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Sociolinguistique et analyse de discours

Ce cours aborde la sociolinguistique et l'analyse de discours, en explorant leur genèse, leurs concepts clés et leurs applications. La sociolinguistique, née d'une critique de la linguistique saussurienne, examine la langue dans son contexte social, tandis que l'analyse de discours se concentre sur les interactions verbales et les actes de langage. Les deux domaines sont interconnectés et s'enrichissent mutuellement à travers des études variées sur la variation linguistique, les conflits diglossiques et l'impact du numérique.

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Sociolinguistique et analyse de discours

Ce cours aborde la sociolinguistique et l'analyse de discours, en explorant leur genèse, leurs concepts clés et leurs applications. La sociolinguistique, née d'une critique de la linguistique saussurienne, examine la langue dans son contexte social, tandis que l'analyse de discours se concentre sur les interactions verbales et les actes de langage. Les deux domaines sont interconnectés et s'enrichissent mutuellement à travers des études variées sur la variation linguistique, les conflits diglossiques et l'impact du numérique.

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Analyser le langage verbal (2) : sociolinguistique,

analyse de discours et pragmatique

Cours préparé par Manar ALOMRAN – doctorante en


sciences de l’information et de la communication (UTT)
But du cours et plan

Le but de ce cours est de voir ce que nous entendons par « sociolinguistique »,


discipline qui a résulté d’une base de révision et de critique de la linguistique
saussurienne; et par « analyse de discours » dans les sciences du langage.

Dans ce cours, il sera donc question d’un petit panorama sur :

 La genèse de la sociolinguistique
• l’articulation des divers domaines qui la composent
• certaines notions centrales dans cette discipline
 Le domaine de l’analyse de discours
• Les idées forces qui le définissent
• La théorie des actes de langage
La genèse de la sociolinguistique : un autre regard sur le langage et
les langues en société

La sociolinguistique est une des branches de la linguistique externe (une science de


l’homme et de la société). Elle a émergé aux États-Unis (en 1964), voilà près de
deux tiers de siècle, de la critique salutaire d’une certaine linguistique structurale
enfermée dans une interprétation doctrinaire du cours de linguistique générale de
Ferdinand de Saussure.
C’est la conceptualisation, langue et parole dans l’ouvrage de Saussure qui a
précisément fait problème parmi les linguistes qui ont exprimé leurs critiques face
à une interprétation rigide des thèses saussuriennes, qui empêchait la linguistique
d’intégrer la complexité du réel linguistique.
La genèse de la sociolinguistique : un autre regard sur le langage et
les langues en société

Pour Saussure (1974), la langue « un tout en soi et un principe de classification »


doit être soigneusement distinguée de la parole « variable selon l’individu ».

Ainsi, en séparant la langue de la parole, on sépare du même coup :


- ce qui est social [= la langue] de ce qui est individuel [= la parole] ;
- ce qui est essentiel [= la langue] de ce qui est accessoire et plus ou moins
accidentel [= la parole].
Cette position rejette catégoriquement l’hétérogénéité dans la langue ;
impliquant que la variation et la diversité n’ont de pertinence que pour la parole.
La genèse de la sociolinguistique : un autre regard sur le langage et
les langues en société

Ainsi, c’est sur cette la base de révision et de critique de la linguistique


saussurienne, mais aussi et surtout suite à la célèbre série d’enquêtes de Labov
dans les années 60 à New York, la démarche de la sociolinguistique a émergé.

De façon générale, cette démarche


- exclut d’avoir pour objet un locuteur-auditeur idéalisé (communauté linguistique
parfaitement homogène) ;
- et prend en compte la diversité linguistique au sein d'une communauté.
La genèse de la sociolinguistique : un autre regard sur le langage et les
langues en société

Qu’entendons-nous par le terme « sociolinguistique » dans un sens plus ou


moins strict ?

La sociolinguistique peut se définir comme une association interdisciplinaire entre


linguistique et sociologie, la sociologie dans ce cas devant être entendue dans un
sens extrêmement élargi de sciences qui s'intéressent aux hommes en tant qu'ils
appartiennent à des collectivités (communautés linguistiques), que ces
collectivités soient fondées sur l'appartenance à une civilisation, une zone
géographique, une classe sociale ou un pays.

La sociolinguistique associe donc la linguistique à des domaines aussi variés que


l'ethnologie, la géographie, la sociologie au sens strict et la politique ; constituant de
divers domaines qui la composent, fondamentalement ouverts à la
transdisciplinarité (Henri Boyer 2001, p.7).
La sociolinguistique : un vaste territoire

Après son émergence aux États-Unis, la sociolinguistique s’est vue sollicitée au-delà du
strict « objet d’étude » défini par Labov, et a ensuite prospéré en Europe, et
singulièrement en France, où elle constitue aujourd’hui un vaste territoire
scientifique, particulièrement prolifique, qui continue à s’élargir, beaucoup plus
encore à l’ère numérique.

