Incertitude et mesure en TP de physique
Incertitude et mesure en TP de physique
TP : Incertitude et mesure.
En général, on doit donner avec le résultat d’une mesure expérimentale effectuée en TP une évaluation de
l’incertitude de mesure, ceci dans le but :
— d’estimer correctement le nombre de chiffres significatifs à retenir dans le résultat ;
— de confronter plus efficacement l’expérience avec un modèle théorique ;
— de réaliser une critique plus constructive du protocole expérimental et/ou du modèle théorique.
Soit une grandeur physique X à déterminer expérimentalement. Pour ce faire, on est amené à effectuer une
ou plusieurs mesures de cette grandeur par un protocole expérimental le plus adapté possible. On obtient alors
à l’issue de l’expérience un résultat x à assortir d’une incertitude-type :
X = x ± ∆x
Il est indispensable de veiller à la cohérence des chiffres significatifs affichés sachant que l’incertitude-type
ne devra compter que 2 chiffres significatifs. On arrondira toujours le résultat déterminé pour ∆x par excès.
Prenons un exemple pour la mesure d’une intensité I : les chiffres affichés à la sortie du calcul par l’ordinateur
ou la calculatrice étaient i = 1, 532678 et ∆i = 0, 1134. On affichera le résultat :
I = 1, 53 ± 0, 12 A
1 (x − xm )2
f (x) = √ exp −
2πσ 2σ 2
v
u n
u1 X
où σ est l’écart-type de la série de mesure xi à savoir σ = t (xi − xm )2 . La distribution des mesures
n i=1
s’approchera d’autant plus de la loi gaussienne que le nombre n de mesures sera élevé. f (x) est représentée à
la figure 1. En pratique, il faut quelques dizaines de mesures pour que cela soit satisfaisant. En TP, il est rare
qu’on atteigne un tel chiffre même en rassemblant la totalité des mesures des binômes.
f (x)
0, 5 b
xm − 2σ xm + 2σ
b b b b b b
xm − σ xm xm + σ x
Figure 1 – Loi gaussienne de distribution d’une série de mesures indépendantes
Z xm +2σ
X ∈ [xm − 2σ; xm + 2σ] à 95% car f (x)dx = 0, 95
xm −2σ
Dans l’industrie, on travaille sur des intervalles de confiance plus élevés en général comme celui à ±3σ qui
correspond à 99, 7% de confiance. Pour des applications mettant en jeu des problèmes de sécurité, on peut aller
jusqu’à ±6σ, ce qui correspond à une probabilité de 99, 999 999 8%.
Il faut bien comprendre qu’une telle moyenne très banale pour nous ne correspond pas rigoureusement
à la moyenne de X mais constitue un estimateur de celle-ci. En effet, une moyenne de X est définie par
N
X
< X >= E(X) = Pi xi . Comme cela a été évoqué dans le paragraphe précédent, il n’est pas possible de
i=1
connaı̂tre la probabilité Pi correspondant à la mesure xi . On se contente de l’estimation par la formule bien
connue de la moyenne arithmétique.
2.1.2 Incertitude-type
Comme pour la moyenne, l’absence de connaissance des lois de probabilités ne permet pas de déterminer
l’écart-type ∆x associé à la mesure de la grandeur X. En effet, il faudrait pouvoir calculer :
N N
!2
X X
(∆X)2 = E(X 2 ) − (E(X))2 = Pi x2i − Pi xi
i=1 i=1
Nous allons, là encore, devoir nous contenter de déterminer un estimateur de l’écart-type. On peut montrer
que la formule de l’écart-type au carré doit être corrigé d’un facteur n/(n − 1) par rapport à sa définition vue
dans le cadre d’une distribution gaussienne. On a :
v
u
u 1 X N
∆X = t (xi − x)2
N − 1 i=1
On peut démontrer que, sous l’hypothèse d’une distribution gaussienne, l’écart-type sur la moyenne x des
xi est donné par :
v
u N
∆X 1 u 1 X
√ = √ t (xi − x)2
N N N − 1 i=1
Cette expression nous fait constater que plus le nombre N de mesure des xi est élevé, plus l’écart-type est
faible mais que pour gagner un facteur 10 sur l’écart-type il faut multiplier par 100 le nombre de mesures ce qui
rend
√ les choses difficiles sur le plan pratique. Ceci est bien évidemment la conséquence de la loi d’évolution en
1/ N .
La détermination de l’incertitude associée à x passe par la notion d’incertitude-type. L’incertitude-type
correspond à l’écart-type précédent. La notation privilégiée est u(x) et on a donc :
v
u N
1 u 1 X
u(x) = √ t (xi − x)2 estimateur
N N − 1 i=1
La valeur de u(x) se calcule en général assez facilement avec une calculatrice possédant des fonctions
statistiques ou avec un ordinateur.
