INTRODUCTION GENERALE
Le droit de la consommation n’a pas toujours existé, les relations étaient basées sur la
morale et la confiance.
Le droit de la consommation est de construction très récente ; il ne commence à prendre
de l’ampleur en France qu’à partir des années 1970, et depuis ce droit se construit à
petit pas, comme s’est construit à la fin du 19é siècle, le droit du travail.
L’histoire a révélé que, très tôt la volonté de protéger les consommateurs est apparue
dans les textes législatifs. Mais cette protection du consommateur, à l’origine du droit
de la consommation, pèse lourdement sur l’idée que l’on s’en fait aujourd’hui et
explique au moins en partie les controverses qui existent à son propos dans notre monde
juridique.
Toute personne en effet, riche ou pauvre, doit pouvoir prétendre à l’exercice des droits
habituellement reconnus aux consommateurs. Le Droit de la consommation devrait être
la tradition législative et règlementaire d’une éthique économique selon laquelle, le
consommateur ne doit pas être livré pied et poing liés à ceux qui détiennent l’argent ou
qui sont en situation de monopole, encore faut-il que l’éducation conduise à agir en
consommateur responsable.
Selon les auteurs, le droit de la consommation n’est qu’une variante du droit civil et il
n’a pas sa place dans un corpus juridique sérieux ou alors à l’opposée, il constitue un
droit à part entière qui aujourd’hui a acquis son autonomie, et est devenu au même titre
que le droit commercial ou le droit bancaire une branche du droit des affaires.
C’est bien évidement dans cette seconde perspective que s’intègrent les
développements du droit de la consommation.
Section première : Genèse du droit de la consommation
Si l’entité droit de la consommation est un concept nouveau, la protection des
consommateurs est très ancienne. On la trouve à Babylone (1700ans avant J.C ) où le
code d’Hammorabi contient des dispositions pénales à l’encontre de ceux qui procèdent
à des falsifications de marchandises.
On retrouve cette protection des consommateurs à Rome, dans la loi des 12 tables qui
avaient déjà mis en œuvre une sorte d’obligations d’informations ainsi que la garantie
des vices cachées.
Le moyen âge connaitra aussi des modes variés de protection des consommateurs et des
marchandises : les contrats doivent être exécutés de bonne foi, l’usure est prohibée. « la
marchandise doit être si loyale que nulle n’en soit déçue par les vices » ( Etienne
Boileau, le livre des métiers).
Pendant toute l’ancien régime (avant révolution de 1789), la protection du
consommateur s’est essentiellement faite sur la répression de ce que l’on appelle
aujourd’hui les tromperies et les falsifications. Le faussaire est donc sanctionné par une
peine criminelle : « est faussaire, celui qui vend une chose pour une autre (…) ». Il faut
dire aussi la même chose de ceux qui vendent des choses mixtionnées pour des choses
pures, qui mêlent du suif ou de la térébenthine avec de la cire et qui vendent ensuite ce
mélange comme de la cire pure ; de ceux qui mêlent de l’eau dans le vin et en général
de tout ceux qui font des mélanges ou mixtions désavantageuses au public et qui
falsifient les marchandises (Daniel Jousse , Traité de la justice criminelle). Durant cette
période, la protection des consommateurs fut assurée pendant un temps par des
corporations ; les exigences de qualité des artisans et des maitres artisans participaient
également à la protection des consommateurs.
Le Traité de la Justice criminelle de Jousse a révélé aussi le point de départ d’un droit
du marché avec la répression du faux tabac, c’est à dire de celui qui ne se trouve pas
marqué les points et cachés de la ferme, ou les contraventions des toiles peintes et autres
toiles prohibées.
Cette protection du consommateur a disparu en tant que régime particulier avec le code
civil de 1804 et l’avènement de la libre concurrence.
