CONTRIBUTION A LA CONCEPTION
D’INTERFACE ”INTELLIGENTE” POUR LE
CONTRÔLE de procédés industriels : Application au
Module Décisionnel d’Imagerie
Mustapha Tendjaoui
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Mustapha Tendjaoui. CONTRIBUTION A LA CONCEPTION D’INTERFACE ”INTELLIGENTE”
POUR LE CONTRÔLE de procédés industriels : Application au Module Décisionnel d’Imagerie . In-
terface homme-machine [[Link]]. l’Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis, 1992. Français.
�NNT : 1992VALE0020�. �tel-01421142�
HAL Id: tel-01421142
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N° d'ordre 92.20
THESE
présentée à l'Université de Valenciennes
et du Hainaut-Cambrésis
pour l'obtention du
DOCTORAT
Spécialité Automatique Industrielle et Humaine
Par
Mustapha TENDJAOUI
Ingénieur de l'Ecole Polytechnique d'Alger
CONTRIBUTION A LA CONCEPTION
D'INTERFACE "INTELLIGENTE" POUR LE
CONTROLE
de procédés industriels :
Application au Module Décisionnel d'Imagerie
Soutenue le 20 Novembre 1992 devant la commission d'examen :
MMe : Marie-Claude THOMAS : rapporteur
MM : Jean-Claude ANGUE
Guy BOY : rapporteur
Christophe KOLSKI
Patrick MILLOT
A ma famille,
à ma femme et…
AVANT-PROPOS
Le travail décrit dans ce mémoire a été entrepris à l'Université de Valenciennes
et du Hainaut Cambrésis, au sein du Laboratoire d'Automatique Industrielle et
Humaine, et particulièrement dans l'équipe "Informatique Industrielle et
Communication Homme-Machine" dirigée par le Professeur Patrick MILLOT.
Je tiens à remercier vivement Madame Marie-Claude THOMAS, Directrice de
recherche au Laboratoire I3S ainsi que Monsieur Guy BOY, Directeur de recherche
à l'ONERA, d'être les rapporteurs de mon travail.
J'exprime ma sincère gratitude à Monsieur le Professeur Patrick MILLOT pour
l'aide, les conseils et le soutien qu'il m'a dispensé depuis mon premier jour dans son
équipe.
Je remercie particulièrement Christophe KOLSKI, Maître de conférences, pour
son soutien amical et professionnel, pour le temps qu'il n'a cessé de consacrer à la
direction de mes travaux.
Je tiens à exprimer l'honneur que me fait Monsieur Jean-Claude ANGUE,
Directeur de recherche au L.A.I.H., de faire partie de cette commission.
Je remercie également toutes les personnes qui ont contribué à la réalisation de
ces travaux de recherche et à la préparation de ce mémoire.
Je remercie vivement mes amis(es) et chercheurs du L.A.I.H., pour leur soutien
et le climat de travail agréable et amical qu'ils ont créé.
Enfin, je remercie particulièrement ma femme et ma famille qui ont su être
toujours présents au moment où j'ai eu besoin d'eux.
à mes amis
La science naît au moment où la
société décide de dominer le
monde ou de le reconstruire.
I.M. AL HUSSEINI (1905)
SOMMAIRE
-6-
SOMMAIRE ........................................................................................................ 5
INTRODUCTION GENERALE ....................................................................... 9
CHAPITRE I : SYSTEMES HOMME-MACHINE ET ASSISTANCE
AUX OPERATEURS ................................................................................. 14
INTRODUCTION ............................................................................................. 14
I. POSITIONNEMENT DES SYSTEMES D'ASSISTANCE DANS
L'ARCHITECTURE DES SYSTEMES DE SUPERVISION DE
PROCEDES INDUSTRIELS .................................................................... 16
II. LES BESOINS D'ASSISTANCE DES OPERATEURS DANS LES
SALLES DE CONTROLE ........................................................................ 18
III. CLASSIFICATION DES SYSTEMES D'ASSISTANCE ...................... 32
CONCLUSION .................................................................................................. 43
CHAPITRE II : SYSTEMES DE DIALOGUE HOMME-MACHINE
EVOLUES ................................................................................................... 46
INTRODUCTION ............................................................................................. 46
I. LES INTERFACES FLEXIBLES ............................................................... 47
II. LES INTERFACES TOLERANTES AUX ERREURS HUMAINES .... 52
III. LES INTERFACES EXPERTES ............................................................. 59
IV. LES INTERFACES ADAPTATIVES ...................................................... 63
V. L'OPERATEUR ASSISTANT.................................................................... 69
VI. L'AGENT INTELLIGENT ....................................................................... 74
VII. LES INTERFACES ECOLOGIQUES ................................................... 79
VIII. LES INTERFACES HYPERMEDIA .................................................... 83
CONCLUSION .................................................................................................. 88
CHAPITRE III : UNE APPROCHE D'INTERFACE
"INTELLIGENTE" : LE MODULE DECISIONNEL D'IMAGERIE
(LE M.D.I.) .................................................................................................. 93
INTRODUCTION ............................................................................................. 93
Sommaire
-7-
I. TRAVAUX ANTECEDENTS AU M.D.I. ................................................... 94
II. LE MODULE DECISIONNEL D'IMAGERIE (M.D.I.) .......................102
III. LES CONCEPTS DU MODULE DECISIONNEL D'IMAGERIE ....104
CONCLUSION ................................................................................................113
CHAPITRE IV REALISATION D'UNE PLATE-FORME
EXPERIMENTALE INTEGRANT UNE INTERFACE
"INTELLIGENTE" DE TYPE M.D.I. ..................................................115
INTRODUCTION ...........................................................................................115
I. PRESENTATION GLOBALE DE LA PLATE-FORME
EXPERIMENTALE .................................................................................116
II. LE SYSTEME HOMME-MACHINE SIMULE ....................................119
III. LES OUTILS D'AIDE A L'OPERATEUR ...........................................131
IV. LE MODULE DECISIONNEL D'IMAGERIE ....................................136
CONCLUSION ................................................................................................148
CHAPITRE V VALIDATION TECHNIQUE DE LA PLATE-FORME
EXPERIMENTALE ET PERSPECTIVES ...........................................149
CHAPITRE V : VALIDATION TECHNIQUE DE LA PLATE-FORME
EXPERIMENTALE ET PERSPECTIVES ...........................................150
INTRODUCTION ...........................................................................................150
I. PREMIERE VALIDATION TECHNIQUE DE LA PLATE-FORME
EN LABORATOIRE................................................................................151
II. PERSPECTIVES DE RECHERCHE ......................................................163
CONCLUSION ................................................................................................172
CONCLUSION GENERALE ........................................................................173
BIBLIOGRAPHIE ..........................................................................................177
ANNEXES ........................................................................................................193
ANNEXE A : EXEMPLES D'ARBRES DE DECISION GENERES PAR
L'OUTIL FIRST-CLASS ........................................................................194
Sommaire
-8-
ANNEXE B : EXEMPLES DE PLANS D'ACTIONS .................................201
ANNEXE C : EXEMPLES DE REGLES DE PRODUCTION ..................203
ANNEXE D : EXEMPLES DE COPIES D'ECRAN ...................................205
Sommaire
INTRODUCTION GENERALE
- 10 -
Durant ces dernières années, l'évolution des technologies industrielles, le degré
de complexité de certains matériels, le développement dans tous les domaines, ont
provoqué des changements importants dans le contenu et les méthodes du travail
humain. La place de l'homme dans le système, son rôle, son degré d'autonomie, les
qualifications professionnelles exigées, s'en trouvent modifiés de façon majeure
(SPERANDIO, 1988). Mais, loin de simplifier les tâches de l'opérateur humain,
l'automatisation et l'informatisation des salles de contrôle de procédés industriels
continus en ont considérablement accru la complexité. Cette complexité se traduit
par la quantité de plus en plus importante d'informations que l'opérateur humain doit
traiter afin de mener à bien ses tâches de contrôle et de supervision.
Ainsi, l'automatisation des systèmes de supervision de procédés industriels a
laissé à l'opérateur humain une place des plus importantes, où les tâches sont
devenues essentiellement des tâches mentales de résolution de problèmes. Et, si
l'opérateur dispose de plus en plus d'outils d'aide destinés à l'aider dans ses tâches de
conduite et de supervision, ces outils restent inefficaces dans certaines conditions
puisque l'ensemble des dysfonctionnements n'est souvent pas modélisable de façon
exhaustive.
Parallèlement, les procédés se développent en taille et en complexité, et les
contraintes de production et de sécurité et les contraintes économiques deviennent de
plus en plus sévères. Dans ces conditions, les risques d'erreurs humaines deviennent
très importants et l'opérateur humain se voit alors confier le rôle de garant ultime de
la sécurité du système lorsque celui-ci est déficient.
Ainsi, afin d'aider les opérateurs lors de leurs prises de décision, la tendance de
ces dernières années consiste à les assister d'outils faisant généralement appel à des
techniques de l'Intelligence Artificielle, tels que les systèmes experts. Ces systèmes
sont capables de s'adapter à un grand nombre de situations de conduite, en faisant
appel à des heuristiques modélisées et stockées dans leurs bases de connaissance. Par
exemple, on retrouve de plus en plus, dans les salles de contrôle, des systèmes d'aide
au diagnostic, des systèmes d'aide à la correction et à la reprise des défauts, etc. Se
pose alors le problème de la communication entre l'opérateur humain et ces systèmes
d'aide.
Un champ de recherche récent vise à résoudre celui-ci à l'aide d'une interface
graphique assurant les interactions homme-machine, capable de s'adapter aux
Introduction générale
- 11 -
différents traitements cognitifs mis en œuvre par l'opérateur lors de la réalisation de
ses tâches de contrôle et de supervision.
Dans ce but, les recherches actuelles étudient la nature, la composition et
l'implantation des interactions homme-machine à travers le développement
d'interfaces dites "intelligentes".
Notre travail consiste à étudier et à proposer une approche d'interface
"intelligente" appelée Module Décisionnel d'Imagerie (M.D.I.) (TABORIN et al.,
1987). Le M.D.I. vise à choisir automatiquement le contenu informationnel des
synoptiques de supervision en utilisant des techniques issues de l'intelligence
artificielle pour répondre aux trois questions suivantes : (1) QUOI présenter à
l'opérateur, (2) QUAND le présenter et (3) COMMENT le présenter. Dans ce but,
ce mémoire se compose de cinq chapitres.
Le premier chapitre discute de l'évolution des systèmes homme-machine durant
ces dernières années, et du rôle et des caractéristiques de l'opérateur humain dans les
salles de contrôle de procédé industriel. Puis, il dresse un bilan des types de systèmes
actuellement capables de l'assister dans ses tâches, en mettant en évidence la
problématique de l'interface homme-machine.
Le second chapitre est consacré à une étude bibliographique sur les travaux de
recherche théoriques et pratiques concernant les interfaces dites "évoluées" ou
"intelligentes". On rencontre ainsi dans la littérature des approches d'interfaces
évoluées sous la forme d'interface flexible, d'interface tolérante aux erreurs
humaines, d'interface experte, d'interface adaptative, d'opérateur assistant, d'agent
intelligent, d'interface hypermédia ou encore d'interface écologique.
Le troisième chapitre justifie d'abord l'orientation de nos travaux vers une
interface dite "intelligente", à partir de travaux antérieurs et des principes recensés
dans le chapitre II. Ce chapitre présente ensuite les concepts et les principes
constituant le M.D.I., ainsi qu'une architecture fonctionnelle intégrant celui-ci.
Le quatrième chapitre est consacré à la description d'une plate-forme
expérimentale destinée à évaluer les concepts proposés dans le chapitre précédent.
Cette plate-forme est constituée principalement de plusieurs ensembles de modules :
une première version du Module Décisionnel d'Imagerie, un outil d'assistance à
l'opérateur intégrant un ensemble de fonctionnalités, un procédé simulé, et enfin des
Introduction générale
- 12 -
modules spécifiques permettant la gestion des échanges d'informations entre les
différents modules de la plate-forme au travers d'une zone mémoire commune.
Dans le cinquième chapitre, une première validation technique de la plate-forme
est présentée. Ce chapitre décrit également un ensemble de perspectives de recherche
concernant d'une part l'évaluation ergonomique du M.D.I., et d'autre part l'évolution
de celui-ci.
Introduction générale
- 13 -
Chapitre I
SYSTEMES HOMME-MACHINE
ET
ASSISTANCE AUX OPERATEURS
Introduction générale
- 14 -
CHAPITRE I : SYSTEMES HOMME-MACHINE ET
ASSISTANCE AUX OPERATEURS
INTRODUCTION
Les psychologues du travail, ainsi que les automaticiens humains, limitent le
système homme-machine à l'ensemble intégré d'éléments en interaction destiné à
exécuter en coopération une fonction prédéterminée (ROUHET, 1988). La notion de
système est ainsi voisine de celle d'unité fonctionnelle (JOHANNSEN, 1982). En ce
sens, le système peut être un poste de travail, un groupe de postes, un atelier, etc.
Quand le système homme-machine comporte plusieurs opérateurs humains et
plusieurs machines, il est qualifié de multidimensionnel (ROUHET, 1988).
En général, un système homme-machine prend donc la forme d'un ensemble de
sous-systèmes et d'éléments dont le fonctionnement de chacun peut être caractérisé
par un ensemble de paramètres.
Dans le système Homme-machine élémentaire proposé par LEPLAT et CUNY
(1969), l'homme dialogue avec la machine en lui envoyant des commandes. La
machine, sensible aux perturbations provenant de son environnement, renvoit
différentes données vers l'homme et éventuellement vers d'autres systèmes en aval.
Dans ces conditions, l'homme est considéré, particulièrement, comme un récepteur :
il reçoit différentes informations provenant de la machine, mais reste très sensible
aux autres types de source d'information, tels que le téléphone, les bruits, la voix
d'autres opérateurs en amont ou en aval du système homme-machine, etc.
Au cours de ces dernières années, l'évolution technologique a vu les procédés
industriels se développer en taille et en complexité. Dans ces conditions, la place de
l'homme dans le système, son rôle, son degré d'autonomie, les qualifications
professionnelles exigées, s'en trouvent modifiés de façon majeure (SPERANDIO,
1988). En effet, cette évolution se traduit, par exemple, par une quantité
d'information de plus en plus importante que l'opérateur humain doit traiter, afin de
mener à bien ses tâches de contrôle et de supervision.
Pour répondre aux nouveaux besoins des systèmes homme-machine de ce type
et respecter les contraintes de sécurité, de production ou encore de sauvegarde de
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 15 -
l'environnement devenant de plus en plus sévères, une solution consiste à assister
l'opérateur humain dans la réalisation de ses tâches. C'est ainsi que des systèmes
d'assistance sont introduits progressivement dans les salles de contrôle et de
supervision. Ces systèmes exploitent certaines données en provenance du procédé
dans le but de générer de nouvelles informations utiles pour l'opérateur humain, tels
que des diagnostics, des conseils d'action, etc. Ce dernier dialogue avec l'ensemble
des composants de ce système homme-machine, grâce à une interface dont le rôle est
de sélectionner et de présenter à l'homme les données utiles provenant de la machine
d'une part et du (des) système(s) d'assistance d'autre part.
Nos travaux portent sur les systèmes d'assistance à l'opérateur (G. Boy a écrit
un livre sur le sujet en 1988), intégrés dans les systèmes homme-machine de
supervision de procédés industriels (de type unités de production continues, réseaux
d'énergie, transports automatisés, etc). La première partie de ce chapitre positionne
plus précisément la notion de système d'assistance dans l'architecture des systèmes
de supervision. La deuxième partie met en évidence différents types d'assistance à
apporter à l'opérateur humain, à travers une étude sur ses caractéristiques, son rôle et
ses fonctions dans les salles de contrôle. Enfin, la troisième partie dresse une
classification des principaux types de systèmes d'assistance existant.
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 16 -
I. POSITIONNEMENT DES SYSTEMES D'ASSISTANCE
DANS L'ARCHITECTURE DES SYSTEMES DE
SUPERVISION DE PROCEDES INDUSTRIELS
Pour mieux définir la notion de système d'assistance, il est essentiel de situer ce
dernier par rapport au système de supervision de procédés complexes. L'utilisation
croissante des systèmes informatiques, tels que les calculateurs, les micro-
calculateurs, ou les automates programmables mène actuellement à une architecture
de conduite basée sur la notion de contrôle hiérarchisé, figure I.1 (SHERIDAN,
1985).
O pé rate u r
Hum ain
)
Communicat ion des Exécut ion de
informat ions, présentation des commandes, ou
variables du procédé demandes d'informat ion Int eraction entre
l'homme et le
SYST EME DE système de
CONDUIT E E T conduite et de
Int erface Opérat eur - Calculateur DE régulation
RE GULAT ION
Calculateur Système
de d'assistance
Supervision à l'opérateur
T ransmission des
signaux vers les
calculat eurs
locaux
)
Calculateur Calculateur Calculateur
Local N° 1 Local N°2 ••• Local N° n
Calculateurs
locaux
interagissant
Sous-système Sous-système ••• Sous-système direct ement
n° 1 n° 2 n° n avec le procédé
PROCEDE
Figure I.1 : Architecture des systèmes de supervision adaptée de celle de
SHERIDAN (1985)
Cette architecture, très générale, regroupe essentiellement le procédé, le
système de conduite et de régulation et l'opérateur humain :
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 17 -
- Le procédé est composé généralement d'un ensemble de sous-systèmes. Par
exemple, une centrale nucléaire est composée de plusieurs sous-systèmes tels
que le circuit primaire, le circuit secondaire, le circuit d'approvisionnement
en eau de refroidissement, etc.
- Le système de conduite et de régulation se compose généralement de
calculateurs locaux, d'un calculateur de supervision, d'un ou plusieurs
système(s) d'assistance à l'opérateur et d'une interface homme-machine :
• Les calculateurs locaux sont chargés d'interagir avec chacun des sous-
systèmes du procédé. Ils supportent notamment les différents
algorithmes de régulation.
• Le calculateur de supervision centralise un ensemble d'informations
provenant des différents calculateurs locaux. Il se charge de la
surveillance du fonctionnement par comparaison avec un modèle du
fonctionnement du système globale. Il se charge aussi d'acheminer
les différentes actions de l'opérateur vers chacun des sous-systèmes
concernés, grâce aux différents calculateurs locaux, coordonnant
ainsi les différents sous-systèmes en générant leurs consignes.
• Le(s) système(s) d'assistance à l'opérateur, à partir de l'exploitation de
différentes données centralisées au niveau du calculateur de
supervision, génère(nt) de nouvelles informations. Ces informations
peuvent prendre, par exemple, la forme de plans de reprise de
défauts, de diagnostics, de conseils, etc.
• L'interface homme-machine possède un rôle très important, car elle est
chargée de sélectionner et de mettre en forme l'ensemble des
informations provenant du calculateur de supervision ainsi que ceux
provenant du système d'assistance.
- L'opérateur humain est le garant ultime de la sécurité du système. Son rôle
ainsi que sa place dans le système de conduite seront expliqués
progressivement dans chapitre.
Dans la partie suivante, nous détaillons globalement les besoins de l'opérateur
humain en matière d'assistance. Ces besoins sont le résultat d'une analyse
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 18 -
bibliographique des caractéristiques, du rôle et de la fonction de l'opérateur humain
dans les salles de contrôle de procédés industriels complexes.
II. LES BESOINS D'ASSISTANCE DES OPERATEURS
DANS LES SALLES DE CONTROLE
Après avoir positionné les différents composants d'un système de supervision, il
s'agit maintenant d'étudier dans un premier temps le rôle de l'opérateur humain dans
les salles de contrôle de procédé industriels complexes. Puis, il importe d'analyser
certaines caractéristiques de l'opérateur humain afin d'identifier les différentes aides
à lui apporter.
II.1. ROLE DE L'HOMME DANS LA CONDUITE DE PROCEDES
INDUSTRIELS
Il est très rare de rencontrer en 1992 des boucles de régulation en manuel, car ce
que l'opérateur humain est capable de faire dans ce domaine, l'automatisme peut et
doit le faire. L'opérateur devrait donc se consacrer quasi-exclusivement aux tâches
intelligentes de résolution de problèmes.
A ce sujet, LEJON (1991), dans une étude sur le rôle futur de l'opérateur
humain, envisage l'évolution de celui-ci selon quatre aspects : (1) assurer les
régulations et les automatismes, (2) optimiser la marche du processus, (3) pallier les
défauts de l'automatisme et (4) pallier les inévitables défauts du processus.
- Assurer les régulations et les automatismes. Ce rôle diminue régulièrement et
doit disparaître à long terme, car, comme nous l'avons souligné
précédemment ce que l'homme peut faire sous la forme de tâche
"algorithmique", la machine doit le faire. Cependant, on constate que, bien
que le potentiel algorithmique des systèmes numériques de contrôle
commande (SNCC) soit considérable, celui-ci reste très sous-exploité dans la
majorité des applications à cause de la très large utilisation des régulateurs
PID (Proportionnel Intégral Dérivé). Le PID est utilisé, de nos jours, dans
près de 94% des applications industrielles (LEJON, 1991)
- Optimiser la marche du processus. Ce rôle doit disparaître avec l'apparition
des calculateurs, mieux adaptés aux traitements des calculs complexes
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 19 -
d'optimisation que le cerveau humain. De plus, les programmes
d'optimisation, qu'ils soient algorithmiques ou à base de systèmes experts,
peuvent désormais de plus en plus tenir compte, à la fois de l'expertise issus
des opérateurs et des ingénieurs du procédé (sous la forme de règles de savoir
faire typiquement humaines) et de différentes formes de modélisation des
connaissances à mettre en œuvre (BENKIRANE et al., 1990).
- Pallier les défauts de l'automatisme. C'est un rôle très important, mais qui va
en s'amenuisant avec l'introduction de redondances matérielles et logicielles à
tous les niveaux. Ce rôle diminue donc au fur et à mesure que la fiabilité des
systèmes s'améliore. Notons à ce sujet que de gros efforts sont entrepris dans
ce domaine, depuis son introduction par CHAPOUILLE en 1972, faisant
suite à un transfert important de technologie dans les systèmes de production,
dans les années 70 (GUILLEVIC, 1990).
- Pallier les inévitables défauts du processus. C'est sans doute l'unique et le
principal rôle qui restera pour l'opérateur humain en salle de contrôle. En
effet, les automatismes sont incapables de résoudre ou simplement de prendre
en compte l'ensemble des inévitables défauts du processus, et à ce sujet, il est
évidemment impossible de rendre tout les processus redondants. Cependant,
pour éviter des arrêts fréquents des installations, dont le coût est
considérable, on cherche à rendre acceptables des régimes de marche
dégradés, pour lesquels on préfère produire moins ou un produit de qualité
moindre plutôt que d'arrêter le processus. Dans de telles situations, la prise en
compte des petits défauts du processus, par l'opérateur humain, restera l'une
des tâches principales de celui-ci, et cela pour quelques années encore.
Nous venons de citer les rôles de l'opérateur humain qui sont concurrencés
progressivement par les technologies nouvelles telles que les SNCC. Cependant, la
réalisation des objectifs de production ne peut être assurée exclusivement par des
automatismes, étant donnée la limite des modèles de comportement des processus.
DE TERSSAC et CHABAUD (1990) distinguent à ce niveau trois types de fonctions
qui se combinent pour orienter le rôle de l'opérateur humain :
- La fonction de réalisation de tâches explicites. Le rôle de l'opérateur humain
se traduit, dans ce cas, par des essais périodiques, des manœuvres
exceptionnelles, l'arrêt et le démarrage des installations, etc.
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 20 -
- La fonction de gestion d'événements non prévus. Le rôle de l'opérateur
consiste essentiellement ici à assurer la continuité de la production dans le
respect des impératifs de sécurité, par le traitement de tous les événements
contredisant le déroulement de la production. C'est le cas, par exemple dans
les centrales d'énergie où, dans certaines conditions, l'opérateur de
dispatching d'électricité doit faire face à un déséquilibre entre l'intensité et la
capacité de production des centrales françaises. Ce déséquilibre peut provenir
d'un accroissement de la demande en raison par exemple des condition
climatiques ou d'une baisse de production suite à la mise hors service d'une
unité de production.
- La fonction de gestion des tâches implicites dans les instructions. C'est le cas
où l'opérateur doit exécuter un schéma d'exécution pré-établi par d'autres
personnes, les experts du processus en l'occurrence. Ce schéma représente les
actions à entreprendre face à une situation donnée. Mais, la formalisation du
schéma est plus ou moins complète et plus ou moins précise, d'où le caractère
implicite de la fonction de l'opérateur, qui doit alors ajuster de lui même les
défauts du formalisme, tant en matière de précision qu'en matière de lacunes.
La qualité de tels ajustements dépendra alors de son expérience et de ses
connaissances.
Dans le souci de mieux aider l'opérateur dans les différents rôles qui lui sont
attribués, des recherches visent à mieux cerner ses caractéristiques. Certaines d'entre
elles sont développées dans la partie suivante.
II.2. CARACTERISTIQUES DE L'OPERATEUR HUMAIN
L'opérateur humain, élément évidemment essentiel dans un système homme-
machine, est au centre de nombreuses études. Ces études sont entreprises
particulièrement par des chercheurs issus des sciences cognitives. Ceux-ci tentent
d'en définir les caractéristiques et il importe que les concepteurs d'outils d'assistance
puissent les considérer avec attention. D'après DE KEYSER (1987), Il existe
plusieurs manières de caractériser l'opérateur humain : comme un système de
communication, comme un régulateur, comme un décideur statique ou encore
comme un processeur d'information :
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 21 -
- L'homme comme un système de communication. Dans ce cas, l'homme est
considéré comme un système dont le rôle est de coder et décoder
l'information. Cette caractérisation de l'homme est la plus ancienne qui existe.
En effet, elle est issue des travaux de SHANNON et WEAVER (1949) sur la
théorie du traitement de signal. Ces auteurs notent cependant que l'homme a
une capacité limitée. Cette façon de considérer l'opérateur humain trouve très
vite ses limites, car elle exclut les aspects subjectifs contenus dans
l'information et plus particulièrement la signification de l'information (DE
KEYSER, 1987). Cette caractérisation a été exploitée lors de différents
travaux visant la modélisation d'un opérateur humain, tels ceux relatifs au
modèle MESSAGE (TESSIER, 1984 ; BOY, 1986) qui sera commenté dans
le paragraphe II.3, ainsi que dans le chapitre suivant, paragraphe VIII.3).
- L'homme comme un régulateur. L'opérateur est considéré, dans ce cas, comme
un servo-mécanisme. Il ajuste des conduites pour réduire un éventuel écart
entre l'objectif assigné et l'objectif réalisé (FAVERGE, 1972). L'opérateur
humain doit, par exemple, ajuster l'ouverture d'une vanne, pour combler les
écarts par rapport à la consigne d'une variable du processus. Notons ici que ce
type de caractérisation de l'opérateur humain n'existe presque plus car comme
LEJON (1991) le suggère, cette tâche est souvent relativement facile à
automatiser.
- L'homme comme décideur. Cette caractéristique sera toujours présente chez
l'opérateur humain. En effet, dans des conditions particulières, l'opérateur
doit identifier les différentes alternatives possibles en termes de solution à un
problème. Par la suite, il doit évaluer le coût de chaque solution. Ce coût peut
être évalué de façon très différente d'un opérateur à l'autre. Enfin, il doit se
décider sur le choix d'une solution ou d'une action. Cette caractérisation est à
la base de certains travaux de modélisation de l'opérateur humain, tels ceux
de CACCIABUE et al. (1990) ou encore STASSEN (1986).
- L'homme comme processeur d'information. Une certaine analogie entre
l'homme et l'ordinateur en tant qu'entités traitant de l'information est à
l'origine de cette caractérisation de l'opérateur humain. Cette analogie a été
notamment développée par ROUSE (1980) dans des modèles "de files
d'attente" où il compare l'homme à un ordinateur traitant de l'information en
temps partagé, c'est-à-dire capable d'exécuter plusieurs tâches en
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 22 -
échantillonnant son attention sur chacune d'elles. CARD et al. (1983)
s'inspirent de cette caractérisation de l'opérateur pour définir le modèle
KEYSTROKE.
Dans un contexte de contrôle d'un procédé industriel, on peut mettre en avant
sans souci d'exhaustivité certaines caractéristiques de l'opérateur humain, à
considérer avec attention :
- Le travail en séquence. Les opérations de lecture d'instrumentations,
d'interprétation de ces lectures et d'élaboration des stratégies de reprise se
font successivement et non de façon parallèle (ROUHET, 1988). Ainsi, afin
d'aider l'opérateur, des systèmes de synthèse d'information peuvent être mis à
sa disposition. Nous pouvons citer à ce sujet le système décrit par ROUSE et
al. (1982) : celui-ci assiste un pilote effectuant une procédure d'action, en lui
présentant simultanément sur un écran alphanumérique l'ensemble des
informations qu'il doit considérer, facilitant ainsi ses opérations de traitement
d'information.
- Le besoin constant d'information. Le cerveau humain ressent très mal
l'absence d'information sur son écran de contrôle, et de ce fait, il cherche à en
recueillir par tous ses capteurs disponibles (WANNER, 1987).
- La compensation de l'augmentation de difficulté d'une tâche par une
augmentation de l'activité humaine. Lors de l'exécution de sa tâche,
l'opérateur humain investit une fraction de sa capacité de travail pour faire
face à la charge de travail induite par cette tâche. Or toute augmentation de la
charge de travail se traduit par une augmentation de l'activité humaine ou par
la modification des modes opératoires, ceci afin d'éviter de saturer la capacité
du canal humain (MILLOT, 88).
- La possession d'une représentation mentale. L'opérateur raisonne à partir
d'une représentation mentale personnelle du système qu'il supervise ; il utilise
un modèle mental associant les réponses que le système fournit aux actions
qu'il reçoit (voir à ce sujet OCHANINE, 1971 et WANNER, 1987). Il
importera donc que l'interface homme-machine lui facilite la construction de
ce modèle mental.
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 23 -
- L'incapacité de l'homme d'estimer les risques encourus dans une situation
donnée. Dans certains cas, en essayant d'augmenter la rentabilité de son
système, l'opérateur en arrive à transgresser des consignes de sécurité ou à
modifier leurs règles d'emploi en réduisant leurs marges. La mise en place
d'un système pouvant prédire l'évolution du processus, même si la prédiction
n'est pas parfaite ou incomplète, peut aider l'opérateur dans ce type de
situation (VAN DER VELDT et VAN DEN BOOMGAARD, 1986).
On tend de plus en plus à constater que "moins nombreux sont les hommes sur
une installation automatisée, plus important est leur rôle et plus lourdes de
conséquences sont leurs décisions et leurs actions sur l'efficacité du système"
(DECOSTER, 1988). Comme on l'a souligné, les tâches de l'opérateur dans un
système de plus en plus automatisé sont devenues essentiellement des tâches
mentales. Celles-ci font l'objet de nombreuses études, et des chercheurs s'intéressent
particulièrement aux nécessités suivantes : comprendre, surveiller, apprendre,
interpréter, planifier et intervenir (HOC, 1990 ; WANNER, 1987, etc). Elles sont
résumées sur la figure I.2.
- L'opérateur doit comprendre chaque information qui lui est présentée, son
codage, sa signification ainsi que le contenu informationnel qu'elle apporte. Il
est donc nécessaire d'adapter l'imagerie, et en particulier les synoptiques de
l'interface homme-machine, afin de permettre à l'opérateur de mieux prendre
conscience du processus physique et par voie de conséquence de mieux le
maîtriser (LEJON, 1991). Notons que si l'opérateur comprend une situation
donnée, il va acquérir une certaine connaissance de cette situation, ce qui lui
permet d'apprendre.
- Il a à surveiller toutes les variations qui s'opèrent au niveau des variables
caractéristiques du procédé à superviser. Afin d'aider l'opérateur dans ce type
de tâche, une hiérarchisation des alarmes est par exemple nécessaire. Dans ce
contexte, ANDOW (1980) décrit un système capable de présenter à
l'opérateur l'ensemble des alarmes actuelles en les regroupant en plusieurs
sous-ensembles disjoints, ces sous-ensembles étant classés selon le degré de
gravité engendré par l'alarme. De plus, chaque sous-ensemble comprend en
tête de liste l'alarme principale, puis l'ensemble des alarmes qui en sont la
conséquence. Ce type d'assistance est connu sous le nom de système de
filtrage d'alarme. En surveillant les paramètres du processus, l'opérateur doit
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 24 -
pouvoir facilement interpréter les différentes informations qui lui sont
présentées, ce qui lui permettra notamment de comprendre la situation dans
laquelle fonctionne le processus.
COMPRENDRE SURVEILLER
APPRENDRE INTERPRÉTER
PLANIFIER
INTERVENIR
Figure I.2 : Enchaînement des taches mentales de l'opérateur humain, inspiré des
travaux de RASMUSSEN (1986)
- L'opérateur doit apprendre de nouvelles procédures de correction et de
nouvelles situations de fonctionnement du procédé, afin de devenir
progressivement un expert dans ce domaine. Il apprend en situation réelle ou
lors de séances de formation. A ce sujet, DANIELLOU (1986) passe en revue
plusieurs approches de formation, notamment :
• La formation / Conception. Cette approche repose sur l'analyse par les
opérateurs eux-mêmes de leur travail futur sur les installations. Ils
peuvent ainsi élaborer des questions auxquelles les responsables
techniques devront pouvoir répondre par des actions de formation.
• La formation modulaire. Les opérateurs apprennent, de façon
modulaire, les différents symptômes de bon ou de mauvais
fonctionnement des différentes parties de l'installation.
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 25 -
• Les connaissances fondamentales. La formation se base sur la maîtrise
de connaissances physiques fondamentales. Les opérateurs
apprennent ainsi à maîtriser les lois régissant certains phénomènes
physiques tels que les échanges de chaleur.
