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Rôle des coopératives vivrières à Yopougon

Les coopératives de commercialisation des vivriers à Yopougon jouent un rôle crucial dans l'approvisionnement des marchés urbains d'Abidjan, malgré des défis organisationnels, fonctionnels et financiers. Elles facilitent l'acheminement et la distribution des produits vivriers locaux, répondant ainsi aux besoins alimentaires d'une population en croissance rapide. L'étude souligne l'importance de ces coopératives dans le circuit d'approvisionnement tout en mettant en lumière les difficultés qu'elles rencontrent.

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Rôle des coopératives vivrières à Yopougon

Les coopératives de commercialisation des vivriers à Yopougon jouent un rôle crucial dans l'approvisionnement des marchés urbains d'Abidjan, malgré des défis organisationnels, fonctionnels et financiers. Elles facilitent l'acheminement et la distribution des produits vivriers locaux, répondant ainsi aux besoins alimentaires d'une population en croissance rapide. L'étude souligne l'importance de ces coopératives dans le circuit d'approvisionnement tout en mettant en lumière les difficultés qu'elles rencontrent.

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RÔLE DES COOPÉRATIVES DE COMMERCIALISATION DES

VIVRIERS DANS L’APPROVISIONNEMENT DES MARCHÉS


URBAINS EN CÔTE D’IVOIRE : CAS DE LA COMMUNE DE
YOPOUGON
SILUE Tangologo
Université Peleforo Gon Coulibaly (Korhogo, Côte d’Ivoire)
s i l u e . s y lva i n @ ya h o o . f r

RÉSUMÉ
La population d’Abidjan connaît un accroissement rapide. Cette masse démographique
crée des besoins en termes d’alimentation. Yopougon est la commune la plus
peuplée de cette ville. De plus cette commune est l’entrée et la sortie principale
de la ville d’Abidjan par l’autoroute du nord. Du coup, elle est l’une des portes
d’entrée des produits vivriers locaux. Ces aliments sont acheminés et distribués
par des coopératives de commercialisation d’où la question de savoir quel est le
rôle des coopératives de commercialisation des vivriers dans l’approvisionnement
des marchés de cette commune? La méthodologie de la recherche repose sur deux
piliers : une recherche bibliographique et des enquêtes auprès des animateurs de
ces marchés (Mairie, commerçantes, consommateurs, présidentes et membres des
coopératives), pour percevoir toute l’influence que jouent les coopératives dans
l’approvisionnement des marchés de cette commune.
Les résultats montrent que les coopératives de vivriers à Yopougon sont confrontées
à d’énormes difficultés organisationnelles, fonctionnelles et financières. Malgré cela,
elles sont fortement impliquées dans le ravitaillement et la distribution des vivriers
sur les marchés de la commune.

MOTS-CLÉS :
approvisionnement - commune - coopérative - marché - vivrier

ABSTRACT
The city of Abidjan experiences a quick population growth. This demographic
mass brings about the need for food. Yopougon is the most populated community
of this town. Moreover, this commune is the main entrance way and exit way of the
city of Abidjan through the northern expressway. As a result, it is one of the gates
through which local food products get into Abidjan. These produces are conveyed
and distributed by trade cooperatives. The underlying question emanating from the
foregone is: what is the role of commercial cooperatives in the supply of the markets

RECHERCHES AFRICAINES I N° 027 23


of this commune? The research methodology rests on two pillars: a bibliographical
research and investigations among market agents (town hall, traders, consumers,
cooperative presidents and members) in order to perceive all the influence that
cooperatives play in supplying the markets of this commune.
The results show that the food cooperatives in Yopougon are faced with enormous
organizational, functional and financial difficulties. Despite this, they are strongly
involved in the supply and distribution of foodstuffs on the municipal markets.

KEYWORDS:
supply - commune – cooperative - market - food crop.

