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Histoire de la Reine de Saba, Makéda

Le document présente l'histoire de Makéda, la reine de Saba, à travers les recherches de Jakoub Mar, un descendant d'une lignée noble éthiopienne. L'auteur, en s'appuyant sur des traditions orales et des manuscrits anciens, vise à éclairer l'héritage culturel et historique de l'Abyssinie, souvent méconnu en Occident. Ce récit mêle réalité et fiction pour restituer la richesse d'une civilisation millénaire et son lien avec des figures bibliques.

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Histoire de la Reine de Saba, Makéda

Le document présente l'histoire de Makéda, la reine de Saba, à travers les recherches de Jakoub Mar, un descendant d'une lignée noble éthiopienne. L'auteur, en s'appuyant sur des traditions orales et des manuscrits anciens, vise à éclairer l'héritage culturel et historique de l'Abyssinie, souvent méconnu en Occident. Ce récit mêle réalité et fiction pour restituer la richesse d'une civilisation millénaire et son lien avec des figures bibliques.

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MAK

ouÉDA
LAFABULEUSEHISTOIRE
DELAREINE DESABA
JAKOUB ADOL MAR

MAKÉDA
ou
LAFABULEUSEHISTOIRE
DELAREINE DE SABA

103,boulevardMurat,75016Paris
Tousdroitsdetraduction,dereproduction
etd'adaptationréservéspourtouspays
@Éditions MichelLafon,Paris, 1997
AVANT-PROPOS
par MAKÉDAKETCHAM,
petite-fille del'auteur

Il existe parfois, dans les vieux tiroirs, des trésors


cachés. Le manuscrit de ce livre en est un. Mongrand-
pèrenous l'a léguéàsamort, aveclesceauquiatteste son
rangprincier, commeledernierlienquirattache sadescen-
danceàsaterred'origine.
Jakoub Mar est néde l'union d'un missionnaire luthé-
rien, l'Allemand Johannes Mayer, et d'une princesse
éthiopienne, SarahNégussié. Safamilleétait ainsi alliéeau
Ras Mickaël, fidèle de l'empereur Ménélik II et chef de
guerreduWollo,régionsituéeaunord-estdel'Abyssinie.
Dece lignage il aurait héritéson titre denoblesse : Lidj
EnguedaWorkZeWollo [Link] 1890, il part étudieren
Europe ; par lasuite ilferapartie decette vagued'intellec-
tuels éthiopiens quimarqueront, audébutduXXesiècle, la
penséeréformatricedupays.
Rentré dans sa patrie à la fin de ses études, il devient
successivement maire d'Addis-Abeba puis conseiller de
l'empereur Ménélik et de l'impératrice Zaouditou. De
celle-ci, il reçoit mission de collecter les légendes, contes,
1. PrinceEnguedaWork(F«hôte d'or ») duWollo.
cantiques et traditions orales ayant trait à l'histoire de la
reine deSaba. Decesrecherchesarésultéunmanuscritde
deuxmilepagesremisà l'impératrice et dontil nesubsiste
aucunetraceàcejour.
Quelleétait laportéed'un tel travail ?Ladynastiesalo-
monidearégnésur lepayssansdiscontinuitéduXIIesiècle
à la chutedunégusHaïléSélassié, en 1974. Lesdifférents
monarquesquisesontsuccédésur le trônesesonttoujours
légitiméspar leurgénéalogieavecdesascendants bibliques :
lareine deSabaet leroi Salomon. Onpeutdoncsupposer
que l'enquête commanditée par Zaouditou à mongrand-
pèreallait danscesens.
Vers 1922, JakoubMarestnomméconsuld'Ethiopie à
Bruxelles. Et là, toujours guidépar cette préoccupationde
mieuxpréserver et faire connaître l'héritage de toute une
civilisationauxfrontières delaréalitéetdelamythologie, il
semetà l'écriture, enfrançais, d'un romaninspiréparses
découvertesantérieures.
Cette viedeMakéda, lareine deSaba, fut doncrédigée
dans les années vingt. Chercheràfaire lapart dela tradi-
tionrelatée et delavéritéhistorique serait vain : il suffitde
se laisser porter par la poésie chargée de nuances avec
laquelle l'auteur nous parle du caractère éthiopien, du
symbolisme d'un règne et d'un empire presque bimillé-
naires, d'un «passe frissonnant de gloires » et d'une
«civilisation très raffinée » dont l'Occident ne «soup-
çonnepasencorelessereines beautés ».
Fondationd'une dynastie, légended'un peuple, histoire
biblique. Ce chant d'amour nous restitue avecforce par-
fums, couleurs, ombreset lumières ununiversfait desen-
timentspassionnés, d'intrigues etdesaveursorientales...
Makéda KETCHAM
ÀSaMajestél'Impératriced'Abyssinie
ZaouditouIere,
ReinedesReines,
LionnedelaTribudeJuda,
Gracieusedescendante
duRoiSalomonetdelaReineMakéda,
FilledeSaMajestél'EmpereurMénélikII.

L'auteurprierespectueusement
SaMajestél'Impératrice
d'accepterladédicacedecetteœuvre,
avecSabienveilancecoutumière,
commeunecontribution
àlamagnifiquehistoire
deSesillustresancêtres.
PRÉAMBULE
DEL'AUTEUR

