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Fonctions du théâtre : divertissement et éducation

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Les fonctions du théâtre

I- La fonction ludique ou divertissante :

Le théâtre est un moyen de divertissement du fait qu’il est joué, c’est un


spectacle et une
mise en scène. En effet, l’expression théâtrale est associée au rire car il procure
du plaisir au spectateur l’instant de la représentation. C’est d’ailleurs pour
cette raison que Molière, dramaturge du XVIIème siècle, affirme : « Je me demande
bien si la grande règle de toutes les règles n’est pas de plaire ». Cette
affirmation assimile le théâtre au ludique. Seul demeure le rire que l’on retient à
la fin du spectacle. Bertolt Brecht résume bien cette caractéristique du genre en
ces mots : « Un théâtre où on ne rit pas est un théâtre dont on doit rire. »De
plus, l’individu qui va au théâtre cherche avant tout son épanouissement, il ne
cherche pas à comprendre, ni à s’instruire encore moins à voir la face hideuse de
sa société. Jean Giraudoux confirme bien cette hypothèse lorsqu’il déclare : « le
mot comprendre n’existe pas au théâtre ; le vrai public ne comprend pas, il
ressent. Ceux qui veulent comprendre au théâtre sont ceux qui ne comprennent pas le
théâtre. » Il ajoutera : « le théâtre n’est pas un théorème, mais un spectacle »En
outre, Le théâtre divertit le spectateur en lui permettant de se soustraire à la
réalité stressante ou angoissante et de se débarrasser des grisailles de la vie
quotidienne. A ce titre, Jean Louis Barrault disait : « le théâtre est le premier
sérum que l’homme ait inventé pour se protéger de la maladie de l’angoisse ». Cette
assertion suggère que l’art théâtral permet de rompre avec la monotonie
quotidienne, de se soulager, de s’apaiser le temps d’une représentation. La réalité
est que les spectateurs vont au théâtre pour se plonger dans l’hilarité qui a
d’ailleurs une vertu thérapeutique.
Par ailleurs, le spectacle fournit un plaisir esthétique et gratuit au public. Ce
dernier se détend en recherchant le dépaysement, le rêve et l’illusion. Il va à la
découverte de lieux différents de ceux qu’il retrouve quotidiennement. Le lecteur
recherche aussi des lieux, des situations et des personnages imaginaires. Cette
évasion par la pensée est source d’épanouissement. Ainsi, Marcel Pagnol proclame :
« Au théâtre, le public vient se faire des songes, non retrouver sous sa forme
prosaïque la morne réalité.»
Dans cette même dynamique, le rire est utilisé dans le théâtre pour amener le
spectateur dans un autre monde. A ce propos Michel Gournot déclare : « Nous allons
au théâtre pour
penser, une heure ou deux, à autre chose. Pour nous distraire, nous émouvoir. Pour
entendre et voir de belles choses ». C’est là une manière de reconnaitre que le
rire est consubstantiel au théâtre qu’il contribue à agrémenter.

II- La fonction didactique ou pédagogique :

Beaucoup de dramaturges ont assigné à leur art une mission didactique. Le théâtre
a, en effet, toujours joué ce rôle majeur, celui d’enseigner car il est fait pour
dégager une morale. Jean Giraudoux aborde dans ce même sillage en déclarant : « le
spectacle est la seule forme d’éducation morale et artistique d’une nation. Il est
le seul cours du soir valable pour
adultes et vieillards ». De même, le dramaturge est un éducateur, un pédagogue qui
prêche l’éthique. Il présente un personnage exemplaire qui incarne une morale par
la parole et la conduite. Il nous apparait de la façon la plus parfaite, pétri de
qualités comme la sagesse, l’héroïsme, le sens de l’honneur.
Ces caractères peuvent attirer le lecteur qui a tendance à s’assimiler au héros qui
devient un exemple à copier. C’est ce que fait le dramaturge sénégalais Mamadou
Seyni Mbengue dans Le Procès de Lat Dior en montrant une image originale et
attachante du grand héros nationaliste, martyr de son peuple. En tant qu’acteur
social, le dramaturge, est un observateur qui jette un regard critique
sur les mœurs, les comportements et les caractères des hommes. Il s’érige en
médecin qui veut guérir les maux qui gangrènent la société, les défauts des hommes.
Antonin Artaud s’inscrit dans cette logique lorsqu’il laisse entendre : « L’action
du théâtre comme celle de la peste est bienfaisante, car poussant les hommes à se
voir tels qu’ils sont, elle fait tomber le masque, elle découvre le mensonge, la
veulerie, la bassesse, la tartufferie. » C’est aussi dans cette logique que
s’inscrit Molière qui, à travers sa formule « castigare ridendo mores » qui
signifie « châtier les mœurs en riant», entreprend leur correction par la
dénonciation des travers de la société dans ses comédies. C’est l’exemple de
Tartuffe, le Misanthrope, Harpagon, les précieuses ridicules, où le dramaturge
s’attache surtout à l’analyse précise des défauts qui ont pour nom hypocrisie,
misanthropie, avarice, pédanterie, jalousie... Le dramaturge offre ces personnages
négatifs pour inciter le lecteur ou le spectateur à s’éloigner de leurs tares. La
portée du théâtre ici est moralisatrice.