• Le travail sur simulateur. C'est peut être la méthode la plus employée
dans le cas où le processus est modélisable et donc simulable. C'est
notamment le cas de la formation des pilotes d'avions. Cette méthode
permet de simuler, sans risque réel, des situations incidentelles
particulières.
• La formation "sur le tas". L'opérateur qui débute est mis en double
avec un opérateur expérimenté. C'est la méthode la plus utilisée dans
le cas où le processus n'est pas modélisable, ou lorsque le travail est
lié au savoir faire typiquement humain.
- Il importe que l'opérateur puisse interpréter toute alarme ou tout dépassement
de seuil d'une variable afin d'identifier la situation dans laquelle fonctionne le
procédé. Après avoir interprété une situation, l'opérateur peut apprendre
celle-ci, en vue de répondre à une nouvelle situation, ou chercher à
comprendre les causes de cette situation. Il peut ainsi planifier les actions
compensatrices ou correctrices puis intervenir sur le processus.
- L'opérateur doit planifier des procédures de reprise suite à l'apparition d'un
défaut dans le fonctionnement du procédé. Cette planification nécessite une
bonne connaissance du procédé. Il existe de plus en plus des systèmes
d'assistance à la planification de tâches capables de proposer à l'opérateur un
diagnostic de la situation, complété par des conseils de correction sous forme
de plans d'action, par exemple le système ESCORT (SACHS et al., 1986) ou
le système d'assistance réalisé lors du projet ALLIANCE (CALOUD et al.,
1988) qui effectuent un diagnostic de panne et proposent à l'opérateur des
conseils pour corriger la situation.
- Une fois le défaut identifié et le plan d'action choisi ou établi, l'opérateur doit
intervenir sur le procédé. Cette intervention doit en principe ramener le
système à superviser vers une situation normale. Mais, si l'opérateur est
insuffisamment expérimenté ou si le plan d'action qu'il a établi ou choisi est
incomplet, la situation peut se dégrader.
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 26 -
On retrouve l'ensemble de ces notions dans plusieurs approches actuelles de
modélisation de l'opérateur humain en salle de contrôle, faisant l'objet de la partie
suivante.
II.3. APPROCHES DE MODELISATION DE L'OPERATEUR HUMAIN
Pour rendre l'assistance à l'opérateur meilleur, il est nécessaire d'aménager
ergonomiquement le poste de travail de l'opérateur. Cependant, si certains
aménagements peuvent être identifiés de façon empirique, ce n'est pas le cas dans
des tâches complexes à forte composante mentale (MILLOT, 1988). En effet, celles-
ci nécessitent un aménagement ergonomique du logiciel concernant, notamment, le
mode de présentation, la sélection et la cadence des informations échangées en
fonction des tâches à exécuter et du contexte opérationnel du procédé. L'ergonome
doit avoir donc une connaissance ou un modèle des processus mentaux impliqués
dans les différentes activités induites par la tâche. Il doit aussi savoir comment ces
processus mentaux s'enchaînent les uns par rapport aux autres. De plus, il faut
comprendre ce que l'opérateur est en train de faire afin de pouvoir, éventuellement,
corriger certaines des erreurs humaines. Pour toutes ces raisons, des études sont
activement menées. Le but de celles-ci est de définir des modèles normatifs de
comportement d'un ensemble d'opérateurs, dans des contextes bien particuliers, car
sans les considérations du facteur humain, l'utilisation de tout système va nécessiter
un temps d'apprentissage ou d'entraînement des utilisateurs très important et peut
conduire, dans certains cas limites, à une non utilisation du système qui sera alors
abandonné (DE KEYSER, 1988 ; WALSH et al. 1989).
En résumé, on part d'une hypothèse de comportement de l'opérateur (une
norme) et on recherche un outil permettant de représenter, voire de simuler, ce
comportement (MILLOT, 1988).
Ainsi, dans un but final de conception de systèmes d'assistance adaptés aux
besoins de l'opérateur, il est nécessaire d'étudier le comportement décisionnel de
celui-ci et de parvenir à la définition de modèles représentatifs. Des recherches se
sont donc orientées ces dernières années vers des modèles cognitifs. Sans souci
d'exhaustivité, nous résumons dans ce paragraphe les principes de plusieurs
approches de modélisation.
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 27 -
Le modèle qualitatif de résolution de problème de Rasmussen (1980), figure I.3,
a constitué une ouverture très importante dans la modélisation de l'opérateur humain.
Ce modèle décrit le comportement d'un opérateur impliqué dans des tâches de
supervision et de résolution de problèmes. Il propose quatre étages décisionnels : la
détection d'un événement anormal suite à l'apparition d'une alarme ou à la détection
d'un certain seuil (A1), l'évaluation de la situation afin identifier l'état du procédé
qu'il supervise (A2, A3 et A4), la prise de décision (A5, A6) et l'exécution des
actions résultantes (A7). On remarque sur la figure l'existence de raccourcis lors de
la résolution de problèmes.
Objectifs
A4
Prédiction, Evaluat ion des
Alternatives
Evaluation de la situation
E3 Et at du Stratégie
système Générale E4
Identification de l'état Définition des tâches
Prise de décision
A3 du système Choix des alternatives A5
E2 Ensemble des
Observat ions T âches E5
A2 Observat ion des Définition d'une A6
Informations Procédure
Détection d'événements
E1 Alerte Procédures E6
Action
Alarme ou dét ection Exécut ion de la A7
A1 d'un état Anormal procédure
Act ivité de trait ement de l'information ou Action
Connaissances résultant du traitement d'information
Figure I.3 : Modèle conceptuel de résolution de problème (RASMUSSEN, 1980)
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 28 -
Partant de ce modèle, RASMUSSEN (1983) définit pour l'opérateur humain
trois types de comportements : (1) un comportement basé sur l'habileté ; (2) un
comportement basé sur les règles et (3) un comportement basé sur la connaissance,
figure I.4.
Buts
Symboles
Comportement basé sur la connaissance Identification Planification
(Knowledge based behaviour) Décision d'action
Signes
Comportement basé sur les règles
Reconnaissance Association Règles
(Rule based behaviour)
de situation Etat -> T âche d'intervention
Comportement basé sur l'habileté
Prise Activités
(Skill based behaviour)
en compte Sensori-motrices
Entrées
d'informations
Signaux Actions
Figure I.4 : Les trois types du comportement de l'opérateur humain d'après
RASMUSSEN (1983)
• Comportement basé sur l'habilité (Skill Based Behavior). L'opérateur exécute
de façon quasi-réflexe des actions correctrices en réponse à des informations
perçues sous forme de signaux. Dans ce cas, l'opérateur, expérimenté en
général, associe directement les actions aux signaux perçus.
• Comportement basé sur les règles (Rule Based Behavior). L'opérateur, face à
des situations familières, réagit par ce comportement, qui le conduit à
l'application d'un certain nombre de règles pour identifier la situation
courante du procédé qu'il supervise. Il adopte alors directement des actions
ou des procédures de reprises pré-établies. L'opérateur dans ce cas réagit à
des signes pratiques.
• Comportement basé sur la connaissance (Knowledge Based Behavior).
L'opérateur adopte, en dernier recours, ce comportement lorsqu'il est face à
des situations nouvelles ou imprévues. Il doit ainsi émettre des hypothèses,
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 29 -
les vérifier et prédire l'évolution du procédé en vue d'éventuelles actions de
correction. Dans ce cas, l'opérateur réagit suite à des symboles qualitatifs
caractérisant les différents éléments considérés et se référant à son propre
modèle interne.
De nombreux travaux de modélisation de l'opérateur humain sont apparus
depuis. Parmi ces travaux, certains ont abouti à l'élaboration d'un modèle
d'opérateur, dans des conditions bien ciblées, par exemple :
- MESSAGE (TESSIER, 1984) modélise à la fois plusieurs systèmes impliqués
dans les tâches de pilotage d'un avion ou de gestion de vol lors d'une mission
simulée. Il modélise les traitements d'information de chaque sous-système
(pilote, copilote, avion piloté et contrôle au sol) et les différents transferts
entre ces sous-systèmes. Ce modèle visait deux objectifs majeurs : délivrer
les taux d'occupation de chacun des canaux (visions centrale et périphérique,
audition, parole, mains, pieds) du pilote et du copilote et fournir les indices
statiques de charge induits par les afficheurs et actionneurs du poste de
pilotage.
- KARL (KNÆUPER et ROUSE, 1985) est un système à base de
connaissances qui simule, à l'aide de règles de production, le comportement
humain dans les tâches de résolution de problème rencontrées dans le
contrôle et la supervision d'un procédé dynamique, telles que la détection de
défauts, le diagnostic et la reprise d'un défaut et le suivi d'action. L'originalité
de KARL est qu'il ne vise pas à simuler les performances optimales mais à
reproduire celles de l'opérateur, bonnes ou mauvaises, compte tenu des ses
connaissances, de façon à mieux connaître les types d'erreurs humaines. Des
comparaisons ont été faites entre les performances obtenues par quatre
groupes d'opérateurs (de qualifications différentes) et KARL, dans des tâches
de surveillance d'un procédé simulé. Les résultats de ces comparaisons ont
montré que le modèle duplique très bien les performances globales de chacun
des 4 groupes d'opérateurs mais sans appliquer tout à fait les mêmes
séquences d'actions. Les auteurs expliquent en partie ce demi-échec par les
fortes différences inter-individuelles constatées dans chaque groupe
d'opérateurs. En conséquence, cette approche, très attractive, de modélisation
du comportement humain par un système à base de connaissance se heurte au
délicat problème de l'extraction des connaissances de l'opérateur à simuler,
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 30 -
ceci est dû à deux raisons essentielles : (1) l'opérateur ne dit pas toujours ce
qu'il fait réellement, (2) il sait ce qu'il doit faire mais ne le fait pas toujours.
- COSIMO (CACCIABUE et al., 1990) est issu de travaux menés au centre de
recherche européen de l'ISPRA. Ces travaux visent l'étude et la réalisation
d'un modèle de comportement d'opérateurs de conduite de procédé
automatisé. L'architecture du modèle d'opérateur humain est basé sur deux
niveaux cognitifs de raisonnement et de prise de décision : (1) le niveau
"HAUT" permet d'exploiter les connaissances de l'opérateur en reconnaissant,
en continu, les différentes situations et en construisant des stratégies de
surveillance et de contrôle, (2) le niveau "BAS" permet l'accomplissement
d'une réponse pré-programmée ou d'une stratégie planifiée dans le but de
satisfaire une intention clairement définie. Ce modèle permet actuellement
d'étudier le comportement de l'opérateur face à des situations particulières de
conduite. Cette approche de modélisation est implantée en un module cognitif
basé sur des techniques résultant de l'Intelligence Artificielle Distribuée. En
effet, ce module est implanté dans une architecture "Blackboard" (NII, 1986),
le blackboard consistant en une zone de données communes où plusieurs
agents, sources de connaissances, écrivent ou lisent dans le but de trouver
une solution par coopération, à l'aide d'un système de contrôle. Ce modèle a
fourni des premiers résultats encourageants concernant l'étude du
comportement de l'opérateur face à des situations d'urgence. En effet,
COSIMO vise à modéliser les trois types de comportement identifiés par
RASMUSSEN (1983). Il se compose de 4 modules principaux assurant les
fonctions suivantes :
• Le filtrage des informations issues de l'environnement externe (le
procédé) simule la sélection des informations selon deux critères : la
"salience physique" reflète les propriétés des informations observées,
et la "salience cognitive" exprime la pertinence de l'information pour
la tâche en cours.
• Le diagnostic est destiné à proposer des explications au problème
rencontré et fournit des hypothèses à ce sujet. Cette activité est
simulée par un système à base de connaissance selon un mécanisme
dirigé par les données.
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 31 -
• La confirmation des hypothèses, c'est à dire leur vérification, est
ensuite effectuée pour générer des symptômes fournis par le procédé.
Cette activité est également simulée par un système à base de
connaissance mais selon un mécanisme dirigé par les buts. A ces
symptômes sont associées les actions correctrices dans la base de
connaissance.
• Les actions résultantes sont enfin appliquées sur le procédé par le
module d'exécution.
Dans l'état actuel, COSIMO ne permet toutefois pas de modéliser le
comportement intelligent (Knowledge Based Behavior).
Notons que les techniques de l'Intelligence Artificielle Distribuée, en particulier
de résolution distribuée de problème, sont de plus en plus mises à contribution pour
la modélisation du comportement de l'opérateur humain. Par exemple, une autre
application basée sur une architecture "Blackboard", en l'occurrence, le modèle
OFMspert (RUBIN et al., 1988) peut être cité à cet effet. Ce modèle tend à
modéliser les intentions de l'opérateur dans une architecture de type blackboard.
En conclusion, les efforts menés dans ce domaine sont considérables mais
restent insuffisants. Toutefois grâce au développement de nouvelles techniques,
telles que les réseaux neuronaux, d'autres portes se sont entrouvertes vers la
modélisation du comportement de l'opérateur humain (BERSINI, 1989).
Dans le but de faciliter le travail de l'opérateur, il s'agit maintenant d'étudier les
possibilités d'assistance informatique aux tâches humaines citées précédemment. Le
paragraphe suivant classifie, à cet effet, différentes approches d'assistance.
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 32 -
III. CLASSIFICATION DES SYSTEMES D'ASSISTANCE
Le champ de recherche consacré aux problèmes de l'assistance effective à
apporter à l'opérateur humain dans les salles de contrôle de procédés industriels est
très vaste. La tendance actuelle consiste à les assister d'outils faisant généralement
appel à des techniques de l'Intelligence Artificielle tels que les systèmes experts
(BOY, 1988A). En effet, ces systèmes sont capables de s'adapter à un grand nombre
de situations de conduite, en faisant appel à des heuristiques modélisées dans leurs
bases de connaissance. De nombreux chercheurs travaillent dans le domaine de
l'assistance à l'opérateur, et il n'est pas possible de décrire tous les travaux existants.
Notre objectif est ici de rappeler certains principes de base relatifs à l'assistance à
l'opérateur, et ceci afin de mieux situer nos travaux. Pour aller plus loin dans le
domaine de l'assistance à l'opérateur, le lecteur se référera par exemple aux travaux
de BOY (1988A; 1988B, 1990), SHALIN et ses collègues (1988 ; 1990),
AMALBERTI et ses collègues (1991 ; 1992) ou encore ROTH, BENNETH et
WOODS (1988).
Cependant, quel que soit l'outil d'assistance développé, il doit répondre à un
certain nombre de critères tels que :
- Etre capable de guider l'opérateur de façon fiable vers les problèmes à
résoudre, en synthétisant les informations pertinentes (TABORIN, 1989).
- Aider les opérateurs dans les situations d'urgence, en leur fournissant des
informations sur l'état de fonctionnement du processus et en leur donnant des
conseils d'actions.
- Favoriser la capacité de prévision des opérateurs (ROUSE, 1973), en mettant
à leurs disposition des affichages prédictifs, même si la prédiction n'est pas
parfaite (VAN DER VELDT et VAN DEN BOOMGAARD, 1986),
- etc.
La liste des systèmes d'assistance, qui tendent à être implantés progressivement
dans les salles de contrôle de procédés industriels, s'allonge de jour en jour. Il s'agit
maintenant de recenser et classifier ces différents types de systèmes d'assistance.
L'implantation de ces systèmes d'assistance dans les salles de contrôle doit conduire
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 33 -
à une réorganisation des tâches de l'opérateur et du calculateur, afin d'aboutir à une
meilleur coopération entre eux, une des premières phases d'implantation de ces
systèmes d'assistance étant consacrée au mode d'intégration de ces systèmes dans le
système global de supervision (TABORIN, 1989).
A cet effet, FININ et KLEIN (1987) proposent une classification de différents
systèmes d'assistance, tableau I.1, selon leurs possibilités d'intégration dans les
systèmes de supervision.
Quatre classes de systèmes, les consultants, les servants, les agents et les
contrôleurs sont successivement décrites. Puis, deux classes supplémentaires sont
proposées.
Tableau I.1 : Classification des systèmes d'assistance en fonction de leur mode
d'intégration, adaptée de FININ et KLEIN (1987)
Les entrées du
système
d'assis tance de
proviennent du
l'Opérateur Procédé
Les résultats sont Humain
communiqués
à Les Les
l'Opérateur Consult ant s Cont rôleurs
humain
au Les Les
Procédé Servant s Agents
III.1. LES CONSULTANTS
Les "consultants" sont des systèmes généralement non connectés au procédé,
figure I.5, auxquels l'opérateur transmet toutes les données dont ils ont besoin afin
qu'ils puissent lui fournir, par exemple, des conseils d'action ou un diagnostic. Dans
ce cas, les techniques des systèmes experts ont montré leur efficacité. Les
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 34 -
consultants fonctionnent en général suivant une approche dite statique. En ce sens, le
système raisonne à partir d'une description initiale du procédé et de connaissances
pré-enregistrées, il pose des questions à l'opérateur lorsque le raisonnement est
bloqué par un manque d'information.
Dans cette classe d'outils, nous retrouvons par exemple le système
COCCINELLE (HOURIEZ et al., 1988), qui est un système expert d'aide au
diagnostic des causes de défauts en coulée continue d'acier. Ce système base son
raisonnement sur des symptômes introduits par l'opérateur humain. Il peut ainsi
délivrer un rapport détaillé du diagnostic.
Environnement
Opérateur
Requêtes Conseils
Consultant
Déc isions / Ac tions
Informations
Procédé
Figure I.5 : Positionnement des "consultants" dans le système homme-machine
Dans cette classe de système d'assistance, les bases de connaissance contiennent
soit un modèle du procédé en question soit un modèle des traitements à effectuer sur
le procédé sous la forme d'une base de données, soit sous la forme de règles
d'expertise. C'est le cas notamment du système expert SE-DIAG qui regroupe ces
deux classes de modèles (MARRAKCHI, 1986). Le but recherché lors de la
réalisation de ce système, est la possibilité d'une adaptation, la plus aisée possible, à
toutes les machines de production electro-hydrolico-mécanique. A cet effet, SE-
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 35 -
DIAG est doté de quatre niveaux de connaissance, les 2 premiers modélisent le
procédé, les deux suivant modélisent les savoir-faire humains de diagnostic :
- Le premier niveau constitue le modèle fonctionnel de chaque composant du
système. Il s'agit des modèles de référence que possède chaque dépanneur,
qui lui permettent de choisir les tests les plus judicieux pour prouver la
défaillance d'un composant.
- Le deuxième niveau correspond à une représentation structurelle des
composants du système. Cette partie de connaissance constitue l'aspect
spécifique du système relativement à un matériel particulier.
- Le troisième niveau consiste en la description d'une stratégie générale
d'analyse reflétant la méthodologie d'un dépanneur. Il s'agit de décrire un
mode de déplacement dans la structure de la machine pour focaliser
progressivement vers l'origine d'un défaut. Ce niveau débouche sur une base
de connaissances contenant des règles de production.
- Enfin, le dernier niveau concerne une description du savoir-faire de diagnostic
sur la machine, c'est-à-dire la connaissance spécifique sur les
dysfonctionnements et les symptômes associés. Cette description permet de
focaliser plus rapidement vers l'origine du défaut.
Pour ce type de système d'assistance, l'interface homme-machine prend une part
très importante, à cause notamment des aspects de saisie d'informations nécessaires
au diagnostic.
III.2. LES SERVANTS
Les "servants" sont des systèmes connectés directement au procédé, figure I.6.
Ils sont capables d'effectuer des commandes directes sur le procédé à partir de
données provenant de l'opérateur. Dans cette classe, l'opérateur joue le rôle
d'assistant du calculateur.
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 36 -
Environnement
Opérateur
Informations
Informations Servant
Déc isions / Ac tions
Procédé
Figure I.6. Positionnement des "servants" dans le système homme-machine
Il n'existe pas encore, à notre connaissance, de système d'assistance
opérationnel appartenant à cette classe. Néanmoins, nous pouvons classer dans cette
catégorie, les systèmes dits "tolérants aux erreurs humaines". Ces systèmes reçoivent
les commandes provenant de l'opérateur humain et traitent celles-ci afin de détecter
celles dont les conséquences touchent à la sécurité ou la production du système.
Dans ce cas, les commandes néfastes sont remplacées par d'autres commandes pré-
établies, ou tout simplement refusées. Nous pouvons citer les travaux entrepris dans
ce domaine par ROUSE et MORRIS (1985) ou MALVACHE (1990). Les systèmes
"tolérants aux erreurs humaines" seront détaillés dans le chapitre suivant.
Dans les systèmes d'assistance de type "servant", l'interface homme-machine
doit faciliter et optimiser les actions de l'opérateur. Mais celui-ci doit de plus lui
permettre de pouvoir suivre l'évolution des variables du procédé et de comprendre
les modifications éventuelles apportées à ses actions.
III.3. LES AGENTS
Les "agents" sont des systèmes "intelligents" d'auto-contrôle, connectés
directement au procédé. Il sont en principe capables de prendre des décisions et
d'appliquer les actions correspondantes sur le procédé, figure I.7. La boucle de
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 37 -
contrôle du système est fermée en excluant l'opérateur humain, qui n'a donc qu'un
rôle de superviseur à jouer. Ce dernier n'intervient donc qu'en cas de situation
inhabituelle que l'agent n'est pas capable de prendre en compte.
Environnement
Opérateur
Informations
Agent
Informations Déc isions / Ac tions
Procédé
Figure I.7. : Positionnement des "agents" dans le système homme-machine.
Pour agir directement sur le procédé, un système de cette classe doit donc avoir
une connaissance très complète sur celui-ci. Or, cela n'est possible que si le procédé
est très simple et facilement modélisable, de sorte que le système d'assistance et de
contrôle soit très fiable. C'est le cas notamment du système expert ARTIFACT
(FRANCIS et LEITH, 1985). Il faut remarquer que la notion d'aide à la décision n'a
plus vraiment de sens ici car pour les tâches effectuées par l'agent l'homme est
pratiquement exclu de la boucle d'interaction sur le procédé. De ce fait, se substitue
la notion de système d'aide à l'action qui s'inscrit dans le cadre d'une coopération
"horizontale", proposée par MILLOT (1988), où l'opérateur humain et le système
d'aide sont placés au même niveau décisionnel par rapport au procédé, possédant
dans certaines mesures, le "même" pouvoir de contrôle sur celui-ci. Une application
d'une telle coopération homme-machine est actuellement réalisée dans le domaine du
contrôle aérien, dans le cadre d'une collaboration entre le L.A.I.H et le Centre
d'Etude de la Navigation Aérienne. Cette application vise le partage des tâches de
surveillance du trafic aérien, de détection et de résolution de conflits en vol de nuit
entre le contrôleur aérien et un système expert SAINTEX (DEBERNARD et al.,
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 38 -
1992). Le principe est de répartir dynamiquement les tâches entre l'opérateur et
SAINTEX. Ce dernier intervient essentiellement de deux façons, faisant
actuellement l'objet d'expérimentations :
• de manière "explicite", quand l'opérateur estime que sa charge de travail est
trop importante : il se décharge ainsi de certaines tâches en les confiant à
SAINTEX ;
• de manière "implicite", quand les performances du système global se
dégradent suite à une surcharge de l'opérateur : dans ce cas, un étage
décisionnel supérieur décharge l'opérateur de certaines tâches en les confiant
à SAINTEX.
Il importe que des considérations particulières soit données à l'élaboration de
l'interface homme machine, pour cette classe de système d'assistance. En effet,
l'opérateur ne s'occupant pas de certaines tâches, il doit tout de même facilement
pouvoir suivre l'évolution de celles-ci. Il a besoin de comprendre aussi toutes les
actions entreprises par le système d'aide.
III.4. LES CONTROLEURS ("MONITORS")
Les "contrôleurs" sont connectés directement au procédé, figure I.8, par
l'intermédiaire d'un ensemble de capteurs ou de calculateurs. Ils récupèrent ainsi
toutes les informations nécessaires à leur diagnostic et proposent à l'opérateur des
conseils de haut niveau à partir de l'analyse des données provenant des capteurs.
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 39 -
Environnement
Opérateur
Aide à la décision
Déc isions / Ac tions Contrôleur
Informations
Procédé
Figure I.8 : Positionnement des "contrôleurs" dans le système homme-machine
Afin de générer des conseils de haut niveau, le contrôleur doit intégrer un ou
plusieurs modèle(s) du procédé pouvant prendre la forme de bases de données, de
règles de production et/ou encore de réseaux de causalité. C'est le cas par exemple
des systèmes suivants représentatifs de cette classe :
- Le système expert temps réel PICON (MOORE et al., 1984) est sans doute le
plus connu des systèmes de cette classe. Il propose à l'opérateur, suite à une
phase de diagnostic, l'action corrective à entreprendre, le temps qu'il faut
pour que celle-ci soit efficace et le résultat attendu de l'action en utilisant,
pour cela, deux types de connaissances : des connaissances structurelles sur
le procédé et des connaissances heuristiques sur le fonctionnement de celui-
ci. PICON a été enrichi pour devenir le système G2, qui est un outil de
développement d'applications d'aide à la conduite de procédé en ligne (ESIA,
1992). Cet outil assure la formalisation du savoir-faire en intégrant les
connaissances du procédé, d'exploitation et de maintenance. Il est organisé
autour de six modules : (1) un base de données temps réel reposant sur une
implantation objet, (2) un moteur d'inférence d'ordre 1, (3) un éditeur
d'interface multi-fenêtres, (4) des interfaces d'acquisition de données, (5) un
simulateur numérique et (6) un séquenceur temps réel de tâches.
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 40 -
- Le système ESCORT (SACHS et al., 1986) effectue un diagnostic de panne et
propose à l'opérateur des conseils pour corriger la situation. Il est implanté
sur une machine LISP et utilise des règles de production établies à partir de
connaissances fonctionnelles sur les liens directs entre les alarmes et les
causes possibles.
- Le système d'assistance réalisé lors du projet ALLIANCE (CALOUD et al.,
1988) est capable de prédire l'état futur du procédé à partir de la situation de
fonctionnement courante, et de proposer, si une mauvaise évolution a été
prédite, des conseils d'actions préventives visant à contrecarrer cette
évolution. De plus, dans le cas où l'évolution prédite diffère de l'évolution
courante, le système est capable de diagnostiquer l'événement survenu. Dans
ce cas, la connaissance est modélisée sous la forme d'un graphe de causalité.
Ces principes se retrouvent dans le système PREDEX (GAMBIEZ et al.,
1990 ; 1991).
III.5. AUTRES CLASSES
Nous pouvons citer encore deux autres classes de systèmes d'assistance : les
"filtres décisionnels" et les "contrôleurs décisionnels".
Les "filtres décisionnels" sont semblables aux servants. Cependant les décisions
sont prises par l'opérateur et sont filtrées, éliminant ainsi celles dont les
conséquences peuvent être fâcheuses, figure I.9.
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 41 -
Environnement
Opérateur
Déc isions / Ac tions
Informations Filtre
Déc isions / Ac tions
Procédé
Figure I.9 : Positionnement des "filtres décisionnels" dans
le système homme-machine
En combinant les systèmes de type contrôleurs et ceux de type filtres
décisionnels, nous obtenons une nouvelle classe de système d'assistance. Celle-ci
peut être appelée "contrôleurs décisionnels", figure I.10.
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 42 -
Environnement
Opérateur
Déc isions /
Actions Aide à la décision
Contrôleur
Informations décisionnel
Déc isions /
Actions Informations
Procédé
Figure I.10 : Positionnement des "contrôleurs décisionnels" dans le système homme-
machine
En raison de l'importance du flux d'information provenant des "contrôleurs" et
des "contrôleurs décisionnels", il est important que l'interface homme-machine soit
capable de gérer ce flux, en choisissant l'information la plus utile et sa représentation
la plus adaptée pour chaque situation et rendre ainsi sa compréhension et son
utilisation plus faciles pour l'opérateur humain.
Nos travaux concernent plus particulièrement ces deux types de systèmes
d'assistance.
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 43 -
CONCLUSION
Après avoir décrit le positionnement des systèmes d'assistance dans
l'architecture des systèmes de contrôle et de supervision de procédé industriels, nous
avons présenté dans ce chapitre l'évolution du rôle de l'opérateur humain en salle de
contrôle. Ainsi, l'évolution technologique entraîne des changements dans les modes
de contrôle des procédés industriels. Dans le cas de fonctionnement normal, les
automatismes, de plus en plus nombreux, assurent la plus grande partie du travail de
régulation grâce notamment aux PID et aux systèmes numériques de contrôle
commande (SNCC). Cependant, dès qu'un défaut survient et que la situation se
dégrade, l'opérateur humain devient très sollicité.
Les tâches de l'opérateur sont devenues hautement cognitives et exigent de sa
part des connaissances de plus en plus importantes. Une solution visant à faciliter le
travail de l'opérateur consiste à intégrer dans le système homme-machine des
systèmes informatiques d'assistance à l'opérateur humain. Cette assistance peut se
présenter sous plusieurs formes, et consister par exemple en une aide à la reprise de
défauts, au diagnostic, ou encore à l'évaluation de la situation. Après avoir décrit un
ensemble de caractéristiques humaines que le concepteur d'outil d'assistance devra
considérer, il a été possible de répartir globalement les systèmes d'assistance en
quatre classes : les consultants, les servants, les agents et les contrôleurs
("monitors"). Ces classes se différencient particulièrement par les modes de
coopération instaurés entre l'homme et la machine, au niveau de la transmission des
informations provenant du procédé et de la réalisation d'actions sur celui-ci.
Mais, un certain nombre de problèmes est lié à l'élaboration de ces systèmes
d'assistance à l'opérateur. Ces problèmes concernent par exemple la modélisation du
procédé, la prise en compte des tâches à réaliser par l'opérateur et surtout le mode de
dialogue entre ces systèmes d'assistance et l'opérateur humain. Ces systèmes
d'assistance utilisant de plus en plus des techniques issues de l'intelligence
artificielle, le dialogue entre l'opérateur humain et ces systèmes est devenu un
problème qu'il faut résoudre rapidement. En effet, dans ces conditions, l'opérateur
humain se retrouve confronté à des heuristiques souvent inspirées des modes de
traitement de l'information par lui-même (!). Mais, le rapport entre l'opérateur
humain et de telles heuristiques reste mal maîtrisé actuellement et constitue un
champ de recherche encore mal exploré (HOC, 1990).
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
- 44 -
Pour résoudre le problème du dialogue homme-machine, de nombreuses
recherches sont entreprises. Parmi ces recherches, certaines visent l'étude, la
composition et la mise en œuvre des interactions homme-machine au travers
d'interfaces dites évoluées. Notre contribution s'insère dans cette nouvelle classe
d'interface homme-machine. Elle vise la réalisation d'une interface "intelligente",
basée sur des modèles et des connaissances sur les différents partenaires mis à
contribution, en l'occurrence le procédé, le système d'assistance et l'opérateur
humain.
Dans le chapitre suivant, nous parcourons différents types d'interfaces dites
évoluées à travers plusieurs approches pratiques ou théoriques rencontrées dans la
littérature.
Chapitre I : Systèmes Homme-Machine et assistance aux opérateurs
Chapitre II
SYSTEMES DE DIALOGUE
HOMME-MACHINE
EVOLUES
- 46 -
CHAPITRE II : SYSTEMES DE DIALOGUE HOMME-
MACHINE EVOLUES
INTRODUCTION
Comme l'a précisé le chapitre précédent, les systèmes homme-machine se sont
développés ces dernières années entraînant des changements profonds au niveau des
systèmes de contrôle et de supervision. Ces changements ont entraîné une
réorganisation des rôles de l'homme et de la machine. Alors que les tâches de bas
niveau sont laissées à l'automatisme, on a attribué à l'opérateur humain des tâches
hautement cognitives. Dans ces conditions, les systèmes d'assistance mis à la
disposition de l'opérateur peuvent lui offrir une aide précieuse.
Le problème du dialogue entre ces systèmes d'assistance et l'opérateur humain
occupe une place très importante dans l'élaboration des systèmes homme-machine.
Une solution à ce problème consiste en la mise en œuvre d'une interface "évoluée".
Il existe plusieurs principes d'interface capables de mieux aider les opérateurs
dans leur dialogue avec les systèmes d'assistance ou le procédé. Cependant, la notion
d'interface "évoluée" provient d'un grand nombre de propositions dans la littérature,
pour caractériser les interfaces utilisant la notion "d'intelligence", ou encore les
systèmes d'aide à la décision "intelligents" intégrant un système de gestion de
l'interface utilisateur. L'interface évoluée se charge exclusivement du problème de
dialogue entre l'opérateur humain et l'ensemble des partenaires du système homme-
machine.
On rencontre dans la littérature des approches d'interfaces évoluées sous la
forme d'interface flexible, d'interface tolérante aux erreurs humaines, d'interface
experte, d'interface adaptative, d'opérateur assistant, d'agent intelligent, d'interface
hypermédia ou encore d'interface écologique. Cette liste n'est évidemment pas
exhaustive, mais se veut représentative des approches originales rencontrées. Dans
ce chapitre, nous présentons successivement un ensemble d'approches en décrivant
le principe de chaque type d'interface, sa structure informatique générale et un
exemple représentatif d'application.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 47 -
I. LES INTERFACES FLEXIBLES
I.1. PRINCIPE
Le concept d'interface flexible est apparu dans la littérature durant les années
80. Il vise à permettre l'utilisation d'un même support de dialogue pour communiquer
avec plusieurs systèmes différents.
L'opérateur peut configurer l'interface et ses supports selon des critères
personnels subjectifs : préférences dans les modes de présentation et/ou les styles
d'interaction (WILLIGES et al., 1987). Une interface de ce type peut également être
qualifiée de "configurable" ou "d'adaptable".
I.2. STRUCTURE GENERALE
Une interface flexible est composée généralement d'un ensemble de bases de
données exploitées par un gestionnaire de présentation (que l'on peut retrouver
également sous la dénomination "presentation manager" dans la littérature
anglophone). Ce gestionnaire de présentation est piloté par l'opérateur humain selon
l'application visée. Les connaissances requises pour une interface flexible sont
regroupées généralement dans 3 bases de données, Figure II.1 :
- La première base contient l'ensemble des protocoles de communication avec
les différentes applications constituant l'environnement de travail de
l'opérateur, car généralement chaque application possède son propre système
de communication. Cette base est définie a priori par le concepteur.