La révolution supprima toutes les contraintes et entraves au développement de la
production. Du même coup, elle créa un vide quasi intégral dans le domaine de la
protection des consommateurs et marqua le début d’une époque ou la répression de la
fraude atteignit les dernières limites de l’indulgence. La révolution emprunta en faite
ce refus de protection aux philosophes du 18é siècle, et de Rousseau en particulier. Le
contrat prend une importance beaucoup plus grande : c’est le principe de l’autonomie
de la volonté que formulera plus tard Emmanuel GOUNOT : « la seule tache du droit
est d’assurer la légalité des libertés en présence ». Tout contrat libre est un contrat juste
quel qu’en soit le contenu. Ce principe de l’autonomie de la volonté est inséparable du
postulat de légalité entre les contractant mis à part les incapables reconnus. Le code
civil n’apportera donc aucune protection particulière au consommateur considéré
comme un contractant normal. Quel que soit le type de contrat conclu, dans le code
civil de 1804, le consommateur n’est protégé que par les conditions générales de
validité des contrats et par les règles spécifiques afférentes au contrat conclu et
notamment à la vente. Il y a donc à travers les vices du consentement, où le droit à la
vente des éléments de droit de la consommation dans sa conception de protection des
personnes vulnérables.
Paradoxalement, les consommateurs n’auront que très peu à souffrir réellement de ce
régime juridique, de l’autonomie de la volonté contrats, dans la mesure où les relations
fournisseurs, consommateurs sont des relations très personnalisées, notamment les
régions rurales où vient l’essentiel de la population.
Ainsi les rapports consommateurs et fournisseurs sont le plus souvent des rapports de
proximité et de confiance parce que le fournisseur attache une importance capitale à sa
réputation, il n’est nul besoin de règles juridiques.
Le droit pénal issu du code de 1810, est suffisant pour dissuader de nuire le
consommateur et pour protéger ce dernier contre les inévitables escrocs ou fraudeurs
de tous genres.
Le 19é siècle avec l’ère industrielle, connait une mutation de l’ensemble de la société.
D’une société essentiellement rurale, on passe à une société de plus en urbaine, qui ne
donne pas la même signification aux relations personnalisées.
L’anonymat des grandes villes devient peu à peu la règle. Par ailleurs, le commerce se
métamorphose. Aristide Boucicaut, créé dans la seconde moitié du 20é siecle, le bon
marché et met en place les premières ventes par correspondance : c’est le début de la
société de consommation qui mettra encore plus d’un siècle pour atteindre un
développement significatif. Pour autant, le législateur ne modifie le code civil dans le
domaine du contrat. Il faudra attendre le début du 20é siècle, pour que la loi prenne
véritablement en compte la protection des consommateurs, mais toujours sous l’angle
pénale de la tromperie et de la falsification.
LA LOI DU PREMIER AOUT 1905
Cette loi marque le début du droit de la consommation en France. Le terme de
consommateur ne figure pas dans le texte mais cette loi introduit dans le droit pénal
plusieurs délits nouveaux à partir des idées de tromperie et de falsification. Il s’agit de
sanctionner les auteurs de tromperies sur la nature des produits.
Cette loi donnait aux pouvoirs publics la possibilité de définir par décret la composition
des différents produits et notamment ceux destinés à l’alimentation humaine.
Les pouvoirs publics n’allaient pas se priver de cette faculté qui leur étaient offerte et
les décrets et arrêtés pris sur le fondement de cette loi se sont multipliés. (on a avancé
le chiffre de plus de 2000 textes réglementaires).
Ainsi, en France, le droit de la consommation commence par des mesures à caractère
répressif. Le consommateur n’existe pas vraiment ; ce n’est que postérieurement que le
consommateur en tant qu’entité particulière.
