Strasbourg, le 17 décembre 2012 CDL-JU(2012)023
fr. seul
COMMISSION EUROPEENNE POUR LA DEMOCRATIE PAR LE DROIT
(COMMISSION DE VENISE)
EN COOPERATION AVEC
LA COUR CONSTITUTIONNELLE DU ROYAUME DU MAROC
SEMINAIRE SUR
"L'EXCEPTION D'INCONSTITUTIONNALITE"
Rabat, Maroc, 29-30 novembre 2012
CENTRE D'ACCUEIL ET DE CONFERENCES (CAC)
Hay Riad - Rabat
L'EXCEPTION D'INCONSTITUTIONNALITE
A LA COUR CONSTITUTIONNELLE DE LA ROUMANIE
RAPPORT
par
M. Augustin ZEGREAN
(Président, Cour Constitutionnelle de Roumanie)
Strengthening democratic reform in the Southern Neighbourhood/ Renforcer la réforme
démocratique dans les pays du voisinage méridional
Ce document ne sera pas distribué en réunion. Prière de vous munir de cet exemplaire.
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Table des matières
I. Les titulaires du droit de soulever des exceptions d’inconstitutionnalité............................... 3
II. Les solutions qui peuvent être prononcées par l’instance devant laquelle une exception
d’inconstitutionnalité est invoquée .............................................................................................. 4
III. Les voies de recours contre les jugements avant dire droit de saisine/de rejet de la
demande de saisine de la Cour Constitutionnelle d’une exception d’inconstitutionnalité ............ 9
IV. La procédure de solution des exceptions d’inconstitutionnalité devant la Cour
Constitutionnelle ......................................................................................................................... 9
V. Les effets des décisions de la Cour Constitutionnelle prononcées lors de la solution des
exceptions d’inconstitutionnalité................................................................................................ 11
VI. Statistiques succinctes de la Cour Constitutionnelle de la Roumanie concernant
l’exception d’inconstitutionnalité ................................................................................................ 12
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La Constitution approuvée par le référendum du 8 décembre 1991 a imposé en Roumanie le
modèle européen en matière de contrôle de constitutionnalité, confié à une cour
constitutionnelle conçue comme autorité distincte et indépendante, ayant pour tâche de garantir
la suprématie de la Constitution. La composition de la première Cour Constitutionnelle de la
Roumanie a été établie en juin 1992, ses premières décisions datant du 30 juin 1992.
L’exception d’inconstitutionnalité représente une garantie constitutionnelle du citoyen pour la
sauvegarde de ses droits et libertés dans l’éventualité d’un conflit.
Par l’exercice du contrôle concret, la Cour Constitutionnelle de la Roumanie remplit, à part le
rôle de garant de la suprématie de la Constitution, prévu à l’article 142, alinéa (1) de la Loi
fondamentale, la fonction de protecteur des droits fondamentaux et des libertés fondamentales.
Ainsi, le contrôle de constitutionnalité complète sa dimension, ce qui offre à la Cour
Constitutionnelle des possibilités d’action dans le cadre des rapports avec le Parlement non
seulement à l’étape antérieure à la promulgation des lois, mais aussi à l’étape de leur mise en
application.
Le contrôle de la constitutionnalité des lois par la voie de l’exception d’inconstitutionnalité est un
contrôle ultérieur (a posteriori) et concret, parce qu’il résulte du conflit constitutionnel surgi dans
le processus de mise en application de la loi. L’exception d’inconstitutionnalité permet l’accès
des sujets de droit à la Cour Constitutionnelle, un accès indirect, par l’intermédiaire des
instances de jugement, à l’exception de l’exception invoquée directement par l’Avocat du
Peuple.
I. Les titulaires du droit de soulever des exceptions d’inconstitutionnalité
En ce qui concerne les sujets de droit habiletés à demander la saisine de la Cour
Constitutionnelle d’exceptions d’inconstitutionnalité, la Loi n° 47/1992 sur l’organisation et le
fonctionnement de la Cour Constitutionnelle montre que l’exception peut être soulevée sur
demande de l’une des parties au procès, du procureur ou, d’office, par l’instance de jugement
ou par celle d’arbitrage commercial.
Dans tous les cas, l’acte de saisine de la Cour Constitutionnelle est le jugement avant dire droit
de l’instance de jugement ou d’arbitrage commercial devant laquelle on a soulevé l’exception
d’inconstitutionnalité.
De plus, l’article 146, point d), dernière phrase de la Constitution de la Roumanie statue que
l’exception d’inconstitutionnalité peut être aussi soulevée directement par l’Avocat du Peuple,
indépendamment de l’existence d’un cadre processuel.
La saisine de la Cour Constitutionnelle d’une exception d’inconstitutionnalité ne peut pas être
réalisée par actio popularis, mais suppose la capacité processuelle active de seulement
certains sujets de droit expressément et limitativement énumérés dans le texte constitutionnel,
respectivement de loi. Ainsi, sont en droit de soulever des exceptions d’inconstitutionnalité : a)
les instances de jugement ou d’arbitrage commercial d’office, b) les parties en conflit devant
celles-ci ou c) le procureur (lorsqu’il participe au procès devant l’instance de jugement) ; ces
dernières catégories de sujets ne peuvent pas saisir la Cour directement, mais par
l’intermédiaire des instances ; ainsi que d) l’Avocat du Peuple. Toutes autres saisines
provenant d’autres sujets de droit que ceux mentionnés ci-dessus ne peuvent pas être
examinées par la Cour et sont déclarées inadmissibles.