'AI TOUJOURS ÉTÉ SOUCIEUX DE FAIRE LA LUMIÈRE


sur certaines périodes ténébreuses de l'histoire
s de l'Abyssinie, mon pays natal. Il m'a paru que
je ne pouvais mieux témoigner de mon ardent amour
pour ce dernier qu'en contribuant à lui rendre, dans
l'histoire des peuples du monde, la place prépondérante
qui lui revient.
Les règnes des empereurs qui ont conquis une partie
de l'ancienne Égypte et de l'Arabie jusqu'à la Syrie
actuelle demeurent trop peu connus. Ce passé frisson-
nant de gloires et caractérisé par l'esprit d'une civilisa-
tion très raffinée, l'Occident n'en soupçonne pas
encore les sereines beautés. Déjà, au cours d'une exis-
tence de chercheur obstiné, j'ai été assez heureux
pour susciter l'intérêt de savants européens envers son
épopée tragique, dont il subsiste des ruines très impor-
tantes et fort curieuses.
Cette épopée - qui forme un cycle de dix-sept cents
années courant du XEsiècle avant Jésus-Christ jusqu'au
VIle siècle de notre ère - n'est que très imparfaitement
enregistrée dans la mémoire des hommes. Certes, plu-
sieurs missions archéologiques et géographiques fran-
çaises, anglaises, allemandes, italiennes et américaines
ont parcouru une partie de cet Empire. Elles y ont
trouvé les vestiges d'imposants monuments, des socles,
des pilastres et des inscriptions gravées dans le roc dont
les traductions furent confiées aux musées internatio-
naux en des volumes qui resteront, malheureusement,
ignorés du grand public. Mais les savants attirés par
ces découvertes ont à mon grand regret délaissé les
anciens manuscrits dont les révélations contiennent un
monde de vérités.
Je me suis alors consacré à réunir tout le contenu des
parchemins, papyrus et tablettes que j'ai pu mettre au
jour au cours de recherches minutieuses. Je les ai tra-
duits ou fait traduire, et j'ai gardé les copies des textes
qui sont conservés avec vénération dans les vieux
monastères, synagogues et églises abyssins.
Cette tâche ardue a absorbé jusqu'aujourd'hui vingt-
cinq années de travail permanent pendant lesquelles
j'ai connu l'esprit et pénétré la science profonde d'un
nombre considérable de savants, prêtres, rabbins, magi-
ciens et écrivains d'Abyssinie.
Ayant quitté le service du gouvernement éthiopien,
mes loisirs actuels m'ont permis en toute indépendance
de classer mes documents et d'en soumettre une part
à la curiosité du public. Je les livre, dans cet ouvrage,
sous la forme d'une prodigieuse aventure pour la-
quelle la fiction du roman est mise au service de la réa-
lité.
De fait, j'ai pu constater qu'il est impossible de tra-
duire en langue française ces innombrables relations
tout en laissant au lecteur le soin d'en dégager la
vérité. Aussi bien, nombre des contes, légendes et ins-
criptions s'y rapportant sont-ils contradictoires. En
effet, depuis l'époque du roi-prophète Anguebo, l'his-
toire de son peuple a naturellement été copiée, reco-
piée, retranscrite à maintes reprises dans différents
dialectes, et ceux qui ont ainsi perpétué le passé n'ont
pas toujours fait œuvre de scientifiques : ils ont trop
souvent altéré, de version en version, le sens fonda-
mental.
Ce sens, j'aurais pu essayer de le rétablir en accor-
dant à un historien plus de confiance qu'à un autre. Or
je me suis aperçu qu'aucune préférence n'était possible.
Sans m'arrêter à cette difficulté, j'ai revu mes archives
en éliminant les récits qui n'ont point laissé de trace
dans les rites et coutumes religieux et populaires. Ce
procédé donne sans doute plus d'authenticité au résul-
tat de mon travail. Ainsi ai-je écarté toutes les fabula-
tions qui se transmettent dans mon pays, et que
d'autres auteurs ont recueillies avec complaisance en
faisant rejaillir invraisemblances et miracles sur les épi-
sodes de la vie de la reine de Saba. Ainsi l'anecdote du
«houd-houd », la perruche enchantée, ou la décou-
verte, par la reine de Saba, d'une poutre qui aurait servi
à la croix de Jésus. Et tant d'autres mythes qu'il serait
fastidieux d'énumérer.
Ce roman, au contraire, ne fait allusion qu'à des faits
relevant de la tradition la mieux établie. Qu'il me suf-
fise de signaler, en l'occurrence :
- Les Israélites qui vivent en Abyssinie et au
Yémen, dont l'origine est fort peu connue en Europe et
qui ne proviennent point, en tout cas, de Judée.
- L'existence, dans toutes les églises chrétiennes
(copto-orthodoxes) d'Abyssinie, d'un lieu dit «Saint
des Saints » et contenant l'arche symbolique israélite
dénommée Taboth, ce qui prouve que les Abyssins
furent des Israélites à un moment de leur histoire et
que ceux qui demeurent, à présent, indéracinablement
attachés à leur foi, constituent une trace de l'ancienne
croyance, naguère générale en Abyssinie.
- Le rite perpétué de jeter en l'air des colonnes de
sable lors des cérémonies importantes.
- L'excision, encore pratiquée, des filles comme des
garçons abyssins ; la couture des lèvres du sexe féminin
qui se perpétue dans le Danakil ; l'obligation, toujours
imposée à un Issa, de prouver qu'il a tué deux hommes
avant de contracter mariage ; enfin, la coiffure mainte-
nue à l'honneur chez les Kaffoutchos, ornée du phallus
symbolique.
- Les caractéristiques invariables, depuis Makéda,
reine de Saba, des rites du mariage abyssin et l'égalité
absolue des sexes qui résulte de la législation maké-
dienne.
- La tradition immuable de l'anneau, d'or pour les
hommes, d'argent pour les femmes, suspendu au cou par
une cordelette de couleur bleue, la couleur favorite de
Salomon.
- L'intervention, en vigueur depuis l'époque civilisa-
trice sabéenne, de la magie dans la science des savants
abyssins, et leur connaissance raffinée des poisons.
- L'attraction de Jérusalem sur les souverains abys-
sins. Cette attirance, autrement inexplicable, est confir-
mée par la collaboration constante de ces monarques à
la construction et à la garde du Grand Temple et du
Tombeau de Jésus-Christ.
- L'exactitude de l'arbre généalogique de la famille
impériale abyssine, qui prend racine dans l'union du roi
Salomon et de Makéda, père et mère de Ménélik Ier
dont le titre de «Lion vainqueur de la Tribu de Juda »
a été constamment porté avec gloire par les empereurs
d'Abyssinie, notamment Ménélik II.
Je pourrais continuer longuement l'énumération,
mais ces faits éclaireront déjà suffisamment le lecteur
sur l'illustre reine des reines - que j'ai des raisons
de considérer comme une ancêtre - et sur cet énergique
et surprenant petit peuple abyssin qui, baigné à la
source du génie de Makéda, a su maintenir son
caractère propre, ses traditions et sa culture malgré les
vicissitudes de trente siècles et les puissances prodi-
gieusement attractives des empires pharaonique et assy-
rien.
Je ne puis pour autant négliger quelques considéra-
tions sur les Israélites d'Abyssinie. Ils répondent
aujourd'hui au nom de «Falachas », un terme issu de
l'ancien amharique qui signifie « exilés ». Leurs pre-
miers ancêtres sont en effet ces Hébreux réfugiés
d'Égypte auxquels les Abyssins offrirent l'hospitalité
après le douloureux calvaire qui les conduisit de
Memphis à Symiène.
Le teint des Falachas est d'une couleur plus claire
que celle des Noirs et des Nubiens. Il faut en cher-
cher l'explication dans les croisements qui se sont opé-
rés entre Falachas et femmes indigènes, les Israélites
ayant perdu la plupart de leurs compagnes au fil de
l'exode.
Les Falachas n'utilisent pas le « talith » (châle que
l'on met pour la prière) ou la « mezouzah » (signe placé
sur les portes), pas plus qu'ils ne respectent le jeûne de
Pourim ni les lumières de Hanoukka. Ces lois, surve-
nues après la Torah écrite, étaient inconnues, et pour
cause, de leur prophète Anguebo.
Leurs prêtres ne s'appellent pas rabbins mais
«kahens », du nom en usage avant Moïse. Car ils sont
les seuls Israélites au monde qui observent un culte
d'avant Moïse. Ils respectent encore les prescriptions
abrahamites, célèbrent le culte devant un autel et font
desholocaustes.

