Introduction au Droit Constitutionnel
Introduction au Droit Constitutionnel
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
H. Dumont
DROIT CONSTITUTIONNEL I
2014-2015
Le concept d’ « Etat »
Les structures de l’Etat
L’exercice du/des pouvoir(s) dans l’Etat
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
03/02/15
INTRODUCTION
Le droit constitutionnel du point de vue formel privilégie la Constitution, règle de droit qui
se distingue par sa forme. Celle-ci se distingue de toutes les autres règles de droit de par
ses caractéristiques formelles. Il existe néanmoins une série de lois qui vont prolonger les
dispositions de la Constitution.
Ex. : Est-ce que la Constitution belge permet ou interdit au pouvoir législatif d’organiser une consultation
populaire ? (=procédure qui permet à tous les citoyens d’exprimer un avis/opinion, soit sur une proposition de
norme, soit sur une option politique déterminée). En 1950 une consultation populaire fut organisée (pour/contre le
retour du Roi Léopold III). L’opinion majoritaire est que la consultation populaire devrait être interdite.
Il y a donc 4 cercles
- cercle 1 : le droit en tant que tel
- cercle 2 : le droit selon le point de vue des organes d’application du droit
- cercle 3 : le droit selon le point de vue de la doctrine
- cercle 4 : le droit selon le point de vue de la science du droit
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
La SLCE répond en fournissant des explications et des évaluations juridiques. SLCE dit que
ce n’est pas permis, explication juridique : le référendum, lui est interdit (différence
consultation/référendum, le référendum est décisoire, cela veut dire qu’il permet aux citoyens
non de donner un avis mais de décider).
Il faut combiner l’art. 36 C° et l’art. 33 C°, or le peuple n’intervient pas de manière directe là-
dedans… Il intervient seulement dans l’élection de ceux qui le représentera ! la SLCE
conclut que le référendum est interdit (nous sommes dans un système de démocratie
représentative) OR, la consultation populaire n’est pas décisoire…toutefois il ne s’agit que
d’une différence factice, car si l’on interroge tous les belges sur ce qu’ils souhaitent, même
s’il ne s’agit que d’une consultation, les élus vont s’incliner à la volonté du peuple, donc de la
nation ! consultation interdite.
Il ne s’agit pas tout à fait d’une science, car une science doit décrire et expliquer ce qu’elle a
pour objet… Une science n’est pas censée être normative (or ici SLCE dit ce qui doit être,
pas ce qui est). Nous sommes ici dans une interprétation orientée vers un objectif prescriptif.
Guy Verhofstadt a tenté d’instituer la consultation populaire…avec une commission de la Chambre et du Sénat,
réunis à l’issue de ce renouveau politique
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Une majorité d’auteurs affirment que les arguments de la SLCE, arguments de purs faits,
sont faibles en droit, donc qu’on ne peut nier la différence existant entre la consultation et le
référendum. Ces auteurs donnent un autre argument, cf. art. 195 C., article qui prévoie une
autre procédure, à savoir la dissolution des Chambres et la convocation des électeurs. Cette
dissolution trouve son sens dans le souci de recueillir l’opinion du peuple. Donc juxtaposer
les deux procédures (consultation populaire et dissolution) est incohérent… or, nous voyons
qu’en Suisse cette procédure de consultation populaire est très appliquée.
Une minorité d’auteurs affirment que la SLCE a tort, et que la consultation populaire est
permise, pourquoi ? En raison de la plénitude d’attributions du pouvoir législatif, donc que le
pouvoir législatif peut faire ce qu’il souhaite sauf si c’est interdit par la C° (et par le droit
international), or celle-ci interdit le référendum, non PAS la consultation populaire ! c’est
donc permis.
Ce qui nous intéresse ici le plus est le domaine de la science politique. La science politique
étudie la vie politique dans sa réalité, la manière donc les pouvoirs politiques sont conquis,
exercés ou perdus, le cas échéant. Elle explique la façon dont le pouvoir politique est exercé
réellement, de facto (non la façon dont il devrait être exercé). La science du droit est
également soucieuse d’évaluer les règles de droit, en les confrontant à des valeurs, dont
certaines relèvent de la philosophie politique.
Par rapport à la question posée, il s’agit d’expliquer pourquoi cette question est traitée de la
manière dont elle l’est par la doctrine et par les organes d’application du droit…toutefois on a
recours à l’histoire (cf. consultation de 1950), cette consultation populaire a causé un réel
traumatisme, car une majorité de belges ont exprimé une opinion favorable au retour de
Léopold III, celui-ci est donc revenu, et 3 jours après des émeutes ont lieu, il y a quelques
morts, le Roi Léopold III se retire donc aussitôt et abdique un an plus tard (la majorité des
belges ayant été favorables étaient les flamands, la minorité défavorable étaient les wallons
et les bruxellois francophones).
L’argument de la « bundestreue » prend ici tout son sens…on ne veut plus de la consultation
populaire dans un pays aussi ‘fragile’ que la Belgique. La Bel est une « démocratie
consociative », c’est-à-dire que l’o recherche systématiquement le consensus, pour pouvoir
dépasser/transcender les clivages/divisions structurelles qui affaiblissent et fragilisent l’Etat.
§2. Difficultés rencontrées par la science du droit et démarches proposées dans le présent
cours
Reprenons les deux principaux problèmes que rencontre le projet de Pierre WIGNY et
examinons-les dans la perspective d’une étude critique et interdisciplinaire du droit
constitutionnel
Comment faire œuvre scientifique face à un objet aussi valorisé ? Distinction nécessaire des
registres.
On ne peut donc pas suivre Pierre WIGNY quand il glisse d'un registre à l'autre : de la
mission légitime de « décrire et d'expliquer » la Constitution à celle, illégitime pour un
scientifique, de la faire « aimer ». La science du droit, comme les autres sciences humaines,
se doit de « décrire et d'expliquer » son objet. Elle n'a pas pour vocation de « faire aimer »,
de susciter une adhésion aux règles qu'elle présente. Il faut donc soigneusement distinguer
deux registres : celui, proprement scientifique de la description et de l'explication ; et celui,
qui relève de l'éthique, de l'évaluation et de la justification.
Cela dit, attention, il faut bien comprendre que cette distinction est relative ; elle n'est pas
absolue. Le propre des sciences humaines, c'est d'étudier des objets signifiants, autrement
dit liés à des valeurs par rapport auxquelles il n'est ni possible ni souhaitable de rester
totalement neutre. Nous nous retrouvons donc devant un problème très délicat - un problème
épistémologique, c'est-à-dire qui a trait à la manière de définir les exigences inhérentes à un
travail scientifique - : il faut à la fois décrire et expliquer objectivement, sans parti pris, notre
objet d'étude - la Constitution belge en l'occurrence -, et le comprendre, donc faire apparaître
les valeurs qui s'y trouvent consacrées ou, le cas échéant, négligées. Or, il est impossible
d'aborder les valeurs en question, tout en restant neutre.
Que reste-t-il de l'objectivité de la science du droit public dans ces conditions ? On ne peut
s'en sortir - de manière fatalement imparfaite - qu'en distinguant des moments dans
l'analyse.
Décrire des règles de droit, c'est exposer de manière systématique le contenu de leurs
prescriptions en s'appuyant sur les méthodes classiques de l'interprétation juridique.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Expliquer pourquoi le droit positif présente tel contenu, et non tel autre, ou telle forme, et non
telle autre, c'est, le plus souvent, être conduit à transgresser les frontières de notre discipline.
En effet, le droit ne saurait s'expliquer entièrement par lui-même. Il ne dispose que d'une
autonomie relative par rapport aux faits sociaux.
En ce qui concerne les rapports entre le discours juridique et le discours sociologique, il faut
insister sur la distinction qu'il convient de maintenir entre eux. Le discours juridique décrit les
règles qui prescrivent comment le pouvoir politique doit être exercé, tandis que le discours
sociologique décrit et explique comment le pouvoir politique est réellement exercé. Le
premier se situe donc sur un plan normatif, celui du devoir-être, alors que le second se situe
sur un plan factuel, celui de l'effectivité. Certes, on ne peut pas séparer complètement ces
deux plans, mais on ne peut jamais les confondre. Il faut plutôt les voir comme articulés l'un
à l'autre, à la manière de deux cercles sécants.
04/02/15
Section 2. La Constitution belge est-elle encore une œuvre « robuste et complexe, courte et
complète » ?
« Ce n'est pas sans émotion que je prends la plume. Le sujet est admirable. Il s'agit de décrire et d'expliquer, de
faire mieux comprendre et, par conséquent, mieux aimer, l'ingénieux édifice qui abrite notre vie publique et nos
libertés individuelles. La matière intéresse d'abord les techniciens, les juristes. On avait coutume de dire que nos
constituants n'étaient pas des théoriciens, mais des hommes pratiques. Sortis tout bouillants d'une révolution, ils
avaient tourné la pointe de chacune de leurs dispositions contre un abus concret dont ils avaient souffert.
Cependant la Constitution belge, si elle est une œuvre pratique, n'est pas une œuvre de circonstance. Il est vrai
que certains articles portent, comme de glorieuses cicatrices, la trace de revendications révolutionnaires. Mais
dans l'ensemble, on ne peut qu'admirer la logique interne d'une œuvre qui est, à la fois, robuste et complexe,
courte et complète ». (Pierre WIGNY, 1952)
7 février 1831 = date d’édiction de la constitution belge, réalisée par le « Congrès national »,
élu au suffrage censitaire. Entre 1831 et 1952, la Constitution n’a subi que 2 révisions :
- 1e révision en 1893 : le suffrage censitaire est remplacé par un suffrage
universel masculin plural = droit de vote accordé à tous les hommes d’un certain
âge, qui disposaient le cas échéant d’une, deux voire trois voix s’ils avaient des
« qualités » en plus. l’homme qui est père de famille aura déjà une voix, s’il est propriétaire d’une
maison d’un certain niveau, il en avait deux, s’il était titulaire d’un diplôme d’humanités, il en avait trois =
maximum.
- 2e révision en 1920-21 : suppression du suffrage universel masculin plural pour
le remplacer par le suffrage universel, qui demeure quand même exclusivement
masculin.
- Entre ces deux révisions intervient une loi, du 29 décembre 1899, qui abandonne le
scrutin majoritaire (= système électoral qui consiste à diviser le pays en un certain
nombre de circonscriptions, à l’intérieur desquelles les électeurs sont amenés à élire
UNE personne ou UNE liste qui emporte la victoire, donc l’élu est celui qui emporte la
majorité des suffrages), et le substitue par le scrutin proportionnel (=dans ce type de
scrutin on s’arrange à accorder à chaque liste électorale un nombre de sièges
proportionnels au nombre de voix obtenues, c’est le système le plus « juste »…).
o en 1893 on combine le scrutin majoritaire avec le suffrage universel masculin
plural, et un découvre une « polarisation » N-S. Au N le parti catholique monte
en puissance, au S (et en particulier à Bruxelles) les parti anticléricaux (partis
libéral et socialiste) montent en puissance… Il y a déjà, à l’époque, une
crainte pour la stabilité de l’Etat.
o par cette loi de 1899 on abandonne le scrutin majoritaire et on établit la
représentation proportionnelle (confirmé par le texte constitutionnel de 1920,
art. 62 C. « les élections se font par le système de représentation
proportionnelle que la loi détermine… »). Cette représentation proportionnelle
est à l’origine d’une multiplication des partis politiques belges… Le scrutin est
une des « vaches sacrées » de la démocratie de type consociatif belge.
Quid des femmes ? C’est en 1948 seulement, que le suffrage universel pur et simple entre
en vigueur, par une simple loi. Cette loi devait être adoptée à la majorité renforcée des 2/3.
Le suffrage universel le devient enfin totalement.
En 1970, les flamands sont demandeurs d’une révision constitutionnelle, car ils souhaitent
bénéficier des instruments de « l’autonomie culturelle » (=le pouvoir détenu par un Parlement
représentatif de la communauté flamande d’adopter en toute autonomie des décrets qui
auront force de loi dans les matières culturelles).
Pourquoi ce sont les matières culturelles qui furent visées en tout premier lieu ? Tout
simplement car la langue et la culture néerlandaise devaient être protégées contre la
francisation, il y avait ce besoin de les protéger. Le mouvement flamand exige donc une
autonomie législative dans les matières culturelles. Ex : radio et télévision. Apd 1970 la
radiodiffusion devient une matière culturelle au sujet de laquelle le Parlement de la
communauté flamande pourra légiférer en toute autonomie
Art. 134 C°
« Les lois prises en exécution de l’article 39 déterminent la force juridique des règles que les organes qu’elle crée
prennent dans les matières qu’elle détermine (…) ces lois peuvent conférer à ces organes le pouvoir de prendre
des décrets qui ont force de loi »
On a trois régions et trois communautés, autant sur le papier que dans la réalité. Nous
trouvons donc sur un même territoire deux catégories différentes de collectivités politiques
fédérées qui se superposent en partie. La clé de cette complication est Bruxelles, car les
deux communautés y coexistent l’intérieur d’une unique région.
10/02/2015
Attention aux articles qui datent d’avant cette date, il faut se référer à une table de
concordance.
Rappel : l’art. 137 de la C° permet aux deux communautés d’effectuer une « fusion
communautés + régions ». Elle a eu lieu au Nord du pays en 1980 ; la communauté FL a
absorbé la région FL prête désormais ses organes à la région flamande, un seul Parlement
et un seul Gouvernement pour les deux ; mais la Com Fr avait alors refusé. La communauté
FR n’a pas absorbé la région wallonne, elle a transféré l’exercice de certaines de ses
compétences à la région wallonne d’une part et à la COCOF ; les accords de la Saint-
Quentin produisent donc l’inverse de l’art. 137 car la communauté FR a subi une cure
d’amaigrissement.
Ici commence une période particulièrement tendue dans les relation entre les communautés
car les accords de la St Michel sont traduit dans la C°, des LS, et en particulier dans la LSRI
(lois spéciale de réformes institutionnelles qui modifie la LS du 8/08/1980), qui s’intitule « LS
visant à achever la structure fédérale de l’Etat ». Ce titre donne donc à penser que nous
sommes enfin arrivé à un point d’équilibre et que tout le monde est content. Mais il n’en est
rien :
- insatisfaction du côté NL, on en veut plus pour la région FL
- du côté FR, partis politiques francophones ont été unanimes pour exiger le stop
institutionnel sur les thèmes communautaires
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Dehaene donne donc ce titre pour la LS, mais, il insiste également sur le fait que « le
processus de réforme de l’Etat belge est un processus de progressif, chaque réforme prévoit
la suivante », ce titre ne voulait donc pas dire que la fin des réformes de l’Etat était arrivée.
« Notre structure fédérale de l'Etat est le fait d'une évolution sociale progressive et non d'une révolution. Elle est
le résultat d'une recherche permanente d'un équilibre entre l'unité et la diversité, dans une société en perpétuelle
évolution. Cette élaboration graduelle, où chaque phase (est) basée sur un accord politique adopté au Parlement
avec les majorités requises, est propre au modèle belge. Même si chaque phase a été suivie d'une pause,
chaque pause portait en elle les germes de la phase suivante sans que l'on puisse dire avec certitude si ce pas
allait être franchi, ni à quel moment ou de quelle manière. Je suis convaincu que tel est également le cas
aujourd'hui. C'est pourquoi je n'ai jamais parlé de phase définitive de la réforme de l'Etat. Je crois au caractère
évolutif des institutions ».
Ces résolutions ont créé une vague de stupéfaction du côté FR, parce que, malgré le
discours de Dehaene à LLN, on pensait naïvement que la LS de 1993 était effectivement une
loi visant à achever la structure fédérale de l’Etat et qu’il y a avait un véritable accord. La
réponse immédiate de tous les partis politique FR était de dire « Cela suffit ! C’est non. La
réforme importante de 1993 suffit. »
Tout donnait à penser qu’on allait au clash. Un autre élément a également « mis le feux au
poudres » : la circulaire Peeters de 1998.
- Peeters, ministre de l’intérieur du Gouvernement flamand, adopte une circulaire qui
dit aux FR des 6 communes à facilités autour de BXL que les facilités qui leurs sont
accordés dans la LCEA (quand vous demandiez une fois de disposer tous les doc
administratifs en FR ça suffisait) sont en quelque sortes « diminuées ».
- il dit qu’il faut en droit interpréter restrictivement l’art. 4 de la C°, ce qui implique
que ces facilités ne sont là que pour aider les FR à s’acclimater et au final à les forcer
à apprendre le NL. Les demandes de documents administratifs doivent désormais
être réitérée à chaque fois. Cette circulaire est bien évidemment très mal reçue chez
les FR.
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Levée immédiate des boucliers des communes périphériques et des partis FR : « les facilités
n’ont jamais été présentées officiellement comme transitoires, donc il n’y a pas lieu de les
interpréter restrictivement, c’est un geste unilatéral agressif et malvenu »
Le climat est très mauvais, on s’attend donc à une impossibilité de former un Gouvernement
en 1999 (résolutions de mars 1999, circulaire Peeters), mais le clash ne se produit pas (il se
produira en 2010) car le scandale des poulets à la dioxine éclate : la chaîne alimentaire a
été polluée donc des poulets à la dioxine circulent dans les magasins ; on ne parle plus que
de cela. Dehaene perd les élections et Verhofstadt est élu. Ce dernier sera élu à trois
reprises, Verhofstadt I dure de 1999 à 2003.
Il n’est pas un « excité communautaire » mais veut quand même faire quelque chose pour
avancer sur le plan institutionnel sans pour autant réviser la Constitution, à travers des LS ce
qui mène à la 5e réforme de l’Etat.
NB : les LS sont consacrées par l’article 4 de la C° et permettent de réformer beaucoup de choses sans toucher à
la C°, quoique la controverse a éclaté en 2001 « Est-ce qu’il aurait fallu modifier certaines normes
constitutionnelles plutôt que directement appliquer des LS ? ». Elles concernent pour l’essentiel la régionalisation
des lois organiques des provinces et des communes (placées sous la maîtrise des régions via une LS).
Sous Verhofstadt I (1999-2003) intervient également une LS du 9 mars 2003 qui modifie la
LS sur la CA qui va étendre les compétences de la CA (alors devenue CC) à l’examen de la
conformité des L, D, O à tout le Titre II de la C° + 170, 172, 191.
Intervient également une réforme électorale par une simple loi ordinaire de 2002 qui aligne
les circonscriptions/arrondissements électoraux sur les provinces (à chaque province
correspond une circonscription électorale.
Une circonscription électorale est la réunion des électeurs invités à participer à la même
élection. Mais une exception a été faite pour BHV, vieille circonscription (1830-31), les FL la
juge insupportable parce qu’elle est a cheval sur la frontière linguistique puisque H-V est une
partie de la province du brabant FL. H-V était donc dans la circonscription électorale de
Bruxelles ; cela avait ses avantages car H-V contenait une minorité des FR et les NL étaient
minoritaires à BXL ;
- grâce aux FL de H-V, les FL de BXL avait un certain avantage
- les FR étaient avantagés par Bruxelles.
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C’est à partir de 2002 que se posent les germes de la 6e réforme de l’Etat car c’est à ce
moment là que problème de BHV se pose dans des termes politiques et juridique. La CA
rend un arrêt contestable en mai 2003 qui a met le feu aux poudres en faisant le contraire
que ce que tout le monde attendait ; l’annulation de la règle qui maintient BHV. Elle n’annule
pas la règle qui maintient l’arrondissement électoral de BHV mais elle dit « qu’il y a quelque
chose de problématique dans le maintient de BHV parce qu’on traite distinctivement une
partie de la province du Brabant flamand par rapport aux autres provinces ; seule la
province ».
Est-ce que cette distinction de traitement doit être considérée comme une
discrimination contraire aux articles 10 et 11 ? La CA ne le précise pas, elle dit qu’il
appartient au pouvoir législatif de clarifier la situation et de régler le problème. Il y avait dans
la réforme électorale de 2002 un élément de compromis - le fait que les listes FL pouvaient
être identiques dans l’arrondissement de Leuven et dans l’arrondissement de BHV – qui a
été annulé par la CC en vertu d’un certain raisonnement.
« Un des éléments du compromis est annulé par la cours, donc à vous, pouvoir législatif, de
réexaminer l’admissibilité de ce BHV qui est problématique » " enjoint le pouvoir législatif à
légiférer.
A la tête de ce cartel il y a Yves Leterme, qui affirmait que pour régler le problème BHV, « il
suffisait de 5 minutes de courage » ; ce qui était bien évidemment complètement illusoire car
il a fallu plusieurs années et une 6e réforme de l’Etat pour ce faire.
Plus de six mois sont nécessaires pour s’entendre sur la formation d’un
Gouvernement. Ce pénible record s’explique par l’impossibilité pour les partis flamands et
francophones dont le résultat des élections et la logique politique faisaient les partenaires
tout désignés d’une coalition majoritaire, de s’entendre sur un programme de réformes
institutionnelles.
Dans un régime Parlementaire, un Gouvernement est responsable devant les élus (Chambre
des représentants), c’est-à-dire qu’un Gouvernement doit toujours être soutenu par une
majorité des députés (majorité +1). Comment former un Gouvernement qui s’entend sur une
déclaration Gouvernementale alors que les deux groupes linguistiques de la Chambre ne
parviennent pas à s’entendre sur une 6e réforme de l’Etat que seule le groupe FL exige.
Nous sommes donc face à un blocage qui donne les prémices d’une 6e réforme de l’Etat que
les NL exigent, alors que les FR refusent en bloc ! Mme Milquet devient Mme Non.
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BAC 1 Droit / 2014-2015
Le problème est que, à un moment donné, dans un Etat bipolaire fédéré, trouver un accord
est très compliqué :
- pour les NL, ils sont toujours demandeurs de plus de réformes de l’Etat afin d’arriver
à un Etat totalement unitaire NL où du moins à un Etat fédéré très compétent dans un
grand nombre de domaines
- du côté FR, on est resté sur l’illusion d’une structure fédérale achevée
Dans l’arsenal du droit public Belge, il existe une loi ordinaire de réformes institutionnelles du
9/08/1980 dont l’article 32 institue une procédure en conflits d’intérêts qui peuvent opposer
deux assemblées ; au ¾ des voies, une assemblée peut adopter une motion déclarant que
dans une autre assemblée, une proposition de L,D,O la lèse dans ses intérêts les plus
fondamentaux. Dans ce cas, tout s’arrête, on suspend la procédure d’élaboration de la
proposition/projet incriminé et une concertation commence entre les deux assemblées
pendant 60 jours. Un comité de concertation paritaire (NL/FR et fédéral/fédéré) est chargé de
trouver une solution. Si cela n’aboutit à rien, l’assemblée qui avait édicté la proposition
litigieuse peut continuer les discussions concernant cette dernière et éventuellement
l’adopter.
En 2007, les FR vont donc tout faire pour empêcher l’adoption de la proposition de loi qui
met fin à BHV ; pas moins de 4 procédures en conflits d’intérêts successives ont été
activées, dans l’espoir que les FR ne subissent pas brutalement et sans compensation la
scission de BHV, par
- le Parlement de la communauté FR
- l’assemblée de la COCOF
- le Parlement régional Wallon
- le Parlement de la communauté G
Du côté FR, on savait que le problème allait éclater à la tête du Gouvernement fédéral ;
parce qu’il y a une autre procédure pour suspendre l’adoption d’un projet ou d’une
proposition de loi qui est une procédure qui se base sur l’article 54 de la C° qui fait intervenir
les groupes linguistiques de la Chambre et du Sénat et qui institue la sonnette d’alarme.
Cette fois-ci, le conflit n’oppose pas une assemblée fédérale à une assemblée fédérée mais
bien le groupe linguistique NL et le groupe linguistique FR de la même assemblée fédérale,
la Chambre ou le Sénat.
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BAC 1 Droit / 2014-2015
Une Commission du dialogue interinstitutionnel est créée pour préparer cette réforme de
l’Etat. Ses travaux sont suspendus dès 2008, lorsque le Gouvernement flamand annonce
qu’il ne nommera pas les bourgmestres francophones de trois communes périphériques,
auxquels il reproche d’avoir envoyé des convocations électorales aux francophones de ces
communes en français, au lieu de les envoyer en néerlandais d’abord et, sur demande
expresse, seulement ensuite en français, conformément à des circulaires dont nous
reparlerons à l’occasion de notre commentaire de l’article 4 de la Constitution. De son côté,
la NVA refuse le plan de réforme proposé par les médiateurs et sort du Gouvernement ; le
cartel CD&V-N-VA éclate en septembre 2008.
Le mois de décembre 2008 voit quant à lui éclater l’affaire Fortis. Une commission
d’enquête sera instituée. Bien avant que celle-ci rende ses conclusions, l’affaire conduit à la
démission de Leterme, finalement acceptée par le Roi le 19 décembre 2008. Le
Gouvernement Leterme I entre alors en affaires courantes, et Herman Van Rompuy est
ensuite nommé formateur le 28 décembre.
Le 30 décembre 2008, le Gouvernement Van Rompuy est nommé. Le 7 juin 2009, ont lieu
les élections régionales et européenne. Elles sont marquées, à Bruxelles, par un retour en
force des écologistes. En Flandre, la N-VA profite de la scission du cartel CD&V-N-VA pour
percer, et, plus généralement, les élus nationalistes (N-VA, lijst Dedecker, Vlaams Belang)
remportent un total de voix très important. Au fédéral, H. Van Rompuy maintient le calme,
obtient des compromis sur des sujets difficiles non communautaires (budget, régularisation
des étrangers, ...), mais n’engrange pas d’avancées sur le plan communautaire.
La doctrine Van Rompuy préconise que la seule façon de forcer les FR à passer un accord
dont ils ne veulent pas, c’est de refuser d’entrer dans un Gouvernement aussi longtemps que
cet accord n’est pas concédé. C’est effectivement ce qui va se passer
Le 19 novembre 2009, le premier Ministre belge H. Van Rompuy est nommé Président du
Conseil européen. W. Martens est chargé par le Roi de l’aider à trouver un remplaçant au
Premier ministre sortant, et de définir une procédure pour la négociation des problèmes
institutionnels, en ce compris BHV. J.-L. Dehaene accepte cette seconde mission. Plus rien
ne s’oppose alors à la démission de H. Van Rompuy le 25 novembre 2009 et au retour d’Y.
Leterme nommé Premier ministre le même jour.
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Le Gouvernement Leterme II, après à peine 5 mois, tombe le 22 avril 2010, suite à la
décision d’un des partis membres de la coalition Gouvernementale, le parti libéral flamand
(Open VLD), de quitter cette coalition en raison de l’échec de la négociation entreprise pour
répondre à la demande flamande de scission de l’arrondissement électoral de BHV dans des
conditions honorables pour les partis francophones.
Le 13 juin 2010 ont donc lieu des élections législatives anticipées, dans un climat où la peur
existentielle pour l’Etat belge domine les esprits. Les FL, devant l’incapacité des partis
politiques FL d’obtenir des partis FR une 6e réforme de l’Etat et devant le problème BHV non-
solutionné, votent pour les séparatistes. Le résultat de ces élections a été spectaculaire. Si
l’on totalise le nombre des sièges détenus par les partis séparatistes dans le groupe
linguistique néerlandais de la Chambre, soit
- les 27 N-VA,
- les 12 Vlaams Belang (en recul de 5 sièges)
- l’unique député de la Lijst Dedecker (en recul de 4 sièges),
On obtient le chiffre de 40 sur 88. Les partis flamands non séparatistes (le CD&V, l’Open
Vld, les socialistes flamands et les Verts) sont encore majoritaires, mais ils ont tous déclaré
dès le lendemain des élections qu’ils ne voulaient pas entrer dans un Gouvernement sans le
grand vainqueur des élections, la N-VA emmenée par son médiatique président M. Bart De
Wever.
Une démocratie consociative consiste en ce que chacun met de l’eau dans son vin et obtient
une partie de ce qu’il revendique, « donnant-donnant ». Un élément va rendre les Fr un peu
plus « malléables » : depuis 1999, les FR n’étaient demandeurs de rien, mais deviennent
demandeurs d’un refinancement structurel de la région de BXL parce qu’ils ont très mal
négociés une LS de financement concernant BXL.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Les particularités de cette dernière dans le paysage institutionnel Belge fait d’elle une région
très différente des 2 autres :
- elle est très petite
- elle accueille une fraction considérable de personnes très pauvres qui paient très peu
d’impôts
- elle reçoit tous les jours des milliers de navetteurs qui utilise les infrastructures et les
transports en communs
Les partis FL le savent mais seule la NVA le nie ; donc aussi longtemps que celle-ci participe
aux négociations, il n’y aura pas d’accord.
Comme on pouvait alors s’y attendre, la négociation d’un Gouvernement qui exige
idéalement, même s’il ne s’agit pas d’une règle de droit, un accord entre une coalition de
partis majoritaire dans le groupe linguistique néerlandais de la Chambre et une coalition de
partis majoritaire dans le groupe linguistique français s’est révélée particulièrement ardue, au
point qu’il a fallu 1 an et demi, 541 jours plus précisément pour former un Gouvernement ;
qui n’est même pas soutenu par une majorité dans le groupe linguistique néerlandais. Une
solution pour BHV a été trouvée, sinon le Gouvernement n’aurait jamais pu être formé ; ce
sera le Gouvernement Di Rupo avec le fameux accord Papillon.
Le 21 juillet 2011, on est au sommet de la crise, et le ras-le-bol royal a été un élément non
négligeable. Le Roi fait un discours très remarqué à l’occasion de la fête nationale et appelle
la classe politique belge à prendre ses responsabilités. Le même jour, le président du CD&V,
M. Wouter Becke, se détache de la NVA et finit par rejoindre la table des négociations.
Celles-ci sont effectivement reprises au milieu du mois d’août, près d’un an après avoir été
interrompues. La négociation a désormais des chances d’aboutir.
Le 4 octobre 2011, un accord sur le volet judiciaire du dossier BHV est conclu. En vertu de
cet accord, un article 157bis est inséré dans la Constitution le 19 juillet 2012. Le 8 octobre
2011, intervient enfin un accord pour une réforme institutionnelle globale, surnommé «
l’Accord papillon » en raison du rôle majeur joué par M. Elio Di Rupo, le formateur, dont le
nœud papillon est devenu légendaire. La 6e RÉFORME DE L’ETAT est née ! Elle va être
traduite dans les LO et des LS pendant la période 2012-2014. On révise d’abord la C° dans
quelques articles à haute teneur symbolique.
LS du 19 juillet 2012
* article 63 §4 qui résout le problème BHV, bétonné dans une LS, élections fédérales : « §4.
La loi détermine les circonscriptions électorales; elle détermine également les conditions requises pour être
électeur et le déroulement des opérations électorales. Toutefois, et aux fins de garantir les intérêts légitimes
des néerlandophones et des francophones dans l’ancienne province de Brabant, des modalités spéciales
sont prévues par la loi. Une modification aux règles fixant ces modalités spéciales ne peut être apportée que par
une loi adoptée à la majorité prévue à l’article 4, dernier alinéa. »
* article 168bis, élections européennes : « Pour les élections du Parlement européen, la loi prévoit des
modalités spéciales aux fins de garantir les intérêts légitimes des néerlandophones et des francophones dans
l’ancienne province de Brabant. Une modification aux règles fixant ces modalités spéciales ne peut être apportée
que par une loi adoptée à la majorité prévue à l’article 4, dernier alinéa.
* nouvel alinéa article 160, compromis sur la nomination des bourgmestres : « Une modification
des règles sur l’assemblée générale de la section du contentieux administratif du Conseil d’État qui entrent en
vigueur le même jour que cet alinéa, ne peut être apportée que par une loi adoptée à la majorité prévue à l’article
4, dernier alinéa ».
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
* article 157 bis, volet judiciaire de BHV : « Les éléments essentiels de la réforme qui concernent
l’emploi des langues en matière judiciaire au sein de l’arrondissement judiciaire de Bruxelles, ainsi que les
aspects y afférents relatifs au parquet, au siège et au ressort, ne pourront être modifiés que par une loi adoptée à
la majorité prévue à l’article 4, dernier alinéa. Disposition transitoire : La loi fixe la date d’entrée en vigueur de cet
article. Cette date correspond à la date d’entrée en vigueur de la loi du 19 juillet 2012 portant réforme de
l’arrondissement judiciaire de Bruxelles.
LS du 6 janvier 2014
Qu’est-ce qu’il s’est passé depuis lors ? Depuis les LS du 6 janvier 2014, 3 éléments sont à
relever.