Donc, l’exception d’inconstitutionnalité peut être soulevée par l’une des parties au procès,
personnellement ou par mandataires, avocats ou conseils juridiques.
En ce qui concerne la manière de contester la constitutionnalité d’une loi, l’article 10, alinéa (2)
de la Loi n° 47/1992 statue, de manière générale, que « les saisines doivent être faites sous
forme écrite et motivées ».
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II. Les solutions qui peuvent être prononcées par l’instance devant laquelle une
exception d’inconstitutionnalité est invoquée
L’instance devant laquelle une exception d’inconstitutionnalité a été soulevée se prononce sur
son admissibilité par un jugement avant dire droit, ayant deux solutions possibles :
1. La saisine de la Cour Constitutionnelle, lorsque les conditions d’admissibilité sont remplies
ou
2. Le rejet de la demande de saisine, l’exception étant inadmissible, en vertu de l’article 29,
alinéa (6) de la Loi n° 47/1992, lorsque l’exception est contraire aux dispositions de l’article 29,
alinéas (1), (2) ou (3) de la même loi.
L’instance de jugement ne peut pas rejeter l’exception d’inconstitutionnalité comme non fondée.
En cas contraire, on arrive, automatiquement, à un dépassement de sa compétence, son
jugement avant dire droit étant ultérieurement cassé, par recours, promu conformément à
l’article 29, alinéa (6) de la Loi n° 47/1992.
Les instances de jugement devant lesquelles des exceptions d’inconstitutionnalité sont
soulevées doivent prendre en considération au moins les aspects de nature procédurale
suivants :
1. Si l’exception d’inconstitutionnalité est admissible :
• la saisine de la Cour Constitutionnelle est obligatoire
En ce qui concerne les éléments qui doivent apparaître dans le jugement avant dire droit de
saisine de la Cour Constitutionnelle, la loi même – l’article 29, alinéa (4) de la Loi n° 47/1992 –
les indique, plus précisément : les points de vue des parties, l’opinion de l’instance sur
l’exception, accompagné des éléments de preuve déposés par les parties. Si l’exception a été
soulevée d’office, le jugement avant dire droit doit inclure la motivation de l’exception, les
allégations des parties, ainsi que les éléments de preuve nécessaires. Tous les éléments que
le jugement avant dire droit doit inclure – que ce soit les points de vue des parties, l’opinion de
l’instance sur l’exception ou la mention des preuves déposées par les parties – ont le rôle de
fixer le cadre processuel dans lequel la Cour Constitutionnelle exercera le contrôle de
constitutionnalité, d’offrir à la Cour Constitutionnelle une connaissance complète des débats qui
ont eu lieu devant l’instance à l’occasion du soulèvement du problème d’inconstitutionnalité,
des arguments pour ou contre l’incident de constitutionnalité.
Dans tous les cas, l’exception d’inconstitutionnalité soulevée devant l’instance de jugement doit
faire l’objet de débats contradictoires, et le jugement avant dire droit par lequel on saisit la Cour
Constitutionnelle doit être prononcé en séance de jugement publique et avec la citation des
parties, pour donner l’efficacité légale au droit des justiciables d’accès à la justice, en
conformité avec le principe du contradictoire.
À part le jugement avant dire droit de saisine, l’instance de jugement enverra aussi à la Cour
Constitutionnelle les noms des parties au procès, y compris les données nécessaires pour
l’accomplissement de la procédure de leur citation.
• la rédaction de l’opinion de l’instance de jugement est obligatoire
Compte tenu du fait que le problème d’inconstitutionnalité soulevé par voie d’exception est
accessoire lors du procès au rôle des instances de jugement, c’est-à-dire qu’entre la disposition
légale critiquée pour inconstitutionnalité et la solution du procès principal il doit exister une
relation, les instances de jugement ont le rôle de partenaire privilégié de la Cour
Constitutionnelle dans l’exercice du contrôle concret (ultérieur) de constitutionnalité. Ce rôle ne
se limite pas seulement au fait que l’exception déclenchant la procédure du contrôle de
constitutionnalité est soulevée devant l’instance de jugement ou d’arbitrage commercial et que
la décision de la Cour Constitutionnelle viendra clarifier le problème de la compatibilité de la
norme applicable au procès avec la Constitution, mais il s’exprime aussi par les obligations
imposées aux instances judiciaires ou d’arbitrage commercial visant la création des conditions
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nécessaires pour l’exercice efficace du contrôle de constitutionnalité par la Cour.
Ainsi, à part le fait que l’instance même peut, d’office, soulever l’exception d’inconstitutionnalité,
donc être l’auteur de l’exception, situation où elle est tenue de motiver l’exception, c’est
toujours l’instance qui saisira la Cour Constitutionnelle par un jugement avant dire droit même
si le problème d’inconstitutionnalité a été soulevé par une des parties au procès ou par le
procureur.
