Q. 97 – R.
42
COMMISSION INTERNATIONALE
DES GRANDS BARRAGES
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VINGT-CINQUIÈME CONGRÈS
DES GRANDS BARRAGES
Stavanger, Juin 2015
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ÉTUDE COMPARATIVE DES MODÉLISATIONS NUMÉRIQUE ET PHYSIQUE
DE DIFFÉRENTS OUVRAGES D’ÉVACUATION DES CRUES (*)
Pierre-Etienne LOISEL
ARTELIA Eau et Environnement
Julien SCHAGUENE
ARTELIA Eau et Environnement
O. BERTRAND
ARTELIA Eau et Environnement
Claude GUILBAUD
ARTELIA Eau et Environnement
FRANCE
1. INTRODUCTION
La modélisation numérique des écoulements hydrauliques complexes est
un outil de plus en plus puissant, permettant d’appréhender des phénomènes
avec une précision et une fiabilité croissante. Elle permet, dans certains cas et
dans certaines limites, d’aborder des problématiques que, jusqu’à maintenant,
seule la modélisation physique pouvait traiter.
Bien que permettant une visualisation moins directe et moins concrète des
écoulements tridimensionnels, la modélisation numérique présente un avantage
certain en termes d'analyse des résultats, de délai et de coût de réalisation.
(*)Comparative study of numerical and physical hydraulic modeling of flood spillway
structures.
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ARTELIA Eau et Environnement (ci-après ARTELIA) dispose depuis près
d’un siècle d’un laboratoire d’hydraulique dans lequel ont été menées de très
nombreuses études sur modèle physique. Par ailleurs, ARTELIA utilise depuis
plusieurs années le code de calcul OpenFOAM® (Open Field Operation And
Manipulation) pour différents types d'écoulements fluviaux, maritimes ou
industriels et en complément du système logiciel TELEMAC-MASCARET.
Afin de qualifier, valider et mieux comprendre ses outils numériques,
ARTELIA a mené en 2014 une étude à but de recherche et développement,
consistant à construire et exploiter une modélisation numérique OpenFOAM de
divers évacuateurs de crue complexes bi- et tri-dimensionnels, pour lesquels
avaient été réalisées préalablement des études par modélisation physique. Deux
de ces cas étudiés sont présentés ici.
2. PRÉSENTATION D’OPENFOAM
OpenFOAM [1] est un logiciel libre de CFD (Computational Fluid
Dynamics), développé par le team OpenFOAM de la société Silicon Graphics,
Inc. (SGI) et distribué par la fondation OpenFOAM. OpenFOAM possède une
grande base d'utilisateurs dans la plupart des secteurs de l'ingénierie et de la
science, tant des organisations commerciales qu’académiques.
Nativement, OpenFOAM ne traite que des cas tridimensionnels mais il est
cependant possible de créer des modélisations « bidimensionnelles » en
générant un maillage n’ayant qu’une seule maille dans sa largeur.
Le solveur d'OpenFOAM à surface libre utilisé dans la suite de cet article
est basé sur la méthode de Volume Of Fluid (VOF). Chaque cellule du maillage
se voit donc attribué une « concentration en eau » ou marqueur – noté α dans la
suite de l’article – variant de 0 (volume totalement en air) à 1 (volume totalement
en eau). La surface libre est par conséquent localisée dans les mailles dont α est
strictement compris entre 0 et 1. De façon arbitraire, la surface libre est
généralement prise pour α = 0.5, puisqu’en s’écartant de cette valeur une phase
devient majoritaire devant l’autre. Cependant, et comme appliqué dans la suite
de l’article, considérer la surface libre à un α différent permet d’ajuster la
représentativité du modèle sur la base de mesures disponibles.