INTRODUCTION
L’ensemble du territoire ivoirien regorge des facteurs naturels propices à l’agriculture
surtout celle du vivrier. Pour bénéficier de ces atouts, la politique agricole a permis de
mettre sur place des structures d’encadrement des producteurs comme l’ANADER
(Agence Nationale d’Appui au Développement Rural). Aussi l’état a encouragé la
création des coopératives de production et de commercialisation dans ce secteur. Si
aujourd’hui l’on peut bannir l’épineuse question d’insécurité alimentaire en Côte
d’Ivoire, l’équation à résoudre reste l’acheminement des produits vivriers vers le
milieu urbain en temps réel et les possibilités financières de certains ruraux à se
procurer le vivrier. C’est dans ce contexte que nous jetons un regard sur le rôle
des coopératives de commercialisation dans l’approvisionnement des marchés de
Yopougon. Pour le géographe, le marché est perçu comme une place centrale, un
lieu géographique couvert ou non couvert, où l’on échange les produits concrets
et visibles. C’est l’endroit où acheteurs et vendeurs se rencontrent pour échanger
leurs marchandises, (SILUE T : 2017). Plusieurs critères permettent d’identifier les
marchés : la localisation, le temps d’activité, le mode de vente, le mode de gestion,
les types d’acteurs… En fonction des acteurs, ce sont des marchés de dégroupement
car on y trouve des grossistes, des semi‐grossistes et des détaillants.
Les coopératives sont des groupements de personnes physiques ou morales de type
particulier, de forme civile et commerciale, apolitique et non confessionnelle régies
en Côte d’ Ivoire par la loi n°97-721 du 23 décembre 1997. Cette loi est soumise aux
principes coopératifs universels suivants :

- Adhésion volontaire et ouverture à tous,


- Pouvoir démocratique exercé par les membres,
- Participation économique des membres,
- Autonomie et indépendance,

24 RECHERCHES AFRICAINES I N° 027


- Education, formation et information,
- Coopération entre coopératives,
- Engagement envers la communauté,
- Principes généraux du droit applicable aux contrats.
Le projet de création d’une coopérative doit faire l’objet d’une déclaration au
Ministère de l’agriculture par au moins sept membres fondateurs et sa création
est subordonnée à l’obtention d’un agrément délivré par l’autorité administrative
compétente. Les actions coopératives en Côte d’Ivoire sont essentiellement menées
dans les domaines agricoles et commerciaux. Par conséquent, il en découle deux
sortes de coopératives : les coopératives de production et de commercialisation et
les coopératives de commercialisation. Dans cet article, l’étude est portée sur les
coopératives de commercialisation des vivriers.
Les coopératives peuvent exercer leurs activités dans toutes les branches d’activités
légales. Elles exercent une activité économique en qualité de mandataires de leurs
membres à titre non lucratif.
L’objet d’une coopérative est soit d’accomplir en commun une activité professionnelle
déterminée, soit d’apporter à l’ensemble de ses membres un bien ou un service précis
facilitant une même activité professionnelle. Son objet doit toujours contribuer à la
promotion et au bien-être social de ses membres.
La présente contribution se veut d’analyser et de confronter la théorie aux réalités
coopératives des marchés de vivriers de l’espace de Yopougon. En effet, la principale
activité de ces groupements est la commercialisation des produits vivriers. Cette
activité relève de la contribution de plusieurs acteurs (les producteurs, les transporteurs,
les consommateurs). Compte tenu de la complexité du secteur, l’état a mis en place
l’office de commercialisation des produits vivriers (OCPV) pour accompagner tous
les acteurs de ce secteur en particulier les coopératives par le décret n°84-934 du 27-
07-1984 modifié par le décret n°92-14 du 08-01-1992.
La perspective visée à travers cette étude est de montrer le rôle des coopératives de
commercialisation des vivriers dans l’approvisionnement des marchés de la commune
de Yopougon. Et la question centrale que cela suscite est la suivante : Quel rôle
jouent les coopératives de commercialisation des vivriers dans l’approvisionnement
des marchés de la commune de Yopougon ? De cette question centrale découle les
questions subsidiaires suivantes :
Comment sont organisées les coopératives de commercialisation des vivriers à
Yopougon ?
Quel est le poids des coopératives de commercialisation dans l’approvisionnement
des marchés de la commune ?

RECHERCHES AFRICAINES I N° 027 25


Quelles sont les difficultés rencontrées par ces coopératives ?

