Séries de Laurent et théorème des résidus
Séries de Laurent et théorème des résidus
h a pi
tr
e 5
Séries de Laurent, Théorème des
résidus
Sommaire
5.1 Séries de Laurent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
5.2 Résidus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
75
5.1. Séries de Laurent
Si la partie principale est nulle, la série de Laurent se réduit à une série de Taylor.
On dira que la série de Laurent converge si ses parties principale et analytique convergent.
Théorème 88 (de Laurent)
Im z
Soit C1 et C2 des cercles concentriques, de centre z0
et de rayons respectifs R1 et R2 .
z R1 C1
On suppose que f est uniforme et holomorphe sur
C1 et C2 et également dans la couronne D [ou région
z0
R2
D
annulaire D] limitée par C1 et C2 .
Les courbes C1 et C2 étant décrits dans le sens positif C2
où I
1 f (z)
an = dz, n ∈ Z avec C = C1 ou C2 .
2πi (z − z0 )n+1
C
76
5.1. Séries de Laurent
Cette dernière série étant uniformément convergente dans C1 , ce qui nous permet d’intervertir
les signes somme et intégrale :
+∞ +∞
(z − z0 )n (z − z0 )n
I I I
1 f (w) 1 X X f (w)
dw = f (w) n+1 dw = dw.
2πi w−z 2πi n=0
(w − z0 ) n=0
2πi (w − z0 )n+1
C1 C1 C1
Et donc
+∞ +∞
(w − z0 )n−1 (z − z0 )−n
I I I
1 f (w) 1 X X f (w)
− dw = f (w) n dw = dw.
2πi w−z 2πi n=1
(z − z0 ) n=1
2πi (w − z0 )−n+1
C2 C2 C2
On en déduit que
+∞ +∞ +∞
(z − z0 )n (z − z0 )−n
I I
X f (w) X f (w) X
f (z) = n+1 dw + −n+1 dw = an (z − z0 )n ,
n=0
2πi (w − z0 ) n=1
2πi (w − z0 ) n=−∞
C1 C2
Exemple 62
1Déterminons le développement en série de Laurent Im z
1
de la fonction z 7→ f (z) = =
(z + 1) (z + 3) C1
3
1 1 1 2 <
− |z |
2 z+1 z+3 < 5
2
−3 −1 z0 = 0 Re z
La fonction f est holomorphe dans D et sur sa frontière, D
C2
car les singularités −1 et −3 sont à l’extérieur D.
Donc f admet un développement en série de Laurent
centré à l’origine z0 = 0.
3
Si |z| > > 1, on a
2
n X
(−1)n−1
1 1 1 1X 1 1 1
= 1 = − = n
= − 2 + ···.
z+1 z 1+ z z n≥0 z n≥1
z z z
77
5.1. Séries de Laurent
5
Si |z| < < 3, on a
2
1 1 1 1 X z n X zn 1 z z2
= z = − = (−1)n n+1 = − + − ···.
z+3 31+ 3
3 n≥0 3 n≥0
3 3 9 27
z2
1 1 1 1 1 1 z
f (z) = − = ··· − 2 + − + − + ···.
2 z+1 z+3 2z 2z 6 18 54
Exemple 63
Im z
1Développons en série de Laurent la fonction de l’exemple
précédent
1
f (z) = D
(z + 1) (z + 3) 0 < |z + 1| < 1
D = {z ∈ C, 0 < |z + 1| < 1} .
Notons que pour tout 0 < |z + 1| < 1 on peut écrire
n X
(−1)n
1 1 1 1 1X z+1
= = = − = (z + 1)n .
z+3 z+1+2 2 z+1 2 n≥0 2 2n+1
1+ n≥0
2
D’où
1 X (−1)n 1 1 1
f (z) = = n+1
(z + 1)n−1 = − + (z + 1) − · · · .
(z + 1) (z + 3) n≥0 2 2 (z + 1) 4 8
Exemple 64
1
Développons en série de Laurent la fonction z 7→ f (z) = e z dans C∗ .
