INTRODUCTION
La décolonisation de l'Afrique au XXe siècle est un processus complexe et varié, marqué par
des luttes de libération et des négociations diplomatiques. Le Sénégal, en particulier, a
accédé à l'indépendance en 1960 à travers des négociations avec la France, plutôt que par
une lutte armé[Link]ès la Seconde Guerre mondiale, la France avait mis en place un cadre
d'évolution pour ses colonies, permettant une transition de l'Empire colonial à l'Union
française, puis à la Communauté française. Plusieurs facteurs ont contribué à la maturation
des consciences politiques au Sénégal et ailleurs, obligeant la France, à la fin des années
1950, à envisager l'indépendance de ses colonies.
Au Sénégal, cette décolonisation pacifique a été menée par des figures emblématiques telles
que Lamine Guèye, Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia, qui ont joué un rôle crucial dans
les négociations et la transition vers l'indépendance.
|’) LES FACTEURS D’ÉVOLUTION
1’) L’IMPACTE DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE
Impacts de la Seconde Guerre mondiale au Sénégal
La Seconde Guerre mondiale a eu des répercussions profondes sur le Sénégal, influençant
divers aspects de la vie politique, sociale et économique du pays. Voici les principaux
impacts :
Mobilisation Militaire et Éveil Politique
- Enrôlement des Tirailleurs Sénégalais :
Des milliers de Sénégalais ont été recrutés pour servir dans l'armée française, les tirailleurs
sénégalais, et ont combattu sur différents fronts, notamment en Europe.
- Retour des Soldats:
Le retour des vétérans a amené une prise de conscience accrue des inégalités et des
injustices coloniales, renforçant leur désir de changement et de droits.
Massacre de Thiaroye (1944) :
- Répression Violente :
En décembre 1944, des tirailleurs sénégalais démobilisés et réclamant leur solde furent
violemment réprimés par l'armée française à Thiaroye, près de Dakar. Cet événement
tragique a marqué un tournant dans la lutte anticoloniale, exacerbant les ressentiments et
mobilisant davantage la population contre le régime [Link] dernière s'est déroulé
dans un camp militaire de la périphérie de Dakar, au Sénégal, le 1er décembre 1944 : des
troupes coloniales et des gendarmes français ont tiré sur des tirailleurs sénégalais, anciens
prisonniers de la Seconde Guerre mondiale récemment rapatriés, qui manifestaient pour le
paiement de leurs indemnités et le versement du pécule qui leur était promis depuis des
mois.
Transformation Économique et Sociale:
- Efforts de Guerre: Le Sénégal a contribué à l'effort de guerre en fournissant des matières
premières et en subissant une exploitation accrue de ses ressources agricoles et minières.
- Conditions de Vie:
La guerre a entraîné des pénuries et une détérioration des conditions de vie pour la
population locale, renforçant le mécontentement social et économique.
Catalyseur du Mouvement Nationaliste:
- Syndicats et Partis Politiques : La période de l'après-guerre a vu la montée en puissance
des syndicats et des partis politiques, tels que le Parti Démocratique Sénégalais et le Bloc
Africain de l'Ouest. Ces organisations ont joué un rôle crucial dans la mobilisation et
l'organisation des luttes pour l'indépendance.
- Conscience Politique : La participation des Sénégalais à la guerre et les injustices subies
ont renforcé la conscience politique et la détermination à obtenir l'indépendance.
__Réformes Politiques :
- Changements Législatifs : La guerre a également conduit à des réformes politiques dans
l'empire colonial français, telles que la Conférence de Brazzaville en 1944 et la Constitution
de 1946, qui ont accordé certains droits politiques aux colonies, bien que limités, et ont
marqué le début d'une transition vers une autonomie accrue.
2’) ACTION DES PARTIS POLITIQUES ET DES
SYNDICATS (ROLE JOUÉ PAR LES SYNDICATS )
Les syndicats ont joué un rôle crucial lors de la décolonisation du Sénégal, en mobilisant les
travailleurs et en influençant le mouvement nationaliste. Ainsi on note la création de certains
syndicats :
—L’Union Générale des Travailleurs d'Afrique Noire (UGTAN).L'UGTAN a été créée en 1957,
rassemblant des syndicats de toute l'Afrique francophone. Elle visait à coordonner les luttes
des travailleurs africains pour leurs droits et l'indépendance.L'UGTAN militait pour
l'amélioration des conditions de travail, la reconnaissance des droits des travailleurs et
l'émancipation des colonies africaines.
