Dynamique topologique des surfaces
Dynamique topologique des surfaces
DYNAMIQUE TOPOLOGIQUE
SUR LES SURFACES
Université Paris Sud, Laboratoire de mathématiques, Bat. 425,
91405 Orsay Cédex, FRANCE.
E-mail : [Link]-Roux@[Link]
E-mail : [Link]@[Link]
Février 2007
DYNAMIQUE TOPOLOGIQUE
SUR LES SURFACES
Résumé. — Un système dynamique discret est la donnée d’un espace d’état S et d’une
loi d’évolution f : S → S. L’orbite d’un point x ∈ S est la suite x, f (x), f 2 (x), . . . , le point
f n (x) étant vu comme l’état à l’instant n du système si on part de l’état initial x. Le
but de la théorie des systèmes dynamiques est alors d’étudier le comportement des orbites
des différents points de S (autrement dit, l’évolution du système pour les différents états
initiaux possibles). Bien souvent, il est naturel de supposer que l’ensemble S est muni
d’une structure supplémentaire (structure d’espace topologique, de variété différentielle,
d’espace mesué) et que l’application f préserve cette structure. Ainsi, dans ce cours, S
sera toujours une variété (topologique) et f un homéomorphisme de S.
Même dans ce cadre, une bonne partie des résultats que l’on arrive à prouver sont
spècifique à une dimension donnée (autrement dit, ils supposent que la variété S est
de dimension 1, 2, ou plus rarement 3). Ainsi, la théorie des systèmes dynamiques en
dimension 1 est particulièrement développée, la plupart des résultats de cette théorie
reposant sur le fait qu’une variété de dimension 1 admet toujours un ordre total (cas de R
ou d’un intervalle) ou un ordre cyclique (cas du cercle). Le but de ce cours est de présenter
les principales techniques d’étude des systèmes dynamiques en dimension 2, autrement dit
les principales techniques d’étude de la dynamique des homéomorphismes des surfaces.
1. Présentation du cours. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.1. L’ensemble de rotation des homéomorphismes du tore. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.2. Les homéomorphismes de Brouwer. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.3. La théorie de Nielsen-Thurston. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.4. Références. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
6. Laminations géodésiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
6.1. Laminations géodésiques : propriétés élémentaires. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
6.2. Topologie de l’ensemble des laminations géodésiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
6.3. Structure d’une lamination géodésique et de son complémentaire. . . . . . . . . . . . . . 50
PRÉSENTATION DU COURS
Un exemple vaut mieux qu’un long discours, dit-on. Pour vous donner un avant-goût
du contenu de ce cours, nous allons donc présenter un exemple de résultat qu’on y
démontrera. Nous avons choisi ce résultat plutôt qu’un autre essentiellement parce que
sa preuve fait intervenir chacune des trois théories que l’on étudiera dans le cours : la
théorie de Nielsen-Thurston, la théorie de Brouwer, et la théorie des vecteurs de rotation
des homéomorphismes du tore.
L’entropie topologique est un invariant de conjugaison qui mesure “à quel point la
dynamique écarte les points”. (2)
Exemples. — L’exemple modèle est bien sûr celui où F est une translation. On dit alors
que f est une rotation du tore, c’est le produit de deux rotations du cercle. Il admet un
unique vecteur de rotation, qui est le vecteur de translation de F .
Voici une famille d’exemples un peu plus substanciels. Considérons deux applications 1-
périodiques Φ, Ψ : R → [0, 1] telles que Φ(Z) = Ψ(Z) = 0 et Φ(1/2 + Z) = Ψ(1/2 + Z) = 1.
Considérons alors l’homéomorphisme du plan F = V ◦ H où
H(x, y) = (x + Φ(y), y) et V (x, y) = (x, y + Ψ(x)).
Puisque Φ et Ψ sont 1-périodique l’homéomorphisme F commutent aux translations
entières, et induit donc un homéomorphisme f du tore. Quels sont les vecteurs de ro-
tation de F ?
(1)
En fait, on peut préciser l’énoncé du théorème en disant que tout vecteur de coordonnées rationnelles,
inclus dans l’intérieur de l’enveloppe convexe de l’ensemble de rotation, est réalisé par une orbite périodique
de f .
(2)
Très précisément, on dit que f est d’entropie topologique strictement positive si il existe C > 0 et ε > 0
tels que pour tout entier n > 0, il existe un ensemble fini E contenant plus de eCn points, et qui est
(ε, n)-séparé : deux points quelconques x, y de E possèdent des itérés f j (x), f j (y) à distance plus grande
que ε, où l’entier j est compris entre 0 et n.
1.3. LA THÉORIE DE NIELSEN-THURSTON 3
Tout d’abord (0, 0) est un point fixe de F , il nous donne donc un vecteur de rotation
nul. On remarque ensuite que F (1/2, 0) = (1/2, 1) ; par récurrence, on a donc F n (1/2, 0) =
(1/2, n) pour tout n ; ceci nous donne le vecteur de rotation (0, 1). On obtient de même
le vecteur (1, 0) en partant du point (0, 1/2), et le vecteur (1, 1) en partant du point
(1/2, 1/2). Notez que les projetés de ces quatres points dans le tore sont fixes par f (un
point fixe de f peut avoir un vecteur de rotation non nul ! Ceci dépend en fait du choix
du relevé F , voir l’exercice 2.4.3).
Les quatre coins du carré [0, 1]2 sont donc des vecteurs de rotations : le théorème
précédent s’applique donc à cette famille d’exemples, et on obtient ainsi une infinité de
points périodiques, et de l’entropie. Ceci ne semble pas facile à prouver directement...
Exercice 1.1.3. — Soient Φ, Ψ deux applications comme ci-dessus, on suppose que Φ = Ψ sont
affines sur [0, 1/2] et sur [1/2, 1] (ceci donne un choix unique). Montrer que tout vecteur de rotation
de F est inclus dans le carré [0, 1]2 (ainsi, ce carré coı̈ncide avec l’enveloppe convexe de l’ensemble
de rotation).
Ce résultat se généralise : l’hypothèse sur l’existence d’une orbite périodique peut être
remplacée par des formes plus faibles de récurrence (par exemple, existence d’un point
non errant, ou d’une pseudo-orbite périodique). On peut le voir comme une version du
théorème de Poincaré-Bendixson pour les systèmes dynamiques à temps discret.
Comment ce théorème peut-il intervenir dans l’étude d’un homéomorphisme f sur une
surface S quelconque ? On considère le revêtement universel Se de S ; la plupart du temps,
Se est homéomorphe au plan. D’autre part, on peut relever f en un homéomorphisme de
S.
e Dans certaines situations, en appliquant le théorème précédent, on pourra trouver un
point fixe de fe, et donc aussi un point fixe de f .
En particulier, considérons un homéomorphisme f du tore comme dans le théorème 1.1.2
ci-dessus, provenant d’un homéomorphisme F du plan (qui “relève” f ). Si le vecteur (0, 0)
est dans l’intérieur de l’enveloppe convexe des vecteurs de rotation de F , alors on montrera
à l’aide du théorème 1.2 que F a un point fixe, ce qui donnera a fortiori un point fixe
pour f et un morceau du théorème 1.1.2.
pour toute courbe fermée γ essentielle, et pour tout entier n 6= 0, la courbe f n (γ) n’est
pas homotope à γ.
Alors f est d’entropie topologique strictement positive, et possède des points périodiques
de périodes arbitrairement grande.
Deux courbes fermées sont homotopes si on peut passer continûment de l’une à l’autre.
Une courbe fermée essentielle est une courbe qui ne peut pas être déformée continûment
en un point(3) . Un homéomorphisme vérifiant les hypothèses de ce théorème sera dit de
type d’isotopie pseudo-Anosov (on justifiera ce vocabulaire plus tard).
Comparons cet énoncé avec le théorème 1.1.2 sur les vecteurs de rotation dans le tore. Les
conclusions sont identiques : une dynamique riche, caractérisée par l’existence d’orbites
périodiques et la présence d’entropie. Par contre, les hypothèses peuvent sembler très
différentes : en effet, pour l’homéomorphisme f isotope à l’identité du théorème 1.1.2, toute
courbe est homotope à son image par f ; en un certain sens, le théorème 1.3.1 concerne
les homéomorphismes qui sont “le moins possible isotopes à l’identité”. Comment peut-on
appliquer la théorie de Nielsen-Thurston à la situation du théorème 1.1.2 ?
Sous les hypothèses de ce théorème, on montrera d’abord (par la théorie de Brouwer) que
f admet des orbites périodiques. On trouvera ainsi un ensemble fini E, réunion d’orbites
périodiques de f , tel que la restriction de f à la surface ouverte S \ E ne soit plus isotope
à l’identité (ceci revient à ne considérer que des isotopies qui fixent chaque point de E),
et vérifie même les hypothèses du théorème 1.3.1.(4)
Ce théorème est bien sûr vide sur la sphère. Il est assez facile à montrer sur le tore (cf
chapitre 3), cadre qui sert de modèle-jouet à la théorie. Il devient vraiment intéressant sur
les surfaces de genre plus grand, comme le tore à deux trous.
2 2 1
Exemples. — Soit A l’automorphisme linéaire de R de matrice . Cet automor-
1 1
phisme préserve Z2 donc passe au quotient en un homéomorphisme fA du tore T2 = R2 /Z2
(parfois appelé chat d’Arno’ld ). On verra au chapitre 3 que fA vérifie les hypothèses du
théorème, de même que tout homéomorphisme isotope à fA .
Sur les surfaces de genre plus grand que 2, on peut obtenir des exemples explicites
d’homéomorphismes vérifiant l’hypothèse du théorème, par exemple en composant des
“twists de Dehn” ; voir exercice 4.1.12.
1.4. Références
a. Systèmes dynamiques. — (y compris nombres de rotation sur le cercle).
– Milnor, Introductory lectures, disponible sur le Net.
– Pollicott- Yuri, Dynamical Systems and Ergodic Theory.
(3)
cf. section 2.2.a.
(4)
Bien sûr, il faudra remédier à la non compacité de S \ E : on se ramènera en fait à des surfaces à bord,
auxquelles on peut généraliser le théorème 1.3.1.
1.4. RÉFÉRENCES 5
c. Théorie de Nielsen-Thurston. —
– Casson, Andrew ; Bleiler, Steven Automorphisms of surfaces after Nielsen and Thurston.
– Fathi, Laudenbach, Poenaru, Travaux de Thurston sur les surfaces, Astérisque, 66-67 (1979),
SMF Paris.
– Handel, Michael ; Thurston, William P. New proofs of some results of Nielsen. Adv. in Math.
56 (1985), no. 2, 173–191.
– Thurston, William P. On the geometry and dynamics of diffeomorphisms of surfaces. Bull.
Amer. Math. Soc. 19 (1988), no. 2, 417–431.
d. Théorie de Brouwer. —
– Around Brouwer’s theory of fixed point free planar homeomorphisms, Marc Bonino
(http ://[Link]/ECOLETE/ecole2006/, Notes de cours).
CHAPITRE 2
Ce chapitre présentent les éléments de base de topologie des surfaces ; la plupart des
résultats seront admis.
a. Définitions. —
Définition 2.1.1. — Une surface sans bord est un espace topologique S tel que tout
point de S admet un voisinage homéomorphe à R2 .(1)
Une surface à bord est un espace topologique séparé S tel que tout point de S admet
un voisinage homéomorphe à R2 ou à [0, +∞[×R.
Nos surfaces seront toujours supposées connexes. Le bord d’une surface a bord est
l’ensemble ∂S des points qui n’admettent pas de voisinage homéomorphe à R2 . Il s’agit
d’une variété de dimension 1, chacune de ses composantes connexes est homéomorphe à la
droite R ou au cercle S1 (d’après la classification des variétés topologiques de dimension
1).
Définition 2.1.2. — Une surface est dite orientable si elle ne contient pas de sous-espace
homéomorphe au ruban de Möbius [0, 1] × [−1, 1]/(0, y) ∼ (1, −y).
Il existe une définition plus naturelle (mais plus longue !) de l’orientabilité. (2)
(1)
Pour bien faire, il vaudrait mieux ajouter que S est séparée et réunion dénombrable de parties compactes.
Dans ce cours, nous considérerons principalement des surfaces compactes, ou bien des surfaces qui sont
des ouverts de surfaces compactes ; ces propriétés seront donc toujours vérifiées.
(2)
Soit S une surface connexe ; on considère l’espace des plongements du disque fermé D̄2 dans la surface,
muni de la topologie de la convergence uniforme (un plongement est une application continue injective).
On montre alors que cet espace a au plus deux composantes connexes. S’il n’en a qu’une seule, on dit que
la surface n’est pas orientable ; c’est le cas du ruban de Moebius. S’il en a deux, alors la surface est dite
orientable, et chacune des composantes connexes définit une orientation de S. Étant donnée une orientation
définie par un plongement i : D̄2 → S, l’orientation opposée peut être définie par le plongement i ◦ s, où
s est une symétrie du disque D̄2 (ou tout homéomorphisme de D̄ renversant l’orientation. On montre que
cette définition d’orientabilité est équivalente à l’absence de ruban de Moebius plongé dans la surface.
8 CHAPITRE 2. TOPOLOGIE DES SURFACES
Exemples. — La sphère, le tore, le tore à n trous sont des surfaces compactes, connexes,
sans bord. Le tore à 2 trou peut être défini proprement par recollement d’un octogone...
Le nombre de trous s’appelle le genre de la surface : la sphère est de genre 0, le tore est
de genre 1, etc.. On notera souvent Sg la surface de genre g.
Théorème 2.1.3. — Toute surface sans bord, orientable, compacte et connexe, est
homéomorphe à l’une des surfaces de genre g (g ≥ 0).
En particulier, ce théorème montre que toute surface compacte orientable abstraite peut
se plonger dans R3 , et admet une structure différentiable. On verra plus loin qu’elle admet
aussi une bonne structure géométrique.
Idée de démonstration. — La première tentative de preuve remonte à Camille Jordan (Sur la
déformation des surfaces, Journal de mathématiques pures et appliquées, 1866). Il considère une
surface à bord, compacte et orientable ; son idée consiste à choisir une courbe fermée simple qui ne
déconnecte pas la surface, à découper la surface selon cette courbe, puis à recommencer avec la nou-
velle surface ainsi obtenue. Le processus s’arrète lorsque qu’il n’existe plus de courbe fermée simple
qui ne déconnecte pas la surface. Jordan affirme alors que cette dernière surface est homéomorphe
au disque, ce qui lui permet, par recollements, de conclure que la topologie de la surface initiale
ne dépendait que du nombre de composantes du bord et du nombre découpages effectués.
Bien sûr, chez Jordan, la notion de surface topologique n’est pas bien définie, en particulier
l’orientabilité est uniquement implicite(3) , et deux surfaces sont considérées comme semblables si
“elles sont applicables l’une sur l’autre sans déchirure ni duplicature”, ou encore si “on peut les
décomposer en éléments infiniment petits, de telle sorte qu’à des éléments quelconques contigus
de S correspondent des éléments contigus de S 0 ”. En ce qui concerne la caractérisation finale du
disque, on peut dire que Jordan est essentiellement passé à côté des (difficiles) problèmes posés par
la preuve de ce résultat. Par contre, sa technique de réduction au cas du disque par découpages
successifs me semble essentiellement valide, c’est-à-dire transformable à peu de frais en une preuve
au sens actuel du terme.
Pour une preuve plus raisonnable, voir Moise, Geometric Topology in Dimensions 2 and 3 ;
voir aussi la fin de l’article récent de Larry Siebenmann, The Osgood-Schoenflies theorem revisited,
Russain math. survey 60 (4), 2005. On commence par montrer la densité des homéomorphismes
affines par morceaux (“PL”) dans les homéomorphismes. Ceci permet de prouver que toute surface
compacte est triangulable, c’est-à-dire homéomorphe à un complexe simplicial (espace topologique
obtenu en recollant des triangles le long de leurs bords). Tout complexe simplicial peut être vu
comme obtenu à partir d’un polygone du plan en recollant les côtés par pairs, comme dans la
construction du tore à deux trous ci-dessus. La preuve devient alors combinatoire, elle consiste à
montrer qu’on peut modifier la présentation de façon à se ramener une présentation connue.
Le résultat d’approximation par des homéomorphismes PL découle de la version affine par
morceaux du théorème de Schoenflies : tout polygone du plan peut être envoyé sur un triangle par
un homéomorphisme du plan affine par morceaux. La construction d’une triangulation à partir du
Cette définition a l’avantage d’admettre immédiatement une action naturelle des homéomorphisme : étant
donnée une surface orientable, un homéomorphisme f agit sur l’espace des plongements par i 7→ f ◦ i ; on
dit que f préserve ou renverse l’orientation selon que f préserve ou échange les deux composantes connexes
de l’espace des plongements.
