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Dénutrition chez les personnes âgées

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📘 Exposé très détaillé : La dénutrition chez la personne âgée

I. Introduction

La dénutrition chez la personne âgée constitue un véritable problème de


santé publique, touchant à la fois les personnes vivant à domicile, les
résidents en institution et les patients hospitalisés. Elle se développe
souvent de manière progressive et silencieuse, ce qui retarde le
diagnostic. La particularité de cette pathologie réside dans son caractère
multifactoriel : elle résulte de l’interaction entre le vieillissement
physiologique, les maladies chroniques, les facteurs psychologiques, les
difficultés sociales, et les modifications métaboliques liées à l’âge. Ses
conséquences sont graves, allant de la perte d’autonomie à
l’augmentation significative de la morbidité et de la mortalité.

II. Physiopathologie de la dénutrition chez la personne âgée

Avec l’âge, l’organisme subit un ensemble de modifications qui perturbent


la régulation de la faim et des besoins énergétiques. On parle d’anorexie
du vieillissement, phénomène où la sensation de faim diminue
progressivement. Les mécanismes hormonaux (ghréline et leptine) se
modifient, ralentissant la vidange gastrique et réduisant la stimulation de
l’appétit. Les cinq sens, notamment le goût et l’odorat, s’affaiblissent,
diminuant le plaisir alimentaire.

Parallèlement, la masse musculaire décline naturellement : c’est la


sarcopénie, qui réduit la force, la mobilité et les capacités fonctionnelles.
Cette sarcopénie augmente à son tour les besoins protéiques, alors même
que les apports diminuent. Le vieillissement provoque également une
diminution de la salivation et des troubles de mastication, compliquant la
prise alimentaire. Tous ces éléments créent un terrain propice à la
dénutrition, souvent aggravé par les maladies chroniques, l’inflammation
systémique et les effets secondaires des médicaments.

III. Causes de la dénutrition

La dénutrition chez la personne âgée est toujours multifactorielle. Elle


résulte généralement de la convergence de plusieurs catégories de
causes :

1. Causes physiologiques

Le vieillissement entraîne une baisse du goût et de l’odorat, une


diminution de la salive, des troubles dentaires, une digestion plus lente et
une diminution naturelle de la masse musculaire. Ces facteurs biologiques
diminuent l’appétit et la capacité à consommer des repas complets.

2. Causes pathologiques

Certaines maladies augmentent fortement le risque de dénutrition :


cancers, insuffisances cardiaques et respiratoires, démences, AVC,
maladies neurodégénératives, états infectieux répétés ou inflammatoires.
Ces pathologies augmentent les besoins énergétiques tout en diminuant
les apports.

3. Causes psychologiques

La solitude, la dépression, l’anxiété et les troubles cognitifs affectent


profondément l’appétit. La perte d’un proche ou l’isolement social
peuvent entraîner une diminution progressive de l’envie de s’alimenter.
4. Causes sociales

Les difficultés financières, la dépendance pour les courses et la


préparation des repas, la maltraitance ou la négligence, ainsi qu’un
environnement peu stimulant sur le plan alimentaire, jouent un rôle
majeur.

IV. Manifestations cliniques

La dénutrition se manifeste d’abord par une perte de poids progressive,


souvent banalisée. Peu à peu, la fonte musculaire devient visible : les
bras, les cuisses et le visage s’amincissent. La personne âgée devient
moins robuste, plus fatiguée, et elle a du mal à accomplir des gestes
quotidiens. L’apparition de sarcopénie accentue la fragilité, augmente le
risque de chutes et réduit la mobilité.

On observe également une altération de la peau (sèche, fine, vulnérable),


un retard de cicatrisation, des troubles de thermorégulation, et une baisse
de l’immunité se traduisant par des infections répétées. Sur le plan
cognitif, la dénutrition peut aggraver la confusion, les troubles mnésiques
et la perte d’autonomie.

V. Diagnostic

Le diagnostic repose sur une approche clinique, anthropométrique et


biologique.

L’évaluation commence par la mesure du poids, la surveillance de son


évolution et le calcul de l’IMC. La perte de poids récente est un indicateur
essentiel : une perte de 5 % en un mois ou 10 % en six mois est fortement
évocatrice.

Chez les personnes âgées, on utilise des outils spécifiques comme le MNA
(Mini Nutritional Assessment), qui permet d’identifier les situations à
risque. Les analyses biologiques complètent le tableau : baisse de
l’albumine, préalbumine ou lymphocytes.

Le diagnostic nécessite également une recherche des troubles de


mastication, de déglutition, des habitudes alimentaires, de l’état
psychologique et de l’environnement de vie du patient.

VI. Conséquences de la dénutrition

La dénutrition fragilise l’ensemble de l’organisme. Elle entraîne une


diminution importante de la masse musculaire, augmentant le risque de
dépendance, de chutes et de fractures. Le système immunitaire s’affaiblit,
favorisant les infections et retardant leur guérison.

Elle ralentit la cicatrisation, augmente la survenue d’escarres, et prolonge


la durée d’hospitalisation. Les fonctions cognitives sont altérées, pouvant
conduire à un syndrome confusionnel. À long terme, la dénutrition
multiplie par trois le risque de mortalité.

VII. Prise en charge

La prise en charge doit être globale, progressive et adaptée.


Elle commence par la correction des causes : prise en charge d’une
dépression, traitement d’une douleur, adaptation des médicaments,
amélioration de la dentition ou du confort à table. Une alimentation
enrichie est proposée : augmentation des apports protéiques, ajout
d’aliments énergétiques, modification des textures en cas de dysphagie et
augmentation de la fréquence des repas.

Lorsque les apports restent insuffisants, une supplémentation


nutritionnelle orale est introduite, puis, si nécessaire, une nutrition
entérale par sonde ou une nutrition parentérale.

La prise en charge inclut également la rééducation musculaire et la


stimulation physique afin de limiter la sarcopénie.

VIII. Rôle infirmier

Le rôle infirmier est central dans la prévention, le dépistage, la


surveillance et la prise en charge de la dénutrition chez la personne âgée.
L’infirmier(e) réalise une évaluation nutritionnelle régulière : poids, IMC,
tour de mollet, surveillance de l’appétit et des quantités réellement
consommées. Il/elle identifie précocement les signes de dysphagie, de
difficultés de mastication ou de perte d’intérêt pour l’alimentation.

L’infirmier(e) veille également au confort du patient pendant les repas :


installation correcte, environnement calme, aide à l’alimentation si
nécessaire. Il/elle enrichit les repas, stimule l’appétit, propose des
collations, surveille la tolérance digestive et note précisément tout
changement dans le dossier.

Le rôle infirmier comprend aussi la prévention des complications :


surveillance de la peau pour prévenir les escarres, évaluation du risque de
chute, contrôle de l’hydratation et coordination avec le médecin, le
diététicien et les proches. Enfin, il/elle joue un rôle essentiel dans
l’éducation du patient et de sa famille, expliquant l’importance de
l’alimentation et les moyens d’améliorer les apports.

Conclusion

La dénutrition chez la personne âgée est une pathologie complexe, aux


conséquences graves, mais totalement évitable si elle est détectée et
prise en charge précocement. Le rôle du personnel soignant, en particulier
l’infirmier(e), est déterminant pour prévenir cette situation, accompagner
le patient et garantir une prise en charge nutritionnelle efficace et
humaine.

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