L’expérience de la réforme de 2001 démontre qu’on peut faire des grosses révisions de la C°
via des LS sans pour autant passer par une révision de la C° en tant que telle ; par une
simple LS on pourrait très bien transférer d’autres compétences de l’Etat fédéral vers les
communautés et les régions. L’article 195 de la C° ne figurant pas dans la nouvelle
déclaration de révision de la Constitution, une modification de cette disposition par le biais
d’une disposition transitoire, sur le mode de celle adoptée le 29 mars 2012, est exclue, tout
comme, d’ailleurs, une modification structurelle de la procédure de révision de la
Constitution. Cela réduit fortement les possibilités d’envisager une 7e réforme de l’Etat sous
l’actuelle législature ! influence considérable des LS sur la C°.
Charles Michel réussi alors à former un Gouvernement tout à fait inédit parce qu’il est
soutenu par
- trois partis du côté FL : NVA, CD&V et l’Open VLD
- un seul parti du côté FR : le MR
o le PS + CDH n’en veulent pas car ils ne veulent pas former un Gouvernement
avec un parti séparatiste = la NVA
L’affaire est hautement controversée puisque certains FR disent que le CDH aurait dû entrer
dans la coalition car la meilleure manière d’amadouer la NVA est de montrer que les FR
peuvent faire des réformes socio-économiques libérales à l’échelle de l’Etat belge sans
l’obstacle du PS.
Ce Gouvernement est tout à fait inédit parce qu’il n’a le soutien que de moins d’⅓ du groupe
linguistique FR de la Chambre. D’ordinaire, les Gouvernements depuis 1970 bénéficient du
soutien d’une majorité des députés dans chacun des deux groupes linguistiques. Il est vrai
que les Gouvernements Van Rompuy, Leterme II et Di Rupo n’avaient pas le soutien d’une
majorité du groupe linguistique NL, mais c’était à une voix près, pas moins d’⅓ du groupe.
Mais le MR estime qu’il n’y a aucun danger parce que les partis NL (NVA, Open-VLD, CD&V)
ont promis qu’il n’y aurait pas de réformes institutionnelles pendant cette législature ; le PS et
le CDH n’y croient bien évidemment pas, le communautaire a toujours de très fortes chances
de resurgir.
Nous vivons actuellement dans une législature qui n’a pas de programme institutionnel à son
actif, que va-t-il donc se passer dans les années à venir ? Il n’est pas du tout certain que le
Gouvernement Michel arrive à travailler jusque 2019, il est toujours possible qu’il
démissionne avant. Est-ce qu’il y aura une 7e réforme de l’Etat, compte tenu de la faim de
confédéralisme de la NVA, ce dernier ne pouvant pas se réaliser sans une fameuse 7e
réforme de l’Etat. Tout donne à penser que la NVA viendra avec des revendications
institutionnelles après les prochaines élections, mais est-ce que la NVA aura le même
succès électoral, si pas un succès encore plus grand ? Le rêve de De Wever est d’avoir la
majorité à lui seul dans le groupe linguistique NL de la Chambre car il pourra alors négocier
cette réforme, et peut-être l’aventure confédérale, le calme actuel au niveau communautaire
grâce au Gouvernement Michel n’est pas du tout définitif. La Belgique reste un Etat
vulnérable, son avenir va dépendre avant tout des électeurs qui peuvent renforcer la NVA au
point de lui donner une majorité dans le groupe linguistique.
Le nombre d’électeurs FL qui votent en faveur de la NVA et qui veulent la fin de l’Etat belge
sont au nombre de 20%, pas plus ; donc la grande majorité de ces électeurs ne tiennent pas
à faire disparaître l’Etat ! Une partie est également favorable au retour à l’Etat unitaire, cela
reste étonnant de voter pour un parti séparatiste alors qu’on désire le contraire…
(1) A-t-elle conservé une « logique interne » bien déterminée ? Non, il faut plutôt observer
DES logiques qui traversent la C° belge, il y a encore des résidus de l’époque où la Belgique
était un Etat unitaire (cf. art. 195). La logique fédérale n’a pas été entièrement respectée par
la C° actuelle. De plus, les bases constitutionnelles du libéralisme économique sont assez
ambiguës.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
(2) Est-elle restée robuste ? A certains égards oui, mais le « moule originaire » demeure.
Via les mécanismes qu’elle a mis en place, non sans des crises terribles, elle a favorisé la
recherche et la découverte de compromis pacificateurs. Mais il est permis d'avoir des doutes,
eu égard à l'acuité des tensions communautaires dont notre parcours historique témoigne
amplement.
(3) Pierre WIGNY qualifiait la Constitution de 1831 de « complexe ». Il voulait dire : fine,
intelligente. Celle de 2013 mérite le même qualificatif. Mais il faut aussi le comprendre cette
fois au sens de « compliqué », et même extrêmement compliqué. La C° fait partie des C° les
plus compliquées au monde !
(4) Courte ? Non, assurément notre Constitution est devenue longue. On vient de le montrer.
(5) Serait-elle au moins redevenue complète ? Il est sûr que plusieurs lacunes ont été
comblées, mais il en reste quelques-unes qui ne sont pas négligeables. Les révisions
constitutionnelles ont principalement permis à la Belgique de perdurer malgré les divisions
communautaires, mais la C° n’a pas été révisée sur toute une série de points qui mériteraient
pourtant de l’être
- le Titre II est obsolète,
- nous vivons dans une particratie alors que les partis sont pratiquement absents de la
C°.
« Ce n'est pas sans émotion que je prends la parole. Le sujet est passionnant. Il s'agit de décrire et d'expliquer,
de faire comprendre et de permettre d'évaluer l'ingénieux édifice qui abrite notre vie publique. La matière
intéresse d'abord les techniciens, les juristes. Mais elle ne devrait pas moins intéresser les citoyens, tous les
citoyens. Nos constituants ont tenté d'expliciter les règles de base d'une démocratie contemporaine, en tenant
compte des différences considérables qui séparent aujourd'hui les Communautés et les Régions du pays. Aussi
fragile, sinon précaire, complexe, compliquée, longue et discutable soit-elle, la Constitution sortie de leurs mains
mérite la plus grande attention. De plus en plus nombreux sont les étrangers qui, de par le monde, y voient sinon
un modèle, au moins un système de régulation des conflits de type communautaire dont on gagnerait à s'inspirer
dans bien des territoires où l'on s'entre-tue. Alors ne faudrait-il pas que les Belges apprennent en tout cas à la
connaître ? Pour les juristes, cette connaissance n'est pas seulement souhaitable. Elle est indispensable. »
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
PREMIERE PARTIE :
L’ETAT, NOTION ET FONDEMENTS
L'Etat est une notion difficile à définir. Il est d'autant plus difficile à définir qu'il se prête à
diverses approches :
- approche juridique (section 1)
- approche de la sociologie politique (section 2)
- approche de la philosophie politique (section 3).
L'Etat est le titulaire abstrait d’un pouvoir souverain et institutionnalisé exercé sur - et en
démocratie au nom de - la population d'un territoire déterminé pour servir prétendument
l’intérêt général.
L’Etat est une abstraction, c’est précisément ce qui rend ce concept difficile à appréhender ;
c’est une personne moral souveraine
Dans une définition juridique, chaque élément compte. Il faut distinguer ici les deux éléments
clés qui ont une portée constitutive pour le concept juridique d'Etat, à savoir
- la souveraineté (§1)
- l'institutionnalisation du pouvoir (§2) : un pouvoir individualisé est le contraire d’un
Etat
Les deux autres éléments sont dérivés de la souveraineté, la population et le
territoire parce que
o chaque Etat délimite souverainement son territoire
o chaque Etat délimite souverainement ses nationaux
# la nation est l’ensemble de ceux qui ont la nationalité de l’Etat
# la population est l’ensemble des nationaux et des étrangers installés
durablement sur le territoire d’un Etat ; ce dernier exerçant un pouvoir
sur les deux.
Ex. : débat sur l’extension déchéance de nationalité, ce n’est pas un débat purement symbolique car dès qu’on a
plus la nationalité d’un Etat, on n’a plus le droit absolu de pouvoir y entrer.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
A. Définition
La souveraineté est la qualité qui vaut à l’Etat d’être un pouvoir suprême, au-dessus de
tout autre pouvoir dans l’ordre juridique (OJ) interne et indépendant dans l’ordre juridique
international, c’est-à-dire exempt de toute subordination à un autre Etat, à une puissance
étrangère.
En DROIT, la souveraineté de l’Etat est absolue dans son OJ propre tandis que dans l’OJ
international, cette souveraineté est relative. Dans les FAITS, certains Etats ne détiennent
qu’une souveraineté limitée et extrêmement faible dans leurs propres OJ interne (Etats
faibles vs Etats forts).
Traditionnellement, un pouvoir souverain est réputé avoir les propriétés suivantes : il est
- unique et indivisible
- absolu et inaliénable
Il est donc censé consister en une « puissance de commandement unique, exclusive et
irrésistible ».
Cette définition classique est de plus en plus critiquable aujourd’hui. Mais avant de la
critiquer, il faut bien la comprendre.
C’est donc un concept totalement hérité du passé ; il faut donc se demander si ce dernier a
encore une portée pertinente actuellement.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Est-ce que l’obligation de respecter les traités contredit le concept de souveraineté ? NON,
aucun Etat n’est forcé de ratifier un traité. MAIS une fois que vous ratifier vous êtes obligez
de le respecter = contrat. La faculté de contracter des engagements internationaux est
précisément un attribut de la souveraineté, c’est parce que l’Etat est souverain qu’il a la
faculté de conclure ses traités.
Il demeure pour l’essentiel correct d’affirmer que les Etats sont souverains au regard du droit
international. La souveraineté internationale des Etats désigne
- négativement la règle qui veut qu’aucun Etat n’est soumis au pouvoir d’un autre Etat
- positivement la liberté qu’ils ont de faire ce qui est en leur pouvoir. Certes, ce pouvoir
peut et doit être limité, mais, pour l’essentiel, ces limitations s’opèrent par le biais de
coutumes et plus encore de règles conventionnelles.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
« L'Organisation des Nations Unies et ses Membres, dans la poursuite des buts énoncés à l'Article 1, doivent agir
conformément aux principes suivants :
1. L'Organisation est fondée sur le principe de l'égalité souveraine de tous ses Membres.
2. Les Membres de l'Organisation, afin d'assurer à tous la jouissance des droits et avantages résultant de
leur qualité de Membre, doivent remplir de bonne foi les obligations qu'ils ont assumées aux termes de la
présente Charte.
3. Les Membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la
menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout
État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.
4. Les Membres de l'Organisation donnent à celle-ci pleine assistance dans toute action entreprise par elle
conformément aux dispositions de la présente Charte et s'abstiennent de prêter assistance à un État
contre lequel l'Organisation entreprend une action préventive ou cœrcitive.
5. L'Organisation fait en sorte que les États qui ne sont pas Membres des Nations Unies agissent
conformément à ces principes dans la mesure nécessaire au maintien de la paix et de la sécurité
internationales.
6. Aucune disposition de la présente Charte n'autorise les Nations Unies à intervenir dans des
affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un État ni n'oblige les Membres à
soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux termes de la présente Charte;
toutefois, ce principe ne porte en rien atteinte à l'application des mesures de cœrcition prévues
au Chapitre VII. »
Cette souveraineté internationale des Etats emporte donc deux corollaires essentiels :
(1) la prohibition de toute ingérence dans les affaires intérieures des Etats (§6) ;
(2) C’est parce que chaque Etat est souverain en droit qu’il ne peut recourir à la force pour
imposer son point de vue (§3). Le recours à la force comme moyen de règlement des
différends internationaux est donc exclu, sauf
- légitime défense
- autorisation expresse du Conseil de sécurité des Nations unies sur pied du chapitre
VII de la Charte en cas de
o menace contre la paix,
o rupture de la paix
o d’acte d’agression.
Il arrive assez souvent que ce chapitre ne soit pas respecter (USA), mais ce n’est pas la
normalité
Ex :
- intervention de la France au Mali avec approbation du Conseil de Sécurité de l’ONU
- demande d’intervention du Conseil de Sécurité en Syrie, mais la Russie et la Chine s’y opposent ; il y a
deux éléments à distinguer en Syrie
o la guerre civile pour écarter El Assad du pouvoir ! là est intervenu le droit de véto de la Russie
et de la Chine
o la lutte contre le groupe Etat Islamique : l’intervention militaire internationale sur le territoire
syrien dans ce cas-ci a été faite avec accord de El Assad
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Il y a
- quatre données d’ordre juridique qui sont de nature à contester ou à relativiser la
définition classique de la souveraineté (2.1)
- une donnée d’ordre plus factuel ou politique (2.2)
- une dernière réflexion d’ordre juridique puisqu’il s’agira d’affiner notre définition initiale
de la souveraineté (2.3)
Ce phénomène est particulièrement frappant pour les Etats qui ont reconnu la
compétence du Comité des droits de l’homme des Nations Unies. Le Pacte des Nations
Unies relatifs aux droits civils et politiques de 1966 met en place un comité des droits de
l’homme. Il est également accompagné d’un protocole qui, une fois ratifié par les Etats, met
en place une compétence primordiale pour ce comité : il peut désormais être saisi de
réclamations par tout individu qui subit une violation d’un des droits fondamentaux garantis
par le Pacte, que cet individu ait ou n’ait pas la nationalité de l’Etat en question. Le comité
des droits de l’homme peut interpréter le Pacte pour en déduire que l’Etat n’a pas respecté/a
violé tel droit, décision qui a une autorité de chose jugée.
Les Etats n’ont aucune maitrise sur les raisonnements et interprétations de ce comité, en
sachant qu’interpréter ce Pacte, c’est disposer d’une certaine autorité pour faire dire au
Pacte toute une série de chose qui n’y est pas littéralement. Mais également pour les Etats
membres de l’Union européenne et parties à la Convention européenne des droits de
l’homme, véritable juridiction qui peut condamner un Etat et qui produit des arrêts qui ont
autorité de chose jugée.
Les traités constituent donc des « pièges à volonté » ! quand ces traités instituent des
organes de contrôle aux décisions desquels les Etats s’engagent à se conformer, ceux-ci
sont dépossédés de la maîtrise de l’interprétation que ces organes procureront aux normes
convenues.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Il faut dans cette notion de jus cogens/norme impérative de droit international général y voir
une véritable contestation de la notion de souveraineté parce que la « communauté
internationale des Etats dans son ensemble », ce n’est pas la même chose que l’addition de
la volonté de chacun des Etats membres de l’ONU. Si Etat isolé s’oppose à une telle règle
lors de son processus de formation coutumier, il sera néanmoins contraint de s’y conformer
car il suffit que l’accord émane d’Etats assez nombreux et assez divers pour représenter la
communauté internationale des Etats » dans son ensemble. Mais attention à l’illusion que de
croire qu’il y a un large consensus dans la communauté internationale dans son ensemble
pour identifier une belle et longue liste de règles impératives, car ce n’est pas le cas. Les
jurisprudence et doctrine internationales sont unanimes néanmoins sur le fait qu’il y a
consensus concernant le noyau dur de ces normes impératives internationales, les règles
de ius cogens, qui concernent l’interdiction de l’esclavage, de la torture et du
génocide. On pourrait penser que tous les droits de l’homme sont englobés dans ce noyau
dur mais ce n’est pas du tout le cas.
Quel est l’Etat qui va avoir la naïveté de conclure avec un autre Etat un traité pour organiser
un génocide, des actes d’esclavage ou de torture ? L’existence reconnue volontairement par
la communauté internationale des Etats dans son ensemble de ces normes impératives du
droit international général est incompatible avec la définition classique de la souveraineté
internationale ; et c’est tant mieux dans ce cas-ci, même si la portée de cette atteinte à la
souveraineté est limitée.
Quant à ceux qui ont pris part à ce processus, l’approche exclusivement volontariste du droit
international ne fournit qu’une explication « très artificielle » quand elle réduit l’opinio iuris à
un « accord tacite », si un Etat ne s’oppose pas formellement à une coutume, elle est
obligatoire.
Ex. : comment se prémunir d’une catastrophe écologique (nuage radioactif) qui ignore les frontières (pas de
douaniers) des Etats sans coopérer sur la scène internationale ? Comment un Etat peut-il assurer sa sécurité
militaire tout seul ?
17/02/15
Mais, après avoir rassemblé les données qui confirment la pertinence de cette définition classique de la
souveraineté internationale, certaines données apparaissent dans un second temps qui sont de nature à
contester/relativiser cette définition. De facto, politiquement et précisément pour préserver son destin, un Etat doit
conclure des traités, doit entrer dans des engagements internationaux. Donc, même si en droit un Etat n’est pas
obligé de conclure un traité, mais dans les faits il est simplement obligé d’entrer dans ce réseau de conventions
internationales.
" La question est donc la suivante : une fois qu’un Etat entre dans l’UE et consent à
toute une série de transfert de ses propres attributions/compétences au profit de
l’UE, que reste-il de sa souveraineté ? Est-ce qu’il y a encore un sens à dire que l’Etat
est souverain ? Pour répondre à cette question, il faut introduire une nouvelle distinction : la
distinction entre la souveraineté au sens formel et la souveraineté au sens matériel.
Prenons l’exemple de l’Etat membre de l’UE. Ces Etats membres conservent intactes leur
souveraineté formelle intacte. Démonstration sur base de 3 indices :
1er indice : Un Etat membre de l’UE n’a jamais eu l’obligation d’y entrer.
Article 49 du TUE
« Tout État européen qui respecte les valeurs visées à l'article 2 (démocratie, DDH) et s'engage à les promouvoir
peut demander à devenir membre de l'Union. Le Parlement européen et les Parlements nationaux sont
informés de cette demande. L'État demandeur adresse sa demande au Conseil, lequel se prononce à l'unanimité
après avoir consulté la Commission et après approbation du Parlement européen qui se prononce à la majorité
des membres qui le composent. Les critères d'éligibilité approuvés par le Conseil européen sont pris en compte.
Les conditions de l'admission et les adaptations que cette admission entraîne en ce qui concerne les traités sur
lesquels est fondée l'Union, font l'objet d'un accord entre les États membres et l'État demandeur. Ledit accord est
soumis à la ratification par tous les États contractants, conformément à leurs règles constitutionnelles
respectives. »
Cet Etat est tenu de respecter ses engagements et doit obéir aux règles fixées dans le traité
puisqu’il a librement consenti à ratifier ce traité. En droit, ce n’est donc pas une atteinte à la
souveraineté, elle reste intacte. Bien évidemment, la souveraineté formelle serait anéantie si
la révision/modification des traités pouvait se faire, non pas à l’unanimité des Etats comme
actuellement, mais moyennant une majorité plus ou moins renforcée des Etats membres. Un
Etat subirait alors la révision d’un traité contre sa volonté, il n’aurait plus « la compétence de
la compétence ». Mais précisément parce que les Etats membres de l’UE sont obsédés
par la sauvegarde de leur souveraineté au sens formel, il se trouve dans le TUE un
article 48 qui garantit le principe de l’unanimité des 28 Etats membres de l’UE pour la
révision des traités.
Article 48 §4
« Une Conférence des représentants des Gouvernements des États membres est convoquée par le président du
Conseil en vue d'arrêter d'un commun accord les modifications à apporter aux traités. Les modifications entrent
en vigueur après avoir été ratifiées par tous les États membres conformément à leurs règles
constitutionnelles respectives. »
Petit rappel : l’idée de mettre en place une constitution européenne germe dans les esprits de certains,
notamment Verhofstadt (dans cette « fausse C° » la révision de celle-ci se ferait à l’unanimité = c’est donc un
traité et non pas une C°) mais a été refusée par la France et les Pays-Bas, elle a remplacée par le traité de
Lisbonne qui dit la même chose à 99%, mais avec quelques variantes qui ont rassurés les souverainistes. Donc
le seul « NON » français ou des Pays-Bas suffisait pour ne pas mettre en place cette constitution.
Article 50 §1
« Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de
l'Union. »
Ce 3e indice est donc la confirmation qu’un Etat reste formellement souverain, il a donc la
compétence ultime de se retirer de l’UE et de retrouver la totale maitrise de sa souveraineté
matérielle.
Cet article 50 consacre un droit de retrait théorique vu qu’il n’a encore jamais été utilisé, le
cas de la Grèce pourra peut-être dans le futur devenir le premier pays à se retirer de l’UE, si
le pays continue de se heurter à un mur, celui du Ministre des finances européennes. La
sortie de la zone € n’est pas prévue par le traité mais de facto, si on sort de l’UE on sort de
l’€.
Imaginez un Etat qui aurait perdu son pouvoir de légiférer dans toutes la matières, à une
organisation internationale ou à un autre Etat, il aurait transférer toutes ses compétences
législatives " il n’est plus un Etat ? Quelles sont donc les prérogatives inhérentes à la
qualité d’Etat, les « pouvoirs régaliens » ?
Il n’y a pas de définition juridiquement acquise de ces prérogatives mais chaque Etat a une
petite idée des pouvoirs dont il n’envisage pas d’être privé. Il y a une tradition qui identifie
ces prérogatives propres à la souveraineté au sens matériel.
29
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Premièrement, on ne conçoit pas un Etat qui ne dispose pas en principe des pouvoirs de
- légiférer,
- d’exécuter ses propres lois/d’administrer
- de juger
Ces pouvoirs sont donc inhérents à la qualité d’Etat. On peut imaginer des transferts partiels
de ces fonctions mais certainement pas dans leur totalité.
La CC Allemande, dans son célèbre arrêt sur le traité de Lisbonne, n’hésite pas à ajouter
d’autres compétences à cette liste qu’elle juge essentiels à la souveraineté allemande
- Etat social, sécurité sociale
- langue, culture, médias
- statut des Eglises en Allemagne
- l’éducation
Est-ce que l’Etat membre de l’UE est également souverain matériellement ? Non, la
souveraineté matérielle des Etats membres n’est plus du tout intacte, car il y a des
transferts de souveraineté qui ont été concédés par les Etats membres au profit de
l’UE dans des domaines aussi sensibles que ceux qu’on vient d’évoquer.
Dans le troisième domaine, les biens du domaine public, on retient un sous domaine :
la monnaie.
Les Etats membres de la zone Euro, c’est pratiquement toute l’UE, même si certains pays ne
sont pas tous en ordre quant aux critères de convergences pour entrer dans cette zone, ils
ont en tout cas tous vocation à y entrer, sauf ceux qui y ont définitivement dit NON comme
les Britanniques. Les Etats membres de la zone Euro ont donc perdu leur souveraineté
monétaire de manière encore bien plus radicale qu’en matière d’asile, d’immigration, ou de
coopération policière et judiciaire en matière pénale, art ; 127 et sq. du TFUE. Il y a une
Banque Centrale Européenne (BCE) qui a une maitrise totale du taux de change et de la
création monétaire. Or c’est un autorité totalement indépendante, aucun Etat à travers son
premier ministre ou son président ne peut donner un ordre à celle-ci (à son président, Mario
Draghi) ; c’est le Conseil du Gouverneurs qui décide, chaque Etat est « représenter par » un
gouverneur mais ce dernier n’a pas le droit de recevoir d’ordres des Etats.
Conclusion
Il y a ici une claire dissociation entre la souveraineté formelle et la souveraineté matérielle : la
souveraineté matérielle est en partie amputée (mais pas anéantie) alors que la souveraineté
formelle des Etats demeurent intacte. Est-ce que cette situation un peu paradoxale va durer
longtemps ? Les Etats restent formellement souverains, ils ont la compétence ultime, la
compétence du dernier mot : ils peuvent dire NON à la révision d’un traité et ils peuvent se
retirer de l’UE. Mais, ils ont perdu des pans entiers de leur souveraineté matérielle au profit
d’un « rassemblement de souveraineté » exercé collectivement/collégialement par le Conseil
des Ministres et le Parlement Européen.
Dans les domaines les plus sensibles (sauf la monnaie) mais comme la PESC, il y a encore
le droit de véto ; et dans d’autres domaines comme la fiscalité ce droit de véto existe
également. Il y a des décisions qui peuvent être prises par l’UE mais à l’unanimité. Dans ces
matières là, la souveraineté négative est encore protégée puisqu’on a le droit de véto, mais il
y a une perte de la souveraineté positive, aptitude à obtenir une décision positivement
conforme à ses attentes dans tous les domaines où les Etats ont octroyé des compétences à
l’UE (même dans les domaines où règnent encore le principe de l’unanimité) ; dans tous les
domaines où les Etats ont transféré une partie de leurs attributs à l’UE, il y a une perte de
l’aptitude à décider librement pour soi-même ce que l’on veut, on doit s’en remettre aux
décisions du Parlement ou du Conseil. Il y a donc l’émergence d’un acteur politique qui n’est
pas un Etat, mais qui commence à y ressembler : il s’agit de l’UE, « objet politique non
identifié », est une sorte de fédération plurinationale qui n’est pas un Etat fédéral.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Mais, est-ce que cette fédération plurinationale/UE va un jour devenir un véritable Etat
fédéral comme les USA ? Ou bien est-ce que cet avenir est définitivement
inaccessible ? Est-ce que cet avenir est souhaitable ; est-ce qu’il faut souhaiter qu’un
jour l’UE devienne les Etats-Unis d’Europe ? Il n’y a pas de consensus sur cette question
tout à fait fondamentale.
Est-ce que les Belges sont favorables à cette métamorphose de l’UE ? Oui, car ils estiment
que cela va résoudre le clivage communautaire du pays. Mais est-ce de même pour nos
voisins Français ? Non, un Français moyen n’a aucune envie de perdre sa souveraineté
formelle. Un Britannique non plus, un Allemand non plus. " Il y a donc un clivage : certains
Etats membres seraient prêts aux grand sursaut fédéral tandis que d’autres ne veulent
absolument pas entendre parler de cela. L’avenir de l’UE n’est donc pas clair, mais toute
donne à penser que ce n’est pas dans un futur proche que les Etats-Unis d’ Europe seront
fondés sur la base d’un Etat fédéral.
Quels sont les éléments majeurs/décisifs en droit qui favoriseraient ce basculement de l’UE
en un Etat fédéral ?
- la révision des traités : si l’art. 48 du TUE est modifié en disant « qu’une majorité
d’Etats suffit pour réviser les traités », la souveraineté formelle disparaît ! passage
de l’unanimité à la majorité renforcée
- interdiction du droit de retrait : un pays est alors enfermé dans un Etat fédéral,
exactement comme les 50 Etats fédérés des USA.
Différence abyssale entre l’UE et les USA : dans cette dernière, on modifie la C° fédérale
avec l’accord ¾ des Etats, ¼ des 50 Etats fédérés peuvent alors subir une révision de la C°
fédérale de 1787 contre leur gré ! ils ne sont donc pas souverains ! On considère que dans
un Etat fédéral normalement constitué, aucun Etat fédéré n’a de droit de sécession/retrait.
Imaginez que le R-U, la France, l’Allemagne, la Pologne, acceptent une révision des traités à
l’unanimité et l’interdiction du droit de retrait ; c’est politiquement impossible ! Nous allons
donc encore rester longtemps dans cette fédération plurinationale, dans cette disjonction
entre la souveraineté formelle (intacte) et la souveraineté matérielle (largement amputée). Le
droit constitutionnel est très imprégné par le droit européen, il est devenu hybride car il
articule des éléments européens avec des éléments nationaux.
Exam :
- Qu’est-ce que la souveraineté formelle ?
- Qu’est-ce que la souveraineté matérielle ?
- Que reste-il de la souveraineté des Etats membres ?
Observations complémentaires
La souveraineté budgétaire des Etats membres. Depuis l’adoption d’une série de règlements
et de directives fondés sur l’article 136 du TFUE, appelé les « two packs » ou encore « six
packs », ces Etats sont soumis à une discipline budgétaire extrêmement rigoureuse. Afin
d’éviter que la grande crise financière de 2008 ne se reproduise et que les Etats se mettent
dans des situations de déficit excessif, le budget national de chaque Etat ne peut être adopté
sans un contrôle par la Commission et le Conseil de l’UE, ce budget est examiné à la loupe.
Or, dans la tradition démocratique, c’est chaque Parlement national qui a la maitrise du
budget national ; aujourd’hui cette maitrise est en partie transférée aux institutions de l’UE.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Il ne se trouvera jamais d’unanimité parmi les Etats membres de l’UE actuelle pour décider
de faire le grand saut fédéral. La CC Allemande dans son arrêt célèbre sur le traité de
Lisbonne, a très clairement dit qu’elle s’opposerait à de nouveaux transferts de compétences
de l’Etat allemand vers l’UE dans les domaines sensibles de la souveraineté matérielle si ces
transferts seraient de nature à compromettre la maitrise par l’Allemagne ou en tout cas une
maitrise suffisante de ces domaines.
Ex. : il y a dans chaque Etat membre, un ministre de l’éducation nationale ; on pourrait imaginer demain que l’UE
reçoivent de nouvelles compétences en matière d’éducation, elle pourrait imposer à toutes les écoles de Etats
membres un cours d’histoire européenne selon un programme qui serait relativement homogène dans toute l’UE.
! il y a de fortes chances que la CC Allemande refuse cela dans son arrêt. Cette cour va très loin, elle envisage
des choses beaucoup plus modestes pour porter atteinte à sa souveraineté. Elle a annoncé de manière toute à
fait explicite qu’elle s’opposerait à des transferts dans certaines matières, dans des domaines comme l’Etat
social, la culture, l’éducation. etc.
L’UE a donc beaucoup de difficultés à voir clair dans son avenir. Le scénario d’une
ratification d’un traité par plusieurs Etats membres qui sont prêts pour le saut fédéral circule
déjà actuellement dans les esprits d’un groupe d’intellectuels. Les plus fédéralistes, qui
seraient prêts à réunir une partie des Etats membres de l’UE sont très craintifs et ne sont pas
d’accord entre eux pour entrer dans une logique vraiment fédérale. Les Etats-Unis d’Europe,
ce n’est donc pas pour aujourd’hui, ni pour demain.
Exemple : 1830, l’Etat belge est proclamé comme Etat indépendant ; la première chose que
le Gouvernement provisoire (autorité de fait qui prend le pouvoir à la suite d’une révolution)
promet de faire c’est d’établir une C°. Mais pour ce faire, il faut se mettre d’accord sur une
procédure pour composer un organe qui va rédiger cette C° et qui va exercer le PC
originaire. Forcément, ce n’est pas la nation/le peuple qui va rédiger ces règles
complètement abstraites qui lui permettront de s’exprimer ; c’est bien le Gouvernement
provisoire qui décide d’élire au suffrage censitaire un Congrès National, assemblée d’élus qui
ont pour mission de doter la Belgique de sa C° historiquement première. Une fois que cette
procédure est effectivement mise en œuvre, les citoyens qui paient le cens élisent quelques
bourgeois masculins qui forment ce Congrès, ce sont les pères fondateurs qui édictent la C°
de 1831 en 4 mois.
Quelle est donc cette nation, ce peuple, détenteur du PC originaire ? Il s’agit de l’entité
abstraite au nom de laquelle le Congrès National a édicté la C°. On pourrait dire que c’est
l’ensemble des électeurs qui ont désignés les membres du Congrès, mais eux-mêmes ne
sont qu’une partie de la population réelle, puisqu’on pratique le suffrage censitaire.
Supposons que l’on refasse le coup aujourd’hui, on pratiquerait le suffrage universel, même
si ce n’est qu’une partie de la nation ; les enfants entre 1 jour et 18 ans ne participeront pas à
l’élection, mais c’est quand même en leur nom que le PC originaire serait exercé.
On cherche la clé de voûte qui recherche tout l’édifice, on remonte au PC originaire, et quand
on cherche le fondement du PC originaire, il se défile.
Quid du PC dérivé ? Il est en quelque sorte « au-dessus du lot » mais il n’est pas
entièrement souverain puisqu’il doit respecter l’art. 195 de la C°.
Ex. : aucun Etat n’est totalement maitre d’une entreprise multinationale qui s’implante dans plusieurs pays. Celle-
ci profite de la dispersion des Etats pour disposer d’un pouvoir et d’une autonomie considérable. Bien
évidemment, chaque fois que cette entreprise veut agir dans un Etat, elle doit respecter les lois de cet Etat ; mais
aucun Etat en particulier n’a la maitrise de l’ensemble des activités de l’entreprise multinationale. Tel Etat est très
exigeant sur son territoire avec tel siège social, l’entreprise peut très rapidement délocaliser ce siège social et
l’implanter dans un autre Etat moins regardant.