P wn 1
Rappelons que ew = , w ∈ C, alors pour w = on a
n≥0 n! z
1
X 1 1 1 1
ez = n
= · · · + 3 + 2 + + 1.
n≥0
n!z 6z 2z z
78
5.1. Séries de Laurent
Pôles
Si f à la forme (??) dans laquelle la partie principale ne possède qu’un nombre fini de termes
donnés par
a−1 a−2 a−3 a−n
+ 2 + 3 + ··· + ,
z − z0 (z − z0 ) (z − z0 ) (z − z0 )n
où a−n 6 0, alors z = z0 est appelé un pôle d’ordre n.
=
Si n = 1 on a affaire à un pôle simple.
Si z = z0 est un pôle de f alors lim f (z) = ∞.
z→z0
Exemple 65
1
La fonction z 7→ f (z) = de l’exemple 63 présente un pôle simple au point
(z + 1) (z + 3)
z0 = −1.
Singularités apparentes
Si une fonction uniforme f n’est pas définie en z = z0 mais si lim f (z) existe, alors z = z0 est
z→z0
appelée une singularité apparente. Dans un pareil cas on définit f (z) pour z = z0 comme
étant égal à lim f (z).
z→z0
Exemple 66
sin z
Si f (z) = alors z = 0 est une singularité apparente car f (0) n’est pas défini mais
z
sin z sin z
lim = 1. On définit f (0) = lim = 1. On remarque que dans ce cas
z→0 z z→0 z
z3 z5 z7 z2 z4 z6
sin z 1
= z− + − + ··· = 1 − + − + ··· .
z z 3! 5! 7! 3! 5! 7!
Singularités essentielles
Si f est uniforme alors toute singularité qui n’est ni un pôle ni une singularité apparente est
appelée une singularité essentielle. Si z = z0 est une singularité essentielle de f (z), la partie
principale du développement de Laurent possède une infinité de terme.
Exemple 67
1
Le développement de e z s’écrivant
1 1 1 1
ez = 1 + + 2
+ + ··· ,
z 2!z 3!z 3
on en déduit que z = 0 est une singularité essentielle.
79
5.2. Résidus
Singularités à l’infini
1
dans f (z) on obtient la fonction w 7→ f w1 = F (w). Alors la nature de la
En posant z =
w
singularité à z = ∞ [le point à l’infini] est définie comme étant la même que celle de F (w) en
w = 0.
Exemple 68
1
1
La fonction z 7→ f (z) = z 3 a un pôle triple en z = ∞ car F (w) = f w
= possède un pôle
w3
triple en z = 0.
Exemple 69
De la même façon z 7→ f (z) = ez possède une singularité essentielle en z = ∞ car
1
1
F (w) = f w
= ew
5.2 Résidus
Im z
C
Soit f une fonction holomorphe et uniforme à l’intérieur d’un
cercle C et sur C, excepté au point z = z0 centre de C. Alors
comme nous l’avons vu dans la section précédente, f possède z0
+∞
X
f (z) = an (z − z0 )n = a0 + a1 (z − z0 ) + a2 (z − z0 )2 + · · ·
n=−∞ (5.1)
a−1 a−2 a−3
+ + 2 + + ···
z − z0 (z − z0 ) (z − z0 )3
où I
1 f (z)
an = dz, n ∈ Z. (5.2)
2πi (z − z0 )n+1
C
80
5.2. Résidus
le résultat
I
1 2πi p=1
dz = (5.4)
(z − z0 )p 0 p ∈ Z, p 6= 1.
C
Définition 89
Avec les notations ci-dessus, le coefficient a−1 du développement de Laurent de f au voisinage
de z0 s’appelle le résidu de f au point z0 et se note
I
1
Res (f, z0 ) = a−1 = f (z) dz.
2πi
C
Pour obtenir le résidu d’une fonction f en z = z0 on pourrait croire d’après (5.1) à la nécessité
d’écrire le développement de f en série de Laurent dans le voisinage de z = z0 . Dans beaucoup
de cas on peut déterminer le résidu sans passer par le développement de Laurent.
