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Conception de l'Évacuation au Barrage Tamalout

Le barrage Tamalout, en construction depuis 2010 au Maroc, est conçu pour l'irrigation, l'alimentation en eau potable et la protection contre les inondations. L'évacuateur de crue, initialement classique, a été modifié en un coursier en marches d'escalier pour améliorer la dissipation d'énergie et réduire les coûts. Un modèle hydraulique a été développé pour optimiser la conception et vérifier le comportement hydraulique de l'ouvrage.

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Conception de l'Évacuation au Barrage Tamalout

Le barrage Tamalout, en construction depuis 2010 au Maroc, est conçu pour l'irrigation, l'alimentation en eau potable et la protection contre les inondations. L'évacuateur de crue, initialement classique, a été modifié en un coursier en marches d'escalier pour améliorer la dissipation d'énergie et réduire les coûts. Un modèle hydraulique a été développé pour optimiser la conception et vérifier le comportement hydraulique de l'ouvrage.

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Q. 97 – R.

COMMISSION INTERNATIONALE
DES GRANDS BARRAGES
-------
VINGT-CINQUIÈME CONGRÈS
DES GRANDS BARRAGES
Stavanger, Juin 2015
-------

CONCEPTION ET ÉTUDE SUR MODÈLE HYDRAULIQUE DE


L'ÉVACUATEUR DE CRUE EN MARCHES D'ESCALIER
DU BARRAGE TAMALOUT (*)

Abdellah ZAKARIA
Directeur des barrages, NOVEC

Mohammed Hilal ZOUBEIDI


Expert, NOVEC

Hanane BAGHDAD
Direction des Aménagements Hydrauliques

Sanaa BOUCHAMA
Direction des Aménagements Hydrauliques

MAROC

1. INTRODUCTION

Le barrage Tamalout en cours de construction depuis Octobre 2010 est


situé sur l'oued Ansegmir dans le bassin versant de Moulouya à environ 35 km
au Sud-ouest de la ville de Midelt. Il contrôle un bassin versant de 638 km2 avec
un apport moyen annuel de 80 Mm³. Il a pour principale vocation l'irrigation,
l'alimentation en eau potable et la protection contre les inondations des
périmètres aval.

L'aménagement du barrage Tamalout comporte une digue en béton


compacté au rouleau (BCR) fondée sur un substratum rocheux marno-calcaire.
Le barrage a une hauteur maximale sur fondation de 60.5 m, une longueur en
crête de 320 m et un volume total de BCR d'environ 400 000 m³. La capacité de

(*) Conception and design of the stepped spillway of the Tamalout dam using hydraulic modelling

75
Q. 97 – R. 5

la retenue est de 50 Mm³ sous le niveau de la retenue normale calée à 1727 (au-
dessus du niveau de la mer).

Compte tenu de la qualité moyenne de la fondation à caractéristiques


mécaniques relativement faibles, notamment au niveau des intercalations
marneuses, le choix de parti s'est porté sur un profil triangulaire symétrique
relativement aplati ayant un fruit total de 1.2H/1V avec des parements amont et
aval respectivement de 0.5H/1V et de 0.7H/1V. Et ce pour réduire les contraintes
transmises à la fondation et conférer au barrage la stabilité requise.

La vidange de fond calée à la cote 1690 est constituée d'une conduite


blindée cylindrique de diamètre  2200 mm disposée dans le corps du barrage
en partie centrale.

Comme pour la majorité des barrages poids en béton, l'évacuateur de crue,


au stade d'avant-projet détaillé (APD), avait une conception initiale classique :
déversoir implanté en partie centrale sur le parement aval du barrage. Son seuil
libre calé à 1727 et de longueur déversante de 90 m alimente un coursier lisse
qui se termine par un saut de ski. L'évacuateur est dimensionné pour restituer la
crue milénale de projet ayant un débit de pointe de 1200 m³/s. Le débit maximal
évacué sous la cote des plus hautes eaux (PHE) 1729.45 (vidange fermée) est
de 750 m³/s correspondant à une charge sur le seuil de 2.50 m.