(3)
L’existence de surfaces non orientables a été découverte simultanément par Mobius et Listing en 1858,
et publié en 1861 par Listing, et en 1863 par Mobius ; on peut penser que Jordan ne connaissait pas encore
ces objets.
2.2. TOPOLOGIE ALGÉBRIQUE DES SURFACES 9
résultat d’approximation est valable en toute dimension (voir la présentation concise de Siebenmann
via les structures PL). On peut ainsi trianguler les variétés de dimension trois en établissant le
résultat d’approximation dans ce cadre. Par contre, les variétés topologiques de dimension 4 ne
sont pas toutes triangulables.
Exemples : le disque, l’anneau, le pantalon, et le tore à un trou qui est une autre façon
d’épaissir un bouquet de deux cercles.
Cette définition se généralise immédiatement aux cycles, qui sont les sommes formelles
de courbes fermées
a1 γ1 + · · · + ak γk ,
où les γi sont des courbes et les ai des entiers. En particulier, ce cycle est dit homologue
à 0 s’il existe une surface orientée S0 et une application continue H : S0 → S dont la
restriction au bord orienté de S0 est égale à la réunion de a1 copies de γ1 , a2 copies de
γ2 , etc. (après identification de chaque composante connexe avec S1 ). On peut maintenant
définir le premier groupe d’homologie de S, H1 (S, Z), comme étant l’ensemble des cycles
modulo les cycles homologues à 0. Autrement dit, on identifie deux courbes fermées (ou
deux cycles) si elles sont homologues, c’est-à-dire si leur différence formelle est homologue
à 0. Plus formellement, on appelle C1 (S, Z) l’ensemble des sommes formelles de cycles, (4)
muni de sa structure de Z-module ; le sous-ensemble B1 (S, Z) des cycles homologues à 0
est un sous-Z-module, et H1 (S, Z) est le quotient C1 (S, Z)/B1 (S, Z).
Le groupe d’homologie à coefficient réels, H1 (S, R), est défini de façon tout à fait ana-
logue. Il s’agit d’un espace vectoriel réel. Bien sûr, toutes ces définitions sont en fait valables
dans tout espace topologique (on n’a pas utilisé le fait que S est une surface).
Exercice 2.2.1. — Montrer que tout cycle est homologue à une courbe fermée (tout élément du
H1 est représenté par une courbe).
Exercice 2.2.2. — Dessiner deux courbes fermées homotopes, mais qui ne bordent pas un anneau
plongé. Sur la surface à deux trous, dessiner une courbe fermée qui est homologue à 0 sans être
homotope à une courbe constante. En déduire deux courbes fermées qui sont homologues mais non
homotopes.
(4)
On peut définir C1 (S, Z) comme l’ensemble des applications de l’ensemble des cycles dans Z, qui prennent
la valeur 0 sauf pour un nombre fini de cycles.
2.3. TOPOLOGIE ALGÉBRIQUE DES HOMÉOMORPHISMES DE SURFACES 11
Cette constatation est importante, car elle explique en partie pourquoi la situation
sera beaucoup plus compliquée en genre supérieur : sur le tore, on peut se contenter
de l’action en homologie (et donc faire de l’algèbre linéaire) ; en genre supérieur, il faut
renoncer à la notion de courbes homologues et la remplacer par la notion plus fine de
courbes homotopes. Le théorème suivant montre que l’action sur les classes d’homotopies
de courbes distingue des homéomorphismes non homotopes, et même non isotopes. Deux
homéomorphismes f0 , f1 : S → S sont dits isotopes si on peut passer continûment de l’un
à l’autre par une famille d’homéomorphismes, autrement dit, s’ils sont homotopes via une
12 CHAPITRE 2. TOPOLOGIE DES SURFACES
homotopie H, appelée alors isotopie, telle que pour tout t ∈ [0, 1], l’application H(., t) est
un homéomorphisme de S. Le théorème montre ne particulier que pour les surfaces, deux
homéomorphismes homotopes sont isotopes.
Théorème 2.3.2 (Epstein). — Soit S une surface compacte, sans bord. Supposons que
l’homéomorphisme f : S → S agisse trivialement sur les classes d’homotopie, c’est-à-dire
que pour toute courbe fermée γ, la courbe image f ◦γ est homotope à γ. Alors f est isotope
à l’identité.
(5)
Pour la définition des revêtements et du groupe fondamental, voir par exemple le livre de Godbillon,
ÉÉléments de topologie algébrique, ou celui de Hatcher, Algebraic Topology, disponible sur le Net (la tra-
duction anglaise de “revètement” est “covering space”).
(6)
Ou plus généralement que l’image par f du groupe fondamental de Y est triviale ; ou, plus généralement
encore, que cette image est incluse dans l’image par p du groupe fondamental de X. e
2.4. REVÊTEMENTS ET RELEVÉS DES APPLICATIONS 13
Cette proposition va nous permettre de relever les courbes, les homotopies de courbes,
les homéomorphismes, et les homotopies entre homéomorphismes. Pour la fin de cette
e → X (on peut avoir en tête le cas du tore).
section, on considère un revêtement p : X
d. Exercices. —
Exercice 2.4.2. — En utilisant le relèvement des applications, montrer que toute courbe du tore
est homotope à une des courbes t 7→ p(t(m, n)) où (m, n) est un point du plan à coordonnées
entières, et p le revètement universel du tore. En utilisant la description du H1 du tore, en déduire
que, dans le tore, deux courbes homologues sont homotopes. Ainsi, les classes d’homotopie de
courbes sont décrites par les couples d’entiers ; géométriquement, ces entiers indiquent le nombre
de tours effectués par la courbe dans les direction horizontales et verticales. Décrire l’ensemble des
relevés de la courbe (1, 0).
Exercice 2.4.3. —
1. Quels sont les homéomorphismes du plan qui relèvent l’identité du tore ? En déduire une
expression de l’ensemble des relevés d’un homéomorphisme f du tore, à partir d’un relevé
particulier F .
2. Montrer que si f est isotope à l’identité, alors ses relevés commutent avec les translations
entières. Indication : relever l’isotopie.
14 CHAPITRE 2. TOPOLOGIE DES SURFACES
Exercice 2.4.4. —
1. Vérifier que les affirmations concernant les relevés d’homéomorphismes et d’isotopies
découlent bien de la proposition 2.4.1.
2. Démontrer la proposition. Indication : la preuve consiste essentiellement à relever les che-
mins, c’est -à-dire les application continues de [0, 1] dans X.
Proposition 2.5.1. — Toute surface compacte sans bord S de genre g ≥ 2 admet une
métrique à courbure constante −1 (on parle de métrique hyperbolique).
Schéma de démonstration. — Soit Il est facile de voir qu’à homéomorphisme près, la sur-
face S peut être obtenue en recollant deux à deux les arrêtes d’un polygone à 4g côtés. Par
exemple, si on recolle les côtés d’un l’octogone comme indiqué sur la figure 1, on obtient
une surface de genre 2.
Corollaire 2.5.2. — Soit S une surface compacte sans bord de genre g ≥ 2. Alors le
revêtement universel de S est homéomorphe au disque hyperbolique H, et on peut choi-
sir l’homéomorphisme tel que les automorphismes de revêtement agissent comme des
(7)
c’est-à-dire dont les arrêtes sont des segments de géodésiques pour la métrique hyperbolique de H
16 CHAPITRE 2. TOPOLOGIE DES SURFACES
Réciproquement, dès qu’on choisit une identification le revêtement universel d’une sur-
face S au disque hyperbolique H où les automorphismes de revêtement agissent comme
des isométries de H, la métrique de H induit une métrique riemannienne hyperbolique (i.e.
à courbure −1) sur S.
On rappelle qu’il existe trois sortes d’isométries de H : les isométries elliptiques, les
paraboliques et les hyperboliques (8) .
Proposition 2.5.3. — Soit S une surface compacte sans bord genre g ≥ 2. On identifie
le revêtement univerel de S au disque hyperbolique H, les automorphismes de revêtement
agissant comme des isométries de H. Alors toutes ces isométries (sauf l’identité) sont de
type hyperbolique.
(8)
Attention à la terminologie : toutes ces isométries (elliptiques, paraboliques et hyperboliques) sont des
isomérie pour la métrique hyperbolique de H
2.5. GÉOMÉTRISATION DES SURFACES 17
|v|
distance hyperbolique entre le point (0, y) et son image par γ est donc égale à y , et en
particulier tend vers 0 lorsque y → ∞).
Il existe des analogues des résultats ci-dessus pour les surfaces à bord :
Proposition 2.5.4. — Toute surface compacte à bord S, de caractéristique d’Euler stric-
tement négative, admet une métrique riemannienne à courbure constante −1 pour laquelle
les composantes de bord sont des géodésiques.
Schéma de démonstration. — On se ramène au cas d’une surface sans bord en utilisant
l’astuce suivante. On considère une deuxième copie de S que l’on note S 0 . On note
C1 , . . . , Cn les composantes de bord de S, et C1 , . . . , Cn les composantes de bord de S 0 .
On fabrique une surface compacte sans bord Σ à partir de S et S 0 en collant Ci sur Ci0
pour chaque i (on dit que Σ est le double de la surface S). Alors Σ est une surface com-
pacte sans bord dont la caractéristique d’Euler est double de celle de S ; en particulier,
la caractéristique d’Euler de Σ est strictement négative. La proposition 2.5.1 nous fournit
donc une métrique riemannienne hyperbolique sur Σ.
On voit maintenant C1 , . . . , Cn comme des courbes fermées simples deux à deux dis-
jointes dans la surface Σ. On vérifie facilement que ces courbes sont essentielles. Nous mon-
trerons au chapitre 5 que les courbes C1 , . . . , Cn sont homotopes dans Σ à des géodésiques
deux à deux disjointes pour la métrique hyperbolique Σ, que l’on note C b1 , . . . , C
bn (voir
proposition 5.1.4). De plus, on vérifie que l’homotopie peut s’effectuer parmi les ensembles
de n courbes fermées simples deux à deux disjointes. En découpant Σ le long des courbes
Cb1 , . . . , C
bn , on obtient une surface homéomorphe à S. La métrique hyperbolique de H
induit par restriction une métrique hyperbolique sur cette surface pour laquelle les com-
posantes de bord C b1 , . . . , C
bn sont géodésiques.
THÉORIE DE NIELSEN-THURSTON
21
(9)
Ceci est dû au fait que toutes les surfaces compactes à bord orientables, hormis la sphère S2 , l’anneau
A et le tore T2 , admettent une structure hyperbolique. Cette structure joue un rôle fondamental dans les
preuves des résultats principaux de la théorie.
CHAPITRE 3
Proposition 3.1.1. — L’application f 7→ f∗ induit une bijection entre les classes d’iso-
topies d’homéomorphismes du tore et GL(2, Z) (resp. entre (resp. les classes d’isotopies
d’homéomorphismes préservant l’orientation du tore et SL(2, Z)). La réciproque de cette
bijection n’est autre que l’application qui à un élement A de GL(2, Z) (resp. SL(2, Z))
associe la classe d’isotopie de l’homéomorphisme fA .
Démonstration. — Il est clair (et il a déjà été mentionné) que deux homéomorphismes
isotopes induisent la même action en homologie. L’application f 7→ f∗ induit donc une
application entre les classes d’isotopies d’homéomorphismes du tore et GL(2, Z).
Pour montrer l’injectivité de cette application, on doit vérifier que, si f, g sont deux
homéomophismes de T2 tels que f∗ = g∗ , alors f et g sont isotopes. Comme (f ◦ g −1 )∗ =
f∗ ◦ (g∗ )−1 , on est ramené à vérifier que, si f∗ = IdZ2 , alors f est isotope à IdT2 . C’est une
conséquence immédiate du théorème d’Epstein 2.3.2, et du fait que, dans le tore T2 , deux
courbes fermées sont homotopes si et seulement si elles sont homologues.
(1)
Sur T2 , on profite du fait que deux courbes fermées simples sur T2 sont homotopes si et seulement si
elles sont homologues (ce qui est grossièrement faux en genre plus grand). L’action de f sur les classes
d’homotopies de courbes est donc une action linéaire sur Z2 , ce qui simplifie beaucoup les choses...
24 CHAPITRE 3. ISOTOPIE ET DYNAMIQUE SUR LE TORE T2 .
Enfin, pour tout élément A de GL(2, Z), on a clairement (fA )∗ = A. Ceci montre que
l’application f 7→ f∗ est surjective, et que sa réciproque n’est autre que l’application qui
à tout A ∈ GL(2, Z) associe la classe d’isotopie du difféomorphisme linéaire fA .
Ainsi classer les homéomorphismes du tore T2 à isotopie près revient à classer les
difféomorphismes linéaires de T2 .
a. Premier cas : tr(A) = −1, 0 ou 1.— C’est le cas où les valeurs propres de A sont
complexes. Le comportement dynamique de fA est très simple :
Proposition et définition 3.2.1. — Il existe un entier n ≤ 6 tel que fAn = IdT2 . Un tel
dfféomorphisme est dit périodique.
b. Deuxième cas : |tr(A)| = 2.— C’est le cas où la matrice A a alors une valeur propre
double, qui est 1 ou −1. On a le résultat suivant :
vectorielle t 7→ t.(m, n) est donc fixée par A. La projection de cette droite vectorielle est
une courbe fermée simple dans T2 qui est fixée par fA .
La terminologie “réductible” renvoie au fait que l’on peut découper le tore le long de la
courbe préservée par fA . On obtient alors un anneau, et fA induit un homéomorphisme de
cet anneau. On a alors “réduit” l’étude de la dynamique de fA à celle d’un homéomophisme
de l’anneau S1 × [−1, 1].
On peut analyser un peu mieux la dynamique du difféomorphisme fA : en complétant
le vecteur propre en une base du réseau 2
Z ,on voit
que lamatrice A est conjuguée,
1 n −1 n
dans SL(2, Z), à une matrice du type ou . Dans le premier cas, le
0 1 0 −1
difféomorphisme fA s’appelle un twist de Dehn (d’ordre n autour des courbes préservées
par fA ). La seconde est obtenue en composant un twist de Dehn par −IdT2 .
Exercice 3.2.4. — Décrire géométriquement l’action d’un twist de Dehn A sur le tore : montrer
qu’il existe un feuilletage en cercles invariants sur chacun desquels fA agit par rotation.
c. Troisième cas : |tr(A)| > 2.— C’est le cas le plus intéressant, par exemple celui
2 1
de la matrice A = . On a deux valeurs propres réelles λ et λ−1 , avec |λ| < 1 et
1 1
|λ−1 | > 1. La matrice A est dite hyperbolique. Notons que les valeurs propres λ, λ−1 sont
nécessairement irrationnelles (montrer
que
∆ n’est pas un carré parfait). Dans une base
λ 0
propre, la matrice de A s’écrit . Si on note E s et E u les droits propres associés
0 λ−1
respetivement aux valeurs propres λ et λ−1 , la norme des vecteurs de E s est contractée
par A, alors que la norme des vecteurs de E u est dilatée.
Cherchons maintenant à comprendre se qui se passe dans le tore. Il faut pour cela remar-
quer que la différentielle du difféomorphisme fA en n’importe quel point de T2 s’identifie
naturellement à l’application A : R2 → R2 . Ainsi, en tout point de T2 , la différentielle de
fA laisse invariante les directions E s et E u , dilate les vecteurs tangents à E s et contracte
les vecteurs tangents E u . Considérons le feuilletage Fes (resp. Feu ) de R2 par les droites
affines parallèles à la droite vectorielle E s . Ces feuilletages sont évidemment invariants
par les translations à coordonnées entières : ils se projettent donc en des feuilletages F s
et F u du tore T2 . Les propriétés de la différentielle du difféomorphisme fA vues ci-dessus
impliquent que fA préserve globalement les feuilletages F s et F u (attention chaque feuille
n’est pas préservée individuellement ; une feuille est envoyée sur une feuille, c’est tout !).
Et bien sûr, la différentielle de fA contracte (d’un facteur λ) la norme des vecteurs tan-
gents aux feuilles de F s et dilate la norme des vecteurs tangents aux feuilles de F u . Les
feuilletages F s et F u sont appelés respectivement feuilletage stable et feuilletage instable
de fA . Notons que les pentes des droites E s et E u sont irrationnelles. Ceci peut se voir
algébriquement, ou géométriquement(2) Il en résulte que les feuilles des feuilletages F s et
F u sont toutes denses dans T2 (exercice).
