Une voie d’abord centrale est un cathéter veineux introduit dans une veine de gros calibre, permettant d’accéder
directement à la circulation centrale (veine cave supérieure ou inférieure). Utilisée pour les perfusions
prolongées, les drogues vasoactives, la nutrition parentérale ou la surveillance hémodynamique.
Indications principales
Perfusion de drogues vasoactives (noradrénaline, dopamine, etc.) : besoin d’une voie centrale car ces produits
sont nécrosants → risque de nécrose si extravasation périphérique.
Accès veineux difficile ou périphéries collabées.
Mesure de la pression veineuse centrale (PVC).
Nutrition parentérale prolongée (hyperosmolaire).
Perfusions prolongées ou hypertoniques (NaCl 3 %, bicarbonate, KCl concentré…).
Dialyse, plasmaphérèse, hémofiltration.
Prélèvements répétés (sang, gaz, bilans…).
Les principaux sites de pose
1. Voie jugulaire interne droite
Localisation : en avant du sternocléidomastoïdien, entre les deux chefs.
Avantages : accès direct à la veine cave supérieure, pose facile (surtout sous échographie), bon débit.
Inconvénients : risque de ponction carotidienne, inconfort cervical, risque infectieux modéré.
Indication typique : perfusion de noradrénaline en choc septique.
2. Voie sous-clavière
Localisation : sous la clavicule, direction rétro-claviculaire vers la veine cave supérieure.
Avantages : bon confort, faible risque d’infection à long terme, maintien durable du cathéter.
Inconvénients : risque de pneumothorax ou d’hémothorax, ponction artérielle difficile à comprimer.
Indication typique : nutrition parentérale prolongée en réanimation.
3. Voie fémorale
Localisation : en dessous de l’arcade inguinale, médiale par rapport à l’artère fémorale.
Avantages : accès facile et rapide, surtout en urgence, pas besoin de tourner la tête.
Inconvénients : risque infectieux élevé, gêne à la marche, ne permet pas de mesure fiable de la PVC.
Indication typique : arrêt cardiorespiratoire, accès immédiat en urgence.
Matériel nécessaire
Solutés utilisés :
Sérum physiologique (NaCl 0,9 %) : rinçage, entretien, remplissage.
Sérum glucosé 5 % : nutrition ou dilution médicamenteuse (selon prescription).
Noradrénaline diluée (1 mg/50 mL ou 4 mg/50 mL selon protocole) : toujours sur voie centrale.
KCl concentré : voie centrale uniquement.
Tubes pour prélèvements initiaux :
Lors de la pose, on profite pour faire des prélèvements :
Tube sec (rouge ou jaune) : bilan biochimique (urée, créatinine, électrolytes).
Tube EDTA (violet) : hémogramme.
Tube citraté (bleu) : coagulation (TP, TCA).
Gaz du sang (seringue héparinée).
Hémocultures si suspicion infectieuse.
Technique de pose (résumé pratique)
1. Asepsie rigoureuse (gants stériles, champs, antiseptique large, masque, calot).
2. Position du patient : Trendelenburg (tête basse) sauf pour la fémorale, pour distendre la veine et éviter
l’embolie gazeuse.
3. Repérage anatomique ou échoguidage.
4. Ponction veineuse avec seringue montée sur aiguille.
5. Mise en place du guide (technique de Seldinger
6. Introduction du cathéter sur le guide puis retrait du guide.
7. Aspiration pour vérification du reflux veineux.
8. Rinçage avec NaCl 0,9 % et fixation stérile.
9. Pansement stérile + contrôle radiographique (jugulaire/sous-clavière) pour vérifier l’absence de
pneumothorax et la bonne position du cathéter.
Surveillance infirmière
Pansement quotidien : propre, sec, stérile.
Surveillance du point d’entrée : rougeur, chaleur, écoulement.
Surveillance du débit : reflux, perméabilité.
Surveillance du patient : fièvre, frissons → penser à une infection de cathéter.
Retrait rapide si inutilisé (prévention des infections).
Exemples cliniques
Cas n°1 : Choc septique
Patient en réanimation avec hypotension persistante malgré remplissage. Perfusion de noradrénaline.
Voie jugulaire interne droite choisie : accès rapide à la veine cave, fiabilité pour drogues vasoactives, moins de
risque de pneumothorax qu’une sous-clavière. > B: Cas n°2 : Arrêt cardiorespiratoire (ACR)
Pas de perfusion périphérique possible. Patient en massage cardiaque.
Voie fémorale centrale posée : accès rapide, patient en décubitus, ne gêne pas les compressions thoraciques.
Risque infectieux secondaire mais acceptable en urgence vitale.
Cas n°3 : Nutrition parentérale prolongée
Patient stable, long séjour en réanimation. Nécessite une nutrition hyperosmolaire (glucose 25 %, lipides, acides
aminés).
Voie sous-clavière : confort, patient peut bouger la tête, faible risque infectieux, utilisation prolongée possible
(plusieurs semaines).
Complications possibles
Infectieuses : septicémie, infection locale, bactériémie.
Mécaniques : pneumothorax, hémothorax, hématome, ponction artérielle.
Thrombotiques : thrombophlébite.
Fonctionnelles : mauvaise position, reflux impossible
Voie centrale = urgence, drogues vasoactives, nutrition parentérale, bilans répétés.
Toujours penser au risque infectieux et pneumothorax → asepsie stricte et contrôle radiographique.
Adapter le site à la situation clinique :Jugulaire droite : choc septique.
Fémorale : urgence extrême.
Sous-clavière : nutrition prolongée.