Comprendre la Conscience et ses Concepts
Comprendre la Conscience et ses Concepts
La conscience est la faculté d'un individu de se connaître dans sa propre réalité et de juger celle-
ci en conséquence ; il s'agit donc aussi de cette connaissance elle-même. Le terme peut faire
référence à divers concepts philosophiques et psychologiques. Il peut notamment désigner la
conscience morale, la conscience de soi, la conscience phénoménale, ou un état d'éveil.
Avant le xviie siècle, la conscience n'a qu'une seule valeur morale en français. Et c'est seulement
à partir du xviie siècle qu'apparaît le concept philosophique (1676, Malebranche), avec le
passage de la valeur morale du bien et du mal à la valeur psychologique ou métaphysique.
Arrivent alors les apports anglais (Locke) et allemands (Wolff, Kant, Hegel) au concept ; au
xviiie siècle, le mot « conscience » passe dans l'usage au sens rousseauiste de « connaissance
immédiate », intuitive ; au xixe siècle, pour Hegel et Marx, la conscience n'est plus le fruit d'une
certitude naïve, mais celui d'une médiation (conscience de classe) ; au début du xxe siècle,
Sigmund Freud découvre l'inconscient et refuse de limiter le psychisme à la conscience.
Histoire du mot
Le Petit Robert définit la conscience comme la « faculté qu'a l'homme de connaître sa propre
réalité et de la juger » ou « cette connaissance » elle-même1. D'après Étienne Balibar, bien qu'il ait
été forgé au départ par les philosophes pour les termes anciens (en grec et en latin), le concept
de « conscience » est devenu « absolument populaire, dénotant le “rapport à soi-même” de
l'individu ou du groupe »2. Autrement dit, le mot « conscience » renvoie à « ce que le philosophe
et l'homme “du commun” ont en commun »2.
« Dans les langues latines et germaniques, les principaux termes en présence dérivent du
savoir » : d'un côté, on a con-scientia, conscient et conscience ; de l'autre, on a wissen (savoir en
allemand), d'où Gewissen et Gewissheit, bewusst (unbewusst) et Bewusstsein, Bewusstheit, etc.2.
D'après le Dictionnaire historique de la langue française, la conscience n'a qu'une seule valeur
morale en français avant le xviie siècle. La conscience en tant que concept philosophique
apparaît au xviie siècle avec des philosophes classiques comme Malebranche.
Selon le dictionnaire Godin, la conscience (du latin conscientia) peut faire référence à plusieurs
concepts philosophiques et psychologiques5.
Étymologie
En français, « conscience » est un emprunt (vers 1165) « au latin conscientia, dérivé de conscire,
de cum « avec » (→ co) et scire « savoir » (→ science), proprement « savoir en commun » »6,7.
Conscientia, qui signifie « la connaissance partagée » avec quelqu'un, correspond ainsi au grec
sunneidésis, et oscille quant à son sens « entre les valeurs de “confidence” et “connivence” »7.
Le mot s'étant appliqué par la suite à « la connaissance de soi-même, il a pris un sens moral »7.
La valeur morale de « connaissance intuitive du bien et du mal » est la seule que connaisse le
mot « conscience » avant le xviie siècle7.
On retrouve ce sens dans des locutions comme : - bonne conscience (1230) - en conscience
(1306, en leur conscience, vieilli sauf dans en leur âme et conscience) - cas de conscience (1609)7.
Le mot peut contenir une insistance sur « la faculté morale en tant que pouvoir, droit d'agir selon
ce jugement » (liberté de conscience : l'expression existe déjà avant 1559)7.
Le Dictionnaire historique de la langue française note certains emplois classiques gardant « une
trace de l'ancienne localisation de la conscience dans l'estomac (lui-même souvent assimilé à la
poitrine) car, dit Furetière, on se frappe l'estomac dans le repentir, le remords » : la locution mettre
la main à la conscience (1673, Molière) renvoie à un geste culturel, ainsi que (se) mettre un verre
de vin sur la conscience (1690)
Pris au sens collectif, il exprime « l'ensemble des opinions morales d'une société (1721,
conscience publique) »7.
La conscience comme « faculté qu'a l'homme d'appréhender sa propre réalité », qui arrive avec
« la réflexion des philosophes classiques (1676, Malebranche) », devient un concept
philosophique7. Le terme français est alors « l'héritier indirect du grec suneidésis, direct du latin
conscientia en emploi antique et moderne »7.