Vu la faible charge au-dessus du seuil et le débit unitaire résultant, la


variante d'un coursier en marches d'escalier, s'accommodant parfaitement avec
les gradins en BCR du parement aval, avait été examinée dès le démarrage des
travaux pour réduire le coût et simplifier l'exécution.

Au pied du coursier, l'énergie résiduelle de l'écoulement est dissipée dans


un bassin d'amortissement, avant la restitution des eaux dans le lit naturel de
l'oued.

L'ouvrage de Tamalout étant le premier grand barrage au Maroc doté d'un


évacuateur en marches d'escalier, il a été jugé nécessaire de prévoir un modèle
hydraulique pour finaliser sa conception.

Le principal but du modèle est de vérifier essentiellement le comportement


hydraulique de l'ouvrage et du bassin de dissipation de pied ainsi que d'apporter
les éventuelles adaptations nécessaires pour améliorer les conditions de
fonctionnement hydraulique.

La figure 1 présente la vue en plan et les coupes types des sections


déversantes et non déversantes du barrage aux stades des études d'APD et
d'exécution.

76
Q. 97 – R. 5

STADE APD - DESIGN STAGE STADE EXECUTION - EXECUTION STAGE

Fig. 1
Vue en plan- Coupes types
Plan view- Cross sections

1. Amont 1. Upstream
2. Aval 2. Downstream
3. Axe du barrage 3. Dam axis
4. Axe de l’évacuateur de crue 4. Spillway axis
5. Bassin de dissipation 5. Stilling basin
6. Chambre de commande 6. Gate chamber
7. Dérivation provisoire 7. Temporary diversion
8. Vidange de fond 8. Bottom outlet
9. Batardeau amont 9. Upstream cofferdam
10. Prise agricole 10. Irrigation water intake
11. Prise eau potable 11. Domestic water supply intake
12. Voile d’étanchéité 12. Grout curtain
13. Voile de drainage 13. Drainage curtain

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Q. 97 – R. 5

2. CONCEPTION INITIALE DE L'ÉVACUATEUR AU STADE DE L'AVANT


PROJET DETAILLÉ

S'agissant de barrage poids en béton, le choix au stade de l'avant projet


détaillé s'est porté sur un évacuateur à seuil libre implanté sur le parement aval
du barrage en partie centrale. Cette conception présente l'avantage d'être plus
simple à réaliser et plus sécuritaire au passage des crues de plus faible
fréquence.

À l'entonnement, le seuil calé à la cote de retenue normale (1727.00) a un


profil type Creager calculé, pour sa partie supérieure entre la cote 1723.00 et la
cote de retenue normale (d'après Design of Small Dams de l'USBR) de façon à
ce que la nappe inférieure de la lame d'eau reste constamment collée dessus. Il
est en béton conventionnel et se prolonge vers le bas par un coursier lisse qui se
termine par une cuillère permettant d'éloigner le jet du pied aval du barrage.

Les calculs de laminage montrent que l'évacuateur de crues, avec sa


longueur déversante adoptée de 90 m, est capable à lui seul (vidange fermée) de
faire passer sous la cote des plus hautes eaux (1729.45) la crue de projet
milénale ayant un débit de pointe de 1200 m³/s et un volume d'apports de
34 Mm³. Le débit maximum restitué est d'environ 750 m³/s sous une charge
maximale de 2.50 m.

La crête du barrage étant calée juste de 5 cm au-dessus de la cote des


plus hautes eaux, il est prévu un mur parapet en béton de 1.00 m de hauteur
pour écarter tout risque de déversement à l'occurrence de crues de période de
retour supérieure à 1000 ans.

En effet, il a été vérifié que grâce au mur parapet amont, le barrage


dispose d'une marge supplémentaire au-dessus de la cote des plus hautes eaux
permettant le passage de la crue décamilénale sans débordement sur la crête.
La cote atteinte et le débit maximum restitué dans ce cas sont respectivement
égaux à 1730.45 et à 1300 m³/s.

2.1. VIDANGE DE FOND :

La vidange de fond est disposée dans le corps du barrage en partie


centrale du côté droit de l'évacuateur de crues à la cote 1690.

