IRM et cancer du rectum : évaluation clinique
IRM et cancer du rectum : évaluation clinique
34
Apport de l'IRM en pratique
clinique dans la prise en
charge du cancer du rectum
F. Pigneur, M. Djabbari, F. Brunetti, F. Legou, N. de Angelis, L. Baranes, C. Charpy,
L. Colson Durand, A. Luciani
PLAN DU CHAPITRE
Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 569 Évaluation de la réponse après traitement
Bilan initial d'extension tumorale néoadjuvant. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 580
et ganglionnaire locorégionale. . . . . . . . . . . . . 569 Conclusion. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 586
IRM en pratique clinique - Imagerie neuroradiologique, musculosquelettique, abdominopelvienne, oncologique et hématologique, corps entier, et cardiovasculaire
© 2017, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés 569
570 Partie 4. Imagerie de l'abdomen
En imagerie, le meilleur plan pour étudier cette marge de En effet, un cancer du haut rectum est le plus souvent
sécurité longitudinale est le plan sagittal. La visualisation de traité comme un cancer colique, à savoir classiquement
la marge anale étant difficile en IRM sur ce plan de coupe, on une résection première du rectum et de son méso avec au
utilise en pratique clinique pour repère plutôt le complexe moins 5 cm de marge de sécurité sous le pôle inférieur de la
de l'anneau puborectal correspondant à l'orifice supérieur du tumeur du fait de la présence d'îlots tumoraux, situés dans
canal anal. Le canal anal mesurant autour de 3 cm, le bas rec- le méso à distance de la tumeur, dans 20 % des cas [4, 5].
tum est situé entre 0 et 2 cm du bord supérieur du sphincter, Toutefois, une radio-chimiothérapie (RCT) préopératoire
le moyen rectum entre 2 et 7 cm, et le haut rectum à plus de peut se discuter en cas de tumeur localement avancée à
7 cm. Cette mesure permet donc de définir « trois rectums » : risque de résection R2 voir R1 (tableaux 34.1 et 34.3) [6,
le haut, le moyen et le bas rectum qui présentent des problé- 7]. En pratique clinique, les tumeurs du haut rectum sont
matiques et donc des prises en charge différentes (fig. 34.1). donc explorées par IRM au même titre que les tumeurs des
moyen et bas rectum.
Tableau 34.1 Marges de résection Les cancers du moyen et du bas rectum nécessitent une
circonférentielle oncologique [14]. exérèse totale du mésorectum (ETM) de type extrafascial
excepté les tumeurs superficielles qui peuvent bénéficier
RO = Absence de résidu tumoral (marge de sécurité > 1 mm) sous conditions d'une exérèse locale. Le plan de clivage
R1 = Présence d'un résidu tumoral microscopique (marge chirurgical de l'ETM est situé juste en dehors de la face
de sécurité ≤ 1 mm)
R2 = Présence d'un résidu tumoral macroscopique (atteinte
externe du fascia recti qui représente la limite externe du
macroscopique des fascias) mésorectum (fig. 34.2). Cette exérèse est dite « no touch ».
L'objectif est de ne visualiser à aucun moment le rectum,
le mésorectum devant rester intact (fig. 34.3a) [8]. Cette
Tableau 34.2 Classification TNM simplifiée technique chirurgicale décrite par Heald en 1982 [9] per-
de l'Union internationale contre le cancer met une exérèse carcinologique avec un bon résultat fonc-
actuellement en vigueur (TNM, 7e édition 2009). tionnel et un risque de récidive locale diminué [10, 11] à
8,2 % à 2 ans [3]. L'association d'un traitement néoadjuvant
T0 Pas de signe de tumeur primitive
Tis Carcinome in situ
à l'ETM diminue [2] encore ce risque à 2,4 % à 2 ans [3].
T1 Tumeur envahissant la sous-muqueuse Actuellement, les principales indications du traitement
T2 Tumeur envahissant la musculeuse néoadjuvant, en dehors de la dissémination ganglionnaire,
T3 Tumeur envahissant la sous-séreuse ou les tissus péri-rectaux sont les tumeurs classées T3 et T4 ainsi que les tumeurs
non péritonisés antérieures du bas rectum classées T2 (tableau 34.4). Le
T4 Tumeur envahissant directement les autres organes ou pronostic étant lié à la qualité de l'exérèse, l'évaluation des
structures et/ou perforant le péritoine viscéral
- T4a Tumeur perforant le péritoine viscéral
rapports entre la tumeur et le fascia recti est un des élé-
- T4b Tumeur envahissant directement les autres organes ou ments clés du bilan d'extension locorégional.
structures
N0 Pas de métastase ganglionnaire régionale
N1 Métastases dans 1 à 3 ganglions lymphatiques régionaux
N2 Métastases dans ≥ 4 ganglions lymphatiques régionaux Tableau 34.3 Impératifs
de la résection R0 [4, 5, 15, 16].
