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Techniques d'Argumentation et Conviction

Philippe Breton souligne l'importance de l'argumentation dans la communication, la considérant comme essentielle à la démocratie et à l'égalité culturelle. Il distingue l'argumentation de la manipulation et de la séduction, mettant en avant la nécessité d'une communication éthique et respectueuse des opinions. Le document explore également les différents niveaux de l'argumentation, le rôle de l'orateur et de l'auditoire, ainsi que les types d'arguments utilisés pour convaincre.

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Techniques d'Argumentation et Conviction

Philippe Breton souligne l'importance de l'argumentation dans la communication, la considérant comme essentielle à la démocratie et à l'égalité culturelle. Il distingue l'argumentation de la manipulation et de la séduction, mettant en avant la nécessité d'une communication éthique et respectueuse des opinions. Le document explore également les différents niveaux de l'argumentation, le rôle de l'orateur et de l'auditoire, ainsi que les types d'arguments utilisés pour convaincre.

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Philippe Breton, L’argumentation dans la communication

Disponible En ligne Breton Philippe, « Introduction », dans : Philippe Breton


éd., L'argumentation dans la communication. Paris, La Découverte, « Repères », 2016, p. 3-
14.

Argumenter et Convaincre

Savoir argumenter n'est pas un luxe, mais une nécessité. Ne pas savoir argumenter n'est-il pas, par
ailleurs, une des grandes sources récurrentes d'inégalité culturelle, qui se superpose, en les renforçant,
aux traditionnelles inégalités sociales et économiques ? (P. Breton, L’argumentation dans la
communication).

Argumenter et convaincre sont considérées comme centrales car ces techniques de communication
permettent de gagner l’adhésion sans recourir à la violence.
Par exemple, si on arrive à convaincre et à argumenter autour de la nécessité de vacciner la population
mondiale et si on met en place des mesures et des protocoles de prévention et de santé publique
accessible à tout le monde, on n’aurait peut-être pas besoin de prévoir une carte vaccinale.

Les pouvoirs en place utilisent de nombreuses techniques de persuasion pour gagner l’opinion
publique et légitimer leur fonction …
Les techniques de persuasion s’appliquent aussi bien au domaine de la communication politique, de la
communication commerciale et d’autres sphères non institutionnalisées comme les courants
complotistes.
Les méthodes de persuasion peuvent par contre être violents et aller jusqu’à la coercition comme dans
le cas de la propagande (on parle aussi de viol des foules).
Exemple des totalitarismes :

On doit donc faire clairement distinction entre convaincre au sens d’argumenter ou de manipuler.
La communication se déploie sur trois registres, suivant que l'intention est soit d'exprimer un
sentiment, un état, un regard singulier sur le monde ou sur soi, soit d'informer, c'est-à-dire de décrire
le plus objectivement possible une situation, soit encore de convaincre, c'est-à-dire de proposer à un
auditoire de bonnes raisons d'adhérer à une opinion. Exprimer, informer, convaincre : ces trois
registres ne se confondent pas, même si, du fait de la richesse de la parole humaine, leurs frontières
ne sont pas toujours aussi précises que le voudrait la théorie.

Retenons immédiatement que l'argumentation implique un émetteur – on l'appelle ici d'un terme
général : l'orateur –, un message, constitué par l'opinion mise en forme en vue de convaincre, et un
récepteur, l'autre, le public – appelé ici le plus souvent : l'auditoire.
L’argumentation comme l'« étude des techniques discursives permettant de provoquer ou d'accroître
l'adhésion des esprits aux thèses qu'on présente à leur assentiment » [2008, p. 5]. On doit à Perelman
un véritable renouveau de l'intérêt pour l'argumentation.

Ce faisant, on réhabilite l'opinion, qui n'est pas une croyance molle ou une vérité peu rigoureuse, mais
bien la matière de notre vie quotidienne, le ciment de notre adhésion à la vie et le fondement de nos
choix les plus essentiels. La croyance dans les vertus de l'égalité par exemple, qui fonde beaucoup de
choix dans tous les domaines (en politique, l'égalité des votes), n'est ni une vérité ni une fausseté, c'est
une opinion forte. En tant que telle, l'égalité, comme valeur, est discutable, on peut y adhérer plus ou
moins fermement, on peut l'argumenter avec rigueur, mais elle échappe à l'espace de la
démonstration. On serait tenté d'ajouter : heureusement ! Car vouloir démontrer scientifiquement les
valeurs ne peut conduire qu'au totalitarisme.
Cours : Dr. Ayoub CHAFIK Enseignant-Chercheur 1
Module transversal : Français de spécialité (Langage et communication)
Notion d’espace public et de démocratie.