Pour les applications présentées, OpenFOAM résout les écoulements
turbulents par les équations de Navier-Stokes en utilisant la moyenne de
Reynolds (équations dites RANS – Reynolds Average Navier-Stokes). Ce choix
de modélisation permet de discrétiser le domaine d’étude sans résoudre les
échelles de la turbulence (modélisée ici par les équations k- ω).
598
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3. MODÉLISATIONS 3D D’UN ÉVACUATEUR DE CRUE
À GÉOMÉTRIE COMPLEXE
ARTELIA a étudié en 2013-2014 le comportement et la capacité
hydraulique de l’évacuateur de crues du barrage des Cammazes (France, Tarn)
[2]. Ce barrage voûte mesure 70 m de hauteur et 200 m de longueur en crête.
Exploité par l’I.E.M.N., il a pour vocations principales l’alimentation en eau
potable et l’irrigation.
L’évacuateur est composé d’un déversoir de surface surplombé d’un pont-
route, de 27,4 m de longueur, divisé en 4 passes de même largeur 6,35 m. L’une
des passes est équipée d’un petit déversoir situé 1,30 m plus bas, d’une largeur
de 2 m.
Au vu de sa configuration géométrique complexe et notamment du très
faible tirant d’air disponible pour l’écoulement sous le tablier du pont-route
(inférieur à 1 m), il a été choisi de réaliser une modélisation physique de
l’ouvrage afin de déterminer sa capacité à évacuer les débits de crue après
laminage par la retenue. Une modélisation numérique par OpenFOAM a ensuite
été réalisée pour comparaison. Ci-dessous ne sont présentés que les résultats
de cette comparaison.
3.1. LES MODÉLISATIONS
Le modèle physique a été construit à l’échelle du 1/35, permettant un bon
compromis entre fiabilité, précision (par respect des règles de similitudes de
Froude et de Reynolds) et taille du modèle. Etant données les très faibles
vitesses d’écoulement dans la retenue, l’emprise amont est limitée en plan à une
distance de 60 m environ et en hauteur à une profondeur de 18 m environ. Le
modèle intègre notamment l’évacuateur de crue et la tour de prise d’eau. Afin de
limiter sa taille, le modèle ne représente qu’un linéaire partiel (100 m environ) de
la crête du barrage. Pour les cotes de retenue les plus élevées engendrant un
déversement généralisé du barrage, une mesure du débit déversé sur un linéaire
isolé de 35 m en rive droite du modèle permet l’extrapolation au linéaire non
représenté du barrage.
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Fig. 1
Coupe type de l’évacuateur de crus et du pont-route
Typical section of spillway and road bridge
Le débit est forcé à l’amont en régime permanent, la condition aux limites
aval est un déversement libre.
Étant donnée l’échelle retenue, des effets parasites dus à la tension
superficielle de l’eau peuvent apparaitre pour les trop faibles épaisseurs de lame
d’eau. Cependant, d’une part ces phénomènes n’apparaissent que pour les très
faibles débits, d’autre part ils tendent à sous-estimer la capacité réelle de
l’ouvrage et jouent donc dans le sens de la sécurité.
Le modèle numérique 3D s’étend à 15 m de part des d’autre des limites de
l’évacuateur. Cela permet notamment de prendre en compte l’échancrure de la
tour de prise située à droite des passes (voir photo ci-dessus), qui contribue
grandement à l’inondation de la route pour des débits forts.
Afin de limiter sa taille, et donc les temps de calcul, l’emprise du modèle est
limitée : la retenue est représentée sur une longueur de 20 m en amont du
barrage et sur une profondeur de plus de 5 m, car les vitesses y sont très faibles.
D’autre part, seul un linéaire réduit (60 m) du barrage est représenté, ne prenant
en compte que les éléments essentiels (évacuateur, tour de prise). Pour les
cotes de retenue les plus élevées engendrant un déversement généralisé du
barrage, les débits passant par-dessus les parties non représentées de la crête
sont extrapolés à partir de la loi de débit résultant d’une modélisation 2D d’une
section « type » du barrage, non présentée ici.