Pour résumer, on a donc obtenu la proposition suivante :
(2)
Supposons en effet, par exemple, que le vecteur (m, n) ∈ Z2 est un vecteur propre de A. La courbe
correspondante dans le tore est une courbe fermée, que nous notons C(m,n) , est alors globalement invariante
par fA . L’application fA|C(m,n) est un homéomorphisme sur une courbe fermée qui dilate localement les
distances d’un facteur λ ou λ−1 : c’est absurde.
26 CHAPITRE 3. ISOTOPIE ET DYNAMIQUE SUR LE TORE T2 .
Remarque 3.3.2. — Cet énoncé implique en fait que tout ouvert U de T2 contient des
points périodiques de fA de périodes arbitrairement grandes. Considérons en effet un
ouvert U de T2 . Il est facile de voir que U ne peut pas être périodique pour fA . Donc, quel
que soit n, les points périodiques de période n ne peuvent être denses dans U . Comme,
d’après la proposition 3.3.1, les points périodiques de f sont denses dans U , on en déduit
que U contient des points périodiques de périodes arbitrairement grandes.
2
Démonstration. — Pour tout entier q > 0, on considère l’ensemble E eq := 1 Z ⊂ R2 ,
q
ainsi que sa projection Eq ⊂ T2 . L’ensemble Eq est fini, de cardinal q 2 . Par ailleurs, puisque
la matrice de A dans la base canonique de R est à coefficient entiers, A préserve E eq , et
par suite, fA préserve Eq . On en déduit que tout point de Eq est périodique de période
inférieure à q 2 . Pour conclure la preuve, il nous reste plus qu’à remarquer que la réunion
2 2 2
S S
q>0 Eq = Q est dense dans R , et donc que la réunion q>0 Eq est dense dans T .
e
Proposition 3.3.3. — Soit E l’ensemble des points x ∈ T2 dont l’orbite par fA est dense
dans T2 . Alors E est une intersection dénombrable d’ouverts denses(4) de T2 .
(3)
En hommage au mathématicien russe D. V. Anosov, qui a le premier montrer que le flot géodésique
d’une surface à courbure négative satisfaisait des propriétés analogues à ces difféomorphismes du tore, et
en a déduit que ce flot géodésique était ergodique pour la mesure de Liouville
(4)
En particulier, par le théorème de Baire, E est dense dans T2
3.3. LES AUTOMORPHISMES D’ANOSOV LINÉAIRES ONT UNE DYNAMIQUE “RICHE” 27
une intersection dénombrable d’ouverts denses. Pour conclure, il ne nous reste plus qu’à
remarquer que, si l’orbite de x rencontre chacun des ouverts Vi , alors cette orbite est dense
dans T2 (puisque V1 , V2 , . . . une base dénombrable d’ouverts de T2 ).
On peut trouver de nombreux autres indices du fait que la dynamique de fA est “com-
pliquée” ; nous n’en citerons qu’un seul autre, qui utilise la mesure de Lebesgue sur T2 :
Autrement, quels que soient les ensembles E et f , la probabilité pour l’orbite d’un
point x ∈ E de se trouver dans F au bout d’un temps n tend très vite vers la quantité
Leb(E).Leb(F ), qui ne dépend que des tailles de E et F , mais pas de leurs positions.
On peut donc dire que, lorsque n est grand, il n’y a presque aucune corrélation entre la
position d’un point x et la position du point fAn (x). On dit que fA est exponentiellement
mélangeant pour la mesure de Lebesgue.
Exercice 3.3.8. — Le but de cet exercice est de minorer l’entropie topologique de l’automor-
phisme d’Anosov linéaire fA .
1. Soit x ∈ T2 et x e ∈ R2 un relevé de x. Vérifier que x est périodique de période n pour fA si
et seulement si il existe un vecteur v ∈ Z2 tel que An (e x) = xe + v.
2. Montrer que, quel que soit n ≥ 0, deux points périodiques de période n pour fA sont toujours
(n, 21 )-séparés.
Aide. D’après la première question, si x, y sont deux points périodiques de période n pour fA ,
et si xe, ye sont des relevés de x et y, il existe des vecteurs v et w dans Z2 tels que An (e
x) = x
e +v
n
et A (e y ) = ye + w. On peut alors remarquer que An ne préserve aucun vecteur non-nul de
R2 , en déduire que v 6= w et conclure.
3. Soit P un parallélogramme semi-ouvert de R2 dont les sommets sont des points entiers,
P := {tV1 + sV2 , 0 ≤ t < 1, 0 ≤ s < 1}
avec V1 = (a, b) et V2 = (c, d) dans Z2 . Montrer que l’aire euclidienne de P est égal au
nombre de points entiers qu’il contient, c’est à dire au cardinal de P ∩ Z2 .
Aide. On pourra se ramener au cas où b = 0 en utilisant un élément de GL(2, Z), puis se
ramener au cas où c = b = 0 par découpage.
4. En utilisant la question 1, montrer que le nombre de points périodiques dont de période n de
fA est exactement le nombre de points entiers dans le parallélogramme (An − IdR2 )([0, 1[2 ).
5. Montrer que le volume du parallélogramme (An − IdR2 )([0, 1[2 ) croit comme c.λn quand
n → ∞ (pour une certaine constante c > 0).
n an bn
Aide : Soit A = la matrice de feAn dans la base canonique. Vérifier que le volume
cn dn
du parallélogramme (feAn − IdR2 )([0, 1[2 ) vaut det(An − I) = 2 − (an + dn ). En utilisant les
valeurs propres et les directions propres de A, montrer que les coefficients an et dn croissent
comme c1 .λn et c2 .λn quand n → ∞.
6. Conclure que l’entropie topologique de fA est supérieure ou égale à log(λ).
(5)
On rappelle que l’indice Ind(γ, x) d’une courbe fermée γ : R/Z → R2 par rapport à un point z ∈ R2
est “le nombre algébrique de tours que γ fait autour de z”. Pus formellement, on considère l’application
ϕ : R/Z → R/2πZ définie par
γ(t) − z
ϕ(t) =
kγ(t) − zk
(ϕ arrive dans me cercle unité de R2 que ’on identifie à R/2πZ) ; on considère un relevé continu ϕ
e:R→R
1
de ϕ ; on peut alors définir Ind(γ, x) := 2π e − ϕ(0)).
(ϕ(1) e Ce nombre est un entier, ne dépend pas du choix
e et est invariant par toute homotopie de γ dans R2 \ {z}.
du relevé ϕ,
30 CHAPITRE 3. ISOTOPIE ET DYNAMIQUE SUR LE TORE T2 .
est normalement convergente. La somme de cette série est bien sûr un inverse de (I −Φ)|G s .
De même, on a k|Φ−1 −n
P
|G u k| ≤ λ < 1 ; donc la série n≥0 Φ|G u est convergente ; la somme de
cette série est un inverse de (I−Φ−1 )|G u ; donc (I−Φ)|G u = (I−Φ−1 )|G u ◦Φ|G u est inversible.
Par conséquent, l’application inéaire I − Φ : G → G est bien inversible.
On a donc trouvé une solution a ∈ G à l’équation (2). L’application π e := IdR2 + a
satisfait alors π e ◦ fe = A ◦ π e. Puisque l’application a est invarainte par les translation
entières, l’application π e est équivariante pour l’action de Z2 par translations entières :
pour tout x e ∈ R et tout v ∈ Z2 , on a π
2 e(e
x + v) = πe(e
x) + v. Elle relève donc une application
2 2
π : T → T homotope à l’identité (voir exercice 2.4.3), donc en particulier surjective (voir
le lemme 3.4.2). Et on a a bien sûr π ◦ f = fA ◦ π comme souhaité.
Le théorème 3.4.1 donne un sens précis au slogan “un automorphisme d’Anosov linéaire
a la dynamique la plus simple parmi tous les homéomorphismes de sa classe d’isotopie”. On
peut quantifier cela de diverses manières, par exemple en termes d’entropie topologique :
Exercice 3.4.3. — Soit fA un automorphisme d’Anosov linéaire du tore T2 , et soit f un
homéomorphisme de T2 isotope à fA . Vérifier que le théorème 3.4.1 implique que l’entropie topo-
logique de f est supérieure à celle de fA .
Le théorème 3.4.1 n’est pas adapté à l’étude de toutes les propriétés dynamiques.
Par exemple, il ne nous dit rien sur l’existence ou non de points périodiques pour un
homéomorphisme isotope à un automorphisme d’Anosov linéaire. En fait, comme le montre
3.4. LES AUTOMORPHISMES D’ANOSOV LINÉAIRES ONT LA DYNAMIQUE “LA PLUS SIMPLE”31
Théorème 4.1.1 (J. Nielsen, W. P. Thurston, 1976). — Soit S une surface com-
pacte, éventuellement à bord. Tout homéomorphisme f : S → S est isotope à un
homéomorphisme f0 qui est soit périodique, soit réductible, soit de type pseudo-Anosov.
Définitions 4.1.3. — Soit S une surface. Pour nous, un feuilletage singulier de S sera
une partition de S en sous-ensembles qu’on appelle des feuilles avec les propriétés sui-
vantes. Il existe un ensemble fini Sing(F) ⊂ S tel que :
– tout point x de S \ Sing(F) admet un voisinage U et une carte ϕ : U → R2 qui envoie
F ∩ U sur la partition de ϕ(U ) ⊂ R2 en segments horizontaux ;
34 CHAPITRE 4. ÉNONCÉ DES RÉSULTATS PRINCIPAUX
Figure 1. Une singularité à 3 branches (à gauche), et une à 4 branches (à droite).
Deux feuilletages singuliers F et F 0 de S sont dits transverses, s’ils ont le même ensemble
singulier Σ, si les feuiletages sont transverses au sens usuel sur S \Σ, et si au voisinage d’un
point de Σ, la situation est homéomorphe au modèle standard (représenté sur la figure 2
dans le cas d’une singularité à 4 branches).
Définition 4.1.4. — Soit F un feuilletage singulier sur une surface S. Une mesure trans-
verse µ à F est une application qui à chaque segment α transverse à F associe une mesure
borélienne µ|α avec les propriétés suivantes :
– si β est un sous-arc de α, alors µ|β est la restriction de µ|α ,
– si α0 , α1 : I → S sont deux arcs transverses, homotopes le long des feuilles de F
(figure 3), alors µ|α1 est obtenu en poussant µ|α0 le long de cette homotopie.
Nous somme maintenant en mesure de définir formellement une notion
d’homéomorphisme pseudo-Ansov :
4.1. LE THÉORÈME DE CLASSIFICATION 35
Définition 4.1.5. — Un homéomorphisme f d’une surface compacte sans bord S est dit
pseudo-Anosov s’il existe deux feuilletages transverses mesurés (F s , µs ) et (F u , µu ) tels
que f préserve les feuilletages F s et F u , et contracte µs et dilate µu (i.e. il existe une
constante λ avec 0 < λ < 1 telle que f∗ µs = λ.µs et f∗ µu = λ−1 .µu ).
Cette définition s’étend au cas où S est une surface compacte à bord. Dans ce cas, on
demande à chaque composante de bord de S d’être à la fois une union de feuille de F s et
une union de feuille de F u (les singularités sont des feuilles), et de contenir au moins une
singularité de F s et une singularté de F u .
Remarque 4.1.6. — L’utilisation de mesures transverses rend la définition ci-dessus dif-
ficile à appréhender. Notons cependant que la condition portant sur l’action de f sur les me-
sures transverses µs et µu exprime bien le fait que “f contracte (resp. dilate) uniformément
dans la direction des feuilles de F s (resp. F u )”. En effet, on peut montrer que cette condi-
tion implique l’existence d’une métrique riemannienne sur S singulière seulement aux
points de Sing(F s ) = Sing(F u ) telle que, pour tout segment I dans une feuille de F s (resp.
de F u ), on ait longueur(f (I)) ≤ λ.longueur(I) (resp. longueur(f (I)) ≥ λ−1 .longueur(I).
Exemples. — Tout difféomorphisme d’Anosov du tore T2 est bien sûr un homéomorphisme
pseudo-Anosov (vérifier).
Si on sait ce qu’est un revêtement ramifié, on a un moyen simple de construire des
exemples d’homéomorphismes pseudo-Anosov. Considérons en effet un automorphisme
d’Anosov f : T2 → T2 et un revêtement ramifié p : S → T2 dont les points de ramification
sont des points fixes de f . Alors f se relève e un homéomorphisme fb : S → S, et les
feuilletages invariants F s et F u de f se relèvent en des feuilletages Fbs et Fbu qui ont des
singularités aux points de ramifications. Alors fb est un homéomorphisme pseudo-Anosov
de S de feuilletages invariants Fbs et Fbu .
Il est encore plus facile de construire des exemples d’homéomorphismes pseudo-Anosov
sur le tore privé d’un certain nombre de disques. Considérons par exemple un un auto-
morphisme d’Anosov linéaire f : T2 → T2 . En éclatant un point fixe de f , on obtient un
homéomorphisme fb sur le tore privé d’un disque ; il est très facile de voir que fb est un
homéomorphisme pseudo-Anosov (toutes les singularités des feuilletages sont situées sur
le cercle bord).
Exercice 4.1.7. — Soit Sest une surface compacte, f0 : S → S est un homéomorphisme pseudo-
Anosov. Montrer que, quel que soit n ∈ Z \ {0}, l’homéomorphisme f0n ne préserve aucune courbe
fermée essentielle sur S (sauf les composantes du bord de S, si celui-ci n’est pas vide). Par suite,
un homéomorphisme pseudo-Anosov n’est ni périodique, ni réductible.
Remarque 4.1.8. — En fait, on verra plus tard que l’énoncé de l’exercice ci-dessus reste
correct si on remplace l’homéomorphisme pseudo-Anosov f0 par un homéomorphisme
36 CHAPITRE 4. ÉNONCÉ DES RÉSULTATS PRINCIPAUX
Les deux exercices montrent comment construire des exemples d’homéomorphismes qui
satisfont l’hypothèse du corollaire 4.1.10. Ces exercices sont extraits du livre de Casson et
Bleiler ([1, pages 75 à 79]).
Exercice 4.1.12. — Soit maintenant S2 le tore à 2 trous (la surface compacte sans bord de genre
2), et C1 , . . . , C5 les courbes fermées simples orientées sur S représentées sur la figure 4. Pour
i = 1 . . . 5, notons Ti le twist de Dehn d’ordre 1 autour de la courbe Ci (voir encadré ci-dessous).
1. Pour chaque i, calculer la matrice de l’endomorphisme (Ti )∗ : H1 (S2 , Z) → H1 (S2 , Z) dans
la base (x, y, z, t) de H1 (S2 , Z) représentée sur la figure 5.
4.2. DYNAMIQUE D’UN HOMÉOMORPHISME ISOTOPE À UN PSEUDO-ANOSOV 37
point de vue dynamique. En effet, nous allons voir que les résultats des sections 3.3 et 3.4
se généralisent aux homéomorphismes pseudo-Anosov :
Remarque 4.2.4. — Ce résultat est un peu moins fort que le résultat analogue dans le
cas des automorphismes d’Anosov du tore T2 (théorème 3.4.1). En effet, dans le cas des
pseudo-Anosov, l’application π est en général pas définie sur un sous-ensemble strict de la
surface S. Il n’empêche : si f est isotope à un homéomorphisme pseudo-Anosov f0 , alors
la dynamique de f “se projette surjectivement” sur celle de f0 .
Montrer le théorème 4.1.1 revient à supposer que f ne préserve pas un ensemble fini
de courbes (même à isotopie près), et à montrer que, dans ce cas, f préserve (à isotopie
près) un objet un peu plus compliqué : une paire de feuilletages singuliers transverses. En
fait, on ne construira pas directement un homéomorphisme isotope à f qui préserve deux
feuilletages singuliers transverses. On commencera par construire un homéomorphisme
isotope à f qui préserve deux lamination géodésiques transverses.
Définition 4.3.1. — Une lamination géodésique de S est une union de géodésiques(1)
simples deux à deux disjointes.