Pôle simple
Exemple 70
z+1
Trouver le résidu de f (z) = en z = 1.
(z + 2) (z − 1)
Le point z = 1 est un pôle simple et le résidu en z = 1 est
z+1 z+1 2
Res (f, 1) = lim (z − 1) = lim = .
z→1 (z + 2) (z − 1) z→1 z + 2 3
Remarque 90
Si z = z0 est un pôle simple et f (z) se présente sous la forme
P (z)
f (z) = , Q (z0 ) = 0 et Q0 (z0 ) 6= 0,
Q (z)
P (z0 )
Res (f, z0 ) = . (5.6)
Q0 (z0 )
81
5.2. Résidus
Exemple 71
ez+1
Trouver le résidu de f (z) = en z = −1.
z3 + 1
Le point z = −1 est un pôle simple et le résidu peut être calculé par la formule (5.6) :
ez+1 ez+1
z=−1 z=−1 e1−1 1
Res (f, −1) = = = 2 = .
3z 2 3 (−1) 3
(z 3 + 1)0 z=−1
z=−1
Pôle d’ordre m ≥ 2
Dans le cas où z = z0 est un pôle d’ordre m ≥ 2, le résidu a−1 est donné par la formule
1 dm−1
Res (f, z0 ) = a−1 = lim m−1
{(z − z0 )m f (z)} . (5.7)
z→z0 (m − 1)! dz
qui représente la série de Taylor de la fonction analytique du premier membre. Par dérivation
des deux membres (m − 1) fois par rapport à z, on obtient
dm−1 m! (m + 1)!
m−1
{(z − z0 )m f (z)} = (m − 1)!a−1 + a0 (z − z0 ) + a1 (z − z0 )2 + · · · .
dz 1! 2!
Soit en faisant tendre z vers z0
dm−1
{(z − z0 )m f (z)} = (m − 1)!a−1 ,
dz m−1
d’où l’on déduit le résultat cherché.
Si z = z0 est un point singulier essentiel, le résidu peut parfois être trouvé en utilisant des
développements en série connus.
Exemple 73
1
Si f (z) = e− z , alors z = 0 est un point singulier essentiel et d’après le développement connu
u2 u3
eu = 1 + u + + + ··· ,
2! 3!
1
avec u = − , on trouve
z
1 1 1 1
e− z = 1 − + 2
− + ··· ,
z 2!z 3!z 3
1
où l’on voit que le résidu en z = 0 étant le coefficient de sa valeur est −1.
z
Théorème 91
L’intégrale de f le long de C est égale à 2πi fois la somme des résidus de f en les singularités
contenues dans C, i.e.
I n
X
f (z) dz = 2πi Res (f, zk ) .
C k=1
Notons que le théorème de Cauchy et les formules intégrales sont des cas particuliers de ce
théorème.
Im z
Démonstration. C
On construit les cercles C1 , C2 , · · · , Cn centrés en z1 , z2 , · · · , zn et zn Cn
C1
situés entièrement à l’intérieur de C. z1
C2
D’après le théorème 52 page 43 on a
z2
I X n I I I I z3
f (z) dz = f (z) dz = f (z) dz+ f (z) dz+· · ·+ f (z) dz. C3
C k=1C
k C1 C2 Cn Re z
83
5.3. Le théorème des résidus
I
Mais d’après la formule (5.3), f (z) dz = 2πi Res(f, zk ) , k = 1, 2, · · · , n. Alors on déduit que
Ck
I n
X
f (z) dz = 2πi Res (f, zk ) = 2πi · la somme des résidus de f dans C,
C k=1
La démonstration précédente établit le théorème des résidus pour des domaines simplement
connexes contenant un nombre fini de singularités de f . On peut l’étendre à des domaines
contenant une infinité de singularités isolées de f ou étant multiplement connexes.