S’il résulte de la demande de l’auteur de l’exception qu’il soulève une exception
d’inconstitutionnalité concernant plusieurs textes de loi, l’instance de jugement se prononcera
sur chacun de ces textes. Pourtant, même si l’instance judiciaire ne se prononce aucunement
sur un des textes de loi critiqués par l’auteur de l’exception, la Cour Constitutionnelle est
réputée légalement saisie de tous.
• il n’est pas possible d’investir la Cour Constitutionnelle une fois qu’elle a été saisie par
un jugement avant dire droit
La Cour Constitutionnelle ne peut pas se considérer légalement investie en ce qui concerne
une exception d’inconstitutionnalité formulée une fois qu’elle a été saisie par un jugement avant
dire droit. Une pareille « exception » n’a aucune relevance lors de l’exercice du contrôle de
constitutionnalité.
• l’affaire au rôle de l’instance devant laquelle on invoque l’exception d’inconstitutionnalité
n’est pas suspendue
Par la Loi n° 177 du 28 septembre 2010 portant modification et complément de la Loi n°
47/1992 sur l’organisation et le fonctionnement de la Cour Constitutionnelle, du Code de
procédure civile et du Code de procédure pénale de la Roumanie, on a abrogé l’article 29,
alinéa (5) de la Loi n° 47/1992, selon lequel : « Pendant la durée de la solution de l'exception
d'inconstitutionnalité le jugement de l'affaire est suspendu ». Lors du contrôle a priori, la Cour
Constitutionnelle s’est prononcée sur la constitutionnalité de la Loi n° 177/2010, par la Décision
n° 1106/2010 , en rejetant l’objection d’inconstitutionnalité, avec la motivation suivante :
« La Cour retient que l’option du législateur d’abroger la mesure de la suspension de droit
repose sur le fait que l’invocation des exceptions d’inconstitutionnalité par les parties est très
souvent employée comme modalité de retarder le jugement des affaires. Le nombre
extrêmement élevé de dossiers au rôle de la Cour Constitutionnelle à la suite d’une invocation
fréquente des exceptions d’inconstitutionnalité fait que leur solution prenne trop de temps, au
détriment de la célérité de l’examen des affaires. Compte tenu du fait que le but de la mesure
de la suspension de droit du jugement des affaires devant les instances statuant sur le fond a
été d’assurer aux parties une garantie processuelle dans l’exercice du droit à un procès
équitable et du droit à la défense, en écartant la possibilité du jugement de l’affaire en vertu
d’une disposition légale réputée inconstitutionnelle, la réalité a démontré que cette mesure était
devenue, dans la plupart des cas, un instrument dont le but était de tergiverser la solution des
affaires au rôle des instances judiciaires. La réglementation a encouragé l’abus de droit
processuel et l’arbitraire d’une manière qui ne peut pas être sanctionnée, pour autant que la
suspension du procès soit vue comme une conséquence immédiate et nécessaire de l’exercice
du libre accès à la justice. Ainsi, le but principal du contrôle de constitutionnalité – l’intérêt
général de la société de vider la législation en vigueur des dispositions atteintes de vices
d’inconstitutionnalité – a été perverti en un but éminemment personnel, de certaines parties au
conflit, qui ont employé l’exception d’inconstitutionnalité comme prétexte pour retarder la
solution prononcée par l’instance devant laquelle on a apporté le conflit. La Cour constate que,
par l’adoption de la Loi portant modification et complément de la Loi n° 47/1992 sur
l’organisation et le fonctionnement de la Cour Constitutionnelle, du Code de procédure civile et
du Code de procédure pénale de la Roumanie, la volonté du législateur est celle d’écarter
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l’invocation de l’exception d’inconstitutionnalité à des fins différentes de celles prévues par la
Constitution et la loi, évitant ainsi, pour l’avenir, l’exercice abusif, par les parties, de ce droit
processuel.
En ce qui concerne ce problème, la Cour retient qu’une des garanties du déroulement d’un
procès équitable est représentée par le principe de la célérité des procédures judiciaires. En
imposant le respect d’un « délai raisonnable » pour l’accomplissement de l’acte de justice, tant
la Constitution que la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés
fondamentales consacrent l’importance de l’administration de la justice sans retards
susceptibles de porter atteinte à son efficacité et à sa crédibilité, l’État étant responsable pour
l’activité de tous ses services, non seulement pour celle des organes judiciaires.[...]
De la sorte, l’intervention du législateur abrogeant la mesure de la suspension de droit des
affaires dans lesquelles on invoque des exceptions d’inconstitutionnalité représente justement
l’expression de l’appropriation et du respect de l’obligation incombant à l’État visant la création
du cadre législatif spécifique aux dispositions conventionnelles. La nouvelle réglementation
assure l’accès de la personne à la justice, tant à l’instance de droit commun qu’à l’instance
constitutionnelle, les parties continuant à bénéficier de tous les moyens de défense reconnus
par loi et, implicitement, de la possibilité de réaliser, de manière réelle, leurs droits et de
satisfaire à leurs intérêts devant la justice. L’abrogation de la mesure de la suspension de droit
n’affecte pas l’efficacité du droit d’accès à une instance, n’étant pas un obstacle pour la mise en
valeur de ce droit, susceptible de mettre en discussion sa substance même.
