INSTITUT SUPÉRIEUR DE DROIT DE DAKAR REPUBLIQUE DU SENEGAL
MASTER 2 – DROIT PRIVÉ, OPTION Droit des affaires
PROJET DE MÉMOIRE
LA SAISIE DU FONDS DE COMMERCE
EN
DROIT OHADA
Présenté par : Ruben Frejus Dona Koffi GBONSOU
Année académique : 2024 – 2025
SOMMAIRE
[Link] DU SUJET
II. DÉFINITION DES TERME
III. PROBLÉMATIQUE
IV. INTÉRÊT DU SUJET
V. RÉSULTATS ATTENDUS
VI. ESQUISSE DE PLAN VII.
ORIENTATION
BIBLIOGRAPHIQUE
I. CONTEXTE DU SUJET
Le fonds de commerce constitue une entité juridique essentielle dans le fonctionnement
de toute activité commerciale. Il regroupe un ensemble d’éléments corporels (matériel,
marchandises) et incorporels (clientèle, enseigne, nom commercial, droit au bail, brevets, etc.)
utilisés par le commerçant pour attirer et fidéliser sa clientèle 1. Dans le contexte économique
africain, le fonds de commerce revêt une importance particulière, car il peut représenter une part
significative du patrimoine professionnel du commerçant.
Avec l’adoption du droit OHADA, l’harmonisation des règles relatives aux sûretés et aux
voies d’exécution a permis de renforcer la sécurité juridique dans les relations commerciales 2.
Toutefois, pendant longtemps, aucune disposition spécifique ne traitait de manière claire de la
saisie du fonds de commerce, laissant ainsi un vide juridique qui pouvait nuire à la protection des
créanciers dans l’espace OHADA3.
La réforme de l’Acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées de
recouvrement et des voies d’exécution (AUPSRVE), intervenue le 17 octobre 2023 et publiée le
15 novembre 2023, a introduit un Titre VII bis consacré à la saisie du fonds de commerce 4. Cette
innovation législative a permis de combler une lacune importante et d’encadrer juridiquement
une opération sensible qui implique souvent la survie de l’activité économique d’un commerçant
endetté.
1 Cf. Ivoire Juriste. (2019, juillet). Le fonds de commerce en droit OHADA, p. 5.
2 Cf. OHADA. (2010). Acte uniforme relatif au droit commercial général.
3 Cf. Kalieu Elongo, Y. R. (2023). Quelques innovations de l’Acte uniforme OHADA révisé, p. 3.
4 Cf. OHADA. (2023). Acte uniforme révisé portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des
voies d’exécution. Journal Officiel de l’OHADA, n°29, 15 novembre 2023.
La saisie du fonds de commerce constitue donc une mesure d’exécution qui, bien qu’elle
vise à satisfaire les créanciers, touche à un bien composite et dynamique 5. Elle soulève, dès lors,
des interrogations sur son efficacité, sa mise en œuvre et sa compatibilité avec la continuité des
entreprises. D’où la nécessité d’une réflexion approfondie sur cette procédure, dans un contexte
de renforcement de l’État de droit et de dynamisation de l’économie en Afrique.
5 Cf. Aubry, L., Massobre, R., & Ansault, J.-J. (2024). OHADA : La réforme des voies d’exécution. UPLAWDER, p. 16.
II. DÉFINITION DES
TERMES DU SUJET
La bonne compréhension du thème du mémoire nécessite une clarification des concepts
clés qui le composent, à savoir saisie, fonds de commerce et droit OHADA. Chacun de ces
termes a une portée juridique spécifique qui conditionne l’analyse du sujet.
A. La saisie
En droit, la saisie est une procédure d’exécution forcée par laquelle un créancier, titulaire
d’un titre exécutoire, fait appréhender les biens de son débiteur afin de se faire payer sur le
6
produit de leur réalisation . Elle constitue un outil fondamental dans le droit des voies
d’exécution, en ce qu’elle traduit la force contraignante des décisions de justice ou des autres
titres exécutoires.
