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Évolution du projet urbain en France

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CHAPITRE 01: CONDITIONS

D’EMERGENCES ET EVOLUTION D’UN


CONCEPT

1-2- Projet urbain; évolution


d’un concept
INTRODUCTION

• Jusque la fin des années 1960, la planification étatique s’applique


sur l’ensemble du territoire français. L’Etat joue un rôle essentiel et
la législation de l’urbanisme renforçait son pouvoir sur les formes de
développement urbain.

• Dans un contexte de forte croissance, des quartiers nouveaux


se réalisèrent, très différents entre eux par leur forme et leur
destination.

• Selon la logique de « rénovation urbaine », l’idée de la table


rase s’imposait.

• Ces formes de développement de la ville étaient imposées par


sectorisation sociale mais aussi par sectorisation des
fonctions (grands ensembles où l’on dort, industrie où l’on
travaille…).

• Ce mode de fonctionnement était très éloigné de ce que l’on pouvait


voir en Italie avec une approche sur chaque cas urbain considéré
individuellement.
• A partir des années 1970, ce mode de planifier la croissance fut
critiqué et mis en échec.

• La crise économique qui suivit ne fit que renforcer ce rejet de la


ville planifiée et modernisée. La manière de considérer la ville ainsi
que les procédures furent remises en question. Cela correspondait
à la prise de conscience qu’on ne pouvait pas construire la ville
sans tenir compte de l’existant.

• La ville était non seulement à reconsidérer dans l’espace mais


aussi dans le temps au regard de son patrimoine historique.

• L’idée que l’Etat devait réduire sa main mise sur le processus
décisionnel se fit également jour. Le projet urbain et les leçons de
Bologne constituaient, dans le fond, la réponse critique à la
crise de l’urbanisme technocratique.

• Cette modalité de revalorisation du projet, à travers le concept


de projet urbain, a été favorisée par les profondes
transformations des processus d'urbanisation, de la fonction et
de la gestion urbaine durant ces trente dernières années.
1-2-1- La transformation des processus d’urbanisation
• Les processus d'urbanisation sont passés en Europe d'un modèle
d'expansion quantitatif fondé sur la démolition et reconstruction des centres
urbains et le développement des lieux d’habitation en périphérie des
agglomérations, à un modèle qualitatif orienté vers la revalorisation et la
requalification du cadre bâti préexistant.
• Le respect de la dimension patrimoniale de la ville apparaît dès lors
comme un des fondements premiers de l'identité urbaine.
• Toute intervention dans le domaine du bâti s'apparente à une intervention dans
la ville et entraîne une réflexion qui ne peut plus se résumer aux considérations
formelles/plastiques/fonctionnelles ou constructives limitées à l'échelle de
l'édifice, mais doit s'ouvrir à des réflexions et des pratiques articulées sur
l'échelle urbaine.
• Ce chantier de la transformation urbaine nécessite, de changer les
modalités d’intervention en faisant intervenir une configuration élargie
d’acteurs dans la définition du programme d’intervention.
• Ces différentes préoccupations liées à la protection du milieu urbain et à
l’amélioration des conditions de vie en ville s’inscrivent dans le cadre d’un
projet de développement intégré, social et urbain.
• Cette nouvelle « culture de projet engage les acteurs dans des actions souples
et évolutives ancrées dans la vie locale.
• Le diagnostic et la recherche de solutions adaptées à chaque contexte urbain et
à chaque échelle d’intervention ne peuvent être dissociés des comportements
des acteurs de la mise en œuvre et des aspirations des habitants. » (Da Cunha,
2004 :1)
1-2-2- La transformation de la fonction urbaine
• Le processus d’urbanisation a connu également une autre profonde
modification provoquée par la transformation de la fonction urbaine.
Celle-ci est passée d’une fonction d’organisation sociale à une
fonction de construction d’une identité sociale.
• Cette construction peut se définir en trois temps : (Rossi, A., 1981 7)
• *Dans un premier temps la fonction urbaine issue d’une histoire et de
rapports sociaux spécifiques, définit une organisation du territoire, en
fonction des activités économiques et des catégories sociales qui y
vivent,
• *Dans un deuxième temps la forme urbaine se construit en même temps
que son paysage social et elle marque les modes de reproduction
sociale tels que culture locale, formes de l’appropriation de
l’espace, mémoire collective et individuelle,
• * Enfin, dans un troisième temps, une vie collective se définit, en termes
de sociabilité, de comportements communs, de références
communes à un système de valeurs, et d’une même appropriation
de l’espace.
• Cette vie collective va se définir en termes d’identité locale et nécessiter
une certaine similitude dans les conditions sociales d’existence. Celles-ci
supposent l’existence ou la construction d’une certaine proximité
culturelle et une relative homogénéité morphologique du territoire.
•Cette dernière affirmation, valable dans les années 80, est remise en question
dans les années 2000, qui ont assisté à un fort métissage culturel et à une
modification du rapport au territoire.

