Les principes, les avantages et les techniques de
l’agriculture de conservation des sols – Source
Agroleague
En France, l’agriculture de conservation des sols a été adoptée par une minorité d’exploitants.
Pourtant, cette approche présente de nombreux avantages, tant au niveau économique, agronomique
et environnemental. L’ACS regroupe un ensemble de techniques agricoles favorisant la résilience
écologique d’une exploitation notamment grâce à une diminution du travail du sol et une baisse de
consommation de produits énergétiques (carburant ou intrants). Découvrons ce qu’est l’agriculture de
conservation et comment les connaissances agronomiques acquises au cours des 40 dernières années
facilitent aujourd’hui la transition vers ce modèle durable et rentable.
Qu’est ce que l’agriculture de conservation des sols ?
L’agriculture de conservation, aussi appelée agriculture de conservation des sols (ACS), fait référence à
un ensemble de pratiques culturales soucieuses du respect de l’environnement.
En limitant le travail du sol, la dépendance aux intrants et en favorisant une diversification des espèces
végétales, les techniques innovantes de l’ACS garantissent, à long terme, une rentabilité économique de
l’exploitation et améliorent la résilience écologique face aux aléas climatiques.
La naissance de l’ACS en 2001
Pourquoi parle-t-on de "conservation des sols" ? Car c’est la conservation de la fertilité des sols
agricoles qui est en jeu.
En effet, au XXe siècle, l’utilisation intensive de machines agricoles et la répétition d’épisodes de
sécheresses et de fortes pluies entraînent une érosion des sols et une perte de fertilité.
Le terme “agriculture de conservation” est apparu en 1997, lors d’une conférence au Mexique.
En 2001, la FAO (Food and Agriculture Organization) définit les 3 piliers de l’ACS :
L’agriculture de conservation est un système cultural qui favorise une perturbation minimale du sol, le
maintien d'une couverture permanente du sol et la diversification des espèces végétales
L’ACS soutient une agriculture intégrée, c’est-à-dire une vision “systémique” favorisant les interactions
entre les cultures et leur environnement (climat, faune et flore). D’un part, cette approche est respectueuse
des ressources naturelles et de la biodiversité. D’autre part, elle reste économiquement rentable.
Au niveau mondial, la FAO estime que la “surface utile agricole” cultivée en agriculture de
conservation s’élève à plus de 100 millions d’hectares. La France a encore une bonne marge de
progression : en 2022, seulement 2 % des agriculteurs ont adopté le concept.
Indicateur agrégé de techniques de conservation des sols dans les espaces cultivés
Pourquoi l’ACS est particulièrement utile en 2023 ?
La saison 2022 a été particulièrement marquée par de fortes chaleurs et des périodes de sécheresse notables.
A cela s’est ajouté le contexte particulier de la guerre en Ukraine, qui a entraîné une augmentation des prix
de l’énergie et, en parallèle, une envolée globale du cours des céréales.
Même si ces deux phénomènes semblent se compenser et permettre de garder une marge nette acceptable,
ces tendances risquent de se reproduire de plus en plus régulièrement dans les prochaines années.
De plus, le dérèglement climatique et les besoins de changements vers des pratiques plus respectueuses de
l’environnement entraînent inévitablement la disparition progressive des produits phytosanitaires, ce qui
implique de trouver de nouvelles solutions de défense contre les adventices et ravageurs.
L’agriculture de conservation des sols est un atout pour le monde agricole actuel car elle permet de :
• réduire les passages au champs et donc réduire les besoins en énergie fossile, hors de prix ces
derniers temps,
• réduire les achats d’azote de synthèse (première dépense d’une exploitation classique) grâce à
l’utilisation de couverts végétaux, conservateurs d’azote dans les sols,
• garder un rendement rentable et une marge nette attractive en produisant des céréales
différemment et efficacement.
Les principes de l’agriculture de conservation s’inscrivent donc parfaitement dans un contexte de crise et de
transition.
Différences et similitudes de l’Agriculture de Conservation des Sols (ACS) et des
Techniques Culturales Simplifiées (TCS)
Il est important de différencier l’agriculture de conservation des sols et les Techniques Culturales
Simplifiées (TCS). Bien qu’elles soient souvent associées, les TCS ne sont, en fait, qu’une partie de l’ACS.
