TD 10: Formes modulaires
Olivier de Gaay Fortman · 09 - 13 mai 2022
Les exercices marqués avec un † sont plus difficiles que les autres. Commencer à
résoudre les exercices sans †, en utilisant chaque fois les exercices précédents (y compris
les avec un †). Finir le reste des exercices seulement si le temps le permet.
1 L’espaces des réseaux
Rappel 1
— Un réseau dans C est un sous-groupe discret Λ ⊂ C tel que R · Λ = C (de façon
equivalente : il existe ω1 , ω2 ∈ C∗ tel que Λ = Zω1 + Zω2 et ω1 /ω2 6∈ R).
— Deux réseaux Λi (i = 1, 2) sont homothétiques si il existe λ ∈ C∗ avec λ · Λ1 = Λ2 .
— Le groupe SL2 (R) agit transitivement sur H = {z ∈ C | =(z) > 0} par
az + b a b
H 3 z 7→ γ · z = ∈ H, γ = ∈ SL2 (R). (1)
cz + d c d
— La fonction
P zeta de Riemann est la fonction ζ : {s ∈ C | <(s) > 1} → C définit par
ζ(s) = ∞ 1
n=1 ns .
— La série d’Eisenstein de poids 2k (k > 0) est la forme modulaire
X 1
G2k (τ ) = .
2
(nτ + m)2k
(m,n)∈Z −{(0,0)}
Exercice 2
Soient ω1 , ω2 , µ1 , µ2 ∈ C∗ avec ω1 /ω2 , µ1 /µ2 6∈ R. Définissons Λ1 = Zω1 + Zω2 et
Λ2 = Zµ1 + Zµ2 . Montrer que :
1. On peut étendre l’action (1) à une action de GL2 (R) sur C − R.
a b
2. Soit γ ∈ GL2 (R) ; définissons j(γ, z) = cz + d (z ∈ C − R) si γ = . Alors
c d
=(γz) = det(γ)=(z)
|j(γ,z)|2
quel que soit z ∈ C − R.
3. Supposons que ω1 /ω2 ∈ H.Pour que Λ1 =Λ2 et µ1 /µ2 ∈ H, il faut et il suffit qu’il
µ1 ω1
existe γ ∈ SL2 (Z) tel que =γ· .
µ2 ω2
4. Soit L l’ensemble des réseaux dans C ; observons que C∗ agit sur L. Il y a une
bijection naturelle
∼
C∗ \ L −
→ SL2 (Z) \ H.
1
2 L’anneau des formes modulaires
Le but des exercices suivants (Exercices 3 - 10) sera de démontrer le
Théorème (?). Le morphisme d’anneaux
M
C[x, y] → Mk , (x, y) 7→ (E4 , E6 )
k∈Z
est un isomorphisme.
Exercice 3
Soit f une forme modulaire de poids k. Montrer que il existe une fonction holomorphe
f : D(0, 1) → C telle que f (z) = f˜(exp(2πiz)). En définissant q = exp(2πiz), on obtient
˜
∞
X
f (z) = f˜(q) = an q n , an ∈ C.
n=0
Cette expansion s’appélle l’expansion-q de f .
†
Exercice 4
dt . Soit k ∈ Z≥2 . En utilisant la formule
P
Pour t, n ∈ Z≥0 , soit σt (n) = d|n,d>0
∞
X 1 (−2πi)k X k−1
= d exp(2πidz), ∀z ∈ H, (2)
n∈Z
(z + n)k (k − 1)! d=1
montrer que
∞
(2πi)2k X
G2k (z) = 2ζ(2k) + 2 σ2k−1 (n)q n .
(2k − 1)! n=1
Exercice 5
(2k−1)!
Définissons E2k (z) = G (z).
2(2πi)2k 2k
Admettons la formule suivante :
(2πi)2k B2k
ζ(2k) = − , k > 0. (3)
2 · (2k)!
Montrer que
∞
B2k X
E2k (z) = − + σ2k−1 q n .
4k n=1
Puis, définissons ∆ : H → C comme
(240E4 )3 − (−504E6 )2
∆= .
1728
Montrer que ∆ est une forme modulaire de poids 12.
2
†
Exercice 6
Utiliser (3) pour montrer que ∆ est parabolique, c’est-à-dire ∆(∞) = 0.
†
Exercice 7
Pour une forme modulaire f , on peut montrer que
ordz (f ) = ordγz (f ), quel que soit γ ∈ SL2 (Z).
Définissons ordz=∞ (f ) = ordq=0 (f˜). Prouver le résultat fondamental suivant :
Théorème (Formule de valence). Soit f une forme modulaire non-constante. Soit W
l’ensemble SL2 (Z) \ H privé des orbits de i et ρ, où ρ = e2πi/3 . Alors
1 1 X k
ord∞ (f ) + ordi (f ) + ordρ (f ) + ordw (f ) = .