Deux pôles de la sociolinguistique

- macro-sociolinguistique : la dimension socio-langagière est prioritaire au niveau


communautaire ou intercommunautaire ;
- micro-sociolinguistique : la dimension socio-langagière est prioritaire au niveau du
groupe ou de l’individu.
Domaines de la sociolinguistique
• La sociolinguistique appliquée à la gestion des langues
Ce domaine concerne les traitements glottopolitiques des plurilinguismes. Il s’agit
par exemple d’évaluer des expériences passées ou en cours de gestion institutionnelle
des langues et/ou de proposer des orientations susceptibles d’être appliquées à telle
ou telle situation concrète.
Exemple, étudier la politique linguistique dans le système scolaire en Suisse ou en
Algérie.

• L’analyse de la dynamique sociolinguistique des conflits diglossiques


Il s’agit des représentations, des attitudes susceptibles de peser sur la dynamique des
usages des langues en présence dans une même société, dans le cadre des situations
conflictuelles, de rapports de dominance entre les langues en présence (diglossies ou
distributions inégalitaires des fonctions sociales de deux ou plusieurs langues).
Exemple, la situation sociolinguistique au Canada.
Domaines de la sociolinguistique
• L’analyse de la variation sociolinguistique au sein d’une communauté linguistique
ou d’un groupe
Ce domaine concerne des études, le plus souvent fondées sur des enquêtes de
terrain, qui prennent pour objet les fonctionnements sociolinguistiques des variantes
d’une même forme, d’un même phénomène.
Exemple, les réalisations d’un phonème ou la variation d’une structure grammaticale.

• L’analyse des phénomènes de créolisation et étude de créoles


Il s’agit d’étudier la constitution d’une communauté linguistique et la genèse d’une
nouvelle langue, celle des esclaves, à partir de l’idiome des colons.
Exemple, l’étude de la situation sociolinguistique dans les colonies d'outre-mer : la
Martinique, la Guyane française, La Réunion, etc.
Domaines de la sociolinguistique

• L’analyse des phénomènes liés aux contacts de langues dans des situations de
migrations
Ce domaine concerne les phénomènes sociolinguistiques liés aux contacts entre
deux ou plusieurs langues : la (les) langue(s) des migrants, la (les) langue(s) du pays
d’accueil dans un contexte particulier au sein d’une communication soit exolingues
(entre membres des deux groupes en présence) soit endolingues (entre membres
du groupe migrants).
Dans ce domaine, sont concernées aussi les migrations internes (au sein d’un
même territoire national, par exemple lors d’un exode rural).
Exemple, étudier l’insécurité linguistique chez les apprenants migrants dans le
système éducatif.
Domaines de la sociolinguistique

• Le traitement lexicologique/lexicométrique des discours sociaux (politique,


syndicaux, médiatique, etc.)
Il s’agit d’étudier des textes issus de congrès syndicaux ou encore les discours tenus
par la presse française autour du thème de l’immigration.

• L’analyse sociolinguistique des interactions verbales


Ce domaine porte sur l’observation sociolinguistique des phénomènes langagiers
qui se produisent dans un milieu donné (sur un marché ou dans une communauté
linguistique en ligne par exemple).
Certaines notions centrales dans la sociolinguistique contemporaine
La variation linguistique
Suite au travail fondateur de Labov en 1972, il a été constaté que toutes les langues
vivantes varient. L’ordre associé peut être l’un des cinq facteurs suivants, lesquels
donnent lieu à cinq types de variation linguistique.

1 Le temps : la variation diachronique.


Par exemple l’écriture de « quarreau » puis de « carreau », ou aussi certaines
rectifications orthographiques comme « événement » puis « évènement » que
l’Académie française a recommandé officiellement en 2013.
2 Le lieu : la variation diatopique ou géographique.
Par exemple « la myrtille » en France qui se nomme « bleut » au Canada, ou
l’expression « bon bout d’an » utilisée dans le Sud de la France pour la forme
standard « bonne (fin d’) année »).
Certaines notions centrales dans la sociolinguistique contemporaine

La variation linguistique

3. Les caractéristiques sociodémographiques de l’émetteur : la variation


diastratique ou sociodémographique.
Par exemple, les relatives qualifiées de populaires comme « le jour que je suis
venu », ou les simplifications consonantiques comme « [esplike] pour expliquer ».
4 L'usage qui intervient entre l'oral et l'écrit : la variation diamésique.
Par exemple, [fopaldir] / il ne faut pas le dire).
5 Les circonstances de la mise en œuvre de la langue : la variation situationnelle
ou stylistique (appelée aussi diaphasique).
Par exemple, « Mais que faites-vous, Monsieur ? / Mais qu'est-ce que tu fous ? »).
Certaines notions centrales dans la sociolinguistique contemporaine
Le numérique : vers une sociolinguistique numérique ?

Bien qu’il n’y ait pas à ce jour de « sociolinguistique numérique » ni d’« humanités sociolinguistiques
numériques », la sociolinguistique fait usage d’outils et de supports numériques et analyse des
pratiques numériques dans une dimension réflexive.