1- A pproche méthodologie
Abidjan, ville macrocéphale et capitale économique ivoirienne, se révèle comme
le symbole et le reflet direct de l’urbanisation du pays avec 38,7% de la population
urbaine soit 4 395 243 habitants. Yopougon, l’une des communes de cette ville et par
ailleurs, la plus peuplée de la Côte d’Ivoire, compte 1 071 543 habitants. Au plan
spatial, elle s’étend sur une superficie de (152,11 km2) et compte 24 quartiers. Elle
est l’entrée et la sortie principale de la ville d’Abidjan par l’autoroute du nord (voir
figure 1). Les marchés, lieux d’échange des produits vivriers, jouent un rôle capital
dans cet espace.

Figure 1 : Localisation de la commune de Yopougon et ses


marchés
La méthodologie s’est appuyée sur une enquête de terrain pour la collecte des

26 RECHERCHES AFRICAINES I N° 027


données. Les techniques quantitatives et qualitatives ont été associées pour
sélectionner les unités d’observations. Des entretiens ont été menés avec les gérants
des coopératives, le secrétaire du Collectif des Professionnels des Marchés de
Yopougon (CPROMY) la direction de l’OCPV (Office de la Commercialisation
des Produits Vivriers), et la FENACOVICI (Fédération Nationale des Coopératives
de Vivriers de Côte d’Ivoire). Nous avons pu obtenir des informations sur le rôle
de ces organisations dans l’organisation et le fonctionnement des coopératives de
vivriers de Yopougon. Aussi cinq marchés créés et gérés par une coopérative ont
été choisis en tenant compte de leur place dans le circuit d’approvisionnement, leur
organisation, la fréquence d’ouverture et le niveau de fréquentation (voir figure 1).
D’autres caractéristiques telles que la nature et le volume des produits échangés, la
connexion avec les autres marchés de la commune de Yopougon. Ce sont : Siporex
II, Siporex IV, Siporex VII Siporex VIII, Siporex IX. Pour montrer les liens existants
entre tous les marchés de la commune, trois marchés de détail ont été également
choisis en fonction de leur importance dans la commune à savoir le marché de
Sicogi, le marché Dominique Ouattara et celui de Niangon Sud. En absence d’un
registre sur tous les marchés d’étude, 120 commerçantes de détail ont été choisies
de façon aléatoire selon leur disponibilité et de façon à couvrir toute leur diversité
socio-économique comme l’illustre le tableau 1. Les données collectées concernent
le lieu d’approvisionnement, l’origine des produits, le poids des coopératives dans le
circuit d’approvisionnement, le gain, les difficultés et les attentes.

T ableau 1 : R épartition des commerçants enquêtés

sur les marchés

Marchés Nom de la coopérative ou du quartier Nombre à


enquêter
Siporex II COMARVICI (Coopérative des Marchés du 14
Vivrier de Côte d’Ivoire
Siporex IV COVIYOP (Coopérative du Vivrier de Yopougon 16
Siporex VII OPAFER (Organisation Panafricaine des 15
Femmes Rurales)
Siporex VIII SCOOPS- COVI YOP (Société Coopérative de 15
Production et de Commercialisation des produits
Vivriers de Yopougon
Siporex IX COVAPCI (Coopérative des Vendeuses d’Attiéké 10
et Poisson de Côte d’Ivoire
Marché Selmer 12
Dominique
Ouattara
Marché Sicogi Sicogi 20

RECHERCHES AFRICAINES I N° 027 27


Marché Niangon Sud 18
Niangon sud
Total 09 120
Source : Nos enquêtes 2020

2. Résultats
2.1. L’organisation des coopératives
Les coopératives de commercialisation des vivriers de Yopougon ont une organisation
particulière au mépris des principes coopératifs universels.
2.1.1. Les coopératives de commercialisation des vivriers de la commune de
Yopougon
Certains marchés privés sont organisés en coopératives depuis leur création.
Pour atteindre les objectifs escomptés, ces coopératives se sont spécialisées dans
l’approvisionnement et la vente des vivriers sur les marchés de Yopougon en fait
mis en place par elles-mêmes (photos 1 et 2). Du coup, chaque marché a deux
identifications. Celle de la Mairie Siporex suivi du chiffre en fonction de l’ordre de
la demande de création du marché de la coopérative dans la commune et le nom de la
coopérative donnés par les adhérentes (tableau1). Pour la Mairie cela s’explique par
le fait que les coopératives changent souvent de nom ou elles sont souvent dissoutes.
Photo 1 : Identification de la coopérative du marché Siporex II