L’Etat est souverain, oui, mais il n’empêche que des pouvoirs non-Etatiques disposent de
prérogatives considérables dont on peut nier l’appartenance au droit ! on peut décréter que
le seul vrai droit est le droit des Etats, mais cette dénégation a quelque chose de politique.
En réalité, une entreprise multinationale est un OJ, il y a des règles, des institutions et des
sanctions qui frappent la méconnaissance de ces règles. Il en va de même pour les
fédérations sportives internationales et pour l’Eglise catholique (droit canon).
La prétention des Etats à monopoliser l’édiction du droit positif valide n’est bien qu’une
prétention, compte tenu de l’existence de ces droits non-étatiques ; mais il est vrai que en
droit chaque Etat dispose d’un pouvoir de contrainte irrésistible dans les limites de son
territoire, mais ce n’est pas toujours le cas de facto (ex : l’Etat italien est incapable de
maitriser la mafia).
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Eléments qui confirment Eléments qui relativisent Eléments qui confirment Eléments qui relativisent
18/02/2015
Est-ce que l’on trouve dans la C° belge une définition de l’Etat ? Non ! Mais le mot Etat est
régulièrement employé.
- art. 1er : « La Belgique est un État fédéral qui se compose des communautés et des régions », Etat =
o ensemble des collectivités politiques, des institutions publiques,
o enveloppe qui fait la loi pour tous les Belges.
- art. 7 : « Les limites de l'État, des provinces et des communes ne peuvent être changées ou rectifiées
qu'en vertu d'une loi. » ! limites = territoire (élément dérivé de la souveraineté)
- art. 10 : « Il n’y a dans l’Etat aucune distinction d’ordres » ! distinctions d’ordres = alinéa qui
date de 1831 où on souhaitait éviter tout retour à l’Ancien Régime qui était caractérisé
par des distinctions d’ordre (aristocratie, clergé, tiers-Etat) ! Etat = ensemble de la
population
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
- art. 170 : « §1er. Aucun impôt au profit de l'état ne peut être établi que par une loi.
§2. Aucun impôt au profit de la communauté ou de la région ne peut être établi que par un décret ou
er
une règle visée à l'article 134. La loi détermine, relativement aux impositions visées à l'alinéa 1 , les
exceptions dont la nécessité est démontrée. §3. Aucune charge, aucune imposition ne peut être établie
par la province ou la collectivité supracommunale que par une décision de son conseil. La loi
détermine, relativement aux impositions visées à l'alinéa 1er, les exceptions dont la nécessité est
er
démontrée. La loi peut supprimer en tout ou en partie les impositions visées à l'alinéa 1 . §4. Aucune
charge, aucune imposition ne peut être établie par l'agglomération, par la fédération de communes et par
la commune que par une décision de leur conseil. La loi détermine, relativement aux impositions visées
à l'alinéa 1er, les exceptions dont la nécessité est démontrée. » ! Etat = seules institutions
centrales ! Etat vs autres collectivités politiques (provinces, communes)
Est-ce que l’on trouve dans la C° belge le mot « souveraineté ? Non, mais on retrouve un
idée de souveraineté dans l’art. 33 ! souveraineté à la fois formelle et matérielle :
« Tous les pouvoirs émanent de la Nation. Ils sont exercés de la manière établie par la Constitution »
Cet article est suivit par l’art. 34 qui dit que « l'exercice de pouvoirs déterminés peut être attribué par un
traité ou par une loi à des institutions de droit international public. »
Des fractions de la souveraineté au sens matériel peuvent être attribués par un traité ou par
une loi à des institutions de droit international public/organisations internationales, comme
l’UE.
Cette dernière est la bénéficiaire de plusieurs transferts qui lui ont été concédés par l’Etat
Belge et par les autres Etats membres au profit de celle-ci. L’art. 34 constitue le fondement
constitutionnel (pour ce qui concerne la Belgique) de l’UE, étant donné que cette dernière a
pour fondement la volonté de chacun des Etats membres de former cette organisation
internationale très intégrée. Pendant plusieurs années, on s’est passé de ce fondement ; le
traité CECA (1951) et le traité Euratom (1957) ont été ratifiés par l’Etat Belge alors que l’art.
34 n’existait pas encore ! pragmatisme à la Belge, cela n’arriverait pas dans d’autres Etats
plus soucieux de leur souveraineté.
Ces transferts de souveraineté ont été réalisés en 1960 quand l’article 34 a été ajouté à la
C°. Cet article parle de l’exercice de la souveraineté, pas de la jouissance de la souveraineté
dans son principe ; cette dernière étant inaliénable, elle ne peut donc pas être transférée à
l’UE ni à aucune institution de droit international public puisque seul l’exercice de pouvoirs
déterminés peut être attribués.
Si demain, l’UE voulait se transformer en un Etat fédéral, l’art. 34 y fait obstacle. Il faudrait
alors le réviser, mais quid de la compétence du PC dérivé de mettre fin à l’existence de
l’Etat ? Car transformer l’Etat belge souverain, membre de l’UE, en Etat « fédéré » membre
d’un Etat « fédéral européen » est la même chose que dire que l’Etat Belge est nul., vu qu’il
est absorbé dans un autre Etat qui se substitue purement et simplement à lui.
Selon le professeur, le PC dérivé n’est pas compétent pour aller aussi loin. C’est un exercice
du PC originaire, qui semble indispensable si l’on veut faire disparaître l’Etat ; le Congrès
National a créé l’Etat en le dotant d’une C° en 1830-1831, et il appartiendrait à une sorte de
nouveau Congrès National un nouvel exercice du PC originaire de faire une nouvelle
révolution consistant à suturer l’Etat Belge pour l’absorber dans un Etat fédéral européen.
Ce type de problème se pose dans tous les Etats membres de l’UE : le jour où l’on voudrait
transformer l’UE en un Etat fédéral, la question va se poser, car on trouve dans toutes les C°
un équivalent de l’art. 34. Une véritable révolution juridique semble alors s’imposer si l’on
voulait transformer l’UE en un Etat fédéral.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Comment organiser juridiquement une révolution juridique ? C’est par définition impossible,
mais il faudrait le faire, il faut faire preuve d’audace. Il serait assez logique d’organiser un
référendum constituant originaire exceptionnel qui vérifierait s’il y a une volonté des
nationaux de se laisser absorber dans un nouvel Etat. Ces questions sont rarement
discutées, quoique il y a dans la théorie générale de l’Etat un certain nombre d’auteurs qui se
sont penchés sur le problème. C’est un problème très théorique mais « on ne sait jamais ».
Si demain, l’Etat belge devait disparaître non pas par le fait de son absorption dans une UE
transformée en un Etat fédéral mais par un « divorce belgo-belge » purement interne, le
même problème se poserait : ce ne serait pas une institution internationale publique qui
serait le destinataire de la souveraineté Belge mais ce serait plusieurs Etats indépendants et
souverains qui seraient les destinataires de la souveraineté Belge actuelle. Est-ce que cela
se ferait par une simple révision de la C° ou faudrait-t ‘il ressusciter le PC originaire pour
autoriser une telle révolution, l’anéantissement de l’Etat Belge et son remplacement par
plusieurs Etats ? Si la NVA obtient une majorité dans le groupe linguistique NL en 2019, la
question théorique n’est plus du tout théorique.
Nous avons analysé une définition de l’Etat selon une théorie générale de l’Etat enseignée
dans toute l’UE. Mais le droit international public utilise le concept d’Etat et il doit le faire en
étant très réaliste ; on ne peut pas exiger en DI public un usage du concept d’Etat qui
corresponde exactement à la conception occidentale que l’on s’en fait. Quand on parle d’un
pouvoir « institutionnalisé », on souligne tout ce qui sépare un Etat d’un pouvoir
individualisé ; mais en étant réaliste, dans un certain nombres d’Etats reconnus sur la scène
internationale, on trouve des pouvoirs qui sont nettement plus individualisés
qu’institutionnalisés.
Le Zaïre à l’époque du président Mobutu : c’était pratiquement un pouvoir individualisé incarné dans une
personne.
Les internationalistes se contentent d’un concept plus pauvre, moins exigent. Ils ne parlent
pas de pouvoir institutionnalisé mais diront que 4 éléments sont nécessaires :
- un territoire
- une population
- un Gouvernement effectif et indépendant : un Gouvernement qui est effectivement
exercé, il se fait obéir plutôt que désobéir ; et qui est indépendant d’une autre
puissance, d’un autre Etat, peu importe s’il est en réalité à la solde d’un homme qui
incarne tous les pouvoirs à lui tout seul.
Certains Etats ont reconnu le Kosovo comme un Etat reconnu alors que d’autres ne l’ont pas reconnu. C’est
quand même curieux qu’à l’intérieur des Etats membres de l’UE, on voit de telles différences. Il faut savoir que la
PESC a beaucoup de limites, elle travaille à l’unanimité, ce qui veut dire que les Etats membres de l’UE n’ont pas
été unanimes quand à la reconnaissance du Kosovo comme Etat à part entière ; chaque Etat a fait ce qu’il
souhaitait. Il y a peu, nous avons assisté à une proclamation d’indépendance de l’Ossétie du Sud (fraction de la
Géorgie), elle n’est reconnue que par la Russie. La Transnistrie (bout de la Moldavie) a également proclamé son
indépendance, elle n’est cependant reconnue que par la Russie.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Il n’y a donc pas de procédure centralisée de reconnaissance d’un Etat prétendu souverain,
que ce soit par l’ONU ou par l’UE ; chaque Etat reconnaît souverainement éventuellement un
autre Etat.
§1. Définition
Il y a différentes approches possibles, nous allons nous concentrer sur l’approche de P.
BIRNBAUM.
L’Etat est un pouvoir politique différencié des périphéries sociales, territoriales ou partisanes
qui constituent la société civile, un pouvoir dont l'emprise sur cette société civile sera
d'autant plus forte que son degré d'institutionnalisation sera élevé.
En quoi cette définition est-elle éclairante ? L’Etat est un pouvoir politique et ce qui intéresse
les politologues est de savoir dans quelle mesure ce pouvoir politique est réellement
autonome, dispose d’un pouvoir effectif. Pour mesurer l’effectivité de ces pouvoirs, les
politologues regardent du côté des relations entre l’Etat et la société civile.
La société civile est un concept de science politique qui vise (en gros) l’ensemble des
groupements intermédiaires entre les individus et l’Etat. Ce sont ces groupements que P.
BIRNBAUM vise quand il parle des périphéries :
- les périphéries sociales sont les groupements intermédiaires que l’on qualifie souvent
de groupe de pression : les syndicat, les fédération d’entreprises, le patronat
- les périphéries territoriales sont les communautés, les régions, les provinces, les
communes, les pouvoirs locaux et régionaux.
- les périphéries partisanes sont les partis politiques qui sont un maillon intermédiaire
entre la société civile et l’Etat.
Est-ce que l’Etat dispose de facto d’une puissance réelle à l’égard des pouvoirs que
constituent les groupes de pressions, les pouvoirs locaux et régionaux, et les partis
politiques ?
Les Etats fortement institutionnalisés sont les Etats dont la capacité de décision autonome
est élevée par rapport à ces groupes de pressions, pouvoirs locaux et régionaux et partis
politiques ; l’Etat aurait donc une capacité à surmonter les clivages qui peuvent opposer ces
groupes intermédiaires entre eux.
Les Etats faiblement institutionnalisé sont les Etats dont la capacité de décision autonome
est faible par rapport à ces groupes de pressions, pouvoirs locaux et régionaux et partis
politiques ; l’Etat aurait donc une faible capacité à surmonter les clivages qui peuvent
opposer ces groupes intermédiaires entre eux, il serait tout au plus une sorte d’enregistreur
des rapports de forces entre ces pouvoirs, il n’a pas vraiment de capacité de décision
autonome puisque celle-ci est guidée par les différents groupements intermédiaires.
Un juriste est formaliste, il qualifie d’Etat tout pouvoir politique souverain et institutionnalisé
en droit exercé sur la population d’un territoire déterminé. Sous le label « Etat », nous
rencontrons donc des éléments très différents que les politologues distinguent.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
La France du Général de Gaulle avait de manière idéologique une capacité de présenter ses
décisions/lois comme dictées par un intérêt général, celui de la nation française, par delà les
attentes des uns et des autres. C’est en partie fictif parce qu’il était un homme de droite,
mais c’est plus subtil que ça. Il avait une certaine capacité à convaincre une majorité de
Français que c’est dans l’intérêt général que ces décisions étaient prises.
1. le sentiment national Belge est faible, hésitant, qui varie « en fonction des buts
marqués par les Diables rouges »
On n’imagine pas en France que des électeurs votent pour un parti séparatiste dans savoir
qu’il l’est (NVA).
La grande caractéristique de ces deux partis est qu’ils sont tous les deux à la tête d’un
monde sociologique : il n’y a pas que les partis, il y a une myriade d’institutions sociales,
culturelles, économiques qui prennent chaque Belge en charge d’une certaine manière
depuis la naissance jusqu’au décès. Un catholique envoie ses enfants l’Eglise pour les
baptiser, ils font leurs communions, ils entrent dans une école catholiques, ils en sortent
avec un diplôme catholique, ils vont à l’Eglise tous les dimanches, et ils reçoivent l’extrême
onction et se font enterrer selon un rite catholique. Le monde libéral va se défendre en créant
un milieu laïc anticlérical doté lui aussi d’une série d’institutions moins puissantes mais tout
de même actives.
Deux mondes sociologiques montent en puissance ; et les élites de ces mondes sont l’Eglise
(les cardinaux, l’archevêque, les responsables du parti) et le président du parti socialiste.
Ces élites se sont opposées très durement en ce qui concerne l’école et progressivement ont
trouvé une manière résoudre leurs conflits par le compromis et par la recherche de
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
consensus.
24/02/2015
Les mondes sociologiques sont très séparés les uns des autres jusque dans les années
1960. Jusque là, les grandes décisions politiques implique la recherche d’un consensus
entre les élites de ces trois mondes. En plus d’une segmentation de la société, la démocratie
consociative suppose également une certaine capacité à transcender/surmonter jusqu’à un
certain point ces clivages, des décisions doivent être prises sur base de compromise jugés
acceptables par les élites des familles politiques.
- ces querelles rebondissent au 20e s : deuxième guerre scolaire entre 1950 et 1959
- le pacte scolaire est un pacte politique typique de la démocratie consociative à la
belge : les trois présidents de partis de l’époque (1958) signent un accord politique
qui va pacifier le conflit à propos du subventionnement des subsides publics dont
bénéficient les pouvoirs organisateurs des membres de l’enseignement libre
catholique. L’enseignement officiel était bien mieux subventionné, organisé par les
pouvoirs publics (l’Etat), aujourd’hui il s’agit de la compétence des communautés.
- ce pacte est donc un accord entre les présidents des trois partis politiques pour
pacifier des querelles extrêmement fortes (manifestations énormes, etc.), la
négociation a donc débouché sur un consensus.
- ce pacte est à l’origine de la « loi du pacte scolaire » qui est encore la règle de droit la
plus fondamentale qui régit le paysage scolaire aujourd’hui ; l’essentiel de ce pacte se
retrouve à l’article 24 de la C°.
Ce clivage oppose les partisans d’une intervention de l’Etat pour plus de justice sociale et
ceux qui souhaitent une limitation de l’intervention de l’Etat au nom du libéralisme
économique ! oppose les intérêts du patronat et de la classe ouvrière. C’est la source du
PoB, ancêtre du PS en 1885 qui est né pour défendre les travailleurs qui étaient victimes de
toute une série d’injustices sociales dans cette grande époque de libéralisme économique. A
cette époque, les patrons n’ont pas beaucoup de contraintes à respecter pour la santé et le
bien-être de leurs ouvriers, ces derniers étant exploités dans des conditions parfois
odieuses ; on comprend alors la création d’un tel parti politique pour défendre les intérêts de
la classe ouvrière.
Les catholiques se divisent entre une aile conservatrice (parti catholique) et une autre
progressiste (parti social-chrétien).
Ce clivage appelle aussi une régulation par des accords ; toute la sécurité sociale dont nous
bénéficions aujourd’hui encore en Belgique trouve son fondement dans un grand accord
entre le patronat et les syndicats au lendemain de la 2nde guerre mondiale. Les conventions
collectives de travail sont des instruments juridiques qui actent un accord entre les
organisations patronales et les organisations syndicales pour régler toute une série de
questions qui intéressent le travail des ouvriers et des employés.
Quelques dates
- en 1912, le socialiste wallon, Jules Destrée, écrit une Lettre ouverte adressée au Roi,
dans laquelle il préconise une évolution vers le fédéralisme.
o « Sir il n’y a plus de Belges, il y a des FL et des Wallons »
o il est visionnaire : sa solution est le fédéralisme
- 1914-1918 : la PGM va à la fois refroidir le clivage (on s’unit dans la victoire) et
l’exacerber (les soldats de langue néerlandaise commandés par des francophones se
plaignant du fait que tout se passe en français).
- 1918-1940 : l’entre deux guerres se caractérise par une remontée du clivage.
o 1932 : tracé de la frontière linguistique (mobile, elle fluctue au gré des
résultats de recensements linguistiques).Plusieurs Gouvernements tombent
sur le contentieux communautaire.
- 1940 - 1945 : la DGM produit un effet de refroidissement et d’exacerbation du clivage
(comme la PGM)
- années 60’ ont lieu les grandes marches flamandes sur Bruxelles pour protester
contre la francisation.
o 19e s : la langue néerlandaise était prépondérante à Bruxelles. La ville est
ensuite devenue essentiellement francophone, et cette francisation a gagné
les communes périphériques (phénomène de la « tache d’huile »).
o les bourgmestres flamands boycottent le recensement linguistique.
- 1962 : sur la suppression du recensement linguistique. Le principe de la fixation
intangible de la frontière linguistique est alors acquise.
- 1968 – 1978 : ce clivage va diviser en deux toutes les familles politiques, il n’y a plus
un seul parti politique unitaire (1 FR et 1 FL) ; et les partis communautaires montent
en puissance également (partis extrémistes).
- 1970 : l’Etat belge prend la direction du fédéralisme, avec la création de collectivités
politiques fédérées : les Communautés et les Régions.
- clivage toujours plus profonds et à la limite de l’incontrôlable : crises de 2007 et 2010-
2011
Il faut bien comprendre que pour tenter d’apaiser les conflits communautaires, le droit public
Belge utilise les méthodes de la démocratie consociative ; 3 exemples :
C’est donc une technique juridique qui « réalise » l’esprit de la démocratie consociative : pour
forcer la recherche de compromis et protéger la minorité FR ; la C° garantit la parité au
Conseil des ministres.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Pour adopter une LS, il faut une majorité dans chacun des deux groupes linguistiques, autant
à la chambre qu’au Sénat. Chaque fois que le constituant renvoi à cet article (et il y renvoie
souvent), il impose une négociation entre les partis FR et les partis FL pour que l’on dégage
cette double majorité qui protège la minorité FR et qui protège aussi le groupe linguistique NL
contre une forme de minorisation.
Si cette technique n’existait pas, il est possible qu’une loi soit adoptée par l’ensemble du
groupe linguistique FR + une minorité du groupe linguistique NL ; l’addition des deux peut
mener à la majorité absolue.
Quand la Chambre, en 2007, adopte une proposition de loi qui vise à scinder
l’arrondissement électoral BHV sans discussion, de manière brutale : toute la Belgique est
ébranlée, car l’habitude du consensus et de la recherche des compromis a été perdue.
Juridiquement, cela pouvait se faire parce que les arrondissements électoraux étaient définis
par de simples lois ordinaires, il ne fallait pas de LS – ça a été changé par la 6e réforme de
l’Etat. Le groupe linguistique NL a voulut en profiter pour utiliser sa majorité numérique ; c’est
donc contre ce type de tentation que les LS ont été conçues.
L’intérêt du détour par une notion de sociologie politique (la démocratie consociative) est
d’éclairer certaines normes essentielles de droit public.
Les ¾ des membres d’un seul groupe linguistique peuvent considérer qu’un
projet/proposition de loi porte gravement atteindre aux relations entre les communautés, la
procédure Parlementaire est suspendue et le/la projet/proposition est renvoyé au Conseil des
ministres (qui est paritaire !). Cette sonnette d’alarme a été utilisée deux fois :
- centre universitaire du Limbourg
- la procédure a été utilisée également en 2010, par le groupe linguistique FR afin
d’empêcher l’adoption de la proposition de loi scindant BHV unilatéralement, sans
contrepartie (cf. supra pour détails) ! l’art. 54 a joué son rôle pacificateur en
exigeant la suspension de l’examen de cette proposition de loi, et c’est finalement la
formation du Gouvernement Di Rupo qui va reprendre une solution pour BHV.
L’Etat se prête à une approche de science politique qui vaut la peine d’être esquissée car
elle permet une compréhension plus fine sur ce qu’est un Etat ; derrière le formalisme
juridique de l’Etat se cache des pouvoirs étatiques de natures très différentes.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Il faut ouvrir cette fenêtre vers la philosophie si on veut comprendre que tout Etat a la
vocation d’être un organe de décision d’une communauté historique propre à faire de cette
dernière le sujet de sa propre histoire. Quelle est la finalité d’un Etat ? Il doit permettre à une
communauté historique d’être actrice de sa propre histoire, de ne pas subir les événements
! idée de souveraineté exprimée ici philosophiquement. L’Etat est donc l’organe de décision
d’une communauté qui a trois finalités (Eric WEIL)
1. faire de cette communauté un acteur de sa propre histoire
2. défendre cette communauté historique contre les agressions dont elle pourrait être
victime ! assurer son existence durable " ministère de la défense nationale
3. recherche de l’intérêt général/bien commun/bien vivre ensemble ; l’Etat ne doit
pas se réduire à un appareil de contrainte mais doit avoir la vocation à être un
instrument de recherche de ce que l’intérêt général postule pour la communauté
historique.
Mais qu’est-ce que le bien vivre ? Il s’agit de tenter de concilier trois rationalités :
(2) Le raisonnable accumulé dans les mœurs, dans la morale vivante, orientée vers la
justice, propre à la communauté historique considérée ;
Une communauté historique/substrat populaire à l’intérieur d’un Etat est porteuse d’une série
de valeurs, de traditions qu’il faut aussi prendre en compte. Registre moral tout à fait
particulier.
Ex : tradition de la recherche du compromis en Belgique. Si on veut réformer l’Etat Belge, on doit éventuellement
prendre en compte ce type de rationalité.
C’est un pôle plus du tout orienté vers les particuliers mais vers l’universalité.
L’Etat a donc une tâche particulièrement nombre assumer : rechercher les voies de
conciliation entre ces trois types de rationalité. C’est ce vers un quoi un Etat est appelé à
tendre si il veut être à la hauteur de sa mission. Aujourd'hui, aucun Etat ne saurait tendre
vers la réalisation de cette triple tâche isolément. Celle-ci appelle bien des collaborations à
l'échelle mondiale ou régionale.
Quand Eric WEIL formule cette philosophie politique en 1971, on vit encore dans un monde
qui n’a pas encore pris la mesure de la mondialisation, de l’interdépendance qui aujourd’hui
est plus qu’évidente. Aujourd’hui, l’Etat ne peut plus prétendre être tout seul à la hauteur de
cette ambition : il doit collaborer avec les sociétés internationales et les intégrations
régionales comme l’UE. Le défi par excellence de l’UE est justement d’aider les Etats à
assumer cette triple ambition, elle n’a pas pour vocation à devenir un Etat fédéral (opinion du
professeur) ; ce ne serait ni réaliste ni souhaitable.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
1. La souveraineté
La souveraineté de l’Etat se définit comme la qualité propre au pouvoir étatique d’être suprême et
indépendant.
Concernant les Etats membres de l’Union Européenne, leur souveraineté peut être remise en cause
concernant leur souveraineté matérielle (voir article 34 de la Constitution qui permet le transfert de
l’exercice de certaines compétences concrètes régaliennes), mais leur souveraineté formelle (‘la
compétence de la compétence’) demeure intacte (3 indices) :
er
- 1 indice : droit de retrait
ème
- 2 indice : droit d’entrée libre sans obligation
ième
- 3 indice : la ratification des traités, hypothétiquement un Etat ne peut se voir imposer de
transferts de compétences à l’UE sans son accord
Les trois fonctions qui sont reconnues à un Etat : juger, légiférer, et administrer. Les compétences
régaliennes sont principalement
- la monnaie : zone euro, décisions prises librement par la BCE
- l’asile et l’immigration : contrôle des frontières, modèle de codécision ! décision prise au
niveau du Conseil des Ministres (maj qualifiée > majorité + 1) et au niveau du Parlement
européen (majorité)
- les relations internationales : droit de véto conservé ! illustration d’une dimension négative
de la souveraineté vu que ça revient à dire « on ne peut pas m’imposer qqch que je ne veux
pas » vs une dimension positive « je choisis ce que je veux comme mesures »
Le PC originaire détient ce pouvoir = nation. Comment la nation qui détenait le PC originaire s’est
exprimé ? Via le Congrès National (CN). Quels sont les éléments qui remettent en cause ce PC
originaire/pouvoir suprême du CN ? (3 indices)
(1) Il a été hétéro-normé ! il a été conçu sur base de lois qui ne viennent pas de lui, et a été élu
sur base du suffrage censitaire.
(2) De plus, Le PC dérivé n’est pas souverain du point de vue interne étant donné qu’il est
soumis à la procédure de révision imposée par 195 de la C° (niveau formel) et qu’il ne peut
pas réviser les deux décrets qui ont été adoptés en marge de la C° ! donc qui serait
techniquement au-dessus (niveau matériel).
(3) Enfin, si on dit que le droit c’est uniquement des normes édictées par l’Etat ! la définition de
la suprématie reste intouchée. Mais si on prend un point de vue plus large, on considère les
autres OJ non étatiques " pluralisme juridique.
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Nina Lacour
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2. Le pouvoir institutionnalisé
L’Etat est un pouvoir permanent et impersonnel, par opposition à un pouvoir individualisé. Par
conséquent, il y a une dissociation entre les pouvoirs (les fonctions) et ceux qui l’exercent (les
hommes).
Du point de vue politique, un Etat peut être faiblement (pas/peu de sentiment national, pas de
prestige à travailler comme fonctionnaire de l’Etat, le modèle d’Etat est fédéral donc pas du tout
centralisé) ou fortement (sentiment national, prestige de la fonction publique, pouvoir centralisé)
institutionnalisé selon sa capacité de décision autonome faible ou forte par rapport aux pouvoirs
- des partis,
- des groupes de pression
- et des Régions ou autres collectivités territoriales.
Du point de vue philosophique, l’Etat a pour mission de rechercher le bien vivre d’une communauté
historique. Pour ce faire, l’Etat doit (3 éléments) :
(1) assurer « l’existence durable » de la communauté historique dont l’Etat est l’organisation ;
(2) rendre cette communauté capable de prendre des décisions qui lui permettront de « faire son
histoire », d’être le sujet ou l’acteur de sa propre histoire ;
(3) chercher à concilier trois types de rationalités :
1. la rationalité techno-économique (universel)
2. le raisonnable accumulé dans les mœurs et la tradition (particulier)
3. l’idée moderne d’universalité (c.à.d. d’égalité : les hommes naissent libres et égaux
er
(article 1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme)
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Nina Lacour
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Dans la première partie du cours, l’objectif est de réfléchir au concept d’Etat ; il faut le définir mais il faut
également en explorer le fondement. Le fondement juridique de l’Etat est la notion de Constitution. Cette dernière
va être abordée d’abord en général (section 1), en droit public comparé (diversité des Etats qui se dotent ou qui
ne se dotent pas d’un C°, en fonction du sens dans laquelle on la définit) et puis la notion de C° va être abordée
du point de vue du droit public Belge (section 2)
Tout d’abord, il faut distinguer quatre sens dans lesquels ont peut utiliser le mot C°.
Exemple (cf. supra) : l’idée de mettre en place un traité qui prétend mettre un place une constitution européenne a
été refusée par la plupart des constitutionnalistes, et des querelles terminologiques/sémantiques ont commencé
afin de savoir si c’était d’une « constitution » ou d’un « traité » que l’on parlait.
Le sens matériel (strict et large) s’intéresse au contenu (la matière) d’une C°, à la différence
du sens formel (strict et large) qui vise lui le contenant.
Dans ce sens il n’y a aucun problème à dire que l’Angleterre a une C° - une C° au sens matériel strict et non pas
au sens formel car si l’on cherche dans les sources du droit public britannique une règle écrite nommé
« Constitution » et que l’on ne peut pas modifier de la même manière qu’une loi, on ne la trouvera jamais car cela
n’existe tout simplement pas. Les Britanniques ont toute une série de règles très importantes que l’on trouve
tantôt dans des lois, tantôt de la jurisprudence ou dans des coutumes.
La C° au sens matériel large vise toutes les règles statutaires propres à une institution
qu’elle soit Etatique ou non Etatique.
Exemple : les statuts d’une ASBL peuvent être considérés comme une constitution au sens matériel large, ce sont
les règles les plus fondamentales pour un OJ qui peut être micro (comme dans ce cas) ou macro (comme une
organisation internationale).
Selon Herbert HART, un ordre juridique est l’articulation entre des normes primaires (règles
de comportement) et des normes secondaires (identifient, modifient, sanctionnent les
normes primaires). Ces dernières peuvent être qualifiées de constitutionnelles dans un sens
matériel.
La C° au sens formel large désigne toutes les normes situées au sommet de la hiérarchie
d’un OJ quel qu’il soit (Etatique ou pas). On vise bien les caractéristiques formelles : le rang
occupé par les normes constitutionnelles dans la hiérarchie des règles qui forment l’OJ en
cause, indépendamment du contenu et peu importe qu’elle soit écrite ou pas.
Exemple : Donc si on s’intéresse à l’Etat Belge, on dira que la C° formelle au sens strict est la C° du 7/02/1831
telle que modifiée successivement tout au long de la vie de l’Etat. Si on prend le sens formel large de la C°, on
peut ajouter à la C° du 7/02/1831 des règles non-écrites, les PGD, les coutumes constitutionnelles et la
jurisprudence constitutionnelles (règles écrites qui ne répondent pas à la définition de la C° au sens formel strict –
ensemble des arrêts rendus par la CC parce que ces arrêts interprètent les règles constitutionnelles de la C° au
sens strict qui s’incorporent aux normes constitutionnelles écrites).
Le sens formel large couvre donc toutes les normes situées au sommet de la hiérarchie d’un
OJ (écrites ou non écrites), qu’il soit un Etat au pas.
Ex : l’Eglise et son droit canon ; au sommet de ce dernier il y a une C°, c’est-à-dire des normes qui sont situées
au sommet de la hiérarchie des règles du droit canon.
Est-ce que l’on peut ajouter dans la définition de la C° au sens formel strict
l’existence d’un mécanisme appelé « contrôle constitutionnel de la constitutionnalité
des lois » ? Non mais on est pas très loin de devoir le faire car si l’on prend les 28 Etats
membres de l’UE (en ce compris le dernier, la Croatie), on constate que partout sauf dans
trois Etats on trouve un contrôle constitutionnel de la constitutionnalité des lois ! une
CC/juridiction est compétente pour contrôler précisément le respect du principe hiérarchique
de constitutionnalité qui veut que la C° soit au-dessus de toutes les normes : si une loi viole
la C°, il appartient à un juge de sanctionner cette violation. La justice constitutionnelle est
maintenant largement répandue mais il n’y en pas aux Pays-Bas, en Finlande et au
Royaume-Uni. A cause de ces trois exception, le contrôle constitutionnel de la
constitutionnalité des lois ne peut pas être rangés dans la définition de la C° au sens formel
strict.
Rappel : le fameux traité/constitution européen n’établissait évidemment pas une C° au sens formel strict, c’était
une C° dans un sens matériel large ; on peut considérer qu’il était au sommet de l’OJ de l’UE et donc on peut
parler de C° dans un sens formel large. Avec cette « constitution », l’UE ne devenait pas un Etat, elle restait une
OJ très intégrée mais ne devenait en aucun cas un Etat. C’était bien évidemment très maladroit d’utiliser le label
constitutionnel, les élites de l’UE veulent en 2004 créer une émotion en voulant créer une « constitution
européenne » ; les souverainistes se sont fortement inquiétés (France, R-U, Pologne, Grèce, Pays-Bas, etc.),
« quid des C° nationales, elles disparaissent ? » ! cette C° a été sauvée par Sarkozy et Merkel pour en
disséminer les principales règles dans deux traités différents : le TUE (1992) et le TFUE (1957).