CONSUMERISME ET DROIT DE LA CONSOMMATION
En 1936 est fondé aux États Unis, la Consumers Union qui ne prend véritablement
importance que dans les années 1970. Ralph NADER prend une place importante dans
ce mouvement consumériste. Il s’illustrera particulièrement en faisant plier la Général
Motor, contrainte de retirer du marché un modèle de véhicules automobile considéré
comme dangereux. Il publie une série d’ouvrages consacrés aux consommateurs. Dans
« le Festin empoisonné », il écrit notamment : « chaque consommateur, chaque
association, se doit de faire connaitre son mécontentement non plus à son épicier mais
au pays tout entier. Un groupe de citoyens, pourvu qu’il soit organisé de façon efficace,
peut se défendre contre les agressions des grandes entreprises. Il faut mettre l’accent
sur le rôle primordial que doit jouer le public.
Le Président John Kennedy dans son discours au Congrés en 1962 disait ceci : « les
dépenses à la consommation représentent les 2/3 des dépenses économiques totales. Ils
constituent pourtant le seul groupe qui ne soit pas réellement organisé et dont les avis
le plus souvent ne sont entendus (…) ». L’établissement d’une législation
complémentaire et l’action de l’administration sont nécessaires si le gouvernement
fédéral entend faire face à ses responsabilités pour assurer aux consommateurs le plein
exercice de leurs droits, c’est à dire le droit à la sécurité, le droit d’être informé, le droit
d’être entendu, le droit de choisir ».
Dans ce discours, et suite aux mouvements consuméristes américains, apparait l’énoncé
de droit et non plus seulement la nécessité de mesures de protection du consommateur.
Le consommateur, n’est pas seulement cette incapable qu’évoquait Portalis dans son
discours, c’est un homme qui est titulaire de droits qui lui sont reconnus parce qu’il est
consommateur. L’évolution vers la conception moderne du droit de la consommation
est en marche.
LES FONDEMENTS PHYLOSOPHIQUES DU DROIT DE LA
CONSOMMATION
Les fondements du droit de la consommation tiennent à la place de l’homme dans
l’économie. Il s’agit en réalité de savoir si l’économie est au service de l’homme ou si
à l’inverse l’homme est au service de l’économie. Ce débat se joue aujourd’hui au plan
international.
La réunion de l’organisation Mondiale du Commerce à Seattle, à la fin de l’année 1999,
a été l’occasion d’une crise de conscience mondiale de la protection des
consommateurs ; les représentants des différents pays ont exprimé leur conception
divergente du commerce mondial. Sous la pression des manifestants, force a été de
constater que le libéralisme économique, pure et dure, non tempéré par la prise en
compte des intérêts des consommateurs ne constituait pas la meilleure protection de
ceci, notamment en matière de sécurité et de santé alimentaire. Un accord, plus
récemment conclu à Montréal, reconnait à chaque pays le droit, au non du principe de
précaution, de ne pas admettre la commercialisation sur son sol, d’un produit qu’il
considère comme dangereux pour la santé ou la sécurité des consommateurs.
La conférence de Rio de 1992, a dégagé le principe de consommation durable. Il s’agit
de considérer les droits des générations futures à subsister, donc de faire en sorte que
notre génération, ne détruisent pas ce qui apparait comme nécessaire à la vie (eau, air,
sols espèces). Cette notion s’est développée dans les conférences internationales sur
l’environnement notamment Kyoto. Elle marque la nécessité de ne pas se lancer dans
la production de masse de produits qui pourraient dans l’avenir être dangereux pour
l’espèce humaine. La conférence de Paris sur le climat de décembre 2015 s’inscrit dans
la même veine. Ainsi commence à se développer une « consommation écologique »
que l’on voit déjà poindre sous la forme du développement durable, ainsi de
l’interdiction des produits plastiques à usage unique, par la loi n2020-04 du 08 janvier
2020 relative à la prévention et à la réduction de l’incidence des plastiques sur
l’environnement des produits plastiques.
Face à ce choix, les réactions des États sont très différentes. Le monde anglosaxon n’a
pas la même culture économique que le monde latin. Les débats à l’occasion des
pesticides et notamment du Glyphosate en sont une illustration des principes bien
établis en et apparemment bien vécus aux Etats-Unis et qui choquent profondément les
esprits français.