III- La fonction engagée ou dénonciatrice :

Le théâtre, dans une logique satirique, peut prendre la forme d’une contestation.
L’expression théâtrale a ainsi été utilisée par certains dramaturges comme un
instrument de révolte, de critique sociale ou politique.
En Afrique, la dramaturgie a servi de cadre privilégié pour dresser un réquisitoire
acerbe
contre la gestion des indépendances africaine. L’œuvre dramatique d’Aimé Césaire en
est
une illustration. Dans La tragédie du roi Christophe et Une saison au Congo,
Césaire
s’attaque aux dérives des nouveaux maîtres qui se révèlent pires que les anciens
avec des
pratiques avilissantes : culte de la personnalité, corruption, détournements de
deniers publics,
emprisonnements, tortures, meurtres…
De même, dans sa mission de défendre son peuple contre toute forme d’oppression, le
dramaturge peut s’inscrire dans un processus de conscientisation de ses semblables
en faisant de son art un outil qui éclaire et qui guide. Victor Hugo disait en ce
sens : « Une pièce de théâtre, c’est quelqu’un. C’est une voix qui parle, c’est un
esprit qui éclaire, c’est une
conscience qui avertit ».1
Cet engagement du dramaturge se note aussi dans le théâtre occidental. Les mains
sales de Jean Paul Sartre par exemple, s’inscrivent dans une logique de
dénonciation l’occupation allemande. Aussi , Jean Anouilh, en reprenant le mythe de
Antigone dans sa pièce de même
nom, fait de ce personnage, le symbole de la résistance, de la force morale qui
refuse les
compromis faciles, la soumission aveugle à l’idéologie, à la dictature…Toujours en
Afrique, les dramaturges, grâce à l’expression théâtrale, ont interrogé l’histoire
africaine pour rétablir la vérité sur le passé africain déformé par l’idéologie
coloniale. Dénonçant les mensonges du colonialisme, les dramaturges comme Cheikh
Aliou Ndao, dans l’Exil d’Alboury, Seydou Badian dans La mort de Chaka, Amadou
Cissé Dia dans Lat Dior ou le chemin de l’honneur, ont exhumé le passé africain en
réhabilitant les grandes
figures africaines pour lui donner des préoccupations modernes : offrir aux jeunes
des repères et des recours. C’est ce que dit en substance Cheikh Aliou Ndao quad il
écrit : « Mon but, est d’aider à la création de mythe qui galvanisent le peuple et
portent en avant ; dussé-je y parvenir en rendant l’histoire plus historique

IV- La fonction miroir :

Le théâtre est un miroir de la société car il reflète non seulement les réalités
sociales, mais aussi donne une peinture réaliste de notre vie au quotidien. Comme
n’importe quelle production humaine, le théâtre peut servir de document sur la
société de son temps. Le
dramaturge se charge donc de décrire la réalité. A ce titre, William Shakespeare
dramaturge anglais disait : « l’objet du théâtre a été dès l’origine, et demeure
encore, de présenter pour ainsi dire un miroir à la nature et montrer à la vertu
son portrait, à la niaiserie son visage, et au siècle même et à la société de ce
temps quels sont leurs aspects et leurs caractères ». De surcroit, le théâtre est
également un moyen pour connaître l’homme. Le dramaturge s’attache à peindre la
nature humaine, les contradictions universelles de l’homme et ses mobiles cachés.
Il recrée tout un univers où l’homme s’interroge sur son rapport aux autres et sur
le sens de l’existence. Le dramaturge informe le lecteur des traits de caractères,
des qualités et des défauts des personnages. Cela permet au public de noter des
réflexions sur soi-même et sur les autres. Comme l’affirme Montherland : « Une
pièce de théâtre ne m’intéresse que si l’action extérieure réduite à la plus grande
simplicité n’est qu’un
prétexte à l’exploration de l’homme.»

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