Un jour peut-être se trouvera-t-il un mécène éclairé


pour constituer le fonds nécessaire à l'approfondisse-
ment scientifique - par une mission qualifiée - de
l'histoire ancienne du peuple d'Israël, à la fouille des
ruines des palais et synagogues d'autrefois, donc à
l'identification des inscriptions qui foisonnent tant
en Abyssinie qu'en Arabie. De telles recherches
jetteraient pour la science historique des lumières
nouvelles sur beaucoup de points de l'Antiquité restés
obscurs.
En attendant, je voudrais prier le lecteur de ne pas se
méprendre sur l'audace de mon intrusion dans une
époque si touffue, si prodigieuse. Beaucoup d'écrivains
de l'Arabie heureuse, de la Mésopotamie et des Indes
ont chacun présenté à leur façon la légende de la reine
Makéda. Ils l'ont fait d'après les éléments qui se trou-
vaient en leur possession. Mais aucun de ces auteurs,
jamais, n'a pu se baser sur des témoignages aussi
anciens que ceux que j'ai pu traduire ou faire traduire
par les moines chrétiens ou les kahens de Symiène,
tous théologiens sincères, sans ambition ni sectarisme,
prêtres profondément idéalistes qui ont transmis le sou-
venir des amours de la reine de Saba et du roi Salomon
avec la même piété que le Livre saint.
Quoi qu'il en soit, par cet ouvrage, j'espère avoir
encouragé les savants qui m'ont aidé à recueillir mes
matériaux, et les avoir incités à mettre au service de la
science universelle les précieux vestiges qu'ils possè-
dent ou qui restent encore dissimulés dans les archives
des souterrains millénaires.
Ainsi aurai-je peut-être concouru à ajouter un cha-
pitre aussi passionnant qu'inédit à l'histoire du monde.
Jakoub Adol MAR
Carte de C'époque
PREMIÈREPARTIE
ÀMEMPHIS,UNMATIN
Aussilepeuplesuperstitieuxcroyait-il
quebâtirluiétait undevoirdictéparlesdieux...

NCOUPDEGONGÉPARPILLA,DANSLA ' IRROSE,SES


sonorités cuivrées. Maître Cadmus, grand archi-
l J tecte d'Aménophis III, sortait tôt ce matin. Il avait
revêtu sarobe cérémonielle de lin blanc, à large broderie
bleue, et encerclésesreinsdelapluséblouissanteceinture.
Car il devait assister, au pied même de l'inachèvement
sacrilège de la nouvelle pyramide, à un Conseil d'Empire
mandéenhâteparlePharaon.
Cadmussepressait. Lesoleil s'épandait en flaques d'or
sur Memphis immobile, silencieuse, endormie dans une
atmosphèrequel'on pressentaitangoissante.
Le pas de l'architecte était lourd. Lh' omme sur les
épaules dequi reposait la responsabilité mathématique de
l'édification des temples solennels, des périlleuses pyra-
mides, des obélisques effilés, despylônes et des sphinx de
basalteetdegranit, étaitchargédesoucisetdepeine.
Sa nuit avait été douloureuse. Il s'était, en des rêves
obsédants, battu contre ces illuminés qui, au nom d'un
Jéhovahinconnuetdément,avaientobtenuduPharaonle
départ desHébreuxendescohortes griséesdemysticisme,
sous la conduite de Moïse. Ainsi, dans son sommeil,
Cadmusavait-il pleurésursonœuvremutiléeparl'évasion
desesclavesisraélites.
L'aube n'avait point apaisé sa souffrance. Réveillé, il
pleurait encore sur son rêve détruit. Il arriva rapidement
au chantier établi sur le bord d'un bras duNil. Unsilence
de catastrophe flottait sur la forêt des madriers au centre
de laquelle, gigantesque et pourtant harmonieuse, s'appe-
santissait la masse fondamentale de la pyramide abandon-
née. Cadmus alla vers la vaste tente pourprée que les
ouvriers avaient hâtivement dressée pour le Conseil et
souleva les lourdes tentures polychromes marquées des
insignes pharaoniques. Ses collègues n'étaient pas encore
là, mais il ne tarda pas à les voir venir vers lui. Ce fut
d'abord, imposant, l'entrepreneur des travaux impériaux,
Chapat ; puis Danaüs et ses aides, architectes jeunes et
insouciants malgré leur grand savoir; Séthos, le chef du
chantier, bouffi de son importance, et Tât - le scribe prin-
cipal de la cour - qui semblait toujours dissimuler des
secrets d'Etat derrière unénigmatiquesourire.
C'étaient eux que désirait consulter le Pharaon.
Enattendant savenue, Cadmus,Chapat, Danaüset Séthos
joignaient leurs plaintes. Dans un concert de haine, leurs
récriminations giclèrent à l'égard de l'Hébreu conquis à la
foi deJéhovah. Seul Tât le scribe, commeplongé dans un
songe, se taisait. Jusqu'à ce jour, ployant sous l'autorité
lourde maiséclairée dugénie qui sourdde la race d'Égypte,
le peuple d'Israël enchaîné avait souffert et s'était épuisé à
la construction des pyramides orgueilleuses, des temples
solennels, des hypogées, des colosses basaltiques des rem-
parts, des portiques et des villes que traçait la splendide et
inapaisée imaginationdesbâtisseurs égyptiens.
Nulle plainte, nulle révolte n'avaient encore contesté
cette tyrannie consacrée à la gloire et à la pérennité des
dieux. Et voici que Jéhovah, soudainement, avait jeté sur
cette gloire une illusion plus magnifique qu'elle-même : un
Dieu était né aux Hébreux, un Dieu nouveau, invisible et
redoutable.
Ainsi qu'une vague mue par la croyance nouvelle,
comme le sable du désert est projeté par le vent, des cen-
taines de milliers de Juifs aveuglés et pétris de miracles
s'étaient rués- derrière la robeduprophète Moïse- vers le
paysdesCananéens, la Terrepromise «oùle lait et le miel
coulent àflots ».
Le Pharaon ne regrettait-il pas son acte de clémence ?
Cadmus l'espérait. Il le souhaitait de toute son âme
ardente, déformée par sa passion d'animateur de pierres.
Certes Aménophis le Magnifique avait hésité avant d'or-
donner la libération du peuple juif. Entre conseillers, sei-
gneurs, hiéroglyphites et lui, de longs débats s'étaient
engagés quant au problème théologique. Le grand prêtre
lui-même était perplexe. Jamais, en leurs discours, la puis-
sance de l'Empire, sa sécurité et la sauvegarde des fron-
tières n'avaient été envisagées. Cependant, grâce à l'asser-
vissement des Hébraïques, l'Égypte s'était lancée dans une
èreconstructrice dontdépendaitsagrandeur.
LescollèguesdeCadmusl'approuvèrent :la ville entière
se lamentait, se désolait, se décourageait devant les tra-
vaux inachevés. Le Pharaon dominateur des trônes avait
pourtant continué d'adopter, sur les plans séduisants de
Cadmus, bien d'autres projets grandioses : des canaux à
creuser, desvilles nouvelles àbâtir pourdégorgerMemphis
surpeuplée, des fortifications à surélever. Une civilisation
intense, géniale, naissait de la terre pharaonne fertilisée
par les eauxgrasses et lumineusesduNil. Cette civilisation
s'extériorisait par une fièvre d'édifier, de creuser, d'embel-
lir, une fièvre créatrice transposée par la brique du limon
que le soleil brûlant se charge lui-même de cuire. Ainsi
l'eau, la terre et le feuconjuguésconcouraient àservir l'es-
prit édificateurdesÉgyptiens. Ils en étaient les inspirateurs
naturels. Aussi le peuple superstitieux croyait-il que bâtir
lui était undevoirdicté parlesdieux.
Or, brutalement, voici que cette vie se trouvait stérili-
sée, abolie parle manquedemain-d'œuvre.
Lamortdans l'âme, Cadmuspleurait...
AMÉNOPHISIII LUTTEAVECDIEU
Quelpressentiment,
oiseauauxailesdesoiesombre,
vientdevolerdevantsesyeux?