- La deuxième base contient les modes de présentation (couleurs, tailles de
fenêtres, etc) et les différents styles d'interaction accessibles aux utilisateurs
de l'interface. Cette base est définie a priori par le concepteur.
- La troisième base, spécifique à chaque utilisateur du système global, contient
les préférences de chaque opérateur dans les modes de présentation et/ou
dans les styles d'interaction. Ces préférences dépendent souvent de leurs
propres habitudes. Cette base est modifiable par l'utilisateur.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 48 -
Ainsi, en sélectionnant l'application, l'opérateur sélectionne implicitement,
grâce au sélecteur d'application, le protocole de communication adéquat. Il peut alors
dialoguer avec l'application à travers une interface déjà configurée mais assez
flexible pour être reconfigurée de façon simple, et à tout moment par l'opérateur.
Figure II.1 : Structure d'une interface flexible
I.3. EXEMPLE D'UNE INTERFACE FLEXIBLE
Une étude de MULLER (1988) porte sur l'élaboration d'une interface flexible
permettant l'utilisation de plusieurs outils d'Intelligence Artificielle (IA) et l'accès à
plusieurs bases de données. Ces outils d'IA et ces bases de données sont répartis sur
un réseau de trois ordinateurs non compatibles du point de vue de leur exploitation,
figure II.2. Le problème consistait ici à trouver un moyen d'accéder aux bases de
données et aux outils d'Intelligence Artificielle de ces ordinateurs de manière à ce
que cette opération reste transparente pour l'utilisateur, car en effet, pour utiliser une
ressource d'un ordinateur, l'utilisateur aurait dû connaître au moins quelques
instructions du système d'exploitation de celui-ci.
La solution proposée par MULLER consiste en l'utilisation d'une interface
flexible gérée par un ordinateur intermédiaire. Si l'opérateur veut accéder à
l'ordinateur 1 à travers l'ordinateur intermédiaire, celui-ci se charge alors d'émuler
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 49 -
l'ordinateur 1, grâce aux bases de connaissance et de données qu'il possède. Il en est
de même pour les deux autres ordinateurs. De ce fait, quelle que soit la destination
de la requête de l'opérateur, celle-ci sera toujours exprimée de la même façon. Ainsi,
la tâche de l'opérateur est simplifiée car il peut utiliser les mêmes instructions et la
même interface de dialogue pour questionner n'importe quel ordinateur de ce réseau.
Il peut de plus modifier certaines caractéristiques du dialogue homme-machine.
figure II.2 : Réseau de trois ordinateurs de systèmes d'exploitation différents
accessibles par une interface flexible
D'après MULLER (1988), cette interface a connu beaucoup de succès chez ses
utilisateurs. Validée sur les aspects de consultation de bases de données, elle a donné
de bons résultats, de sorte que l'auteur envisage maintenant une extension de celle-ci
vers "une interface universelle" valable pour le plus grand nombre d'ordinateurs
possibles.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 50 -
I.4. DISCUSSION
Ce type de système de dialogue peut être intégré dans les systèmes d'assistance
de type "filtre décisionnels", figure II.3. En effet, les actions de l'opérateur sont
filtrées et traduites dans le langage de l'application sélectionnée. De plus, pour ce
type de système de dialogue, les informations provenant du procédé sont, de la
même façon que les actions de l'opérateur, filtrées et traduites selon un style pré-
défini par l'opérateur.
Environnement
Opérateur
Informations Déc isions / Ac tions
Filtre
Informations Déc isions / Ac tions
Procédé
Figure II.3 : Intégration des interfaces flexibles dans des systèmes d'assistance de
type "filtres décisionnels"
Le problème de la flexibilité des interfaces homme-machine se pose
généralement lors de l'utilisation d'un ensemble d'applications hétérogènes.
Ce problème est par exemple très sensible chez les consultants de bases de
données. En effet, chaque ordinateur possède souvent son propre protocole de
dialogue. Cet état de fait augmente ainsi globalement la période d'apprentissage des
utilisateurs, et par voie de conséquence le coût d'utilisation. Le principe de l'interface
flexible est donc très intéressant à ce point de vue.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 51 -
Cependant, pour plusieurs types d'équipements servant plusieurs systèmes
d'exploitation, le coût de développement devient proportionnel au nombre
d'utilisateurs, au nombre d'applications et surtout à leur hétérogénéité.
Néanmoins, ce type de système de dialogue est prometteur dans le domaine du
contrôle de procédés industriels, puisqu'il vise à faciliter à l'opérateur l'utilisation des
différents outils informatiques mis à sa disposition, situation que l'on retrouve très
souvent dans les salles de contrôle.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 52 -
II. LES INTERFACES TOLERANTES AUX ERREURS
HUMAINES
II.1. PRINCIPE
La mise en œuvre d'interfaces tolérantes aux erreurs humaines se base
généralement sur les résultats de travaux préalables consistant en l'observation des
opérateurs dans des situations simulées. Ces observations visent à identifier leurs
différentes erreurs se traduisant par des actions ne satisfaisant pas un ensemble pré-
défini de critères de production et/ou de sécurité.
En situation réelle, le principe de ces interfaces consiste alors à remplacer,
améliorer ou annuler les actions humaines inappropriées. Cette méthode repose sur
le fait que l'opérateur humain est toujours sujet à des erreurs intempestives même s'il
est assisté, lors de ses tâches, par des outils d'assistance performants (ROUSE et
MORRIS, 1985 ; MALVACHE, 1990).
II.2. STRUCTURE GENERALE
La structure d'une interface tolérante aux erreurs humaine est généralement
composée de trois modules principaux (figure II.4) :
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 53 -
Figure II.4 : Structure générale d'une interface tolérante aux erreurs humaines
- Un premier module appelé décodeur traduit les intentions prenant la forme
d'actions de l'opérateur en données exploitables par le système informatique.
- Un second module classifie d'abord l'action présumée de l'opérateur, en se
basant sur un modèle des tâches prescrites de l'opérateur et sur un modèle de
l'application. Puis, il la corrige, dans le cas où elle n'est pas conforme avec
les consignes de production et/ou de sécurité.
- Un troisième module est chargé d'expliquer à l'opérateur les problèmes liés à
l'action d'origine et les avantages apportés par l'action corrigée, vis-à-vis des
consignes de départ.
II.3. EXEMPLE D'INTERFACE TOLERANTE AUX ERREURS
HUMAINES
Les travaux visant la réalisation d'interfaces tolérantes aux erreurs humaines se
basent généralement sur des recherches menées en fiabilité humaine parvenant à des
typologies d'erreurs humaines, telles celles proposées par RASMUSSEN (82),
ROUSE et ROUSE (1983), LEPLAT (1985), RASMUSSEN et VICENTE (1987),
etc. Le système RESQ, décrit par HOLLNAGEL (1989), est capable de détecter en
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 54 -
ligne des erreurs humaines, dans un domaine bien ciblé. Il intègre des méthodes
d'identification et d'évaluation de plans d'actions ainsi que d'élimination d'erreurs.
RESQ est un des composants du système développé dans le cadre du projet
GRADIENT (Projet Esprit #857). Un des buts du projet est de réaliser un système
d'assistance "intelligent" pour le contrôle de procédés industriels complexes de type
centrale d'énergie. RESQ utilise des techniques de reconnaissance de plans afin
d'assister l'opérateur de contrôle. RESQ supervise les actions de l'opérateur afin de
détecter les situations où celles-ci s'avèrent incohérentes ou incorrectes vis-à-vis des
buts de l'opérateur, par exemple : quand l'opérateur oublie une action commencée
dans le passé, quand l'exécution de l'action est retardée, quand plusieurs actions sont
exécutées en même temps, etc.
Le système RESQ est constitué de 5 modules principaux, figure II.5 :
- L'identificateur des plans détermine, en utilisant la bibliothèque de plans, dans
quel plan l'action de l'opérateur se situe.
- L'évaluateur des plans utilise des règles pour classer les différents plans
identifiés, selon leur probabilité d'être utilisés.
- Un Blackboard contient un ensemble de données caractérisant la meilleure
estimation de ce que l'opérateur est en train de faire : le nom du plan courant,
les buts de ce plan, les actions déjà exécutées de ce plan et la prochaine étape
probable du plan.
- Le Gestionnaire de l'erreur calcule l'importance de l'erreur et détermine si oui
ou non il faut informer l'opérateur et lui demander d'intervenir pour corriger
l'erreur. Ce module est aussi capable de fournir à l'opérateur les causes de son
erreur, en utilisant une base de connaissance gérant les actions de celui-ci.
- La Bibliothèque des plans contient l'ensemble des plans supposés connus par
l'opérateur. Un plan est constitué par un ensemble d'actions, un but et des
contraintes. Le but est atteint quand l'ensemble des actions est achevé sous
les contraintes spécifiques à ce plan.
D'après HOLLNAGEL, la mise en œuvre et l'évaluation de RESQ ont donné
des résultats prometteurs, ce qui ouvre des perspectives d'utilisation dans de
nombreux autres domaines. Néanmoins, l'idée doit être encore affinée avant
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 55 -
d'envisager son transfert industriel, en particulier en profitant des avancées récentes
et attendues de l'Intelligence Artificielle Distribuée (IAD) et notamment des travaux
sur la génération de plans (MANDIAU et al., 1991B). De plus un tel système
pourrait être complété par un mécanisme d'Apprentissage Automatique pour enrichir
la bibliothèque de plans.
Le système RESQ est représentatif des approches actuelles contribuant à la
tolérance d'erreurs humaine. Plusieurs autres approches existent dans la littérature.
Par exemple, ASTRÖM (1991) propose des idées issues de l'intelligence artificielle,
comme les systèmes à base de connaissance, les réseaux neuronaux, l'apprentissage,
la simulation qualitative et les techniques du contrôle flou pour gérer intelligemment
les commandes d'un procédé.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 56 -
Figure II.5 : L'architecture du système RESQ (HOLLNAGEL, 1989)
II.4. DISCUSSION
Ce type de système de dialogue peut être intégré dans les systèmes d'assistance
de type "filtre décisionnels", figure II.6. En effet, les actions de l'opérateur dont les
conséquences peuvent être fâcheuses sont filtrées.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 57 -
Environnement
Opérateur
Déc isions / Ac tions
Informations Filtre
Déc isions / Ac tions
Procédé
Figure II.6 : Intégration des interfaces tolérantes aux erreurs humaines dans des
systèmes d'assistance de type "filtres décisionnels"
L'utilité d'un tel principe de tolérance aux erreurs humaines est indéniable.
Cependant, ce principe n'est pas toujours applicable.
En effet, un tel système doit se baser soit sur un modèle de l'application (qui
n'existe pas toujours et d'ailleurs quand il existe, il n'est pas toujours fiable), soit sur
des procédures de correction pré-établies à l'aide d'expériences préalables. Dans ce
dernier cas, la liste des actions correctrices ne peut être exhaustive, car elle est
généralement établie grâce à des scénarios de pannes bien définis. Mais, dans la
réalité, il arrive que de nouvelles situations de pannes surviennent. Celles-ci sont
donc méconnues de l'opérateur et de l'interface tolérante aux erreurs humaines. Les
risques d'erreurs deviennent alors importants, et une interface de ce type peut bien
entendu s'avérer inefficace dans ces conditions.
Ce type de système de dialogue est en tout état de cause particulièrement
prometteur par sa capacité à s'adapter aux commandes de l'opérateur humain. Ainsi,
en plus des travaux déjà cités, ceux de nombreux autres chercheurs contribuent à la
réalisation d'interfaces tolérantes aux (ou à certaines) erreurs humaines dans le
domaine de l'assistance à l'opérateur. Par exemple, dans un but final d'aide
"intelligente" aux pilotes d'avion, AMALBERTI (1986) propose une classification
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 58 -
des erreurs humaines en quatre types : (1) les erreurs de routine et d'inattention, (2)
les erreurs guidées par un faux modèle mental, (3) les erreurs dues à un manque de
connaissances, (4) les erreurs de personnalité. MASSON et DE KEYSER (1992)
visent à concevoir un système "intelligent" de prévention d'erreurs de routine dans
un contexte de contrôle de procédé. A ce sujet, de nombreux autres modèles
d'erreurs humaines existent dans la littérature, tels celui proposé par NORMAN
(1981), ou encore celui proposé par ROSCOE (1980) dans le domaine de
l'aéronautique, ces deux modèles concernant particulièrement les erreurs
d'inattention.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 59 -
III. LES INTERFACES EXPERTES
III.1. PRINCIPE
Dans le concept d'interface experte ALTY et GUIDA (1985) considèrent
l'interface comme un intermédiaire "intelligent" pouvant supporter des coopérations
entre deux partenaires, l'homme et la machine, dans un contexte de résolution de
problème. Une telle interface doit être capable :
- de gérer les communications homme-machine du point de vue linguistique et
conceptuel, afin de rendre la compréhension de l'autre "partenaire" plus facile
et plus efficace ;
- d'assister l'utilisateur pour une utilisation correcte et efficace du système, en
prenant une part active dans le processus de résolution de problème, dans
lequel il se trouve ;
- d'entraîner progressivement l'utilisateur dans l'utilisation du système
informatique.
Une interface experte prend la forme d'un système expert intégrant dans ses
bases de connaissances une expertise sur les modes possibles de coopération
homme-machine.
III.2. STRUCTURE GENERALE
D'après ALTY et GUIDA, le système expert constituant cette approche
d'interface "intelligente" utilise quatre types de connaissances : des connaissances
sur (i) l'utilisateur de l'interface et du système, (ii) sur les buts du système à
interfacer, (iii) sur le domaine du problème à résoudre et (iv) sur un module
intermédiaire capable de traduire les requêtes de l'utilisateur dans le langage du
système et inversement.
La structure informatique d'une interface experte comporte principalement trois
modules, figure II.7 :
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 60 -
- Le gestionnaire de dialogue s'occupe des interactions avec l'utilisateur. Son
but est de gérer le dialogue, en langage naturel1, avec celui-ci.
- Le résolveur de problème est en relation directe avec l'application. Son but est
de simuler différents niveaux d'expérience des utilisateurs, dans l'accès et
l'utilisation de l'application.
• Le gestionnaire des modèles des utilisateurs est connecté aux deux autres
modules. Son but est de gérer et mettre à jour différents modèles des
utilisateurs.
Figure II.7 : Structure générale d'une interface experte
(ALTY et GUIDA, 1985)
1 Dans une interface en langage naturel, le dialogue homme-machine est exprimé clairement avec des mots, des phrases et des
concepts familiers à l'utilisateur (MOLICH et NIELSEN, 1990). Le principe d'une interface en langage naturel est relativement
intéressant dans le domaine de l'enseignement assisté par ordinateur, où il s'agit d'arriver à des systèmes informatiques capables de
"remplacer" les professeurs et d'explorer les issues possibles concernant la nature et la façon dont les connaissances sont dispensées
(ANDERSON et al., 1990). On y retrouve la nécessité d'une interaction homme-machine se rapprochant le plus possible de la
conversation humaine et de ses règles. Une interface en langage naturel doit proposer à l'utilisateur un langage qui lui est le plus
naturel possible. Ce n'est pas une mince affaire compte tenu du fait que ce qui est naturel pour un utilisateur expert ne le sera plus
pour un utilisateur novice, et vice-versa, d'où la nécessité de construire des modèles d'opérateurs. Le lecteur trouvera dans l'article
de SCHA (1988) la structure générale d'une interface en langage naturel.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 61 -
III.3. EXEMPLE D'INTERFACE EXPERTE
Cette approche d'interface est utilisée dans un projet appelé IR-NLI
(Information Retrieval - Natural Language Interface), dont le but est la réalisation et
l'expérimentation d'interfaces "intelligentes", dans les systèmes de recherche en ligne
de documents (GUIDA et TASSO, 1982 ; BRAJNIK et al. 1988). Dans cette
application, "le gestionnaire des modèles de l'utilisateur" possède plusieurs rôles :
• la gestion des interactions avec les autres modules de l'interface ;
• la classification des répétitions, sur laquelle est basée la construction et la
maintenance des modèles des utilisateurs ;
• la gestion de toutes les opérations de lecture et écriture dans des modèles
d'utilisateur, au cours des activités de construction, de maintenance ou
d'exploitation de ces derniers.
Le "le gestionnaire des modèles de l'utilisateur" utilise, pour ces différentes
opérations :
- une base de connaissance de stéréotypes contenant des connaissances
nécessaires à l'activité de modélisation des utilisateurs;
- une base de données sur les utilisateurs, contenant le modèle le plus récent de
chaque utilisateur ayant accédé à l'interface ;
- une base de données de l'historique des différentes sessions d'utilisation de
l'interface pour chaque utilisateur.
Les résultats de cette étude montrent que l'avantage d'une telle interface est, non
seulement d'étendre l'utilisabilité d'un système complexe, mais aussi de façon plus
importante d'améliorer (1) la qualité de l'interaction homme-machine, (2) les
performances obtenues par la machine et (3) le degré de satisfaction de l'utilisateur.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 62 -
III.4. DISCUSSION
Ce type de système de dialogue peut être intégré dans les systèmes d'assistance
de type "contrôleurs décisionnels", figure II.8. En effet, grâce aux données du
procédé et aux conseils de haut niveau fournis par le système d'aide, l'opérateur
prend des décisions et applique des actions sur le procédé. Cependant, certaines
actions de l'opérateur dont les conséquences peuvent être fâcheuses sont filtrées.
Environnement
Opérateur
Déc isions /
Actions Aide à la décision
Contrôleur
Informations décisionnel
Déc isions /
Actions Informations
Procédé
Figure II.8 : Intégration des interfaces "expertes" dans des systèmes d'assistance de
type "contrôleurs décisionnels"
Cette approche d'interface, étendant la notion d'interface en langage naturel, est
une généralisation des deux précédentes approches de système de dialogue. De plus,
elle semble être très intéressante
Cependant, sa complexité réside surtout dans l'élaboration des différents
modèles d'utilisateurs. En effet, suite à deux cas d'étude de laboratoire, les auteurs
soulignent la difficulté d'arriver à un dialogue homme-machine satisfaisant quant des
lacunes dans la modélisation de l'utilisateur persistent (BRAJNIK et al. 1990).
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 63 -
IV. LES INTERFACES ADAPTATIVES
IV.1. PRINCIPE
Le concept d'interface adaptative date de la fin des années 70. Il est en général
basé sur le fait que les modes de dialogue avec l'utilisateur doivent s'adapter aux
tâches que celui-ci a à accomplir. NORMAN (1979) a suggéré que ces types de
systèmes intelligents soient autonomes, de sorte qu'ils soient capables de gérer leurs
propres actions, leurs connaissances, leurs besoins, leurs buts ainsi que leurs
intentions. Les recherches vont actuellement dans ce sens. Celles-ci visent à adapter
les présentations des informations et les modes d'interaction aux utilisateurs en
fonction des tâches à réaliser.
Cette adaptation prend souvent la forme d'une activité éducatrice, prenant soin
des différences individuelles entres les utilisateurs, leurs préférences personnelles,
leurs habilités et leurs problèmes. Elle vise alors à améliorer les connaissances et les
performances de chaque opérateur pour des tâches pré-définies.
Une interface adaptative intègre particulièrement la notion de flexibilité en
utilisant un modèle de l'opérateur qui est ajusté d'un opérateur à l'autre.
IV.2. STRUCTURE GENERALE
La structure d'une interface adaptative n'est pas unique. Cependant, les éléments
de base, caractérisant l'adaptabilité de l'interface, sont généralement les mêmes. A ce
sujet, de nombreuses architectures et méthodologies pour la conception d'interfaces
ou d'outils adaptatifs existent dans la littérature (EDMONDS, 1981 ; ROUSE, 1988 ;
NORCIO et STANLEY, 1989 ; HEFLEY, 1990).
Synthétisant plusieurs approches, HEFLEY (1990) présente une architecture
théorique fonctionnelle d'un système adaptatif "intelligent", qui repose sur une
modélisation de l'utilisateur. Cette architecture est orientée vers un groupement
d'agents dont le but est d'assurer les interactions entre une application donnée et son
utilisateur.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 64 -
Cette architecture fonctionnelle, figure II.9, est composée d'une collection
d'agents, qui contrôlent et servent d'intermédiaires entre l'utilisateur et l'application.
Elle trace une séparation nette entre l'interface utilisateur et l'application, et intègre
un modèle des tâches évolué sous forme d'un système "intelligent" d'aide à la
décision (SIAD). Ce modèle des tâches est le modèle de l'application vu par
l'utilisateur ; il contient une description des tâches que l'utilisateur effectue au travers
de son interface. Il est composé des agents suivants :
Figure II.9 : Architecture d'un système adaptatif (HEFLEY, 1990)
- L'identificateur des plans. En liaison avec une base de connaissance, cet agent
infère des plans, représentant des actions observées de l'opérateur, afin de
déterminer le but de l'action observée.
- Le critique. Cet agent identifie les actions des opérateurs considérées comme
critiques vis-à-vis des contraintes à respecter. Ces actions critiques sont
traitées par cet agent qui doit pouvoir arriver aux types de conclusions
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 65 -
suivantes : action non prévue, action hors ordre, paramètre non prévu,
situation non prévue, etc. Notons qu'un travail important a été réalisé sur cette
notion de "critique" par FISCHER et ses collègues à l'Université du Colorado
(FISCHER, 1987).
- Le coordinateur des connaissances sur le domaine est capable d'allouer
certaines tâches de l'opérateur au programme de l'application qui utilise des
réponses planifiées. Pour cela, le coordinateur se base sur des heuristiques
d'allocation de fonctions et sur les connaissances spécifiques à l'application.
- Le générateur de réponses. Cet agent se charge de répondre aux interrogations
et aux questions de l'opérateur, suite à des événements inconnus. Cet agent
doit permettre d'accélérer l'apprentissage de l'opérateur.
- Le générateur d'explications. Cet agent se charge de donner des explications
sur les différentes conclusions du systèmes d'aide. Ainsi, sur demande de
l'opérateur, cet agent justifie les raisons qui l'ont poussé par exemple à
décharger l'opérateur de telle tâche.
- Le générateur de présentation. Cet agent doit assurer des modes de
présentation de l'information sous une forme compatible avec l'état courant
des connaissances et des besoins de l'opérateur.
HEFLEY (1990) considère l'interface adaptative comme un système
"intelligent" construit sur des facteurs et des connaissances heuristiques extraites
d'un expert. Pour gérer ces connaissance, il propose l'utilisation de techniques de
raisonnement classiques (telles celles disponibles dans les générateurs de systèmes
experts), couplées avec des méthodes de raisonnement sur des situations non
structurées (telles que la théorie des sous-ensembles flous, les techniques
d'apprentissage, etc.). De plus, il souligne qu'une interface adaptative doit avoir la
capacité d'apprendre au fur et à mesure que de nouvelles situations sont rencontrées
et résolues, d'où la mise en place de techniques d'apprentissage issues de
l'intelligence artificielle. Notons que cette notion d'apprentissage est visée dans les
systèmes d'assistance réalisés dans le cadre du projet CID à la NASA (BOY, 1990),
voir le paragraphe I.3.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 66 -
IV.3. EXEMPLE D'INTERFACE ADAPTATIVE
Le système SUSI (Smart User System Interface), décrit par JERRAMS-SMITH
(1989), est un essai de conception d'une interface adaptative intégrant une expertise
provenant de plusieurs opérateurs experts dans l'utilisation du système d'exploitation
UNIX. Le but de SUSI est d'aider un opérateur débutant lors de l'utilisation d'un
système interactif utilisant UNIX.
Le système d'exploitation UNIX est une application particulièrement
intéressante pour la conception d'interface adaptative. En effet, il est bien connu que
les débutants éprouvent beaucoup de difficultés lors de son utilisation. De plus, un
grand nombre d'utilisateurs potentiels sont disponibles pour cette étude, de même
que des experts dans ce système d'exploitation.
L'un des buts du développement de SUSI est de trouver une méthode d'aide aux
utilisateurs débutants d'UNIX, visant à exploiter au maximum leurs capacités. Le
principe de cette aide est basé sur l'identification de certaines classes d'erreurs
typiques commises par des utilisateurs débutants.
SUSI s'utilise comme une interface de dialogue entre l'utilisateur et le système
UNIX qui détecte les erreurs sur les commandes des utilisateurs et leur renvoit la
syntaxe exacte de ces commandes. Ainsi, l'utilisateur n'a pas à perdre de temps à
chercher lui-même la bonne syntaxe lors de ses tâches d'utilisation d'un système
informatique.
L'évaluation de SUSI a montré que ce système aide bien les utilisateurs
débutants, car il leur permet de corriger eux mêmes leurs erreurs et d'avancer plus
vite dans leur apprentissage. Cependant, SUSI reste sans effet sur les autres types
d'utilisateurs, car généralement ces derniers connaissent souvent la syntaxe exacte de
toutes les commandes les plus utilisées.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 67 -
IV.4. DISCUSSION
Ce type de système de dialogue peut être considéré comme une généralisation
de l'interface experte. Elle peut ainsi être intégrée dans les systèmes d'assistance de
type "contrôleurs décisionnels", figure II.10.
Environnement
Opérateur
Déc isions /
Actions Aide à la décision
Contrôleur
Informations décisionnel
Déc isions /
Actions Informations
Procédé
Figure II.10 : Intégration des interfaces adaptatives dans des systèmes d'assistance
de type "contrôleurs décisionnels"
NORCIO et STANLEY (1989) notent qu'une interface adaptative doit être
considérée comme une partie intégrante d'un système d'assistance global, de sorte
que l'adaptation soit prise en compte dans le contexte de l'application. A ce titre
l'interface adaptative représente une voie de généralisation de l'interface tolérante
aux erreurs humaines présentée au paragraphe précédent. Ils présentent, cependant,
plusieurs raisons pour lesquelles ce type d'interface n'est pas encore désirable :
- l'opérateur peut ne pas être capable de développer un modèle cohérent du
système quand celui-ci est constamment en train de changer. Ainsi, si
l'opérateur n'a pas une compréhension très claire du système qu'il contrôle ou
utilise, son efficacité peut être sérieusement réduite ;
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 68 -
- un autre problème qui risque d'arriver est celui du sentiment de l'opérateur
d'avoir perdu le contrôle du système;
- une dernière critique de ce type d'interface concerne le problème de la
complexité et du coût de cette mise en œuvre.
VAN DER VEER (1989) souligne, quand à lui, la nécessité de considérer les
différences individuelles des fonctions cognitives lors de la première installation des
opérateurs débutants face à des systèmes compliqués et d'introduire, par la suite, des
étapes transitoires faisant progresser l'opérateur de la phase "débutant" à la phase
"expert". A ce sujet, d'après BOY (1988A), il convient de bien différencier les
systèmes d'assistance pour les débutants et ceux destinés aux experts. Les
comportements sont très différents. En effet, les débutants ont besoin de conseils
analytiques (ils ont besoin d'apprendre), alors que pour les experts, le système
d'assistance devra avoir un vocabulaire adapté et favorisant une interaction rapide.
Enfin, ce type d'approche fait l'objet de nombreuses recherches actuellement,
mais reste très difficile à mettre en place surtout lorsque l'application est complexe.
En effet, elle nécessite non seulement la connaissance, par les concepteurs, de
certains paramètres psychologiques des utilisateurs, mais demande aussi à trouver
des moyens fiables de détection des plus importants attributs des opérateurs pour
lesquels le système doit s'adapter (WÆRN, 1989).
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 69 -
V. L'OPERATEUR ASSISTANT
V.1. PRINCIPE
Dans l'approche "d'opérateur assistant" (BOY, 1988A, 1988B ; VALOT et
DEBLON, 1988), l'interface se comporte comme un assistant pour l'opérateur
humain, et l'aide dans la réalisation de ses tâches. L'interface doit être capable
d'initiatives personnelles, par exemple en testant des paramètres ou en prédisant des
pannes déductibles, mais l'opérateur humain reste le décideur final. Le principe de
l'opérateur assistant est basé sur une compréhension réciproque entre l'homme et la
machine, la qualité de la communication entre deux individus dépendant de la
compréhension réciproque du modèle interne de l'autre (BOY, 1988A). D'une
manière générale, cet auteur définit un opérateur assistant par l'exemple suivant :
"Dans un cockpit d'avion, un copilote humain partage le travail avec le
commandant de bord, mais pas la responsabilité ultime : le commandant de
bord est maître à bord ! Le commandant de bord peut consulter son copilote
n'importe quand pendant le vol, mais prendra les décisions ultimes. Si le
commandant de bord délègue une part de ses responsabilités au copilote,
alors le copilote prendra cette délégation comme une tâche à exécuter. De
plus, le commandant de bord peut arrêter l'exécution d'une tâche du copilote
n'importe quand, s'il le juge nécessaire. Cependant, un copilote peut avoir des
initiatives personnelles, par exemple, tester des paramètres, se tenir au
courant de l'évolution de la situation, prédire des pannes déductibles, etc. Un
copilote peut traiter la connaissance incluse dans le manuel d'opération sur la
demande du pilote. Il doit être capable d'expliquer, avec un niveau de détail
approprié, les résultats de son traitement".
V.2. STRUCTURE GENERALE
La structure de l'opérateur assistant est constituée de plusieurs modules, figure
II.11. Les plus importants sont :
- Le module de reconnaissance des situations. En fonction de la situation
désirée, de la situation perçue et de connaissances situationnelles et
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 70 -
analytiques placées dans la mémoire à long terme, il sélectionne un sous-
ensemble de règles à inférer.
- Le module de résolution de problème. Il utilise le sous-ensemble de règles
précédent, dans le but d'assister l'opérateur, en répondant par exemple, à une
requête particulière de celui-ci.
Figure II.11 : Structure du Modèle de l'opérateur (BOY, 1988B)
Grâce à la structure de ses connaissances, l'opérateur assistant peut avoir six
niveaux d'autonomie :
- Le Niveau 0 : la base de connaissance n'est pas utilisée et donc l'opérateur
assistant n'est pas actif.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 71 -
- Le Niveau 1 : La base de connaissance est connectée au système, et l'opérateur
assistant peut déduire les différentes situations possibles. Chaque situation
constitue un contexte dans lequel différentes actions peuvent être effectuées.
- Le Niveau 2 : à ce niveau, l'opérateur assistant est capable de déterminer un
ou plusieurs contextes susceptibles d'être sélectionnés par l'opérateur humain.
- Le Niveau 3 : à ce niveau, l'opérateur assistant choisit automatiquement un
contexte correspondant à la situation en cours. Si le contexte est approuvé par
l'opérateur humain, l'opérateur assistant se charge de l'exécuter et renvoit le
message "exécuté" à l'opérateur humain. Dans le cas contraire, l'opérateur
humain sélectionne lui-même le contexte et exécute les actions
correspondantes.
- Le Niveau 4 : à ce niveau, le diagnostic analytique est complètement
automatisé. L'opérateur assistant se charge d'analyser la situation, de
d'identifier le contexte et de le proposer à l'opérateur humain. Durant cette
phase, si les questions ne nécessitent pas une confirmation de l'opérateur
humain, celui-ci ne voit évoluer aucune procédure de traitement. A la fin du
traitement, les actions à entreprendre sont proposées à l'opérateur humain
pour confirmation.
- Le Niveau 5 : à ce niveau, tous les traitements sont automatisés. L'opérateur
assistant donne directement des conseils sur la situation en cours ainsi que les
éventuels diagnostics. De plus, l'opérateur assistant doit être capable
d'expliquer son raisonnement à l'opérateur humain.
V.3. EXEMPLE D'APPLICATION D'UN OPERATEUR ASSISTANT
Une étude de ce type d'interface a été réalisée sous la forme d'un modèle de
l'opérateur appelé MESSAGE (BOY et TESSIER, 1985 ; BOY, 1986), lors d'un
projet d'évaluation de cockpit d'avion, figure II.12. Dans ce cas, le système à
contrôler est un simulateur d'un système de ravitaillement sur orbite appelé ORS
(Orbital Refueling System), utilisé dans les navettes spatiales pour ravitailler les
satellites.
L'opérateur assistant est implanté dans un système expert de diagnostic de
pannes, appelé HORSES (Human-ORS-Expert System). Les connaissances
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 72 -
analytiques sont implantées sous forme de frames, de fonctions, de règles, de méta-
règles et d'objets. Un objet peut être soit une variable numérique, soit une variable
logique, soit une question du système vers l'opérateur ou une procédure devant être
appliquée par l'opérateur ou par le système HORSES.
Figure II.12 : L'opérateur Assistant de Diagnostic de Pannes
(BOY, 1988B)
L'étude ce type de système a permis la reproduction de la structure fine des
processus mentaux de traitement d'informations, de mémorisation et de prise de
décision dans des tâches hautement cognitives. Cependant, ce projet a également
permis de mettre en évidence certaines difficultés et parfois même impossibilités
liées à la décompilation des connaissances profondes avec les outils disponibles
actuellement. Pourtant, ce type de connaissances est très important pour tester
l'opérateur assistant en situation réelle, c'est-à-dire face à l'opérateur humain et au
système, et ceci afin d'établir le niveau optimal d'autonomie de l'opérateur assistant
(BOY, 1988B).
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 73 -
V.4. DISCUSSION
Ce type de système de dialogue peut être potentiellement considéré comme une
généralisation de l'interface adaptative. Cependant, elle s'intègre dans les systèmes
d'assistance de type "contrôleurs", car les décisions appartiennent à l'opérateur,
figure II.13.
