∂xj ∂xk ∂xm Φ(x) ym f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds,
0 R3 k
k=1 m=1

ce qui s’écrit encore, sous forme vectorielle, de la manière suivante :


3
X 3
X Z tZ  
I~3 = I3j ,k = ~ x Φ(x)
∇∂ k
f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds
0 R3 k
k=1 k=1
3 X
X 3 Z tZ  
− ~ x ∂xm Φ(x)
∇∂ k
ym f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds.
0 R3 k
k=1 m=1

Avec toutes ces estimations, si nous revenons à l’expression (3.85), nous avons obtenu la
décomposition
Z tZ 3 Z tZ
X  
~ u(s, y)dyds =
Ot−s (x − y) · (~u · ∇)~ Ot−s (x − y) · f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds
0 R3 `=1 0 D`

= I~1 + I~2 + I~3


X 3 3 X
X 3
= ~
∇∂xk Φ(x)Ak (t) − ~ x ∂xm Φ(x)Bk,m (t),
∇∂ k
k=1 k=1 m=1

où l’on a noté


Z tZ   Z tZ  
Ak (t) = f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds, Bk,m (t) = ym f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, y)dyds.
0 R3 k 0 R3 k
3.6. Propriétés de décroissance spatiale des solutions classiques 95

Afin d’obtenir le résultat énoncé dans le Théorème 3.6.3 il est nécessaire de faire deux re-
marques supplémentaires. On note tout d’abord que l’on a ((~u · ∇)~ ~ u)k = u1 ∂x uk + u2 ∂x uk +
1 2
C C
u3 ∂x3 uk , de plus on a |uk (t, y)| ≤ (1+|y|)4 et |∂xj uk (t, y)| ≤ (1+|y|)2 pour 1 ≤ j ≤ 3 (le produit
uj ∂xj uk est alors intégrable et ces fonctions tendent vers zéro à l’infini) de sorte que l’on peut
écrire par une intégration par parties :
Z Z
~
((~u · ∇)~u)k (t, y)dy = u1 ∂x1 uk (t, y) + u2 ∂x2 uk (t, y) + u3 ∂x3 uk (t, y)dy
R3 RZ3

= − uk (t, y)(∂x1 u1 + ∂x2 u2 + ∂x3 u3 )(t, y)dy = 0,


R3

puisque div(~u) = ∂x1 u1 + ∂x2 u2 + ∂x3 u3 = 0, et ainsi le terme Ak (t) devient


Z tZ
Ak (t) = f~k (s, y)dyds,
0 R3

ce qui correspond bien au terme Ak (t) défini dans l’énoncé du Théorème 3.6.3.

Maintenant, par les mêmes arguments, on obtient


Z Z
ym (u1 ∂x1 uk + u2 ∂x2 uk + u3 ∂x3 uk ) dy = − ∂x1 (ym u1 )uk + ∂x2 (ym u2 )uk
R3 R3
+∂x3 (ym u3 )uk dy
Z
= −δk,m uk (t, y)um (t, y)dy,
R3

ce nous permet d’écrire le terme Bk,m (t) comme


Z tZ
Bk,m (t) = ym fk (s, y) + uk (t, y)um (s, y)dyds,
0 R3

de sorte que l’on a bien Bk,m (t) = Bk,m (t) comme annoncé dans le Théorème 3.6.3.

Finalement, avec les estimations sur la donnée initiale gt ∗ ~u0 (x), on a :


Z t  
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + Ot−s :: f~ − (~u · ∇)~
~ u (s, x)ds
0
3
X 3
X
= ~ x Φ(x) −
Ak (t)∇∂ ~ x ∂x Φ(x) + o(|x|−4 ),
Bk,m (t)∇∂
j j k
k=1 k,m=1

ce qui termine la démonstration de ce théorème. 

Cette décomposition générique des solutions des équations de Navier-Stokes va nous don-
ner des conditions nécessaires pour obtenir une meilleure décroissance que |x|−4 et nous avons
alors le résultat ci-dessous :

Corollaire 3.6.4 Soient ~u0 et f~ des données régulières avec div(~u0 ) = 0 et soit (~u, p) une
solution classique des équations de Navier-Stokes sur l’ensemble [0, T [×R3 . Si on suppose que
l’on a
sup (1 + |x|)5 |~u0 (x)| < +∞ et sup (1 + |x|)6 |f~(t, x)| < +∞,
x∈R3 t>0,x∈R3
96 Chapitre 3. Solutions classiques

alors pour un 0 < t < T fixé, une condition nécessaire pour obtenir la décroissance à l’infini
de la vitesse ~u du type
lim |x|4 |~u(t, x)| = 0,
|x|→+∞

est que la vitesse ~u et la force extérieure f~ doivent satisfaire les contraintes suivantes :
Z tZ Z tZ
fk (s, x)dxds = 0, ym fk (s, y) + uk (t, y)um (s, y)dyds = 0,
0 R3 0 R3

pour 1 ≤ k, m ≤ 3 et k 6= m.

Bien évidemment, si ces conditions ne sont pas vérifiées, alors on ne peut espérer obtenir une
meilleure décroissance à l’infini.

On remarque finalement que les fonctions f~ et ~u étant continues par rapport à la variable
de temps, on peut alors énoncer le résultat suivant :

Corollaire 3.6.5 Soient ~u0 et f~ des données régulières avec div(~u0 ) = 0 et soit (~u, p) une
solution classique des équations de Navier-Stokes sur l’ensemble [0, T [×R3 . Si on suppose que
l’on a
sup (1 + |x|)5 |~u0 (x)| < +∞ et sup (1 + |x|)6 |f~(t, x)| < +∞,
x∈R3 t>0,x∈R3

et si l’on a les conditions suivantes pour la donnée initiale ~u0 et pour la force extérieure f~
Z Z
fk (0, x)dx 6= 0, ym fk (0, y) + u0,k (y)u0,m (y)dy 6= 0,
R3 R3

pour 1 ≤ k, m ≤ 3 et k 6= m, alors il existe un temps t0 > 0 tel que l’on ait pour tout
0 < t < t0 :
lim inf |x|4 |~u(t, x)| > 0.
|x|→+∞

Remarque 3.10 Le corollaire ci-dessus nous indique qu’en toute généralité, il y a une dis-
persion instantanée du support des solutions des équations de Navier-Stokes, et même si l’on
part d’une force extérieure nulle et d’une donnée initiale ~u0 régulière à support compact (nulle
à l’infini) qui ne vérifie pas les conditions ci-dessus, alors on ne peut pas s’attendre à une
meilleure décroissance à l’infini que |x|−4 .

Dans le résultat qui suit nous énonçons quelques conséquences importantes de ces résultats
qu’il convient expliciter

Corollaire 3.6.6
1) Si la force extérieure f~ est non nulle, à décroissance rapide ou même à support com-
pact, mais ne s’écrit pas sous forme divergence (f~ = div(F)) ou ne vérifie pas les
conditions des Corollaires 3.6.4 et 3.6.5, alors il existe un temps t0 > 0 tel que pour
tout 0 < t < t0 on a
lim inf |x|3 |~u(t, x)| > 0,
|x|→+∞

et on ne peut s’attendre à une meilleure décroissance que |x|−3 . Une conséquence de


ce fait est que, dans ce cadre, la vitesse ~u n’est pas intégrable en variable d’espace :
/ L1 (R3 ).
~u(t, ·) ∈
3.6. Propriétés de décroissance spatiale des solutions classiques 97

2) Si la force extérieure f~ est nulle, alors pour une donnée initiale ~u0 quelconque (à
décroissance rapide à l’infini ou à support compact) mais qui ne vérifie pas la condition
Z
u0,k (y)u0,m (y)dy 6= 0,
R3

pour 1 ≤ k, m ≤ 3 et k 6= m, alors il existe un temps t0 > 0 tel que l’on ait pour tout
0 < t < t0 :
lim inf |x|4 |~u(t, x)| > 0,
|x|→+∞

et on ne peut s’attendre à une meilleure décroissance que |x|−4 .

Notes et compléments
Nous avons vu dans ce chapitre qu’il est possible de construire des solutions classiques des
équations de Navier-Stokes, dans le sens où les dérivées considérées sont des dérivées usuelles
(des dérivées fortes), nous sommes donc en mesure de résoudre les équations de Navier-Stokes
dans un cadre très précis.

Toutefois il convient de souligner deux points très importants :

• Le temps d’existence des solutions obtenues (~u, p) dépend de la taille des données ini-
tiales ~u0 et f~ comme indiqué dans la relation (3.66) donnée page 75 : si les données
initiales sont grandes, alors le temps d’existence sera petit. Réciproquement, si les
données initiales sont suffisamment petites, alors on pourra considérer des solutions
globales en temps, mais en dehors de ces relations, le Théorème 3.4.1 ne nous donne
aucune piste d’étude. Cette interdépendance du temps d’existence des solutions et de
la taille des données initiales provient de la technique mise en oeuvre pour la construc-
tion des solutions : il s’agit donc d’un problème de méthode et non pas d’une propriété
intrinsèque des équations.

• Avec le Théorème 3.6.3 et ses Corollaires 3.6.4 et 3.6.5, nous voyons qu’en toute
généralité, et pour tout temps 0 < t < t0 , la vitesse ~u(t, x) a -au mieux- une décroissance
à l’infini de l’ordre |x|−3 et que sous certaines conditions sur la force extérieure, on peut
améliorer cette décroissance en |x|−4 , mais pas au-delà. Cette dispersion instantanée
du support spatial est indépendante de la nature de la donnée initiale (qui peut être
totalement régulière et à support compact), il s’agit donc d’une propriété inhérente aux
équations de Navier-Stokes. Ce comportement à l’infini se maintient bien évidemment
si l’on considère un cadre encore plus régulier (par exemple dans lequel on exigerait
un contrôle sur des dérivées d’ordre supérieur à celui exposé dans le Théorème 3.4.1)
mais exclut totalement toute étude dans les espaces de fonctions à décroissance rapide.
Ces conditions étudiées dans le Théorème 3.6.3 ont été développées par Dobrokhotov
et Shafarevitch [17] en 1994.

Dans tous les chapitres qui suivent nous allons considérer un cadre de travail plus général et
plus moderne, dans le sens où nous allons travailler avec des dérivées faibles et avec des outils
plus récents. Mais comme nous allons le voir, cette généralisation n’entraı̂nera pas forcément
une amélioration substentielle des deux points précédents.
98 Chapitre 3. Solutions classiques

3.7 Exercices
Exercice 3.1 Vérifier les propriétés du noyau de la chaleur gt énoncées dans les Propositions
3.1.2, page 45 et Proposition 3.1.3, page 46.

Exercice 3.2 (Equation de Transport) Soit B = (B1 , · · · , Bn ) un vecteur fixe de Rn et


soit g : Rn −→ R une donnée initiale. On considère l’équation de transport suivante :

∂t u(t, x) + B · ∇u(t, x) = 0 sur [0, +∞] × Rn ,
u(0, x) = g(x) sur Rn .

1. Si on suppose que la fonction g est de classe C 1 , vérifier que la solution de ce problème


s’écrit u(t, x) = g(x − tB) et qu’il s’agit d’une fonction de classe C 1 .
2. On se place en dimension 1, montrer que si sup(u0 ) ⊂ [a, b], alors on a

sup(u(t, ·)) ⊂ [a + Ct, b + Ct].

3. En dimension quelconque, montrer que pour tout 1 ≤ p ≤ +∞ on a l’identité :

ku(t, ·)kLp = ku0 kLp .

4. Soit maintenant f ∈ L1 ([0, +∞[, L∞ (Rn )) et on considère le problème



∂t u(t, x) + B · ∇u(t, x) = f (t, x) sur [0, +∞] × Rn ,
(3.88)
u(0, x) = g(x), g ∈ C1 sur Rn .

(a) Pour tout s ∈ R on pose ϕ(s) = u(t + s, x + sB), vérifier que l’on a

ϕ0 (s) = ∂t u(t + s, x + sB) + ∇u(t + s, x + sB) · B = f (t + s, x + sB)

(b) Remarquer que ϕ(0) = u(t, x) et que ϕ(−t) = g(x − tB), en déduire les identités
Z 0 Z 0
0
ϕ(0) − ϕ(−t) = ϕ (s)ds et u(t, x) − g(x − tB) = f (t + s, x + sB)ds.
−t −t

(c) Obtenir que la solution s’écrit :


Z t
u(t, x) = g(x − tB) + f (s, x + (s − t)B)ds, (x ∈ Rn , t ≥ 0). (3.89)
0

(d) Si g ∈ C 1 (Rn ) et si f ∈ L∞ ([0, T ]; L∞ (Rn )), montrer que la solution (3.89) du


problème (3.88) vérifie
|u(t, x)| ≤ C(1 + T ),
pour tout t ∈ [0, T ] et tout x ∈ Rn .

Exercice 3.3 Soit u0 ∈ C 1 (R, R) et soit B :]0, +∞[×R −→ R une fonction régulière. On
considère le problème :

∂t u(t, x) + B(t, x) · ∇u(t, x) = 0 sur ]0, +∞[×R,

u(0, x) = u0 sur R.

3.7. Exercices 99

1. Si l’on note U (s) = u(s, X(s)), où X : R −→ R est une fonction régulière, déterminer
U 0 (s).
2. Si on suppose que X 0 (s) = B(s, X(s)) et si u est solution du problème ci-dessus, que
peut-on dire sur U 0 ? Que peut-on dire sur u(s, X(s)) ?

Exercice 3.4 On considère le problème suivant


n
X
∆u(x) = ∂x2i u(x) = 0. (3.90)
i=1

1. Vérifier que si u(x) est une solution de l’équation de Laplace (3.90), alors pour tout
τ ∈ Rn , la fonction u(x + τ ) l’est aussi.
2. Si u(x) est une solution de l’équation de Laplace (3.90), vérifier que pour tout angle
θ ∈ [0, 2π] la fonction u(Rθ [x]) est aussi solution où Rθ [x] est la matrice de rotation
d’angle θ.
3. On pose u(x) = ϕ(ρ) avec ρ = |x| = (x21 + · · · + x2n )1/2 , si x 6= 0, montrer que l’on a

∂ρ xi ∂2ρ 1 x2i
= et = − .
∂xi ρ ∂x2i ρ ρ3

x2 x2i
 
4. Vérifier les identités ∂xi u(x) = ϕ0 (ρ) xρi et ∂x2i u(x) = ϕ00 (ρ) ρ2i + ϕ0 (ρ) 1
ρ − ρ3
.
5. Montrer que ∆u = 0 équivaut au problème ϕ00 (ρ) + n−1 0
ρ ϕ (ρ) = 0.
ϕ00
6. Si ϕ0 6= 0, réécrire cette équation comme log(ϕ0 )0 = ϕ0 = 1−n
ρ , et en déduire que l’on
0 C1
a d’une part la formule ϕ (ρ) = ρn−1 et que l’on a d’autre part

C2 log(ρ) + C3 (n = 2)
ϕ(ρ) =
C2
+ C3 (n > 2).

ρn−2

Exercice 3.5 Soit u ∈ C 2 (Ω) une fonction harmonique.


Z
1
1. On pose ϕ(r) = u(y)dS(y). Montrer que l’on a
|∂B(x, r)| ∂B(x,r)
Z
1
ϕ(r) = u(x + rz)dS(z).
|∂B(0, 1)| ∂B(0,1)

2. Obtenir les identités


y−x
Z Z
1 1 ∂u
ϕ0 (r) = ∇u(y) · dS(y) = (y)dS(y).
|∂B(x, r)| ∂B(x,r) r |∂B(x, r)| ∂B(x,r) ∂ν

3. A l’aide de la formule de Green montrer que l’on a


Z
0 r
ϕ (r) = ∆u(y)dy = 0.
n|B(x, r)| B(x,r)

4. Déduire des points antérieurs que l’on a


Z
1
ϕ(x) = limϕ(t) = u(y)dS(y) = u(x).
t→0 |∂B(x, r)| ∂B(x,r)
100 Chapitre 3. Solutions classiques

5. Obtenir la formule de la moyenne suivante


Z
1
u(x) = u(y)dS(y).
|∂B(x, r)| ∂B(x,r)

6. Maintenant, montrer que l’on a


!
Z Z r Z
u(y)dy = udS ds.
B(x,r) 0 ∂B(x,s)

7. A partir des points ci-dessus obtenir la formule


Z
udS = nvn sn−1 u(x).
∂B(x,s)

8. Remarquer que l’on a


!
Z r Z Z r
udS ds = u(x) nvn sn−1 ds = rn vn u(x),
0 ∂B(x,s) 0

et en déduire la deuxième formule de la moyenne suivante


Z
1
u(y)dy = u(x).
|B(x, r)| B(x,r)

9. Montrer que si u : Ω ⊂ Rn −→ R est une fonction de classe C 2 (Ω) telle que l’on ait
Z
1
u(x) = u(y)dS(y),
|∂B(x, r)| ∂B(x,r)

pour toute boule B(x, r) ⊂ Ω, alors la fonction u est une fonction harmonique.

Exercice 3.6 Soit Ω un sous-ensemble ouvert de Rn et soit u ∈ C(Ω) une fonction qui vérifie
les identités
Z Z
1 1
u(x) = u(y)dS(y) = u(y)dy,
|∂B(x, r)| ∂B(x,r) |B(x, r)| B(x,r)

pour toute boule B(x, r) de Ω.


1. Soit ϕ : Rn −→ R une fonction positive, de classe C ∞ à support contenu dans la boule
unité et d’intégrale égale à 1. Pour tout ε > 0 on pose ϕε (x) = ε1n ϕ |x|
ε . Vérifier que
la fonction uε définie par uε = ϕε ∗ u sur l’ensemble Ωε = {x ∈ Ω : d(x, ∂Ω) > ε} est
une fonction de classe C ∞ (Ωε ).
2. Soit x ∈ Ωε un point. Montrer que l’on a l’identité
!
Z ε r Z
1
uε (x) = n ϕ udS dr.
ε 0 ε ∂B(x,r)

3. En déduire que l’on a


Z
1 y 
uε (x) = u(x) ϕ dy = u(x).
εn B(0,ε) ε
3.7. Exercices 101

4. Obtenir que l’on a uε = u sur Ωε et que la fonction u est de classe C ∞ sur Ωε pour
tout ε > 0. Conclure que la fonction u est régulière sur Ω.

Exercice 3.7 Pour n ≥ 2, on note Φ la solution fondamentale de l’équation de Laplace


1. Calculer ∇Φ(x) pour tout x 6= 0.
2. Si on considère u(x, y) = (e2x + e−2x )(e2y + e−2y ), quelle est l’équation vérifiée par
∆u ?
3. Si on pose u(x, y) = (ekx + e−kx )(eky + e−ky ), quelle est l’équation vérifiée par ∆u ?
4. Que peut-on dire sur les vecteurs propres du Laplacien ?

Exercice 3.8 Soit u : R2 −→ R une fonction régulière. On considère le problème



∆u = 0
sin(ny)
u(0, y) = n , ∂x u(0, y) = 0.

1. Etudier les solutions de la forme u(x, y) = A(x)B(y).


2. Que se passe t-il lorsque n → +∞ ?

Exercice 3.9 Dans cet exercice on souhaite démontrer le Théorème 3.1.8, mais en utilisant
des hypothèses différentes : on supposera ici que la fonction g est de classe C 2 (R3 ) et qu’elle
est à support compact.
1. Vérifier que la fonction f donnée par l’expression (3.15) est bien définie.
2. Démontrer que cette fonction f est de classe C 2 (R3 ) (on pourra utiliser le fait que la
fonction g est de classe C 2 ).
3. Pour vérifier que la fonction f donnée par convolution est solution de l’équation de
Poisson considérer les intégrales
Z Z Z
∆f = Φ(y)∆x g(x−y)dy = Φ(y)∆x g(x − y)dy + Φ(y)∆x g(x − y)dy .
Rn B(0,ε) B(0,ε)c
| {z } | {z }
I1 I2

(a) Pour le premier terme I1 montrer que l’on a


Z Z
|I1 | ≤ |Φ(y)∆x g(x − y)|dy ≤ Ck∆gk∞ |Φ(y)|dy ≤ Cε2 .
B(0,ε) B(0,ε)

(b) Pour le deuxième terme I2 , obtenir par une intégration par parties l’expression
Z Z
∂g
I2 = − ∇Φ(y)∇g(x − y)dy + Φ(y) (x − y)dS(y),
B(0,ε)c ∂B(0,ε) ∂ν
| {z } | {z }
I3 I4

où ν est le vecteur unitaire le long du bord ∂B(0, ε)


(c) Pour l’intégrale I4 , vérifier que l’on a
Z
|I4 | ≤ k∇gk∞ |Φ(y)|dS(y) ≤ Cε.
∂B(0,ε)
102 Chapitre 3. Solutions classiques

(d) Pour l’intégrale I3 , avec une deuxième intégration par parties obtenir
Z Z
∂Φ
I3 = ∆Φ(y)g(x − y)dy − (y)g(x − y)dS(y)
B(0,ε)c ∂B(0,ε) ∂ν
Z
∂Φ
= − (y)g(x − y)dS(y).
∂B(0,ε) ∂ν

(e) Utiliser les propriétés de la fonction Φ pour obtenir sur ∂B(0, ε) l’identité

∂Φ 1
(y) = ν · ∇Φ(y) = .
∂ν 4πε2
(f ) En déduire la limite suivante
Z
1
I3 = − g(x − y)dS(y) −→ −g(x).
4πε2 ∂B(0,ε) ε→0

4. Conclure que l’on a bien


−∆f (x) = g(x).

Exercice 3.10 On suppose les points suivants :


• Pour la donnée initiale : div(~u0 ) = 0 et sup sup (1 + |x|)5 |Dα ~u0 (x)| < +∞,
|α|≤2 x∈R3
• Pour la force extérieure, pour |α| ≤ 2, D f~ est une
α fonction continue sur [0, +∞[×R3
et vérifie
sup sup (1 + |x|)6 |Dα f~(t, x)| < +∞.
|α|≤2 x∈R3 ,t≥0

Vérifier que l’on a l’estimation


C
sup |~u(t, x)| ≤ ,
0<t≤T (1 + |x|)3−δ

pour un paramètre 0 < δ < 1. On pourra utiliser le Lemme 3.1.9 et l’estimation (3.84).
Chapitre 4

Solutions mild

Dans ce chapitre nous présentons une technique très générale pour construire par un
processus itératif des solutions d’équations qui peuvent s’écrire sous la forme

e = e0 − B(e, e), (4.1)

où e0 est une donnée initiale et B(·, ·) est une application bilinéaire 1 et continue d’un espace
de Banach (E, k · kE ) sur lui même, c’est à dire que l’on a l’inégalité

kB(e, f )kE ≤ CB kekE kf kE ,

pour tout e, f ∈ E, avec CB la constante de continuité de l’application B(·, ·). Comme nous
allons voir par la suite, il suffira de disposer d’une relation entre la constante de continuité CB
de l’application bilinéaire et le contrôle δ de la donnée initiale (i.e. ke0 kE ≤ δ) pour obtenir
une solution pour ce type d’équations. Ce procédé - connu comme principe de contraction ou
méthode de point fixe - s’applique très naturellement dans de nombreux cadres et, en particu-
lier, dans l’étude des équations aux dérivées partielles il s’avère être un outil particulièrement
efficace pour obtenir l’existence ainsi que l’unicité de solutions.

Bien sûr, un tel degré de généralité pose un certain nombre de problèmes lorsqu’on sou-
haite l’appliquer aux équations de Navier-Stokes : tout d’abord ces équations ne sont pas de
la forme (4.1) et pour utiliser le principe de contraction on devra considérer une formulation
intégrale adéquate. Mais surtout, nous verrons que cette technique soulève le problème du
temps d’existence des solutions : il existe une dichotomie entre la taille de la donnée initiale
(exprimée par le contrôle δ) et le temps d’existence des solutions (qui provient de la constante
de continuité). En effet, soit la taille de la donnée initiale est grande et dans ce cas le temps
d’existence est petit ; soit inversement la taille de la donnée initiale est petite et alors le temps
d’existence pourra être plus grand. Mais en dehors de ces deux possibilités, le formalisme
donné par le principe de contraction ne donne aucune piste d’étude. Nous étudierons plus
en détail cet aspect précis dans la Section 4.6 où nous donnerons quelques critères d’explosion.

Ainsi, après avoir rappelé le principe de contraction dans la Section 4.1, nous verrons dans
les Sections 4.2 et 4.3 comment transformer les équations de Navier-Stokes pour les mettre
sous la forme de l’équation (4.1) : on parlera alors de formulation mild ou de formulation
intégrale. Cette transformation met en place des outils très particuliers qui permettrons de
mettre en lumière des relations intéressantes entre la vitesse et la pression. Dans la Section
4.4 on donnera une démonstration du théorème de Fujita et Kato, obtenu en 1964 [20], où
1. Rappelons que cela veut dire que l’application B(·, ·) est linéaire dans chacune de ses composantes prises
séparément, c’est à dire que l’on a B(e0 +λe1 , f ) = B(e0 , f )+λB(e1 , f ) et B(e, f0 +λf1 ) = B(e, f0 )+λB(e, f1 ).

103
104 Chapitre 4. Solutions mild

l’on applique ce formalisme mild aux équations de Navier-Stokes et les solutions obtenues
par cette méthode seront désignées comme des solutions mild.

4.1 Principe de contraction


La technique de base de ce chapitre repose sur le résultat général suivant :

Théorème 4.1.1 (Principe de contraction de Banach-Picard) Soit (E, k · kE )


un espace de Banach et soit B : E × E −→ E une application bilinéaire bornée :
pour tout e, f ∈ E on a l’estimation

kB(e, f )kE ≤ CB kekE kf kE . (4.2)

Si e0 ∈ E est telle que ke0 kE ≤ δ et si on a la relation


1
0<δ< ,
4CB
alors l’équation
e = e0 − B(e, e), (4.3)
admet une unique solution e ∈ E qui vérifie kekE ≤ 2δ.

Nous avons de plus une dépendance continue par rapport à la donnée initiale : si f0
est une autre donnée initiale telle que kf0 kE ≤ δ et si f est solution de l’équation
f = f0 − B(f, f ) avec kf kE ≤ 2δ, alors
1
ke − f kE ≤ ke0 − f0 kE .
1 − 4CB δ

Démonstration. On va construire la solution e par un processus itératif. En effet, à partir


de la donnée initiale e0 nous pouvons écrire

en+1 = e0 − B(en , en ),

et nous allons voir que lorsque n → +∞ on obtient une solution de l’équation (4.3). On
commence donc par vérifier que l’on a bien ken+1 kE ≤ 2δ. Ceci est vrai par hypothèse pour
e0 , de sorte que l’on fait l’hypothèse de récurrence ken kE ≤ 2δ et nous allons démontrer
que cela reste vrai pour en+1 . En effet, en utilisant l’hypothèse de continuité de l’application
B(·, ·) donnée dans (4.2) nous avons :

ken+1 kE ≤ ke0 kE + kB(en , en )kE ≤ ke0 kE + CB ken k2E ≤ δ + 4CB δ 2 ,

mais puisque l’on a 4CB δ < 1, nous obtenons ken+1 kE ≤ 2δ et ceci montre que pour tout
n ≥ 1, l’élément en ainsi construit appartient à la boule fermée B(0, 2δ).

Maintenant, il suffit de vérifier que l’on tend vers une solution e lorsque n → +∞. Pour
cela on considère la quantité en+1 − en et, en utilisant la bilinéarité de l’application B(·, ·),
on obtient

ken+1 − en kE = k(e0 − B(en , en )) − (e0 − B(en−1 , en−1 ))kE = k−B(en , en ) + B(en−1 , en−1 )kE
= kB(en − en−1 , en ) + B(en−1 , en − en−1 )kE
≤ kB(en − en−1 , en )kE + kB(en−1 , en − en−1 )kE ,
4.2. Vitesse, pression et projecteur de Leray 105

et par hypothèse de continuité de l’application B(·, ·) ainsi qu’en utilisant les estimations
ken−1 kE ≤ 2δ et ken kE ≤ 2δ obtenues précédemment, on a :

ken+1 − en kE ≤ CB ken − en−1 kE ken kE + CB ken−1 kE ken − en−1 kE ≤ 4CB δken − en−1 kE .

A partir de cette majoration, par itération, nous obtenons le contrôle

ken+1 − en kE ≤ (4CB δ)n ke1 − e0 kE ,

mais étant donné que 4CB δ < 1, et que ke1 − e0 kE ≤ ke1 kE + ke0 kE ≤ 3δ, nous avons que la
partie de droite de l’inégalité ci-dessus s’annule si n → +∞ : on obtient bien la convergence
au sens de la norme k · kE de la suite (en )n∈N vers un élément e ∈ E qui sera solution de
l’équation (4.3) et qui vérifie kekE ≤ 2δ. L’unicité est immédiate par construction car nous
travaillons sur un espace de Banach.

Etudions maintenant la dépendance par rapport aux données initiales. Soient e, f ∈ E


deux solutions obtenues à partir du procédé antérieur en fonction des données initiales e0 et
f0 . En utilisant la bilinéarité de l’application B(·, ·) nous écrivons

ke − f kE = k(e0 − B(e, e)) − (f0 − B(f, f ))kE = ke0 − f0 − B(e − f, e) − B(f, e − f )kE
≤ ke0 − f0 kE + kB(e − f, e)kE + kB(f, e − f )kE
≤ ke0 − f0 kE + CB kekE ke − f kE + CB kf kE ke − f kE
≤ ke0 − f0 kE + 4CB δke − f kE ,

et comme nous avons la condition 4CB δ < 1, on obtient


1
ke − f kE ≤ ke0 − f0 kE .
1 − 4CB δ
Cette dépendance continue par rapport aux données initiales nous dit que si e0 et f0 sont deux
données initiales proches l’une de l’autre (au sens de la norme k · kE ), alors leurs solutions
associées le sont également. 

Remarque 4.1 On observera que ce théorème s’applique tel quel à l’étude des équations de
la forme
e = e0 + B(e, e),
c’est-à-dire que le signe devant l’application bilinéaire B(·, ·) n’intervient pas.
Ce procédé de construction de solutions d’équations du type (4.3) est très abstrait et, mis
à part la continuité de l’application bilinéaire B(·, ·), il ne prend aucun compte des pro-
priétés particulières de celle-ci. Ce degré de généralité fait du principe de contraction un outil
standard qui peut s’appliquer à un grand nombre d’équations aux dérivées partielles.

4.2 Vitesse, pression et projecteur de Leray


Nous voulons maintenant appliquer le principe de contraction de Banach-Picard donné
dans le Théorème 4.1.1 aux équations de Navier-Stokes

∂t ~u = ∆~u − (~u · ∇)~ ~ + f~,


~ u − ∇p div(~u) = 0.

Mais pour cela, il sera nécessaire tout d’abord de reformuler ces équations pour obtenir un
problème de la forme
e = e0 − B(e, e),
106 Chapitre 4. Solutions mild

et seulement après nous devrons choisir un espace fonctionnel E bien adapté qui nous four-
nisse le contrôle de continuité (4.2) pour l’application bilinéaire B(·, ·). En effet, les équations
de Navier-Stokes, telles qu’elles sont présentées ci-dessus ne peuvent pas se mettre directe-
ment sous la forme e = e0 − B(e, e), non seulement parce que le système de Navier-Stokes
est un problème d’évolution mais surtout parce qu’il y a deux inconnues, la vitesse ~u et la
pression p, ce qui ne correspond pas du tout au cadre d’application du principe de contraction
de Banach-Picard. . . on devra alors étudier comment concentrer notre étude sur une seule
inconnue, mais laquelle des deux ?

Dans la Section 4.3 ci-après, en étudiant une équation de la chaleur non homogène
générique, nous verrons qu’il est finalement assez naturel de privilégier une étude sur la
vitesse ~u plutôt que sur la pression p (comme nous l’avons déjà signalé lors de l’étude clas-
sique de ces équations réalisée au chapitre précédent). Pour conforter cette approche, il est
fondamental de remarquer que la pression p et la vitesse ~u sont reliées de sorte que si l’on
étudie un problème qui ne fait intervenir que la vitesse ~u, on pourra récupérer sans difficulté
la pression. En effet, et en reprenant quelques calculs réalisés précédemment (voir la page 44),
si l’on applique l’opérateur divergence aux équations de Navier-Stokes on obtient la relation
suivante :

~ + f~)
~ u − ∇p
div(∂t ~u) = div(∆~u − (~u · ∇)~
~ u − ∆p + div(f~),

0 = −div (~u · ∇)~

~ u − div(f~)

ce qui nous donne l’équation qui relie la pression à la vitesse −∆p = div (~u · ∇)~
que nous réécrivons formellement comme suit

1  
~ u − div(f~) ,

p= div (~u · ∇)~ (4.4)
(−∆)

1 \ 1 1 b
où l’on rappelle que l’opérateur (−∆) est donné au niveau de Fourier par (−∆) φ(ξ) = |ξ|2
φ(ξ)
pour toute fonction φ telle que cette quantité ait un sens.

Ainsi, comme la force extérieure est une donnée du problème, si nous sommes capables
d’obtenir des informations sur la vitesse ~u, nous pourrons grâce à l’équation (4.4) en déduire
des informations sur la pression p.

Cette particularité nous permettra donc de considérer un problème dans lequel la seule va-
riable qui intervient est la vitesse ~u. Pour cela nous aurons besoin de décomposer les équations
de Navier-Stokes de sorte qu’on puisse concentrer notre étude sur la vitesse ~u et ceci pourra
être réalisé à l’aide du projecteur de Leray qui nous aidera à séparer les champs de vecteurs
qui sont à divergence nulle (comme la vitesse ~u) de ceux qui ne le sont pas.

Définition 4.2.1 (Projecteur de Leray) Soit f~ : R3 −→ R3 une fonction vecto-


rielle qui appartient à l’espace L2 (R3 ). Le projecteur de Leray P est défini par l’expres-
sion
P(f~) = f~ + ∇~ 1 (∇ ~ 1 (div(f~)).
~ · f~) = f~ + ∇ (4.5)
(−∆) (−∆)
4.2. Vitesse, pression et projecteur de Leray 107

On peut réécrire cet opérateur de la façon suivante


   ∂x 1 
f1 (−∆) [∂x1 f1 + ∂x2 f2 + ∂x3 f3 ]
   
  ∂x 2
P(f~) =  f2  + 

,
(−∆) [∂x1 f1 + ∂x2 f2 + ∂x3 f3 ]

   


f3 ∂x 3
(−∆) [∂x1 f1 + ∂x2 f2 + ∂x3 f3 ]

ou encore, en passant en variable de Fourier


   −ξ1 b 
fb1 [ξ f + ξ2 fb2 + ξ3 fb3 ]
|ξ|2 1 1
   
P(f~) =  fb2  +  −ξ 2
2 [ξ1 f1 + ξ2 f2 + ξ3 f3 ] ,
d    b b b 
   |ξ| 
−ξ3
fb3 [ξ fb + ξ2 fb2 + ξ3 fb3 ]
|ξ|2 1 1

identité que l’on peut réécrire (en utilisant le produit tensoriel de deux vecteurs donné dans
(2.9), page 16) comme  
~ ξ⊗ξ
P(f )(ξ) = Id3×3 − · f~(ξ). (4.6)
d b
|ξ| 2

Si on note R~ le vecteur formé des trois transformées de Riesz R1 , R2 et R3 définies au niveau


ξj b
de Fourier par R j φ(ξ) = −i |ξ| φ(ξ) pour 1 ≤ j ≤ 3 (voir la Définition 2.5.1, page 35), nous
d
avons également l’expression :

P(f~) = (Id3×3 − R ~ f~.


~ ⊗ R)

Une fois que nous avons exhibé plusieurs manières d’écrire cet opérateur, on observe sans
problème que le projecteur de Leray P est un opérateur linéaire :

P(λf~ + ~g ) = λP(f~) + P(~g ),

pour λ ∈ R et f~, ~g deux champs de vecteurs suffisamment réguliers.

Bien évidemment, la définition et les caractérisations que nous venons de donner sont
pour l’instant purement formelles et la première chose à faire maintenant est de vérifier que
cet opérateur est bien défini sur l’espace L2 (R3 ). Pour cela il suffit de passer en variable de
Fourier pour écrire :

1 ~ 1 (∇
kP(f~)kL2 = kf~ + ∇
~ ~ · f~)kL2 ≤ kf~kL2 + ∇
(∇ ~ · f~)
(−∆) (−∆) L2
3
X 1
≤ kf~kL2 + ∂ xj (∂x fk )
(−∆) k L2
j,k=1
3
X 1
≤ Ckf~kL2 = C 0 kf~kL2 ,
b~
≤ kf kL2 + C ξj 2 (ξk fbk )
b
|ξ| L2
j,k=1

car les transformées de Riesz Rj sont bornées sur L2 (R3 ) (voir le Théorème 2.5.2, page 35),
ce qui montre que cet opérateur, étant linéaire et borné, est alors continu (et donc bien posé)
dans l’espace L2 (R3 ).

On remarquera qu’il est possible de généraliser le domaine de définition du projecteur


de Leray aux espaces de Sobolev H s , H −s avec s > 0 et à leurs versions homogènes Ḣ s et
108 Chapitre 4. Solutions mild

Ḣ −s : il suffit pour cela d’utiliser les caractérisations de ces espaces (2.30), (2.31) et (2.33),
(2.39) qui sont données au niveau de Fourier. Nous avons donc en particulier les estimations
suivantes pour f~ ∈ H s (R3 ) (ou encore f~ ∈ Ḣ s (R3 )) avec s ∈ R :

kP(f~)kH s ≤ Ckf~kH s et kP(f~)kḢ s ≤ Ckf~kḢ s . (4.7)

Ces estimations seront utilisées de façon intensive dans ce chapitre et les suivants et elles
généralisent le domaine de définition du projecteur de Leray donné dans la Définition 4.2.1
ci-dessus.

Passons maintenant aux propriétés de cet opérateur de projection :

• Si f~ est à divergence nulle (div(f~) = ∇


~ · f~ = 0) alors nous avons l’identité

P(f~) = f~,

qui se déduit directement à partir de l’expression (4.5), autrement dit, le projecteur


de Leray laisse invariants les champs de vecteurs à divergence nulle et cette propriété
sera fondamentale dans tout ce qui suit.

• Si f~ est un gradient, c’est à dire s’il existe une fonction g : R3 −→ R telle que f~ = ∇g,
~
alors
1 ~ 1 (∆g) = ∇g
P(f~) = ∇g
~ +∇
~ ~ · ∇g)
(∇ ~ = ∇g
~ +∇ ~ − ∇g
~ = 0,
(−∆) (−∆)
et on observe que le projecteur de Leray annule les champs de vecteurs qui s’expriment
comme un gradient, on gardera donc en tête que pour une fonction p : R3 −→ R
suffisamment régulière (dans un espace L2 , Ḣ 1 ou Ḣ 2 , par exemple), on a l’identité
~ = 0.
P(∇p) (4.8)

• Si f~ est un rotationnel : si f~ = ∇
~ ∧ ~g , alors on a

1 ~ ~
P(f~) = P(∇
~ ∧ ~g ) = ∇
~ ∧ ~g + ∇
~ ~ ∧ ~g = f~,
∇ · (∇ ∧ ~g ) = ∇
(−∆)
~ · (∇
car la divergence d’un rotationnel est toujour nulle et donc ∇ ~ ∧ ~g ) ≡ 0 (voir le
dernier point du Lemme 2.2.2, page 15) et on obtient alors que le projecteur de Leray
laisse les rotationnels invariants.

• Si on applique le projecteur de Leray puis l’opérateur divergence à une fonction f~ on


a l’identité
div(P(f~)) = ∇
~ · P(f~) = 0. (4.9)
En effet, on écrit
 
1 ~ 1 (∇
div(P(f )) = ∇ · f~ + ∇
~ ~ ~ ~ ~ ~ · f~ + ∇
(∇ · f ) = ∇ ~ ·∇ ~ · f~) = ∇
~ · f~ − ∇
~ · f~ = 0.
(−∆) (−∆)
• Le projecteur de Leray est un opérateur non local : en effet, dans l’expression (4.5) nous
1
avons explicitement l’opérateur (−∆) qui intervient et qui peut se définir en variable
d’espace par la formule (voir également la formule (2.37) page 29) :

f~(y)
Z
1 ~
f (x) = C dy,
(−∆) R3 |x − y|
4.2. Vitesse, pression et projecteur de Leray 109

1 ~
et ainsi, pour calculer la valeur de (−∆) f en un seul point, nous avons besoin d’intégrer
l’information sur tout l’espace : ce qui montre clairement le caractère non local du pro-
jecteur de Leray.

• Pour f~ et ~g deux champs de vecteurs suffisamment “réguliers” (dans L2 (R3 ) par


exemple, mais cela peut se généraliser sans problème aux espaces de Sobolev basés
sur L2 ), on a l’identité
Z Z
~
f · P(~g )dx = P(f~) · ~g dx. (4.10)
R3 R3

En effet, en raisonnant par densité pour des fonctions suffisamment régulières, on a


Z Z
~ f~ · ~g + ∇ ~ 1 (∇ ~ · ~g ) dx

f · P(~g )dx =
R3 3 (−∆)
ZR Z
f~ · ~g dx + f~ · ∇~ 1 (∇ ~ · ~g ) dx,

=
R3 R3 (−∆)
par une intégration par parties on obtient
Z Z Z
~ ~ ~ · f~) 1 ~ · ~g ) dx,

f · P(~g )dx = f · ~g dx − (∇ (∇
R3 R3 R3 (−∆)
1
puis en utilisant le fait que l’opérateur (−∆) est autoadjoint (voir la formule (2.41)
page 30) on écrit, avec une dernière intégration par parties :
Z Z
1
f~ · ~g dx − ~ · f~) (∇
~ · ~g )dx

= (∇
R3 R3 (−∆)
Z   Z
~ 1 ~
= f +∇ ~ ~
(∇ · f ) · ~g dx = P(f~) · ~g dx.
R3 (−∆) R3

En particulier, pour deux champs de vecteurs dans L2 (R3 ), le projecteur de Leray est
auto-adjoint.

• On a la propriété de commutation suivante valable pour tout multi-indice α et pour


une fonction f~ suffisamment régulière :

P(Dα f~) = Dα (P(f~)),

pour le vérifier, il suffit de d’appliquer la transformation de Fourier et d’utiliser l’ex-


pression (4.6) qui caractérise le projecteur de Leray en variable de Fourier.