La Confédération Générale des Travailleurs Africains (CGTA).
—La CGTA a été fondée en 1956. Elle se concentrait spécifiquement sur les droits des
travailleurs africains et visait à s'émanciper des syndicats métropolitains qui ne
représentaient pas adéquatement leurs intérê[Link] CGTA a pour objectif d’améliorer les
conditions de travail, augmentation des salaires, reconnaissance des droits sociaux et
politiques.
Les actions et les stratégies de ces syndicats se manifestent souvent par :
—Une Mobilisation et Grèves,les syndicats ont organisé des grèves générales et des
manifestations pour protester contre les mauvaises conditions de travail et les bas salaires.
Par exemple, en 1947-1948, une grande grève des cheminots de la ligne Dakar-Niger a
marqué un tournant dans la mobilisation des travailleurs sénégalais. Ces grèves ont souvent
été réprimées violemment, mais elles ont réussi à attirer l'attention sur les injustices et à
galvaniser le soutien populaire pour la cause de l'indépendance.
—Une Sensibilisation et Éducation, les syndicats ont mené des campagnes de sensibilisation
pour informer les travailleurs de leurs droits et des enjeux politiques. Ils ont utilisé des
réunions, des tracts, des journaux et des discours pour éduquer la population sur la
nécessité de l'indépendance. L'éducation politique a contribué à renforcer la conscience
nationale et à mobiliser un large soutien pour le mouvement indépendantiste.
— Une Collaboration avec les Partis Politiques,ils ont souvent collaboré avec des partis
politiques nationalistes, comme le Bloc Démocratique Sénégalais (BDS) et plus tard l'Union
Progressiste Sénégalaise (UPS), dirigée par Léopold Sédar Senghor. Cette collaboration a
permis de coordonner les efforts et de présenter un front uni contre les autorités coloniales.
Les syndicats ont ainsi joué un rôle clé dans les négociations pour l'autonomie et
l'indépendance.
— Une Pression Internationale, les syndicats ont participé à des conférences internationales
et établi des liens avec des organisations de travailleurs dans d'autres pays pour attirer
l'attention sur la situation au Sénégal et gagner le soutien international. Cette pression a
contribué à isoler le régime colonial français et à renforcer les revendications pour
l'indépendance.
Les actions des syndicats ont notamment des impacts majeurs durant la décolonisation. Ces
impacts se presentent comme suit:
— Un Renforcement de la Conscience Politique c’est à dire, les actions des syndicats ont
contribué à renforcer la conscience politique des travailleurs et à les mobiliser pour la cause
de l'indépendance.
— Une Accélération du Processus de Décolonisation. Cependant la pression exercée par les
grèves et les manifestations a forcé les autorités coloniales à engager des négociations avec
les leaders nationalistes, accélérant ainsi le processus de décolonisation.
— Une Émergence de Leaders Syndicalistes dont de nombreux leaders syndicaux ont joué un
rôle clé dans la politique post-indépendance, contribuant à la construction du nouvel État
sénégalais.
La décolonisation du Sénégal, marquée par l'obtention de l'indépendance en 1960, a été
influencée par l'action de diverses parties politiques. Voici un aperçu des principales forces
politiques et leur rôle pendant cette période cruciale :
—Le Bloc Démocratique Sénégalais (BDS)
Fondé par Léopold Sédar Senghor en 1948, le BDS a joué un rôle central dans la lutte pour
l'indépendance du Sénégal. Senghor, intellectuel de renommé et figure politique influente, a
promu une décolonisation pacifique basée sur des négociations avec la France. Son
approche modéré a favorisé une transition relativement harmonieuse vers l'indépendance.
—Le Parti Africain de l'Indépendance (PAI)
Le PAI, créé en 1957, était un parti radical prônant une rupture totale avec la France.