MO Pas de métastase
M1 Présence de métastase(s) à distance − Résection du mésorectum ≥ 5 cm par rapport au pôle inférieur
− M1a Métastase localisée à un organe (foie, poumon, ovaire, de la tumeur
ganglion(s) lymphatique(s) autre que régional) − Marge de sécurité longitudinale > 1 cm
− M1b Métastases dans plusieurs organes ou dans le péritoine − Marge de résection circonférentielle > 1 mm
Côlon sigmoïde
Haut rectum
7−12 cm du bord
Moyen rectum supérieur du sphincter
2−7 cm du bord
supérieur du sphincter
Bas rectum
0−2 cm du bord
supérieur du sphincter
Canal anal
(3 cm)
a b
Fig. 34.1 Illustration des « trois rectums » (a) et coupe sagittale T2 (b) avec mesure de la marge de sécurité longitudinale par rapport
au bord supérieur du sphincter.
Chapitre 34. Apport de l'IRM en pratique clinique dans la prise en charge du cancer du rectum 571
Rectum
5 4
2 Mésorectum 1
5
a b
Fig. 34.2 Radioanatomie du mésorectum. Schéma illustrant les rapports du mésorectum (a) et coupe axiale correspondante en pondération T2 (b).
1. Fascia recti. 2. Fascia pelvi. 3. Aponévrose de Denonvilliers. 4. Artère rectale moyenne. 5. Fascia présacré. Le mésorectum est un espace cellulograis-
seux situé entre la musculeuse et le feuillet viscéral du fascia pelvien (fascia recti) contenant de la graisse, des vaisseaux, des nerfs et des ganglions. La
distance séparant la tumeur du fascia recti est considérée comme une marge de résection circonférentielle (appelée aussi marge de sécurité latérale ou
clairance latérale) puisque le plan de dissection d'une exérèse totale du mésorectum (ligne pointillée rouge en a) correspond à l'espace de glissement
virtuel avasculaire situé entre le fascia recti et le fascia pelvi (feuillet pariétal du fascia pelvien). Le fascia recti est représenté en IRM en pondération
T2 sous la forme d'une fine bande en hyposignal qui circonscrit le mésorectum. On ne peut pas différencier en imagerie le fascia recti du fascia pelvi.
Pédicule mésentérique
Péritoine
inférieur Mésorectum
Rectum
Rectum péritonisé
Fasci recti péritonisé Réflexion
péritonéale Rectum
Non
péritonisé
Tumeur Rectum
non
péritonisé
Réflexion
a du péritoine b
Péritoine
Haut
rectum
Mésorectum
Péritoine
Moyen Rectum
rectum
péritonisé
Mésorectum Non
péritonisé
Bas
rectum
c
Fig. 34.3 (a–c) Pièce d'exérèse d'une exérèse totale du mésorectum (ETM). Le rectum mesure 15 cm de long. Il commence à hauteur de S3. Le
tiers supérieur du rectum est recouvert par le péritoine viscéral (partie péritonisée dont l'aspect macroscopique « brillant » correspond à la séreuse).
Les deux tiers inférieurs du rectum sont non péritonisés (partie sous-péritonéale dont l'aspect macroscopique « mat » correspond au fascia recti).
On remarque donc que le bas rectum est strictement sous-péritonéal ; le moyen rectum essentiellement sous-péritonéal excepté sa face antérieure
et supérieure qui peut être située au-dessus de la ligne de réflexion péritonéale ; et le haut rectum péritonisé sur ses faces antérieures et latérales.
572 Partie 4. Imagerie de l'abdomen
Rectum
T3
T3
Extension en
profondeur
Marge de résection
circonférentielle
Mésorectum
a b
Fascia recti
Fig. 34.8 L'extension tumorale en profondeur du mésorectum et la marge de résection circonférentielle (CRM) sont des mesures
reproductibles [25–27] exprimées en millimètres. Elles sont évaluées sur la séquence en pondération 2D TSE T2 (b) par un plan de coupes
perpendiculaires à la lumière du rectum.