L’homéomorphisme f n’envoie pas géodésique sur géodésique ; l’image par f d’une la-
mination g/’eodésique n’est donc pas une lamination géodésique en général. Au chapitre 5,
on définira cependant une action f∗ de f sur l’ensemble Λ(S) des laminations géodésiques
de S. Un point important est que cette action f∗ ne dépend que de la classe d’isotopie de
f : si g est un homéomorphisme isotope à f , alors f∗ = g∗ . Au chapitre 6, on montrera
que l’ensemble Λ(S) des laminations géodésiques de S, muni de la topologie de Hausdorff
est compact. Au chapitre 7, on en déduira que f∗ fixe toujours un point de Λ(S). Avec
un peu plus de travail, on montrera que, soit f est isotope à un homéomorphisme qui
fixe une union finie de géodésiques fermées simples (autrement dit un homéomorphisme
périodique ou réductible), soit f est isotope à un homéomorphisme qui préserve deux la-
minations géodésiques transverses avec une propriété “contraction dans la directon d’une
des laminations, dilatation dans la direction de l’autre”.
Supposons maintenant que f préserve deux laminations géodésiques transverses avec
une propriété “contraction dans la directon d’une des laminations, dilatation dans la
direction de l’autre”. Il nous restera à montrer, au chapitre ??, qu’en “écrasant le
complémentaire de ces laminations, on obtient deux feuilletages singuliers transverses
préservés par f et deux mesures transverses à ces feuilletages, l’une dilatée, l’autre
contractée par f .
(1)
Il s’agit bien sûr de géodésiques pour la métrique à courbure −1 qu’on a choisit sur S
CHAPITRE 5
(1)
Cette hypothèse ne sert qu’à simplifier les énoncés ; tous les résultats du chapitre se généralisent au cas
où S est une surface compacte à bord.
42 CHAPITRE 5. ACTION D’UN HOMÉOMORPHISME DE SURFACE SUR LES GÉODÉSIQUES
Démonstration du lemme 5.1.1. — Les points α e(0) et αe(1) sont des relevés d’un même
point de S. Il existe donc un (unique) automorphisme de revêtement σ tel que σ(e α(0)) =
α
e(1). La courbe α e0 : R → H définie par α e0 (t + n) = σ n (e
α(t)) pour tout t ∈ [0, 1[ et tout
e0 (0) = α
n ∈ Z est un relevé de α qui satisfait α e0 = α
e(0) ; par unicité du relevé, on a donc α e.
Autrement dit, on a α n
e([n, n + 1]) = σ (e α([0, 1]) pour tout n ∈ Z.
L’automorphisme σ est hyperbolique ; notons σ − , σ + ∈ S∞ ses points fixes (respective-
ment répulsif et attractif). Alors le point σ n (ex) tend vers σ − quand n → −∞ et vers σ +
quand n → +∞. Par ailleurs, il existe R > 0 tel que, pour tout n ∈ Z, l’arc [e α(n), α
e(n+1)]αe
est contenue dans une boule hyperbolique de rayon R centrée au point α e(n) (puisque le
diamètre de l’arc [e e(n + 1)]αe = σ n ([e
α(n), α α(0), α
e(1)]αe est indépendante de n). Comme le
rayon euclidien d’une boule de rayon hyperbolique R tend vers 0 lorsque le centre de cette
boule sort de tout compact de H, il en résulte que le point α e(s) tend vers σ − lorsque
s → −∞ et vers σ + lorsque s → +∞.
Proposition 5.1.4. — Toute courbe fermée essentielle dans S est homotope à une unique
géodésique fermée.
Soit αe0 : R → H un relevé de α0 . Les points α e0 (0) et α e0 (1) sont deux relevés du point
α0 (0̄) (où on note 0̄ l’image commune des réels 0 et 1 dans S1 = R/Z). Il existe donc un
automorphisme σ du revêtement p : H → S qui laisse α e0 invariante et tel que σ(e α0 (0)) =
σ(eα0 (1)). On considère l’axe de l’automorphisme de revêtement σ ; c’est une géodésique
de H que l’on note α e1 , et que l’on paramètre de manière à ce que α e1 (s + 1) = σ(e α1 (s))
1
pour tout s ∈ R. On note α1 : S → R la projection de α e1 dans S. On va montrer que la
géodésique α1 est homotope à α0 .
Pour ce faire, on un chemin quelconque βe : [0, 1] → H joignant le point α e0 (0) au point
α
e1 (0). Alors le chemin σ(β) joint les points α
e e0 (1) au point α e1 (1). On considère le lacet
obtenu en concaténant le chemin β, e le chemin αe1 ([0, 1]), le chemin σ◦ βe parcouru à l’envers,
et le chemin α e0 ([0, 1]) parcouru à l’envers. Ce lacet est contractile dans H, on donc trouver
une application continue α e : [0, 1] × [0, 1] → S telle que :
e([0, 1] × {0}) = α
1. α e([0, 1] × {1}) = α
e0 |[0,1] et α e1 |[0,1] ,
e({0} × [0, 1]) = β et α
2. α e e({1} × [0, 1]) = σ ◦ β.
e
Puisque σ est un automorphisme de revêtement, les chemins β0 et σ ◦ β0 ont la même
projection dans S. Il s’en suit que l’application αe : [0, 1]×[0, 1] → H induit une application
continue α : S1 × [0, 1] → S, que l’on peut voir comme une homotopie joignant les courbes
α0 et α1 . Ceci termine la partie “existence” de la preuve.
L’unicité de la géodésique α1 découle immédiatement du lemme 5.1.2. En effet,
considérons une deuxième géodésique fermée α10 de S homotope à α0 . Alors les géodésiques
α1 et α10 sont homotopes. Le lemme 5.1.2 nous fournit donc deux relevés α e10 de α1
e1 et α
0
et α1 qui ont les mêmes extrémités dans S∞ . Mais une géodésique de H est entièrement
caractérisée par ses deux extrémités ; donc α e10 . Et par suite, α1 = α10 .
e1 = α
Addendum 5.1.5. — Si α0 est une courbe fermée essentielle simple sur S, alors l’unique
géodésique fermée α1 homotope à α0 est également simple.
La preuve de l’addendum 5.1.5 repose sur le lemme 5.1.2 et sur le lemme facile suivant :
Réciproquement, supposons que α est une géodésique fermée sur S, qui n’est pas simple.
Soit x ∈ S un point d’auto-intersection de α : il existe deux temps s̄1 6= s̄2 tels que
α(s̄1 ) = α(s̄2 ) = x. Soit αe1 : R → H un relevé de α. Soient s1 et s2 deux réels se projetant
1
sur s̄1 et s̄2 dans S . Alors p(e e2 : R → H tel
α1 (s1 )) = x = α(s̄2 ). Donc il existe un relevé α
que α e2 (s2 ) = α
e1 (s1 ). Les relevés α
e2 , α
e1 ne sont pas équivalents car α
e1 est une géodésique
de H donc est injective, et s̄1 6= s̄2 donc s2 − s1 ∈ / Z. Par conséquent, αe1 et αe2 sont deux
relevés non-équivalents de α qui s’intersectent.
Démonstration de l’addendum 5.1.5. — Soit α0 une courbe fermée essentielle sur S, et α1
l’unique géodésique homotope à α0 . Supposons que la géodésique α1 n’est pas simple. Alors
il existe deux relevés distincts α e10 de α1 qui s’intersectent (lemme 5.1.7). Comme α
e1 et α e1
et α 0
e1 sont deux géodésiques de H, il en résultent que les extrémités de α
e1 séparent celles de
e10 dans le cercle S∞ . Puisque α1 est homotope à α0 , le lemme 5.1.2 nous fournit des relevés
α
α
e0 et α e00 de α0 ayant les mêmes extrémités respectivement que α e1 et αe10 . Par conséquent,
les les extrémités de α
e0 séparent celles de α 0
e0 dans le cercle S∞ . Donc α e0 intersecte αe00 . On
a ainsi trouvé deux relevés distincts de α0 qui s’intersectent. Il en résulte que α0 n’est pas
une courbe simple (lemme 5.1.7).
Le lemme 5.1.2 affirme que certains relevés de courbes fermées essentielles sont “proches
les uns autres”. Réciproquement, voici un lemme qui affirme que certains relevés de courbes
fermées essentielles de S sont “éloignés les uns des autres” :
Lemme 5.1.8. — Soit α une courbe fermée simple essentielle dans S. Alors il existe un
réel C > 0 tel que, la distance hyperbolique dans H entre deux relevés quelconques α e0 de
e, α
γ est minorée par C.
Démonstration. — Supposons le contraire. Alors on peut trouver une suite α ei de relevés
deux à deux distincts de α tels que la distance (pour la métrique hyperbolique de H)
entre αei et αei+1 tend vers 0 quand i → ∞. Pour chaque i, notons βei un chemin dans H
joignant α ei+1 , et tel que la longueur de βi tend vers 0 lorsque i → ∞. Notons βi le
ei à α
projeté de βi ; c’est un chemin qui va de la courbe α à elle-même. Notons xi , yi ∈ α les
extrémités de βi . En ajoutant au chemin βi le plus court des deux arcs de α qui joint xi
à yi on obtient une courbe fermée dans S, que l’on notera γi . Lorsque i → ∞, la longueur
de l’arc βi tend vers 0, donc la distance entre les points xi et yi tend aussi vers 0, donc la
longueur du plus court des deux arcs de α joignant xi à yi tend aussi vers 0, et finalement,
la longueur de la courbe γi tend vers 0. Mais puisque βei joint deux relevés distincts des
α, la courbe γi n’est pas homotope à 0. Il en résulte que la longueur de la courbe γi est
donc minorée indépendamment de i (la longueur des courbes fermées essentielles dans une
surface compacte est minorée, car la surface est recouverte par un nombre fini d’ouverts
homéomorphes à des ouverts de R2 ). D’où la contradiction recherchée.
Exercice 5.1.9. — Le but de cet exercice est d’essayer d’acquérir un intuition sur l’ensemble de
tous les relecés d’un point ou d’une géodésique de S.
1. Soit x un point de S, et X e l’ensemble de ses relevés au revêtement universel H. Montrer que
Xe est dense dans le cercle S∞ .
Indication : utiliser un domaine fondamental ∆ du revêtement p : H → S, et la comparaison
qualitative entre métrique hyperbolique et métrique euclidienne près du bord à l’infini : si
(xn ) et (yn ) sont deux suites dans H qui tendent vers deux points distincts de S∞ , alors la
distance hyperbolique entre xn et yn tend vers +∞.
5.2. ACTION D’UN HOMÉOMORPHISME DE SURFACE SUR LES GÉODÉSIQUES 45
(2)
Interprétation : une bougie allumée dans une surface hyperbolique est visible de n’importe quel point
de la surface dans toutes les directions.
46 CHAPITRE 5. ACTION D’UN HOMÉOMORPHISME DE SURFACE SUR LES GÉODÉSIQUES
Dans le cas où α est une géodésique fermée simple de S, on peut définir la géodésique
f (α) de manière beaucoup plus directe (sans avoir à considérer des relevés de α et de f ) :
Proposition 5.2.4. — Si α est une géodésique fermée de S, alors f∗ (α) est l’unique
géodésique fermée isotope à la courbe f (α).
Exercice 5.2.5. — Vérifier que l’action f∗ de f sur les géodésiques définies ci-dessus satisfait les
propriétés élémentaires suivantes :
1. Contrairement à ce que peut laisser croire la définition 5.2.3, la géodésique f∗ (α) dépend de
f et de α, mais pas du choix des relevés fe et α e.
2. On a (f −1 )∗ = (f∗ )−1 .
3. Si α est une géodésique simple, alors f∗ (α) aussi.
4. Si α est une géodésique fermée, alors f∗ (α) aussi.
5. Si α1 et α2 sont deux géodésiques disjointes, alors les géodésiques f∗ (α1 ) et f∗ (α2 ) sont
également disjontes.
Démonstration. — Supposons qu’il existe une isotopie (ft )t∈[0,1] de IdS à f qui se relève en
une isotopie (fet )t∈[0,1] de IdH à fe. Pour tout xe ∈ H, on considère le chemin γ exe : [0, 1] → H
défini par γexe(t) = ft (e
e x). Bien sûr, le chemin γ exe se projette sur le chemin γx défini par
γt (x) = ft (x) où x est le projeté de xe dans S. Puisque S est compacte, la longueur (pour la
métrique hyperbolique) du chemin γx est uniformément bornée lorsque x varie dans S. Par
suite, la longueur (pour la métrique hyperbolique) du chemin γ exe est uniformément bornée
lorsque x e varie dans H. En particulier, la distance hyperbolique entre un point x e et son
image f (e
e x) reste bornée lorsque x e varie dans H. Par conséquent, la distance euclidienne
entre un point x e et son image fe(e x) tend vers 0 lorsque xe sort de tout compact de H. La
proposition en découle immédiatement.
LAMINATIONS GÉODÉSIQUES
Comme dans le chapitre précédent, on considère ici une surface compacte sans bord S
de genre g ≥ 2. On munit S d’une métrique riemannienne à courbure −1, et on identifie
le revêtement universel de S au disque de Poincaré H. On rappelle qu’une lamination
géodésique de S est un fermé non-vide de S que l’on peut écrire comme une union de
géodésiques simples deux à deux disjointes. On note toujours Λ(S) l’ensemble des lamina-
tions géodésiques de S.
Dans le chapitre précédent, nous avons définit une action f∗ de f sur l’ensemble Λ(S),
montré que l’application f∗ : Λ(S) → Λ(S) ne dépend que de la classe d’isotopie de f , et
caractérise f à isotopie près. Nous allons maintenant étudier un peu plus précisément les
laminations géodésiques de S :
– d’un point de vue individuel : à quoi ressemble une lamination géodésique, les com-
posantes connexes de son complémentaire, etc.
– mais aussi d’un point de vue collectif : nous allons munir l’ensemble Λ(S) d’une
topologie, montrer qu’il est compact, caractériser ses points isolés, etc.
Lemme 6.1.1. — Soit L un sous-ensemble de S que l’on peut écrire sous la forme L =
S
x∈L γx , où γx est une géodésique de S passant par x, et où les géodésiques γx et γy sont
soient disjointes soit confondues(1) Alors la direction de la géodésique γx au point x dépend
continument de x.
Lemme 6.1.2. — Si L une union non-vide de géodésiques simples deux à deux disjointes
de S, alors l’adhérence de L est une lamination géodésique.
Proposition 6.1.3. — Une lamination géodésique est toujours d’intérieur vide dans S.
(1)
Ces hypothèses sont par exemple satisfaites si L est une lamination géodésique, mais on n’a pas besoin
que L soit fermé pour le lemme.
50 CHAPITRE 6. LAMINATIONS GÉODÉSIQUES
(2)
On rappelle que la distance de Hausdorff entre deux compacts K1 , K2 de S est l’infimum des réels r > 0
tels que tout point de K1 est situé à distance inférieure à r d’un point de K2 , et tout point de K2 est situé
à distance inférieure à r d’un point de K1 . La topologie de Hausdorff est celle induite par cette distance.
6.3. STRUCTURE D’UNE LAMINATION GÉODÉSIQUE ET DE SON COMPLÉMENTAIRE 51
Théorème 6.3.1. — Toute surface F hyperbolique sans bord complète d’aire finie est
homéomorphe à une surface compacte sans bord privée d’un nombre fini de points. L’aire
d’une telle surface F est −2π.χ(F ).
Corollaire 6.3.2. — Toute surface F hyperbolique à bord géodésique complète d’aire finie
est homéomorphe à une surface compacte à bord privée d’un nombre fini de points(3) . L’aire
d’une telle surface F est −2π.χ(F ) + π.χ(∂F ).
(3)
Ces peuvent être situés aussi bien sur le bord que dans l’intérieur de la surface compacte à bord considérée
52 CHAPITRE 6. LAMINATIONS GÉODÉSIQUES
Définition 6.3.8. — Une couronne à k branches est une surface hyperbolique complète
d’aire finie à bord géodésique, qui est homéomorphe à (S1 × [0, 1]) \ A où A est un sous-
ensemble fini de cardinal k de S1 × {1}.
Lemme 6.3.11. — Soit L une lamination géodésique de Set L e := p−1 (L). Si L n’a pas
de feuille fermée, alors chaque point du cercle S∞ est l’extrémité d’au plus un nombre fini
de feuilles de L.
Comme dans les chapitre précédents, on considère une surface compactes sans bord S
de caractéristique d’Euler négative, on choisit une métrique hyperbolique sur S, et on
identifie le revêtement universel de S au disque de Poincaré H. Par ailleurs, on considère
un homéomorphisme f : S → S, et on suppose que :
1. f n n’est isotope à l’identité pour aucun entier n 6= 0 ;
2. f n’est isotope à aucun homéomorphisme réductible.
Notre but est de montrer le théorème ??, c’est-à-dire de montrer que f est isotope
à un homéomorphisme f0 : S → S de type pseudo-Anosov. La construction de
l’homéomorphisme f0 se fait en plusieurs étapes.