De plus, la mesure adoptée assure l’équilibre processuel entre des personnes avec des
intérêts contraires, afin de garantir leur égalité d’armes, en déterminant le cadre légal de
l’exercice de leurs droits légitimes. »
2. Si l’exception d’inconstitutionnalité est inadmissible :
La loi organique de la Cour Constitutionnelle prévoit que les instances judiciaires ou d’arbitrage
commercial devant lesquelles on soulève des exceptions d’inconstitutionnalité sont tenues de
les censurer du point de vue de leur admissibilité, dans les situations limitativement prévues à
l’article 29, alinéa (5) de la Loi n° 47/1992.
Les affaires d’admissibilité de l’exception d’inconstitutionnalité auxquelles renvoie l’article 29,
alinéa (5) de la Loi n° 47/1992, sont celles prévues par l’article 29, alinéas (1) à (3) de la loi
organique de la Cour, situations dans lesquelles l’instance de jugement ou d’arbitrage
commercial a l’obligation de rejeter la demande de saisine de la Cour Constitutionnelle : « (1)
La Cour Constitutionnelle décide des exceptions soulevées devant les instances judiciaires ou
d'arbitrage commercial concernant l'inconstitutionnalité d'une loi ou ordonnance ou d'une
disposition d'une loi ou d'une ordonnance en vigueur, qui tient de la solution de l'affaire dans
n'importe quelle phase du litige et quel qu'en soit l'objet.
(2) L'exception peut être soulevée sur demande de l'une des parties ou, d'office, par l'instance
de jugement ou d'arbitrage commercial. Également, l'exception peut être soulevée par le
procureur devant l'instance de jugement, dans les affaires auxquelles il participe.
(3) Ne peuvent pas faire l'objet de l'exception les dispositions constatées comme
inconstitutionnelles par une décision antérieure de la Cour Constitutionnelle. »
En conformité avec la loi, les conditions d’admissibilité de l’exception d’inconstitutionnalité sont
les suivantes :
- l’objet de l’exception soit représenté exclusivement par une loi ou une ordonnance ou
une disposition d’une loi ou d’une ordonnance ;
- l’objet de l’exception vise la solution de l’affaire dans n'importe quelle phase du conflit et
quel qu'en soit son objet ;
- l’objet de l’exception ne soit pas représenté par des dispositions trouvées comme
inconstitutionnelles par une décision antérieure de la Cour Constitutionnelle.
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Affaires d’admissibilité de l’exception d’inconstitutionnalité liées à son objet
• Actes normatifs de réglementation primaire
a. Les lois et les ordonnances du Gouvernement
Peuvent faire l’objet du contrôle de constitutionnalité exercé par la Cour
Constitutionnelle seulement les lois et les ordonnances du Gouvernement, ou des dispositions
de lois ou d’ordonnances (article 146, point d) de la Constitution et article 29, alinéa (1) de la
Loi n° 47/1992), c’est-à-dire seulement les actes de réglementation primaire. Ainsi, le
législateur constituant a envisagé la loi au sens formel, soit ordinaire, soit organique, ainsi que
les ordonnances, soit d’urgence, soit adoptées en vertu d’une loi d’habilitation. Le terme « loi »,
prévu à l’article 146, point d) de la Constitution, republiée (énumérant les attributions de la
Cour), n’est pas employé au sens large, incluant tous les actes normatifs, mais seulement au
sens stricte, de loi, par lequel on comprend l’acte législatif adopté par le Parlement et
promulgué par le Président de la Roumanie, et d’ordonnance, représentant l’acte adopté par le
Gouvernement sur la base d’une délégation législative.
b. Pas les actes de réglementation secondaire
Les actes de réglementation secondaire ne font pas l’objet du contrôle de constitutionnalité
mené par la Cour Constitutionnelle, mais ils peuvent être vérifiés, y compris du point de vue de
leur constitutionnalité, de manière indirecte, par voie de contentieux administratif.
c. Pas les actes du pouvoir judiciaire
Les arrêts des instances judiciaires ne peuvent pas être soumis au contrôle de la Cour
Constitutionnelle, faisant l’objet exclusif des voies de recours ordinaires et extraordinaires lors
desquelles on vérifie tous les aspects qui pourraient engendrer leur reforme, y compris leur
constitutionnalité. Par le contrôle de constitutionnalité, la Cour assure la suprématie de la
Constitution dans le système juridique normatif, n’ayant pas la compétence de censurer la
légalité de certains arrêts judiciaires ou de constater qu’ils manquent d’effets juridiques.
d. Pas l’interprétation ou la mise en application des lois ou des ordonnances du
Gouvernement
Conformément aux dispositions de l’article 2, alinéas (1) et (2) de la Loi n° 47/1992 sur
l’organisation et le fonctionnement de la Cour Constitutionnelle, elle assure le contrôle de
constitutionnalité des lois, des ordonnances du Gouvernement, des traités internationaux et
des règlements du Parlement, par rapport aux dispositions et aux principes de la Constitution.