574 Partie 4. Imagerie de l'abdomen
T3 Extension en profondeur
identique mais CRM différente,
donc pronostic différent
Rectum
T3
T3
Extension en profondeur
Marge de résection circonférentielle
Fascia recti
Extension circonférentielle
Il est nécessaire de préciser l'extension circonférentielle pour
d'une part poser l'indication d'un traitement néoadjuvant et
d'autre part modifier la technique chirurgicale d'ETM.
En effet, l'épaisseur du mésorectum est variable ; celui-
ci est le plus souvent moins épais en antérieur et s'amincit
progressivement en hauteur de haut en bas (fig. 34.13)
pour disparaître à la jonction anorectale, avec pour
conséquence : a b
■ pour les tumeurs antérieures du bas rectum classées T2,
recommandation d'une RCT néoadjuvante du fait de la Fig. 34.12 Tumeur du haut rectum envahissant la réflexion du
péritoine classée T4a.
difficulté d'évaluer à ce niveau l'extension tumorale en
profondeur au sein du mésorectum (fig. 34.13) et donc de
différencier un T2 d'un T3a ou b avec faible CRM [7] ; Message clé du compte-rendu
■ chez l'homme, pour les tumeurs antérieures situées sous
la réflexion du péritoine, une modification du plan de Préciser l'extension circonférentielle de la tumeur rectale :
antérieure, latérale, postérieure ou circonférentielle. Une lésion
dissection afin de respecter les marges de sécurité onco-
antérieure posera l'indication d'une RCT néoadjuvante en cas
logiques. La dissection se fera entre la face antérieure du de tumeur du bas rectum classée T2 et modifiera chez l'homme
fascia rectoprostatique (= aponévrose de Denonvilliers) la technique chirurgicale.
en arrière et les vésicules séminales puis la prostate en
avant (fig. 34.14). En IRM, l'aponévrose de Denonvilliers
se présente sous la forme d'un épaississement médian Extension vasculaire
et antérieur du fascia recti. Chez la femme, la technique L'invasion vasculaire extramurale (extramural vascular invasion
d'ETM n'est pas modifiée, l'aponévrose de Denonvilliers [EMVI]) est définie par la présence de cellules néoplasiques
correspondant à la cloison rectovaginale. au sein d'une structure vasculaire située au-delà de la muscu-
a b
Fig. 34.10 Il peut être difficile de différencier une tumeur classée T2 (a) d'une tumeur classée T3a ou b en cas d'irrégularité de l'inter-
face musculeuse-mésorectum. La figure b montre une tumeur classée pT2 avec réaction fibreuse (desmoplastique) de contact. Un franc hypo-
signal T2 de l'infiltration du mésorectum ainsi que de fines spicules sont plutôt en faveur d'une résection desmoplastique. Un signal intermédiaire,
avec des bandes plus épaisses voire nodulaires orienterait plutôt vers une origine tumorale [27, 28]. En pratique, se rappeler du faible impact clinique
de distinguer un T2 d'un T3a voir T3b [29] puisque certaines équipes proposent, pour ces stades différents, la même prise en charge thérapeutique.
Chapitre 34. Apport de l'IRM en pratique clinique dans la prise en charge du cancer du rectum 575
Haut
rectum
Bas
rectum
Gradient en hauteur
a de l’épaisseur du mésorectum
Ant.
Péritoine
Haut
rectum
Mésorectum
Gradient postérieur-antérieur
Post.
b de l’épaisseur du mésorectum
Haut
rectum Fig. 34.13 (a–c) Illustration mon-
trant la modification d'épaisseur
du mésorectum en hauteur et en
antéropostérieur. Le mésorectum
Haut
est essentiellement développé en
Haut rectum arrière et latéralement jusqu'à 2 à
rectum 3 cm de la jonction anorectale. Ainsi,
en cas de tumeur du bas rectum, la
« barrière naturelle » que représente
Moyen
rectum le mésorectum devient un espace
Moyen virtuel notamment en antérieur, ren-
rectum Bas
rectum dant difficile la mesure de l'extension
Bas en profondeur de la tumeur et de la
rectum Bas CRM. Cela explique qu'à extension
tumorale en profondeur équivalente
rectum
une tumeur du bas rectum est plus
à risque de récurrences locales et
associée à une moins bonne survie
c [30–34].