John Locke (traduit en français par Pierre Coste à la fin du xviie siècle) distingue trois concepts,
conscience, consciousness et self-consciousness7.
xviiie siècle
Au xviiie siècle (par exemple, chez Jean-Jacques Rousseau en 1762), le concept, passé dans
l'usage commun, désigne « la connaissance immédiate, plus ou moins intuitive, d'une chose à
l'intérieur ou à l'extérieur de soi, fournissant les locutions avoir, prendre conscience de7. »
xixe siècle
xxe siècle
Polysémie
Outre les deux sens principaux déjà vus, le concept de conscience a de nombreux sens ou
manifestations que l’on peut s’efforcer de distinguer, bien que dans certains cas, ces différences
soient surtout des différences de degrés :
la conscience comme sensation : tout être doué de sensibilité, voire un système automatique,
peut être dit, dans une certaine mesure, « conscient » de son environnement, puisqu'il répond à
des stimuli ; c'est ce qu'on désigne sous le nom de « conscience du monde » ;
on peut distinguer une étape supérieure, en signifiant par le mot conscience un état d’éveil de
l’organisme, état différent du précédent en ce sens qu’il ne comporte pas de passivité de la
sensibilité (cf. en anglais, le mot wakefulness, vigilance, alerte, ou awareness) ; en ce sens, il n’y
a pas de conscience dans l’état de sommeil profond ou dans le coma ;
un autre sens du mot conscience a été introduit par le philosophe Thomas Nagel : il s’agit de la
conscience pour un être de ce que cela fait d’être ce qu’il est ;
Dans l’ensemble de ces distinctions, on peut noter une conception de la conscience comme
savoir de soi et perception immédiate de la pensée, et une autre comme sentiment de soi
impliquant un soubassement obscur et un devenir conscient qui sont, en général, exclus de la
première conception. La conscience morale, quant à elle, désigne le sujet du jugement moral de
nos actions. De cette conscience-là, on dit aux enfants qu'elle nous permet de distinguer le bien
du mal. Voir plus bas.
Conscience (psychologique)
— En réalité, précise une note en bas de page du Lalande, « le mot conscience, au sens A, désigne
la pensée même, antérieure à la distinction du connaissant et du connu ; comme telle, elle est la
donnée première que la réflexion analyse en sujet et en objet. » (Maurice Blondel ; Marcel
Bernès)4.
Conscience (morale)
D'après Lalande, la « conscience morale » (en allemand : Gewissen ; en anglais : conscience) est
la « propriété qu'a l'esprit humain de porter des jugements normatifs spontanés et immédiats sur
la valeur morale de certains actes individuels déterminés » : quand elle s'applique à des actes
futurs, « elle revêt la forme d'une “voix” qui commande ou défend ; quand elle s'applique aux
actes passés, elle se traduit par des sentiments de joie (satisfaction) ou de douleur
(remords) »12. Suivant les cas, cette conscience est dite « claire, obscure, douteuse, erronée,
etc. »12.
État de conscience
Dans le vocabulaire juridique du bas latin, où le mot « état » (estate) est employé « au sens de
“situation d'une personne” », que ce soit sur le plan physique ou moral, le Dictionnaire historique
de la langue française note que, parmi les nombreux groupes lexicalisés et locutions où figure le
terme « état », état de conscience s'emploie en psychologie13.
L'état de conscience minimale est une condition neurologique dans laquelle une personne
montre des signes minimaux mais clairs de conscience de soi ou de l'environnement, après avoir
été dans un état de conscience altéré (comme un coma). Les personnes dans cet état peuvent
suivre des instructions simples, effectuer des mouvements délibérés, ou répondre à des stimuli,
mais ces réponses sont souvent incohérentes ou limitées. [réf. nécessaire]
Conscience phénoménale
Conscience de soi
Le cogito cartésien (« je pense donc je suis ») tend à exprimer l'état de conscience de celui qui
s'exprime. Autrement dit le sujet, disant « Je » exprime une conscience de lui-même (Ego), en
termes de savoir (raisonnement - entendement). Le « Je pense » est interactif. Il implique et
nécessite, pour être exprimé, la conscience de soi. La conclusion d'être pourrait dès lors paraître
redondante. Toutefois, elle vient exprimer l'état et la relation sensitive. « Je pense donc je suis »
peut donc se décliner en « Je sais que je ressens donc j'existe ». C'est aussi la faculté de douter
de sa propre existence qui « atteste » cette existence même.