La saisie peut porter sur différents types de biens (meubles corporels, immeubles,
créances, etc.). Lorsqu’elle vise un fonds de commerce, la complexité augmente en raison de la
7
diversité et de l’interdépendance des éléments qui le composent . La saisie du fonds de
commerce suppose donc des modalités particulières et adaptées à la nature mixte (corporelle et
incorporelle) de ce bien.
B. Le fonds de commerce
Le fonds de commerce est une création doctrinale et jurisprudentielle reprise par les
législations modernes. Il est défini comme un ensemble de biens mobiliers corporels et
8
incorporels affectés à l’exercice d’une activité commerciale . Il comprend notamment : la
clientèle, l’enseigne, le droit au bail, le matériel, les
marchandises, les brevets, les marques, etc.9
Le fonds de commerce n’a pas la personnalité juridique, mais il constitue une universalité
de fait, susceptible d’être cédé, loué, nanti ou saisi. Dans le contexte OHADA, il est régi
notamment par l’Acte uniforme relatif au droit commercial général et l’Acte uniforme portant sur
les sûretés10. Le fonds de commerce est une source potentielle de garantie pour les créanciers,
d’où l’intérêt pour sa saisie.
6 Cf. Kolongele Eberande, D.C. Immunité d’exécution, obstacle à l’exécution forcée en droit OHADA contre les
entreprises et personnes publiques ?, p. 7.
7 Cf. Kambou, A. (2023). Pratique des voies d’exécution dans l’espace OHADA. Editions Juriafrica.
8 Cf. Ivoire Juriste. (2019, juillet). Le fonds de commerce en droit OHADA.
9 Cf. Diop, M. (2018). Droit commercial OHADA. Presses Universitaires de Dakar.
10 Cf. OHADA. (2010). Acte uniforme relatif au droit commercial général.
C. Le droit OHADA
Le droit OHADA (Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires)
est un ensemble de règles uniformes applicables dans 17 États africains membres. Il vise à
moderniser, harmoniser et sécuriser le droit des affaires pour faciliter les investissements et la
croissance économique sur le continent11.
Adoptés sous forme d’Actes uniformes, les textes OHADA couvrent plusieurs domaines
du droit des affaires : commercial général, sociétés commerciales, sûretés, procédures collectives,
arbitrage, etc. Depuis la réforme de 2023, le droit OHADA encadre désormais explicitement la
saisie du fonds de commerce12. Il s’agit d’une avancée notable qui marque la reconnaissance de
ce mécanisme au sein du droit uniforme africain.
III. INTÉRÊT DU SUJET
L’étude de la saisie du fonds de commerce en droit OHADA revêt un intérêt à la fois
théorique et pratique. Ce thème, au croisement du droit commercial, du droit des sûretés et du
11 Cf. OHADA. (1993). Traité relatif à l’harmonisation du droit des affaires en Afrique.
12 Cf. OHADA. (2023). Acte uniforme révisé portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et
des voies d’exécution. JO OHADA n°29, 15 novembre 2023.
droit de l’exécution forcée, permet de réfléchir sur la capacité du droit uniforme à répondre aux
besoins d’efficacité économique et de sécurité juridique dans les États membres.
A. Intérêt théorique
Sur le plan théorique, ce sujet participe à l’analyse critique de l’évolution du droit
OHADA, notamment dans sa mission de modernisation et d’uniformisation du droit des affaires
en Afrique. La réforme récente de l’AUPSRVE de 2023, qui introduit une section spécifique sur
la saisie du fonds de commerce, constitue une avancée doctrinale importante 13. Elle permet aux
chercheurs et aux juristes de s’interroger sur la pertinence, la cohérence et la portée de cette
nouvelle disposition.
En outre, l’étude du fonds de commerce, bien qu’ancienne en droit français, est encore
relativement peu approfondie dans le contexte africain et dans les systèmes juridiques influencés
par le droit OHADA14. Cela justifie un travail de systématisation et d’adaptation, en tenant
compte des réalités économiques africaines. Le mémoire contribuera ainsi à combler un vide
doctrinal et à alimenter la réflexion universitaire autour des mécanismes de garantie et
d’exécution.
