Royaume du Maroc BULLETIN MENSUEL D'INFORMATION ET DE LIAISON DU PNTTA
TRANSFERT DE TECHNOLOGIE
Ministère de l’Agriculture et de la Pêche Maritime
EN AGRICULTURE
MAPM/DEFR ● Novembre 2009 ● PNTTA
SOMMAIRE
Le système semis direct
Nouveau mode de production et modèle d’agrégation n° 182
Agriculture pluviale
pour une agriculture pluviale durable au Maroc
● En quoi consiste le semis direct?................... p.1
Introduction biomasses produites. La mécanisation de ● Le système semis direct au Maroc................ p.2
l’agriculture et la pression sur la terre ont éten-
L’agriculture pluviale devient de plus en plus ● Problématique de développement au Maroc.... p.3
du la mise en valeur agricole aux terrains en
vulnérable vis-à-vis des changements clima- pente de plus en plus raides et aux sols super- ● Propositions d'implémentation.....................p.4
tiques. Ces phénomènes se manifestent sur la ficiels sans l’application des techniques de
rive sud de la méditerranée par la rareté des conservation capable de protéger et d’assurer technologies de semences, engrais et pestici-
pluies et l’accentuation du caractère aléatoi- la durabilité de cet écosystème fragile. des, et aux coûts élevés des facteurs de pro-
re aussi bien intra qu’interannuel. Au Maroc, A la lumière de cet état des choses, il devient duction. L’objectif ultime est d’assurer une pro-
ce sont plus de cinq millions d’hectares où la crucial d’améliorer et de développer des duction durable capable de subvenir aux
culture des céréales, entièrement dépendan- paquets technologiques qui privilégient une besoins alimentaires d’une population en forte
te des caprices climatiques, devient une acti- meilleure gestion du risque dans l’exploitation croissance et d’améliorer son niveau de vie.
vité à haut risque. Les différentes actions des ressources naturelles et assurent une pro- Le système semis direct repose sur les princi-
entreprises par l’état depuis l’indépendance duction agricole durable. Il se trouve que le pes suivants:
jusqu’à présent n’ont pas suffis pour assurer système semis direct, base de l’agriculture de
une productivité stable. Quant aux actions ● Une perturbation minimum du sol et où
conservation, s’est confirmé comme une l’ultime situation est que les semences et les
qui visent à réduire l’effet de la sécheresse, alternative à l’agriculture intensive tradition-
celles-ci ont concerné l’instauration de engrais soient déposés par un passage d’un
nelle qui a montré son inadaptation aux nou- disque faisant un sillon de quelques centimè-
l’assurance sécheresse et le support des prix velles données climatiques et économiques
de blé tendre et d’orge pour l’alimentation tres pour déposer la semence et les engrais et
de compétitivité et de durabilité. les recouvrir par des roues tasseuses.
animale. Dans leur ensemble, ces mesures ne
● Le maintien d’une partie des résidus en
répondent qu’à des situations conjoncturelles En quoi consiste le système surface. Aussi grande est la quantité mainte-
limitées dans le temps et l’espace. De ce fait, semis direct ?
chaque année les responsables du secteur nue, aussi importantes seront l’infiltration et
sont en quête de fond pour subvenir aux Le système de semis direct est la base de la conservation de l’eau par la réduction de
besoins alimentaires toujours accrues d’une l’agriculture de conservation. C’est un nouveau l’évaporation et de l’érosion du sol, aussi
population en croissance et au régime essen- mode d’exploitation des ressources naturelles rapide seront les améliorations des qualités
tiellement à base de céréale. (sol et eau) présenté comme solution pour physico-chimique du sol, de son activité bio-
Parmi les grands changements prévus par le surmonter les défis auxquels fait face logique, et la quantité de carbone séques-
Plan Maroc Vert (PMV) dans les prochaines l’agriculture aujourd’hui, en particuliers ceux trée, donc l’ensemble des bienfaits du systè-
années figurent la reconversion d’une partie liés aux sécheresses dues aux changements me semis direct.