Elle est constituée d'une conduite blindée cylindrique de diamètre


 2200 mm noyée dans du béton conventionnel pour gêner le moins possible le
chantier du BCR du fait qu’elle peut être mise en place indépendamment de la
montée du BCR dès lors qu'une réservation adéquate aura été ménagée dedans.

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Q. 97 – R. 5

La chambre des vannes est noyée dans le corps du barrage. L'accès à


cette chambre est prévu à partir du parement aval du barrage moyennant une
galerie calée à la cote 1695.

La vidange est dimensionnée pour l'évacuation d'un débit maximum de


60 m³/s environ sous la cote de retenue normale (1727.00). Cette capacité
permet d'abaisser le plan d’eau entre la cote de RN et la cote (1690.00) en deux
semaines avec un apport nul.

3. CONCEPTION DE L'ÉVACUATEUR AU STADE D'EXECUTION

Compte tenu de la faible charge au-dessus du seuil et le débit unitaire


résultant avoisinant respectivement 2.50 m et 8 m³/s/m, la variante d'un coursier
en marches d'escalier, s'accommodant parfaitement avec les gradins en BCR du
parement aval, avait été examinée au démarrage des travaux pour les avantages
techniques et économiques qu'elle présente :

 Facilité et rapidité d'exécution; les marches sont réalisées en parallèle avec


les gradins en BCR du parement aval;
 Économie dans le coffrage;
 Réduction du risque de cavitation;
 Meilleure dissipation d'énergie en raison de la macro-rugosité qu'offrent les
marches;
 Une souplesse pour l'implantation de l'axe de la vidange de fond en
incorporant la cuillère dans les marches d'escalier de la section déversante.

Dans le but de réduire la hauteur de marnage et le débit unitaire transité, la


longueur déversante adoptée est de 90 m, correspondant à la largeur totale de la
vallée.

Au pied aval du profil déversant, un bassin de dissipation, d'une dizaine de


mètres de longueur, est disposée pour amortir l'énergie résiduelle de
l'écoulement en vue de restituer une eau parfaitement calme dans le lit naturel de
l'oued.

La hauteur des marches d'escalier du coursier de l'évacuateur retenue


correspond à celle des gradins du parement aval égale à 1.50 m.

Les marches sont protégées par une dalle en béton conventionnel armé et
ancré, pour résister au passage fréquent des crues dû à l'importance des apports
comparés à la capacité de stockage de la retenue.

Le calcul du taux de dissipation d'énergie et d'énergie résiduelle dans les


marches d'escalier a été mené selon trois méthodes. La première repose sur

79
Q. 97 – R. 5

l'article de G.C. Christodoulou "Energy Dissipation on Stepped Spillways" ASCE,


Journal of Hydraulic Engineering, Vol.119, N°5, May 93. Les deux autres sont
celles dues à H. CHANSON, et YASHUDA. décrites dans "Hydraulics of
Spillways and Energy Dissipators", New York, Marcel Dekker, 673 p.
KHATSURIA, R.M. (2005).

Les dimensions retenues des marches (1.50 m de hauteur et 1.05 m de


largeur) permettent, compte tenu de la hauteur de chute (54.50 m), une
dissipation satisfaisante de l'énergie à l'entrée du bassin du pied.

Les résultats et les critères de dimensionnement de l'évacuateur au stade


de l'exécution sont résumés ci-après.

3.1. GÉOMÉTRIE DU DÉVERSOIR

Le seuil du déversoir est divisé en deux zones. Une crête en profil


conventionnel lisse sur une courte distance suivie d'une transition composée
d'une série de petites marches de taille variable augmentant progressivement de
telle sorte que les extrémités des marches épousent parfaitement la face
inférieure du profil de nappe. Ce profil se poursuit jusqu'au point de tangence, où
commence la pente régulière de chute vers le bas comportant les marches de
taille courante et de hauteur constante. Le profil de la crête est dimensionné pour
un débit de 750 m³/s qui correspond à la charge maximale.

Ainsi le profil adopté est celui développé par Iguacel (1995) dans lequel la
première marche commence à une distance horizontale h/3 de l'axe de la crête,
sa longueur étant h/8 où h est la hauteur régulière constante des marches
[KHATSURIA, 2005]. Les longueurs des marches suivantes sont successivement
égales à h/7, h/6.5, h/6, etc..., jusqu'à atteindre la pente aval régulière de
0.7H/1V, voir figure 2 ci-après.