Les techniques culturales simplifiées correspondent au premier pilier de l’agriculture de conservation des
sols, c’est-à-dire la minimisation du travail du sol. Les TCS regroupent de nombreuses pratiques qui visent
à préparer le sol avant semis en évitant le labour du sol.
En effet, le non-labour évite la modification de la structure du sol et offre plusieurs avantages agronomiques.
Allant du pseudo-labour au semis direct, en passant par le strip-till, le décompactage et autre travail
superficiel, elles regroupent des pratiques qui n’enfouissent pas les résidus des cultures pécédentes, et
impliquent donc une gestion des adventices en aval du semis.
C’est pour cela qu’en ACS, la minimisation du travail du sol est associée à deux autres principes :
• l’augmentation de la diversité de cultures en rotation,
• la couverture quasi-permanente des parcelles.
De même, il faut distinguer “agriculture de conservation” et “agroécologie”. Cette dernière soutient qu’il est
possible de produire autant, voire plus, tout en accroissant la biodiversité dans les agrosystèmes et en
optimisant les intéractions entre toutes les composantes du système.
L’ACS n’est donc qu’une des possibilités de pratique agroécologique et ses trois piliers en sont des
exemples d’application.
Les trois piliers de l’agriculture de conservation
L’agriculture de conservation des sols respecte trois piliers ou principes :
1. une minimisation allant jusqu’à la suppression du travail du sol,
2. un allongement et une diversification spécifiques des rotations de cultures,
3. une couverture végétale quasi-permanente du sol.
Minimiser voire supprimer le travail du sol
Le labour est une pratique agricole traditionnelle encore largement utilisée. C'est en effet le moyen non
chimique le plus efficace de lutter contre les repousses d’adventices, car il consiste à enfouir les résidus de
culture par retournement du sol après la récolte. De plus, il permet un drainage, une bonne porosité de la
parcelle et évite un sur-tassement du sol dû aux passages répétés des machines.
Cependant, le labour mélange complètement la terre et détruit la structure naturelle du sol. Les horizons,
couches successives de terre à différentes profondeurs, ont des propriétés variées et utiles pour
l'enracinement des végétaux. Ils abritent aussi une large diversité d’organismes, qui ne survivent pas
lorsque leur habitat est labouré.
Ces organismes sont aussi bien des insectes et vers de terre, dont les galeries favorisent naturellement le
drainage et l'enracinement à différentes profondeurs, que des microorganismes comme des bactéries, dont
la présence est nécessaire dans le cycle de l’azote et sa minéralisation, et des champignons, dont le
mycélium participent au recyclage des nutriments du sol et au stockage du carbone.
Ainsi, l’idéal à atteindre en agriculture de conservation est la suppression totale du travail du sol.
En effet, le non-labour permet également de freiner l’érosion et de garder un stock de matière organique
nécessaire au fonctionnement des plantes et du sol par le recyclage de la couche d’humus. Cette couche
créée par les débris végétaux qui se déposent à la surface évite une imperméabilisation et un assèchement de
la terre, provoquant alors des croûtes de battance.
L' application des TCS (Techniques Culturales Simplifiées) est une manière efficace d'atteindre
progressivement cet objectif de 100% en non labour. Il faut alors passer petit à petit du labour occasionnel
au pseudo-labour (qui correspond à un décompactage en profondeur mais sans retournement), puis à un
travail superficiel grâce à des outils spécifiques (à dents ou à disques) ou un strip-till, et enfin à un semis
direct ou semis direct sous couvert.
Il faut tout de même rester vigilant, car les résidus de cultures peuvent favoriser le développement de
maladies fongiques, comme, par exemple, la pyrale dans une culture de maïs. La pression adventices doit
aussi être régulée pour protéger les rendements.
C’est pourquoi ce premier pilier n’est pas adapté à la monoculture et doit être associé aux deuxième et
troisième piliers.
La rotation et l’association de cultures
Après la Seconde Guerre Mondiale, l’agriculture s’est intensifiée et s’est mécanisée, ce qui a encouragé le
développement des exploitations productives en monoculture.
En effet, la monoculture, consistant à ne cultiver qu’une seule espèce, augmente le rendement, la marge
nette à l'hectare et la taille des exploitations.
Pourtant, une rotation courte et peu diversifiée augmente les risques de maladies et
ravageurs spécifiques, et donc des risques de ne pas réussir à sortir d’une situation de lourdes pertes de
rendement. La suppression progressive du labour et la diminution nécessaire de l’utilisation des produits de
synthèse en agriculture de conservation entraînent donc un besoin d’allonger les rotations de cultures,
pour contrôler le cycle des adventices et minimiser les risques d’infection redondante.