2 3 w∈W
12
Exercice 8
Démontrer le suivant :
1. La série d’Eisenstein normalisée E4 a un zéro simple à z = ρ et aucun zéro ailleurs.
2. La série d’Eisenstein normalisée E6 a un zéro simple à z = i et aucun zéro ailleurs.
3. La forme modulaire ∆ de poids 12 a un zéro simple à z = ∞ et aucun zéro ailleurs.
Exercice 9
Rappelons que Mk est l’espace vectorielle complexe de formes modulaires de poids k,
et que Sk ⊂ Mk est l’espace des formes modulaires cuspidales de poids k. Montrer que la
multiplication par ∆ définit un isomorphisme
∼
Mk −
→ Sk+12 .
Exercice 10
Démontrer le théorème suivant :
Théorème. Les espaces Mk et Sk sont de dimension finie pour tout k ∈ Z. En plus,
Mk = {0} si k < 0 où si k est impair, et la dimension de Mk pour k ≥ 0 pair est
(
bk/12c si k ≡ 2 mod 12,
dim Mk =
bk/12 + 1c si k 6≡ 2 mod 12.
Exercice 11
Prouver le théorème (?).
3
3 Fonctions modulaires
†
Exercice 12
1. Soit z ∈ H. Prouver que
XX 1 1
− = 0,
m6=0 n∈Z
mz + n mz + n + 1
XX 1 1
2πi
− =− .
n∈Z m6=0
mz + n mz + n + 1 z
1
P P
2. En utilisant l’identité G2 (z) = 2ζ(2) + m6=0 n∈Z (mz+n)2 , en déduire que
1
z −2 E2 (−1/z) = E2 (z) − .
4πiz
Exercice 13
Définissons la fonction eta de Dedekind comme suit :
∞
Y
η : H → C, η(z) = q24 (1 − q n ), q24 = exp(2πiz/24).
n=1
1. Montrer que η est holomorphe et se n’annule nulle part.
2. Montrer que
d
log(η(z)) = −2πiE2 (z).
dz
3. En utilisant l’Exercice 11, montrer que
d d √
log(η(−1/z)) = log( −iz · η(z)).
dz dz
4. Conclure que √
η(−1/z) = −iz · η(z).
5. Montrer que η 24 est une fonction modulaire de poids 12.
6. Montrer que ∆ = q ∞ n 24
Q
n=1 (1 − q ) .
Les coefficients de cette série sont dénotés par τ (n), d’òu
∞
X
∆= τ (n)q n .
n=1
La fonction n 7→ τ (n) s’appelle la fonction τ de Ramanujan. En 1916, Ramanujan a
conjecturé quelques propriétés remarquables de τ , à savoir :
— τ est multiplicative, c.a.d. τ (nm) = τ (n)τ (m) pour tout n, m ∈ Z > 0 : (n, m) = 1 ;
— τ (pr ) = τ (p)τ (pr−1 ) − p11 τ (pr−2 ) pour tout nombre premier p et entier r ≥ 2 ;
— |τ (p)| ≤ 2p11/2 pour tout nombre premier p.
Les deux premières propriétés ont été prouvées par Mordell en 1917 et la dernière par
Deligne en 1974 suite à sa preuve des conjectures de Weil.
4
Exercice 14
P∞ quenf etP
Supposons g sont des formes modulaires du même poids k, avec expansions-q
égales à n=0 an q et ∞ n
n=0 bn q respectivement. Supposons que
aj = bj , pour j = 0, 1, . . . , bk/12c.
Montrer que f = g. En particulier, si aj = 0 pour j = 0, 1, . . . , bk/12c, alors f = 0.
Exercice 15
Définissons la fonction j comme
(240E4 )3
j : H → C, j(z) = .
∆
Montrer que j est une fonction modulaire : une fonction méromorphe sur H, méromorphe
à l’infini, telle que j(γz) = j(z) quel que soit γ ∈ SL2 (Z). Quels sont les pôles de j ?
Montrer que les fonctions modulaires forment un corps F . Puis montrer que F = C(j),
et que j est transcendant sur C.
Remarques.
1. Par l’Exercice 15, la fonction j induit une fonction
j : SL2 (Z) \ H → C. (4)
Il se trouve que (4) est une bijection. Par conséquant, l’espace C est une espace de
paramètres (dit une espace de modules), paramétrant les classes d’homothétie de
réseaux dans C (c.f. Exercice 2), ou encore les courbes elliptiques (c.f. TD 11). C’est
de là que vient le mot "forme modulaire".
2. L’expansion-q de j est
j(z) = q −1 + 744 + 196884q + 21493760q 2 + 864299970q 3 + · · ·
Les coefficients de cette série sont fameux pour leur rôle dans la théorie du clair de
la lune monstrueux, les reliant à la théorie de la représentation du groupe monstre.