600
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Fig. 2
Vues du modèle physique, depuis l’aval et depuis l’amont
Downstream and upstream views of the physical model
Le maillage est basé sur des volumes cubiques de 80 cm de côté. Celui-ci
est raffiné avec des mailles de l’ordre de 5 à 10 cm dans l’évacuateur et sur les
parapets , ainsi qu’au niveau de la surface libre amont avec des mailles de l’ordre
de 20 cm. Le maillage final est composé d’environ 2 400 000 cellules.
Le modèle est forcé en amont par une condition en débit alors qu’à l’aval,
une condition de sortie libre permet aux écoulements de sortir du domaine sans
remontée d’une perturbation. La cote du plan d’eau est calculée dans le modèle
par une moyenne sur six points répartis dans le réservoir amont, dispersés de
part et d’autre de l’évacuateur, et à des distances de plus de 10m du barrage.
Cela permet une mesure stable avec des points auxquels la vitesse
d’écoulement est inférieure à 0.5 m/s.
601
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Fig. 3
Vue du maillage du modèle numérique 3D, depuis l’aval
Downstream view of the 3D numerical model mesh
3.2. COMPARAISON DES RÉSULTATS
Le fonctionnement de l’évacuateur en crue, mis en évidence lors de l’étude
réalisée sur modèle physique et visible sur les courbes reproduites plus bas, est
complexe car il se compose de plusieurs phases successives à débit croissant :
Pour des débits inférieurs à 6 m3/s environ, seul le petit déversoir de 2 m de
large est utilisé,
Pour un débit situé entre 6 et 140 m3/s environ, le grand déversoir de 27,4 m
de large fonctionne en régime à surface libre, bien que la lame d’eau
commence à toucher le bord amont du tablier du pont-route pour un débit
d’environ 85 m3/s. La route est inondée à partir d’un débit d’environ 115 m3/s.
Le parapet aval étant hydrauliquement opaque, l’eau inondant la route de
crête s’évacue en retombant par l’ouverture dans le parapet amont sur
l’écoulement de l’évacuateur.
Au-delà de 140 m3/s, ce retour de l’eau de la route est tel qu’il perturbe trop
l’écoulement sur le déversoir et engendre son passage en charge. Pour une
petite augmentation de débit, le niveau dans la retenue augmente alors assez
nettement jusqu’au déversement sur le parapet aval de la route, qui empêche
la montée excessive du plan d’eau.
Les résultats obtenus grâce aux deux modélisations sont reproduits sur les
courbes de capacité de débit ci-dessous.
602
Q. 97 – R. 42
Fig. 4
Capacité de l’évacuateur de crue selon les deux outils de modélisation
Spillway capacity according to the two modeling tools
Au vu des courbes ci-dessus, on note d’abord que le comportement global
de l’ouvrage se retrouve par les deux modélisations de manière similaire, avec
notamment le passage en charge de l’évacuateur, engendrant une hausse du
plan d’eau stoppée par le déversement généralisé.
Parmi les différents paramètres numériques utilisés par le modèle
OpenFOAM, le marqueur α (concentration en eau dans les mailles) est une
variable importante. En effet, en faisant varier α entre 0 et 1, on obtient un
faisceau de courbes parallèles représentant l’incertitude due à la taille des
mailles au niveau de la surface libre. Ce faisceau de courbes est d’autant plus
resserré que le maillage est raffiné.
La valeur de α = 0.5, prise par défaut, donne une capacité de l’évacuateur
légèrement plus optimiste que la loi donnée par le modèle physique. Cette
différence se traduit par un décalage quasi-constant sur toute la courbe de 5 à
10 cm sur la cote du plan d’eau, à débit fixé. Cela ne peut pas être imputé aux
effets de tension superficielle sur le modèle car la différence se poursuit pour des
débits et des épaisseurs de lame d’eau suffisamment importantes.