APIDEETSOUPLE,NOIRCOMMELÉ'BÈNEETVERNIDE
sueur, un esclave se dresse devant eux. Desfanfares
de trompettes, auloin, crèvent le silence bleu.
LePharaon !
Lesfanfares roulent, portées par la brise. Elles réveillent
laville et semeurentenéchosprolongés.
LePharaon !
Précédé d'un héraut et de quatre thuriféraires, hissé de
toute sa hiératique majesté dans son palanquin à vingt-
quatre porteurs noirs et nus, les plus solides, les plus har-
monieux de formes, de ceux que l'on recrute en Berbérie
pourcet honneur insigne :
LePharaon !
Sur le trône de bois précieux où la fantaisie de l'artiste
s'épuisa en capricieuses et stylisées fleurs d'or et d'argent
enrobées de soieries et d'étoffes pourpres, impassible,
magnifique, soleil en marche, le Maître de l'Égypte,
consultateurdespeuples, incarnation detous lesdieux :
LePharaon !
Comme il ne faudrait point que les mouches vrombis-
santes importunent cette méditative souveraineté, les fia-
bellifères, autour de son dais, vont, viennent, courent,
virevoltent, brandissant les chasse-mouches de crins d'élé-
phant et decheval.
Les troupes - infanterie et cavalerie - qui précèdent,
entourent et escortent le Pharaon sont les meilleures, les
plus éprouvées parmi celles qui s'illustrèrent dans les loin-
taines campagnes contre les Berbérins et les Chaldéens. Et
leur équipement est minutieux. L'infanterie s'avance ryth-
miquement. Lajupe de coton aux couleurs vives s'enroule
autour des cuisses. Une ceinture enserre le torse où pend,
retenu par des lanières, le sabre court. Le casque de cuir
bouilli, pointu, luit au soleil. Au bras gauche est accroché
le bouclier, la main droite étreignant la double lance
nouée d'un lacet.
Les cavaliers encerclent les fantassins. Les chevaux sont
nerveux, souples, caparaçonnés de cuir brillant de suif. Les
fanfares, trompettes, tympanons et sistres sonnent, écla-
tent, se prolongent, s'arrêtent et recommencent.
Ainsi le Pharaon baigne-t-il dans le faste de sa puis-
sance. Acôté de son palanquin caracole le général en chef
harnaché de chaînes d'or, les oëris de sa garde suivant les
prêtres aucrâne rasé.
Devant la tente où sont réunis les constructeurs, le cor-
tège se pétrifie. Hérauts et thuriféraires proclament l'arri-
vée du favori d'Amon-Râ. Une double haie de soldats sou-
dain statufiés ourle les nattes de paille bigarrées où le
Pharaon va poser ses sandales précieuses en forme de
patins. La cavalerie dessine, autour de la tente impériale,
un carré de poitrails, de lances, d'arcs, de boucliers.
La chaise s'abaisse et le Roi descend. Les fronts se pros-
ternent. Le silence est lourd comme une chape. Le
Pharaon salue de sa haute canne, fleurie d'un bouton de
lotus d'or et d'argent par lequel s'avère son étincelante
majesté. Alors les fronts se relèvent.
Le Soleil se laisse admirer. Il rayonne dans sa calasiris
triangulaire, blanche comme lait, plissée avec minutie,
ceinturée de peau de crocodile gemmée d'or et de pierres
fines. Un gorgerin à septuple rangée d'émaux orne sa poi-
trine lisse, vernie comme l'ambre. Le visage est intelligent
et fier. Lesyeuxont l'éclat douxet profonddufleuve céru-
léen. Lavipère déroulée sur le pschent, qui semblesiffler à
son front, complète et achève d'une flamme d'or sa grani-
tique impassibilité. Danssoncourtpeplosrougeet flottant,
il estplusgrandqu'un dieu.
Le Pharaon pénètre dans la tente dont deux esclaves
ont écarté les lourdes portes. Il marche d'un pas calculé.
Cadmus, ses collègues et Tarcâs, le chef des armées, sui-
vent à cette distance respectueuse par laquelle il convient
demarquerleurhumilité émerveillée.
Le Pharaon fait un signe puis s'assied sur un siège à
pieds de lion paré de peaux d'onagre. Dévotement, ses
conseillers l'imitent.
Ainsi commence le débat qui doit décider du sort d'un
règne glorieux entre lesglorieux.