576 Partie 4. Imagerie de l'abdomen
leuse (fig. 34.15). Une tumeur classée T1 ou T2 n'a donc pas de La classification TNM différencie les ganglions régionaux
risque d'EMVI. Elle survient uniquement en cas de tumeur au des ganglions non régionaux. Les ganglions régionaux sont
moins classée T3. Sa présence est un facteur de mauvais pro- décrits dans le stade N alors que les ganglions non régionaux
nostic indépendant de récurrence locale et à distance avec une sont classés par le stade M (voir tableau 34.2). Ce terme
spécificité proche de 95 % et une valeur pronostique positive régional diffère en fonction des cancers pelviens. Ainsi, la
de 89 % [35–37]. En imagerie, elle correspond à des vaisseaux connaissance des ganglions régionaux et non régionaux
élargis aux contours irréguliers, siège d'une éventuelle anomalie pour chaque cancer est essentielle pour leur stadification
de signal identique à la tumeur (fig. 34.16) [29]. [38]. La 7e et dernière édition TNM de 2009 définit les gan-
glions régionaux du rectum comme :
■ les ganglions du mésorectum (situés dans la graisse du
Message clé du compte rendu mésorectum) ;
Préciser la présence d'une extension vasculaire (EMVI), facteur ■ les ganglions iliaques internes (hypogastriques)
de mauvais pronostic local et à distance. (fig. 34.18 et 34.19) ;
Ganglion
Le drainage lymphatique se fait essentiellement dans le
mésorectum puis vers l'artère mésentérique inférieure via
l'artère rectale supérieure, et accessoirement vers les gan-
glions iliaques internes ou externes et les ganglions ingui-
naux (fig. 34.17).
Aponévrose de Denonvilliers
Modification
du plan de dissection
Rectum
5 4
2 Mésorectum 1
CRM de l’EMVI 1
Rectum
CRM de la tumeur
4
CRM des N+
Fascia recti
Fig. 34.18 Résection première du pédicule mésentérique infé-
Fig. 34.15 Illustration d'une invasion extramurale. rieur lors d'une ETM.
Chapitre 34. Apport de l'IRM en pratique clinique dans la prise en charge du cancer du rectum 577
Fig. 34.20 Adénopathie du promontoire ayant bénéficié, comme la tumeur du moyen rectum, d'une surimpression.
578 Partie 4. Imagerie de l'abdomen
Quelles séquences ?
Séquence T2 sans suppression du signal
de la graisse dans les trois plans de l'espace Fig. 34.24 Illustration d'une acquisition 2D T2 TSE. Lorsque la
tumeur est située dans une courbure, on est dans l'obligation de réa-
C'est la séquence indispensable [57–60] :
liser deux acquisitions afin d'être perpendiculaire à l'axe du rectum et
■ 2D écho de spin rapide (TSE) ; donc d'éviter une surestimation ou une sous-estimation de l'extension
■ sans saturation de la graisse permettant un bon contraste tumorale en profondeur et de la CRM.
entre le signal élevé du mésorectum lié à la graisse et le
signal intermédiaire de la tumeur ;
■ coupes fines avec une épaisseur de coupe ≤ 4 mm en
fonction du plan d'acquisition ;
■ avec un champ de vue adaptée en optimisant, sur chaque
machine, le rapport signal sur bruit pour trouver le bon
équilibre entre le FOV (field of view) et la matrice ;
■ dans les trois plans de l'espace :
– sagittale avec une épaisseur de coupe ≤ 4 mm. Elle
permet d'une part d'évaluer l'extension tumorale
en hauteur et d'autre part de positionner les coupes
axiales obliques T2 ;
– axiale oblique petit champs haute résolution avec une
épaisseur de coupe ≤ 3 mm, centrée sur la tumeur per-
pendiculairement à l'axe du rectum (voir fig. 34.18).
Elle permet l'évaluation des stades T et N, de l'exten-
sion tumorale en profondeur au sein du mésorectum,
de la CRM et de l'extension vasculaire ;
– coronale oblique petit champ haute résolution avec
une épaisseur de coupe ≤ 3 mm, centrée sur la tumeur
Fig. 34.25 Illustration d'une acquisition 3D T2. Cette acquisition
placée en fonction des équipes selon un plan soit
permet une étude multiplanaire sur console de travail.
parallèle à l'axe du rectum, soit strictement orthogo-
nale au pelvis, permettant pour certains une meilleure
analyse de l'appareil sphinctérien et des rapports de la
tumeur avec le sphincter interne, le plancher pelvien,
les parois de la cavité pelvienne et la réflexion périto-
néale [52, 57].