La crête du déversoir a un profil Creager normal. Sa géométrie est définie


par l'équation suivante:

X= (2Y)4/7.H3/7 [1]

X : coordonnée suivant un axe horizontal amont aval;


Y : coordonnée suivant un axe vertical descendant;
H : charge au dessus du seuil égale à 2.45 m pour les plus hautes eaux.

Il en résulte que l'équation du profil se réduit à :

X= 2.2Y4/7 [2]

80
Q. 97 – R. 5

À l'amont de son axe, le seuil de l'évacuateur de crues est formé par un


rayon qui correspond à 0.4 H soit un rayon de 1 m puis rejoint le parement amont
par une pente de 1H/1V.

Fig. 2
Profil du seuil du déversoir avec transition
Profil of the weir's sill with transition

3.2. CALCUL DE LA DISSIPATION LE LONG DU COURSIER

3.2.1. Méthode de Christodoulou

Si on note H la perte de charge totale évaluée au niveau d'une certaine


marche d'escalier, due à la dissipation le long du coursier jusqu'à cette même
marche (voir figure 3), H peut être exprimé par :

H = H0 – H [3]

H : charge totale sur la marche considérée exprimée par H = y/cos +


(V2/2g);
H0: charge totale à l'amont du seuil relative à la même marche H0 = z+Y+
(V02/2g);
Ɵ : angle entre le coursier et l'horizontal.

81
Q. 97 – R. 5

Fig. 3
Schéma du déversoir - Notations
Schema of the weir- Notations

∆𝐻𝐻
La perte de charge relative dépend des paramètres suivants :
𝐻𝐻0

N: nombre de marches d'escalier dans le coursier dépendant lui-même de


la hauteur de chute;

yc/h où yc est la hauteur d'eau critique au-dessus du seuil et h la hauteur


des marches d'escalier;

l/h où l et h sont respectivement la largeur et la hauteur des marches


d'escalier.

La relation qui exprime cette dépendance, déterminée expérimentalement,


est représentée par les courbes fournies dans l'article précité.

Dans le cas du barrage Tamalout, la lame d'eau critique au dessus du seuil


est exprimée par :

yC = (Q2 / (g L2))(1/3) [4]

L : longueur déversante
d'où yC = 1.92 et yC/h = 1.28
𝑦𝑦
soit avec un nombre de marches N=32, il vient que ℎ.𝑁𝑁
𝑐𝑐
=0.04;

L'utilisation des courbes présentées dans l'article de G.C. Christodoulou


"Energy Dissipation on Stepped Spillways" ASCE, Journal of Hydraulic
Engineering, Vol.119, N°5, May 93 aboutit à :

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Q. 97 – R. 5

∆𝐻𝐻
= 94.8%
𝐻𝐻0

Ainsi, la dissipation de l'énergie des débits restitués au bas du coursier qui


en résulte pourrait être considérée comme quasi-totale selon cette méthode.

3.2.2. Méthode de CHANSON

Par application de la méthode de CHANSON au cas du barrage Tamalout ,


on obtient les résultats suivants :

 Régime d'écoulement : en mousse;


 Taux de dissipation : 69 %;
 Hauteur d'eau à l'entrée du bassin de dissipation : 0.82 m;
 Vitesse au pied du barrage : 10.4 m/s.

3.2.3. Méthode de YASHUDA

En appliquant la méthode de YASHUDA, il vient que :

 Régime d'écoulement : en mousse;


 Taux de dissipation : 70 %;
 Hauteur d'eau à l'entrée du bassin de dissipation : 0.78 m;
 Vitesse au pied du barrage : 10.8 m/s.

4. ESSAIS SUR MODÈLE HYDRAULIQUE

Tamalout étant le premier grand barrage au Maroc doté d'un évacuateur en


marches d'escalier, il a été jugé nécessaire de finaliser la conception de cet
ouvrage à l'aide d'une étude sur modèle hydraulique.