des terres destinées aux céréales en planta- climatiques, à la mondialisation et la fluctua- ● Adoption des rotations culturales qui
tions d’oliviers, de figuiers et d’amandiers. tion des prix, au monopole et dépendance en assurent une gestion intégrée des mauvaises
Certes ces arbres rustiques peuvent tempori-
ser l’effet d’un déficit hydrique au cours de
leur cycle de développement mais ne peuvent
en aucun cas être productifs sans une pluvio-
métrie conséquente aussi importante en volu-
me que celle exigée par les céréales. Les
céréales continueront à dominer l’agriculture
pluviale en Afrique du Nord comme espèces
de graminées les plus adaptées au climat
méditerranéen. D’autant plus que la crise et la
flambée des prix des denrées alimentaires
pour ces produits replacent les priorités stra-
tégiques à nouveau au cœur du débat sur la
sécurité alimentaire en denrées de base.
D’autres considérations, aussi importantes que
les précédentes, concernent la dégradation
des sols et leurs pertes par érosion suite aux
modes d’exploitation basés sur les labours
intensifs et l’exportation totale de toutes les Semoir direct développé par INRA Maroc
Programme National de Transfert de Technologie en Agriculture (PNTTA), DEFR, B.P: 6598, Rabat, [Link]
Bulletin réalisé à l'Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, B.P:6446, Rabat, Tél-Fax: (0537) 77-80-63, DL: 61/99, ISSN: 1114-0852
herbes, maladies et parasites, une meilleure Settat. Le blé conduit en semis direct en Semis direct et économie des semences
productivité de l’eau et une diversification du rotation triennale blé/blé/jachère est com-
système de production. paré au blé conventionnel conduit par La semence constitue un autre poste de
l’agriculteur. On remarque de grands écarts dépense où l’agriculteur qui adopte le semis
Le système semis direct au Maroc entre les deux systèmes de production et le direct peut réaliser des économies importan-
plus remarquable avait été obtenu durant la tes qui lui permettront d’investir dans
Résultats de recherche concluants compagne 1999/2000 où la commune a été d’autres facteurs de production, en particu-
liers les engrais et les pesticides. En année
Le Maroc est l’un des pays pionniers dans sa entièrement sinistrée à l’exception de la par-
région qui a adressé la question de la conser- celle de semis direct où la récolte a été de 10 relativement sèche de moins de 200 mm de
vation de l’eau est de l’efficience de son uti- qx/ha plus une cinquantaine de bottes de pluies (2007/08), des doses de semis de 60,
lisation par les techniques de semis direct. paille par hectare dont la valeur a atteint 80, 100, 120 et 140 kg/ha ont donné des
Les résultats sur plusieurs années ont montré durant l’hivers suivante 45 dhs la botte. rendements inversement proportionnelles
qu’il était possible de stabiliser le rendement Semis direct et économie d’énergie aux doses avec 18 qx/ha obtenus pour 60
par l’adoption du semis direct et le choix kg/ha contre 14 qx/ha pour les doses de 140
d’une rotation. En effet, la conservation de L’agriculture, par son recours aux opérations kg/ha. Evidemment, on ne peut réussir une
80 à 100 mm d’une année de jachère à de labour, constitue une source de dépense bonne germination et un peuplement satis-
l’année de culture de céréale assure un d’énergie non négligeable. Le semis direct faisant avec de telles faibles doses dans un
apport d’appoint qui permet de dépasser des permet une économie de près de 40 litres de mode de semis à la volée ou avec un semoir
périodes de stress hydrique du milieu ou de gasoil par hectare. On peut évaluer les pertes sur un lit de semis préparé aux pulvériseurs à
fin du cycle. Cette technique très employé des années de sécheresse où les agriculteurs disques (cover crop). Les agriculteurs adop-
par les agriculteurs des plaines centrales de n’ont pas de récolte et où le semis direct tent dans leur majorité 180 à 200 kg/ha de
Abda, Chaouia et Zâaer, est connu sous le aurait pu leur économiser au moins les frais semence même sélectionnées, non par igno-
nom de «Taowe» c'est-à-dire un blé après une de labours. Le Maroc pourra réduire sa factu- rance mais en connaissance de cause. Le
jachère labourée intensivement et maintenue re énergique annuelle des coûts de 40 000 semis direct offre la possibilité de réussir une
sans mauvaises herbes. Ce système de cultu- tonnes de gasoil si on n’avait rien qu’un levée qui dépasse les 90%.