Environnement
Opérateur
Aide à la décision
Déc isions / Ac tions Contrôleur
Informations
Procédé
Figure II.13 : Intégration de l'opérateur assistant dans des systèmes d'assistance de
type "contrôleurs"
BOY souligne que l'utilisation d'une représentation de connaissances
analytiques et situationnelles permet l'interprétation et la formalisation
d'observations brutes et de protocoles verbaux, permettant ainsi la mise en œuvre et
la validation d'un opérateur assistant à partir de données d'expertise. Cependant, une
telle type de mise en œuvre prend beaucoup de temps à cause notamment de
l'absence d'outils permettant de standardiser les différentes procédures qu'appliquent
les opérateurs, car elles varient d'un opérateur à l'autre.
Ce type de système de dialogue est prometteur pour le contrôle de procédés
industriels, car il exige d'extraire les stratégies de contrôle et de supervision des
opérateurs experts pour les mettre en œuvre dans les systèmes d'assistance.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 74 -
VI. L'AGENT INTELLIGENT
VI.1. PRINCIPE
Le concept d'agent intelligent est inspiré du domaine de la résolution distribuée
de problème et plus particulièrement de travaux menés en Intelligence Artificielle
Distribuée, qui tentent de modéliser par un formalisme logique le comportement d'un
agent rationnel, basé sur des états intentionnels, tels que les croyances, les désirs, les
intentions et les engagements (CHAIB-DRAA, 1990).
Le principe d'un système de dialogue, utilisant les concepts de l'agent
intelligent, repose sur la possibilité de décomposer le système homme-machine en un
ensemble d'agents Intelligents, par exemple les sous-systèmes à superviser, les
systèmes d'assistance, les systèmes de dialogue homme-machine et les opérateurs
humains. Ces différents agents travaillent en parallèle et/ou coopèrent, dans le but de
résoudre les problèmes de la communication homme-machine, du contrôle et de la
supervision des procédés industriels complexes. Le résultat de leurs traitements est
transmis à l'opérateur humain, grâce à des actes de communications sous forme de
messages.
Dans ce contexte, MANDIAU et al. (1991A) considèrent trois types d'agents :
- les agents réactifs constitués par le procédé et ses environnements,
- les agents cognitifs constitués par les systèmes d'assistance,
- les agents externes constitués par le groupe d'opérateurs humains.
VI.2. STRUCTURE GENERALE
Considéré comme intégré dans un univers multi-agents (GASSER, 1991),
l'agent intelligent, figure II.14, possède une structure décomposée en trois niveaux
de contrôle selon MANDIAU et al. (1991A) :
• Le niveau le plus haut constitue la couche de coopération. Ce niveau
correspond en fait à un module capable de raisonner sur des connaissances
relatives au désir et à l'engagement d'effectuer une action, ainsi qu'aux
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 75 -
différents buts à atteindre. Ce module de raisonnement s'engage à réaliser
le(s) but(s) sélectionné(s) soit par l'agent, soit par un autre module
hiérarchiquement supérieur, en se basant sur les désirs de cet agent. Si le but
est réalisable, un plan d'intention est généré, sinon le but doit être sélectionné
par un autre agent. Ce plan est constitué d'intentions d'engagement et de
croyances sur l'univers qui l'entoure. Ce module intègre aussi un certain
nombre d'actes tels que ceux de communication ou les actes probables des
autres agents.
DESIRS
ENG AG EMENT
BU TS
CROY ANCES
Générateur
de plan
COUCHE
INTENTION S DETECTION
ET A CTIO NS
COOPERATION
D'ERREURS
Détermination des agents
Module Reconnaiss ance
pertinents susceptibles Gestion de la
d'exécution des plans
d'intervenir communication
COUCHE
COMMUNICATION
Action Perception
AU TRES CONTRA INTES DE
ENVI RON NEMENT AG ENTS COMMUN ICA TION
COUCHE
APPLICATION
Figure II.14 : Modèle d'un agent intelligent (MANDIAU et al., 1991B)
• Le niveau médian constitue la couche de communication. Il se compose de
trois processus de traitement : un module d'exécution, un module de
reconnaissance des plans et un module de gestion de communication. Après
l'élaboration d'un plan d'intentions, l'agent l'exécute afin de réaliser le but
pour lequel il s'est engagé. Ce but est réalisé par le module d'exécution, si
l'intention générée est une action. Ce but est réalisé par l'intermédiaire du
module de gestion de la communication, si l'intention produite est un acte de
communication vers un autre agent. Il faut noter, à ce niveau, que l'acte de
communication est élaboré par le niveau le plus haut comme un plan. Par
conséquent, il est considéré comme un but à réaliser. Le module central
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 76 -
détermine aussi les agents pertinents susceptibles d'interagir avec l'agent
actuel, pour atteindre le but, afin d'éviter toute interaction inutile entre les
autres agents.
• Le niveau le plus bas constitue la couche de l'application. Il est composé : (i)
d'une base de données décrivant l'environnement de l'agent, (ii) d'une base de
connaissance sur les autres agents constituant cet univers multi-agents et (iii)
de données sur le mode et les contraintes de communication avec le différents
autres agents de cet univers.
VI.3. EXEMPLE D'APPLICATION D'UN AGENT INTELLIGENT
MANDIAU et al. (1991C) décrivent un exemple de modélisation d'un agent
"intelligent" dans un contexte de contrôle de procédé. Le procédé en question est un
système de production d'un produit D. Ce produit est le résultat du mélange de 3
produits appelés A,B et C dans des proportions bien définies, figure II.15.
PROCEDE
Produit Produit
Mote ur
A B
V2 V4
Systèmes de pesée
V3 V5
V1
Convoyeur
Max
Produit Min
C
Produi t fi nal D
Sol van t Mi xe ur
Figure II.15 : Le Mélangeur utilisé pour l'application
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 77 -
La décomposition de ce système homme-machine en univers multi-agents
considère :
- le procédé comme un agent réactif ;
- deux systèmes d'aide comme des agents cognitifs (Assistant_1 et
Assistant_2) ;
- l'opérateur humain comme un agent externe.
Le but final est de parvenir au mélange des 3 produits A, B et C pour obtenir le
produit D qui sera utilisé par la suite. La mise en œuvre de ce but génère une
"conscience" collective, c'est à dire un plan identique à tous les agents de cet
univers. L'agent externe agit sur le premier agent cognitif en le chargeant du mélange
de A et B, pendant que lui-même contrôle le niveau du solvant C. Ne pouvant se
charger en même temps de la pesée et du convoyage des deux produits A et B,
l'Assistant_1 demande alors à l'Assistant_2 de contrôler le convoyage des deux
produits, se laissant la charge de la pesée des deux produits, figure II.16.
Figure II.16 : Exemple d'un univers constitué de 4 agents
Actuellement, les travaux sur l'agent "intelligent" sont en cours de mise en
œuvre en LISP sur un VAX 6400.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 78 -
VI.4. DISCUSSION
Cette approche d'agent "intelligent" semble prometteuse pour une modélisation
d'un système homme(s)-machine(s) constitué d'agents "intelligents" interagissant
entre eux, dans la mesure où les machines sont actuellement dotées de plus en plus
"d'intelligence". Notons à ce sujet que cette approche multi-agents est actuellement
développée dans plusieurs applications mettant en oeuvre des agents se comportant
dans le contexte de tâches complexes. Par exemple, SHALIN et se collègues (1988)
développent un système visant à reconnaître les intentions d'un pilote, dans le but
d'amoindrir le travail de celui-ci et d'améliorer la synergie entre homme et machine.
Ce travail vise à moyen terme la reconnaissance des erreurs du pilote.
De telles approches changeront considérablement : (i) le travail de l'homme, qui
aura à interagir avec un ensemble d'agents "intelligents", (ii) la conception des
systèmes d'assistance qu'il s'agit de décomposer en agents autonomes, de même que
(iii) les méthodes d'analyse et d'évaluation de ces systèmes.
Enfin, la complexité d'une telle approche se retrouve dans la formalisation des
différentes connaissances, particulièrement quand le nombre d'agents augmente.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 79 -
VII. LES INTERFACES ECOLOGIQUES
VII.1. PRINCIPE
RASMUSSEN et VICENTE (1987) ont proposé la notion d'interface
écologique au travers d'une théorie visant à minimiser le potentiel de contrôle laissé
à l'opérateur humain, et ceci afin de minimiser les risques d'erreurs. Il importe dans
ce but de chercher à résoudre les difficultés qu'éprouve l'opérateur à comprendre le
fonctionnement interne des systèmes à superviser.
Leur proposition consiste à concevoir une interface qui tire parti des ressources
les plus puissantes que les hommes possèdent pour affronter des situations
complexes. C'est le cas par exemple des musiciens qui, à leurs débuts, travaillent
avec des notes individuelles, puis au fur et à mesure qu'il acquièrent de l'expérience,
travaillent avec des séquences de notes allant des plus simples aux plus compliquées.
Parce que l'homme est plus efficace dans ses processus mentaux automatisés de
bas niveau (RASMUSSEN, 1983), les auteurs déclarent qu'il est nécessaire de
présenter l'information de telle sorte que l'homme ne doive que très rarement sortir
de ses processus de bas niveau. A leur sens, il serait efficace de rendre l'interaction
avec le système semblable à celle d'un jeu vidéo pour mettre justement à profit le
type de compétence, spécifiquement humaine, que nous déployons lors de ces jeux.
VII.2. STRUCTURE GENERALE
Pour l'instant, les travaux sur les interfaces écologiques sont encore au stade
théorique. Ils visent à minimiser le coût de la charge mentale induite par une tâche
de contrôle, ainsi que celui de la reprise d'un défaut. La structure de cette approche
repose sur les possibilités de superposer les caractéristiques du processus à contrôler,
de l'interface et du modèle mental de l'opérateur dans des applications typiques de
contrôle de processus (RASMUSSEN et VICENTE, 1989), et ceci dans le but de
rendre visible à l'opérateur le fonctionnement du procédé qu'il contrôle. Pour cela,
les auteurs se basent sur 3 critères principaux :
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 80 -
(1) Synthétiser le contrôle et l'observation de surface, de sorte que les
interactions soient suffisamment courtes pour être caractérisées comme des
signaux.
(2) Forcer la machine à traduire la tâche en créant une correspondance fidèle
entre l'invisible (c.à.d. l'ensemble des variables d'état du procédé considéré,
ainsi que le résumé de leurs propriétés), et les répliques ou signes générés par
l'interface.
(3) Afficher la structure relationnelle entre tous les composants du procédé, afin
d'extérioriser le modèle mental qui va supporter les traitements basés sur la
connaissance.
VII.3. EXEMPLE D'INTERFACE ECOLOGIQUE
Des premiers essais d'assistance au lecteur dans une bibliothèque publique ont
été réalisés : chaque lecteur peut consulter un système informatique dans le hall de la
bibliothèque.
Pour illustrer le principe de rendre visible à l'utilisateur de ce système ce qui est
invisible, il est possible de prendre l'exemple de la recherche d'une livre particulier
en utilisant le système d'assistance (PEJTERSEN et RASMUSSEN, à paraître). Dans
ce cas, la structure invariante du domaine de travail est représentée sous forme d'une
métaphore, familière à l'utilisateur, qui exploite les ressources de l'utilisateur et ses
capacités d'identifier le lieu dans lequel il se trouve. L'interface doit présenter à
l'utilisateur des écrans de dialogue, très cohérents, d'un réseau très riche en
information, dans lequel l'utilisateur peut naviguer librement et sans être contraint
par le système.
Dans ce type d'application, deux décideurs ont été prévus : l'utilisateur en tant
que demandeur d'un renseignement, et "l'intermédiaire" qui se charge de reformuler
les demandes de l'utilisateur sous une forme compatible avec le système de gestion
de la base de données de la bibliothèque.
Si l'utilisateur demande à accéder, par exemple, aux livres de science-fiction, il
lui est possible d'identifier l'emplacement exact de ce type d'ouvrage, de sélectionner
un livre et de lire ses caractéristiques sans quitter son écran de contrôle et avec une
facilité adaptée à chaque utilisateur. Pour cela, l'interface propose à l'utilisateur un
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 81 -
certain nombre de stratégies de recherche lui permettant de naviguer artificiellement
dans la bibliothèque. Il dispose d'un réseau d'images, illustrant l'ensemble de la
bibliothèque, lui permettant de commencer sa recherche du hall de la bibliothèque.
L'utilisateur peut ainsi choisir, dans un premier temps, la salle qui traite du domaine
de la science-fiction. Dès qu'il accède à cette salle, dans laquelle il peut se déplacer
comme s'il y était réellement, il peut consulter les différents livres, qui sont placés
virtuellement devant lui. Il faut noter que, tout au long de sa recherche, un
historique des différents tâches qu'il a effectuées reste présent en haut de son écran,
Figure II.17.
Il faut remarquer que l'exemple de ce type d'interface utilise des techniques
hypermédias.
Figure II.17 : Page-écran de description d'un livre, rappelant l'ensemble du trajet et
des actions effectuées pour arriver à celui-ci
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 82 -
VII.4. DISCUSSION
Le notion d'interface écologique, que l'on rencontre de plus en plus dans la
littérature, fait allusion à une "philosophie" prenant une grande part dans les travaux
de RASMUSSEN et VICENTE. Elle peut être décrite comme un essai pour rendre
l'interface transparente vis-à-vis de l'utilisateur humain, afin de garder le niveau de
charge mentale de l'utilisateur constant et éviter ainsi toute surcharge de travail et
certains risques d'erreurs qui en découlent.
En résumé, ce type de système doit s'adapter aux tâches cognitives de
l'utilisateur, de sorte que les informations qu'il perçoit lui permettent d'utiliser le plus
souvent le niveau le plus bas dans la classification de tâche cognitives de l'utilisateur
humain (RASMUSSEN, 1983) : ce niveau correspond aux activités quasi-reflexes,
de la même façon que lorsque nous sommes en train de jouer à un jeu vidéo.
De nombreuses recherches restent encore à effectuer pour parvenir à adapter le
concept d'interface écologique au contrôle de procédé industriel.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 83 -
VIII. LES INTERFACES HYPERMEDIA
VIII.1. PRINCIPE
Bien que les concepts de base aient déjà été en 1945 décrits par BUSH2, c'est
Ted NELSON, en 1960, qui invente le mot "Hypertexte", qu'il définit comme
"l'association d'un langage naturel avec les possibilités qu'a l'ordinateur d'établir des
liaisons interactives et des affichages dynamiques d'un texte non linéaire". A
l'origine des systèmes hypermédias, on retrouve le projet Xanadu (NELSON, 1965),
dont le but est de définir les bases d'un réseau planétaire permettant le
rassemblement de l'ensemble des connaissances humaines dans un vaste document.
Ce document doit être accessible à "l'homme de la rue" à tout moment, en se référant
à la pensée intuitive et sans se plier aux modes d'accès de l'ordinateur, comme dans
un livre, mais avec des illustrations visuelles et sonores. L'exploitation de ce
document se fait selon les besoins de l'utilisateur, ses connaissances, son expérience,
ses désirs, son imagination, etc.
Quand l'accent est mis pour un système d'information sur des "médias" autres
que le texte, en rajoutant le son et/ou l'image, on parle alors de système hypermédia
ou encore multimédia (NIELSEN, 1990). La possibilité d'inclure, dans un
hypertexte, de l'animation, des images vidéo, des sons, etc., n'en change pas les
principes de base. Par contre, ceux-ci sont plus difficiles à mettre en œuvre et se
heurtent à des problèmes techniques et conceptuels.
VIII.2. STRUCTURE GENERALE
Les composants d'un système hypermédia sont les nœuds et les liens. Les nœuds
sont des contenants d'information. Ceux-ci sont considérés, par l'utilisateur qui les
crée, comme des entités sémantiques distinctes les unes des autres. Un lien, quant à
lui, représente une relation entre des nœuds ou entre les informations qu'ils
contiennent.
2 Douglas Engelbart a été en fait le premier scientifique influencé par les concepts de BUSH. Ses travaux à l'Institut de Recherche
de Stanford ont porté notamment sur la réalisation d'un système d'information visant à accroître les capacités de l'intelligence
humaine (ENGELBART, 1963).
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 84 -
Un système hypermédia est particulier, par sa structure, car si les commandes
d'une interface classique sont souvent placées dans des menus, forçant ainsi
l'utilisateur à les mémoriser, pour un système hypermédia elles sont placées
directement dans le texte ou les graphiques, constituant ainsi deux sortes de
structures dans le réseau de nœuds et de liens :
• La structure primaire, induite par l'organisation de l'ensemble des
informations, correspondant à la structure logique du document.
• Les structures secondaires, prenant en compte les liens de référence entre les
nœuds, constituent ainsi l'ensemble des stratégies de navigation dans le
document.
La particularité de la structure d'un système hypermédia permet à son utilisateur
le choix d'une ou de plusieurs stratégies de navigation parmi les informations. A
cette effet, VAN DYKE PARUNAK (1989) propose un ensemble de stratégies de
navigation utilisables dans un système hypermédia, dont certaines sont visibles sur la
figure II.18 :
• Une stratégie linéaire, où l'opérateur passe d'un nœud à l'autre comme on
tourne les pages d'un livre.
• Une stratégie en anneau, identique à la précédente, sauf que dans ce cas, la fin
du document correspond à son début.
• Une structure hiérarchique, où l'opérateur peut cerner progressivement
l'information qu'il recherche. C'est le principe utilisé dans une bibliothèque,
où le lecteur choisit le domaine qui l'intéresse, puis le thème, la matière, la
rubrique jusqu'à obtenir le détail sur l'information qu'il souhaite.
• Une structure en hypercube, où les nœuds forment une maille dans laquelle
l'opérateur peut passer facilement d'un nœud à un autre.
• etc.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 85 -
Linéaire
En Anneau
Hiérarchique
Hypercube
Figure II.18 : Exemples de stratégies de navigation dans un système hypermédia
L'utilisateur d'un système hypermédia possède globalement deux méthodes pour
explorer un document :
• La première méthode consiste en l'utilisation des liens, lorsque l'opérateur sait
où se trouve l'information qu'il cherche et désire en connaître la teneur,
comme c'est le cas par exemple lors de l'utilisation d'un dictionnaire.
• La seconde méthode consiste en la spécification par l'opérateur de
l'information qu'il recherche afin de la localiser, comme c'est le cas pour
l'utilisation de l'index d'un livre.
Enfin il faut souligner qu'un système hypermédia offre généralement à ses
utilisateurs un browser correspondant à un schéma synoptique du cheminement dans
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 86 -
le système. En effet, si le document possède un grand nombre de nœuds et de liens,
l'opérateur peut se sentir désorienté, car il est projeté dans un hyper-espace et peut
ressentir le besoin de visualiser sa position par rapport à la structure globale du
document, ainsi que le chemin parcouru.
VIII.3. EXEMPLE D'INTERFACE HYPERMEDIA
Bien que des outils hypermédias soient de plus en plus utilisés pour la
spécification et le maquettage des interfaces homme-machine (voir JACOB, 1985 ;
MINCH, 1989 ou WELLS, 1989), le plus grand nombre d'applications hypermédia
se trouve dans le domaine de la gestion de documents de plusieurs types : Textes,
graphiques, images, sons, etc.
Par exemple, NoteCards (HALASZ et al., 1987) est un système hypermédia
fonctionnant avec InterLisp sur une machine LISP. L'idée de ses concepteurs est de
proposer aux utilisateurs des fonctionnalités génériques qu'ils peuvent personnaliser
et adapter à leurs besoins. Pour cela, ils fournissent une interface de programmation
qui connait actuellement beaucoup de succès. D'après ses concepteurs, NoteCards
semble être adapté au domaine de l'acquisition des connaissances, dans la mesure où
il permet à un expert de décrire sa connaissance sous la forme de réseaux de
concepts. A ce sujet, le lecteur se référera au système d'acquisition de connaissances
réalisé par Mc ALEESE (1990) à l'aide de NoteCards. Quelques exemples de
concepts et de liens proposés par NoteCards sont présentés dans le tableau II.1 : avec
l'ensemble de ces concepts et liens, l'expert peut transcrire plus facilement ses
connaissances et établir explicitement des liens entre ses granules.
Tableau II.1 : Exemple de concepts et de liens utilisables avec l'outils NoteCards
Concepts (nœuds) Liens
• Procédés • étant
• Propriétés • montrant
• Produits • ayant
• Agents • incluant
• utilisant
• causant
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 87 -
Des systèmes hypermédias sont déjà exploités dans de nombreux domaines
aussi variés que celui de l'aide à la décision (MINCH, 1989), les livres électroniques
(VERCOUSTRE, 1989), la création d'environnement de programmation
(GOLDSTEIN et BOBROW, 1987) ou comme l'acquisition de connaissances
(WELLS, 1989). Dans le domaine de l'assistance à l'opérateur, citons le projet CID
(Computer Integrated Documentation) à la NASA visant à réaliser des systèmes
hypermédias collaborant avec des opérateurs humains pour résoudre des problèmes
opérationnels (BOY, 1990).
VIII.4. DISCUSSION
les systèmes hypermédias vivent leurs premières années. Mais, avec le
développement des technologies de traitement du signal, au niveau du son et de
l'image, ceux-ci ne peuvent que s'améliorer. Il existe de nombreux systèmes
opérationnels. Les plus connus sont certainement NoteCards (déjà cité), Intermedia
(YANKELOVICH et al., 1985), Guide (BROWN, 1987) et surtout Hypercard qui a
eu le mérite de faire découvrir l'hypertexte au "grand public". Le lecteur trouvera
dans l'article de BEGORAY (1990) une synthèse sur les systèmes actuels.
On les retrouvera sans doute bientôt dans les salles de contrôle de procédé
industriel (KOLSKI, MILLOT, 1990 ; ALTY, BERGAN, 1992). En effet, leur
utilisation peut être envisagée pour la navigation parmi des représentations des
composants du procédé, plus réalistes que ne le permettent les synoptiques actuels.
Une centralisation de modes opératoires accompagnés de conseils sous forme vidéo
sera aussi sans doute bientôt possible.
La conception et l'évaluation de tels systèmes en salle de contrôle nécessiteront
des recherches spécifiques.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 88 -
CONCLUSION
L'évolution technologique au niveau des interfaces homme-machine a fait un
bond considérable, un des rôles d'une interface étant de combler les lacunes qui
peuvent exister entre l'homme et la machine (CARD, 1988 ; HANCOCK et
CHIGNELL, 1987 ; 1988). La plupart des systèmes de dialogue, présentés dans ce
chapitre ont un objectif commun, qui est de s'adapter soit à l'opérateur humain soit
au procédé. Cependant, on retrouve pour chacun d'eux, un mode d'adaptation
particulier, tableau II.2 :
Tableau II.2 : Synthèse sur les systèmes de dialogue et leurs styles d'adaptation
Type de système Type(s)
de dialogue d'adaptation
Le système hypermédia à l'inspiration et aux stratégies de recherche de
l'opérateur humain quand celui-ci cherche à
s'informer
L'interface flexible au système à superviser et aux préférences
individuelles des opérateurs dans les styles
d'interaction
L'interface tolérante aux erreurs aux actions de l'opérateur humain
humaines
L'interface adaptative aux traitements cognitifs de l'opérateur humain
et aux erreurs de celui-ci
L'interface experte aux connaissances de l'opérateur humain
L'interface écologique aux ressources cognitives les plus profondes de
l'opérateur humain
L'opérateur assistant aux tâches cognitives de l'opérateur humain
L'agent intelligent aux comportements de l'opérateur humain, tels
que ses croyances, ses intentions ou ses désirs
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 89 -
Comme nous l'avons vu dans ce chapitre, l'opérateur assistant peut être
potentiellement caractérisé comme une généralisation de l'interface adaptative,
figure II.19. L'interface adaptative est une généralisation de l'interface experte qui
elle-même est potentiellement un sur-ensemble des interfaces flexibles et tolérantes
aux erreurs humaines.
Opérateur assistant
Interface adaptative
Interface
experte
Interface Flexible
Interface tolérante
aux erreurs humaines
Figure II.19 : Généralisation des systèmes de dialogue
En résumé, un système de dialogue idéal devrait regrouper les différents
concepts décrits dans ce chapitre. Cependant, sa conception hériterait alors des
problèmes de chaque type de système de dialogue.
Actuellement, des recherches tendent à caractériser un système de dialogue, se
rapprochant de l'interface idéale, comme une interface "intelligente".
ROUSE et al. (1987, 1988) présentent une architecture fonctionnelle d'un
système d'aide incluant une interface "intelligente", qui comprend un certain nombre
de fonctionnalités. Celle-ci est issue de l'expérience de son équipe de recherche dans
le domaine de la communication homme-machine. Cette architecture est basée sur :
- un système se chargeant de traiter les erreurs de l'opérateur humain ;
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 90 -
- un système se chargeant d'adapter l'aide à chaque opérateur ;
- un modèle de l'opérateur se chargeant de la gestion des intentions, des
ressources et des performances de l'opérateur humain.
D'autres chercheurs caractérisent une interface "intelligente" comme le type
d'interface qui intègre des outils d'aide pouvant minimiser la distance cognitive entre
le modèle que l'opérateur se fait de la tâche et l'apparence que cette tâche possède à
travers le système informatique, quand celle-ci est exécutée (HANCOCK et
CHIGNELL, 1989). Selon le point de vue de CHIGNELL et HANCOCK (1989),
"une interface intelligente est une entité intelligente qui joue le rôle de médiateur
entre deux ou plusieurs agents interactifs, qui possèdent une compréhension
incomplète des connaissances ou de la forme de communication de l'un ou de
l'autre".
Puisque l'interface "intelligente" est par définition un système "intelligent", elle
hérite de toutes les contraintes de ces systèmes. De ce fait, elle doit être
conceptuellement dirigée par les buts à remplir, pour faciliter la focalisation sur le
problème, mais doit être aussi dirigée par les données afin d'alerter l'opérateur des
événements non perçus (NORMAN, 1979). Elle doit être autonome, en ce sens
qu'elle doit être capable de surveiller ses actions, ses buts recherchés ainsi que ses
intentions.
Notre contribution réside dans le développement d'une interface "intelligente".
Celle-ci a été appelée Module Décisionnel d'Imagerie (M.D.I.), puisqu'elle se ramène
à un module informatique capable de décider du contenu des images à présenter à
l'opérateur. Ainsi, nous proposons d'utiliser un système expert pour assurer les
interactions entre le procédé, l'opérateur humain et les différents outils d'assistance
dont il dispose (TENDJAOUI et al. 1990). Notre approche se propose de résoudre
les problèmes d'interaction entre l'homme et la machine en répondant aux trois
questions suivantes : "QUOI ?", "QUAND ?" et "COMMENT ?", c'est à dire :
quelles informations l'interface doit-elle présenter à l'opérateur, quand les lui
présenter selon les modes de fonctionnement du procédé et sous quelle forme les lui
présenter. Par la réponse à ces questions, notre approche vise à s'adapter, notamment,
aux tâches cognitives de l'opérateur, à son expérience et à ses ressources.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
- 91 -
Le M.D.I. est une interface de type adaptative, figure II.20. Cependant, si nous
associons au M.D.I. l'ensemble des fonctionnalités d'assistance dont doit disposer
l'opérateur, il sera très proche du système de dialogue de type "Opérateur assistant".
Opérateur assistant
Le M.D.I.
Interface adaptative
Interface
experte
Interface Flexible
Interface tolérante
aux erreurs humaines
Outils d'aide
à l'opérateur
Figure II.20 : Généralisation des systèmes de dialogue
Le chapitre suivant est consacré justement à la présentation du principe et des
caractéristiques du M.D.I.
Chapitre II : Systèmes de Dialogue Homme-Machine évoluées
Chapitre III
UNE APPROCHE D'INTERFACE
"INTELLIGENTE" :
LE MODULE DECISIONNEL
D'IMAGERIE
(Le M.D.I.)
- 93 -
CHAPITRE III : UNE APPROCHE D'INTERFACE
"INTELLIGENTE" : LE MODULE DECISIONNEL
D'IMAGERIE (LE M.D.I.)
INTRODUCTION
Nos travaux de recherche ont pour origine l'étude et la réalisation de l'interface
entre un système expert temps réel d'aide à la décision et des opérateurs humains,
dans le cadre d'un projet national appelé ALLIANCE auquel le LAIH avait participé
(TABORIN, POULAIN, MILLOT, 1986 ; 1988 ; 1990). Le travail mené, les
suggestions et les remarques soulevées dans le cadre de ce projet nous ont poussé à
améliorer l'approche utilisée et à nous orienter vers une interface dite "intelligente",
basée sur certains principes recensés dans le chapitre II.
Cette interface "intelligente" est construite autour d'un module informatique
appelé "Module Décisionnel d'Imagerie" (M.D.I.). Celui-ci a pour objectif de
résoudre un ensemble de problèmes liés aux interactions entre l'homme et la machine
selon les trois aspects ergonomiques suivants : (1) QUOI présenter à l'opérateur, (2)
QUAND lui présenter l'information et (3) COMMENT la lui présenter. Nous
utilisons pour cela une approche d'Intelligence Artificielle (TENDJAOUI et al.,
1990) pour assurer les interactions entre l'opérateur humain, le procédé et les
différents outils d'assistance dont il dispose. Le M.D.I. peut être considéré comme
une interface avancée située à la frontière entre l'interface "adaptative" au sens
d'EDMONDS (1981), l'interface "flexible" au sens de WILLIGES et al. (1987) et
l'interface "experte" au sens de d'ALTY et GUIDA (1985). En effet, le M.D.I. vise à
s'accorder (i) avec le premier type d'interface quand à la prise en compte des
traitements cognitifs de l'opérateur humain et des erreurs de celui-ci, (ii) avec le
second, pour sa capacité à s'adapter au système à superviser ainsi qu'aux préférences
individuelles des opérateurs dans les styles d'interaction et enfin (iii) avec le
troisième, en ce qui concerne l'intégration de connaissances relatives au procédé et à
l'utilisateur du système.
Dans ce chapitre, après avoir résumé les travaux antécédents au M.D.I., nous
situons celui-ci dans la boucle de supervision, afin de mettre en évidence les
différents systèmes avec lesquels il est en relation. Par la suite, les objectifs du
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 94 -
M.D.I. sont présentés de même que ses concepts principaux : le "QUOI", le
"QUAND" et le "COMMENT". Enfin, une architecture fonctionnelle intégrant le
M.D.I. est décrite dans ce chapitre.
I. TRAVAUX ANTECEDENTS AU M.D.I.
Le M.D.I. constitue la suite des travaux développés dans le cadre de l'étude et
de la réalisation d'une interface homme-machine lors du projet ALLIANCE. Ce
projet avait pour objectif la réalisation d'un système expert temps réel d'assistance à
l'opérateur pour la conduite de procédés continus (DE LAPPARENT, 1988), dans la
salle de contrôle du Centre d'essais Technologique situé à Cadarache. Ce site permet
de tester les échangeurs de chaleur sodium-eau pour les réacteurs nucléaires. Ce
projet a servi de support d'application aux recherches menées au LAIH sur les
interfaces entre opérateur et système d'Intelligence Artificielle temps réel.
L'interface développée lors de ce projet est capable d'apporter une aide à
l'opérateur pendant les deux situations de fonctionnement possibles du procédé : le
fonctionnement normal et le fonctionnement anormal. Des vues spécifiques ont été
réalisées en fonction des besoins informationnels de l'opérateur dans chacune de ces
deux situations, et de l'aide que le système expert est susceptible d'apporter
(TABORIN, POULAIN, MILLOT, 1986 ; 1988 ; 1990 ; TABORIN 1989).
Pendant le fonctionnement normal, les vues disponibles permettent à l'opérateur
d'effectuer une tâche de surveillance. Cette tâche consiste à évaluer continuellement
l'état du procédé de façon à détecter rapidement l'apparition d'un défaut. La
surveillance se fait sur un ensemble restreint de variables (sept), les plus
significatives de l'état de fonctionnement du procédé, définies par consultation de
l'expert. Une vue synthétique regroupant ces sept variables, appelée vue ETOILE a
été réalisée, selon le principe défini par CŒKIN (1969) et repris par WOODS et al.
(1981), figure III.1.
La vue étoile comprend les consignes et les six seuils d'alarme de chaque
variable (seuil haut, seuil très haut, seuil d'alarme haute, seuil bas, seuil très bas,
seuil d'alarme basse), disposés respectivement sur sept rayons régulièrement espacés
d'un même cercle. Les valeurs des consignes et des seuils ont été normées de façon à
ce qu'elles figurent sur des cercles concentriques. La valeur de chaque variable est
représentée par un point sur le rayon dont la position est modifiée en fonction de
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 95 -
l'évolution temporelle de l'amplitude de la variable. Les points symbolisant chaque
valeur de variable sont reliés entre eux par des segments de droite de telle façon
qu'en fonctionnement normal, où les variables sont égales à leurs consignes
respectives, la figure soit un polygone régulier, figure III.1(A). Lorsqu'une variable
s'écarte de sa consigne, le polygone se déforme indiquant un dysfonctionnement,
figure III.1(B).
Figure III.1 : La vue Etoile
Cette déformation du polygone permet d'avertir l'opérateur de l'apparition d'un
défaut. Il doit ensuite effectuer une tâche de diagnostic puis de correction. Après la
détection du défaut, le système d'Intelligence Artificielle effectue un raisonnement
aboutissant à la définition d'une procédure de reprise et de conseils d'actions qui
sont, automatiquement, affichés dans une fenêtre de l'écran, selon l'exemple présenté
en figure III.2.
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 96 -
Figure III.2 : Conseils d'actions
Ces conseils d'actions sont affichés dans une fenêtre de l'écran et présentent :
• la variable à corriger (sur cet exemple, deux conseils sont donnés concernant
respectivement les variable Dna4 et Tna15),
• commande à actionner pour y parvenir (Upem03 et C-P02),
• le sens et l'amplitude de la correction, (-1 et +1), et
• le délai d'intervention maximum pour effectuer la correction (2 mn 20 s et 3
mn 30 s).