Les essais sur modèle ont été effectués au Laboratoire Public des Etudes
et des Essais à Casablanca. Leur objectif est de vérifier le comportement
hydraulique de l'ouvrage d'évacuation des crues et de dissipation ainsi que les
résultats théoriques obtenus à l'issue des calculs effectués. Dans le détail, cette
étude s'est portée particulièrement sur les points suivants :

 Mise au point des formes d'entonnement, notamment des murs guideaux


latéraux;
 Élaboration de la courbe de tarage du seuil;
 Conditions d'écoulement le long du coursier en marches d'escalier;

83
Q. 97 – R. 5

 Évaluation de la dissipation d'énergie le long du coursier et dans le bassin


de dissipation;
 Optimisation du bassin de dissipation.

Le modèle hydraulique a été réalisé à une échelle égale à 1/30 compatible


avec les dimensions de l'évacuateur et du bassin de dissipation.

Dix points de prise de mesure de pressions statiques ont été disposés dans
certaines zones singulières du modèle de l'évacuateur de crues.

La topographie de la zone aval de restitution a été fidèlement représentée


par le modèle en adoptant un fond mobile en fond de vallée vu la présence d'un
couloir de calcaire marneux broyé sur une dizaine de mètres de largeur.

4.1. ENTONNEMENT AMONT

Les essais sur modèle montrent que l'écoulement au droit des têtes amont
des piles et des culées ne présente aucune anomalie majeure si ce n'est qu'une
légère perturbation observée des lignes d'écoulement contre les musoirs amont
des culées.

Les figures 4 et 5 montrent l'effet de contraction observé au niveau de la


tête des culées selon leur conception initiale et l'atténuation du phénomène
moyennant une augmentation du rayon de courbure des têtes amont des murs
bajoyers, passant de 0.51 m à 1.43 m.

84
Q. 97 – R. 5

Fig.4
Modification de la culée de l'évacuateur de crues à l'entonnement
Modification of the spillway's abutment at the inlet

Conception APD – Detailed design Conception modifiée – Modified design

Fig. 5
Lignes d'écoulement contre les culées avant et après modification
Flow lines against the abutments before and after modification

Après cette adaptation, l'entonnement de l'évacuateur de crue est jugé


acceptable.

85
Q. 97 – R. 5

4.1. ÉCOULEMENT LE LONG DU COURSIER

4.1.1. Régime d’écoulement

Selon le modèle réduit, la fin de l'écoulement en nappe est observée aux


alentours de 130 m³/s sur le coursier. La zone de transition s'étend jusqu'à
220 m³/s environ. Au-delà de 350 m³/s, on ne distingue plus d'écoulement en
nappe.

Ainsi, la valeur maximale de la hauteur critique yc en dessous de laquelle


le régime en nappe règne et la valeur minimale calculée de yc en dessus de
laquelle le régime en mousse règne qui découlent du modèle sont celles
illustrées par la figure suivante:

Fig. 6
Limites des régimes d'écoulement déduites du modèle hydraulique
Limitations of flow regimes determined by hydraulic model

Par ailleurs, les valeurs calculées de la hauteur critique yc définissant les


limites des régimes d'écoulement sur le coursier de Tamalout sont celles
illustrées par la figure suivante :

Fig.7
Limites des régimes d'écoulement déterminées par calcul
Limitations of flow regimes determined by calculation

86
Q. 97 – R. 5

On peut donc remarquer que la limite entre le régime en nappe et le régime


de transition déduite du modèle hydraulique est pratiquement égale à celle
calculée.

Quant à la limite entre le régime de transition et le régime en mousse


déduite du modèle parait inférieure à la valeur calculée. Ceci peut être justifié par
la propriété elle même du régime transitoire, où la distinction entre les régimes
s'avère difficile à l'œil nu. La non-identification visuelle de l'écoulement en nappe
n'implique pas nécessairement le passage au régime en mousse.

4.1.2. Dissipation de l’énergie

Pour mesurer le plus précisément possible l'efficacité des marches


d'escalier en termes de dissipation d'énergie, le modèle réduit a été légèrement
modifié de façon à s'affranchir momentanément de la dissipation d'énergie due
au bassin de dissipation aval. On isole ainsi la dissipation d'énergie due
uniquement à l'escalier.