L'alternative à ces acquisitions axiale et coronale petits
champs hautes résolutions est une acquisition 3D T2 sans
saturation de la graisse (fig. 34.24 et 34.25) [61, 62] per-
mettant une étude multiplanaire et un rapport signal sur
bruit supérieur à l'acquisition 2D sans que l'on ait observé
de supériorité diagnostique d'une acquisition par rapport à
l'autre [61] (fig. 34.26). Fig. 34.26 Comparaison, sur une IRM 1,5 T, d'une acquisition
■ axiale stricte grand champs avec une épaisseur de 2D T2 TSE axiale oblique (a) et 3D T2 (b) avec reconstruction
coupe ≤ 5 mm de l'origine de l'artère mésentérique infé- centrée sur la tumeur perpendiculairement à l'axe du rectum.
rieure (L3) jusqu'à la symphyse pubienne pour explorer
les ganglions locorégionaux qui peuvent être situés en est par ailleurs utile aux radiothérapeutes lors de la pla-
dehors du champ d'exploration des acquisitions axiale nification du traitement pour fusionner l'IRM et la TDM
et coronale obliques petits champs [52]. Cette séquence dosimétrique et ainsi repérer la tumeur.
580 Partie 4. Imagerie de l'abdomen
Séquences de diffusion (b500-b1000s/mm2) [29] sphincter interne se rehausse intensément après injection de
Ces séquences sont actuellement recommandées essentielle- chélates de gadolinium, permettant une meilleure analyse
ment lors du bilan de réévaluation afin d'évaluer la réponse de l'extension tumorale à l'espace intersphinctérien et au
tumorale. Toutefois, comme pour tout examen cancérolo- sphincter externe, point clé du compte-rendu (fig. 34.27).
gique, il nous paraît utile de réaliser le même protocole lors
du bilan initial, incluant donc les séquences de diffusion ;
d'autant que plusieurs études ont montré l'intérêt d'évaluer Évaluation de la réponse après
l'évolution des paramètres quantitatifs extraits des séquences traitement néoadjuvant
de diffusion avant et après traitement [63–66].
Les séquences de diffusion sont par ailleurs utiles pour détec- La RCT préopératoire entraîne des modifications histopatholo-
ter les ganglions et occasionnellement la tumeur primitive [52, giques et donc de l'aspect en imagerie. Initialement, la tumeur
67], surtout en l'absence d'opacification basse. Enfin, la valeur présente un signal plus élevé que la musculeuse mais infé-
de l'ADC tumoral lors du bilan initial serait inversement corré- rieur à la sous-muqueuse, à l'exception des adénocarcinomes
lée à la réponse thérapeutique et à l'absence de récidive à 3 ans, mucineux qui présentent un franc hypersignal T2 supérieur à
permettant de prédire les futurs bon répondeurs [63, 68, 69]. celui de la graisse [71]. En post-thérapeutiques, la plupart des
tumeurs sont remplacées, en cas de bonne réponse, par du tissu
fibreux, ce qui entraîne une chute du signal lésionnel en pondé-
Séquences 3D et 2D T1 avec saturation spectrale ration T2 [72] qui devient inférieur au signal des muscles glu-
de la graisse et injection de chélates de gadolinium téaux [73]. À l'inverse, on pourra aussi observer après RCT une
Ces séquences ne sont actuellement pas indispensables transformation mucineuse en rapport avec une nécrose tumo-
car elles n'ont pas montré de supériorité par rapport aux rale [74, 75] se traduisant par une franche élévation du signal
séquences 2D T2 TSE pour évaluer l'extension en profon- sur les séquences pondérées en T2 [76, 77]. Cette réponse dite
deur de la tumeur [70]. Elles peuvent toutefois être très utiles colloïde se définit par la présence de flaques de mucus acellu-
lors de l'exploration d'une tumeur du bas rectum, permettant laires ou contenant des cellules carcinomateuses. Ce type de
une meilleure analyse de l'appareil sphinctérien. En effet le réponse peut s'observer avec une fréquence allant jusqu'à 30 %
après RCT [78]. La présence d'une réponse colloïde acellulaire
Message clé – sur le plan instrumental est considérée selon les études comme une réponse histolo-
gique complète associée à un bon pronostic ou une réponse de
Il existe :
pronostic intermédiaire entre celui des patients répondeurs et
■
une séquence indispensable : T2 2D TSE sans saturation de la
graisse dans les trois plans de l'espace ;
non répondeurs [75]. Cette réponse colloïde n'est donc pas un
■
une séquence recommandée essentiellement lors du bilan de facteur de mauvais pronostic [79], à la différence des adénocar-
réévaluation : diffusion ; cinomes mucineux de novo [80–82].