Parallèlement, l'opérateur aura pu effectuer son propre raisonnement
aboutissant lui aussi à ses propres actions, où deux situations sont prévues :
- l'opérateur est en accord avec les conseils d'actions proposés, et il n'a plus
alors qu'à agir sur le procédé. Le système expert le conforte donc dans sa
décision;
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
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- l'opérateur n'est pas d'accord avec les conseils proposés, ou encore il n'a pas
réussi à définir une procédure, et dans ces deux cas il souhaite des
explications. A cet effet, deux niveaux de justification sont mis à sa
disposition par l'interface homme-machine :
• Le premier niveau de justification répond au désir d'explications de
l'opérateur sur les conseils d'actions. Dans ce cas, il peut accéder à
une vue, appelée "vue de propagation", qui présente à l'opérateur le
diagnostic du défaut. Sur un schéma simplifié de l'installation, sont
affichées les variables importantes du procédé, reliées entre elles par
des arcs orientés symbolisant la propagation du défaut depuis son
origine jusqu'aux variables concernées par les conseils de prévention,
selon le principe visible sur la figure III.3. Si l'opérateur demande des
explications sur les propagations prévues, ou s'il veut disposer
d'informations complémentaires notamment sur l'amplitude de la
propagation, il peut alors accéder à un deuxième niveau de
justification décrit ci-après.
Figure III.3 : Premier niveau de justification : la vue de "propagation"
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 98 -
• Le deuxième niveau de justification se présente sous la forme d'une
vue de type "courbe" présentant les variables les plus significatives
de la prédiction faite par le système expert. La présentation d'une
variable englobe en fait un ensemble de trois courbes, figure III.4. La
première est l'historique, qui représente l'évolution passée de la
variable. La deuxième courbe est la courbe de prédiction. Cette
courbe représente la prédiction faite sur la variable depuis l'instant
Tp. La troisième courbe est la courbe de suivi et correspond à
l'évolution réelle de la variable entre deux prédictions. Elle est
affichée pour permettre à l'opérateur de vérifier l'effet de sa
correction.
Figure III.4 : Deuxième niveau de justification : la vue "courbes"
L'étude de l'interface homme-machine, dans le cadre de ce projet, a permis de
mettre en œuvre un modèle de coopération entre l'opérateur et le(s) module(s)
d'aide à la décision, figure III.5. Ce modèle met en parallèle, d'une part les étapes de
résolution de problème humaine, proposées par RASMUSSEN (1980), et les images
correspondant à ces étapes d'autre part. Pendant le fonctionnement normal du
procédé, le système expert ne délivre aucune information. Cependant, afin d'aider
l'opérateur à effectuer les tâches de surveillance, la vue étoile lui est proposée. En
cas de fonctionnement anormal, la vue étoile se déforme, et le système expert
effectue un raisonnement qui aboutit à l'affichage des deux conseils d'actions les
plus urgents. La présentation de ces conseils constitue l'étape de vérification.
L'évolution prévue sur les sept variables constituant l'étoile, est alors décrite en
accéléré, à partir d'une animation. S'il y a conflit décisionnel entre le système expert
et l'opérateur humain ou si celui-ci souhaite des informations supplémentaires, il
peut alors appeler les deux niveaux de justification :
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
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Figure III.5 : Le modèle de coopération homme-machine
du synoptique ALLIANCE (TABORIN, 1989)
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 100 -
- 1er niveau : La vue propagation est affichée, en remplacement de l'étoile et
permet à l'opérateur d'évaluer l'étendue de la propagation prévue. L'objectif
est de faciliter, à partir d'une vue très symbolique, le diagnostic rapide de
l'origine de la perturbation en présentant l'ensemble des variables impliquées.
- 2ème niveau : L'opérateur peut ensuite appeler la vue courbe affichant
l'évolution des variables les plus significatives. L'objectif de cette vue est de
lui permettre d'évaluer le bien fondé de la prédiction donnée et d'observer
l'amplitude de cette prédiction sur les variables affichées.
L'interface homme-machine a fait l'objet d'une évaluation ergonomique
préalable en laboratoire (KOLSKI, 1989 ; TABORIN, 1989) et avec les opérateurs.
Ainsi, dans la mesure du possible, il a été tenu compte du fait que l'opérateur a un
rôle important à tenir lors du développement de l'interface (BERRY et
BROADBENT, 1986), alors que, dans la plupart des réalisations pour lesquelles il
est pourtant le principal utilisateur, sa participation est étrangement rare. On peut
souligner ainsi que si le concepteur de l'interface connait bien les différents modes
possibles de présentation des informations, il ne sait pas toujours vraiment ce que
l'utilisateur en attend. Sur ce point, plusieurs remarques ont été formulées par les
opérateurs lors de ce projet. Par exemple :
- Une des exigences premières de l'opérateur est de pouvoir voir "vivre son
procédé" au travers des vues développées. Ainsi dans certains cas, il suggère
que le système "force" l'affichage d'une vue même si cela peut paraître
paradoxal. Bien souvent, il justifie ce souhait par le besoin d'être averti
rapidement de l'apparition d'un nouvel événement important (TABORIN,
1989).
- De plus, il faut s'attacher à représenter de façon simple les informations.
Notamment, il n'est pas toujours judicieux de rechercher une représentation
proche de l'image physique du procédé, car bien souvent cela ne permet pas
de présenter au mieux une information. Par exemple, dans le dessin en coupe
d'une cuve, l'animation d'une surface colorée symbolisant le volume de
liquide intérieur permet difficilement de représenter l'évolution du niveau de
liquide, même en utilisant des dégradés de couleur. Dans ce cas, il est
préférable d'utiliser, d'après les opérateurs, une représentation sous forme de
courbe.
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 101 -
- Il faut aider l'opérateur à évaluer rapidement la gravité d'une situation. A cet
effet, il est par exemple souvent utile de prévoir des seuils de "pré-alarmes"
sur certaines variables. Concernant la notion de gravité, celle-ci sera traitée
en détail dans le chapitre IV, paragraphe II.4. Dans ce paragraphe, nous
proposerons une fonction de gravité dépendant de trois paramètres : le degré
d'insécurité du système, le degré d'anormalité de la production et le degré
d'urgence.
L'interface homme-machine développée lors de ce projet est basée sur un
modèle, dit implicite, de coopération, dans la mesure où le modèle de raisonnement
humain utilisé est un modèle de représentation qui n'est pas explicitement implanté
dans l'interface. De ce fait, le concepteur ne peut "qu'espérer" a priori que l'opérateur
accède à certaines vues graphiques en fonction de la situation, anormale ou normale,
de fonctionnement du procédé. Cependant, ces vues ne sont pas utilisées de manière
systématique par l'opérateur, et conformément à ce qu'elles sont sensées apporter à
celui-ci d'un point de vue ergonomique.
Dans le but d'optimiser leur utilisation par l'opérateur, une approche d'interface
"intelligente" mise en œuvre sous forme d'un modèle de coopération homme-
machine représenté explicitement à l'aide de règles de production. Ce modèle est
géré par un système expert de dialogue "évolué" et est appelé M.D.I., pour Module
Décisionnel d'Imagerie (TABORIN et al., 1987). Sa localisation dans le système de
supervision, ainsi que ses objectifs, font l'objet de la partie suivante.
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 102 -
II. LE MODULE DECISIONNEL D'IMAGERIE (M.D.I.)
Le Module Décisionnel d'Imagerie est un système "intelligent" de gestion de
l'imagerie en dynamique. Cependant, afin de clarifier ses objectifs, il importe dans
un premier temps de localiser un tel système dans la boucle de supervision d'un
procédé industriel complexe.
II.1. LOCALISATION DU M.D.I. DANS LA BOUCLE DE SUPERVISION
L'intégration du M.D.I. dans la chaîne de supervision est présentée en figure
III.6 : le calculateur de supervision centralise l'ensemble des données instrumentées
du procédé. Ces données sont accessibles au(x) module(s) informatique(s) d'aide à la
décision et au Module Décisionnel d'Imagerie. A partir de ces données, le(s)
module(s) d'aide à la décision déduit (déduisent) des informations telles que des
prédictions, des diagnostics ou des procédures de reprise. Ces informations sont
alors transmises au M.D.I. qui sélectionne celles qui doivent être présentées à
l'opérateur.
Le M.D.I. doit transmettre les informations considérées comme pertinentes à la
console d'affichage graphique, utilisée par l'opérateur. Ainsi, la console doit être
"esclave" du M.D.I., et doit être capable de modifier dynamiquement son affichage
en fonction des décisions prises par le Module Décisionnel d'Imagerie. De plus,
l'opérateur étant susceptible de demander des informations complémentaires ou des
données au module d'aide à la décision, il est nécessaire de prévoir une commande
de l'opérateur vers le Module Décisionnel d'Imagerie. Le M.D.I. est donc lié au(x)
module(s) d'aide à la décision par les données et les informations qu'il doit gérer,
mais il est aussi un composant indépendant de par la nature particulière des règles
contenues dans ses bases de connaissances.
Ainsi, deux intégrations sont possibles pour l'implantation physique du module
: la première possibilité est de l'intégrer sous la forme d'une tâche particulière au sein
du système d'assistance complet et la deuxième consiste à utiliser un calculateur
spécifique chargé des aspects graphiques, intégrant le M.D.I. s'occupant de la
gestion de l'imagerie (TENDJAOUI, 1988 ; TABORIN, 1989).
Les objectifs du M.D.I. sont décrits précisément dans la partie suivante.
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 103 -
Figure III.6 : Localisation du M.D.I.
II.2. LES OBJECTIFS DU MODULE DECISIONNEL D'IMAGERIE
Le M.D.I. doit permettre des échanges d'information entre l'opérateur (ou un
groupe d'opérateurs), un procédé et un ou plusieurs module(s) d'aide à la décision.
Ainsi, les objectifs du M.D.I. sont (KOLSKI et al., 1990) :
- de sélectionner les informations à afficher sur l'écran compte tenu du contexte
opérationnel du procédé et des besoins informationnels de l'opérateur, afin de
permettre à l'opérateur d'effectuer la surveillance du procédé et de définir les
actions correctrices éventuelles suite à l'apparition d'un dysfonctionnement ;
- d'intégrer à cette imagerie de supervision les conseils de correction fournis
par le(s) module(s) d'aide à la décision lors des diagnostics et des reprises de
défauts, en permettant aux modules de justifier leur raisonnement, afin de
prévenir des conflits entre ceux-ci et l'opérateur humain ;
- de définir une présentation ergonomique de ces informations pour en
faciliter la perception par l'opérateur humain.
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 104 -
Afin de réaliser ces objectifs, le module doit filtrer, à l'aide de bases de
connaissances centralisant les besoins informationnels de l'opérateur dans les
différents contextes opérationnels du procédé, les informations issues des modules
d'aide à la décision, ainsi que les données fournies par le calculateur de supervision.
L'intégration du Module Décisionnel d'Imagerie dans la chaîne de supervision
d'un procédé industriel demande notamment de procéder à une analyse de la
démarche cognitive de l'opérateur vis-à-vis des différentes tâches qu'il doit exécuter,
de façon à non seulement présenter les informations dont il a besoin mais aussi à
adapter les modes de représentation appropriés à ces informations, dans le but de
favoriser une coopération entre le(s) module(s) d'aide à la décision et l'opérateur
considéré ici comme le "décideur final". Ce point sera plus discuté dans le chapitre
IV.
Connaissant les objectifs du M.D.I., la partie suivante présente les concepts de
base que le M.D.I. doit considérer, afin d'atteindre ceux-ci.
III. LES CONCEPTS DU MODULE DECISIONNEL
D'IMAGERIE
Le M.D.I. doit être autonome et capable de s'adapter aux besoins des
opérateurs. Il doit donc intégrer des connaissances sur : (i) les différents contextes
opératoires du système à superviser, (ii) les opérateurs qui vont utiliser l'interface
pour superviser le système, (iii) les tâches cognitives et sensori-motrices des ces
opérateurs.
Ces connaissances doivent permettre de répondre aux trois problèmes
ergonomiques suivants, figure III.7 :
(i) QUOI présenter à l'opérateur, c'est à dire : quelles sont les informations
pertinentes et utiles à afficher compte tenu des limites de perception
humaines et aussi de la taille réduite des écrans. Nous considérons que le
"QUOI" intègre le "Pourquoi", par l'utilisation de niveaux de justification de
l'information présentée.
(ii) QUAND lui présenter les informations sélectionnées, notamment en tenant
compte du contexte opérationnel du procédé.
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 105 -
(iii) COMMENT les lui présenter, c'est à dire : quels sont les modes de
représentation les mieux adaptés du point de vue ergonomique.
RE QUET ES DE
L'OPERAT EUR
SIT UAT ION DU
PROCEDE
T ACHE DE
L'OPERAT EUR
QUOI QUAND
GRAVIT E DE LA
SIT UAT ION
T YP E
D'OPE RAT E UR
BASE GRAP HIQUE
COMMENT ERGONOMIQUE
Figure III.7 : Les Concepts "QUOI / QUAND / COMMENT" du M.D.I.
(KOLSKI et al., 1990 ; TENDJAOUI et al., 1991B)
Ces problèmes ergonomiques sont discutés successivement ci-après.
III.1. LE PROBLEME DU "QUOI"
Le "quoi présenter à l'opérateur" représente l'ensemble des informations dont
l'opérateur humain doit disposer, sur son écran, afin de mener à bien ses tâches de
contrôle et de supervision. Il constitue ainsi l'ensemble des besoins informationnels
de l'opérateur, pour une situation de fonctionnement donnée, lors de l'exécution
d'une tâche particulière, pour une fonction et un opérateur donnés et en réponse à
une requête particulière.
Ainsi, la réponse à la question du "QUOI" doit prendre en compte un ensemble
de paramètres de fonctionnement du système homme-machine, figure III.7. Nous
pouvons citer particulièrement :
- Les requêtes de l'opérateur : Elles correspondent à l'ensemble des
informations dont l'opérateur peut avoir besoin à un moment donné de
l'exécution de sa tâche. Ces informations sont demandées explicitement par
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 106 -
l'opérateur. Cependant, leur forme peut être différente selon le contexte
considéré. Si l'opérateur, à un moment de l'exécution de sa tâche de conduite,
réclame un type particulier d'information, tel que l'état d'une variable ou des
justifications de conseils d'actions, alors le M.D.I. doit répondre à cette
requête.
- Le type d'opérateur : Ce paramètre traduit les différences qui peuvent exister
entre les utilisateurs du système. Ces différences peuvent se ressentir au
niveau des fonctions attribués aux opérateurs humains (technicien de
maintenance, rondier, chef quart, opérateur de la salle de contrôle), de leurs
expériences respectives dans cette fonction, ou de toute autre considération
professionnelle. Selon les différences d'expérience des opérateurs, si un
défaut est prévu par le module d'aide à la décision, qui propose alors un plan
d'actions pour le corriger, l'opérateur peut être d'accord avec ce plan et n'aura
qu'à l'exécuter. Cependant, il peut ne pas être d'accord, et dans ce cas, il peut
demander des justifications sur le plan proposé. Suivant le niveau
d'expérience des opérateurs, le niveau de détail des justifications varie alors.
Ainsi, un opérateur débutant aura tendance à demander plus de détails qu'un
opérateur expérimenté. Le M.D.I devra en tenir compte.
- La tâche de l'opérateur par rapport aux différentes situations de conduite du
procédé : Ce paramètre traduit la nécessité de savoir ce que l'opérateur
humain est en train d'effectuer, connaissant la situation dans laquelle
fonctionne le procédé. En effet, pour répondre aux interrogations de
l'opérateur lors de l'exécution d'une de ses tâches, le M.D.I. doit connaître à
quelle niveau de l'exécution de sa tâche l'opérateur se trouve, et ceci afin de
sélectionner et de lui préparer les informations les plus utiles pour lui à ce
moment. Dans ce but, le M.D.I. doit se baser sur la connaissance de la
situation de fonctionnement du procédé. A titre d'exemple, la figure III.8
présente les différents types d'interventions du M.D.I., ainsi que les types de
messages et de vues demandables par l'opérateur en fonction des états
possibles de fonctionnement du procédé. Par exemple, en situation de
démarrage, l'opérateur a besoin de conseils d'aide au démarrage, alors que,
suite à une correction, il a besoin d'informations de suivi de certaines
variables que le M.D.I. peut alors lui sélectionner automatiquement. De
même, quand la situation est anormale, des alarmes doivent être
automatiquement sélectionnées et hiérarchiquement affichées, etc.
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 107 -
Etats de fonction ne me n t Conseils de
du procé dé Démarrage démarrage
Situation
Informations
Anormale Non
gérées par le
Critique
M.D.I.
Situation Alarmes
Transitoire De Situation Plans d'actions
Correction Normale Justific ations
Vues de suivi
Situation
Anormale Conseils
Arrêt
Critique d'arrêt
Modules d'aide
à la décision M.D.I.
Figure III.8 : Exemples d'aides à apporter à l'opérateur en fonction des différentes
situations de conduite du système
III.2. LE PROBLEME DU "QUAND"
Le "quand présenter l'information à l'opérateur" concerne le choix de l'instant
où l'information à présenter à l'opérateur est la plus utile. Cette question (QUAND)
est importante, car elle peut contribuer à gérer la charge de travail de l'opérateur, en
modulant les flux d'informations provenant des modules d'aides à la décision, en
fonction de la gravité de la situation du système homme-machine, figure III.9. Selon
l'information à afficher et les requêtes de l'opérateur, le M.D.I. doit évaluer la gravité
de la situation afin de déterminer si l'information doit être affichée instantanément
ou ultérieurement.
Une telle démarche doit également permettre à l'opérateur, dans certains cas,
d'entretenir ses connaissances et éventuellement de les enrichir. Par exemple, si suite
à l'apparition d'un défaut, les plans de correction proposés par le module d'aide à la
décision ne sont pas encore affichés, l'opérateur doit élaborer ses propres plans sans
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 108 -
attendre ceux du module d'aide à la décision. Dans ces conditions, l'opérateur
entretient ses propres connaissances et évite en particulier le problème, "de la
confiance aveugle", qui consiste pour lui à attendre et à appliquer automatiquement
les plans proposés par le module d'aide sans les vérifier. Ceci peut le mener à perdre
certaines de ses connaissances. Par conséquent, il ne sera plus capable dans certaines
situations d'établir un plan de correction, si le module d'aide est défaillant.
En résumé, le problème du "QUAND" dépend de l'information à présenter (le
"QUOI"), des requêtes de l'opérateur ainsi que de la gravité de la situation du
système, figure III.7. L'évaluation de la gravité de la situation sera liée par exemple
aux risques de violation des contraintes de sécurité et de production.
Détection
d'un défaut
Non grave Evaluation grave
de la
gravité
Peu grave
• Alarmes • Alarmes • Alarmes
• Plans d'ac tions • Plans d'ac tions
• Justifications
Correction
Figure. III.9 : Exemple de gestion automatique des messages d'aide en fonction de la
gravité de la situation pour un opérateur novice
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 109 -
III.3. LE PROBLEME DU "COMMENT"
La réponse à la question "COMMENT présenter l'information" prend une
grande importance. En effet, il importe de présenter l'information en fonction de
formats ergonomiques pré-définis évalués a priori. Ceux-ci peuvent être centralisés
dans une base graphique ergonomique, figure III.7. Si plusieurs modes de
représentation sont utilisables avec la même efficacité dans un même contexte
opérationnel, l'opérateur doit pouvoir configurer son interface, selon ses préférences
et habitudes, avant la réalisation effective de ses tâches sur le procédé.
De plus, d'une représentation à une autre, l'information peut perdre son
importance et sa pertinence. Ainsi, de nombreuses études ont montré l'efficacité du
choix des modes de représentation (DE KEYSER, 1980 ; KOLSKI, 1989 ;
TABORIN, 1989, etc.). A titre d'exemple, voici quelques définitions simples du
"COMMENT" :
- Pour visualiser l'évolution d'une variable, une représentation sous forme de
courbe est appropriée. En effet, une telle représentation permet d'informer
l'opérateur sur la tendance de la variable. De plus, elle lui fournit un
historique de celle-ci ;
- si la situation est grave, la couleur rouge pourra être utilisée pour attirer
l'opérateur sur cette gravité ;
- les informations les plus importantes sont disposées en haut et à droite de
l'écran ;
- si la situation de fonctionnement se dégrade et que l'opérateur n'arrive pas à
être d'accord avec le plan de correction proposé par le module d'aide sans
demander les justifications, celles-ci lui sont automatiquement proposées
dans une fenêtre secondaire ;
- etc.
Il importe maintenant d'intégrer les connaissances de type "QUOI", "QUAND"
et "COMMENT" dans une architecture de système d'assistance complet.
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 110 -
III.4. INTEGRATION DU "QUOI / QUAND / COMMENT" DANS UNE
ARCHITECTURE DE SYSTEME D'ASSISTANCE
L'intégration du "QUOI", du "QUAND" et du "COMMENT" dans le système
d'assistance complet, doit se conformer à des contraintes fonctionnelles particulières.
Après avoir présenté les objectifs et les concepts de base du M.D.I., il est
maintenant possible de proposer une architecture fonctionnelle d'un système
d'assistance intégrant le M.D.I., figure III.10.
Figure III.10 : Architecture fonctionnelle du système d'assistance intégrant le M.D.I.
(KOLSKI et al., 1992)
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 111 -
Au vu du chapitre II, il est bien évident que de nombreuses architectures
peuvent être proposées. Celle que nous proposons a pour avantage de considérer
explicitement les 3 concepts "QUOI", "QUAND" et "COMMENT" sous la forme de
bases de connaissances. Le regroupement de ces 3 bases de connaissances peut être
considéré comme correspondant à un modèle (simplifié) de l'opérateur dans la
mesure où ces bases visent l'adaptation à ses besoins.
En s'appuyant sur un (ou plusieurs) modèle(s) du procédé, le(s) module(s)
d'aide à la décision doit (doivent) pouvoir proposer de nouvelles informations
(prédiction, diagnostic, conseils d'actions, justifications…). Cet ensemble
d'information doit être disponible au niveau du M.D.I., grâce notamment à une zone
mémoire commune, de type blackboard (NII, 1986). Le M.D.I. doit alors baser sa
sélection de l'information à présenter à l'opérateur, dans un contexte particulier, à la
fois sur un modèle des tâches que l'opérateur doit effectuer, et sur un modèle
contenant des informations sur celui-ci, appelé "modèle de l'opérateur".
Le modèle des tâches de l'opérateur est composé de l'ensemble des tâches
(assistées par le système d'assistance) recensées lors de l'analyse des tâches, alors
que le modèle de l'opérateur intègre l'ensemble des 3 bases de connaissance requises
pour assurer la gestion du "QUOI", du "QUAND" et du "COMMENT". Comme nous
le décrirons dans le chapitre suivant, les décisions à prendre en matière de "QUOI",
"QUAND" et "COMMENT" seront décrites à l'aide de règles de production
structurées selon des arbres de décisions, suivant les principes désormais
couramment utilisés dans les systèmes experts. A ce sujet, notons qu'il existe sur le
marché un ensemble de générateurs de systèmes experts utilisant des principes de
l'Apprentissage Symbolique Automatique 3 (ASA) permettant, à partir d'un ensemble
d'exemples, de générer automatiquement un arbre de décisions optimisé, tels
EXPERT-EASE (Intelligent Terminals Ltd), RULE MASTER (Radian Corporation)
ou 1stCLASS (Programs in Motion Inc). Notons que dans le cadre de cette
recherche, nous avons utilisé l'outil 1stCLASS (chapitre IV, paragraphe IV.4).
En résumé, l'ensemble des connaissances requises par le M.D.I. portent
notamment sur :
- les différents contextes opérationnels du procédé à superviser, incluant les
modes de fonctionnements normaux et anormaux de l'installation ; ceux-ci
3 Pour de plus amples informations sur l'Apprentissage Symbolique Automatique, le lecteur se référera par exemple à BARR et al.
(82), KODRATOFF (86) ou DUPAS (90).
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 112 -
sont modélisés à l'aide d'une fonction de gravité détaillée dans le chapitre IV,
paragraphe II.4.
- les caractéristiques des différents opérateurs humains, leur niveau
d'expérience, leur fonction, leurs préférences dans les modes et les styles
d'interaction ;
- les tâches "assistées" des opérateurs ;
- les connaissances ergonomiques et les modes de représentation susceptibles
d'être sélectionnés et affichés.
En plus de ces connaissances, le M.D.I. doit être capable de synthétiser les
informations venant du procédé, afin notamment de pouvoir évaluer certaines
connaissances utiles, telles que la situation de fonctionnement du système, ainsi que
sa gravité. Chacun de ces points sera traité dans le dernier chapitre.
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 113 -
CONCLUSION
Ce chapitre a été consacré à la description du M.D.I., cœur d'une approche
d'interface "intelligente" développée en laboratoire. Les travaux qui ont permis
d'arriver au M.D.I. ont pour origine la réalisation d'une interface homme-machine
entre opérateur(s) et module(s) d'aide à la décision implanté dans une salle de
contrôle. Ces travaux ont permis de mettre en évidence et de développer un modèle
implicite de coopération entre homme et système expert d'assistance.
L'avènement de nouvelles techniques en Intelligence Artificielle, dans le
domaine de la conception d'interfaces graphiques et au niveau de l'analyse des tâches
et des activités de l'opérateur, contribue actuellement à l'amélioration des interfaces
homme-machine dans les salles de contrôle de procédés industriels. Dans ces
conditions, notre approche d'interface "intelligente" peut bénéficier des progrès
entrepris dans ces domaines afin de parvenir à des modèles explicites de coopération
homme-machine. Cette approche conduit au concept de M.D.I., en visant à répondre
dans chaque situation aux trois questions ergonomiques : QUOI présenter, QUAND
et COMMENT présenter l'information.
Après avoir décrit les objectifs du M.D.I. et sa localisation dans le système de
supervision, ce chapitre a proposé les différents concepts fondamentaux qui le
définissent. Afin d'intégrer le M.D.I. dans le système d'assistance complet, une
architecture fonctionnelle a ensuite été proposée intégrant trois modèles : un modèle
du procédé, un modèle des tâches assistées de l'opérateur et un modèle de
l'opérateur.
Dans le chapitre suivant, nous présentons une plate-forme expérimentale
intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 114 -
CHAPITRE IV
REALISATION D'UNE PLATE-FORME
EXPERIMENTALE INTEGRANT UNE
INTERFACE "INTELLIGENTE" DE TYPE
M.D.I.
Chapitre III: Une Approche d'Interface "Intelligente" : Le Module Décisionnel d'Imagerie (Le M.D.I.)
- 115 -
Chapitre IV réalisation d'une plate-forme
expérimentale intégrant une interface
"intelligente" de type M.D.I.
INTRODUCTION
Dans le chapitre précédent, nous avons énoncé les principes d'une interface
"intelligente" appelée Module Décisionnel d'Imagerie (M.D.I.). Le présent chapitre
est donc consacré à la mise en œuvre des concepts, présentés dans le chapitre
précédent, pour la réalisation de cette interface "intelligente". Le cadre de cette mise
en œuvre est un procédé simulé en laboratoire. Ce procédé consiste en un simulateur
simplifié du circuit de refroidissement d'une centrale nucléaire. L'hypothèse de
départ est que l'opérateur humain doit disposer d'un système d'assistance intégrant
une interface de type M.D.I., capable :
- d'anticiper la détection d'alarmes grâce à son module de prédiction ;
- de proposer un plan d'actions pour rétablir la situation de fonctionnement du
procédé ;
- de justifier l'état de la situation de fonctionnement du procédé et des
différents plans d'actions qu'il a proposés.
Dans une première partie, ce chapitre présente globalement la plate-forme
expérimentale réalisée.
Dans la deuxième partie, le système homme-machine dans lequel vient
s'intégrer le M.D.I. est décrit. Ainsi, le procédé simulé est d'abord présenté. Ensuite,
des hypothèses sont faites sur les limites, les ressources et les tâches prescrites de
l'opérateur humain. Puis, les tâches humaines sont particulièrement analysées.
Dans la troisième partie, chacun des outils informatiques d'aide à l'opérateur,
intégrés à la plate-forme, est décrit. Ces outils sont au nombre de quatre : un module
de prédiction, un module de traitement des alarmes, un générateur de plans d'actions,
et un générateur de justifications de plans d'actions.
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 116 -
Enfin le Module Décisionnel d'Imagerie est décrit dans la dernière partie, et
particulièrement le principe de l'enchaînement entre les vues, la réalisation d'une
bibliothèque graphique ergonomique et enfin celle d'un gestionnaire "intelligent" de
l'imagerie.
I. PRESENTATION GLOBALE DE LA PLATE-FORME
EXPERIMENTALE
La plate-forme expérimentale, développée au laboratoire sur ordinateur VAX
sous VMS, est composée d'un ensemble de modules informatiques partageant une
zone mémoire commune, figure IV.1. On distingue principalement :
• le simulateur du procédé ; celui-ci sera abordé dans la partie II de ce chapitre.
• Plusieurs fonctionnalités d'assistance à l'opérateur (décrites dans la partie III
de ce chapitre) :
- un module de prédiction ;
- un module de traitement des alarmes ;
- un générateur de plans d'actions ;
- un générateur de justifications de plans d'actions.
• Le Module Décisionnel d'Imagerie (décrit dans la partie IV de ce chapitre),
qui intègre :
- un ensemble de bases de connaissances répondant aux trois problèmes
ergonomiques "QUOI", "QUAND" et "COMMENT" ;
- un moteur d'inférence chargé d'exploiter les règles contenues dans les
bases de connaissances ;
- un module graphique chargé de gérer et d'animer en permanence les
différentes vues de l'interface à partir des conclusions du M.D.I.
concernant le "QUOI", le "QUAND" et le "COMMENT" ;
- une base de données sur les opérateurs. Dans l'état actuel de la plate-
forme, cette base contient essentiellement des données relatives aux
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 117 -
expérimentations : nom du sujet, hypothèses de départ sur son
expérience (novice, expérimenté ou expert), liste des scénarios de
défauts utilisés, noms des fichiers gérés lors de l'expérimentation.
Figure IV.1 : Architecture de la plate-forme expérimentale
(TENDJAOUI et al., 1991B)
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 118 -
• un superviseur gérant la coordination et les communications à travers la zone
mémoire commune ; celui-ci ne sera pas décrit dans ce chapitre dans la
mesure où il se contente d'assurer les échanges de données.
• un module capable de gérer des scénarios de pannes. Dans un but
expérimental, chaque scénario peut être décrit à l'aide d'un éditeur spécialisé ;
ce module sera décrit à travers un exemple dans le chapitre V.
• un module de gestion des actions et des requêtes de l'opérateur : ce module
sauvegarde après interprétation celles-ci dans des fichiers. Pour les mêmes
raisons que pour le superviseur, une description détaillée de ce module de
gestion n'est pas indispensable.
Les modules principaux présents dans la figure IV.1 seront détaillés tout au
long de ce chapitre.
Auparavant, il est important de décrire plus précisément le système homme-
machine, tel qu'il est simulé dans la plate-forme expérimentale.
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 119 -
II. LE SYSTEME HOMME-MACHINE SIMULE
La plate-forme intègre un procédé simulé en laboratoire. Celui-ci simule le
fonctionnement simplifié du circuit de refroidissement d'une centrale nucléaire
(figure IV.2). Il est ainsi constitué de deux circuit principaux : un circuit primaire,
appelé aussi circuit Sodium et un circuit secondaire, appelé aussi circuit Eau. Ces
deux circuits communiquent entre eux grâce à un générateur de vapeur, considéré
dans notre cas comme un échangeur de chaleur. De plus, parce que la production
d'électricité est simulée par des fuites de vapeur d'eau à la sortie du générateur de
vapeur, un circuit de réapprovisionnement en eau est considéré aussi.
Turbines
Appoint
d'eau
Vapeur
Condenseur
Cœur de la Générateur
centrale de Vapeur
Sodium Eau
C ircuit pri maire
(circuit sodi um) C ircuit se condai re
(circuit e au)
Figure IV.2 : Synoptique du procédé simulé
Ce procédé simulé est développé grâce au langage de programmation C et à
certains principes de modélisation qualitative qui seront décrits plus précisément
dans le paragraphe III.1. La simulation s'appuie sur un modèle de type graphe de
fluence et se fait en quatre étapes :
- recenser l'ensemble des variables du procédé et construire un réseau de
propagation entre elles,
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 120 -
- lier les variables les unes aux autres en suivant l'influence de chaque variable
sur le réseau,
- affecter à chaque lien quatre paramètres (retard, temps de réponse, gain et sens
de propagation),
- à chaque fois qu'une variable est perturbée, propager la perturbation dans le
réseau en utilisant les quatre paramètres précédents.
Chacune des valeurs associées à une variable du procédé simulé est accessible
par les autres modules par l'intermédiaire de la zone mémoire commune.
L'analyse, dans le paragraphe suivant, de ce procédé nous permettra
progressivement de mettre en évidence des besoins en matière d'assistance à
l'opérateur.
II.1. MODELISATION DU PROCEDE
A partir du procédé, il s'agit dans ce premier temps d'identifier et de dégager les
contraintes techniques (dynamique, sécurité...) selon les différents contextes de
fonctionnement envisagés.
Comme nous l'avons précisé, il simule le fonctionnement simplifié du circuit de
refroidissement d'une centrale nucléaire. A ce sujet, l'ensemble des variables
principales et des différentes relations qui existent entre celles-ci, est visible sur la
figure IV.3.