re ne permet en fait d’économiser que le tiers million d’hectare en semis direct. Les autres Les résultats de la compagne 2008/09 confir-
(30 mm) de celui obtenu par la jachère chi- dépenses en lubrifiants, réparations et entre- ment que, même en très bonne année, les
mique et le semis direct. Le Tableau 1 mont- tiens ainsi que ceux des investissements en doses de 120 kg et 160 kg ont donnée tous
re qu’on peut stabiliser et améliorer la pro- équipement et amortissement du matériel les deux des rendements semblables d’environ
duction de céréale tout en économisant dans sont autant de frais qui épuisent la faible tré- 45 qx/ha sur des sols calcimagnésique super-
les labours et les intrants. sorerie des agriculteurs au Maroc. ficiel dénommées «Hrach». Dans des sols
La mesure de la productivité de l’eau, ou
quantité de matière sèche produite par milli-
mètre d’eau, montre qu’on peut produire 7,1
kg/mm/ha en semis direct contre 5,4
kg/mm/ha lorsqu’on laboure avec le pulvéri-
seur à disques (cover crop).
Le semis direct a été aussi à l’origine d’une amé-
lioration de la qualité physico-chimique du sol
dans les parcelles ou ce système a été conduit
suffisamment longtemps (Figure 1). Une aug-
mentation de la matière organique ainsi qu’à la
séquestration du carbone donc à la réduction
des émissions de gaz à effet de serre. Ces bien-
faits sont aujourd’hui évalués, discutés et rému-
nérés dans les pays avancés par les industriels
en guise d’un quota de carbone. Système conventionnel Semis direct
D’autres avantages suffisamment connus du Figure 1: Amélioration du sol après quelques années de semis direct (parcelle d’un agriculteur en Chaouia)
semis direct tel le contrôle de l’érosion, la
diminution des eaux de ruissellement et des
inondations n’ont pas été étudiés au Maroc.
Ils auraient pu élucider que la pratique de ce
système pouvait éviter à certaines villes
comme Settat, Mohammedia, les inondations
boueuses il y a quelques années.
Performance du système chez les
agriculteurs
Au Maroc et depuis 1997, le semis direct fait
l’objet d’essais d’évaluation et de démonstra-
tion chez les agriculteurs. Actuellement, un
programme est maintenu par le Centre
Régional de la Recherche Agronomique de
Settat au sein du laboratoire du machinisme.
La superficie emblavée en 2009/2010 est
d’environ 2000 ha. Une centaine
Figure 2: Données pluviométriques et rendements du blé tendre chez un agriculteur à Ain Zagh, Settat
d’agriculteurs sont déjà familiers avec le sys-
tème. L’expérience réalisée avec l’ensemble Tableau 1: Effet de la rotation et du travail du sol sur le rendement du blé tendre en Qx ha -1
de ces partenaires peut constituer l’ossature
Chaouia (Sidi El Aydi) a Abda (Jemaa Shaim)
d’un programme de développement d’une
Blé-Blé Blé-Jachère Blé-Blé Blé-Jachère
plus grande envergure.
Semis direct (non labour) 19 35 17 30
La figure 2 représente les résultats depuis
Semis conventionnel (labours) 14 24 16 24
1997 chez un agriculteur dans la région de
a Rendement grain moyen 1983-1992 sur sol argileux, Vertisol, total des pluies 370mm
Transfert de Technologie en Agriculture Page 2 N° 182/Novembre 2009
argileux profonds de type «Hamri» à Jemâa qui peuvent s’intégrer dans une vision globa- ● Les résultats et acquis de la recherche qui
Riah, la dose de 120 kg/ha a frôlé un rende- le de l’agriculture de conservation. ont montré la performance de ce système
ment en blé dur de 60 quintaux à l’hectare. dans notre environnement, transposé dans
Si on fait le compte là aussi, l’économie est
Atouts du Maroc dans ce domaine les pays voisins en programme de développe-
de taille sur un million d’hectares: 80 000 Au Maroc les ingrédients sont réunis pour ment couvre aujourd’hui des dizaines de
tonnes de semence, l’équivalent de ce qu’on entamer et réussir la relance de l’agriculture milliers d’hectares en Tunisie, et des centai-
produit comme semences certifiées aujourd’- pluviale par le système semis direct. En effet, nes de milliers en Espagne et en France.