Il existe un lien naturel entre le projecteur de Leray P et la décomposition de Helmholtz


présentée dans le Théorème 3.2.1, page 56. En effet, si F~ est un champ de vecteur qui vérifie
les conditions de ce théorème, alors nous pouvons le décomposer de la manière suivante

F~ = F~0 + F~1 ,

où F~0 est à divergence nulle (div(F~0 ) = 0) et F~1 s’écrit comme un gradient : F~1 = ∇p.
~ Ainsi,
~
l’action du projecteur de Leray sur le champ de vecteurs F consiste à garder uniquement le
premier terme F~0 de la décomposition de Helmholtz (c’est à dire P(F~ ) = F~0 ) car on a par les
propriétés explicitées ci-dessus :

P(F~ ) = P(F~0 + F~1 ) = P(F~0 ) + P(F~1 ) = F~0 + P(∇p)


~ = F~0 .
110 Chapitre 4. Solutions mild

On remarquera en particulier que le domaine d’application du projecteur de Leray est beau-


coup plus large que celui de la décomposition de Helmholtz donnée dans le chapitre précédent :
nous pouvons maintenant travailler avec des espaces de Lebesgue, de Sobolev, etc.

Dans la section qui suit nous appliquerons cet opérateur aux équations de Navier-Stokes
afin de transformer ces dernières en un problème du type (4.3).

4.3 Formulation intégrale et solutions mild


4.3.1 Motivation
Nous souhaitons utiliser le projecteur de Leray pour obtenir une formulation des équations
de Navier-Stokes qui nous permette d’appliquer le principe de contraction de Banach, mais
avant de nous lancer dans des calculs techniques, il est utile de faire quelques remarques
concernant l’équation de la chaleur non homogène suivante
(
∂t u = ∆u + f,
(4.11)
u(0, x) = 0,

où nous considérons des fonctions u, f définies sur [0, +∞[×R3 et à valeurs dans R et où f
appartient à l’espace L2 ([0, T [, L2 (R3 )) pour un certain temps fini 0 < T < +∞.

L’espace C0∞ étant dense dans L2 on considèrera pour commencer une fonction f (·, ·)
qui est régulière à support compact en variable de temps et d’espace. Ainsi, pour une telle
fonction f , la solution du problème (4.11) est classique et par le Théorème 3.1.5 page 48, elle
s’écrit Z t
u(t, x) = gt−s ∗ f (s, x)ds. (4.12)
0
De plus, nous savons en particulier, par le deuxième point du Théorème 3.1.5, que si f ap-
partient à l’espace Cb1 ([0, +∞[×R3 ), alors la solution u est de classe C 1 (]0, +∞[×R3 ) et de
classe C 2 (R3 ).

Qu’en est-il de ces informations de régularité si nous supposons uniquement que la fonc-
tion f appartient à l’espace L2t L2x ?

Nous allons voir ici que non seulement cette formulation (4.12) est bien définie dans un
sens beaucoup plus large que celui donné au Chapitre 3, mais aussi que cette information de
régularité se maintient : on pourra donner un sens aux dérivées d’ordre un et d’ordre deux de
u. En effet, toujours en supposant que f (·, ·) est régulière à support compact, si nous étudions
la quantité ku(t, ·)kH 1 avec 0 < t < T , où la fonction u est donnée par l’expression intégrale
(4.12), nous avons alors
1
ku(t, ·)kH 1 = ku(t, ·)kL2 + k(−∆) 2 u(t, ·)kL2
Z t Z Z t 
1
= gt−s ∗ f (s, ·)ds + sup (−∆) 2 gt−s ∗ f (s, x)ds ψ(x)dx ,
0 L2 kψkL2 ≤1 R3 0

en appliquant le théorème de Fubini, l’inégalité de Minkowski continue (2.20), présentée page


20 et en passant le produit de convolution du bon côté on obtient
Z t Z tZ
1
ku(t, ·)kH 1 ≤ kgt−s ∗ f (s, ·)kL2 ds + sup f (s, x) (−∆) 2 (gt−s ∗ ψ(x))dxds ,
0 kψkL2 ≤1 0 R3
4.3. Formulation intégrale et solutions mild 111

en utilisant les inégalités de Young pour les convolutions et l’inégalité de Cauchy-Schwarz en


variable d’espace d’abord puis en variable de temps, nous écrivons
Z t Z t
ku(t, ·)kH 1 ≤ kgt−s kL1 kf (s, ·)kL2 ds + sup kf (s, ·)kL2 kgt−s ∗ ψkḢ 1 ds
0 kψkL2 ≤1 0
1
≤ t kf kL2t L2x +
2 sup kf kL2t L2x kgt−s ∗ ψkL2 Ḣ 1 ,
t x
kψkL2 ≤1

puisque 0 < t < T et en utilisant la formule de Plancherel et le théorème de Fubini, il vient


Z Z +∞  21
1
2 −2t|ξ|2 b 2 dtdξ
ku(t, ·)kH 1 ≤ T kf kL2t L2x + kf kL2t L2x sup
2 |ξ| e |ψ(ξ)| ,
kψkL2 ≤1 R3 0

et avec le changement de variable τ = 2t|ξ|2 dans l’intégrale ci-dessus on obtient


1
 
b L2 ≤ C 1 + T 21 kf k 2 2
ku(t, ·)kH 1 ≤ T 2 kf kL2t L2x + Ckf kL2t L2x sup kψk (4.13)
Lt Lx
kψkL2 ≤1

Nous avons alors que la fonction u donnée par l’expression (4.12) appartient à l’espace
L∞ ([0, T ], H 1 (R3 )).

Poussons un peu plus loin notre analyse et, avec cette information sur la fonction u que
nous venons d’obtenir, nous pouvons écrire
Z Z
d ~ 2 ~ ~ ~ ~
k∇u(t, ·)kL2 = 2 ∇u(t, x) · (∇∂t u(t, x))dx = 2 ∇u(t, x) · ∇(∆u(t, x) + f (t, x))dx
dt RZ3 R3
Z
= −2 |∆u(t, x)|2 dx − 2 ∆u(t, x)f (t, x)dx
R3 R3
≤ −2k∆u(t, ·)k2L2 + 2k∆u(t, ·)kL2 kf (t, ·)kL2
≤ −2k∆u(t, ·)k2L2 + k∆u(t, ·)k2L2 + kf (t, ·)k2L2 = −k∆u(t, ·)k2L2 + kf (t, ·)k2L2 ,

En intégrant l’inégalité précédente par rapport au temps, et comme la donnée initiale est
nulle, nous avons Z t
~ 2
k∇u(t, ·)kL2 + k∆u(s, ·)k2L2 ds ≤ kf k2L2 L2 . (4.14)
t x
0
Nous remarquons maintenant que l’estimation ci-dessus se maintient par densité lorsque la
fonction f appartient à l’espace L2t L2x . A partir de ces calculs et des estimations (4.13) et
(4.14), nous avons donc les points suivants :

• si le terme f appartient à l’espace L2t L2x , les quantités préservées par l’équation cor-
respondent aux espaces L∞ 1 2 2
t Hx et Lt Ḣx .
Z t
2 2
• Ainsi, lorsque f ∈ Lt Lx , la fonction définie par u(t, x) = gt−s ∗ f (s, x)ds appar-
0
tient à l’espace L∞ ([0, T [, H 1 (R3 ))∩L2 ([0, T [, Ḣ 2 (R3 )) et elle est solution de l’équation
(4.11).

Dans ce cadre que nous venons d’exposer, nous dirons alors que la fonction
Z t
u(t, x) = gt−s ∗ f (s, x)ds,
0
112 Chapitre 4. Solutions mild

est une solution mild de l’équation ∂t u = ∆u + f . On remarquera en particulier que ce


formalisme mild permet de travailler dans le cadre d’espaces fonctionnels usuels (espaces de
Lebesgue, de Sobolev) en variable d’espace : nous généralisons ainsi les calculs réalisés au
Chapitre 3.

4.3.2 Formulation Intégrale


Une fois que nous disposons d’une première approche à ce type de solutions mild, notre ob-
jectif est de généraliser ce procédé aux équations de Navier-Stokes, et plus précisément, nous
souhaitons utiliser une formulation intégrale de celles-ci pour pouvoir appliquer le principe
de contraction de Banach-Picard. Notre point de départ est alors le système

~ + f~, div(~u) = 0,
~ u − ∇p
∂t ~u = ∆~u − (~u · ∇)~

~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0,


~ u = div(~u ⊗ ~u) (voir


qu’il convient de réécrire de la façon suivante en utilisant l’identité (~u · ∇)~
l’expression (2.11) de l’Exercice 2.1, page 17)

~ + f~, div(~u) = 0,
∂t ~u = ∆~u − div(~u ⊗ ~u) − ∇p
(4.15)
~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0,

où la force extérieure f~ appartient à l’espace L2 ([0, T [, L2 (R3 )) pour un certain temps donné
0 < T < +∞ et où la donnée initiale ~u0 vérifie ~u0 ∈ H 1 (R3 ). Ces deux informations fixeront
notre cadre de travail : en effet, inspirés de l’exemple précédent donné par l’équation (4.11) et
de sa solution mild (4.12), on cherchera à travailler sur l’espace fonctionnel L∞ ([0, T [, H 1 (R3 ))∩
L2 ([0, T [, Ḣ 2 (R3 )).

Mais pour obtenir une formulation intégrale adéquate nous avons besoin d’un étape
supplémentaire qui fait intervenir le projecteur de Leray défini dans la section précédente. En
effet, et comme on l’a souligné précédemment, dans les équations de Navier-Stokes ci-dessus,
il y a deux inconnues, la vitesse ~u et la pression p et nous allons voir maintenant comment
obtenir un système d’équations équivalentes qui considère uniquement la vitesse ~u. Ainsi, en
appliquant le projecteur de Leray aux équations de Navier-Stokes (4.15) nous avons
~ + P(f~).

P(∂t ~u) = P(∆~u) − P div(~u ⊗ ~u) − P(∇p)

~ = 0 par la propriété
Etant donné que l’on a par hypothèse div(~u) = 0 et que l’on a P(∇p)
(4.8) du projecteur de Leray, nous pouvons écrire

∂t ~u = ∆~u − P div(~u ⊗ ~u) + P f~ ,


 
~u(0, x) = ~u0 (x). (4.16)

La principale particularité de l’équation ci-dessus repose sur le fait qu’elle ne fait intervenir
que la variable ~u et pas la pression p : et cela ne pose pas de problème conceptuel car si l’on
résout cette équation et on obtient une vitesse ~u avec de bonnes propriétés, on pourra alors
en déduire la pression p en utilisant l’expression (4.4) page 106.

Ceci nous amène à voir l’équation (4.16) comme une équation de la chaleur non ho-
mogène comme celle considérée dans (4.11) et nous obtenons alors l’expression suivante (voir
également le Théorème 3.1.6, page 49)
4.4. Théorème de Fujita-Kato 113

Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds −
 
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~u) (s, x)ds, (4.17)
0 0

et c’est précisément ce problème que nous allons étudier. Mais avant de continuer nous avons
besoin d’une définition.

Définition 4.3.1 (Solutions mild ) Nous dirons qu’un couple (~u, p) est une solution
mild des équations de Navier-Stokes (4.15) si la vitesse ~u vérifie l’identité (4.17) et si
la pression vérifie la formule (4.4).

~ 0 par
Une fois que nous avons à notre disposition le problème (4.17), si l’on note U
Z t
~ 0 = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P f~ (s, x)ds,

U
0

qui est donné par les données ~u0 et f~, et si on note B(·, ·) par
Z t 
B(~u, ~v ) = gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds, (4.18)
0

qui est une application bilinéaire, alors nous obtenons une formulation des équations de
Navier-Stokes du type
~ 0 − B(~u, ~u),
~u = U (4.19)
et grâce à cette réécriture de ces équations, nous allons appliquer dans la section suivante le
principe de contraction de Banach-Picard pour obtenir des solutions mild des équations de
Navier-Stokes.

4.4 Théorème de Fujita-Kato


Comme nous avons vu dans la Section 4.1, pour appliquer le principe de contraction de
Banach-Picard au problème (4.19) ci-dessus, il est nécessaire de fixer un espace de Banach
(E, k · kE ) tel que l’on ait les contrôles suivants :

~ 0 kE ≤ δ < +∞,
• kU

• kB(~u, ~v )kE ≤ CB k~ukE k~v kE ,

1
et une fois que l’on dispose de ces majorations, il suffira d’exiger la relation 0 < δ < 4CB ,
~ 0 − B(~u, ~u).
pour obtenir des solutions de l’équation ~u = U

Il est important de remarquer que le choix de l’espace fonctionnel E est absolument fon-
damental pour satisfaire les deux conditions précédentes et il existe plusieurs espaces qui
permettent d’obtenir les majorations nécessaires pour fermer l’argument de point fixe. D’un
point de vue chronologique, le premier exemple d’un tel espace pour les équations de Navier-
Stokes est donné par le résultat suivant.
114 Chapitre 4. Solutions mild

Théorème 4.4.1 (Fujita-Kato –1964) Soit ~u0 ∈ H 1 (R3 ) une donnée initiale avec
div(~u0 ) = 0 et soit une force extérieure f~ ∈ L2 ([0, T [, L2 (R3 )) avec 0 < T ≤ +∞.

Alors il existe un temps 0 < T0 < T et ~u une fonction qui appartient à l’espace

L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )),

telle que ~u est solution sur [0, T0 ] × R3 du problème


Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds −
 
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~u) (s, x)ds. (4.20)
0 0

Comme annoncé, nous allons appliquer le principe de contraction de Banach-Picard dans


l’espace fonctionnel ET0 = L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )) muni de la norme
Z T0  21
ϕ(t, ·)k2L2 dt

k~
ϕ(·, ·)kET0 = sup k~
ϕ(t, ·)kL2 + k~
ϕ(t, ·)kḢ 1 + k∆~ , (4.21)
0≤t≤T0 0

et (quitte à répéter ce qui a été dit plusieurs fois précédemment) nous devons donc obtenir
les estimations suivantes pour chacun de ces termes

• Pour les données :


Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds

kgt ∗ ~u0 kET0 ≤ C1 et ≤ C2 ,
0 ET0

où les constantes C1 , C2 seront déterminées par la suite,

• Pour le terme bilinéaire


Z t

gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~u) (s, x)ds ≤ CB k~ukET0 k~ukET0 ,
0 ET0

où CB sera la constante de continuité de la forme bilinéaire, qui comme on le verra un peu
plus tard jouera un rôle très important.

Avec ces majorations il suffira de vérifier les hypothèses du Theorème 4.1.1 (c’est à dire
une relation entre la taille des données et la constante de continuité de la forme bilinéaire)
pour obtenir des solutions mild des équations de Navier-Stokes.

Remarque 4.2 On notera que dans la définition de l’espace fonctionnel ET0 , il y a in-
trinsèquement une dépendance par rapport au temps T0 : l’intervalle de temps [0, T0 ] dans le-
quel on va construire une solution devra être déterminé et nous verrons ci-après qu’il dépendra
de la taille des données. On remarquera également que ce temps d’existence est a priori
contrôlé par l’information que l’on dispose sur la force extérieure car 0 < T0 < T .

4.4.1 Lemmes Techniques


Nous allons énoncer maintenant trois lemmes qui nous serons utiles pour obtenir ces ma-
jorations et qui seront réutilisés souvent dans ce chapitre et dans les chapitres suivants.
4.4. Théorème de Fujita-Kato 115

Lemme 4.4.2
1) Si f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3 est une fonction vectorielle telle que l’on ait les
informations f~ ∈ L∞ ([0, +∞[, Ḣ 1 (R3 )) et f~ ∈ L2 ([0, +∞[, Ḣ 2 (R3 )). Alors on a
l’inégalité
1 1
kf~k 3 ≤ kf ~k 2 kf~k 2 . L∞
(4.22)
1 L2t Ḣx2
L4t Ḣx2 t Ḣx

2) Si f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3 est telle que f~ ∈ L∞ ([0, T0 ], Ḣ 1 (R3 )), alors


1
kf~(·, ·)kL4 Ḣ 1 ≤ T04 kf~kL∞ Ḣ 1 . (4.23)
t x t x

Preuve.
1) En utilisant la formule de Plancherel et l’inégalité de Cauchy-Schwarz nous avons
Z Z
~ 2
kf (t, ·)k 3 ' ~
3 b 2
|ξ| |f (t, ξ)| dξ = |ξ||f~(t, ξ)|×|ξ|2 |f~(t, ξ)|dξ ≤ kf~(t, ·)kḢ 1 kf~(t, ·)kḢ 2 ,
b b
Ḣ 2 R3 R3

et à partir de cette estimation il suffit de prendre la norme L4 en la variable de temps


pour obtenir le résultat recherché :
Z +∞ Z +∞
kf~(t, ·)k4 3 dt ≤ C kf~(t, ·)k2Ḣ 1 kf~(t, ·)k2Ḣ 2 dt
0 Ḣ 2 0
≤ Ckf~k2L∞ Ḣ 1 kf~k2L2 Ḣ 2 .
t x t x

2) Pour ce deuxième point il suffit d’écrire


Z T0  14 Z T0  41 1
kf~(·, ·)kL4 Ḣ 1 = ~ 4
kf (t, ·)kḢ 1 dt ~
≤ kf kL∞ Ḣ 1 dt = T04 kf~kL∞ Ḣ 1 .
t x t x t x
0 0


Le lemme suivant permettra d’estimer les données initiales :

Lemme 4.4.3
1) Si f~ ∈ L2 (R3 ) alors gt ∗ f~ ∈ L∞ ([0, +∞[, L2 (R3 )) et nous avons

kgt ∗ f~kL∞ ~kL2 .


2 ≤ kf
t Lx

2) Si f~ ∈ L2 (R3 ) alors gt ∗ f~ ∈ L2 ([0, +∞[, Ḣ 1 (R3 )) et de plus on a

kgt ∗ f~kL2 Ḣ 1 ≤ Ckf~kL2 .


t x

Preuve.
1) Il suffit d’utiliser les inégalités de Young et les propriétés du noyau de la chaleur pour
obtenir kgt ∗ f~kL2 ≤ kgt kL1 kf~kL2 = kf~kL2 et avec cette estimation uniforme en temps
nous pouvons écrire kgt ∗ f~kL∞ ~kL2 .
2 ≤ kf
t Lx

2) Nous utilisons maintenant la formule de Plancherel et le théorème de Fubini :


Z +∞ Z Z Z +∞
2 −2t|ξ|2 2 b
kgt ∗ f~k2L2 Ḣ 1 ' |ξ| e |f~(ξ)|2 dξdt = |ξ|2 e−2t|ξ| |f~(ξ)|2 dtdξ.
b
t x
0 R3 R3 0
116 Chapitre 4. Solutions mild

Z Z +∞
1 1 b
Si on pose τ = on obtient alors kgt ∗ f~k2L2 Ḣ 1 '
2t|ξ|2 e−τ |f~(ξ)|2 dτ dξ = kf~k2L2
b
t x 2 R3 0 2
ce qui nous donne kgt ∗ f~kL2 Ḣ 1 ≤ Ckf~kL2 . 
t x

Voici un troisième résultat qui sera fondamental par la suite car il fait intervenir les intégrales
de la formulation mild (4.17). En particulier, le deuxième point de ce lemme est crucial car
il donne une estimation optimale qui fait intervenir les principaux ingrédients des équations
de Navier-Stokes : le Laplacien, le semi-groupe de la chaleur et une intégration par rapport
à la variable de temps.
Z t
Lemme 4.4.4 Si f~ ∈ L2 ([0, +∞[, L2 (R3 )) et si l’on note F~ (t, x) = gt−s ∗ f~(s, x)ds,
0
alors nous avons les estimations suivantes

1) kF~ (t, ·)kḢ 1 ≤ Ckf~kL2t L2x ,


x

2) k∆F~ (·, ·)kL2t L2x ≤ Ckf~kL2t L2x .

Cette dernière estimation est connue comme la régularité maximale du noyau de la


chaleur.

Il est possible d’obtenir des variantes de la régularité maximale du noyau de la chaleur dans
les espaces Lpt Lqx (le lecteur peut consulter le livre [44] pour une démonstration dans le cas
Lpt Lqx avec 1 < p, q < +∞), mais pour nos besoins la version L2t L2x est suffisante.

Preuve.
1) En raisonnant par dualité nous écrivons
Z
1 1
k(−∆) F~ (t, ·)kL2 =
2 sup (−∆) 2 F~ (t, x) · ϕ
~ (x)dx
ϕkL2 ≤1
k~ R3
Z Z t 1
 
= sup (−∆) 2 gt−s ∗ f~(s, x) ds · ϕ
~ (x)dx
k~
ϕkL2 ≤1 R3 0
Z tZ
1
= sup ~ ) · f~(s, x)dxds
(−∆) 2 (gt−s ∗ ϕ
k~
ϕkL2 ≤1 0 R3
Z t 1
≤ sup kf~(s, ·)kL2 k(−∆) 2 (gt−s ∗ ϕ
~ )kL2 ds ≤ sup kf~(·, ·)kL2t L2x kgt−s ∗ ϕ
~ kL2 Ḣ 1 ,
t x
k~
ϕkL2 ≤1 0 k~
ϕkL2 ≤1

mais par le deuxième point du Lemme 4.4.3 nous avons kgt−s ∗ ϕ~ kL2 Ḣ 1 ≤ Ck~
ϕkL2 , ce
t x
qui nous permet d’écrire
kF~ (t, ·)kḢ 1 ≤ Ckf~kL2t L2x .
2) Etant donné que l’on a l’identité
Z t
∆F~ (t, x) = ∆[gt−s ] ∗ f~(s, x)ds,
0

en prenant la transformée de Fourier dans la variable spatiale et en faisant un chan-


gement de variable (en temps) on obtient
h i Z t h i Z t h i
2 −(t−s)|ξ|2 2
~
Fx ∆F (t, ξ) = −|ξ| e ~
Fx f (s, ξ)ds = −|ξ|2 e−η|ξ| Fx f~ (t−η, ξ)dη,
0 0
4.4. Théorème de Fujita-Kato 117

donc, si on prolonge la fonction f~(t, x) par 0 si t < 0, alors nous avons


h i Z +∞ h i
2
~
Fx ∆F (t, ξ) = −|ξ|2 e−η|ξ| Fx f~ (t − η, ξ)dη,
0

si l’on prend la transformée de Fourier en la variable de temps on obtient


h i Z +∞ Z +∞ h i 
−η|ξ| 2
Ft,x ∆F~ (τ, ξ) = −|ξ| e2
Fx f~ (t − η, ξ)dη e−itτ dt
−∞ 0
Z +∞ Z +∞ h i 
2 −η|ξ|2 ~ −itτ
= −|ξ| e Fx f (t − η, ξ)e dt dη
0 −∞
+∞
−|ξ|2
Z  h i  h i
−η|ξ|2
= −|ξ|2 e e−iητ Ft,x f~ (τ, ξ) dη = × F t,x f~ (τ, ξ),
0 |ξ|2 + iτ
où on a appliqué la formule de Fubini et les propriétés de translation de la transfor-
mation de Fourier (voir le Lemme 2.3.7, page 22).
−|ξ|2
On remarquera que le symbole |ξ|2 +iτ
est borné, et donc
h i −|ξ|2 h i
k∆F~ kL2t L2x ' Ft,x ∆F~ = × F t,x f~ ≤ Ckf~kL2t L2x ,
L2t L2x |ξ|2 + iτ L2t L2x

ce qui termine la preuve de la régularité maximale du noyau de la chaleur. 

Remarque 4.3 La notion de régularité maximale exprime le fait que le noyau de la chaleur
gt peut “absorber” au plus deux dérivées en variable d’espace (représentées ici par l’opérateur
Laplacien) tout en gardant un comportement acceptable en variable de temps (reflété ici par
la norme L2 en variable de temps).

Démonstration du Théorème 4.4.1


Avec ces résultats préliminaires nous allons démontrer le Théorème de Fujita-Kato. Il
s’agit d’étudier les quantités (1), (2) et (3) ci-dessous au sens de la norme k · kET0 donnée par
l’expression (4.21) :

Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds −
 
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~u) (s, x)ds . (4.24)
|0 } |0
| {z }
(1) {z {z }
(2) (3)

1) Etude de la donnée initiale ~u0


Pour la première partie de (4.24) et sous l’hypothèse ~u0 ∈ H 1 (R3 ), nous devons étudier
chacun des termes suivants
 
Z T0  21
2
kgt ∗ ~u0 kET0 = sup kgt ∗ ~u0 kL2 + kgt ∗ ~u0 kḢ 1  + k∆(gt ∗ ~u0 )kL2 dt . (4.25)
 
0≤t≤T0 | {z } | {z } 0
(1.a) (1.b) | {z }
(1.c)

Pour la partie (1.a) nous avons directement par le premier point du Lemme 4.4.3 la majoration
sup kgt ∗ ~u0 kL2 ≤ k~u0 kL2 ,
0≤t≤T0
118 Chapitre 4. Solutions mild

tandis que pour le deuxième terme (1.b), en utilisant le même raisonnement il suffit d’écrire
1 1
sup k(−∆) 2 (gt ∗ ~u0 )kL2 = sup kgt ∗ (−∆) 2 ~u0 kL2 ≤ k~u0 kḢ 1 .
0≤t≤T0 0≤t≤T0

Pour la partie (1.c), avec la formule de Plancherel et le théorème de Fubini, on a


Z T0 Z Z T0 Z
2
|∆(gt ∗ ~u0 )| dxdt ' 2
|ξ|4 e−2t|ξ| ~u
c0 (ξ)|2 dξdt
0 R3 0 R3
Z Z +∞
2
≤ |ξ|2 e−2t|ξ| |ξ|2 |~u
c0 (ξ)|2 dtdξ,
R3 0

maintenant, avec le changement de variable τ = 2t|ξ|2 il vient


Z T0 Z Z Z +∞ 
|∆(gt ∗ ~u0 )|2 dxdt ≤ C e−τ dτ |ξ|2 |~u
c0 (ξ)|2 dξ ≤ Ck~u0 k2 1 .

0 R3 R3 0

Avec chacune de ces estimations pour les termes (1.a), (1.b) et (1.c) nous avons

kgt ∗ ~u0 kET0 ≤ k~u0 kL2 + k~u0 kḢ 1 + Ck~u0 kḢ 1 ,

ce qui nous donne l’estimation suivante pour l’expression (4.25) :

kgt ∗ ~u0 kET0 ≤ C1 k~u0 kH 1 .

2) Etude de la force extérieure f~


Pour la deuxième partie de l’expression (4.24), il faut étudier les termes suivants avec
l’hypothèse f~ ∈ L2 ([0, T [, L2 (R3 )) :
 
Z t  Z t Z t 
gt−s ∗ P f~ (s, ·)ds gt−s ∗ P f~ (s, ·)ds gt−s ∗ P f~ (s, ·)ds
  
= sup  +
 

0 ET0 0≤t≤T0  0 L2 0 Ḣ 1 
| {z } | {z }
(2.a) (2.b)
(4.26)
2
! 12
Z T0 Z t 
~

+ ∆ gt−s ∗ P f (s, ·)ds dt .
0 0 L2
| {z }
(2.c)

Pour le premier terme (2.a) nous écrivons en utilisant l’inégalité de Minkowski continue
(2.20), présentée page 20, les inégalités de Young pour la convolution, les propriétés du noyau
de la chaleur et du projecteur de Leray
Z t Z t 
~ ~
 
sup gt−s ∗ P f (s, ·)ds ≤ sup kgt−s kL1 P f (s, ·) 2 ds
0≤t≤T0 0 L2 0≤t≤T0 0 L
Z T0
≤ C f~(s, ·) ds,
0 L2

par Cauchy-Schwarz en variable de temps et comme T0 < T , il vient


Z t 1 1
gt−s ∗ P f~ (s, ·)ds ≤ CT02 kf~kL2 ([0,T0 ],L2 (R3 ) ≤ CT02 kf~kL2 ([0,T [,L2 (R3 ) .

sup
0≤t≤T0 0 L2
4.4. Théorème de Fujita-Kato 119

Pour le terme (2.b) nous allons utiliser le premier point du Lemme 4.4.4 ainsi, avec les
propriétés de continuité du projecteur de Leray, on obtient :
Z t
gt−s ∗ P f~ (s, ·)ds ≤ Ckf~kL2t L2x .

sup
0≤t≤T0 0 Ḣ 1

Nous remarquons maintenant que le dernier terme (2.c) se déduit directement de la régularité
maximale du noyau de la chaleur donnée dans le deuxième point du Lemme 4.4.4 et nous
pouvons écrire

2
!1
Z T0 Z t  2

gt−s ∗ P f~ (s, ·)ds ≤ Ckf~kL2t L2x .



∆ dt
0 0 L2

Avec toutes ces estimations pour les termes (2.a), (2.b) et (2.c), nous avons finalement la
majoration suivante pour la quantité (4.26) :
Z t  1

~ ≤ C2 1 + T0 kf~kL2t L2x .

gt−s ∗ P f (s, ·)ds 2

0 ET0

3) Etude de la non-linéarité div(~u ⊗ ~u)


Pour appliquer le théorème de point fixe énoncé en début de chapitre nous allons étudier
la quantité Z t

B(~u, ~v ) = gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds,
0
et nous recherchons une estimation de la forme

kB(~u, ~v )kET0 ≤ Ck~ukET0 k~v kET0 .

Ainsi, pour le dernier terme de l’expression (4.24), on écrit :


Z t 
gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds =
0 ET0
 
 Z t 
Z t  
sup  gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds + gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds (4.27)
 

0≤t≤T0  0 L2 0 1
Ḣ 
| {z } | {z }
(3.a) (3.b)

2
! 21
Z T0 Z t 

+ ∆ gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds dt .
0 0 L2
| {z }
(3.c)

Nous allons étudier les termes (3.a), (3.b) et (3.c) qui constituent l’expression (4.27).

Terme (3.a) En utilisant l’inégalité de Minkowski continue, les inégalités de Young, les
propriétés du noyau de la chaleur et celles du projecteur de Leray (continuité dans l’espace
L2 ), nous avons
Z t Z t
 
sup gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, ·)ds ≤ sup kgt−s kL1 P div(~u ⊗ ~v ) (s, ·) L2 ds
0≤t≤T0 0 L2 0≤t≤T0 0
Z t
≤ C sup kdiv(~u ⊗ ~v )(s, ·)kL2 ds,
0≤t≤T0 0
120 Chapitre 4. Solutions mild

et maintenant, avec la majoration kdiv(~u ⊗ ~v )(s, ·)kL2 ≤ Ck~u ⊗ ~v (s, ·)kḢ 1 et par l’inégalité
de Cauchy-Schwarz en variable de temps, nous écrivons
Z t Z t  21
sup kdiv(~u ⊗ ~v )(s, ·)kL2 ds ≤ C sup ds k~u ⊗ ~v kL2 Ḣ 1
t x
0≤t≤T0 0 0≤t≤T0 0
1
≤ CT0 k~u ⊗ ~v kL2 Ḣ 1 .
2
(4.28)
t x

A ce stade nous invoquons les lois de produit énoncées au Chapitre 2, et nous utilisons en
particulier l’inégalité (2.46) donnée page 32 pour écrire (avec une inégalité de Hölder en
variable de temps qui nous fait passer de la norme L2 aux normes L4 )
 
k~u ⊗ ~v kL2 Ḣ 1 ≤ C k~uk 4 23 k~v kL4 Ḣ 1 + k~v k 4 23 k~ukL4 Ḣ 1 ,
t x Lt Ḣx t x Lt Ḣx t x

de sorte qu’en utilisant les inégalités (4.22) et (4.23) du Lemme 4.4.2 on obtient
1 1 1 1 1 1
 
k~u ⊗ ~ukL2 Ḣ 1 ≤ C k~ukL2 ∞ Ḣ 1 k~ukL2 2 Ḣ 2 × T04 k~v kL∞ Ḣ 1 + k~v kL2 ∞ Ḣ 1 k~v kL2 2 Ḣ 2 × T04 k~ukL∞ Ḣ 1 , (4.29)
t x t x t x t x t x t x t x

ainsi, en revenant à (4.28) nous pouvons écrire


Z t 1
 1 1 1

sup gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, ·)ds ≤ CT0 k~ukL2 ∞ Ḣ 1 k~ukL2 2 Ḣ 2 × T04 k~v kL∞ Ḣ 1
2
t x t x t x
0≤t≤T0 0 L2
1 1 1

+ k~v kL∞ Ḣ 1 k~v kL2 Ḣ 2 × T0 k~ukL∞ Ḣ 1 .
2 2 4
t x t x t x

Maintenant il ne reste plus qu’à observer que chacune des normes qui intervient dans la partie
de droite de l’expression ci-dessus peut être majorée par la norme

k · kET0 = k · kL∞ 2 + k · k ∞ 1 + k · k 2 2,
t Lx L Ḣ L Ḣ
t x t x

de sorte que l’on a l’inégalité


Z t 1 1

sup gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, ·)ds ≤ CT02 T04 k~ukET0 k~v kET0 . (4.30)
0≤t≤T0 0 L2

Terme (3.b) Nous devons étudier le terme


Z t

sup gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds ,
0≤t≤T0 0 Ḣ 1

mais en appliquant la première partie du Lemme 4.4.4 et en utilisant la continuité du pro-


jecteur de Leray, nous pouvons écrire
Z t
 
sup gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds ≤ CkP div(~u ⊗ ~v ) kL2t L2x ≤ Ck~u ⊗ ~v kL2 Ḣ 1 ,
t x
0≤t≤T0 0 Ḣ 1

et en utilisant l’inégalité (4.29) pour traiter le terme k~u ⊗ ~v kL2 Ḣ 1 on obtient


t x

Z t 
 1 1 1
sup gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds ≤ C k~ukL2 ∞ Ḣ 1 k~ukL2 2 Ḣ 2 × T04 k~v kL∞ Ḣ 1
t x t x t x
0≤t≤T0 0 Ḣ 1
1 1 1

+k~v kL∞ Ḣ 1 k~v kL2 Ḣ 2 × T0 k~ukL∞ Ḣ 1
2 2 4
t x t x t x
4.4. Théorème de Fujita-Kato 121

en remarquant que chacune des normes de la partie de droite de l’inégalité ci-dessus est
majorée par la norme k · kET0 = k · kL∞ 2 + k · k ∞ 1 + k · k 2 2 , il vient alors
t Lx L Ḣ L Ḣ t x t x
Z t  1
sup gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds ≤ CT04 k~ukE k~v kE . (4.31)
0≤t≤T0 0 Ḣ 1

Terme (3.c) Il nous reste plus qu’à étudier maintenant la dernière partie de l’expression
(4.27) :

2
!1
Z T0 Z t 
 2 Z t 

∆ gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds dt = ∆ gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds .
0 0 L2 0 L2t L2x

En prolongeant les quantités impliquées par 0 si t > T0 , nous pouvons appliquer le deuxième
point du Lemme 4.4.4 pour écrire
Z T0 Z t  2 !1
2
 
∆ gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds dt ≤ CkP div(~u⊗~v ) kL2t L2x ≤ Ck~u⊗~v kL2 Ḣ 1 ,
t x
0 0 L2

et en utilisant les mêmes raisonnements précédents pour estimer la quantité k~u ⊗ ~v kL2 Ḣ 1 , on
t x
obtient la majoration suivante
Z T0 Z t  2 !1
2 1

∆ gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, x)ds dt ≤ CT04 k~ukE k~v kE . (4.32)
0 0 L2

Avec les estimations (4.30), (4.31) et (4.32) nous avons terminé l’étude des termes (3.a), (3.b)
et (3.c) qui composent l’expression (4.27) et nous pouvons alors écrire
Z t

gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~v ) (s, ·)ds = (3.a) + (3.b) + (3.c)
0 ET0
1 1 1 1
≤ CT0 T0 k~ukET0 k~v kET0 + CT0 k~ukET0 k~v kET0 + CT04 k~ukET0 k~v kET0
2 4 4

1
 1

≤ C3 T0 1 + T0 k~ukET0 k~v kET0 .
4 2

Grâce à cette estimation, nous obtenons qu’uneborne supérieure


 de la constante de continuité
1 1
de l’application bilinéaire est donnée par C3 T04 1 + T02 ce qui conclut l’étude de la troisième
partie de l’expression (4.24).

Bilan des estimations


Récapitulons maintenant toutes les informations obtenues pour étudier les équations de
Navier-Stokes sous formulation intégrale
Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds −
 
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~u) (s, x)ds.
0 0

Nous avons utilisé l’espace fonctionnel ET0 = L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )), muni
de la norme k · kET0 = k · kL∞ 2 + k · k ∞ 1 + k · k 2 2 et nous avons obtenu les majorations
t Lx Lt Ḣx Lt Ḣx
suivantes :
122 Chapitre 4. Solutions mild

Z t  1

gt−s ∗ P f~ (s, ·)ds kf~kL2t L2x ,

• kgt ∗ ~u0 kET0 ≤ C1 k~u0 kH 1 , et ≤ C2 1 + T0
2

0 ET0
Z t  1
 1

• gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~u) (s, x)ds ≤ C3 T0 1 + T0 k~ukET0 k~ukET0 ,
4 2

0 ET0

Ainsi, à partir de ces estimations, pour pouvoir appliquer le principe de contraction de


Banach-Picard nous avons besoin des conditions suivantes
 
1 1
C1 k~u0 kH 1 + C2 1 + T0 kf~kL2t L2x ≤ δ et δ <
2
1
 1
. (4.33)
4 2
4C3 T0 1 + T0

On remarquera à partir de ces deux conditions que l’on ne peut espérer avoir simultanément
un temps d’existence T0 grand et des données initiales (~u0 , f~) grandes. Mais une fois que les
quantités k~u0 kH 1 et kf~kL2t L2x sont fixées (qu’elles soient grandes ou petites), on peut exhiber
un temps d’existence T0 > 0 et une fonction ~u ∈ L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )),
telle que ~u est solution au sens mild des équations de Navier-Stokes, et ceci termine la
démonstration du Théorème 4.4.1. 

Remarque 4.4 Insistons sur le fait que la condition (4.33) impose une dichotomie entre la
taille des données initiales (~u0 , f~) et le temps d’existence T0 . En effet, on a la condition
1 1
T04 < 1
 1
,
2 2 ~
4C3 (1 + T0 ) C1 k~u0 kH 1 + C2 (1 + T0 )kf kL2t L2x

qui peut s’écrire, pour T0 suffisamment petit, comme


C
T0 <  4 . (4.34)
k~u0 kH 1 + kf~kL2t L2x

Nous avons alors les deux situations suivantes :

• soit les données initiales sont petites, et dans ce cas le temps d’existence T0 peut être
grand,

• soit les données initiales sont grandes et alors le temps d’existence T0 est petit,

et en dehors de ces deux conditions, le Théorème de Fujita-Kato 4.4.1 ne donne aucune


information sur l’éventuelle existence de solutions des équations de Navier-Stokes.

Remarque 4.5 Si le temps d’existence T0 est borné (0 < T0 < +∞) alors la solution
~u ∈ L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )) que nous venons de construire avec le théorème
précédent appartient également à l’espace L2 ([0, T0 ], L2 (R3 )) et en particulier elle appar-
tient à l’espace L2 ([0, T0 ], H 2 (R3 )). Ainsi, par les injections de Sobolev données dans le
point 3) du Théorème 2.4.6 page 30, nous en déduisons que la solution appartient à l’es-
pace L2 ([0, T0 ], L∞ (R3 )).
En effet, puisqu’on sait que la solution ~u appartient à l’espace L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )), on a sans
problème ~u ∈ L∞ ([0, T0 ], L2 (R3 )). Le temps T0 étant borné, nous avons alors
Z T0  21 1
2
k~ukL2t L2x = k~u(t, ·)kL2 dt ≤ sup k~u(t, ·)kL2 T02 < +∞.
0 0<t<T0
4.4. Théorème de Fujita-Kato 123

Nous avons donc ~u ∈ L2 ([0, T0 ], L2 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )), ce qui nous donne bien le
contrôle ~u ∈ L2 ([0, T0 ], H 2 (R3 )).

Le résultat qui suit nous donne une information très importante par rapport à la continuité
en temps de la fonction t 7−→ k~u(t, ·)kH 1 .

Corollaire 4.4.5 Sous les hypothèses du Théorème 4.4.1, la vitesse ~u appartient à


l’espace
C([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )).
Preuve. En effet, on sait par construction que la quantité sup k~u(t, ·)kH 1 est bornée et
0<t<T0
de plus on a la représentation intégrale
Z t Z t
~
 
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P f (s, x)ds − gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~u) (s, x)ds.
0 0

Ainsi, pour tout 0 < t1 < t2 < T0 , si nous étudions la quantité k~u(t2 , ·) − ~u(t1 , ·)kH 1 on a
 Z t2 Z t2 
~
 
k~u(t2 , ·) − ~u(t1 , ·)kH 1 = gt2 ∗ ~u0 + gt2 −s ∗ P f ds − gt2 −s ∗ P div(~u ⊗ ~u) ds
0 0
 Z t1 Z t1 
gt1 −s ∗ P f~ ds −
 
− gt1 ∗ ~u0 + gt1 −s ∗ P div(~u ⊗ ~u) ds
0 0 H1
Z t2 Z t1
gt2 −s ∗ P f~ ds − gt1 −s ∗ P f~ ds
 
≤ k~u0 ∗ (gt2 − gt1 )kH 1 +
0 0 H1
Z t2 
Z t1 
+ gt2 −s ∗ P div(~u ⊗ ~u) ds − gt1 −s ∗ P div(~u ⊗ ~u) ds ,
0 0 H1

et avec les propriétés de semi-groupe du noyau de la chaleur ainsi que par la linéarité de
l’intégrale en variable de temps, on obtient
Z t1  
gt1 −s ∗ gt2 −t1 ∗ P f~ − P f~ ds

k~u(t2 , ·) − ~u(t1 , ·)kH 1 ≤ k~u0 ∗ (gt2 − gt1 )kH 1 +
0 H1
Z t2 Z t1
gt2 −s ∗ P f~ ds
  
+ + gt1 −s ∗ gt2 −t1 ∗ P div(~u ⊗ ~u) − P div(~u ⊗ ~u) ds
t1 H1 0 H1
Z t2 
+ gt2 −s ∗ P div(~u ⊗ ~u) ds ,
t1 H1

et une application directe du théorème de convergence dominée nous fournit (voir également
les propriétés du noyau de la chaleur données dans la Proposition 3.1.2, page 45) :

lim k~u(t2 , ·) − ~u(t1 , ·)kH 1 = 0,


t1 →t2

nous obtenons alors la continuité de la fonction t 7−→ k~u(t, ·)kH 1 . En particulier on obtient
également la limite limk~u(t, ·)kH 1 = k~u0 kH 1 . 
t→0

Avec le Théorème 4.4.1 nous avons obtenu une solution mild de l’équation (4.20), mais
cette équation fait intervenir le projecteur de Leray qui a le bon goût d’annuler la pression
p : nous nous sommes donc concentrés sur un problème à une seule inconnue et le résultat
est alors une fonction ~u qui appartient aux bons espaces fonctionnels. Toutefois, cela ne suffit
pas pour terminer notre présentation et nous devons étudier maintenant la pression p.
124 Chapitre 4. Solutions mild

Dans ce sens nous avons le résultat suivant :

Corollaire 4.4.6 Soit ~u0 ∈ H 1 (R3 ) une donnée initiale à divergence nulle et soit
une force extérieure f~ ∈ L2 ([0, T [, L2 (R3 )) avec 0 < T ≤ +∞. Soit 0 < T0 < T un
temps d’existence et soit ~u ∈ L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )) la solution mild
obtenue avec le Théorème de Fujita-Kato 4.4.1.
 