2.2.2 Incertitude-type
On retrouve, ici, la même difficulté que pour les incertitudes associées à une distribution de N mesures.
Il n’est évidemment plus possible d’effectuer un calcul de type statistique de l’incertitude-type comme nous
l’avons fait dans le cas des N mesures. Pourtant, il faut bien faire quelque chose. . . On commence par définir la
précision ∆ de l’instrument de mesure que l’on a utilisé. On rencontre deux sortes d’instruments de mesures :
ceux équipés d’une graduation et ceux disposant d’un affichage numérique. Les normes en vigueur ont pour
conséquence qu’on doit pouvoir les traiter selon le mode opératoire suivant :
• La mesure est lue sur une échelle graduée. On estime alors que ∆ correspond à une demi-graduation. Par
exemple, vous utilisez un double-décimètre gradué en mm, on a ∆ = 0, 5 mm.
• La mesure est lue sur un appareil à affichage digital. Il faut se reporter à la notice de ce dernier pour
obtenir ∆. Par exemple sur la notice d’un voltmètre, on lit ∆ = 0, 3% × U + 2 × UR. UR est l’unité de
représentation, en clair la valeur du dernier digit affiché. Imaginons que l’on mesure U = 280, 0 V, on a
UR = 0, 1 V et par conséquent, on aura ∆ = 1, 0 V.
∆
u(x) = √
3
P (x′ )
1/2∆ b
b b b b
0 x−∆ x x + ∆ x′
Figure 2 – Probabilité uniforme
Cette formule est la conséquence du fait que l’on suppose que la probabilité d’avoir une mesure dans
l’intervalle x ± ∆ est uniforme, voir le graphique de la figure 2 où la variable notée x′ est une variable muette
destinée à ne pas être confondue avec x qui représente la valeur de la mesure unique.
Z x+∆ Z x+∆
2 ′ 2 ′ ′ 1
Le calcul de l’incertitude-type s’effectue selon : u (x) = (x − x) P (x )dx = (x′ − x)2 dx′ .
x−∆ x−∆ 2∆
x+∆
1 (x′ − x)3 ∆2
2
On obtient donc : u (x) = = . Cela permet bien de retrouver l’expression de u(x)
2∆ 3 x−∆ 3
affirmée plus haut.
X =x±∆
L = 742 ± 3 mm
D’une façon générale, s’il y a p sources d’incertitudes, l’incertitude-type globale sera donnée par :
v
u p 2
uX
u(x) = t uj (x)
j=1
3 Origines de l’incertitude
3.1 Incertitude de construction due aux appareils
Aucun appareil n’est parfait ! Les résultats qu’il donne sont assortis d’une erreur. Il y a deux cas :
— Pour les appareils analogiques, s’il figure sur l’appareil un chiffre C appelé classe, alors l’incertitude de
construction est égale à C% du calibre utilisé ; s’il ne figure rien, on se reporte à la notice de l’appareil
(ou bien on prend par défaut une classe de 2).
Application : Avec un voltmètre de classe 1, 5, un élève dit qu’il mesure une tension de 10 V. Que
pensez-vous du résultat dans le cas où il utilisait un calibre de 450 V ? Même question dans le cas d’un
calibre de 15 V ?
U = 10, 0 ± 0, 2 V
— Pour les appareils numériques (ceux utilisés le plus souvent) : l’incertitude de construction s’ex-
prime en pourcentage de la valeur lue (%L) plus un certain nombre NUR d’unités de représentation
(l’unité de représentation est la plus petite valeur que l’affichage numérique peut donner dans le calibre
utilisé). Sous forme mathématique, on a :
Application : Le tableau suivant précise quelques spécifications pour le multimètre Métrix MX24B.
Position commutateur Conditions %L NUR
VDC Continu 0,3 % 2
VLOW Z 40 Hz à 1 kHz 1% 2
VAC+DC 40 Hz à 1 kHz 1,5 % 2
Si on lit en continu une tension U = 280, 0 V sur ce multimètre, quelle incertitude de construction
a-t-on ? Conclure.