Ce procédé étant simulé, il est bien entendu nécessaire de se baser sur un
ensemble d'hypothèses concernant son fonctionnement. Ainsi, on suppose que les
variables retenues pour le contrôle et la supervision de ce procédé sont au nombre de
16, et sont regroupées en 5 classes (voir le tableau IV.1) :
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 121 -
C-TVEEC
TVEEC
C-TSEG V
Turbines Appoint
Vapeur d'eau
PVE
TSEGV NEC
TESGV C-DB E
Condenseur
Cœur de la Générateur
centrale de Vapeur TEC
DBE
DBS C-TEC
TSSG V
TEEG V
Sodium Eau
C-DB S
Circuit Circuit
sodium C-TEEG V d'eau
Figure IV.3 : Localisation et influence des variables dans le procédé simulé
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 122 -
Tableau IV.1 : Ensemble des variables du procédé simulé
Variable Signification Classe de la
variable
TSEGV Sécurité
TSSGV Température du Sodium à l'entrée du Générateur de vapeur
Température du Sodium à la sortie du Générateur de vapeur
TESGV Température de l'eau à la sortie du Générateur de vapeur Production
C- Consigne de la température de l'eau à l'entrée du générateur Commande
TEEGV de vapeur
C- Consigne température du Sodium à l'entrée du Générateur de
TSEGV vapeur
C-DBS Consigne du débit du sodium
C-TEC Consigne de la température de l'eau dans le condenseur Régulation
automatique
C- Consigne de la température de la vapeur d'eau à l'entrée du
TVEEC condenseur
C-DBE Consigne du débit d'eau
NEC Consigne du niveau d'eau dans le condenseur
PVE Pression de la vapeur d'eau Conduite
et
TEEGV Température de l'eau à l'entrée du générateur de vapeur Supervision
TEC Température de l'eau dans le condenseur
TVEEC Température de la vapeur d'eau à l'entrée du condenseur
DBE Débit d'eau
DBS Débit du Sodium
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 123 -
- la première classe regroupe deux variables traduisant un aspect de sécurité du
système ;
- la seconde classe considère une variable traduisant un aspect de production ;
- la troisième classe regroupe trois variables de commande sur lesquelles
l'opérateur peut agir pour contrôler le procédé ;
- la quatrième classe regroupe quatre variables sujettes à des perturbations et
dont la régulation est assurée par des automatismes ;
- la dernière classe regroupe six variables internes de conduite, utilisable pour
la supervision.
Pour simuler le procédé, nous avons construit un modèle qualitatif simple,
figure IV.4. Celui-ci est composé de 16 nœuds (pour les 16 variables du procédé),
reliés entre eux par des arcs. Si une perturbation arrive sur un des nœuds, elle sera
propagé dans les arcs qui partent du nœud. A chaque arc est associé une fonction de
transfert du premier ordre, représentée par :
• N° : numéro de l'arc (entre 1 et 20),
• Ret : Retard pur (en secondes),
• Trep : Temps de réponse (en secondes),
• Gain : le gain (Faible, Fort ou Moyen), qui est configurable. Dans notre cas,
nous avons choisi la configuration suivante :
- Fort := 0,8
- Moyen := 0,5
- Faible := 0,2
A chaque nœud est associé le nom de la variable (par exemple TSEGV) et sa
valeur nominale (par exemple 400 °C).
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 124 -
C-T VEEC
Vn : 300
C-T SEGV
Vn : 400 N° : 15
Ret : 0
Trep : 50
N° : 17 Gain : Moyen
Ret : 0 Sens : 1
Trep : 25
Gain : Moyen
Sens : 1 T VEE C
C-DBE PVE
N° : 5 Vn : 150 Vn : 280
Vn : 100
T SE GV Ret : 40
Trep : 180 N° : 2
Vn : 400 Gain : Moyen Ret : 22
Sens : 1 Trep : 30
N° : 1
Ret : 0 Gain : Moyen
N° : 4 N° : 12 Trep : 10 Sens : 1
Ret : 20 Ret : 10 Gain : Moyen
Trep : 60 N° : 8 Trep : 20 Sens : 1
T ESGV Gain : Moyen
Gain : Fort Ret : 20
Sens : 1 Trep : 150 Vn : 300 Sens : 1 NEC
Gain : Fort Vn : 100
Sens : 1 N° : 20
Ret : 24 N° : 11
DBS Trep : 25
Gain : Fort Ret : 10
Vn : 100 Sens : -1 DBE Trep : 30
Vn : 100 Gain : Moyen
T EC Sens : 1
N° : 10 Vn : 300
T SSGV Ret : 25
Trep : 20 N° : 19
N° : 7 Vn : 350 Ret : 26 N° : 18
Gain : Moyen N° : 6 Ret : 0
Ret : 24 Sens : 1 Trep : 30
Trep : 120 Gain : Moyen Ret : 15 Trep : 30
Gain : Moyen Sens : 1 Trep : 20 Gain : Moyen
Sens : 1 Gain : Fort Sens : 1
T EEGV Sens : 1
Vn : 350
N° : 3 C-T E C
N° : 13 Ret : 30
Ret : 1 Vn : 320
Trep : 30
Trep : 40 Gain : Fort N° : 16
Gain : Moyen Sens : 1 Ret : 0
Sens : 1 Trep : 20
Gain : Moyen
Sens : 1
C-DBS
Vn : 100 C-T E EGV
Vn : 200
Figure IV.4 : Configuration du modèle qualitatif
D'autres hypothèses sont décrites dans le paragraphe suivant.
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 125 -
II.2. HYPOTHESES SUR LES LIMITES, LES RESSOURCES REELLES
ET LES TACHES PRESCRITES DE L'OPERATEUR
Dans le cas du procédé considéré précédemment, on suppose que les tâches
prescrites de l'opérateur consistent principalement à : (i) assurer la sécurité du
système en évitant des dysfonctionnements du circuit primaire, aussi appelé circuit
sodium, et (ii) assurer une production constante. Le fonctionnement normal peut
donc en fait être caractérisé par la satisfaction de ces deux buts.
Pour le premier point, l'opérateur doit surveiller en permanence l'évolution des
variables de la classe sécurité, afin de les garder dans une zone de sécurité pré-
définie. Pour le second point, il doit surveiller l'évolution de la variable TESGV,
traduisant la température de la vapeur d'eau à la sortie du générateur de vapeur. Cette
variable simule la quantité d'électricité produite et donne ainsi une information sur la
production du système.
Si l'opérateur assure ces deux points, le fonctionnement du procédé est qualifié
de normal. En cas de dysfonctionnement, l'opérateur a pour tâche de compenser le
défaut et de revenir à un point de fonctionnement normal. Dans les autres cas,
l'opérateur a pour charge de surveiller et d'affiner les réglages des valeurs des
variables du procédé, afin d'optimiser son fonctionnement.
Etant dans un contexte simulé, et ne disposant pas, pour l'instant, d'opérateur
réel professionnel, nous avons fait principalement les hypothèses suivantes en ce qui
concerne les limites et ressources réelles de l'opérateur :
- La seule fonction envisagée, pour l'instant, est celle de "contrôleur du
procédé" (BAINBRIDGE, 1978). Nous avons donc écarté d'autres fonctions
du type : "opérateur de maintenance", "ingénieur du procédé" ou encore
"utilisateur occasionnel du système informatique".
- Nous supposons que l'opérateur fait de la résolution de problème pour
compenser les défauts, et qu'il est habitué à utiliser un poste de travail
comprenant un écran graphique, un clavier et une souris. Pour résoudre un
problème, l'opérateur n'applique pas que des procédures pré-définies, il peut
suivre chacun des trois comportements identifiés par RASMUSSEN (1983).
A ce sujet, le but du M.D.I. sera de faire en sorte de l'orienter au maximum
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 126 -
vers un comportement basé sur l'habilité, en lui présentant les informations
adéquates en fonction de la situation de fonctionnement du procédé (voir la
figure III.9 dans le chapitre précédent).
- Nous supposons que les termes et les représentations graphiques utilisées pour
l'interface sont usuels à l'opérateur. A cet effet, lors de la phase d'évaluation,
des séances préliminaires d'apprentissage et d'entraînement auront à être
effectuées.
Il s'agit maintenant de décrire plus précisément les tâches à effectuer, telles
qu'elles sont susceptibles d'être assistées par le M.D.I.
II.3. LES TACHES DE L'OPERATEUR HUMAIN
Un modèle théorique des tâches assistées par le M.D.I. a été établi en
laboratoire. Dans ce modèle, nous nous sommes limités aux tâches de l'opérateur
dont l'identification est relativement aisée, figure IV.5.
Dans un premier temps, nous avons défini deux tâches facilement identifiables.
La première tâche est celle qui accompagne la phase de démarrage du procédé
appelée "tâche de démarrage". De la même façon, la deuxième tâche, appelée "tâche
d'arrêt" est déclenchée par les procédures d'arrêt du procédé.
Si l'opérateur n'est pas en train de réaliser l'une des deux tâches précédentes et
si aucune alarme n'est présente, nous supposons qu'il est en train d'accomplir une
"tâche de surveillance et de compensation de défauts" afin d'optimiser le
fonctionnement du procédé.
Enfin, nous avons regroupé l'ensemble des tâches décisionnelles de résolution
de problème, définies dans le modèle de RASMUSSEN (1980 ; 1983), en une seule
tâche principale appelée "tâche de résolution de problème". Celle-ci est identifiée
grâce à l'apparition d'une alarme signalant l'apparition d'un défaut, qui suppose que
l'opérateur va entrer dans une phase de résolution d'un problème. Cette alarme est
générée grâce à la notion de gravité, décrite ci-après, capable de caractériser l'état de
gravité de chaque mode de fonctionnement du procédé.
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 127 -
T âche de
NO N démarrage
OU I
Arrêt ?
Fin de
démarrage ?
NO N
OU I
Compensation
NO N de défaut s
Arrêt ?
OU I
OU I Gravit é Š 9 ?
NO N
Résolution de
problèmes
Défaut
compensé ? OU I
NO N
NO N
Arrêt ?
OU I
Arrêt
Figure IV.5 : Modèle des tâches assistées par le M.D.I.
II.4. LA NOTION DE GRAVITE
La notion de gravité de la situation est définie grâce à trois paramètres
traduisant l'état de fonctionnement du système, tableau IV.2. Ces paramètres sont
situés dans un ensemble de valeurs spécifiques. Chaque valeur est appelée "degré".
Les différents paramètres sont définis comme suit :
- le degré d'insécurité du système traduit une échelle de gravité du système,
prenant en compte de manière explicite les consignes de sécurité. Elle peut
prendre trois valeurs : 0, 5 ou 10. La valeur 0 indique que la sécurité est
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 128 -
assurée, alors que la valeur 10 indique que la sécurité du système est menacée
;
- le degré d'anormalité de la production d'énergie traduit une échelle du taux de
production en énergie de la centrale nucléaire. Ce paramètre prend en compte
de manière explicite les consignes de production du système. Ce paramètre
peut prendre l'une des trois valeurs : 0, 1 ou 2. La valeur 0 correspond à une
production normale alors que la valeur 2 indique que la production ne
respecte pas les consignes pré-établies ;
- le degré d'urgence exprime le délai imparti pour effectuer une compensation
d'un défaut éventuel reste possible. Le degré d'urgence est quantifié par les
valeurs : 0, 1 ou 2. La valeur 0 indique que l'opérateur dispose de "beaucoup
de temps" pour agir sur le procédé et corriger la situation. Bien entendu, la
notion de temps est en rapport direct avec la dynamique du procédé. En effet,
une heure dans la vie d'un procédé lent n'est bien évidemment pas perçue de
la même manière que dans un procédé rapide.
Tableau IV.2 : les valeurs associées aux notions de sécurité, production et d'urgence
Valeur degré d'insécurité Degré d'anormalité Degré d'urgence
de la production
0 Normale Optimale Long terme
1 - Sous-optimale Moyen terme -
2 - Critique Court terme -
5 Anormale - -
10 Critique - -
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 129 -
Grâce à cette classification des différents paramètres traduisant l'état de
fonctionnement du système, nous pouvons facilement identifier 15 classes d'alarmes
possibles. Chaque classe d'alarme est associée à un degré de gravité de la situation.
Les niveaux de gravité sont classés dans une échelle allant de 0 à 14 (figure IV.6), et
peuvent être calculés grâce à la fonction suivante :
Degré (gravité) := Degré (insécurité) + Degré (production) + Degré (urgence)
Degré d'insécurité 0 5 10
Degré d'anormalité 0 1 2 0 1 2 0 1 2
Degré d'urgence 0 1 2 01 2 0 1 2 0 1 2 0 1 2 0 1 2 0 1 2 0 1 2
Classe de l'alarme
0 1 2 3 2 3 4 5 6 7 6 7 8 7 8 9 10 11 12 11 12 13 12 13 14
Figure IV.6 : Hiérarchisation des alarmes
(TENDJAOUI et al., 1991C)
La classification précédente permet, dans un second temps, d'identifier un
ensemble de situations de fonctionnement du procédé. Dans notre cas, les situations
de fonctionnement identifiées ont été choisies au nombre de 5 : optimisée, normale,
anormale, critique et irrécupérable (voir le tableau IV.3).
Nous tenons à signaler que cette formulation du degré de gravité, comme une
agrégation des trois critères insécurité, anormalité de production et urgence a été
choisie volontairement très simple dans notre étude, car l'objectif est ici de tester la
faisabilité des concepts du M.D.I.
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 130 -
Ultérieurement, il conviendra d'approfondir cette formulation en s'appuyant sur
des théories éprouvées comme la théorie de la décision multicritère (GANDIBLEUX
et al., 1992) ou la théorie des sous-ensembles flous (GUERRA, 1991). Il faudra alors
identifier ces critères de telle façon qu'ils correspondent à l'évaluation qu'un
opérateur de supervision en fait réellement.
Tableau IV.3 : Identification de la situation de fonctionnement en fonction de la
gravité.
Gravité : Hiérarchisation des Alarmes Situation de fonctionnement du procédé
0 Optimisée
1à3 Normale
4à9 Anormale
10 à 12 Critique
13 à 14 Irrécupérable
Il est maintenant possible de décrire plus précisément les différentes
fonctionnalités d'aide à l'opérateur, que le M.D.I. doit gérer.
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 131 -
III. LES OUTILS D'AIDE A L'OPERATEUR
Dans un but expérimental, afin de permettre à l'opérateur de mener à bien les
différentes tâches qui lui sont attribuées, nous avons étudié les recommandations
ergonomiques dans le domaine du contrôle de procédés complexes pour faire
ressortir plusieurs besoins en assistance (VITTET, 1981 ; DANIELLOU, 1986 ;
RASMUSSEN, 1986 ; TABORIN, 1989). Ainsi, on suppose que l'opérateur doit
pouvoir disposer d'un ensemble de modules d'aide capables de lui fournir :
- des alarmes hiérarchisées ;
- les moyens de visualiser l'évolution future des variables ;
- des conseils d'actions en cas de dysfonctionnement ;
- des justifications de ces conseils d'action.
Ces aides sont fournies par plusieurs modules, écrits en C dans le cadre de cette
recherche, décrits successivement ci-dessous. Il faut noter que les informations
produites par ces différents modules ne sont pas affichées automatiquement mais
leur affichage est contrôlé par le M.D.I.
III.1. LE MODULE DE PREDICTION
Puisque l'opérateur doit pouvoir disposer d'un moyen de visualiser l'évolution
future des variables du procédé, nous avons repris le modèle de simulation du
procédé, qui se base sur plusieurs travaux dans le domaine de la modélisation
qualitative, pour l'utiliser comme modèle de prédiction. En effet, nous avons adopté
les principes de la modélisation qualitative utilisées par CALOUD (1988) et
FERRAY-BEAUMONT (1988). Le principe consiste à définir pour l'ensemble des
16 variables constituant le procédé un ensemble de paramètres caractéristiques de
leur fonctionnement. Nous avons ainsi défini des relations qualitatives entre les
différentes variables du procédé. Le résultat de cette opération est un réseau de
propagation constitué de nœuds et d'arcs, où les nœuds correspondent aux différentes
variables (16 en tout), et les arcs représentent l'effet d'une perturbation d'une variable
sur une autre. Chaque arc possède 4 paramètres qui sont : (i) le gain, (ii) le temps de
réponse, (iii) un retard pur, et (iv) le sens de de variation (+ ou -). Bien entendu, cette
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 132 -
modélisation s'inspire des modèles communément utilisés en Automatique. Son
intérêt majeur consiste en la possibilité de propager informatiquement une
perturbation d'une variable à une autre, les variables étant en relation par des arcs
(voir le réseau en figure IV.4). De plus, et parce que certaines variables subissent les
perturbations de plus d'une variable, nous avons appliqué les principes du théorème
de superposition de petits mouvements. Ce principe considère, à un instant donné, le
résultat de deux perturbations sur une variable comme la somme algébrique des
deux.
Le module de prédiction est le premier à être activé. Il se déclenche à chaque
fois qu'une variable régulée automatiquement ou contrôlée par l'opérateur subit une
perturbation ou quand une des variables de commande change. Dans ce cas, le
module de prédiction calcule les valeurs des variables pour les dix prochaines
minutes et écrit ses résultats dans une zone mémoire commune, accessible aux autres
modules.
III.2. LE MODULE DE TRAITEMENT DES ALARMES
Puisque l'opérateur doit pouvoir disposer d'alarmes hiérarchisées, le modèle de
prédiction sera utilisé dans un premier temps pour détecter préalablement les
dépassements de seuils des variables. Par la suite, et pour chaque variable, l'alarme
sera classée grâce à la formule de hiérarchisation résultant de l'agrégation des
gravités et présentée précédemment, figure IV.6. Ainsi, seules les alarmes dont la
classe est la plus élevée seront susceptibles d'être présentées à l'opérateur.
Le module de traitement des alarmes est activé à chaque fois qu'une variable du
procédé dépasse ou va dépasser le premier seuil d'alarme. Pour cela, il scrute en
permanence les valeurs des variables pour les dix prochaines minutes.
III.3. LE GENERATEUR DE PLANS D'ACTIONS
Afin de permettre à l'opérateur de disposer de conseils d'actions en cas de
dysfonctionnement, un certain nombre de plans d'actions théoriques ont été établis.
Ces plans d'actions sont tirés d'un mini-réseau qualitatif extrait du réseau global du
procédé. Ce mini-réseau ne tient compte que des variables des classes sécurité,
production et commande, figure IV.7. Sur ce mini-réseau, nous avons propagé des
perturbations et calculé les différents paramètres qualitatifs de ce mini-réseau. Parce
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 133 -
que le nombre de variables à surveiller est restreint, nous avons identifié l'ensemble
des défauts possibles. Pour chaque défaut, nous avons établi un modèle de plan
d'action de type :"Pour corriger la variable X il faut agir sur la variable Y de Z dans
le sens (-,+) avant T secondes". Quelques exemples de plans d'actions détaillés sont
donnés en annexe B.
C-TSEGV
TESGV
TSEGV
Générateur
de vapeur
C-DBS
C-TEEGV
TSSG V
Circuit primaire Circuit secondaire
(circuit sodium) (circuit eau)
Figure IV.7 : Modèle du procédé permettant l'élaboration des plans d'actions
Le module de génération des plans d'actions est déclenché juste après que
l'alarme soit classée. Il puise ses données dans la zone mémoire commune et propose
des plans d'actions de correction pour chaque situation grâce au modèle défini
précédemment.
III.4. LE GENERATEUR DE JUSTIFICATIONS
De la même façon que précédemment, nous avons modélisé les justifications de
chaque défaut et son plan d'action par deux réseaux de variables. Le premier réseau,
appelé "justification de surface", présente à l'opérateur la variable sur laquelle
l'alarme s'est déclenchée ainsi que l'ensemble des causes possibles est relié à cette
variable ; ceci permet de limiter le champ de recherche de la cause du défaut. Le
deuxième réseau, appelé "justification profonde", représente la variable sur laquelle
l'alarme s'est déclenchée et les causes les plus probables auxquelles elle est reliée
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 134 -
ainsi que les variables intermédiaires perturbées. Des copies d'écran sont données
comme exemples en figures IV.8 et IV.9.
Le module de gestion des justifications est déclenché après celui de génération
des plans d'actions. Ses conclusions sont écrites dans la zone mémoire commune.
Chaque information, présente dans cette zone, est exploitée par le M.D.I., celui-ci
faisant l'objet de la partie suivante.
Figure IV.8 : Exemple de justification de surface
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 135 -
Figure IV.9 : Exemple de justification profonde
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 136 -
IV. LE MODULE DECISIONNEL D'IMAGERIE
Le Module Décisionnel d'Imagerie intègre principalement un ensemble de bases
de connaissances répondant aux trois problèmes ergonomiques "QUOI", "QUAND"
et "COMMENT", ainsi qu'un moteur d'inférence chargé d'exploiter les règles
contenues dans les bases de connaissances.
Dans cette partie, nous expliquerons successivement les raisons du choix d'une
structure d'arbres de décisions pour représenter les connaissances du M.D.I., puis les
principes utilisés pour la composition et l'enchaînement des vues. Par la suite, nous
décrirons la façon dont la bibliothèque graphique a été réalisée. Enfin, nous
présenterons le gestionnaire "intelligent" d'imagerie à travers son fonctionnement et
la méthode utilisée pour la construction de ses bases de connaissances.
IV.1. UTILISATION DES ARBRES DE DECISIONS POUR LA
REPRESENTATION DES CONNAISSANCES
Le M.D.I. doit pouvoir composer et enchaîner "intelligemment" les vues en
fonction du contexte du procédé, des tâches de l'opérateur, de son niveau
d'expérience, de ses habitudes, de la situation de fonctionnement du procédé, etc. En
résumé, il doit définir les décisions à prendre pour répondre aux questions de
"QUOI" présenter et "QUAND" et "COMMENT" présenter cette ou ces
information(s).
Pour cela, la technique des arbres de décisions a été utilisée pour construire les
bases de connaissances du Module Décisionnel d'Imagerie. C'est une technique
paraissant adaptée à la spécification de la composition et de l'enchaînement des vues
graphiques, et qui a l'avantage d'être bien connue des concepteurs de systèmes IA.
Rappelons qu'un arbre de décisions est une représentation graphique de la
succession des états de connaissance et de leurs opérateurs associés nécessaires à la
résolution d'un problème donné ; cette structure est représentée par la figure IV.10.
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 137 -
Racine (opérat eur init ial)
Connaissance 0
Nœud (opérateur intermédiaire)
état 1.0 Connaissance 1
état 2.0 Connaissance 2
Et at de •
connaissance •
•
•
•
•
état n.0 Connaissance n
Feuille (Conclusions)
état 1.n Résultat x
•
•
•
état p.n Résultat y
Figure IV.10 : Modèle de l'arbre de décisions
Chaque branche correspond à un état possible de la connaissance symbolisée
par le nœud d'où elle part, et aboutit à un nœud représentant l'opérateur associé.
L'opérateur initial est la racine de l'arbre de décisions et représente le point de départ
du raisonnement, tandis que chaque nœud terminal (feuille) symbolise un résultat ou
une conclusion. Dans un réseau d'arbres de décisions, tout nœud (initial,
intermédiaire ou terminal) peut être lui-même un sous-arbre de décisions et non pas
seulement un nœud simple : on parle alors de nœud générique. De plus, un tel réseau
représente une synthèse entre les connaissances de l'expert et ses stratégies de
résolution (NASSIET, 1987).
Un nœud générique intermédiaire symbolise un sous-but dont la démonstration
est assurée par l'arbre de décisions associé, qui à son tour peut contenir des nœuds
génériques intermédiaires. Un nœud générique terminal indique le chaînage vers un
autre arbre de décisions. L'emploi des nœuds génériques permet la décomposition et
la structuration de la connaissance en modules indépendants et plus facilement
contrôlables qu'un arbre de décisions complet et unique.
A l'aide des arbres de décisions, il est possible d'établir une description
structurelle et fonctionnelle de l'imagerie, en précisant particulièrement la
composition des vues et leurs enchaînements. Comme nous l'avons souligné dans le
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 138 -
chapitre précédent, paragraphe III.4, il existe des outils basés sur des techniques
d'Apprentissage symbolique Automatique qui sont capables de faciliter la création
d'arbres de décisions, et ceci à partir d'une collection représentative d'exemples de
décisions à prendre. Lors de cette recherche, nous avons utilisé l'outil 1stClass. Son
utilisation sera plus précisée dans ce chapitre, paragraphe IV.4.
Avant de décrire, dans la fin de cette partie les bases de connaissances et le
moteur d'inférence capable de les exploiter, il s'agit dans un premier temps
d'expliquer les principes utilisés pour la composition et l'enchaînement des vues.
IV.2. PRINCIPES UTILISES POUR LA COMPOSITION ET
L'ENCHAINEMENT DES VUES
Dans un premier temps, nous avons recensé le nombre de fenêtres que doit
gérer l'interface et le contenu de chacune d'elles, figure IV.11. Ainsi, en nous
inspirant des vues développées dans le cadre du projet ALLIANCE (Cf chapitre III),
il a été convenu que l'opérateur doit pouvoir disposer :
- d'une fenêtre principale destinée à contenir les vues graphiques utilisant des
modes de représentation graphiques de type "étoile", "courbes" , "graphes de
fluence", etc (voir le chapitre III) ; nous avons choisi la fenêtre C ;
Figure IV.11 : La décomposition de l'écran en cinq zones
- d'une fenêtre destinée à contenir les informations importantes telles que les
alarmes et les conseils de correction ; nous avons choisi la fenêtre A ;
- d'une fenêtre destinée à faciliter le contrôle du procédé ; nous avons choisi la
fenêtre D ;
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 139 -
- d'une fenêtre destinée à contenir les commandes d'appel de vues (requêtes de
l'opérateur) ; nous avons choisi la fenêtre E ;
- d'une fenêtre destinée à recevoir des affichages secondaires tels que les vues
graphiques des justifications quand le M.D.I. les propose sans qu'elles soient
demandées par l'opérateur ; nous avons choisi la fenêtre B.
L'enchaînement entre les vues peut être vu de deux manières : (i) la première
peut être qualifiée "d'absolue" quand l'opérateur fait une requête pour l'affichage
d'une information et (ii) la seconde de "relative" pour les informations dont
l'affichage est contrôlé par le M.D.I.
Dans le premier cas où l'enchaînement est absolu, le M.D.I. traite la requête de
l'opérateur, figure IV.12. Si la requête est une variable de commande, une fenêtre
contenant un panneau de commande est alors affichée. Celle-ci ne disparaîtra que si
l'opérateur confirme ou annule sa commande. Si la requête est une demande de vue
courbe, une fenêtre présentant une liste hiérarchisée de variables est alors affichée.
L'opérateur humain doit pouvoir à tout moment accéder à l'ensemble des vues.
Cependant, si l'information qu'il souhaite consulter à un moment donné n'est pas
disponible, il importe que les commandes qui doivent lui permettre d'y accéder le
laissent supposer par leur représentation sur l'écran. En effet, l'opérateur doit savoir à
tout moment si telle ou telle information est disponible, sans avoir à faire une
requête. De plus, certaines informations, telles que les justifications de plans
d'actions, sont très importantes dans certaines situations. Alors le M.D.I. doit être
capable de les lui proposer en affichant la vue correspondante dans l'endroit réservé
à la vue secondaire (zone B).
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 140 -
A lar me
et
p lan s
d 'actio n s
ch o ix d es v ariab les
ju s tificatio n s d e co mman d es
ch o ix d es v u es
no n
Requête ?
ou i
SI
re quê tes: re quê te: re quê te: re quê te:
vu e de j ustific atio ns co urbe s va ria ble de
sup ervision de su rface o u co m m a nde
pro fond es
g ra p h e
d e f lu en ce
p a n n ea u d e
ch o ix d es
co mma n d e d e
v a ria b les
la v a ria b le
à v isu a lis er
j u st if ica t io n s élect io n n ée
o u v ue
éto ile
no n
Requête ?
ou i
j u st if ica t io n
o u v ue
éto ile
no n
Requête ?
ou i
vu e in cha ngé e
Figure IV.12 : Le traitement des requêtes de l'opérateur et les compositions de
l'écran correspondantes
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 141 -
Dans le second cas d'enchaînement "relatif", l'affichage est fonction des
connaissances centralisées dans les bases "QUOI", "QUAND" et "COMMENT". En
effet, le M.D.I. évalue la situation et décide si une vue doit être affichée dans la
fenêtre principale (fenêtre C), si l'opérateur la demande ou dans la fenêtre secondaire
(fenêtre B) si le M.D.I. le décide. En effet, si la situation se dégrade, des
justifications peuvent être affichées dans la fenêtre secondaire permettant à
l'opérateur de vérifier le plus rapidement possible les conseils d'actions qui auront
été déjà proposés. Les détails du gestionnaire, incluant le M.D.I., et qui pilote en
"relatif" des vues sont présentés dans le paragraphe IV.4.
L'objectif final des enchaînements absolu et relatif est d'obtenir une
coopération homme-machine permettant d'arriver le plus rapidement possible à un
consensus entre l'opérateur et le système d'aide lors de la prise de décision et suite à
l'apparition d'un défaut.
Pour l'ensemble des aspects graphiques gérés ou non par le M.D.I., il a été
nécessaire de réaliser une bibliothèque graphique. Celle-ci est supposée a priori
répondre à des critères ergonomiques de présentation d'information sur écran.
IV.3. REALISATION D'UNE BIBLIOTHEQUE GRAPHIQUE
ERGONOMIQUE
Dans un premier temps, nous avons été amenés à choisir un outil graphique
nous offrant la possibilité de créer facilement les différentes composantes graphiques
telles que la vue étoile, les vues courbes, les graphes de fluence, les messages
textuels. Nous avons choisi pour cela l'outil de DATAVIEWS (V.I.
CORPORATION, 1988), qui tourne sur un grand éventail de stations de travail et en
particulier sur la station de travail VS/3100. DATAVIEWS propose un ensemble de
deux produits : DVDRAW et DVTOOLS.
DVDRAW est un éditeur graphique qui apporte des potentialités destinées à
faciliter la réalisation d'interfaces graphiques, comme : l'appel d'une vue à partir
d'une autre, l'utilisation de différents plans de dessin, l'utilisation de représentations
graphiques pré-définies, appelées "objets", pour visualiser des variables ou du texte.
DVDRAW permet aussi la création, la destruction ou le rafraîchissement, en
"dynamique", d'objets graphiques (vues, fenêtres, objets géométriques, textes).
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 142 -
DVTOOLS est une bibliothèque de fonctions graphiques destinées à faciliter la
gestion des différentes vues créées avec l'éditeur DVDRAW. Ces fonctions sont du
type "afficher", "effacer", "déplacer", "changer" les attributs d'un objet ou d'un
ensemble d'objets.
Enfin, DATAVIEWS a été choisi pour son ergonomie d'utilisation et la
possibilité qu'il offre pour l'intégration de procédures graphiques dans un programme
écrit en C ou en PASCAL.
Pour la spécification des différents modes de représentation et des attributs
graphiques, nous nous sommes basés sur notre expérience dans le domaine de la
conception d'interface, en harmonie avec la littérature actuelle dans ce domaine. Ces
modes doivent répondre directement à la question "COMMENT présenter
l'information". Dans notre cas, nous avons considéré quatre types de vues graphiques
: (i) de supervision, (ii) de justification peu détaillée, (iii) de justification très
détaillée et (iv) d'affichage de courbes. Des exemples de tels types de vues sont
visibles en annexe D.
Le nombre de variables caractéristiques du procédé simulé en laboratoire est au
nombre de sept. De ce fait, nous avons adopté pour la vue de supervision la
représentation en vue étoile, sur laquelle est représenté en vert l'état courant des sept
variables et en jaune, sous forme de scénario accéléré, leur évolution future, figure
IV.13.
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 143 -
Figure IV.13 : Copie d'écran de la vue de supervision
Pour les vues de justification, nous avons adopté une représentation sous forme
de graphe de fluence (Cf. figures IV8 et IV.9 au paragraphe III.4.), combinée avec
un codage de couleur pour considérer l'état de chaque variable dans le temps. Ainsi,
nous avons adopté le codage suivant :
- si une variable de commande est loin de sa valeur de consigne, elle sera
représentée dans un carré blanc, informant l'opérateur qu'une correction est
en cours ou a été faite ;
- si une variable va dépasser le premier seuil d'alarme dans les minutes qui
viennent, elle sera représentée dans un cercle jaune informant l'opérateur que
c'est une information prédite ;
- si une variable a dépassé le premier seuil d'alarme, elle sera représentée dans
un cercle vert, informant ainsi l'opérateur que c'est une information de l'état
courant du procédé ;
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 144 -
- si une variable va dépasser le deuxième seuil d'alarme dans les minutes qui
viennent, elle sera représentée dans un cercle orange informant l'opérateur
que la situation va devenir grave dans les minutes qui viennent ;
- si une variable a dépassé le deuxième seuil d'alarme elle sera représentée dans
un cercle rouge, informant ainsi l'opérateur que la situation actuelle est grave.
Pour les vues de type courbes, nous avons adopté une représentation qui
autorise l'affichage d'un historique de 15 minutes et d'une prédiction de 15 minutes.
De plus, l'opérateur peut sélectionner, suivant ses désirs, une, deux ou trois variables
à visualiser sous forme de courbes. Ces variables sont, à chaque instant,
hiérarchisées et présentées dans une liste suivant leur écart par rapport à leur valeur
de consigne (Cf. l'exemple de vue D.7 en annexe D).
Cette bibliothèque graphique est pilotée par le gestionnaire "intelligent" de
l'imagerie.
IV.4. REALISATION DU GESTIONNAIRE "INTELLIGENT" DE
L'IMAGERIE
Ce paragraphe est consacré à la réalisation du gestionnaire "intelligent" de
l'imagerie et à la construction des bases de connaissance, sur lesquelles le
gestionnaire doit se baser pour déduire l'ensemble des informations à présenter à
l'opérateur, en fonction des différents contextes de fonctionnement du procédé.
A ce niveau de la réalisation, nous avions à réaliser un système d'inférence
capable de traiter et d'exploiter l'ensemble des connaissances relatives aux 3
problèmes : "QUOI", "QUAND" et "COMMENT". Le gestionnaire "intelligent" doit
donc comporter :
- un moteur d'inférence ;
- une base de connaissance sur le "QUOI" ;
- une base de connaissance sur le "QUAND" ;
- une base de connaissance sur le "COMMENT".
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 145 -
Plusieurs faits multivalués peuvent facilement représenter les données
manipulées par le moteur d'inférence.