Source : SILUE Tangologo 2020

Photo 2 : Identification de la coopérative du marché Siporex IX

28 RECHERCHES AFRICAINES I N° 027


Source : SILUE Tangologo 2020

Dans leur fonctionnement, les coopératives commandent le vivrier avec des


producteurs ou des commerçants particuliers (tableau 2). Dans un accord
commerçant-acheteur, les commerçants particuliers prennent l’engagement de
décharger les produits vivriers sur le marché de la coopérative. Une fois sur le site,
le commerçant paye un droit de déchargement à la coopérative. Dans la livraison, les
membres de la coopérative sont prioritaires. Il est difficile de quantifier les produits
commercialisés en ce sens que toutes les femmes qui vendent sur les marchés de
vivriers ne sont pas de facto membres adhérentes des coopératives. Il faut aussi
noter l’auto approvisionnement de certains membres de la coopérative surtout en
période de soudure. On trouve également des coopératives de commercialisation sur
les marchés publics car les femmes se sont rendues compte que c’est unies qu’elles
peuvent par exemple faire déplacer un chargement de vivriers dans une remorque en
direction d’Abidjan.
Tableau 2: Exemple de coopératives de commercialisation à Yopougon

Nom du marché Nom de la coopérative du marché


Siporex I AZIBO
Siporex II COMARVICI
Siporex IV COVIYOP
Siporex V COFEZEMA
Siporex VI COMIPROVI
Siporex VII OPAFER (COOP - CA)
Siporex VIII SCOOPS- COVI YOP
Siporex IX COVAPCI
Wassakara WANEZI
Source : Nos enquêtes 2020

RECHERCHES AFRICAINES I N° 027 29


2.1.2. De nombreuses pièces à fournir pour la constitution d’une coopérative
Pour être opérationnelle, une coopérative doit avoir à la déclaration constituée des
éléments suivants :
1. une demande d’agrément signée par le président du conseil d’administration,
2. le statut et le règlement intérieur,
3. le procès-verbal de l’assemblée générale constitutive comprenant,

a) La liste des membres, leur identité complète, leur profession et leur adresse,
b) La liste des membres du conseil d’administration, accompagnée d’un extrait
du casier judiciaire datant de moins de trois mois, de chaque administrateur,
c) Le montant nominal des parts souscrites et libérées par chaque membre,
d) Le montant minimal du capital,
e) Le montant du capital actuel,
f) Le nom du ou des commissaires aux compte nommés et leur curriculum
vitae,
g) Le nom du directeur ou du gérant nommé ainsi que son curriculum vitae
accompagné de la photocopie de sa carte nationale d’identité et d’un extrait
de son casier judiciaire datant de moins de 3 mois,
4. la domiciliation bancaire,
5. l’engagement des membres de traiter avec la coopérative la part minimale
de leurs opérations fixée par les statuts,
6. l’engagement de chaque administrateur de traiter avec la coopérative la
totalité de ses opérations,
7. l’engagement de chaque administrateur de ne pas participer directement
ou indirectement, de façon permanente ou occasionnelle à une activité
concurrente de celle de la coopérative,
8. la délégation du pouvoir du conseil d’administration au directeur ou gérant
dûment signée et acceptée,
9. l’engagement signé par le président de déclarer à l’autorité de contrôle, dès
l’arrêté des comptes annuels, tout déficit d’exploitation,
10. un dossier technique et financier (étude de faisabilité).
Les nombreuses pièces à fournir pour la constitution d’une coopérative poussent
des groupes à fonctionner dans l’informel. Certaines coopératives des marchés de
Yopougon sont dans ce cas. Or, le respect des règles de constitution d’une coopérative
est un gage de bonne gestion. En marge des règles, les coopératives à Yopougon
sont souvent l’œuvre d’une seule personne qui détient les moyens financiers. Cette
dernière met en place un bureau de la coopérative fortement composés de membres
de sa famille ou des amis proches généralement analphabètes ou de niveaux