hui, pourra être économisé ou dit autrement le gouvernement est amené à développer une ● Un prototype de semoir, développé locale-
on doublera la superficie actuellement rece- charte nationale globale de l’environnement. ment par l’atelier du machinisme à l’INRA, qui
vant des semences sélectionnées. Le ministère de l’agriculture doit saisir a montré son adaptation aux types de sols, aux
l’occasion pour proposer l’agriculture de réalités économiques et au niveau de mécani-
Problématique de transfert et conservation à base de semis direct comme sation des exploitations marocaines. Par
développement de ce système au activité non polluante qui remédie et restau- ailleurs, d’autres semoirs importés sont dispo-
Maroc re les dégâts faites à l’environnement. Il nibles, dont certains sont testés au Maroc.
contribuera ainsi à la veille écologique du ● La conjoncture internationale qui s’est
Contraintes facilement surmontables Maroc. Les atouts dont il dispose peuvent caractérisée par la flambée des prix des ali-
être résumés comme suit: ments et des intrants en général. Des écono-
L’adoption de du système de semis direct
● Le système semis direct répond parfaite- mies immédiates peuvent être opérées en
reste très timide, les raisons d’ordre tech-
nique souvent évoquées peuvent être énu- ment à la stratégie PMV visant à la mise à énergie, semence, usure de matériel et son
mérées comme suit: niveau de l’agriculture marocaine pour parve- maintenance, mains d’œuvre et à long terme
nir à une sécurité alimentaire et contribuer à en fertilisant et pesticides.
1) Difficultés de changer des pratiques la croissance économique et à la lutte contre ● Le niveau inquiétant de dégradation des
ancestrales ancrées au fond même de la cul- la pauvreté.
ture des agriculteurs qui consiste à placer le ressources naturelles, en particuliers l’eau et
labour comme l’essence de la mise en valeur Tableau 2: Comparaisons des différents itinéraires techniques pour l’installation des céréales
de la terre. Les agriculteurs entre eux ne se Puissance Temps Consommation Nombre de
demandent pas combien ils ont cultivé ou (chevaux/m) (heure/ha) Gasoil (l/ ha) passages
emblavé mais plutôt combien d’hectares ils Travaux conventionnels: 100 à 140 6,5 à 8,5 31 à 45
ont labouré. Les opérations de labour lancés 1. Labour profond 50 à 70 3à4 10 à 15
depuis les années cinquante aussi bien avant 2. Labour moyen 20 à 30 2 à 2,5 10 à 12 4
3. Lit de semence 15 à 25 1 à 1,5 6à8
l’indépendance du Maroc et vulgarisés après, 4. Semoir 15 0,5 5
sont considérés encore comme les critères de
Travaux simplifiés: 50 à 70 3,5 à 5 21 à 25
bonnes pratiques agricole; 1. Labour moyen 20 à 30 2à3 10 à 12
3
2) Besoin en investissement supplémen- 2. Lit de semence 15 à 25 1 à 1,5 6à8
taire pour une technologie que les agricul- 3. Semoir 15 0,5 5
teurs, par manque d’information, considèrent Semis direct 25 à 35 0,6 à 1 5à7 1
comme une technologie complexe et difficile
à implémenter;
3) L’ignorance des conséquences désas-
treuses des labours et l’absence du souci de
détérioration de l’environnement. Les baisses
des rendements et la faible performance de
l’agriculture pluviale sont totalement attri-
bués à la pluviométrie, une fatalité subie au
lieu d’être une donnée du milieu gérée par les
moyens technologiques dont on dispose;
4) Certains impacts positifs du système
semis direct ne sont visibles qu’au fil des
années de son adoption, en particuliers ceux
liés à l’amélioration de la qualité du sol et
d’autres plus globaux d’ordre environnemental;
5) En dernier lieu, une raison soulevée à
chaque occasion concerne la valeur pécu-
niaire des résidus et l’intégration culture
élevage. Il est admis que le maintien des rési- Parcelle à Ain Nzagh (Settat) en 2008/09, rendement de 45 qx/ha de blé tendre
dus en surface est la raison d’être de ce sys-
tème. Certes, il faut le répéter, plus la quan-
tité de ces résidus est importante plus vite
sont atteints les bienfaits de ce système.