■
une séquence utile uniquement en cas d'exploration de l'ap- Au cours des dernières années, la RCT néoadjuvante est
pareil sphinctérien : T1 avec saturation de la graisse et injec- devenue le traitement standard du cancer rectal localement
tion de chélates de gadolinium. avancé. L'évaluation du stade pathologique (préfixe « p »)
pTN est un des facteurs pronostiques majeurs [83–85]. Le
préfixe « y » (yTN) indique qu'un traitement néoadjuvant
a été effectué. La tumeur résiduelle après traitement néo-
adjuvant (ypT) est déterminée à partir de la tumeur viable
résiduelle la plus profonde au sein de la paroi rectale ou du
mésorectum. Les ganglions lymphatiques (ypN) sont eux
classés comme positifs ou négatifs.
Au même titre que le stade pathologique ypTN, l'évalua-
tion de la réponse en imagerie après traitement néoadju-
vant est devenue un enjeu majeur, même si elle reste encore
a b c aujourd'hui un défi diagnostique [86, 87] avec risque de sur- ou
sous-estimation important. Elle doit permettre de proposer un
traitement individualisé à l'agressivité de la tumeur adaptant le
projet thérapeutique à la réponse du traitement néoadjuvant.
Le bilan de réévaluation réalisé le plus souvent 6 à 8 semaines
après la clôture de la RCT doit donc permettre d'évaluer, lors de
la RCP, l'efficacité du traitement néoadjuvant, à savoir :
■ pour l'oncologue et le radiothérapeute, quantifier la
réponse tumorale : le patient est-il un bon répondeur ?
d e f ■ pour le chirurgien, réévaluer les marges de résection
chirurgicales afin d'évaluer la faisabilité et de guider le
Fig. 34.27 (a–f) Intérêt de l'injection pour l'exploration des
tumeurs du bas rectum. Le rehaussement intense du sphincter
geste opératoire : le traitement néoadjuvant a-t-il permis
interne permet d'évaluer l'extension tumorale au sein de l'appareil d'envisager une résection R0 tout en conservant la fonc-
sphinctérien et donc une meilleure stadification avant la réalisation tion sphinctérienne ?
d'une résection intersphinctérienne (les lignes pointillées rouges cor- ■ la recherche, en complément des données cliniques et
respondent au plan de dissection). endoscopiques, de facteurs pronostiques permettant
Chapitre 34. Apport de l'IRM en pratique clinique dans la prise en charge du cancer du rectum 581
Ganglion
On observe après la RCT un downstaging chez 60 % des
patients avec diminution en nombre et en taille des gan-
glions [72, 73]. Il existe une bonne corrélation entre la
réponse tumorale et ganglionnaire (fig. 34.31), avec toute-
fois persistance d'un risque faible d'environ 7 % de stade
ypN + en cas de tumeur ypT0-ypT2 [92].
Le critère de taille semble plus performant après RCT
[45, 73, 87, 93]. En effet, une étude prospective avec cor-
rélation radio-anatomopathologique [94] a montré que
20 des 23 ganglions du mésorectum > 5 mm de petit axe
étaient malins après RCT, alors que seuls 20 des 178 gan-
Fig. 34.28 Réponse fibreuse mrTRG1 correspondant en histologie
glions < 5 mm étaient positifs. En pratique clinique, on peut
à une réponse complète. Régression partielle du syndrome de masse donc en conclure qu'un ganglion de petit axe > 5 mm après
tumorale avec modification du signal de la tumeur, celui-ci devenant RCT peut être considéré comme malin alors qu'un gan-
hypo-intense par rapport aux muscles glutéaux en faveur d'une trans- glion < 5 mm ne peut pas être considéré comme bénin sur
formation vers un tissu fibreux. (a) Avant RCT. (b) Après RCT. ce seul critère de taille (fig. 34.32).