1 ~ u − div(f~)

Alors la pression p = (−∆) div (~u · ∇)~ appartient à l’espace
L2 ([0, T0 ], Ḣ 1 (R3 )).
Preuve. En utilisant cette expression pour la pression p on a directement l’estimation

1   1
kpkL2 Ḣ 1 ≤ ~ u
div (~u · ∇)~ + div(f~) . (4.35)
t x (−∆) L2t Ḣx1 (−∆) L2t Ḣx1

On remarque que l’on a

1 ~ u

~ u
div (~u · ∇)~ ' (~u · ∇)~ = kdiv(~u ⊗ ~u)kL2t L2x ' k~u ⊗ ~ukL2 Ḣ 1 ,
(−∆) L2t Ḣx1 L2t L2x t x

mais par l’estimation (4.29) étudiée à la page 120, nous savons que si ~u ∈ L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 ))∩
L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )), alors la quantité k~u ⊗ ~ukL2 Ḣ 1 est bornée. De plus, pour le terme qui fait
t x
intervenir la force extérieure f~ nous écrivons
1
1 (−∆) 2
div(f~) ' div(f~) ≤ kf~kL2t L2x ,
(−∆) L2t Ḣx1 (−∆)
L2t L2x

mais on sait par hypothèse que f~ ∈ L2t L2x et donc cette dernière quantité est bien bornée.

Tous les termes de la partie de droite de l’inégalité (4.35) sont donc bornés, et on en
déduit alors sans problème que p ∈ L2 ([0, T0 ], Ḣ 1 (R3 )). 

Remarque 4.6 Avec les fonctions (~u, p) que nous venons de construire, nous obtenons une
solution aux équations de Navier-Stokes au sens mild. On remarquera que grâce au projecteur
de Leray, toute l’étude que nous avons réalisé se concentre sur la vitesse ~u.

4.5 Formulation différentielle et formulation intégrale


Avec le Théorème 4.4.1 nous avons obtenu, à partir d’une donnée initiale ~u0 ∈ H 1 (R3 ) à
divergence nulle et d’une force extérieure f~ ∈ L2 ([0, T [, L2 (R3 )) avec 0 < T ≤ +∞, un temps
0 < T0 < T et une fonction ~u ∈ L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )) qui est solution du
problème intégral
Z t Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P(f~)(s, x)ds − ~ u))(s, x)ds.
gt−s ∗ P((~u · ∇)~
0 0

Nous allons maintenant vérifier qu’en fait on est bien solution du problème de Navier-Stokes
usuel et pour cela on considère le résultat suivant qui nous donne l’équivalence entre ces deux
points de vue.
4.5. Formulation différentielle et formulation intégrale : équivalence 125

Théorème 4.5.1 Soit ~u0 ∈ H 1 (R3 ) une donnée initiale telle que div(~u0 ) = 0 et soit
f~ ∈ L2 ([0, T [, L2 (R3 )) une force extérieure avec 0 < T ≤ +∞. Soit 0 < T0 < T un
temps fini et soit ~u ∈ L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )), alors les deux points
suivants sont équivalents :

1) ~u est une solution du problème de Navier-Stokes intégral


Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds − ~ u (s, x)ds,
 
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P (~u · ∇)~ (4.36)
0 0

avec 0 < t ≤ T0 .

2) Sur l’intervalle de temps 0 < t ≤ T0 , ~u est une solution du problème de Navier-


Stokes différentiel

~ u − ∇p
∂t ~u = ∆~u − (~u · ∇)~ ~ + f~, div(~u) = 0,
(4.37)
~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0,

où la pression p est reliée à la vitesse ~u et à la force extérieure f~ par la formule


1  
~ u − div(f~) .

p= div (~u · ∇)~ (4.38)
(−∆)

Démonstration. L’équivalence entre les équations (4.36)-(4.37) ne se fera pas directement


et il sera nécessaire d’introduire une étape intermédiaire qui nous permettra d’étudier sans
ambigüité la pression.

On commence tout d’abord par vérifier que le problème (4.36) est équivalent au système
différentiel

~ u) + P(f~),
∂t ~u = ∆~u − P((~u · ∇)~
(4.39)
~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0,

et on remarquera sans difficulté que dans ces problèmes (4.36) et (4.39) la pression p n’inter-
vient pas.

Donc, si ~u ∈ L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx et si ~
u s’écrit de la forme intégrale suivante

Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds − ~ u (s, x)ds,
 
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P (~u · ∇)~
0 0

alors nous allons vérifier que ~u est solution du problème (4.39). En effet, par tous les calculs
réalisés dans la Section 4.4 nous savons que les termes de la formule ci-dessus ont bien un
sens dans l’espace L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx , et nous écrivons alors, pour h > 0 :

!
t+h t+h
~u(t + h, x) − ~u(t, x)
Z Z
1
gt+h−s ∗ P f~ ds − ~ u ds
 
= gt+h ∗ ~u0 + gt+h−s ∗ P (~u · ∇)~
h h 0 0
 Z t Z t 
1
gt−s ∗ P f~ ds − ~
 
− gt ∗ ~u0 + gt−s ∗ P (~u · ∇)~u ds ,
h 0 0
126 Chapitre 4. Solutions mild

ce qui, par les propriétés de linéarité de la convolution et des intégrales, se réécrit comme
Z t 
~u(t + h, x) − ~u(t, x) 1 1
(gt+h−s − gt−s ) ∗ P f~ (s, x)ds

= (gt+h − gt ) ∗ ~u0 (x) +
h h h 0
Z t 
1 ~

− (gt+h−s − gt−s ) ∗ P (~u · ∇)~u (s, x)ds
h 0
1 t+h 1 t+h
Z Z
~ ~ u (s, x)ds,
 
+ gt+h−s ∗ P f (s, x)ds − gt+h−s ∗ P (~u · ∇)~
h t h t

ainsi, en faisant tendre h → 0 (faiblement), on a par convergence dominée et en se rappelant


que l’on a ∂t gt = ∆gt :
Z t t Z
∆gt−s ∗ P f~ (s, x)ds − ~ u (s, x)ds
 
∂t ~u(t, x) = ∆gt ∗ ~u0 (x) + ∆gt−s ∗ P (~u · ∇)~
0 0
1 t+h
Z Z t+h
1
gt+h−s ∗ P f~ (s, x)ds − lim ~ u (s, x)ds,
 
+ lim gt+h−s ∗ P (~u · ∇)~
h→0 h t h→0 h t

on utilise maintenant le Théorème 2.5.5 de différentiation de Lebesgue (les objets considérés


sont bien localement intégrables en variable de temps) pour obtenir
 Z t Z t 
~ ~
 
∂t ~u(t, x) = ∆ gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P f (s, x)ds − gt−s ∗ P (~u · ∇)~u (s, x)ds
0 0
+ g0 ∗ P f~ (t, x) − g0 ∗ P (~u · ∇)~
~ u (t, x),
 

Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds − ~ u (s, x)ds, et
 
mais comme ~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P (~u · ∇)~
0 0
g0 = δ0 , on a bien

∂t ~u(t, x) = ∆~u(t, x) + P(f~)(t, x) − P (~u · ∇)~


~ u (t, x).


Ainsi, si ~u est solution du problème (4.36) alors ~u vérifie le problème (4.39).

Vérifions maintenant l’implication réciproque. En utilisant la linéarité du projecteur de


Leray on écrit

~ u) + P(f~) = ∆~u − P (~u · ∇)~


~ u + f~

∂t ~u = ∆~u − P((~u · ∇)~
∂t ~u = ∆~u − P F~ ,

(4.40)

~ u + f~. Rappelons que par hypothèse on a f~ ∈ L2 L2 et que


où nous avons posé F~ = (~u · ∇)~ t x
~u ∈ L∞ 1 2 2 ~ u = div(~u ⊗ ~u) car div(~u) = 0, en suivant les
t Hx ∩ Lt Ḣx , alors, puisque (~ u · ∇)~
estimations réalisées dans la formule (4.29) page 120, nous avons (car ~u ∈ L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx ) :

~ uk 2 2 = kdiv(~u ⊗ ~u)k 2 2 = k~u ⊗ ~uk 2 1 < +∞,


k(~u · ∇)~ Lt Lx Lt Lx L Ḣ t x

et nous en déduisons que F~ et la quantité P(F~ ) appartiennent à l’espace L2t L2x . Donc, en
suivant les idées exposées dans la Section 4.3.1 (avec cette fois-ci une donnée initiale), la
solution de l’équation (4.40) s’écrit
Z t Z t
gt−s ∗ P F~ ds = gt ∗ ~u0 + ~ u + f~ ds,
 
~u = gt ∗ ~u0 + gt−s ∗ P (~u · ∇)~
0 0
4.5. Formulation différentielle et formulation intégrale : équivalence 127

et nous avons vérifié que si ~u ∈ L∞ 1 2 2


t Hx ∩ Lt Ḣx est solution de l’équation (4.39) alors ~
u est
également solution du problème (4.36).

Nous allons à présent montrer que le problème (4.39) est en fait équivalent au problème
(4.37). La première implication es facile : on remarque sans problème que si ~u est solution
des équations (4.37), alors elle est à divergence nulle et en appliquant le projecteur de Leray
à cette équation (4.37) on obtient sans problème que ~u est solution du système (4.39).

Pour établir la réciproque, nous allons tout d’abord étudier la pression. En effet, si
~u ∈ L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx est solution de l’équation (4.37), alors nous avons que la pression p
est déterminée de façon unique par l’expression (4.38) : si nous appliquons l’opérateur diver-
gence dans l’équation (4.37), en utilisant le fait que div(~u) = 0 et que div(∇p)~ = ∆p, on
obtient
~ u) − div(f~),
− ∆p = div((~u · ∇)~ (4.41)
mais, par hypothèse on a d’une part f~ ∈ L2t L2x , et donc div(f~) ∈ L2t Ḣx−1 et d’autre part,
puisque ~u ∈ L∞ 1 2 2 ~ u)
t Hx ∩Lt Ḣx , on sait par l’estimation (4.29), donnée page 120, que div((~
u · ∇)~
2 −1
appartient à l’espace Lt Ḣx , et donc la partie de droite de l’expression (4.41) est bien définie
et on a
p = p0 + p1 ,
 
1 ~ u − div(f~) ∈ L2t Ḣx1 (par le Corollaire 4.4.6) et où la

où on a définit p0 = (−∆) div (~u · ∇)~
fonction p1 : [0, +∞[×R3 −→ R est une fonction harmonique (∆p1 = 0). Nous allons vérifier
que p1 ≡ 0, et pour cela on considère φ ∈ C0∞ (R3 ) une fonction de test en variable de temps
et ϕ ∈ C0∞ (R3 ) une fonction de test en variable d’espace, il vient alors
Z Z Z Z
~
∇p1 (t, x)φ(t)ϕ(x)dxdt = ~ − ∇p
(∇p ~ 0 )(t, x)φ(t)ϕ(x)dxdt
R R 3 R R 3
Z Z  
= ~ u + f~)(t, x) − ∇p
(−∂t ~u + ∆~u − (~u · ∇)~ ~ 0 (t, x) φ(t)ϕ(x)dxdt,
R R3

on note que tous les termes de droite ci-dessus sont bien définis (au sens des distributions)
car par hypothèse on sait que ~u ∈ L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx , et donc ∂t ~ u ∈ L2t Ḣx−1 puisque l’on a
~ u ∈ L2t L2x , f~ ∈ L2t L2x , et ∇p
∆~u ∈ L2t Ḣx−1 , (~u · ∇)~ ~ 0 ∈ L2 L2 . Ainsi, on en déduit que le terme
t x
~ 2 −1
∇p1 appartient à l’espace Lt Ḣx et de plus on a par construction ∆p1 = 0.

On observe maintenant que ∆p1 = ∇ ~ · (∇p


~ 1 ), et comme ∇p ~ 1 ∈ L2 Ḣ −1 , en passant à la
t x
transformation de Fourier au sens des distributions tempérées on a, pour toute fonction test
ψ ∈ C0∞ (R × R3 ) :
Z Z Z Z
0= ∆p1 (t, ξ)ψ(t, ξ)dξdt =
d iξ~ · ∇p
~d1 (t, ξ) ψ(t, ξ)dξdt,
R R3 R R3

ce qui nous permet d’affirmer que le support en variable de Fourier de la fonction ∇p ~ 1 est
concentré sur l’origine et qu’alors la fonction p1 est un polynôme, mais comme on appartient
à l’espace L2t Ḣx−1 , il ne peut pas s’agir d’un polynôme et on en déduit donc que p1 ≡ 0.

Donc si ~u ∈ L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx est solution du problème (4.37), alors on sait que la pression
p peut être uniquement déterminée par la formule
1  
~ u − div(f~) .

p= div (~u · ∇)~
(−∆)
128 Chapitre 4. Solutions mild

Ainsi, si ~u ∈ L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx est solution du problème (4.39), alors on a

~ u) + P(f~),
∂t ~u − ∆~u = −P((~u · ∇)~

et pour montrer que ~u est également solution du problème (4.37) on doit vérifier que l’on a

div(~u) = 0,

et que l’on a l’identité

~ u) + P(f ) = −(~u · ∇)~


− P((~u · ∇)~ ~ + f~.
~ u − ∇p (4.42)

Nous étudions d’abord l’identité ci-dessus, qui se réécrit comme

−(~u · ∇)~ ~ u) + f~ − P(f~) = ∇p


~ u + P((~u · ∇)~ ~
~ 
∇ 
~ u − div(f~) ,

= div (~u · ∇)~
(−∆)

où nous avons utilisé la formule (4.38) qui relie la pression à la vitesse ~u et à la force extérieure
f~. Nous avons donc
" # " #
~ 
∇  ~ 
∇ 
~ u+
− (~u · ∇)~ ~ u
div (~u · ∇)~ + f~ + div(f~) = −P((~u · ∇)~ ~ u) + P(f~),
(−∆) (−∆)

et à ce stade on se rappelle la définition du projecteur de Leray donnée dans la formule


(4.5), page 106, P(~ ϕ) = ϕ ~+∇ ~ 1 div(~ ϕ), ce qui nous permet de conclure que l’on a bien
(−∆)
l’identité (4.42) : ainsi, si ~u est solution de l’équation (4.39), alors ~u est solution de l’équation
~ u − ∇p
∂t ~u = ∆~u − (~u · ∇)~ ~ + f~.

Montrons maintenant que si ~u est solution du problème (4.39), alors on a div(~u) = 0. En


utilisant l’identité div(P(~
ϕ)) = 0 (voir la formule (4.9) page 108), si l’on applique l’opérateur
divergence à toute l’équation (4.39), il vient
 
~ u) + P(f~)
div(∂t ~u) = div ∆~u − P((~u · ∇)~
∂t (div(~u)) = ∆(div(~u)),

mais on sait par hypothèse que ~u ∈ L∞ 1 2 2


t Hx ∩ Lt Ḣx , donc on a div(~u) ∈ L2t Ḣx1 et le problème
ci-dessus est bien posé. Ainsi, si l’on multiplie cette équation par div(~u) et on intègre en
variable d’espace, on obtient
Z Z
∂t (div(~u))div(~u)dx = ∆(div(~u))div(~u)dx,
R3 R3

ce qui se réécrit comme


Z Z
d ~
kdiv(~u)(t, ·)k2L2 = 2 ∆(div(~u))div(~u)dx = −2 u))|2 dx,
|∇(div(~
dt R3 R3

et en intégrant par rapport au temps on a


Z tZ
kdiv(~u)(t, ·)k2L2 = kdiv(~u0 )k2L2 −2 ~ u))|2 dxds,
|∇(div(~
0 R3
4.5. Formulation différentielle et formulation intégrale : équivalence 129

Z tZ
mais comme div(~u0 ) = 0 et que le terme ~ u))|2 dxds est positif on obtient
|∇(div(~
0 R3
Z tZ
kdiv(~u)(t, ·)k2L2 = −2 ~ u))|2 dxds,
|∇(div(~
0 R3

et cette formule nous permet de conclure que pour tout temps t > 0 on a bien la condition
de divergence nulle div(~u) = 0. Nous avons donc montré que si ~u est solution de l’équation
(4.39) alors elle est également solution du problème (4.37).

L’équivalence entre les problèmes (4.36), (4.39) et (4.37) a donc été établie, ce qui termine
la démonstration du théorème. 

Nous savons que la fonction ~u ∈ L∞ 1 2 2


t Hx ∩ Lt Ḣx obtenue par le Théorème de Fujita-
Kato 4.4.1 à partir d’une donnée initiale ~u0 est par construction unique (car provenant d’un
argument du point fixe de Banach-Picard). On se pose maintenant la question de savoir
quelle est la relation entre cette fonction ~u obtenue par ce procédé et une autre fonction
~v ∈ L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx qui serait éventuellement obtenue par le biais d’un tout autre procédé et
qui vérifierait les équations de Navier-Stokes avec les mêmes données ~u0 et f~. Dans ce sens
nous avons le résultat suivant :

Proposition 4.5.2 (unicité des solutions mild ) Soit ~u0 ∈ H 1 (R3 ) une donnée
initiale à divergence nulle et soit f~ ∈ L2 ([0, T [, L2 (R3 )) une force extérieure avec
0 < T ≤ +∞. Soit ~u ∈ L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )) avec 0 < T0 < T ,
la solution des équations de Navier-Stokes associée à ces données obtenue au moyen
du Théorème de Fujita-Kato 4.4.1. Si ~v ∈ L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )) est
également une solution sur l’ensemble [0, T0 ] × R3 de l’équation de Navier-Stokes (avec
la même donnée initiale ~u0 et la même force extérieure f~) sous formulation intégrale
Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds −
 
~v (t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P div(~v ⊗ ~v ) (s, x)ds,
0 0

alors on a ~u = ~v .
Preuve. On pose w(t, ~ x) = ~u(t, x) − ~v (t, x) pour tout t ≥ 0. Etant donné que l’on a
~u(0, x) = ~v (0, x) = ~u0 (x) pour tout x ∈ R3 (car la donnée initiale pour ces deux solu-
tions ~u et ~v est la même), alors on a sans problème l’identité w(0,
~ x) = 0. De plus, comme on
∞ 1 3 2 2 3
a ~u, ~v ∈ L ([0, T0 ], H (R )) ∩ L ([0, T0 ], Ḣ (R )), alors on a

~ ∈ L∞ ([0, T0 ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T0 ], Ḣ 2 (R3 )).


w

Ainsi, en utilisant la formulation intégrale des équations de Navier-Stokes et la bilinéarité des


objets considérés, nous avons
Z t Z t
 
~ x) = ~u(t, x) − ~v (t, x) = −
w(t, gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~u) (s, x)ds + gt−s ∗ P div(~v ⊗ ~v ) (s, x)ds
0 0
Z t Z t
 
= − gt−s ∗ P div(w
~ ⊗ ~v ) (s, x)ds − gt−s ∗ P div(~u ⊗ w)
~ (s, x)ds,
0 0

et nous allons montrer avec cette formulation et par contradiction que pour tout t > 0 on a
w(t,
~ x) = 0.
130 Chapitre 4. Solutions mild

A cet effet, on définit T ∗ ∈ [0, T0 ] le temps maximal tel que l’on ait w ~ = 0 sur l’ensemble
∗ 3 ∗
[0, T [×R et on supposera qu’il existe un temps T1 tel que T < T1 < T0 et tel que la
fonction w~ n’est pas identiquement nulle sur l’intervalle [T ∗ , T1 ]. Nous allons donc étudier la
norme de la fonction w ~ dans l’espace L∞ ([0, T1 [, H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T1 [, Ḣ 2 (R3 )) et nous avons
~ x) = 0 sur l’intervalle de temps 0 < t ≤ T ∗ et qu’on suppose que w(t,
(puisque w(t, ~ x) 6= 0
sur l’intervalle de temps T ∗ < t < T1 < T ) la formulation suivante :
Z t Z t
 
~ x) = −
w(t, gt−s ∗ P div(w ~ ⊗ ~v ) (s, x)ds − gt−s ∗ P div(~u ⊗ w) ~ (s, x)ds,
T∗ T∗
et il vient alors
Z t 
kwk
~ L∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 ≤ gt−s ∗ P div(w
~ ⊗ ~v ) (s, ·)ds
t x t x
T∗ L∞ 1 2 2
t Hx ∩Lt Ḣx
Z t 
+ gt−s ∗ P div(~u ⊗ w)
~ (s, ·)ds . (4.43)
T∗ L∞ 1 2 2
t Hx ∩Lt Ḣx

Les deux termes ci-dessus se traitent la même manière, car l’information sur les fonctions ~u, ~v
et w
~ est la même, de sorte que nous étudierons que la première de ces quantités. Donc, en
suivant les mêmes calculs réalisés dans l’estimation (4.28), page 120, et en prenant compte
que l’intervalle d’intégration en temps est [T ∗ , T1 ], nous avons :
Z t Z t  12

gt−s ∗ P div(w ~ ⊗ ~v ) (s, ·)ds ≤ sup ds kw
~ ⊗ ~v kL2 Ḣ 1
t x
T∗ L∞ 2
t Lx
T ∗ ≤t≤T1 T∗
1
≤ (T1 − T ∗ ) 2 kw~ ⊗ ~v kL2 Ḣ 1
t x
 1 1

∗ 21 ∗ 1
≤ C(T1 − T ) ~ L2 ∞ Ḣ 1 kwk
kwk ~ L2 2 Ḣ 2 (T1 − T ) 4 k~v kL∞ Ḣ 1
t x t x t x

1 1
≤ C(T1 − T ∗ ) (T1 − T ∗ ) kwk
2 ~ L∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 k~v kL∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 ,
4
t x t x t x t x

où on a utilisé l’estimation (4.29), page 120 dans l’avant-dernière inégalité ci-dessus (voir
également le deuxième point du Lemme 4.4.2, page 115). D’autre part, nous avons en utilisant
l’estimation (4.31), page 121 :
Z t
1
≤ C(T1 − T ∗ ) 4 kwk

gt−s ∗ P div(w ~ ⊗ ~v ) (s, ·)ds ~ L∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 k~v kL∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 ,
t x t x t x t x
T∗ L∞ 1
t Ḣx

et, finalement, en suivant les calculs (4.32), page 121, on obtient


Z t
1
≤ C(T1 − T ∗ ) 4 kwk

gt−s ∗ P div(w
~ ⊗ ~v ) (s, ·)ds ~ L∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 k~v kL∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 ,
t x t x t x t x
T∗ L2t Ḣx2

ainsi, en revenant à l’inégalité (4.43), et en répétant ces arguments pour le terme qui fait
intervenir la quantité ~u ⊗ w,
~ nous avons l’inégalité
1 1
 
~ L∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 ≤ C(T1 −T ∗ ) 4 (1+(T1 −T ∗ ) 2 )kwk
kwk ~ L∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 k~v kL∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 + k~ukL∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 ,
t x t x t x t x t x t x t x t x

et puisque la quantité kwk


~ L∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 est non nulle et bornée, alors on obtient la majoration
t x t x
1 1
 
1 ≤ C(T1 − T ∗ ) 4 (1 + (T1 − T ∗ ) 2 ) k~v kL∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 + k~v kL∞ H 1 ∩L2 Ḣ 2 .
t x t x t x t x

Donc, si la quantité T1 − T∗
est suffisamment petite alors le terme de droite peut être rendu
strictement plus petit que 1, ce qui nous donne une contradiction : on peut en déduire que la
fonction w ~ est nulle sur l’intervalle [0, T1 ], et en répétant ces arguments pour des intervalles
de temps de plus en plus grands, on obtient finalement que la fonction w ~ est nulle sur tout
l’intervalle [0, T0 ], ce qui termine la preuve de cette proposition. 
4.6. Temps d’existence des solutions et critères d’explosion 131

4.6 Temps d’existence des solutions et critères d’explosion


Grâce au théorème que nous venons de démontrer, nous sommes en mesure d’obtenir
des solutions des équations de Navier-Stokes dans le cadre de l’espace L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx . Mais
dans le cas de données initiales (~u0 , f~) grandes, nous avons le problème du temps d’existence
pour de telles solutions : au mieux on aura un temps d’existence T0 potentiellement très petit.

Cependant, grâce au Corollaire 4.4.5 ci-dessus, nous savons que la vitesse appartient à l’es-
pace ~u ∈ C([0, T0 ], H 1 (R3 )) et donc nous pouvons être tentés de prendre comme donnée initiale
la valeur ~u0 (x) = ~u(T0 , x) puisque la quantité ponctuelle en variable de temps k~u(T0 , ·)kH 1
a bien un sens. Ainsi, étant donné que la force extérieure f~ est définie sur l’intervalle [0, T ]
où T0 < T et qu’elle vérifie f~ ∈ L2 ([0, T ], L2 (R3 )), nous disposons au temps T0 d’un cadre de
travail très similaire à celui du Théorème 4.4.1.

L’idée que l’on souhaite alors appliquer consiste à répéter l’argument de point fixe précédent
de façon à obtenir une solution dont le temps d’existence serait T0 + δ 0 pour un certain δ 0 > 0,
éventuellement petit, et si possible itérer ce processus pour construire des solutions globales
en temps, indépendamment de la taille des données initiales. Ainsi on obtiendrait un temps
d’existence T0 + δ 0 + δ 00 + δ 000 + . . . ce qui nous conduirait éventuellement vers des solutions
dont le temps d’existence est grand.

Malheureusement, comme nous allons voir dans cette section, il existe quelques obstruc-
tions pour appliquer ce programme lorsque les données initiales (~u0 , f~) ne sont pas petites.
En effet, dans les résultats ci-dessous nous allons donner quelques critères d’explosion, dans le
sens où, si l’on souhaite prolonger le temps d’existence des solutions, on perdra le contrôle des
informations obtenues dans la section précédente et alors il ne sera plus possible de réaliser
un point fixe : on ne pourra donc pas itérer indéfiniment ce processus.

Avant de rentrer dans les détails, il convient de fixer quelques concepts et notations concer-
nant le temps d’existence des solutions.

Définition 4.6.1 (Temps Maximal) Soit ~u0 ∈ H 1 (R3 ) une donnée initiale à diver-
gence nulle, soit 0 < T∞ ≤ +∞ et soit une force extérieure f~ définie sur l’ensemble
[0, T∞ [×R3 qui vérifie f~ ∈ L2 ([0, T ], L2 (R3 )) pour tout temps 0 < T < T∞ .

Alors on notera 0 < Tmax ≤ T∞ le temps maximal d’existence pour lequel on peut
construire une solution ~u des équations de Navier-Stokes en utilisant le Théorème 4.4.1
et tel que, pour tout 0 < T < Tmax on ait

~u ∈ L∞ ([0, T ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T ], Ḣ 2 (R3 )).

Si Tmax = T∞ on dira alors que la solution ~u est une solution globale (en temps).

On remarquera que le temps T∞ est déterminé par la force extérieure, qui est une donnée du
problème. On pourra alors fixer, et ce sans perte de généralité, que l’on a T∞ = +∞.

Une fois que nous avons cette notion de temps maximal d’existence Tmax , il est très na-
turel d’étudier si l’on peut obtenir en général Tmax = T∞ , et si cela n’est pas possible, sous
quelles conditions raisonnables on peut étendre le plus possible de temps d’existence des so-
lutions. Un premier critère est le suivant.
132 Chapitre 4. Solutions mild

Théorème 4.6.2 (Critères d’explosion) Soit ~u0 ∈ H 1 (R3 ), soit 0 < T∞ ≤ +∞ et


soit f~ : [0, T∞ [×R3 −→ R3 une force extérieure qui vérifie f~ ∈ L2 ([0, T ], L2 (R3 )) pour
tout 0 < T < T∞ .

Soit Tmax le temps maximal d’existence de solutions mild ~u tel que pour tout
0 < T < Tmax on ait ~u ∈ L∞ ([0, T ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T ], Ḣ 2 (R3 )). Nous avons les
points suivants.

1) Si Tmax < T∞ , alors sup k~u(t, ·)kH 1 = +∞.


0<t<Tmax
Z Tmax
2) Si Tmax < T∞ , alors k~u(t, ·)k2 3 dt = +∞.
0 Ḣ 2

3) Il existe une constante ε0 > 0 telle que si l’on a k~u0 k 21 < ε0 et si


Z T∞ Ḣ

kf~(s, ·)k − 1 ds < ε0 , alors Tmax = T∞ .


2 2
0 Ḣ 2

Remarque 4.7 On note que la condition du point 3) ci-dessus pour obtenir des solutions
1
globales en temps dépend de la petitesse de la donnée initiale ~u0 exprimée en norme Ḣ 2 (R3 )
et non pas en norme H 1 (R3 ). Ceci peut sembler étrange d’un premier abord, mais nous
1 1
avons l’estimation k~u0 k 12 ≤ k~u0 kL2 2 k~u0 kḢ
2
1
≤ k~u0 kH 1 , ainsi si ~u0 est une donnée initiale

1 3
suffisamment petite en norme H (R ) (ce qui correspond au cadre du Théoreme 4.4.1) nous
pouvons bien obtenir des solutions globales.
Démonstration.
1) Fixons T1 tel que T < Tmax < T1 < T∞ . Nous disposons d’une solution ~u définie sur
l’intervalle de temps [0, T ] qui vérifie l’équation
Z t Z t
~
 
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P f (s, x)ds − gt−s ∗ P div(~u ⊗ ~u) (s, x)ds. (4.44)
0 0
De plus, sur l’intervalle T < t < T + δ0,
on peut considérer le problème
Z t Z t
~
 
~u(t, x) = gt−T ∗~uT (x)+ gt−s ∗P f (s, x)ds− gt−s ∗P div(~u ⊗~u) (s, x)ds, (4.45)
T T
où, par le Corollaire 4.4.5, page 123 la donnée initiale donnée par ~uT (x) = ~u(T, x)
appartient bien à l’espace H 1 (R3 ). Ainsi, en réappliquant l’algorithme de point fixe
on obtient une solution mild dont le gain de temps δ 0 vérifie (en suivant les calculs
réalisés pour obtenir la formule (4.34) page 122) :
 
C
δ 0 = min T1 − T, 1,  4  . (4.46)
 
k~uT kH 1 + kf~kL2t L2x

De cette façon, avec les calculs précédents, par la linéarité des intégrale en temps
et par les propriétés de semi-groupe du noyau gt , en combinant (4.44) et (4.45) on
obtient une solution mild des équations de Navier-Stokes sur l’intervalle [0, T + δ 0 ].
Mais comme Tmax est le temps maximal d’existence, on doit avoir T + δ 0 < Tmax , ou
encore δ 0 < Tmax − T , ce qui implique que plus on s’approche de Tmax , plus δ 0 devient
petit. La norme kf~kL2t L2x étant fixée, on déduit par la contrainte (4.46) le fait suivant
lim inf k~u(t, ·)kH 1 = +∞.

t→Tmax
4.6. Temps d’existence des solutions et critères d’explosion 133

2) Par le premier point nous savons que la norme k~u(t, ·)kH 1 = k~u(t, ·)kL2 + k~u(t, ·)kḢ 1
explose lorsque t → Tmax − . On remarquera qu’à ce stade nous ne savons pas laquelle des

deux quantités qui conforment la norme H 1 explose (ou si elles explosent les deux en
même temps). Pour cette raison on fera une étude séparée des deux termes k~u(t, ·)kL2
et k~u(t, ·)kḢ 1 ce qui nous permettra de vérifier le deuxième point du théorème.

Commençons par étudier la norme L2 (R3 ). Si ~u est une solution mild sur l’intervalle
de temps [0, Tmax [, on a l’équation suivante
∂t ~u = ∆~u − P div(~u ⊗ ~u) + P(f~),


avec ~u ∈ L∞ ([0, T ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T ], Ḣ 2 (R3 )). Mais étant donné que l’on a les
bornes T < Tmax < +∞, nous avons également que la vitesse ~u appartient à l’espace
L2 ([0, T ], L2 (R3 )). En effet, on écrit tout simplement
k~u(t, ·)kL2 ≤ k~u(t, ·)kH 1 ,
et en intégrant par rapport au temps, il vient
Z T  21 Z T  12
k~ukL2t L2x = k~u(t, ·)k2L2 dt ≤ k~u(t, ·)k2H 1 dt
0 0
Z T  21
1
≤ k~ukL∞ 1
t Hx
dt = T 2 k~ukL∞ 1 < +∞.
t Hx
0

Ainsi, si on étudie chacun des termes de l’équation ci-dessus nous obtenons sans
problème que ∂t ~u ∈ L2 ([0, T ], L2 (R3 )) car :

• ~u ∈ L2 ([0, T ], Ḣ 2 (R3 )) et donc ∆~u ∈ L2 ([0, T ], L2 (R3 )),

• f~ ∈ L2 ([0, T ], L2 (R3 )) par hypothèse (et le projecteur de Leray est continu dans
L2 (R3 )),

• en suivant les calculs (4.28)-(4.30) donnés page 120 nous avons que le terme non
linéaire div(~u ⊗ ~u) appartient à l’espace L∞ ([0, T ], L2 (R3 )) et de plus comme
T < Tmax < +∞, nous avons également div(~u ⊗ ~u) ∈ L2 ([0, T ], L2 (R3 )).

Donc, avec l’information ∂t ~u ∈ L2t L2x , nous pouvons réaliser les calculs suivants
Z Z Z
d 2
~u · ∆~u − P div(~u ⊗ ~u) + P(f~) dx
 
|~u| dx = 2 ~u · ∂t ~u dx = 2
dt R3 RZ3 R3Z Z
= −2 ~ ⊗ ~u|2 dx − 2
|∇ ~u · P(div(~u ⊗ ~u))dx + 2 ~u · P(f~)dx,
R3 R3 R3
Z
le terme −2 ~ ⊗ ~u|2 dx étant négatif et en utilisant le fait que le projecteur de
|∇
R3
Leray est auto-adjoint (voir la formule (4.10) page 109) ainsi que les inégalités de
Young pour le dernier terme on obtient
Z Z
d 2
|~u| dx ≤ −2 ~u · (div(~u ⊗ ~u))dx + k~u(t, ·)k2L2 + kf~(t, ·)k2L2 . (4.47)
dt R3 R 3
Z
∞ 1 2 2
On remarque qu’avec les informations ~u ∈ Lt Hx ∩Lt Ḣx , l’intégrale ~u · (div(~u ⊗ ~u))dx
R3
est bien définie (on pourra utiliser l’estimation (4.29) donnée page 120 et observer que,
134 Chapitre 4. Solutions mild

puisque l’intervalle de temps [0, T ] est borné, alors on a ~u ∈ L2t Hx1 ), ainsi, avec une
intégration par parties on peut maintenant écrire
Z Z
~u · div(~u ⊗ ~u) dx = − ~u · div(~u ⊗ ~u) + |~u|2 div(~u)dx
R3 3
ZR
= − ~u · div(~u ⊗ ~u) dx, (4.48)
R3
Z Z
car div(~u) = 0, ce qui implique l’égalité ~u · div(~u ⊗ ~u) dx = − ~u · div(~u ⊗ ~u) dx
Z R3 R3
à partir de laquelle on déduit 2 ~u · div(~u ⊗ ~u) dx = 0, ainsi, en revenant à l’inégalité
R3
(4.47) nous avons
Z
d
|~u(t, x)|2 dx ≤ k~u(t, ·)k2L2 + kf~(t, ·)k2L2 ,
dt R3

et avec une intégration dans la variable de temps, il vient


Z t
k~u(t, ·)k2L2 ≤ k~u0 k2L2 + kf~k2L2 L2 + k~u(s, ·)k2L2 ds,
t x
0

en appliquant l’inégalité de Grönwall (voir le Lemme 2.5.3, page 36) nous obtenons
k~u(t, ·)k2L2 ≤ k~u0 k2L2 + kf~k2L2 L2 et ≤ k~u0 k2L2 + kf~k2L2 L2 eTmax ,
 
(4.49)
t x t x

ce qui nous indique que la quantité k~u(t, ·)kL2 est bornée et n’explose pas : ce sera
donc le terme k~u(t, ·)kḢ 1 qui devra exploser.
Z
2
Etudions donc plus en détail l’expression k~u(t, ·)kḢ 1 = ~ ⊗ ~u|2 (t, x)dx, on a alors
|∇
R3
Z 3 Z
d ~ ⊗ ~u|2 (t, x)dx = 2
X
|∇ ∂xj ~u · ∂xj (∂t ~u)(t, x)dx
dt R3 R3
j=1
3 Z
X
∂xj ~u · ∂xj ∆~u − P div(~u ⊗ ~u) (t, x) + P f~ (t, x)dx.
 
= 2
j=1 R3

Compte tenu des propriétés du projecteur de Leray, du fait que div(~u) = 0 et par des
intégrations par parties nous obtenons
Z Z 3 Z Z
d X
~ 2
|∇ ⊗ ~u| dx = −2 2
|∆~u| dx − 2 ∂xj ~u · ∂xj (div(~u ⊗ ~u))dx − 2 ∆~u · f~dx.
dt R3 R3 R3 R3
j=1

Remarquons maintenant que pour le deuxième terme ci-dessus on a l’identité


X3 Z 3 Z
X
~ u dx.

∂xj ~u · ∂xj (div(~u ⊗ ~u))dx = ∂xj ~u · ((∂xj ~u) · ∇)~
j=1 R3 j=1 R3

~ u) = ((∂x ~u) · ∇)~


En effet, on a ∂xj (div(~u ⊗ ~u)) = ∂xj ((~u · ∇)~ ~ u + (~u · ∇)(∂
~ xj ~
u) et avec
j
une petite modification de l’identité (4.48), nous avons
Z Z
~ ~
 
∂xj ~u · (~u · ∇)(∂xj ~
u ) dx = − ∂xj ~u · (~u · ∇)(∂ xj ~
u) dx,
R3 R3
Z Z Z
2. Car on a f~(t, x)dx = − f~(t, x)dx et donc 2 f~(t, x)dx = 0.
R3 R3 R3
4.6. Temps d’existence des solutions et critères d’explosion 135

ce qui nous donne bien que cette quantité est nulle et donc que l’on a bien l’identité
X3 Z 3 Z
X
~ u dx,

∂xj ~u · ∂xj (div(~u ⊗ ~u))dx = ∂xj ~u · ((∂xj ~u) · ∇)~
j=1 R3 j=1 R3

ce qui nous donne :


Z Z 3 Z Z
d X
~ 2 2 ~ ∆~u · f~dx.

|∇ ⊗ ~u| dx = −2 |∆~u| dx − 2 ∂xj ~u · ((∂xj ~u) · ∇)~u dx − 2
dt R3 R3 R3 R3
j=1

Nous pouvons alors écrire, en utilisant les inégalités de Hölder (avec 1 = 21 + 13 + 16 )


et les inégalités de Cauchy-Schwarz
Z 3
d ~ 2 2
X
~ ⊗ ~u(t, ·)kL2 k∂x ~u(t, ·)kL3 k∂x ~u(t, ·)kL6
|∇ ⊗ ~u| dx ≤ −2k∆~u(t, ·)kL2 + 2 k∇ j j
dt R3
j=1

+2k∆~u(t, ·)kL2 kf~(t, ·)kL2 .


1
Avec les injections de Hardy-Littlewood-Sobolev nous avons Ḣ 2 (R3 ) ⊂ L3 (R3 ) et
Ḣ 1 (R3 ) ⊂ L6 (R3 ) et par les inégalités de Young on obtient
Z
d ~ ⊗ ~u|2 dx ≤ −2k∆~u(t, ·)k2 2 + 2Ck∇ ~ ⊗ ~u(t, ·)kL2 k~u(t, ·)k 3 k∆~u(t, ·)kL2
|∇ L
dt R3 Ḣ 2

+2k∆~u(t, ·)kL2 kf~(t, ·)kL2


d ~ 
~ ⊗ ~u(t, ·)k2 2 k~u(t, ·)k2 3

k∇ ⊗ ~u(t, ·)k2L2 ≤ −2k∆~u(t, ·)k2L2 + k∆~u(t, ·)k2L2 + Ck∇ L
dt   Ḣ 2

+ k∆~u(t, ·)k2L2 + kf~(t, ·)k2L2


d ~
k∇ ⊗ ~u(t, ·)k2L2 ~ ⊗ ~u(t, ·)k2 2 k~u(t, ·)k2
≤ Ck∇ L 3 + kf~(t, ·)k2L2 ,
dt Ḣ 2

ainsi, en intégrant par rapport à la variable de temps et en appliquant l’inégalité de


Grönwall il vient
Z t Z t
~ 2
k∇ ⊗ ~u(t, ·)kL2 ≤ C ~ 2 2
k∇ ⊗ ~u(s, ·)kL2 k~u(s, ·)k 3 ds + kf~(s, ·)k2L2 ds + k∇~ ⊗ ~u0 k2 2 ,
L
0 Ḣ 2 0
 Z t   Z t 
≤ k∇~ ⊗ ~u0 k2 2 +
L kf~(s, ·)k2L2 ds exp C k~u(s, ·)k2 3 ds , (4.50)
0 0 Ḣ 2

et cette estimation nous permet de terminer la preuve du deuxième point : en effet,


nous avons par le premier point du Théorème 4.6.2 que l’on a :
lim inf k~u(t, ·)kH 1 = +∞,

t→Tmax

mais nous savons également par l’inégalité (4.49) que la norme k~u(t, ·)kL2 reste bornée :
c’est donc la norme k~u(t, ·)kḢ 1 qui doit exploser. De plus, comme les deux quantités
Z t
~ 2
k∇ ⊗ ~u0 kL2 et kf~(s, ·)k2L2 ds sont bornées par hypothèse, on en déduit à partir de
0
l’inégalité (4.50) ci-dessus que l’on doit avoir :
Z Tmax
k~u(s, ·)k2 3 ds = +∞,
0 Ḣ 2

ce qui termine la démonstration du deuxième point du théorème.