On note par ailleurs que la valeur de α = 0.3 permet d’annuler le décalage
horizontal des courbes et ainsi d’obtenir une quasi-superposition sur toute la
gamme de débit de 0 à 300 m3/s. Une différence subsiste lorsqu’il y a un très
faible déversement sur l’ensemble du barrage : le modèle physique pâtit alors
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sans doute d’un effet d’échelle avec une tension superficielle non négligeable
pour les lames d’eau de très faible épaisseur.
Quelle que soit la valeur de α retenue, la modélisation numérique permet
de confirmer la valeur limite de 142 m3/s, à 2 m3/s près, au-delà de laquelle
l’évacuateur sature et entre en charge. L’erreur entre les deux modélisations
n’excède donc pas 2% sur ce résultat essentiel de l’étude.
De façon plus qualitative, on observe sur les photos et les vues
représentées ci-dessous que :
la lame d’eau sur le seuil, avant inondation de la route, a une forme similaire et
notamment un bombement au droit du petit déversoir, du fait d’une hauteur de
charge plus élevée que sur le grand déversoir, situé plus haut.
la lame d’eau à la sortie aval de l’évacuateur présente une forme également
similaire, notamment dans la passe contenant le petit déversoir et ses petits
bajoyers latéraux.
le passage de l’écoulement en charge est un phénomène brusque, avec de fortes
oscillations. Cela est notamment visible sur les vidéos des deux modélisations. Une
fois passé en charge, l’écoulement reste chahuté avec notamment la formation de
vortex instables devant les deux extrémités latérales de l’évacuateur qui fonctionne
désormais en orifice, comme vu sur les deux illustrations ci-dessous.
En conclusion, les deux modèles fournissent des résultats comparables,
avec un comportement hydraulique qualitatif identique de l’ouvrage (mise en
charge, vortex, forme de lame d’eau, etc). Le choix des paramètres numériques,
et notamment celui du marqueur α, est cependant déterminant pour la précision
fine des résultats. La taille de maille reste cependant l’élément le plus
déterminant : un maillage extrêmement fin annulerait l’influence du coefficient α.
En revanche, le choix d’un coefficient α sur la base d’un point de calage permet
de s’affranchir d’un maillage trop fin et donc trop coûteux.
Fig. 5
Vues de détail de l’écoulement sur l’évacuateur pour Q=80 m3/s selon les 2 outils
de modélisation
Detail view of the spillway flow for Q=80 m3/s according to the two modeling tools
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Fig. 6
Vues de l’écoulement sur l’évacuateur pour Q=80 m3/s selon les 2 outils de
modélisation
Views of the spillway flow for Q=80 m3/s according to the two modeling tools
Fig. 7
Vues de l’écoulement sur l’évacuateur pour Q=169 m3/s selon les 2 outils de
modélisation
Views of the spillway flow for Q=169 m3/s according to the two modeling tools
605
Q. 97 – R. 42
4. MODÉLISATIONS 2D D’UN COURSIER A MARCHES
ARTELIA a étudié en 2010 sur modèle physique le fonctionnement de
l’évacuateur de crues d’un barrage de 50 m de hauteur en projet, constitué d’un
déversoir libre profilé de 300 m de longueur, suivi d’un coursier à marches et d’un
bassin de dissipation. L’objectif de cette étude était notamment l’optimisation des
dimensions du bassin de dissipation excavé afin d’en limiter les coûts de
construction. Le modèle a également été utilisé pour tenter de quantifier la
dissipation d’énergie sur les marches d’un tel coursier.
4.1. LES MODÉLISATIONS
Le modèle physique a été construit à l’échelle 1/70 afin de pouvoir
satisfaire la contrainte contractuelle de représentation de l’ensemble des 300 m
de longueur de l’ouvrage. Il représente une partie de la retenue, l’ensemble de
l’évacuateur et de son coursier à marches, le bassin de dissipation aval ainsi
qu’un linéaire de 500 m à l’aval du barrage.