Le stade du miroir (se reconnaître dans un miroir) est souvent, considéré comme une étape
essentielle de la conscience de soi, réservé à l'humain. Mais si ce stade est atteint vers l'âge d'un
an et demi à deux ans chez l'homme, certains chimpanzés expérimentés, certains autres grands
singes, éléphants, dauphins, perroquets et pies, sont capables de se reconnaître dans un miroir,
comme l'a montré le test du miroir en éthologie19.
Courant
L’idée de conscience de soi pose le problème de l’unité d’un sujet, d’un moi ou d’une conscience.
On peut très généralement distinguer deux types d’hypothèses :
la conscience est l’expression d’une unité interne — le je du je pense ; cette unité peut être
comprise de différentes manières :
unité d’un individu — le sujet pensant, voire « l’âme » (par exemple chez Descartes),
la conscience n’est qu’une liaison d’agrégats d’impressions (Hume) qui peut être décrite
comme une suite plus ou moins cohérente de récits concernant un sujet purement virtuel — le
moi. Aussi, « quand mes perceptions sont écartées pour un temps, comme par un sommeil
tranquille, aussi longtemps je n’ai plus conscience de moi et on peut dire vraiment que je
n’existe pas » (Hume, Traité de la nature humaine, I). Selon cette thèse, le moi est autre.
À la question de savoir quelles relations la conscience entretient avec la réalité en général, une
description phénoménologique répond que celle-ci a une structure spatiale et temporelle,
structure qui est une organisation des concepts qui concernent notre expérience du monde et
nous-mêmes en tant qu’acteurs de ce monde.
Si, dans le cadre d'une pensée occidentale, la « conscience » est « l'un des mots les plus difficiles
à définir », ainsi que le formule André Comte-Sponville20, cette difficulté se heurtant à la
problématique d'une conscience tentant de s'auto-définir, un proverbe bouddhiste énoncerait en
regard l'adage selon lequel « un couteau ne peut se couper lui-même »21
Bouddhisme
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (janvier 2014). [Développer]
La philosophie bouddhique étudie elle aussi la conscience, vijñāna et en analyse les différentes
formes et fonctions. Il s'agit alors de l'un des constituants de la personne, skandhas, distinct de
la perception, samjñā ; cependant, si vijñāna est traduit par conscience, et que le terme désigne
bien une connaissance, le concept bouddhiste ne recouvre pas exactement la conscience telle
qu'elle est thématisée dans la pensée occidentale.
Hindouisme et védisme
Au cours des siècles, la conscience n'était pas définie systématiquement de la même façon sur
le sous-continent indien. La notion de « conscience pure » dans les théories dérivées des textes
de l'hindouisme, est comme un « état libéré », libéré du karma, libéré du samsara. Elle peut être
comprise comme un substrat de l'existence individuelle. Pour certains hindouistes, plus le
chemin du yogi avance dans la méditation, plus sa conscience devient grande. Le problème de la
dualité de l'univers entre l'individuel et le Tout, c'est-à-dire Dieu se pose aussi22. Dieu dans le
Brahmanisme et l'Hindouisme peut être l'être suprême Brahman, transcendant (Tat) ou
immanent (Sat-Chit-Ananda) dont la triplicité est l’existence-conscience-félicité. c'est encore la
Trimurti de Brahma-Vishnou-Shiva. La Mandukya Upanishad donne quatre états de conscience :
éveillé, dormant, rêvant et n'étant qu'un avec le Brahman23. Ce quatrième état de conscience, ou
Turiya, qui veut dire quatrième en sanskrit, est au-delà des états de veille, de rêve et de sommeil
dont il peut être considéré comme la source à l'origine de trois fleuves, ou encore illustré comme
l'image du moyeu d'une roue à trois branches. Pour Aurobindo Ghose qui réunit spiritualité et
matérialisme dans une vision évolutionniste de l'humanité, l'émergence d'une conscience de
vérité qu'il appelle la conscience supramentale24 peut contribuer à l'évolution d'une nouvelle
conscience sur terre. Pour Jean Gebser la conscience supramentale de Sri Aurobindo est la
même que la conscience intégrale qu'il décrit dans sa vision de l'évolution de la conscience25.