136 Chapitre 4. Solutions mild

3) Pour obtenir le critère énoncé nous allons utilisé le point précédent et nous allons
mettre en oeuvre un procédé qui nous permettra de majorer (sous les hypothèses du
Z t
troisième point du Théorème 4.6.2) la quantité k~u(s, ·)k2 3 ds pour tout temps t.
0 Ḣ 2

Etant donné que l’hypothèse de petitesse de la donnée initiale ~u0 s’exprime en termes
de la quantité k · k 12 , nous allons étudier l’évolution dans le temps de k~u(t, ·)k 12 et
Ḣ Ḣ
pour cela nous écrivons
Z Z Z
d 1
2 1 1 1
|(−∆) 4 ~u| dx = 2 (−∆) 4 ~u · ∂t (−∆) 4 ~u dx = 2 (−∆) 2 ~u · ∂t ~u dx
dt R3 3 R3
ZR
1
(−∆) 2 ~u · ∆~u − P(div(~u ⊗ ~u)) + P(f~) dx

= 2
R3
Z Z Z
1 1 1
= −2 (−∆) ~u · (−∆)~u dx − 2
2 (−∆) ~u · P(div(~u ⊗ ~u))dx + 2
2 (−∆) 2 ~u · P(f~)dx.
R3 R3 R3
En utilisant le fait que le projecteur de Leray est auto-adjoint, que ~u est à divergence
nulle et l’identité
Z Z
1 3 3
(−∆) 2 ~u · (−∆)~u dx = (−∆) 4 ~u · (−∆) 4 ~u dx,
R3 R3

nous pouvons écrire


Z Z Z
d 3 1 1
k~u(t, ·)k2 1 = −2 |(−∆) ~u| dx − 2
4
2
(−∆) ~u · div(~u ⊗ ~u)dx + 2
2 (−∆) 2 ~u · f~dx
dt Ḣ 2 3 3 R3
ZR ZR
3 3 −1
= −2 |(−∆) ~u|2 dx − 2
4 (−∆) ~u · (−∆) 4 4 div(~u ⊗ ~u)dx
Z R3 R3
3 1
+2 (−∆) 4 ~u · (−∆)− 4 f~dx.
R3

Par une intégration par parties dans la deuxième intégrale et en utilisant l’inégalité
de Cauchy-Schwarz dans les deux dernières intégrales nous avons

d
k~u(t, ·)k2 1 ≤ −2k~u(t, ·)k2 3 + 2k~u(t, ·)k 3 k~u ⊗ ~uk 1 + 2k~u(t, ·)k 3 kf~(t, ·)k 1 .
dt Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ − 2

En appliquant les lois de produit données dans le Théorème 2.4.9 page 32 au terme
k~u ⊗ ~uk 12 , nous avons alors

d  
k~u(t, ·)k2 1 ≤ −2k~u(t, ·)k2 3 + k~u(t, ·)k 3 C0 k~u(t, ·)k 3 k~u(t, ·)k 1
dt Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ 2

+2k~u(t, ·)k 23 kf~(t, ·)k 1 ,


Ḣ Ḣ − 2

et avec les inégalités de Young on obtient

≤ −2k~u(t, ·)k2 3 + C0 k~u(t, ·)k2 3 k~u(t, ·)k 1 + k~u(t, ·)k2 3 + kf~(t, ·)k2 1
Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ − 2
≤ k~u(t, ·)k2 3 (C0 k~u(t, ·)k 1 − 1) + kf~(t, ·)k2 1 .
Ḣ 2 Ḣ 2 Ḣ − 2

Si on intègre par rapport à la variable de temps, il vient


Z t Z t
k~u(t, ·)k2 1 ≤ k~u(s, ·)k2 3 (C0 k~u(s, ·)k 1 − 1)ds + kf~(s, ·)k2 1 ds + k~u0 k2 1 . (4.51)
Ḣ 2
0 Ḣ 2 Ḣ 2
0 Ḣ − 2 Ḣ 2
4.6. Temps d’existence des solutions et critères d’explosion 137

A partir de cette estimation nous voyons Z T∞que si la donnée initiale ~u0 vérifie l’inégalité
1
k~u0 k 12 ≤ 2C1 0 et si la force f~ vérifie kf~(s, ·)k2 − 1 ds ≤ 2 , alors on a la majo-
Ḣ 0 Ḣ 2 4C 0
ration Z t
2 1
k~u(s, ·)k2 3 C0 k~u(s, ·)k 21 − 1 ds +

k~u(t, ·)k 1 ≤ . (4.52)
Ḣ 2
0 Ḣ 2 Ḣ 2C02
1
Etant donné qu’on part d’une donnée initiale k~u0 k2 1 ≤ 4C02
et que la quantité
Ḣ 2
k~u(s, ·)k 1 est continue dans la variable de temps (puisque par interpolation on a
Ḣ 2
1 1
k~u(s, ·)k 12 ≤ k~u(s, ·)kL2 2 k~u(s, ·)kḢ
2
1
et ces deux normes sont continues par le Corol-

laire 4.4.5), on obtient par l’estimation (4.52) -qui est valable pour tout temps- que la
quantité k~u(t, ·)k2 1 vérifie l’inégalité
Ḣ 2

1
k~u(t, ·)k 1 ≤√ ,
Ḣ 2 2C0
en effet, à partir de la majoration (4.52), par continuité de la fonction k~u(s, ·)k 1 , si
Ḣ 2
1
on part de la condition k~u0 k2 1 ≤ 4C02
, alors pour un temps petit 0 < s < t, la quan-
Ḣ 2
titié C0 k~u(s, ·)k 12 − 1 sera négative, et raisonnant de proche en proche on obtient

bien le contrôle annoncé.

Ainsi, en revenant à l’estimation (4.51) nous pouvons finalement écrire


 Z t Z T∞
1
1− √ 2
k~u(s, ·)k 3 ds ≤ kf~(s, ·)k2 − 1 ds + k~u0 k2 1 < +∞.
2 0 Ḣ 2
0 Ḣ 2 Ḣ 2

Donc, sous les hypothèses exigées


Z t de petitesse de la donnée initiale ~u0 et de la force
f~, on obtient que la quantité k~u(s, ·)k2 3 ds est bornée uniformément par rapport
0 Ḣ 2
au temps, ce qui avec le deuxième point du Théorème 4.6.2 que nous avons démontré
ci-dessus, nous permet de conclure que l’on a bien Tmax = +∞.


Notes et compléments
Le Théorème 4.4.1 de Fujita-Kato a été démontré en 1964 [20] en utilisant une donnée
initiale ~u0 ∈ H 1 et comme espace de résolution pour le point fixe l’espace L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx . De-
puis, d’autres espaces fonctionnels ont été considérés et on notera en particulier l’utilisation
des espaces suivants :

• Les espaces de Sobolev fractionnaires ont été utilisés par Chemin en 1992 [15] avec
~u0 ∈ H s , s > 1/2, pour la donnée initiale, f~ ∈ L2t Hxs−1 pour la force extérieure et
L∞ s 2 s+1 comme espace de résolution.
t Hx ∩ Lt Ḣx

1
• L’espace de Sobolev critique H 2 peut également être utilisé : on suppose alors que
1 −1 1 3
l’on a ~u0 ∈ H 2 , f~ ∈ L2t Hx 2 et on considère l’espace de résolution L∞ 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx .
2

La particularité de ce cas réside dans le fait que la condition de petitesse du temps


d’existence ne s’exprime plus comme une puissance de la norme de la donnée initiale
du type (4.34). Voir plus de détails dans [45].
138 Chapitre 4. Solutions mild

• Les espaces de Lebesgue Lp ont aussi été étudiés par Kato [29], dans le cas d’une force
nulle, et par Cannone et Planchon [9] avec une force non nulle. La donnée initiale
vérifie ~u0 ∈ Lp avec p > 3, la force extérieure satisfait f~ ∈ Lrt Lqx avec 2r + 3q < 2 + p3 et
p
l’espace de résolution est L∞ t Lx .

• Le cas critique correspondant aux espaces de Lebesgue L3 est plus délicat, car l’appli-
cation bilinéaire B(·, ·) donnée par l’expression (4.18), page 113, n’est plus continue
dans l’espace L∞ 3
t Lx , voir F. Oru [40]. Des solutions ont été apportées par Weissler
[53] et Kato [29].

• D’autres espaces plus “exotiques” sont également utilisés par de nombreux auteurs
pour obtenir des solutions en utilisant un argument de point fixe. Pour les données
initiales, on notera entre autres l’utilisation des espaces de Besov Bqs,p et les espaces
de Morrey M q,a , voir plus de détails dans les livres [44], [45].

Quel est l’intérêt de considérer un point fixe dans différents espaces ? Tout d’abord, plus un
espace fonctionnel est grand, plus sa norme est petite et ainsi, les données initiales grandes
dans un certain espace fonctionnel peuvent devenir plus petites dans un autre espace fonc-
tionnel, et cela représente un certain intérêt. D’autre part, cette multitude d’espaces permet
de considérer des données initiales et des forces extérieures avec des propriétés variées, ce qui
peut être très utile dans les applications.

Mais il convient d’insister sur le fait que travailler avec différents espaces de fonctions ne
permet pas de supprimer la dichotomie existante entre la taille de la donnée initiale et le
temps d’existence, dichotomie qui est inhérente à la méthode mise en place et non au choix
de l’espace fonctionnel.

4.7 Exercices
Exercice 4.1 Démontrer le Théorème 4.1.1, page 104, en considérant l’équation
e = e0 + B(e, e).
On notera en particulier que le signe devant l’application bilinéaire B(·, ·) ne joue aucun rôle.

Exercice 4.2 Soit (E, k · kE ) un espace de Banach et soit L : E −→ E une application


linéaire bornée :
kL(e)kE ≤ CL kekE
Si e0 ∈ E est telle que ke0 kE ≤ δ et si CL < 1, montrer qu’alors l’équation
e = e0 − L(e),
admet une unique solution e ∈ E qui vérifie kekE ≤ 2δ.

Exercice 4.3 Soit (E, k·kE ) un espace de Banach et soit B : E×E×E −→ E une application
trilinéaire bornée
kB(e, f, g)kE ≤ CB kekE kf kE kgkE .
1
Si e0 ∈ E est telle que ke0 kE ≤ δ et si 0 < δ 2 < 12CB , alors montrer que l’équation
e = e0 + B(e, e, e),
admet une unique solution e ∈ E telle que kekE ≤ 2δ.
4.7. Exercices 139

Exercice 4.4 Montrer que l’on a l’identité suivante

P(P(f~)) = P(f~),

pour tout champ de vecteur f~ : R3 −→ R3 suffisamment régulier (par exemple f~ ∈ L2 (R3 ), H s (R3 ),
H −s (R3 ) avec s ∈ R3 ). On pourra utiliser le Lemme 2.2.1, page 15.

Exercice 4.5 Dans le Lemme 4.4.3, donné page 115, montrer que si ~u0 ∈ L2 (R3 ), il est
alors possible d’améliorer le premier point de ce lemme de la façon suivante :

kgt ∗ ~u0 kL∞ 2 = k~


t Lx
u0 kL2 .

(Indication : utiliser Plancherel).

Exercice 4.6
1. Soit s > 0 et soit k ∈ N un entier tel que 0 < 2s < k. Vérifier que l’on a l’identité
suivante pour f une fonction régulière :
Z +∞
s 1 s
(−∆) 2 (f )(x) = τ k− 2 −1 (−∆)k (gτ ∗ f )(x)dτ,
Γ(k − s/2) 0

(on pourra considérer cette expression en variable de Fourier).


2. Montrer que l’on a l’inégalité
Z A
s 1 s
k(−∆) 2 (f )kL1 ≤ τ k− 2 −1 k(−∆)k f kL1 dτ
Γ(k − s/2) 0
Z +∞ !
s
+ τ k− 2 −1 kf kL1 k(−∆)k gτ kL1 dτ ,
A

où A est une échelle de coupure qui sera fixée postérieurement.


3. En utilisant la Proposition 3.1.3, page 46, montrer que l’on a l’estimation
!
s s s
k(−∆) 2 (f )kL1 ≤ C k(−∆)k f kL1 Ak− 2 + A− 2 kf kL1 .

4. En calibrant correctement l’échelle de coupure A, obtenir l’inégalité


s s
s 1−
k(−∆) 2 (f )kL1 ≤ Ck(−∆)k f kL2k1 kf kL1 2k .

Cette inégalité permet d’estimer la norme L1 d’une puissance fractionnaire d’une fonction
par le produit de la norme L1 de puissances entières du Laplacien de la fonction et de la
norme L1 de cette fonction. Autrement dit, si on a des informations sur les dérivées entières
on peut obtenir des informations sur les dérivées fractionnaires.
s
Mais attention ! La quantité k(−∆) 2 (f )kL1 n’est pas équivalente à un espace de Sobolev.
s
On peut utiliser la quantité k(−∆) 2 (f )kLp avec s > 0 et 1 < p < +∞ pour caractériser (avec
des précautions) les espaces de Sobolev homogènes Ẇ s,p (R3 ) mais les cas limites p = 1 ou
p = +∞ doivent être exclus.
140 Chapitre 4. Solutions mild

s
5. Pour 0 < 2 < 1 et pour 1 < p < +∞, obtenir l’estimation
s
s 1− s
k(−∆) 2 (f )kL2 ≤ Ck∆f kL2 p kf kLp 2 ,

en déduire l’inégalité d’interpolation suivante (voir également l’Exercice 2.6, page 41) :
s
1− s
kf kḢ s ≤ Ckf kḢ
2
2
kf kL2 2 .

Exercice 4.7 Soit f~, ~g , ~h : [0, +∞[×R3 −→ R3 trois fonctions vectorielles qui appartiennent
à l’espace L∞ ([0, T ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T ], Ḣ 2 (R3 )) avec 0 < T < +∞.
1. Montrer l’estimation
Z TZ Z T
~ ~ ~
f · (~g · ∇)h(t, x)dxdt ≤ kf~(t, ·)kL3 k~g (t, ·)kL6 k~h(t, ·)kḢ 1 dt.
0 R3 0

2. Vérifier que l’on a kf~(t, ·)kL3 ≤ Ckf~(t, ·)k 12 , k~g (t, ·)kL6 ≤ Ck~g (t, ·)kḢ 1 et montrer

que
1 1
kf~(t, ·)k 1 ≤ kf~(t, ·)k 2 2 kf~(t, ·)k 2 ≤ kf~(t, ·)kH 1 .
L Ḣ 1
Ḣ 2

3. Déduire la majoration suivante


Z TZ
f~ · (~g · ∇)
~ ~h(t, x)dxdt ≤ CT kf~kL∞ H 1 k~g kL∞ H 1 k~hkL∞ H 1 .
t x t x t x
0 R3

Exercice 4.8 Soit f, g, h : [0, +∞[×R3 −→ R3 trois fonctions réelles qui appartiennent à
l’espace L∞ ([0, T ], H 1 (R3 )) ∩ L2 ([0, T ], Ḣ 2 (R3 )) avec 0 < T < +∞.
1. Pour 1 ≤ j, k, ` ≤ 3, montrer l’estimation
Z TZ Z T
∂xj f (t, x)g(t, x)∂xk ∂x` h(t, x)dxdt ≤ k∂xj f (t, ·)kL3 kg(t, ·)kL6 kh(t, ·)kḢ 2 dt.
0 R3 0

2. Vérifier que l’on a k∂xj f (t, ·)kL3 ≤ Ckf (t, ·)k 3 et montrer que
Ḣ 2
1 1
kf~(t, ·)k 3 ≤ kf~(t, ·)kḢ
2
1
kf~(t, ·)kḢ
2
2
.
Ḣ 2

3. Montrer que l’on a f, g, h ∈ L2 ([0, T ], L2 (R3 )) et en déduire que f, g, h ∈ L2 ([0, T ], H 2 (R3 )).
4. Déduire la majoration suivante
Z TZ
∂xj f (t, x)g(t, x)∂xk ∂x` h(t, x)dxdt ≤ Ckf kL2t Hx2 kgkL∞ 1 khk 2 2 .
t Hx L Ḣ t x
0 R3

Exercice 4.9 Pour u : [0, +∞[×Rn −→ R une fonction réelle, on considère l’équation

α
 1
2
∂t u(t, x) = −(−∆) 2 u(t, x) + (−∆) 2 u(t, x) ∗ f (t, x),
 (1 < α ≤ 2)
(4.53)
n

u(0, x) = u0 (x), x ∈ R ,

où u0 : Rn −→ R est une donnée initiale, f : [0, +∞[×Rn −→ R est un terme d’amortisse-
α
ment et où l’opérateur (−∆) 2 avec 1 ≤ α ≤ 2 est la puissance fractionnaire du Laplacien
\ α
dont l’action au niveau de Fourier peut se voir par l’expression (−∆) 2 ϕ(ξ) = |ξ|α ϕ(ξ)
b (se
rappeler des formules (2.26) et (2.27) données page 25). Le semi-groupe associé à l’opérateur
4.7. Exercices 141

α α
−(−∆) 2 sera noté e−t(−∆) 2 avec t > 0 et son action pour les fonctions dans la classe de
 α c α
Schwartz S(Rn ) est donnée au niveau de Fourier par e−t(−∆) 2 ϕ (ξ) = e−t|ξ| ϕ(ξ).
b Cet
α
opérateur admet donc un noyau de convolution qui sera noté pt (autrement dit, on a la for-
α
mule e−t(−∆) 2 (ϕ) = pαt ∗ ϕ).

Pour le noyau pαt on admettra les points suivants :

• pour tout t > 0 on a kpαt kL1 = 1,


s s
• pour tout t > 0 et s > 0 on a k(Id − ∆) 2 pαt kL1 ≤ C max{1, t− α } où C > 0 est une
constante qui ne dépend que de la dimension de l’espace ambiant.

Le lecteur pourra consulter une preuve de ces deux points dans les livres [27] et [31].

Dans cet exercice on cherche à obtenir des solutions mild pour le problème (4.53) dans
l’espace de résolution L∞ ([0, T0 [, H 1 (Rn )), où T0 est un temps d’existence qui sera déterminé
par la suite. On considère donc la formulation intégrale suivante
α
Z t α  2
1
−t(−∆) 2
u(t, x) = e u0 (x) + e−(t−s)(−∆) 2 (−∆) 2 u ∗ f (s, x) ds, (1 < α ≤ 2), (4.54)
0

où la donnée initiale u0 appartient à l’espace H 1 (Rn ) et où le terme d’amortissement f ap-
partient à l’espace L∞ ([0, +∞[, L2 (Rn )).

1. Vérifier que l’application


Z t α  1
2
Bf (u, u) = e−(t−s)(−∆) 2 (−∆) 2 u ∗ f (s, x) ds,
0

est une application bilinéaire.


2. Montrer que l’on a l’estimation
α
e−t(−∆) 2 u0 ≤ ku0 kH 1 .
L∞ 1
t Hx

3. Démontrer la majoration suivante :

1 α  1
2 1
(Id − ∆) 2 e−(t−s)(−∆) 2 (−∆) 2 u ∗ f (s, ·) ≤ (Id − ∆) 2 pαt−s
L2 L1
 1
2
× (−∆) u (s, ·)
2 kf (s, ·)kL2
L1

4. Vérifier que l’on a l’estimation


Z t  2
1 1
−α
kBf (u, u)kL∞t Hx
1 ≤ C sup max{1, (t − s) } (−∆) 2 u (s, ·) kf (s, ·)kL2 ds
0<t≤T0 0 L1

1
5. En remarquant que le terme (t − s)− α est intégrable puisqu’on a 1 < α ≤ 2, obtenir
l’inégalité
1
1− α
kBf (u, u)kL∞ 1 ≤ CT
t Hx 0 kf kL∞ 2 kukL∞ H 1 kukL∞ H 1 .
t Lx t x t x
142 Chapitre 4. Solutions mild

6. Etablir une relation entre la constante de continuité de l’application bilinéaire Bf et


la donnée initiale u0 pour pouvoir appliquer un argument de point fixe dans l’espace
L∞ 1
t Hx .

7. Conclure que l’équation (4.53) admet une unique solution mild dans l’espace de fonc-
tions L∞ 1 n
t ([0, T0 [, Hx (R )) où l’on donnera une borne supérieure pour le temps d’exis-
tence T0 en fonction des données du problème.

Exercice 4.10 On considère ici ~u0 une donnée initiale à divergence nulle telle que l’on ait
~u0 ∈ Lp (R3 ) où p = 3 avec 0 <  < 1 un paramètre fixé une fois pour toutes (on remarquera
que l’on a alors 3 < p < +∞).
1. Vérifier l’inégalité kgt ∗ ~u0 kL∞ p ≤ k~
t Lx
u0 kLp .
2. Montrer que l’on a
1+ 1+
k(−∆) 2 gt−s kL1 ≤ C(t − s)− 2 .
(On pourra raisonner par homogénéité, en passant par Fourier si nécessaire, sinon
utiliser l’Exercice 4.6).
3. Démontrer l’estimation

k(−∆)− 2 f~kLp ≤ Ckf~kLq ,
3
où  + p = 3q . On remarquera en particulier que l’on a 2q = p.
4. On étudie le problème suivant
Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) − gt−s ∗ P(div(~u ⊗ ~u))ds.
0

Avec les estimations précédentes, appliquer un argument de point fixe pour obtenir
p
une solution mild des équations de Navier-Stokes dans l’espace L∞ t Lx : pour cela on
démontrera que l’on a l’estimation
Z t
1−
gt−s ∗ P(div(~u ⊗ ~u)ds ≤ CT 2 k~ukL∞ p k~
t Lx
ukL∞t Lx
p.
p
0 L∞
t Lx

On pourra considérer par exemple l’expression


Z t
1+ 
(−∆) 2 gt−s ∗ (−∆)− 2 P(~u ⊗ ~u)ds ,
0 Lp

puis on utilisera les inégalités de Minkowski, de Young et les points précédents (on
notera que l’on a 1+2 < 1, ce qui rend la singularité en temps produite par le noyau
de la chaleur intégrable).

Exercice 4.11 Soit F(t, x) un tenseur qui appartient à l’espace L∞ ([0, +∞[, H −s (R3 )) avec
s  1. Montrer que la quantité
Z t
~u(t, x) = gt−s ∗ div(F)(s, x)ds,
0

appartient à l’espace L∞ ([0, T [, H −s (R3 )) pour un T < +∞ borné. On notera que la formu-
lation intégrale ci-dessus a un sens même si F est très irrégulier (car s  1). Montrer que ~u
vérifie (au sens des distributions) l’équation de la chaleur

∂t ~u = ∆~u + div(F).
Chapitre 5

Solutions faibles de Leray

Par les calculs réalisés aux chapitres précédents, nous savons déjà que lorsque les données
(~u0 , f~) sont grandes, un argument de point fixe (dans un espace fonctionnel bien choisi) nous
permet par un processus itératif de construire des solutions pour les équations de Navier-
Stokes. L’existence et l’unicité de ces solutions sont donc assurés, mais uniquement sur un
intervalle de temps petit qui est déterminé en fonction de la taille de ces données. En particu-
lier, plus celles-ci sont grandes, plus le temps d’existence est petit et le Théorème 4.6.2, page
132, donne quelques critères d’explosion dans le cadre des solutions mild de Fujita-Kato : en
toute généralité on ne pourra pas étendre indéfiniment le temps d’existence par ces méthodes
car il y a une perte des contrôles nécessaires pour faire tourner les algorithmes.

L’objectif de ce chapitre est de présenter une autre approche qui nous permettra de
considérer des solutions issues à partir de données quelconques (grandes) mais dont le temps
d’existence peut être prolongé en toute sécurité : on parlera alors de solutions globales (en
temps). Pour construire de telles solutions nous allons suivre la méthode introduite par Jean
Leray en 1934 dans l’article [34] et qui consiste à :

(i) choisir un cadre fonctionnel adapté en s’inspirant de la structure de l’équation,

(ii) régulariser le problème initial et appliquer un argument de point fixe pour le problème
régularisé,

(iii) obtenir un contrôle a priori afin de prolonger dans le temps les solutions du problème
régularisé,

(iv) passer à la limite pour supprimer la régularisation et obtenir des solutions globales
en temps du problème initial. Indiquons que lors du passage à la limite, on obtiendra
des solutions faibles et non plus des solutions mild.

Toutes les étapes de ce programme seront explicitées dans les lignes qui suivent, mais il
convient de faire quelques remarques générales :

• Contrairement aux arguments de point fixe, le temps d’existence des solutions obte-
nues par ce procédé ne dépendra pas de la taille des données, on pourra alors parler
de solutions globales en temps, que ce soit pour des données “petites” ou pour des
données “grandes”.

• En revanche, ce type de solutions ne seront pas uniques car le processus dépend d’un

143
144 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

passage à la limite qui impose un raisonnement par sous-suites extraites. Il y a une


perte d’unicité et c’est le prix à payer pour obtenir des solutions globales en temps en
suivant cette méthode.

• Le passage à la limite se fera dans les deux variables de temps et d’espace et les infor-
mations sur ces variables seront mesurées au sens faible. Les solutions que nous allons
obtenir vont en plus vérifier certaines propriétés particulières, ce qui justifie leur ap-
pellation de solutions faibles de Leray.

• Il sera naturel de comparer les solutions obtenues par les deux procédés étudiés jus-
qu’ici (les solutions mild et les solutions faibles). En fait, nous verrons dans la Sec-
tion 5.5 qu’il y a unicité dans le petit intervalle de temps commun d’existence, (on
démontrera que toutes ces solutions coı̈ncident) : la perte d’unicité intervient donc
lorsqu’on souhaite prolonger les solutions.

Indiquons pour finir cette courte introduction que les solutions que nous allons construire
dans ce chapitre sont le point de départ de très nombreux développements actuels.

5.1 Motivation
Afin de dégager un cadre fonctionnel adapté, il est très utile d’étudier la structure de
l’équation pour avoir une intuition de ce que l’on peut éventuellement obtenir si l’on est
très optimiste. Dans toute cette section nous allons donc supposer (à des fins purement
pédagogiques) que les objets manipulés sont très réguliers. Ceci nous permettra d’obtenir
des informations importantes qui seront exploitées plus rigoureusement dans les sections sui-
vantes.

Notre point de départ est donc l’équation de Navier-Stokes



~ + f~, div(~u) = 0,
~ u − ∇p
∂t ~u = ∆~u − (~u · ∇)~

~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0,


sur laquelle nous ne faisons aucune hypothèse sur les données (~u0 , f~) : les conditions ap-
paraı̂trons au fur et à mesure des calculs réalisés.

Nous multiplions maintenant toute cette équation par ~u, l’idée étant de réaliser des
intégrations par parties (on supposant que cela soit possible, car sans un cadre préalable
sur ces objets, ces calculs n’ont pas de sens !) pour faire apparaı̂tre des quantités qui “res-
semblent” à des normes : on aura ainsi une idée des espaces fonctionnels qui entrent en jeu
naturellement, c’est à dire en fonction de la structure interne de l’équation. Il vient alors :
~ + f~],
~ u − ∇p
~u · ∂t ~u = ~u · [∆~u − (~u · ∇)~
puis en intégrant en espace on obtient
Z Z Z Z Z
~u · ∂t ~u dx = ~u · ∆~u dx − ~ u dx −
~u · (~u · ∇)~ ~ dx +
~u · ∇p ~u · f~ dx,
R3 R3 R3 R3 R3

et avec des intégrations par parties (formelles) pour le premier terme à gauche et pour le
premier et troisième terme à droite de cette identité, nous avons
Z Z Z Z Z
1 2
∂t |~u| dx = − ~ 2
|∇ ⊗ ~u| dx − ~
~u · (~u · ∇)~u dx + ~
p(∇ · ~u)dx + ~u · f~ dx,
2 R3 R3 R3 R3 R3
5.1. Motivation 145

ainsi, en utilisant le fait que div(~u) = 0 nous avons


Z Z
~
p(∇ · ~u)dx = p div(~u)dx = 0.
R3 R3

Maintenant, on remarque que l’on a par une intégration par parties (toujours purement
formelle) :
Z Z Z
~
~u · (~u · ∇)~u dx = − ~ 2
~u · (~u · ∇)~u + |~u| div(~u)dx = − ~ udx,
~u · (~u · ∇)~
R3 R3 R3
Z
(car div(~u) = 0) ce qui implique que la quantité ~ u dx est nulle. (Voir également
~u · (~u · ∇)~
R3
la formule (4.48) page 134).

Nous avons alors l’identité


Z Z Z
1 2
∂t |~u| dx = − ~ 2
|∇ ⊗ ~u| dx + ~u · f~ dx,
2 R3 R3 R3

qu’il convient de réécrire de la façon suivante


Z
d
k~u(t, ·)k2L2 = −2k~u(t, ·)k2Ḣ 1 + 2 ~u · f~ dx. (5.1)
dt R3

Cette identité nous donne des informations sur le comportement en temps (i.e. de la dérivée
temporelle) de la quantité k~u(t, ·)kL2 et, au vu de cette formule, la norme L2 semble être une
quantité intéressante pour mesurer la fonction ~u en variable d’espace. Mais si cette norme L2
en espace est adoptée pour la partie de gauche de (5.1), pour le premier terme à droite de cette
identité nous aurons naturellement besoin de contrôler la norme Ḣ 1 (R3 ) de ~u(t, ·), et cette in-
formation nous imposera des conditions sur la force extérieure qui intervient dans le deuxième
terme
Z à droite de l’identité (5.1) : en effet, si l’on a ~u(t, ·) ∈ Ḣ 1 (R3 ), pour que l’intégrale
~u · f~ dx ait un sens, nous demanderons, par dualité, la condition f~(t, ·) ∈ Ḣ −1 (R3 ).
R3

Etudions plus en détail cette identité (5.1). En effet, les considérations précédentes portent
uniquement sur la variable d’espace et pour étudier la variable de temps nous commençons
par écrire :
Z
d 2 2
k~u(t, ·)kL2 = −2k~u(t, ·)kḢ 1 + 2 ~u · f~ dx.
dt R 3

≤ −2k~u(t, ·)k2 1 + 2kf~(t, ·)k −1 k~u(t, ·)k 1 ,


Ḣ Ḣ Ḣ

en appliquant les inégalités de Young pour le produit des deux normes ci-dessus, il vient

≤ −2k~u(t, ·)k2Ḣ 1 + kf~(t, ·)k2Ḣ −1 + k~u(t, ·)k2Ḣ 1


≤ −k~u(t, ·)k2Ḣ 1 + kf~(t, ·)k2Ḣ −1 .

Maintenant, on intègre par rapport à la variable de temps et l’on a


Z t Z t
k~u(t, ·)k2L2 + k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ k~u0 k2L2 + kf~(s, ·)k2Ḣ −1 ds. (5.2)
0 0

Pour la force extérieure f~ nous avions déjà supposé que f~(t, ·) ∈ Ḣ −1 (R3 ), nous suppo-
sons maintenant que la quantité kf (s, ·)kḢ −1 est une fonction de carré intégrable dans la
146 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

variable de temps, ce qui nous donne la contrainte f~ ∈ L2 [0, T ∗ ], Ḣ −1 (R3 ) pour un certain


0 < T ∗ < +∞. Pour la donnée initiale ~u0 nous imposons tout naturellement la condition
~u0 ∈ L2 (R3 ).

Ainsi, l’inégalité (5.2) nous permet de contrôler (si elle existe !) la solution ~u au sens des
quantités k~ukL∞ 2 et k~
t Lx
ukL2 Ḣ 1 et ce, à partir des contraintes imposés aux données (~u0 , f~).
t x
Observons de plus que, tant que la force f~ est définie sur l’intervalle de temps [0, T ∗ ] et vérifie
les conditions indiquées, alors nous avons le contrôle (5.2) sur tout l’intervalle [0, T ∗ ].

Pour insister sur ce contrôle, on remarquera en particulier que si la force extérieure est
nulle, alors l’estimation (5.2) devient tout simplement
Z t
2
k~u(t, ·)kL2 + k~u(t, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ k~u0 k2L2 < +∞,
0

ce qui montre peut être encore plus clairement le contrôle uniforme en temps des quantités qui
apparaissent dans la partie de gauche de cette inégalité. Autrement dit, les normes k~ukL∞ 2
t Lx
et k~ukL2 Ḣ 1 sont préservées dans le temps (elles ne peuvent pas exploser, car elles sont bornées
t x
par la quantité k~u0 kL2 ) et cela indique qu’il est sans doute intéressant de les étudier en détail.

Bien que les calculs précédents soient totalement heuristiques, la majoration (5.2) donne,
en réalité, une bonne intuition (nous verrons un peu plus tard comment donner un sens
rigoureux à cette inégalité) et elle nous invite à chercher une solution des équations de Navier-
Stokes dans l’espace
L∞ [0, T ], L2 (R3 ) ∩ L2 [0, T ], Ḣ 1 (R3 ) ,
 

pour un certain temps 0 < T < +∞ muni de la norme

k · kT = k · kL∞ 2 + k · k 2 1.
t Lx L Ḣ
t x

On notera sans problème que cette norme (à une racine carrée près) n’est rien d’autre que la
partie de gauche de l’inégalité (5.2) et nous avons ainsi un contrôle uniforme en temps pour
cette norme k · kT (on parlera alors d’information a priori ) qui nous permettra, comme nous
allons le voir par la suite, de prolonger le temps d’existence des solutions pour obtenir de
cette façon des solutions globales en temps.

Le cadre fonctionnel dans lequel on souhaite travailler étant posé, nous essayerons dans la
section qui suit de construire une solution en utilisant un argument de point fixe, mais nous
verrons assez rapidement que ce n’est pas possible de le faire directement : le problème est
mal posé en dimension 3 dans l’espace de résolution L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx . Nous montrerons alors
qu’une régularisation bien adaptée permet de contourner ce problème.

Point fixe dans l’espace L∞ 2 2 1


t Lx ∩ Lt Ḣx : un problème mal posé

A partir des idées dégagées dans la section précédente on commence par fixer les données
de notre problème : on supposera que l’on a

• ~u0 : R3 −→ R3 avec ~u0 ∈ L2 (R3 ), div(~u0 ) = 0 et,

• f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3 avec le contrôle f~ ∈ L2 [0, T ∗ [, Ḣ −1 (R3 ) où l’intervalle de




temps [0, T ∗ [, avec 0 < T ∗ ≤ +∞, dans lequel on dispose ce contrôle est fixé une fois
pour toutes.
5.1. Motivation 147

En utilisant les propriétés du projecteur de Leray P nous nous intéressons au problème



~ u + P f~ ,
 
∂t ~u = ∆~u − P (~u · ∇)~ div(~u) = 0,
(5.3)
~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0.

Rappelons que la pression p n’intervient pas dans les équations ci-dessus et qu’elle pourra se
récupérer à partir de la vitesse ~u et de la force extérieure f~ par la formule :

1  
~ u − div(f~) .

p= div (~u · ∇)~
(−∆)

Nous allons maintenant étudier l’équation (5.3) et pour cela nous allons appliquer un argu-

ment de point fixe dans l’espace fonctionnel L [0, T ], L (R ) ∩ L [0, T ], Ḣ 1 (R3 ) muni de
2 3 2


la norme
Z T  12
k~ukT = k~ukL∞ 2 + k~
t Lx
ukL2 Ḣ 1 = sup k~u(t, ·)kL2x + k~u(t, ·)k2Ḣ 1 dt , (5.4)
t x x
0≤t≤T 0

pour un certain temps T tel que 0 < T < T ∗ qui sera fixé par la suite : en effet, on rappelle
ici que le schéma itératif de Picard que nous allons mettre en place ne donnera qu’un temps
d’existence qui dépend des données et qui peut donc être potentiellement très petit.

Nous utilisons alors la formulation intégrale du problème (5.3) :


Z t Z t
gt−s ∗ P f~(s, x) ds − ~ u (s, x)ds,
 
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P (~u · ∇)~ (5.5)
0
} |0
| {z }
(1) | {z {z }
(2) (3)

et nous allons essayer d’estimer au sens de la norme (5.4) chacun des termes (1), (2) et (3)
ci-dessus pour appliquer le Théorème 4.1.1, page 104.

Indiquons tout de suite que les deux premiers termes pourrons être estimés assez facile-
ment, la difficulté se concentre dans le dernier terme qui est justement le terme non-linéaire.

1) Estimation de la donnée initiale

L’estimation de la norme k · kT du terme (1) ci-dessus est facile à traiter et nous avons le
résultat qui suit.

Proposition 5.1.1 Si ~u0 ∈ L2 (R3 ), alors on a

kgt ∗ ~u0 kT ≤ Ck~u0 kL2 .


Preuve. Nous avons par définition

kgt ∗ ~u0 kT = kgt ∗ ~u0 kL∞ 2 + kgt ∗ ~


t Lx
u0 kL2 Ḣ 1 ,
t x

il suffit alors d’appliquer les deux points du Lemme 4.4.3 donné page 115 pour obtenir l’es-
timation recherchée. 
148 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

2) Estimation de la force extérieure


Nous allons étudier la norme k · kT du deuxième terme de droite de l’expression (5.5), en
effet nous avons la

Proposition 5.1.2 Soit 0 < T < T ∗ , si f~ ∈ L2 [0, T ∗ [, Ḣ −1 (R3 ) alors nous avons la


majoration Z t
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ≤ Ckf~kL2 Ḣx−1 .

t
0 T

Preuve. Par définition nous avons


Z t Z t Z t
~ gt−s ∗ P f~(s, ·) ds gt−s ∗ P f~(s, ·) ds
  
gt−s ∗ P f (s, ·) ds = + .
0 T 0 L∞ 2
t Lx
0 L2t Ḣx1
| {z } | {z }
(2.a) (2.b)

On commence par la quantité (2.a) et nous écrivons


Z t Z t
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds gt−s ∗ P f~(s, ·) ds
 
= sup .
0 L∞ 2
t Lx
0≤t≤T 0 L2x

On étudiera d’abord la norme L2 dans la variable d’espace pour ensuite considérer la norme
L∞ dans la variable de temps. Ainsi, par dualité on a
Z t Z Z t 
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ~
 
= sup gt−s ∗ P f (s, x) ds · ϕ
~ (x)dx
0 L2 ϕkL2 ≤1
k~ R3 0
Z Z tZ
gt−s (x − y)P f~(s, y) · ϕ

= sup ~ (x)dydsdx
ϕkL2 ≤1
k~ R3 0 R3
Z tZ
~ (−y) · P f~(s, y) dyds .

= sup gt−s ∗ ϕ
k~
ϕkL2 ≤1 0 R3

Maintenant, par dualité entre les espaces Ḣ 1 et Ḣ −1 nous avons alors


Z t Z t 
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ~ kḢ 1 kP f~(s, ·) kḢ −1 ds
 
≤ sup kgt−s ∗ ϕ
0 L2 k~
ϕkL2 ≤1 0

≤ kP f~ kL2 Ḣx−1 sup kgt−s ∗ ϕ



~ kL2 Ḣ 1 ,
t t x
k~
ϕkL2 ≤1

et en utilisant la continuité du projecteur de Leray, ainsi que le deuxième point du Lemme


4.4.3, on obtient
Z t
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ϕkL2 ≤ Ckf~kL2 Ḣx−1 .
≤ Ckf~kL2 Ḣx−1 sup k~

t t
0 L2 k~
ϕkL2 ≤1

Ainsi, en prenant la norme L∞ ([0, T ]) dans la variable de temps, on obtient finalement


Z t
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ≤ Ckf~kL2 Ḣx−1 .

(5.6)
t
0 L∞ 2
t Lx
5.1. Motivation 149

Nous étudions maintenant la quantité (2.b) et nous écrivons :


Z t Z t
1
~ gt−s ∗ (−∆) 2 P f~(s, ·) ds
 
gt−s ∗ P f (s, ·) ds =
0 L2t Ḣx1 0 L2t L2x
Z t h 1 i
= gt−s ∗ ∆ (−∆)− 2 P f~(s, ·) ds
0 L2t L2x
Z t h 1 i
= ∆ gt−s ∗ (−∆)− 2 P f~(s, ·) ds .
0 L2t L2x

Si l’on applique maintenant la propriété de régularité maximale du noyau de la chaleur donnée


au deuxième point du Lemme 4.4.4, page 116, nous avons directement l’inégalité
Z t h 1 i 1
gt−s ∗ (−∆)− 2 P f~(s, ·) ds ≤ C (−∆)− 2 P f~ = C P f~
 
∆ 2 2 2 −1
.
0 L2t L2x Lt Lx Lt Ḣx

Ainsi, en utilisant la continuité du projecteur de Leray dans les espaces de Sobolev nous
pouvons écrire la majoration suivante :
Z t
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ≤ CkP(f~)kL2 Ḣx−1 ≤ Ckf~kL2 Ḣx−1 .

t t
0 L2t Ḣx1

Pour finir, on utilise cette inégalité précédente et la majoration (5.6) pour reconstruire la
norme k · kT , nous avons alors :
Z t
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ≤ Ckf~kL2 Ḣx−1 ,

t
0 T

et la Proposition 5.1.2 est démontrée. 

3) Estimation de la non-linéarité : problèmes


Passons maintenant à l’étude du terme (3) de (5.5) :
Z t
~ u (s, ·)ds

gt−s ∗ P (~u · ∇)~ . (5.7)
0 T

~ u appartenait à
Nous savons grâce à la Proposition 5.1.2 précédente que si le terme (~u · ∇)~
2 −1
l’espace Lt Ḣx , alors nous pourrions obtenir une majoration qui permettrait de fermer le
point fixe du problème intégral (5.5) avec la norme k · kT .

Mais -et c’est sur ce point particulier que se concentre le problème principal- en utilisant
l’information ~u ∈ L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx donnée par l’espace dans lequel on souhaite faire le point
~ u ∈ L2t Ḣx−1 . En effet, nous avons
fixe, nous ne pouvons pas conclure que l’on a (~u · ∇)~
~ uk 2 −1 = kdiv(~u ⊗ ~u)k 2 −1 ' k~u ⊗ ~uk 2 2 ,
k(~u · ∇)~ L Ḣx
t L Ḣx Lt Lx t

ce qui revient, pour faire simple, à étudier les normes kuj uk kL2t L2x pour 1 ≤ j, k ≤ 3. Alors
pour “séparer” les informations sur les fonctions uj et uk , on doit utiliser les inégalités de
Hölder et l’on a
kuj uk kL2t L2x ≤ kuj kLp0 Lqx0 kuk kLp1 Lqx1 ,
t t

où les paramètres p0 , p1 , q0 , q1 sont liés par les relations


1 1 1 1 1
= + = + , (5.8)
2 p0 p1 q0 q1
150 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

et ici nous ne pouvons pas déduire à partir de l’information donnée par l’espace ambiant
L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx (espace dans lequel on souhaite fermer l’argument de point fixe) que l’on a
effectivement uj ∈ Lpt 0 Lqx0 et uk ∈ Lpt 1 Lqx1 où ces paramètres vérifient les contraintes (5.8)
indiquées.

En effet, par les inégalités de Sobolev, nous savons que si l’on appartient à l’espace Ḣ 1 (R3 ),
alors on appartient à l’espace L6 (R3 ) (voir l’inégalité (2.43), page 30), et l’information que
l’on dispose est donc uj , uk ∈ L∞ 2 2 6
t Lx ∩ Lt Lx . Mais ceci ne permet pas de vérifier la condition
(5.8) : par interpolation, les seules contrôles de type Lebesgue que l’on peut obtenir à partir
des espaces L∞ 2 2 6
t Lx et Lt Lx sont ~ u ∈ Lpt Lqx où les indices p et q vérifient les conditions

1 θ 1−θ 1 1−θ
= + et = , (5.9)
q 2 6 p 2

pour un paramètre 0 < θ < 1, puisqu’on a la majoration

k~ukLpt Lqx ≤ k~ukθL∞ L2x k~uk1−θ


L2 L6
.
t t x

Il est alors facile de vérifier (il s’agit de simples contraintes algébriques) qu’il n’existe pas
deux paramètres 0 < θ0 , θ1 < 1 tels que les indices p0 , q0 et p1 , q1 qui s’obtiennent à partir de
(5.9) puissent vérifier la condition (5.8). Voir plus de détails dans l’Exercice 5.1.