B. Intérêt pratique
Sur le plan pratique, la saisie du fonds de commerce est un outil stratégique pour les
créanciers, notamment les établissements financiers, les fournisseurs ou les bailleurs, qui
souhaitent garantir le recouvrement de leurs créances 15. Pourtant, les praticiens sont souvent
confrontés à des obstacles techniques et juridiques : absence de publicité efficace, manque de
clarté sur la procédure de vente, incertitude sur la valorisation du fonds, etc.
13 Cf. OHADA. (2023). Acte uniforme révisé portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et
des voies d’exécution. JO OHADA n°29, 15 novembre 2023.
14 Cf. Kalieu Elongo, Y. R. (2023). Quelques innovations de l’Acte uniforme OHADA révisé.
15 Cf. ERSUMA (2024). Droit et Pratique du recouvrement et des voies d’exécution. Abidjan : Éditions Juriafrica, p.
39.
En analysant cette procédure à la lumière du droit OHADA, ce travail permettra
d’identifier les difficultés d’application et d’interprétation, et de proposer des solutions concrètes.
Il s’inscrit ainsi dans une perspective d’amélioration de l’efficacité économique des procédures
d’exécution, enjeu majeur pour le développement des entreprises et la crédibilité de l’appareil
judiciaire.
En somme, le choix de ce sujet repose sur sa capacité à allier analyse doctrinale et impact
opérationnel, et à participer à la consolidation d’un droit des affaires africain moderne, juste et
efficace.
IV. PROBLÉMATIQUE
Le fonds de commerce constitue un bien essentiel pour l’activité commerciale, regroupant
un ensemble d’éléments matériels et immatériels destinés à l’exploitation d’une entreprise. En
droit OHADA, la protection des créanciers passe souvent par la saisie du fonds de commerce,
mesure conservatoire ou exécutoire visant à garantir le paiement des dettes du commerçant. Cette
procédure soulève des questions fondamentales quant à son efficacité réelle et ses limites, tant du
point de vue des parties impliquées (débiteur, créancier) que de celui de la continuité de l’activité
commerciale elle-même.
D’une part, la saisie du fonds de commerce cherche à assurer aux créanciers un moyen
privilégié de recouvrement en mettant sous contrôle judiciaire un actif clé, ce qui peut limiter les
risques d’insolvabilité et de fraude. D’autre part, cette mesure impacte fortement la gestion de
l’entreprise, pouvant compromettre non seulement les intérêts du commerçant saisi mais aussi
ceux des salariés et des tiers. Par ailleurs, le cadre juridique et les contraintes pratiques
rencontrées dans la mise en œuvre de la saisie révèlent plusieurs obstacles qui en restreignent
l’efficacité.
Il s’agit donc de s’interroger : : Dans quelle mesure le régime juridique de la saisie du
fonds de commerce en droit OHADA, ainsi que sa procédure, concilient-ils un
recouvrement efficace des créances avec le respect des droits du débiteur et la préservation
de la continuité de l’entreprise ?
VI. ESQUISSE DE PLAN
La saisie du fonds de commerce en droit OHADA est un outil
important pour le recouvrement des créances, mais elle soulève des
questions sur la protection des droits du débiteur et la continuité de
l’entreprise. Il est donc nécessaire de l’analyser comme un instrument
d’efficacité au services des créanciers ainsi que les difficultés
rencontrées, afin d’en dégager des solutions d’amélioration. Le plan
suivant guidera cette réflexion :
Chapitre 1 : Une Saisie contre le débiteur : L'Exécution avant
Tout
(Ce chapitre affirme la rapidité de la procédure au profit du créancier.)