– Nous allons tout d’abord construire deux laminations géodésiques Ls et Lu sur S telles
que f∗ (Ls ) = Ls et f∗ (Lu ) = Lu . L’existence de ces laminations est une conséquence
assez directe de la compacité de l’espace Λ(S) des laminations géodésiques sur S.
– Nous entreprendrons alors de décrire la mieux possible de la dynamique des relevés
des puissances de f en restriction au cercle S∞ . La connaissance de cette dynamique
nous permettra de donner un sens au fait que les laminations géodésiques Ls et Lu
sont respectivement répulsive et attractive.
– Nous construirons ensuite un homéomorphisme f1 : S → S isotope à f qui laisse
globalement invariantes les laminations Ls et Lu .
– Puis nous écraserons l’adhérence de chaque composante connexe de S \ (Ls ∪ Lu )
sur un point. Cette opération transforme les laminations Ls et Lu en des feuilletages
singuliers F s et F u , et transforme l’homéomorphisme f1 en un homéomorphisme f0
isotope à f1 (donc aussi à f ) qui laisse invariants les feuilletages F s et F u .
– Pour montrer que f0 est de type pseudo-Anosov, il nous restera alors à construire des
mesures transverses aux feuilletages F s et F u qui seront respectivement contractée
et dilatés par f0 . L’existence de ces mesures transverses découlera des propriétés
d’attractivité et de répulsivité des laminations Ls et Lu .
Montrer que, pour toute géodésique fermée C de T2 , la suite de géodésiques (f n (C))n∈N converge
dans Λ(T2 ) vers le feuilletage F u , et la suite de géodésiques (f −n (C))n∈N converge dans Λ(T2 )
vers le feuilletage F s .
le fermé r∈Z f∗r (K) n’a aucune raison d’être une lamination géodésique puisque f i (K)
S
est une lamination géodésique (clairement f∗ -invariante). Comme on veut une lamination
parfaite, on posera Lu = L0 .
Remarque 7.2.2. — En fait, on verra a posteriori (dans la section 7.4) que, pour toute
géodésique fermée C de S, et pour toute valeur d’adhérence K de la suite de géodésiques
(f∗n (C))n∈N , on a Lu = K 0 . En particulier, la lamination géodésique K 0 est automatique-
ment f∗ -invariante. Je ne pense pas qu’on puisse montrer ce dernier fait directement.
La lamination Ls sera obtenue de la même manière que la lamination Lu en remplaçant
la suite de géodésiques fermées (f n (C))n∈N par la suite (f −n (C))n∈N . Autrement dit, la
lamination Ls sera obtenu comme Lu en remplaçant f par f −1 .
Proposition 7.2.3. — Il existe une lamination géodésique f∗ -invariante Lu ∈ Λ(S) qui
est minimale (toute feuille de Lu est dense dans Lu ) et telle que la propriété suivante
est satisfaite : il existe une géodésique fermée simple C dans S et une suite strictement
croissante d’entiers (ni )i∈N , telles que la suite de géodésiques (f∗ni (C))i∈N converge vers
une lamination géodésique K qui n’a pas d’intersection transverse avec Lu .
Nous verrons plus tard (théorème ??) qu’il n’existe qu’une seule lamination géodésique
Lu satisfaisant les propriétés décrites ci-dessus. On dit que Lu est la lamination instable
de l’homéomorphisme f .
Lemme 7.2.4. — Il existe une géodésique fermée simple C telle que f∗n (C) 6= C pour
tout n 6= 0.
Démonstration. — Supposons le contraire. Alors, pour toute géodésique fermée simple C,
il existe un entier nC tel que f∗nC (C) = C. Fixons un point base x0 ∈ S. Soient γ1 , . . . , γr
une famille finie de lacets simples, basés en x0 , qui engendrent le groupe fondamental de
S. D’après la proposition 5.1.4, les lacets γ1 , . . . , γr sont isotopes à des géodésiques fermées
simples C1 , . . . , Cr . Si on pose
n := nC1 .nC2 . . . . .nCr ,
alors on a f∗n (Ci ) = Ci pour tout i ∈ {1 . . . r}. D’après la proposition 5.2.4, ceci implique
que f n (γi ) est homotope à γi pour tout i ∈ {1 . . . r}. Comme les lacets γ1 , . . . , γr en-
gendrent le groupe fondamental de S, on en déduit que, pour toute courbe fermée γ dans
7.2. CONSTRUCTION DES LAMINATIONS Ls ET Lu 59
S, les courbes f n (γ) et γ sont homotopes. D’après le théorème d’Epstein, ceci implique
que f n est isotope à l’identité.
est une union de géodésiques simples deux à deux disjointes. Par suite, K b := S n 0
n∈N f∗ (K )
est une lamination géodésique (voir le lemme 6.1.2). Cette lamination est clairement in-
variante par f∗ . On pose Lu := (K) b 0 . Puisque K b est f∗ -invariante, Lu l’est aussi.
Notons que la lamination Lu n’est pas vide. En effet, comme Lu = (K) b 0 , si Lu était
vide, alors, d’après le lemme 6.3.13, K b serait une lamination géodésique élémentaire (i.e.
une union finie de géodésique fermée simples deux à deux disjointes. Ceci est bien sûr
impossible puisque K b est f∗ -invariante, ce qui implique qu’elle ne possède aucune feuille
fermée d’après la proposition 7.1.1.
La lamination Lu est par construction la lamination dérivée d’une lamination K b qui est
f∗ -invariante. Le lemme 7.1.6 implique donc que toute feuille de L est dense dans Lu .
u
Reste à montrer que K n’a pas d’intersection transverse avec Lu . Nous avons vu ci-
T
dessus que Card(K ∩ f r (K)) est fini pour tout r 6= 0. Par conséquent, quel que soit r 6= 0,
les laminations K est f r (K 0 ) = (f r (K))0 n’ont pas d’intersection transverses. Il en résulte
que K n’a pas d’intersection transverse avec K b =S r 0
r∈Z f (K ). En particulier, K n’a pas
d’intersection transverse avec (K) b 0 = Lu .
Définition 7.3.2. — Un intervalle compact I du cercle S∞ est dit L e u -stabilisé si, pour
tout intervalle compact J ⊂ int(I), il existe une feuille γ
e de la lamination L e u qui a une
extrémité dans chacune des deux composantes connexes de int(I) \ J.
Remarque 7.3.3. — Si I est un intervalle L e u -stabilisé, alors les extrémités de I sont les
extrémité d’une feuille de la lamination L e u . En effet, puisque I est L e u stabilisé, on peut
trouver une suite (e e u tel que les extrémités de γ
γn )n∈N de feuilles de L en tendent donc vers
u
les extrémités de I. Et comme L est fermée, ceci implique que la géodésique de H qui
e
joint les extrémités de I est une feuille de Leu .
Deuxième étape : il existe un point s ∈ int(I) qui est un point fixe répulsif pour la restriction
de ek à S∞ . De plus, ek ne fixe aucun point situé entre q et s dans I.
Soit a le point de I qui a servi dans la première étape, et U le sous-intervalle de I
d’extrémités a et q. D’après la preuve de la première étape, la suite (e k n (a)) tend vers q,
donc l’homéomorphe déplace les points de U en direction de q. Il existe un voisinage V de
l’autre extrémité de I tel que V et e k(V ) sont tous deux disjoints de U . Puisque I est un
u
intervalle L -stabilisé, il existe une feuille δe de L
e e u qui a une extrémité (que nous noterons
c) dans U et l’autre (que nous noterons d) dans V . Puisque c est dans U , le point e k(c)
sépare c de q. Puisque les géodésique k(e e γ ) et γ ne s’intersectent pas tranvsersalement, la
seule possibilité est donc que les points e k(c) et ek(d) sépare les points c et d des extrémités
q et r de I. Notons c∞ et d∞ les limites des suites de points (e k −n (c))n∈N et (e k −n (d))n∈N .
Si c∞ 6= d∞ , notons J l’intervalle fermé d’extrémités c∞ et d∞ qui n’est pas contenu
dans I. Alors J est un intervalle L e u -stabilisé, et les deux extrémités de J sont des points
fixes attractifs pour la restriction de e k −1 à J (et donc répulsifs pour la restriction de e k).
Ceci est absurde : en effet, si on remplace I par J dans la première étape de notre preuve,
on voit que l’une au moins des deux extrémités de J est un point fixe attractif pour a
restriction de ek à J. Par conséquent c∞ = d∞ .
On pose s = c∞ = d∞ . Il existe des e k-orbites négatives (e k −n (c))n∈N et (e k −n (d))n∈N
situées de part et d’autre de s qui tendent vers s. Donc s est un point fixe répulsif pour la
restriction de ek à I. De plus, puisque c est située dans U , la e k-orbites positives (e k n (c))n∈N
tend vers q. Par conséquent, e k ne fixe aucun point situé entre q et s dans I.
Troisième étape : ek n’a pas d’autre point fixe que r dans l’intérieur de I.
On raisonne par l’absurde : on suppose que e k fixe un point t ∈ I tel que t 6= r, q, s.
Notons que t est nécessairement situé entre r et s dans I (puisque e k ne fixe aucun point
u
de I situé entre s et q). Puisque I et L -stabilisé, il existe une feuille γ
e e de L e u dont une
extrémité (notée c) est située entre q et s, et l’autre (notée d) est située entre t et r. Les
suites de points (e k −n (c))n∈N et (e k −n (d))n∈N convergent alors vers s (car l’orbite passée
de tout point situé entre q et s tend vers s) et vers un point d∞ situé entre t et r. On
note U l’intervalle de S∞ , d’extrémités s et d∞ , qui n’est pas contenu dans I. Alors U
est invariant par e k et Le u -stabilisé. Mais ses deux extrémités sont des points fixes répulsifs
62 CHAPITRE 7. PREUVE DU THÉORÈME DE CLASSIFICATION DE NIELSEN-THURSTON
de la restriction de e
k à U . Ceci contredit la première étape (tout intervalle e
k-invariant et
u
L -stabilisé a une extrémité attractive), et termine la preuve de la troisième étape.
e
La preuve de la proposition est maintenant terminée. En effet, nous avons montré que e k
possède exactement trois points fixes dans I : les deux extrémités p et q de I, et un point
fixe répulsif r situé dans l’intérieur de I. Pour tout point x ∈ I \ {r}, l’orbite de x par e
k
doit tendre vers un point fixe de k lorsque n → ∞. Ce point ne peut être r, puisque r est
e
répulsif. Par conséquent, l’orbite de x par e k tend vers une des extrémités de I.
Démonstration de la proposition 7.3.1. — La preuve se divise en trois cas.
Premier cas : e
k fixe les deux extrémités d’une feuille bord γ fu . Puisque Lu est mini-
e0 de L
male, Lu
e n’a pas de feuille isolée. Donc γ
e0 n’est pas dans le bord que d’une seule composante
connexe de H \ L ; soit U cette composante connexe. D’après la proposition 7.1.2, U
e e e est
un polygone idéal. La géodésique γ ei est l’un des côtés de ce polygone ; notons γ e1 , . . . , γ
en
les autres côtés. Pour i = 0, . . . , n, notons Ii l’intervalle fermé de S∞ dont les extrémités
sont les extrémités de la géodésique γ ei , et qui ne contient pas les autres sommets du po-
lygone U . Puisque l’homéomorphisme e
e k fixe les extrémités γe0 , il doit aussi fixer les autres
sommets de U . Par conséquent, k fixe chacun des intervalles I0 , . . . , In .
e e
Pour i ∈ Z/nZ, considérons une suite (e γik )k∈N de feuilles de Le u accumulant γ ei (une telle
u
suite existe pusiqu’aucune feuille de L n’est isolée). Pour tout k ∈ N, les extrémités des
e
eik sont situés dans l’intervalle Ii (sinon les γ
γ eik devraient intersecter γi−1 ou γi+1 ). De plus,
les extrémités des γ eik tendent vers les extrémités de l’intervalle Ii lorsque k → ∞. Par
conséquent, Ii est un intervalle L e u -stabilisé.
Nous avons donc montré que S∞ est recouvert par n + 1 intervalles qui sont fixes pour
k et L
e e u -stabilisés. D’aprés la proposition 7.3.4, ceci implique que la restriction de e k à S∞
possède exactement 2(n + 1) points fixes, alternativement attractifs et répulsifs.
Deuxième cas : e k fixe les deux extrémités d’une feuille non-bord γ e0 de L fu . Soit alors I et
0
I les deux intervalles fermés de S∞ dont les extrémités sont les extrémités de γ e0 . Alors
0
I et I sont clairement deux intervalles invariants. De plus, puisque la géodésique γ e0 est
accumulés des deux côtés par des feuilles de L e u , les intervalles I et I 0 sont L e u -stabilisés.
Par conséquent, S∞ est recouvert par 2 intervalles qui sont fixes pour e k et Le u -stabilisés. On
en déduit que la restriction de ek à S∞ possède exactement 4 points fixes, alternativement
attractifs et répulsifs.
Troisième cas : ek ne fixe les deux extrémités d’aucune feuille de Lfu . Si e
k ne fixe aucun
point de S∞ , alors c’est terminé. Supposons donc que e k fixe un point x0 ∈ S∞ .
Affirmation 1 : Le point x0 n’est une extrémité d’aucune feuille de L eu .
Supposons au contraire que x0 est une extrémité d’un feuille γ e de L e u . Alors les
k n (γ)}n∈N sont deux à deux distinctes (car e
géodésiques de la famille {e k ne fixe les deux
e u
extrémités d’aucune feuille de L ), et ont toutes une extrémité en x0 (pusique e k fixe x0 ).
En particulier, x0 est une extrémité d’une infinité de feuilles de L e u . Ceci est absurde
d’après les propositions 7.1.1 et le lemme 6.3.11 . On a donc prouvé l’affirmation 1.
Pour toute feuille γe de Le u , on note Iγe l’intervalle fermé de S∞ qui a les deux mêmes
extrémités que γ
e et qui ne contient pas le point x0 .
Affirmation 2 : Si α : [0, 1] → H ∪ S∞ est un arc tel que α(0) = x0 et α(]0, 1]) ⊂ H, alors
il existe une feuille de γ e u telle que γ
e de L e sépare x0 de α(1) dans H ∪ S∞ .
7.3. DYNAMIQUE SUR S∞ DES RELEVÉS DES PUISSANCES DE f 63
En effet, rappelons que les composantes connexes de H \ L e u sont des polygones idéaux.
En particculier, si x ∈ S∞ est dans l’adhérence d’une composante connexe de H \ L eu ,
alors il existe une feuille de L u
e qui a une etrémité en x. Par conséquent, l’affirmation 1
implique que le point x0 n’appartient à l’adhérence d’aucune composante connexe de H\L eu .
L’affirmation
Affirmation 3 : Il existe une feuille γe0 de Le u telle qu’on a
Iγe0 ⊂ int ek Iγe0 ou e k Iγe0 ⊂ int Iγe0 .
Commençons par remarquer que, pour toute feuille γ e de Le u , soit les intervalles Iγe
et ek Iγe sont disjoints, soit l’un de ces intervalles est inclus dans l’intérieur de l’autre.
Ceci découle du fait que les extrémités des intervalles Iγe et ek Iγe sont les extrémités des
géodésiques γ
e et e
k∗ (e e u , et donc sont disjointes. Il nous reste
γ ), qui sont des feuilles de L
e u telle que les intervalles Iγe et e
donc à trouver une feuille γ e0 de L 0
k Iγe0 ne sont pas
disjoints. Pour ce faire, notons que, si U est un voisinage U assez petit du point x dans
S∞ tel que e k(S∞ \ U ) ∩ (S∞ \ U ) 6= ∅. Soit U0 un tel voisinage (que l’on peut choisir
connexe pour simplifier). Il nous suffit maintenant de montrer qu’il existe une feuille γ e0 tel
que Iγe0 ⊃ S∞ \ U0 . Autrement dit, une feuille γ e0 telle que les deux extrémités de γ e0 sont
dans U0 , et sont situées de part et d’autre de x dans U0 . L’existence d’une telle feuille γ e0
découle immédiatement de l’affirmation 2. On a donc terminé la preuve de l’affirmation 3.
Dans la fin de la preuve, nous supposerons que Iγe0 ⊂ int e k Iγe0 (l’autre cas se traite
de manière entièrement similaire).