Chaque pays est à la recherche d’un compromis. Il n’est pas possible de sacrifier
l’intérêt collectif des consommateurs sur l’autel du libéralisme. Tout comme, il n’est
pas non plus possible, de renouveler avec le dirigisme économique au faux prétexte de
défendre l’intérêt des consommateurs. La solution réside sans doute dans la recherche
d’un compromis, qui prendrait en compte à la fois, l’importance et la place du
libéralisme économique au plan mondial, les nécessités politiques nationales et
internationales. L’existence de l’intérêt des consommateurs. C’est ce compromis que
tente le droit sénégalais, en faisant du droit de la consommation, un moyen de régulation
des relations nées du marché-consommation.
Un autre fondement philosophique du droit de la consommation : le solidarisme
Pour résumer cette théorie de Léon Bourgeois appliquée au droit, on peut dire que
l’intérêt individuel n’est pas la fin du droit, mais qu’il doit être tempéré par la prise en
compte de l’intérêt social. En droit des contrats, le solidarisme est généralement opposé
à une vision pure et dure de l’autonomie de la volonté. On retrouve l’empreinte du
solidarisme dans les règles de formation des contrats (clauses abusives) et dans les
sanctions de ces règles. Mais se limiter aux mesures de protection des consommateurs
dans la formation des contrats, serait singulièrement réduire l’influence des thèses
solidaristes dans le droit de la consommation et conduirait à donner de cette branche du
droit de la consommation une vision étriquée. Le droit de la consommation est autre
chose que cet ensemble de protection ; c’est aussi l’affirmation de droits qui avaient
énoncés par Kennedy dans son discours de 1962.
Le droit de la consommation est en réalité d’un compromis, d’un équilibre entre le tout
libéral et le tout dirigisme. Le solidarisme est la base de ce compromis, auquel semble
être parvenu le droit sénégalais à travers le droit de la consommation. Mais encore
faudrait il pour restaurer la primauté du social dans l’économie du marché, et non en sa
marge, que l’on n’ose retrouver une véritable éthique des affaires et que l’on hésite pas
à affirmer l’existence d’un droit à la consommation pour tous, y compris les pauvres
dans notre pays mais aussi dans les pays en voie de développement, et que l’on donne
à ces personnes en état de pauvreté les moyens de mettre en œuvre ce droit de la
consommation, et de promouvoir des produits de première nécessité à des prix justes.
FONDEMENTS ECONOMIQUES DU DROIT DE LA CONSOMMATION
A très gros trait, On peut dire qu’il existe au plan économique deux options
fondamentales : dirigisme ou libéralisme et de multiples options intermédiaires qui sont
des synthèses plus ou moins réussis des deux systèmes extrêmes.
Le libéralisme à l’état pure ne se préoccupe pas des consommateurs, ceux-ci sont
soumis aux pouvoirs des producteurs et des distributeurs. La liberté de commerce et de
l’industrie permet aux producteurs et distributeurs de mettre sur le marché n’importe
quels produits de le présenter sous des formes alléchantes voire mensongères,
l’essentiel étant de vendre au risque de nuire aux consommateurs.
C’est en définitif ce principe qui est traduit dans le code civil de 1804 sous la forme de
liberté contractuelle. Selon Benjamin Barber, le capitalisme nous demande d’avoir
besoin de tout ce qu’il produit, le consumérisme a besoin de l’ethos (ensemble des
comportements qu’une personne peut avoir) infantiliste qui encourage le crédit facile
et la consommation impulsive, alors qu’il décourage l’épargne et l’investissement ; la
consommation devient un substitut à la vie.
Le dirigisme dépend de la puissance de l’État et de sa volonté de peser sur l’économie ;
il intervient le plus souvent dans des périodes de crise et au Sénégal, il a été le système
appliqué avec plus ou moins de nuance a partir des évènements de 1962. Dans une
économie de type dirigiste, le contrôle de l’État se situe à tous les niveaux. L’Etat peut
agir sur le s prix par le contrôle de ceci : sur la concurrence, sur le contrôle des produits
de consommation, sur la qualité des produits et services.