LePharaon parle avec sérénité. Saphrase est cadencée,


harmonieuse, équilibrée comme une leçon apprise. Il
exposeles motifsdesadécision enne celant point sesscru-
pules devant l'activité constructive de l'Empire à ce point
abolie, et voulant biensesouvenirdesdémarchesqu'entre-
prirent auprès de lui, après le départ des Hébreux, ses
fidèles conseillers.
Tout en reconnaissant la magnanimité impériale, ces
derniers expriment leur crainte d'un excèsdepusillanimité
qui pourrait être fâcheusement interprété par les ennemis
jaloux de la puissance pharaonique. Aménophisdaigne les
comprendre et lesexcuser.
- Maintenant parle, Cadmus, lance alors le [Link]
t'écoute. Quelesdieux inspirent tondiscours.
Cadmus se lève, se casse en deux. Son visage trahit
l'émotion. Il s'exprime encestermesprécis et mesurésaux-
quels le prédispose sascience mathématique. Il remercie le
Pharaondelui donner l'occasion- àlui, tellement indigne
de cet honneur - de démontrer le péril où court l'Egypte
depuis qu'elle est privée de la main-d'œuvre barbare, des
cataractes audelta. Il le fait enrappelant lesfastes destrois
grands souverains que l'on pourrait appeler «les
Bâtisseurs ». Puis il supplie l'Empereurd'inspirer sonrègne
deleurexemple:
- Qu'importent mon existence, s'écrie l'architecte, et
tous les projets que j'avais consacrés à ta gloire, ô
Pharaon ! Qu'importent les travaux et les équations com-
pliquées qui ont blanchi mestempes ! Qu'importe si, avec
la vie éteinte des chantiers impériaux, s'essore également
l'existence de mon corps désespéré ! C'est ta gloire repré-
sentative de l'immortalité de nos dieux qui seule existe, et
Cadmus est entre tes mains un esclave qui ne veut que
périr...
LePharaonest-il émuparcediscours ?Il n'en laisse rien
paraître. Déjà, d'une courbe de sa canne, il fait signe à
Séthos, le constructeur, qu'il vaconsentir àl'écouter.
Séthos est plus jeune que Cadmus, plus ardent aussi.
C'est le chef intrépide qui fut choisi pour diriger, d'une
main qui n'a jamais failli, les grandes œuvres jaillies du
cerveaudel'architecte et desesdisciples.
Séthos s'excuse, supplie qu'on pardonne son audace de
s'attaquer à Jéhovah et Moïse sur lesquels il fait habile-
ment retomber la lourde erreur qui pourrait coûter si cher
àl'Égypte.
- Les dieux malfaisants sont contre nous, conclut-il,
mais Amon-Râ sera le plus fort. Nous construirons des
temples si hauts qu'ils s'en iront rejoindre la splendeur des
étoiles. Un Pharaon en qui s'incarnent les vertus égyp-
tiennes ne peut se laisser apeurer parJéhovah. Il faut faire
payer à l'imposteur ses discours maléfiques, ses prônes et
ses lamentations égalitaires. Donc je demande le front à
terre, ô grand Pharaon, d'être de l'expédition que tu vas
commanderpourramenerles infidèles !
Séthos s'est assis, tout tremblant depassion. L'Empereur
demeure impassible. C'est alors Tarcâs, chef des armées,
qui sollicite d'exposer l'état des fortifications de Thèbes et
lanécessité desréfections depuis trop longtempsprévues :
- Nous sommeschaque jour menacés par une nouvelle
déclaration de guerre des Assyriens et des Chaldéens.
Leurs espions ne vont pas tarder à savoir quenos ouvrages
défensifs ont besoin de réparations. Ne profiteront-ils pas
de notre faiblesse momentanée ?Voulez-vous, ô Pharaon,
que vos soldats remuent eux-mêmes la terre, portent les
pierres et sesubstituent auxesclaves libérés ?
Tandis que Tarcâs se rassied, chacun scrute les traits de
l'Empereur. Unterrible combat se livre, on le devine, dans
l'âme du Pharaon. Uncombat oùles croyances millénaires
dela vieille Égypte,oùl'orgueil delarace, oùla volonté de
perpétuer un règne que le monde redoute et admire vont
bientôt l'emporter sur la crainte née des étranges paroles
de Moïse. Et s'il avait raison, l'homme auxyeuxpâles ?Les
Dix Commandements flamboient dans la mémoire
d'Aménophis. Mais non ! Lui, le descendant des rois en
qui s'irradie la puissance solaire, lui dont l'irnage marque le
granit aux quatre horizons du royaume, va-t-il frissonner
depeurdevant unaventurier auvisage brûlé depassion ?
Le Pharaon s'est dressé. De sa canne, il frappe le sol à
petits coupsnerveuxet autoritaires. Il parle et c'est àpeine
si les conseillers - respectueux du silence obligé - peuvent
contenir leur joie, leurs espérances, leur reconnaissance. Il
parle et il atout àfait oubliéJéhovah...
- Demain, àl'aube, une arméepartira. Je lacommande-
rai. Tarcâs ordonnera les préparatifs. Nous ramènerons les
Israélites maudits, dussions-nous tous périr dans cette
aventure oùnosdieuxnousconduisent.
Mais en laissant tomber ces mots, la voix du Pharaon
s'altère. Quel pressentiment, oiseau aux ailes de soie
sombre,vient devolerdevantsesyeux ?
Chassant d'un geste brusque cette vision, Aménophis
s'apprête à lever le Conseil quand Tât demande subite-
ment la parole, levant les bras au ciel puis se courbant
devant l'Empereur.
- Que veux-tu ? s'enquiert le souverain avec bien-
veillance.
Tât est le premierhiéroglyphite de l'Égypte, Gardiendes
Livres et de la DoubleChambredeLumière, le plus savant,
le plus habile aussi. Nul ne l'égale pour confier aupapyrus,
d'un stylet précis, les fastes impériaux. Aussi son influence
est-elle considérable et jalousée, d'autant qu'il ambitionne
de devenir riche et puissant pour mieux servir son art. À
cette fin il vas'efforcer detirer le meilleurparti d'une situa-
tion qu'il a parfaitement comprise : n'est-il pas comme le
Pharaon, grâce à sa constante fréquentation des savants,
desmageset desgrammates, le plus instruit detous ?
Ainsi explique-t-il, sachant que l'Empereur reviendra
sur sa décision, qu'il a visité les artisans hébreux qui dans
Memphis ouvrent l'or et l'argent, tissent l'étoffe, vendent
la bière, taillent le bois, travaillent le cuiret le bronze, pra-
tiquent encore mille métiers utiles et curieux. Il leur a
parlé et les a décidés à retarder leur départ. Si les esclaves
mystifiés - heureux à n'y point croire d'être délivrés - ont
quitté la ville, au moins les artisans plus intelligents, aver-
tis et prêchés par Tât, sont-ils demeurés. Ils n'ont pas cru
au mirage. Déjà les ballots de marchandises et les paquets
d'outils s'entassaient dans les chars lorsque Tât aparcouru
les ruelles et les échoppes. Il aapaisé lesÉgyptiensqui ren-
daient les Hébreux responsables des DixCommandements
et de la révolution spirituelle qu'ils avaient créée. «Leur
travail nous est utile », a répété Tât, et le peuple a cru en
saparole. «Vousdemeurerez parmi nous et vousserez pro-
tégés par le Pharaon », a-t-il ajouté à l'adresse de ceux qui
s'apprêtaient à suivre Moïse. «Peut-être celui-ci, dans sa
magnanimité, fera-t-il de vous des citoyens de Memphis ?
Restezet attendez lesdécisions duMaître. »
Les artisans ont donc regagné les ateliers et les bou-
tiques. Même les belles prostituées juives de la cité, qui
avaient préparé leur fuite, s'en sont retournées dans les
tavernes et les maisons de danse.
Tât ne dit pas au Pharaon que ces filles ravissantes font
la joie du plus humble au plus notable des Égyptiens, dans
les quartiers spéciaux de Memphis, mais nul - même
l'Empereur - ne l'ignore. Pareille débauche est tolérée
parce que les Égyptiennes ne peuvent se prostituer sans
violer leur foi, tandis que les esclaves israélites servent
l'appétit charnel des hommes avec une science et un raffi-
nement fort prisés, d'autant que leurs corps harmonieux
sont les plus beaux du monde.
Si Tât est resté discret sur ce chapitre, en revanche il
insiste sur le fait que Cadmus pourra continuer son oeuvre :
en attendant le retour de l'expédition pharaonique, les
artisans d'Israël vont faire revivre les chantiers.
Aménophis ne cache pas sa satisfaction :
- Quelle grâce demandes-tu pour ton habile interven-
tion ?lance-t-il à son zélé hiéroglyphite.
- Devenir gouverneur de la plus petite de tes provinces,
ô Soleil, serait le vœu de ton serviteur.
- Il sera exaucé demain. Mais encore ?
- Voir accorder aux Hébreux demeurés à Memphis le
privilège de se dire citoyens égyptiens pour prix de leur
fidélité.
- Soit...
Le Pharaon s'interroge : de nouveau, l'oiseau noir a volé
devant sesyeux.
LAVENGEANCEDEMEMPHIS
Commeaucoursd'unechasse,
desÉgyptienssecriaient lenombredesJuifs
qu'ils avaientmassacrés..