30 RECHERCHES AFRICAINES I N° 027


d’instruction très faibles.
2.1.3. Le simulacre de bureau souvent mis en place
Le bureau permet en réalité à la fondatrice (présidente de la coopérative) d’être en
phase avec les opérateurs qui s’intéressent au secteur. Ces opérateurs sont en général:
- les partenaires techniques (OCPV, Mairie),
- les partenaires financiers (les banques commerciales classiques, les structures de
micro finances),
- les missions de coopération bilatérales.
Dans la matérialité, le fonctionnement repose sur les membres d’une même famille
où les gérants sont à la solde de la présidente qui considère l’organisation comme
son affaire personnelle. Pour preuve, à notre passage à Siporex II (COMARVICI) en
absence de la présidente, nous avons échangé avec le gérant en présence d’une fille
de 16 ans. Dans la présentation, cette dernière nous apprend que la présidente est sa
génitrice. L’après-midi, nous avons reçu un appel venant de la présidente. Dans ces
propos, elle nous reprochait vigoureusement d’avoir pris des informations auprès
de ses enfants alors qu’elle est la seule dextérité à nous donner des informations
sur le marché. A sa suite le gérant nous rappelle pour dire « qu’il n’est pas libre
dans ses fonctions et que c’est la fille de la présidente qui ne connait rien qui lui
fait des rapports téléphoniques ». Ce même constat est fait sur le marché de la
COVAPCI. Le gérant de ce marché M. Coffi N’Da Noèl a confirmé qu’il est le fils
de la présidente de la coopérative. Pour lui, sa présence se justifie par le fait que sa
mère est l’actionnaire majoritaire de cette coopérative. Ses compétences s’étendent
dans les autres communes où la coopérative est représentée
Dans la théorie l’organisation d’une coopérative de commercialisation se compose
comme suit.
Figure 1 : Organisation de la coopérative YECHA
Dans la pratique, tous les pouvoirs sont détenus par la présidente du conseil
d’administration et le gérant. En sus, le système d’approvisionnement n’est pas
totalement maitrisé par la coopérative. Ce sont des grossistes spécialistes affiliés
pour certains à la Fédération Nationale des Coopératives des Vivriers de Côte
d’Ivoire (FENACOVICI) ou au Groupement des Coopératives de la Production du
vivriers de Côte d’Ivoire (GG coprovi-ci) qui maitrisent cette chaine à 80%. C’est
au déchargement sur le marché de la coopérative que ces derniers paient 100 FCFA
par sac au gestionnaire du marché. Les membres de chaque coopérative sont à 90%
dans la section vente. Ces vendeuses disent ne rien attendre de la coopérative car
elles arrivent à se prendre en charge et mieux, elles font des réalisations grâce à leur