Section 1 : La Fermeté de la Procédure : L'Automatisme de la Saisie
Paragraphe 1 : L'Action Rapide du Commandement de Payer
A. L'effet immédiat : le débiteur perd le contrôle de son fonds
1. La rapidité du dessaisissement.
2. Les conséquences sur la gestion quotidienne.
B. Le rôle encadré du gérant séquestre
1. Ses missions de conservation et de gestion.
2. Les limites de son pouvoir.
Paragraphe 2 : L'Étendue des Biens Saisissables : Une Assiette Rigide
A. Les biens corporels saisis et leurs contraintes juridiques
1. La portée réelle de la saisie sur les biens meubles corporels.
2. Les exclusions légales et protections spécifiques (éléments non affectés, etc.).
B. La saisie des éléments immatériels et leurs limites pratiques
1. Les difficultés d’individualisation et de saisie des droits incorporels (clientèle, nom).
2. La problématique de l’indivisibilité et la fragilisation de l’entité économique.
Section 2 : Une Procédure Judiciaire Manquant de Souplesse
(Ce point montre que, malgré sa sécurité, la procédure est rigide et peu adaptée à
l'économie.)
Paragraphe 1 : Le Contrôle Limité du Juge de l'Exécution
A. Un juge qui vérifie surtout la bonne forme de la procédure
1. L'analyse formelle des actes.
2. La faiblesse du pouvoir d'appréciation du Juge de l'Exécution.
B. Une Vente Forcée Presque Inévitable
1. La suprématie de l'adjudication sur les autres solutions.
2. Le peu de place pour les arrangements amiables.
Paragraphe 2 : Les Problématiques de Valorisation et de Réalisation du Fonds
A. Les techniques d’estimation et leur rôle dans la réalisation de la dette
1. Les enjeux des méthodes d’évaluation.
2. Le risque de sous-valorisation.
B. Les limites propres à la vente judiciaire ou amiable
1. Les délais de publicité et la dépréciation du fonds.
2. Le manque de souplesse face aux acheteurs potentiels.
Chapitre 2 : Urgence d'un Rééquilibrage : Protéger l'Entreprise
(Passer à la critique et aux solutions pour rétablir l'équilibre Débiteur/Créancier, et
améliorer la sécurité juridique globale.)
Section 1 : Un Droit qui Met en Danger le Débiteur
(Critiquer les conséquences négatives de cette procédure rapide sur l'entreprise et
l'économie locale.)
Paragraphe 1 : Le Risque pour l'Activité et l'Emploi
A. La saisie : un coup fatal porté à la survie de l'entreprise
1. L'impact économique sur le marché local.
2. Le risque sur l'emploi et les conséquences sociales.
B. La faible protection contre les saisies jugées excessives
1. La preuve difficile de l'abus de droit de saisir.
2. L'absence de garantie de proportionnalité suffisante.
Paragraphe 2 : Les Conflits entre Créanciers
A. L'inégalité entre créanciers : le désavantage du créancier sans garantie
1. Le faible poids du créancier chirographaire.
2. Le traitement des créanciers nantis et privilégiés.
B. La bataille des super-privilèges
1. La concurrence des créances fiscales et sociales.
2. La question des créances nées après la saisie.
Section 2 : Les Pistes pour Améliorer le Droit OHADA
(Les propositions de juriste pour une procédure plus juste et plus efficace
économiquement.)
Paragraphe 1 : Rendre la Procédure plus Humaine
A. Demander au juge de vérifier la proportionnalité de la saisie
1. L'introduction d'un véritable contrôle de l'opportunité.
2. La préservation des droits résiduels du débiteur.
B. Intégrer la médiation et les solutions négociées avant la vente
1. Le rôle de la médiation dans le recouvrement.
2. La possibilité de rééchelonnement forcé de la dette.
Paragraphe 2 : Assurer une Meilleure Cohérence Juridique
A. La nécessité de lier la saisie aux procédures de prévention des difficultés
1. Le rapprochement avec l'Acte Uniforme portant organisation des Procédures Collectives
(AUPC).
2. La mise en place de signaux d'alerte.
B. Des règles adaptées aux éléments incorporels du fonds
1. La protection spécifique de la clientèle et du droit au bail.
2. L'aménagement de la saisie pour éviter de tuer l'activité.