EJOURENTIERSEPASSADANSLAHÂTEDESPRÉPARA-
L tifs militaires. Les casernements s'étaient transfor-
més en ruches. Les soldats avaient reçu leurs ordres
avec plaisir. Encore que valeureux et disciplinés, ils
savaient qu'ils ne devraient point se battre pour ramener à
Memphis ces fanatiques sans armes.
Le lendemain à l'aube, les Égyptiens, boucliers scin-
tillant au soleil, escortaient les six cents chars de guerre du
Pharaon. Lâchés comme une meute à la poursuite du
peuple d'Israël, ils s'élançaient joyeusement entre le Nil et
la mer des Algues, suivant les routes d'ocre comme un ser-
pent agile, multicolore, caparaçonné d'or et de lumière.
Quinze longs jours s'écoulèrent.
Les artisans hébreux ayant été recrutés par Cadmus, les
chantiers avaient recouvré une certaine animation. Les
lourdes pierres équarries et polies, hissées à bout de câbles,
montaient à l'assaut de la pyramide. Les sculpteurs s'apprê-
taient à tracer sur les blocs les écritures sacrées, à grands
coups de maillet. Si les Hébreux enfuis revenaient bientôt,
l'architecte pourrait, avec leur aide, débarquer les charge-
ments de pierres qui se balançaient encore sur le Nil et,
dans quarante jours, le tombeau sacré serait achevé.
Mais, dans l'après-midi, un groupe de cavaliers galopant
ventre à terre fut aperçu du haut des remparts. Ils pénétrè-
rent - nuage vivant - dans la ville aussitôt que la garde eut
reconnu en eux des soldats de l'armée expéditionnaire.
Leurs chevaux dépouillés du harnachement guerrier
étaient fourbus, bons à abattre. Les cavaliers eux-mêmes
étaient épuisés. Leurs visages exprimaient l'horreur. Ils
demandèrent de nouvelles montures puis se ruèrent vers le
palais impérial. Quelques instants plus tard, de toutes parts
des estafettes en sortaient pour parcourir Memphis. Les
troupes demeurées dans la cité affluèrent aux remparts et la
ville se trouva instantanément en état de siège.
Dans la salle octogone du palais, fou d'orgueil et de
peur, le futur pharaon Sésostris, successeur de son oncle
redouté, voyait déjà les têtes se courber respectueusement
devant sa majesté en puissance.

Sésostris était un homme de vingt ans, fort mais super-


stitieux. Le désir de régner ne l'avait jamais possédé. Il
regarda les soldats qui, le front collé aux dalles, venaient
de lui annoncer la mort de l'Empereur, la perte d'une par-
tie de l'armée et la victoire de Jéhovah acquise par un
miracle qui le laissait rêveur. Ne mentaient-ils pas ?Non,
non !Lesvoilà qui décrivaient les troupes d'Aménophis III
acculant les Hébreux dos à la mer ; le refus des Juifs de se
rendre ; leur angoisse, leur terreur ; puis soudain leurs
prières étranges à Jéhovah, si ferventes qu'elles semblaient
vraiment rejoindre le ciel, et la sérénité étonnante de
Moïse précipitant dans l'eau son bâton ; les flots s'ouvrant
comme deux murailles énormes, livrant passage aux Juifs ;
la folle colère du Pharaon lançant son char d'or sur leurs
traces, suivi par l'armée. Mais le linceul glauque de la mer
avait brusquement englouti cette intrépidité sous un
mugissant couvercle d'eau...
Horreur !Les guerriers rapportaient des preuves de cette
catastrophe. Les rares survivants de l'infanterie seraient là
demain pour témoigner dudésastre.
Sésostris tourna les yeux vers le Conseil des seigneurs et
des dignitaires, groupés en hâte, qui sollicitaient déjà un
ordre. Subitement affolé, éperdu, il les chassa tous. Ils
s'éclipsèrent dans ungrandmouvementderobesfroissées.
Le nouveau Pharaon avait peur. Il se précipita sur une
haute terrasse fleurie qui, du palais, regarde en contrebas
Memphis travailler au prestige de l'Empire. Scrutant la
ville d'un air tourmenté, il vit la sinistre nouvelle sepropa-
ger de maison en maison, de rue en rue, de quartier en
quartier, bien plus vite que le vent. Aux carrefours, des
cavaliers se dressaient sur leur monture et, aussi fort qu'ils
le pouvaient, hurlaient àla foule le désastre qui l'accablait.
Partout des gens couraient, se heurtaient, pressés de ren-
trer chez eux pour partager avec leur famille une douleur
qui les confondaitderage et lessoulevaitdehonte.
Car l'armée égyptienne, répétait-on, ne venait point de
perdre dix milliers de sesvaleureux soldats dans unedeces
nobles batailles où les chances sont égales et où la bra-
voure des uns finit par épuiser puis vaincre le courage des
autres. Là, c'étaient Moïse l'aventurier, Jéhovah le sorcier
et les Hébreux félons qui avaient ourdi un miracle inouï :
desmilliers d'Egyptiens morts sans combattre. Voilàce que
clamaient par les rues les meneurs, les fomenteurs de
révolte, ceux-là qui, chaque fois que leshommess'unissent
et communientdans lajoie desfêtes rituelles oula tristesse
desévénements douloureux, éprouvent le besoindesehis-
ser sur une pierre pour haranguer le peuple, l'exciter, l'em-
porter.
Sur la grand-place, face au palais, un des orateurs surgis
delafoule anonymeétait particulièrement entouré :c'était
Kâmos. Un homme d'une trentaine d'années, vêtu avec
simplicité, mais dont le visage semblait baigné d'un halo
mystique. Auparoxysmede la fureur, il subjuguait la foule,
réclamant des sanctions. Sa voix était souvent couverte
par le flot des malédictions et des murmures d'où fusaient
lespleurs aigusdesveuveset desmèresanéanties.
- Par Osiris ! criait Kâmos. Vengeons nos morts, nos
beauxmorts, nosgrandsmorts,nosglorieuxmorts !Lesbêtes
hurlantes ont défait, noyé, tué nos pères, nos frères, nos
maris, nos fils, nos fiancés ! Vengeance ! Et que le soleil
s'obscurcisse, que le ciel s'endeuille à jamais, que les eauxdu
fleuve se tarissent si le dernier Hébreu de la race exécrée
souille encore, demain, le solde l'Egypte !Vengeance !
La harangue, venimeuse comme une langue de serpent
et brûlante comme une flamme, fut le signal de l'émeute.
Vengeance !
Au dernier mot de Kâmos, comme si des mains mysté-
rieuses eussent obéi à des ordres rapides et invisibles, des
torches furent allumées et brandies aubout de centaines de
poings fiévreux, formant mille papillons de feu au-dessus
de la vague humaine. Déjà les Egyptiens couraient vers le
quartier des Juifs, s'engouffraient dans leurs maisons et
leurs échoppes pour en extraire les meubles, les habits, les
marchandises précieuses et les outils que le peuple grisé
d'ardeur destructrice brisait, déchirait, foulait aux pieds et
brûlait.
Les Juifs imploraient, tentaient de s'expliquer ou de
s'enfuir. Mais ils furent livrés aux instincts animaux de
toute une population. Le premier sang qui gicla d'une poi-
trine défoncée monta aux cerveaux comme les volutes
néfastes d'un alcool.
Lesbêtes fauves ne se maîtrisaient plus, se renvoyant les
Juifs bras à bras. Ici Kossuth, l'orfèvre, fut écartelé. Des
Egyptiens plongeaient les mains dans son sang avec des
cris féroces. Ses enfants, découverts dans un hangar, furent
jetés à mille doigts griffus puis aubûcher le plus proche.
Là, le tailleur Aïchar fut décapité. La tête détachée,
atroce, blanche et sanguinolente à la fois, fut piquée sur
une lance.
La femme de Sachem, le marchand de zythum, était
enceinte. On ouvrit son ventre pour livrer le fœtus aux
chiens affamés.
Parfois des chars fendaient la foule. À leur moyeu
étaient encordés desJuifs qu'ils traînaient surles pierres au
galopdetempête deleurs coursiers.
Partout les mêmes scènes se reproduisaient. Comme au
cours d'une chasse, des Égyptiens se criaient le nombre de
Juifs qu'ils avaient massacrés. Ils se faisaient des trophées
demainssanglantes.
Dans le quartier des prostituées, ces malheureuses
n'étaient pas plus épargnées. Leurs amants qui, hier
encore, couvraient leurs corps parfumés de baisers, accou-
raient pour les violer puis les tailler en lambeaux. Des
scènesdestupre inimaginables préludaient aux tueries. Les
assassinssemirent àboire. Labière et l'hydromel coulaient
commele sang.
Les femmes égyptiennes n'étaient pas moins acharnées
que les hommes. Armées de longues aiguilles, elles cre-
vaient des yeux, arrachaient des oreilles, coupaient des
sexes. Impitoyables, elles se vengeaient des infidélités de
leurs époux qui, eux, se faisaient des colliers d'entrailles
encorepalpitantes.
Soudain, un cri d'alarme immobilisa la foule au zénith
de safolie meurtrière. Là-bas, vers les quartiers dusud, des
flammes léchaient la voûte du ciel clouté d'or. La ville
semblaitdésormais couverte d'un voile pourpre.
- Il pleutdusang !s'exclamaunEgyptienentranses.
- Non, c'est Memphis qui flambe ! lui répondit un
autre.
- Sauve qui peut ! s'écria un troisième. Protégeons nos
maisons !
Aumêmeinstant la cavalerie chargea, balayant les rues
dupoitrail deseschevauxpourarrêter le massacre.
- Arrêtez, arrêtez ! hurlait un officier. Par ordre du
Conseil impérial !
Sur la terrasse fleurie qui surplombe Memphis, des
hommes anxieux et solennels contemplaient un océan de
feuet desang. Cardéjà l'incendie sepropageait. Lachaleur
était devenue épaisse comme la poix. Les brasiers grandis-
saient comme des monuments. L'odeur des chairs brûlées se
mêlait à celle, âcre, des bois et des étoffes consumés.
Les sujets du Pharaon ne songeaient plus qu'à sauver
leur cité rougeoyante comme une forge. Dans la nuit car-
minée, des milliers d'hommes s'agitaient, luttaient contre
les flammes avec la frénésie du désespoir. Et ils croyaient
que Dieu les poursuivait encore.