Le débit est forcé à l’amont en régime permanent, la condition aux limites
aval est un écoulement torrentiel naturel. Un volet mobile permet cependant de
relever artificiellement le niveau aval afin de venir caler le ressaut hydraulique au
pied des marches (dans ce cas, le bassin de dissipation est masqué par un
radier horizontal). Cette manœuvre est notamment utilisée pour l’estimation de
l’énergie résiduelle au pied du coursier, par la formule du ressaut hydraulique :
on mesure la hauteur d’eau en aval du ressaut, puis on en déduit la hauteur
d’eau claire équivalente et ainsi la vitesse d’écoulement et l’énergie en amont du
ressaut, à savoir au droit de la dernière marche.
Il faut noter que l’échelle retenue n’est pas idéale pour la bonne
représentation des écoulements diphasiques tels que ceux se produisant sur un
coursier à marches, où la dissipation d’énergie se fait par mélange d’air et d’eau.
Cependant, on retiendra que les effets d’échelle, qui sont dus à la tension
superficielle de l’eau qui empêche un « mélange » des fluides aussi bon qu’en
nature, tendent à sous-estimer la dissipation d’énergie sur les marches. Les
résultats de la modélisation physique sont donc conservatifs et prudents.
En nature, les marches mesurent 1,20 m de hauteur, la pente du coursier
est de 0.8H/1V, la hauteur de l’ouvrage est de 48,5 m. Le débit spécifique testé
varie entre 5 et 38 m3/s/m.
606
Q. 97 – R. 42
Fig. 8
Vue à sec du modèle physique avec bassin de dissipation ouvert ou masqué
Dry wiew of the physical model with stilling reservoir open or covered
Du fait de l’écoulement uniforme sur toute la largeur, le modèle numérique
est un modèle à 2 dimensions et ne représente qu’une tranche de l’écoulement.
La condition limite amont du modèle est placée à plus de 60m de la crête afin de
ne pas influencer l’écoulement sur celui-ci. Pour la même raison, dans la partie
amont, le fond est pris à 15m sous la crête.
Etant donné la taille du modèle et l’emprise des zones de faible intérêt, le
maillage de base est composé de cellules de 1.6 m de côté, raffinée jusqu’à
10 cm dans les zones d’intérêt (marches, surface libre amont, panache en aval).
Le maillage final est composé de 100 000 cellules.
Le modèle est forcé en amont avec un débit entrant. En aval, une condition
de sortie libre permet au jet de s’échapper du domaine sans perturbation par la
limite du modèle.
FIg. 9
Vue transversale du maillage du modèle numérique 2D
Transverse view of the 2S numerical model mesh
607
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4.2. COMPARAISON DES RÉSULTATS
Il est tout d’abord comparé les résultats de capacité de débit de la crête
profilée du seuil, donnés par les deux outils de modélisation. Les résultats sont
reproduits ci-dessous. Pour le modèle numérique, la localisation de la surface
libre est définie par la valeur par défaut du marqueur (α = 0.5).
Fig. 10
Capacité de l’évacuateur de crues selon les deux outils de modélisation
Spillway capacité according to the two modeling tools
On note ainsi que les deux modélisations donnent des résultats quasiment
identiques pour la capacité de débit du seuil profilé. En effet, l’écart maximal en
termes de débit n’excède pas 2,3% pour une cote de retenue donnée.
Par ailleurs, il est également comparé la dissipation d’énergie le long du
coursier à marches selon les deux outils de modélisation, en fonction du débit.
On compare ainsi la cote de retenue à l’amont de l’ouvrage à la charge calculée
à l’aval selon la formule :
2
Vaval
H = Zfond + haval +
2g
Le calcul de la perte de charge sur les marches d’un coursier est un sujet
de recherche depuis plusieurs années, comme en témoignent les nombreuses
publications récentes. Sont présentées ci-dessous l’application à notre cas
d’étude des théories développées par 3 chercheurs : Boes & Minor (2002) [3],
Ohtsu et Al. (2004) [5] et Tatewar & Ingle (2000) [6].