L’argumentation est essentielle à la vie démocratique. La manipulation psychologique, largement


utilisée pour convaincre, par exemple dans certaines techniques de vente, relève d'une violence
exercée sur l'autre comme le montrent les expériences rapportées par Joule et Beauvois [2014]

L’argumentation ne doit pas non plus être confondue avec la séduction. D'autres moyens de
convaincre font appel moins aux sentiments qu'à une forme de raison hors propos. Il s'agit de la
démonstration, c'est-à-dire de l'ensemble des moyens qui permettent de transformer une affirmation
ou un énoncé en un « fait établi », que personne ne pourra contester, sauf à lui opposer peut-être un
autre énoncé, mieux démontré.

L'argumentation, moyen puissant pour faire partager par autrui une opinion (qui peut avoir comme
conséquence une action), s'écarte aussi bien de l'exercice de la violence persuasive que du recours à
la séduction ou à la démonstration scientifique. Il s'agit donc d'un genre particulier, dont nous allons
nous attacher à saisir la spécificité ainsi que les exigences qui entourent sa mise en œuvre.

Mais on reconnaîtra ici qu'il existe de nombreux cas, notamment dans tous les débats qu'autorise
aujourd'hui la démocratie, où convaincre peut relever avec bonheur, pour l'essentiel, de l'usage de
raisonnements qui tiennent compte de l'auditoire dans une situation de libre communication. C'est
dans cet esprit que nous définirons l'argumentation tout au long de ce livre, conscient qu'il s'agit à la
fois de décrire les mécanismes d'un élément essentiel de l'activité humaine et de mettre en avant
toutes les ressources dont elle est porteuse, comme technique de communication, essentielle aux
débats et aux pratiques démocratiques.
Les anciens Romains, inventeurs de la République, avaient bien compris ce caractère central de
l'argumentation puisqu'ils en avaient fait de façon indissociable le noyau de tout enseignement et le
fondement de la citoyenneté. De ce point de vue, il nous faut sans doute encore faire un effort pour
être modernes.

Mais l'exercice d'une argumentation citoyenne est en même temps largement biaisé par les tragiques
possibilités de manipulation de la parole et, partant, des consciences, que les techniques de
communication du XXe siècle, dérivées pour l'essentiel de la part la plus obscure des anciennes
méthodes de la rhétorique, ont ouvertes. Le pouvoir des médias, les subtiles techniques de
désinformation, le recours massif à la publicité rendent chaque jour plus nécessaire une réflexion sur
les conditions d'une parole argumentative à l'opposé de la rhétorique et de la manipulation.

Le triangle argumentatif

Nous pouvons en effet, en argumentation, distinguer entre les niveaux suivants :

• l'opinion de l'orateur ; elle appartient au domaine du vraisemblable, qu'il s'agisse d'une thèse,
d'une cause, d'une idée, d'un point de vue. Cette opinion existe en tant que telle avant d'être
mise en forme comme argument. Elle n'est pas forcément destinée à devenir un argument :
on peut avoir une opinion et la garder pour soi, ne pas chercher à en convaincre les autres ou
simplement les informer qu'on y adhère soi-même ;
• l'orateur, celui qui argumente, pour lui-même ou pour autrui (dans ce dernier cas, le contrat
de communication doit être explicite ; c'est l'exemple type de l'avocat, qui argumente pour
son client). L'orateur est celui qui, disposant d'une opinion, se place en posture de la
transporter jusqu'à un auditoire et de la lui soumettre, pour qu'il la partage, c'est-à-dire la
fasse sienne ;
• l'argument défendu par l'orateur ; il s'agit de l'opinion mise en forme pour convaincre ;
l'opinion se coule alors dans un raisonnement argumentatif. L'argument peut être présenté
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par écrit (dans un mot, une lettre, un livre, un message informatique), par la parole, directe ou
indirecte (par exemple, la radio ou le téléphone), par l'image ;
• l'auditoire que l'orateur veut convaincre d'adhérer à l'opinion qu'il lui propose ; il peut s'agir
d'une personne, d'un public, d'un ensemble de publics, ou même, dans un cas limite, de
l'orateur lui-même lorsqu'il cherche à « s'autoconvaincre » ;
• le contexte de réception ; il s'agit de l'ensemble des opinions, des valeurs, des jugements que
partage un auditoire donné, qui sont préalables à l'acte d'argumentation et qui vont jouer un
rôle dans la réception de l'argument, dans son acceptation, son refus ou l'adhésion variable
qu'il va entraîner.