ILS PÉRIRONTPARL'EAU
Lepeupled'Israëlconnutavecbéatitude
l'infinie bontédeDieuquicréasursaroute
cescolonnesdesablepourl'arracheràlamort...

EMATN I SELÈVESURUNJOUREXASPÉRÉ.TOUTELA
L nuit, les Juifs terrorisés ont tenté de s'évader. Ils
n'ignoraient pas que, très tard, le Conseil impérial
- assisté du premier juge et du grand prêtre - avait statué
sur leur sort. Mais aux portes de Memphis, ils s'étaient
heurtés à une garde d'acier. Ceux qui avaient essayé d'esca-
lader les remparts s'étaient trouvés précipités dans le vide,
du haut des poternes. Les reins brisés, on les avait laissés
mourir dans les fossés.
La ville est encerclée de cris de douleur, et la nuit com-
mencée dans un assourdissant carnage s'est achevée dans
les râles d'une lancinante agonie.
Hors les murs, au milieu de la plaine où, en temps de
paix, les habitants heureux se réunissent pour organiser des
jeux, un soleil pâle bigarre un bouquet d'hommes et de
femmes aux chairs meurtries. Et de cette masse, les hurle-
ments de terreur mêlés aux prières jaillissent comme des
jets mystiques.
Tout autour, l'étendue est grouillante d'Égyptiens venus
assister aujugement dupeuple d'Israël.
Dominant l'espace, s'élève la haute tribune impériale
empourprée. De bonne heure, dans l'aube laiteuse, les
Hébreux ont été amenés par des soldats et parqués en
grappes compactes que resserrent sans cesse les lances de
leurs gardiens.
Au palais du Pharaon, le grand prêtre a finalement
imposé sa sentence. Atteint dans son orgueil fanatique, il
s'est fait implacable. Les rescapés des colonnes conduites
par Aménophis n'en attendaient pas moins. Pour eux,
leurs frères d'armes ont été attirés dans une lâche embus-
cade et doivent être vengés comme il convient de venger
l'Empereur et l'affront fait à toute l'Égypte. Un châtiment
bref et radical est d'ailleurs le seul moyen d'apaiser la
population.
Aussi est-ce le visage grave que les dignitaires de la cour
impériale, auxquels la garde a frayé un chemin parmi le
flot houleux des Égyptiens et la tourbe des Hébreux atter-
rés, gravissent l'estrade du tribunal. Ils se regroupent
autour du trône demeuré vide en signe de deuil.
Une immense acclamation les accueille dans le faste de
leur appareil justicier, déferle sur la plaine comme le
mugissement de la mer et se mue en imprécations hai-
neuses à l'adresse des Juifs. Les trompettes imposent le
silence puis le héraut impérial s'avance, magnifique :
- Peuple d'Égypte, l'enquête démontre que ces esclaves
hébreux, race détestable, sont cause de la noyade de notre
illustre Pharaon et de toute son armée. Lescoupables méri-
tant un châtiment exemplaire, le tribunal suprême propose
unjugement que la volonté populaire devra sanctionner...
Lepremierjuge s'avance et lit alors ce jugement :
- Vous, les misérables esclaves sur lesquels retombe la
responsabilité de l'anéantissement de notre roi bien-aimé,
de tant de nobles, d'officiers et de soldats qui l'accompa-
gnaient, vous êtes condamnés à périr noyés de mêmeque
l'armée pharaonique, dans les mêmes eaux. Vos biens
seront confisquésauprofit dupeuple !
Letemps que cette sentence soit répétée àla foule mas-
sée aux quatre coins du camp et une clameur d'approba-
tion retentit.