Réponses : Si on lit U = 280, 0 V sur l’affichage numérique en continu, l’unité de représentation est
U R = 0, 1 V donc l’incertitude de construction d’après le tableau est ∆ = 0, 3% × U + 2 × U R = 1 V. On
a ∆ = 1, 0 V. Pour donner le résultat de la mesure en se plaçant dans l’intervalle de confiance de 95%, il
∆
faut écrire que ∆U = 2 √ = 1, 2 V. Le résultat à donner est donc :
3
U = 280, 0 ± 1, 2 V
Il faut retenir les points suivants :
— il faut toujours utiliser le bon calibre pour effectuer une mesure ;
— le nombre de chiffres affichés par les appareils numériques n’a pas valeur de précision (voir l’application
précédente) ;
— il ne faut pas attribuer à l’incertitude absolue plus d’un chiffre significatif en général (quelques fois deux) ;
— il est indispensable que la mesure et l’incertitude aient des nombres de chiffres significatifs cohérents.
b
V b b
V b
b
A b b b
A b b
(a) R (b) R
Figure 3 – Montages longue (a) et courte (b) dérivation
Dans le montage longue dérivation, que mesure-t-on réellement ? Quelle est l’incertitude relative systéma-
tique commise ? Mêmes questions pour le montage courte dérivation. Quand doit-on privilégier un montage ou
l’autre ?
Réponses : Dans le premier montage, on doit tenir compte de la résistance Ra de l’ampèremètre et on
mesure réellement R + Ra . On commet alors une erreur absolue ∆R = Ra et une erreur relative systématique
∆R Ra
= . En fait, dans ce premier montage, l’intensité mesurée est bonne mais pas la différence de potentiel
R R
qui n’est pas celle aux bornes de R.
Dans le second montage, on doit tenir compte de la résistance Rv du voltmètre, en parallèle sur R, et on
RRv ∆R R
mesure réellement R//Rv = . On commet alors une erreur relative systématique = . En
R + Rv R R + Rv
fait, dans ce second montage, la différence de potentiel mesurée est bonne mais pas l’intensité qui traverse en
partie le voltmètre.
Le premier montage est à privilégier si R ≫ Ra sachant que Ra est de quelques ohms en pratique. Le second
montage est à privilégier si R ≪ Rv sachant que Rv est supérieure à 1 MΩ en pratique.
On suppose dans la suite cette erreur systématique nulle (montage idéal). En pratique, l’erreur systématique
est maı̂trisée et on peut facilement en tenir compte pour donner un résultat expérimental adéquat.
4.2 Principe
Soit à déterminer la grandeur X de mesure x et d’incertitude-type u(x). X est une fonction de grandeurs
Ai où i est un entier. Ai est de mesure ai et d’incertitude-type u(ai ). Les grandeurs Ai sont supposées supposées
indépendantes : X = f (A1 , A2 , . . .). L’évaluation de l’incertitude-type de X repose sur la différentielle :
X ∂x
dx = dai
i
∂ai aj6=i
On passe à l’incertitude-type sur X en traitant de façon quadratique les effets de toutes les incertitudes-type
u(ai ) sur chaque grandeur Ai :
v !2
u
uX ∂x
u(x) = t u(ai )
i
∂ai aj 6=i
On obtient alors :
v !2
u
u(x) u X ∂ ln x
= t u(ai )
|x| i
∂ai aj 6=i
Le calcul de la différentielle
Y γ logarithmique peut s’avérer très pratique dans les cas où X dépend des grandeurs
Ai sous la forme X = α Ai i (avec α et γi constants). On obtient alors :
i
v
X u(ai ) 2
u
dx X dai u(x) u
= γi donc =t γi
x i
ai |x| i
ai
4.3 Applications
4.3.1 En optique
Dans un TP d’optique, on va comparer la distance appelée interfrange i dans une figure d’interférences
que l’on va mesurer à celle que l’on peut déduire des valeurs mesurées de chacune des grandeurs dont elle est
fonction. Ici, on se contente de celle issue du calcul. Dans le cas des interférences d’Young, cet interfrange
s’exprime selon :
λD
i=
a
où λ = 532 ± 1 nm est la longueur d’onde du laser utilisé, D = 2, 150 ± 0, 005 m est la distance entre le dispositif
interférentiel d’Young et l’écran d’observation et a = 100 ± 1 µm la distance caractéristique du dispositif
d’Young. Toutes les incertitudes fournies correspondent un niveau de confiance de 95%. On va déterminer pour
un niveau de confiance de 95% la valeur de l’interfrange en l’exprimant selon : i = im ± ∆im .
Avec les valeurs numériques s fournies, on calcule tout d’abord im = 1, 1438 cm. Pour l’incertitude, on a,
2 2 2
u(im ) u(λ) u(D) u(a)
d’après ce qui précède, = + + avec u(λ) = 0, 5 nm, u(D) = 2, 5 mm et
im λ D a
u(im )
u(a) = 0, 5 µm. L’application numérique conduit à = 0, 00522, cela nous permet d’en déduire que u(im ) =
im
0, 0060 cm. Pour un niveau de confiance de 95%, on aura une incertitude-type ∆im = 2u(im) = 0, 012 cm. Dans
ces conditions, l’expression du résultat donnant l’interfrange sera :
i = 1, 144 ± 0, 012 cm
avec un niveau de confiance de 95%.