Pour chaque débit testé sur modèle, on a cherché à fixer au plus juste le
ressaut hydraulique au pied de l'évacuateur en remontant ou abaissant, selon le
cas, le niveau aval dans l'oued. La mesure de la profondeur conjuguée y2 du
ressaut permet de calculer la profondeur conjugué y1 par la formule ci-dessous et
la charge H1 correspondante.

[5]

Fig. 8
Démarche expérimentale pour calculer la dissipation d'énergie
Experimental method to calculate the energy dissipation

87
Q. 97 – R. 5

Le rapport H1/Hmax fournit le taux de dissipation pour chaque débit


considéré.

Les taux de dissipation d'énergie mesurés sur l'escalier de l'évacuateur


obtenus par modèle réduit et ceux obtenus par calcul selon les méthodes de
Yashuda et Chanson utilisées sont représentés sur le tableau suivant :

Tableau 1
Taux de dissipation d'énergie pour différents débits
Energy dissipation ratio for different discharges
Taux de dissipation d’énergie (%)
Q (m3/s)
Modèle réduit Yashuda Chanson
100 85 97 97
400 81 80 80
550 81 76 75
735 78 70 69
900 77 66 65
1130 71 61 58

Afin d'établir une comparaison entre les taux de dissipation calculés et ceux
fournis par le modèle réduit, on trace en courbes les valeurs du tableau 1 sur la
figure 9 ci-après :
Dissipation d'énergie – Energy dissipation (%)

Débit - Discharge (m3/s)

Fig.9
Comparaison des taux de dissipation d'énergie
Comparison between the energy dissipation ratios
① Modèle hydraulique ① Hydraulic model
② Méthode de Yashuda ②Yashuda method
③ Méthode de Chanson ③ Chanson method

88
Q. 97 – R. 5

On constate un écart peu significatif entre les résultats théoriques et


expérimentaux ne dépassant pas 15%. Cet écart pourrait être expliqué par
l'artifice de calcul adopté au niveau du modèle pour isoler la dissipation d'énergie
due uniquement à l'escalier de celle due au bassin de dissipation aval.

4.1.3. Aération

Dans le modèle réduit, pratiquement quel que soit le débit testé, on


observe une aération de l'écoulement à partir de la marche n° 32 (comptée à
partir de l'aval). Voir figure 10 ci-après :

Fig. 10
Aspect de l'aération sur le coursier
Aspect of the aeration on the spillway chute

La marche n° 32 correspond à une distance de 5m à partir de la crête.


Alors qu'en théorie, l'aération ne commence qu'à partir de 15m.

Cette différence pourrait être expliquée par le fait que :

 La présence des culées et des piles imposent une aération forcée de


l'écoulement très rapidement vers l'aval de la crête;
 Sur le coursier le nombre de Froude (Fr < 10) donc, les équations
surestiment légèrement la distance du point d'inception
[KHATSURIA, 2005].

89
Q. 97 – R. 5

L'aération est sans doute moins bonne au centre de chaque passe qu'au
droit des piles; cependant celles-ci ont un impact notable sur l'aération par le
décollement imposé à la lame d'eau dans le sillage de la pile.

4.1.4. Profondeur d'écoulement et hauteur des murs guideaux

Des mesures de la ligne d'eau ont été réalisées le long des murs bajoyers
transparents pour le débit maximal évacué égal à 750 m³/s de façon à permettre
le calage optimal de ces murs.

Les mesures prises sur le modèle ainsi que les hauteurs théoriques
calculées le long du coursier sont illustrées sur la figure 11 ci-après :
Lame d'eau - Depth of water (m)

Numéro de marche à partir du seuil – Step number from the weir (m)

Fig. 11
Ligne d'eau le long du coursier de l'évacuateur pour 750m³/s
Flow line along spillway chute for 750 m³/s

 Niveau d'eau côté droit  Flow line at right side


 Niveau d'eau côté gauche  Flow line at left side
 Niveau d'eau calculé  Calculated flow line

Dans la zone comprise entre la crête et la marche n° 9 correspondant au


point d'inception calculé, on remarque un écart significatif entre les résultats
calculés et les résultats du modèle hydraulique.