608
Q. 97 – R. 42
Les résultats selon les deux modélisations et selon la littérature sont
donnés sur le graphique suivant. Pour la modélisation physique, le taux d’énergie
dissipée est déduit de la mesure de la hauteur d’eau en aval du ressaut
hydraulique, après avoir calé ce dernier au pied de la marche la plus basse.
Cette technique permet de s’affranchir des incertitudes fortes liées à la mesure
de niveau ou de vitesse dans l’écoulement diphasique du coursier [4]. Deux
mesures sont réalisées ainsi en encadrant le juste calage du ressaut hydraulique
au pied du coursier (courbes vertes ci-dessous). Pour la modélisation numérique,
les deux courbes orange ci-dessous reflètent la fluctuation temporelle des
résultats.
Fig. 11
Taux de dissipation d’énergie sur le coursier selon les deux outils de
modélisation
Percentage of energy dissipation of the chute according to the two modeling tools
Au vu de ce graphique, il apparait que, malgré des écoulements
particulièrement complexes, car diphasiques, à très forte vitesse et chahutés, le
modèle numérique prévoit bien une dissipation d’énergie relativement importante
(supérieure à environ 40% sur toute la gamme de débits testée), et un taux de
dissipation décroissant pour un débit croissant.
D’un point de vue quantitatif, si les deux modélisations utilisées sont
concordantes pour de faibles débits (entre 5 et 12 m3/s/m) où la dissipation
d’énergie sur le coursier est élevée (entre 75 et 82%), ils donnent des résultats
609
Q. 97 – R. 42
divergents pour les débits supérieurs. La modélisation physique reste en accord
constant avec la théorie développée par Ohtsu et Al. (2004) et n’est pas trop
éloignée de l’approche de Tatewar et Ingle (2000), bien que cette dernière
prévoit une décroissance plus rapide de l’énergie dissipée pour un débit
croissant. En revanche, le modèle numérique 2D est bien plus pessimiste en
annonçant une dissipation plus faible de la charge (entre 35% et 50% pour des
débits entre 17 et 31 m3/s/m). Ces résultats sont alors très proches de ceux
calculés par Boes et Minor (2002).
Il s’agit ici d’un sujet actif de recherche et les résultats divergents apportés
par les deux outils de modélisation contribuent au débat.
Il est à noter que le modèle numérique est un modèle 2D et ne prend donc
pas en compte l’éventuel caractère tridimensionnel local de l’écoulement (bulles
d’air piégées et tournant dans les creux de marches, avec d’éventuels
mouvements latéraux). Une piste d’amélioration pourrait être, par conséquent, de
représenter une tranche 3D du coursier à marches afin de capter ces effets
tridimensionnels.
Par ailleurs, comme mentionné plus haut, les effets d’échelle dus à la
tension superficielle de l’eau tendent à sous-estimer la perte de charge sur le
modèle physique. La courbe présentée sur le graphique ci-dessus constitue donc
une limite basse de la réalité.
D’un point de vue qualitatif, quelques photos et vues des 2 modélisations
sont représentées ci-dessous :
Fig. 12
Vues de l’écoulement sur l’évacuateur pour Qsp=7 m3/s/m selon les 2 outils de
modélisation
View of the spillway flow for Qsp=7 m3/s/m according to the two modeling tools
610
Q. 97 – R. 42
Fig. 13
Vues de l’écoulement sur l’évacuateur pour Qsp=18.6 m3/s/m selon les 2 outils
de modélisation
View of the spillway flow for Qsp=18,6 m3/s/m according to the two modeling
tools
5. CONCLUSIONS / RECOMMANDATIONS
Les deux exemples d’ouvrages modélisés présentés dans cet article ne
couvrent qu’une petite partie des problématiques rencontrées couramment en
ingénierie hydraulique. Cependant, la comparaison des modélisations numérique
et physique permet de montrer que la modélisation numérique 2D/3D est
aujourd’hui disposée à traiter certains sujets hydrauliques complexes, en
complément voire en remplacement de la modélisation physique plus
traditionnelle.