Donc, la mise en application et l’interprétation de la loi ne font pas l’objet du contrôle de
constitutionnalité exercé par la Cour, celles-ci relevant exclusivement de la compétence de
l’instance de jugement statuant sur le fond de l’affaire, ainsi que, éventuellement, des instances
de contrôle judiciaire, tel qu’il résulte des dispositions corroborées de l’article 126, alinéas (1) et
(3) de la Constitution.
e. Pas les omissions du législateur
La Cour Constitutionnelle statue seulement sur la constitutionnalité des actes desquels elle a
été saisie, sans avoir la possibilité de modifier ou compléter les dispositions soumises au
contrôle. En conformité avec son rôle de « législateur négatif », la Cour Constitutionnelle ne
peut pas émettre de nouvelles normes juridiques, même à rôle complémentaire, ni modifier les
normes existantes dans le système normatif.
f. Pas des corrélations des actes normatifs
Dans l’exercice du contrôle de constitutionnalité, la Cour Constitutionnelle est compétente de
se prononcer sur la constitutionnalité des lois et des ordonnances critiquées par rapport aux
dispositions ou aux principes consacrés par la Loi fondamentale, et non pas de corroborer ou
corréler les différents actes normatifs faisant partie du droit interne. Dans une pareille situation,
on ne parle pas de constitutionnalité, mais d’une simple contradiction entre des normes légales
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du même domaine, la coordination de la législation en vigueur relevant de la compétence de
l’autorité législatrice, et ses aspects techniques se retrouvent parmi les attributions du Conseil
Législatif.
• Les actes normatifs soumis au contrôle de constitutionnalité mené par la Cour
continuent de produire des effets juridiques même après leur sortie de vigueur
Dans le système roumain de contrôle concret de la constitutionnalité des lois, l’initiation du
contrôle a posteriori a lieu seulement par voie accessoire, par l’intermédiaire de l’exception
d’inconstitutionnalité soulevée devant les instances judiciaires ou d’arbitrage commercial, et
non pas par actio popularis, en vertu d’une saisine directe par tout individu. Il résulte, donc,
qu’on peut demander le contrôle de constitutionnalité seulement pour les dispositions légales
qui, en cas concrets, sont applicables à la solution des conflits au rôle des instances, lois ou
ordonnances dans leur ensemble ou seulement certaines réglementations de celles-ci.
L’introduction de cette procédure de contrôle de la constitutionnalité de la loi applicable dans
l’affaire soumise au jugement de l’instance statuant sur le fond, en tant que modalité d’accès à
la justice, suppose, nécessairement, d’assurer la possibilité d’être utilisée par tous ceux qui ont
un droit, un intérêt légitime, la capacité et la qualité processuelle. La condition que la disposition
légale critiquée pour inconstitutionnalité soit liée à la solution de l’affaire est, bien évidemment,
nécessaire, mais aussi suffisante. Par conséquent, le contrôle de constitutionnalité peut viser
seulement les dispositions applicables à l’affaire, même si elles ne sont plus en vigueur.
• Les actes normatifs modifiés après la saisine de la Cour Constitutionnelle maintiennent
la solution législative consacrée dans l’acte modifié critiqué
Si, une fois l’exception d’inconstitutionnalité invoquée devant les instances judiciaires, la
disposition légale soumise au contrôle a été modifiée, la Cour Constitutionnelle se prononce
sur sa constitutionnalité, dans son nouveau libellé, seulement si la solution législative de la loi
ou l’ordonnance modifiée est, en principe, la même que celle d’avant la modification.
• Les actes normatifs pertinents – la disposition légale doit être liée à l’affaire pendante
La raison pour l’introduction du contrôle de constitutionnalité a posteriori ne se justifie que si le
problème applicable de constitutionnalité a un caractère sérieux et il est réellement utile pour la
solution du conflit dans le cadre duquel il a été soulevé. En fait, la décision de la Cour
Constitutionnelle doit être susceptible de produire un effet concret sur le déroulement du
procès, l’exigence de la relevance étant l’expression de l’utilité que la solution de l’exception
invoquée a pour la solution du conflit entre les parties.
Affaires d’inadmissibilité de l’exception d’inconstitutionnalité liées aux effets des
décisions de la Cour Constitutionnelle
• Décisions d’admission de l’exception d’inconstitutionnalité – article 29, alinéa (3) de la
Loi n° 47/1992
Les exceptions ayant comme objet des dispositions légales dont l’inconstitutionnalité a déjà été
établie par une décision antérieure de la Cour Constitutionnelle sont inadmissibles. Cette
solution envisage les effets produits par une pareille décision, conformément aux dispositions
de l’article 147, alinéa (1) de la Constitution, selon lesquelles « Les dispositions des lois et des
ordonnances en vigueur, ainsi que celles des règlements, constatées comme
inconstitutionnelles, cessent leurs effets juridiques 45 jours suivant la publication de la décision
de la Cour constitutionnelle si, dans cet intervalle, le Parlement ou le Gouvernement, selon le
cas, ne mettent pas d'accord les dispositions inconstitutionnelles avec celles de la Constitution.
Pour cette durée, les dispositions constatées comme inconstitutionnelles sont suspendues de
droit. »
L’instance judiciaire est tenue de rejeter, comme inadmissible, la requête par laquelle on avait
soulevé une exception d’inconstitutionnalité à laquelle la Cour Constitutionnelle a déjà fait droit
-9- CDL-JU(2012)023
et, en procédant à la solution de l’affaire, elle est tenue de respecter la décision de la Cour
Constitutionnelle, donc, elle est tenue, selon le cas :
- de ne pas appliquer à cette affaire les dispositions légales dont l’inconstitutionnalité a été
constatée par la décision de la Cour Constitutionnelle ;
- d’appliquer les dispositions légales dont la solution de l’affaire dépend et auxquelles la
décision de la Cour Constitutionnelle renvoie, mais jamais dans le sens qui, tel qu’il a été
constaté par la décision en question, est contraire à la Constitution ;
- dans l’absence des réglementations légales ayant remplacé ou complété les dispositions
déclarées comme inconstitutionnelles par la décision de la Cour Constitutionnelle, il est
nécessaire que l’instance judiciaire applique de manière directe les dispositions de la
Constitution dont la solution du procès dépend.