Il est très rare qu’une C° représente l’incarnation de cet idéal. La coïncidence parfaite entre
la C° au sens formel et la C° au sens matériel n’existe pas, ce n’est pas possible ; on
trouvera toujours des règles primordiales en dehors du corpus constitutionnel. Inversement,
les hasards de la vie politique font que parfois on trouve dans des C° au sens formel des
règles dont l’importance est plus que relative ; cette notion d’ « importance » est évidemment
sujette à controverse.
Exemple : la C° suisse prévoyait dans une de ses dispositions qu’il était interdit de « saigner les animaux de
boucherie sans les avoir préalablement étourdis ». Cette règle signifiait une interdiction de pratiquer un rite qui
existe dans les religions juive et musulmane ; elle a donc une importance pour la liberté de culte. Mais est-ce
qu’elle doit figurer dans la C° pour autant ? C’est tout à fait discutable. Si cela figure dans la C° suisse avant la
grande révision de 1999, c’est parce qu’il y a eu un référendum sur le sujet.
Quelques années plus tard, en 1788, l’abbé SIEYES joue un rôle clé pendant la Révolution
Française et écrit un petit livre tout à fait prophétique : « Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? » Il est
l’homme qui a pensé la nation comme un ensemble de citoyens libres et égaux sans
privilèges ; il veut supprimer les privilèges de la noblesse et des ecclésiastiques. Il reste alors
le troisième ordre : le Tiers-Etat, ensemble des citoyens qui ne sont pas nobles ni membres
du clergé. SIEYES dit que la nation française/l’assemblée nationale est l’assemblée du T-E,
les membres de ce dernier, qui sont élus par leurs concitoyens, peuvent prétendre
représenter toute la nation.
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Nina Lacour
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b. Signification politique
La signification politique de la notion de C° et à travers son origine historique exprime bien
l’ambivalence de cette notion :
- 1e idée : disposer d’un instrument de limitation du pouvoir législatif ! principe de la
séparation des pouvoirs ; la liberté est mieux assurée dans un régime qui applique
un tel principe avec au-dessus des pouvoirs une C° qui limite ces derniers.
- 2e idée : la C° est la manifestation juridique de la souveraineté nationale ! idée de
concentration des pouvoirs dans l’acte constituant qui est l’acte par lequel la nation
souveraine exprime sa volonté au-dessus de tout autre.
Ces deux idées doivent être articulées l’une à l’autre ; il y a dans l’idée de C° quelque chose
de potentiellement inquiétant : la concentration des pouvoirs souverains dans une norme et
dans le PC originaire " mais ce dernier cède très vite la place au PC constitué. L’exercice
de la souveraineté se prête donc à un partage entre plusieurs pouvoirs (PC originaire, PC
dérivé, P constitué) ! la C° est donc à la fois un instrument de concentration du PC
originaire et de limitation du pouvoir à travers la séparation des pouvoirs.
Sur le plan formel, la C° n’est pas un contrat/une charte/un traité octroyé(e) par le prince par
l’effet de son bon vouloir ! la C° est le contraire d’une charte concédé par un souverain à
ses sujets parce que la C° est un acte juridique unilatéral du PC : la nation se donne à
elle-même une C°. C’est tout à fait significatif d’une nouvelle conception de la légitimité ;
sous l’Ancien Régime celle-ci est incarnée par le monarque/prince, mais après les grandes
révolutions américaines (1776) et françaises (1789) ; la légitimité bascule des rois vers la
nation/le peuple qui sont désormais le foyer de la légitimité avec tous les dangers de dérives
! c’est pourquoi la C° est également un instrument de limitation des pouvoirs grâce à la
séparation des pouvoirs.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Est-ce qu’il y a des règles de droit qui régissent la procédure à suivre par le PC
originaire ?
Si l’on qualifie de juridiques exclusivement les règles contenues dans la C° ou dans des
actes qui trouvent leurs fondements dans la C° ; alors il est évident que NON, il n’y a pas de
règle de droit par hypothèse qui puisse régir le pouvoir du PC originaire étant donné que
quand on est au stade de l’élaboration de la toute première C°, il n’y a pas encore de C° ! il
n’y a pas encore de droit.
En vérité, un PC originaire ne peut s’exprimer, fonder une C° qu’en se pliant à des règles de
procédure puisque la nation toute entière (abstraction) doit être dotée d’une voix ! doit être
représentée. On peut dénier la qualité de « juridiques » de ces règles si on veut assimiler le
juridique au constitutionnel et à l’infra-constitutionnel – en vérité, un PC originaire doit
inventer des règles sans lesquelles il n’y aura pas moyen d’exercer le PC originaire. On peut
constater que dans l’histoire, des règles très différentes ont été suivies. Deux procédures
sont le plus souvent suivies :
- 1ère procédure : assemblée constituante solennelle = convention (sur le modèle
de la Convention de Philadelphie quand les USA basculent du confédéralisme à l’Etat
fédéral ! on y reviendra, cf. infra) ! assemblée ad hoc, spécialement élue pour
faire œuvre constituante, pour créer la C°.
o exemple : en Tunisie, suite au Printemps Arabe (qui lui a réussi, ce qui n’est pas le cas partout),
des partis politiques avec des sensibilités très différentes ont réussi à accoucher d’une C°
moderne qui tient compte des aspects propres à la société tunisienne comme notamment son
rapport au religieux // on retrouve l’idée d’une des 3 rationalités d’Eric WEIL
- 2e procédure : référendum constituant originaire afin de vérifier l’adhésion du
peuple à la C°. Le référendum n’a pas que des aspects positifs car parfois il est le
plébiscite pour à maximiser le pouvoir d’un homme (Napoléon), mais un référendum
moyennant toute une série de conditions peut être un instrument tout à fait
démocratique.
a. La rigidité
Il faut considérer que toute C° au sens formel strict est par définition rigide, en quelque façon.
La rigidité désigne l’ensemble des contraintes procédurales ou de fond qui pèsent sur le
pouvoir habilité à réviser la C° (PC dérivé). Dans la définition de la C°, il y a l’idée qu’on ne
modifie pas la C° aussi facilement qu’une loi ordinaire, cette modification se fait sur base de
règles plus contraignantes que pour la modification des lois ordinaires. Ce que le mot
« rigidité » permet de faire apparaître l’existence de plusieurs degrés de rigidité, il faut
distinguer les C° suivant qu’elles sont très rigides ou plutôt souples.
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Nina Lacour
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e
4 degré de rigidité :
Constitutions irrévisables
e
3 degré de rigidité :
Constitutions quasi irrévisables
e
2 degré de rigidité :
Le plus répandu dans les constitutions au sens formel strict
e
1 degré de rigidité :
Constitutions souples
Exemple : au lendemain des élections, la règle qui veut que la reine d’Angleterre nomme comme premier ministre
le président du parti qui est arrivé en tête du scrutin électoral n’est nulle part dans une loi, c’est une convention de
la constitution à laquelle la reine n’oserait pas déroger ! « it’s so british ! »
25/02/2015
2e degré de rigidité : degré le plus répandu dans les C° au sens formel strict
Diversité de règles procédurales qui rendent la révision de la C° plus difficile que la
modification d’une simple loi ! il ne s’agit pas de dire qu’une C° est irrévisable, mais ce
degré implique néanmoins des garanties relativement élevées.
Quelles sont les préoccupations des PC quand ils mettent en place une C° ? La révision
d’une C° doit se faire
1. pas trop souvent : une C° a vocation à une certaine stabilité, sans tendre vers la
sacralisation
2. pas trop vite : il faut donner un temps suffisant au PC dérivé pour bien réfléchir sur
les enjeux de la révision (ex : il y a un délai de réflexion minimum dans certaines C°)
3. avec le peuple : l’idée est qu’il faut associer le peuple/la nation titulaire de la
souveraineté à l’opération de révision.
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Nina Lacour
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4. (uniquement dans les Etats fédéraux) avec les collectivités politiques fédérées :
l’idée est que dans les Etats fédéraux, il faut associer à la révision de la C° les
collectivités politiques fédérées ! on veille donc à l’adhésion d’une majorité de
collectivités politiques fédérées car toute révision de la C° fédérale met
potentiellement en danger les compétences des collectivités fédérées parce que c’est
dans la C° fédérale que se trouve les règles répartitrices de compétences
(ex : C° des USA de 1787 – in fine, à la fin de la procédure, on prend le pouls des Etats fédérés et la
révision de la C° fédérale n’est acquise que si ¾ des Etats ont donné leur accord)
Cette loi a été faite dans un contexte historique pour le moins original : 1948, une série de
règles essentielles pour la démocratie et l’Etat de droit ont été violées par le régime nazi ;
elle va inscrire dans ses prescriptions toute à fait fondamentales :
- le fédéralisme
- les droits de l’homme
- la démocratie
- les garanties de l’Etat de droit
- la notion d’Etat social
Ce qui est intéressant c’est que c’est uniquement une barrière de papier : le pouvoir
politique qui révise une de ces règles intangibles ne peut pas prétendre avoir introduit les
nouvelles règles de manière valide (« La Loi fondamentale ne peut être modifiée que par une loi qui en
modifie ou en complète expressément le texte ») ! ce pouvoir est forcé de faire une révolution
juridique.
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Nina Lacour
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NB : en Belgique, on a essayé de faire passer le « fédéralisme » en norme intangible, mais cela n’a pas été fait ;
cela aurait peut-être évité de pareilles tensions séparatistes.
1. Remarques
1.1. Première remarque : une Constitution rigide quant à sa procédure de révision est
vouée à devenir flexible à travers ses interprétations
Au plus une C° est rigide, au plus les obstacles procéduraux à surmonter sont élevés ! au
plus une C° est rigide, au plus un énorme pouvoir est donné aux interprètes de la C° : aux
CC. Pourquoi ? Parce que la vie évolue, les C° doivent s’adapter. Cela ne sert à rien de
surinvestir dans la stabilité constitutionnelle en mettant des obstacles quasiment
infranchissables parce que l’on va alors donner un pouvoir de révision de facto aux juges qui
vont interpréter la règle qui n’est plus du tout en phase avec l’évolution politique, sociale,
culturelle, économique.
Ce phénomène de l’interprétation est incontournable, très rares sont les règles d’une clarté
limpide qu’on peut les appliquer mécaniquement (il en existe mais elles sont rares) : « Tous
les Belges sont égaux devant la loi » ! qu’est-ce que l’égalité ? « La liberté individuelle est
garantie » ! qu’est-ce que la liberté ?
Exemple : cas des USA : C° hyper rigide, il faut recueillir l’assentiment de ¾ des Etats afin de réviser la C° ; on
tombe facilement sur une minorité de blocage ! la C° américaine n’a été révisée qu’à très peu de reprises : 27
amendements depuis 1787 est très peu.
Le cas Belge est particulièrement significatif : est-ce qu’on va considérer que nous sommes
tous Belges abstraction faite de notre identité linguistique ? Selon le constituant Belge, il est
important de prendre en considération l’appartenance à l’une ou l’autre communauté. La
technique des lois spéciales a été créée précisément en 1970 quand on a pris conscience de
l’importance du clivage communautaire, on exige alors une majorité dans chacun des deux
groupes linguistiques et donc forcément on donne un droit de véto à la minorité FR. Dans
toutes les démocraties dignes de ce nom, les minorités sont protégées. Cela dit, il ne faut
pas que la minorité FR abuse de ce droit de véto étant donné qu’une démocratie
consociative est basée sur le consensus.
b. La suprématie
Les C° sont des normes à la fois rigides parce qu’on ne peut pas les modifier de la même
façon qu’on modifie les lois ordinaires et suprêmes, au-dessus de toutes les autres règles
de droit à l’intérieur de l’OJ national.
Pourquoi est-ce que la volonté exprimée en 1831 l’emporte sur la volonté du pouvoir législatif
qui s’exprime aujourd’hui en 2015 ? Quand on parle de la C° de 1831, on parle de la C° telle
qu’elle a été révisée ultérieurement et telle qu’il y a lieu de l’interpréter aujourd’hui en
dernière instance via une CC, un CE, une C. Cass Si on veut stabiliser l’Etat et ériger un
certain nombre de principes à un niveau supérieur, il faut accepter la soumission du pouvoir
législatif à la C° ainsi comprise.
Ce n’est pas évident pour nos élus ; régulièrement, quand le pouvoir législatif veut adopter
des lois difficilement conciliables avec la C°, les élus vont dire qu’ils sont « l’incarnation de la
légitimité démocratique » car ils ont été élus pour faire la loi et les voilà bloqués par la
« vieille C° de 1831 ». Il s’agit de la C° de 1831 en tant que base mais telle qu’elle a été
révisée à maintes reprises et interprétées actuellement par la jurisprudence qui elle-même ne
travaille pas en « état d’apesanteur » : elle tient compte de l’évolution des esprits ! L’idée est
qu’une majorité d’élus/députés/sénateurs ne peut pas soudainement décider de méconnaitre
la C°, et s’ils veulent la modifier : il y a une procédure pour ce faire. C’est la raison pour
laquelle la C° ne doit pas être trop rigide, sinon en encourage le pouvoir législatif à violer la
C°.
2.2. Les origines historiques, les justifications politiques et les techniques du contrôle
juridictionnel de la constitutionnalité des lois
Pourquoi a-t-on été aussi réticents en Europe à l’idée de confier au juge le pouvoir de vérifier
en dernière instance la constitutionnalité des lois ? Pour trois raisons :
1. Fin du 18e s et début du 19e s : il y avait un véritable culte de la loi (la révolution
Française en est très imprégnée). Il y avait des C° mais elles étaient surtout perçues
comme des instruments politiques de certaines valeurs. A cette époque, les élus
n’ont aucun problème que c’est leurs rôles de vérifier en dernière instance la
constitutionnalité des lois. C’est le dogme de l’infaillibilité de la loi (hérité de
ROUSSEAU)
2. On a confiance en une certaine constitutionnalité politique. ex : le bicaméralisme, la liberté
de la presse.
3. Peur du « Gouvernement des juges » : il s’agit d’un spectre qui agit beaucoup sur les
esprits depuis l’Ancien Régime. L’idée est que on ne peut pas donner à des juges qui
ne sont pas élus/qui n’ont pas de légitimité démocratique un pouvoir de nature
politique. Or, le pouvoir d’interpréter des normes constitutionnelles souvent assez
vagues au-delà du texte est un pouvoir de nature politique que l’on doit réserver aux
élus.
En 1803, les Etats fédérés prétendaient contrôler eux-mêmes la constitutionnalité des lois
fédérales. A la tête de la SCOTUS (Supreme Court of United States) se trouve le Chief
Justice John MARSHALL, juriste et homme qui a une certaine sensibilité politique. Il
comprend très bien que si on laisse faire chacun des Etats fédérés, la cohérence du système
fédérale est menacée de mort. Comment vivre dans un Etat fédéral un minimum cohérent si
l’application dépend du bon vouloir de chaque Etat fédéré, sous prétexte d’un contrôle de
constitutionnalité. Il lie la C° de 1787, ne découvre nulle part que l’on investit la SCOTUS du
pouvoir de contrôler elle-même la constitutionnalité des lois fédérales mais il résonne en
juriste1 : il est logique que dans un Etat de droit, chaque norme tire sa validité de sa
conformité aux normes hiérarchiquement supérieures ; personne ne conteste le pouvoir d’un
juge de contrôler la conformité des règlements aux lois, mais il faut également admettre le
pouvoir d’un juge à vérifier la conformité des lois à la C° ! Il n’y a pas de différence dans le
raisonnement juridique quand on contrôle la légalité d’un règlement ou quand on contrôle la
constitutionnalité d’une loi ; il s’agit de confronter un texte de rang hiérarchiquement inférieur
à un texte de rang hiérarchiquement supérieur. Il a évidemment en tête des motifs politiques
qui jouent un rôle considérable dans cette décision toute à fait fondatrice par laquelle la
SCOTUS se déclare compétente pour vérifier elle-même la constitutionnalité des lois
fédérales.
1
SCOTUS, arrêt Marbury c/Madison, 1803
60
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Depuis lors, c’est devenu une règle d’or de tous les Etats fédéraux : un Etat fédéral ne peut
pas fonctionner de manière cohérente si l’appréciation de la constitutionnalité des lois
fédérales est laissée aux collectivités fédérées. Il faut confier cette mission à une juridiction
au service de la C°.
(3) un contrôle exercé a posteriori, par voie (2) un contrôle portant sur la loi en elle-même,
d'exception : la loi a été adoptée et est en - soit indépendamment de tout litige particulier
vigueur et peut faire l’objet d’un contrôle a (contrôle abstrait par voie d'action – recours en
posteriori par n’import quelle juge annulation)
- soit avant que la loi soit publiée (cô en France)
- soit sur renvoi préjudiciel par les tribunaux
ordinaires à l'occasion d'un litige particulier ;
(4) un contrôle conduisant non pas à (3) un contrôle conduisant à une décision de
l'annulation de la loi incriminée, mais à un conformité ou de non-conformité dotée
constat d'inconstitutionnalité justifiant un refus généralement d'une autorité absolue de chose
de son application dans le cas d'espèce jugée (effet erga omnes).
(pareille décision n'a formellement qu'une
autorité relative de chose jugée, c'est-à-dire
pour l'affaire et les parties en cause, mais
application de la règle du précédent)
3/03/2015
Les juges constitutionnels, qui ont la compétence de contrôler la constitutionnalité des lois,
exercent un pouvoir que l’on peut qualifier comme un pouvoir de nature politique dans la
mesure où, à travers l’interprétation indispensable des règles de la C° ; les juges doivent,
dans beaucoup de cas, opter pour une interprétation plutôt qu’une autre. Ce choix n’est pas
toujours entièrement déterminé par les contraintes du texte constitutionnel et par les autres
contraintes qui sont intégrés dans les méthodes d’interprétation du droit. Ces méthodes
seront étudiées ultérieurement mais on peut déjà noter qu’il y a
- la méthode littérale : à la lettre du texte
- la méthode historique : intentions de l’auteur du texte
- la méthode logique et systématique : l’interprète va situer le texte dans son contexte
juridique formé par l’ensemble de la C° ! il y a une certaine logique propre à un
système constitutionnel.
- la méthode téléologique : l’interprète s’appuie sur la raison d’être, la rationalité, la
finalité de la règle au-delà du texte
Voici donc les grandes méthodes d’interprétation dont les juges disposent, ils doivent les
utiliser honnêtement, loyalement. L’interprétation du texte constitutionnel présente le texte
sous un nouveau jour, mais elle n’est pas toujours entièrement déterminée par la
combinaison de ces différentes méthodes, il y a parfois une marge de manœuvre, un certain
choix. Ce choix, en dernière instance, est déterminé par la façon dont le juge considère
l’intérêt général, ce qui est déterminé en fonction d’une appréciation ; il s’agit donc bien d’un
acte politique.
Les CC fondent la politique mais elles ne le disent pas. Une CC n’est pas un acteur politique
comme les autres car son autorité entre en œuvre. Ce qui fait l’autorité d’un juge est sa
capacité à dire le droit, d’interpréter les règles de droit de la manière la plus conforme à la
vérité constitutionnelle, légale. Il y a donc une part de connaissance scientifique, de science
dans l’acte d’interprétation ; mais il y a une autre part qui relève d’un acte de volonté.
La jurisprudence constitutionnelle est faite pour être lue avec un esprit critique.
62
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Il y a une série d’arrêts rendus dans ces juridictions constitutionnelles dans toutes les
branches du droit qui ont eu pour effet de constitutionnaliser ces règles éparses, parce
qu’une fois que la cour annule ou constate l’inconstitutionnalité d’une loi ; il faut que le
législateur réagisse, ou que dorénavant telle loi soit interprétée conformément à ce que le
juge constitutionnel a fait dire à celle-ci.
Dans les années 60-70, beaucoup de juristes civilistes n’avaient que du mépris pour le droit
constitutionnel, « le droit constitutionnel, c’est de la politique ». Jean CARBONNIER disait
que « le droit civil est aride, fatigant, tandis que les constitutions amusent, c'est si peu du
droit », parce qu’il y a la jurisprudence qui est de plus en plus abondante, de plus en plus
précise. Aujourd’hui, le constitutionnaliste n’est pas seulement celui qui lit la C° mais celui qui
lit la jurisprudence.
3.2. La Constitution d'un Etat est-elle la source du droit international (DI) applicable à cet Etat
ou le droit international est-il la source des diverses Constitutions nationales ?
Le droit international trouve-t-il le fondement de sa validité dans la C° de chaque Etat ?
Si on répond OUI, on tombe dans le monisme juridique avec primauté du droit national : on
réduit le droit à un seul ordre juridique, avec primauté du droit étatique : il y aurait la C° de
chaque Etat au sommet de tout l’OJ, le DI n’étant en quelque sorte que du droit public
externe.
Δ national Δ international
Si on répond NON, on tombe dans l’autre extrême qui dit que c’est le DI qui est le fondement
de la validité des OJ internes ! le fondement de la validité des C° ! il n’y a qu’un seul OJ
unique. Le DI distribuerait alors les pouvoirs entre les Etats ! monisme avec primauté du DI.
DI
ê
DN
Ces théories ont été défendues par d’éminents auteurs mais ne tiennent pas la route, ni le
monisme avec primauté du droit interne ni le monisme avec primauté du DI ne convainquent.
En réalité, nous ne sommes pas devant un seul grand OJ, nous sommes devant des OJ
distincts : chaque OJ interne d’une part et le DI d’autre part. Les rapports entre OJ différents
ne sont pas des rapports de validité, l’un n’est pas le fondement de la validité de l’autre ;
chaque OJ a une certaine autonomie et puise sa validité en lui-même.
Le DI est un OJ qui a sa propre prétention à s’imposer aux Etats, à déterminer les conduites
des Etats, quoi que ceux-ci entendent faire la primauté du DI est inhérente au DI, même si un
Etat conteste cette primauté le DI prétend toujours l’emporter. C’est inhérent à sa nature.
C’est donc une perspective pluraliste qui semble la plus appropriée pour rendre compte des
rapports entre C° et DI. Cette perspective consiste à dire que « tout est question de point de
vue » ; si on travaille à partir du DI en se mettant à la place du juge international (CIJE), alors
on va considérer que le DI prime le droit interne, qu’il est au-dessus de n’importe quelle règle
de droit interne en ce compris les C°.
64
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Il n’y a que un seul cas prévu dans l’art. 46 de la Convention de Vienne sur le droit des
traités où une objection de constitutionnalité (tirée d’une règle de droit constitutionnelle) peut
être reçue par le DI et peut paralyser la primauté du DI.
Il s’agit de l’hypothèse d’une violation manifeste d’une règle de droit interne d’importance
fondamentale à propos de la compétence pour conclure un traité. Un Etat peut invoquer la
violation manifeste d’une telle règle pour s’opposer à la prétention du traité à s’imposer à lui.
Dans tous les autres cas, du point de vue du DI, il n’y a aucun doute : le DI prime sur toute
règle de droit interne, y compris les règles constitutionnelles.
Si un Etat viole une règle de DI, qu’est-ce que le DI peut faire ? Supposons que par une
norme contenue dans la C°, un Etat viole la règle de DI ; est-ce que le juge international
pourrait annuler la norme constitutionnelle ? NON, c’est inconcevable. Le juge international
n’est pas compétent pour apprécier la validité de la règle de droit interne, cette validité ne
dépend que de règles de droit interne. Le juge international va considérer cette règle de droit
interne comme un « fait illicite » qui engage la responsabilité internationale de l’Etat ; c’est
tout ce qu’il peut faire, il appartient à chaque OJ interne de régler la situation afin de se
conformer à la règle de DI. Cela dépendre de l’OJ interne : Qui intervient ? Quand ? Selon
quelle procédure ?
Par exemple, au R-U, un juge national n’appliquera jamais une règle de DI parce que dans le
droit constitutionnel britannique, le juge britannique n’applique que le droit britannique. Quid
alors du DI ? Il est nationalisé, transformé en règles de droit interne. Il s’agit d’un dualisme
tout à fait caractéristique : les juges britanniques appliquent le droit interne et n’appliquent le
DI que dans la mesure où celui-ci a été transformé en loi ! un traité n’est jamais appliqué en
tant que tel, c’est la transposition en règle de droit interne qui va être utilisée.
Dans d’autres Etats comme la Belgique, il y a dans la C° une règle qui permet d’incorporer le
DI dans l’OJ interne : par une loi d’assentiment à un traité, ce dernier peut produire des effets
dans l’OJ interne Belge, et peut donc être appliqué par des juges Belges. L’art. 167 §2 de la
C° Belge prévoit l’incorporation du DI en droit interne Belge.
Art. 167
« […] §2. Le Roi conclut les traités, à l'exception de ceux qui portent sur les matières visées au §3. Ces traités
n'ont d'effet qu'après avoir reçu l'assentiment de la Chambre des représentants. […] »
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Chaque OJ interne, chaque C° fixe le rang occupé par la règle de droit international dans la
hiérarchie des normes à l’intérieur de l’OJ interne. Pour les Britannique, le DI n’a pas sa
place dans l’OJ interne donc il n’y a pas de rang à fixer dans la hiérarchie des normes ; il
reste à l’extérieur, et quand il est transformé en loi il devient une loi parmi les autres. Si
demain le Parlement de Westminster veut adopter une nouvelle loi qui contredit l’ancienne :
lex posterior derogat anteriori, la loi postérieure déroge à la loi antérieure ! il n’y a aucun
problème pour le juge britannique, la loi postérieur peut alors déroger à un traité. Le R-U
engage alors sa responsabilité internationale dans l’OJ international.
Dans les Etats moins dualistes, il y a un sens à situer la norme de DI dans la hiérarchie des
normes de droit interne ! il y a incorporation de la norme de DI et chaque C° va fixer le
rang de la norme internationale dans la hiérarchie des règles de DI. Aux P-B, la C° dit que la
règle de DI est au-dessus de tout. Dans d’autres Etats, on conserve la suprématie
constitutionnelle en situant les traités en-dessous de la C°.
Evidemment, il y a des limites au-delà desquelles on ne peut pas interpréter une règle. Si la
règle constitutionnelle est inconciliable, même avec une certaine bonne volonté
interprétative, avec le DI ; alors la situation de conflit est inévitable, ce dernier sera résolu
selon des modalités qui varient d’un Etat à l’autre, chaque juge appliquera sa C° et/ou sa
jurisprudence constitutionnelle. Dans certains cas, le juge national fera primer la C° nationale
sur le traité ; dans d’autres cas ce sera l’inverse, le juge national fera primer le droit
international sur la C°. Dans l’hypothèse où la C° nationale prévoit que la primauté revient à
la C°, l’Etat engage sa responsabilité internationale dans l’OJ international " la C° l’emporte
dans l’OJ interne mais dans l’OJ international, l’Etat doit éventuellement réparer les
conséquences de la violation du DI qu’il commet.
Une des grandes originalités du droit de l’UE est que la CJCE (Cour de Justice de l’Union
Européenne) impose à tous les Etats membres de l’UE une vision moniste du droit au
sommet duquel trônent le droit primaire et le droit dérivé de l’UE, depuis les arrêts fondateurs
du 5 février 1963 dans l’affaire Van Gend en Loos, et du 15 juillet 1964 dans l’affaire Costa
c. Enel.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
« A la différence des traités internationaux ordinaires, le traité de la Communauté économique européenne (CEE)
a institué un ordre juridique propre, intégré au système juridique des Etats membres [...] qui s’impose à leurs
juridictions. En effet, en instituant une Communauté de durée illimitée, dotée d’institutions propres, de la
personnalité, de la capacité juridique, d’une capacité de représentation internationale et plus particulièrement de
pouvoirs réels issus d’une limitation de compétence ou d’un transfert d’attributions des Etats à la Communauté,
ceux-ci ont limité, bien que dans des domaines restreints, leurs droits souverains et créé ainsi un corps de droit
2
applicable à leurs ressortissants et à eux-mêmes. »
La CJCE est une Cour militante, c’est-à-dire qu’elle milite pour la construction européenne,
pour l’intégration européenne ! pour la primauté du droit de l’UE sur n’importe quelle règle
de droit interne. Elle est au service du droit européen, ce dernier ne peut pas s’accommoder
des règles classiques de DI : si on continue à travailler « comme si » on avait affaire à une
règle de DI général, on devrait constater que la primauté du DI est plus ou moins bien
reconnue selon des modalités très variées d’un Etat à l’autre " il n’en est PAS QUESTION
pour la CJCE. Dans l’arrêt Simmenthal du 9 mars 1978, elle dit que quand le juge national
rencontre une contradiction entre n’importe quelle règle de droit de l’UE et n’importe quelle
règle de droit national, celui-ci a l’obligation de faire prévaloir immédiatement la règle de droit
européen sur la règle de droit national, il doit écarter (sans demander l’autorisation de qui
que ce soit) lui-même la règle de droit interne contraire au DI. Nous avons parlé d’un
mouvement de constitutionnalisation des normes de droit interne ; nous pouvons désormais
également parler d’un extraordinaire mouvement d’européanisation des normes de droit
interne.
Il apparaît donc que si le droit international n'a jamais prétendu imposer le monisme juridique
aux Etats ni, par conséquent, mettre en cause la suprématie des Constitutions à l'intérieur
des ordres juridiques internes là où ceux-ci la revendiquent, il en va différemment du droit de
l'Union européenne. Les particularités et l'exigence d'une application uniforme de ce droit
justifient, aux yeux de sa CJCE, que celle-ci impose aux Etats membres une vision moniste
des relations entre leurs ordres juridiques respectifs et le sien. Elle érige ainsi le droit de l'UE
en sommet de l'ordre juridique global qui recouvre ce droit et celui des Etats membres et elle
y situe le siège des règles qui régissent les relations entre ces deux droits. Non seulement,
- les normes du droit dérivé de l'Union sont immédiatement applicables, c'est- à-dire
dispensées de toute forme d'incorporation, dans les ordres juridiques des Etats
membres,
- mais l'ensemble du droit de l'Union, primaire et dérivé, se voit reconnaître, d'une part,
une présomption favorable à l'effet direct de ses normes aux conditions dictées par la
CJCE elle-même et, d'autre part, une supériorité à l'égard de toutes les règles de
droit nationales, constitutionnelles comprises, garantie par l'obligation faite aux
juridictions nationales d'écarter de leur propre autorité et sans délai l'application de
celles de ces règles qui contrediraient le droit de l'Union. Les juridictions nationales
sont ainsi transformées en organes d'application de ce droit et leur Constitution
respective est rétrogradée à un rang inférieur à celui-ci.
Qu’est-ce qui justifie le raisonnement de l’UE ? Les traités qui fondent l’UE (TUE, TFUE) sont
la retranscription de la volonté commune des Etats membres au niveau européen. L’idée est
que les traités ne se réduisent pas à l’addition de 28 volontés nationales, il y une volonté
commune. Les traités fondent donc le Pacte constitutionnelle de l’UE qui prime sur les C°
nationales. Attention, il s’agit ici du point de vue de la CJUE ! La théorie du pluralisme
juridique permet de comprendre les résistances opposées par la plupart des cours
constitutionnelles nationales, dans le champ de leur propre OJ.
2
arrêt Van Gend en Loos, 1963.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Le point de vue le plus emblématique de cette résistance est celui de la CC Allemande, dans
son arrêt du 30 juin 2009 relatif à la constitutionnalité du traité de Lisbonne. Cette prétention
de la CJCE de faire primer n’importe quelle règle de droit de l’UE sur n’importe quelle règle
de droit national, y compris constitutionnelles ; n’est pas acceptable sans plusieurs
précisions. Les juges constitutionnels allemands disent et répètent qu’au fondement de l’UE,
pour ce qui concerne l’Allemagne, il y la volonté du peuple allemand exprimé à travers la Loi
Fondamentale qui dit à quelles conditions l’Allemagne est prête à assumer son statut de
membre de l’UE (art. 23).
Parmi ces conditions, il y a le respect absolu de toutes les normes irrévisables par le
constituant allemand lui-même. Le raisonnement de la CC allemande est assez logique :
les juges de la CC disent ne pas pouvoir permettre à une loi allemande de violer la C° !
certaines normes constitutionnelles sont sacrosaintes, elle ne peuvent pas être révisées "
ce n’est donc pas la CJCE qui va prétendre qu’une règle de droit européen pourrait
contredire une de ces règles constitutionnelles irrévisables ; elles sont autant irrévisables
dans l’OJ national que dans l’OJ européen. Si jamais une règle de droit européen contredit
une règle de droit constitutionnel irrévisable, les juges n’hésiteront pas à refuser cette règle
de droit européen ! ce qui équivaut à refuser à se soumettre à la jurisprudence Simmenthal.