Cependant, en année favorable, nombreux
sont ceux qui brûlent leur chaume, d’autres
les enfuient quelques jours après la récolte.
On estime que le non retournement du sol
laissera s’accumuler des résidus quelque soit
l’intensité de leur exportations. De même, les
racines conservées dans leur état constituent
une autre source contribuant à la séquestra-
tion du carbone et l’augmentation de
l’infiltration. Au fil des années, avec
l’amélioration de la production, les agricul-
teurs prendront conscience que c’est un
investissement qu’ils font pour faire revivre
leur sol. Des alternatives existent pour rédui-
re la pression sur l’exportation des résidus et Journées de démonstration au milieu d’un champ de semis direct (campagne 2008/09)
Transfert de Technologie en Agriculture Page 3 N° 182/Novembre 2009
le sol, nécessite une nouvelle approche de L’opportunité qu’offre ce système urge avoir un rayonnement régional.
leur gestion pour une exploitation durable du l’élaboration d’un plan d’actions selon une ● La mise en place de plateformes ou fer-
milieu qu’offre ce système d’agriculture de approche de concertation impliquant mes de démonstration privées gérées par
conservation. Le semis direct est un moyen l’ensemble des acteurs dans la filière, la CAM, les entreprises d’agrégation afin de consti-
gratuit d’augmenter notre capacité de stoc- SONACOS, SCAM, MAMADA, secteur privé tuer des nucleus autour desquels se dévelop-
kage de l’eau par la diminution de ainsi que d’autres institutions opérant dans pera le système.
l’évaporation et l’accélération de l’infiltration. les domaines de l’énergie, l’environnement, ● L’entreprise «agrégatrice» réalisera
Il offre ainsi un moyen supplémentaire de l’industrie et le commerce. Enfin, la société l’opération de semis comme activité fédéra-
mobilisation de l’eau des pluies et son utili- civile représentée par les associations et trice des agriculteurs, assurera la formation
sation de manière efficiente. coopératives. La réunion de l’ensemble de ces et l’encadrement des agriculteurs et jouera le
● Les changements climatiques devenant de opérateurs pourra se faire sous l’égide d’une rôle d’interface avec les institutions de cré-
plus en plus contraignants requièrent le choix agence de groupement d’intérêt économique. dit, d’assurance et des fournisseurs d’input,
de nouveaux systèmes de culture et des semence, engrais, et pesticides. Elle pourra
méthodes de conduite plus appropriées qui Proposition d’implémentation aussi assurer un marché pour les commodités
réduisent le risque et stabilisent la production. dans le cadre du PMV produites par les agrégés. Il faut remarquer
● Des partenaires et investisseurs industriels Le système du semis direct peut se présenter que l’opération de semis englobe toutes les
informés de cette problématique et mobili- comme un facteur d’agrégation par excellen- recommandations appropriées pour réussir
sés pour accompagner le développement de ce. Les agriculteurs du pilier II du PMV, en un bon peuplement, une bonne vigueur et
ce projet. particuliers ceux à faible pouvoir d’investis- démarrage de la culture (date, dose de semis,
De quoi a-t-on besoin pour une implé- sement et aux superficies exiguës qui repré- variété/espèce, dose et type d’engrais...).