• Décisions de rejet de l’exception d’inconstitutionnalité – non pas la réitération de
l’exception dans le même dossier, par la même partie
Ce cas d’inadmissibilité a été créé par voie jurisprudentielle par la Cour Constitutionnelle, qui a
précisé que, pour autant que l’objet de l’exception, l’affaire et l’auteur soient les mêmes pour
des exceptions successives, l’autorité de la chose jugée de la décision par laquelle on avait
statué sur la première exception intervenait.
III. Les voies de recours contre les jugements avant dire droit de saisine/de rejet
de la demande de saisine de la Cour Constitutionnelle d’une exception
d’inconstitutionnalité
La Loi n° 47/1992 ne prévoit aucune voie de recours contre les jugements avant dire droit par
lesquelles on saisit la Cour Constitutionnelle, donc, les jugements avant dire droit par lesquelles
on saisit la Cour Constitutionnelle sont irrévocables.
Selon l’article 29, alinéa (5) de la Loi n° 47/1992, le jugement avant dire droit par lequel on a
rejeté la demande de saisine de la Cour Constitutionnelle, parce que celle-ci ne remplissait pas
toutes les conditions d’admissibilité prévues par loi, ne peut être contesté qu'avec recours
devant l'instance immédiatement supérieure, dans un délai de 48 heures suivant le prononcé.
Le recours est tranché dans un délai de 3 jours. L’instance de recours statuera sur la
l’admissibilité de l’exception et, si l’on fait droit au recours, cassera le jugement attaqué et a)
renverra le dossier à l’instance devant laquelle l’exception a été initialement soulevée pour
qu’elle dresse son opinion sur le bien-fondé de l’exception et saisisse la Cour Constitutionnelle,
ou b) dressera son opinion quant au bien-fondé de l’exception et saisira la Cour
Constitutionnelle.
IV. La procédure de solution des exceptions d’inconstitutionnalité devant la Cour
Constitutionnelle
Le Président de la Cour Constitutionnelle, ayant reçu l’acte de saisine, désigne, par résolution
datée, le juge-rapporteur et le magistrat-assistent et, le cas échéant, établit le délai de
jugement. L’organisation, la multiplication et la distribution du dossier aux cabinets des juges de
la Cour Constitutionnelle et au magistrat-assistent se font immédiatement après son
assignation par le Président de la Cour.
Le juge-rapporteur vérifie si les exigences prévues à l’article 29, alinéa (4) de la Loi n° 47/1992,
republiée, sont remplies, et, le cas échéant, il demande qu’on remplisse l’acte de saisine, fixant
aussi le délai pour que l’instance se prononce. Si le juge-rapporteur ou, plus tard, l’Assemblée
Plénière de la Cour Constitutionnelle l’estiment nécessaire, on demandera à l’instance le renvoi
du dossier dans lequel l’exception d’inconstitutionnalité a été soulevée ou tout acte, en copie
certifiée, du dossier dans lequel l’exception d’inconstitutionnalité a été soulevée. Le juge-
rapporteur peut aussi demander des conseils de spécialité de la part de certaines personnalités
ou institutions, avec l’accord préalable du Président de la Cour Constitutionnelle.
CDL-JU(2012)023 - 10 -
Le juge-rapporteur dresse un rapport écrit sur l’affaire sur la base du projet de rapport rédigé
par le magistrat-assistent, qui inclut les points de vue demandés aux deux Chambres du
Parlement, au Gouvernement et à l’Avocat du Peuple, les solutions consacrées par la doctrine
et la jurisprudence roumaine et étrangère, ainsi que tout autre élément nécessaire aux débats.
Le délai pour déposer le dossier ne peut pas dépasser, comme règle générale, 90 jours à partir
de la date d’enregistrement de la saisine. Dans des situations exceptionnelles, lorsque
l’urgence l’impose, le Président de la Cour Constitutionnelle peut imposer, après avoir consulté
le juge-rapporteur, un délai plus court.
Le délai de jugement est établi par le Président de la Cour Constitutionnelle au moment du
dépôt du rapport et ne peut pas être inférieur à 30 jours. Sous la supervision du magistrat-
assistent, le greffier dresse le concept de citation, les citations et les adresses visant d’autres
modalités opératives de comparution devant la Cour Constitutionnelle. L’information des parties
peut se faire au moyen d’une citation, ainsi que par d'autres modalités opératives, tels le
téléphone ou le télégramme, le télex ou le téléfax, le courriel ou par tout autre moyen de
communication permettant, selon le cas, la transmission du texte de l’acte qui fait l’objet de la
notification ou l’information pour présentation le jour fixé, ainsi que la confirmation de réception
de l’acte, respectivement de l’information, si les parties ont communiqué à l’instance les
données nécessaire à cet effet. Si l’information a été faite par téléphone, le greffier rédige un
rapport indiquant la modalité d’information et son objet. Sur le formulaire de citation il est
expressément mentionné le fait que la présence de la partie devant la Cour Constitutionnelle
n’est pas obligatoire.