Le transport de l'opinion vers l'auditoire

On voit que, dans un tel schéma, l'objectif recherché est qu'une opinion s'intègre dans un contexte de
réception, l'orateur, l'argument et l'auditoire n'étant, dans cette perspective, qu'un ensemble
d'intermédiaires de ce processus de transport. Il n'y a certes pas d'opinion sans orateur, sans être
humain qui la porte. Mais on retiendra que, en argumentation, ce qui compte au premier chef n'est
pas que les sujets se mettent en avant, mais que leurs idées soient partagées par d'autres.

Il peut y avoir un décalage entre ce qu’on pense et la manière dont on le fait comprendre pour convaincre.
Il peut donc y avoir une différence entre l'opinion et sa mise en forme. Il est en effet possible de
présenter les choses de différentes façons parce qu'on a affaire à des publics différents, sans pour
autant qu'il y ait une contradiction entre l'opinion qu'on défend et la mise en forme argumentative
que l'on propose.

Argumenter est aussi choisir dans une opinion les aspects essentiels qui la rendront acceptable pour
un public donné. La transformation d'une opinion en argument en fonction d'un auditoire particulier
est précisément l'objet de l'argumentation.

Par exemple, si on s’adresse à un public étudiant on évitera les lieux communs qui peuvent stigmatiser
les jeunes, en les considérant comme une catégorie homogène du type, les jeunes ne lisent pas, ne
s’intéressent pas à la culture ou à la politique …

Trois éléments essentiels permettent de mieux circonscrire ce champ :

• argumenter, c'est d'abord communiquer : nous sommes donc dans une « situation de
communication », qui implique, comme toute situation de ce type, des partenaires et un
message, une dynamique propre ;
• argumenter n'est pas convaincre à tout prix, ce qui suppose une rupture avec la manipulation
– l'influence coercitive – au sens où celle-ci n'est pas regardante sur les moyens de
persuader ;
• argumenter, c'est raisonner, proposer une opinion à d'autres en leur donnant de bonnes
raisons d'y adhérer.
• Argumenter, c'est aussi savoir se restreindre au nom d'une éthique : il est parfois plus facile de
convaincre, au moins à court terme, son interlocuteur en utilisant uniquement des figures de
style ou des raisonnements tronqués. Il est plus facile également, pour ceux qui en ont l'habileté,
de manipuler psychologiquement la relation dans le but de convaincre. Mais argumenter, c'est
aussi être quelqu'un qui se refuse à utiliser tous les moyens au service d'une seule valeur :
l'efficacité à tout prix.

Délimiter le champ de l’argumentation

L’opinion diffère de la science et de la foi :

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La science cherche la vérité :
Quelle différence y a-t-il, dès lors, entre une connaissance et une opinion ? On retiendra que l'une se
situe du côté de l'objectivité et de la vérité, même s'il ne s'agit là que de la recherche d'un idéal, tandis
que l'autre se situe du côté de la subjectivité et de ce que Perelman, à la suite d'Aristote, appelle le
« vraisemblable ».

Après la science, la religion constitue un autre champ qui échappe à l'argumentation. La foi, la vraie
foi, celle du « charbonnier », se partage, se communique, se reçoit comme une évidence mais ne
s'explique pas plus qu'elle ne s'argumente. La croyance dans la présence du sang du Christ dans le vin,
dans l'ascension du prophète ou dans le fait que Dieu a dicté lui-même les tables de la Loi et la Torah
n'est pas une opinion. Elle est, au sens strict, bien plus que cela, bien en dehors de cela.

Elle s’éloigne aussi du champ des émotions :


Opinion et sentiments. – Autre champ qui échappe à l'opinion, donc à l'argumentation, celui des
sentiments et, d'une façon plus générale, celui de l'émotion.

Et de l’information ou de l’évidence immédiate « il neige » par exemple ne relève pas de l’ordre de


l’information :
Opinion et information. – Dernière distinction qui nous permet de clarifier ce qui fait l'objet de
l'argumentation : l'opinion et l'information. Ces deux éléments constitutifs de la communication
gagnent à ne pas être confondus, même si la frontière qui les sépare est souvent bien ténue.
L'argumentation n'a pas pour objectif de transmettre ou de faire partager une information, mais une
opinion. Aristote excluait d'emblée du champ de l'argumentation ce qui relevait de l'évidence
immédiate. Ainsi le témoignage sur un fait qui consiste à dire : « Il neige. ».

Qu'est-ce qu'une « opinion » ?