90
Q. 97 – R. 5

Cet écart serait dû à la surestimation du point d'inception précité et


l'imprécision qui pèse sur la détermination du régime de transition en amont de
ce point.

Dans la zone de l'écoulement uniforme en mousse, les résultats théoriques


sont conformes à ceux du modèle. La légère différence observée entre les
résultats est due, sans doute, au fait que le calcul donne une hauteur moyenne
de l'écoulement au niveau d'une section donnée. Alors qu'en réalité, l'écoulement
est tridimensionnel, et la profondeur n'est pas uniforme sur une même section
comme le montrent les hauteurs relevées sur les murs bajoyers droit et gauche.

Il ressort de ces résultats que la hauteur de 3 m conférée aux murs


bajoyers s'avère suffisante pour contenir la crue de projet.

5. RECOMMANDATIONS TIRÉES DES ESSAIS SUR MODÈLE ET


CONCEPTION DEFINITIVE DE L'EVACUATEUR

La conception de l'évacuateur de crue au stade de l'exécution a été


légèrement revue pour tenir compte de certaines recommandations et
adaptations tirées des résultats du modèle hydraulique :

 L'écoulement dans l'entonnement amont de l'évacuateur : la contraction de


l'écoulement observée a pu être quasi-totalement atténuée par une simple
augmentation du rayon de courbure des têtes amont des murs bajoyers;
 Les deux méthodes de calcul du taux de dissipation d'énergie le long du
coursier en marches d'escalier dues à Yashuda et Chanson donnent des
résultats très similaires et, à comparer avec ceux du modèle réduit, elles
semblent plus précises que celle due à Christodoulou;
 Les prédictions concernant la bonne aération de l'écoulement le long du
coursier ont bien été confirmées par les essais effectués sur modèle et ce
pour tous les débits testés; cependant une imprécision se perçoit quant à la
détermination spatiale du point d'inception (début d'auto-aération);
 Hauteur des murs guideaux du coursier : les essais sur modèle montrent
que la hauteur de 3 m adoptée pour les murs bajoyers est tout-à-fait
compatible avec le débit maximal à évacuer et permet même d'éviter les
débordements à l'occurrence de crues de plus faibles fréquences que celle
du projet. Par ailleurs, on note que les résultats théoriques ne s'approchent
du modèle que dans la zone d'écoulement uniforme en mousse. Il est ainsi
fort recommandé de recourir systématiquement au modèle hydraulique
pour un calage optimal des murs bajoyers notamment dans les zones
d'écoulement transitoire ou en nappe.

Une autre recommandation liée plutôt aux consignes d'exploitation du


barrage fut également tirée, interdisant l'ouverture de la vidange de fond lors du

91
Q. 97 – R. 5

fonctionnement de l'évacuateur de crue pour éviter l'interruption de l'aération de


l'écoulement à l'intérieur du pertuis de la vidange et la forte turbulence qui s'y
installe.

CONCLUSION

La revue de la conception initiale de l'évacuateur de crue du barrage


Tamalout en adoptant un coursier en marches d'escalier, a permis de mettre au
point une solution très intéressante tant sur le plan technique qu'économique.

L'adoption de cette solution bien plus qu'elle s'accommode parfaitement


avec les gradins en BCR du parement aval, elle a permis en effet, d'engendrer
des économies substantielles en terme de coût et de délai d'exécution.

Le barrage Tamalout étant le premier grand barrage au Maroc doté d'un


évacuateur en marches d'escalier, la réalisation du modèle hydraulique s'est
révélée d'une très grande utilité non seulement pour finaliser la conception de
l'ouvrage mais aussi pour s'assurer de ses performances en terme de débitance
et de dissipation d'énergie. Le modèle a permis, en outre, de s'assurer du bon
fonctionnement hydraulique de l'évacuateur, notamment pour les parties du
coursier assujetties au régime d'écoulement transitoire qui demeure encore peu
maitrisé par les méthodes actuelles de dimensionnement.