Dans les affaires dans lesquelles, selon la loi, la solution exige la participation du procureur, on
lui transmet, à part l’information, l’acte de saisine de la Cour Constitutionnelle.
Les dossiers peuvent être mis à la disposition des parties ou de leurs représentants légaux
pour qu’ils les étudient au siège de la Cour Constitutionnelle. Il est défendu de sortir les
dossiers du siège de la Cour Constitutionnelle. Sur requête des parties ou de leurs
représentants légaux, le Président de la Cour peut autoriser la délivrance des copies des actes
du dossier de la Cour Constitutionnelle.
Les délibérations sont secrètes et y participent seulement les juges ayant participé aux débats
et le magistrat-assistent désigné pour le dossier. Si, pendant les délibérations, on constate la
nécessité d’apporter des clarifications supplémentaires sur certains aspects, le Président de la
Cour peut ordonner la réouverture des débats, fixant un nouveau délai de jugement.
Les actes de la Cour Constitutionnelle sont rédigés dans le nombre d’exemplaires nécessaire
pour assurer leur garde dans le dossier, leur notification, dans les cas prévus par loi, et leur
renvoi pour publication au Moniteur officiel de la Roumanie, Partie I.
Dans les situations où l’on constate l’inconstitutionnalité des dispositions de la loi ou de
l’ordonnance du Gouvernement critiquée, la décision de la Cour Constitutionnelle est
communiquée aux deux Chambres du Parlement, au Gouvernement, ainsi qu’aux autorités
publiques impliquées. La décision est aussi communiquée à l’instance ayant saisi la Cour
Constitutionnelle ou à l’Avocat du Peuple, selon le cas.
La restitution des actes originaux déposés dans les dossiers de la Cour Constitutionnelle est
autorisée par la Président de la Cour, sur requête motivée, et seulement si l’acte peut être
gardé en copie, sans que cela porte atteinte aux parties au procès. La copie sera certifiée pour
conformité par le greffier-en-chef, qui appliquera le cachet de la Cour Constitutionnelle sur
chaque page.
- 11 - CDL-JU(2012)023
V. Les effets des décisions de la Cour Constitutionnelle prononcées lors de la
solution des exceptions d’inconstitutionnalité
L’article 147, alinéa (1) de la Constitution de la Roumanie statue que : „Les dispositions des lois
et des ordonnances en vigueur, [...], constatées comme inconstitutionnelles, cessent leurs
effets juridiques 45 jours suivant la publication de la décision de la Cour constitutionnelle si,
dans cet intervalle, le Parlement ou le Gouvernement, selon le cas, ne mettent pas d'accord les
dispositions inconstitutionnelles avec celles de la Constitution. Pour cette durée, les
dispositions constatées comme inconstitutionnelles sont suspendues de droit ».
Les décisions de la Cour Constitutionnelle par lesquelles on a constaté
l’inconstitutionnalité de certaines lois ou ordonnances ou de certaines dispositions de celles-ci
sont généralement obligatoires (erga omnes), sans être limitées seulement aux parties du
procès dans le cadre duquel l’exception a été soulevée (inter partes).
La loi ou l’ordonnance ou leurs dispositions trouvées comme inconstitutionnelles ne peuvent
plus être appliquées par aucune instance dans aucune affaire et par aucune autre autorité
publique à partir de la date de la publication de la décision de la Cour Constitutionnelle au
Moniteur officiel de la Roumanie. La décision par laquelle on constate l’inconstitutionnalité fait
partie de l’ordre juridique normatif et, par son effet, la disposition inconstitutionnelle ne
s’applique plus pour l’avenir. Ce qui est spécifique à l’effet de la décision par laquelle
l’exception d’inconstitutionnalité est solutionnée est le fait que, en cas d’admission, selon
l’article 31, alinéa (2), « Si l'exception est admise, la Cour Constitutionnelle se prononcera aussi
sur la constitutionnalité d'autres stipulations incluses dans l'acte attaqué, dont, nécessairement
et manifestement, ne peuvent pas être dissociées les dispositions mentionnées dans la saisine
».
L’intervention du Parlement ou du Gouvernement pendant le délai où les dispositions trouvées
comme inconstitutionnelles sont suspendues, visant à les mettre d’accord avec la décision de
la Cour Constitutionnelle, est une expression du caractère définitif et généralement obligatoire
des décisions de l’instance de contentieux constitutionnel. La décision d’admission s’applique à
tous les sujets de droit, ce qui veut dire que l’adoption d’une solution législative conformément
à une décision d’admission ne peut pas être contestée afin de revenir à la solution législative
antérieure. En fait, une telle solution législative est protégée par l’effet généralement obligatoire
de la décision de la Cour Constitutionnelle.
Puisque les décisions de la Cour Constitutionnelle sont publiées au Moniteur officiel de la
Roumanie, elles produisent des effets seulement pour l’avenir, à partir de la date où elles ont
été notifiées au public. Les effets juridiques produits avant le constat de l’inconstitutionnalité
des dispositions légales restent valables (le principe de l’application des lois dans le temps).