Ce que l’on constate au Sénégal, c’est que le droit de la consommation s’est développé
sous une économie de type dirigiste et s’est maintenu sous une économie de type libéral.
Mais l’esprit parait avoir changé : la perspective d’une politique dirigiste laisse planer
le risque d’une infantilisation des consommateurs par l’instauration d’un droit de la
consommation conçue uniquement comme un ensemble de mesures de protection.
Le libéralisme quant à lui fait courir aux consommateurs le danger d’être la cible de
ceux qui ne recherchent que le profit. On peut cependant trouver dans une perspective
libérale une dynamique susceptible de faire du consommateur un partenaire de la
politique économique. Encore faut-il s’en donner les moyens, par exemple en donnant
les organismes de représentation des consommateurs de véritables pouvoirs en matière
économique ; l’action de groupe en justice introduite dans le droit sénégalais, par la loi
n 2021-25 va dans ce sens.
Entre le tout dirigisme et le tout libéral, la solution est sans doute dans un équilibre,
celui qui est préconisé par le solidarisme.
Le souci du consommateur n’est pas le critère primordial du critère d’un État pour
choisir un système économique. Les critères de choix sont essentiellement politiques.
Le mot politique est utilisé dans son sens large et noble. Il s’agit d’une recherche d’une
organisation de l’État pour que ça soit défendu dans les meilleures conditions l’intérêt
général. Il est évident que dans cet intérêt général, l’intérêt collectif de tous les citoyens,
donc des consommateurs, est prise en compte. Mais ces critères politiques vont
s’inscrire dans un ensemble de relations de l’État avec ses partenaires nationaux ou
étrangers. En effet, il est nécessaire de tenir compte des éléments de politique
internationale ; le temps n’est plus ou un pays pouvait vivre en autarcie.
A l’époque d’internet et du commerce électronique, de l’organisation du commerce
international, chaque pays est obligé de tenir compte des données économiques du
commerce international. Mais chaque pays n’a pas le même sens de l’intérêt des
consommateurs. Les données économiques mondiales auront donc des répercussions
sur le droit de la consommation interne à chaque pays. La consommation des ménages
est aujourd’hui considérée comme un facteur important de croissance et beaucoup de
mesures de redistribution se justifie par la volonté des gouvernements de redonner du
pouvoir d’achat aux consommateurs. Cette volonté politique de prendre en compte le
consommateur se traduit par l’importance protocolaire gouvernementale accordée à un
ministère chargé de la consommation.
ETUDE DU CADRE JURIDIQUE ET INSTITUTIONNEL DU
DROIT DE LA CONSOMMATION AU SENEGAL
CHAPITRE PREMIER : PROTECTION DE LA SANTE DES
CONSOMMATEURS DANS LE DOMAINE DES DENREES
ALIMENTAIRES (SECURITE SANITAIRE DES ALIMENTS)
Introduction : Le public est en droit d’attendre que les aliments qu’il consomme soit
sans danger et propre à la consommation. Les attentes sont d’autant plus légitimes, que
les intoxications alimentaires et les maladies transmises par les aliments n’ont cessé
d’augmenter. On dénombre des millions de cas d’intoxication alimentaire par année
aux États Unis et en France. Quid des pays sous-développés ou la surveillance
épidémiologiques pour disposer des données fiables fait défaut. A cela s’ajoute les
conséquences économiques (réticence des consommateurs) car la détérioration
alimentaire peut perturber les échanges, entrainer des manques à gagner, du chômage
et des litiges. La détérioration des aliments est couteuse et peut se répercuter
négativement sur le commerce et la confiance des consommateurs. Dans un contexte
de mondialisation et de libéralisation des échanges, le commerce des denrées
alimentaires et les voyages à l’étranger sont en augmentation.