Étienne Balibar parle de « l'invention européenne de la conscience »26. Il y a, dit-il, une illusion du
point de vue national dans la croyance selon laquelle « les “différents sens” du français se
distribueraient entre des mots étrangers correspondants ou que conscience en français unifie ce
que d'autres langues divisent »27. Les fluctuations des dictionnaires renvoient à l'histoire, qui est
elle-même transnationale, celle des « créations linguistiques en matière de “pensée de la
pensée” » : il s'agit d'un cas d'étude de ce que Renée Balibar nomme le « colinguisme
européen »28,27.
Antiquité gréco-romaine
Selon Barbara Cassin, « il n'y a pas de mot grec correspondant à conscience, mais une grande
variété de termes et d'expressions sur lesquels conscience est projeté, et qui renvoient tantôt à
un rapport à soi, tantôt à un jugement moral, tantôt à une perception, tantôt à un jugement,
opérant souvent un croisement ou une dérivation entre plusieurs de ces acceptions »29.
La « conscience » dans le christianisme
L'apôtre Paul de Tarse, dans l'Épître aux Romains au ier siècle, soutient que les païens ne sont pas
ignorants de la Loi puisqu'ils ont une conscience qui les pousse à la chercher (Rm 2, 14-16).
Les Pères de l'Église « identifient la conscientia avec l' âme » : face au créateur, celle-ci est donc à
la fois « jugeante et jugée »30. Subordonnée chez Augustin à la memoria, elle « confesse le verbe
de Dieu » et interroge chez l'homme, « au plus profond de lui-même » (« interior intimo mio », est-il
dit dans Les Confessions), les « secrets de sa conscience »30. Jérôme dit que « l'étincelle de la
conscience » (scintilla conscientiae) continue de briller même chez les criminels et les
pécheurs30.
Dans Gaudium et Spes, le pape Jean XXIII et les évêques rassemblés lors du concile Vatican II
(1962-1965) préciseront que la « conscience est le centre le plus secret de l’homme, le
sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre ». Elle est « cette voix, qui ne
cesse de presser » chaque personne « d’aimer, d’accomplir le bien et d’éviter le mal »31,32.
Il cite à cet effet la réplique héroïque de 1521 devant la diète de Worms du Réformateur où ce
dernier refuse de se rétracter face à l'Église de Rome : « […] ma conscience est captive de Dieu, et
je ne peux ni ne veux abjurer quoi que ce soit, car il n'est ni sûr ni honnête d'agir contre sa
conscience » (Verhandlungen mit D. Martin Luther auf dem Reichstag zu Worms [1521], WA 7, 838,
2-9)33.
Pour Philippe Büttgen, Martin Luther, « premier théoricien du Gewissen en langue allemande,
serait aussi le premier théoricien moderne de la conscience » (en appelant à la liberté de
conscience)33.
Jean Calvin
Jean Calvin, au xvie siècle, déclare qu'il existe une loi naturelle sans laquelle la vie en société ne
serait pas possible35 :
Ce n’est qu’au xviie siècle que le terme de « conscience » apparaît dans les langues
européennes37.
Le concept de conscience (consciousness) n’a été isolé de sa signification morale qu’à partir de
John Locke, dans son Essai sur l'entendement humain (1689). Avant lui le mot conscience n’a
jamais eu le sens moderne38.
En particulier, René Descartes ne l’emploie quasiment jamais39 en ce sens, bien qu’il définisse la
pensée comme une conscience des opérations qui se produisent en nous (les Principes de la
philosophie, 1644).
C’est le traducteur de Locke, Pierre Coste, qui a introduit l’usage moderne du mot conscience en
français7.
Conscience (xviiie siècle français)
Au xviiie siècle en France, les Encyclopédistes sont déistes, même si certains d'entre eux
inclinent vers l'athéisme. Leur philosophie est naturaliste40. Comme Jean-Jacques Rousseau,
Denis Diderot croit à la bonté naturelle de l'homme.