4.3.2 En électricité
On cherche à déterminer la puissance dissipée par effet Joule dans une résistance R sachant que l’on
a mesuré l’intensité I circulant dans la résistance et la résistance elle-même. Les deux mesures donnent les
résultats suivants :
dPJ dR dI
= +2
PJ R I
PJ = 1, 18 ± 0, 02 W
avec un niveau de confiance de 95%.
5 Dispositifs de précision
5.1 La vis micrométrique
Ce dispositif de mesure (voir la figure 4 est plus précis que le vernier. Il se trouve sur l’interféromètre de
Michelson, sur un Palmer (voir figure). . . L’utilisation d’un manchon gradué, par exemple, avec un pas de
0, 5 mm associé à un tambour gradué confère une précision de lecture au 1/100ème de millimètre ! Considérons
justement ce cas avec vis au pas de 0, 5 mm : le tambour est gradué en 50 parties égales et chaque partie
représente une lecture de 1/100ème de millimètre. Il faut donc faire tourner le tambour de deux tours pour que
la partie mobile se déplace de 1 mm.
Application : La méthode de lecture du micromètre avec vis au pas de 0, 5 mm est la suivante :
1. Lire le nombre entier de millimètres apparaissant à gauche du tambour, sur le manchon gradué.
2. Localiser la graduation du tambour qui se trouve face au trait horizontal du manchon.
3. Ajouter la valeur de cette graduation (en centième de millimètres) au nombre entier de millimètres en
pensant à ajouter 50 centièmes de millimètres au résultat si la dernière graduation apparente sur le
manchon correspond à un demi-millimètre (ceci demande une certaine attention pour ne pas commettre
d’erreur).
Quelle lecture faites-vous pour chacun des cas de la figure 5 ?
Réponses : Dans le premier cas, on lit 13, 12 mm, dans le second cas on lit 8, 55 mm et dans le troisième
cas, on lit 12, 98 mm.
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
b
Repérage précis
x2 = 0, 4 et x = 1, 4
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Figure 6 – Principe du vernier
5.2 Le vernier
Dans un système à graduation simple, il n’est pas possible de repérer avec précision une mesure lorsque la
graduation ne fait pas exactement face à une valeur entière de la graduation principale.
Sur la figure 6 en haut, on peut uniquement repérer que la longueur à mesurer est comprise entre 1 et 2.
Pour augmenter la précision, on adjoint une graduation secondaire permettant un repérage plus précis, voir la
figure 5 en bas. C’est le principe du vernier. Avec un vernier au 1/10ème, on pourra obtenir un repérage de la
grandeur à mesurer 10 fois plus précis. Le principe de construction de la graduation secondaire est le suivant :
on divise en 10 parties égales les 9/10ème de la graduation principale.
Application : Quelle lecture doit-on faire pour chacun des cas de la figure 7.
Réponses : Dans les deux cas, on a des verniers au 1/50ème car 50 graduations du vernier correspondent à 49
graduations de la règle. Dans le premier cas, on lit 30, 46 mm et dans le second cas on lit 38, 92 mm. L’incertitude
de lecture correspond à une ou deux graduations du vernier suivant votre vue et la finesse des traits. . . Attention,
on peut avoir affaire à un vernier relatif à une règle graduée en demi-millimètres ! Le principe de lecture est le
même.
Un vernier angulaire peut se trouver sur un goniomètre, un polarimètre de Laurent, voir la figure 9. Le
principe de lecture est le même que pour un vernier de pied à coulisse, en dehors du fait que l’on lit un angle. Il
existe une grande diversité d’échelles de graduations mais, avec attention, on arrive toujours à connaı̂tre l’unité
de l’échelle de base et l’unité associée à lecture du vernier. Attention, il peut arriver que le vernier soit gradué
dans deux sens contraires (comme sur la figure 9). Il faut alors effectuer la lecture sur la partie du vernier
graduée dans le même sens que les graduations de base où se trouve son zéro.
6 Régression linéaire
6.1 Position du problème
Lorsqu’on modélise un phénomène, l’écriture des équations de la Physique permet d’établir des relations
entre les différentes grandeurs impliquées dans le problème. Considérons le cas d’une grandeur Y dépendant
d’une grandeur X selon une loi linéaire Y = AX +B. Des mesures de Y pour différentes valeurs de X permettent
d’obtenir un jeu de données (x1 , y1 ), . . . , (xn , yn ). Deux questions peuvent se poser :
— Est-ce que les données expérimentales (xi , yi ) permettent de valider la relation linéaire entre Y et X et
donc la modélisation ?