La conséquence de ces remarques est que l’on ne peut pas estimer les termes (5.7) avec
les normes des espaces L∞ 2 2 1
t Lx ou Lt Ḣx et qu’on ne peut donc pas fermer l’argument de point
fixe.

Remarque 5.1 Observons néanmoins que le contrôle que l’on peut obtenir ici est le suivant :
3
~ u ∈ L2 Ḣx− 2 .
(~u · ∇)~ t

3 3
~ u ∈ Ḣ − 2 (R3 ) équivaut à div(~u ⊗~u) ∈ Ḣ − 2 (R3 ) et il faut donc
En effet, on remarque que (~u · ∇)~
1
étudier si l’on a ~u ⊗ ~u ∈ Ḣ − 2 (R3 ). En utilisant les inégalités de Hardy-Littlewood-Sobolev
(voir le Corollaire 2.4.7, page 31) puis l’inégalité de Hölder on a

~ uk
k(~u · ∇)~ 3 = kdiv(~u ⊗ ~u)k 3 ' k~u ⊗ ~uk 1 ≤ Ck~u ⊗ ~uk 3 ≤ Ck~ukL2 k~ukL6 , (5.10)
Ḣ − 2 Ḣ − 2 Ḣ − 2 L2

et avec la majoration k~ukL6 ≤ Ck~ukḢ 1 nous obtenons k~u ⊗ ~uk − 12 ≤ Ck~ukL2 k~ukḢ 1 . Pour

finir, il suffit de prendre la norme L2 dans la variable de temps pour avoir la majoration

~ uk
k(~u · ∇)~ 3 ≤ Ck~ukL∞ 2 k~
ukL2 Ḣ 1 . (5.11)
−2 t Lx
L2t Ḣx t x

−3
~ u, mais encore une fois, il
Nous avons bien le contrôle de la norme L2t Ḣx 2 du terme (~u · ∇)~

ne sera pas possible d’obtenir à partir des informations Lt Lx et L2t Ḣx1 un contrôle en norme
2

L2t Ḣx−1 .

Avec ces calculs, nous voyons bien que nous ne pouvons pas appliquer l’idée initiale
 de
∞ 2 3 2 1 3

réaliser un point fixe dans l’espace fonctionnel L [0, T ], L (R ) ∩ L [0, T ], Ḣ (R ) : le
~ u ne peut pas être correctement contrôlé et il est alors nécessaire
terme non-linéaire (~u · ∇)~
de contourner cet obstacle.
5.2. Régularisation de Leray 151

5.2 Régularisation de Leray


Comme nous venons de le voir, l’espace L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx n’est pas un bon espace pour
appliquer directement un point fixe. L’idée originale de Leray pour résoudre ce problème est
~ u qui nous permette de réaliser
d’introduire une régularisation du terme non-linéaire (~u · ∇)~
les calculs nécessaires afin de fermer l’argument de point fixe.

Pour cela nous considérons une fonction positive θ ∈ C0∞ (R3 ) telle que
Z
θ(x)dx = 1, (5.12)
R3

et nous définissons pour tout ε > 0 la fonction

1 x
θε (x) = θ .
ε3 ε
Par les propriétés bien connues du produit de convolution, si f est une fonction mesurable
telle que f ∈ L2 (R3 ) alors f ∗ θε est une fonction beaucoup plus régulière : d’une part on
pourra appliquer les inégalités de Young au produit de convolution f ∗ θε , ce qui permet de
gagner un degré de liberté supplémentaire, et, d’autre part nous avons à ε > 0 fixé que la
fonction f ∗ θε appartient à l’espace H s (R3 ) pour tout s > 0. De plus, nous avons la limite
kf ∗ θε kL2 −→ kf kL2 , ce qui nous permet de récupérer la fonction f initiale.
ε→0

Le programme de travail est alors assez clair : avec une régularisation bien posée du
~ u nous pourrons réaliser un certain nombre de calculs pour obtenir
terme non-linéaire (~u · ∇)~
les estimations recherchées. En effet, avec les différentes estimations déjà réalisées pour les
termes (1) et (2) de l’expression (5.5) page 147, on verra qu’il est assez simple d’appliquer
le schéma itératif de Picard pour le problème régularisé. Mais on se gardera bien de croire
que cela représente la fin des calculs : il y a une dépendance par rapport au paramètre de
régularisation ε et il faudra revenir au problème original en faisant ε −→ 0. Ce passage à la
limite n’est pas totalement trivial et il sera étudié en détail dans la section suivante.

Revenons à la régularisation. Avec cette fonction auxiliaire θε , définie ci-dessus, si nous


~ u dans la partie (3) de la formulation intégrale (5.5)
remplaçons le terme non-linéaire (~u · ∇)~
par la version régularisée suivante

~ u,
([~u ∗ θε ] · ∇)~ (ε > 0),

nous obtenons Z t
~ u (s, x)ds,

gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
0

et maintenant nous voulons contrôler la norme k · kT , définie dans (5.4), de cette expression
(on remarquera sans problème que cette formule régularisée définit une application bilinéaire).

Inspirés par la Proposition 5.1.2, nous savons qu’un contrôle en norme L2t Ḣx−1 de la
~ u est utile pour obtenir des inégalités adaptées à nos besoins, en effet,
quantité ([~u ∗ θε ] · ∇)~
~ u ∈ L2 Ḣ −1 , si l’on applique directement
en supposant pour l’instant que l’on a ([~u ∗ θε ] · ∇)~ t x
les calculs précédents nous avons bien l’estimation
Z t
~ u (s, x)ds ~ uk 2 −1 ,

gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~ ≤ Ck([~u ∗ θε ] · ∇)~ L Ḣx
t
0 T
152 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

et c’est précisément ici que nous pouvons voir l’utilité de la régularisation : sans celle-ci, nous
n’avons pas de contrôle dans l’espace L2t Ḣx−1 à partir des informations de l’espace ambiant
L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx dans lequel on souhaite travailler.

Dans ce sens, nous avons le résultat suivant :

Proposition 5.2.1 Soit 0 < T < T ∗ . Si ~u est un champ de vecteurs à divergence nulle
tel que
~u ∈ L∞ [0, T ], L2 (R3 ) ∩ L2 [0, T ], Ḣ 1 (R3 ) ,
 

et si la fonction θε (x) = ε13 θ xε se construit à partir de la fonction θ donnée dans




(5.12) pour tout ε > 0, alors nous avons l’inégalité



~ uk 2 −1 ≤ Cε− 23 T k~uk2 ∞ 2 .
k([~u ∗ θε ] · ∇)~ (5.13)
L Ḣx
t L Lx t

Preuve. Etudions pour commencer la norme Ḣ −1 . Comme div(~u ∗ θε ) = div(~u) ∗ θε = 0,


nous pouvons écrire
~ u(t, ·)k −1
k([~u ∗ θε ] · ∇)~ = kdiv([~u ∗ θε ] ⊗ ~u)(t, ·)kḢ −1 ' k[~u ∗ θε ] ⊗ ~u(t, ·)kL2

≤ k[~u ∗ θε ](t, ·)kL∞ k~u(t, ·)kL2


3
≤ k~u(t, ·)kL2 kθε kL2 k~u(t, ·)kL2 ≤ Cε− 2 k~u(t, ·)k2L2 ,
où nous avons utilisé les inégalités de Hölder et de Young pour la convolution. Ainsi, avec la
norme L2 en variable de temps nous avons

~ uk 2 −1 ≤ Cε− 23 T k~uk2 ∞ 2 ,
k([~u ∗ θε ] · ∇)~ L Ḣx
t L Lx t

ce qui termine la preuve de la proposition. 

Remarque 5.2 Si nous remplaçons le terme (~u · ∇)~ ~ u par la régularisation ([~u ∗ θε ] · ∇)~
~ u,
2 −1
nous pouvons donner un sens à la norme Lt Ḣx de cette dernière quantité en fonction des
informations données par notre cadre de travail sur la vitesse ~u, à savoir ~u ∈ L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx .
Toutefois, le contrôle obtenu n’est pas uniforme par rapport au paramètre de régularisation ε
comme on peut le voir dans la conclusion de la proposition ci-dessus.
Avec tous les résultats précédents, on peut concevoir sans trop de problème que cette
estimation (5.13) nous permettra de fermer l’argument de point fixe : chaque terme de la
représentation intégrale (5.5) page 147, des équations considérées pourra être correctement
contrôlé.

Nous avons donc maintenant suffisamment de matériel pour énoncer et démontrer le


résultat principal de ce chapitre qui nous donne l’existence de solutions faibles pour les
équations de Navier-Stokes.

Toutefois, avant de clore cette section nous insistons sur le fait que la régularisation in-
~ u n’est pas sans conséquences et elle nous amène
troduite dans le terme non-linéaire (~u · ∇)~
à étudier un problème approché (à ε > 0 fixé) dont les solutions vont dépendre du paramètre ε.

On remarquera en particulier que si l’on fait naı̈vement tendre ε −→ 0, alors l’estima-


3
tion (5.13) n’est d’aucune utilité car on perd le contrôle annoncé puisque la quantité ε− 2
5.3. Théorème Principal 153

explose : nous aurons besoin de quelques ingrédients supplémentaires pour nous défaire de
cette régularisation. Indiquons rapidement qu’un des ingrédients qui nous permettra de nous
défaire de cette régularisation est justement les estimations a priori obtenues dans la formule
(5.2), page 145.

5.3 Théorème Principal

Voici maintenant le résultat qui nous donne l’existence des solutions faibles des équations
de Navier-Stokes par la méthode utilisée par J. Leray en 1934 dans l’article [34].

Théorème 5.3.1 (Leray –1934) Soit ~u0 ∈ L2 (R3 ) une donnée initiale avec
div(~u0 ) = 0 et soit f~ ∈ L2 [0, T ∗ [, Ḣ −1 (R3 ) avec 0 < T ∗ ≤ +∞. Alors nous avons les
points suivants :

1) Il existe une fonction ~u qui appartient à l’espace L∞ [0, T ], L2 (R3 ) ∩




L2 [0, T ], Ḣ 1 (R3 ) avec 0 < T < T ∗ qui vérifie au sens faible les équations


de Navier-Stokes

~ + f~, div(~u) = 0,
~ u − ∇p
∂t ~u = ∆~u − (~u · ∇)~

~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0.


2) La solution ~u vérifie également l’inégalité d’énergie suivante


Z t Z t
k~u(t, ·)k2L2 +2 k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ k~u0 k2L2 +2 hf~(s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds,
0 0

pour tout 0 < t < T .

Il est très important de souligner ici que l’on obtient seulement un résultat d’existence de
solutions dont la “durée de vie” dépend uniquement des propriétés de la force extérieure, si
celle-ci est définie sur [0, +∞[, alors on obtient des solutions globales en temps, et ce sans
aucune contrainte par rapport à la taille de la donnée initiale ~u0 ou de la force extérieure f~.
De plus, le dernier point fournit une inégalité d’énergie pour ce type de solutions faibles et
cette estimation est fondamentale dans l’analyse des équations de Navier-Stokes comme nous
pourrons le voir par la suite.

Démonstration du Théorème 5.3.1. Nous allons décomposer la démonstration de ce


résultat en plusieurs étapes :

A) Régularisation des équations de Navier-Stokes et séparation des variables


B) Etude (locale en temps) de l’équation régularisée
C) Inégalité d’énergie pour l’équation régularisée
D) Solutions globales en temps pour l’équation régularisée
E) Passage à la limite et retour aux équations de Navier-Stokes
F) Etude de la pression
G) Inégalité d’énergie pour les solutions faibles.
154 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

A) Régularisation des équations de Navier-Stokes et séparation des variables


∞ 3
Z commence par considérer (comme dans (5.12)), une fonction positive θ ∈ C0 (R ) telle
On
θ(x)dx = 1 et pour ε > 0 on pose θε (x) = ε13 θ xε . Avec cette fonction régularisante

que
R3
et pour un ε > 0 fixé nous allons étudier le problème régularisé suivant

∂t ~u = ∆~u − ([~u ∗ θε ] · ∇)~ ~ + f~,
~ u − ∇p div(~u) = 0,
(5.14)
~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0.

Nous appliquons maintenant le projecteur de Leray pour obtenir d’une part le système
  
~ u + P(f~),
∂t ~u = ∆~u − P ([~u ∗ θε ] · ∇)~

~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0,


et d’autre par l’identité


1  
~ u − div(f~) .

p= div ([~u ∗ θε ] · ∇)~
(−∆)

Ainsi, une fois que l’on sera en mesure d’obtenir une solution ~u du système ci-dessus, on
pourra alors en déduire des informations sur la pression p au moyen de la formule précédente.

Dans les lignes qui suivent nous allons donc concentrer notre étude au problème régularisé :
  
~ u + P(f~),
∂t ~u = ∆~u − P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
(5.15)
~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0.

Rappelons qu’ici la donnée initiale ~u0 : R3 −→ R3 appartient à l’espace L2 (R3 ) et est


à divergence nulle et la force extérieure f~ : [0, +∞[×R3 −→ R3 appartient à l’espace
L2 [0, T ∗ [, Ḣ −1 (R3 ) avec 0 < T ∗ ≤ +∞.

B) Etude (locale en temps) de l’équation régularisée


On s’intéresse au problème approché (5.15) avec un ε > 0 fixé et notre objectif ici est
d’obtenir une solution locale en temps de cette équation, pour cela on utilise la formulation
intégrale de cette équation :
Z t Z t
gt−s ∗ P f~(s, x) ds − ~ u (s, x)ds. (5.16)
 
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
0 0

Nous allons donc appliquer un argument de point fixe dans l’espace L∞ [0, T ], L2 (R3 ) ∩


L2 [0, T ], Ḣ 1 (R3 ) muni de la norme




k · kT = k · kL∞ 2 + k · k 2 1,
t Lx L Ḣ t x

pour un certain temps 0 < T < T ∗ qui sera déterminé plus tard et qui dépendra des données
~u0 , f~ et du paramètre de régularisation ε > 0.
5.3. Théorème Principal 155

Par les Propositions 5.1.1 et 5.1.2 nous avons déjà les majorations

kgt ∗ ~u0 kT ≤ Ck~u0 kL2 et

Z t
(5.17)
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ≤ Ckf~kL2 Ḣx−1 .

t
0 T
Z t
~ u (s, ·)ds

Il ne reste plus qu’à étudier le terme gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~ et nous avons
0 T

Proposition 5.3.2 Si ~u appartient à l’espace L∞ [0, T ], L2 (R3 ) ∩ L2 [0, T ], Ḣ 1 (R3 )


 

muni de la norme k · kT , alors on a l’inégalité

3√
Z t
~ u (s, ·)ds ≤ Cε− 2 T k~uk2T .

gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~ (5.18)
0 T

Preuve. Nous reprenons une parties des calculs pour la commodité du lecteur : il s’agit alors
d’étudier les quantités
Z t Z t
~ ~ u (s, ·)ds
 
gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~u (s, ·)ds = gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
0 T 0 L∞ 2
t Lx
Z t
~ u (s, ·)ds

+ gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~ (5.19)
0 L2t Ḣx1

Pour la première quantité ci-dessus on procède par dualité. En effet, par les propriétés de la
convolution et par la continuité du projecteur de Leray, on a
Z t Z Z t 
~ ~
 
gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~u ds = sup gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~u (s, x)ds · ϕ~ (x)dx
0 L2 ϕkL2 ≤1
k~ R3 0
Z t
~ u k −1 ds

≤ sup ~ kḢ 1 kP ([~u ∗ θε ] · ∇)~
kgt−s ∗ ϕ Ḣ
k~
ϕkL2 ≤1 0
Z t
≤ C sup ~ uk −1 ds,
~ kḢ 1 k([~u ∗ θε ] · ∇)~
kgt−s ∗ ϕ Ḣ
k~
ϕkL2 ≤1 0

en appliquant l’inégalité de Cauchy-Schwarz dans la variable de temps nous avons


Z t Z t  21
~ u (s, ·)ds ~ uk 2 −1 sup ~ k2Ḣ 1 ds

gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~ ≤ Ck([~u ∗ θε ] · ∇)~ L Ḣx kgt−s ∗ ϕ
t
0 L2 k~
ϕkL2 ≤1 0
~ uk 2 −1 sup kgt−s ∗ ϕ
≤ Ck([~u ∗ θε ] · ∇)~ ~ kL2 Ḣ 1 ,
L Ḣx t t x
k~
ϕkL2 ≤1

et par le deuxième point du Lemme 4.4.3 donné page 115 on obtient (car k~ ϕkL2 ≤ 1) :
Z t
~ u (s, ·)ds ~ uk 2 −1 .

gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~ ≤ Ck([~u ∗ θε ] · ∇)~ L Ḣx t
0 L2

Ainsi, en prenant la norme L∞ en variable de temps et en appliquant l’inégalité (5.13) de la


Proposition 5.2.1, page 152, nous avons
3√
Z t
~ u (s, ·)ds ≤ Cε− 2 T k~uk2L∞ L2x .

gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~ (5.20)
t
0 L∞ 2
t Lx
156 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

Pour la deuxième expression de droite de la formule (5.19), nous utilisons la régularité maxi-
male du noyau de la chaleur, la continuité du projecteur de Leray et l’estimation (5.13) pour
obtenir
!
~ u (s, ·)
Z t Z t 
~ u (s, ·)ds
 P ([~
u ∗ θ ε ] · ∇)~
gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~ = gt−s ∗ ∆ 1 ds
0 L2t Ḣx1 0 (−∆) 2 L2t L2x
~ u

P ([~u ∗ θε ] · ∇)~ ~ u

≤ 1 = P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
(−∆) 2 L2t Ḣx−1
L2t L2x
3√
≤ Cε− 2 T k~uk2L∞ L2x , (5.21)
t

ainsi, avec les majorations (5.20) et (5.21) nous reconstruisons la norme k · kT et nous avons
la majoration

3√ 3√
Z t
~ u (s, ·)ds ≤ Cε− 2 T k~uk2L∞ L2x ≤ Cε− 2 T k~uk2T ,

gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
t
0 T

ce qui termine la preuve de la proposition. 

Maintenant, avec l’inégalité (5.18) et les majorations (5.17) nous pouvons appliquer le
principe de contraction de Banach-Picard au problème intégral (5.16) : avec les notations du
Théorème 4.1.1 donné page 104 du Chapitre 4, (voir également la formule (4.19), page 113)
nous pouvons réécrire l’équation
Z t Z t
~ ~ u (s, x)ds,
 
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P f (s, x) ds − gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
0 0

comme
~ 0 − B(~u, ~u),
~u = U
~ 0 par
où nous avons noté U
Z t
~ 0 = gt ∗ ~u0 + gt−s ∗ P f~ ds,

U
0

et où B(·, ·) est une application bilinéaire donnée par


Z t
~ u ds,

B(~u, ~u) = gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
0

(le lecteur vérifiera sans peine que l’application ci-dessus est effectivement bilinéaire).

En particulier nous savons que si l’on a les estimations


~ 0 kT ≤ δ,
kU et kB(~u, ~u)kT ≤ CB k~ukT k~ukT ,
~ 0 − B(~u, ~u) admet une unique solution si 0 < δ <
alors l’équation ~u = U 1
< 1.
4CB

Ainsi, en revenant à notre problème de point fixe, nous pouvons poser par tous les calculs
précédents (voir la Proposition 5.1.1, page 147 et la Proposition 5.1.2, page 148 pour le terme
~ 0 et la Proposition 5.3.2 pour le terme B(~u, ~u)) :
U
3√
 
δ = C k~u0 kL2 + kf~kL2 Ḣx−1 et CB = Cε− 2 T ,
t
5.3. Théorème Principal 157

de sorte que nous obtenons l’existence d’une unique solution ~u dans l’espace L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx
du problème sous forme intégrale
Z t Z t
~ ~ u (s, x)ds, (5.22)
 
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P f (s, x) ds − gt−s ∗ P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
0 0

qui est équivalent (voir la Section 4.5, page 124) au problème sous forme différentielle :
  
~ u + P(f~),
∂t ~u = ∆~u − P ([~u ∗ θε ] · ∇)~
(5.23)
~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0,

sur un intervalle de temps [0, T ] où 0 < T < T ∗ est suffisamment petit pour vérifier

ε3
T <  2 . (5.24)
C k~u0 kL2 + kf~kL2 Ḣx−1
t

Remarque 5.3 Les solutions que nous venons d’obtenir dépendent bien évidemment du pa-
ramètre ε. Nous les noterons ~uε et nous avons ~uε ∈ L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx , ce qui correspond bien
à la première partie de notre programme. Toutefois, le temps T d’existence de la solution
dépend également du paramètre ε > 0 comme le montre l’inégalité ci-dessus : il faudra donc
une étape supplémentaire pour pouvoir faire tendre ε −→ 0 sans perte d’information.

Remarque 5.4 Pour tout temps 0 < t ≤ T , les solutions ~uε (t, x) de l’équation (5.23)
vérifient la condition div(~uε )(t, x) = 0.
En effet, on remarque tout d’abord que puisque ~uε ∈ L2t Ḣx1 alors div(~uε ) ∈ L2t L2x ce qui
montre que cette quantité a bien un sens. Ensuite, en utilisant l’expression (5.22) de ~uε , nous
appliquons l’opérateur divergence a cette identité et nous avons
Z Z  Z t Z t 
gt−s ∗ P f~ ds − ~ u ds · ϕ
 
kdiv(~
uε )kL2t L2x = sup div gt ∗ ~
u0 + gt−s ∗ P ([~
u ∗ θε ] · ∇)~ ~ dxdt
kϕk
~ L2 L2 ≤1 R R3 0 0
t x
Z Z   Z t 
gt−s ∗ div(P f~ ds · ϕ

= sup gt ∗ div(~
u0 ) · ϕ
~+ ~
kϕk
~ L2 L2 ≤1 R R3 0
t x
Z t 
~ u (s, x)ds · ϕ

− gt−s ∗ div(P ([~
u ∗ θε ] · ∇)~ ~ dxdt
0

mais puisque la donnée initiale vérifie div(~u0 ) = 0 et par la propriété générique div(P(f~)) = 0
du projecteur de Leray (voir la formule (4.9), page 108), on en déduit sans problème que l’on
a bien div(~uε ) = 0.

C) Inégalité d’énergie pour l’équation régularisée


Passons maintenant à l’inégalité d’énergie pour cette solution ~uε et nous allons obtenir
l’estimation (5.2), page 145, mais en procédant cette fois-ci de manière rigoureuse. Il convient
pour cela de faire un bilan des informations que nous avons maintenant à notre disposition :

• on a ~uε ∈ L2t Ḣx1 , car il s’agit de la solution obtenue ci-dessus,

~ uε ∈ L2t Ḣx−1 (voir la Proposition 5.2.1, page 152),



• nous savons que P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~

• comme conséquence du premier point on a ∆~uε ∈ L2t Ḣx−1 ,


158 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

• par hypothèse on a également P(f~) ∈ L2t Ḣx−1 .

~ uε + P f~ , on en
 
Ainsi, à partir de tous ces points, comme on a ∂t ~uε = ∆~uε − P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~
déduit que l’on a ∂t ~uε ∈ L2t Ḣx−1 . Donc, par dualité entre les espaces L2t Ḣx−1 et L2t Ḣx1 , nous
pouvons alors donner un sens aux quantités
~ uε · ~uε , P f~ · ~uε ,
 
∂t ~uε · ~uε , ∆~uε · ~uε , P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~

et on peut écrire
Z Z
d  
~ uε + P f~ dx
k~uε (t, ·)k2L2

= 2 ~uε · ∂t ~uε dx = 2 ~uε · ∆~uε − P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~
dt RZ3 R3Z Z
~ 2 ~ ~uε · P f~ dx.
 
= −2 |∇ ⊗ ~uε | dx − 2 ~uε · P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~uε dx + 2
R3 R3 R3

En utilisant les propriétés du projecteur de Leray (c’est un opérateur auto-adjoint et son


action sur ~uε est transparente car P(~uε ) = ~uε puisque div(~uε ) = 0), nous avons
Z Z Z
d 2
k~uε (t, ·)kL2 = −2 ~ 2
|∇ ⊗ ~uε | dx − 2 ~
~uε · ([~uε ∗ θε ] · ∇)~uε dx + 2 ~uε · f~dx. (5.25)
dt R3 R3 R3

Rappelons à présent que la quantité suivante est bien définie par la dualité L2t Ḣx−1 − L2t Ḣx1
D E
~ uε , ~uε ,
([~uε ∗ θε ] · ∇)~ (5.26)

et avec une intégration par parties nous obtenons l’identité


Z Z Z
~ uε · ~uε dx = −
([~uε ∗ θε ] · ∇)~ ~ uε · ~uε dx −
([~uε ∗ θε ] · ∇)~ |~uε |2 div([~uε ∗ θε ])dx
R3 3 3
ZR R

= − ~ uε · ~uε dx,
([~uε ∗ θε ] · ∇)~
R3

puisque div([~uε ∗ θε ]) = 0, ce qui nous permet de conclure que l’on a bien


Z
~ uε dx = 0.
~uε · ([~uε ∗ θε ] · ∇)~
R3

Insistons que ce calcul, réalisé de manière formelle dans l’introduction, est maintenant correct
et rigoureux. En revenant à (5.25) nous avons alors :
Z Z
d
k~uε (t, ·)k2L2 = −2 ~ ⊗ ~uε |2 dx + 2
|∇ ~uε · f~dx. (5.27)
dt R3 R3

Avec les informations sur ~uε et f~, il vient (par dualité et par les inégalités de Young)
d
k~uε (t, ·)k2L2 ≤ −2k~uε (t, ·)k2Ḣ 1 + 2k~uε (t, ·)kḢ 1 kf~(t, ·)kḢ −1
dt
≤ −k~uε (t, ·)k2Ḣ 1 + kf~(t, ·)k2Ḣ −1 , (5.28)

de sorte qu’en intégrant par rapport à la variable de temps sur l’intervalle [0, t] on obtient
finalement l’estimation
Z t Z t
2
k~uε (t, ·)kL2 + 2 2
k~uε (s, ·)kḢ 1 ds ≤ k~u0 kL2 + kf~(s, ·)k2Ḣ −1 ds, (5.29)
0 0

valable pour tout 0 < t ≤ T .


5.3. Théorème Principal 159

Remarque 5.5 Les calculs précédents donnent un sens à l’inégalité d’énergie (5.2) qui a
été obtenue heuristiquement au début de ce chapitre. On observera que maintenant tous
les objets ci-dessus ont bien un sens, chaque quantité est bien définie et les calculs réalisés
sont justifiés. . .mais il y a toutefois une dépendance importante par rapport au paramètre de
régularisation ε > 0. Néanmoins, cette dépendance n’intervient que dans la partie de gauche
de cette estimation : autrement dit nous avons un contrôle uniforme en ε > 0 qui sera mis à
profit dans ce qui suit.

Remarque 5.6 On notera sans problème que l’estimation (5.29) reste valable tant qu’on
dispose d’un bon contrôle sur la force f~ (qui est, rappelons-le, une donnée du problème).

D) Solutions globales en temps pour l’équation régularisée


Voyons maintenant comment prolonger le temps d’existence des solutions obtenues dans
les lignes ci-dessus. Notre point de départ est une donnée initiale ~u0 ∈ L2 (R3 ) et une force
extérieure f~ qui appartient à l’espace L2 ([0, T ∗ [, Ḣ −1 (R3 )) avec 0 < T ∗ ≤ +∞. L’algorithme
de point fixe mis en place pour ε > 0 permet donc d’obtenir une unique solution ~uε ∈
L∞ ([0, T ], L2 (R3 )) ∩ L2 ([0, T ], Ḣ 1 (R3 )) avec un temps 0 < T < T ∗ qui vérifie l’estimation
(5.24) et qui est potentiellement très petit car on souhaite travailler avec des données (~u0 , f~)
grandes.

Remarque 5.7 On notera que par les mêmes arguments donnés dans le Corollaire 4.4.5,
page 123, on obtient qu’à ε > 0 fixé, la solution mild approchée ~uε appartient également à
l’espace C([0, T ], L2 (R3 )).
Cette continuité en variable de temps nous permet d’affirmer que la quantité ponctuelle (en
variable de temps) k~uε (T, ·)kL2 est bornée : on pourra prendre cette valeur comme une nou-
velle donnée initiale.

Ainsi, on peut réappliquer le même algorithme précédent au problème avec T ≤ t :


Z t Z t
gt−s ∗P f~ (s, x)ds− ~ uε (s, x)ds, (5.30)
 
~uε (t, x) = gt−T ∗~uε,T (x)+ gt−s ∗P ([~uε ∗θε ]· ∇)~
T T

où, comme on l’a vu, la donnée initiale ~uε,T (x) = ~uε (T, x) appartient à l’espace L2 (R3 ) :
on obtiendra de la sorte une solution mild (notée ~ueε ) de ce système approché dans l’espace
L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx pour un certain intervalle de temps du type [T, T + δ].

En principe le gain de temps δ doit dépendre de la taille de la donnée initiale ~uε,T mais
nous allons voir que c’est précisément ici qu’intervient l’information a priori obtenue dans la
section précédente et qu’elle nous permettra d’obtenir un gain de temps uniforme : en effet,
par l’inégalité d’énergie (5.29) on a la majoration uniforme (en ε et en temps) suivante

k~uε (T, ·)k2L2 ≤ k~u0 k2L2 + kf~k2L2 Ḣ −1 ,


t x

inégalité à partir de laquelle on déduit la majoration

k~uε (T, ·)kL2 + kf~kL2 Ḣx−1 ≤ k~u0 kL2 + 2kf~kL2 Ḣx−1 ,


t t

qui nous donne à son tour l’estimation qui suit


1 1
≤ ,
k~u0 kL2 + 2kf~kL2 Ḣx−1 k~uε (T, ·)kL2 + kf~kL2 Ḣx−1
t t
160 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

ainsi, à ε > 0 fixé, si le gain de temps δ vérifie la condition suivante (qui est plus forte que
(5.24)) :
ε3 ε3
δ<  2 ≤  2 ,
C k~u0 kL2 + 2kf~kL2 Ḣx−1 C k~uε (T, ·)kL2 + kf~kL2 Ḣx−1
t t

on obtient alors l’existence d’une solution unique ~ueε sur l’intervalle [T, T + δ] qui s’écrit sous
la forme (5.30).

Une fois que nous avons obtenu une unique solution ~uε sur l’intervalle [0, T ] et une unique
solution ~ueε sur [T, T + δ], on peut tout simplement définir

~uε = ~uε 1[0,T [ + ~ueε 1[T,T +δ] ,

pour obtenir une unique solution du système approché sur l’intervalle [0, T + δ] tout entier
qui vérifie ~uε ∈ C([0, T + δ], L2 (R3 )) ∩ L2 ([0, T + δ], Ḣ 1 (R3 )). En effet, on écrit

~uε (t, x) = ~uε (t, x)1[0,T [ (t) + ~ueε (t, x)1[T,T +δ] (t)
Z t Z t !
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds − ~ uε (s, x)ds 1[0,T [ (t) +
 
= gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~
0 0
!
Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds − ~ uε (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t),
 
gt−T ∗ ~uε,T (x) + gt−s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~
T T

puis, en remarquant que l’on a


Z T Z T
gT −s ∗ P f~ (s, x)ds − ~ uε (s, x)ds,
 
~uε,T (x) = gT ∗ ~u0 (x) + gT −s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~
0 0

il vient
 
~uε (t, x) = gt ∗ ~u0 (x) 1[0,T [ (t) + gt−T ∗ (gT ∗ ~u0 (x)) 1[T,T +δ[ (t)
Z t   Z T 
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds 1[0,T [ (t) + gt−T ∗ gT −s ∗ P f~ (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t)
 
+
0 0
Z t 
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t)

+
T
Z t 
~

− gt−s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~uε (s, x)ds 1[0,T [ (t)
0
 Z T 
~

− gt−T ∗ gT −s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~uε (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t)
0
Z t 
~ uε (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t).

− gt−s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~
T

Maintenant, en utilisant le théorème de Fubini pour intervertir l’intégrale en temps et l’intégrale


qui provient de la convolution et les propriétés de semi-groupe du noyau de la chaleur gt , on
peut écrire
Z T Z T Z T
gT −s ∗ P f~ (s, x)ds = ∗ gT −s ∗ P f~ (s, x)ds = gt−s ∗ P f~ (s, x)ds,
  
gt−T ∗ gt−T
0 0 0
5.3. Théorème Principal 161

et on obtient :
 
~uε (t, x) = gt ∗ ~u0 (x) 1[0,T [ (t) + gt ∗ ~u0 (x) 1[T,T +δ[ (t)
Z t  Z T 
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds 1[0,T [ (t) + gt−s ∗ P f~ (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t)
 
+
0 0
Z t 
~

+ gt−s ∗ P f (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t)
T
Z t 
~

− gt−s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~uε (s, x)ds 1[0,T [ (t)
0
Z T 
~

− gt−s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~uε (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t)
0
Z t 
~ uε (s, x)ds 1[T,T +δ[ (t),

− gt−s ∗ P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~
T

et par linéarité de l’intégrale nous avons bien


!
Z t Z t
gt−s ∗P f~ (s, x)ds− ~ uε (s, x)ds 1[0,T +δ[ (t),
 
~uε (t, x) = gt ∗~u0 (x)+ gt−s ∗P ([~uε ∗θε ]· ∇)~
0 0

ce qui nous fournit une solution ~uε (t, x) du problème approché (5.22) sur l’intervalle de temps
[0, T + δ[.

Il est alors possible de répéter tous ces arguments précédents pour obtenir une solution
sur l’intervalle [0, T + 2δ] puis sur [0, T + 3δ], etc, où le pas de temps δ est le même à chaque
application du processus de point fixe : il n’y a pas de perte d’information et même si ce
gain de temps δ est petit (car les quantités k~u0 kL2 et kf~kL2 Ḣx−1 sont quelconques), il reste
t
uniforme. Ceci nous permet de prolonger de proche en proche (par continuité en variable
de temps) le temps d’existence de la solution ~uε du problème régularisé. Ainsi, par itération
et tant que la force f~ est correctement définie, on obtient alors des solutions ~uε globales en
temps : autrement dit, si f~ ∈ L2 ([0, T ∗ [, Ḣ −1 (R3 )) avec 0 < T ∗ ≤ +∞ et si ~u0 ∈ L2 (R3 ) est
une donnée initiale, alors pour ε > 0 fixé, les équations

~ u) + P(f~),
∂t ~u = ∆~u − P(([~u ∗ θε ] · ∇)~

~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0,


admettent une solution ~uε qui vérifie ~uε ∈ C([0, T ∗ [, L2 (R3 )) ∩ L2 ([0, T ∗ [, Ḣ 1 (R3 )).

E) Passage à la limite et retour aux équations de Navier-Stokes


Une fois que nous avons obtenu des solutions globales en temps ~uε nous devons réaliser
le passage à la limite ε → 0 pour récupérer les équations de Navier-Stokes usuelles :

~ uε ) + P(f~),
∂t ~uε = ∆~uε − P(([~uε ∗ θε ] · ∇)~
↓ ↓ ↓
∂t ~u = ∆~u − P((~u · ∇)~u) + P(f~),
~

. . .mais cette opération n’est pas totalement triviale comme nous allons le voir.
162 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

En effet, puisque pour tout ε > 0 fixé, on a par l’inégalité d’énergie (5.29) que la famille
(~uε )ε>0 reste bornée dans l’espace L∞ ([0, T ∗ [, L2 (R3 )) ∩ L2 ([0, T ∗ [, Ḣ 1 (R3 )), alors nous pou-
vons obtenir sans trop de problème (par le Théorème 2.5.6 de Banach-Alaoglu, page 37) que
la suite (~uε )ε>0 converge dans un sens faible-∗ vers une fonction ~u, mais cela n’implique pas
forcément que cette fonction limite ~u vérifie les équations de Navier-Stokes et le point délicat
est bien évidemment lié au terme non linéaire car il s’agit de donner un sens à la quantité
~ uε lorsque ε → 0.
([~uε ∗ θε ] · ∇)~

Rappelons que le produit de deux distributions n’est pas définit en général et en particu-
lier, si ϕ est une fonction de test en temps et en espace on sera amené à étudier des quantités
du type Z +∞
Z
(uj,ε ∗ θε )(∂xj uk,ε )ϕ dxdt,
−∞ R3

pour 1 ≤ j, k ≤ 3 et la présence de cette fonction test ϕ ne permet pas de conclure que l’on a
Z +∞ Z Z +∞ Z
(uj,ε ∗ θε )(∂xj uk,ε )ϕ dxdt −→ uj (∂xj uk )ϕ dxdt, (5.31)
−∞ R3 ε→0 −∞ R3

car nous n’avons qu’une seule fonction test et deux termes uj,ε ∗ θε et ∂xj uk,ε dont il faut
étudier la convergence.

Nous aurons donc besoin d’un argument supplémentaire qui fournira un peu de conver-
gence forte pour un de ces deux termes, de sorte que la double convergence (5.31) ci-dessus
se transforme en un problème qui ne fait intervenir qu’une seule convergence faible.

Pour cela nous allons présenter dans les lignes ci-dessous un résultat général qui permet
d’obtenir cette convergence forte, mais avant de rentrer dans le vif du sujet, il est utile de
rappeler que nous avons les points suivants :

• Etant donné que nous avons ~uε ∈ L2t Ḣx1 on peut déduire sans problème que l’on a
∆~uε ∈ L2t Ḣx−1 , et ce pour tout ε > 0.

• par les propriétés de la fonction θ (voir page 151), on a k~uε ∗ θε (t, ·)kL2 ≤ k~uε (t, ·)kL2 ,
et grâce à cette estimation, en suivants les calculs exposés entre les formules (5.10)-
(5.11) page 150, on obtient que le terme non linéaire ([~uε ∗ θε ] · ∇)~ ~ uε appartient à
−3
l’espace L2t Ḣx 2 , pour tout ε > 0. En effet, on a

~ uε k
k([~uε ∗ θε ] · ∇)~ 3 ≤ Ck~uε ∗ θε kL∞ 2 k~
uε kL2 Ḣ 1
−2 t Lx
L2t Ḣx t x

≤ Ck~uε kL∞ 2 k~
t Lx
uε kL2 Ḣ 1 ,
t x

3
~ uε est bornée dans l’espace L2 Ḣx− 2 .
ce qui montre bien que la quantité ([~uε ∗ θε ] · ∇)~ t

• Par hypothèse nous avons f~ ∈ L2t Ḣx−1 .


3
Maintenant, en utilisant d’une part les inclusions d’espace Ḣ −1 ⊂ H −1 ⊂ H − 2 et d’autre
3 3
part les inclusion Ḣ − 2 ⊂ H − 2 (voir les inclusions (2.40), page 30 et (2.32), page 27), nous
− 32
obtenons que tous les termes ci-dessus appartiennent à l’espace L2t Hx (on se souviendra
que le projecteur de Leray est continu dans ces espaces).
5.3. Théorème Principal 163

Ainsi, puisque ~uε est solution du problème approché

~ uε + P f~ ,
 
∂t ~uε = ∆~uε − P ([~uε ∗ θε ] · ∇)~

−3
le terme ∂t ~uε appartient à l’espace L2t Hx 2 , et ce pour tout sous-intervalle borné [0, T ] et
pour tout ε > 0.

Maintenant, comme nous disposons de l’inégalité d’énergie (5.29), on a des contrôles


uniformes en ε des normes L∞ 2 2 1
t Lx et Lt Ḣx du terme ~uε , ce qui avec ces points précédents
nous permet d’écrire , pour toute fonction test ϕ ∈ D(I × R3 ),
1

sup kϕ~uε kL2 ([0,T ],H 1 (R3 )) < +∞,


ε>0
(5.32)
sup kϕ∂t ~uε k 3 < +∞.
ε>0 L2 ([0,T ],H − 2 (R3 ))

Ces deux points seront les hypothèses du résultat suivant qui nous permettra comme indiqué
d’obtenir un critère de convergence forte. Plus précisément nous avons :

Lemme 5.3.3 (Rellich-Lions-Kondrashov) Soit I ⊆ R un intervalle et soit


Ω ⊂ R3 un domaine ouvert borné à bord régulier. Si (fn )n∈N est une suite de fonctions
définies sur I ×Ω telles que pour toute fonction test ϕ ∈ D(I ×Ω) on ait les estimations :

1) pour α > 0 : supkϕ fn kL2 (I,H α (R3 )) < +∞ et,


n∈N

2) pour β > 0 et 1 < p ≤ 2 : supkϕ ∂t fn kLp (I,H −β (R3 )) < +∞,


n∈N

alors il existe une sous-suite (fnk )k∈N qui converge fortement vers une fonction limite
f ∈ (L2t L2x )loc : pour tout ϕ ∈ D(I × Ω) on a
Z Z
lim ϕ(t, x)2 |fnk (t, x) − f (t, x)|2 dxdt = 0.
k→+∞ R R3

Preuve. Fixons une fonction test ϕ ∈ D(I × Ω) et posons vn = ϕfn . Nous avons alors
par construction supkvn kL2 (I,H α (R3 )) < +∞ et nous avons également
n∈N

supk∂t vn kLp (I,H −β (R3 )) < +∞, (5.33)


n∈N

en effet, on a k∂t vn kLp (I,H −β (R3 )) ≤ k(∂t ϕ)fn kLp (I,H −β (R3 )) + kϕ∂t fn kLp (I,H −β (R3 )) et par hy-
pothèse le deuxième terme vérifie supkϕ ∂t fn kLp (I,H −β (Ω)) < +∞. Pour le premier terme, par
n∈N
les inclusions d’espaces H α ⊂ L2 ⊂ H −β donnée dans les formules (2.29) et (2.32), page 26, et
en posant ∂t ϕ = ψ, on obtient k(∂t ϕ)fn (t, ·)kH −β (R3 ) = kψfn (t, ·)kH −β (R3 ) ≤ kψfn (t, ·)kH α (R3 )
puis en prenant la norme Lp en variable de temps il vient

k(∂t ϕ)fn kLp (I,H −β (R3 )) ≤ kψfn kLp (I,H α (R3 )) ≤ Ckψfn kL2 (I,H α (R3 )) ,

où nous avons utilisé pour la dernière estimation le support compact en temps de la fonction
ψ et les inégalités de Hölder avec le fait que 1 < p ≤ 2. Ainsi, avec cette majoration et avec
1. On vérifiera sans problème que sur un intervalle de temps borné, si une fonction appartient à l’espace
L∞ 2 2 1 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx , alors elle appartient à l’espace non-homogène Lt Hx .
164 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

la première hypothèse nous obtenons alors sans problème le contrôle (5.33).