En effet, le modèle numérique constitue l’approche idéale pour affiner la
forme et l’emprise d’ouvrages en projet. A défaut de donner des résultats
quantitatifs suffisamment précis pour être directement exploitables, il permet
d’évaluer qualitativement les différences de comportement de plusieurs
configurations très différentes. Suite à cette première phase, un modèle physique
de la configuration la plus aboutie pourra être construit et ne nécessitera que des
ajustements de précision. Il permettra d’établir rapidement une loi fiable et
précise de comportement.
Il apparait cependant primordial de préciser que pour tout modèle
numérique, une étude de sensibilité de tous les paramètres numériques doit être
réalisée, afin d’estimer le risque d’erreur. Mieux encore, l’existence d’un point de
calibration (issu d’une mesure nature ou d’un modèle physique) permet de caler
ces paramètres et d’atteindre une fiabilité très satisfaisante, comme en témoigne
le cas présenté du barrage des Cammazes. Par ailleurs, le modèle numérique
611
Q. 97 – R. 42
reste un outil complexe, et une réflexion poussée doit être engagée
préalablement, de façon à garantir des hypothèses de modélisation, une emprise
et une finesse de maillage adaptées. A défaut, un travail par itérations doit être
entrepris pour affiner progressivement les résultats : initialement annoncé moins
coûteux, le modèle numérique peut, s’il est mal maîtrisé, s’avérer chronophage et
donc plus cher !
Plus coûteuse et plus longue à mettre en place, la modélisation physique
reste cependant l’outil de référence en l’absence de point de calage. La plage
d’erreur du modèle numérique peut en effet dans ce cas recouvrir les seuils
d’acceptabilité (cote ou vitesse maximale admissible pour un débit donné par
exemple).
Enfin, sans remplacer l’aspect concret du modèle physique, la modélisation
numérique permet une analyse de l’ensemble de la masse d’eau et une
visualisation aisée des écoulements (points de vue non accessibles sur une
maquette, champs de vitesse, efforts et champs de pression, etc), qui peuvent
constituer des atouts notables, comme en témoignent les différentes vues
numériques de l’écoulement présentées dans cet article.
Il faut donc voir les deux outils comme étant complémentaires et
permettant à l'ingénieur-conseil d'apporter une réponse adaptée aux besoins de
son client. ARTELIA poursuit sa démarche R&D de comparaison des deux
approches modèle physique / modèle numérique, afin d’affiner encore la maîtrise
des domaines d’application de chaque outil et de pouvoir proposer la solution la
plus adéquate en fonction des objectifs et des contraintes de chaque projet.
RÉFÉRENCES
[1] [Link]
[2] ARTELIA Eau et Environnement. Barrage des Cammazes – Etude de
l’évacuation des crues et définition des travaux en découlant. 2014.
[3] R. Boes & H.-E. Minor. Hydraulic design of stepped spillways for RCC
dams. Hydropower and Dams, Issue Three, 2002.
[4] LOISEL P.E. et Al. Modèle physique d’un évacuateur de crues à
marches d’escalier, Symposium RCC 2012, Saragosse, Espagne.
Octobre 2012.
[5] I. Ohtsu & Y. Yasuda & M. Takahashi. Flow characteristics of skimming
flows in stepped channels. Journal of Hydraulic engineering, ASCE,
Sept. 2004.
[6] S. P. Tatewar & Ingle. Design of stepped spillway for skimming flow
regime. International workshop on hydraulics of stepped spillways,
Balkema 2000.