Influencé par les idéologies marxistes, le PAI réclamait une indépendance immédiate et sans
conditions. Bien que son influence directe ait été limitée par la répression coloniale, le PAI a
contribué à radicaliser le débat politique et à maintenir la pression pour des réformes plus
rapides.
—Le Parti du Regroupement Africain (PRA)
Le PRA était une coalition panafricaine qui cherchait à unir les pays africains dans leur quête
d'indépendance. Au Sénégal, le PRA a collaboré avec le BDS et d'autres partis pour former
des fronts communs, bien que ses objectifs panafricanistes n'aient pas toujours trouvé un
écho favorable parmi les élites locales plus nationalistes.
—Le Rassemblement Démocratique Africain (RDA),Partie de la grande fédération de partis
politiques africains, le RDA a également été présent au Sénégal. Il a souvent travaillé en
parallèle avec le BDS et d'autres mouvements pour encourager la décolonisation. L'influence
du RDA au Sénégal était toutefois plus limitée comparée à d'autres colonies françaises.
—Le Mouvement Autonomiste Casamançais
Bien que n'étant pas un parti national, ce mouvement mérite d'être mentionné. Les
aspirations autonomistes en Casamance, une région du sud du Sénégal, ont commencé à se
manifester pendant la période de décolonisation. Ces revendications ont ajouté une
dimension régionale au débat national sur l'indépendance.
—Transition vers l'indépendance
Les élections de 1958, organisées sous le régime de la loi-cadre Defferre, ont été un tournant
majeur. Le BDS, en alliance avec le Mouvement Socialiste Africain (MSA), a remporté une
large majorité, ce qui a renforcé la position de Senghor et permis une négociation plus
favorable avec la France. Ces négociations ont conduit à l'indépendance du Sénégal le 4 avril
1960.
—Après l'indépendance
Après l'indépendance, le BDS s'est transformé en Union Progressiste Sénégalaise (UPS), qui
est devenu le parti dominant sous Senghor, désormais président. Le PAI, quant à lui, a
continué à exister en opposition, bien que sa portée soit restée limitée en raison des mesures
répressives du gouvernement.
L'action des partis politiques pendant la décolonisation au Sénégal a été marquée par une
diversité de stratégies et d'idéologies. Tandis que le BDS a prôné une décolonisation
progressive et négociée, des partis plus radicaux comme le PAI ont exigé une rupture
immédiate avec la puissance coloniale.
||’) LES ÉTAPES D’ACCESSION A L’INDÉPENDANCE
1’) DE L’EMPIRE A L’UNIOU FRANÇAISE (FRANCE ET SES COLONIES)
A’) CONFÉRENCE DE BRAZAVILLE DE 1944
CONFÉRENCE DE BRAZZAVILLE
Dans son discours d'ouverture, de Gaulle affirme la nécessité d'engager les colonies « sur la
route des temps nouveaux » et semble également poser les fondements de l'Union
française de 1946. De Gaulle déclare : « en Afrique française, comme dans tous les autres
territoires où des hommes vivent sous notre drapeau, il n'y aurait aucun progrès qui soit un
progrès, si les hommes, sur leur terre natale, n'en profitaient pas moralement et
matériellement, s'ils ne pouvaient s'élever peu à peu jusqu'au niveau où ils seront capables
de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires. C'est le devoir de la France de
faire en sorte qu'il en soit ainsi »[5]. Cette formule laisse penser que De Gaulle penche en
faveur de l'[Link] par ce discours du général de Gaulle et placée sous la
présidence de René Pleven, la Conférence de Brazzaville, à caractère uniquement
administratif, rassemble, du 30 janvier au 8 février 1944 les gouverneurs généraux et
gouverneurs des colonies françaises d'Afrique noire et de Madagascar, dont Félix Éboué qui
y joue un rôle essentiel. Son programme est de proposer au pouvoir politique des mesures
destinées à établir, sur des bases nouvelles, la mise en valeur des territoires africains, le
progrès social de leurs habitants et l'exercice de la souveraineté de la métropole dans le
cadre d'une communauté qui préfigure l'Union française.