•Les objets du développement urbain se sont eux aussi modifiés, puisqu’il


s’agit de moins en moins de construire à partir d’un terrain vierge, mais de plus en
plus de reconstruire la ville sur la ville, de se réapproprier des territoires
dévolus antérieurement à d’autres fonctions. Ces territoires, tels que les friches
industrielles, ferroviaires, portuaires,…sont englobés peu à peu dans un processus
de croissance et d’urbanisation et changent de nature.
•Ce jeu de la transformation urbaine va entraîner des modifications dans les tissus
urbains qui demandent de reprendre les réseaux tels que les lieux de mobilité, à
travers les infrastructures et les transports, et de redéfinir les sites d’échange et
les espaces publics.

•Il devient aussi nécessaire de densifier et de retravailler les mailles des


tissus urbains en proche banlieue et dans le même processus de revaloriser
des quartiers défavorisés et stigmatisés, de leur permettre d’exprimer une
nouvelle identité.

•Toutes ces démarches vont demander de produire des objets urbains


adaptés aux besoins spécifiques et évolutifs des habitants et usagers et de
leur reconnaître des compétences et des capacités d’expertise sur la gestion
de leur environnement et plus généralement sur la gestion urbaine.
1-2-3- La transformation de la gestion urbaine

• Les transformations des processus d’urbanisation et de la fonction urbaine ont


modifié la pratique de la gestion urbaine qui a subi une profonde mutation
ces dix dernières années. Les éléments principaux qui orientent voire
déterminent l’approche actuelle apparaissent comme étant, entre autres, les
suivants :
• • Le rôle directeur et volontariste des pouvoirs publics, Etat ou collectivités
locales, a été amoindri,
• • Un déclin de la planification et, en contrepartie, l’essor de la démarche de
projet indissociable de l’idée de programmation ouverte,
• • La multiplication des acteurs et des instances présents dans le champ urbain et
corrélativement l’émergence dans ce même champ de capacités nouvelles
d’expertise,
• • Le décloisonnement des compétences et, accompagnant ce mouvement, la
construction de savoir-faire nouveaux, transversaux, qui entrecroisent ou
intègrent des approches différentes et partant des secteurs ou des domaines
auparavant bien hermétiques les uns par rapport aux autres, tel le social et
l’environnement, l’emploi et la ville, ou bien encore la mobilité et la ville.
• • La montée des contentieux et des refus de toutes sortes qui émanent de la vie
associative.
• Ces profondes transformations des processus d'urbanisation, de la fonction et
de la gestion urbaine vont inciter à une approche renouvelée à travers le
concept de projet urbain. Chalas, 1998 : 205
1-2-4- projet urbain contre planification urbaine
• Pour mieux appréhender le concept de projet urbain, il semble
intéressant de se pencher sur la théorie qui lui semble
« opposée », en l’occurrence la planification urbaine.
• La plupart du temps, les doctrines urbanistiques s’élaborent, se
définissent par le rejet du modèle précédent.
• Ainsi, le projet urbain naît du constat des dysfonctionnements de
la ville et d’une critique de l’urbanisme fonctionnaliste, qui lui-
même s’était forgé par la condamnation de la ville ancienne. Or,
les constructions massives, les grands programmes, la
spécialisation de l’espace (bureaux ou résidentiel), la
monofonctionnalité ne permettent pas de répondre aux besoins
multiples des individus et de la collectivité, et produisent
rarement un lieu de vie agréable.
• A chaque principe énoncé par l’urbanisme fonctionnaliste, les
tenants du projet urbain opposent une idée alternative. Cette
pensée par action/réaction est bien illustrée dans le tableau
suivant.
• Les idées y sont synthétisées de manière volontaire afin de faire
ressortir les principes généraux.
PLANIFICATION URBAINE PROJET URBAIN
CONTEXTE Croissance économique Crise économique, chômage,
Expansion urbaine insécurité
Constructions en périphérie Villes construites, travail sur
Etalement urbain l'existant
Gestion des mutations
urbaines