— La relation linéaire étant admise, les coefficients A et/ou B contiennent des paramètres physiques dont
on souhaiterait obtenir la valeur. Comment obtenir une estimation de A et B et de leur incertitude type
à partir des (xi , yi ) ?
Donnons un exemple. On lance une bille vers le haut avec une vitesse initiale v0 . En supposant que le
champ de pesanteur ~g est vertical descendant et en négligeant les frottements de l’air, les lois de la Mécanique
permettent de trouver que la vitesse de la bille au cours du temps est donnée par : v = −gt + v0 .
En posant X = t et Y = v, on a bien une relation linéaire avec A = −g et B = v0 . Expérimentalement, on
peut mesurer la vitesse à différents instants, c’est-à-dire obtenir des couples (t1 , v1 ), . . . , (tn , vn ). Nous pouvons
alors nous demander :
— Les (ti , vi ) sont-ils compatibles avec la relation v = f (t) ? Notre modélisation est-elle correcte ?
— On admet la relation v = f (t). Comment accéder à g à partir des (ti , vi ) ?
En plaçant les (xi , yi ) dans un graphe comme celui de la figure 10, on obtient un ensemble de points qui
ne sont pas exactement alignés à cause des erreurs de mesures sur X et Y . Néanmoins, il est toujours possible
de tracer une droite qui passe au voisinage de tous les points. Reste à savoir comment, non seulement trouver
la ✭✭ meilleure droite ✮✮, c’est-à-dire celle qui passe au plus près de tous les points – ce qui revient à trouver les
meilleures estimations a et b des coefficients A et B respectivement – mais aussi juger si le modèle linéaire est
acceptable.
y
yn b
b
y1 b
b
x1 xn x
Figure 10 – Ajustement d’une droite
εi = yi − (axi + b)
entre le point expérimental de coordonnées (xi , yi ) et le point situé sur la droite à la même abscisse xi .
Trouver la meilleure droite reviendrait à minimiser tous les écarts donc, globalement, leur somme. Cette approche
présente un défaut. Les points expérimentaux se situant tantôt en-dessus tantôt en-dessous de la droite, certains
εi sont positifs et les autres sont négatifs, d’où une somme qui risque d’être voisine de 0 quelles que soient les
valeurs de a et b pourvu qu’elles correspondent à une droite assez proche des points.
L’idée de minimisation des écarts reste bonne, il faut juste se débarrasser du problème des signes. Il suffit
pour cela d’utiliser les écarts élevés au carré. Les (xi , yi ) étant donnés, on va chercher les valeurs de a et b qui
minimisent la quantité :
n
X n
X 2
ε2i = yi − (axi + b)
i=1 i=1
Cette méthode porte logiquement le nom de méthode des moindres carrés. Elle permet de calculer a et b
selon les formules :
n
X n
X n
X n
X n
X n
X n
X
n xi yi − xi yi x2i yi − xi xi yi
i=1 i=1 i=1 i=1 i=1 i=1 i=1
a= !2 et b = !2
n
X n
X n
X n
X
n x2i − xi n x2i − xi
i=1 i=1 i=1 i=1
On voit immédiatement sur les formules ci-dessus que les erreurs de mesure sur les xi et les yi se répercutent
sur a et b. Exprimer les incertitudes-types u(a) et u(b) en fonction des u(xi ) et des u(yi ) est un problème délicat
qu’on parvient à simplifier si on fait en sorte de négliger les u(xi ) devant les u(yi ). Dans ce cas, et si on suppose
en plus que les u(yi ) sont toutes égales à une même valeur u(y), on peut montrer que :
v
u
u X n
v
u
u x2i
u n u i=1
u(a) = u(y)u u n !2 et u(b) = u(y)u !2
u X X n u X n X n
2 2
u
tn xi − xi t n xi − xi
i=1 i=1 i=1 i=1
Les logiciels d’exploitation de données qui réalisent des régressions linéaires utilisent ces formules. Ils four-
nissent également un coefficient noté généralement r, appelé coefficient de corrélation, qui, par construction
vérifie :
— −1 ≤ r ≤ 1
— r = +1 si tous les point sont parfaitement alignés selon une droite de pente positive
— r = −1 si tous les point sont parfaitement alignés selon une droite de pente négative
— r est d’autant plus proche de 0 que l’alignement est faible
Ce coefficient donne donc une indication sur la qualité de la régression. Usuellement, on admet que la
linéarité est acceptable pour r au moins égal à 0, 9 mais il faut rester méfiant face à ce critère comme le montre
l’exemple de√la figure 11. Considérons le graphique constitué de points construit sur la relation clairement non
linéaire y = x pour les cinq premiers entiers naturels. Pourtant, une régression linéaire réalisée avec ces valeurs
donne r = 0, 96. C’est plutôt bon pour une relation qui n’est manifestement pas linéaire ! On constate en effet
graphiquement qu’une droite passe à proximité des cinq points de la courbe y(x).