Exemple 74
Im z
1 Cr , r > 1
z3 + 1
I
Calculer f (z) dz où f (z) = 2 et Cr le cercle
z +1
Cr i Cr , r < 1
centré à l’origine et de rayon r, r 6= 1.
La fonction Re z
z3 + 1 C1
z→
7 f (z) = 2 −i
z +1
possède deux pôles simples z1 = i, z2 = −i et on a
d’après la remarque 90 page 81,
z3 + 1 z3 + 1
z=i z=i 1−i −1 − i
Res (f, i) = = = = ,
2z 2i 2
(z 2 + 1)0 z=i
z=i
et
z3 + 1 z3 + 1
z=−i z=−i 1+i −1 + i
Res (f, −i) = = = = .
2z −2i 2
(z 2 + 1)0 z=−i
z=−i
z3 + 1
I
Notons que pour 0 < r < 1 l’intégrale dz = 0 car la fonction f est holomorphe à
z2 + 1
Cr
l’intérieur de Cr et sur Cr . Mais, si r > 1 on aura
I 3
z +1 −1 − i −1 + i
dz = 2πi (Res (f, i) + Res (f, −i)) = 2πi + = −2πi.
z2 + 1 2 2
Cr
84
5.4. Application du théorème des résidus
Démonstration. D’après le théorème d’estimation [voir l’inégalité (3.1) page 39], nous avons
Z
M πM
F (z) dz ≤ k
· πR = k−1 ,
R R
ΓR
Proposition 93
M
Si |F (z)| ≤ pour z = R eit , où k > 0 et M sont des constantes, alors si ΓR est le
Rk Z
demi-cercle de la figure ci-dessus, lim eiαz F (z) dz = 0, α ∈ R∗+ .
R→+∞
ΓR
Démonstration. Si z = R eit , on a
Z Zπ
it
eiαz F (z) dz = eiαR e F R eit R ieit dt.
ΓR 0
85
5.4. Application du théorème des résidus
D’où
Z Zπ
iαz it
eiαR e F R eit R ieit dt
e F (z) dz =
ΓR 0
Zπ
it
eiαR e F R eit R ieit dt
≤
0
Zπ
e−αR sin t eiαR cos t F R eit Rdt
=
0
Zπ
e−αR sin t F R eit Rdt
=
0
π
Zπ Z2
M 2M
≤ e−αR sin t dt = e−αR sin t dt.
Rk−1 Rk−1
0 0
De plus, par l’étude de la fonction t 7→ π2 t − sin t sur l’intervalle 0, π2 , on voit que sin t ≥ π2 t
π
Z2 t= π2
2M −αR π2 t 2M −π −αR 2 t πM
1 − e−αR ,
e dt = k−1 e π =
Rk−1 R 2αR t=0 αR k
0
qui tend vers zéro quand R → +∞ car α et k sont strictement positifs ce qui démontre le
résultat annoncé.
Définition 94
Z +∞
Soit f : R → C une fonction continue telle que |f (x)| dx < +∞.
−∞
Sa transformée de Fourier est la fonction fˆ : R → C définie par
Z +∞
fˆ (ξ) = F (f ) (ξ) = f (x) e−iξx dx.
−∞
La transformée de Fourier est un outil essentiel des mathématiques appliquées. Elle peut
souvent être obtenue via le calcul des résidus.
86
5.4. Application du théorème des résidus
Exemple 75 −R + iξ Im z R + iξ
CR
1Calculons la transformée de Fourier de la fonc-
x2
tion f définieZpar f (x) = e− 2 .
z2
Considérons e− 2 dz où CR désigne le rectan-
CR
Re z
gle d’extrémités −R, R, R+iξ et −R+iξ, ξ > 0. −R R
z2 z2
Z
La fonction z 7→ e− 2 n’a aucune singularité à l’intérieur de CR , alors e− 2 dz = 0, i.e.
CR
ZR Zξ (R+iy)2
Z−R (x+iξ)2 Z0 (−R+iy)2
x2
e− 2 dx + e −
2 idy + e −
2 dx + e− 2 idy = 0.