C'est un point de vue qui en suppose toujours un autre possible (d'où l'existence de l'argumentation),
ou qui, dans un débat par exemple, s'oppose à d'autres. Qu'est-ce qu'une information, sinon un regard
sur le réel qui tend à être unique, à être la synthèse de témoignages concordants ?

Argumentation ou manipulation ?
Dans la réalité, les choses ne sont pas si simples et, si nous avons le courage d'interroger nos pratiques
quotidiennes, nous y verrons que le recours à l'influence coercitive n'est pas forcément rare. Il y a à
cela une raison simple : la manipulation est souvent plus efficace que l'argumentation. Du moins à
court terme. Ce phénomène est renforcé dans une société qui privilégie souvent l'efficacité comme
valeur et, quoi qu'on en dise, la certitude sur le doute.

La séduction, très courante en communication politique :

Les stratégies de séduction par exemple, si fréquentes en communication politique, sont


argumentation si elles restent périphériques, en appui illustratif d'un argument, mais sortiront du
cadre argumentatif si l'appel aux sentiments tient lieu d'argument et constitue le seul moyen de
transport de l'opinion. La séduction en elle-même n'est guère condamnable et son usage dans le
registre des sentiments est le plus souvent porteur d'une dynamique propice à l'établissement des
relations.

Argumenter, c'est mettre en œuvre concrètement l'égalité entre les hommes, du point de vue qui est
sans doute le plus essentiel, celui de la parole, qui est ainsi rendue plus symétrique et, du coup, moins
hiérarchique [Breton, 2003]. Argumenter, c'est également aussi contribuer à construire un monde
dans lequel, dès qu'il s'agit de défendre une opinion, la raison l'emporte, lorsque cela est nécessaire,
sur les passions ou l'esthétique, sans pour autant les nier.

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Dans l’argument, on distingue deux éléments :

• celui du contenu de l'argument, les opinions elles-mêmes ;


• celui du contenant, le « moule argumentatif » qui va donner sa forme à la thèse proposée.

On s’intéressera alors à 4 familles d’arguments


qui désignent des moules argumentatifs dans lesquels on peut ranger tout type d’argument :

1. Les arguments qui s'appuient sur une autorité,


2. ceux qui font appel à des présupposés communs, à une communauté,
3. ceux qui consistent à présenter, à « cadrer » le réel d'une certaine façon et enfin
4. ceux qui convoquent une analogie.

Cette classification (autorité, communauté, cadrage, analogie)

1. Arguments d’autorité
La famille des arguments d'autorité recouvre tous les procédés qui consistent à mobiliser une autorité,
positive ou négative, acceptée par l'auditoire et qui défend l'opinion que l'on propose ou que l'on
critique.
2. La famille des arguments de communauté fait appel à des croyances ou à des valeurs
partagées par l'auditoire, qui contiennent déjà, en quelque sorte, l'opinion qui est l'objet
de l'entreprise de conviction. L'argument de communauté s'appuie souvent sur des valeurs,
censées être partagées par beaucoup. La liste des valeurs qui peuvent servir d'appui est longue :
la liberté, l'égalité, l'histoire, la sécurité...

3. Les arguments de cadrage consistent à présenter le réel d'un certain point de vue, en amplifiant
par exemple certains aspects et en minorant d'autres, afin de faire ressortir la légitimité d'une
opinion. La famille des arguments d'analogie met en œuvre des figures classiques, comme
l'exemple, l'analogie à quatre termes ou la métaphore, en les dotant d'une portée
argumentative. Quatre exemples permettent ici d'illustrer cette typologie. Le cadrage se
reconnaît souvent au fait qu'il s'agit d'une description qui insiste sur certains aspects et laisse les
autres de côté. C'est donc une description orientée, pertinente dans un domaine où il n'y a pas
d'objectivité possible.

Exemple vaccins
Pour cadrer, on peut par exemple mettre l’accent sur la nature inédite de la pandémie du Covid-19
ne pouvant pas être comparée à d’autres maladies et à d’autres politiques vaccinales.
L’idée aussi de créer une disjonction entre un cadrage politique et un cadrage sanitaire … les effets
recherchés par la carte vaccinale sont avant tout politiques et économiques et ne concernent pas
vraiment des enjeux de santé publique.

L’importance d’un accord préalable avec son auditoire qui doit accepter d’être convaincu … cette
relation est aussi établie par l’orateur à travers la stratégie argumentative.

4. Exemple de l'analogie (exemple D) met toujours en rapport un thème (l'opinion défendue) et


un phore (l'élément extérieur qui sert à composer l'argument). L'accord préalable doit
impérativement être obtenu sur le phore, sous peine de rendre l'analogie inopérante comme
argument.

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