La moralité consiste dès lors à « prendre conscience des données de notre nature pour fonder le
bonheur individuel et social sur les besoins humains et sur la raison40. »
Au livre IV de L'Émile, la déclaration de Rousseau, que représente un jeune calviniste éclairé par
un vicaire savoyard, est célèbre :
Le principe selon lequel « toute conscience est conscience de quelque chose », soit « la
nécessité de corréler un sujet et un objet visé par ce sujet », exprime sa propriété fondamentale,
l'intentionnalité, rappelle Jean-François Goubet. Mais toute conscience, ajoute-t-il est aussi
« rapport à soi »42.
Pour Leibniz, critique de Descartes, le cogito n'est pas « la seule proposition première », il faut
« lui adjoindre une autre vérité de fait primitive » et dire plutôt : « des choses diverses sont
pensées par moi. » Autrement dit, « la perception, l'enveloppement du divers dans l'unité,
s'accompagne chez l'homme d'aperception, de conscience réflexive42. »
Christian Wolff introduit le terme Bewusstsein et remanie le cogito par cette formulation : « nous
sommes conscients de nous-mêmes et d'autres choses »42.
Hegel reprochera à la philosophie de Fichte « de rendre absolu le subjectif, qui n'est jamais qu'un
particulier opposé à l'objectif ». Ainsi la conscience reste-t-elle « toujours affectée par une
opposition insurmontable entre sujet et objet. » Chez Hegel, l'esprit se déploie en supprimant la
figure de la conscience pour adopter la forme du concept où « le sujet se sait comme objet et
l'objet comme sujet43. »
Illusions de la conscience
Selon Jean-François Goubet, Karl Marx s'élève contre le primat de la conscience parce que « ce
n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence [sociale] », mais l'inverse. La
conscience est pour Marx « un produit de la réalité économique43. »
Friedrich Nietzsche dénonce quant à lui une illusion grammaticale de la conscience dans la
croyance en l'existence réelle d'un sujet et des activités qui lui sont attachées43.
Le legs que représente le cogito de Descartes est également questionné par Martin Heidegger : il
se révèle plus labile que ferme dans la mesure où il n'a pas « tiré au clair la question de l'être de
la chose qui pense. » Même sans être jamais une « une assise garantie », le Dasein, « à l'instar du
sujet conscient, est le plus proche de lui-même43. »
Même si le mot « inconscient » s'est trouvé forgé au début du xixe siècle par les romantiques45,
c'est au début du xxe siècle que Sigmund Freud découvre l'inconscient lié à la pulsion sexuelle et
au refoulement, en l'occurrence celui de la sexualité infantile.
Dans la première topique mise en place notamment au chapitre VII de L'Interprétation du rêve
(1900), « le conscient » est l’une des trois instances composant l'appareil psychique, les deux
autres étant donc le préconscient et l’inconscient. Ainsi pour Freud, la conscience n'est pas
l'essence du psychisme, elle n’en est qu'une partie et ignore de nombreux phénomènes qui sont
de l’ordre de l'inconscient. Ceux-ci peuvent être amenés à la conscience dans le cadre de la cure
psychanalytique, à travers la prise de conscience du refoulé48.
La qualité d'instance du surmoi implique dès lors « la reconnaissance de ce que la plus grande
partie du moi est inconsciente50. » Le surmoi dominant le moi, la tension entre les deux
instances se manifeste comme angoisse morale50. Selon Jean-Luc Donnet, dans la mesure où le
surmoi recoupe le thème élevé du sublime dans l'homme, Freud s'élève ainsi « contre toute
perspective spiritualiste », telle que la sollicite le thème de la « conscience morale » : c'est en
effet la dimension pulsionnelle de l'instance surmoïque qui prévaut ici51. Dans sa fiche de lecture
sur Malaise dans la culture, Michel Plon confirme que le surmoi correspond de fait à « cette
“conscience morale” qui renvoie au moi l'agressivité que celui-ci entend projeter sur l'extérieur,
sur les autres, et qui donne ainsi naissance au sentiment de culpabilité »52.
Sur le plan philosophique, Freud assimile le surmoi à l'impératif catégorique kantien53.
Questions fondamentales
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (juin 2024). [Développer]
En d’autres termes, on n’aura expliqué la conscience que lorsque cela aura été fait en termes ne
faisant pas intervenir le mot ni le concept de « conscience ». Sinon, on tombe dans un argument
circulaire54. On remarquera que Daniel Dennett remet en cause le modèle du « spectateur
cartésien » avec une explication elle-même de type « circulaire ».