−R 0 R ξ
Zξ (R+iy)2
Zξ (R+iy)2
Zξ −R2 +y 2
− −
On a e 2 idy ≤ e 2 dy = e 2 dy → 0 quand R → +∞. De même
0 0 0
Z0 (−R+iy) 2
−∞ −∞
il vient alors
Z+∞ (x+iξ)2 Z+∞ 2 √
x
−
e 2 dx = e− 2 dx = 2π.
−∞ −∞
On en déduit que
Z +∞ Z +∞ x2 ξ2
Z +∞ (x+iξ)2 √ ξ2
fˆ (ξ) = f (x) e−iξx
dx = e −
2 e−iξx dx =e −
2 e− 2 dx = 2πe− 2 .
−∞ −∞ −∞
P (x)
Soit f (x) = une fonction rationnelle intégrable sur R et zk , Im zk 6= 0, k = 1, ..., n ses
Q (x)
pôles.
Im z
Pour calculer la transformée de Fourier ΓR CR = ΓR ∪ [−R, R]
Z +∞
ˆ
f (ξ) = f (x) e−iξx dx
−∞
de la fonction
Z f par la méthode des résidus, on
considère f (z) e−iξz dz, ξ < 0 où CR désigne la Re z
−R R
CR
87
5.4. Application du théorème des résidus
courbe fermée ou le contour fermé formé du segment [−R, +R] et du demi cercle ΓR décrit
dans le sens direct.
Si le nombre R est suffisamment grand alors
Z X
f (z) e−iξz dz = 2πi Res f (z) e−iξz , zk ,
CR Im zk >0
i.e.
ZR Z X
−iξx
f (z) e−iξz dz = 2πi Res f (z) e−iξz , zk ,
f (x) e dx +
−R ΓR Im zk >0
Z
Si l’on prend la limite quand R → +∞ et si l’on utilise le fait que lim f (z) e−iξz dz = 0,
R→+∞
ΓR
on obtient
Z+∞ X
fˆ (ξ) = f (x) e−iξx dx = 2πi Res f (z) e−iξz , zk , si ξ < 0.
−∞ Im zk >0
−R Im z
R
De même, en choisissant le demi cercle avec des
Re z
parties imaginaires négatives on obtient
X
fˆ (ξ) = −2πi Res f (z) e−iξz , zk , si ξ > 0.
Im zk <0
ΓR
CR = ΓR ∪ [−R, R]
Exemple 76
1
Calculons la transformée de Fourier de la fonction f définie par f (x) = .
x2 + 1
1
On a z 2 + 1 = 0 pour z = i et z = −i, ces valeurs de z sont les pôles simples de et
z2 +1
e−iξz e−iξz eξ
e−iξz z=i z=i
Res z2 +1 , i = = = ,
2z 2i
(z 2 + 1)0 z=i
z=i
e−iξz e−iξz
e−iξz
z=−i z=−i e−ξ
Res z 2 +1
, −i = = = .
2z −2i
(z 2 + 1)0 z=−i
z=−i
Alors
eξ
−iξz
e
2πi Res z2 +1 , i , si ξ < 0, 2πi , si ξ < 0,
2i
fˆ (ξ) = = −ξ
= πe−|ξ| .
−2πi e , si ξ > 0
−iξz
−2πi Res e 2 , −i , si ξ > 0
z +1
−2i
88
5.4. Application du théorème des résidus
Le calcul d’intégrales définies généralisées peut souvent être effectué en utilisant le théorème
des résidus appliqué à une fonction et à un contour convenables dont le choix peut demander
une grande ingéniosité.
Les types d’intégrales qui suivent sont souvent rencontrées dans la pratique.
Z +∞
Intégrale du type f (x) dx
−∞
Soit f une fonction complexe holomorphe dans le demi plan Im z ≥ 0 sauf en un nombre fini de
M
points singuliers isolés z1 , z2 , ..., zn de demi plan Im z > 0. On suppose de plus que |f (z)| ≤ k
R
it
pour z = R e , k > 1 et M > 0.