582 Partie 4. Imagerie de l'abdomen
a c a c
b d
Fig. 34.31 Réponse complète tumorale et ganglionnaire en his- b d
tologie après RCT (c, d). Noter la possibilité de réponse tumorale
Fig. 34.33 (a–d) Évolution favorable en IRM d'une EMVI après
complète après RCT malgré un syndrome de masse tumorale élevé sur
RCT (c, d) classée vTRG1. Noter sur l'IRM de réévaluation la diminu-
le bilan initial (a, b) [66].
tion du calibre ainsi que la disparition de l'anomalie de signal au sein du
vaisseau initialement envahi sur les séquences 2D T2 TSE et diffusion à
b élevé. Le statut histopathologique final était pourtant ypT3N1V1. Ce
cas illustre le risque de sous-estimation du bilan de réévaluation.
a b
Fig. 34.32 Régression partielle après RCT des ganglions
du mésorectum chez deux patients (a, b). Malgré la même sémio-
logie (ganglion de petit axe < 5 mm, homogène, aux contours régu-
liers), le patient a était ypN– alors que le patient b était ypN +. Seule la
régression complète des ganglions permet d'envisager un statut ypN–
et donc une désescalade thérapeutique.
Fig. 34.34 Réduction du volume tumoral > 70 % (3,2 ml après
Après RCT, les autres critères diagnostiques en faveur RCT [c, d] contre 14,4 ml sur le bilan initial [a, b]) en faveur
de la bénignité des ganglions sont : une diminution de d'une bonne réponse tumorale. Ce patient était en réponse histo-
taille ainsi qu'un signal homogène en pondération T2 [45] logique complète.
et T1 après injection de chélates de gadolinium à la phase
artérielle [95]. Selon le panel d'expert de l'ESGAR, le retour
à une forme ovale et à des contours réguliers ne permet pas tumeur. L'analyse volumétrique fournit des données
d'affirmer la bénignité [45]. fiables et plus reproductibles [66, 72, 96]. Cette quantifi-
cation du volume tumoral est évaluée en pratique clinique
Invasion vasculaire extramurale de manière semi-automatique, à l'aide d'un logiciel dédié,
par segmentation manuelle sur l'acquisition 2D TSE
Afin d'évaluer la réponse de l'EMVI après RCT, une clas- oblique ou, plus récemment, sur la séquence de diffusion
sification vTRG a été proposée selon les mêmes principes avec une meilleure précision [66, 97, 98]. Une diminution
que la classification mrTRG (voir tableau 34.6). Les patients du volume tumoral de plus de 70 % est considérée actuel-
présentant une fibrose > 50 % de l'EMVI (vTRG1-3) avaient lement par la plupart des auteurs [73, 96, 99] comme une
une survie sans récidive à 3 ans de 87,8 % contre 45,8 % en bonne réponse avec une augmentation du temps de survie
cas de fibrose < 50 % (vTRG4-5) [37] (fig. 34.33). sans récidive (fig. 34.34) [96].
À noter que cette analyse quantitative volumétrique peut
Critères volumétriques être prise en défaut :
Pour quantifier la réponse tumorale, les mesures bidi- ■ en cas de réponse « colloïde », la réduction du volume
mensionnelles peuvent être imprécises du fait de la forme tumoral peut être faible ou absente, malgré une bonne
le plus souvent irrégulière et/ou circonférentielle de la réponse histologique [29] (fig. 34.35) ;
Chapitre 34. Apport de l'IRM en pratique clinique dans la prise en charge du cancer du rectum 583
a c
Péritoine
RCT
B
C/D
Mésorectum
?
Fascia recti
Fig. 34.39 Illustration de la classification de l'infiltration tumo- Fig. 34.41 (a, b) Tumeur du bas rectum étendue aux releveurs ne
rale du mésorectum après RCT d'après Vliegen et al. [123]. Les permettant pas de conserver l'appareil sphinctérien.
réponses de types A et B sont en faveur de marges chirurgicales saines
alors que celles de types C et D sont indéterminées.