Théories
Jean-Paul Sartre : « La
conscience n’a pas de dedans,
elle n’est rien que le dehors
d’elle-même. »
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (juin 2024). [Développer]
Les questions de savoir ce qui caractérise la conscience, quelles sont ses fonctions et quels
rapports elle entretient avec elle-même ne préjugent pas nécessairement du statut ontologique
qu’il est possible de lui donner. On peut, par exemple, considérer que la conscience est une partie
de la réalité qui se manifeste dans des états de conscience tout en étant plus qu’une simple
abstraction produite à partir de l’adjectif « conscient ». Cette thèse réaliste (au sens de la
philosophie médiévale56) n’a plus beaucoup de défenseurs de nos jours. L’une des raisons en est
que l’investigation purement descriptive ne rend pas nécessaire ce genre d’hypothèses réalistes.
Dualisme
Physicalisme
Autres théories cognitives (Douglas Hofstadter, Daniel Dennett, Antonio Damasio, Gerald
Edelman, Giulio Tononi).
Les théories quantiques de la conscience de Roger Penrose (1989, 1994) et Stuart Hameroff
(1998).
Et même des approches totalement physiques (matérialisme scientifique), comme celle de Jean-
Pierre Changeux, selon lequel les percepts et les concepts constituent des entités physiques se
traduisant par des connexions physiques et logiques de neurones, qu’il entend mettre en
évidence ; c’est déjà le cas pour les percepts. Dans cette démarche, Stanislas Dehaene poursuit
les travaux de recherche sur la Théorie de l'espace neuronal global, dans Le Code de la
conscience, 2014.
Des disciplines telles que la neurologie s'intéressent elles aussi au concept de conscience. À ce
titre, les altérations de conscience par exemple dans le cadre d'un accident vasculaire cérébral
permettent de mieux appréhender ce concept. Ainsi, la vision aveugle dans le cadre d'un
accident vasculaire occipital consécutif à l'occlusion du tronc basilaire, permet d'expérimenter
une vision inconsciente des objets. Le patient parvient à éviter des objets d'une façon qu'il
qualifie d'intuitive donc inconsciente.
Notes et références
2. Étienne Balibar, « Conscience » (article), dans Barbara Cassin (dir.), Vocabulaire européen
des philosophies : dictionnaire des intraduisibles, Le Robert, 2019 (ISBN 978-2-02-143326-5),
p. 260-274.
7. Alain Rey (dir.), Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française (1e éd. 1992), édition
petit format, 1998, réimpression, 2000, tome 1, entrée « Conscience », p. 856-857.
8. Daniel Heller-Roazen, Une archéologie du toucher, Seuil, coll. « La Librairie du xxie siècle »,
2011, 432 p. (présentation en ligne ([Link]
er-roazen/9782020908153) [archive]).
13. Alain Rey (dir.), Le [Link] historique de la langue française (1e éd. 1992), édition
petit format, 1998, réimpression, 2000, tome 2, entrée « État » → état de conscience,
p. 1321.
15. J.G. Henrotte, P. Etevenon, G. Verdeaux. Les états de conscience modifiés volontairement. La
Recherche, 1099-1102, 29, décembre 1972, Paris
16. Pierre Etevenon et Bernard Santerre, États de conscience, Sophrologie et Yoga, Éditions
Tchou, 2006
17. Les états de conscience modifiés ([Link]
[Link]) [archive].Pierre Etevenon. 3emillénaire,
22. Dictionnary of Hinduism par W.J. Johnson publié par Oxford University Press, p. 86
(ISBN 9780198610250).
23. The A to Z of Hinduism par B.M. Sullivan publié par Vision Books, pages 56 et 5,
(ISBN 8170945216).
24. Sri Aurobindo. La synthèse des Yoga. Le Yoga de la perfection de Soi, tome 3, Buchet Chastel,
1995.
25. Jean Gebser, The Ever-Present Origin, Traduction de l'allemand de Noel Barstad et Algis
Mickunas, Athens: Ohio University Press, 1985, 1991
29. Barbara Cassin, « Le grec pour “conscience” : rétroversions → oikeiôsis, sens » (encadré),
dans Barbara Cassin (dir.), Vocabulaire européen des philosophies : dictionnaire des
intraduisibles, Le Robert, 2019 (ISBN 978-2-02-143326-5), p. 261-262.