Z Im z
On considère f (z) dz, où CR désigne le contour ΓR CR = ΓR ∪ [−R, R]
CR
z2
fermé formé du segment [−R, +R] et du demi cer-
cle ΓR décrit dans le sens direct. z1
z3 zn
Si le nombre R est pris suffisamment grand alors
Re z
le théorème des résidus permet d’écrire −R R
Z Xn
f (z) dz = 2πi Res (f (z) , zk ) ,
CR k=1
i.e.
ZR Z n
X
f (x) dx + f (z) dz = 2πi Res (f (z) , zk ) .
−R ΓR k=1
Z
D’après la proposition 92, lim f (z) dz = 0. Alors lorsque R → +∞, on obtient
R→+∞
ΓR
Z+∞ n
X
f (x) dx = 2πi Res(f (z) , zk ) .
−∞ k=1
Remarque 95
P (z)
Si f (z) = où P et Q sont des polynômes avec deg Q ≥ 2 + deg P , et aucun des zéros
Q (z)
de Q n’étant réel, alors la formule précédente est valable, les zk étant les zéros de Q tels que
Im zk > 0.
89
5.4. Application du théorème des résidus
Exemple 77
Im z
1 Z+∞ 2 ΓR CR = ΓR ∪ [−R, R]
x
Calculons l’intégrale dx.
(x + 1) (x2 + 4)
2
−∞
z2 2i
Les pôles de f (z) = situés à
(z 2 + 1) (z 2 + 4) i
l’intérieur du contour CR sont les pôles simples
Re z
z = i et z = 2i et on a −R R
z2 −i
i
Res (f, i) = lim (z − i) = ,
z→i (z 2 + 1) (z 2 + 4)
6
−2i
z2
−i
Res (f, 2i) = lim (z − 2i) 2 = .
z→2i (z + 1) (z 2 + 4) 3
Si R est suffisamment grand alors d’après le théorème des résidus
z2
Z
i i π
dz = 2πi {Res (f, i) + Res (f, 2i)} = 2πi − = .
(z 2 + 1) (z 2 + 4) 6 3 3
CR
i.e.
ZR
x2 z2
Z
π
dx + dz = .
(x2 + 1) (x2 + 4) 2 2
(z + 1) (z + 4) 3
−R ΓR
M
Comme lim R2 |f (R eit )| = 1, alors |f (z)| ≤ pour z = R eit , M > 0. Donc d’après la
R→+∞ R2
proposition 92,
z2
Z
lim dz = 0.
R→+∞ (z 2 + 1) (z 2 + 4)
ΓR
Z 2π
Intégrale du type R (cos t, sin t) dt
0
Soit R (x, y) une fonction rationnelle en x et en y qui n’a pas de pôles sur le cercle x2 + y 2 = 1.
z − z −1 z + z −1 1
Si on pose z = eit , t ∈ [0, 2π], alors sin t = , cos t = et dz = ieit dt ou dt = dz.
2i 2 iz
Par conséquent
Z 2π
z + z −1 z − z −1
Z
1
R (cos t, sin t) dt = R , dz.
0 iz 2 2i
|z|=1
90
5.4. Application du théorème des résidus
z + z −1 z − z −1
1
Posons f (z) = R , , on a alors d’après le théorème des résidus
iz 2 2i
Z 2π Xn
R (cos t, sin t) dt = 2πi Res (f (z) , zk ) ,
0 k=1
où les zk sont les pôles de la fraction rationnelle f qui appartiennent à l’intérieur du cercle
|z| = 1.
Exemple 78
1 Z 2π
1 Im z
Calculons l’intégrale dt.
0 5 + 3 sin t
Pour calculer cette intégrale on va appliquer la méthode
Re z
it
ci-dessus qui consiste à poser z = e , t ∈ [0, 2π]. Alors −i
3
Z 2π Z Z
1 1 2
dt = −1 dz =
dz
0 5 + 3 sin t z−z 2
3z + 10iz − 3
|z|=1 iz 5 + 3 |z|=1
2i
Z
2 −3i
= dz.