RÉSUMÉ

Le barrage Tamalout, en cours d'exécution, est constitué par un massif en


béton compacté au rouleau (BCR) fondé sur un substratum rocheux marno-
calcaire d'une qualité moyenne. De ce fait, ce massif fut doté d'un profil
relativement aplati ayant un fruit total de 1.2H/1V (0.5H/1V à l'amont et 0.7H/1V à
l'aval) pour assurer la stabilité du barrage. Sa hauteur maximale sur fondation est
de 60.5 m pour un volume total de 400 000 m³. La capacité de la retenue est de
50 Mm³ sous le niveau de la retenue normale calée à une cote de 1727.00.

Comme pour la majorité des barrages type poids, l'évacuateur, au stade


d'APD, avait une conception initiale classique, incorporé au corps du barrage, à
seuil libre calé à 1727 alimentant un coursier lisse qui se termine par un saut de
ski. Cependant, en phase d'exécution, pour des raisons purement techniques et
économiques, le choix s'est orienté vers un coursier en marches d'escalier
s'accommodant parfaitement avec les gradins en BCR du parement aval. Ainsi,
le barrage Tamalout sera le premier grand barrage au Maroc à évacuateur de

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crues en marches d'escalier. La longueur déversante de 90 m du seuil, offre à


l'évacuateur de crues la possibilité de faire passer sous la cote des P.H.E
1729.45 (vidange fermée), la crue de projet millennale ayant un débit de pointe
de 1 200 m³/s. Le débit maximal évacué est de 750 m³/s sous une charge
maximale de 2.50 m.

Au pied du coursier l'écoulement passe par un bassin de dissipation avant


d'être restitué dans le lit naturel de l'oued.

La mise au point de la conception de l'évacuateur et du bassin amortisseur


a nécessité la réalisation des études sur modèle hydraulique et ce pour vérifier le
bon comportement hydraulique de ces ouvrages et apporter les adaptations
nécessaires à l'obtention des conditions de fonctionnement satisfaisantes. Les
principales améliorations et recommandations sont listées ci-après :

 Augmentation du rayon de courbure des bajoyers latéraux à


l'entonnement;
 Validation de la hauteur des murs guideaux du coursier;
 Confirmation du régime d'écoulement le long du coursier et évaluation du
taux de dissipation;
 Confirmation de l'absence des courants de retour dans la zone de
restitution.

Une autre recommandation sur les conditions de fonctionnement des


ouvrages de restitution relative à l'interdiction de l'ouverture de la vidange de
fond lors du fonctionnement de l'évacuateur de crue a été tirée.

SUMMARY

The Tamalout dam, under construction, is made of roller compacted


concrete (RCC) based on a medium quality bedrock made of limestone-marl.
Therefore, the body of the dam has a relatively flat profile with a total slope of
1.2H/1V (0.5H/1V upstream and 0.7H/1V downstream), to ensure dam stability.
Its maximum height above foundation is 60.5 m, for a total volume of 400,000 m³.
The reservoir capacity is 50 Mm³ under the normal water level at 1727.00.

As for most gravity dams, in the detailed design phase, the spillway had a
classic initial design and was incorporated in the body of the dam. It has a free
overflow weir at elevation 1727 connected to a spillway chute until the ski-jump.
However, during the final design, for technical and economic reasons, a stepped
spillway alternative was adopted, perfectly adapted to the RCC steps in the
downstream face of the dam. Thus, the Tamalout dam will be the first large dam
in Morocco with a stepped spillway. The length of the free overflow is 90 m,

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enabling the discharge of the laminated flow of 750 m³/s of the design flood,
which has a return period of 1000 years and a peak flow of 1200 m³/s.

At the downstream toe of the dam, the flow passes through a stilling basin
before returning to the natural river bed.

In order to check and improve the hydraulic behavior of the spillway and the
stilling basin, hydraulic model studies were conducted. The main
recommendations and improvements derived from model were the following:

 Increasing the curvature radius of the lateral guide walls at the inlet;
 Confirmation of the chute training wall height;
 Confirmation of the flow regime along the spillway chute and evaluation of
the dissipation ratio;
 Confirmation of the absence of back currents downstream of the stilling
basin.

Another recommendation on the operating conditions for the outlet works


was the prohibition of bottom outlet opening during spillway operation.

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