612
Q. 97 – R. 42
RÉSUMÉ
La modélisation numérique des écoulements hydrauliques complexes est
un outil de plus en plus puissant, permettant d’appréhender des phénomènes
avec une précision et une fiabilité croissante. Elle permet, dans certains cas et
dans certaines limites, d’aborder des problématiques que jusqu’à maintenant
seule la modélisation physique pouvait traiter.
Bien que permettant une visualisation moins directe et moins concrète des
écoulements tridimensionnels, la modélisation numérique présente un avantage
certain en termes de délai et de coût de réalisation.
ARTELIA Eau et Environnement utilise depuis plusieurs années le code de
calcul OPEN FOAM® (Open Field Operation and Manipulation), système logiciel
libre et ouvert de CFD (Computational Fluid Dynamic), développé par la société
Silicon Graphics, Inc.
Afin de qualifier, valider et mieux comprendre ses outils numériques,
ARTELIA Eau et Environnement a mené en 2014 une étude à but de recherche
et développement, consistant à construire et exploiter une modélisation
numérique OpenFoam de divers évacuateurs de crue complexes bi- et
tri-dimensionnels, pour lesquels avaient été réalisées préalablement des études
par modélisation physique au laboratoire d’hydraulique ARTELIA.
Le présent rapport traite de l’étude comparative sur les deux ouvrages
suivants :
L’évacuateur de crues à surface libre d’un barrage béton, constitué d’un
seuil à échancrure, surmonté d’un pont engendrant la mise en charge
pour une cote critique. Il est notamment comparé la capacité de débit de
l’évacuateur, mais également le débit à partir duquel il y a mise en charge
de l’ouvrage.
Le coursier à marches d’un barrage en béton compacté au rouleau (BCR)
de 50 m de hauteur. L’étude concerne la ligne d’eau sur le coursier, la
capacité à représenter le mélange air-eau et la dissipation d’énergie sur
les marches.
L’article présente les ouvrages étudiés et les paramètres de modélisation et
compare les résultats obtenus par les deux outils. En évoquant l’intérêt et les
limites d’application de chacune, l’article conclut sur le rôle que peuvent jouer
modélisations numérique et physique dans l’ingénierie hydraulique de barrage
dans les prochaines années.
613
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SUMMARY
Numerical modelling of complex hydraulic flows is an increasingly powerful
tool for understanding phenomena with ever greater accuracy and reliability. In
certain cases and within certain limits, it can be used to study issues that hitherto
could only be handled by physical models.
Although numerical modelling is a less direct, less concrete way of
visualising three-dimensional flows, it has an undeniable advantage in terms of
completion times and costs.
For several years, Artelia Water and Environment has been using
OpenFOAM® (Open Field Operation and Manipulation), a free, open-source CFD
(Computational Fluid Dynamics) software developed by Silicon Graphics, Inc.
In order to qualify, validate and understand its numerical tools more
thoroughly, Artelia Water and Environment conducted a research and
development study in 2014 to build and run an OpenFOAM numerical model of
various complex two- and three-dimensional flood spillways for which Artelia had
previously carried out physical model studies in its hydraulics laboratory.
The present report concerns a comparative study of the following two
structures :
The free-surface flood spillway of a concrete dam, consisting of a notched
weir surmounted by a bridge resulting in pressurisation at a critical
elevation. The flow capacity of the spillway was compared in particular,
but also the discharge above which the structure was placed under
pressure.
The stepped chute of a 50 m high roller-compacted concrete (RCC) dam.
This study concerned the surface curve along the chute, the ability to
represent the air-water mixture and energy dissipation on the steps.
This article describes the structures studied and the modelling parameters
used, and compares the results obtained with the two types of model. In
underlining the interest and limits of application of each type, the article
concludes on the role that both numerical and physical models can play in
hydraulic engineering for dams in the coming years.
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