32. Geneviève Médevielle, « Le rôle de la conscience morale », La Croix - L'Hebdo,26 août 2009
(lire en ligne ([Link]
e) [archive]).
33. Philippe Büttgen, « “Conscientia” et “Gewissen” chez Luther » [encadré], dans Barbara
Cassin (dir.), Vocabulaire européen des philosophies : dictionnaire des intraduisibles, Le
Robert, 2019 (ISBN 978-2-02-143326-5), p. 264-265.
34. (de) Karl Holl, « Was verstand Luther unter Religion ? », in Gesammelte Aufsätze zur
Kirchengeschichte, t. 1, Tübingen, Mohr, 1948, p. 1-110 : référence bibliographique indiquée
par P. Büttgen.
35. François Dermange, « Calvin et la loi naturelle », Revue d'éthique et de théologie morale,
janvier 2017 (DOI 10.3917/retm.293.0103 ([Link] lire en ligne (https://
[Link]/Definitions/Lexique/Discernement/Le-role-de-la-conscience-morale) [archive]).
36. Calvin, Sermons sur le livre de Job, ; Calvini Opera quae supersunt Omnia (CO), éd. G. Baum,
E. Cunitz et E. Reuss, Braunschweig et Berlin, Schwetschke & Filium, 1863-1900, t. 35, col.
74.
37. Conscience & cerveau : la nouvelle frontière des neurosciences, De Boeck Supérieur, 2001,
340 p. (ISBN 978-2-8041-3766-3, lire en ligne ([Link]
8) [archive]), p. 78.
38. John Locke (trad. et dir. Étienne Balibar), Identité et Différence : L'Invention de la conscience,
Seuil, 1998.
39. Voir Natalie Depraz, La conscience. Approches croisées, des classiques aux sciences
cognitives (cf. Bibliographie), ch.1, § 1.3, où elle recense les (très rares) occurrences chez
Descartes des termes conscientia, conscius esse, et conscience en français ; elle conclut
que [chez Descartes] « on a moins affaire à une philosophie de la conscience qu'à une
philosophie de la vérité certaine et du fondement (…) ».
46. Sigmund Freud, Métapsychologie, Presses universitaires de France, 2010 (ISBN 2-13-057957-4).
52. Michel Plon, « Le malaise dans la culture, Sigmund Freud. Fiche de lecture ([Link]
[Link]/encyclopedie/le-malaise-dans-la-culture/) [archive] », sur [Link]
(consulté le 6 juillet 2024).
Annexes
Bibliographie
Dictionnaires et usuels
Étienne Balibar, « conscience », dans Barbara Cassin, Vocabulaire européen des philosophies :
dictionnaire des intraduisibles, Paris, Le Robert, 2019 (ISBN 978-2-02-143326-5), p. 260-274
Oscar Bloch et Walther von Wartburg, Dictionnaire étymologique de la langue française, Presses
universitaires de France, 1950 (lire en ligne ([Link]
mologique_de_la_langue.html?id=wA8uAAAAMAAJ&redir_esc=y) [archive])
Philippe Büttgen, « “Conscientia” et “Gewissen” chez Luther » [encadré], dans Barbara Cassin
(dir.), Vocabulaire européen des philosophies : dictionnaire des intraduisibles, Le Robert, 2019
(ISBN 978-2-02-143326-5), p. 264-265.
Barbara Cassin, « Le grec pour “conscience” : rétroversions → oikeiôsis, sens » (encadré), dans
Barbara Cassin (dir.), Vocabulaire européen des philosophies : dictionnaire des intraduisibles, Le
Robert, 2019 (ISBN 978-2-02-143326-5), p. 261-262.
Roland Chemama (dir.) et Bernard Vandermersch (dir.), Dictionnaire de la psychanalyse, Paris,
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Alain Rey (dir.), Le [Link] historique de la langue française (1e éd. 1992), édition
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« La conscience : Un défi pour les neurosciences, un horizon pour l'IA », Pour la science, hors-
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Articles connexes
Conscience de classe
Conscience morale
État de conscience
Inconscient
Science et conscience
Métacognition
Liens externes