On considère maintenant la fonction θ(t) = c|t|r−1 avec 0 < p1 − 12 < r < 1 dont la
b ) = |τ |−r et avec cette fonction auxiliaire, en notant par ? le
transformée de Fourier est θ(τ
produit de convolution dans la variable de temps, nous pouvons écrire par les inégalités de
Young (avec 1 + 21 = a1 + p1 )

supkθ ? ∂t vn kL2 (I,H −β (R3 )) ≤ kθkLa supk∂t vn kLp (I,H −β (R3 )) < +∞,
n∈N n∈N

1 1
et on remarquera que l’on a bien kθkLa < +∞ puisque p − 2 < r.

Nous allons maintenant étudier en variable de Fourier (en temps et en espace) les quantités
supkvn kL2 (I,H α (R3 )) et supkθ ? ∂t vn kL2 (I,H −β (R3 )) : d’une part nous avons par la formule de
n∈N n∈N
Plancherel
Z Z
supkvn kL2 (I,H α (R3 )) ' sup |Ft,x (vn )(τ, ξ)|2 (1 + |ξ|2 )α dτ dξ < +∞, (5.34)
n∈N n∈N R R3

d’autre part, en remarquant que l’on a |Ft,x (∂t vn )(τ, ξ)| = |τ ||Ft,x (vn )(τ, ξ)|, nous obtenons
Z Z
supkθ ? ∂t vn kL2 (I,H −β (R3 )) ' sup |τ |−2r (|τ ||Ft,x (vn )(τ, ξ)|)2 (1 + |ξ|2 )−β dτ dξ < +∞,
n∈N n∈N R R3

ce qui nous permet d’écrire


Z Z
sup (1 + |τ |2 )1−r |Ft,x (vn )(τ, ξ)|2 (1 + |ξ|2 )−β dτ dξ < +∞. (5.35)
n∈N R R3

Avec ces estimations uniformes et avec les inégalités de Hölder nous allons vérifier que l’on a
Z Z
sup (1 + |τ |2 + |ξ|)γ |Ft,x (vn )(τ, ξ)|2 dτ dξ < +∞, (5.36)
n∈N R R3

(1−r)α
où 0 < γ = 1−r+α+β . En effet, on écrit
Z Z Z Z
(1 + |τ |2 + |ξ|2 )γ |Ft,x (vn )(τ, ξ)|2 dτ dξ ≤ (1 + |τ |2 )γ (1 + |ξ|2 )γ |Ft,x (vn )(τ, ξ)|2 dτ dξ
R R3 R R3

Z Z
2α αβ
− 1−r+α+β
≤ (1 + |τ |2 )γ |Ft,x (vn )(τ, ξ)| 1−r+α+β (1 + |ξ|2 )
R R3
2(1−r+β) α(1−r+β)
×|Ft,x (vn )(τ, ξ)| 1−r+α+β (1 + |ξ|2 ) 1−r+α+β dτ dξ,
1−r+α+β 1−r+α+β
et si l’on pose δ = α > 1 et δ 0 = 1−r+β , on a bien 1
δ + 1
δ0 = 1 et il vient alors
Z Z Z Z  δ1
(1 + |τ |2 + |ξ|2 )γ |Ft,x (vn )(τ, ξ)|2 dτ dξ ≤ (1 + |τ |2 )1−r |Ft,x (vn )(τ, ξ)|2 (1 + |ξ|2 )−β dτ dξ
R R3 R R3
Z Z  10
δ
2 2 α
× |Ft,x (vn )(τ, ξ)| (1 + |ξ| ) dτ dξ .
R R3

Ainsi, avec les contrôles uniformes (5.34) et (5.35) on obtient bien que la quantité (5.36) est
bornée.
5.3. Théorème Principal 165

A partir de ce résultat on déduit que la suite (vn )n∈N est bornée dans l’espace de So-
bolev H γ (R × R3 ), de plus, comme le support des fonctions vn = ϕfn est contenu dans
un compact fixe (déterminé par la fonction auxiliaire ϕ), alors on peut appliquer le Lemme
Rellich-Kondrashov usuel (donné dans le Théorème 2.5.7, page 38) pour obtenir une sous-
suite qui converge fortement dans l’espace L2t L2x . Tout ce raisonnement dépend de la fonction
test utilisée initialement, alors pour finir il suffit de considérer un recouvrement par des en-
sembles compacts de l’ensemble I × Ω, d’associer à chacun de ces compacts des fonctions test
ϕ ∈ C0∞ (I × Ω) puis d’utiliser le procédé d’extraction diagonal de Cantor. 

Ce résultat est fondamental car, comme nous le voyons, il nous fournit une convergence
forte (même si ce n’est que localement) pour une sous-suite de fonctions pour lesquelles on
dispose d’un contrôle adéquat, ce qui est exactement le cas pour la suite (~uε )ε>0 . En effet,
par les estimations (5.32) que nous avons obtenu précédemment, on peut alors déduire qu’il
existe une sous-suite (~uεn )n∈N et une fonction ~u telles que l’on ait (localement) la limite forte
~uεn −→ ~u dans L2t L2x .
n→+∞

Avec ce résultat de convergence, étudions maintenant en détail le passage à la limite ε → 0


et récapitulons les informations que nous disposons à présent :

• Grâce à l’inégalité d’énergie (5.29) valable pour les solutions ~uε et aux contrôles uni-
formes qui s’en déduisent, on a dans chaque sous-intervalle borné [0, T ] que la suite
(~uεn )n∈N converge faiblement vers ~u dans l’espace L2t Ḣx1 et faiblement étoile vers ~u
dans l’espace L∞ t Lx :
2

~uεn * ~u et ~uεn ∞
* ~u
L2t Ḣx1 Lt L2x

• Ainsi, nous avons également la convergence faible

∆~uεn * ∆~u (5.37)


L2t Ḣx−1

• Nous avons vu dans la page précédente que le terme ∂t ~uε reste borné dans l’espace
−3
L2t Hx 2 , on obtient donc la convergence faible :

∂t ~uεn * ∂t ~u (5.38)
3
−2
L2t Hx

• Comme nous vérifions les hypothèses (5.32) du Lemme 5.3.3 de Rellich-Lions-Kondrashov,


nous avons que la sous-suite (~uεn )n∈N converge fortement dans l’espace (L2t L2x )loc et
alors la quantité ~uεn ∗θεn converge fortement vers ~u dans l’espace (L2 ([0, T ], L2 (R3 )))loc
mais aussi dans (Lp ([0, T ], L2 (R3 )))loc pour tout 2 ≤ p < +∞ (car on a l’inclusion
Lploc ⊂ L2loc ).

• De plus, comme la sous-suite (~uεn )n∈N reste également bornée dans L2 ([0, T ], Ḣ 1 (R3 )),
~ ⊗ ~uεn converge faiblement vers ∇
nous avons que ∇ ~ ⊗ ~u dans L2 ([0, T ] × R3 ).
loc

Grâce à toutes ces observations (et en particulier par les deux derniers points ci-dessus) nous
avons la majoration suivante dans laquelle on a utilisé les calculs réalisés dans l’expression
(5.10) page 150 et les inégalités de Hölder dans la variable de temps :

~ uεn k
k([~uεn ∗ θεn ] · ∇)~ 3 ~ ⊗ ~uεn k 2 2 ,
≤ k~uεn ∗ θεn k(Lpt L2x )loc k∇
−2 (Lt Lx )loc
(Lqt Hx )loc
166 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

1 1 1
avec q = p + 2 et 1 < q < 2 et cette majoration nous montre que l’on a bien la convergence
3
~ u dans (Lq Hx− 2 )loc : le premier terme k~uεn ∗θεn k p 2
~ uεn vers (~u · ∇)~
faible de ([~uεn ∗θεn ]· ∇)~ t (Lt Lx )loc
converge fortement (par le lemme de Rellich-Lions-Kondrashov), tandis que le deuxième terme
k∇~ ⊗ ~uεn k 2 2
(Lt Lx )loc converge faiblement. Observons que nous avons également que la quantité
−3
~ uεn reste bornée uniformément dans (L2 Hx 2 )loc (voir la Remarque 5.1) et on
([~uεn ∗ θεn ] · ∇)~ t
~ u dans cet espace :
obtient ainsi la convergence faible de ce terme vers (~u · ∇)~
~ uεn
([~uεn ∗ θεn ] · ∇)~ * ~ u.
(~u · ∇)~ (5.39)
−3
(L2t Hx 2 )loc

Pour finir, nous savons que le projecteur de Leray P est continu danstous ces espaces ce qui
~ uεn vers P (~u · ∇)~
nous donne la convergence faible de la quantité P ([~uεn ∗ θεn ] · ∇)~ ~ u dans
−3
l’espace (L2t Hx 2 )loc .

Avec les convergences (5.37), (5.38) et (5.39) nous avons obtenu une sous-suite (~uεn )n∈N ,
solution du problème approché
~ uεn + P f~ ,
 
∂t ~uεn = ∆~uεn − P ([~uεn ∗ θεn ] · ∇)~
qui converge faiblement (dans S 0 en variable de temps et d’espace) lorsque ε −→ 0 vers une
fonction ~u ∈ L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx solution des équations
~ u + P f~ .
 
∂t ~u = ∆~u − P (~u · ∇)~ (5.40)

Remarque 5.8 Nous insistons sur le fait que, lors du passage à la limite ε −→ 0, nous
sommes forcés de raisonner par sous-suites extraites et cela pose un inconvénient majeur :
nous avons bien des solutions définies globalement mais le prix à payer est l’ unicité, nous ob-
tenons donc toute une famille de solutions et il n’y a aucun critère qui permette de privilégier
une solution particulière.

F) Etude de la pression
N’oublions pas qu’une solution des équations de Navier-Stokes est un couple vitesse-
pression. Nous rappelons alors, qu’une fois qu’on a fixé une vitesse ~u, alors la pression associée
se déduit par l’expression
1  ~ u − div(f~) ,
 
p= div (~u · ∇)~ (5.41)
(−∆)
et nous avons le corollaire suivant.

Corollaire 5.3.4 Soit ~u0 ∈ L2 (R3 ) une donnée initiale à divergence nulle et soit une
force extérieure f~ ∈ L2 [0, T ∗ [, Ḣ −1 (R3 ) avec T ∗ > 0. Si ~u ∈ L∞ ([0, T ∗ [, L2 (R3 )) ∩
L2 ([0, T ∗ [, Ḣ 1 (R3 )) est une solution des équations (5.40) alors la pression p donnée à
1
partir de l’équation (5.41) appartient à l’espace L2 ([0, T ∗ [, H − 2 (R3 )).
Preuve. En considérant tout d’abord la variable d’espace nous avons :
1 1
~ u(t, ·) div(f~)(t, ·)

kp(t, ·)k 1 ≤ div (~u(t, ·) · ∇)~ +
H− 2 (−∆) 1
−2 (−∆) 1
H H− 2
1 1
+ (−∆)− 2 f~(t, ·) − 1

≤ div div(~u ⊗ ~u) (t, ·)
(−∆) −1
H 2 H 2
1
≤ k~u(t, ·) ⊗ ~u(t, ·)k 1
−2 + (−∆)− 2 f~(t, ·) 1 .
H H− 2
5.3. Théorème Principal 167

On observe maintenant que par les inégalités de Hardy-Littlewood-Sobolev données dans le


3 1 1
Corollaire 2.4.7 page 31, nous avons l’inclusion L 2 (R3 ) ⊂ Ḣ − 2 (R3 ) ⊂ H − 2 (R3 ), d’autre part,
1
pour la force extérieure, on a aussi l’inclusion L2 (R3 ) ⊂ H − 2 (R3 ) (voir la formule (2.32), page
27), de sorte que l’on peut écrire
1
kp(t, ·)k 1 ≤ Ck~u(t, ·) ⊗ ~u(t, ·)k 3 + (−∆)− 2 f~(t, ·)
H− 2 L2 L2

2 1
et en utilisant les inégalités de Hölder (avec 3 = 2 + 61 ) et les inclusions Ḣ 1 (R3 ) ⊂ L6 (R3 ),
nous avons

kp(t, ·)k 1 ≤ k~u(t, ·)kL2 k~u(t, ·)kL6 + kf~(t, ·)kḢ −1


H− 2
≤ Ck~u(t, ·)kL2 k~u(t, ·)kḢ 1 + kf~(t, ·)kḢ −1 .

En prenant la norme L2 en variable de temps il vient alors

kpk 1
−2 ≤ Ck~ukL∞ ukL2 Ḣ 1 + kf~kL2 Ḣx−1 ,
2 k~
t Lx
L2t Hx t x t

et cette quantité est bien bornée car la solution de Leray ~u appartient à l’espace L∞ 2 2 1
t Lx ∩Lt Ḣx
et la force extérieure appartient à l’espace L2t Ḣx−1 . 

Remarque 5.9 Si la force extérieure est à divergence nulle (ou a fortiori si elle est nulle),
3
alors on peut vérifier très facilement que l’on a p ∈ L2t Lx2 .
En effet, si l’on a div(f~) = 0, alors l’expression (5.41) devient p = 1 ~ u et nous

(−∆) div (~u · ∇)~
pouvons écrire (avec les mêmes arguments utlisés ci-dessus)

1 
kp(t, ·)k 3 = div div(~u(t, ·) ⊗ ~u(t, ·) ' k~u(t, ·) ⊗ ~u(t, ·)k 32
L2 (−∆) 3
L2
L

≤ k~u(t, ·)kL2 k~u(t, ·)kL6 ≤ Ck~u(t, ·)kL2 k~u(t, ·)kḢ 1 ,

et en prenant la norme L2 en variable de temps il vient kpk 3 ≤ Ck~ukL∞ 2 k~


t Lx
ukL2 Ḣ 1 < +∞.
L2t Lx2 t x

G) Inégalité d’énergie pour les solutions faibles.


L’inégalité d’énergie (5.29) obtenue précédemment page 158 a été déduite à partir des
propriétés de la solution ~uε du problème approché :
Z t Z t
2
k~uε (t, ·)kL2 + 2 2
k~uε (s, ·)kḢ 1 ds ≤ k~u0 kL2 + kf~(s, ·)k2Ḣ −1 ds.
0 0

Remarquons que chaque terme de cette inégalité est bien défini car d’une part on a la
continuité en variable de temps (puisque ~uε ∈ C([0, T ], L2 (R3 )), en particulier la quan-
tité k~uε (t, ·)kL2 est bien définie ponctuellement pour 0 < t < T ) et d’autre part on a
~uε ∈ L2 ([0, T ], Ḣ 1 (R3 )), ce qui donne un sens à la première intégrale de la partie de gauche
de l’estimation ci-dessus.

Nous allons voir maintenant que cette inégalité d’énergie se maintient lors du passage à
la limite et nous souhaitons montrer que l’on a la majoration suivante
Z t Z t
2
k~u(t, ·)kL2 + 2 k~u(s, ·)kḢ 1 ds ≤ k~u0 kL2 + 2 hf~(s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds,
2 2
(5.42)
0 0
168 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

où cette fois-ci on a uniquement ~u ∈ L∞ 2 2 1


t Lx ∩ Lt Ḣx car nous n’avons plus le contrôle
2 3
C([0, T ], L (R )). Pour cela il est nécessaire de mettre en place une étape supplémentaire

Z nous considérons tout d’abord ω ∈ C0 ([−1, 1]) une fonction positive telle qu’on ait
et
ω(t)dt = 1 et pour tout η > 0 on pose ωη (t) = η1 ω(t/η). Ainsi, si pour un certain ε > 0 on
R
considère ~uε une solution du problème régularisé (5.15), sur l’intervalle de temps [η, T − η]
(sur lequel on peut considérer la convolution en variable de temps ωη ? ~uε ) nous avons alors
l’inégalité
Z Z 2 Z Z 2
kωη ? ~uε (t, ·)k2L2 = ωη (t − τ )~uε (τ, x)dτ dx ≤ ωη (t − τ )|~uε (τ, x)|dτ dx,
R3 R R3 R

et avec l’inégalité de Jensen donnée dans le Lemme 2.5.4, page 36, on obtient

kωη ? ~uε (t, ·)k2L2 ≤ ωη ? k~uε (t, ·)k2L2 . (5.43)

Maintenant, si l’on utilise l’égalité d’énergie (5.27) nous avons l’identité


Z t Z t
ωη ? k~uε (t, ·)k2L2 + 2ωη ? k~uε (s, ·)k2Ḣ 1 ds = ωη ? k~u0 k2L2
+ 2ωη ? hf~(s, ·), ~uε (s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds
0 0
Z t
= k~u0 k2L2 + 2ωη ? hf~(s, ·), ~uε (s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds, (5.44)
0

puisque kωη kL1 = 1. On remarque à présent que l’on a la convergence faible de ωη ? ~uε vers
ωη ?~u dans L2t Ḣx1 et la convergence forte de ωη ?~uε vers ωη ?~u dans (L2 ([0, T ], L2 (R3 )))loc , donc
avec le contrôle que nous avons sur la norme L2 en variable d’espace, nous avons également
la convergence faible de ωη ? ~uε (t, ·) vers ωη ? ~u(t, ·) dans L2 (R3 ). Nous pouvons alors écrire
(propriété de Fatou) :
Z t  Z t 
ωη ?k~u(t, ·)k2L2 +2ωη ? k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ lim inf ωη ? k~uεn (t, ·)k2L2 + 2ωη ? k~uεn (s, ·)k2Ḣ 1 ds ,
0 n→+∞ 0

ce qui nous donne avec les estimations (5.43) et (5.44) l’inégalité


Z t Z t
kωη ? ~u(t, ·)k2L2 + 2ωη ? k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ k~u0 k2L2 + 2ωη ? hf~(s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds.
0 0

Nous avons obtenu l’inégalité recherchée avec une régularisation en temps supplémentaire et
nous devons maintenant nous défaire de cette régularisation.

Rappelons ici qu’un point de point de Lebesgue d’une application localement intégrable
ϕ : R −→ R est un point t0 tel que l’on ait la limite
Z
1
lim |ϕ(τ ) − ϕ(t0 )|dτ = 0,
η→0+ η B(t0 ,η/2)

de plus, par le théorème de différentiation de Lebesgue (voir page 37) cette relation a lieu
presque partout. Ainsi, si t0 est un point de Lebesgue de l’application t 7−→ k~u(t, ·)kL2 (qui
est localement intégrable car on sait que ~u ∈ L∞ 2 +
t Lx ), alors en faisant η → 0 on obtient
l’inégalité
Z t0 Z t0
k~u(t0 , ·)k2L2 +2 k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ k~u0 k2L2 +2 hf~(s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds,
0 0
5.3. Théorème Principal 169

ce qui correspond bien à l’inégalité recherchée (5.42).

Maintenant, si t0 > 0 n’est pas un point de Lebesgue, on considère (tn )n≥1 > 0 une suite
de points de Lebesgue telle que l’on ait tn → t0 et telle que
Z tn Z tn
k~u(tn , ·)k2L2 +2 k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ k~u0 k2L2 +2 hf~(s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds.
0 0

Ainsi, étant donné que l’application t 7−→ k~u(t, ·)kL2 est faiblement-∗ continue, on a d’une
part l’inégalité k~u(t0 , ·)k2L2 ≤ lim k~u(tn , ·)k2L2 et d’autre part puisqu’on dispose des identités
n→+∞

Z t0 Z tn
k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds = lim k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds
0 n→+∞ 0
Z t0 Z tn
et hf~(s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds = lim hf~(s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds,
0 n→+∞ 0

on obtient
Z t0 Z tn
k~u(t0 , ·)k2L2 + 2 k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ lim k~u(tn , ·)k2L2 + lim 2 k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds
0 n→+∞ n→+∞ 0
Z tn
≤ k~u0 k2L2 + lim 2 hf~(s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds,
n→+∞ 0

ce qui nous permet d’obtenir l’inégalité d’énergie (5.42) pour ce type de points.

La démonstration du Théorème 5.3.1 est maintenant terminée. 

Les solutions que nous venons d’obtenir sont le point de départ de nombreux développements.
En particulier, lorsqu’on est intéressé par des données grandes et des temps long, cette ap-
proche est (essentiellement) la seule que nous disposons actuellement pour obtenir des so-
lutions des équations de Navier-Stokes. Pour cette raison nous introduisons la définition
suivante.

Définition 5.3.5 (Solutions faibles de Leray) Soit ~u0 ∈ L2 (R3 ) une donnée
initiale à divergence nulle et soit f~ ∈ L2 [0, T ∗ ], Ḣ −1 (R3 ) , avec 0 < T ∗ ≤ +∞, une
force extérieure.

Nous dirons qu’une solution faible ~u des équations de Navier-Stokes


~ u + P f~ , div(~u) = 0,
 
∂t ~u = ∆~u − P (~u · ∇)~

associée aux données initiales (~u0 , f~) est une solution faible de Leray si elle vérifie :

• ~u ∈ L∞ [0, T ], L2 (R3 ) ∩ L2 [0, T ], Ḣ 1 (R3 ) pour tout 0 < T < T ∗ .


 

• Pour tout 0 < t < T on a l’inégalité d’énergie


Z t Z t
2
k~u(t, ·)kL2 + 2 k~u(s, ·)kḢ 1 ds ≤ k~u0 kL2 + 2 hf~(s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds.
2 2
0 0
170 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

Remarque 5.10 Observons que les solutions globales en temps que nous venons d’obtenir
vérifient les équations de Navier-Stokes au sens faible dans les deux variables de temps et
d’espace.

Notons en particulier que l’application t 7−→ k~u(t, ·)kL2 n’est pas fortement continue, elle
appartient uniquement à l’espace L∞ t ([0, +∞[) et non pas à l’espace Ct ([0, +∞[). Toutefois,
à l’origine t = 0 nous avons le résultat suivant :

Corollaire 5.3.6 (Continuité forte en 0) Soit ~u une solution faible de Leray au sens de
la Définition 5.3.5 ci-dessus. Alors on a la propriété de continuité à l’origine suivante :

lim k~u(t, ·)k2L2 = k~u0 k2L2 .


t→0+

Preuve. Par convergence faible nous avons d’une part l’inégalité

k~u0 k2L2 ≤ lim inf k~u(t, ·)k2L2 ,


t→0+

mais par l’inégalité d’énergie nous avons le contrôle k~u(t, ·)k2L2 ≤ k~u0 k2L2 , à partir duquel on
obtient
lim supk~u(t, ·)k2L2 ≤ k~u0 k2L2 ,
t→0+

ce qui nous donne bien la propriété de continuité à l’origine recherchée puisque l’on a
lim k~u(t, ·)k2L2 = k~u0 k2L2 . 
t→0+

5.4 Inégalité forte d’énergie


Comme nous venons de le voir, les inégalités d’énergie sont un instrument particulièrement
important dans l’analyse des équations de Navier-Stokes car elles permettent d’étendre le
temps d’existence des solutions et donne un cadre de travail naturel pour un certain nombre
de développements. Ces inégalités d’énérgie que nous venons obtenir peuvent être précisées
en considérant le résultat qui suit :

Théorème 5.4.1 (Inégalité forte d’énergie) Soit ~u0 ∈  L2 (R3 ) une donnée
initiale à divergence nulle et soit f~ ∈ L2 [0, T ∗ ], Ḣ −1 (R3 ) ∩ L1 [0, T ∗ ], L2 (R3 ) ,


avec 0 < T ∗ ≤ +∞,  une force extérieure  également à divergence nulle et soit
~u ∈ L∞ [0, T ∗ ], L2 (R3 ) ∩ L2 [0, T ∗ ], Ḣ 1 (R3 ) une solution faible de Leray (au sens de
la Définition 5.3.5 ci-dessus).

Alors pour presque tout 0 < t0 < T ∗ et pour tout t ∈]t0 , T ∗ [ on la l’inégalité d’énergie
Z t1 Z t1
k~u(t1 , ·)k2L2 + k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ k~u(t0 , ·)kL2 + kf~(s, ·)k2Ḣ −1 ds.
t0 t0

La principale différence entre les inégalités d’énergie de Leray et les inégalités fortes d’énergie
réside sur le fait que dans ces dernières nous ne sommes pas obligés de considérer une
intégration en temps à partir de l’origine (t0 = 0) et cette particularité permet d’obtenir
certaines propriétés intéressantes comme nous le verrons par la suite.

Démonstration. Fixons tout d’abord un temps t0 > 0 et un temps t1 tel que t0 < t1 < T ∗ .
Nous allons reprendre certains calculs réalisés dans la page 157, ainsi, pour un ε > 0 fixé et
5.4. Inégalité forte d’énergie 171

pour une solution ~uε de l’équation (5.14), nous avons l’inégalité d’énergie (5.28) donnée page
158 :
d
k~uε (t, ·)k2L2 ≤ −k~uε (t, ·)k2Ḣ 1 + kf~(t, ·)k2Ḣ −1 .
dt
Etant donné que par la Remarque 5.7 on a ~uε ∈ C([0, T ∗ ], L2 (R3 )), alors la quantité k~uε (t0 , ·)kL2
a bien un sens et nous pouvons intégrer (en variable de temps) l’inégalité précédente sur l’in-
tervalle [t0 , t] pour obtenir
Z t Z t
2
k~uε (t, ·)kL2 + 2
k~uε (s, ·)kḢ 1 ds ≤ k~uε (t0 , ·)kL2 + kf~(s, ·)k2Ḣ −1 ds.
t0 t0

On considère maintenant pour η > 0 une fonction auxiliaire φη (t) = √1η ϕ( t−t η ) où la fonction
1
Z
positive ϕ ∈ C0∞ ([−1, 1]) vérifie |ϕ(t)|2 dt = 1, ainsi à partir de l’estimation précédente et
R
par les propriétés de normalisation de la fonction φη , nous pouvons alors écrire :
Z Z Z t 
2 2 2 2
|φη (t)| k~uε (t, ·)kL2 dt + |φη (t)| k~uε (s, ·)kḢ 1 ds dt ≤ k~uε (t0 , ·)kL2
R R t0
Z Z t 
+ |φη (t)| 2 ~ 2
kf (s, ·)kḢ −1 ds dt.
R t0

En prenant la limite εk → 0 (on se rappellera qu’on raisonne par sous-suite extraites) on


obtient
Z Z Z t 
2 2 2 2
|φη (t)| k~u(t, ·)kL2 dt + |φη (t)| k~u(s, ·)kḢ 1 ds dt
R R t0
Z Z Z t  
2 2 2 2
≤ lim inf |φη (t)| k~uε (t, ·)kL2 dt + |φη (t)| k~uε (s, ·)kḢ 1 ds dt ,
εk →0 R R t0

et cette dernière quantité est majorée par :


Z Z t 
≤ lim inf k~uεk (t0 , ·)kL2 + |φη (t)|2 ~ 2
kf (s, ·)kḢ −1 ds dt.
εk →0 R t0

Etant donné que l’application t 7−→ k~u(t, ·)kL2 est mesurable et localement intégrable (car on
a ~u ∈ L∞ 2
t Lx ), alors par le Théorème 2.5.5 de différentiation de Lebesgue donné page 37, en
faisant tendre η → 0, on obtient pour tout point de Lebesgue t1 tel que t1 > t0 , la majoration
Z t1 Z t1
2
k~u(t1 , ·)kL2 + 2
k~u(s, ·)kḢ 1 ds ≤ lim inf k~uεk (t0 , ·)kL2 + kf~(s, ·)k2Ḣ −1 ds,
t0 εk →0 t0

et cette estimation ce maintient pour tout point t1 > t0 par la continuité faible de l’applica-
tion t 7−→ k~u(t, ·)kL2 .

Il ne reste plus qu’à vérifier qu’il existe une sous-suite εj de εk telle que l’on ait la
convergence (dans L2loc (R × R3 )) de k~uεj (t0 , ·)kL2 vers k~u(t0 , ·)kL2 pour presque tout t0 > 0.
Pour cela nous souhaitons établir la limite
Z T1
lim k~uεk (t, ·) − ~u(t, ·)k2L2 dt = 0, (5.45)
εk →0 T
0

ce qui nous permettra d’extraire une sous-suite (~uεj )j∈N telle que l’on ait, presque partout,
la limite lim k~uεj (t, ·) − ~u(t, ·)kL2 = 0.
εj →0
172 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

Afin d’étudier la limite (5.45), on considère une fonction positive φ ∈ C0∞ (R3 ) telle que
φ(x) = 1 si |x| ≤ 1 et φ(x) = 0 si |x| ≥ 2. Ainsi, pour R > 1 on pose φR (x) = φ(x/R) et on
notera alors que pour R fixé on a supp(φR ) ⊂ B(0, 2R) et de plus on a lim φR (x) = 1.
R→+∞
Comme nous avons par le Lemme de Rellich-Lions-Kondrashov (voir page 165 pour l’uti-
lisation de ce lemme) la convergence forte (locale)
Z T1
kφR (·) ~uεk (t, ·) − ~u(t, ·) k2L2 dt = 0,

lim
εk →0 T
0

nous pouvons écrire (puisque par construction on a φR (·) + [1 − φR (·)] ≡ 1)


Z T1 Z T1
2
  2
lim sup k~uεk (t, ·) − ~u(t, ·)kL2 dt = lim sup φR (·) + [1 − φR (·)] ~uεk (t, ·) − ~u(t, ·) L2
dt
εk →0 T0 εk →0 T0
Z T1 Z T1
 2  2
≤ lim sup φR (·) ~uεk (t, ·) − ~u(t, ·) L2
dt + lim sup [1 − φR (·)] ~uεk (t, ·) − ~u(t, ·) L2
dt,
εk →0 T0 εk →0 T0
et par la limite ci-dessus on obtient
Z T1 Z T1
2
 2
lim sup k~uεk (t, ·) − ~u(t, ·)kL2 dt ≤ lim sup [1 − φR (·)] ~uεk (t, ·) − ~u(t, ·) L2
dt
εk →0 T0 εk →0 T0
 2
≤ (T1 − T0 )lim sup sup [1 − φR (·)] ~uεk (t, ·) − ~u(t, ·) L2
εk →0 T0 <t<T1
 
2 2
≤ (T1 − T0 )lim sup sup [1 − φR (·)]~uεk (t, ·) L2 + [1 − φR (·)]~u(t, ·) L2 .
εk →0 T0 <t<T1

Etant donné que l’on a par construction la limite lim [1−φR (·)] = 0 et que l’on a ~u ∈ L∞ 2
t Lx ,
R→+∞
2
on en déduit que lim sup [1 − φR (·)]~u(t, ·) L2
= 0, et nous pouvons écrire
R→+∞
Z T1
lim sup k~uεk (t, ·) − ~u(t, ·)k2L2 dt ≤
εk →0 T0
2
(T1 − T0 )lim sup lim sup sup [1 − φR (·)]~uεk (t, ·) L2
. (5.46)
R→+∞ εk →0 T0 <t<T1

Maintenant, pour la limite ci-dessus nous allons étudier l’évolution dans le temps de la
quantité [1 − φR (·)]~uεk = ~uR,εk . Rappelons tout d’abord que la variable ~uεk est solution
de l’équation régularisée (5.14) donnée page 154 :

~ ε + f~,
~ uε − ∇p
∂t ~uεk = ∆~uεk − ([~uεk ∗ θεk ] · ∇)~ k k

~u(0, x) = ~u0 , div(~u0 ) = 0,


où l’on a ~uεk ∈ C([0, +∞[, L2 (R3 )) (voir la Remarque 5.7, page 159) et où la pression pεk peut
être définie par l’expression (car div(f~) = 0)
1 
pεk = div div([~uεk ∗ θεk ] ⊗ ~uεk ) .
(−∆)
On remarquera alors sans problème que l’on a pεk ∈ C([0, +∞[, L2 (R3 )), en effet, par la

continuité des transformées de Riesz √ j dans les espaces L2 , nous avons les estimations
(−∆)

1 
kpεk (t, ·)kL2 = div div([~uεk ∗ θεk ] ⊗ ~uεk ) (t, ·) ≤ Ck([~uεk ∗ θεk ] ⊗ ~uεk )(t, ·)kL2
(−∆) L2
≤ Ck[~uεk ∗ θεk ](t, ·)kL∞ k~uεk (t, ·)kL2 ≤ Ck~uεk kL2 kθεk kL2 k~uεk (t, ·)kL2
≤ Cεk k~uεk kL2 k~uεk kL2 ,
5.4. Inégalité forte d’énergie 173

qui nous permettent d’obtenir que l’on a bien pεk ∈ C([0, +∞[, L2 (R3 )) : ceci nous permettra
de donner un sens au produit pεk ~uεk .

Ainsi, en revenant à l’évolution dans le temps de la quantité ~uR,εk = [1 − φR ]~uεk (et en


se rappelant les informations obtenues page 157), nous pouvons écrire
 
~uR,εk · ∂t ~uR,εk = ~uR,εk · ∂t [1 − φR ]~uεk = ~uR,εk · [1 − φR ] ∂t ~uεk
1 
~ ε + f~
~ uε − ∇p

∂t |~uR,εk |2 = ~uR,εk · [1 − φR ] ∆~uεk − ([~uεk ∗ θεk ] · ∇)~ k k
2
 
~ uε

= ~uR,εk · [1 − φR ] ∆~uεk − ~uR,εk · [1 − φR ] ([~uεk ∗ θεk ] · ∇)~ k
   
~ ε
−~uR,εk · [1 − φR ] ∇p k
+ ~uR,εk · [1 − φR ]f~ , (5.47)

et puisqu’on a les identités


3
X
   
[1 − φR ] ∆~uεk = ∆ [1 − φR ]~uεk − ~uεk ∆[1 − φR ] − 2 ∂j [1 − φR ]∂j ~uεk
j=1
3
X
 
= ∆~uR,εk − ~uεk ∆[1 − φR ] − 2 ∂j [1 − φR ]∂j ~uεk ,
j=1

en intégrant en espace et en temps l’expression (5.47), il vient


Z tZ

k~uR,εk (t, ·)kL2 = k~uR,εk (0, ·)kL2 + 2 ~uR,εk · ∆~uR,εk − ~uR,εk · ~uεk ∆[1 − φR ] dxds
0 R3 | {z } | {z }
(1) (2)
Z tZ 3
X 
− 4 ~uR,εk · ∂j [1 − φR ]∂j ~uεk dxds (5.48)
0 R3 j=1
| {z }
(3)
Z tZ  
− 2 ~uR,εk · [1 − φR ] ([~uεk ~ uε
∗ θεk ] · ∇)~ dxds
k
0 R3 | {z }
(4)
Z tZ  Z tZ
  
− 2 ~uR,εk ~
· [1 − φR ] ∇pεk dxds − 2 ~uR,εk · [1 − φR ]f~ dxds.
0 R3 | {z } 0 R3 | {z }
(5) (6)

Nous allons maintenant étudier chacun des termes de l’identité (5.48) ci-dessus.
• Pour le premier terme de (5.48), par une intégration par parties on obtient
Z tZ Z tZ Z t
~uR,εk · ∆~uR,εk dxds = − ~ ⊗ ~uR,ε |2 dxds = −
|∇ k~uR,εk k2Ḣ 1 ds.
k
0 R3 0 R3 0

• Pour le deuxième terme de (5.48) on remarque que l’on a la propriété de support


suivante
supp(∆[1 − φR ]) ⊂ {x ∈ R3 : R ≤ |x| ≤ 2R} = CR .
Par dualité Ḣ 1 − Ḣ −1 , il vient alors
Z tZ Z t
 
~uR,εk · ~uεk ∆[1 − φR ] dxds ≤ k~uR,εk kḢ 1 k~uεk ∆[1 − φR ] kḢ −1 ds
0 R3 0
Z t

≤ k~uR,εk kḢ 1 k~uεk ∆[1 − φR ] k 56 ds,
0 L
174 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

6
où nous avons appliqué l’injection de Hardy-Littlewood-Sobolev Ḣ −1 (R3 ) ⊂ L 5 (R3 ).
Maintenant, en gardant trace du support de la fonction ∆[1 − φR ], par les inégalités
de Young pour la somme et par les inégalités de Hölder avec 65 = 16 + 23 , nous obtenons
Z t
1
k~uR,εk k2Ḣ 1 + 4k~uεk ∆[1 − φR ] k2 6 ds


0 4 L5
Z t
1
≤ k~uR,εk k2Ḣ 1 + 4k~uεk 1CR k2L6 k∆[1 − φR ]k2 3 ds
0 4 L2
Z t Z t
1
≤ k~uR,εk k2Ḣ 1 ds + Ck∆[1 − φR ]k2 3 k~uεk 1CR k2L6 ds,
4 0 L2 0

on remarque maintenant que par homogénéité (car φR (·) = φ(·/R)) on a l’identité


k∆[1 − φR ]k 23 = k∆[1 − φ]k 32 < +∞, de sorte que l’on obtient
L L
Z tZ Z t
1
k~uR,εk k2Ḣ 1 ds + Ck~uεk 1CR k2L2 L6 .

~uR,εk · ~uεk ∆[1 − φR ] dxds ≤
0 R3 4 0 t x

• Pour le troisième terme de (5.48), on note tout d’abord la propriété de support suivante

supp(∂j [1 − φR ]) ⊂ {x ∈ R3 : R ≤ |x| ≤ 2R} = CR ,


1 1
donc par l’inégalité de Hölder avec 1 = 6 + 3 + 12 , en gardant trace du support des
fonctions ∂j [1 − φR ], nous avons
Z tZ 3
X Z t
~ − φR ]kL3 k~uε k 1 ds

~uR,εk · ∂j [1 − φR ]∂j ~uεk dxds ≤ C k~uR,εk 1CR kL6 k∇[1 k Ḣ
0 R3 j=1 0
Z t
≤ Ck[1 − φR ]kL∞ ~ − φR ]kL3 k~uε k 1 ds,
k~uεk 1CR kL6 k∇[1 k Ḣ
0

~ − φR ]kL3 = k∇[1
en remarquant que par homogénéité on a k∇[1 ~ − φ]kL3 < +∞ et que
l’on a k[1 − φR ]kL∞ = 1, il vient
Z tZ 3
X 
~uR,εk · ∂j [1 − φR ]∂j ~uεk dxds ≤ Ck~uεk 1CR kL2t L6x k~uεk kL2 Ḣ 1 ,
t x
0 R3 j=1

où nous avons appliqué l’inégalité de Cauchy-Schwarz dans la variable de temps.


• Pour le quatrième terme de (5.48), on obtient par une intégration par parties et en
utilisant le fait que div(~uεk ) = 0 :
Z tZ  
~ uε
~uR,εk · [1 − φR ] ([~uεk ∗ θεk ] · ∇)~ dxds
k
0 R3
Z tZ
=− ~ − φR ] · (~uε ∗ θε )|~uε |2 dxds
[1 − φR ]∇[1 k k k
0 R3
Z t
≤ k1 − φR kL∞ k∇[1~ − φR ]kL6 k~uε ∗ θε kL2 k~uε k2 6 ds,
k k k L
0

où nous avons appliqué les inégalités de Hölder avec 1 = 61 + 12 + 13 . Nous avons alors :
Z tZ  Z t

~
~uR,εk · [1 − φR ] ([~uεk ∗ θεk ] · ∇)~uεk dxds ≤ C ~ − φR ]kL6 k~uε kL2 k~uε k2 6 ds
k∇[1 k k L
0 R3 0
~ − φR ]kL6 k~uε kL∞ L2 k~uε k2 2 6 .
≤ Ck∇[1 k t x k L L x
t
5.4. Inégalité forte d’énergie 175

~ − φR ]kL6 = R− 12 k∇[1
On remarque que l’on a par homogénéité k∇[1 ~ − φ]kL6 = CR− 21 ,
ce qui nous permet d’écrire :
Z tZ   1
~ uε
~uR,εk · [1 − φR ] ([~uεk ∗ θεk ] · ∇)~ k
dxds ≤ CR− 2 k~uεk kL∞ uεk k2L2 L6 .
2 k~
t Lx t x
0 R3

• Pour le cinquième terme de (5.48) on remarque que l’on a l’identité


Z tZ  Z tZ
  
~uR,εk ~ ε
· [1 − φR ] ∇p dxds = ~ ε
([1 − φR ]~uεk ) · [1 − φR ] ∇p dxds
k k
0 R3 0 R3
Z tZ
= ~ ε dxds,
[1 − φR ]2 ~uεk · ∇p k
0 R3

et en utilisant la propriété de divergence nulle de ~u nous avons, par une intégration


par parties :
Z tZ Z tZ
[1 − φR ] ~uεk2 ~
· ∇pεk dxds = − ~
pεk ~uεk · ∇([1 − φR ]2 )dxds
0 R3 0 R3
Z tZ
≤ ~ − φR ]|dxds
|pεk ||~uεk ||[1 − φR ]||∇[1
0 R3
Z tZ
≤ k[1 − φR ]kL∞ ~ − φR ]|dxds.
|pεk ||~uεk ||∇[1
0 R3

2 1
Par l’inégalité de Hölder avec 1 = 3 + 6 + 16 , nous pouvons écrire
Z t Z t
≤ k[1 − φR ]kL∞ ~ − φR ]kL6 ds ≤ CR− 12
kpεk k 32 k~uεk kL6 k∇[1 kpεk k 3 k~uεk kL6 ds
0 L 0 L2
1
≤ CR− 2 kpεk k 3 k~uεk kL2t L6x ,
L2t Lx2

~ − φR ]kL6 = CR− 12 . On notera


où l’on a par construction k[1 − φR ]kL∞ = 1 et k∇[1
en particulier que, comme on a par hypothèse div(f~) = 0, par la Remarque 5.9, page
3
167, nous avons l’information p ∈ L2t Lx2 .
• Le dernier terme de (5.48) est simple à traiter car on peut écrire
Z tZ   Z t
~uR,εk · [1 − φR ]f~ dxds ≤ k[1 − φR ]~uεk kL2 k[1 − φR ]f~kL2 ds
0 R3 0
≤ k[1 − φR ]kL∞ k~uεk kL∞ ~k 1 2
2 k[1 − φR ]f
t Lx Lt Lx

≤ Ck~uεk kL∞ ~k 1 2 .
2 k[1 − φR ]f
t Lx Lt Lx

Avec toutes ces estimations pour les termes de l’expression (5.48), nous obtenons
Z t Z t
1
k~uR,εk (t, ·)kL2 ≤ k~uR,εk (0, ·)kL2 − 2 k~uR,εk k2Ḣ 1 ds + k~uR,εk k2Ḣ 1 ds + Ck~uεk 1CR k2L2 L6
0 2 0 t x

− 21
+Ck~uεk 1CR kL2t L6x k~uεk kL2 Ḣ 1 + CR k~uεk kL∞ uεk k2L2 L6
2 k~
t Lx
t x t x
− 21 ~k 1 2 ,
+CR kpεk k 3 k~uεk kL2t L6x + k~uR,εk kL∞ 2 k[1 − φR ]f
t Lx Lt Lx
L2t Lx2
176 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

que nous réécrivons comme

3 t
Z
k~uR,εk (t, ·)kL2 + k~uR,εk k2Ḣ 1 ds ≤ k~uR,εk (0, ·)kL2 + Ck~uεk 1CR k2L2 L6
2 0 t x
1
+Ck~uεk 1CR kL2t L6x k~uεk kL2 Ḣ 1 + CR− 2 k~uεk kL∞ uεk k2L2 L6
2 k~
t Lx
t x t x
− 21 ~k 1 2 ,
+CR kpεk k 3 k~uεk kL2t L6x + Ck~uεk kL∞ 2 k[1 − φR ]f
t Lx Lt Lx
L2t Lx2
Z t
de plus, la quantité k~uR,εk k2Ḣ 1 ds étant positive, il vient
0

k~uR,εk (t, ·)kL2 ≤ k~uR,εk (0, ·)kL2 + Ck~uεk 1CR k2L2 L6 + Ck~uεk 1CR kL2t L6x k~uεk kL2 Ḣ 1
t x t x
− 21 − 12
+CR k~uεk kL∞
t Lx
uεk k2L2 L6
2 k~ + CR kpεk k 3 k~uεk kL2t L6x (5.49)
t x L2t Lx2

+Ck~uεk kL∞ ~k 1 2 .
2 k[1 − φR ]f
t Lx Lt Lx

Nous remarquons maintenant que l’on a un contrôle uniforme en εk pour les normes L2t L6x ,
3
L∞ 2 2 1
t Lx et Lt Ḣx de ~ u ainsi que pour la norme L2t Lx2 de p, de sorte que les termes k~uεk kL2t L6x ,
k~uεk kL∞ 2 , k~
t Lx
uεk kL2 Ḣ 1 et kpεk k 2 23 vont rester bornés et par toute la théorie de passage
t x Lt Lx
à la limite présentée dans les pages précédentes on pourra contrôler ces quantités lorsque
εk → 0. De plus les termes k~uεk 1CR kL2t L6x et k[1 − φR ]f~kL1t L2x vont tendre vers 0 si R → +∞
par convergence dominée (on a par hypothèse f~ ∈ L1 L2 ). Finalement, on a k~uR,ε (0, ·)kL2 =
t x k
k[1 − φR ]~u0 kL2 qui lui aussi va tendre vers 0 si R → +∞. Nous obtenons donc que tous les
termes de droite de l’inégalité (5.49) ci-dessus vont tendre fortement vers 0 si R → +∞.