RECHERCHES AFRICAINES I N° 027 31


bénéfice. Mais cela n’empêche pas certaines coopératives d’atteindre tant bien que
mal les objectifs fixés qui sont les suivants :
- l’amélioration des techniques de travail des adhérents,
- l’accroissement des ressources financières et l’amélioration des conditions de vie
des adhérents notamment par l’acquisition des marchandises, des équipements et des
matériels nécessaires à l’exercice du commerce des membres,
- l’entretien et la gestion de tous les stocks de marchandises, des équipements et
matériels acquis,
- l’utilisation de crédits pouvant être accordés dans le sens de toute action économique,
sociale, culturelle et éducative,
- le regroupement dans une même enceinte construite, acquise ou louée des adhérents,
- la contribution de la coopérative au développement de la commune de Yopougon
en offrant des emplois.
2.2. Le poids important des coopératives de commercialisation des vivriers dans
l’approvisionnement des marchés de la commune de Yopougon
Pour être efficace et maitriser le circuit de l’approvisionnement à 80%, les coopératives
se sont regroupées en une Fédération Nationale des Coopératives des Vivriers de Côte
d’Ivoire (FENACOVICI) et le Groupement des Coopératives de la Production du
vivriers de Côte d’Ivoire (GG coprovi-ci). Au sein de ces grandes organisations, une
chaîne managériale a été mise en place. Ces organisations, pilotées au sommet par
les présidentes, reposent sur quatre piliers. Au niveau de la chaine, il y a un groupe
qui s’occupe des demi-grossistes un autre du ravitaillement des marchés de gros et
des villes ; le troisième groupe est chargé de collecter l’argent des différentes ventes
réalisées par les détaillantes et le quatrième groupe a pour mission de superviser la
récolte, la cueillette, le ramassage et le pesage. En effet, les vivriers proviennent des
champs cultivés par des productrices installées sur l’ensemble du territoire national
par ces organisations. Elles s’appuient également sur des coopératives de production
localisées dans les zones agricoles et qui ont leurs sections de vente dans les grandes
villes. Elles s’appuient aussi sur les pisteurs, les intermédiaires indépendants et
les réseaux partenaires. Aujourd’hui, plus de 700 coopératives sont déclarées à la
Fédération Nationale des Coopératives du Vivrier de Côte d’Ivoire (FENACOVICI).
Cette structure se charge de trouver des points de vente pour les coopératives. Le
tableau ci-dessous indique des exemples de coopératives avec les quantités de
produits commercialisées par an. Ces statistiques concernent les quantités vendues
par la FENACOVICI sur les marchés d’Abidjan.
Tableau 3 : Exemple de coopératives de production et de commercialisation

32 RECHERCHES AFRICAINES I N° 027


Nom de la Localité ProduitsQuantité commercialisée
coopérative par an en tonne
Acoprovik Kotobi Tomate, aubergine 10,08
Aklomi bla Yamoussoukro Papaye solo 280
Coreriz Sakassou Riz 4900
Coopvigbo Daloa Maïs 2880
CFCCD Korhogo Mangue 240
Ecovib Bouaké Igname, Maïs 3600
Tchèbofla Bonon Banane 9600
Yéhouka Duékoué Banane 1680
yéhou
Source : Nos enquêtes auprès de la FENACOVICI (2019)

L’approvisionnement recouvre plusieurs opérations : la prospection, l’achat, le


groupage des produits, leur collecte, l’expédition, le transport et la mise sur les
marchés. Seule la fonction transport est remplie par un intervenant spécialisé. Mais,
cela reste un objectif primordial pour les coopératives qui ambitionnent remonter
la chaîne de la production en passant par le transport puis la commercialisation. Au
terme de ces différentes étapes, les produits vivriers sont convoyés vers les différents
marchés de gros des villes. Les marchandises qui sont acheminées sur la capitale
économique, sont déchargées dans les communes où sont implantés des marchés de
gros détenus par les coopératives de commercialisation créées et gérées à cet effet
(photo 3).
Photo 3 : Déchargement de produits vivriers sur les marchés de Siporex III et XIII

Source : SILUE T 2020

Sur ces marchés environ trente remorques sont déchargés par jour. Mais avant cette
phase de ravitaillent un travail minutieux est fait en amont.

RECHERCHES AFRICAINES I N° 027 33


En effet pour être les détentrices légales des produits qui proviennent des productions,
les semences des cultures sont souvent fournies aux productrices par les présidentes
des groupements des coopératives ou des différentes coopératives. Ce sont elles qui
mettent également à la disposition des productrices les outils (daba, machette, limes,
bottes, arrosoir) nécessaires au défrichage et à l’entretien des différentes exploitations
de cultures vivrières. C’est à partir de ces actes qu’on devient comme le propriétaire
légal des produits. Avec cette méthode, l’on est convaincu de disposer de produits
frais et de qualité à temps réel.
La coopérative des vendeuses d’attiéké poisson a une organisation particulière. Elle
s’appuie sur les villages de Yopougon et Songon pour approvisionner leurs marchés
en fonction du programme ci dessous (tableau 4).
Tableau 4: Programme de ravitaillement du marché Siporex IX par les villages
des communes de Yopougon et Songon

Jours villages
Lundi Km17, Kassemblé, Dagbé, M’Brathé
Mardi Niangon adjamé, Lahou
Mercradi Nandibo 1 et 2, Brafè
Jeudi Jacqueville (villages), Dabou (villages), Abobodoumé,
Vendredi Agban, Diapoto, Kouté
Samedi Tous les villages de Yopougon et Songon jusqu’au Km44
Source : Nos enquêtes 2020