(3z + i) (z + 3i)
|z|=1
−i 2
Puisque le nombre est le seul pôle de qui appartient à l’intérieur du cercle
3 (3z + i) (z + 3i)
|z| = 1, alors par le théorème des résidus
Z 2π
1 2 −i 2 π
dt = 2πi Res , = 2πi −i = .
0 5 + 3 sin t (3z + i) (z + 3i) 3 3 3 + 3i 2
Z +∞
P (x) α−1
Intégrale du type x dx
0 Q (x)
Soit α un réel strictement positif. Soient P et Q deux polynômes avec deg Q > α + deg P , tels
que P (0) 6= 0 et aucun des zéros de Q n’étant réel positif ou nul. Si zk , k = 1, ..., n sont des
P (x) α−1
points singuliers de x , alors Re zk ∈/ [0, +∞[.
Q (x)
Im z
On va considérer cette fois la fonction
P (z)
z 7→ f (z) = (−z)α−1 , Arg (Log z) ∈ ]−π, π[ ,
Q (z)
et le contour CR,r de la figure ci-contre où l’axe réel
positif est la coupure et où AB et GH coı̈ncident A B
Re z
avec l’axe des x mais sont montrés séparés pour −R −r
H G
une meilleure compréhension. Le contour CR,r =
[r, R] ∪ ΓR ∪ [R, r] ∪ Γr où ΓR et Γr sont des cer-
cles centrés à l’origine de rayons R et r.
91
5.4. Application du théorème des résidus
On a
Z ZR Z
P (z) P (x) (α−1)iπ α−1 P (z)
(−z)α−1 dz = e x dx + (−z)α−1 dz
Q (z) Q (x) Q (z)
CR,r r ΓR
Zr Z
P (x) −(α−1)iπ α−1 P (z)
+ e x dx − (−z)α−1 dz.
Q (x) Q (z)
R Γr
Lorsque r → 0, on obtient
Z2π
P (r eit )
Z
P (z) α−1 it
lim (−z)α−1 dz = lim it
−r eit r e dt ≤ lim K rα = 0.
r→0 Q (z) r→0 Q (r e ) r→0
Γr 0
Quand R → +∞
Z2π
P (R eit )
Z
P (z) it α−1
(−z)α−1 dz = lim R eit dt ≤ lim K Rβ = 0,
lim −R e
R→+∞ Q (z) R→+∞ Q (R eit ) R→+∞
ΓR 0
Par conséquent
Z+∞ n
P (x) α−1 π X P (z) α−1
x dx = Res (−z) , zk .
Q (x) sin (απ) k=1 Q (z)
0
Exemple 79
Par application de la formule précédente on a
Z+∞ !
xα−1 π (−z)α−1 π
dx = Res , −1 = , 0 < α < 1.
x+1 sin (απ) z+1 sin (απ)
0
+∞
P (x) eiαx
Z
Intégrale du type dx, α > 0
−∞ Q (x) x
P (x)
Soit une fraction rationnelle dont le dénominateur Q (x) ne possède pas des racines réelles
Q (x)
et deg Q ≥ deg P .
92
5.4. Application du théorème des résidus
Im z
P (z) eiαz CR,r
Considérons la fonction z 7→ f (z) = et
Q (z) z
le contour CR,r de la figure ci-contre,
CR,r = [r, R] ∪ ΓR ∪ [−R, −r] ∪ Γr où ΓR et Γr
sont des demi cercles centrés à l’origine de rayons
Re z
R et r. Donc, d’après le théorème des résidus on r R
obtient
ZR Z−r
P (z) eiαz P (x) eiαx P (z) eiαz P (x) eiαx P (z) eiαz
Z Z Z
dz = dx + dz + dx − dz
Q (z) z Q (x) x Q (z) z Q (x) x Q (z) z
CR,r r ΓR −R Γr
P (z) eiαz
X
= 2πi Res , zk .