y b
x
Figure 11 – Ajustement défaillant et r = 0, 96
On ne se contentera donc pas d’un rapide coup d’œil sur r pour valider ou invalider un modèle linéaire. On
procédera en plus à l’examen graphique décrit dans le paragraphe suivant.
b b
b b b
b
b b
b b
Cas 1 Cas 2 b Cas 3
x x x
Figure 12 – Barres d’erreurs
Dans le cas 1, l’écart entre les points expérimentaux et la droite est du même ordre de grandeur que les
barres d’erreur. On peut valider le modèle linéaire. Dans les cas 2, les barres d’erreurs sont nettement plus grande
que dans le cas 1, elles sont supérieures à la distance qui sépare les points de la droite. De nombreuses droites
sont capables d’intercepter l’ensemble des barres d’erreurs. Dans le cas 3, les barres d’erreurs sont inférieures à
la distance qui sépare les points de la droite. La droite ne passe par aucune barre d’erreur. Dans les cas 2 et 3,
soit la loi linéaire est à remettre en cause, soit l’estimation des barres d’erreurs est à revoir.
6.4 Conclusion
En pratique, les calculatrices graphiques et les logiciels avec tableur permettent le tracé du graphe y(x) et
donnent les coefficients a et b et le coefficient de corrélation r. Mais la plupart des tableurs ne donnent pas les
incertitudes-types sur a et b. Les calculs d’incertitudes seront réalisés en Python.
On effectue douze mesures d’une résistance avec un ohmmètre et on obtient les résultats suivants :
Mesure n 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
R( Ω) 47,3 46,5 45,2 48,7 47,6 46,9 47,0 46,9 47,3 48,2 46,4 47,1
Le programme Python Type A fournit les commandes pour réaliser le calcul de la résistance et de son incertitude-
type. Il est complété par la création d’un histogramme de type Monte Carlo possédant les mêmes caractéristiques
que celles déterminées par le calcul. Le résultat de la mesure de la résistance est :
R = 47, 09 ± 0, 26 Ω
Un histogramme suivant une loi normale de type Monte Carlo montrant la distribution des mesures sur 10 000
tirages est fourni à la figure 13.
700
600
500
Nombre de tirages
400
300
200
100
0
46.25 46.50 46.75 47.00 47.25 47.50 47.75 48.00
Résistance (ohm)
Figure 13 – Histogramme selon une loi normale de la distribution de 10 000 mesures de la résistance
On effectue une expérience d’étude d’un régime transitoire en électricité en utilisant la résistance précédente.
Le temps caractéristique du régime transitoire est τ = RC. On détermine ainsi d’une autre façon la valeur de
la résistance du paragraphe précédent. On mesure le temps caractéristique τ du régime transitoire ainsi que la
valeur de la capacité C avec les résultats suivants pour l’incertitude-type :
R = 46, 90 ± 0, 73 Ω
Cette mesure de la résistance est entachée d’une plus grande incertitude-type que la précédente.
On se reportera au fichier Python MCarlo qui génère des tirages aléatoires en grand nombre à partir des
caractéristiques associées aux mesures de τ et de C. Le processus commence par définir la relation permettant
de calculer la résistance R à partir de τ et C à savoir R = τ /C. Il se poursuit en générant des tirages aléatoires
de valeurs de τ et C selon une loi normale. Il se termine en calculant la moyenne et l’écart-type sur R. Le
résultat est :
R = 46, 88 ± 0, 73 Ω
4000
3500
3000
2500
2000
1500
1000
500
0
44 45 46 47 48 49 50 51
Résistance (ohm)
Figure 14 – Histogramme selon une loi normale de la distribution de 100 000 mesures de la résistance
Ce résultat est très voisin de celui calculé dans le paragraphe précédent mais il peut varier un peu si l’on effectue
une nouvelle série de tirages aléatoires. Les variations seront d’autant plus petites que le nombre de tirages sera
élevé. On peut essayer de modifier le nombre N de tirages pour observer la variabilité des résultats, comme le
programme part sur 100 000 tirages, on peut √ le baisser de façon drastique pour observer l’effet. Nous reverrons
que les fluctuations relatives évoluent en 1/ N dans le cadre du cours de Physique statistique. Voici trois
histogrammes obtenus pour N = 100 à la figure 15 et les résultats associés :
Tirage N = 100 n◦ 1 n◦ 2 n◦ 3
R en Ω 46, 89 ± 0, 81 46, 90 ± 0, 61 46, 79 ± 0, 74
On comprend rapidement que si l’on n’est pas limité par la capacité et le temps de calcul, on choisira un nombre
de tirages relativement élevé !