Sur ce marché, sont vendus le poisson sec, le poisson fumé et l’attiéké. Le programme
tient compte du temps de production de l’attiéké qui est de trois jours et du temps de
séchage ou du fumage du poisson. Ces jours, les femmes de chaque village viennent
vendre au prix de gros sur ce marché à l’exception du dimanche, réservé au culte.
Les villages proches des lagunes (Jacqueville, Dabou, Abobodoumé) sont spécialisés
dans la vente du poisson séché et fumé tandis que les autres villages ne font que
l’attiéké. Ici chaque femme vient vendre sa production. Cette production varie en
fonction de la disponibilité du manioc ou du poisson. Le poisson est vendu dans des
paniers de vingt à cinquante kilogrammes tandis que l’attiéké est vendu en sachet
ou des paniers de cinq à vingt cinq kilogrammes. Dans l’ensemble, en absence de
statistiques c’est environ cinq tonnes d’attiéké et deux tonnes de poissons secs ou
fumés qui sont écoulés par jour selon le gérant du marché.
2.3. Le circuit de commercialisation dans la commune de Yopougon et les
difficultés rencontrées par les coopératives
2.3.1. Le circuit de commercialisation dans la commune de Yopougon

34 RECHERCHES AFRICAINES I N° 027


Chaque marché de coopérative est spécialisé dans la vente en gros d’un ou de
plusieurs gammes de produits. Cette approche influence les flux des marchés dans la
commune de Yopougon. En effet, les produits vivriers sont acheminés sur les marchés
des coopératives localisés à la Siporex. Cette localisation est liée à l’accessibilité de
cet endroit par les camions remorques. D’ailleurs, les marchés publics ne sont pas
conçus pour une coopérative. Les commerçantes ont donc créé avec la complicité de la
mairie, ces marchés sous les poteaux électriques à haute tension, longeant ce quartier.
Les commerçantes de vivriers des autres marchés viennent se ravitailler auprès des
adhérentes de ces marchés ou auprès de celles qui travaillent en partenariat avec les
coopératives de Siporex. Dans certains cas, les vendeuses peuvent se ravitailler sur le
marché d’Adjamé ou à la gare de train de cette commune. Les vendeuses de tomate
et d’oignon sont des exemples illustratifs. On note également des échanges intra
marchés au niveau du vivrier. Une commerçante du marché de Sicogi peut prendre
quatre paniers d’aubergines à la Siporex et sa partenaire du marché de Niangon à son
tour vient se ravitailler avec elle à la Sicogi.
Tableau 5:Marchés desservis par les marchés de Siporex

Marchés d’approvisionnement Marchés de desserte


Marché Dominique Ouattara
Siporex II
Marché Sicogi
Marché Niangon Sud
Siporex IV
Marché Niangon Nord
Siporex VII Marché Sideci
Marché Wassakara
Siporex VIII Marché Faitai
Marché Gesco
Siporex IX Marché Toit rouge
Marché Nouveau quartier
Source Nos enquêtes 2020

2.3.2. Les difficulté des coopératives du vivrier


Plusieurs difficultés minent l’activité commerciale des coopératives à Yopougon.
La situation précaire des marchés sous les poteaux électriques à haute tension
expose les commerçants à des risques d’électrocution. L’absence des documents
financiers et comptables entraîne un manque de rapport financier annuel et l’on
n’est obligé de se contenter des rapports de la FENACOVICI qui regroupe toutes
les coopératives. L’inexistence de la part sociale au sein des coopératives et la
défaillance d’informatisation des données renforcent le pouvoir autocratique de la