Nous en déduisons que la limite (5.46) tend vers 0, ce qui implique à son tour la limite
(5.45) et nous avons donc obtenu l’inégalité d’énergie forte annoncée. 

5.5 Unicité Fort-Faible


Si nous récapitulons le résultat principal de ce chapitre avec les théorèmes précédents,
nous avons les deux situations suivantes :

• D’une part, si on applique un argument de point fixe dans un bon cadre fonctionnel,
nous obtenons des solutions uniques des équations de Navier-Stokes, mais l’existence
n’est garantie que sur un petit intervalle de temps, disons [0, T ] et nous ne pouvons
pas prolonger dans le temps les solutions ainsi obtenues (à moins de considérer des
données initiales suffisamment petites).

• D’autre part, si on considère maintenant les solutions faibles que nous venons de
construire, nous pouvons exhiber des solutions qui existent dans un intervalle de temps
quelconque, mais le prix à payer est l’unicité.

La question que l’on se pose dans cette section est de savoir quelle est la différence entre
les solutions obtenues par point fixe (les solutions mild ) et les solutions faibles. Bien sûr, cette
question n’a un sens que dans l’intervalle de temps dans lequel les solutions qui proviennent
d’un point fixe existent. En fait, nous allons voir que dans l’intervalle de temps commun
d’existence de ces solutions, les solutions faibles coı̈ncident avec les solutions obtenues par
un point fixe : et ainsi la perte d’unicité apparaı̂t après le temps maximal d’existence des
5.5. Unicité Fort-Faible 177

solutions mild.

Théorème 5.5.1 (Unicité Fort-Faible) Soient ~u0 ∈ H 1 (R3 ) avec div(~u0 ) = 0 une
donnée initiale et f~ ∈ L2 [0, +∞[, L2 (R3 ) ∩L2 [0, +∞[, Ḣ −1 (R3 ) une force extérieure.


Si le problème de Navier-Stokes associé à ces données initiales



~ u) + P(f~), div(~u) = 0,
∂t ~u = ∆~u − P((~u · ∇)~

~u(0, x) = ~u0 ,

admet une solution ~uM sur l’ensemble [0,  T] × R3 avec 0 < T < +∞ et qui appartient

à l’espace fonctionnel L [0, T ], H (R ) ∩ L [0, T ], Ḣ 2 (R3 ) ainsi qu’une solution de
1 3 2

Leray ~uL sur [0, T ] × R3 , au sens de la Définition 5.3.5, alors sur l’intervalle de temps
[0, T ] on a l’égalité
~uM = ~uL .

Observons avant de passer au détail des calculs, qu’avec ces données initiales nous sommes
bien en mesure de construire des solutions mild en utilisant le Théorème 4.4.1 de Fujita-Kato,
donné page 114, et des solutions faibles de Leray en utilisant le Théorème 5.3.1, présenté page
153.

Démonstration. On pose tout d’abord

~ = ~uL − ~uM ,
w

~ = div(~uL ) − div(~uM ) = 0 et comme par hypothèse on a ~uL ∈ L∞


on a alors div(w) 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx
et ~uM ∈ L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx (et donc en particulier on a ~ uM ∈ L∞ 1 ∞ 2
t Hx ⊂ Lt Lx ), alors on obtient
sans problème que w ∞
~ ∈ Lt Lx . Ainsi, en utilisant la structure hilbertienne de l’espace L2 (R3 ),
2

on a les identités

~ ·)k2L2
kw(t, = k(~uL − ~uM )(t, ·)k2L2 = k~uL (t, ·)k2L2 + k~uM (t, ·)k2L2 − 2h~uM (t, ·), ~uL (t, ·)iL2 ×L2
= k~uL k2L2 − k~uM k2L2 − 2h~uM , wi
~ L2 ×L2 . (5.50)

A partir de cette identité, nous allons utiliser les contrôles dont on dispose sur les termes
de droite pour pouvoir appliquer le lemme de Grönwall et ainsi obtenir l’unicité recherchée,
i.e. w
~ = 0. Pour mener à bien ce programme, nous aurons besoin d’établir les deux identités
suivantes.

Lemme 5.5.2 Dans le cadre des hypothèses du Théorème 5.5.1 ci-dessus, on a :


Z Z t Z t
2
~uM · ~uM dx = k~u0 kL2 + h∂t ~uM , ~uM iH −1 ×H 1 ds + h~uM , ∂t ~uM iH 2 ×H −2 ds (5.51)
R3 0 0
Z Z t Z t
~uM · ~uL dx = k~u0 k2L2 + h∂t ~uM , ~uL iH −1 ×H 1 ds + h~uM , ∂t ~uL iH 2 ×H −2 ds, (5.52)
R3 0 0

Preuve. On aura besoin de rassembler quelques informations sur les fonctions ~uM et ~uL . On
remarque que l’on a pour le terme ~uM :

• Puisque l’on travaille sur un intervalle de temps fini [0, T [, alors on a

~uM ∈ L2t Hx1 ,


1
car tout simplement on écrit k~uM kL2t Hx1 ≤ T 2 k~uM kL∞ 1.
t Hx
178 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

• Vérifions maintenant que l’on a ∂t ~uM ∈ L2t Hx−1 . En effet, comme on a l’équation
~ uM ) + P(f~),
∂t ~uM = ∆~uM − P((~uM · ∇)~ (5.53)

il suffira de vérifier que chacun des termes de droite appartient à l’espace L2t Hx−1 .
Comme on a l’information ~uM ∈ L2t Ḣx2 , on en déduit que l’on a ∆~uM ∈ L2t L2x ⊂ L2t Hx−1
et par hypothèse on a f~ ∈ L2t Ḣx−1 ⊂ L2t Hx−1 . Il ne reste plus qu’à étudier le terme non
~ uM ). On observe que puisque ~uM ∈ L2t Ḣx2 est une solution mild,
linéaire P((~uM · ∇)~
alors par la Remarque 4.5 page 122 on a ~uM ∈ L2t L∞ x , et donc ~uM ∈ L∞ 2 2 ∞
t Lx ∩ Lt Lx ,
ce qui nous permet d’écrire par l’inégalité d’interpolation entre espaces de Lebesgue
(voir l’inégalité (2.19), page 20) :
1 1
k~uM kL4t L4x ≤ Ck~uM kL2 ∞ L2 k~uM kL2 2 L∞ < +∞.
t x t x

Ainsi, il vient alors


~ uM )k 2 −1
kP((~uM · ∇)~ ~ uM k 2 −1 = Ckdiv(~uM ⊗ ~uM )k 2 −1
≤ Ck(~uM · ∇)~
L Ḣx t L Ḣx t L Ḣx t

≤ Ck~uM ⊗ ~uM kL2t L2x ≤ Ck~uM kL4t L4x k~uM kL4t L4x < +∞,

et comme L2t Ḣx−1 ⊂ L2t Hx−1 , on obtient bien que P((~uM · ∇)~~ uM ) ∈ L2t Hx−1 . Donc,
puisque tous les termes de droite de l’équation (5.53) ci-dessus appartiennent à l’espace
L2t Hx−1 , on obtient finalement
∂t ~uM ∈ L2t Hx−1 .

Etudions maintenant les informations disponibles sur le terme ~uL .

• Par hypothèse on a ~uL ∈ L∞ 2 2 1


t Lt ∩ Lt Ḣx , et comme l’intervalle de temps est borné,
1
on a également ~uL ∈ L2t L2x puisque k~uL kL2t L2x ≤ CT 2 k~uL kL∞ 2 , ce qui nous permet
t Lx
d’écrire que l’on a
~uL ∈ L2t Hx1 .
• Vérifions que l’on a ∂t ~uL ∈ L2t Hx−2 : en utilisant l’équation
~ uL ) + P(f~),
∂t ~uL = ∆~uL − P((~uL · ∇)~ (5.54)

il suffira de montrer que chacun des termes à droite de celle-ci appartiennent à l’espace
L2t Hx−2 . On a bien ∆~uL ∈ L2t Ḣx−1 ⊂ L2t Hx−1 ⊂ L2t Hx−2 et de même pour la force
extérieure on a f~ ∈ L2t Ḣx−1 ⊂ L2t Hx−1 ⊂ L2t Hx−2 . Maintenant, pour le terme non
~ uL on écrit (en utilisant les inégalités de Hardy-Littlewodd-Sobolev
linéaire (~uL · ∇)~
6
L 5 (R3 ) ⊂ H −1 (R3 ) puis les inégalités de Hölder ainsi que les injections de Sobolev
Ḣ 1 (R3 ) ⊂ L6 (R3 )) :
~ uL )k 2 −2
kP((~uL · ∇)~ ~ uL )k 2 −2 ≤ Ckdiv(~uL ⊗ ~uL )k 2 −2
≤ kP((~uL · ∇)~
L Hx t L Ḣx t L Ḣx t

≤ Ck~uL ⊗ ~uL kL2 Ḣx−1 ≤ Ck~uL ⊗ ~uL k 6


t L2t Lx5
≤ Ck~uL kL∞ 2 k~
t Lx
uL kL2t L6x ≤ Ck~uL kL∞ 2 k~
t Lx
uL kL2 Ḣ 1 < +∞,
t x

~ uL ) ∈ L2t Hx−2 . Ainsi, grâce à toutes ces estimations pour


et on obtient bien P((~uL · ∇)~
les termes de l’équation (5.54), nous avons obtenu

∂t ~uL ∈ L2t Hx−2 .


5.5. Unicité Fort-Faible 179

Remarque 5.11 On notera que l’on a ∂t ~uM ∈ L2t Hx−1 ⊂ L2t Hx−2 et donc

~ = ∂t ~uL − ∂t ~uM ∈ L2t Hx−2 ,


∂t w

~ = ~uL − ~uM ∈ L2t Hx1 .


et de même on a w
Toutes ces contrôles montrent que les termes de droite des expressions (5.51) et (5.52)
ci-dessus sont, individuellement, bien définis. Venons-en à l’obtention de ces identités : pour
la deuxième d’entre elles puisqu’on a

∂t (~uM · ~uL ) = ∂t ~uM · ~uL + ~uM · ∂t ~uL ,

en intégrant par rapport à la variable spatiale il vient alors


Z Z Z
∂t (~uM · ~uL )dx = ∂t ~uM · ~uL dx + ~uM · ∂t ~uL dx
R3 Z R3 R3

∂t ~uM · ~uL dx = h∂t ~uM , ~uL iH −1 ×H 1 + h~uM , ∂t ~uL iH 2 ×H −2 ,


R3

et encore une fois chacun de ces termes est bien définit par les informations obtenues ci-dessus.
En intégrant maintenant par rapport à la variable de temps, on obtient
Z Z Z t Z t
~uM · ~uL dx = ~u0,M · ~u0,L dx + h∂t ~uM , ~uL iH −1 ×H 1 ds + h~uM , ∂t ~uL iH 2 ×H −2 ds,
R3 R3 0 0

mais les deux solutions ~uM et ~uL proviennent de la même donnée initiale ~u0 , ce qui donne
bien l’identité (5.52) recherchée. L’identité (5.51) se vérifie de manière totalement similaire
de sorte que les détails sont laissés au lecteur. 

~ = ~uL − ~uM (et comme on a w


Maintenant, en utilisant la relation w ~ ∈ L2t Hx1 ainsi que
~ ∈ L2t Hx−2 par la Remarque 5.11) on applique les identités (5.51) et (5.52) au dernier
∂t w
terme de (5.50) et l’on obtient

~ ·)k2L2
kw(t, = k~uL k2L2 − k~uM k2L2 − 2h~uM , ~uL iL2 ×L2 + 2h~uM , ~uM iL2 ×L2
Z t Z t 
2 2
= k~uL kL2 − k~uM kL2 − 2 h∂t ~uM , ~uL iH −1 ×H 1 ds + h~uM , ∂t ~uL iH 2 ×H −2 ds
0 0
Z t Z t 
+2 h∂t ~uM , ~uM iH −1 ×H 1 ds + h~uM , ∂t ~uM iH 2 ×H −2 ds
0 0
Z t Z t 
2 2
= k~uL kL2 − k~uM kL2 − 2 h∂t ~uM , wi
~ H −1 ×H 1 ds + h~uM , ∂t wi
~ H 2 ×H −2 ds ,
0 0

et nous allons étudier séparément chacun des termes ci-dessus.

• Pour le terme k~uL k2L2 on dispose par construction de l’inégalité d’énergie de Leray :
Z t Z t
k~uL (t, ·)k2L2 ≤ k~u0 k2L2 +2 hf~, ~uL iH −1 ×H 1 ds − 2 ~ ⊗ ~uL k2 2 ds.
k∇ L (5.55)
0 0

• Pour le terme k~uM k2L2 , étant donné que l’on dispose de plus de régularité (il s’agit
d’une solution mild qui appartient à l’espace L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx ), nous avons en revanche
l’identité
Z t Z t
2 2 ~
k~uM (t, ·)kL2 = k~u0 kL2 + 2 hf , ~uM iH −1 ×H 1 ds − 2 ~ ⊗ ~uM k2 2 ds.
k∇ (5.56)
L
0 0
180 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

Pour s’en convaincre on considère l’équation (5.53) vérifiée par ~uM , on la multiplie
par ~uM et on intègre en variable d’espace pour obtenir
Z Z Z Z
∂t ~uM · ~uM dx = ∆~uM · ~uM dx − ~
P((~uM · ∇)~uM ) · ~uM dx + P(f~) · ~uM dx,
R3 R3 R3 R3

ce qui se réécrit par les propriétés du projecteur de Leray et par la condition de


divergence nulle div(~uM ) = 0 comme
Z Z Z Z
∂t ~uM · ~uM dx = ∆~uM · ~uM dx − ~
(~uM · ∇)~uM · ~uM dx + f~ · ~uM dx,
R3 R3 R3 R3

~ 2 −1 2 1
Z par les calculs précédents que (~uM · ∇)~uM ∈ Lt Hx et ~uM ∈ Lt Hx , la
or, on sait
quantité ~ uM · ~uM dx est donc bien définie, mais comme on a par ailleurs
(~uM · ∇)~
R3
l’information ~uM ∈ L2t Hx2 , on dispose d’assez de régularité pour faire des intégrations
par parties (voir la formule (4.48), page 134) et on obtient
Z Z Z
~
(~uM ·∇)~uM ·~uM dx = − ~ 2
(~uM ·∇)~uM ·~uM +|~uM | div(~uM )dx = − ~ uM ·~uM dx,
(~uM ·∇)~
R3 R3 R3

ce qui nous permet d’affirmer que ce terme est nul et que l’on a l’identité
Z Z Z
∂t ~uM · ~uM dx = ∆~uM · ~uM dx + f~ · ~uM dx,
R3 R3 R3

donc par des intégrations par parties on a


d ~ ⊗ ~uM (t, ·)k2 2 + 2hf~, ~uM iH −1 ×H 1 ,
k~uM (t, ·)k2L2 = −2k∇ L
dt
et une intégration en variable de temps nous permet d’obtenir l’identité (5.56).

Remarque 5.12 On notera ici que si l’on dispose de suffisamment de régularité (un
cadre mild L∞ 1 2 2
t Hx ∩ Lt Ḣx par exemple), alors on obtient une égalité d’énergie et non
pas une inégalité. Le cadre L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx n’offre pas ces conditions, on doit alors
régulariser et passer à la limite pour obtenir une inégalité.
Z t
• Pour le terme h∂t ~uM , wi
~ H −1 ×H 1 ds, nous utilisons l’équation vérifiée par ∂t ~uM . En
0
effet, nous avons encore une fois ∂t ~uM = ∆~uM − P((~uM · ∇)~ ~ uM ) + P(f~), et donc nous
écrivons, en utilisant le fait que w ~ est à divergence nulle :
Z t Z t
h∂t ~uM , wi
~ H −1 ×H 1 ds = ~ uM ) + P(f~), wi
h∆~uM − P((~uM · ∇)~ ~ H −1 ×H 1 ds
0 0
Z t Z t Z t
=− ~ ⊗ ~uM , ∇
h∇ ~ ⊗ wi
~ L2 ×L2 ds − ~ uM , wi
h(~uM · ∇)~ ~ H −1 ×H 1 ds + hf~, wi
~ H −1 ×H 1 ds.
0 0 0
Z t
• Finalement, pour le terme h~uM , ∂t wi
~ H 2 ×H −2 ds nous utilisons la relation
0
~ uL − (~uM · ∇)~~ uM pour obtenir

∂t w
~ = ∆w ~ − P (~uL · ∇)~
Z t Z t
~ uL − (~uM · ∇)~
~ uM iH 2 ×H −2 ds,

h~uM , ∂t wi
~ H 2 ×H −2 ds = h~uM , ∆w~ − P (~uL · ∇)~
0 0

puis, comme ~uM est à divergence nulle nous avons, par les propriétés du projecteur
de Leray :
5.5. Unicité Fort-Faible 181

Z t Z t Z t
h~uM , ∂t wi
~ H 2 ×H −2 ds = − ~ ~
h∇ ⊗ ~uM , ∇ ⊗ wi
~ L2 ×L2 ds − ~ uL iH 2 ×H −2 ds
h~uM , (~uL · ∇)~
0 0 0
Z t
~ uM iH 2 ×H −2 ds.
+ h~uM , (~uM · ∇)~ (5.57)
0

Ainsi, avec les expressions (5.55) et (5.57), nous revenons à l’identité (5.55) pour écrire

 Z t Z t 
~ ·)k2L2
kw(t, ≤ 2 ~
k~u0 kL2 + 2 hf , ~uL iH −1 ×H 1 ds − 2 ~ 2
k∇ ⊗ ~uL kL2 ds
0 0
 Z t Z t 
− k~u0 k2L2 + 2 hf~, ~uM iH −1 ×H 1 ds − 2 k∇~ ⊗ ~uM k2 2 ds
L
0 0
Z t Z t
+ 2 h∇~ ⊗ ~uM , ∇
~ ⊗ wi~ L2 ×L2 ds + ~ uM , wi
h(~uM · ∇)~ ~ H −1 ×H 1 ds
0 0
Z t 
~
− hf , wi ~ H −1 ×H 1 ds
0
Z t Z t
+ 2 ~ ~
h∇ ⊗ ~uM , ∇ ⊗ wi ~ L2 ×L2 ds + ~ uL iH 2 ×H −2 ds
h~uM , (~uL · ∇)~
0 0
Z t 
− h~uM , (~uM · ∇)~ ~ uM iH 2 ×H −2 ds ,
0

et nous obtenons l’inégalité

Z t Z t Z t
~ ·)k2L2
kw(t, ≤ −2 ~ ⊗ ~uL k2 2 ds + 2
k∇ ~ 2
k∇ ⊗ ~uM kL2 ds + 4 h∇ ~ ⊗ ~uM , ∇
~ ⊗ wi~ L2 ×L2 ds
L
0 0 0
Z t Z t
+2 h(~uM ~ uM , wi
· ∇)~ ~ uL iH 2 ×H −2 ds
~ H −1 ×H 1 ds + 2 h~uM , (~uL · ∇)~
0 0
Z t
−2 ~ uM iH 2 ×H −2 ds.
h~uM , (~uM · ∇)~
0

Mais, en utilisant le fait div(~uM ) = div(~uL ) = 0 on a les identités

~ uM , wi
h(~uM · ∇)~ ~ wi
~ H −1 ×H 1 = −h~uM , (~uM · ∇) ~ H 2 ×H −2 ,

~ uM iH 2 ×H −2 = 0, on peut écrire
et comme on a h~uM , (~uM · ∇)~

Z t Z t Z t
~ ·)k2L2
kw(t, ≤ −2 ~ ⊗ ~uL k2 2 ds + 2
k∇ ~ 2
k∇ ⊗ ~uM kL2 ds + 4 h∇ ~ ⊗ ~uM , ∇
~ ⊗ wi~ L2 ×L2 ds
L
0 0 0
Z t Z t
~ wi
−2 h~uM , (~uM · ∇) ~ uL iH 2 ×H −2 ds
~ H 2 ×H −2 ds + 2 h~uM , (~uL · ∇)~
0 0
Z t Z t
~ ~ uM iH 2 ×H −2 ds,
−2 h~uM , (~uL · ∇)~uM iH 2 ×H −2 ds + 2 h~uM , (~uL · ∇)~
0 0

où nous avons fait apparaı̂tre artificiellement les deux dernières quantités. Ainsi on obtient,
182 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

~ u:
par la bilinéarité de la quantité (~u · ∇)~
Z t Z t Z t
~ ·)k2L2
kw(t, ≤ −2 ~ ⊗ ~uL k2 2 ds + 2
k∇ ~ 2
k∇ ⊗ ~uM kL2 ds + 4 h∇ ~ ⊗ ~uM , ∇
~ ⊗ wi~ L2 ×L2 ds
L
0 0 0
Z t Z t
−2 h~uM , (~uM ~ wi
· ∇) ~ wi
~ H −2 ×H 2 ds + 2 h~uM , (~uL · ∇) ~ H 2 ×H −2 ds
0 0
Z t
+2 ~ uM iH 2 ×H −2 ds
h~uM , (~uL · ∇)~
0
Z t Z t Z t
≤ −2 ~ 2
k∇ ⊗ ~uL kL2 ds + 2 ~ 2
k∇ ⊗ ~uM kL2 ds + 4 h∇ ~ ⊗ ~uM , ∇
~ ⊗ wi~ L2 ×L2 ds
0 0 0
Z t Z t
+2 h~uM , (w ~ wi
~ · ∇) ~ uM iH 2 ×H −2 ds,
~ H 2 ×H −2 ds + 2 h~uM , (~uL · ∇)~
0 0

~ uM iH 2 ×H −2 = −h~uM , (~uL ·∇)~


maintenant on remarque que l’on a l’identité h~uM , (~uL ·∇)~ ~ uM iH 2 ×H −2 ,
qui s’obtient par une intégration par parties et en utilisant les propriétés de divergence nulle :
~ uM iH 2 ×H −2 = 0 et alors, il vient
on en déduit que h~uM , (~uL · ∇)~
Z t Z t Z t
~ ·)k2L2
kw(t, ≤ −2 ~ ⊗ ~uL k2 2 ds + 2
k∇ ~ ⊗ ~uM k2 2 ds + 4
k∇ ~ ⊗ ~uM , ∇
h∇ ~ ⊗ wi
~ L2 ×L2 ds
L L
0 0 0
Z t
+2 h~uM , (w ~ wi
~ · ∇) ~ H 2 ×H −2 ds.
0

~ ⊗ w,
On note maintenant que par l’identité (5.50), appliquée à la quantité ∇ ~ on obtient la
majoration
Z t Z t
~ ·)k2L2
kw(t, ≤ −2 ~ ⊗ wk
k∇ ~ 2L2 ds + 2 h~uM , (w ~ wi
~ · ∇) ~ H 2 ×H −2 ds.
0 0

A ce stade, on applique les inégalités de Hölder dans la dernière intégrale pour obtenir (on
se rappellera que comme ~uM ∈ L2t Ḣx2 est une solution mild, alors par la Remarque 4.5, page
122, on a ~uM ∈ L2t L∞
x ) :
Z t Z t
~ ·)k2L2
kw(t, ≤ −2 ~ ⊗ wk
k∇ ~ 2L2 ds + 2 k~uM kL∞ kwk
~ L2 kwk
~ Ḣ 1 ds,
0 0

et en utilisant l’inégalité de Young pour la somme, nous avons


Z t Z t Z t
~ ⊗ wk 1
~ ·)k2L2
kw(t, ≤ −2 k∇ ~ 2L2 ds + k~uM k2L∞ kwk
~ 2L2 ds +2 ~ 2Ḣ 1 ds,
kwk
0 2 0 0

ce qui nous permet d’écrire


Z t
1
~ ·)k2L2
kw(t, ≤ k~uM (s, ·)k2L∞ kw(s,
~ ·)k2L2 ds.
2 0

Pour finir, on observe que l’on a (toujours par la Remarque 4.5, page 122) :
Z t
k~uM (s, ·)k2L∞ kw(s,
~ ·)k2L2 ds ≤ kwk
~ 2L∞ L2x k~uM k2L2 L∞
t t x
0
2
≤ C(k~uL kL∞ 2 + k~
t Lx
uM kL∞ uM k2L2 H 2 < +∞,
2 ) k~
t Lx t x
5.5. Unicité Fort-Faible 183

Z t
d’autre part on a également k~uM (s, ·)k2L∞ ds ≤ k~uM k2L2 L∞ ≤ Ck~uM k2L2 H 2 , il suffit alors
t x t x
0
d’appliquer le Lemme 2.5.3 de Grönwall (voir la Remarque 2.9 page 36) pour obtenir l’iden-
~ ·)k2L2 = 0 ce qui nous donne l’unicité recherchée.
tité kw(t, 

Ce théorème couplé avec l’inégalité forte d’énergie admet un corollaire intéressant qui
nous donne une idée du comportement en temps long des solutions faibles de Leray.

Corollaire 5.5.3 Soit ~u0 ∈ L2 (R3) une donnée initiale à divergence nulle et
considérons f~ ∈ L2 [0, +∞[, L2 (R3 ) ∩ L2 [0, +∞[, Ḣ −1 (R3 ) une force extérieure.
Alors toute solution ~u du problème de Navier-Stokes

~ u + P(f~), div(~u) = 0,

∂t ~u = ∆~u − P (~u · ∇)~

~u(0, ·) = ~u0 ,

qui a été obtenue par le Théorème 5.3.1 vérifie le comportement dans le temps suivant

lim k~u(t, ·)kL2 = 0. (5.58)


t→+∞

Preuve. Notre point de départ est une fonction ~u, obtenue


 par le processus de régularisation
de Leray, qui appartient à l’espace L∞ [0, +∞[, L2 (R3 ) ∩ L2 [0, +∞[, Ḣ 1 (R3 ) qui est solu-
tion des équations de Navier-Stokes. Observons qu’étant donné que ~u appartient à l’espace
L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx , alors, par interpolation entre ces espaces nous avons que la solution faible ~
u
1
appartient également à l’espace ∈ L4t Ḣx2 et on en déduit sans problème que pour un certain
ε0 > 0, l’ensemble des temps t tels que k~u(t, ·)k 12 ≥ ε0 est de mesure finie (cas contraire la
Ḣx
fonction k~u(t, ·)k4 1 ne serait pas intégrable). A présent, on note que l’on a par hypothèse
Ḣx2
1

f~ ∈ L2t L2x ∩ L2t Ḣx−1 , donc par interpolation on a aussi f~ ∈ L2t Ḣx 2 , et on en déduit que l’on
a la limite : Z +∞
lim kf~(s, ·)k2 − 1 ds = 0.
t→+∞ t Ḣ 2

Ainsi, comme le complémentaire de l’ensemble des points de Lebesgue de l’application en


temps t 7−→ k~u(t, ·)kL2 est de mesure nulle, il existe un point t0 > 0 tel que l’on a :

• k~u(t0 , ·)kH 1 < +∞, car on est L∞ 2 2 1 u(t, ·) ∈ Ḣ 1 (R3 ) et ~u(t, ·) ∈ L2 (R3 )
t Lx ∩ Lt Ḣx , donc ~
presque partout,

• k~u(t0 , ·)k 12 < ε0 ,



Z +∞
• kf~(s, ·)k2 − 1 ds < ε20 ,
t0 Ḣ 2

• ~u est une solution de Leray sur l’intervalle de temps [t0 , +∞[, en particulier, par le
Théorème 5.4.1, pour tout t ∈]t0 , +∞[ on a l’inégalité
Z t Z t
k~u(t, ·)k2L2 + 2 k~u(s, ·)k2Ḣ 1 ds ≤ k~u(t0 , ·)k2L2 + 2 hf (s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds.
t0 t0

Rappelons maintenant que, par le Théorème 4.6.2, page 132, si l’on


 a pour un certain temps
1
1 3 ~
t0 > 0 l’information ~u(t0 , ·) ∈ H (R ) et f ∈ L [t0 , +∞[, L (R ) ∩ L [t0 , +∞[, Ḣ − 2 (R3 )
2 2 3 2
184 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

et si de plus on a les conditions


Z +∞
k~u(t0 , ·)k 1 < ε0 et kf~(s, ·)k 1 ds < ε20 ,
Ḣ 2
t0 Ḣ − 2

pour une constante ε0 > 0 suffisamment petite, alors le problème de Navier-Stokes ci-dessus
avec les données initiales (~u(t0 , ·), f~) admet une solution mild globale
 ~uM définie sur l’inter-
valle de temps [t0 , +∞[ qui appartient à l’espace C [t0 , +∞[, H 1 (R3 ) ∩L2 [t0 , +∞[, Ḣ 2 (R3 ) .


Ainsi, dans ce cadre nous pouvons appliquer le Théorème 5.5.1 d’unicité fort-faible et
nous avons alors que la solution faible de Leray ~u coincide sur [t0 , +∞[ avec
 la solution mild
~uM qui appartient à l’espace C [t0 , +∞[, H 1 (R3 ) ∩ L2 [t0 , +∞[, Ḣ 2 (R3 ) .

De la sorte, pour démontrer la formule (5.58), il suffira de vérifier que l’on a cette propriété
pour la solution mild ~uM :
lim k~uM (t, ·)kL2 = 0.
t→+∞
Ainsi, pour t0 < τ < t on peut écrire
Z t Z t
gt−s ∗ P f~ (s, x)ds,
 
~uM (t, x) = gt−τ ∗ ~uM (τ, x) − gt−s ∗ P div(~uM ⊗ ~uM ) (s, x)ds +
τ τ

et nous avons
Z t Z t
gt−s ∗ P f~ ds
 
k~uM (t, ·)kL2 ≤ kgt−τ ∗~uM (τ, ·)kL2 + gt−s ∗ P div(~uM ⊗ ~uM ) ds + ,
τ L2 τ L2

en utilisant les calculs de la Proposition 5.1.2, page 148, et la continuité du projecteur de


Leray, nous pouvons écrire
Z t  21 Z t  12
k~uM (t, ·)kL2 ≤ kgt−τ ∗ ~uM (τ, ·)kL2 + C k(~uM ~ uM k2 −1 ds
· ∇)~ Ḣ
+C kf~(s, ·)k2Ḣ −1 ds ,
τ τ
6 1
en utilisant l’inclusion d’espace L 5 (R3 ) ⊂ Ḣ −1 (R3 ) et les inclusions Ḣ 2 (R3 ) ⊂ L3 (R3 ), nous
avons les majorations
~ uM k −1 ≤ Ck(~uM · ∇)~
k(~uM · ∇)~ ~ uM k 6 ~ ⊗ ~uM kL2 ≤ Ck~uM k
≤ Ck~uM kL3 k∇ 1 k~uM kḢ 1 ,
Ḣ L5 Ḣ 2

et à partir de ces estimations, il vient :


Z t  12 Z t  21
k~uM (t, ·)kL2 ≤ kgt−τ ∗ ~uM (τ, ·)kL2 + C k~uM (s, ·)k2Ḣ 1 k~uM (s, ·)k2 1 ds +C ~ 2
kf (s, ·)kḢ −1 ds
τ Ḣ 2 τ
Z t  21 Z t  21
≤ kgt−τ ∗ ~uM (τ, ·)kL2 + C sup k~uM (s, ·)k 1
2
k~uM (s, ·)kḢ 1 ds +C ~ 2
kf (s, ·)kḢ −1 ds .
s>t0 Ḣ 2
τ τ

Nous allons maintenant faire tendre t → +∞ dans cette estimation et pour cela on remarque
tout d’abord que l’on a par convergence dominée la limite lim kgt−τ ∗ ~uM (τ, ·)kL2 = 0, en
t→+∞
effet, en passant en variable de Fourier, nous avons
Z
2
2
lim kgt−τ ∗ ~uM (τ, ·)kL2 = lim e−2(t−τ )|ξ| |~uc 2
M (τ, ξ)| dξ = 0,
t→+∞ t→+∞ R3

nous pouvons alors écrire :


Z +∞  21 Z +∞  12
lim supk~uM (t, ·)kL2 ≤ sup k~uM (s, ·)k 1 k~uM (s, ·)k2Ḣ 1 ds +C kf~(s, ·)k2Ḣ −1 ds ,
t→+∞ s>t0 Ḣ 2 τ τ
5.6. Le cas de la dimension n = 2 185

pour finir il suffit maintenant de faire tendre τ vers +∞ pour obtenir que l’on a effectivement

lim k~uM (t, ·)kL2 = 0,


t→+∞

étant donné que l’on a l’unicité fort-faible entre la solution mild ~uM et la solution faible de
Leray ~u, on en déduit sans problème le comportement annoncé dans l’expression (5.58) et la
preuve du corollaire est donc terminée. 

Ce résultat nous indique que toutes les solutions faibles de Leray (obtenues par le Théorème
5.3.1, page 153) tendent en norme L2x à zéro lorsque le temps tends à l’infini et on obtient de
cette manière l’unicité des solutions en temps grand. Ainsi, si l’on part de données grandes,
nous sommes en mesure d’obtenir l’existence et l’unicité de solutions des équations de Navier-
Stokes en temps petit et en temps (très) grand, mais entre ces deux extrêmes on ne dispose
que de la notion de solutions faibles de Leray pour lesquelles on ne sait (toujours) pas (au
XXIème siècle) si elles sont uniques.

5.6 Le cas de la dimension n = 2


Dans l’analyse des équations de Navier-Stokes, il existe une différence fondamentale entre
la dimension n = 3 et la dimension n = 2. Dans toutes les pages précédentes nous nous
sommes focalisé uniquement sur la dimension n = 3 (qui est la plus intéressante, non seule-
ment du point de vue physique, mais aussi du point de vue mathématique) et nous avons
obtenu, soit des solutions classiques ou mild (uniques mais non globales en temps pour des
données grandes), soit des solutions faibles de Leray (globales en temps mais non uniques).
Nous avons vu également que les différents arguments de point fixe induisaient, par construc-
tion, une relation entre la taille des données initiales et la constante de continuité de l’applica-
tion bilinéaire en jeu, et cette relation est indépendante de la dimension : pour s’en convaincre
il suffit de voir le résultat de base de cette approche qui est donné par le Théorème 4.1.1,
page 104. De plus, nous avons vu dans ce chapitre que pour prolonger le temps d’existence,
on peut exploiter une inégalité d’énergie, mais nous savons également que les quantités qui
interviennent dans cette inégalité d’énergie ne permettent pas de fermer l’argument de point
fixe et c’est précisément ici qu’intervient la dimension (voir la Section 5.1, page 149). En effet,
par l’inégalité d’énergie on contrôle la quantité k · kḢ 1 , et alors, si l’on se place en dimension
n = 3, par les inégalités de Sobolev on obtient une information dans l’espace L6 (R3 ) ce qui
n’est pas suffisant comme on a pu le constater dans les calculs réalisés à la page 149.

La situation est totalement différente si l’on se place en dimension n = 2. En effet, si l’on


étudie les quantités k · kḢ s pour 0 < s < 1, alors par les inégalités de Sobolev énoncées dans
le Théorème 2.4.6, page 30, les espaces de Sobolev Ḣ s (R2 ) s’injectent continûment dans des
espaces de Lebesgue Lq (R2 ) pour des indices q différents à ceux utilisés jusqu’à présent : nous
avons alors toute une famille d’inégalités qui peuvent s’exploiter de manière naturelle comme
nous allons le voir dans les pages ci-dessous.

A) Les équations de Navier-Stokes en dimension n = 2


Les lignes qui suivent ont pour but de mettre en lumière les différences et les simili-
tudes entre la dimension n = 3 étudiée jusqu’à présent et la dimension n = 2. Ainsi, si
~u : [0, +∞[×R2 −→ R2 est un champ de vecteurs, si p : [0, +∞[×R2 −→ R est une fonction
à valeurs réelles et si f~ : [0, +∞[×R2 −→ R2 est une force extérieure, alors les équations de
186 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

Navier-Stokes en dimension n = 2 ont la formulation




 div(~u) = ∂x1 u1 + ∂x2 u2 = 0,
" # " # " # " # " #
∂t u1 ∆u1 u1 ∂x1 u1 + u2 ∂x2 u1 ∂ x1 p f1

 = − − + .
∂t u2 ∆u2 u1 ∂x1 u2 + u2 ∂x2 u2 ∂ x2 p f2

Ce problème se réécrit bien sûr comme

∂t ~u = ∆~u − (~u · ∇)~ ~ + f~,


~ u − ∇p div(~u) = 0.

En dimension n = 2, nous avons également les définitions suivantes : si ~a et ~b sont deux


vecteurs de R2 , le produit tensoriel ~a ⊗ ~b est donné par
" #
a1 b1 a1 b2
~
~a ⊗ b = .
a2 b1 a2 b2

De plus si A = (ai,j )1≤i,j≤2 est la matrice 2 × 2 associée à un tenseur, on définit la divergence


de ce tenseur par la formule
" #
∂x1 a11 + ∂x2 a12
div(A) = .
∂x1 a21 + ∂x2 a22

En particulier, si f~ et ~g sont deux champs de vecteurs à divergence nulle, on a bien l’identité

(f~ · ∇)~
~ g = div(~g ⊗ f~).

Le projecteur de Leray se définit de la même manière : P(f~) = f~ + ∇


~ 1 ∇
(−∆)
~ · f~ et toutes
ses propriétés se maintiennent dans R2 . Comme on peut le voir, les objets vectoriels sont
essentiellement les mêmes en 3D ou en 2D.

B) Le cas de données initiales petites


Lorsque la donnée initiale ~u0 et la force extérieure f~ sont suffisamment petites, nous avons
le résultat suivant :

Théorème 5.6.1 Soit ~u0 : R2 −→ R2 une donnée initiale telle que div(~u0 ) = 0 et
~u0 ∈ L2 (R2 ) et soit f~ : [0, +∞[×R2 −→ R2 une force extérieure telle que l’on ait
f~ ∈ L2 [0, T ∗ [, Ḣ −1 (R2 ) avec 0 < T ∗ ≤ +∞. Si on a l’estimation

k~u0 kL2 (R2 ) + kf~kL2 ([0,T ∗ [,Ḣ −1 (R2 )) < ε,

pour ε > 0 un réel suffisamment petit, alors il existe


 une unique solution ~u, globale en
temps qui appartient à l’espace L [0, T [, L (R ) ∩ L [0, T ∗ [, Ḣ 1 (R2 ) du problème
∞ ∗ 2 2 2


~ u) + P(f~),
∂t ~u = ∆~u − P((~u · ∇)~ div(~u) = 0,

~u(0, x) = ~u0 (x).


Démonstration. On considère la formulation mild


Z t Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) − ~
gt−s ∗ P((~u · ∇)~u)(s, x)ds + gt−s ∗ P(f~)(s, x)ds,
0 0
5.6. Le cas de la dimension n = 2 187

et on cherche à appliquer un argument de point fixe dans l’espace

E = L∞ [0, T ∗ [, L2 (R2 ) ∩ L2 [0, T ∗ [, Ḣ 1 (R2 ) ,


 

muni de la norme
k · kE = k · kL∞ 2 + k · k 2 1.
t Lx L Ḣ t x

On commence par remarquer que si ~u0 ∈ L2 (R2 ) alors kgt ∗ ~u0 kL2 ≤ kgt kL1 k~u0 kL2 = k~u0 kL2 .
De même, on a kgt ∗ ~u0 kḢ 1 ≤ Ck~u0 kL2 , et cette estimation est une conséquence directe du
Lemme 4.4.3, page 115, dont la démonstration ne fait pas intervenir la dimension. On obtient
alors
kgt ∗ ~u0 kE ≤ C1 k~u0 kL2 .
Pour la force extérieure on a également l’inégalité
Z t
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ≤ C2 kf~kL2 Ḣx−1 ,

(5.59)
t
0 E

en effet, on notera que la dimension n’intervient pas dans la vérification de la Proposition


5.1.2 donnée page 148 et la majoration ci-dessus suit alors les mêmes arguments.

Finalement, pour le terme bilinéaire on a


Z t
~ v (s, ·)ds

gt−s ∗ P (~u · ∇)~ ≤ C3 k~ukE k~v kE .
0 E

Au vu de la majoration (5.59) précédente, il vient


Z t
~ v k 2 −1 ,
~ v (s, ·)ds ≤ Ck(~u · ∇)~

gt−s ∗ P (~u · ∇)~ L Ḣx t
0 E

~ v ∈ L2 Ḣ −1 . Nous écrivons alors


et il suffit de vérifier que l’on a (~u · ∇)~ t x

~ v k 2 −1 = kdiv(~u ⊗ ~v )k 2 −1 ' k~u ⊗ ~v k 2 2 ,


k(~u · ∇)~ L Ḣx
t L Ḣx Lt Lx t

et par les inégalités de Hölder en temps et en espace on a

k~u ⊗ ~v kL2t L2x ≤ k~ukL4t L4x k~v kL4t L4x .