Affirmation 4 : il existe des points z − et z + de S∞ , tels que
[ \
k n Iγe0 = S∞ \ {z + } et k n Iγe0 = {z − }.
e e
n∈Z n∈Z
k n Iγe0 est une union strictement
S
L’inclusion Iγe0 ⊂ int e k Iγe0 implique que n∈Z e
croissante d’intervalles de S∞ . Deux cas sont alors possibles : soit il existe un point z+ tel
k n Iγe0 = S∞ \{z + }, soit l’adhérence de n∈Z e k n Iγe0 est un intervalle compact
S S
que n∈Z e
de S∞ . Montrons par l’absurde que le second cas ne peut pas se produire. Supposons que
k n Iγe0 est un intervalle compact I∞ de S∞ . Alors e
S
l’adhérence de n∈Z e k fixe les deux
extrémités de I∞ . Par ailleurs, les extrémités de I∞ sont les extrémités d’une feuille de
e u . En effet, les extrémités de l’intervalle Iγe sont les extrémités de la géodésique γ
L e qui
0
u u
est une feuille de L ; comme L est k∗ -invariante, ceci implique que, pour tout n ∈ Z, les
e
extrémités de l’intervalle ek n Iγe0 sont les extrémités d’une feuille de Le u ; et comme L e u est
fermée, ceci implique que les extrémités de I∞ sont les extrémités d’une feuille de L e u . Par
e e u
conséquent, k fixe les deux extrémités d’une feuille de L . Ceci contreditnotre hypothèse
k n Iγe0 = S∞ \ {z + } ;
S
de départ. Par conséquent, il existe un point z+ tel que n∈Z e
l’existence d’un point z − tel que n∈Z e k n Iγe0 = {z − } se montre de même, ce qui termine
T
la preuve de l’affirmation 3.
L’affirmation 4 implique que z + et z − sont les seuls points fixes de e k sur S∞ , que z+ est
attractif, et que z− est répulsif. En particulier, e k n’a que deux points fixes, l’un attractif,
l’autre répulsif. Ceci termine la preuve de la proposition 7.3.1.
64 CHAPITRE 7. PREUVE DU THÉORÈME DE CLASSIFICATION DE NIELSEN-THURSTON
Autrement dit : une lamination géodésique L ∈ Λ(S) est attractive pour f si, pour tout
relevé e
k d’une puissance strictement positive de f , les côtés du polygone idéal dont les
sommets sont les points fixes attractifs de la restriction de ek à S∞ sont des feuilles de la
lamination L e := p−1 (L).
Il nous reste à montrer que toute lamination géodésique qui est f∗ -invariante, attractive
pour f et minimale coı̈ncide avec Lu . Soit L une lamination géodésique f∗ -invariante,
attractive pour f , et minimale. D’après le corollaire 7.3.6, il existe un relevé e k d’une
n
puissance strictement positive k = f de f dont la restriction à S∞ possède au moins trois
points fixes attractifs. Choisissons deux points fixes attractifs consecutifs de e k et notons γ
e
γ ). Puisque Lu
la géodésique de H dont les extrémités sont ces deux points fixes, et γ := p(e
et L sont toutes deux attractive pour f , la géodésique γ est une feuille aussi bien de Lu
que de L. Mais, puisque les laminations L et Lu sont toutes deux minimales, γ est dense
aussi bien dans Lu que dans L. Autrement dit, les laminations Lu et L sont toutes deux
égales à l’adhérence de γ. En particulier, L = Lu .
Remarque 7.4.3. — Si e k est un relevé d’une puissance strictement positive de f , et si
x et y sont deux points fixes non-consécutifs de e
k, alors la géodésique dont les extrémités
u
sont x et y n’est pas une feuille de L .
e
Démonstration. — Soit U le polygone idéal (ouvert) dont les sommets sont les points
fixes de e k. Puisque Lu est attractive pour f , les côtés de U sont des feuilles de L e u . Donc
toute feuille de L u
e qui rencontrerait U serait une diagonale de U . Par conséquent, si la
e u , alors cette feuille est isolée
géodésique dont les extrémités sont x et y est une feuille de L
dans L u u
e . Ceci est absurde puisque L est minimale.
vers une lamination géodésique Lγ qui contient la lamination Lu (ce qui implique que Lγ
est la réunion de Lu et d’un nombre fini de feuilles isolées, voir la proposition ??).
Pour montrer cette proposition, on a besoin du lemme suivant :
Lemme 7.4.8. — Quel que soit la géodésique fermée simple γ de S, on a f∗i (γ) = f∗j (γ)
si et seulement si i = j.
Remarque 7.4.9. — Les propositions 5.1.4 et 5.2.4 permettent de reformuler le
lemme 7.4.8 sous la forme suivante : quelle que soit la courbe fermée simple essentielle
γ dans S, les courbes f i (γ) et f j (γ) sont homotopes si et seulement si i = j.
Notons que ceci implique immédiatement qu’un homéomorphisme d’une surface hy-
perbolique compacte qui est isotope à un homóemorphisme pseudo-Anosov ne peut être
également isotope à un homéomorphisme périodique ou réductible. Autrement dit, les
différents cas du théorème de classification 4.1.1 (ou du théorème ??) sont mutuellement
exclusifs.
Démonstration du lemme 7.4.8. — Raisonnons par l’absurde. Soit γ une géodésique
fermée simple telle qu’il existe deux entiers i, j distincts tels que f∗i (γ) = f∗j (γ). Alors
Kγ := n∈Z f∗n (C) est une union finie de géodésiques fermées simples. En particulier,
S
Lemme 7.6.10. — Soit A une matrice carrée dont tous les coefficients sont des entiers
positifs ou nuls. On suppose qu’il existe un entier p tel que tous les coefficients de Ap sont
strictement positifs. Alors A admet un vecteur propre v dont toutes les coordonnées sont
des réels strictement positives, associé à une valeur propre réelle λ > 1.
Démonstration. —
Démonstration de la proposition 7.6.9. — On considère alors la matrice d’incidence de la
partition de Markov {R1 , . . . , Rn } : par définition, c’est la matrice A = (ai,j )1≤i,j≤n où ai,j
est le nombre de composantes connexes d’intérieurs non-vides de f0 (Ri ) ∩ Rj . Clairement,
les coefficients de la matrice
Le lemme ?? implique que la matrice A possède une vecteur propre v dont toutes les
coordonnées sont des réels strictement positives, associé à une valeur propre réelle λ > 1.
On définit alors la mesure transverse µu comme suit. Soit α un arc transverse au feuilletage
F u . Pour m ≥ 0 et 1 ≤ i ≤ n, on note αi le nombre de composantes connexes de α∩f0 (Ri ).
On pose alors
Xn
µu (α) := lim λ−m αi,m yi .
m→∞
i=1
THÉORIE DE BROUWER
8.1. Exemples
L’exemple le plus simple est la translation (“la” et non pas “les” car toutes les transla-
tions sont conjuguées). Y a-t-il d’autres homéomorphismes de Brouwer ?
Exercice 8.1.1. — Montrer que R n’est pas conjugué à une translation du plan. Aide : trouver
un ensemble compact K qui rencontre tous ses itérés Rn (K).
(1)
La notion d’orientation est précisé en section 8.7.
72 CHAPITRE 8. THÉORIE DE BROUWER
Exercice 8.1.2. — Montrer que R0 n’est pas plongeable dans un flot : il n’existe aucun sous-
groupe à un paramètre (ϕt )t∈R d’homéomorphismes de O0 tel que ϕ1 = R0 . En particulier, R0 ne
peut pas être obtenu en intégrant un champ de vecteurs. Aide : considérer le point x = (0, 3/4)
et montrer que toute courbe contenant x et invariante par R0 doit s’accumuler sur la demi-droite
x ≥ 0, y = 0. Une telle courbe n’est pas une orbite d’un flot.
En fait, on peut montrer que R0 n’a pas de racine carrée (il n’existe aucun R00 tel que R002 =
R0 ). On en déduit qu’il existe une infinité dénombrable d’homéomorphismes de Brouwer deux
à deux non conjugués (considérer les puissances de R0 ). En réalité, les classes de conjugaison
d’homéomorphismes de Brouwer ne sont pas dénombrables.
Exercice 8.1.3. — Notons p2 : (x, y) 7→ y. Soit C l’espace des courbes de Jordan γ : S1 → R2 qui
ont la propriété suivante : il n’existe aucun intervalle non trivial du cercle sur lequel la restriction
de p2 ◦ γ soit monotone (notamment, γ n’est topologiquement transverse au feuilletage en droites
verticales en aucun point).
1) Montrer que C est un Gδ dense de l’espace des courbes de Jordan (muni de la topologie de
la convergence uniforme).(2)
Soit X un champ de vecteurs vertical, suffisamment régulier, défini sur le domaine de Jordan
bordé par γ, ne s’annulant en aucun point de l’intérieur du domaine et nul sur γ. Soit (Φt )t∈R le
flot obtenu en intégrant X, et f = Φ1 . En identifiant l’intérieur du domaine au plan, on obtient
un homéomorphisme de Brouwer.
2) Montrer que f a la propriété suivante : pour tout disque euclidien D, il existe un disque
euclidien D0 qui rencontre une infinité d’itérés de D.
On dit que f a un ensemble singulier dense dans le plan.
3) Comparer à la situation pour la translation et pour l’homéomorphisme de Reeb (à chaque
fois, identifier l’ensemble des points x qui sont dans un disque D comme ci-dessus).
(2)
Variante : montrer qu’avec probabilité 1, le mouvement brownien auto-évitant possède cette propriété...
8.2. L’INDICE LE LONG D’UNE COURBE 73
Remarquons que si γ est une courbe fermée (c’est-à-dire si γ(0) = γ(1)), l’indice est un
nombre entier.
le nombre Ind(ϕ ◦ g ◦ ϕ−1 , ϕ(γ)) est un entier qui dépend continûment de ϕ, il est donc
constant sur les classes d’isotopie.
c. Indice d’un point fixe. — Soit g comme ci-dessus, et x0 un point fixe isolé de g,
c’est-à-dire un point isolé de l’ensemble E. On définit alors l’indice de x0 comme l’indice
de n’importe quel cercle γ dans U qui entoure x0 mais n’entoure aucun autre point fixe (γ
est orientée dans le sens trigonométrique). Ce nombre ne dépend pas du cercle γ choisi,
et ne dépend que de la classe de conjugaison du germe de g en x0 .
On a alors la formule suivante, qui précise la proposition 8.2.1 : l’indice le long d’une
courbe de Jordan γ qui n’entoure qu’un nombre fini de points fixes de g est égal à la
somme des indices de ces points fixes.
74 CHAPITRE 8. THÉORIE DE BROUWER
Définition 8.3.1. — Une chaı̂ne périodique (de disques ouverts) est une suite
(D1 , . . . , Dk ) de disques topologiques ouverts
– deux à deux disjoints,
– libres,
– tels que pour tout i = 1, ..., k, f (Di ) rencontre Di+1 (l’indice i est considéré modulo
k).
Le nombre k est appelé période de la chaı̂ne.
DESSIN.
On en déduit facilement le :
Démonstration. — Soit D un disque ouvert libre. Alors il est disjoint de tous ses itérés
positifs : sans quoi, si n était le plus petit entier > 0 tel que f n (D) rencontre D, la suite
(D, f (D), . . . , f n−1 (D) formerait une chaı̂ne périodique de disques.
Comme tout point est dans un disque ouvert libre (le choisir assez petit !), on en déduit
que tout point est errant, c’est-à-dire possède un voisinage disjoint de tous ses itérés.
En particulier, f n’a aucun point ω-limite : aucun point du plan n’est valeur d’adhérence
d’une orbite (c’est un fait général et facile qu’un point ω-limite n’est pas errant).
Étant donnés un point x et un compact K, il n’existe donc qu’un nombre fini d’entiers
n tels que f n (x) ∈ K. Autrement dit, toute orbite tend vers l’infini.
Lemme 8.3.4. — S’il existe un homéomorphisme de Brouwer f qui admet une chaine
périodique de disques ouverts de période n, alors il existe un autre homéomorphisme de
Brouwer f 0 qui admet une orbite périodique de période n.
c. Preuves des lemmes. — On peut commencer par lire la preuve du dernier lemme,
qui explique pourquoi un homéomorphisme de Brouwer n’a pas d’orbite périodique de
période 2.
Preuve du premier lemme. — Commençons par une remarque simple : si l’on compose f
par un homéomorphisme à support(3) dans un ensemble libre, alors le résultat est encore
un homéomorphisme sans point fixe, donc de Brouwer (une telle opération est baptisée
modification libre par Morton Brown).
Soit (Di ) une chaı̂ne périodique de période n. Par définition, on peut trouver pour tout
i un point xi ∈ Di tel que f (xi ) ∈ Di+1 . Soit ϕi un homéomorphisme à support dans Di
tel que ϕi (f (xi−1 )) = xi . Puisque les disques sont deux à deux disjoints, les ϕi commutent
deux à deux. Notons Φ le composé de tous les ϕi . Il est clair que la suite (x1 , . . . , xn ) est
une orbite périodique de h0 = Φ ◦ h.
On remarque qu’on a utilisé tacitement le fait que les homéomorphismes du disque
ouvert à support compact agissent transitivement sur le disque : pour tous x, y ∈ Int(D)
il existe un homéomorphisme ϕ tel que ϕ(x) = y, et qui est l’identité hors d’un compact
de Int(D) (exercice).
La preuve du second lemme repose sur l’existence de rectangles de translation.
Définition 8.3.7. — Soit ϕ : [0, 1] × [0, 1] → R2 une application continue injective (un
plongement). Notons R l’image de ϕ, et supposons que
– R rencontre son image selon son “bord droit” : f (R) ∩ R = ϕ({1} × [0, 1]),
– ϕτ = f ϕ sur {0} × [0, 1].
On dira alors que R est un rectangle de translation. (DESSIN)
D’après le théorème de Schoenflies (voir section 8.6), pour construire un rectangle de
translation il suffit de construire son bord, cad de trouver une courbe de Jordan J telle
que
– f (J) ∩ J est un intervalle non trivial de J,
– f (J) \ J est situé dans la composante connexe non bornée du complémentaire de J.
Soit R un rectangle de translation, et notons Int(R) l’intérieur du domaine de Jor-
dan bordé par R (c’es-à-dire l’image par ϕ du carré ouvert). Soit n le temps de retour
du rectangle Int(R), c’est-à-dire le premier entier positif (éventuellement infini) tel que
f n (Int(R)) ∩ Int(R) 6= ∅. On a n ≥ 2 par définition d’un rectangle de translation. On peut
alors étendre ϕ, d’une unique manière, en un plongement de [0, n[×]0, 1[→ R2 tel que
ϕ−1 f ϕ = τ sur [0, n − 1[×]0, 1[
(3)
Le support est l’adhérence de l’ensemble des points non fixes.
76 CHAPITRE 8. THÉORIE DE BROUWER
où τ est a translation (x, y) 7→ (x + 1, y). Autrement dit, f se comporte comme la trans-
lation sur R ∪ · · · ∪ f n−2 (R).
courbe J¯ qui va de z10 à z20 en passant par f (y). On construit alors J en remplaçant dans
J¯ l’arc [z1 f (y)] ∪ [f (y)z2 ] par l’arc γ1 ∪ γ3 ∪ γ2 . On vérifie sans peine que J a les propriétés
requises pour former le bord d’un rectangle de translation.
DESSINS ! ! !
Preuve du dernier lemme, d’après Morton Brown. — Soit (x, f (x)) une orbite périodique
pour un homéomorphisme de Brouwer f . Nous allons trouver une courbe fermée sur la-
quelle l’indice de f n’est pas nul, ce qui sera contradictoire. Cette courbe J est obtenue
en mettant bout à bout n’importe quelle courbe γ reliant x à f (x) et son image h(γ). on
va utiliser le fait que tout homéomorphisme du plan préservant l’orientation est isotope à
l’identité.
Commençons par remarquer que comme f 2 (x) = x, l’indice de f le long de γ est un
demi entier p (faire un DESSIN).
Que vaut l’indice de f le long de f (γ) ? Pour le savoir, nous considérons une isotopie
(ft )t∈[0,1] reliant l’identité à f (pour savoir pourquoi f est isotope à l’identité, voir la
section 8.8. Pour tout t, conjuguons la situation par ft : le point ft (x) est périodique de
période 2 pour l’homéomorphisme de Brouwer f 0 = ft f ft−1 , la courbe ft (γ) relie ce point
à son image par f 0 , l’indice de ft le long de cette courbe est donc encore un demi-entier.
Puisqu’il varie continûment lorsque t varie, il est constant. Pour t = 0 ce nombre vaut p,
il vaut donc encore p pour t = 1, mais il s’agit alors précisément de l’indice de f le long
de la courbe f (γ).
L’indice de f le long de J vaut donc 2p, où p est un demi-entier : c’est un entier impair.