RECHERCHES AFRICAINES I N° 027 35


présidente. La gestion familiale des coopératives présage une confusion entre le
compte de la coopérative et celui de la présidente.
3. DISCUSSION
Les résultats de ce travail se transcrivent dans la théorie des contrats (M. Padila, H.
Bencharif, 2001). Les contrats permettent aux agents économiques de coordonner
leurs plans, de coopérer et d’échanger. Les relations contractuelles peuvent être du
type coopératif ou non coopératif. Dans notre étude, la première relation concerne les
coopératives de commercialisation et celles de production. Les contrats ont lieu dans
un contexte d’asymétrie de l’information, où les coopératives de commercialisation
sont mieux informées que celles de production du fait qu’elles soient en contact,
avec les consommateurs urbains. Les premières citées connaissent les besoins
en consommation des citadins. De ce fait pour acquérir les approvisionnements
nécessaires aux marchés urbains, elles s’appuient sur le contrat/facteurs de
production (S. Jaffee, 1992). Dans cette forme de coordination, les coopératives de
commercialisation fournissent les inputs tels que les semences de cultures, les outils
(daba, machette, limes, bottes, arrosoir), les crédits aux coopératives de production.
Dans des cas, elles vont jusqu’à redéfinir la production vivrière des coopératives
de production. Cela a été également relevé à Bouaké par SILUE T, DOHO Bi T.A,
(2019) où l’appel des marchés de cette ville a réorienté la production vivrière de
la région. Des cultures vivrières d’autoconsommation, l’on est passé aux cultures
marchandes. Les producteurs se sont intégrés à la sphère marchande par la vente
systématique des surplus de production : igname, arachide, maïs, manioc etc.
Aussi les besoins de consommation des citadins ont favorisé le développement de
l’agriculture maraîchère dans la ville de Bouaké et ses environnants. Aux légumes
traditionnels, se sont ajoutées les légumes de type européen (haricot vert, carotte,
choux, tomate SODEFEL etc.).
La deuxième relation concerne les coopératives de commercialisation et les spécialistes
particuliers de l’approvisionnement. Ici le contrat codifie les relations entre deux
personnes qui ont intérêt à collaborer mais qui cherchent aussi un maximum de
profit dans la collaboration. Cette forme de coordination met en évidence le contrat/
spécificités des produits (S. Jaffee, 1992). Dans ce cas, les agents cocontractants
se mettent d’accord sur la nature, la qualité, l’espace, ainsi que le temps concret de
livraison. Ce fait est également relevé à Abobo l’une des communes d’Abidjan par
KOFFIE-BIKPO C. Y., (2015). A Abobo comme à Ypougon, la collecte des produits
agricoles repose sur les pisteurs des différentes coopératives, les intermédiaires
indépendants et les producteurs ou les réseaux partenaires.
Les deux relations s’apparentent aux voies de l’approvisionnement alimentaire des
villes de M. Padila, H. Bencharif, (2001). Si la voie du commerce international n’est
pas abordée dans cet article, celle de l’approvisionnement local rural est prise en

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compte dans les deux contrats. En sus, pour mieux respecter le temps concret de
livraison de l’attiéké et du poisson séché ou fumé, une des coopératives en occurrence
la COVAPCI met en évidence la troisième voie, celle de l’approvisionnement local
urbain ou périurbain. En effet, cette coopérative s’appuie sur les villages de la
commune de Yopougon et celle de Songon pour approvisionner leur marché. Cette voie
d’approvisionnement présente plusieurs avantages à savoir l’économie des dépenses
pour le transport des outputs par rapport à la production rurale et l’’intégration des
ceintures vertes dans le développement des villes pour la production, gage d’une
urbanisation écologique.
CONCLUSION
Depuis plusieurs années, les autorités politiques de la Côte d’Ivoire ont initié une
politique accrue d’incitation à la création et à la gestion des microstructures pour
lutter efficacement contre la pauvreté. Ces textes imposent aux coopératives d’avoir
de véritables structures d’entreprise. Celles du vivriers de Yopougon sont confrontées
à d’énormes difficultés organisationnelles, fonctionnelles et financières. Malgré cela,
elles sont impliquées fortement dans l’approvisionnement et la distribution du vivrier
sur les marchés de Yopougon. En définitive l’objectif premier des coopératives qui
est l’amélioration des conditions de vie des adhérents et partant assurer la sécurité
alimentaire de la population abidjanaise est dévoyé faute d’organisations crédibles et
rigoureuses. La forte demande en produits vivriers de la population urbaine toujours
grandissante suscite la nécessité du respect des règles et des lois.
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