À peine la cour impériale s'était-elle retirée au palais


que le peuple voulut se jeter sur les Hébreux que la garde
avait formés en colonnes afin de les conduire, à travers le
désert, jusqu'à Piha Hirot, au bord de la mer des Algues, là
où Aménophis et sa troupe avaient été emportés par les
eaux. Lessoldats eurent grand mal àprotéger lesJuifs.
Ces derniers avaient accueilli l'énoncé de la sentence
avec calme. Ils savaient la révolte inutile, mais caressaient
encore l'espoir d'être sauvés par ces mêmes flots miracu-
leux qui avaient épargné leurs frères en exil.
De la plaine des jeux, leur longue caravane souffrante se
dirigea vers Memphis qu'elle parcourut en méandres capri-
cieux. Dans les quartiers riches, des esclaves versèrent sur
eux de l'huile bouillante. Dans les quartiers populaires,
dont les maisons paraissent des cubes de briques ocrées,
chaque porte figurait un nouveau supplice. Puis il leur fal-
lut passer par leurs propres quartiers dévastés la veille et se
désespérer de n'y plus voir le moindre signe de vie.
Aux portes de la ville, la population n'accompagna plus
les Hébreux. Elle les laissa aller vers la mort dans le désert
terrible, lourd comme leur vengeance. À longues marches
forcées, la colonne geignante abandonnait sous elle des
hommes et des femmes épuisés, anéantis, vidés de sang et
de nerfs, que la foi n'animait plus. Ils préféraient se laisser
mourir dans le sable brûlant, tel un linceul de feu, plutôt
que de courir, assoiffés et affamés, pour être menés à la
noyade.
Les survivants, ceux que ne quittait pas l'espérance
insensée en Jéhovah, marchaient les pieds rôtis et les yeux
vides. Souvent, au milieu d'eux, un chant fusait soudain et
se transformait irrésistiblement en chœur, tragique mélo-
pée dans l'immensité torride. Le peuple d'Israël décevait
sesbourreaux.
Les soldats avaient d'ailleurs renoué leurs boucliers d'or.
A quoi bon tuer encore ?Eux aussi étaient las, sous l'astre
dardant qui stérilise les courages et lamine les plus solides
déterminations. Et puis tant d'Hébreux mouraient d'eux-
mêmes... Leurs corps pourrissants serviraient de piste à
l'armée, au retour !
Mais bien que n'ayant point perdu de proche dans la
poursuite de Moïse, le chef Seti, chargé par le tribunal
d'exécuter la sentence, nourrissait une intransigeance et
une ambition démesurées. Devenir le chef suprême des
forces impériales, tel était le stimulant qui lui faisait ajou-
ter marche forcée sur marche forcée, sans repos ni répit
jusqu'à la mer.
Lorsque les cavaliers lancés en avant-garde aperçurent
les flots parfaitement immobiles et sereins, ils ne purent
résister à l'envie de s'y baigner. Leur poitrine asséchée se
gonfla éperdument de toute l'étendue vertigineuse de
l'eau. Puis, tout ruisselants, ils remontèrent à cheval et
partirent au galop pour encourager la caravane. Elle flé-
chissait déjà, s'allongeait, élastique et saignante, dans l'or
vaporeux du désert. Apprenant la proximité du rivage, les
soldats poussèrent des cris dejoie.
Pour les Hébreux arrivés aux limites de la mort, le mar-
tyre recommençait. Impatient d'en finir, Seti les rassembla
sur la plage, autour d'un simulacre de tribunal, et leur relut
la tragique sentence. Le peuple élu se mit à prier, deman-
dant àJéhovah s'il allait une seconde fois le sauver.
La troupe brandit ses lances aiguës et ses sabres plats.
Mais quand les soldats voulurent pousser les Juifs à l'eau et
les noyer, ils s'aperçurent qu'ils devaient eux aussi s'immer-
ger. Or ils étaient embarrassés de leurs armes et ne savaient
pas nager. Certains parvinrent à couler quelques vieillards
et adolescents, mais la plupart des Hébreux se mettaient
hors d'atteinte ou s'éparpillaient tout au long du rivage.
Après avoir ordonné que les Hébreux fussent à nouveau
rassemblés sur la plage, Seti tint conseil avec ses officiers.
Ils discutèrent longtemps : leurs hommes harassés mena-
çaient de se mutiner et de retourner à Memphis si les
esclaves n'étaient pas exécutés immédiatement.
Seti hésitait à assassiner les Juifs. On lui avait donné
ordre de les noyer, il devait les noyer : cela revêtait pour
lui un caractère quasi religieux. Ce fut alors que l'un de ses
officiers, qui avait séjourné dans la contrée, lui signala fort
opportunément qu'un rocher énorme, vertigineux, sur-
plombait la mer à trois journées de marche du camp.
L'endroit appartenait déjà à la légende : appelé «rocher de
la vengeance », on l'ornait de périls invisibles aux plus
braves. Aussi, lorsque les Israélites apprirent qu'ils allaient
être précipités du haut de ce promontoire, le décourage-
ment s'empara de beaucoup d'entre eux tandis que certains
virent dans cette exécution différée une nouvelle manifes-
tation de la sollicitude divine.
La nuit se passa à calmer la soldatesque indisciplinée.
Puis, aux premières clartés du matin, la caravane s'ébranla
dans la direction supposée durocher.
La marche dura trois longues journées. Les estafettes
lancées ventre à terre le long de la côte n'avaient rien
découvert. LesJuifs psalmodiaient toujours leurs cantiques.
À chaque heure, chaque minute, s'amplifiait leur foi fer-
vente. L'un d'eux, Isaac, s'était improvisé berger de leur
troupeau misérable. «Jéhovah qui a sauvé vos frères vous
sauvera », déclarait-il. Et il était comme un apôtre baigné
d'énergie céleste. Ainsi soulevés et transportés par cette
ardeur magnétique, les Hébreux poursuivaient leur route,
les lances égyptiennes dans les reins.
De plus en plus fatigués, tous allaient au-devant d'un
mirage. Car il était là, le rocher, devant eux. De sa colos-
sale hauteur il formait une presqu'île que les flots atta-
quaient en vain depuis des siècles. MaisJéhovah était avec
les Juifs : le roc immense, les soldats égyptiens ne l'aperçu-
rent jamais. Ainsi passèrent-ils, les suppliciés comme leurs
bourreaux, sans même deviner sa masse énorme qu'une
tempête de sable dissimulait à leurs yeux en soulevant un
épais et tourbillonnant nuage de poussière.
Le peuple d'Israël connut avec béatitude l'infinie bonté
de Dieu qui créa sur sa route ces colonnes de sable pour
l'arracher à la mort...

Aubout desixjours l'eau manquaet la révolte éclata au


sein de l'armée. Les chefs affolés érigèrent alors un nou-
veautribunal, lequel décidaque, faute depouvoirnoyerles
Hébreux, il fallait les faire périr en les abandonnant dans
le désert.
Livrés à eux-mêmes, les Juifs allumèrent de grands feux
propitiatoires et promirent à Dieu des holocaustes lors-
qu'ils posséderaient des animaux à lui consacrer [Link] len-
demain dudépart de leurs tortionnaires, un jeune Israélite
qui s'était porté au-devant de son peuple découvrit une
source dans le désert. Sauvés, les Hébreux entonnèrent le
cantique de grâce. Isaac exultait en sa foi et les convia à
marcher et marcher encore vers l'inconnu, puisqu'ils ne
1. En commémoration du «jour du miracle », les Falachas allu-
ment aujourd'hui encore des feux en holocaustes, mais sans sacrifier
d'animaux.
Ile était belle, indépendante, auto-
cratique et féministe. Sonroyaume
E s'étendaitdel'Afriqueàl'Arabie. Elle
rencontra le roi Salomon, et le mythe
s'empara de leurs amours. Makédaou la
fabuleuse histoire dela reine deSabanous
restituecedestinflamboyantaveclamagni-
ficence desMileetunenuits, s'inspirant à
la foisdela tradition populaireetdesfaits
vérifiés. Sur les traces de la tribu perdue
quivécut«l'autresortiedE ' gypte»jusqu'au
plateau de Symiène, on assiste à la nais-
sanced'unempireauxfastesinnombrables
où règne en maîtresse absolue la «reine
vierge »: celle qui, d'énigme en énigme,
sutséduirelefils deDavid.
401&
crit au début du siècle parJakoub
A dolMar,ex-ambassadeurd'Ethiopie,
E ceromandécouvertparsapetite-fille
nous entraîne dans unvoyageémerveilé.
Unefoisonnanterichesse d'expression, un
talent de conteur exceptionnel : l'auteur
nousdévoile lesmystèresdel'Orient et la
légended'unpeuple. -
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