En particulier, il n’est pas nul, ce qui termine la preuve.
Exercice 8.3.9. — Montrer qu’avec cette définition plus générale, le lemme de Franks est encore
vérifié. Aide : s’il existe une chaı̂ne pour la définition générale, il en existe aussi une pour la
définition restreinte.
Définition 8.4.2. — Une droite de Brouwer de f est une droite topologique ∆ vérifiant
1. ∆ ∩ f (∆) = ∅ (∆ est libre) ;
2. ∆ sépare(4) f (∆) et f −1 (∆).
Soit ∆ une droite topologique vérifiant le premier item (∆ est libre pour h). On peut
~ Alors
alors orienter ∆ de façon à ce que f (∆) soit située à droite de la droite orientée ∆.
−1 ~
le second item revient alors à demander que f (∆) est situé à gauche de ∆, ou encore
~ On pourrait dire que les droites “parallèles” ∆
que ∆ est à gauche de f (∆). ~ et f (∆)
~ sont
“orientées dans le même sens”.
Définition 8.4.3. — Si ∆ est une droite de Brouwer, on définit comme ci-dessus la droite
~
de Brouwer orientée ∆.
~ une droite topologique orientée, et D(∆)
Voici encore une définition équivalente. Soit ∆ ~
~ Alors ∆
l’ouvert à droite de ∆. ~ est une droite de Brouwer orientée si et seulement si D(∆)~
~
est un attracteur strict, au sens où f (D(∆) ∪ ∆) ⊂ D(∆).~
On peut alors donner une forme équivalente du théorème.
(4)
Une partie E d’un espace topologique X sépare deux parties A, B ⊂ X si A et B sont incluse dans deux
composantes connexes distinctes de X \ E.
8.4. DÉCOMPOSITIONS EN BRIQUES, THÉORÈME DES TRANSLATIONS PLANES 79
Preuve de l’équivalence entre les trois énoncés. — Nous montrons d’abord que l’item 1
implique les deux autres, puis que chacun des deux autres implique l’item 1.
Soit Φ un plongement comme dans l’énoncé du théorème 8.4.1. Quitte à composer Φ par
une translation, on peut supposer que x0 = Φ(0, 0). L’image par Φ d’une droite verticale
{x} × R est une droite de Brouwer pour f : en effet, c’est une droite topologique, elle est
libre pour f puisque la droite verticale est libre pour la translation τ , et comme elle est
propre, elle sépare les ouverts connexes Φ(] − ∞, x[×R) et Φ(]x, +∞[×R), qui contiennent
respectivement f −1 (∆) et f (∆). La droite de Brouwer ∆ = Φ({0} × R) est solution du
deuxième énoncé. La droite de Brouwer ∆0 = Φ({1/2} × R) est solution du troisième
énoncé. Ainsi, l’item 1 implique chacun des deux autres.
On montre maintenant que l’item 2 implique l’item 1. Soit maintenant ∆ une droite de
Brouwer pour f , passant par x0 . On peut définir, sur la réunion des deux droites verticales
d’abscisses respectives 0 et 1, un plongement Φ d’image ∆ ∪ f (∆), et vérifiant Φτ Φ−1 = f
sur ∆. On utilise maintenant l’item 2 de la définition des droites de Brouwer : comme les
droites ∆~ et f (∆)
~ sont “orientées dans le même sens”, on peut étendre Φ en un plongement
propre de la bande [0, 1] × R, toujours noté Φ. Le fait que le plongement soit propre peut
se traduire de la manière suivante : en considérant la sphère R2 ∪ {∞}, Φ s’étend en
envoyant ∞ sur ∞ (et est alors un homéomorphisme sur son image). Remarquons que la
construction de l’extension Φ à la bande utilise le théorème de Schoenflies (plusieurs fois).
On peut maintenant étendre Φ en un plongement de R2 dans R2 ,vérifiant l’énoncé
du théorème des translations planes, d’une unique façon (comme pour les rectangles de
translation).
La même construction permet de montrer que l’item 3 implique l’item 1.
Exercice 8.4.5. — Dessiner une image de R par une application continue injective non propre
1) de façon à ce que l’image ne soit pas homéomorphe à R, 2) de façon à ce que l’image soit
homéomorphe à R.
Exercice 8.4.6. — Dessiner une “fausse droite de Brouwer” pour τ , c’est-à-dire une droite topo-
~ et
logique libre mais qui ne sépare pas son image de sa préimage ; dessiner les orientations de ∆
~
f (∆). Dessiner un domaine de Brouwer strictement plus petit que le plan.
Dessiner une droite de Brouwer pour l’homéomorphisme de Reeb. Dessiner un domaine de
Brouwer.
Exercice 8.4.7. — Écrire les détails de la construction du plongement Φ dans la remarque 8.4.4,
en explicitant les utilisations du théorème de Schoenflies.
Affirmation 8.4.8. — Quitte à conjuguer f , on peut supposer qu’il existe trois carrés
R−1 , R0 , R1 adjacents (R0 a un côté commun avec R−1 , et le côté opposé commun avec
R1 ) vérifiants :
– ces trois carrés sont libres ;
– f (R−1 ) rencontre R0 , f (R0 ) rencontre R1 ;
– R0 contient x0 .
En effet, d’après la section précédente, x0 est dans l’intérieur d’un rectangle de trans-
lation R, et donc dans l’intérieur d’un domaine de translation : soit Φ le plongement
fourni par le théorème 8.3.10. Pour la translation, on peut certainement trouver trois
carrés vérifiant les propriétés voulues ; on obtient R−1 , R0 , R1 comme les images de ces
trois carrés par le plongement Φ. Nos trois ensembles ne sont pas des carrés, mais on peut
trouver un homéomorphisme Ψ du plan qui les envoie sur trois vrais carrés, et Ψf Ψ−1
aura les propriétés voulues.
Les trois carrés R−1 , R0 , R1 fournis par l’affirmation sont les premières briques de notre
décomposition. On recouvre maintenant le plan par une famille localement finie de rec-
tangles dont les intérieurs sont deux à deux disjoints, en respectant la façon dont le maçon
ajuste ses briques : trois rectangles de la famille n’ont jamais un coin en commun.
Quitte à redécouper chaque brique un nombre fini de fois en conservant la propriété du
maçon, on peut supposer de plus que chaque brique est libre. Résumons la construction
par une définition et un lemme.
Définition 8.4.9. — On peut définir une décomposition en briques pour f comme une
famille localement finie de disques topologiques fermés appelés briques qui recouvrent le
plan, qui sont libres pour f , la réunion des bords des briques ne contenant aucun ensemble
homéomorphe à une croix (propriété du maçon). La décomposition est adaptée au point
x0 si ce point est dans l’intérieur d’une brique R0 dont l’image f (R0 ) rencontre une brique
R1 adjacente à R0 , et dont la préimage f −1 (R0 ) rencontre une brique R−1 adjacente à
R0 .(5)
Démonstration. — Si, pour tout i, f (Bi ) rencontre l’intérieur de Bi+1 , alors la suite
(Int(Bi ) forme une chaı̂ne périodique de disques ouverts, et il suffit d’appliquer le lemme
de Franks. La difficulté vient du fait que certaines transitions peuvent aloir lieu sur le bord
des briques.
(5)
La construction ci-dessus a quelques propriétés supplémentaires, par exemple l’intersection de deux
briques est vide ou connexe.
8.4. DÉCOMPOSITIONS EN BRIQUES, THÉORÈME DES TRANSLATIONS PLANES 81
Choisissons pour chaque i un point xi dans la brique Bi dont l’image est dans la brique
Bi+1 . Par minimalité ces n points sont tous distincts. De plus si on a f (xi ) = xj , alors
f 2 (xi ) est à la fois dans f (Bi+1 ) et dans Bj+1 , et donc j = i + 1(mod 1). Ceci montre que
les n ensembles {f (xi ), xi+1 } (paires ou singletons) sont deux à deux d’intersection vide.
Soit maintenant βi+1 un arc simple joignant f (xi ) à xi+1 , dont l’intérieur est inclus
dans l’intérieur de Bi+1 . Ce qui précède montre que les arcs βi sont deux à deux disjoints.
Ils sont clairement libres. En épaississant légèrement βi on trouve un disque topologique
ouvert libre Di le contenant, les Di étant encore deux à deux disjoints, et on obtient ainsi
une chaı̂ne périodique de disques ouverts (Di ). Ceci contredit le lemme de Franks.
particulier, le bord d’une réunion de briques est une sous-variété de dimension 1 (sans
bord), c’est -à-dire une réunion de courbes de Jordan et de droites topologiques.
L’attracteur A+ contient R1 puisque f (R0 ) rencontre R1 ; elle ne contient par R0 car il
n’existe pas de chaı̂ne de briques périodique.
Remarquons maintenant que l’homéomorphisme f −1 vérifie des hypothèses symétriques.
Ainsi, on peut définir le répulseur A− comme l’union des briques B−n telles qu’il existe
une chaı̂ne (B−n , . . . , B0 ) avec n ≥ 1. Ce répulseur vérifie des propriétés analogues à celles
de A+ . De plus, comme il n’existe pas de chaı̂ne périodique, les ensembles A− ,R0 et A+
ont leurs intérieurs deux à deux disjoints. Rappelons que A+ contient R1 , et A− contient
R−1 , qui rencontrent chacun R0 .
Soit ∆ une composante connexe de ∂A+ qui rencontre R0 . Puisque ∆ est une droite
topologique ou une courbe de Jordan, elle sépare le plan en deux ouverts : l’un, que l’on
notera d(∆), contient Int(A+ ), et l’autre, noté g(∆), contient A− ∪ Int(R0 ). Puisque A+
comme A− sont non bornés, on voit que ∆ ne peut pas être une courbe de Jordan : c’est
donc une droite topologique. Puisque A+ est un attracteur strict, la droite ∆ est libre, et
son image f (∆) est incluse dans l’ouvert d(∆). Quant à sa préimage f −1 (∆), elle rencontre
f −1 (R0 ) qui est inclus dans A− , elle est donc incluse dans l’ouvert g(∆). Autrement dit, la
droite topologique libre ∆ sépare son image de sa préimage : c’est une droite de Brouwer.
Rappelons que x0 ∈ Int(R0 ) ⊂ g(∆), et que f (x0 ) ∈ f (R0 ) ⊂ Int(A+ )d(∆), autrement dit
∆ sépare x0 et f (x0 ). Ceci termine la preuve du théorème des translations planes.
(6)
Une version feuilletée équivariante du théorème de translation de Brouwer, Publ. Math. Inst. Hautes
Études Sci. 102 (2005), 1–98.
8.5. ÉNONCÉ DU THÉORÈME FEUILLETÉ ÉQUIVARIANT 83
L’hypothèse sur l’action de G revient à demander que R2 /G est une surface S. Tradui-
sons alors hypothèse et conclusion du théorème sur la surface S. L’homéomorphisme F
induit un homéomorphisme f de S qui est isotope à l’identité, notons (ft )t∈[0,1] une isotopie.
Pour tout z ∈ S, on définit l’arc γz : t 7→ ft (z). L’hypothèse “F est un homéomorphisme
de Brouwer” se traduit de la façon suivante : elle revient à demander que f n’ait pas de
point fixe z contractile, c’est-à-dire tel que γz soit un lacet homotope à 0 dans S. Traduire
la conclusion est plus délicat. Tout d’abord, notons que le feuilletage F se projette sur S
en un feuilletage π(F). Il faut maintenant traduire la notion de droite de Brouwer orientée.
Pour ceci, commençons par la remarque suivante. On dit qu’un arc simple est positivement
transverse au feuilletage si, il existe un homéomorphisme entre un voisinage de l’arc et un
ouvert du plan, qui envoie les morceaux de feuilles orientées sur des segments verticaux
orientés vers le haut, et qui envoie l’arc sur un segment de l’axe des abscisses parcouru
vers la droite.
Affirmation 8.5.3. — Pour tout point z du plan, il existe un arc simple Γ0z positivement
transverse au feuilletage F, joignant z à F (z).
Démonstration. — Notons ∆ ~ z la feuille passant par z. Puisque ∆~ z est une droite de Brou-
~
wer orientée, f (z) est inclus dans l’ouvert à droite de ∆z . Soit W l’ensemble des points
qui peuvent être joints depuis z par un arc positivement transverse au feuilletage. Il s’agit
d’une partie ouverte, réunion de feuilles de F. Pour toute feuille orientée ∆ ~ 6= ∆
~ z du bord
~
de W , W est inclus dans l’ouvert à droite de ∆(...) ~ Si
; en particulier, z est à droite de ∆.
f (z) n’était pas dans W , il serait donc à gauche d’une feuille ∆~ du bord de W , mais dans
ce cas z serait aussi à gauche de cette feuille (encore par définition des droites de Brouwer
orientées), ce qui serait absurde.
L’arc Γ0z se projette sur la surface S en un arc (pas forcément simple) qui est iso-
tope à γz à extrémités fixées, et qu’on dira encore positivement transverse au feuilletage
π(F)(7) . Pour simplifier, on dira simplement que l’isotopie (ft ) est positivement trans-
verse au feuilletage π(F). On peut maintenant donner un énoncé équivalent au théorème
précédent.
(7)
On peut définir directement la notion d’arc (non simple) γ 0 : [0, 1] → S positivement transverse à un
feuilletage de S, en disant que [0, 1] est recouvert par des intervalles ouverts I sur lesquels la restriction de
γ 0 est un arc simple positivement transverse, comme plus haut.
84 CHAPITRE 8. THÉORIE DE BROUWER
Dans cet énoncé, le mot “surface” désigne une surface sans bord orientable connexe,
pas nécessairement compacte. Le cas non compact est important pour les applications ;
en particulier, S sera souvent obtenu en partant d’un homéomorphisme agissant sur une
surface compacte et en enlevant l’ensemble des points fixes.
obtenu à partir de l’anneau S1 × [0, 2] en recollant les deux bords, qui contient l’anneau
A. Si F est un feuilletage du tore, alors ou bien il existe une feuille fermée incluse dans
A (et isotope au bord), ou bien il existe une feuille qui traverse A.
Admettons ce résultat auxiliaire sur les feuilletages. Pour se débarrasser du bord de A
(le théorème feuilleté est énoncé seulement sur les surfaces sans bord), on considère le tore
obtenu en doublant A, sur lequel f agit naturellement ; on note encore f l’homéomorphisme
du tore ainsi obtenu. Supposons que F n’a pas de point fixe. Alors f n’a pas de point
fixe contractile. On peut donc appliquer le théorème feuilleté équivariant, et obtenir un
feuilletage orienté F sur le tore, transverse à l’isotopie (ft ). Si F possède une feuille fermée
dans A (isotope au bord), comme A est invariant par f , et que le feuilletage est transverse
à l’isotopie, cette feuille est une courbe simple essentielle disjointe de son image, et c’est
gagné. Sinon, d’après le résultat auxiliaire sur les feuilletages, il existe une feuille qui
rencontre les deux bords de l’anneau. Là encore, cette feuille est disjointe de son image
par F (pas nécessairement par f ), ce que l’on voulait.
Exercice 8.5.7. — Démontrer le résultat auxiliaire sur les feuilletages. Aide : utiliser le théorème
de Poincaré-Bendixson pour montrer que si une demi-feuille est entièrement incluse dans l’anneau
alors l’anneau contient une feuille fermée.
86 CHAPITRE 8. THÉORIE DE BROUWER
Ici encore, l’énoncé s’étend aux dimensions supérieure en rajoutant une hypothèse de
platitude locale. Cependant, la preuve en est très délicate (ce résultat a été connu pendant
longtemps sous le nom d’“annulus conjecture” ; le cas de la dimension 4, qui est traité à
part, est particulièrement difficile). En dimension deux, voici un schéma de preuve possible.
On trouve d’abord deux segments reliant chacun le bord de D2 au bord de D1 . On découpe
ainsi D2 en trois domaines, qui sont chacun homéomorphes au disque (d’après le théorème
de Schoenflies). On conclut en faisant le même découpage pour D2 .
Remarquons qu’il n’est pas vrai que tout plongement du bord de l’anneau D2 \ Int(D1 )
se prolonge à l’anneau (trouver deux types d’obstruction). De même, il faut noter que
l’homéomorphisme fourni par le théorème de Schoenflies ne préserve pas nécessairement
l’orientation.
canonique entre les composantes connexes de Cx et celles de Cx0 pour tous x, x0 dans le
plan. Notamment, si R > d(x, x0 ) alors les classes de z 7→ x + Rz k dans Cx et dans Cx0 se
correspondent. Ainsi, on a une bijection canonique i 7→ cx (i) entre Z et Cx , pour tout x.