Par voie d’exception, les personnes dont les droits et les libertés ou les intérêts légitimes ont
été affectés par les dispositions d’une ordonnance de Gouvernement constatées comme
inconstitutionnelles ont le droit d’exiger que leurs droits soient reconnus et la réparation du
préjudice subi par la voie du contentieux administratif, selon les dispositions de l’article 126,
alinéa (6), deuxième phrase de la Constitution de la Roumanie.
Les décisions rejetant l’exception d’inconstitutionnalité ont aussi un caractère généralement
obligatoire. Donc, aucune autorité ne peut pas refuser la mise en application de la loi soumise
au contrôle si l’exception a été rejetée. En ce qui concerne les mêmes dispositions légales,
ultérieurement, il est possible à tout instant de soulever, dans d’autres affaires, une nouvelle
exception d’inconstitutionnalité, la Cour Constitutionnelle ayant toujours la possibilité de revenir
sur des solutions établies dans sa jurisprudence, si l’on identifie de nouveaux éléments ou de
nouvelles raisons liés à la même exception d’inconstitutionnalité.
CDL-JU(2012)023 - 12 -
Dans sa jurisprudence constante, l’instance de contentieux constitutionnel a statué que : «
l’autorité de la chose jugée accompagnant les actes juridictionnels, donc les décisions de la
Cour Constitutionnelle aussi, s’attache non seulement au dispositif, mais aussi aux raisons sur
lesquelles il repose ».
Enfin, pour expliquer les effets des décisions adoptées par la Cour Constitutionnelle, il faut
aussi prendre en compte la typologie des décisions. Les effets des décisions simples ou
extrêmes, constatant l’inconstitutionnalité intégrale ou partielle de la loi ou de l’ordonnance, ou
rejetant l’exception d’inconstitutionnalité, sont différents des effets des décisions interprétatives
ou intermédiaires, que la doctrine appelle aussi des décisions avec réserve d’interprétation. Le
plus souvent, en ce qui concerne les décisions avec réserve d’interprétation, la Cour emploie
l’expression « les dispositions […] sont constitutionnelles seulement dans la mesure où … » ou
« fait droit à l’exception d’inconstitutionnalité et constate que les dispositions […] sont
inconstitutionnelles dans la mesure où… » ; dans la première situation, elle indique le sens
constitutionnel de la norme contestée, ce sens étant le seul à pouvoir être appliqué par
l’instance judiciaire, toute autre interprétation menant eo ipso à l’inconstitutionnalité de la norme
en question, et, dans la deuxième situation, on constate l’inconstitutionnalité du texte, mais,
pour éviter un vide législatif, on explique l’inconstitutionnalité et on indique le sens ou
l’interprétation de la norme que l’instance ne peut pas appliquer.
Dans ces cas, le caractère obligatoire de la décision a des effets aussi sur l’interprétation
donnée par la Cour aux dispositions légales qui font l’objet du contrôle de constitutionnalité.
Un effet substantiel spécifique des décisions de la Cour Constitutionnelle est celui statué par
voie jurisprudentielle par la Cour en la matière du contrôle de constitutionnalité des normes à
caractère abrogatoire. La décision de la Cour constatant l’inconstitutionnalité de telles normes
équivaut à une remise en vigueur des dispositions légales ayant fait l’objet de l’abrogation,
donc, la réglementation abrogée « continue » de produire des effets juridiques.
Puisque, lors du contrôle de constitutionnalité, l’affaire au rôle de l’instance judiciaire
devant laquelle on a invoqué l’exception d’inconstitutionnalité n’est pas suspendue, il y a la
possibilité que, jusqu’à la publication de la décision au Moniteur officiel de la Roumanie, le
conflit soit résolu de manière définitive. Donc, tant en matière civile, qu’en matière pénale, la loi
processuelle roumaine prévoit, parmi les cas de révision des arrêts judiciaires, l’existence d’une
décision de la Cour Constitutionnelle faisant droit à une exception d’inconstitutionnalité
invoquée par une des parties en l’affaire résolue par l’arrêt définitif faisant l’objet de la révision.
La requête de révision est introduite seulement en ce qui concerne l’arrêt prononcé dans
l’affaire dans laquelle on a soulevé l’exception d’inconstitutionnalité. Dans d’autres affaires,
dans lesquelles on a aussi appliqué la loi déclarée comme inconstitutionnelle par les instances
judiciaires, la révision n’est pas admissible.
VI. Statistiques succinctes de la Cour Constitutionnelle de la Roumanie
concernant l’exception d’inconstitutionnalité
Depuis sa création – juin 1992, jusqu’à présent, la Cour Constitutionnelle de la Roumanie a été
saisie avec 29 058 exceptions d’inconstitutionnalité, dont 29 018 exceptions soulevées devant
les instances judiciaires et 40 exceptions soulevées directement par l’Avocat du Peuple.
Les saisines formulées ont été résolues par 13 523 décisions, comme suit : 60 en 1993, 126 en
1994, 114 en 1995, 137 en 1996, 707 en 1997, 180 en 1998, 232 en 1999, 268 en 2000, 347
en 2001, 357 en 2002, 484 en 2003, 560 en 2004, 687 en 2005, 943 en 2006, 1 215 en 2007,
1 394 en 2008, 1 686 en 2009, 1 636 en 2010, 1 610 en 2011 et 780 en 2012.