Résultat du tirage aléatoire de la résistance R Résultat du tirage aléatoire de la résistance R Résultat du tirage aléatoire de la résistance R
30
20.0
25
25 17.5
20 15.0
20
12.5
15
15 10.0
10 7.5
10
5.0
5 5
2.5
0 0 0.0
45 46 47 48 49 45.5 46.0 46.5 47.0 47.5 48.0 48.5 49.0 45.5 46.0 46.5 47.0 47.5 48.0 48.5
Résistance (ohm) Résistance (ohm) Résistance (ohm)
Figure 15 – Histogramme selon une loi normale de la distribution de N = 100 mesures de la résistance
Nous avons effectué deux protocoles de mesures de la résistance R et on se pose la question de la compati-
bilité des ces deux mesures. Nous avons trouvé :
R1 = 47, 09 Ω et uR1 = 0, 26 Ω
R2 = 46, 88 Ω et uR2 = 0, 73 Ω
L’écart normalisé E ou encore Zscore Z est défini par :
|R2 − R1 |
E=Z= q = 0, 29 < 2
u2R1 + u2R2
Ici, l’écart normalisé ou Zscore est inférieur à 2, les deux mesures sont compatibles. On peut en voir une
perception sur le graphique de la figure 16 à gauche. Sur cette même figure, on a représenté une situation où
les mesures ne sont pas compatibles. Si l’on imagine que l’on a R2 = 45, 32 ± 0, 73 Ω, on obtient Z = 2, 28 > 2.
La conclusion est alors que les mesures ne sont pas compatibles. On peut apprécier cela visuellement sur le
graphique de droite de la figure 16, en observant un moindre recouvrement des deux histogrammes des tirages
aléatoires contrairement au premier cas. On utilisera le programme Python ZScore.
8000
8000
7000
7000
s
6000
le
s
6000
tib
le
tib
pa
5000
pa
5000
co
m
co
4000 4000
no
3000 3000
E = Z = 0, 29 E = Z = 2, 28
2000 2000
1000 1000
0 0
44 45 46 47 48 49 50 42 43 44 45 46 47 48
Nous allons utiliser un exemple de cinétique chimique pour comprendre la méthode qui permet d’aboutir à
la validation d’un modèle. La cinétique chimique est du type :
A ⇄ B
avec une cinétique dans le sens direct d’ordre 1 et de constante de vitesse k1 pour A → B ainsi que d’une
cinétique dans le sens indirect d’ordre 1 et de constante de vitesse k2 pour B → A. La loi de vitesse donnant
l’évolution de [A] est donc :
d [A]
= k2 [B] − k1 [A]
dt
La conservation de la matière et les conditions initiales où la concentration était [A]0 = a et [B] = 0 conduisent
à l’expression suivante pour l’évolution de la concentration de l’espèce A :
k2 k1
[A] = a 1+ exp −(k1 + k2 )t
k1 + k2 k2
Seule l’entité A absorbe et on suit l’évolution de la réaction avec un spectrophotomètre. L’absorbance de la
solution est donnée par :
k1
Abs(t) = Abs∞ 1 + exp −(k1 + k2 )t
k2
Abs(t) − Abs∞
On peut organiser sur cette formule une régression linéaire avec la grandeur y = ln puisque :
Abs∞
k1
y = ln − (k1 + k2 )t
k2
On calcule les valeurs aux différentes dates. Elles sont regroupées dans le tableau qui suit.
temps (min) 1 5 10 15 20 25 ∞
temps (s) 60 300 600 900 1 200 1 500 ∞
absorbance 1,08 1,05 1,02 0,98 0,95 0,92 0,44
y 0,375 0,327 0,276 0,205 0,148 0,087 -
L’incertitude-type sur le temps est de u t = 1 s, celle sur la grandeur y est u y = 0, 005. Ces valeurs sont
arbitraires, elles sont proposées uniquement pour servir d’exemple à la procédure de la régression linéaire.
Le fichier Python Regression lin permet de faire une succession de tirages aléatoires autour des mesures pour
déterminer la pente a et l’ordonnée à l’origine b pour la droite y = at + b. On obtient une distribution de valeurs
pour la pente et pour l’ordonnée à l’origine qui est visible sur le graphique de la figure 17.