Il s’agit donc ici d’une rébellion d’un juge constitutionnel qui n’accepte pas sans réserves la
primauté de tout le droit européen à l’égard de toutes les normes constitutionnelles.
La CC Allemande n’est pas la seule à adopter cette attitude ; la plupart des CC nationales
dans l’UE ont la même attitude. Pas nécessairement pas références à des normes
irrévisables - il n’y a pas des normes irrévisables dans toutes les C° - mais par référence aux
principes jugés les plus fondamentaux pour l’identité constitutionnelle de l’Etat. La plupart
des CC (sauf la CC Belge) considère qu’il y a des règles inhérentes à l’identité
constitutionnelle nationale qui ne peuvent pas être supplantés par le droit de l’UE.
D’une certaine manière, le traité de Lisbonne s’est montré soucieux de traduire ces réserves
des CC dans l’art. 4 §2 du TUE :
« […] 2. L'Union respecte l'égalité des États membres devant les traités ainsi que leur identité nationale,
inhérente à leurs structures fondamentales politiques et constitutionnelles, y compris en ce qui concerne
l'autonomie locale et régionale. Elle respecte les fonctions essentielles de l'État, notamment celles qui ont pour
objet d'assurer son intégrité territoriale, de maintenir l'ordre public et de sauve garder la sécurité nationale. En
particulier, la sécurité nationale reste de la seule responsabilité de chaque État membre. »
Ceci est une règle de droit européen qui traduit jusqu’à un certain point le souci des Etats
membres et de leurs CC, de faire respecter par le droit de l’UE les règles inhérentes à
l’identité constitutionnelle nationale des Etats membres.
C’est une règle qui s’impose aux institutions de l’UE et qui est placée sous la sauvegarde de
la CJUE. Cette dernière peut être saisie de recours en annulation qui visent des actes des
institutions européennes pour contrariété avec le droit primaire ! si un(e)
règlement/décision/directive ne respecte pas l’art. 4 §2 du TUE, la CJUE peut l’annuler.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
La CJUE s’estime être la juridiction de dernière instance du respect par les institutions de
l’UE de cet article. Mais la CC allemande (et les CC qui pensent comme elle) estiment aussi
disposer du pouvoir ultime de vérifier le respect de cet art. 4 §2 en tant que gardienne de leur
C°, de l’identité constitutionnelle nationale.
Si l’UE devait légiférer sans prêter attention à cet art. 4 §2 et si les CC nationales devaient
abuser de leur droit d’invoquer le respect de leur identité constitutionnelle nationale, nous
serions face à des antinomies, des prétentions inconciliables ! devant une sorte de
« guerre des juges » entre la CJUE et les CC nationales. Même si ce n’est encore jamais
arrivé, il y a certaines tensions (notamment du côté de la CC allemande) ; il faut souhaiter
que chacun de ces acteurs, CJUE et CC nationales, fassent preuve d’une certaine loyauté
fédérale. Il faut traduire la prétention de chaque OJ dans le langage de l’autre ! le droit de
l’UE a d’une certaine manière traduit la prétention des OJ nationaux dans un langage propre
au droit européen ; et inversement, chaque OJ national doit traduire dans son ordre interne la
prétention du droit de l’UE à l’emporter sur le droit national " Il faut donc qu’il y a un
dialogue. En toute hypothèse, il n’y a aucun juge au-dessus de la CJUE et des CC
nationales pour arbitrer le conflit.
Il y a toutefois lieu de remarquer qu’une doctrine récente commence à s’inquiéter des dérives
que ce rapport de force pourrait engendrer au détriment de l’intégration européenne. Elle est
tentée du coup de condamner la théorie du pluralisme juridique, ou en tout cas une version
normative radicale de cette théorie qui encouragerait les juridictions constitutionnelles à
poser éventuellement des actes de résistance souverainiste contre la primauté du droit
européen. Nous pensons pour notre part que la théorie pluraliste du droit décrit la réalité
juridique adéquatement, mais qu’elle appelle précisément une éthique exigeante de la
traduction. C’est précisément un manquement à cette éthique que l’on peut reprocher aux
auteurs du défunt traité qui prétendait, dans l’unique but de susciter une émotion (dimension
symbolique) : établir « une Constitution pour l’Europe » (cf. supra).
La dénomination que nous croyons la plus pertinente pour désigner les traités fondateurs de
l’Union européenne et son fonctionnement est celle de « pacte constitutionnel ». Le propre
d’un traité est d’être un acte juridique bilatéral, alors qu’une C° est par définition un acte
juridique unilatéral. Ce pacte constitutionnel n’est pas à confondre avec une C° " il n’y a pas
de C° européenne ! Il y a quelques années, un traité a prétendu en établir une mais il a
échoué ; depuis lors il a été remplacé par le traité de Lisbonne (qui reste à 99% le même que
ce traité introduisant une C°, mais certains éléments en ont été retirés/modifiés).
Elle semble optimale pour désigner avec un maximum de rigueur conceptuelle ce dont il est
question : ce que la Constitution est à l'Etat, le Pacte constitutionnel l'est à l'Union
européenne.
Quid de la pertinence du substantif « pacte » ? « Qui dit pacte dit traité », c’est un accord
passé entre les 28 Etats membres qui demeurent formellement souverains. La souveraineté
formelle reste dans les mains des Etats membres.
Il s'agit donc d'un Pacte, donc d'un traité conclu entre des Etats, mais on peut assortir
ce substantif "Pacte" de l'adjectif "constitutionnel" parce qu'il reçoit une qualité ou
une manière d'être constitutionnelle de par son objet matériel et de par la co-
souveraineté qu'il institue.
Celui-ci permet de réviser n’importe quel article de la C° ; or, le CN, en tant que corps
constituant, a voulu
- proclamer l’indépendance du peuple belge
- exclure à perpétuité tout pouvoir en Belgique de la famille des Orange-Nassau
en les soustrayant justement au pouvoir de révision de l’article 195 ! Nous avons donc en
Belgique deux normes constitutionnelles irrévisables, qu’il faut mettre au sommet de la
pyramide des normes de droit constitutionnel formel.
Petite précision : la CC n’est pas compétente pour appliquer directement les PGD à valeur
constitutionnelle isolément, elle ne peut les appliquer qu’en combinaison avec une règle de
droit constitutionnelle placée sous sa sauvegarde (« contrôle combiné »).
Les autres PGD, ceux que l’on ne peut pas situer au niveau de la C°, ont un rang inférieur
aux lois mais supérieur aux arrêtés et règlements ! tous les PGD ne sont pas au même
niveau que la C° formelle.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
1. Notion de coutume
La coutume est une pratique répétée de manière récurrente avec la conviction qu’il
faut, en droit, se conformer à cette pratique. Attention à ne pas confondre l’usage et la
coutume : à la différence de l’usage, la coutume est une règle de droit.
Article 33
« Tous les pouvoirs émanent de la nation.
Ils sont exercés de la manière établie par la Constitution. »
Puisque tous les pouvoirs doivent être exercés de la manière établie par la C°, et que selon
lui il va de soit que la C° ici est la C° du 7 février 1831 ; il n’y a pas de place pour les
coutumes constitutionnelles. Il déduit de l’article 33 al. 2 un principe de
plénitude/d’exhaustivité du texte constitutionnel, la C° est présumée avoir tout dit/résolu.
Le problème est que dans la suite de son ouvrage, Francis DELPEREE avoue que s’il fallait
donner un exemple de coutume constitutionnelle, il retiendrait l’obligation pour un
Gouvernement démissionnaire d’expédier les affaires courantes. Mais d’une chose l’une :
soit on dit qu’il n’y a pas de place pour les coutumes constitutionnelles (et donc il n’y a pas
d’exemple) ; soit on donne un exemple mais alors notre postulat est contredit…
M. Dumont défend, avec la majorité des constitutionnalistes Belges, l’idée qu’il y a bel et bien
des coutumes constitutionnelles en droit belge ; mais il essaie quand même de trouver une
lecture de l’art. 33 qui est conciliable avec l’existence de ces coutumes constitutionnelles.
Qu’est-ce qui contraint à présumer que le mot « C° » dans l’art. 33 ne concerne uniquement
la C° écrit ? La notion de coutume constitutionnelle est très ancienne, pendant très
longtemps elle n’ont pas posé de problèmes, on en reconnaissait l’existence dans les
manuels de droit constitutionnel. C’est assez récemment qu’une sorte de méfiance vis-à-vis
de ces coutumes a émergé, parce qu’il y a un risque d’insécurité juridique à sortir de son
chapeau une coutume constitutionnelle en fonction des besoins politiques du jour. Mais selon
M. Dumont, on peut interpréter l’art. 33 en fondant une primauté du texte constitutionnel, et
non pas une plénitude/exhaustivité car tout texte qui prétend à la plénitude/l’exhaustivité
s’expose à cours sûr à des démentis. Un texte comprend inévitablement des lacunes, il n’y a
pas de texte complet.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Oui, les pouvoirs doivent être exercés de la manière établie par la C° ; donc la C° écrite du 7
février 1831 (en ce compris les révisions successives) prime sur toute autre coutume
constitutionnelle mais rien n’empêche d’intégrer dans la notion de C° les coutumes
supplétives, qui peuvent combler les lacunes et les blocs laissés par le texte constitutionnel.
Mais comment savoir si une coutume est obligatoire en droit ? La doctrine établit 3 critères :
1. Il faut que la pratique en question soit nécessairement impliquée ou permise
par un texte de droit constitutionnel ou un principe général de droit à valeur
constitutionnelle. La C° écrite prime sur toute coutume constitutionnelle.
2. Il faut que cette pratique soit exigée par le fonctionnement harmonieux du
système constitutionnel. Il y a une part de subjectivité dans l’appréciation de cette
exigence.
3. Il faut une forme d’attestation du caractère obligatoire (opinio iuris) par un tiers
impartial. Juge, commissions de sages, auteurs de doctrine, etc. Mais il y a des
coutumes dont l’existence ne peut jamais être attestée par un juge tout simplement
parce qu’aucun juge n’est compétent pour le faire.
3.1. Exemples
C’est un processus typiquement coutumier - qui remonte du reste aux origines britanniques
du régime Parlementaire - qui a engendré cette règle qui veut que la responsabilité politique
des ministres passent par l’obligation de démissionner quand ils sont désavoués par une
majorité. Il s’agit de l’interprétation qui est associé au mot responsable, est-ce qu’on a besoin
de la notion de coutume constitutionnelle pour établir cette obligation ?
Quant à la juridicité de cette règle, elle ne semble pas douteuse alors qu’elle n’est pas
justiciable : aucun juge ne pourrait contraindre un ministre désavoué par la Chambre à
démissionner, ce qui n’empêchera pas ce dernier d’éprouver la conviction qu’il doit s’effacer
au nom d’une règle de droit, ou d’au moins s’entendre dire par la communauté des juristes
que tel est son devoir en droit.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Il s’agit de la règle qui veut que quand la démission officieuse d’un Gouvernement a été
acceptée par le roi, ce Gouvernement démissionnaire doit expédier les affaires courantes.
L’expédition des affaires courantes est une obligation juridique, mais elle n’est consacrée nul
part dans la C°. Cette coutume répond à tous les critères de reconnaissance d’une coutume
constitutionnelle :
(1) L’origine de celle-ci est une pratique du Palais royal qui est très logique : elle est
parfaitement conforme aux critères de reconnaissance d’une coutume
constitutionnelle, il n’y a rien dans le texte constitutionnel qui s’y oppose. Au
contraire, celui-ci contient la règle de la responsabilité ministérielle.
Un Gouvernement qui a déjà présenté sa démission ne peut plus être renversé, obligé de
démissionner ! dès lors qu’il a démissionné, il n’est plus responsable, étant donné que la
responsabilité comporte l’obligation de démissionner quand on est remis en cause ; mais si
le Gouvernement a déjà démissionné par hypothèse, il ne peut plus démissionner une
deuxième fois ! Il est donc irresponsable. Si on prend le principe de la responsabilité
isolément, on devrait en déduire que du jour au lendemain, quand le Gouvernement a
présenté sa démission ; il ne peut plus rien faire, puisqu’il est devenu irresponsable. Or, la C°
exige le respect de la règle de la responsabilité.
(3) les affaires courantes peuvent enfin s’identifier aux affaires « qui courent », c’est-à-
dire, aux affaires urgentes qui, si elles n’étaient pas réglées sur le champ,
risqueraient de causer un préjudice irréparable à la collectivité
Le Palais royal a donc appliqué cette coutume jusqu’au jour où un arrêté ministériel (signé
par un ministre) est édicté par un Gouvernement démissionnaire " recours au Conseil
d’Etat. Ce dernier, qui dans une jurisprudence antérieure se déclarait incompétent pour
vérifier la validité des arrêtés ministériels, s’estime compétent dès 1975. Il est le seul qui
pourrait annuler un tel arrêté qui serait pris en dehors du respect des limites inhérentes à la
notion d’affaires courantes. Désormais, tous les actes pris par le Gouvernement
démissionnaire qui excède la limite des affaires courantes sont annulés par la SCA3 du CE.
De façon significative, le Conseil d’Etat ne présente toutefois pas la règle comme une
coutume constitutionnelle dans son arrêt du 14 juillet 1975, mais comme « une règle non
écrite » qui procède de « l’économie générale de la Constitution ». Plus tard, il dira
expressément que c’est le principe de la continuité du service public, dont la nature de
principe général du droit est unanimement reconnue, qui fonde la notion d’affaires courantes.
10/03/2015
Cet adage signifie que dans les rapports entre le Roi et ses ministres, le Roi ne peut pas
révéler le contenu des discussions qu’il a eu et l’inverse, les ministres ne peuvent pas révéler
le contenu des entretiens qu’ils ont eu avec le Roi " la règle du secret s’applique au
colloque singulier ! aux conversations que le Roi peut avoir avec l’un ou l’autre de ses
ministres. Cette règle du secret ne se trouve nul part dans la C°, et précisément c’est une
pratique qui a finit par s’imposer progressivement dès le 19e s.
3
Section du Contentieux Administratif du Conseil d’Etat.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Cette règle est assez subtile. Elle signifie qu’au Conseil de Ministres, on ne prend pas les
décisions à la majorité. Mais on ne peut pas non plus dire que l’on prend toutes les décisions
à l’unanimité ! puisqu’on ne vote pas on ne sait pas si il y a une majorité ou une unanimité.
C’est le premier ministre, qui au terme d’une discussion ouverte, d’une délibération à laquelle
chaque ministre a pu prendre part, qu’il perçoit un consensus, qu’un accord est
manifestement en train de se dégager ! il s’agit donc d’une perception et non d’un vote. Ce
qui permet au premier ministre de percevoir cet accord est l’absence de contestation, d’une
prise de parole par un ministre qui s’oppose. Si personne n’élève la voix pour dire qu’il n’est
pas d’accord, cela veut dire qu’il y a un accord.
(1) Cette règle du consensus est confirmée par l’article 69 de la loi spéciale du 8 août
1980 de réformes institutionnelles aux niveaux régional et communautaire ; quand les
Gouvernements des communautés et des régions ont été établis, il a été décidé que
la règle du consensus qui était déjà d’application au Conseil des ministres soit
également appliquées à ces Gouvernements.
(2) Cette règle est postulée par l’exigence d’un fonctionnement harmonieux du système
constitutionnel parce que le Conseil des ministres est paritaire : il contient autant de
ministres d’expression FR que d’expression NL. Quand le Conseil des ministres
prend une décision, celle-ci engage de manière solidaire tout le Gouvernement ; si un
ministre se désolidarise, le Roi pourrait le révoquer.
(3) Avant cet article, donc avant 1980, la seule source de cette règle est la coutume
constitutionnelle ; une pratique considérée comme obligatoire appliquée par tous les
premiers ministres, que rien ne contredit dans le texte constitutionnel. La doctrine
l’attestait de manière unanime, quand bien même la règle ne peut pas être
sanctionnée par un juge ! aucun juge ne pourrait annuler un arrêté royal comme
quoi il n’aurait pas respecté la règle du consensus.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
La règle qui veut que l’on ne vote pas au sein du Conseil des ministres ne peut pas être
présentée comme une conséquence logique et nécessaire des principes de la solidarité
ministérielle et du secret des délibérations. Une décision prise par une majorité composée
potentiellement d’une aile linguistique homogène, avec l’appui d’un ou deux ministres de
l’autre corps, est une décision qui risque de provoquer des tensions énormes, si pas la chute
du Gouvernement. La règle de l’unanimité est plus dure, parce qu’alors un seul homme peut
faire échouer la décision " la règle du consensus est plus subtile.
Est-ce qu’une révision de la C° est nécessaire pour modifier une coutume constitutionnelle ?
Tout dépend des liens qui unissent la coutume constitutionnelle aux contraintes du texte
constitutionnel. On ne peut évidemment pas modifier une telle coutume sans réviser la C° si
celle-ci est indissociable du texte constitutionnel.
Quand on a évoqué les degrés de rigidité de la C° formel, M. Dumont a placé tout en bas la
C° souple, en donnant l’exemple de la C° du R-U : une C° exclusivement au sens matériel
faite de lois, règles de jurisprudence, de coutumes et de conventions de la C°. Ces dernières
sont connues au R-U comme des pratiques considérées comme politiquement obligatoires,
étant entendu que les cours et tribunaux ne peuvent pas sanctionner leurs éventuelles
méconnaissances de ces usages.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Ex : la reine doit nommer comme Premier ministre le président du parti qui gagne les élections " si la reine
méconnait, la règle, aucun juge ne pourra la rappeler à l’ordre.
En droit Belge, il y a des conventions de la C°, des usages considérés comme politiquement
obligatoires qui échappent à la connaissance des cours et tribunaux et qui contredisent le
texte constitutionnel ! d’où l’expression de « conventions de la C° para-légales. »
C’est un cas de figure qui dérange tous les constitutionnalistes. Ces derniers sont payés
pour décrire les règles de droit, et quand on fait une telle description on l’endosse. Donc il est
bien évidemment difficile de reconnaître qu’il y a des pratiques qui se sont imposées malgré
la contrariété avec le texte constitutionnel. Même si on ne veut pas les voir, ces règles sont
très légitimes. Deux exemples d’écart par rapport à l’art. 106 de la C° :
Art. 106
« Aucun acte du Roi ne peut avoir d'effet, s'il n'est contresigné par un ministre, qui, par cela seul, s'en rend
responsable. »
Art. 106
« Aucun acte du Roi ne peut avoir d'effet, s'il n'est contresigné par un ministre, qui, par cela seul, s'en rend
responsable. »
Léopold Ier, premier Roi des Belges, n’aurait jamais accepté de monter sur le trône si on lui
avait dit qu’au moins depuis la grande crise autour de la question royale sous Léopold III en
1950, il n’y a aucun doute possible : en cas de désaccord persistant entre le Roi et ses
ministres, le Roi doit s’incliner.
Cette convention de la C° para-légale paraît tout à fait légitime : il n’y a rien qui permettrait
d’accepter que dans un Etat qui se dit démocratique, le Roi pourrait à un moment donné
- bloquer une décision du Gouvernement ;
- provoquer la démission du Gouvernement ;
- se mettre à la recherche d’un autre Gouvernement qui ne prendrait pas cette même
décision.
Le roi n’a pas de légitimité démocratique ! il n’y a rien qui permettrait d’accepter en
démocratie qu’un roi, désigné par la seule règle de l’hérédité, totalement dénuée de la
moindre légitimité démocratique, puisse empêcher l’adoption d’une décision voulue par un
Gouvernement responsable devant la Chambre.
Au 19e s, sur base de la notion de « légitimité démocratique », on doit bien considérer que
l’art. 106 de la C° est dépassée : il faudrait le réviser. En attendant, c’est une convention de
la C° para-légale qui supplante le texte.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
« Aucun acte du Roi ne peut avoir d'effet, s'il n'est contresigné par un ministre, qui, par cela seul, s'en rend
responsable. »
Cela signifie que quand la C° ou la loi ne prévoit pas une délibération collégiale du Conseil
des ministres, un arrêté royal est parfaitement valide si il est signé par le roi et contresigné
par un seul ministre. Or, une convention de la C° exige que pour toutes les affaires
politiquement importantes, une délibération du Conseil des ministres est indispensables !
un seul ministre ne peut pas engager le Gouvernement, quand bien même le texte de l’art.
106 de la C° dit le contraire.
Il y a donc un principe de collégialité qui s’est imposé pour de très bonnes raisons :
- le Conseil des ministres est paritaire ;
- il y a une certaine solidarité parmi les ministres ;
- la règle du consensus est également d’application.
On veut éviter qu’un seul ministre aille imposer des décisions qui n’ont pas été
préalablement délibérée collégialement par le Conseil des ministres tout entier.
« S’il est d’usage que le Conseil des ministres délibère et décide lorsqu’il s’agit d’affaires présentant une certaine
importance, l’absence de délibération n’affecte pas en elle-même la validité d’un acte accompli par un ministre en
4
pareille matière. »
4
Cass (Ch. Réunies), 10 avril 1987, A.P., 1987, p. 289.
79
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
a. L'auteur de la révision
La loi est faite par le pouvoir législatif : la Chambre, le Sénat, et le Roi (art. 36 de la C°).
« Le pouvoir législatif fédéral s'exerce collectivement par le Roi, la Chambre des représentants et le Sénat. »
NB : Depuis la réforme de l’Etat de 2014, la procédure de droit commun est le monocaméralisme : la Chambre et
le Roi.
La C° ne peut être modifiée que par la Chambre, le Sénat, et le Roi ; MAIS après l’adoption
d’une déclaration de révision de la C° qui provoque la dissolution des Chambres, et par
conséquent la convocation des électeurs " l’auteur des révisions constitutionnelles ne
peut être confondu avec l’auteur des lois (spéciales ou ordinaire) ; il s’agit du PC dérivé
institué par l’art. 195 de la C°. Le pouvoir législatif peut légiférer à tout moment mais le PC
dérivé ne peut intervenir que s’il y a eu dissolution des chambres et convocation de nouvelles
chambres
3e commentaire : le référendum constituant révisé n’a pas été réglé dans cette procédure,
l’art. 195 ne permet pas au peuple d’exercer le PC dérivé par la voie d’un référendum ! l’art.
195 est incompatible avec le référendum et avec la consultation populaire (cf. Droit
Constitutionnel II)
Art. 195
« Le pouvoir législatif fédéral a le droit de déclarer qu'il y a lieu à la révision de telle disposition constitutionnelle
qu'il désigne.
Après cette déclaration, les deux Chambres sont dissoutes de plein droit.
Il en sera convoqué deux nouvelles, conformément à l'article 46.
Ces Chambres statuent, d'un commun accord avec le Roi, sur les points soumis à la révision.
Dans ce cas, les Chambres ne pourront délibérer si deux tiers au moins des membres qui composent chacune
d'elles ne sont présents; et nul changement ne sera adopté s'il ne réunit au moins les deux tiers des suffrages.
Disposition transitoire
[…]
Les Chambres ne pourront délibérer sur les points visés à l'alinéa 1er si deux tiers au moins des membres qui
composent chacune d'elles ne sont présents; et nul changement ne sera adopté s'il ne réunit au moins les deux
tiers des suffrages.
La présente disposition transitoire ne constitue pas une déclaration au sens de l'article 195, alinéa 2. »
Siège de la matière
La C° belge date du 7 février 1831 et est l’œuvre du Congrès national. Son élaboration fut, à
l’époque, extrêmement rapide. Depuis lors, elle a été modifiée à maintes reprises. La C° du 7
février 1831 a elle-même fixé la procédure applicable à sa propre révision. Celle-ci est
demeurée inchangée depuis lors, et est énoncée à l’art. 195 :
« Le pouvoir législatif fédéral a le droit de déclarer qu'il y a lieu à la révision de telle disposition constitutionnelle
qu'il dé[Link]ès cette déclaration, les deux Chambres sont dissoutes de plein [Link] en sera convoqué deux
nouvelles, conformément à l'article 46.
Ces Chambres statuent, d'un commun accord avec le Roi, sur les points soumis à la révision.
Dans ce cas, les Chambres ne pourront délibérer si deux tiers au moins des membres qui composent chacune
d'elles ne sont présents; et nul changement ne sera adopté s'il ne réunit au moins les deux tiers des suffrages ».
Exemple issu de la déclaration de révision de la Constitution du 25 avril 2014 (Mon. B., 28 avril 2014)
« Les Chambres déclarent qu'il y a lieu à révision :- de l'article 7bis de la Constitution;- du titre II de la
Constitution, en vue d'y insérer des dispositions nouvelles permettant d'assurer la protection des droits et libertés
garantis par la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;
- du titre II de la Constitution, en vue d'y insérer un article nouveau permettant de garantir la jouissance des droits
et libertés aux personnes handicapées ;
- du titre II de la Constitution, en vue d’y insérer un article nouveau garantissant le droit à la sécurité ;
- de l'article 10, alinéa 2, deuxième membre de phrase, de la Constitution ;
- de l'article 21, alinéa 1er, de la Constitution ;
- de l'article 22 de la Constitution ;
- de l'article 23 de la Constitution, en vue d'y ajouter un alinéa concernant le droit du citoyen à un service
universel en matière de poste, de communication et de mobilité;- de l'article 25 de la Constitution, en vue d'y
ajouter un alinéa permettant d'élargir les garanties de la presse aux autres moyens d'information;
- de l'article 28 de la Constitution; - de l'article 29 de la Constitution; -...»
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Leur habilitation à réviser est cependant bornée par la déclaration de révision : seuls les
points soumis à révision par celle-ci pourront effectivement faire l’objet d’une révision. Il
n’empêche cependant que, dans le cadre ainsi tracé, subsiste une large marge de
manœuvre :
- il n’y a aucune obligation de réviser effectivement ce qui a été ouvert à révision ;
- le pouvoir constituant n’est nullement lié par les indications données par le
préconstituant quant au sens ou au contenu de la révision à opérer, que cette
indication soit explicitement contenue dans la déclaration de révision publiée au
Moniteur, dans les travaux préparatoires de la déclaration de révision de la
Constitution, ou dans un « accord politique » préalable à l’adoption de la révision de
la Constitution.
Cette liberté d’action par rapport aux indications du préconstituant est cependant limitée
dans deux hypothèses :
1. Lorsque la déclaration de révision de la Constitution vise l’insertion de dispositions
nouvelles dans la Constitution, il incombe au préconstituant d’indiquer l’objet de ces
nouvelles dispositions, étant entendu que cette indication liera le Constituant. Celui-ci
ne pourra donner aux dispositions nouvellement insérées un autre objet que celui-ci
qui a été indiqué.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Exemple repris de la déclaration de révision du 25 avril 2014 : « Les Chambres déclarent qu'il y a lieu à
révision :(....)- du titre II de la Constitution, en vue d'y insérer un article nouveau permettant de garantir la
jouissance des droits et libertés aux personnes handicapées; (...)- de l'article 25 de la Constitution, en vue d'y
ajouter un alinéa permettant d'élargir les garanties de la presse aux autres moyens d'information;-...»
(2) La section de législation du Conseil d’État ne donne pas d’avis sur les projets ou
propositions de modification de la Constitution qui sont déposés.
Avis 51.195/AG de la section de législation du Conseil d’État du 3 mai 2012 sur une proposition de loi « portant
réforme de l’arrondissement judiciaire de Bruxelles » (Doc. parl., Ch., 2011-2012, n° 53-2140/001) :
é e
« Selon l’article 2, §1 , alinéa 1 , des lois sur le Conseil d’État, coordonnées le 12 janvier 1973, la section de
législation doit donner un avis motivé ‘sur le texte de tous projets ou propositions de loi, de décret et
d’ordonnance, ou d’amendements à ces projets et propositions dont elle est saisie par le Président du Sénat, de
la Chambre des représentants, d’un Parlement de communauté et de région, de la Commission communautaire
française ou de l’ Assemblée réunie visées respectivement aux alinéas 3 et 4 de l’article 60 de la loi spéciale du
12 janvier 1989 relative aux institutions bruxelloises. Ni cette disposition ni aucune autre disposition des lois sur le
Conseil d’État ne mentionne la possibilité de soumettre au Conseil d’État des propositions (ou des projets) de
révision de la Constitution. Faute d’une mention formelle de la possibilité de donner un avis sur une proposition
(ou un projet) de révision de la Constitution, le Conseil d’État est dépourvu de compétence pour donner un avis
sur une telle proposition (ou un tel projet). Au demeurant, le Conseil d’État n’a pas été saisi en l’espèce d’une
demande d’avis sur cette proposition de révision de la Constitution ».
(4) Les projets et propositions de révision ne sont pas envoyés, en fonction de leur objet
spécifique, aux commissions ordinaires de la Chambre et du Sénat, mais centralisées
au sein de commissions uniques au sein de chacune de ces assemblées (la
Commission pour la révision de la Constitution pour la Chambre, et Commission des
affaires institutionnelles au Sénat).
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
(5) Bien que cette question ne soit pas explicitement réglée par la C° elle- même, la
doctrine majoritaire enseigne que la disposition constitutionnelle modifiée ou ajoutée
entre immédiatement en vigueur sitôt sa publication au Moniteur belge, à moins qu’il
n’en ait été expressément disposé autrement (exemple : l’art. 35 de la C° et la
disposition transitoire qui l’accompagne).
Contrôle
Les violations de l’art. 195 qui seraient commises à l’occasion d’une révision de la C° ne sont
pas censurables par un quelconque juge belge. Si l’art. 195 de la C° est incontestablement
une disposition juridique, elle pâtit partant d’une absence de justiciabilité (sur la distinction
entre juridicité et justiciabilité, cf. supra). Pour rappel (cf. supra), une proposition de révision
de la C° ne donne pas davantage lieu à un avis de la section de législation du Conseil d’Etat.
La suprématie constitutionnelle
La C° se situe au sommet de la hiérarchie des sources formelles de droit interne (on laissera
momentanément de côté la question délicate des rapports hiérarchiques entre la C° et le
droit international et/ou européen : cf. infra).
- La C° prime donc :
- les lois spéciales ;
- les lois ordinaires,
- les décrets et ordonnances communautaires et régionaux ;
- les actes réglementaires des exécutifs fédéral, communautaires et régionaux ;
- les normes adoptées par les autorités décentralisées (communes, provinces), qui
doivent donc la respecter.
Cette primauté est inhérente à la notion même de C°. La C° belge affirme au demeurant
expressément sa propre suprématie, en son art. 33 : « Tous les pouvoirs émanent de la
[Link] sont exercés de la manière établie par la Constitution ».
Nous allons maintenant apporter quelques critiques contre l’art. 195 de la C° afin de montrer
que cet article ne répond pas bien à ces préoccupations : il y a ici un problème d’efficacité !
aptitude d’une norme d’atteindre les objectifs qui lui sont impartis. Si l’on considère que les
objectifs de l’art. 195 devraient être d’éviter des révisions trop fréquentes, et trop rapides et
d’associer le peuple et les entités fédérées à la révision ; il faut bien alors constater
l’inefficacité de l’art. 195.
C’est un cas extrême, ce n’est pas un précédent qu’il faut exiler à chaque fois que l’on a
envie de prendre quelques libertés avec la C° " le passage du suffrage universel plural au
suffrage universel pur et simple est un moment tout à fait fondateur et exceptionnel.
« Tout citoyen de l'Union résidant dans un État membre dont il n'est pas ressortissant a le droit de vote et
d'éligibilité aux élections municipales dans l'État membre où il réside, dans les mêmes conditions que les
ressortissants de cet État. […] »
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Cet article accorde le droit de vote et d’éligibilité aux élections locales pour tous les citoyens
européens. Le problèmes est qu’à l’époque, l’art. 8 se limitait aux deux premiers alinéas :
« La qualité de Belge s'acquiert, se conserve et se perd d'après les règles déterminées par la loi civile.
La Constitution et les autres lois relatives aux droits politiques, déterminent quelles sont, outre cette
qualité, les conditions nécessaires pour l'exercice de ces droits.
Par dérogation à l'alinéa 2, la loi peut organiser le droit de vote des citoyens de l'Union européenne n'ayant pas la
nationalité belge, conformément aux obligations internationales et supranationales de la Belgique.