Maintenant, par les inégalités de Sobolev en dimension n = 2 (voir le Théorème 2.4.6, page
1
30), si ~u(t, ·) ∈ Ḣ 2 (R2 ) nous avons

k~u(t, ·)kL4 ≤ Ck~u(t, ·)k 1 ,


Ḣ 2

et on remarque que l’on a, par interpolation (voir la Proposition 2.4.8, page 31)
1 1
k~u(t, ·)k 1 ≤ Ck~u(t, ·)kL2 2 k~u(t, ·)kḢ
2
1
, (5.60)
Ḣ 2

ainsi on a
k~u(t, ·)k4L4 ≤ Ck~u(t, ·)k4 1 ≤ Ck~u(t, ·)k2L2 k~u(t, ·)k2Ḣ 1 ,
Ḣ 2
et en intégrant par rapport au temps, il vient
1 1
k~ukL4t L4x ≤ Ck~ukL2 ∞ L2 k~ukL2 2 Ḣ 1 . (5.61)
t x t x
188 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

On a donc
1 1 1 1
k~u ⊗ ~v kL2t L2x ≤ k~ukL4t L4x k~v kL4t L4x ≤ Ck~ukL2 ∞ L2 k~ukL2 2 Ḣ 1 k~v kL2 ∞ L2 k~v kL2 2 Ḣ 1 ,
t x t x t x t x

ce qui, compte tenu de la définition de la norme k · kE nous donne la majoration


k~u ⊗ ~v kL2t L2x ≤ Ck~ukE k~v kE .
Nous avons donc obtenu les inégalités
Z t
~ v (s, ·)ds ~ v k 2 −1 ≤ C3 k~ukE k~v kE .

gt−s ∗ P (~u · ∇)~ ≤ Ck(~u · ∇)~ L Ḣx (5.62)
t
0 E

Ainsi, si nous avons la relation


1
C1 k~u0 kL2 + C2 kf~kL2 Ḣx−1 < , (5.63)
t 4C3
alors, en utilisant l’hypothèse de petitesse des données, la condition ci-dessus est vérifiée et
nous sommes en mesure (en dimension  n = 2) de fermer l’argument de point fixe dans l’espace
fonctionnel E = L∞ [0, T ∗ [, L2 (R2 ) ∩L2 [0, T ∗ [, Ḣ 1 (R2 ) (voir le Théorème 4.1.1, page 104),


ce qui termine la preuve du Théorème 5.6.1. 

Remarque 5.13 On notera ici que dans la condition (5.63) qui permet de fermer l’argu-
ment de point fixe, le temps n’intervient pas contrairement à ce qui se passe en dimension
3. En effet, tant pour les solutions mild de Fujita-Kato (voir la condition (4.33) page 122)
que pour les solutions régularisées de Leray (voir la condition (5.24), page 157), nous avions
une dépendance par rapport à la variable temporelle. Dans les deux cas le temps d’existence
était relié à la taille des données initiales mais ici, grâce à l’estimation (5.63) nous pou-
vons appliquer directement le théorème de point fixe dans l’espace E = L∞ [0, T ∗ [, L2 (R2 ) ∩


L2 [0, T ∗ [, Ḣ 1 (R2 ) tout entier : tant que la force extérieure est correctement définie et suffi-


samment petite (ainsi que la donnée initiale), on peut construire des solutions des équations
de Navier-Stokes en dimension 2.

C) Le cas de données initiales grandes


On notera qu’une application directe des estimations de Sobolev en dimension n = 2
permet de fermer sans aucun problème l’argument de point fixe, mais uniquement pour des
données petites (avec l’avantage de solutions globales en temps). Pour traiter le cas de données
initiales grandes, il sera nécessaire de modifier légèrement nos arguments. On commencera
par le lemme qui suit.

Lemme 5.6.2 Soit ~u0 : R2 −→ R2 une fonction qui appartient à l’espace L2 (R2 ). Alors pour
tout 0 < t < T ≤ +∞ on a l’estimation
kgt ∗ ~u0 k 1 ≤ k~u0 kL2 .
L4t Ḣx2

Preuve. On écrit tout simplement


Z T
4
kgt ∗ ~u0 k 1 = kgt ∗ ~u0 k2 1 kgt ∗ ~u0 k2 1 dt
L4t Ḣx2 0 Ḣx2 Ḣx2
Z T Z  Z 
−2t|ξ|2 c0 (ξ)|2 dξ −2t|χ|2 2
= |ξ|e |~u |χ|e |~u0 (χ)| dχ dt
c
0 R2 R2
Z Z Z +∞
2 +|χ|2 )
≤ |ξ||χ|e−2t(|ξ| c0 (ξ)|2 |~u
|~u c0 (χ)|2 dtdξdχ,
R2 R2 0
5.6. Le cas de la dimension n = 2 189

et avec le changement de variable τ = 2t(|ξ|2 + |χ|2 ), il vient


|ξ||χ|
Z Z
4 c0 (ξ)|2 |~u
c0 (χ)|2 dξdχ,
kgt ∗ ~u0 k 1 ≤
2 2
|~u
4 2
Lt Ḣx R2 R2 2(|ξ| + |χ| )

mais puisque |ξ||χ| ≤ 2(|ξ|2 + |χ|2 ), on a


Z  Z 
4 2
kgt ∗ ~u0 k 1 ≤ |~u0 (ξ)| dξ
c |~u0 (χ)| dχ = k~u0 k4L2 ,
c 2
L4t Ḣx2 R2 R2

ce qui nous donne bien l’estimation recherchée. 

Voici une conséquence de ce résultat :

Corollaire 5.6.3 Soit ~u0 : R2 −→ R2 une fonction qui appartient à l’espace L2 (R2 ). Soit
κ0 > 0 un réel, il existe alors une constante ρ0 = ρ(κ0 , ~u0 ) > 0 telle que pour 0 < t < T on
ait l’estimation
C 1
kgt ∗ ~u0 k 4 12 ≤ + C(ρ20 T ) 4 k~u0 kL2 .
Lt Ḣx κ0
Preuve. On commence par fixer un réel ρ0 = ρ(κ0 , ~u0 ) tel que
!1
Z 2
c0 (ξ)|2 dξ 1
|~u ≤ .
{|ξ|≥ρ0 } κ0

On écrit ensuite
Z Z
2 2
kgt ∗ ~u0 k2 1 = |ξ|e−2t|ξ| |~u
c0 (ξ)|2 dξ + |ξ|e−2t|ξ| |~u
c0 (ξ)|2 dξ
Ḣ 2 {|ξ|≥ρ0 } {|ξ|<ρ0 }
Z Z
−2t|ξ|2 c0 (ξ)|2 dξ + ρ0 c0 (ξ)|2 dξ
≤ |ξ|e 1{|ξ|≥ρ0 } |~u |~u
R2 {|ξ|<ρ0 }
 ∨ 2
≤ gt ∗ 1{|·|≥ρ0 } |~u
c0 (·)|
1
+ ρ0 k~u0 k2L2 ,
Ḣ 2

ce qui nous donne


Z T  ∨ 4
kgt ∗ ~u0 k4 1 dt ≤ C gt ∗ 1{|·|≥ρ0 } |~u
c0 (·)|
1 + Cρ20 T k~u0 k4L2 ,
0 Ḣ 2 L4t Ḣt2

et en utilisant la conclusion du lemme précédent pour estimer le premier terme à droite de


l’estimation ci-dessus, il vient
Z 1
c0 (ξ)|2 dξ
2 1 C 1
kgt ∗ ~u0 k 1 ≤C 1{|ξ|≥ρ0 } |~u + C(ρ20 T ) 4 k~u0 kL2 ≤ + C(ρ20 T ) 4 k~u0 kL2 ,
L4t Ḣx2 R2 κ0
ce qui termine la preuve du corollaire. 

Nous aurons besoin d’un résultat similaire pour la force extérieure.

Lemme 5.6.4 Soit f~ : [0, +∞[×R2 −→ R2 une fonction qui appartient à l’espace L2t Ḣx−1 .
1) Nous avons l’estimation
Z t
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ~

1 ≤ Ckf kL2 Ḣx
−1 ,
t
0 L4t Ḣx2
190 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

2) Si κ1 > 0 est un réel, il existe une constante ρ1 = ρ(κ1 , f~) > 0 telle que pour 0 < t < T
on ait l’estimation
Z t
C 3
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds + Cρ31 T 4 kf~kL2 Ḣx−1 .

1 ≤
0 L4 Ḣx2 κ1 t
t

Preuve. La vérification du premier point se base sur l’inégalité (5.60), à partir de laquelle
on obtient sans difficulté la majoration générique suivante :
1 1
k~
ϕk 1 ≤ Ck~
ϕkL2 ∞ L2 k~
ϕkL2 2 Ḣ 1 .
L4t Ḣx2 t x t x

Il vient alors :
1 1
Z t Z t 2
Z t 2
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds gt−s ∗ P f~(s, ·) ds gt−s ∗ P f~(s, ·) ds
  
1 ≤C ,
0 L4t Ḣx2 0 L∞ 2
t Lx
0 L2t Ḣx1

et en utilisant le contrôle (5.59) sur les normes L∞ 2 2 1


t Lx et Lt Ḣx , on obtient sans problème
Z t
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ≤ Ckf~kL2 Ḣx−1 .

1
t
0 L4t Ḣx2

Pour le deuxième point, on fixe un réel ρ1 = ρ(κ1 , f~) tel que


!1
Z T Z 2
1 b~ 2 1
2
|f (t, ξ)| dξdt ≤ , (5.64)
0 {|ξ|≥ρ1 } |ξ| κ1

et on écrit
 1
2 2
Z t Z Z t b
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds ~
 
1
≤  |ξ| gt−s ∗ P f (s, ·) ds (ξ) dξ 
0 Ḣ 2 R2 0

2
!1
Z Z t 2
−(t−s)|ξ|2 [
≤ |ξ| e P f~ (s, ξ)ds dξ .
R2 0

En introduisant la fonction indicatrice 1{|ξ|≥ρ1 } et en utilisant les propriétés du projecteur de


Leray en variable de Fourier (voir la formule (4.6), page 107) il vient,
2
! 21
t t  
ξ⊗ξ
Z Z Z
−(t−s)|ξ|2
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds · f~1{|ξ|≥ρ1 } (s, ξ)ds dξ

≤ |ξ| e Id3×3 −
b
0 Ḣ 2
1
R2 0 |ξ|2
2
! 21
t  
ξ⊗ξ
Z Z
2
+ |ξ| e−(t−s)|ξ| Id3×3 − · f~1{|ξ|<ρ1 } (s, ξ)ds dξ , (5.65)
b
R2 0 |ξ|2

et pour la dernière intégrale ci-dessus on a, par l’inégalité de Minkowski continue :

2
!1
t   2
ξ⊗ξ
Z Z
−(t−s)|ξ|2 b~
|ξ| e Id3×3 − · f 1{|ξ|<ρ1 } (s, ξ)ds dξ
R2 0 |ξ|2
!1
t 2 2
ξ⊗ξ
Z Z
−2(t−s)|ξ|2
≤ |ξ|1{|ξ|<ρ1 } e Id3×3 − |f~(s, ξ)|2 dξ ds,
b
0 R2 |ξ|2
5.6. Le cas de la dimension n = 2 191

1
puis, en introduisant le poids |ξ|2
on obtient

 1
2
t 2 b~ 2
ξ⊗ξ |f (s, ξ)|
Z Z
2
≤  |ξ|3 1{|ξ|<ρ1 } e−2(t−s)|ξ| Id3×3 − dξ  ds
0 R2 |ξ|2 |ξ|2
 1
2
T 2 b~ 2
ξ⊗ξ |f (s, ξ)|
Z Z
≤ ρ31  Id3×3 − dξ  ds,
0 R2 |ξ|2 |ξ|2

2
où nous avons utilisé le fait que 1{|ξ|<ρ1 } e−2(t−s)|ξ| ≤ 1 et 0 < t < T . Maintenant, en
appliquant l’inégalité de Cauchy-Schwarz en variable de temps on a

 1  1
2 2
T 2 b~ 2 Z TZ 2 b~ 2
ξ⊗ξ |f (s, ξ)| ξ⊗ξ |f (s, ξ)|
Z Z
3 21 
ρ31  Id3×3 − dξ  ds ≤ ρ1 T Id3×3 − dξds 
0 R2 |ξ|2 |ξ| 2
0 R2 |ξ|2 |ξ|2
1 1
≤ ρ31 T 2 kP(f~)kL2 Ḣx−1 ≤ Cρ31 T 2 kf~kL2 Ḣx−1 ,
t t

et avec cette majoration, en revenant à l’expression (5.65) on a

Z t Z t  ∨
1
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds
b~
+ Cρ31 T 2 kf~kL2 Ḣx−1 .

1
≤ gt−s ∗ P f 1{|ξ|≥ρ1 } ds 1 t
0 Ḣ 2 0 Ḣ 2

On construit maintenant la norme L4 en variable de temps dans l’inégalité précédente pour


obtenir

Z t Z t  ∨
3
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds
b~
+ Cρ31 T 4 kf~kL2 Ḣx−1 ,

1 ≤ gt−s ∗ P f 1{|ξ|≥ρ1 } ds 1
t
0 L4t Ḣx2 0 L4t Ḣx2

et donc, par le premier point de ce lemme nous avons

Z t  ∨
3
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds
b~
+ Cρ31 T 4 kf~kL2 Ḣx−1

1 ≤ C f 1{|ξ|≥ρ1 }
t
0 L4t Ḣx2 L2t Ḣx−1
!1
Z T Z 2
1 b~ 3
≤ C 2
|f (t, ξ)|2
dξdt + Cρ31 T 4 kf~kL2 Ḣx−1
0 {|ξ|≥ρ1 } |ξ| t

C 3
≤ + Cρ31 T 4 kf~kL2 Ḣx−1 ,
κ1 t

où nous avons utilisé le contrôle (5.64). La preuve du deuxième point de ce lemme est donc
terminée. 

Avec ces résultats, nous allons étudier maintenant comment obtenir des solutions globales
en temps pour les équations de Navier-Stokes en dimension 2.
192 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

Théorème 5.6.5 Soit ~u0 : R2 −→ R2 une donnée initiale qui appartient à l’espace
L2 (R2 ) et telle que div(~u0 ) = 0 et soit f~ : [0, +∞[×R2 −→ R2 une force extérieure qui
appartient à l’espace L2 ([0, +∞[, Ḣ −1 (R2 )).

Alors il existe une unique solution globale en temps ~u(t, x) des équations de Navier-
Stokes 
~ u) + P(f~), div(~u) = 0,
∂t ~u = ∆~u − P((~u · ∇)~
(5.66)
~u(0, x) = ~u0 (x),

1
qui appartient à l’espace L4 ([0, +∞[, Ḣ 2 (R2 )) et qui appartient également à l’espace

C [0, +∞[, L2 (R2 ) ∩ L∞ [0, +∞[, L2 (R2 ) ∩ L2 [0, +∞[, Ḣ 1 (R2 ) .


  

De plus cette solution vérifie l’égalité d’énergie


Z t Z t
2
k~u(t, ·)kL2 + 2 k~u(s, ·)kḢ 1 ds = k~u0 kL2 + 2 hf~(s, ·), ~u(s, ·)iḢ −1 ×Ḣ 1 ds.
2 2
0 0

Démonstration. On commence par considérer la formulation intégrale des équations de


Navier-Stokes
Z t Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + gt−s ∗ P(f~)(s, x)ds − ~ u)(s, x)ds
gt−s ∗ P((~u · ∇)~
0 0

1
et par appliquer un argument de point fixe dans l’espace L4t Ḣx2 . On remarque alors que l’on
a les estimations suivantes :

• avec le Corollaire 5.6.3 :


C 1
kgt ∗ ~u0 k 1 ≤ + C(ρ20 T ) 4 k~u0 kL2 . (5.67)
L4t Ḣx2 κ0

• en utilisant le deuxième point du Lemme 5.6.4 :


Z t
C 3
gt−s ∗ P f~(s, ·) ds + Cρ31 T 4 kf~kL2 Ḣx−1 .

1 ≤ (5.68)
0 L4t Ḣx2 κ1 t

1 1
• En utilisant l’inégalité k · k 1 ≤ Ck · kL2 ∞ L2 k · kL2 2 Ḣ 1 qui provient de l’estimation
L4t Ḣ 2 t x t x
(5.60), on écrit
1
Z t Z t 2
~ v (s, ·)ds ~ v (s, ·)ds
 
gt−s ∗ P (~u · ∇)~ 1 ≤ C gt−s ∗ P (~u · ∇)~
0 L4t Ḣx2 0 L∞ 2
t Lx
1
Z t 2
~ v (s, ·)ds

× gt−s ∗ P (~u · ∇)~ ,
0 L2t Ḣx1

ce qui nous donne avec les majorations (5.62) :


Z t
~ v (s, ·)ds ~ v k 2 −1 ≤ Ck~u ⊗ ~v k 2 2 ≤ Ck~uk 4 4 Ck~v k 4 4 ,

gt−s ∗ P (~u · ∇)~ 1 ≤ Ck(~u · ∇)~ L Ḣx Lt Lx Lt Lx Lt Lx
t
0 L4t Ḣx2
5.6. Le cas de la dimension n = 2 193

1
et en utilisant les injections de Sobolev Ḣ 2 (R2 ) ⊂ L4 (R2 ), on a
Z t
~ v (s, ·)ds

gt−s ∗ P (~u · ∇)~ 1 ≤ Ck~
uk 4 21 k~v k 1 . (5.69)
0 L4t Ḣx2 Lt Ḣx L4t Ḣx2

Ainsi, pour appliquer le Théorème 4.1.1 de contraction de Banach-Picard donné page 104, à
partir des estimations (5.67), (5.68) et (5.69) nous devons vérifier la condition
C 1 C 3 1
+ C(ρ20 T ) 4 k~u0 kL2 + + Cρ31 T 4 kf~kL2 Ḣx−1 < ,
κ0 κ1 t 4C

et donc, si l’on fixe les constantes κ0 et κ1 telles que l’on ait κC0 ≤ 16C 1
et κC1 ≤ 16C
1
, la condition
précédente s’écrit
1 3 1
C(ρ20 T ) 4 k~u0 kL2 + Cρ31 T 4 kf~kL2 Ḣx−1 < . (5.70)
t 8C
On observe alors que si les données sont grandes (c’est à dire si l’on a k~u0 kL2  1 et
kf~kL2 Ḣx−1  1), alors le temps d’existence T doit être petit pour que cette relation ci-dessus
t
ait lieu et on obtient de la sorte une unique solution des équations de Navier-Stokes dans
1
l’espace de résolution L4 ([0, T [, Ḣ 2 (R2 )) qui s’écrit
Z t Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + ~
gt−s ∗ P(f )(s, x)ds − ~ u)(s, x)ds,
gt−s ∗ P((~u · ∇)~
0 0

et qui appartient donc à l’espace L∞ ([0, T [, L2 (R2 )) ∩ L2 ([0, T [, Ḣ 1 (R2 )) : en effet, sous cette
expression, la vitesse ~u vérifie les estimations :
Z t
k~ukL∞ L2 ∩L2 Ḣ 1 ≤ kgt ∗ ~u0 kL∞ L2 ∩L2 Ḣ 1 + gt−s ∗ P(f~)(s, x)ds
t x t x t x t x
0 L∞ 2 2 1
t Lx ∩Lt Ḣx
Z t
+ ~ u)(s, x)ds
gt−s ∗ P((~u · ∇)~
0 L∞ 2 2 1
t Lx ∩Lt Ḣx

≤ Ck~u0 kL2 + Ckf~kL2 Ḣx−1 + Ck(~u · ∇)~


~ uk 2 −1 ,
L Ḣx
t t

et puisqu’on a les majorations


~ uk 2 −1 ≤ Ck~u ⊗ ~uk 2 2 ≤ Ck~uk 4 4 k~uk 4 4 ,
k(~u · ∇)~ L Ḣx
t
Lt Lx Lt Lx Lt Lx

avec les estimations (5.61) données page 187, on obtient bien que la vitesse ~u appartient à l’es-
pace L∞ ([0, T [, L2 (R2 )) ∩ L2 ([0, T [, Ḣ 1 (R2 )) et de plus, par cette même formulation intégrale
on obtient sans problème la continuité de la fonction t 7−→ k~u(t, ·)kL2 .

Il s’agit maintenant de prolonger le temps d’existence de ces solutions et pour cela on


utilise la structure des équations de Navier-Stokes : ainsi, en multipliant les équations
~ u) + P(f~),
∂t ~u = ∆~u − P((~u · ∇)~

par ~u et en intégrant en variable d’espace, il vient


Z Z Z
d 2
k~u(t, ·)kL2 = 2 ∆~u(t, x)·~u(t, x)dx−2 ~
P((~u·∇)~u)(t, x)·~u(t, x)dx+2 P(f~)(t, x)·~u(t, x)dx,
dt R2 R2 R2

ce qui s’écrit avec les propriétés du projecteur de Leray


Z Z Z
d 2
k~u(t, ·)kL2 = −2 ~ 2
|∇ ⊗ ~u(t, x)| dx − 2 ~
(~u · ∇)~u(t, x) · ~u(t, x)dx + 2 f~(t, x) · ~u(t, x)dx,
dt R2 R2 R2
194 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

et par une intégration en la variable de temps, il vient


Z tZ Z tZ
k~u(t, ·)k2L2 + 2 ~ ⊗ ~u(s, x)|2 dxds = k~u0 k2 2 + 2
|∇ ~ u(s, x) · ~u(s, x)dxds
(~u · ∇)~
L
0 R2 0 R2
Z tZ
+2 f~(s, x) · ~u(s, x)dxds,
0 R2

Cette expression est pour l’instant purement formelle, mais contrairement au cas de la di-
mension 3, nous pouvons justifier sans problème cette écriture : en effet, nous savons par les
calculs précédents que l’on a ~u0 ∈ L2 , f~ ∈ L2t Ḣx−1 et ∞ 2 2 1
Z ~u Z∈ Lt Lx ∩ Lt Ḣx , ce qui donne un sens
t
à tous les termes ci-dessus mis à part la quantité ~ u(s, x) · ~u(s, x)dxds que l’on
(~u · ∇)~
0 R2
étudie composante par composante : cela revient à traiter des termes de la forme
Z tZ
uj (s, x)∂xj uk (s, x)u` (s, x)dxds,
0 R2

pour 1 ≤ j, k, ` ≤ 3, et par les inégalités de Hölder en temps et en espace on a


Z tZ
uj (s, x)∂xj uk (s, x)u` (s, x)dxds ≤ kuj kL4t L4x k∂xj uk kL2t L2x ku` kL4t L4x
0 R2
1 1 1 1
≤ Ckuj kL2 ∞ L2 kuj kL2 2 Ḣ 1 k~uk kL2 Ḣ 1 ku` kL2 ∞ L2 ku` kL2 2 Ḣ 1 < +∞,
t x t x t x t x t x

où nous avons utilisé le contrôle (5.61) qui n’est valable qu’en dimension 2.
Z tZ
Ainsi, puisque la quantité trilinéaire ~ u(s, x) · ~u(s, x)dxds est bien définie, on
(~u · ∇)~
0 R2
peut utiliser les identités vectorielles et la propriété div(~u) = 0 pour obtenir
Z tZ Z tZ
~ u(s, x) · ~u(s, x)dxds =
(~u · ∇)~ div(~u ⊗ ~u)(s, x) · ~u(s, x)dxds
0 R2 R2 0
Z tZ Z tZ
=− div(~u ⊗ ~u)(s, x) · ~u(s, x)dxds + |~u(s, x)|2 div(~u)(s, x)dxds
0 R2 0 R2
Z tZ Z tZ
=− div(~u ⊗ ~u)(s, x) · ~u(s, x)dxds = − ~ u(s, x) · ~u(s, x)dxds.
(~u · ∇)~
0 R2 0 R2
Z tZ
et à partir de cette identité on obtient alors que la quantité ~ u(s, x) · ~u(s, x)dxds
(~u · ∇)~
0 R2
est en réalité nulle, ce qui nous permet d’obtenir l’égalité d’énergie
Z tZ Z tZ
k~u(t, ·)k2L2 +2 ~ ⊗ ~u(s, x)|2 dxds = k~u0 k2 2 + 2
|∇ L f~(s, x) · ~u(s, x)dxds, (5.71)
0 R2 0 R2

et nous avons alors


Z tZ
k~u(t, ·)k2L2 +2 ~ ⊗ ~u(s, x)|2 dxds ≤ k~u0 k2 2 + 2kf~k 2 −1 k~uk 2 1
|∇ L L Ḣx L Ḣ t t x
0 R2
≤ k~u0 k2L2 + kf~k2L2 Ḣ −1 + k~uk2L2 Ḣ 1 ,
t x t x

ce qui nous donne le contrôle uniforme en temps suivant

k~u(t, ·)k2L2 + k~uk2L2 Ḣ 1 ≤ k~u0 k2L2 + kf~k2L2 Ḣ −1 < +∞,


t x t x
5.6. Le cas de la dimension n = 2 195

qui nous indique que les normes L∞ 2 2 1


t Lx et Lt Ḣx sont bien préservées dans le temps.
1
Ainsi, à l’instant T d’existence maximal dans l’espace L4t Ḣx2 , on peut prendre comme
donnée initiale la quantité k~u(T, ·)kL2 (car cette application est continue) et réappliquer
1
les arguments ci-dessus pour obtenir l’existence d’une unique solution ~u ∈ L4t Ḣx2 dans un
intervalle de temps [T, T + δ[. Etant donné que les normes impliquées sont préservées, nous
sommes donc en mesure, de proche en proche, d’obtenir des solutions des équations de Navier-
Stokes qui seront globales en temps dans l’espace L∞ 2 2 1
t Lx et Lt Ḣx . 

Remarque 5.14
1
1) On remarquera que le point fixe est réalisé ici dans l’espace L4t Ḣx2 qui est un espace
1 1
plus grand que l’espace L∞ 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx (on a bien k~
uk 1 ≤ k~ukL2 ∞ L2 k~ukL2 2 Ḣ 1 , voir
L4t Ḣx2 t x t x

les estimations (5.60)-(5.61) données page 187), l’utilisation de cet espace est unique-
ment motivée par la nécessité d’introduire une dépendance par rapport à la variable de
temps afin de considérer des données initiales grandes.

2) En dimension 2 on a le contrôle (5.61) qui nous donne suffisamment d’intégrabilité


pour obtenir l’égalité d’énergie (5.71) : il n’est alors pas nécessaire de réaliser une
régularisation de l’équation comme dans le cas 3D, il n’y a donc pas de passage à la
limite à considérer.
1
L’introduction de cet espace L4t Ḣx2 correspond au besoin de faire apparaı̂tre une dépendance
par rapport au temps, non pas dans la constante de continuité de l’application bilinéaire,
mais plutôt dans les estimations des données initiales (voir la condition (5.70)). On pour-
rait croire que cette dépendance par rapport au temps est très gênante, mais son avantage
est qu’elle nous permet de considérer des données initiales grandes : le prix à payer étant un
temps d’existence petit, toutefois ce problème est finalement très relatif car grâce à l’inégalité
d’énergie on peut prolonger le temps d’existence des solutions et l’on obtient ainsi des solu-
tions uniques qui sont globales en temps (en dimension 2).

Pour finir, étudions les propriétés de la pression dans le cadre de la dimension 2. Nous
avons toujours la même équation pour la pression
1  
~ u − div(f~) ,

p= div (~u · ∇)~ (5.72)
(−∆)
et alors il vient :

Corollaire 5.6.6 Soit ~u0 ∈ L2 (R2 ) une donnée initiale à divergence nulle et soit une
force extérieure f~ ∈ L2 [0, T ∗ [, Ḣ −1 (R2 ) avec T ∗ > 0. Si ~u ∈ L∞ ([0, T ∗ [, L2 (R2 )) ∩
L2 ([0, T ∗ [, Ḣ 1 (R2 )) est une solution des équations (5.66) alors la pression p donnée à
partir de l’équation (5.72) appartient à l’espace L2 ([0, T ∗ [, L2 (R2 )).
Preuve. On écrit
1 1
+ (−∆)− 2 f~(t, ·)

kp(t, ·)kL2 ≤ div div(~u(t, ·) ⊗ ~u(t, ·)
(−∆) L2 L2
1
≤ k~u(t, ·) ⊗ ~u(t, ·)kL2 + (−∆)− 2 f~(t, ·) .
L2

On peut alors écrire


kp(t, ·)kL2 ≤ Ck~u(t, ·)kL4 k~u(t, ·)kL4 + kf~(t, ·)kḢ −1 ,
196 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

puis, en prenant la norme L2 en variable de temps :

kpkL2t L2x ≤ Ck~ukL4t L4x k~ukL4t L4x + kf~kL2 Ḣx−1 .


t

Cette quantité est bien bornée car, d’une part, en dimension 2 nous avons l’estimation (5.61) :
1 1
k~ukL4t L4x ≤ Ck~ukL2 ∞ L2 k~ukL2 2 Ḣ 1 .
t x t x

et la solution de Leray ~u appartient à l’espace L∞ 2 2 1


t Lx ∩Lt Ḣx et, d’autre part, la force extérieure
appartient à l’espace L2t Ḣx−1 : on a donc bien le contrôle annoncé pour la pression p. 

Notes et compléments
Les solutions construites par J. Leray en 1934 constituent, rétrospectivement, une avancée
fondamentale dans la compréhension des équations de Navier-Stokes et elles sont le point de
départ de la plupart des axes de recherche actuels sur le sujet. Rappelons que ces solutions
se caractérisent par les trois points suivants : il s’agit tout d’abord de solutions faibles (les
informations sont mesurées au sens faible dans les deux variables, temps et espace), ce sont en
plus des solutions globales en temps (ces solutions ont été construites pour cela) et, finalement,
elles vérifient l’inégalité d’énergie de Leray qui donne des informations très utiles sur cette
équation. Toutefois, ces solutions présentent un inconvénient majeur : nous ne savons pas
si elles sont uniques et l’étude de l’unicité des solutions de Leray est un défi mathématique
particulièrement difficile (il s’agit d’un problème du millénaire !).
Indiquons pour finir qu’il est possible de considérer des solutions des équations de Navier-
Stokes encore plus générales (mais avec moins de propriétés, voir par exemple le livre [45])
mais leur étude déborde du cadre de cet ouvrage.

5.7 Exercices
Exercice 5.1 Soit 0 < θ0 , θ1 < 1. On définit les indices p0 , q0 , p1 et q1 par les relations :

1 θ0 1 − θ0 1 1 − θ0 1 θ1 1 − θ1 1 1 − θ1
= + , = et = + , = ,
q0 2 6 p0 2 q1 2 6 p1 2

on remarquera qu’il s’agit des conditions d’interpolation entre les espaces L∞ 2 2 6


t Lx et Lt Lx
données dans (5.9), page 150.
1. Montrer que si l’on souhaite avoir la relation p10 + p11 = 12 (donnée dans l’expression
(5.8), page 149) alors cela implique que l’on doit avoir θ0 + θ1 = 1.
1 1
2. Vérifier que la condition θ0 + θ1 = 1 est incompatible avec la condition q0 + q1 = 12 .
Ces calculs montrent que si ~u ∈ L∞ 2 2 6 u ∈ Lpt 0 Lqx0 et ~u ∈ Lpt 1 Lqx1
t Lx ∩Lt Lx , alors on ne peut avoir ~
où l’on a p10 + p11 = 12 et q10 + q11 = 12 .

Exercice 5.2 Soit ~u ∈ L∞ 2 2 1


t Lx ∩ Lt Ḣx une solution de Leray des équations de Navier-Stokes.
On suppose en plus que l’on a ~u ∈ L4t L4x .
1. A l’aide de l’exercice précédent, vérifier que la condition L4t L4x demandée ici est une
vraie hypothèse supplémentaire qui ne peut pas se déduire à partir du cadre des solu-
tions faibles de Leray.
5.7. Exercices 197

Z +∞ Z
2. Montrer que dans ce cas, la quantité ~ u · ~u(t, x)dxdt est bien définie.
(~u · ∇)~
0 R3
On vérifiera, par exemple, que l’on a
Z +∞ Z
~ u · ~u(t, x)dxdt ≤ k~uk 2 1 k~uk 4 4 .
(~u · ∇)~ L Ḣ Lt Lx t x
0 R3

3. Avec l’estimation ci-dessus, étudier la quantité définie dans l’expression (5.26), page
158. Avec l’information L4t L4x , est-il nécessaire de régulariser l’équation pour donner
~ u, ~ui ?
un sens à la quantité h(~u · ∇)~
Z +∞ Z
4. Vérifier que dans le cadre considéré ici, on a bien ~ u · ~u(t, x)dxdt = 0.
(~u · ∇)~
0 R3

Exercice 5.3 Soit ~u0 ∈ L2 (R3 ), à divergence nulle. On suppose qu’il existe une solution ~u
de l’équation
Z t
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) − gt−s ∗ (P div (~u ⊗ ~u))(s, x)ds
0

telle que ~u ∈ L∞ ([0, +∞[, L2 (R3 )) ∩ L2 ([0, +∞[, Ḣ 1 (R3 )) ∩ L4 ([0, +∞[, Ḣ 1 (R3 )).
1 1
1. Montrer que pour f ∈ H 1 (R3 ) on a kf k 1 ≤ kf kL2 2 kf kḢ
2
1
. En déduire que si l’on a
Ḣ 2
1
f0 ∈ L2 (R3 ) alors gt ∗ f0 ∈ L4t Ḣx2 .
Z t
4
− 12
2. En déduire que si g ∈ L ([0, T [, Ḣ
3 (R3 )) alors gt−s ∗g(s, x)ds ∈ L∞ (]0, T [, L2 (R3 )).
0
Z t
3. En écrivant pour 0 ≤ t1 ≤ t, ~u(t, ·) = gt−t1 ∗ ~u(t1 , x) − gt−s ∗ P div (~u ⊗ ~u))(s, x) ds
t1
montrer que

k~u(t, ·)kL2 ≤ kgt−t1 ∗ ~u(t1 , ·)kL2 + Ck~ukL2 Ḣ 1 k~ukL4 (]t1 ,+∞[,Ḣ 1 ) .


t x

4. En conclure que

lim sup k~u(t, ·)kL2 ≤ Ck~ukL2 Ḣ 1 k~ukL4 (]t1 ,+∞[,Ḣ 1 ) ,


t x
t→+∞

puis que lim k~u(t, ·)kL2 = 0.


t→+∞

Exercice 5.4 (Equations de la Magnéto-Hydrodynamique - MHD) On considère le


système d’équations suivant

~ u + (~b · ∇)
∂t ~u = ∆~u − (~u · ∇)~
 ~ ~b − ∇p
~ + f~, div(~u) = div(f~) = 0,



∂t~b = ∆~b − (~u · ∇)
~ ~b + (~b · ∇)~
~ u + ~g , div(~b) = div(~g ) = 0, (5.73)



~u(0, x) = ~u (x), div(~u ) = 0 et ~b(0, x) = ~b (x), div(~b ) = 0,

x ∈ R3 ,
0 0 0 0

où ~u0 ∈ L2 (R3 ) et ~b0 ∈ L2 (R3 ) sont des données initiales et où f~, ~g ∈ L2 ([0, +∞[, Ḣ −1 (R3 ))
sont des forces extérieures.
1. Pour  > 0 fixé on considère les équations
198 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray

Z t Z t  
~u(t, x) = gt ∗ ~u0 (x) + ~
gt−s ∗ f (s, x)ds − ~ u + ([~b ∗ θ ] · ∇)
gt−s ∗ P ([~u ∗ θ ] · ∇)~ ~ ~b (s, x)ds
0 0
Z t Z t  
~b(t, x) = gt ∗ ~b0 (x) + gt−s ∗ ~g (s, x)ds − ~ ~ ~ ~
gt−s ∗ P ([~u ∗ θ ] · ∇)b + ([b ∗ θ ] · ∇)~u (s, x)ds,
0 0
Z
où θ ∈ C0∞ (R3 ) est telle que 1 x

θ(x)dx = 1 et θ (x) = 3
θ  . Montrer que ce système
R3
d’équation admet une solution mild locale (~u , ~b ) en temps dans l’espace L∞ 2 2 1
t Lx ∩Lt Ḣx .
1. A partir du système (5.73), obtenir des estimations d’énergie semblable à la formule
(5.29) pour le couple (~u , ~b ).
2. Obtenir des solutions mild globales (~u , ~b ).
3. Passer à la limite pour obtenir des solutions faibles de l’équation (5.73).

Exercice 5.5 (Equation Micro-Polaire) On considère le système






~ u − ∇p
∂t ~u = ∆~u − (~u · ∇)~ ~ + 1∇
2
~ ∧w ~ + f~, div(~u) = 0,


∂t w~ = ∆w ~
~ + ∇div( ~ −w
w) ~ w
~ − (~u · ∇) ~ ∧ ~u, x ∈ R3 ,
~ + 12 ∇ (5.74)




~u(0, x) = ~u (x), w(0,
~ x) = w ~ 0 (x) et div(~u0 ) = 0,
0

~ 0 ∈ L2 (R3 ) et f~ ∈ L2t Ḣx−1 .


avec ~u0 , w
1. Appliquer le projecteur de Leray dans la première équation.

~ u et (~u · ∇)
2. Régulariser les termes (~u · ∇)~ ~ w.
~

3. Utiliser un argument de point fixe pour le problème régularisé dans l’espace L∞ 2


t Lx ∩
L2t Ḣx1 sur l’intervalle de temps [0, T ] et obtenir une solution (~u, w)
~ (ces solutions
dépendent de ). On pourra utiliser les estimations
Z t Z t
1 1
~ ∧ wds
gt−s ∗ ∇ ~ ≤ CT kwk
~ L2 Ḣ 1
2 et ~ ∧ wds
gt−s ∗ ∇ ~ ≤ CT 2 kwk
~ L∞ 2
t x t Lx
0 L∞ 2
t Lx
0 L2t Ḣx1

4. Si ~u est à divergence nulle (mais w ~ ne l’est pas), montrer que l’on a


Z Z
~ w
(~u · ∇) ~ ·w
~ dx = − ~ w
(~u · ∇) ~ ·w
~ dx,
R3 R3

et en déduire que ce terme est nul (on supposera que ~u et w ~ sont suffisamment
régulières, ce qui est le cas lorsqu’on traite le problème régularisé). Montrer également
que l’on a l’identité
Z Z
~
(∇ ∧ w)
~ · ~u dx = ~ ∧ ~u) · w
(∇ ~ dx
R3 R3

5. En considérant que tout est suffisamment régulier (ce qui est le cas lorsqu’on a introduit
les régularisations), multiplier l’équation (5.74) par le vecteur (~u, w) ~ et intégrer en
variable d’espace puis en variable de temps pour obtenir l’estimation
Z t 
2 2
k~u(t, ·)kL2 + kw(t,
~ ·)kL2 + k~u(s, ·)k2Ḣ 1 + 2kw(s,
~ ·)k2Ḣ 1 + 2kdiv(w)(s, ~ ·)k2L2 ds
0
Z t Z t
0
≤C kw(s, 2
~ ·)kL2 ds + C kf~(s, ·)k2Ḣ −1 ds + k~u0 k2L2 + kw~ 0 k2L2 .
0 0
5.7. Exercices 199

6. En utilisant le Lemme de Grönwall obtenir l’inégalité d’énergie


Z t 
2 2
k~u(t, ·)kL2 + kw(t,
~ ·)kL2 + k~u(s, ·)k2Ḣ 1 + 2kw(s,
~ ·)k2Ḣ 1 + 2kdiv(w)(s,~ ·)k2L2 ds
0
Z t 
0 ~ 2 2
≤C kf (s, ·)kḢ −1 ds + k~u0 kL2 + kw~ 0 kL2 eCt .
2
0

7. Prolonger les solutions approchées et obtenir par un passage à la limite des solutions
~ de type Leray dans l’espace L∞
faibles (~u, w) 2 2 1
t Lx ∩ Lt Ḣx .
200 Chapitre 5. Solutions faibles de Leray
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Index

Application compacte, 246 de Sobolev, 24


homogènes, 27
Beirão da Veiga, 207 non homogènes, 24
Bernoulli, 2 Euler, 2
Cadre Formulation intégrale, 112
Eulérien, 4
Lagrangien, 3 Grönwall, lemme, 36
Cauchy, 3 Gradient, 14
Conservation
de la densité, 6 Helmholtz, 56
Contre exemple de Serrin, 279 Hyperviscosité, 209
Convolution, 21
Critère Inégalité
d’explosion, 131 de Hardy-Littlewood-Sobolev, 31, 34
de régularité de Serrin, 266 de Hedberg, 39
de Jensen, 36
Décomposition de Helmholtz, 56 de Minkowski continue, 20
Divergence de Sobolev, 30, 34
d’un tenseur, 16 de Young pour la convolution, 21
d’un vecteur, 15 de Young pour le produit, 37
Incompressible, 6
Equation Indice de viscosité ν, 10
de Navier-Stokes simplifiée, 228 Interpolation
de Stokes, 58 espaces de Lebesgue, 18
de Euler, 10 espaces de Sobolev, 31
de l’hydrodynamique, 8
de la chaleur, 45 Jensen, inégalité, 36
de Laplace, 49
de Navier-Stokes, 8 Kolmogorov, 3
de Navier-Stokes locale, 265
Laplacien, 14
de Navier-Stokes stationnaire, 243
fractionnaire, 25
de Poisson, 50
Lemme
Equations de Navier-Stokes
de Grönwall, 36
solutions mild, 113
de Rellich-Kondrashov, 37
solutions classiques, 66
de Rellich-Lions-Kondrashov, 177
solutions faibles, 167
Liouville, 254
Espace
Lois de produit, 32
de Fourier-Herz, 145
de Lebesgue, 17 Modèle d’hyperviscosité, 209
de Lebesgue temps-espace, 19
de Lorentz, 40 Navier, 2

204
INDEX 205

Noyau
de Green, 50
de la chaleur, 45

Pascal, 2
Point fixe, 104, 208, 246
Poisson, 3
Pression, 7
Principe de contraction, 104
Problème de type Liouville, 254
Produit
tensoriel, 16
vectoriel, 15
Projecteur de Leray, 106

Régularisation de Leray, 165


Régularité Maximale
du bi-Laplacien, 215
du noyau de la chaleur, 115
Reynolds, 3
Riesz, transformées, 35
Rotationnel, 15

Schaefer, point fixe, 247


Serrin, 266
Solution
mild, 112
classique, 66
faible de Leray, 167
stationnaire, 248
Solution Fondamentale
pour l’équation de la chaleur, 45
pour l’équation de Laplace, 50
Stokes, 3

Temps d’existence, 130


Tenseur d’Oseen, 61
Théorème
d’unicité fort-faible, 186
de Beirão da Veiga, 210
de convection, 6
de Fujita-Kato, 113
de Leray, 167
de Serrin, 266
Transformées de Riesz, 35
Transformation de Fourier, 22

Unicité fort-faible, 186

Viscosité, 8
Vorticité, 269

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