Une rotation diversifiée signifie une alternance de cultures d’hiver et de printemps, ce qui permet une
meilleure maîtrise du développement des adventices. Cela implique souvent l’utilisation de cultures moins
productives mais qui remplissent des fonctions agronomiques essentielles, comme la restructuration du sol
ou le stockage de nutriments. De plus, certaines associations de cultures sont parfois intéressantes à insérer
dans son assolement.
Culture de maïs et d'eucalyptus associées
La rotation favorise aussi la biodiversité et les auxiliaires de cultures. C’est un atout agroécologique non
négligeable qu’il faut choisir avec soin. Ce choix dépend de sa situation pédo-climatique, de ou des cultures
en tête de rotation, et des objectifs agronomiques que l’on souhaite atteindre. Par exemple, on ne prendra pas
les mêmes espèces si l’on a besoin d’un stock fourrager en polyculture élevage ou si l’on ne produit que des
céréales pour l’exportation. Evidemment, les fluctuations des marchés et les débouchés locaux sont les
principaux vecteurs de ces choix.
Il n’y a pas de recette ou de modèle miracle de rotation, chaque parcelle est un cas particulier. La première
étape est de bien définir l’objectif principal de votre couvert et sa rentabilité.
La mise en place d’un couvert végétal
Un sol nu en agriculture dite conventionnelle est inévitable lorsque l’on laboure (entre 3 et 6 mois de l’année
à nu, entre la récolte et la levée). Mais ce sol nu entraîne aussi un épuisement de la parcelle en carbone et
en nutriments, car de moins en moins de biomasse est restituée au sol, et tant que la prochaine culture n’a
pas levée, il n’y a aucune photosynthèse et donc aucun échange entre le sol et la plante.
De plus, un sol non labouré et nu est fragile, car de fortes pluies peuvent entraîner des agrégats de terre et
une formation de boue imperméable, ce qui peut créer une croûte de battance. Celle-ci empêche
l’infiltration de l’eau dans le sol et provoque de forts ruissellements et donc des pertes d’eau importantes.
C’est aussi un phénomène qui rend difficile les passages mécaniques dans les champs et qui complique les
pratiques.
Ainsi, l’agriculture de conservation préconise une couverture végétale permanente (d’au moins 30%) du
sol par des plantes en culture et/ou des résidus en décomposition, appelés mulch.
La mise en place d’un couvert végétal présente plusieurs avantages :
1. Une protection permanente du sol contre l’érosion,
2. Une concurrence aux adventices freinant leur développement,
3. Un apport de matière organique au sol et à ses habitants
On appelle couvert la culture en production, mais aussi des plantes installées en interculture, c'est-à-dire
entre deux cultures productives. Ces intercultures sont rarement des plantes commerciales, mais ont des
fonctions agronomiques additionnelles. Par exemple, les Cultures Intermédiaires Pièges à Nitrates, ou
CIPAN, permettent un stockage d’azote et limitent la lixiviation des nitrates. D’autres couverts peuvent
aussi être utilisés en plantes compagnes au sein de la rotation.
Encore une fois, il n’y a pas de couvert universel qui marche à chaque fois. Le choix des couverts dépend de
la parcelle et des objectifs de la rotation. Avec AgroLeague, vous pouvez bénéficier d’un suivi agronomique
personnalisé afin d’identifier les actions qui seront bénéfiques pour votre exploitation.
Trois grandes familles de couverts sont généralement utilisées :
• les crucifères, qui permettent grâce à leur racines de faciliter l'enracinement profond,
• les graminées, qui structurent les premiers horizons,
• les légumineuses, qui stockent efficacement et fournissent de l’azote aux cultures suivantes
(intéressant après une culture de blé par exemple)
Il existe une quarantaine d'espèces utilisées, souvent combinées dans la même parcelle. Par exemple, dans
une culture de colza, associer la phacélie et la moutarde blanche est un mélange classique de couvert. Le
mélange doit être ajusté à votre exploitation, mais une diversité importante des semences (plus de 6 à 12
variétés) permet d’améliorer significativement les résultats d’un couvert en maximisant les chances de
levées et en combinant les effets.