La figure IV.14 explicite les entrées et les sorties d'informations utilisées par le
moteur d'inférence du système. Celui-ci fonctionne en chaînage avant car on cherche
à obtenir le plus de faits possibles : tous les faits déductibles sont déduits. Des faits
représentent :
- l'état de fonctionnement du procédé tels que les faits : "Situation", "Gravité" et
"Tâche opérateur" ;
- le type d'opérateur et ses requêtes éventuelles tels que : "Classe opérateur" et
"Requête opérateur" ;
- l'état précédent de l'interface tel que : "QUOI précédent".
Ces faits font partie de la base de faits initiale. Les données nécessaires à la
constitution de cette base sont fournies au système expert par un superviseur. Le
moteur d'inférence utilise cette base de connaissance pour déduire de nouveaux faits
: les faits QUOI, QUAND et COMMENT, qui correspondent à ce qu'il faut afficher,
quand et comment l'afficher.
+ B ase de faits
pos si ble s
B ase de faits in iti ale
Situat ion B ase de faits
Gravit é GESTIO N
Mote ur GRAP HIQ UE
APPLIC ATIO N T âche opérat eur d'in fé re nce QUOI
QUAND DE
Classe opérateur
COMM ENT L'INTERFAC E
Requête opérateur
QUOI P récédent
Rè gle s
Base Base Base
"QUOI" "QUAND" "COMME NT "
Figure IV.14 : Le moteur d'inférence du M.D.I.
(LE STRUGEON et al., 1992)
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 146 -
Nous avons choisi de développer notre propre moteur d'inférence à l'aide du
langage C (LE STRUGEON, 1991). Pour déduire les faits QUOI, QUAND et
COMMENT, qui correspondent à ce qu'il faut afficher, quand et comment l'afficher,
le moteur d'inférence manipule neuf faits multivalués. Ces faits représentent l'état de
fonctionnement du procédé (faits : SITUATION, GRAVITE et TACHE
OPERATEUR), le type de l'opérateur et ses requêtes éventuelles (respectivement :
CLASSE OPERATEUR et REQUETE OPERATEUR), et l'état précédent de
l'interface (QUOI PRECEDENT). Le moteur commence par inférer sur le fait QUOI.
Puis, en utilisant la Base de Faits augmentée de la (ou des) valeur(s) obtenue(s) pour
le fait QUOI, les faits QUAND et COMMENT sont déduits. Afin de vérifier la
validité des associations entre un fait et une liste de valeurs lors d'ajouts dans la Base
de Faits, une base annexe est utilisée. Il s'agit de la "Base des Faits Possibles". Elle
contient l'ensemble des faits acceptables ("possibles"), ainsi que pour chacun de ces
faits, la liste des valeurs qui peuvent lui être associées.
Les règles manipulées par le moteur d'inférence sont créées, compilées et
maintenues grâce à une méthode mise au point au laboratoire (TENDJAOUI et al.,
1991A), figure IV.15. Cette méthode se compose de quatre étapes :
• La première étape conduit à un recensement de toutes les valeurs possibles
liées à des critères de décision concernant la gestion de l'affichage par le
M.D.I., par exemple : les degrés de gravité liés au procédé, les situations de
fonctionnement, les besoins en outil d'aide liés aux tâches à accomplir par
l'opérateur, etc. Ces informations définissent un ensemble de descripteurs
caractérisant le système Homme-Machine. Un descripteur est un couple
(attribut, valeur). Par exemple, à l'attribut "Situation de Fonctionnement du
Procédé", peuvent être associées plusieurs valeurs, telles que : Normale,
Anormale et Critique (modélisées précédemment).
• A partir de la base de faits possibles, nous avons mis en relation les critères de
décision recensés avec les décisions possibles du M.D.I. Ces décisions
concernent "QUOI présenter", "QUAND le présenter", "COMMENT le
présenter". Une base d'exemples est générée lors de cette étape. La
description des exemples est effectuée à l'aide de 9 attributs relatifs au
problème étudié. Chaque attribut possède un nombre fini de valeurs
mutuellement exclusives.
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 147 -
• Sur la base d'exemples, nous utilisons des techniques issues de
l'Apprentissage Symbolique Automatique pour générer des arbres de décision
optimisés. Ces arbres sont générés à l'aide du système d'Intelligence
Artificielle 1stClass. Cet outil se base sur l'algorithme ID3 (Interactive
Dichotomizer 3), qui engendre à partir d'une collection d'exemples, appelée
ensemble d'apprentissage, des procédures de classification exprimées sous la
forme d'arbres de décisions (QUINLAN, 1979 ; 1983). Des exemples d'arbres
de décisions générés à l'aide de 1stClass sont visibles en annexe A.
Ensemble de
descripteurs
caractérisant le Base d'exemples
système d'apprentissage
Homme-Machine
Base du M.D.I. :
Compilation • "QUOI"
FirstClass
• "QUAND"
Arbres de règles de • "COMMENT"
décision production
optimisés
Figure IV.15 : Méthode de construction des règles
• La dernière étape a pour but la compilation de ces arbres sous un format
exploitable par le M.D.I. Ainsi, ceux-ci sont transformés en règles de
production utilisées par le moteur d'inférence décrit précédemment. L'arbre
de décision est écrit dans un fichier de format ASCII (toujours par 1 stClass).
La technique utilisée est basée sur l'analyse syntaxique, qui a nécessité la
définition d'une grammaire adéquate.
Le lecteur trouvera, comme exemple, douze règles de production issues des
bases de connaissances du M.D.I. en annexe C.
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
- 148 -
CONCLUSION
Nous avons présenté dans ce chapitre une plate-forme expérimentale destinée à
valider les concepts du Module Décisionnel d'Imagerie. Cette plate-forme est
constituée principalement de plusieurs ensembles de modules : le Module
Décisionnel d'Imagerie, l'outil d'assistance à l'opérateur intégrant un ensemble de
fonctionnalités, des modules spécifiques permettant la gestion de la zone mémoire
commune, et enfin un procédé simulé.
L'ensemble du développement de ces modules a été réalisé en langage C sur une
station de travail de type VS 3100. Nous avons choisi, pour les aspects graphiques,
l'outil DATAVIEWS qui propose un ensemble de deux produits : DVDRAW et
DVTOOLS. Nous avons choisi de développer notre propre moteur d'inférence à
l'aide du langage C. Les bases de connaissances du mécanisme d'inférence du M.D.I.
ont été constituées par une méthode issue de l'Apprentissage Symbolique
Automatique. Pour cela nous avons utilisé l'outil de développement de système
expert 1stClass, qui engendre à partir d'une collection d'exemples des procédures de
classification exprimées sous la forme d'arbres de décisions et transformables en
règles de production.
Il faut souligner que, par rapport à l'ensemble de la plate-forme expérimentale,
pour passer à une autre application que celle considérée dans ce chapitre, il suffirait
d'adapter les modules spécifiques gérant les fonctionnalités d'assistance, ainsi que les
trois bases de connaissances. Toutes les méthodes développées resteraient valables.
L'ensemble de la plate-forme expérimentale est opérationnel et une validation
technique a été réalisée. Celle-ci fait l'objet du chapitre suivant.
Dans ce chapitre, nous proposerons également plusieurs perspectives de
recherche contribuant à faire évoluer les principes de base du M.D.I.
Chapitre IV : Réalisation d'une plate-forme expérimentale intégrant une interface "intelligente" de type M.D.I.
CHAPITRE V
VALIDATION TECHNIQUE DE LA
PLATE-FORME EXPERIMENTALE ET
PERSPECTIVES
- 150 -
CHAPITRE V : VALIDATION TECHNIQUE DE LA
PLATE-FORME EXPERIMENTALE ET
PERSPECTIVES
INTRODUCTION
Dans le chapitre précédent, nous avons décrit les modules principaux de la
plate-forme expérimentale qui devra permettre de valider les concepts d'interface
"intelligente" énoncés dans le chapitre III. Rappelons que la plate-forme se compose
principalement des modules suivants :
- le Module Décisionnel d'Imagerie,
- l'outil d'assistance à l'opérateur,
- les modules permettant la gestion de la zone mémoire commune,
- le procédé simulé.
Il s'agit d'évaluer et de valider dans un premier temps le fonctionnement de
cette plate-forme expérimentale, et particulièrement les interactions entre les
différents modules par l'intermédiaire de la zone mémoire commune. Il nous faudra
vérifier, aussi, que le système complet d'assistance répond bien aux exigences
techniques spécifiées dans le chapitre précédent. Cette phase de validation
essentiellement technique fait l'objet de la première partie de ce chapitre.
Dans la deuxième partie de ce chapitre, nous présentons plusieurs perspectives
de recherche. Celles-ci considèrent d'abord l'évaluation ergonomique du M.D.I. et de
son apport vis-à-vis d'une interface "classique", où il importe de vérifier si
l'utilisation d'une interface "intelligente" de type M.D.I. répond bien aux besoins
d'assistance des opérateurs en matière. D'autres perspectives concernant l'évolution
de certaines caractéristiques du M.D.I. sont proposées dans la dernière partie de ce
chapitre.
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 151 -
I. PREMIERE VALIDATION TECHNIQUE DE LA
PLATE-FORME EN LABORATOIRE
Afin de valider techniquement la plate-forme expérimentale et de vérifier que le
système d'assistance, fourni aux opérateurs, répond bien aux exigences spécifiées a
priori, nous avons établi un premier scénario de pannes. Celui-ci est d'abord expliqué
ci-dessous. Ensuite, le déroulement d'une pré-expérimentation est décrit et fait l'objet
de premiers commentaires.
Rappelons que le but de cette pré-expérimentation est de vérifier le
fonctionnement de l'ensemble des modules constituant la plate-forme expérimentale.
I.1. DESCRIPTION DU SCENARIO UTILISE
Le scénario utilisé pour la validation technique est décrit dans le tableau V.1.
Le scénario consiste à créer quatre défauts, à chaque fois espacés dans le temps de
trois minutes. Les effets de chaque défaut, selon la configuration actuelle du
simulateur, sont décrits ci-dessous.
Tableau V.1 : Description d'un scénario de panne
Date d'activation N° et nom de la Amplitude du Premier(s) Liste des variables
du défaut variable en défaut à créer en % symptôme(s) concernées par le
défaut de la Valeur engendrés défaut
Nominale
3 : TEEGV
+3 mn 11 : C-DBE +50 TSSGV + 7 : TSSGV
TESGV - 8 : TESGV
9 : DBE
3 : TEEGV
+6 mn 10 : NEC +40 TSSGV + 5 : TEC
7 : TSSGV
3 : TEEGV
+9 mn 11 : C-DBE -50 TSSGV - 7 : TSSGV
TESGV + 8 : TESGV
9 : DBE
3 : TEEGV
+12 mn 10 : NEC -40 TSSGV - 5 : TEC
7 : TSSGV
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 152 -
Dans le cas du premier et du troisième défaut, les variables concernées sont
présentées sur la figure V.1. Une augmentation (respectivement diminution) de la
valeur de consigne du débit d'eau (C-DBE), va entraîner successivement les effets
suivants :
- une augmentation (respectivement diminution) du débit d'eau dans le
secondaire (DBE) ;
- puis, une augmentation (respectivement diminution) de la température de l'eau
à l'entrée du générateur de vapeur (TEEGV) ;
Turbines
Vapeur
TESGV
Cœur de la
- (+) C-DB E
Générateur
centrale de Vapeur
+ (-)
+ (-) DBE
TSSG V + (-)
+ (-)
TEEG V
Sodium Eau
Circuit Circuit
sodium d'eau
Figure V.1 : Symptôme(s), cause(s) et variables concernés
par les défauts 1 et 3 du scénario.
- une augmentation (respectivement diminution) de la température de l'eau à la
sortie du générateur de vapeur (TESGV) ;
- une diminution (respectivement augmentation) du gradient 4 de température
entre les deux circuits et par conséquence une augmentation (respectivement
diminution) de la température du sodium à la sortie du générateur de vapeur
(TSSGV).
4 Rappelons que tout augmentation du gradient de température entre le circuit primaire et le circuit secondaire entraîne une
diminution de la température de sortie du primaire (le plus chaud) car il cède moins de chaleur au secondaire.
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 153 -
Dans le cas du deuxième et du quatrième défaut, les variables concernées sont
présentées sur la figure V.2. Une augmentation (respectivement diminution) du
niveau d'eau dans le condenseur (NEC), va entraîner successivement les effets
suivants :
- une diminution (respectivement augmentation) de la température de l'eau dans
le condenseur (TEC) ;
Turbines Appoint
Vapeur d'eau
NEC
+ (-)
TEC Condenseur
Cœur de la Générateur
centrale de Vapeur
+ (-)
TSSG V
+ (-)
TEEG V
Sodium Eau
Circuit Circuit
sodium d'eau
Figure V.2 : Symptôme(s), cause(s) et variables concernés
par les défauts 2 et 4 du scénario.
- puis, une diminution (respectivement augmentation) de la température de l'eau
à l'entrée du générateur de vapeur (TEEGV) ;
- une diminution (respectivement augmentation) du gradient de température
entre les deux circuits et donc une augmentation (respectivement diminution)
de la température du sodium à la sortie du générateur de vapeur (TSSGV).
Pour ce scénario, il a été demandé à un premier sujet d'utiliser la plate-forme,
mais selon un mode particulier précisé ci-après.
I.2. DESCRIPTION DU DEROULEMENT DE LA PRE-
EXPERIMENTATION
Dès que l'ensemble des modules est lancé, les variables du procédé sont mises à
leur valeur de consigne de sorte que la situation de fonctionnement soit optimale.
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 154 -
Quelques moments plus tard (3 minutes dans le cas du scénario décrit dans le tableau
V.1), le premier défaut apparait.
Les données enregistrées lors de cette pré-expérimentation étaient : le niveau de
gravité engendré par la situation de fonctionnement du procédé à un instant donné, le
type de vue affichée dans la fenêtre principale, le type de vue affichée dans la fenêtre
secondaire, et les actions du sujet (Cf paragraphe V.2 dans le chapitre IV et figures
D.1 à D.5 dans l'annexe D).
Dans le but de pouvoir identifier l'activité du sujet, et ceci tout au long de
l'expérimentation, nous lui avons demandé de sélectionner certains objets graphiques
en les visant à l'écran grâce à l'utilisation de la souris. De cette manière, il est
possible à chaque instant d'identifier et de mémoriser les six activités suivantes :
- détection d'une alarme : cette activité peut être identifiée si le sujet vise l'objet
texte correspondant à l'alarme, et ceci dès son apparition ;
- détection d'une alarme et lecture d'un plan d'action : si le sujet vise l'objet
texte contenant le plan d'action au moment de sa lecture ;
- recherche des causes possibles d'un défaut : si le sujet vise les objets
graphiques contenus dans la vue de justification de surface et symbolisant les
causes suspectées ;
- recherche de la cause d'un défaut : si le sujet vise l'(es) objet(s) graphique(s)
contenue(s) dans la vue de justifications profondes et symbolisant la (les)
cause(s) identifiée(s) ;
- correction d'un défaut : si le sujet confirme le changement de valeur de
consigne de l'une des variables de commande ;
- suivi d'une action de correction : si, suite à une action de correction, le sujet
n'est pas dans l'une des cinq activités précédentes, alors il est possible de
conclure qu'il est en train de vérifier si sa correction rétablit bien les
conditions de fonctionnement normales du procédé en utilisant notamment
les informations de prédiction.
Les premières données obtenus lors de cette pré-expérimentation font l'objet du
paragraphe suivant.
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 155 -
I.3. RESULTATS DE LA PRE-EXPERIMENTATION : DISCUSSION
VIS-A-VIS DES DECISIONS PRISES PAR LE M.D.I.
L'évolution dans le temps des paramètres recueillis lors de la pré-
expérimentation est résumée dans la figure V.3. On y retrouve :
- les décisions du M.D.I. représentées par la gestion de l'affichage des alarmes
et des plans d'actions, ainsi que par le contenu de la fenêtre secondaire ;
- les réponses aux requêtes du sujet représentées par le contenu de la fenêtre
principale ;
- l'activité du sujet ;
- l'évolution de de la gravité de la situation (évaluée en permanence par le
M.D.I.) engendrée par le fonctionnement du procédé tout au long de
l'expérience.
Notre objectif sera ici d'expliquer les décisions prises par le M.D.I. au fur et à
mesure des vingt minutes de cette pré-expérimentation, sans entrer bien sûr dans le
détail de toutes les inférences.
I.3.1. Déroulement entre T0 et T1
Au début du scénario (entre T0 et T1), suite à la détection du premier défaut, le
M.D.I. affiche une alarme, détectée instantanément par le sujet. De plus, il propose
au sujet un ensemble de causes possibles, grâce aux justifications de surface qu'il
affiche automatiquement dans la fenêtre secondaire. En effet, le M.D.I. répond aux
questions "QUOI", "QUAND" et "COMMENT" de la manière suivante :
- "QUOI" : le M.D.I. déduit que le sujet a besoin de plans d'actions et de
justifications de surface concernant ce premier défaut ;
- "QUAND" : parce que la situation n'est pas grave, le M.D.I. déduit que les
plans d'actions doivent être affichés à mi-échéance, et que les justifications
de surface sont à afficher maintenant.
- "COMMENT" : le M.D.I. déduit que les justifications de surface doivent être
affichées sous forme d'un graphe de fluence.
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 156 -
Dans ces conditions, le M.D.I. oriente ainsi le sujet dans sa recherche de la (les)
cause(s) possible(s) du défaut, car la gravité engendrée par le fonctionnement du
procédé n'est pas encore grande et par conséquent la situation n'est pas grave (voir la
fonction de gravité expliquée dans le chapitre III, paragraphe II.4).
Pendant ce temps, le sujet agit de la façon suivante :
- il détecte l'alarme affichée dans la zone en haut et à gauche de l'écran ;
- par la suite, il cherche à trouver l'ensemble des causes possibles en s'aidant
des justifications de surface affichées par le M.D.I. dans la fenêtre
secondaire ;
- il exécute les actions de correction ;
- puis une nouvelle alarme est affichée par le M.D.I. peu après T1
correspondant à l'arrivée du deuxième défaut.
I.3.2. Déroulement entre T1 et T2
Dans la suite du scénario (entre T1 et T2), le M.D.I affiche simultanément
l'alarme et le plan d'actions correspondant. Dans ce cas, la situation de
fonctionnement du procédé est assez grave (comprise entre 6 et 8) et le sujet doit
rétablir, le plus rapidement possible, le bon fonctionnement de l'installation. De la
même façon que précédemment, le M.D.I. propose au sujet l'ensemble des causes
possibles dans la fenêtre secondaire. Dans ce cas, le M.D.I. répond aux questions
"QUOI", "QUAND" et "COMMENT" de la manière suivante :
- "QUOI" : le M.D.I. déduit que le sujet a besoin des plans d'actions et des
justifications de surface ;
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 157 -
Activité
de l'opé rate u r
Te mps
T0 T1 T2 T3
C onte nu de l a
fe n ê tre se condai re
Te mps
T0 T1 T2 T3
C onte nu de l a
fe n ê tre pri ncipale
Gravi té de la Te mps
T0 T1 T2 T3
s itu ation
e nge n dré e par
la s ituati on de
12
fon ctionn e me nt
du procé dé 10
8
6
4
2
T0 T1 T2 T3 Te mps
3 mi nute s 3 mi nute s 3 mi nute s
Lé ge n de du conte n u de s Lé ge n de de s acti vi té s de l'opé rate ur
fe n ê tre s prin ci pale e t s e condaire
Dét ection d'une alarme
Supervision Dét ection d'une alarme
Just ificat ions de surface et lect ure du plan d'action
Just ificat ions profondes Recherche des causes possibles
Recherche de la cause du défaut
Courbes
Complément de just ificat ions Act ion de correction
sous forme textuelle Suivi des corrections
T0 : Inst ant d'inject ion du premier défaut
T1 : Inst ant d'inject ion du deuxième défaut
T2 : Inst ant d'inject ion du troisième défaut
T3 : Inst ant d'inject ion du quatrième défaut
Figure V.3 : Résultats des expérimentations
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 158 -
- "QUAND" : parce que la situation est assez grave, le M.D.I. déduit que les
plans d'actions et les justifications de surface doivent être affichés
maintenant ;
- "COMMENT" : le M.D.I. déduit que les plans d'actions doivent être affichés
sous forme textuelle au même format que les alarmes, et que les justifications
de surface doivent être affichées sous forme d'un graphe de fluence.
Remarquons sur la figure V.3 que lors de l'arrivée du deuxième défaut, le
comportement du sujet change car le niveau de gravité engendré par l'état de
fonctionnement du procédé reste à un niveau élevé (environ 8). Le sujet a pu s'en
apercevoir au niveau du plan d'actions proposé, sur lequel il est indiqué qu'il doit
compenser le défaut dans un délai très court. Dans ce cas, le sujet agit de la façon
suivante :
- dans un premier temps, il détecte l'alarme et lit le plan d'actions correspondant
(affichés au même moment par le M.D.I.) ;
- par la suite, il cherche à trouver les causes possibles du défaut en s'aidant de la
vue de justification de surface (présentée automatiquement par le M.D.I. dans
la fenêtre secondaire), mais pendant ce temps, la gravité de la situation
continue d'augmenter ;
- il exécute une partie du plan d'action proposé ;
A ce moment, le M.D.I. refait une évaluation de la situation et réactualise le
plan proposé par l'affichage d'une nouvelle alarme et le reste des actions du plan
proposé précédemment. Il répond aux questions "QUOI", "QUAND" et
"COMMENT" de la même façon que précédemment. A partir de ce moment, le sujet
agit de la façon suivante :
- il détecte une nouvelle alarme, qui a été affichée par le M.D.I. en même temps
que le nouveau plan d'actions correspondant ;
- il exécute le plus rapidement possible le reste des actions du plan précédent,
dans la mesure où il est en accord avec ce plan d'actions ;
- il demande des justifications profondes, qui lui sont affichées avec le
maximum de détail dans la fenêtre principale, ces justifications étant
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 159 -
associées à des compléments d'explication présentés textuellement dans la
fenêtre secondaire ;
- enfin, il demande la vue courbe pour visualiser l'historique des variables
concernées par l'alarme afin de suivre l'évolution de celles-ci suite à ses
corrections.
A l'instant T2, le troisième défaut survient.
I.3.3. Déroulement entre T2 et T3
Entre T2 et T3, le niveau de gravité engendré par le fonctionnement du procédé
augmente brutalement alors que le sujet est en train de visualiser l'historique de
certaines variables. Dans ce cas, notons que le M.D.I. a détecté le problème environ
une minute avant son apparition, et a affiché une alarme et le plan d'actions
correspondant, et laissé dans la fenêtre secondaire la vue de supervision. Le M.D.I.
répond aux questions "QUOI", "QUAND" et "COMMENT" de la manière suivante :
- "QUOI" : le M.D.I. déduit que le sujet a besoin des plans d'actions car le
principal but est de compenser le défaut et de baisser le niveau de gravité ; le
M.D.I. ne propose pas de justifications au sujet car celui-ci n'a plus le temps
de les consulter ;
- "QUAND" : parce que la situation est grave, le M.D.I. déduit que les plans
d'actions doivent être affichés maintenant ;
- "COMMENT" : le M.D.I. déduit que les plans d'actions doivent être affichés
sous forme textuelle au même format que les alarmes ;
Le sujet est en accord avec le plan d'actions proposé. Dans ce cas, le sujet agit
de la façon suivante :
- il détecte une alarme et lit le plan d'actions correspondant ;
- Il exécute une partie du plan, en corrigeant d'abord la variable la plus
prioritaire d'après le plan d'actions ;
A ce moment, le M.D.I. refait une évaluation de la situation et réactualise le
plan proposé par l'affichage d'une nouvelle alarme et le reste des actions du plan
proposé précédemment. Par la suite, le sujet agit de la façon suivante :
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 160 -
- il demande des justifications de surface pour localiser la cause du défaut ;
- Il exécute le reste du plan d'action proposé précédemment.
I.3.4. Déroulement à partir de T3
Pour la fin du scénario (à partir de T3), le M.D.I. prévoit l'imminence d'une
situation très grave. Dans ce cas, il propose au sujet une alarme, le plan d'actions
correspondant et affiche dans la fenêtre secondaire les justifications détaillées du
plan proposé. Le M.D.I. répond aux questions "QUOI", "QUAND" et "COMMENT"
de la manière suivante :
- "QUOI" : le M.D.I. déduit que le sujet a besoin des plans d'actions car le
principal but est de compenser le défaut et de baisser le niveau de gravité. De
plus, il propose l'affichage des justifications profondes, car la situation à ce
moment n'est pas encore très grave.
- "QUAND" : parce que la situation risque de devenir très grave, le M.D.I.
déduit que les plans d'actions et les justifications profondes doivent être
affichés maintenant ;
- "COMMENT" : le M.D.I. déduit que les plans d'actions doivent être affichés
sous forme textuelle et les justifications profondes sous forme de graphe de
fluence ;
Dans ce cas, on peut constater que le sujet agit de la façon suivante :
- dans un premier temps, il détecte une alarme et lit le plan d'actions
correspondant ;
- il exécute l'ensemble des actions du plan proposé car il dispose de tous les
détails sur l'origine du défaut grâce à la vue de justifications profondes
présentée automatiquement par le M.D.I. dans la fenêtre secondaire ;
- enfin, il suit simplement l'évolution des variables concernées par l'alarme pour
remarquer que le fonctionnement du procédé redevient progressivement
normal.
Ensuite, puisque le niveau de gravité engendré par la situation de
fonctionnement du procédé est inférieur à 6 et continue à baisser (voir la figure V.3),
le M.D.I. décide de remplacer dans la fenêtre secondaire la vue de justifications
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 161 -
profondes par une vue de justifications de surface, qui indique qu'il n'existe plus de
causes de défauts possibles.
I.3.5. Premières conclusions
Au vu des données recueillies, il est possible de faire les premières
interprétations suivantes sur le fonctionnement des différents modules de la plate-
forme, qu'il faudra bien entendu confirmer par d'autres pré-expérimentations :
- Le gestionnaire "intelligent" fonctionne. En effet, celui-ci a pu répondre aux
trois questions "QUOI", "QUAND" et "COMMENT" en présentant
automatiquement et de manière cohérente des informations dans la fenêtre
secondaire. Des exemples d'affichages dans cette zone sont visibles en
annexe D.
- Dans la mesure où le simulateur du procédé est opérationnel, il devient
évident que le module de prédiction fonctionne, car il correspond tout
simplement à une version accélérée du simulateur.
- Le module de traitement des alarmes a été testé également. Il est capable de
proposer des alarmes hiérarchisées. Un exemple de page-écran est visible sur
la figure V.4.
- Le module de génération des plans d'actions fonctionne (voir les exemples en
annexe D). De plus, si le sujet n'exécute qu'une partie du plan proposé, un
nouveau plan est recalculé automatiquement.
- Le module de justification peut proposer l'ensemble des causes possibles ainsi
que l'ensemble des variables concernées par un défaut. Des exemples sont
visibles en annexe D.
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 162 -
Figure V.4 : exemple de copie d'écran
La plate-forme expérimentale mise en œuvre parait donc globalement
opérationnelle. Il est maintenant possible d'entreprendre l'étape suivante consistant à
évaluer ergonomiquement le M.D.I. Ceci n'a pas été réalisé dans le cadre de cette
thèse, et fait donc l'objet de nos perspectives de recherche.
A ce sujet, l'ensemble de nos perspectives fait l'objet de la partie suivante.
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 163 -
II. PERSPECTIVES DE RECHERCHE
Le premier objectif visé par cette recherche était de proposer une première
structure d'interface "intelligente" et d'intégrer celle-ci dans une plate-forme
expérimentale en vue de son évaluation. L'objectif étant atteint, il importe
maintenant d'évaluer ergonomiquement et de prévoir l'évaluation des concepts du
M.D.I.. Nos perspectives de recherche sont à ce sujet successivement décrites.
II.1. EVALUATION ERGONOMIQUE DU M.D.I.
Nos perspectives de recherche à court terme consistent en l'évaluation
ergonomique du M.D.I. à l'aide de la plate-forme expérimentale, et ceci dans le cadre
d'une collaboration entre le L.A.I.H. et des laboratoires de Psychologie du Travail.
Cette phase aura pour objectif principal de vérifier que le système d'assistance
fourni aux opérateurs répond à un ensemble de critères d'évaluation pré-établis. Ces
critères pourront considérer les performances du système homme-machine, calculés
en termes d'écarts entre les objectifs du système et les résultats effectivement
obtenus et/ou ergonomiques liés à l'utilisation du système de dialogue, du système
d'assistance et à ses conséquences vis-à-vis de la réalisation des tâches dans les
différents contextes opérationnels du procédé. Par exemple, l'évaluation portera sur
l'adéquation des informations présentées aux besoins réels de l'opérateur pour
réaliser ses tâches, la facilité d'accès aux différentes vues et aux fonctions de
l'interface, l'enchaînement des vues en fonction de la démarche cognitive de
l'opérateur, les temps d'accès à l'information, la charge de travail de l'opérateur, etc.
Il existe actuellement de nombreuses méthodes susceptibles de contribuer à
l'évaluation des systèmes d'assistance à l'opérateur (voir WILSON et CORLETT,
1990 ; ABED, 1990 ; MILLOT, 1990 ; SENACH, 1990, etc). En situation réelle, le
choix d'une ou plusieurs méthodes d'évaluation dépend de leur conditions
d'application et notamment de disposer de la salle de contrôle et de l'équiper dans le
cadre de cette évaluation. En effet, cette évaluation peut alors distraire les
opérateurs, perturbant ainsi la production. C'est pourquoi il est souvent nécessaire
d'évaluer d'abord le système homme-machine dans un contexte simulé (TABORIN,
1989). Ce sera de toute manière le cas des premières expérimentations que nous
visons à mettre en place.
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 164 -
A ce sujet, d'après MILLOT (1990), il s'agit de souligner que la multiplicité des
paramètres qu'il est nécessaire d'observer ou d'estimer est liée d'une part à la
complexité du comportement humain et d'autre part, au fait que chacun de ces
paramètres n'est pas assez représentatif individuellement et pas assez affiné pour
caractériser à lui seul l'état du système "opérateur humain exécutant une tâche". Dans
ces conditions, la mise en oeuvre de méthodes d'analyse d'activité s'imposera sans
doute.
Enfin, il est également envisagé d'évaluer l'apport du M.D.I. par rapport à une
interface "classique". L'expérience consistera à faire passer des groupes d'opérateurs
face à une interface de type classique et/ou face au M.D.I. avec la même série de
scénarios, pour superviser un système simulé, figure V.5. Lors de ces expériences,
un ensemble de données objectives et subjectives pourront être mesurées, et après
analyse et comparaison, pourront nous amener soit à changer certaines spécifications
du M.D.I., soit à refaire de nouvelles expériences avec de nouveaux scénarios.
INTERFAC E Me s ure s
C LASS IQ UE O bje ctive s
et
Su bje ctive s
Gé né rati on PRO C EDE Analys e e t In te rpré tation
de Scé narios ET O UTIL O pé rate u r comparais on C onclu si ons
D'AIDE de s donné e s Pe rs pe ctive s
INTERFAC E Me s ure s
O bje ctive s
"INTELLIGENTE"
(l e M.D.I.) et
Su bje ctive s
Figure V.5 : Comparaison entre interface "classique" et interface "intelligente"
(TENDJAOUI et al., 1991A)
L'évaluation ergonomique du M.D.I. à l'aide de la plate-forme expérimentale
nous amènera à faire évoluer cette approche d'interface "intelligente". A ce sujet, un
ensemble d'évolutions sont d'hors et déjà envisagées. Elles sont présentées ci-
dessous.
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 165 -
II.2. EVOLUTION DU M.D.I.
En fonction des résultats issus de la phase précédente d'évaluation, il s'agira en
particulier de reprendre chacun des descriptifs des concepts "QUOI", "QUAND" et
"COMMENT" du M.D.I. (cf. le paragraphe III dans le chapitre III) et d'aller plus loin
dans leur mise en œuvre informatique et leur utilisation.
Ces concepts sont rappelés sur la figure V.6, et successivement discutés :
G énérateur des modes de
représentations graphiques
COMMENT
Modes de
représ entations
disponibles
Bas e de données
QUAND
"Vues"
graphiques
QUOI Gravité de la
situation
Système d'aide
Tâche à l'évaluation de
Modèle des tâches opérateur la gravité de la
de l'opérateur Requête situation
opérateur (production et s écurité)
Situation
du procédé
Type
d'opérateur
Outil d'aide à l'évaluation
de la situation de
fonctionnement
du procédé
Système d'aide à la
class ification des opérateur
(fonction et expérience)
Figure V.6 : Descriptifs à faire évoluer
- la tâche en cours de réalisation par l'opérateur ;
- le type (classe) de l'opérateur ;
- les modes de présentation disponibles ;
- la situation de fonctionnement du procédé ;
- la gravité de la situation engendrée par le fonctionnement du procédé ;
- les requêtes de l'opérateur.
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 166 -
II.2.1. Le descriptif "tâche de l'opérateur"
Il semble évident que l'intégration d'un module capable d'identifier l'ensemble
des tâches de l'opérateur humain serait d'un apport essentiel pour les performances
du système global homme-machine. En effet, si le M.D.I. est capable d'identifier de
façon assez précise la tâche de l'opérateur humain, il sera capable de mieux répondre
aux questions "QUOI", "QUAND" et "COMMENT", car il disposerait d'une
information beaucoup plus détaillée concernant les besoins de l'opérateur humain et
les décisions que celui-ci doit prendre.
Un principe envisageable pour ce module serait d'analyser les actions de
l'opérateur et l'état de fonctionnement du procédé durant une période qui resterait à
définir, figure V.7. Ce module pourrait dans ce but utiliser des connaissances pré-
établies pour identifier la tâche de l'opérateur.