mentation de ce système? sentent presque 80% des exploitations, peu- Conclusion
vent adhérer à ce système. Les récentes agré-
Il est certain que la diffusion et l’adoption de gations proposées autour des semences, des En zones bour, les alternatives sont rares et
ce nouveau mode d’agriculture est plus com- engrais, avances de crédits et achats de la les issues ne sont pas évidents pour que
plexe que celui entrepris généralement pour production revêtent un caractère commercial l’agriculture pluviale précaire fait face à la
l’introduction d’une nouvelle variété ou un de promotions d’usage d’intrants. Le système sécheresse, à la dégradation de l’environ-
nouveau pesticide. Les méthodes tradition- semis direct les inclus automatiquement dans nement, ainsi qu’aux fluctuations des cours
nelles de diffusion et de vulgarisation qui son approche en donnant des solutions glo- des marchés et les prémices des changements
font appel aux essais de démonstration, des bales intégrées de développement de climatiques.
visites, journées et séminaires entrepris par l’agriculture pluviale. Les agriculteurs du pilier
l’INRA n’ont pas été suffisantes pour donner Par un investissement minime, très loin par
I peuvent acquérir leur propre équipement qui exemple de celui mobilisé pour les zones irri-
les résultats attendus. Même s’il s’agit d’une sera vite amortis. Des mesures de crédits et de
mutation et d’un changement global du sys- guées, l’agriculture pluviale peut réaliser un
subventions déjà en place sont à renforcer par saut technologique et un développement
tème de gestion traditionnel des cultures, le d’autres services d’encadrement, d’assurance,
progrès observé dans les autres pays dans ce sans précédent. On estime qu’un million
de disponibilité des intrants (semences four- d’hectare conduit en semis direct permettra
domaine est bel et bien une réalité. C’est ragères, herbicides).
principalement l’œuvre des initiatives privées annuellement une économie d’énergie de
et des organisations non gouvernementales Les sociétés de fabrication et de vente de plus de 300 millions de dirhams, une réduc-
appuyés soutenus par la politique et les stra- semoirs de semis direct, comme celles des tion de 80 mille tonnes de semence soit 200
tégies nationales de développement du sec- engrais et semence, pourront être les promo- millions de dirhams et son équivalent en
teur. On ne pourrait oublier la contribution et teurs et les agrégateurs. Le projet de développe- engrais, une augmentation et une stabilité
le rôle des organismes internationaux de ment pourrait s’articuler sur les points suivants: de la production à court et moyen terme de
recherche et développement. Certes ces der- ● La création d’unité de fabrication des
20 et 30%. Une réduction de l’émission de
niers, comme AFD, ICARDA et AAAID ont tous semoirs de semis direct dont le prototype gaz carbonique, de l’érosion à des niveaux
manifestés leur intérêt à vouloir contribuer à existe déjà à l’INRA. Le Maroc disposera ainsi appréciables qui fera de l’agriculture une acti-
la promotion de ce système au Maroc. de sa propre technologie qui demain pourra vité propre. Les besoins en investissement
sont estimés à quelques centaines de millions
de dirhams, largement rentabilisées compte
tenu des retombées économiques, sociales et
environnementales.
Le semis direct est l’issue de l’agriculture plu-
viale conventionnelle pour qu’elle devienne
une activité compétitive à faible risque. Son
adoption économisera à l’état une facture
énergétique d’environ 40 l/ha, réservée aux
labours, qui en années à faible pluie comme
1983, 1994, 2000 ont eu zéro dirham de
retour sur investissement. Le semis direct
offre une possibilité de réduire l’érosion
éolienne et hydrique, pour ainsi conserver la
qualité des eaux et de l’air et maintenir les
Parcelle semis direct de tournesol à Merchouch, pluviométrie 230 mm, rendement 12 qx/ha (campagne 2007/08) sols des bassins versent. Enfin, le semis
direct permettra une séquestration de 1 à 4
t/ha de gaz carbonique selon la quantité des
résidus. Les agriculteurs Marocains pourront
bénéficier eux aussi des quotas de carbone ■.
A. El Brahli1; O. El Gharras2
et N. El Hantaoui3
1
Ex. Chercheur INRA, Directeur, NADAR, Sarl,
aelbrahli@[Link]
2
Chercheur, INRA-CRRA Settat, Laboratoire de machinisme,
oelgharras@[Link]
Semoir direct importé du Brésil 3
Ingénieur, Directeur CT- Settat, n_elhantaoui@[Link]
Transfert de Technologie en Agriculture Page 4 N° 182/Novembre 2009