Une désescalade thérapeutique est-elle Toutefois, cette stratégie reste en cours d'évaluation en
envisageable en cas de réponse complète ? attente des résultats à long terme d'essais randomisés. Le
traitement de référence reste, en cas de tumeur carcinolo-
Récemment, une nouvelle problématique a émergé, à savoir giquement résécable, la TME et sinon l'amputation abdomi-
l'éventuelle modification de la stratégie thérapeutique en cas nopérinéale qui doit rester une exception.
de réponse complète ou quasi complète (dans 15 à 20 % des
cas [2, 126, 127]), permettant d'envisager une désescalade
thérapeutique avec réalisation d'une exérèse locale transa- Message clé
nale pour les réponses quasi complètes (ypT0-ypY2), voire
pour certains une surveillance active (« wait and watch ») La désescalade thérapeutique (exérèse locale transanale et sur-
pour les réponses complètes [128–132]. veillance) est un des futurs enjeux, encore controversé, de la
prise en charge du cancer du rectum. Elle nécessite un bilan de
Le rationnel de cette approche thérapeutique est de
réévaluation complet multidisciplinaire associant une IRM à un
ne pas surtraiter les patients âgés ayant des comorbidités examen clinique et endoscopique. Les développements récents
importantes [133]. en imagerie, à savoir l'étude volumétrique et l'imagerie de dif-
Des premières études tendent à montrer des résultats fusion, sont les outils les plus performants à cette réévaluation,
satisfaisants similaires à ceux de la radiothérapie pour le can- même si actuellement le risque de sous-estimation et surestima-
cer anal [131]. Une étude récente portant sur 129 patients tion reste important [66, 97, 98, 113, 115, 119, 127, 136].
ayant bénéficié d'une simple surveillance montre que cette
stratégie, bien qu'elle expose à un risque majoré de rechute
locale (38 % en 3 ans), n'a pas d'effet péjoratif sur la sur- `` Conclusion
vie car ces rechutes locales diagnostiquées précocement L'IRM est, avec l'échoendoscopie, l'examen clé du bilan d'ex-
sont rattrapables par chirurgie de type TME [7, 129]. Ainsi, tension locorégionale des cancers du rectum, principalement
Harbr-Gama propose, après une intensification thérapeu- pour les tumeurs localement avancées et les tumeurs basses.
tique (chimiothérapie de consolidation), une stratégie de En pratique clinique, l'IRM est systématiquement réalisée.
surveillance active en cas de réponse clinique complète per- Elle participe à la recherche de facteurs pronostiques
mettant d'obtenir dans 35 % à 45 % des cas une conservation permettant d'élaborer des stratégies thérapeutiques person-
de l'ensemble de l'organe [134]. Actuellement, le dernier nalisées adaptées à l'agressivité de la tumeur : mise en place
Thésaurus national de cancérologie digestive [7] ouvre la d'un traitement néoadjuvant, modification de la technique
voie, en cas de réponse clinique complète (pas de tumeur opératoire, intensification thérapeutique, voire pour cer-
visible, paroi rectale souple) et de bonne réponse tumorale taines équipes proposition d'une désescalade thérapeutique
en IRM (mrTRG1 ou 2), à un geste chirurgical plus conser- à type d'exérèse locale ou de surveillance active en cas de
vateur de type exérèse locale transanale et reprise chirurgi- suspicion, sur le bilan de réévaluation, de réponse complète
cale rapide en cas de constatation péjorative. après traitement néoadjuvant (stratégie actuellement en
En pratique, ce traitement chirurgical local ne peut s'adres- cours d'évaluation dans l'attente des résultats à long terme
ser qu'aux tumeurs yT0-yT2 pour lesquelles, comme nous d'essais randomisés). Ainsi, le bilan de réévaluation après
l'avons vu précédemment, l'association des critères morpho- RCT devient un enjeu majeur dans la prise en charge des
logiques et volumétriques est performante [104]. La tumeur cancers du rectum, même s'il pose encore plus de questions
résiduelle doit être par ailleurs de petite taille (< 3 cm) et sié- que de réponses.
ger en sous-péritonéal, sur les faces latérales ou postérieures Les principaux développements en imagerie concernent
du rectum pour éviter le risque de perforation péritonéale actuellement l'imagerie dite « fonctionnelle », avec comme
et de perforation de la cloison rectovaginale chez la femme ambition une meilleure stadification des malades et une
ou de l'urètre chez l'homme. Noter que le statut yN– est le meilleure évaluation de la réponse thérapeutique.
prérequis avant d'envisager toute désescalade thérapeutique
(résection transanale ou surveillance active), puisqu'on laisse
en place le mésorectum et donc d'éventuelles adénopathies Références
(fig. 34.42). En cas de surveillance active, l'imagerie de diffu-
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