Le droit de vote visé à l'alinéa précédent peut être étendu par la loi aux résidents en Belgique qui ne sont pas des
ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, dans les conditions et selon les modalités déterminées
par ladite loi. »
L’alinéa 2 sans aucun doute réserve le bénéfice des droits politiques aux nationaux, aux
seules personnes qui avaient la nationalité Belge. Pourtant accorde le droit de vote et
d’éligibilité aux élections locales pour tous les citoyens européens est un droit politique ! il y
avait donc une contradiction fondamentale entre l’art. 22 du TFUE et l’art. 8 de la C° ! Il se
fait que la déclaration de révision de la C° n’avait absolument pas prévu l’adoption du traité
de Maastricht et ne permettait donc pas de réviser l’art. 8.
Sous la législature 1991-1995, le premier ministre Dehaene ne voyait pas du tout d’un bon
œil le strict respect de l’art. 195 de la C° car il impliquait l’adoption d’une déclaration de
révision visant l’art. 8 pour permettre à la Belgique de ratifier le traité de Maastricht et donc
d’approuver une loi d’assentiment à ce traité. Il n’a aucune envie d’appliquer l’art. 195 tout
simplement parce que la déclaration de révision visant l’art. 8 aurait eu pour effet de
dissoudre les chambres et de provoquer des élections alors qu’il venait d’être élu. Dehaene
s’est basé sur la jurisprudence Leski (primauté du droit conventionnel européen) pour
appuyer sa décision, alors que cela ne tenait absolument pas la route.
(2) 2e critique : l’art. 195 n’est que rarement violer de manière frontale, en
revanche il est très souvent violé de manière indirecte par le phénomène des
révisions implicites.
Une révision explicite est une révision conforme à l’art. 195 tandis qu’une révision implicite
consiste dans le fait de modifier le sens ou la portée d’une disposition constitutionnelle qui
n’est pas soumise à révision ! qui n’est donc pas inclue dans la déclaration de révision ; au
moyen d’une révision explicite d’une autre disposition qui elle est révisable.
Ex. : l’art. 39 de la C° dit que une LS va confier à des organes régionaux composés d’élus le
pouvoir de régler des matières que la LS définira. Cet article n’a jamais été ouvert à révision,
il fait partie des bases sacrées du droit constitutionnel belge ; il constitue le fondement des
régions et de la distinction entre matière régionales et matières communautaires.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Il apporte une précision non négligeable à savoir que la LS ne pourra pas attribuer à ces
organes régionaux le pouvoir de régler des matières communautaires.
« La loi attribue aux organes régionaux qu'elle crée et qui sont composés de mandataires élus, la compétence de
régler les matières qu'elle détermine, à l'exception de celles visées aux articles 30 et 127 à 129, dans le ressort et
selon le mode qu'elle établit. Cette loi doit être adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa. »
Cet article dit que la LS pourra accorder aux organes régionaux le pouvoir de prendre des
décrets ayant force de loi. Il modifie donc implicitement le verbe « régler » de l’art. 39.
DONC, de toute évidence, l’effectivité de l’art. 195 est faible : on ne respecte pas
effectivement la procédure de cet article puisqu’au lieu de ne réviser que les points
soumis à révision, les articles déclarés révisables ; on procède souvent à des
révisions indirectes, implicites, qui consistent à modifier le sens ou la portée d’une
règle de droit constitutionnelle non révisable par le truchement d’une révision
apportée à un autre article. Les cas sont très nombreux.
(3) 3e critique : la technique de la greffe est une autre façon indirecte de violer
l’art. 195 et d’en affaiblir l’effectivité de ce dernier.
Le procédé de la greffe consiste à insérer dans un article qui est soumis à révision une règle
afférente à une matière étrangère à cet article. Si on respecte l’art. 195, quand on révise un
article de la C° qui figure dans la déclaration de révision ; c’est évidemment en respectant le
principe qui est sous entendu qu’ « on ne peut modifier l’article qu’en respectant les limites
de la matière couverte par l’article. »
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Mais cette révision n’a pas pu se faire dans le respect de l’art. 195 parce que la déclaration
de révision de la C° était trop courte car n’avait pas prévu un événement pareil ; elle n’a donc
pas déclaré révisable la C° pour permettre l’insertion d’un nouvel article concernant le
Conseil supérieur de Justice. Il a donc fallu greffer à l’art. 151 une matière qui lui était
étrangère.
« §2. Il y a pour toute la Belgique un Conseil supérieur de la Justice. Dans l'exercice de ses compétences, le
Conseil supérieur de la Justice respecte l'indépendance visée au §1er.
Le Conseil supérieur de la Justice se compose d'un collège francophone et d'un collège néerlandophone. Chaque
collège comprend un nombre égal de membres et est composé paritairement, d'une part, de juges et d'officiers du
ministère public élus directement par leurs pairs dans les conditions et selon le mode déterminés par la loi, et
d'autre part, d'autres membres nommés par le Sénat à la majorité des deux tiers des suffrages exprimés, dans
les conditions fixées par la loi. […] »
La leçon qui se retire de cette première série de critiques est que la rigidité de la procédure
de révision de la C° est excessive. Il y a fondamentalement un vice, un défaut structurel
dans cet art. 195 ; qui fait que tout passe par une déclaration de révision de la C°. Une telle
déclaration, adoptée le plus souvent dans la pratique, à la toute fin d’une législature ; ce qui
est trop tard car le plus souvent la précédente déclaration de révision de la C° n’avait pas
conduit à la révision effective de tous les articles contenus dans la liste. Cette nouvelle
déclaration est adoptée bien trop rapidement et, de plus, à la fin d’une législature, on ne peut
pas penser à tous les problèmes que la législature suivante va rencontrer.
En ce qui concerne les réformes de l’Etat successives, la Belgique ne cesse pas se réformer
depuis 1970 ; le vice de l’art. 195 est qu’à la fin d’une législature, on ne peut pas anticiper
sur la composition politique des prochaines chambres ! les résultats des élections qui vont
suivre ne peuvent bien évidemment pas être connus à l’avance ! Or, c’est le résultat de ces
élections qui va déterminer ce que l’on voudra souhaitable, notamment en matière de
révisions constitutionnelles.
La nouvelle majorité aura un certain nombre d’idées et de projets, voudra réformer l’Etat
dans tel et tel sens ; mais en lisant la déclaration adoptée par la majorité précédente avant
les élections, elle constatera que celle-ci est bien trop courte, qu’elle n’a pas prévu
l’ouverture à révision d’une série d’articles dont cette nouvelle majorité a besoin.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
(1) 1e critique : l’accélération du rythme des révisions >< « pas trop souvent »
L’objectif d’une procédure de révision de la C° est d’éviter que les révisions ne soient trop
nombreuses. Bien sûr, la C° n’est pas une bible sacrosainte à laquelle il ne faut jamais
toucher, mais l’idée est que si l’on révise la C° en permanence, la stabilité constitutionnelle
en prend un coup. Or, en Belgique depuis 1978, les Chambres ont toujours été constituantes
(sauf entre 1985 et 1987).
Cela s’explique tout d’abord par la difficulté que la Belgique a à faire vivre de manière
harmonieuse deux grandes communautés très clivées ; la recherche d’un fédéralisme
original passe sans doute par de nombreuses révisions de la C°. Mais tout de même, on peut
aussi expliquer cette propension à multiplier les révisions constitutionnelles par l’excessive
rigidité de l’art. 195. Pourquoi ? Parce qu’on a beau de temps en temps bousculer la C°,
procéder à des révisions implicites et à des greffes ; on s’échine quand même, du moins
dans une certaine mesure, à étriquer la déclaration de révision. Il y a donc toute une série de
révisions constitutionnelles auxquelles on renonce car la déclaration de révision interdit
d’aller de l’avant ; et donc forcément la limite d’une réforme constitue le germe de la
réforme suivante " le travail n’a jamais pu être fait de façon complète puisqu’on a toujours
été confronté à une déclaration de révision trop courte ! on est donc toujours forcé de faire
uniquement des réformes partielles.
(2) 2e critique : la C° est révisée trop rapidement >< « pas trop vite »
Dans l’immense majorité des cas, la déclaration de révision est faite beaucoup trop vite !
elle est bâclée. Pourquoi ? Parce que la déclaration de révision implique la dissolution des
chambres, donc la déclaration de révision est repoussée le plus tard possible à la toute fin de
la législature ; mais à la fin de la législature, les politiques ne pensent qu’à la campagne
électorale.
Ils ne sont donc pas à Bruxelles en train de plancher sur l’élaboration de la déclaration de
révision de la C° mais ils sont en voyage dans toute la Belgique, occupés à convaincre les
futurs électeurs à voter pour eux ! on ne peut donc pas attendre du pouvoir législatif qu’il
rédige une déclaration de révision bien pensée dans un contexte pareil.
Il ne peut pas le savoir, les intentions sur préconstituant ne lient pas le préconstituant ! le
sens dans laquelle la révision est pressentie par les chambres préconstituantes lors de la
déclaration ne lient en aucun cas les chambres constituantes " ces dernières peuvent faire
ce qu’elles veulent, SAUF dans deux cas - les chambres constituantes sont tenues de le
faire :
- quand la déclaration de révision déclare qu’il faut abroger un article
- quand il y a lieu d’insérer un nouvel article
DONC, le citoyen modèle qui voudrait infléchir son vote lors des élections en fonction des
enjeux constitutionnels ne peut pas prendre position en connaissance de cause ! sa
participation à la révision de la C° est extrêmement limitée. En général, la campagne
électorale mêle les enjeux constitutionnels avec tous les enjeux politiques ; et la plupart des
citoyens ne distinguent pas ces deux catégories d’enjeux.
(4) 4e critique : l’exclusion des communautés et des régions >< « avec les
collectivités politique fédérées »
Dans l’art. 195, il n’y a aucune allusion aux communautés et aux régions ; cet article est une
« scorie » de l’Etat unitaire. Il date de 1831, et donc forcément les communautés et les
régions n’existaient pas encore. Il n’est pas facile d’imaginer que l’art. 195 fasse intervenir
comme tels les collectivités politiques fédérées parce qu’on est dans un fédéralisme
essentiellement bipolaire ; exiger l’assentiment de deux communautés/régions sur les trois
pour toute révision de la C° peut poser problème, car cela pourrait exclure la troisième
communauté/région et exacerber les tensions déjà plus qu’existantes ! c’est donc
inimaginable !
Examen : comparer la rigidité de la C° avec celle des LS, il faut bien évidemment dire
tout ce qu’il y a dans le paragraphe précédent mais il faut également ajouter qu’il n’y
a pas que les quorums ! ce qui rend la C° malgré tout plus rigide que les LS, c’est la
nécessité d’adopter une déclaration de révision de la C° qui provoque des élections
" il n’y a un paradoxe QUE EN CE QUI CONCERNE LES QUORUMS !
DONC,
1. l’art. 195 manque d’effectivité car il est violé
a. de manière directe/frontale (assez rare)
b. de manière indirecte (beaucoup plus fréquente)
• par des révisions implicites
• par des greffes
2. l’art. 195 manque d’efficacité si on le confronte aux préoccupations du PC quand il a mis
en place la C°, à savoir que les révisions de celle-ci devraient avoir lieu
a. pas trop souvent
b. pas trop vite
c. avec le peuple
d. avec les collectivités politiques fédérées
90
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
11/03/2015
Rappel du cours précédent : la procédure de révision de la C° est sujettes à maintes critiques et l’art. 195 de la C°
exprime un manque d’effectivité (violations) et un manque d’efficacité si on le confronte aux préoccupations du
PC quand il a mis en place la C°.
Pendant longtemps, l’art 195 était une « vache sacrée », il était intouchable ! on ne pouvait
pas envisager de le mettre dans la déclaration de révision, il fallait éviter de réviser la
procédure de révision. C’est évidemment un peu particulier d’appliquer la procédure de
révision à la procédure de révision même ! c’est typiquement quelque chose
d’autoréférentiel. Mais à un moment donné, la doctrine majoritaire (M. Dumont inclus) a fini
par convaincre un Gouvernement (il y a plusieurs législature) d’inscrire l’art. 195 dans la
déclaration de révision ; étant entendu bien évidemment qu’une amélioration de cet article
est possible sur bien des points.
L’art. 195 n’a pas été révisé, donc il a été réinséré dans la déclaration de révision de 2010 et
heureusement, parce qu’après 1 an et demi de négociations, on s’apprête à réaliser une
grande réforme de l’Etat et on se rend compte que la déclaration de révision du 7 mai 2010
est trop courte MAIS la porte de sortie est la révision de l’art. 195. Ce dernier sera donc
révisé, mais de manière tout à fait limitée. Il s’agit de la révision du 29 mars 20126,
révision qui se contente de mettre en place une disposition transitoire alors qu’en
vérité, il est bien question d’une disposition dérogatoire.
L’idée est que les chambres constituées à la suites des élections de 2010 pourront statuer
sur la révision d’une série d’articles qui ne figurait pas dans cette déclaration de révision de
la C° de 2010 mais qui figurent désormais dans cette disposition dérogatoire de 2012 !
celle-ci élargit la déclaration de révision de 2010.
Mais on est vraiment dans une dérogation puisque la procédure ne passe pas par une
nouvelle déclaration de révision ! après 1 an et demi de négociations, on veut éviter de
nouvelles élections. Une liste d’articles est inscrite dans cette disposition transitoire et sont
déclarés révisables uniquement dans le sens indiqué dans la disposition " on déroge donc
à la règle classique puisque le sens pré-senti par la disposition transitoire s’impose aux
chambres constituantes entre 2012 et 2014. De plus, on précise encore dans cette même
disposition que ce texte ne constitue pas une déclaration au sens de l’art. 195 al. 2.
5
cf. ANNEXES.
6
cf. ANNEXES.
91
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
« Toutefois, les Chambres, constituées à la suite du renouvellement des Chambres du 13 juin 2010 peuvent, d'un commun
accord avec le Roi, statuer sur la révision des dispositions, articles et groupements d'articles suivants, exclusivement dans le
sens indiqué ci-dessous […]
Les Chambres ne pourront délibérer sur les points visés à l'alinéa 1er si deux tiers au moins des membres qui composent
chacune d'elles ne sont présents; et nul changement ne sera adopté s'il ne réunit au moins les deux tiers des suffrages.
La présente disposition transitoire ne constitue pas une déclaration au sens de l'article 195, alinéa 2. »
Si l’on devait interpréter cette disposition comme signifiant une déclaration au sens de l’art.
195 al. 2 ; il aurait alors fallu en accepter les conséquences " la dissolution des chambres
et de nouvelles élections. Il s’agit donc bien d’une dérogation qui a permit aux chambres
constituantes, entre 2012 et 2014, d’engranger la 6e réforme de l’Etat en touchant à des
articles de la C° qui ne figuraient pas dans la déclaration de 2010.
Disposition « transitoire » : ce mot est tout à fait trompeur parce qu’une disposition transitoire
est techniquement une disposition qui permet de faire la jonction entre un ancien régime et
un nouveau régime. Le problème ici est qu’il n’y a pas de nouveau régime, la révision de
2012 se limite à déroger à l’art. 195 dans les limites de la législature de 2010-2014.
Aujourd’hui, cette disposition transitoire n’est plus valide ; et nous sommes revenus au statu
quo ante c’est-à-dire que c’est toujours le vieil art. 195 qui est en vigueur. Le Gouvernement
Di Rupo, avant les élections de 2014, n’a pas adopté une déclaration de révision de la C° qui
comprend l’art. 195 ! la déclaration de révision du 25 avril 2014 ne déclare pas révisable
l’art. 195.
Est-ce que cette procédure dérogatoire doit être considérée comme inconstitutionnelle, est-
ce que l’art. 195 est violé ? Non, certains auteurs l’ont prétendu mais ils ont tort. Le Conseil
de l’Europe a mis en place une commission de la démocratie par le droit appelée
« Commission de Venise » qui a été saisie d’une plainte contre cette procédure qui n’a pas
été retenue. Son raisonnement est que sur la base de l’art. 195, le PC dérivé pouvait déroger
pendant un temps limité à sa propre prescription.
Donc, après une première discussion Parlementaire, une adoption en première lecture a lieu
au sein des deux chambres à la majorité des deux tiers et à la majorité dans chaque groupe
linguistique " rééquilibration des quorums afin de remédier au malaise de rigidité entre la C°
et la LS.
Entre t et t2, pendant l’année intermédiaire, les dispositions révisées seraient soumises à un
débat élargi et dûment organisé au sein de la société civile et dans chacune des assemblées
des collectivités fédérées ! procédures de démocratie participative devraient être
organisées : sondages délibératifs, sondages citoyens, etc. Ces discussions auraient le
double avantage par rapport à la situation actuelle
- d’être dissociées des autres enjeux électoraux
- de porter non pas sur des articles seulement ouverts à révision, mais sur des
dispositions concrètes dont les mérites et les défauts auraient déjà été mis en lumière
par les délibérations Parlementaires.
Les mêmes Chambres et le Gouvernement seraient alors pleinement éclairés pour décider
en dernière instance, et moyennant les mêmes majorités que celles ci-avant visées, de
confirmer les dispositions adoptées en première lecture, de les modifier ou d’y renoncer.
On n’est cependant pas tout à fait convaincu que l’irrévisabilité totale de tout le texte
constitutionnel soit une bonne chose mais elle l’est pour certaines dispositions. La révision
s’effectuerait en deux temps à nouveau mais le temps t serait séparé du temps t2 par une
élection qui confirmerait la décision faite au temps t.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Cette hypothèse doit être réservée à des normes particulièrement importantes car elle
implique une procédure plus longue et plus rigide.
f. L'objet de la révision
Les règles procédurales que nous venons d'examiner constituent des limites formelles à la
révision de la Constitution. Y a-t-il en outre des limites matérielles ? Sur ce point, il y a
matière à controverse. Selon l'approche majoritaire, positiviste, donc formelle de la
Constitution, toute la Constitution
- ne peut pas être révisée en une seule fois (= première règle),
- n'importe quelle norme constitutionnelle peut être révisée (= deuxième règle).
Existe-t-il des articles qu’on ne peut pas réviser ? Non, tous les articles de la Constitution
sont révisables mais toute la C° ne peut pas être révisée en une seule fois ; l’art. 195 ne le
prévoit pas de le faire en un coup.
Y a-t-il néanmoins des articles irrévisables ? Oui, le décret du 18 novembre 1830 qui
proclame l’indépendance du peuple belge, est irrévisable.
Loi ordinaire C°
du point de vue de l'auteur Le pouvoir législatif (l’art. 36) Le pouvoir constituant dérivé
(art. 195)
du point de vue matériel Le pouvoir législatif est Sous réserve,
soumis au respect de toutes éventuellement, des deux
les règles hiérarchiquement décrets
supérieures à la loi, et supraconstitutionnels, et
notamment aux règles dans le respect de la
constitutionnelles consacrant procédure de révision, le
des droits de l’homme pouvoir constituant dérivé
peut, quant à lui, modifier
n’importe quelle disposition
constitutionnelle.
« La Belgique comprend quatre régions linguistiques : la région de langue française, la région de langue
néerlandaise, la région bilingue de Bruxelles-Capitale et la région de langue allemande.
Chaque commune du Royaume fait partie d'une de ces régions linguistiques.
Les limites des quatre régions linguistiques ne peuvent être changées ou rectifiées que par une loi adoptée à la
majorité des suffrages dans chaque groupe linguistique de chacune des Chambres, à la condition que la
majorité des membres de chaque groupe se trouve réunie et pour autant que le total des votes positifs
émis dans les deux groupes linguistiques atteigne les deux tiers des suffrages exprimés. »
Pour comprendre celles-ci, il faut d'abord présenter la notion de groupe linguistique (cf. art.
43 de la C°). Cet article fonde l’existence des groupes linguistiques.
« §1. Pour les cas déterminés dans la Constitution, les membres élus de la Chambre des représentants sont
répartis en un groupe linguistique français et un groupe linguistique néerlandais, de la manière fixée par la loi.
§2. Pour les cas déterminés dans la Constitution, les sénateurs, à l'exception du sénateur désigné par le
Parlement de la Communauté germanophone, sont répartis en un groupe linguistique français et un groupe
linguistique néerlandais.
Les sénateurs visés à l'article 67, §1er, 2° à 4° et 7°, forment le groupe linguistique français du Sénat. Les
sénateurs visés à l'article 67, §1er, 1° et 6°, forment le groupe linguistique néerlandais du Sénat.
Disposition transitoire
Le présent article entre en vigueur le jour des élections en vue du renouvellement intégral des Parlements de
communauté et de région en [Link]'à ce jour, les dispositions suivantes sont d'application :
§1er. Pour les cas déterminés dans la Constitution, les membres élus de chaque Chambre sont répartis en un
groupe linguistique français et un groupe linguistique néerlandais, de la manière fixée par la loi.
§2. Les sénateurs visés à l'article 67, §1er, 2°, 4° et 7°, forment le groupe linguistique français du Sénat. Les
sénateurs visés à l'article 67, §1er, 1°, 3° et 6°, forment le groupe linguistique néerlandais du Sénat »
Chambre Sénat
Art. 43 §1 ! « loi » = la loi du 3 juillet 1971 Art. 43 §2
relative à la répartition des membres de la
Chambre en groupes linguistiques
- le député qui a été élu dans un collège Les sénateurs, à l'exception du sénateur désigné
électoral et qui fait partie dans la région de par le Parlement de la Communauté
langue FR ou allemande fait partie du groupe germanophone, sont répartis en un groupe
linguistique français linguistique français et un groupe linguistique
- le député qui a été élu et qui vit en région FL, il néerlandais.
fera partie du groupe linguistique néerlandais
- le député qui a été élu dans la région bilingue
(BXL) : la langue dans laquelle il a prêté
serment détermine son rattachement soit au
groupe linguistique FR soit au groupe
linguistique FL.
NB : l’al. 3 nous dit que les limites de la frontière linguistique ne peuvent être faites que par une loi adoptée à la
majorité de suffrages dans chaque groupe linguistique dans la Chambre et du Sénat.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
1) Cette majorité « surqualifiée » est là pour s’assurer d’un large accord qui dépasse le
clivage entre FL et FR. La Constitution impose donc le respect de cette majorité
surqualifiée au pouvoir législatif dans toutes les matières où elle juge nécessaire un
large consensus entre les deux grandes Communautés flamande et francophone que
compte la Belgique.
Plusieurs lois spéciales ont ainsi été adoptées pour compléter, pour prolonger les
prescriptions constitutionnelles dans les domaines les plus sensibles pour la coexistence des
Communautés. Celles qui retiendront particulièrement notre attention sont :
- la loi spéciale de réformes institutionnelles du 8 août 1980, modifiée en 1988, 1989 et
1993 qui énonce les règles répartitrices de compétences ;
- la loi spéciale du 12 janvier 1989 relative aux institutions bruxelloises, modifiée en
1993;
- la loi spéciale du 6 janvier 1989 sur la Cour constitutionnelle
Ex : dans l’art. 39 de la C°, il est précisé qu’une LS donnera aux régionaux des matières à régler dans laquelle
celle-ci précisera ces matières. En 1970, il n’y a pas d’accords sur les régions. Du coté néerlandophone, on rêve
de limiter les régions à des collectivités décentralisées. Le constituant pose les fondements d’une énigme et c’est
à la LS de régler cette énigme.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Jusqu’où peut-on recourir à cette loi spéciale ? Le renvoi à la technique des lois
spéciales se multiplie, mais le danger de cette technique si l’on en abuse est de verrouiller un
trop grand nombre de dispositions au risque de conduire à l’immobilisme et à la frustration de
l’opinion publique favorable à des changements.
Du côté francophone, on est enclin à approuver ces freins qui empêchent la majorité
démographique flamande d’adopter des lois qui vont à l’encontre de la minorité francophone.
Faut-il rappeler à cet égard le parcours Parlementaire de la proposition de loi relative à la
scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde (cf. supra) ?
Du côté flamand, on se plaint de ces freins parce qu’ils peuvent exacerber les tensions
communautaires suite à des abus dans leur usage par la minorité et on se demande si les
autres procédures de protection de la minorité francophone qui existent par ailleurs ne
devraient pas suffire :
- la parité au Conseil des ministres (art. 99 de la C°),
- la sonnette d’alarme (art. 54 de la C°)
- la procédure en règlement des conflits d’intérêt.
Art. 43 §1
« Pour les cas déterminés dans la Constitution, les membres élus de la Chambre des représentants sont répartis
en un groupe linguistique français et un groupe linguistique néerlandais, de la manière fixée par la loi. […] »
Ce paragraphe présuppose une disposition constitutionnelle " il faut donc que la C° précise
les cas. Attention à ne pas confondre les LS avec la C° et les lois, décrets et ordonnances.
Toutes les lois spéciales doivent être conformes à la Constitution, on l'a dit. Peut-on ajouter
que toutes les lois ordinaires doivent être conformes aux lois spéciales et que celles-ci ont
donc un rang supérieur à celui des autres actes législatifs ? Quoiqu’elles fussent
organiquement l’œuvre du pouvoir législatif fédéral, la Constitution n’en a pas moins reconnu
que les lois spéciales primaient, par leur contenu (critère matériel), les lois ordinaires, ainsi
que, de manière générale, toute norme de rang législatif adoptée dans la Belgique fédérale
(décrets communautaires et régionaux, ordonnances bruxelloises).
C°
ê
LS
ê
L, D, O
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Or, les règles qui sont établies « en vertu de la constitution pour déterminer les compétences
respectives de l'Etat, des Communautés et des Régions » sont essentiellement contenues
dans des lois spéciales, conformément à ce que la Constitution exige.
NB : les compétences et règles de fonctionnement de la Communauté germanophone sont contenues dans une
loi ordinaire (Loi du 31 décembre 1983). Par identité de motifs, il faut considérer que cette loi ordinaire « prime
matériellement » les autres normes de rang législatif (lois ordinaires fédérales, décrets communautaires et
régionaux).
Toute la question est de savoir si cette primauté de la loi spéciale sur les actes de rang
législatif se limite aux seules dispositions de la loi spéciale qui opèrent spécifiquement une
répartition des compétences entre État, communautés et régions, ou s’étend à l’ensemble
des dispositions des lois spéciales, en ce compris à celles qui n’ont pas pour objet spécifique
d’opérer une telle répartition des compétences (exemple : dispositions de la loi spéciale du 8
août 1980 de réformes institutionnelles relatives à la composition et au fonctionnement des
organes des Communautés et Régions ; dispositions de la loi spéciale du 6 janvier 1989 sur
la Cour d’arbitrage, etc.). La doctrine majoritaire a aujourd’hui tendance à retenir la seconde
branche de l’alternative, à savoir la thèse de la primauté « matérielle » intégrale des lois
spéciales.
17/03/2015
Nous allons tout d’abord analyser les garanties juridiques de la suprématie de la C° belge,
pour après aborder le point de vue du droit européen et celui du droit international.
98
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
niveau 1 : la C°
niveau 2 : les LS
niveau 3 : les L, D
Le principe hiérarchique veut que chaque norme de rang inférieur soit conforme aux normes
de rang supérieur, et le principe dit de constitutionnalité veut que toutes les normes qui
constituent la pyramide soient conformes à la Constitution. Le Conseil d'Etat a eu l'occasion
de souligner que «la hiérarchie des normes constitue un principe fondamental de
l'ordonnancement juridique qui trouve son expression notamment dans l'article 159 de la
Constitution. »
L’art. 159 de la C° donne au cours et tribunaux le pouvoir de ne pas appliquer des actes qui
ne sont pas conformes aux lois est l’expression d’un PGD qui veut que toute norme doit se
conformer aux autres normes qui lui sont hiérarchiquement supérieures ! par hypothèse,
toute norme de droit national se doit d’être conforme à la C°.
Une délégation de pouvoir prohibée est l'acte par lequel un organe déterminé qui est titulaire
d'une compétence en vertu de la Constitution, dispose de cette compétence de sa propre
autorité, sans y être habilité, en la confiant à un autre organe.
La C° confie à la loi toute une série de responsabilités ; il appartient donc à la loi fédérale
d’assumer celles-ci. Le pouvoir législatif ne peut donc pas confier les missions que la C° lui
attribue aux autres pouvoirs. Si chaque pouvoir fait ce qu’il veut de ses propres pouvoirs, la
C° devient alors inutile.
99
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Dans ces hypothèses, l’avis du Conseil d’État doit obligatoirement être demandé, mais ne
doit pas obligatoirement être suivi (attention à bien distinguer, à cet égard, les cas dans
lesquels la section de législation du Conseil d’Etat doit être saisie de la portée des avis
qu’elle rend).
Précision terminologique : on parle d’avant-projet de loi avant que le Conseil d’Etat ait rendu son avis ; une fois
l’avis rendu et après l’éventuel remaniement de l’avant-projet suite à l’avis, on parle de projet de loi.
(2) facultativement, du texte de toutes les propositions de loi, décret ou ordonnance. L’avis
est alors demandé, soit par un Ministre, fédéral ou fédéré (art. 4 LCCE), soit par le président
er
de l’assemblée (fédérale ou fédérée) concernée, agissant de sa propre initiative (art. 2, §1
LCCE). Le président de l’assemblée concernée est cependant tenu de solliciter l’avis dans
trois hypothèses (art. 2, §§2 à 4) :
1° lorsque un tiers des membres de l’assemblée en fait la demande,
2° dans le cas des assemblées « bicommunautaires » (c’est-à-dire divisées en groupes
linguistiques, comme par exemple la Chambre des représentants ou le Sénat),
lorsque la majorité des membres d’un groupe linguistique de l’assemblée concernée
en fait la demande,
3° s’agissant des Présidents de la Chambre et du Sénat, lorsque 12 membres au moins
de la commission Parlementaire de concertation visée à l’article 82 de la Constitution
en font la demande (renvoi sur ce dernier point au cours de droit constitutionnel II).
100
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
2.1.1. Compétences
[art. 142 de la C°, tel que dernièrement modifié le 6 janvier 2014 et lu en combinaison avec
les art. 1 et 26 de loi spéciale du 6 janvier 1989 sur la Cour constitutionnelle, telle que
dernièrement modifié le 6 janvier 2014]
La Cour constitutionnelle est compétente pour contrôler la conformité des lois, décrets et
ordonnances par rapport
1° aux règles répartitrices des compétences entre Etat, Communauté et Régions
contenues dans la Constitution ou adoptées en vertu de celle-ci,
2° au titre II de la Constitution,
3° aux articles 170 (légalité de l’impôt), 172 (égalité devant l’impôt) et 191 (droits
fondamentaux des étrangers) de la Constitution,
4° il faut encore ajouter l’article 143, §1 (principe de la loyauté fédérale ; entrée en
vigueur : le 1e juillet 2014).
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
La question préjudicielle est la deuxième voie par laquelle la Cour constitutionnelle peut
être saisie. Ce mécanisme s’apparente à un « dialogue de juge à juge », en réalité le plus
souvent suscité et relayé par les avocats.
Dans le cadre d’un litige déterminé, porté devant une juridiction belge (judiciaire,
administrative) est soulevée la question de la compatibilité d’une loi, d’un décret ou d’une
ordonnance avec l’une des « normes de référence » visées ci-avant. Cette question est alors
renvoyée à la Cour constitutionnelle par la juridiction saisie du litige (« le juge de renvoi »),
aux fins que celle-ci lui apporte une réponse. Pendant toute la durée du « renvoi préjudiciel
», la procédure devant le juge de renvoi est suspendue.
Le terme « préjudiciel » n’a donc rien à voir avec une quelconque idée de « préjudice » : il
évoque la caractéristique d’une question préalable à laquelle il doit être répondu avant que
litige puisse être tranché (« pré-judiciel »).
102
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Le Conseil d’État assume une mission duale, incarnée dans chacune des deux sections qui
le compose: la section de législation (contrôle préventif) et la section du contentieux
administratif (contrôle curatif).
Ce texte appelle notamment les commentaires suivants, sachant qu’on ne s’attardera pas
dans le présent cours sur les hypothèses visées par l’article 14, §1, 2°, des LCCE.
(1) Les recours en annulation dont il est question peuvent être dirigés contre les
actes administratifs unilatéraux émanant des «autorités administratives»
belges, qu’il s’agisse d’actes à caractère normatif (ex : arrêté royal fixant le
statut des agents de l’administration de l’État) ou non (ex : arrêté royal de
nomination d’un fonctionnaire).
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
(2) Sont inclus, dans la catégorie très large des « autorités administratives », tant
les autorités exécutives fédérales et fédérées (arrêté royaux ; arrêtés des
Gouvernements de Communauté et de Régions), que les diverses collectivités
politiques décentralisées (règlements et ordonnances communaux ou
provinciaux, ...).
