Léandre, Géronte.
Géronte rentre chez lui après une longue absence. Avant de revoir son fils Léandre, il apprend par un ami (dont le fils, Octave, s’est marié sans
l’autorisation de son père) que Léandre a fait « pire encore ». Mais quoi ? Le spectateur, lui sait que Léandre est amoureux d’une jeune fille
pauvre qu’il veut épouser.
LEANDRE, GERONTE
Géronte, (Vociférant) – Que pourrait-ce être cette affaire-ci ? Pis encore que le sien ? Pour moi, je ne vois pas ce que l’on peut faire de pis ; et je
trouve que se marier sans le consentement est une action qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Ah ! Vous voilà.
Léandre, (en courant à lui pour l’embrasser) – Ah ! Mon père, que j’ai de joie de vous voir de retour ! Géronte, (refusant de l’embrasser) –
Doucement. Parlons un peu d’affaire.
Léandre, (désorienté) - Souffrez que je vous embrasse, et que…
Géronte, (le repoussant encore) - Doucement, vous dis-je.
Léandre, (lui coupant la parole) - Quoi ? Vous me refusez, mon père, de vous exprimer mon transport par mes embrassements !
Géronte - Oui ! Nous avons quelque chose à démêler ensemble.
Léandre - Et quoi ?
Géronte, (menaçant) - Tenez-vous que je vous voie en face.
Léandre - Comment ?
Géronte, (assuré) - Regardez-moi entre les yeux.
Léandre, (inquiet) - Hé bien ?
Géronte – Qu’est-ce donc qu’il s’est passé ici ?
Léandre – Ce qui s’est passé ?
Géronte – Qu’avez-vous fait dans mon absence ?
Léandre – Que voulez-vous, mon père, que j’aie fait ?
Géronte – Ce n’est pas moi qui veut que vous ayez fait, mais qui demande ce que c’est que vous avez fait. Léandre, tournant la tète – Moi, je n’ai
fait aucune chose dont vous ayez lieu de vous plaindre.
Géronte – Aucune chose ?
Léandre – Non.
Géronte – Vous êtes bien résolu.
Léandre, déterminé – C’est que je suis sûr de mon innocence.
Géronte – Scapin pourtant a dit de vous nouvelles.
Léandre – Scapin ! Surpris
Géronte – Ah ! Ah ! Ce mot vous fait rougir.
Léandre – Il vous a dit quelque chose de moi ?
Géronte, furieux– Ce lieu n’est pas tout à fait propre à vuider1 cette affaire, et nous allons l’examiner ailleurs. Qu’on se rende au logis. J’y vais
revenir tout à l’heure. Ah ! Traître, s’il faut que tu me déshonores, je te renonce pour mon fils, et tu peux bien jamais te résoudre à fuir de ma
présence.
D’après Molière, Les Fourberies de Scapin (1671), acte II, scène 2