Soit h un homéomorphisme du plan. Alors pour tout x, h induit un homéomorphisme
de Cx sur Ch(x) . Cet homéomorphisme induit une application ϕ : Z → Z définie par
h(cx (i)) = ch(x) (ϕ(i)). En utilisant l’inverse de h on montre que ϕ est la multiplication par
1 ou −1. De plus, ϕ ne dépend pas du choix de x. On dira alors que h préserve l’orientation
si ϕ(i) = i pour tout i, que h renverse l’orientation sinon.
Il est clair que si h est isotope à l’identité alors h préserve l’orientation. La réciproque
est plus délicate, et utilise le théorème de Schoenflies dans sa version à support compact.
Commençons par le cas des homéomorphismes du disques, qui est bien plus facile.
Proposition 8.8.1. —
1. L’espace Homeo(D2 , ∂D2 ) des homéomorphismes du disques qui sont l’identité sur le
bord est connexe par arcs.
2. L’espace Homeo(D2 ) des homéomorphismes du disques a deux composantes connexes,
celle de l’identité et celle de la symétrie (x, y) 7→ (x, −y).
3. L’espace Homeo(R2 \ D2 ) a deux composantes connexes, celle de l’identité et celle de
la symétrie (x, y) 7→ (x, −y).
ORBITES PÉRIODIQUES
Théorème. — Soit F un feuilletage sans singularité sur T2 . Alors de deux choses l’une :
1. ou bien il existe une courbe fermée simple, transverse au feuilletage, et qui ren-
contre chaque feuille : autrement dit, F est un feuilletage obtenu par suspension
d’un homéomorphisme du cercle ;
2. ou bien F admet une composante de Reeb.
90 CHAPITRE 9. ORBITES PÉRIODIQUES
Une composante de Reeb est un ensemble homéomorphe à l’anneau fermé S1 × [0, 1],
plongé de façon essentielle (non homotope à une constante), saturé par le feuilletage, en
restriction duquel le feuilletage est homéomorphe au modèle du feuilletage de Reeb :
(DESSIN).
On munit l’espace des feuilletages d’une topologie de la façon suivante : étant donné
une collection finie de plongements {ϕi : [0, 1]2 → T2 }, et ε > 0, on défini un ouvert de
l’espace des feuilletages comme l’ensemble des feuilletages qui admettent pour chaque i
une carte ϕ0i telle que dC 0 (ϕ0i , ϕi ) < ε.
Remarque 9.1.3. — Soit (ft ) une isotopie sur le tore T2 et F un feuilletage satisfai-
sant l’énoncé du théorème feuilleté équivariant de Patrice Le Calvez. Alors toute isotopie
et tout feuilletage C 0 -proches satisfont encore l’énoncé. En particulier, la condition de
transversalité est ouverte.
Cette remarque permettra de supposer que le feuilletage obtenu par le théorème feuilleté
équivariant possède des propriétés supplémentaires, par exemple :
(1)
Si l’on ne veut pas perturber, on peut adapter l’argument qui suit dans le cas irrationnel.
(2)
Remarquer que ceci ne change pas la notion de “droite de pente rationnelle”.
(3)
Ecrire d’abord la preuve en supposant que ∆˜ est une droite verticale, puis le cas général.
9.1. ENSEMBLE DE ROTATION ET ORBITES PÉRIODIQUES 91
Soit ∆ une feuille fermée. L’isotopie détermine une bande bordée par ∆ et f (∆), no-
tons U (∆) l’union des itérés de cette bande sous f . (4) Comme le tore contient deux
feuilles fermées disjointes poussées en sens contraire, les points de U (∆) sont errants. En
particulier, les mesures invariantes ont leurs supports disjoints de U (∆).
On note U (F ) la réunion des ouverts U (∆) pour toutes les feuilles fermées ∆. Il s’agit
d’un ouvert du tore, invariant par f . Décrivons le complémentaire de U (F ).
Soit K la réunion des feuilles fermées de F : c’est un ensemble compact non vide. Toute
composante connexe du complémentaire de K est l’intérieur V d’un anneau fermé, bordé
par deux feuilles fermées de F. Notons Maxinv(V ) l’ensemble des points dont tous les itérés
sont dans V . Alors il est clair que le complémentaire de U (F ) est la réunion des ensembles
Maxinv(V ). Remarquons qu’en restriction à l’anneau fermé Adhe(V ), le feuilletage est ou
bien le feuilletage de Reeb, ou bien la suspension d’un homéomorphisme de l’intervalle
sans point fixe autre que les extrémités (dans les deux cas les feuilles de V s’accumulent
sur les feuilles du bord). Dans le premier cas, l’ensemble maximal invariant n’est pas vide,
il peut être vide dans le second cas.
Soit µ une mesure ergodique pour f . Dans le cas d’un feuilletage avec composante de
Reeb, l’assertion 2 du théorème découle de l’affirmation suivante.
Affirmation 9.1.5. — Le vecteur de rotation ρ(µ) est un point non nul de la droite
{x = 0}.
Démontrons l’affirmation. Le support de µ est inclus dans l’un des ensemble compact
invariant Maxinv(V ). Puisqu’on connait complètement la topologie du feuilletage sur V
(deux topologies possibles seulement, cf plus haut), on voit qu’il existe un homéomorphisme
Φ du tore, isotope à l’identité, à support dans V , tel que le feuilletage Φ(F) est parfaitement
horizontal sur un anneau A0 ⊂ V qui contient Maxinv(V ). Conjuguer la situation par Φ
ne change pas l’ensemble de rotation. Mais dans la situation conjuguée il est clair que F
pousse tous les relevés des points de Maxinv(V ) strictement vers le haut, ou bien tous
vers le bas (selon l’orientation du feuilletage) : dans le premier cas par exemple, on a
^ ), et donc ρ(µ) ∈ {x = 0, y > 0}. Ceci termine
p2 (F (x̃)) > p2 (x̃) pour tout x̃ ∈ Maxinv(V
la preuve de l’affirmation.
2) Cas d’une suspension. — Cette fois-ci, toutes les feuilles fermées sont orientées vers le
haut, et donc poussée “vers la droite”, et le tore ne contient pas d’anneau attractif, et en
général l’ensemble de rotation ne va pas être inclus dans la droite verticale, il peut avoir
de l’intérieur. L’interprétation dynamique du feuilletage est plus délicat dans ce cas.
Comme avant, on peut définir les ensembles U (∆) et U (F ). La différence est qu’ils
peuvent maintenant contenir des points non-errants. (5) Soit µ une mesure ergodique, ou
bien le support de µ est disjoint de U (F ), ou bien il est inclus dans U (F ). La preuve se
réduit maintenant à l’affirmation suivante.
Affirmation 9.1.6. — Dans le premier cas, ρ(µ) est un point non nul de la droite {x =
0}. Dans le second cas, ρ(µ) ∈ {x > 0}.
2-a) Cas d’une mesure ergodique dont le support est disjoint de U (F ). — La description
du complémentaire de U (F ) donnée précédemment doit être un peu modifiée. (6)
Soit Ṽ un relevé d’un anneau V : il s’agit d’une bande bordée par deux droites de
Brouwer pour F . Soit x̃ ∈ Ṽ . De deux choses l’une : ou bien l’orbite de x̃ sort de Ṽ , alors
ce point est dans le domaine de Brouwer de l’une des deux droites de Brouwer bordant Ṽ ;
ou bien l’orbite de x̃ est incluse dans Ṽ : autrement dit, x̃ est dans l’ensemble maximal
invariant Ξ(Ṽ ) = Maxinv(Ṽ ). Le complémentaire de U (F ) est donc égal à la réunion
des projection Ξ(V ) des ensembles (invariants) Maxinv(Ṽ ). (7) Une mesure ergodique µ à
support disjoint de U (F ) a son support inclus dans un ensemble Ξ(V ). On peut maintenant
prouver le second point de l’affirmation en recopiant la preuve dans le cas d’un feuilletage
avec composante de Reeb.
2-b) Cas d’une mesure ergodique µ dont le support est inclus dans U (F ). — La preuve
utilise un peu de théorie ergodique.
La mesure µ charge un ensemble U (∆). D’après Birkhoff, µ-presque tout x a pour
nombre de rotation ρ(x) = ρ(µ), donc il suffit de montrer que pour un ensemble de points
x de mesure positive, la première coordonnée de ρ(x) est > 0. Soit Ẽ un petit disque dans
le domaine de Brouwer de D̃, dont le projeté E est de µ-mesure strictement positive. Si Ẽ
est assez petit, il est errant, et disjoint de ses translatés par des translations entières (il se
projette injectivement dans le tore). On définit sur E la fonction ϕ(x) = p1 (F (x̃)) − p1 (x̃),
première coordonnée du vecteur déplacement. µ-presque tout point de E revient dans E,
donc la fonction temps de retour τ est définie µ-presque partout sur E. Le point clé est
que puisque Ẽ est errant, et que ∆ ˜ est poussée “vers la droite”, pour tout point x de E
qui revient dans E, le relevé x̃ de Ẽ revient dans un relevé Ẽ + (p, 0) avec p > 0 : donc on
a
ϕ̂(x) := p1 (F τ (x) (x̃)) − p1 (x̃) = ϕ(x) + ϕ(f (x)) + · · · + ϕ(f τ (x)−1 (x)) ≥ 1.
Nous pouvons maintenant montrer que le vecteur ρ(x) a sa première coordonnée stricte-
ment positive, pour µ-presque tout x de E : ρ(x) est défini comme une limite de sommes
de Birlhoff de f que l’on va “regrouper par paquets”, en utilisant des sommes de Bikhoff
de l’application de premier retour dans E. Détaillons ceci. Il est classique que la fonction
τ est µ-intégrable sur E (son intégrale est µ(E), dessiner une “tour”). La fonction ϕ̂τ est
bornée (par Sup(ϕ)). On en déduit que la fonction ϕ̂ est aussi intégrable. L’application
de premier retour sur E, x 7→ f τ (x) (x), préserve encore la mesure µ, on peut appliquer
Birkhoff à ϕ̂ et τ : les sommes de Birkhoff convergent pour µ p.t. point x de E. En écrivant
les sommes de Birkhoff de ϕ comme des quotients d’une somme de Birkhoff de ϕ̂ par une
somme de Birkhoff de τ , on voit que la première coordonnée du nombre de rotation de x
est > 0. Ce qu’on voulait !
d. Autre preuve. — Voir les notes de cours de F. Béguin, Ensembles de rotations des
homéomorphismes du tore T2 , pour la preuve de J. Franks du point 1 du théorème.
(6)
En effet, un point peut maintenant être à la fois dans un domaine U (∆) et avoir tous ses itérés dans un
anneau V : au revêtement universel, ceci correspond par exemple à un point x̃ tel que F n (x̃) ∈ Ṽ + (n, 0)
pour tout n.
(7)
Ξ(V ) est inclus dans le maximal invariant de V , en général plus petit.
9.2. CONJECTURE D’ARNOL’D 93
10.1. Éclatement
Soit f un homéomorphisme du plan qui fixe 0. Supposons que f est différentiable en 0,
on peut alors “éclater” 0, au sens suivant. Les coordonnées polaires permettent d’identifier
R2 \ {0} à l’anneau ouvert ]0, +∞[×S1 . Dans ces coordonnées, grâce à la différentiabilité
en 0, l’homéomorphisme f se prolonge continûment en un homéomorphisme fˆ de l’anneau
semi-ouvert [0, +∞ × S1 . Cet homéomorphisme est appelé éclaté de f au point 0.
Cette construction étant de nature locale, on peut l’effectuer sur n’importe quelle sur-
face. Soit f est un homéomorphisme d’une surface S qui fixe les points d’un ensemble fini
Z, et qui est différentiable à chaque point de Z. Soit Ŝ ⊂ S la surface compacte à bord
obtenue en enlevant à S la réunion des petits disques Di ouverts de rayon ε > 0 centrés
en chaque point zi de Z. Il existe alors une application continue P : Ŝ → S, qui envoie
chaque cercle ∂Di sur zi , et qui est un homéomorphisme de Ŝ \ ∪∂Di → S \ Z, et un
homéomorphisme fˆ de Ŝ, dit éclaté de f en Z, tel que P fˆ = f P . Remarquons que fˆ se
prolonge en un homéomorphisme de S (fixant chaque disque Di ).
Remarquons que l’entropie topologique de la restriction de fˆ au bord de Ŝ est nulle
(l’entropie topologique d’un homéomorphisme du cercle est toujours nulle). En appliquant
un théorème de Bowen,(2) on en déduit que f et fˆ ont la même entropie topologique.
(1)
plus précisément, si F est un relevé de f , alors l’ensemble de rotation de F est d’intérieur non-vide ;
mais cette propriété ne dépend bien sûr pas du choix du relevé.
(2)
Voir par exemple le livre de De Melo et Van Strien sur la dynamique en dimension un.
96 CHAPITRE 10. ENSEMBLE DE ROTATION ET ENTROPIE
Ceci entraı̂ne que F (Z1 ) = Z1 +(q, q 0 ) (en effet puisque z1 est fixe pour f , on a F (Z1 ) = Z1
modulo Z2 , mais le seul point de (D e + (q, q 0 )) ∩ π −1 ({z1 , z2 , z3 }) qui est égal à Z1 modulo
ZZ 2 est Z1 + (q, q 0 ) car le disque D
e se projette injectivement sur D). De même, F (Z2 ) =
0
Z2 + (q, q ). Ceci contredit le fait que les vecteurs de rotations des trois points fixes ne
sont pas alignés (Z1 et Z2 n’ont pas les mêmes vecteurs de rotation). On a montré que γ
est essentielle dans le tore T2 .
Nous allons maintenant conclure en montrant que les vecteurs de rotations de nos trois
points fixes sont alignés, ce qui sera encore absurde. Soyons plus précis. Quitte à conjuguer
la situation par un élément de SL(2, Z), on peut supposer que la courbe orientée γ est
(3)
On obtient zi en appliquant le théorème à F − (pi , p0i ).
10.2. PREUVE DU THÉORÈME 97
homotope (dans le tore) à la courbe verticale {0} × S1 . Nous allons alors montrer que les
vecteurs de rotation des z1 sont alignés, et plus récisément qu’ils ont la même abscisse.
Ceci suit en effet du fait suivant (auquel on est ramené quitte à changer F en F −(p, p0 )).
On a un point fixe z de f , et une courbe γ dans T2 \ {z} qui est homotope à f (γ) dans
T2 \ {z} en tant que courbe orientée. On suppose que l’homotopie entre γ et f (γ) se relève
en une homotopie entre un relevé γ e et F (e
γ ). Alors le vecteur de rotation de z est vertical
(il vaut (p, 0) pour un certain p entier).
Prouvons ce fait. On considère la bande B entre γ e et γe + (1, 0). Soit ze un relevé de
z dans cette bande. Le point ze est à droite de la courbe orientée γ e. COmme F préserve
l’orientation, F (e z ) est à droite de F (e
γ ). D’après un résultat d’Epstein, il existe une homo-
topie (γt ) entre f (γ) et γ, dans T2 \{z}, qui est faite de courbe fermée simples. En relevant
cette isotopie, on voit que F (e z ) est aussi à droite de γe. De la même façon on montre que
F (ez ) est à gauche de γ e + (1, 0), autrement dit F (e z ) est dans la bande B. Puisque z est
fixe, F (ez ) est un relevé de z dans la bande B, donc il est de la forme ze + (p, 0), ce que l’on
voulait. Ceci termine la preuve du théorème.
BIBLIOGRAPHIE
[1] Casson, Adrew, Bleiler, Steven. Automorphisms of surfaces after Nielsen and Thurston.
London Math. Soc. Student Text 9 (1988), 1–105.
[2] Fathi, Albert, Laudenbach, François et Poenaru, Valentin. Travaux de Thurston sur
les surfaces. Astérisque 66-67 (1979), 1–286.
[3] Handel, Michael, Thurston, William P. New proofs of some results of Nielsen. Advances
in Math. 56 (1985), 173-191.
[5] Nielsen, Jakob. Untersuchugen zur Topologie des geschlossenen zweiseitigen Flachen I.
Acta Math. 50 (1927), 189–358.
[6] Nielsen, Jakob. Untersuchugen zur Topologie des geschlossenen zweiseitigen Flachen
II. Acta Math. 53 (1929), 1–76.
[7] Nielsen, Jakob. Untersuchugen zur Topologie des geschlossenen zweiseitigen Flachen
III. Acta Math. 58 (1931), 87–167.