(3) Le contrôle exercé par le Conseil d’État porte sur le respect « des formes
substantielles ou prescrites à peines de nullité » (ex: défaut de consultation de
la Section de législation du Conseil d’État avant l’adoption de l’acte litigieux),
l’existence d’un « détournement de pouvoir » (sur cette notion, voy. le cours
de droit administratif), et l’existence d’un « excès de pouvoir », i.e., l’existence
d’une illégalité affectant l’acte attaqué. Le contrôle de légalité effectué à ce
niveau concerne tant la « légalité externe » de l’acte (ex: compétence de son
auteur pour l’adopter) que sa « légalité interne » (conformité de l’acte aux
normes qui lui sont supérieures, au rang desquelles figure la Constitution).
Ex. : une demande en justice est portée devant telle juridiction. Cette demande devrait normalement être tranchée
en application de tel arrêté royal. L’une des parties – ou le juge lui-même, d’office – conteste toutefois que cet
arrêté royal est conforme aux normes supérieures.
Cette disposition, datée de 1831 et demeurée inchangée depuis lors, a fait l’objet d’une
interprétation particulièrement large qui lui confère une portée notablement plus étendue que
ce que suggèrent ses seuls termes. Ainsi, les actes dont le refus d’application doit être
ordonné ne s’épuisent pas dans l’énumération faite par l’art. 159 de la C° : sont en réalité
visés tous les actes émanant des autorités administratives ayant un contenu normatif (actes
réglementaires) ou non (acte à caractère individuel) :
1° fédérales (Arrêté royaux, Arrêtés ministériels),
2° fédérées (Arrêtés de Gouvernements de Communautés et Régions, etc.),
3° décentralisées (Communes, provinces, etc.)
Ainsi encore, le refus d’application des actes visés doit avoir lieu, selon l’article 159 de la
Constitution, lorsque ceux-ci sont non conformes aux « lois » : le terme « loi » doit ici être
interprété dans un sens large, comme visant, non pas simplement les lois au sens formel,
mais plus généralement, toutes les règles juridiques de rang hiérarchique supérieur aux
actes concernés.
Ex. : s’agissant d’un Arrêté royal : les lois ordinaires, les lois spéciales, la Constitution, les normes de droit
international ou européen en vigueur à l’égard de la Belgique.
Enfin, le contrôle de conformité mis en place par l’art. 159 de la C° peut avoir lieu sans
limitation de temps.
L’exception d’illégalité est un moyen de défense que l’on peut opposer contre un acte
administratif que l’on considère comme illégal ou inconstitutionnel.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Tout d’abord, imaginons que le problème du conflit se pose à titre préventif ! le roi
s’apprête à ratifier un traité qui contredit la C° ; est-ce qu’il y a des contrôles préventifs,
des contrôles qui permettent de prévenir les conflits ? OUI, il y a la SLCE, qui doit être
consultée car le traité entre dans l’OJ Belge via un décret ou une loi d’assentiment. La SLCE
rend un avis, qui n’a absolument rien de contraignant.
Ex : le traité de Maastricht accorde le droit de vote et d’éligibilité aux élections communales à tous les citoyens
européens, donc à des étrangers qui ont la nationalité d’un des Etats membres de l’UE. A l’époque, l’art. 8 de la
C° est contraire au traité ; l’avis de la SLCE est qu’il faut réviser la C°. Mais Dehaene ne veut pas retourner aux
urnes, l’avis de la SLCE n’a donc pas été suivi.
En principe, il n’y a pas de problème entre la CEDH et la C° parce que les droits de
l’homme auxquels la Belgique s’est attachée recouvre très largement la CEDH. La CC dit
que quand on a affaire à une norme constitutionnelle d’une part et à une norme de la CEDH
d’autre part, qui procurent des garanties analogues ; ces deux dispositions forment un
ensemble indissociable. MAIS, il n’est pas totalement exclut que la CEDH développe une
interprétation qui contredit la C° belge.
Ex : sur les art. 19 et 21 ou 48 de la C°, on peut trouver des arrêts de la CEDH qui les contredisent ! il y a bien
des interprétations de la CEDH qui ne sont pas compatibles avec les normes de la C°.
Dans ce cas, la seule façon de permettre à la CC de se positionner est de lui poser une
question préjudicielle qui porte sur la loi d’assentiment concernant tel protocole additionnel
ou la CEDH elle-même. Mais cette voie là est désormais barrée :
e
Art. 26 §1 bis
er
« […] §1 bis. Sont exclus du champ d'application de cet article les lois, les décrets et les règles visées à
l'article 134 de la Constitution par lesquels un traité constituant de l'Union européenne ou la Convention du 4
novembre 1950 de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou un Protocole additionnel à
cette Convention reçoit l'assentiment. […] »
Les questions préjudicielles portant sur les lois d’assentiment à la CEDH sont donc exclues.
Il y a donc, dans le fond, une présomption irréfragable de constitutionnalité " comme la
question ne peut être posée, il faut donc présupposer que la jurisprudence de la CEDH est
conforme à la C°.
« L'exercice de pouvoirs déterminés peut être attribué par un traité ou par une loi à des institutions de droit
international public. »
La SLCE dit que « lorsque les dispositions d’un traité vont au-delà de l’attribution de pouvoirs à une institution
supranationale et qu’elles portent atteinte, ce faisant, à d’autres dispositions constitutionnelles que celles relatives
à l’exercice de ces pouvoirs (...), un assentiment au traité n’est possible qu’après une révision préalable des
dispositions en cause de la Constitution ». Mais les avis par lesquels la section exerce ce contrôle préventif n’ont
pas de force contraignante, et l’expérience démontre que ceux de ses avis qui recommandent le déclenchement
7
de la lourde procédure de révision de la Constitution ne sont pas toujours suivis.
7
Avis du 15 février 2005 sur l’avant-projet de loi portant assentiment au traité établissant une Constitution pour l’Europe donné
par l’assemblée générale de la SLCE.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
L'exemple du droit de vote des citoyens européens aux élections communales prévu par le
traité de Maastricht est un précédent bien connu. La révision constitutionnelle de l'art. 8 qu'il
exigeait n'a eu lieu que plusieurs années après sa ratification (cf. supra).
Rappel : dans l’arrêt Simmenthal du 9 mars 1978, la CJUE dit que quand le juge national rencontre une
contradiction entre n’importe quelle règle de droit de l’UE et n’importe quelle règle de droit national, celui-ci a
l’obligation de faire prévaloir immédiatement la règle de droit européen sur la règle de droit national, il doit écarter
toute règle de droit interne contraire au droit européen.
Dans l’arrêt Orfinger du 5 novembre 1996, la SCA est donc confronté au conflit entre l’art.
45 du TFUE (tel qu’interprété par la CJUE) et l’art. 10 al. 2 de la C° et commande de faire
primer la jurisprudence de la Cour de justice sur l’accès des ressortissants européens à la
fonction publique réglé par l’art. 45 du TFUE sur l’article 10 de la C°.
« Du point de vue constitutionnel belge, l'autorité de l'interprétation donnée au traité de Rome par la Cour de
justice repose sur l'article 34 de la Constitution, quand bien même cette interprétation aboutirait à arrêter les effets
d'une partie (...) de la Constitution. »
Dans son avis sur l’avant-projet de loi portant assentiment au traité établissant une
Constitution pour l’Europe, la SLCE a interprété cet arrêt en considérant qu'il ne
consacre pas seulement la supériorité sur l'art.10 al. 2 de la C° de l'interprétation
retenue par la Cour de justice, mais plus directement la primauté de l'art. 45 du traité
lui-même.
En résumé, l’art. 34 résume tous les problèmes : quand on a affaire à un acte de droit dérivé,
on a affaire à un acte produit par une institution internationale publique ; ce qui implique donc
que cet article écarte à l’avance toute objection de constitutionnalité à l’encontre d’un acte de
droit dérivé.
M. Dumont n’est pas du tout d’accord avec cette interprétation de l’art. 34. car on sent bien
dans le dernier alinéa de l’argumentation du CE une contradiction :
- ou bien l’art. 34 assure à l’avance la primauté de n’importe quelle règle de droit dérivé
de l’UE sur n’importe quelle règle constitutionnelle
- ou bien l’art. 34 N’assure PAS à l’avance la primauté de n’importe quelle règle de
droit dérivé de l’UE sur n’importe quelle règle constitutionnelle
D’une certaine manière, on voit bien ici que la SLCE a probablement été divisée quant à
suffisance (ou non) de l’art. 34 pour justifier la primauté du droit européen.
Dans la pratique, en Belgique, on ne se laisse pas du tout inspirer par la jurisprudence des
juridictions suprêmes que l’on retrouve à peu près partout dans les Etats membres de l’UE,
par les réserves de constitutionnalité de la CC allemande. Ces CC ont considéré que OUI, il
y a en principe primauté du droit de l’UE sur toutes les normes constitutionnelles (droit
primaire et droit dérivé) ; MAIS sous réserve de certaines règles constitutionnelles tout à fait
essentielles pour l’identité nationale.
Est-ce que la CC résonne de la même manière ? Elle ne s’est pas prononcée de manière
tout à fait claire mais il y a beaucoup d’indices qui donnent à penser que c’est à nouveau
l’art. 34 de la C° qu’elle utilise pour justifier la primauté du droit de l’UE sur toutes les normes
constitutionnelles.
Conclusion
Quand on est confronté à ce type de conflits, il faut toujours appliquer les règles du
pluralisme juridique et à relativiser les points de vues
- les juridictions internationales (CEDH, CJUE) :
o il n’y a pas de discussion, la primauté doit revenir au DI mais quand on a
affaire au DI général ; le DI laisse chaque Etat souverain quant à la manière
d’honorer cette primauté qui lui revient
o jurisprudence Simmenthal
o dans l’hypothèse où une question préjudicielle porte sur la constitutionnalité
d’une loi d’assentiment à un traité fondateur de l’UE/la CEDH " la question
est irrecevable (cf. art. 26 §1e bis LSCC) ! la constitutionnalité des normes
de droit européen est présumée
- les CC nationales
8
Avis du 15 février 2005 sur l’avant-projet de loi portant assentiment au traité établissant une Constitution pour l’Europe donné
par l’assemblée générale de la SLCE.
108
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
d. L’interprétation de la Constitution
Cette interprétation pose quand même quelques problèmes particuliers parce que il n’y a pas
que la C° qui contient des normes générales, vagues, imprécises, indéterminées ; mais il faut
bien reconnaître que c’est surtout dans les C° que l’on trouve de telles normes. Forcément,
l’interprétation de la norme constitutionnelle est délicate et donne un pouvoir non négligeable
à l’interprète.
Rappel (cf. supra) : au plus la C° est rigide, au plus grand sera le pouvoir de ses interprètes
! au plus la C° est rigide, au plus l’actualisation de celle-ci ce fera via l’interprétation des
juridictions suprêmes.
Ex : la SCOTUS a une influence considérable sur la C° américaine ; les couleurs politiques des juges qui la
composent sont connues. En Belgique, il y a une certaine politisation des juges à la CC, il y a un souci d’équilibre
politique mais en principe, dès qu’un juge est élu, il se doit d’être tout à fait indépendant. Ce souci d’équilibre est
beaucoup plus transparent aux Etats-Unis, les juges n’hésitent pas à laisser transparaitre leurs couleurs
politiques.
109
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
a. La nationalité
La nationalité est le lien de droit qui unit/rattache les personnes physiques ou les personnes
morales à un Etat et qui a pour effet de leur procurer des droits et des obligations ! de
donner aux nationaux un statut. Deux droits tout à fait fondamentaux, directement issus de la
nationalité sont
- le droit d’accéder au territoire de l’Etat dont on a la nationalité
- le droit de ne pas être expulsé du territoire dont on a la nationalité
e
Cette règle se trouve à l’art. 3 du 4 Protocole additionnel à la CEDH.
b. La citoyenneté
Le mot citoyenneté en droit désigne le bénéfice de l’ensemble des droits fondamentaux de
l’homme sous réserve le cas échéant des droits politiques si on prend la citoyenneté au sens
large. La citoyenneté au sens strict est les droits politiques. On distingue deux sens un sens
large et un sens restreint.
- au sens large, le mot citoyenneté désigne le fait de bénéficier de l’ensemble des
droits fondamentaux de l’homme sous réserve le cas échéant des droits politiques.
On peut être citoyen au sens large sans être bénéficiaire des droits politiques.
- par contre, quand on parle de la citoyenneté au sens strict on vise la jouissance des
droits politiques. Les droits politiques sont essentiellement des droits liés à la
participation à la vie de la cité.
Alors examinons maintenant, les liens entre nationalité et citoyenneté. Aux U.S.A., on
parlera de la citizenship pour viser la nationalité donc les deux concepts sont parfois tout à
fait assimiler. Il faut bien distinguer la citoyenneté au sens large et la citoyenneté au
sens strict.
Le principe classique c’est que seul qui ont la nationalité de l’état ont le droit de vote ou le
droit d’éligibilité et droit à l’accès aux emplois publiques, le droit de faire leur service militaire.
Il y a juste une exception c’est que l’obligation de payer ses impôts n’est pas liée à la
nationalité. Ce droit politique n’est pas conditionné par la nationalité. Au contraire les autres
droits politiques sont en principe le plus souvent réservée au seul nationaux/ ils sont donc
conditionnée par la nationalité. La nationalité est une condition de la citoyenneté au sens
strict sauf exception.
Est-ce qu’il n’y a pas une corrélation à respecter entre le civisme fiscale et le fait de participer
à l ‘élection ? La grande limite qui caractérise la situation des étrangers qui vaut pour la
citoyenneté large c’est le droit absolu de ne pas être expulser du territoire et de pouvoir y
accéder. Ça reste une prérogative propre aux nationaux.
FICHTE, dans ses discours à la nation allemande en 1807-1808 cherche un critère pour
réunir les 200 principautés qui existaient dans ce qu’on va appeler l’Allemagne. Il y avait 200
principautés tout à fait autonomes. FICHTE en appel à la création d’une nation allemande
cimenté par la langue allemande. Par ailleurs, il n’est pas conservateur comme on l’a dit
très loin de là. Dans l’histoire des idées politiques, on le présente comme une des
fondateurs de cette conception ethnique.
On a affaire ici à une conception tout autre de la conception ethnique qui fait chaque fois
émerger un trait d’appartenance soi-disant objectif. En revanche, dans la conception civique
on aurait à faire à un critère subjectif, la volonté d’appartenir à la nation. Si on veut être
membre de la nation mais on doit obéir aux lois et participer à la vie de la cité.
La nation est l’ensemble des citoyens libres et égaux qui acceptent/veulent de vivre
ensemble sous une loi commune. C’est une conception plus satisfaisante pour la
démocratie. Néanmoins cette approche civique à quelque chose d’irréaliste. Si on regarde
les nations tel quel se sont développée dans l’histoire et Si on regarde la formation des
nations, elles ne sont pas former comme une association (demander à être membre !
simple acte de volonté). Dans la pratique, les grandes nations se sont créées dans l’histoire
à la suite de multitudes de facteurs d’agrégation. Dans laquelle on trouve parfois des
éléments linguistiques, culturelles, ou encore religieux. On trouve aussi le plus souvent une
politique volontariste menée par les dirigeants qui veulent crée la nation mais au fil de l’épée.
Ex. : La France est un produit des guerres menées par les rois de France qui voulait étendre le territoire de la
France au-delà de la zone autour de Paris. La France s’est faite non pas comme Sieyès le définit mais elle s’est
fait à coup de guerre menée par des dynasties entières de roi de France.
C’est pour ça que la tâche de HERDER et FICHTE est plus compliquée que celle de
SIEYÈS. Quand FICHTE essaie de penser la nation allemande il part d’une situation où il y a
200 principautés autonome et divisé. Donc il cherche à créer la nation allemande et il prend
le critère de la langue SIEYÈS en 1788, il a La France devant lui, son territoire et l’état
français existe depuis longtemps. Ce qu’il veut simplement faire c’est transformer les français
en démocrate. Il veut instaurer une sorte de démocratie qui ne sera pas encore le suffrage
universel. C’est l’abolition des privilèges, la loi commune, le règne de l’égalité.
On ne crée pas une nation à partir d’un niveau zéro de socialité, il y a d’abord des choses en
communs. C’est très difficile de définir la nation. On arrive à une solution qui n’est pas sans
reproche et qui pose aussi des difficultés mais qui est peut-être plus satisfaisante !
définition syncrétique d’un intellectuel français bien connu de la fin du 19e s. : Ernest
RENAN.
114
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
La nation est donc pour RENAN l’ensemble de ceux qui sans être nécessairement uni par un
critère linguistique, religieux, culturelles ni un critère racial éprouve le sentiment d’appartenir
à une communauté distincte en raison de la possession d’un passé commun (il y a une
histoire commune) et qui d’autre part encore la volonté de vivre ensemble (la volonté de faire
valoir l’héritage reçu du passée.
Le seul souci chez RENAN c’est qu’il encourage les historiens à glorifier et occulter ce qui
dans le passé commun pouvait diviser les nationaux. Il y a aussi un nationalisme chez Ernest
Renan. Dans le passé, on se rend compte qu’il y a eu des guerres sanglantes qui
opposaient les nationaux les uns aux autres. Quelque part, il encourage les historiens à
manipuler le passé pour mettre avant tout ce qui uni. Dans une conception plus autocritique
notamment préconisé par le philosophe JEAN-MARC FERRY ; M. Dumont estime qu’il faut
encourager les historiens à être lucide. Il faut les encourager à avoir une vision critique du
passé. Il faut se rendre compte que dans le passé il y a eu des violences, des guerres. On
ne peut pas construire une future commune sur une sorte d’amnésie collective.
C’est un des problèmes pour l’avenir de l’union européenne si l’union européenne veut un
jour devenir une communauté politique comprise comme un peuple plurinationale mais un
peuple quand même. L’U.E doit être très lucide sur son passé. Le passé de l’U.E c’est des
guerres et des guerres. L’U.E présuppose des réconciliations comme la réconciliation entre
la France et l’Allemagne. Pensons au grand geste de pardon posé par le chancelier
allemand dans ses rencontres avec François Mitterrand le président de la république
française. La réconciliation Franco-allemande s’est des gestes d’éthiques reconstructives
indispensable si on veut l’union européenne soit un peuple plurinational
18/03/2015
Appel à une autre approche du passé des nations " approche reconstructive (FERRY) : il parle d’une éthique
reconstructive disant qu’il faut que les nations acceptent de poser un regard lucide/critique sur le passé, et y
compris sur les éléments les plus douloureux qui ont marqué le passé
115
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Excursus sur l’UE : si demain on peut rêver d’un peuple plurinational européen ! l’UE est une fédération
plurinationale " l’attachement des Etats à leur identité nationale va se confirmer dans les décennies à venir, l’UE
doit prendre en compte que tous ces pays forment un peuple avec des nations très différentes ! il faudra qu’elle
pratique cette éthique reconstructive et qu’elle soit capable de poser un regard critique sur l’histoire des nations
européennes et sur les guerres qui les ont divisés. Les gestes de réconciliation sont des gestes caractéristiques
de cette politique reconstructive ! c’est donc tout le contraire de l’amnésie collective préconisée par RENAN.
D. Conclusions.
Comment définir la nation ? Il n’y a pas de définition toute faite et optimale qui répondrait à
tous les critères nécessaires. D’une certaine manière, la politologue Dominique
SCHNAPPER n’a pas tort de dire que « toute nation est à la fois civique et ethnique » dans
la réalité historique. On retient pour les bonnes fins du cours une définition de la nation de
KYMLICKA ! quand, plus loin dans le cours, on va évoquer les rapports entre Etats et
nation, on va prendre la nation au sens de la définition de KYMLICKA.
La question maintenant est donc de savoir si une nation au sens de KYMLICKA a le droit de
se constituer en Etat ? Dans la définition de ce dernier, on peut aborder le problème des
nations sans Etat " il y a des communauté intergénérationnelles qui ont un certain degré
d’organisation institutionnelle, qui partagent une langue et qui ont une histoire commune sur
un territoire donné ! ce sont donc des nations au sens de KYMLICKA mais ce ne sont pas
toujours des Etats ! Répondre aux critères de la définition de KYMLICKA n’implique pas
nécessairement d’être un Etat " Ecosse, Catalogne, Flandre, etc.
Avant d’aborder les rapports (difficiles) entre l’État au sens juridique et la nation au sens sociologique, nous allons
évoquer deux enjeux pratiques de la controverse sur les définitions philosophiques de la nation.
§2. Les enjeux pratiques de la controverse sur les définitions philosophiques de la nation
A. Le choix des conditions qui peuvent légitimement être imposées aux étrangers qui
sollicitent l’acquisition d’une nationalité
Quels sont les critères utilisés par les codes de la nationalité pour déterminer les
modes d’obtention de la nationalité ? Les modes d’obtention de la nationalité sont très
différents d’un Etat à l’autre.
En faisant un peu de droit constitutionnel comparé, on peut constater que certains Etats font
pencher la balance du côté d’une conception essentiellement ethnique ; ce sont les codes
qui mettent l’accent sur le ius sanguini ! on peut avoir la nationalité de l’Etat dans la mesure
où un de nos parents a cette nationalité.
116
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Cela a été longtemps la conception dominante en Allemagne et en Suisse ; ces Etats ont
aujourd’hui évolué vers une conception plus civique. Il s’agit d’ailleurs de la conception
dominante. Qui dit « conception civique » dit (en ce qui concerne les critères nécessaires
pour obtenir la nationalité d’un Etat) « acte de volonté. »
Donc, selon M. Dumont, une conception authentiquement civique de la nation repose sur un
acte de volonté qui pour être authentique suppose tout de même quelques éléments
culturels, sans pour autant basculer dans la conception ethnique ! un minimum de
connaissance d’une des langues nationales et de l’histoire politique " quand on acquière la
nationalité d’un pays, on acquière également les droits politiques, qui ne peuvent bien
évidemment pas être mis en œuvre sans un minium de connaissance de la langue et de
l’histoire du pays.
Dans les codes de la nationalité, on trouve aussi l’obtention de la nationalité « en vertu du ius
soli » >< ius sanguini de la conception ethnique. Le ius soli est le critère qui repose sur le lieu
de la naissance ! le fait d’être né sur le territoire d’un pays nous permet d’acquérir la
nationalité de ce dernier. On peut considérer que ce critère relève aussi d’une conception
plutôt civique, même si ce sont les parents qui ont fait le choix de vivre durablement sur un
Etat " l’enfant acquière donc la nationalité du pays sur base d’une présomption
d’intégration.
Quid de la viabilité des Etats plurinationaux (en employant le mot nation au sens de
KYMLICKA ? Si on prend la conception ethnique pure au sérieux : la réponse est NON,
parce que le propre de la conception n’est pas seulement de reposer sur un critère purement
ethnique, c’est d’épouser le grand précepte du nationalisme qui se définit comme un « idéal
de congruence entre appartenance politique et appartenance culturelle » ! une nation au
sens de KYMLICKA devrait pouvoir se doter d’un Etat en droit.
Selon cette doctrine, les Etats plurinationaux sont provisoires et à terme, ils vont éclater
parce que chaque nation va à un moment donné se doter d’un Etat et va finir par faire
sécession. Le nationalisme est une doctrine proprement effrayante parce que s’il on
l’applique, ses préceptes vont se terminer en bain de sang " de manière générale, un Etat
n’accepte pas de voir l’une ou l’autre de ses nations composantes faire sécession.
117
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Ex :
- tentative de sécession du Katanga (province la plus méridionale de la République démocratique du
Congo) en 1960 s’est soldée en échec sanglant
- problématique de la Catalogne
- tentation du Québec de faire sécession
Tout cela peut se régler par négociations : une sécession négociée n’est pas d’office
inconcevable, mais cela se fait rarement dans la paix et dans la sérénité. De plus, le
nationalisme est très souvent irréalisable. Le nationalisme est irresponsable, sauf si les
négociations ont lieu dans la paix.
Ex : géographie de l’ex-Yougoslavie " il y a sur des territoires des majorités serbes mélangées avec des
minorités croates et vice-versa ; les bosniaques étant également présent sur tout une série de territoire ! le
nationalisme provoque de la haine.
Bart de WEVER répondrait à cette question : en Belgique il y a deux démocraties donc cela ne peut pas marcher
! mais c’est un nationaliste.
C’est une théorie fascinante, mais M. Dumont ne parvient pas à y croire. Dans la réalité, les
Etats plurinationaux ne semblent viables que si ils peuvent s’appuyer sur un patriotisme
constitutionnel mais il leur faut aussi sur un désir de délibérer ensemble, de faire fonctionner
les institutions démocratiques.
C’est ce qui fait le ciment de la Suisse. La présidente de la confédération helvétique précise que « le fondement
de la Suisse, c’est le désir de délibérer ensemble, de faire fonctionner les institutions démocratiques ; au sommet
desquelles on trouve le référendum. »
Au Québec, quand M. Dumont entend les Québécois se plaindre de l’incapacité du reste du Canada à accepter et
à reconnaître une forme de société distincte " il peut alors comprendre la solution de sécession qu’avance les
Québécois. Mais ces derniers savent très bien qu’il n’est pas question de prendre les armes pour ce faire, il va
falloir négocier. Ce qui est sûr, c’est que le Québec ne restera pas indéfiniment dans le Canada
- s’ils manquent de ce désir de continuer à délibérer ensemble avec le reste du Canada
- et si le Canada refuse de comprendre que le Québec n’est pas une province comme les autres
118
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Section 3. Les rapports entre l’État au sens juridique et la nation au sens sociologique
Nous allons ici mobiliser les clés du DI public. La grande majorité des Etats de par le monde
sont plurinationaux au sens sociopolitique du mot « nation » " la question juridique est
donc la suivante : et-ce que le DI public consacre un droit à l’autodétermination externe des
nations tels que définies supra ? ! Est-ce que le nationalisme trouve un appui dans un
principe juridique ?
C’est une tâche délicate à entreprendre : comment comprendre le droit des peuples à
disposer d’eux-mêmes ?
er er
Art. 1 , §2, Charte de l’ONU (et art. 1 Pactes des Nations-Unies de 1966)
« Les buts des Nations Unies sont les suivants : […];
1. Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de
droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures
propres à consolider la paix du monde; […]»
Certains font un raccourcis un peu rapide : vu que l’art. 1er §2 de la Charte de l’ONU énonce
le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, cela veut nécessairement dire que la nation
sans Etat a le droit de se doter d’un Etat. Comment mieux disposer de soi-même qu’en se
dotant d’un Etat souverain ?
En dehors de ces cas, il n’y a pas de droit de faire sécession. MAIS attention, le DI est assez
subtil " en dehors de ces cas, il est arrivé que des peuples fassent sécession. Si un peuple
fait sécession ; c’est un fait qui, à un moment donné, peut être reconnu ! DI n’interdit pas
aux peuples enclavés dans un Etat multinational de faire sécession.
Il est vrai qu’il y a le grand principe du respect de l’intégrité territoriale de ses voisins :
Mais qui doit respecter ce principe ? Les autres Etats. L’obligation de respecter l’intégrité
territoriale de chaque Etat s’impose aux Etats ; et non aux peuples enclavés dans un Etat
plurinational.
119
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Donc, du point de vue du DI, un peuple qui veut faire sécession peut réussir ; il n’y a pas
d’objection du DI si un Etat étranger n’intervient pas ! dès qu’un Etat étranger intervient, le
plus souvent avec des armes " la sécession devient irrégulière sur le plan du DI, parce
qu’alors un autre Etat a méconnu l’application du respect de l’intégrité territoriale.
Ex. : La Crimée fait sécession avec l’aide ± déguisée mais évidente de la Russie ! sécession irrégulière au
regard du DI.
DONC, Il n’y a pas de droit de faire sécession en DI en dehors des trois hypothèses citées
supra ; mais ce n’est pas non plus interdit – pour autant qu’aucun Etat étranger n’intervienne.
La boîte à outils du constitutionnaliste est donc certainement utile pour tenter de trouver des
compromis entre l’unité et l’adversité.
Nous reprenons les trois significations de la nation juridique (section 1 supra) et nous les
retrouvons dans la C° Belge (§1). Ensuite, nous aborderons la question de la nation
sociopolitique en Belgique (§2).
Donc, dans quel sens le mot « nation » est-il utilisé dans la C° belge ?
120
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 33
« Tous les pouvoirs émanent de la Nation […] ».
Art. 42
« Les membres des deux Chambres représentent la Nation, et non uniquement ceux qui les ont élus. »
Les membres élus de chaque Chambre sont donc les députés, les sénateurs ; ils
représentent la nation dans le respect de la C°. Eventuellement, elle peut exercer le pouvoir
constituant dérivé mais ce qui est certain c’est que elle n’a rien à voir avec la nation
constituante originaire.
d. Conclusion
Cela dit, derrière l’unicité de la nation belge se cache à peine des appartenances
communautaires qui sont tout de mêmes assez fortes " cf. art. 43 de la C°, qui met en place
les groupes linguistiques dans les Chambres.
Article 43
« §1. Pour les cas déterminés dans la Constitution, les membres élus de la Chambre des représentants sont
répartis en un groupe linguistique français et un groupe linguistique néerlandais, de la manière fixée par la loi.
§2. Pour les cas déterminés dans la Constitution, les sénateurs, à l'exception du sénateur désigné par le
Parlement de la Communauté germanophone, sont répartis en un groupe linguistique français et un groupe
linguistique néerlandais.
Les sénateurs visés à l'article 67, §1er, 2° à 4° et 7°, forment le groupe linguistique français du Sénat. Les
sénateurs visés à l'article 67, §1er, 1° et 6°, forment le groupe linguistique néerlandais du Sénat. […] »
La parité au Conseil des ministres imposée par l’art. 99 est encore un autre exemple
d’appartenance communautaire :
Art. 99
« Le Conseil des ministres compte quinze membres au plus.
Le Premier Ministre éventuellement excepté, le Conseil des ministres compte autant de ministres d'expression
française que d'expression néerlandaise. »
La dualité communautaire francophone/néerlandophone revient donc très vite après l’art. 42.
! l’unicité de la nation ne doit donc pas cacher ces appartenances communautaires.
121
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 63 §2 de la C°
« §2. Chaque circonscription électorale compte autant de sièges que le chiffre de sa population contient de fois le
diviseur fédéral, obtenu en divisant le chiffre de la population du Royaume par cent cinquante.
Les sièges restants sont attribués aux circonscriptions électorales ayant le plus grand excédent de population non
encore représenté. »
Cet article signifie simplement que le nombre de sièges à pourvoir dans chaque
circonscription électorale ! le nombre de Parlementaires qu’il convient d’élire dans chaque
circonscription électorale ; est proportionnel au chiffre de la population (nationaux +
étrangers établis sur le territoire) " un député est élu en tenant compte du chiffre de la
population, donc pas uniquement en fonction de ceux qui ont le droit de vote ! ceux qui ont
la nationalité Belge. .
Le droit belge de la nationalité est évidemment enraciné dans la C°, dans l’art. 8 :
« La qualité de Belge s'acquiert, se conserve et se perd d'après les règles déterminées par la loi civile.
[…] »
Cet article renvoi au Code de la nationalité contenu dans une loi (« la loi civile ») pour savoir
comment la nationalité belge s’acquiert, se conserve et se perd.
20/03/2015
Tout enfant né d’un père ou d’une mère belge est Belge, sauf si la naissance a lieu à
l’étranger. Dans ce cas, la qualité de Belge n’est attribuée à l’enfant que si
- son père ou sa mère est lui (elle)-même né(e) en Belgique,
- ou a réclamé l’attribution de la nationalité belge pour son enfant avant que celui-ci ait
atteint l’âge de 5 ans.
(2) Second mode : L’attribution par la naissance en Belgique " ius soli
La nationalité belge est attribuée en raison de la naissance sur le territoire de la Belgique (cf.
art. 10 et 11) dans quatre cas à distinguer ici :
Art. 10.
« Est Belge, l'enfant né en Belgique et qui, à un moment quelconque avant l'âge de dix-huit ans ou
e
l'émancipation antérieure à cet âge, serait apatride s'il n'avait cette nationalité = 1 cas […]
L'enfant nouveau-né trouvé en Belgique est présumé, jusqu'à preuve du contraire, être né en Belgique. =
e
2 cas
L'enfant auquel la nationalité belge a été attribuée en vertu du présent article conserve cette nationalité tant qu'il
n'a pas été établi, avant qu'il n'ait atteint l'âge de dix-huit ans ou n'ait été émancipé avant cet âge, qu'il possède
une nationalité étrangère. »
Art. 11.
