L’AVÈNEMENT D’UN MONDE
MULTIPOLAIRE: LE POLE
CHINOIS
Jean Sanuk
Plan
La crise a accéléré la montée en puissance de la
Chine en lui permettant de progresser dans la
hiérarchie mondiale.
L’influence croissante de la Chine se fait sentir en
Asie, en Amérique latine et en Afrique.
Mais la montée en puissance de la Chine n’est pas
sans contradictions.
La capacité à innover sera le facteur clef sur le long
terme.
La montée en puissance de la Chine
La Chine a jusqu’{ présent bien résisté { la crise
économique.
Sa croissance a fléchi entre le dernier trimestre
2008 et le premier trimestre 2009, puis elle a
retrouvé un rythme très élevé. 10,3% en 2010.
Elle a permis dans son sillage { l’ensemble de l’Asie
de sortir rapidement de la crise.
Graphique n° 1: L'impact de la crise en Chine, dans l'Asie en développement et
dans le monde
16
14,2
14
12,7
12 11,3
Taux de croissance annuel moyen du PIB en %
10,0 10,1 10,3
11,4 9,6 9,6 9,5 9,5 9,5 9,5 9,5
10 9,1 9,2
8,4 8,3 10,4
9,5 9,5
8
8,6 8,4 8,4 8,5 8,6 8,6 8,6
8,1
5,4 7,7
6
6,9 4,9 5,2 7,2 5,0
4,8
6,7 4,6 4,4 4,5 4,5 4,6 4,7 4,7
5,7 3,6
4
2,9 2,9
4,2 2,3
2 3,2 3,0 3,0
2,7 2,7 2,4 2,6 2,5 2,5 2,4 2,4
1,7 1,9
0
1,4 -0,5
0,2 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
-2
Source: élaboration de l'auteur avec les données du World Economic Outlook, FMI, avril 2011. Estimations
après 2010
-4
-3,4
Monde Economies développées Asie en développement Chine
La crise accélère le rattrapage
Le maintien d’une croissance élevée en Chine alors
qu’elle s’est effondrée dans les pays du G7 accélère
le rattrapage de la Chine sur le plan de la puissance
économique mesurée par la valeur du PIB.
La Chine a déjà dépassé le Japon en 2010 et
pourrait au rythme actuel dépasser les États-Unis
en 2020.
Le rattrapage du Japon puis des États-Unis?
Au niveau global, le revenu par habitant de la
Chine est encore faible
Mais la vision change si l’on en prend en compte les régions les plus
riches de la Chine (source: The Economist June 25th – July 1st 2011)
Rattrapage du niveau de vie des États-Unis
Si l’on prend en compte l’ensemble de la
population chinoise, le revenu par habitant de la
Chine rejoindrait le revenu par habitant des États-
Unis d’ici 25 { 50 ans selon les hypothèses retenus
(2026 à 2057, source Carsten Holz, 2008).
Si l’on prend en compte uniquement les régions les
plus riches de la Chine, pour l’essentiel la région
côtière, soit 42% de la population chinoise en
2005, le rattrapage du niveau de vie pourrait avoir
lieu d’ici 10 { 20 ans.
Rattrapage du niveau de vie des Etats-Unis
Or cette population chinoise des régions côtières
les plus riches dépasse la population entière des
États-Unis de 87%.
Si maintenant on se focalise sur les 5 régions les
plus riches de Chine, dont la population dépassait
celle des États-Unis dès 2000, le rattrapage du
niveau de vie américain pourrait avoir lieu, dans la
meilleure des hypothèse, dès 2017.
Par ailleurs, la Chine continentale, pauvre et
peuplée fournit aux entreprises industrielles un
flot de travailleurs à faible salaire et surexploités.
Le basculement de l’accumulation capitaliste
en Asie
Cela donne une idée de la force économique de la
Chine qui va devenir le premier marché du monde
pour la consommation des marchandises et pas
seulement l’atelier du monde.
Si l’on ajoute l’émergence du capitalisme indien et des
autres pays d’Asie, il s’agit bien d’un basculement du
centre de gravité de l’accumulation capitaliste vers
l’Asie.
En 2008, les dépenses de consommation des 22 pays de
« l’Asie en développement » représentait un tiers des
dépenses de consommation de l’OCDE.
Au rythme actuel, elles devraient dépasser celles de
l’OCDE en 2030 (source ADB, 2010).
Une influence croissante dans le monde:
l’exemple de l’Amérique latine
Cela confère à la Chine une position de force et une
grande influence dans les relations internationales.
Exemple: Entre 2000 et 2009, les exportations de
l’Amérique latine vers la Chine ont été multipliées par
12,4 et les exportations chinoises vers l’Amérique latine
par 8,7 (source: calculs de l’auteur avec les données de
CHELEM).
Grâce à ce commerce, la croissance chinoise a tiré
l’Amérique latine hors de la crise.
L’Amérique latine ne pèse pas beaucoup dans le
commerce chinois. En 2009, l’Amérique latine ne
représente que 9,4% des exportations chinoises et
6,5% de ses importations (source, idem).
Des relations déséquilibrées avec l’Amérique
latines
En revanche, la Chine est devenue en 2009, la
première destination des exportations brésiliennes et
chiliennes, la deuxième de l’Argentine,, du Pérou et du
Venezuela (source: idem).
La Chine est aussi le deuxième fournisseur du Brésil,
du Chili, du Pérou, du Mexique et de la Colombie, le
troisième de l’Argentine, du Venezuela et de l’Uruguay.