En outre, les habitudes alimentaires ont évolué dans le monde au cours des trente
dernières années et des nouvelles techniques de production des aliments se sont
développées. Un contrôle efficace est donc essentiel pour éviter les conséquences
négatives sur la santé publique et sur l’économie. Pour ce faire, chaque acteur
(agriculteurs, fabricants, industriels, ) doit s’assurer que les aliments mis sur le marché
sont salubres et propres à la consommation.
Si en Europe et aux États-Unis, la responsabilité primaire de ne mettre sur le marché
que des aliments aptes à la consommation incombe aux opérateurs économiques ; en
Afrique comme au Sénégal, la responsabilité de la qualité revient aux pouvoirs publics,
à l’État.
SECTION PREMIERE : Étude de la loi 66-48 du 27 mai 1966 relative
au contrôle des produits alimentaires et à la répression des fraudes.
Introduction : il existe entre l’alimentation et la santé, un lien très étroit, en effet de
ce que nous mangeons dépend notre santé et notre bien-être. L’alimentation a un impact
réel sur la santé des humains et de ce fait constitue le fondement de la vie. Elle peut
représenter un risque vital. En effet, durant ces cinquante dernières années, l’humanité
s’est beaucoup préoccupé des questions de la qualité des aliments. Ainsi, la maitrise
des risques sanitaires est devenue une préoccupation de toutes les composantes de la
chaine dans le secteur de la nourriture. Des progrès considérables sont notés dans ce
domaine, néanmoins, il faut reconnaitre que le nouveau système du commerce mondial
aurait créé des dangers dont on n’a pas encore conscience. C’est la raison pour laquelle,
quoique les gouvernements du monde puissent faire pour améliorer la sécurité sanitaire
des aliments, la prévalence des maladies d’origine alimentaire reste encore un problème
important de santé publique.
Au Sénégal, les pouvoirs publics ont très tôt compris l’importance capitale du contrôle
de la qualité dans le cadre de leurs missions régaliennes de protection des intérêts et de
la santé des consommateurs. Ce dispositif a été très tôt mis en place par une prise en
charge efficace des préoccupations liés à la gestion de la qualité des aliments,
considérées comme un volet essentiel de santé publique. En effet, a lendemain des
indépendances, un cadre juridico institutionnel national a remplacé le système colonial
de contrôle des aliments et de la répression des fraudes.
Le contrôle de produits alimentaires est régi par des textes de portée générale qui
s’appuient généralement sur des normes nationales et internationales. Il s’agit
notamment :
• La loi n 68-48 du 27 mai 1966 relative au contrôle des produits alimentaires et
à la répression des fraudes ;
• Du décret 68 du 07 mai 1968 réglementant le contrôle des produits destinés à
l’alimentation humaine ou animale ;
• Du décret 68-508 du 07 mai 1968 fixant les conditions de recherche et de
constatation des infractions à la loi 66-48.
Cependant, au regard des enjeux du moment, liés aux profondes mutations de nos
habitudes de consommation, et des nouvelles techniques de production, les systèmes de
contrôle de la sécurité des alimentaires, doivent être adaptés aux besoins nationaux afin
de garantir la sécurité des consommateurs.
Dès lors, il convient de se poser la question à savoir si l’arsenal juridique régissant le
contrôle des aliments au Sénégal est-il de nature à assurer la protection du
consommateur ?
L’analyse du dispositif juridique national de contrôle des aliments, constitue un élément
essentiel car elle permet de diagnostiquer :
-les problèmes de sécurité sanitaire des aliments et leur causes sous-jacentes ;
-les limites de l’infrastructure juridique institutionnelle, administrative et technique
existantes.
Ainsi, convient il d’aborder notre étude, par l’analyse du contrôle des produits
alimentaires au Sénégal au regard de la loi 66-48 est ses décrets d’application puis l
diagnostic des contraintes et actions à mener.