Les travaux de la Conférence aboutissent à la rédaction de Recommandations qui, en
préambule, excluent toute possibilité d'autonomie ou de self government ainsi que toute
évolution politique en dehors de la France. Elles préconisent la création d'une Assemblée
fédérale du bloc France-empire et l'élection de représentants des populations locales à la
future Assemblée [Link] le plan politique, la conférence est nettement plus
conservatrice s'agissant de l'organisation politique de l'Empire français : si les termes
de « Fédération française », de « personnalité politique » ou de « responsabilité
politique » apparaissent, leur sens demeure ambigu. Le texte final, rédigé conformément aux
souhaits du général de Gaulle, écarte cependant l'idée d'émancipation des colonies en
repoussant, avant même de préciser ses recommandations, « toute idée d'autonomie, toute
possibilité d'évolution hors du bloc français de l'Empire : la constitution éventuelle, même
lointaine, de self-governments [auto-gestion] dans les colonies est à écarter ». Sur le plan
social, il est décidé d'une ouverture de plus en plus large des emplois aux indigènes, en
réservant cependant pour l'instant les cadres de direction aux citoyens français ; une
rémunération égale à compétence égale entre Européens et indigènes est proposée, ainsi
que la notion de la liberté de mariage, pour faire progresser la liberté des femmes. Le
développement de l'enseignement, la fin progressive du travail forcé dans un délai de 5 ans,
et la création d'un système convenable d'assistance sociale figurent parmi les propositions
les plus notables sur le plan [Link] le plan économique, la nécessité d'encourager
l'industrialisation des territoires coloniaux est soulignée. Dans le domaine administratif,
diverses mesures de réorganisation sont envisagées, mais il n'est pas question de limiter le
pouvoir des chefs de colonie, dont l'extension est au contraire proposée. Outre son influence
sur la constitution de l'Union française en 1946, la principale originalité de la Conférence de
Brazzaville a été de contribuer, par la présence d'élus africains dans les assemblées
parlementaires de la métropole, à l'éclosion d'une élite politique apte à diriger les futurs
États indépendants de l'Afrique française, tels que Amadou Lamine-Gueye et Léopold Sédar
Senghor (Sénégal), Félix Houphouët-Boigny (Côte-d'Ivoire) ou même Sourou Migan Apithy
au (Dahomey).
B’) la constitution de 1946 et ses reformes (LAMÎne GUEYE BOIGNY)
2’) LA LOI CADRE 1956
La loi-cadre de 1956, également connue sous le nom de "loi Defferre", du nom de son
principal architecte Gaston Defferre, est une législation française qui a marqué une étape
significative dans l'histoire des colonies françaises d'Afrique, y compris le Sénégal. Cette loi
a été adoptée dans le contexte des mouvements croissants pour l'indépendance et les
réformes politiques en Afrique subsaharienne.
Après la Seconde Guerre mondiale, la France, comme d'autres puissances coloniales, faisait
face à des pressions internes et externes pour réformer son empire colonial. Les aspirations
des peuples colonisés pour plus de liberté, d'autonomie et finalement d'indépendance se
faisaient de plus en plus fortes. En Afrique de l'Ouest, ces aspirations étaient portées par des
figures politiques émergentes, des mouvements nationalistes et des syndicats.
Promulguée le 23 juin 1956, la loi-cadre Defferre visait à réorganiser les structures
administratives et politiques des colonies françaises. Elle a introduit plusieurs réformes
importantes.
La loi a créé des conseils de gouvernement locaux dotés de pouvoirs exécutifs dans chaque
territoire. Ces conseils étaient responsables de nombreuses affaires internes, telles que
l'éducation, la santé, et les travaux publics, réduisant ainsi le contrôle direct de
l'administration centrale française.
Elle a également étendu le droit de vote à une plus grande partie de la population indigène,
permettant ainsi une participation plus large des Africains à la vie politique locale. Les
élections étaient désormais ouvertes à tous les citoyens, sans distinction de statut juridique.
Chaque territoire se voyait doter d'une assemblée territoriale élue, qui avait la compétence
de voter le budget local et de légiférer dans certaines matières.
Au Sénégal, la loi-cadre a joué un rôle crucial dans le développement des institutions
politiques locales et a pavé la voie vers l'autonomie puis l'indépendance. Elle a permis
l'émergence de leaders politiques nationaux, tels que Léopold Sédar Senghor, qui allait
devenir le premier président du Sénégal indépendant en 1960.