La Chine devient progressivement une puissance de
premier plan, capable de contester aux États-Unis sa
suprématie économique dans ce qu’ils considèrent
comme leur « arrière-cour ».
C’est une situation inédite dans les relations
internationales.
La Chine, un nouvel impérialisme?
Les exportations latino-américaines vers la Chine sont
essentiellement des matières premières alors que la
Chine y exporte des produits manufacturés.
Cela a pour effet de « reprimariser » les économies
latino-américaines après des décennies
d’industrialisation. En contrepartie, la Chine inonde
l’Amérique latine de ses produits de consommation.
Retour de la dépendance et du « syndrome
hollandais ».
Cas de l’Argentine: « Sojadependencia »
« chinodependencia ». La Chine va-t-elle modifier les
équilibres politiques internes en renforçant le pouvoir
des latifundiaires?
La Chine, un nouvel impérialisme?
Remise en cause de l’intégration régionale de
l’Amérique latine. Recul du commerce interne à
l’ALENA et au Mercosul.
La Chine multiplie la signature de traités bilatéraux
pour permettre aux entreprises chinoises de
s’implanter en Amérique latine pour sécuriser ses
approvisionnements, faciliter les importations de
produits chinois et réexporter vers les États-Unis.
On assiste ainsi à un essor des firmes multinationales
chinoises (source Jean-Christophe Defraigne, 2008).
L’essor des firmes multinationales chinoises
En 2004, il y avait 2000 FMN de Chine continentale.
En 2006, il y en avait 6426 présentes dans 160 pays.
24 appartenait au 500 plus grandes FMN du monde,
dont 7 dans les matières premières.
Elles ont un ferme soutien de l’État et préfèrent
acheter des FMN étrangères existantes
(investissements brownfield) { la suite d’accords
diplomatiques, dans des pays en froid avec les États-
Unis ou en proie { l’instabilité politique.
Birmanie, soudan, Yemen, etc.
L’essor des firmes multinationales chinoises
Mais il y a aussi des FMN dans les produits
manufacturés.
Huawei dans l’équipement en telecom, Lenovo
dans les ordinateurs, Galanz pour les fours à
micro-ondes, SVA pour les TV à écran plasma,
Yuetu pour l’air conditionné, Geely dans
l’automobile qui a racheté Volvo avec l’aide des
banques chinoises publiques.
Ces FMN ne sont pas encore productrices
d’innovation, mais pourraient le devenir
L’essor militaire
La Chine cherche aussi à renforcer son potentiel
militaire afin d’être maitre du jeu en Asie et
d’assurer la sécurité de ses approvisionnements en
matières premières.
Elle laisse les États-Unis s’épuiser dans des guerres
sans fin et maintient des relations économiques
avec les États bannis par les États-Unis comme
l’Iran et la Birmanie.
Les contradictions internes: une poids de la
consommation trop faible
Le vieillissement de la population..
Tendance au vieilissement en Chine et dans le monde
35,0
30,0
25,0
20,0
15,0
10,0
5,0
0,0
1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050
Pourcentage des 60 ans et plus dans la population. Source: World Population prospect, United
Nations 2008.
Thaïlande Monde Pays développés Pays en développement Asie Chine
…. va accentuer les tensions sociales
Et renforcer le pouvoir de négociation des
travailleurs malgré la répression de la dictature
Source:
« The
Economist,
July « 31st –
August 6th,
2010
Les hausses de salaires ont déjà lieu
Source:
« The
Economist,
July « 31st –
August 6th,
2010
Le besoin de passer à une croissance intensive
La croissance passée de la Chine a combiné une forte
mobilisation des ressource en travail, en capital et en
terre. C’est ce que l’on appelle une croissance
extensive.
L’épuisement de l’excédent de main d’œuvre, la
raréfaction des terres cultivables et la forte intensité
capitalistique rendent nécessaire le passage à un
régime de croissance intensive, c’est-à-dire basé sur
des gains de productivité qui permettent de croître
en consommant moins de ressources.
Le besoin de passer à une croissance intensive
Pour cela, la Chine va devoir devenir productrice
d’innovation et pas seulement imitatrice.
Le gouvernement chinois a défini des secteurs
stratégiques dans lesquels ils souhaitent que la
Chine produise des innovations « indigènes »,
définissent ses propres standards technologiques.
Le gouvernement a défini 7 secteurs prioritaires
allant des énergies alternatives aux véhicules
électriques en passant par les technologies de
l’information et de la communication.
Le besoin de passer à une croissance intensive
Le gouvernement prévoit de dépenser 1500
milliards de dollars dans ces secteurs.
Une politique d’achat public favorisant les produits
incorporant les « innovations indigènes » devrait
créer les marchés nécessaires à ces entreprises
innovantes dont beaucoup sont contrôlées par
l’État.
Du succès de cette stratégie dépend l’avenir de la
croissance chinoise, qui va ralentir, et sa place dans
la hiérarchie mondiale.
Bibliographie
Defraigne Jean-Christophe (2008). Sleeping giants or
global competitors? Assessing the possibilities of the
largest Chinese firms to evolve from state-nurtured
national champions into global competitors. Cahier du
CEREC, 2008/7, Université de Louvain (UCL).
Carlsten Holz (2008). « China's Economic Growth
1978-2025: What We Know Today About China's
Economic Growth Tomorrow”. World Development,
Vol. 36, 10, p 1665-1671.
Asian Development Bank (2010). “The Rise of Asia’s
Middle Class”. Special chapter in “Key Indicators for
Asia and the Pacific 2010”. ADB, Manilla.