Le programme renvoie les résultats suivants que l’on exprime en ne gardant que deux chiffres significatifs pour
l’incertitude-type :
La régression linéaire ainsi que les points expérimentaux sont représentés sur le graphique de la figure 18.
La qualité de la régression linéaire s’apprécie, dans un premier temps, de manière visuelle. La question est : les
points expérimentaux auxquels on adjoint leurs barres d’erreurs respectives sont-il bien alignés avec la droite
obtenue avec la méthode de régression linéaire de Monte Carlo ? La réponse est bien sûr quelque peu subjective
comme l’est une telle appréciation de régression linéaire que l’on peut faire en traçant à la main un graphique
sur un papier millimétré. On peut aussi se doter d’outils quantitatifs pour apprécier la qualité de la régression.
On calcule, en général, deux grandeurs. L’une est celle des résidus qui mesurent l’écart entre la valeur mesurée,
ici y et la valeur obtenue par la régression linéaire at + b pour chaque valeur de t que l’on possède. La seconde est
l’écart normalisé qui consiste à former, toujours pour chaque valeur de t, le rapport du résidu et de l’écart-type
portant sur y à savoir u y. On a donc :
y(t) − (at + b)
résidu = y(t) − (at + b) et ENorm =
u y
En effectuant le tracé de ces deux grandeurs et des barres d’incertitudes associées, on apprécie mieux la qualité
de la régression linéaire. L’objectif est d’avoir des résidus les moins éloignés de zéro avec des barres d’incertitudes
500
500
400
400
300
300
200 200
100 100
0 0
−0.00021 −0.00020 −0.00019 0.375 0.380 0.385 0.390 0.395 0.400
0.30
0.25
y
0.20
0.15
0.10
qui passent par zéro. Pour les écarts normalisés, on pourra conclure à une bonne qualité de la régression linéaire
si les écarts normalisés sont peu éloignés de zéro est compris dans l’intervalle [−2, +2]. On peut observer la
régression linéaire à la figure 19 où l’on peut voir les deux graphiques. On peut constater que la qualité de la
régression linéaire est bonne même si un point se distingue nettement des autres.
Résidus Ecarts-normalisés
2.0
0.010 1.5
1.0
0.005 0.5
0.0
0.000 −0.5
−1.0
−0.005
−1.5
−2.0
0 500 1000 1500 0 500 1000 1500
t (s) t (s)
Le contexte qui servira d’exemple est une étude de diffusion en électricité dans le cadre d’une ligne électrique
discrétisée constituée d’une succession de cellules de type RC comme on peut le voir sur le schéma de la figure
20 où l’on pose τ = RC le temps caractéristique de chaque cellule.
cellule n
P0 P1 P2 Pn−1 Pn+1 P18 P19
b b b b b b b b
b
b
R R
uo (t) C u1 C u2 un−1 un un+1
b b b b b b b
b
Lors d’un TP, on alimentera cette ligne par une tension sinusoı̈dale de fréquence f = 100 Hz et d’amplitude
Um0 . On mesure les amplitudes après chaque cellule Uamp (Pn ). Les lois de l’électricité permettent de montrer
que cette amplitude est reliée au numéro n de la cellule par la loi :
r
Um0 ωτ
ln = n
Uamp (Pn ) 2
On peut donc utiliser ce modèle pour déterminer pour chaque valeur de n 6= 0, une valeur numérique de τ
donnée par l’expression :
2
1 1 Um0
τn = ln
πf n Uamp (Pn )
On peut ensuite déterminer la valeur moyenne τ moy et l’écart-type u tau en organisant une statistique sur
l’ensemble des valeurs de n possibles avec la méthode de Monte Carlo. Ce travail est réalisé dans le fichier
Um0
Python Utilisation Mod. Le graphique donnant ln = f (n) est fourni à la figure 21. On peut apprécier
Uamp (Pn )
visuellement la linéarité de la fonction avec n.
2.5
ln(Um0/Uamp(Pn)) 2.0
1.5
1.0
0.5
2 4 6 8 10 12 14
Numéro Cellule n
Le graphique de la figure 22 présente les valeurs de τ calculées pour chaque résultat d’une mesure au niveau
des cellules. Les mesures ont été arrêtées à la cellule n = 14 parce qu’ensuite, il y avait des valeurs trop faibles
pour l’amplitude de la tension.
12
10
8
Mesure n − 1
0
80 85 90 95 100 105 110 115
tau (µs)
L’ensemble du processus permet de déterminer la valeur de la durée caractéristique τ avec son incertitude-type.
On obtient :
τ = 105, 3 ± 2, 4 µs