Les réformes introduites par la loi-cadre ont également encouragé une plus grande
participation politique de la population sénégalaise et ont renforcé les structures
administratives locales, facilitant la transition vers l'autonomie interne, proclamée en 1958,
et enfin l'indépendance, obtenue le 4 avril 1960.
3’) LA COMMINAUTÉ FRANCO_AFRICAINE
__Communauté franco-africaine:
LE 28 septembre 1958, treize des quatorze ex-territoires d’outre-mer africains ont dit « oui »
au projet de Constitution. Partout, les majorités furent massives. En Côte-d’Ivoire même le
vote fut pour ainsi dire unanime. L’ampleur de cette adhésion n’a pu surprendre que les
esprits malveillants. Les populations africaines sont sans détours. Quand elles ont une fois
donné leur confiance à un guide, elles le suivent sans réticences.
Dans cet élan vers la Communauté, l’Afrique n’était d’ailleurs pas seule. Cependant, chacun
la considérait comme une pièce maîtresse de l’ensemble français. L’enjeu était vital pour
tous. La métropole proposait à ses anciennes possessions de s’associer à elle dans l’égalité,
ou de se séparer d’elle dans l’amitié. Le général de Gaulle donnait ainsi la mesure de son sens
politique, la France celle de sa grandeur.
Par sa décision, l’Afrique allait donner, elle, la mesure de sa dignité. D’enthousiasme, elle
mettait sa main donnée dans la main offerte.
Ce contrat, librement consenti, est sans précédent dans l’histoire de la colonisation. Il est
probable aussi qu’il ne sera jamais imité.
La communauté franco-africaine est enfin née.
Pour la faire accepter, les guides de l’opinion française et africaine ont dû surmonter des
résistances, vaincre des préjugés, décevoir aussi des illusions tenaces. Les méfiances sont-
elles même toutes désarmées ? On pourrait en douter. Certains nous supposent capables de
vouloir entrer pauvres aujourd’hui dans la Communauté, pour pouvoir en sortir riches
demain. Comme ils nous connaissent mal ! L’Afrique ne vient pas à la Communauté les mains
vides. On le sait en France, elle est riche ; riche de son sol et de son sous-sol, riche aussi de
ses hommes, et de leur élan vers le progrès.
Les peuples africains ont dépassé le stade où l’on reçoit tout sans rien donner. Ils sont
majeurs. Ils savent que cette majorité entraîne pour eux des charges et des responsabilités.
Ils sont assez fiers pour accepter les unes et les autres. Loin de convoiter les richesses des
autres, ils apportent les leurs, en associés loyaux. Que l’Afrique ait encore besoin de crédits,
de moyens techniques, de cadres, c’est indéniable. Cependant, elle n’a qu’une ambition :
celle de rendre bientôt, et au centuple, tout ce qu’elle aura reçu.
La Constitution du 5 octobre 1958, qui consacre la Communauté franco-africaine, tient la
promesse de celle qui l’a précédée. Les États africains voient établi aujourd’hui de façon
indiscutable leur droit à gérer démocratiquement leurs propres affaires.
Comment useront-ils de cette autonomie ?
Ils ne sont pas dominés par la soif des richesses. Ils désirent bien davantage le progrès de
l’éducation, le développement des techniques, le perfectionnement de leur organisation
politique, l’accès de leurs peuples à des modes de vie plus modernes.
En outre, leurs représentants s’interrogent sur les moyens les plus propres à faire de la
Communauté une réalité vivante. Ils ont conscience de ce qui les distingue des
métropolitains, conscience aussi de ce qui les en rapproche. Si la Communauté s’accomplit,
et elle s’accomplira, elle prendra une place de choix dans le concert des peuples libres. Mais
s’il est bien que la Communauté s’accomplisse, ce qui est encore mieux, c’est qu’elle soit
durable. Elle le sera par les efforts – efforts de cœur et efforts d’imagination – que feront de
part et d’autre les responsables africains et les responsables métropolitains. Elle le sera —
c’est ma conviction profonde — si elle se développe dans l’amitié et la fraternité. Je l’ai dit
bien souvent : jamais le temps ni les hommes n’auront raison d’une construction fondée sur
l’amitié et la fraternité.