NOTIONS ASSOCIEES Urbanisme planificateur et -Composition urbaine


fonctionnaliste -Design urbain
Urbanisme juridique et
programmatique
REFERENCES THEORIQUES Fonctionnalisme Site planning, architecture
Zonage urbaine
Analyses typologiques et
morphologiques
Démarche italienne puis
française
APPROCHES *Quantitative: logique de *Qualitative : aspect
productivité, aspect qualitatif des espaces,
quantitatif de la importance des espaces
construction de logements
publics, qualité de
*Sectorielle : segmentation
de l'espace en secteurs forme, de sens et
(transports, voirie, espaces d'usage.
verts…) pour une meilleure Globale : transversalité
gestion. nécessaire pour faciliter
Institutionnelle : décision la compréhension.
hiérarchique, unitaire qui Territorialisée : les
ne prend pas en compte caractéristiques
les stratégies des
naturelles et paysagères
différents acteurs.
*Partenariale : négociation du site à la base du
entre les acteurs pour une projet.
élaboration commune du *Caractéristiques
projet. formelles des espaces
*Centralisée : aspect urbains et du cadre bâti
réglementaire et juridique, importantes.
la norme s'applique sur
tout le territoire sans tenir
compte des particularités.
PRINCIPES GENERAUX *Deuil de l'histoire *Continuité historique
urbaine, rupture de la ville traditionnelle.
historique (tabula rasa). *Mixité fonctionnelle et
*Zonage : séparation sociale pour permettre
des fonctions, des la substitution
zones pour habiter, d'activités et
travailler, se divertir, d'affectation des sols.
circuler…) *Travail sur l'existant :
*Programmes de réhabilitation,
constructions nouvelles reconversion.
de logements et *Plan d'intégration
d'équipements. harmonieuse,
*Plan libre cohérence urbaine.
d'implantation du bâti
(Plan de Masse)

DOCUMENTS Plan et son règlement Projet (dimension


qui fixe les règles évolutive).
1. Elaboration et mise en La démarche de projet doit
PROCESSUS œuvre de directives
d'aménagement qui encadrent
passer par des étapes
D’AMENAGEMENT
les actions privées (POS, d'analyse et d'élaboration
SDAU) de principes
2. Opérations de construction d'aménagement.
par des promoteurs privés ou
publics et détermination de Ces étapes s'effectuent
périmètres opérationnels parfois en même temps et
d'aménagement par les s'enrichissent.
pouvoirs publics : ZUP, ZAC
3. Contrôle de la légalité de ces
opérations. Processus itératif qui
Processus hiérarchique, s'effectue à partir de
linéaire qui est l'expression de l'analyse des spécificités du
l'appareil administratif, nie les
spécificités d'un territoire et ne site, favorise la créativité.
permet pas de s'adapter dans Processus souple qui peut
le temps. Les plans évoluer dans le temps.
deviennent vite caducs et
nécessitent une révision.

ACTEURS PRINCIPAUX Maîtrise d'ouvrage : Etat, Maîtrise d'ouvrage : ville,


DDE… communes et autres
Opérateurs : Etat, DDE, collectivités territoriales.
Caisse des Dépôts et Opérateurs : villes, SEM,
Consignation opérateurs privés.

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