Module
Procédé M.D.I.
d'identification de la
tâche en cours
Actions de
l'opérateur
Bas e de
connaissance
Module d'aide à
l'identification des tâches de
l'opérateur
Figure V.7 : Module d'aide à l'identification de la tâche de l'opérateur
Les connaissances utilisées pourraient s'inspirer des résultats issus de la phase
d'évaluation. Elles pourraient être du type suivant :
Si Etat_Procédé = Anormal
et Si Activité_Opérateur = détection d'une alarme
et Si Actions_Opérateur = Correction
Alors Tâche_Opérateur = Suivi d'une action de correction
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 167 -
voire même :
Si Etat_Procédé = Anormal
et Si Activité_Opérateur = détection d'une alarme
et Si Actions_Opérateur = Aucune
puis
Si Etat_Procédé = Anormal
et Si Activité_Opérateur = Recherche des causes du défaut
et Si Action_Opérateur = Demande de justifications
Alors Tâche_Opérateur = Elaboration d'un plan de correction
Dans ces deux exemples, le paramètre puis représenterait une succession dans
les tâches, les actions ou les états de fonctionnement du procédé. Cependant, cette
description des connaissances à mettre en œuvre doit bien entendu être approfondie.
II.2.2. Le descriptif "type d'opérateur"
Dans le cadre de notre étude, nous n'avons considéré qu'une seule fonction de
l'opérateur (opérateur de la salle de contrôle) et que trois niveaux d'expertise de
celui-ci : débutant, expérimenté et expert. Or, il serait plus intéressant d'élargir notre
étude à un plus grand nombre de fonctions (technicien de maintenance, rondier, chef
de quart, opérateur de la salle de contrôle) et éventuellement à plus de niveaux
d'expertise.
Si, pour le premier point, il suffirait d'effectuer une identification a priori de la
fonction de l'opérateur à partir du nom de celui-ci, le problème n'est pas aussi simple
quand il s'agit d'évaluer l'évolution de son expérience tout au long de son utilisation
du système d'assistance.
Pour résoudre partiellement ce problème, nous nous proposons d'intégrer au
M.D.I. un module capable d'évaluer les performances de chaque opérateur et
d'attribuer des points à celui-ci, figure V.8. L'attribution de ces points pourrait varier
en fonction d'un ensemble de critères, tels que :
- le temps d'utilisation par l'opérateur du système,
- la moyenne du taux de production assuré par l'opérateur,
- les seuils de sécurité assurés par l'opérateur, etc.
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 168 -
Pour assurer cette fonctionnalité, le module considéré devrait gérer une base de
données centralisant les performances de chaque opérateur selon des critères pré-
définis. Un problème crucial à résoudre est bien entendu celui du passage d'un
niveau à l'autre. Ce passage doit nécessairement être validé, et donc validable, par
les experts du système.
Les experts
du système
Evaluation des
Procédé performances M.D.I.
selon un ensemble
de critères
prédéfinis
Base de
données
Système d'aide à la classification des
opérateurs (fonction et expérience)
Figure V.8 : Module d'aide à la classification des opérateurs humains
II.2.3. Le descriptif "modes de présentation disponibles"
En raison de la multiplicité des valeurs des différents descriptifs caractérisant
les réponses à la question "QUOI présenter à l'opérateur", il apparait clairement que
le nombre de possibilités de réponses aux questions "COMMENT présenter le
QUOI" à l'opérateur peut devenir très important. Par conséquent, il importe
d'associer au M.D.I. un module capable de générer des vues graphiques respectant a
priori un ensemble de critères ergonomiques de présentation de l'information. Celui-
ci devrait être capable de fournir au M.D.I. une base de données graphique, sous la
forme d'un ensemble d'objets. Chaque objet de cette base serait alors associé à une
description du comportement graphique en dynamique de celui-ci. A cet effet, un
système envisagé pour générer les vues graphiques utilisées par le M.D.I. est ERGO-
CONCEPTOR, décrit par MOUSSA (1992) et MOUSSA et KOLSKI (1992). Ce
système est développé à l'aide du langage LELISP et de l'environnement de
développement d'applications graphiques constitué de la boîte à outils AIDA et du
générateur d'interfaces MASAI, sur station de travail de type VS 3100. ERGO-
CONCEPTOR se compose de trois modules interconnectés, figure V.9 :
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 169 -
- Le premier module sert à décrire un procédé selon une méthodologie de
description de procédés présentée dans la thèse de MOUSSA (1992). Ce
module permet particulièrement la gestion des variables, de groupements
fonctionnels et du réseau d'influence entre les différentes variables ou sous-
systèmes du procédé à contrôler, à l'aide d'une l'interface spécifique. Cette
description doit être guidée par les besoins informationnels des opérateurs.
• Gestion des Variables
• Gestion des groupements
fonctionnels
• Gestion du réseau
d'Influence
Module
M.D.I.
de description
d'un procédé
• Extraction des • Fonctions d'édition
données procédé graphiques"classiques"
• Création du fichier • Exploitation des
de spécifications spécifications
Base de données
"Vues
Module de
Module de graphiques"
génération des
génération des
spécifications
vues
ERGO-CONCEPTOR
Figure V.9 : Connection d'un générateur de vues graphiques au M.D.I.
- Le second module permet la génération automatique, à partir des résultats
issus du module précédent, d'un fichier de spécifications d'interface en
exploitant des connaissances ergonomiques stockées dans une base de
connaissances. Ces connaissances ergonomiques concernent la structuration
des vues, les modes de représentation et les attributs graphiques.
- Enfin, le dernier module assure la génération des vues graphiques, et ce en
proposant au concepteur un éditeur lui permettant de créer interactivement les
vues. Cet éditeur peut être dit "intelligent" du fait qu'il exploite les
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 170 -
spécifications déduites du module précédent. L'interface assure toutefois au
concepteur des degrés de liberté lui permettant d'intervenir au niveau le plus
bas de la conception des vues, à l'aide de fonctions d'édition graphique
"classiques".
Cependant, pour assurer la connexion entre ERGO-CONCEPTOR et le M.D.I.,
il faudrait, dans un premier temps, harmoniser les outils graphiques utilisés par ces
deux systèmes.
II.2.4. Les descriptifs "situation de fonctionnement du procédé" et "gravité de
la situation du procédé"
Lors de notre étude, nous avons proposé un module capable d'estimer la
situation de fonctionnement du procédé ainsi que la gravité de la situation. Nous
avons défini ces deux descriptifs grâce à trois paramètres spécifiques traduisant l'état
de fonctionnement du système. Ces paramètres sont le degré d'insécurité du système,
le degré d'anormalité de la production d'énergie et le degré d'urgence.
Dans le cas plus général, il serait intéressant d'intégrer au M.D.I. un module
d'aide, capable d'estimer "la gravité de la situation du procédé" et d'évaluer "la
situation de fonctionnement" en fonction d'un ensemble d'autres paramètres tels
que : un indice de sécurité, un indice de production et le temps disponible pour
corriger le défaut, etc. La figure V.10 propose la structure d'un tel module, où
l'utilisation de cinq modèles d'évaluation est envisagée :
• le premier modèle propose un indice de sécurité en évaluant, directement sur
le procédé, le respect des contraintes de sécurité,
• le second modèle propose un indice de production en évaluant, directement
sur le procédé, le respect des contraintes de production,
• le troisième modèle propose un indice sur le temps disponible pour corriger le
défaut en évaluant les informations provenant du module de prédiction,
• le quatrième module évalue la situation de fonctionnement du procédé à partir
des deux premiers indices,
• enfin le cinquième modèle évalue la gravité engendrée par l'état de
fonctionnement du procédé en utilisant les trois premiers indices.
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 171 -
M.D.I.
Procé dé Evaluation de s
contrain te s de Evaluation de l a
s é cu ri té s itu ation de
fon ctionn e me nt
Evaluation de s du procé dé
Modu le de contrain te s de
pré diction production
Evaluation de l a
Evaluation du gravi té de la
te m ps re s tant s itu ation
pour la
corre ction
Sys tè m e d'aide à l'é valu ation de la s ituati on
de fon ctionn e me nt du procé dé e t de s a gravité
Figure V.10 : Module d'aide à l'évaluation de la situation de fonctionnement du
procédé et de sa gravité
II.2.5. Le descriptif "Requête de l'opérateur"
Si les requêtes de l'opérateur concernant les demandes de vues ou
d'informations particulières sont déjà prises en compte dans les traitements du
M.D.I., il nous parait important d'intégrer un module traitant les requêtes de type
exécution d'une action ou d'un plan d'actions.
Ce module serait chargé de tester les actions de l'opérateur et de fournir un
diagnostic sur l'état de fonctionnement du procédé qu'elles engendrent.
D'un côté, ce module, assimilable à un système tolérant aux erreurs humaines
(voir le paragraphe IV dans le chapitre II), serait capable de détecter les actions de
l'opérateur dont les conséquences affectent les contraintes de sécurité et de
production.
D'un autre côté, un tel module serait intéressant d'un point de vue simulation
puisque l'opérateur pourrait faire appel à ce module pour tester certains plans
d'actions particuliers.
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 172 -
CONCLUSION
Dans la première partie de ce chapitre, nous avons décrit une première
validation (essentiellement technique) du fonctionnement de la plate-forme
expérimentale.
Nous pouvons en conclure que dans l'état actuel de la plate-forme
expérimentale, la phase d'évaluation ergonomique peut maintenant commencer. Elle
constitue une première perspective de nos travaux, et devra s'appuyer sur des
compétences pluridisciplinaires, dans le cadre d'une collaboration entre le L.A.I.H. et
des laboratoires de Psychologie du Travail.
Enfin, dans ce chapitre, nous avons présenté un ensemble de perspectives de
recherche concernant l'évolution du M.D.I, et ceci au travers de six points : la tâche
en cours de réalisation par l'opérateur, le type de celui-ci, les modes de
représentation, la situation de fonctionnement du procédé, la gravité de la situation,
et enfin les requêtes de l'opérateur. Pour chacun de ces points, de nouveaux principes
ont été envisagés.
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 173 -
CONCLUSION GENERALE
Chapitre V : Validation technique de la plate-forme expérimentale et perspectives
- 174 -
Les travaux présentés dans ce mémoire s'intègrent dans le domaine de
l'assistance à l'opérateur humain dans les salles de contrôle de procédés industriels
complexes. C'est ainsi que, dans le premier chapitre, nous avons pu positionner les
systèmes d'assistance dans l'architecture des systèmes de contrôle et de supervision
de procédés industriels. Puis, nous avons discuté de l'évolution du rôle, des
caractéristiques et des fonctions de l'opérateur humain en salle de contrôle. Il s'avère
que les tâches humaines deviennent hautement cognitives et exigent des
connaissances de plus en plus importantes.
Nous avons présenté par la suite un ensemble de solutions visant à faciliter les
tâches de l'opérateur. Ces solutions consistent à intégrer dans le système homme-
machine des systèmes informatiques d'assistance à l'opérateur humain. Par la suite,
nous avons abordé la description d'un certain nombre de problèmes liés à
l'élaboration de ces systèmes d'assistance. Ces problèmes concernent par exemple la
modélisation du procédé, la prise en compte des tâches à réaliser par l'opérateur et
surtout le mode de dialogue entre ces systèmes d'assistance et l'opérateur humain.
L'une des solutions à ces problèmes et qui constitue le centre d'intérêt de nos travaux
de recherche, vise l'étude, la composition et la mise en œuvre des interactions
homme-machines au travers d'interfaces dites évoluées. Notre contribution s'insère
dans cette nouvelle classe d'interface homme-machine. Elle vise la réalisation d'une
interface "intelligente", basée sur des modèles et des connaissances sur les différents
partenaires potentiels, en l'occurrence le procédé, le système d'assistance et
l'opérateur humain.
Dans le second chapitre, nous avons parcouru et analysé un ensemble de
systèmes de dialogue. Ceux-ci prennent la forme : d'interface flexible, tolérante aux
erreurs humaines, experte, adaptative, d'opérateur assistant ou encore d'agent
intelligent, d'interface écologique ou hypermédia. La plupart des ces systèmes de
dialogue ont un objectif commun, qui est de s'adapter soit à l'opérateur humain, soit
au procédé, etc. Cependant, on retrouve pour chacun d'eux, un mode d'adaptation
particulier. Une conclusion que nous en avons retiré est qu'un système de dialogue
idéal doit regrouper les différents concepts décrits dans ce chapitre. Cependant, sa
conception va alors hériter des problèmes liés à chaque type de système de dialogue.
Notre contribution réside dans le développement d'une interface "intelligente"
appelée Module Décisionnel d'Imagerie (M.D.I.). Ainsi, nous proposons d'utiliser un
système expert pour assurer les interactions entre le procédé, l'opérateur humain et
Conclusion générale
- 175 -
les différents outils d'assistance dont il dispose. Notre approche se propose de
résoudre les problèmes d'interaction entre l'homme et la machine en répondant aux
trois questions suivantes : (1) Quoi présenter à l'opérateur, (2) Quand le présenter et
(3) Comment le présenter. Par la réponse à ces questions, notre approche vise à
s'adapter, notamment, aux tâches cognitives de l'opérateur, à son expérience et à ses
ressources.
Dans le troisième chapitre, nous avons décrit les travaux qui ont permis
d'arriver au M.D.I. Ceux-ci ont pour origine la réalisation d'une interface homme-
machine entre opérateur(s) et module(s) d'aide à la décision implanté dans une salle
de contrôle. Ces travaux ont permis de mettre en évidence et de développer un
modèle de coopération implicite entre homme et système expert d'assistance. Mais,
grâce à l'avènement de nouvelles techniques en Intelligence Artificielle, dans le
domaine de la conception d'interfaces graphiques et au niveau de l'analyse des tâches
et des activités de l'opérateur, notre approche d'interface "intelligente" peut
bénéficier des progrès entrepris dans ces domaines afin de parvenir à une
coopération homme-machine représentée explicitement, à l'aide de règles de
production en se basant sur la possibilité de répondre dans chaque situation aux trois
questions ergonomiques : QUOI présenter, QUAND et COMMENT présenter
l'information. Dans la suite du chapitre, nous avons présenté les objectifs du M.D.I.
et sa localisation dans le système de supervision, ainsi que les différents concepts
fondamentaux qui le définissent. Enfin, nous avons proposé pour l'intégration du
M.D.I. dans le système d'assistance complet, une architecture fonctionnelle
intégrants trois modèles : un modèle du procédé, un modèle des tâches assistées de
l'opérateur et un modèle de l'opérateur.
Dans le quatrième chapitre, dans un but d'évaluation à court terme des concepts
du M.D.I., nous avons décrit la structure et les principaux éléments d'une plate-forme
expérimentale intégrant un ensemble de modules d'assistance à l'opérateur et une
interface "intelligente" de type M.D.I. Le procédé considéré est un simulateur du
circuit de refroidissement d'une centrale nucléaire développé en langage C, utilisant
des techniques de la modélisation qualitative. L'ensemble des modules réalisés dans
ce cadre a nécessité l'emploi de plusieurs techniques et méthodes très variées, issues
de : la modélisation qualitative, l'Apprentissage Symbolique Automatique, la
génération de plans, la simulation numérique.
Conclusion générale
- 176 -
En analysant le système homme-machine ainsi constitué, il nous a été possible
de mettre en évidence les tâches de l'opérateur et l'assistance dont il a besoin. C'est
ainsi que l'ensemble des modules et modèles ont été mis en œuvre sur une station de
travail de type VS3100 pour constituer la plate-forme expérimentale. Celle-ci est
destinée à évaluer l'apport pour l'activité de l'opérateur et pour le système homme-
machine, d'un système de dialogue de ce type.
Dans le cinquième chapitre, nous avons décrit, dans le cadre d'une première
validation essentiellement technique, le fonctionnement de la plate-forme
expérimentale. Celle-ci est maintenant prête pour une phase d'évaluation
ergonomique.
Cette phase d'évaluation constitue, à nos yeux, un axe de recherche à part
entière et s'adresse à une équipe pluridisciplinaire. Ces travaux d'évaluation entreront
dans le cadre de collaborations entre le L.A.I.H. et d'autres disciplines comme la
Psychologie du Travail.
Enfin, dans ce dernier chapitre, nous avons présenté d'autres perspectives de
recherche visant à faire évoluer le Module Décisionnel d'Imagerie. Ces perspectives
visent à le faire rapprocher de plus en plus de l'interface "intelligente idéale", si une
telle interface existe…
De plus, il serait également intéressant d'étudier l'applicabilité des principes du
Module Décisionnel d'Imagerie dans d'autres domaines que le contrôle de procédés
industriels. Ainsi, certains descriptifs devraient être abordés différemment. Par
exemple, en bureautique ou en utilisation de bases de données, les notions de gravité
et de situations de fonctionnement n'auraient bien sûr pas la même portée que pour le
contrôle de procédé. Dans d'autres domaines, tels que la télé-opération, la définition
et l'implantation de descriptifs supplémentaires seraient éventuellement nécessaires.
Des études spécifiques devraient alors être menées.
Conclusion générale
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Bibliographie
- 193 -
ANNEXES
Bibliographie
- 194 -
ANNEXE A : EXEMPLES D'ARBRES DE DECISION
GENERES PAR L'OUTIL FIRST-CLASS
INDUCTION DE BASES DE CONNAISSANCES A L'AIDE DE
L'ALGORITHME ID3
L'algorithme ID3 est utilisé pour engendrer des procédures de classification,
exprimées sous la forme d'arbres de décisions, à partir d'une collection d'exemples
appelée ensemble d'apprentissage.
La description des exemples est effectuée à l'aide de n attributs relatifs au
problème étudié. Chaque attribut possède un nombre fini de valeurs mutuellement
exclusives. Par exemple : l'attribut "SITUATION" possède 4 valeurs qui sont
"OPTIMISE", "NORMALE", "ANORMALE" et "CRITIQUE".
De plus, chaque exemple est associé à un concept particulier, appelé encore
"classe" de cet exemple. Dans notre cas, il existe trois ensembles de classes :
l'ensemble des classes du "QUOI", l'ensemble des classes du "QUAND" et
l'ensemble des classes du "COMMENT".
Le principe de cet algorithme repose sur la construction par itérations
successives d'un arbre de décisions qui traduit la procédure de classification
recherchée et dont les nœuds sont des attributs et les branches sont les valeurs
correspondantes de cet attribut. Les feuilles de cet arbre contiennent les différentes
classes possibles des exemples. Chaque itération procède au choix d'un attribut qui
contribue à étendre l'arbre de décisions, et ce en partant de la racine constituée par le
premier attribut choisi jusqu'aux feuilles de l'arbre.
L'attribut choisi à chaque itération est celui qui entraîne un gain d'information
maximum. Le gain d'information est mesuré par la différence entre la quantité
d'information contenue dans un nœud père avant son expansion et la quantité
d'information contenue dans tous les nœuds fils qui découlent de l'attribut choisi. Le
lecteur trouvera plus de détails sur cet algorithme dans QUINLAN (1983).
Annexes
- 195 -
Nous présentons ici deux exemples d'arbres de décisions déduits par l'outil
1stClass (ces arbres ont été laissés au format 1stClass). Le premier exemple
représente la base QUOI et le second représente la base QUAND.
Les valeurs utilisés pour chaque descriptif ont la signification suivante :
CLASSE :
1 Débutant
2 Expérimenté
3 Expert
GRAVITE :
0 Le niveau de gravité est égal à 0
1 Le niveau de gravité appartient à l'ensemble [1,3]
2 Le niveau de gravité appartient à l'ensemble ]3,4]
3 Le niveau de gravité appartient à l'ensemble ]4,7]
4 Le niveau de gravité appartient à l'ensemble ]7,10]
5 Le niveau de gravité appartient à l'ensemble ]10,12]
6 Le niveau de gravité est supérieur à 12
REQUETE :
NO_REQUEST L'opérateur ne fait aucune requête
SUPERVISION L'opérateur demande la vue de supervision
COURBES L'opérateur demande les vues courbes
JUST_SURF L'opérateur demande des justifications de surface
JUST_PROF L'opérateur demande des justifications profondes
SITUATION :
OPTIMISEE La situation de fonctionnement du procédé est optimisée
NORMALE La situation de fonctionnement du procédé est normale
ANORMALE La situation de fonctionnement du procédé est anormale
CRITIQUE La situation de fonctionnement du procédé est critique
IRRECUPER La situation de fonctionnement du procédé est irrécupérable
TACHE_OP (tâche de l'opérateur) :
TACHE_DEMARR L'opérateur exécute une tâche de démarrage
Annexes
- 196 -
SURVE_OPTIM L'opérateur surveille et optimise le fonctionnement du
procédé
RESOLUTION L'opérateur exécute une tâche de résolution de problème
TACHE_ARRET L'opérateur exécute une tâche d'arrêt de l'installation
QUOI :
RIEN L'inférence du QUOI ne donne aucun résultat
NON_DISPON L'information n'est pas disponible
VARIABLES Il faut présenter les vues courbes
VUE_ETOILE Il faut afficher la vue étoile de supervision
JUST_SUR_FL Il faut afficher les justifications de surface sous forme d'un
graphe de fluence
JUS_SUR_FLT Il faut afficher les justifications de surface sous forme d'un
graphe de fluence accompagnées d'une explication textuelle
JUST_PRO_FL Il faut afficher les justifications profondes sous forme d'un
graphe de fluence
JUS_PRO_FLT Il faut afficher les justifications profondes sous forme d'un
graphe de fluence accompagné d'une explication textuelle
PLAN_ACTION Il faut afficher les plans d'actions
GAME_OVER Il faut aviser l'opérateur du déclenchement de la procédure
d'arrêt d'urgence
QUAND
JAMAIS L'information déduite par le QUOI ne sera jamais affichée
RETOUR Refaire l'inférence pour le QUOI
MAINTENANT L'information déduite par le QUOI doit être affichée
maintenant
A_MI_ECHEAN L'information déduite par le QUOI devra être affichée à
mi-échéance
QUAND_REQUE L'information déduite par le QUOI devra être affichée quand
l'opérateur en fera la requête
COMMENT
PAS_DE_CHGT Pas de changement
FIN Arrêt de l'installation
VUE_ETOILE Vue de supervision
VUE_COURBE Fenêtre de sélection des variables afin d'alimenter les vues
courbes
Annexes
- 197 -
FLU_SUR Le graphe de fluence des justifications de surface
FLU_TXT_SUR Le graphe de fluence et le texte des justifications de surface
FLU_DET Le graphe de fluence des justifications profondes
FLU_TXT_DET Le graphe de fluence et le texte des justifications profondes
PL_ACTION les plans d'actions accompagnant les alarmes
PL_ACT_DET les plans d'actions détaillés accompagnant les alarmes
Annexes
- 198 -
BASE "QUOI" 9:54 AM 1/20/1992
---- début ----
1: REQUETE??
2: NO_REQUEST:SITUATION??
3: OPTIMISEE:---------------------------RIEN
4: NORMALE:-----------------------------PLAN_ACTION
5: ANORMALE:CLASSE??
6: 1:GRAVITE??
7: 0:----------------------RIEN
8: 1:----------------------RIEN
9: 2:----------------------JUST_SUR_FL
10: 3:----------------------JUS_SUR_FLT
11: 4:----------------------RIEN
12: 5:----------------------RIEN
13: 6:----------------------RIEN
14: 2:GRAVITE??
15: 0:----------------------RIEN
16: 1:----------------------RIEN
17: 2:----------------------PLAN_ACTION
18: 3:----------------------JUST_SUR_FL
19: 4:----------------------RIEN
20: 5:----------------------RIEN
21: 6:----------------------RIEN
22: 3:-------------------------PLAN_ACTION
23: CRITIQUE:CLASSE??
24: 1:GRAVITE??
25: 0:----------------------RIEN
26: 1:----------------------RIEN
27: 2:----------------------RIEN
28: 3:----------------------RIEN
29: 4:----------------------JUST_PRO_FL
30: 5:----------------------JUS_PRO_FLT
31: 6:----------------------RIEN
32: 2:GRAVITE??
33: 0:----------------------RIEN
34: 1:----------------------RIEN
35: 2:----------------------RIEN
36: 3:----------------------RIEN
37: 4:----------------------JUS_SUR_FLT
38: 5:----------------------JUST_PRO_FL
39: 6:----------------------RIEN
40: 3:GRAVITE??
41: 0:----------------------RIEN
42: 1:----------------------RIEN
43: 2:----------------------RIEN
44: 3:----------------------RIEN
45: 4:----------------------JUST_SUR_FL
46: 5:----------------------JUST_PRO_FL
47: 6:----------------------RIEN
48: IRRECUPER:---------------------------GAME_OVER
49: COURBES:-----------------------------------------VARIABLES
Annexes
- 199 -
50: JUST_SURF:CLASSE??
51: 1:GRAVITE??
52: 0:---------------------------------RIEN
53: 1:---------------------------------JUST_SUR_FL
54: 2:---------------------------------JUS_SUR_FLT
55: 3:---------------------------------JUS_SUR_FLT
56: 4:---------------------------------JUS_SUR_FLT
57: 5:---------------------------------JUS_SUR_FLT
58: 6:---------------------------------RIEN
59: 2:GRAVITE??
60: 0:---------------------------------RIEN
61: 1:---------------------------------NON_DISPON
62: 2:---------------------------------JUST_SUR_FL
63: 3:---------------------------------JUST_SUR_FL
64: 4:---------------------------------JUS_SUR_FLT
65: 5:---------------------------------JUS_SUR_FLT
66: 6:---------------------------------RIEN
67: 3:------------------------------------NON_DISPON
68: JUST_PROF:GRAVITE??
69: 0:------------------------------------RIEN
70: 1:------------------------------------NON_DISPON
71: 2:------------------------------------NON_DISPON
72: 3:CLASSE??
73: 1:---------------------------------JUST_PRO_FL
74: 2:---------------------------------NON_DISPON
75: 3:---------------------------------JUST_PRO_FL
76: 4:CLASSE??
77: 1:---------------------------------JUS_PRO_FLT
78: 2:---------------------------------JUST_PRO_FL
79: 3:---------------------------------JUST_PRO_FL
80: 5:CLASSE??
81: 1:---------------------------------JUS_PRO_FLT
82: 2:---------------------------------JUS_PRO_FLT
83: 3:---------------------------------JUST_PRO_FL
84: 6:------------------------------------RIEN
85: SUPERVISION:-------------------------------------VUE_ETOILE
Annexes
- 200 -
BASE "QUAND" 9:58 AM 1/20/1992
---- début ----
1: REQUETE??
2: NO_REQUEST:QUOI??
3: NON_DISPON:--------------------------JAMAIS
4: RIEN:--------------------------------JAMAIS
5: VARIABLES:---------------------------JAMAIS
6: JUST_SUR_FL:-------------------------MAINTENANT
7: JUST_PRO_FL:-------------------------MAINTENANT
8: JUS_SUR_FLT:CLASSE??
9: 1:----------------------A_MI_ECHEAN
10: 2:----------------------QUAND_REQUE
11: 3:----------------------JAMAIS
12: JUS_PRO_FLT:CLASSE??
13: 1:----------------------A_MI_ECHEAN
14: 2:----------------------QUAND_REQUE
15: 3:----------------------JAMAIS
16: PLAN_ACTION:GRAVITE??
17: 0:----------------------JAMAIS
18: 1:CLASSE??
19: 1:-------------------MAINTENANT
20: 2:-------------------A_MI_ECHEAN
21: 3:-------------------A_MI_ECHEAN
22: 2:CLASSE??
23: 1:-------------------MAINTENANT
24: 2:-------------------MAINTENANT
25: 3:-------------------A_MI_ECHEAN
26: 3:----------------------MAINTENANT
27: 4:----------------------JAMAIS
28: 5:----------------------JAMAIS
29: 6:----------------------JAMAIS
30: GAME_OVER:---------------------------MAINTENANT
31: VUE_ETOILE:--------------------------JAMAIS
32: COURBES:-----------------------------------------MAINTENANT
33: JUST_SURF:---------------------------------------MAINTENANT
34: JUST_PROF:---------------------------------------MAINTENANT
35: SUPERVISION:-------------------------------------MAINTENANT
Annexes
- 201 -
ANNEXE B : EXEMPLES DE PLANS D'ACTIONS
Dans un premier temps, les variables sont classées par ordre d'importance
comme dans le tableau B.1.
Tableau B.1 : Classement des 3 variables principales
Variable Symbole N°
Température de sodium à l'entrée TSEGV 4
du générateur de vapeur
Température de sodium à la sortie TSSGV 7
du générateur de vapeur
Température de l'eau à la sortie du TESGV 8
générateur de vapeur
Les plans d'actions sont créés selon le principe suivant :
• Il faut d'abord corriger la variable la plus importante, selon l'ordre donné dans le
tableau B.1.
• Il s'agit ensuite de corriger éventuellement la deuxième variable puis la
troisième.
• Il faut vérifier si la conséquence des corrections précédentes n'affecte pas les
symptômes observés, auquel cas il faut majorer la correction correspondante.
• Il faut vérifier si la conséquence des corrections précédentes n'affecte pas
d'autres variables, auquel cas il faut préparer une action de correction.
• Etc.
Annexes
- 202 -
Il est possible selon cette démarche d'obtenir un ensemble de plan d'actions,
dont trois exemples sont présentés sur la figure B.1.
Sym ptôme s Action(s) 1 C ons é que n ce (s)Action(s) 2 C ons é que n ce (s) Action(s) 3
Si la variable 7 varie :
Il suffit de la corriger par une action sur la
variable 15.
7 15
Si la variable 4 varie : il faut la corriger par
une action sur la variable 16, ce qui va avoir
pour conséquence la pert urbation de la 4 16 8 12 7 15
variable 8. Pour cela, il faut agir sur la
variable 12,
ce qui va pert urber les variables 7 et 4. P our
la variable 4, il faut en tenir compte lors de
la première action. Pour la variable 7, il faut
la corriger par une act ion sur la variable 15.
Les symptômes observées sont les suivants :
les variables 4 et 8 varient en sens inverse.
Pour corriger la variable 4, il suffit d'agir sur
la variable 16. Et pour corriger la variable 8, 4 16
il faut agir sur la variable 12.
Cependant, les deux actions vont avoir pour
conséquence l'accroissement des
perturbations init iales qu'il faut considérer
en majorant les premières actions. Alors que 8 12 7 15
pour corriger les perturbat ions engendrées
sur la variable 7, il suffit d'agir sur la
variable 15.
Figure B.1 : Trois exemples de plans d'actions
Rappelons que le procédé étant simple, l'ensemble des plans d'actions possibles
a pu être recensé a priori par les concepteurs de la plate-forme expérimentale.
Chaque plan d'actions a donc été établi cas par cas et placé dans une base de données
accessible par le module de génération de plans d'actions (chapitre IV, paragraphe
III.3). Par exemple, si la variable 7 est perturbée, alors le générateur de plans
d'actions sélectionne automatiquement le premier plan visible sur la figure B.1, car
seul ce plan a été prévu dans ce cas. En effet, à chaque type de défaut est toujours
associé à un seul type de plan d'actions.
Annexes
- 203 -
ANNEXE C : EXEMPLES DE REGLES DE
PRODUCTION
Voici quelques règles de productions tirées des bases de connaissance du
M.D.I.
5 64
SI : SI :
GRAVITE = 2 CLASSE = 3
CLASSE = 1 GRAVITE = 4
SITUATION = ANORMALE REQUETE = JUST_PROF
REQUETE = NO_REQUEST ALORS :
ALORS : QUOI = JUST_PRO_FL
QUOI = JUST_SUR_FL
13
SI :
GRAVITE = 3
CLASSE = 2
SITUATION = ANORMALE
REQUETE = NO_REQUEST
ALORS :
QUOI = JUST_SUR_FL
30
SI :
GRAVITE = 5
CLASSE = 2
SITUATION = CRITIQUE
REQUETE = NO_REQUEST
ALORS :
QUOI = JUST_PRO_FL
36
SI :
GRAVITE = 4
CLASSE = 3
SITUATION = CRITIQUE
REQUETE = NO_REQUEST
ALORS :
37
SI :
GRAVITE = 5
CLASSE = 3
SITUATION = CRITIQUE
REQUETE = NO_REQUEST
ALORS :
QUOI = JUST_PRO_FL
Annexes
- 204 -
65
SI :
CLASSE = 1
GRAVITE = 5
REQUETE = JUST_PROF
ALORS :
QUOI = JUS_PRO_FLT
66
SI :
CLASSE = 2
GRAVITE = 5
REQUETE = JUST_PROF
ALORS :
QUOI = JUS_PRO_FLT
69
SI :
REQUETE = SUPERVISION
ALORS :
QUOI = VUE_ETOILE
82
SI :
CLASSE = 1
GRAVITE = 1
QUOI = PLAN_ACTION
REQUETE = NO_REQUEST
ALORS :
QUAND = MAINTENANT
83
SI :
CLASSE = 2
GRAVITE = 1
QUOI = PLAN_ACTION
REQUETE = NO_REQUEST
ALORS :
QUAND = A_MI_ECHEAN
84
SI :
CLASSE = 3
GRAVITE = 1
QUOI = PLAN_ACTION
REQUETE = NO_REQUEST
ALORS :
QUAND = A_MI_ECHEAN
Annexes
- 205 -
ANNEXE D : EXEMPLES DE COPIES D'ECRAN
Figure D.1 : Exemple de copie d'écran représentant une vue de supervision et des
justifications de surface
Annexes
- 206 -
Figure D.2 : Exemple de copie d'écran représentant une vue de supervision, des
justifications de surface et un plan d'action
Annexes
- 207 -
Figure D.3 : Exemple de copie d'écran représentant des justifications profondes, une
vue de supervision et un plan d'action
Annexes
- 208 -
Figure D.4 : Exemple de copie d'écran représentant des courbes, une vue de
supervision et trois plans d'action hiérarchisés
Annexes
- 209 -
Figure D.5 : Exemple de copie d'écran représentant des justifications de surface, une
vue de supervision et trois plans d'action hiérarchisés
Annexes
- 210 -
Figure D.6 : Exemple de copie d'écran la mise en œuvre d'une commande sur une
variable
Annexes
- 211 -
Figure D.7 : Exemple de copie d'écran représentant une liste hiérarchisée de
variables à présenter sous forme de courbe
Annexes