Certaines études explicitent des pratiques de plurilinguisme valorisées sur la toile notamment par
les alternances entre langues nationales/régionales et langues officielles. Par exemple au Sénégal
entre le wolof, le sérère et le français, à La Réunion entre le créole et le français, au Maroc, entre
l’arabe et le français, etc.

La description de ces formes et pratiques langagières, qui se véhiculent via les forums et les
réseaux socionumériques, sont au cœur de la sociolinguistique des contacts de langues, et sont
souvent très saillantes parce que davantage libérées d’une certaine insécurité linguistique et de
rapports à une norme hégémonique.
Certaines notions centrales dans la sociolinguistique contemporaine

La compétence de communication

La notion de « compétence de communication » résulte d’une critique explicite de la


conceptualisation chomskyenne « la compétence linguistique » qui désigne l’aptitude
cognitive innée et universelle de tout sujet humain (« locuteur-auditeur idéal ») à
produire et comprendre un nombre illimité de phrases.

Les linguistes situés dans des courants de la pragmatique et de l’énonciation soutiennent


que la prise en compte des seules capacités syntaxiques ne saurait suffire à rendre
compte du développement du langage et de l’usage de la parole. La théorie linguistique se
trouve alors englobée dans une théorisation plus large, communicationnelle, sociale et
culturelle.

La critique de cette approche du langage a amené au travail d’élaboration réalisé par Dell
Hymes (1972, 1984) concernant la « compétence communicative » (communicative
competence).
Certaines notions centrales dans la sociolinguistique contemporaine
La compétence de communication

De façon succincte, la compétence de communication représente une avancée


remarquable vers une conception contextualisée des capacités (de groupes et de
personnes) impliquées dans la communication humaine.

Cette notion constitue l’ensemble qui unit de manière dialectique les quatre
classes d’éléments constitutifs des « styles » ou « façons de parler » (ways of
speaking) : moyens de la parole ; économie de la parole ; attitudes, valeurs,
opinions ; voix personnelle des locuteurs.

Elle est aussi indissociable d’un ensemble de repères méthodologiques pour saisir
l’interaction du langage et de la vie sociale. Le plus célèbre de ces repères
demeure le guide d’observation et d’analyse nommé SPEAKING, également dû à
Hymes.
Le domaine de l’analyse de discours

Les idées forces qui définissent le discours

- Le discours est interactif car toute énonciation est un échange, explicite ou


implicite, avec d’autres locuteurs, réels ou virtuels.
- Le discours est contextualisé, en effet, un énoncé n’a véritablement de sens que
pris dans un contexte donné.
- Le discours est pris en charge, c’est-a-dire que le locuteur se pose comme source
des repérages personnels, temporels, spatiaux et indique quelle attitude il
adopte à l’égard de ce qu’il dit et de son interlocuteur.
- Le discours est régi par des normes : il est soumis à des normes sociales très
générales.
La pragmatique

La théorie des actes de langage

La notion d’acte de langage, introduite par Austin (1970), est centrale dans le domaine de la
pragmatique.

Mais qu’est -ce qu’un acte de langage ?


L’acte de langage est une action exercée par la parole (acte de promettre, de remercier, de
féliciter, d’informer, de demander, d’inciter, de convaincre, etc.).
La pragmatique

La théorie des actes de langage

Dans la théorie des actes de langage, développée par Austin (1970), puis Searle
(1972), on distingue trois types d’actes accomplis grâce au langage :
- Acte locutoire, qui correspond au fait de dire dans le sens de produire de la
parole (en articulant et en combinant des sons et des mots selon les règles de la
grammaire) ;
- Acte illocutoire que l’on accomplit en disant quelque chose : j’accomplis un acte
de promesse en disant Je promets, de questionnement en employant une
interrogative, d’ordre en employant un impératif, etc.
- Acte perlocutoire qui correspond à l’effet produit sur l’interlocuteur par l’acte
illocutoire
La pragmatique

La théorie des actes de langage

Dans la communication ordinaire, qui met en présence plusieurs interlocuteurs, les


énonces, et les actes de langage qu’ils réalisent, sont pris dans un circuit
d’échange. Considérer les énoncés comme des actes, c’est alors admettre qu’ils
sont faits pour agir sur autrui, mais aussi pour l’amener à réagir : quand dire, c’est
non seulement faire, mais aussi faire faire (Kerbrat-Orecchioni, 2002 :18).

Dans l’analyse de discours, le langage ne se réduit donc pas à un simple code visant
à exprimer la pensée et à échanger des informations, mais il est également le siège
où s’accomplissent des actes qui visent à modifier la réalité.
La pragmatique

La théorie des actes de langage

• Exemple :
- Je lui ai dit de ne pas sortir, mais il est sorti.
- Je lui ai dit de ne pas sortir, et il est sorti.
- Quoi que je lui aie dit de ne pas sortir, il est sorti.

La même information dans les trois énoncés, mais pas la même visée
de l’énonciateur (pas le même effet perlocutoire dans l’acte).
Quelle est la visée dans chacune des trois énoncés ?

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