Les avantage de l’agriculture de conservation des sols
L’agriculture de conservation confère de nombreux avantages, aussi bien:
• socio-économiques
• agronomiques
• environnementaux
Les avantages sociaux-économiques de l’ACS
Comme nous avons pu le voir, la situation socio-économique en 2022 a entraîné une crise de l’énergie qui
nécessite de nouvelles solutions pour conserver une résilience économique des exploitations.
L’agriculture de conservation est un avantage pour ce point là. En effet, la diminution du nombre de
passages mécaniques au champ permet de réduire la consommation des tracteurs, et donc réduire les
dépenses en énergie. De même, cela s’accompagne d’une réduction du temps de travail à la parcelle, et
donc d’une baisse des besoins en main d'œuvre.
L’ACS permet aussi de diminuer les besoins en intrants, et donc les dépenses qu’ils engendrent. A cela
s’ajoute une politique de soutien grandissante et une valorisation économique des exploitations en transition.
Même s' il n’existe pas encore de label ACS, des certificats carbone ou des projets comme le label Au
cœur des Sols de l’APAD sont des moyens de valorisation rentables et efficaces.
De plus, l’agriculture de conservation est un moyen de revenir à un système d’autosuffisance grâce à :
• la production de fourrages à pâturer,
• la production d’énergie : engrais verts, bioéthanol, huile végétale…
Ainsi, l’agriculture de conservation ouvre de nombreuses opportunités socio-économiques et peut être une
solution dans un contexte de crise.
Les avantages agronomiques de l’ACS
La disparition progressive des produits phytosanitaires demande de nouvelles voies de lutte agronomique. Il
est nécessaire d’optimiser les itinéraires techniques afin de produire suffisamment tout en traitant moins.
Pour cela, l’agriculture de conservation possède de nombreux avantages.
L’ACS permet, à long terme, un bon retour sur investissement grâce à une construction d’autofertilité et
un retour au stockage de carbone et d’azote important. Elle permet aussi d’améliorer la circulation d’eau par
une couverture régulière du sol, et limite l’évaporation et les émissions inutiles.
Grâce à aux couverts végétaux et au non labour, on assiste à une augmentation du taux de matière organique
et de la biodiversité dans le sol. De nouveaux leviers d’action contre les ravageurs sont alors possibles,
comme le soutien des auxiliaires et le biocontrôle. Cela permet ainsi de diminuer l’utilisation des produits
phytosanitaires, ainsi que les engrais azotés. Par exemple, l’utilisation de couverts de légumineuses permet
de restituer l’azote des sols.
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Les avantages écologiques de l’ACS
Enfin, l’ACS a de nombreux avantages environnementaux. Elle rentre parfaitement dans le contexte de
transition agroécologique de l’agriculture.
Face à un épuisement des ressources fossiles, l’ACS permet de réduire les émissions de gaz à effet de
serre et de consommation d’énergie. De plus, la diminution de l’utilisation d’intrants permet de réduire
l’Indice de Fréquence de Traitement, ou IFT, et diminue la pollution des eaux, des sols et de l’air.
D’un point de vue écologique, la réintroduction de la biodiversité dans les milieux agricoles apporte
beaucoup de bénéfices. De même, l’augmentation de la production de biomasse permet une meilleure
séquestration de carbone dans les sols et donc moins de CO2 relâché. La présence de couverts végétaux
augmente aussi l’évapotranspiration et peut être un moyen de réguler la température des sols en été, et donc
de s’adapter au réchauffement climatique.
Enfin, la réduction de l’érosion des sols diminue les destructions des routes, barrages et installations
diverses, ce qui permet indirectement de préserver l’environnement.
Comment passer en agriculture de conservation ?
Techniques et outils spécifiques à l’agriculture de conservation des sols
Se lancer en agriculture de conservation n’est pas anodin. En effet, les 3 principes sont à appliquer
simultanément, mais il vaut mieux les mettre en place petit à petit car ils nécessitent de revisiter le système
de son exploitation dans sa totalité. Cela signifie accepter de changer ses pratiques et ses repères, de se
former et de se laisser accompagner pour ne pas faire d’erreur fatale.
Un des freins possibles de cette transition est l’accès au matériel. En effet, des semis directs nécessitent
des semoirs à dents ou à disques et des appareils de désherbage mécaniques adaptés. De plus, la transition
demande du temps, de la motivation et de l’énergie. Il faut s’appliquer à adapter son agriculture à chacun des
trois principes, afin de devenir “pilote de son sol”.