La Constitution a prévu pour la Communauté trois organismes au moins. Deux sont vitaux : le
conseil exécutif et le Sénat. Ils verront sous peu leur statut précisé par des lois organiques.
Ce sera le premier pas. Il faudra ensuite donner vie aux textes. Conseil et Sénat doivent
prendre un bon départ. Il est essentiel qu’ils affirment leurs compétences, qu’ils élargissent
leurs délibérations, qu’ils fassent admettre leurs avis, triompher leurs décisions. Collège
exécutif et assemblée délibérante devront refléter, plus encore que des tendances diverses,
une conviction collective, un désir passionné d’aboutir à une politique d’ensemble. Que
chacun y vienne donc, non pas tant pour y défendre des intérêts particuliers, que pour y
concevoir et satisfaire l’intérêt général. La Communauté sera le bien de tous. Il faut qu’elle
soit l’œuvre de tous.
Un jour, l’Europe elle-même nous saura gré d’avoir jeté les bases de ces grands ensembles
qui doivent commander l’avenir.
4’) LA FEDERATION DE MALI
La Fédération du Mali était une union politique éphémère en Afrique de l'Ouest formée en
1959 par deux colonies françaises: le Soudan français (qui deviendra plus tard le mali) et le
[Link] les années 1950, la décolonisation de l'Afrique a accéléré, et les colonies
françaises en Afrique occidentale cherchaient des moyens d'accéder à l'indépendance tout
en maintenant une certaine unité régionale. La Fédération du Mali a été vue comme une
tentative de créer une entité plus grande et plus viable économiquement et politiquement.
Pour limiter la menace de la « balkanisation » qui pèse sur l’AOF, Senghor tente de
reconstituer une nouvelle fédération. Le 17 janvier 1959 à Dakar, seul le Soudan français
présent accepte de créer avec le Sénégal la Fédération du Mali avec comme président
Modibo Keïta, vice-président Mamadou Dia et comme président de l’Assemblée fédérale
Léopold Sédar Senghor La Fédération du Mali a été officiellement formée le 04 Avril .Celle-ci
profite de la réunion du Conseil exécutif de la Communauté en décembre 1959 pour exprimer
sa volonté d’obtenir l’indépendance .Elle visait à promouvoir l'unité africaine, et à renforcer
leur position sur la scène internationale.
Dès le début, la Fédération a souffert de tensions internes. Les différences politiques et
économiques entre le Sénégal et le Soudan français ont créé des frictions. Le Sénégal, plus
développé économiquement et ayant un port stratégique à Dakar, avait des priorités et des
intérêts parfois divergents de ceux du Soudan franç[Link] Fédération du Mali s'est dissoute
le 20 août 1960, peu après l'indépendance des deux territoires. Les tensions politiques entre
les dirigeants sénégalais et soudanais ont rendu la coopération difficile. Les divergences sur
la gouvernance, les politiques économiques et les questions de souveraineté ont conduit à la
fin de l union .Après la dissolution, le Sénégal et le Soudan français sont devenus
indépendants le 20 août 1960 et le 22 septembre 1960, respectivement, ce dernier prenant
le nom de République du Mali.
La dissolution de la Fédération du Mali a eu un impact sur les dynamiques politiques en
Afrique de l'Ouest, mettant en évidence les défis de l'unité régionale et la complexité des
relations postcoloniales.
CONCLUSION
La décolonisation au Sénégal représente un chapitre essentiel de l'histoire du pays, marqué
par un passage significatif de la domination coloniale à la souveraineté nationale. Ce
processus, bien que pacifique, a été le fruit de luttes, de négociations et d'efforts concertés
de la part de leaders politiques et de la population.
Malgré ces défis, la décolonisation du Sénégal demeure un moment de fierté nationale,
symbolisant la capacité du peuple sénégalais à surmonter les adversités et à forger son
propre chemin vers un avenir meilleur. Il s'agit d'une étape cruciale dans la construction de
l'identité nationale et dans la consolidation de la démocratie et de la gouvernance au