Im zk >0
Q (z) z
P (z) eiαz
Z
Notons que si on procède comme ci-dessus on vérifie que l’intégrale dz tend vers
Q (z) z
ΓR
zéro quand R tend vers +∞.
Pour l’intégrale sur Γr on a
Zπ it
P (z) eiαz P (reit ) eiαre
Z
it P (0)
lim dz = lim ire dt = iπ .
r→0 Q (z) z r→0 Q (reit ) reit Q (0)
Γr 0
Exemple Z80
+∞
sin x
Calculons dx.
0 (x2 + 1) x
eiz
Puisque le nombre i est le seul pôle de avec partie imaginaire strictement positive,
(z 2 + 1) z
alors par application de la formule précédente on obtient
Z+∞
eix eiz
−1
dx = iπ + 2πi Res , i = iπ 1 − e .
(x2 + 1) x (z 2 + 1) z
−∞
Notons que
Z+∞ Z+∞ Z+∞ Z+∞
eix cos x sin x sin x
dx = dx + i dx = 2i dx.
(x2 + 1) x 2
(x + 1) x 2
(x + 1) x (x2+ 1) x
−∞ −∞ −∞ 0
On en déduit que
Z+∞
sin x −1 π
dx = 1 − e .
(x2 + 1) x 2
0
93
5.4. Application du théorème des résidus
Z +∞
P (x)
Intégrale du type Log xdx
0 Q (x)
Im z
P (x)
Soit une fraction rationnelle dont le
Q (x)
dénominateur Q (x) ne possède pas de racines
réelles positives ou nulles,
On considère la fonction
P (z)
z 7→ f (z) = (Log z)2 ,
Q (z)
et le contour CR,r = [r, R] ∪ ΓR ∪ [R, r] ∪ Γr de la
figure ci-contre où ΓR et Γr sont des cercles centrés à l’origine de rayons R et r.
Si R est assez grand et r est assez petit, alors par le théorème des résidus
Z ZR Z
P (z) P (x)
(Log z)2 dz = (Log x)2 dx + f (z) dz
Q (z) Q (x)
CR,r r ΓR
Zr Z
P (x)
+ (Log x + 2πi)2 dx − f (z) dz
Q (x)
R Γr
n
X P (z)
= 2πi Res (Log z)2 , zk .
k=1
Q (z)
Comme précédemment les intégrales sur Γr et ΓR tendent vers zéro lorsque r → 0 et R → +∞.
On obtient alors la relation
Z+∞ Z+∞ n
P (x) 2 P (x) 2
X P (z) 2
(Log x) dx − (Log x + 2πi) dx = 2πi Res (Log z) , zk .
Q (x) Q (x) k=1
Q (z)
0 0
D’où
Z+∞ Z+∞ n
P (x) P (x) X P (z) 2
−2 Log xdx − 2πi dx = Res (Log z) , zk .
Q (x) Q (x) k=1
Q (z)
0 0
Alors
Z+∞ n !
P (x) −1 X P (z) 2
Log xdx = Re Res (Log z) , zk ,
Q (x) 2 k=1
Q (z)
0
Z+∞ n !
P (x) −1 X P (z)
dx = Im Res (Log z)2 , zk .
Q (x) 2π k=1
Q (z)
0
94
5.4. Application du théorème des résidus
Exemple 81 Z +∞
Log x
Calculons l’intégrale dx.
0 (x + 1)3
Ici P (x) = 1 et Q (x) = (x + 1)3 , toutes les conditions sont vérifiées, d’où
Z+∞
1 −1 1 2
Log xdx = Re Res (Log z) , −1 ,
(x + 1)3 2 (z + 1)3
0
Z+∞
1 −1 1 2
dx = Im Res (Log z) , −1 .
(x + 1)3 2π (z + 1)3
0
On en déduit que
Z+∞
Log x −1
3 dx = ,
(x + 1) 2
0
Z+∞
1 1
3 dx = .
(x + 1) 2
0
95