« [1 §1er. Les enfants suivants sont Belges sur la base d'une naissance en Belgique :
1° l'enfant né en Belgique, pour autant qu'un de ses [auteurs] au moins :
a) soit né lui-même en Belgique;
b) et ait eu sa résidence principale en Belgique durant cinq ans au cours des dix années précédant la
e
naissance de l'enfant; = 3 cas […]
§2. Est belge à la suite d'une déclaration faite [par les auteurs] ou par les adoptants l'enfant né en
Belgique et ayant, depuis sa naissance, sa résidence principale en Belgique et ce, [pour autant que les
e
auteurs] ou les adoptants = 4 cas :
a) fassent une déclaration avant que l'enfant n'ait atteint l'âge de douze ans;
b) et aient eu leur résidence principale en Belgique pendant les dix années précédant la déclaration;
c) et qu'au moins l'un d'entre eux soit admis ou autorisé à séjourner de manière illimitée en Belgique au moment
de la déclaration. […]
La déclaration visée à l'alinéa 1er est faite conformément à l'article 15. »
123
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
1° 1e cas : elle est accordée aux apatrides nés en Belgique (art. 10, al. 1e).
L’apatridie est le fait de ne pas avoir la moindre nationalité. Permettre à un étranger
d’acquérir une nationalité est un exercice de la souveraineté Etatique ! chaque Etat définit
souverainement le cercle de ses nationaux ; mais comme chaque Etat est justement
souverain, il peut arriver qu’une personne se retrouve apatride. La Belgique est liée par des
engagements internationaux qui ont pour vocation d’éviter de créer des cas d’apatridie.
Ceci est une innovation relativement récente (loi de 1991) justifiée aux yeux du législateur de
l’époque par le souci de favoriser l’intégration des étrangers dont l’établissement en Belgique
est très probablement définitif. Il y a donc une présomption irréfragable d’intégration. Elle
manifeste une importante évolution des idées :
- un recul de la tradition séculaire de la prééminence du lien de sang, au profit du droit
du sol ! ius soli > ius sanguinis ;
- un recul de la nationalité pensée comme appartenance à une unité « ethnique » et
culturelle, au profit d’une nationalité pensée comme appartenance à une
communauté sociale et économique formée par des individus vivant sur un même
territoire géographique. La volonté d’intégration y est donc présumée.
Cela ramène ± à la conception civique, même s’il n’y a pas d’acte de volonté dans ce mode
d’attribution de la nationalité.
La Belgique a fait appel à une main d’œuvre d’origine immigrée : italienne, espagnole,
marocaine, etc. Ces personnes sont venus faire le boulot que les belges ne voulaient ou ne
parvenaient pas à faire ; et les belges étaient nombreux à penser que ces personnes
d’origine immigrée reviendraient dans leurs pays d’origine, alors que énormément ont décidé
de s’établir en Belgique ! ils « méritent » en quelque sorte cette nationalité, notamment
grâce à leur travail fournit " intégration économique.
4° 4e cas (cf. art. 11, §2) ! les « immigrés » dits de la deuxième génération –
c’est-à-dire nés en Belgique – se voient attribuer la nationalité belge si leurs
auteurs (ou adoptants) font, avant qu’ils n’aient atteint l’âge de 12 ans, une
déclaration la réclamant (conformément à l’art.15 – cf. infra).
Les immigrés de la deuxième génération sont nés en Belgique, ils n’ont pas posé le moindre
acte de volonté = bien un cas d’attribution de la nationalité ! mais leurs parents ont fait cette
déclaration avant que l’enfant ait atteint l’âge de 12 ans.
Ici, c’est donc la volonté des parents qui fonde la présomption d’intégration. Ladite
présomption peut être renversée ! la présomption n’est plus irréfragable, dans les seules
hypothèses relativement rares suivantes :
- soit un « empêchement résultant de faits personnels graves » (cf. art. 1e, §2, al. 1e ,
4°, et al. 2 ; art. 15, §3, et infra) dans le chef de l’enfant concerné s’oppose à
l’acquisition de la nationalité,
er
Art. 1 , 4°
« faits personnels graves : des faits qui sont notamment :
a) le fait de se trouver dans l'un des cas visés à l'article 23 ou à l'article 23/1;
b) le fait d'adhérer à un mouvement ou à une organisation considéré comme dangereux par la Sûreté de l'Etat;
c) l'impossibilité de contrôler l'identité ou la résidence principale ou de garantir l'identité;
d) le fait que le juge ait infligé au demandeur une peine définitive, coulée en force de chose jugée, en raison d'une
quelconque forme de fraude fiscale ou sociale. »
- soit le Tribunal de la famille appelé à trancher un conflit entre les auteurs (ou
adoptants) concernant la déclaration estime que celle-ci vise un autre but que l’intérêt
de l’enfant (cf. art. 15, §6).
(3) Troisième mode : l’attribution par l’effet collectif d’un acte d’acquisition
L’enfant,
- qui a sa résidence principale en Belgique,
- qui n’a pas atteint l’âge de 18 ans et qui est encore sous l’autorité d’un auteur (ou
adoptant) au moment où celui-ci acquiert (volontairement) ou recouvre la nationalité
belge,
" bénéficie de l’attribution de cette nationalité, par le biais de l’effet collectif de l’acte qui la
confère à son auteur (ou adoptant) (cf. art. 12).
Rappel : un droit subjectif est le pouvoir dont dispose une personne (appelée le sujet actif du
droit) d'exiger d'un tiers (appelé le sujet passif du droit) une action ou une abstention, en
vertu d'une règle du droit objectif qui lie ce tiers sans lui laisser aucun pouvoir d’appréciation
discrétionnaire. Le sujet actif a
- un intérêt direct, personnel et légitime au respect de la règle en cause.
- normalement, aussi la faculté de s'adresser à une juridiction aux fins de contraindre le
sujet passif du droit à s'exécuter (cf. les art. 144 et 145 de la C°).
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
EXAMEN
Qu’est-ce qu’un droit subjectif ? Quelle est la différence entre l’acquisition de la
nationalité par déclaration et l’acquisition de la nationalité par naturalisation ?
Il faut bien entendu pouvoir montrer la différence dans le CN.
« 1° l'étranger qui :
a) a atteint l'âge de dix-huit ans;
b) est né en Belgique
c) y séjourne légalement depuis sa naissance; »
La différence avec le cas des immigrés de deuxième génération est que leurs parents
doivent avoir fait déclaration avant que l’enfant ait atteint l’âge de 12 ans et moyennant une
double condition de résidence. Cette première hypothèse ne pose pas beaucoup de
difficultés d’application. Il ne faut pas démontrer une quelconque volonté d’intégration, elle
est acquise.
Ce dernier va statuer par voie de décision motivée sur le bien fondé de l’avis négatif ! il
examine si le procureur du roi de bonnes raisons de décider qu’un « empêchement résultant
de faits personnels graves » fait obstacle à l’acquisition de la nationalité. Contre la décision
du Tribunal de 1ère instance, on peut interjeter appel (cf. art. 15 §3). On a donc bien un droit
subjectif ! la contestation porte sur une des conditions ; c’est en dernière instance que c’est
tranché.
« 2° l'étranger qui :
a) a atteint l'âge de dix-huit ans;
b) et séjourne légalement en Belgique depuis cinq ans;
c) et apporte la preuve de la connaissance d'une des trois langues nationales;
d) et prouve son intégration sociale : […]
e) et prouve sa participation économique : […] »
- intégration sociale
o par un diplôme
o pas la réussite d’un parcours d’intégration : seule la Com. FL en dispose d’un,
la Com. Fr est en retard.
- intégration économique - avoir travaillé pendant un certain temps comme
o fonctionnaire
o salarié
o indépendant
Ce sont des conditions très sévères que l’on ne retrouvait pas du tout dans le Code la
nationalité avant la grande réforme de 2012. Avant cette date, on avait vraiment pensé les
modes d’acquisition de la nationalité de manière beaucoup plus souple, plus ouverte
- on présumait beaucoup plus largement la volonté d’intégration
- à la limite, on concevait l’acquisition de la nationalité comme un moyen de s’intégrer
La volonté d’intégration n’est ici pas non plus présumée, elle doit être prouvée sur deux
plans :
- intégration linguistique ! Art. 1e, §2, 5°
- intégration sociale
o par un diplôme
o par la réussite d’un parcours d’intégration : seule la Com. FL en dispose d’un,
la Com. Fr est en retard.
Donc, le fait d’être marié avec un(e) belge ou d’être parent d’un enfant belge, dispense de la
preuve d’une participation économique.
127
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
« 4° l'étranger qui :
a) a atteint l'âge de dix-huit ans;
b) et séjourne légalement en Belgique depuis cinq ans;
c) et apporte la preuve qu'il ne peut, en raison d'un handicap ou d'une invalidité, ni occuper un emploi ni exercer
une activité économique, ou a atteint l'âge de la pension; »
Il s’agit d’un cas plus marginal et humanitaire. Il ne devra pas faire la preuve d’une
intégration linguistique, sociale ou économique ; le SLCE a proposé ce geste humanitaire.
« 5° l'étranger qui :
a) a atteint l'âge de dix-huit ans;
b) et séjourne légalement en Belgique depuis dix ans;
c) et apporte la preuve de la connaissance d'une des trois langues nationales;
d) et justifie de sa participation à la vie de sa communauté d'accueil. Cette preuve peut être apportée par toutes
voies de droit, et contient des éléments attestant que le demandeur prend part à la vie économique et/ou
socioculturelle de cette communauté d'accueil. […] »
La volonté d’intégration n’est ici pas non plus présumée, elle doit être prouvée sur deux
plans :
- intégration linguistique ! Art. 1e, §2, 5°
- justifie de sa participation à la vie de sa communauté d'accueil ! cette preuve peut
être apportée par toute voie de droit, mais c’est bien évidemment un type
d’intégration qui se discute.
Art. 12bis §3
« §3. La déclaration comporte, préalablement à la signature de l'étranger, la mention suivante, écrite de la main
de l'étranger : " Je déclare vouloir acquérir la nationalité belge et me soumettre à la Constitution, aux lois du
peuple belge et à la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.] »
Ensuite, le parquet, l'Office des étrangers et la Sûreté de l'Etat sont invités à rendre un avis,
dans un délai de quatre mois,
- sur l’absence potentielle des critères prévus pour bénéficier de cette procédure !
respect des conditions légales
- sur l'existence éventuelle d'un « empêchement résultant de faits personnels graves »
Si le procureur du Roi (et chacune des autres instances) estime ne pas devoir émettre d’avis
négatif à ce propos, la nationalité est accordée immédiatement. Il en est de même dans
l’hypothèse où le parquet ne décide rien dans le délai requis.
En revanche, s’il estime que les conditions de base ne sont pas remplies ou qu’il existe un
empêchement résultant de faits personnels graves, le procureur du Roi remet un avis négatif
motivé, ce qui implique que la nationalité ne peut pas être octroyée. La solution est identique
si le dossier n’a pas été transmis au parquet.
128
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Si l’intéressé le demande, l’officier de l’état civil saisit alors le Tribunal de première instance.
- celui-ci statue dans le respect des garanties juridictionnelles classiques (principe du
contradictoire et motivation obligatoire du jugement).
- l’appel peut être interjeté auprès de la Cour d’appel par l’intéressé ou par le procureur
du Roi.
Alors que la procédure était devenue gratuite, elle est désormais à nouveau soumise à un
droit spécial s’élevant à 150 euros.
Bien que la naturalisation n’ait donc jamais constitué un droit, les modifications successives
du Code de la nationalité en avaient à ce point facilité l’accès qu’elle était devenue, dans les
faits, un véritable « boulevard » vers la nationalité belge. L’un des objectifs affichés de la
réforme de 2012 est d’en revenir aux fondamentaux de la naturalisation ! à une faveur
accordée à titre exceptionnel par la Chambre des représentants. Le pouvoir législatif est, en
effet, exercé ici par le Roi et la seule Chambre (cf. art. 74, 1°, C°).
- Agé de 18 ans
- séjournant légalement en Belgique (sans seuil temporel), l’étranger doit désormais,
o primo, «avoir témoigné ou pouvoir témoigner à la Belgique de mérites
exceptionnels dans les domaines scientifique, sportif ou socioculturel et, de ce
fait, pouvoir apporter une contribution particulière au rayonnement
international de la Belgique »
o secundo, « motiver pourquoi il lui est quasiment impossible d’acquérir la
nationalité belge en faisant une déclaration de nationalité conformément à
l’article 12bis » (art. 19, §1, al. 1e, 3° et 4°).
S’il veut remplir valablement la première de ces conditions, soit celle de ses « mérites
exceptionnels », l’intéressé devra apporter la preuve :
Quant à la seconde condition, elle témoigne du fait que la naturalisation est (re)devenue un
mode accessoire, secondaire d’acquisition de la nationalité.
La naturalisation est, par ailleurs, étendue à tout étranger apatride qui a minimum 18 ans et
qui séjourne légalement sur le territoire depuis 2 ans au moins (art. 19, §2).
« Je déclare vouloir acquérir la nationalité belge et me soumettre à la Constitution, aux lois du peuple belge et à la
Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales » (art. 21, §1, in fine).
Le parquet, l'Office des étrangers et la Sûreté de l'Etat sont invités à rendre un avis, dans un
délai de quatre mois, sur l’absence potentielle des critères prévus pour bénéficier de cette
procédure, sur l'existence éventuelle d'un empêchement résultant de faits personnels graves
(cf., sur cette notion, art. 1e, §2, al. 1e, 4°, et al. 2, et supra) et sur tout autre élément
demandé par la Chambre.
Alors que la procédure était devenue gratuite, elle est désormais à nouveau soumise à un
droit spécial s’élevant à 150 euros.
c. Réflexions critiques sur les dernières évolutions du droit belge en matière d’accès à
la nationalité
Cette déclaration se fait devant l’officier de l’état civil du lieu de la résidence principale du
déclarant ou, à l’étranger, devant le chef d’une mission diplomatique ou d’un poste de
carrière de carrière belge (art. 22, §4).
1° cas (seul cas vu en cours – M. Dumont a renvoyé au sylla pour les autres) :
L’enfant mineur non émancipé perd la nationalité belge lorsque
- le seul auteur ou adoptant sous l’autorité duquel il se trouve vient à la perdre par
l’effet d’une déclaration, à condition que la nationalité étrangère de l’auteur ou
adoptant soit conférée à cet enfant ou qu’il la possède déjà.
- soumis à l’autorité de ses 2 auteurs ou adoptants, le seul parent qui possède (encore)
la nationalité belge vient à la perdre, à condition que la nationalité étrangère de l’un
de ses auteurs ou adoptants lui soit acquise ou qu’il la possède déjà (art. 22, §1e, 3°).
2° cas :
L’enfant mineur non émancipé adopté par un (des) étranger(s) perd la nationalité belge,
- à condition que la nationalité de l’ (un des) adoptant(s) lui soit acquise par l’effet de
l’adoption ou qu’il la possède déjà,
- sauf si l’un des adoptants ou l’auteur conjoint de l’adoptant est belge (art. 22, §1e, 4°).
3° cas :
Perd également la nationalité belge automatiquement la personne majeure, née à l’étranger
qui,
- primo, a eu sa résidence principale et continue à l’étranger de 18 ans à 28 ans ;
- secundo, n’exerce aucune fonction liée au Gouvernement, à une société ou à une
association belge ;
- tertio, n’a pas déclaré, avant ses 28 ans, vouloir conserver la nationalité belge ; et
quarto, ne devient pas apatride suite à la perte de cette nationalité (art. 22, §1e, 5°, et
§3).
4° cas :
La nationalité belge est perdue pour l’enfant mineur non émancipé
- soumis à l’autorité d’un seul auteur ou adoptant, lorsque celui-ci perd la nationalité
par l’effet du point précédent,
- soumis à l’autorité de ses deux auteurs ou adoptants, lorsque le seul parent qui
possède encore la nationalité belge vient à la perdre (art. 22, §1e, 6°).
Il faut, bien entendu, que cette situation ne le rende pas apatride (art. 22, §3). La perte
automatique de la nationalité belge ne fait, par nature, l’objet d’aucune modalité procédurale
particulière.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
La déchéance de nationalité est une sorte de sanction civile (et non pénale) prononcée à
l’encontre d’une personne par une autorité judiciaire et qui consiste à lui retirer sa nationalité.
Depuis 5 ans environ, les juges ont cherché à redonner une impulsion à la procédure de
déchéance, dans le but de condamner sévèrement les individus devenus belges qui abusent
manifestement des droits et libertés reconnus par l’Etat belge (activités ayant pour but la
promotion de l’islam radical et la suppression de ces droits et libertés, dissimulation de sa
véritable identité ou mariage de complaisance en vue de devenir belge plus facilement), mais
ils ont souvent été contraints de faire une interprétation sinueuse des textes de loi pour
arriver à leurs fins...
La loi du 4 décembre 2012 tente de mieux les armer, en étendant les cas dans lesquels la
déchéance peut être prononcée et en organisant une procédure différente selon les
situations (cf. art. 22, §1e, 7°, 23 et 23/1). Les préoccupations qui ont animé le législateur de
2012 ont reçu un écho tout particulier dans l’actualité récente, à l’occasion de la fusillade au
siège du Journal Charlie Hebdo à Paris et des événements qui ont suivi, notamment en
Belgique, début janvier 2015, et qui ont mis en lumière les dangers de l’islam radical pour la
démocratie.
Nous sommes ici sur un terrain extrêmement dangereux : il faut faire attention aux droits de
l’homme, au DI, mais aussi au droit de l’UE ! Il y a une jurisprudence de la CJUE qui exige
que les Etats fassent bien attention quand ils décident de déchoir de la nationalité un citoyen
européen " quand on enlève la nationalité belge, on enlève du même coup le bénéfice de la
nationalité européenne et donc tous les droits qui vont de pair ! La CJUE impose donc un
principe de proportionnalité.
Qui dit « déchéance de la nationalité » dit perte du « tout premier attribut lié à la possession
de la nationalité » !
- le droit d’entrer sans permission dans le territoire de l’Etat dont on a la nationalité,
- ainsi que le droit de pas être banni du pays dont on a la nationalité.
Le danger est donc de priver de leur nationalité belge certains djihadistes, quand bien même
ceux-ci pourrait, après avoir vécu dans un enfer en Syrie ou en Irak, s’être repenti et désireux
de se mettre à l’abris des représailles de leurs anciens co-légionnares.
2° ou ils « manquent gravement à leurs devoirs de citoyen belge » (art. 23, §1e, 2°).
L’action en déchéance est poursuivie par le ministère public, soit d’initiative, soit à la
demande du ministre de la Justice (art. 23, §2). Elle est introduite devant la Cour d’appel,
siégeant en matière civile (en principe, celle de la résidence principale en Belgique de
l’individu concerné, et, à défaut, celle de Bruxelles) (art. 23, §3). La Cour statue très
rapidement, en l’occurrence dans le mois de l’expiration du délai de citation (art. 23, §4).
132
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
L’idée était dans l’air depuis quelques mois : le programme politique du Gouvernement
Michel prévoit notamment de retirer leur nationalité belge aux individus partis combattre à
l’étranger ; parallèlement, diverses propositions de loi destinées à durcir la législation en
matière de retrait de la nationalité dans de telles circonstances ont été déposées peu de
temps avant l’attentat de Charlie Hebdo.
En aucun cas, la Belgique ne peut créer des cas d’apatridie = interdiction au niveau
international. De plus, on ne peut pas priver un belge de sa nationalité s’il s’agit d’un belge
de souche (ius sanguinis) ou d’un immigré de la 3e génération (art. 11 Code de la
nationalité). Il y a donc un problème énorme qui se pose au niveau des droits de l’homme ; le
principe de l’égalité et de non-discrimination n’est-il pas quelque peut malmené quand on
distingue deux catégories de belges ? Celui qui vit en Belgique honnêtement depuis 10 ans
et qui a réussi le parcours d’intégration civique en FL ; pourquoi serait-il moins belge que
quelqu’un qui est belge par le ius sanguinis ?
133
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
24/03/2015
Art. 191
« Tout étranger qui se trouve sur le territoire de la Belgique jouit de la protection accordée aux personnes et aux
biens, sauf les exceptions établies par la loi. »
134
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Précision : à l’examen, il faut mémoriser le plan de la C° pour s’y retrouver plus aisément.
Cet article précise que si les étrangers se trouvent sur le territoire de la Belgique, ils jouissent
en principe des mêmes droits civils, économiques, sociaux et culturels que les Belges, sauf
les exceptions établies par la loi. A première vue, quand on lit cet article, on a l’impression
que le pouvoir législatif dispose d’un pouvoir d’appréciation discrétionnaire ! il peut déroger
sans s’en expliquer au principe de l’assimilation des étrangers aux Belges, s’agissant des
droits civils, économiques, sociaux et culturels.
On l’a déjà observé, ce statut juridique différencié des étrangers, notamment en matière de
droit du travail et de la sécurité sociale, a été commun à toute l’Europe jusqu’à la fin de la
seconde guerre mondiale. Les premières mesures de protection sociale y ont été réservées
aux seuls nationaux. Ce n’est que progressivement que ce statut a été assimilé à celui des
nationaux.
Oui, il y a une différence objective entre Belges et étrangers, mais on ne peut traiter
distinctement les étrangers des Belges que pour poursuivre un but légitime et pour autant
que la distinction soit nécessaire/adéquate pour attendre ce but ! pouvoir d’appréciation
discrétionnaire.
Grâce à cette interprétation de l’art. 191, la CC a mis l’Etat belge au niveau des exigences du
DI et DUE des droits de l’homme, qui prohibe toute discrimination sur la base de la
nationalité (cf. art. 14 CEDH ; art. 26 PIDCP) ! la CEDH et PIDCP bénéficient aux étrangers
comme aux nationaux dès lors qu’ils relèvent de la juridiction d’un des Etats parties à ces
instruments internationaux.
Donc, retour sur la C° Belge. Quand on lit l’intitulé du titre II « Des Belges et de leurs droits »,
il faut se dire que ce dernier n’est plus tout à jours ! il sous-entend que les étrangers
n’auraient pas de droit, ce qui est faux. C’est un intitulé qui date de 1830-1831, mais ce
temps là est révolu " il s’agit donc d’une scorie d’un passé très heureusement révolu.
135
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 8
« La qualité de Belge s'acquiert, se conserve et se perd d'après les règles déterminées par la loi civile.
La Constitution et les autres lois relatives aux droits politiques, déterminent quelles sont, outre cette qualité, les
conditions nécessaires pour l'exercice de ces droits.
Par dérogation à l'alinéa 2, la loi peut organiser le droit de vote des citoyens de l'Union européenne
n'ayant pas la nationalité belge, conformément aux obligations internationales et supranationales de la
Belgique.
Le droit de vote visé à l'alinéa précédent peut être étendu par la loi aux résidents en Belgique qui ne sont pas des
ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, dans les conditions et selon les modalités déterminées
par ladite loi.
Disposition transitoire
La loi visée à l'alinéa 4 ne peut pas être adoptée avant le 1er janvier 2001. »
EXAMEN
Si on dit que l’art. 8 confirme le principe que « la nationalité conditionne la
citoyenneté au sens strict » ;
- il va falloir tout d’abord expliquer ce qu’est la citoyenneté au sens strict ? C’est le
bénéfice des droits politiques.
- Que sont les droits politiques ? Le droit à l’électorat, à l’éligibilité, de faire son service
militaire, de payer ses impôts (quoique les étrangers paient aussi leurs impôts), le
droit d’accès aux emplois publics (cf. art. 10).
- Où trouvez-vous l’expression du principe que l’on expose ? " art. 8 al. 2
" outre cette qualité = EN PLUS DE cette qualité = qualité de Belge
! les conditions nécessaires pour l’exercice des droits politiques implique la
qualité de Belge, cf. art. 8 al. 1
NB : si on nous demande commenter l’art. 8 al. 2 ; il faut également parler de l’al. 3 étant
donné que cet alinéa concerne l’al. 2 !
La formulation de l’art. 8, al. 2, de la C° belge est donc bien claire : « La Constitution et les
autres lois relatives aux droits politiques déterminent quelles sont, outre » la « qualité
» de Belge, « les conditions nécessaires pour l’exercice de ces droits » " la qualité de
Belge demeure donc bien exigée en principe, même si les deux alinéas suivants ouvrent les
exceptions que l’on va commenter.
Art. 8 al. 3
« Par dérogation à l'alinéa 2, la loi peut organiser le droit de vote des citoyens de l'Union européenne n'ayant pas
la nationalité belge, conformément aux obligations internationales et supranationales de la Belgique. »
Par dérogation à l’alinéa 2 implique que cet al. 3 ouvre une exception à la règle qui veut que
la qualité de Belge conditionne la citoyenneté au sens strict. Dans les limites de l’al. 3, la
qualité de Belge ne conditionne plus la citoyenneté " par dérogation à l’al. 2, la loi peut
organiser le droit de vote des citoyens de l'UE n'ayant pas la nationalité belge, conformément
aux obligations internationales et supranationales de la Belgique.
M. Dumont a regretté supra que la SLCE n’était pas compétente pour donner un avis sur des
projets ou des propositions de révision de la C° ! le CE n’a donc pas été consulté sur la
formulation de l’al. 3 de cet article.
136
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
C’est bien dommage parce que ce dernier aurait dit que le droit de vote EST le droit de vote ;
or les « obligations internationales et supranationales de la Belgique » sont dans le TFUE –
plus précisément, l’art. 20 du TFUE précise qu’il est institué une citoyenneté de l’UE, « est
citoyen de l’Union toute personne ayant la nationalité d’un Etat membre. »
On lit que « la loi peut organiser le droit de vote » ; mais alors quid du droit d’éligibilité
consacré par l’art. 22 ? Parce que quand on lit la suite de l’alinéa, il est écrit
« conformément aux obligations internationales et supranationales de la Belgique »
! donc conformément à l’art. 22 ? Il s’agit ici d’une erreur, dans l’art. 8 ; la seule façon de
sortir de cette contradiction est d’interpréter l’art. 8 à la lumière du DUE et de préciser que
derrière le droit de vote, il y a bien le droit d’éligibilité. Les obligations supranationales de la
Belgique conduisent à conférer ET le droit de vote ET le droit d’éligibilité aux citoyens
européens qui n’ont pas la nationalité Belge. La loi électorale communale confirme le droit à
l’électorat (art.1er bis) et le droit à l’éligibilité (art. 65).
Art. 8 al. 4
« Le droit de vote visé à l'alinéa précédent peut être étendu par la loi aux résidents en Belgique qui ne
sont pas des ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, dans les conditions et selon les
modalités déterminées par ladite loi. »
L’alinéa 4 concerne les étrangers qui ne sont pas citoyens européens ! qui ne sont pas
ressortissants d’un des EM. Donc, le droit de vote visé à l'alinéa précédent (! droit de vote
et droit d’éligibilité) peut être étendu par la loi à ces étrangers.
137
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Et donc, ces droits de vote et d’éligibilité aux élections communales, a-t-il été accordé aux
étrangers qui ne sont pas citoyens européens ? Le texte constitutionnel dit « peut » ! donc
est-ce que la loi a effectivement accordé ce droit de vote ? Il faut aller voir la loi électorale
communale, art. 1e ter :
« Peuvent également acquérir la qualité d’électeur pour la commune, les étrangers pour lesquels l’article 1erbis
ne s’applique pas pour autant que :
1° ces étrangers introduisent auprès de la commune dans laquelle ils ont établi leur résidence principale, une
demande écrite conforme au modèle fixé par arrêté royal délibéré en Conseil des Ministres, et mentionnant :
a) leur nationalité;
b) l’adresse de leur résidence principale;
c) une déclaration par laquelle l’auteur de la demande s’engage à respecter la Constitution, les lois du peuple
belge et la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Une attestation de cette déclaration est remise à l’intéressé. En cas de demande ultérieure d’inscription sur la
liste des électeurs d’une autre commune, la personne concernée produit cette attestation;
2° (ces étrangers puissent faire valoir au moment de l’introduction de la demande cinq années ininterrompues de
résidence principale en Belgique couvertes par un séjour légal.)
L’article 1er, § 1er, 2°, 3°, 4°, et l’article 1erbis, § 2, alinéas 2 et suivants, et §§ 3 et 4, sont applicables aux
étrangers visés par le présent article. »
Est-ce que la loi a effectivement accordé ce droit d’éligibilité ? Il faut aller voir l’art. 65 de la
loi électorale communale : les étrangers hors UE ne sont pas repris dans les conditions de
l’art. 65 ! ils n’ont donc pas le droit d’éligibilité.
« Pour pouvoir être élu et rester conseiller communal, il faut être électeur et conserver les conditions de l’électorat
visées à l’article 1 ou à l’article 1bis.
Ne sont pas éligibles :
1° ceux qui sont privés du droit d’éligibilité par condamnation;
2° (les ressortissants des autres Etats membres de l’Union européenne qui, par l’effet d’une décision individuelle
en matière civile ou d’une décision pénale prononcée dans leur Etat d’origine, sont déchus du droit d’éligibilité en
vertu du droit de cet Etat);
3° ceux qui, sans préjudice de l’application (des dispositions prévues aux 1° et 2°), ont été condamnés, même
avec sursis, du chef de l’une des infractions prévues aux articles 240, 241, 243 et 245 à 248 du Code pénal,
commises dans l’exercice de fonctions communales, cette inéligibilité cessant douze ans après la
condamnation. »
C’est un choix qui a été fait par le législateur, la C° ouvrait la possibilité aussi bien au droit de
vote qu’au droit d’éligibilité. C’est cette loi, qui accordait le droit de votes aux élections
municipales aux étrangers hors UE, qui avait été adoptée par une majorité alternative (cf.
supra), composée de l’essentiel du groupe linguistiques FR et d’une minorité du groupe
linguistique NL ! traumatisé les NL. Ce cas de figure a été possible parce que cette loi n’est
pas une LS.
138
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
L’idée du constituant en 1830-1831 c’est que le principe est la réservation au profit des seuls
Belges, sauf pour des cas particuliers.
Ex : l’armée belge n’était pas particulièrement bien commandée et particulièrement mal outillée en 1831, l’Etat
belge a donc fait appel à des militaires français haut gradés ! ces militaires vont recevoir la nationalité belge.
Mais, une fois encore, le droit de l’UE fait intrusion dans notre matière.
Art. 45 du TFUE
« 1. La libre circulation des travailleurs est assurée à l'intérieur de l'Union.
2. Elle implique l'abolition de toute discrimination, fondée sur la nationalité, entre les travailleurs des États
membres, en ce qui concerne l'emploi, la rémunération et les autres conditions de travail.
3. Elle comporte le droit, sous réserve des limitations justifiées par des raisons d'ordre public, de sécurité publique
et de santé publique:
a) de répondre à des emplois effectivement offerts,
b) de se déplacer à cet effet librement sur le territoire des États membres,
c) de séjourner dans un des États membres afin d'y exercer un emploi conformément aux dispositions
législatives, réglementaires et administratives régissant l'emploi des travailleurs nationaux,
d) de demeurer, dans des conditions qui feront l'objet de règlements établis par la Commission, sur le territoire
d'un État membre, après y avoir occupé un emploi.
4. Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux emplois dans l'administration
publique. »
Cet article permet, à première vue, de ne pas faire bénéficier les étrangers d’un accès aux
emplois publics. La libre circulation des travailleurs est un principe fondamental en DUE.
Mais le §4 précise que « les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux
emplois dans l'administration publique. » ! laisse à comprendre que l’on pourrait
apparemment écarter les citoyens européens qui n’ont pas la nationalité de l’Etat.
En droit, il n’y a qu’une nation ! seule la nation belge existe. Mais, derrière l’art. 42 de la C°,
on ne peut pas ignorer l’art. 43 :
Art. 42
« Les membres des deux Chambres représentent la Nation, et non uniquement ceux qui les ont élus. »
Art. 43
« §1. Pour les cas déterminés dans la Constitution, les membres élus de la Chambre des représentants
sont répartis en un groupe linguistique français et un groupe linguistique néerlandais, de la manière fixée
par la loi.
§2. Pour les cas déterminés dans la Constitution, les sénateurs, à l'exception du sénateur désigné par le
Parlement de la Communauté germanophone, sont répartis en un groupe linguistique français et un groupe
linguistique néerlandais.
Les sénateurs visés à l'article 67, §1er, 2° à 4° et 7°, forment le groupe linguistique français du Sénat. Les
sénateurs visés à l'article 67, §1er, 1° et 6°, forment le groupe linguistique néerlandais du Sénat. […] »
Derrière l’unicité formelle, juridique de la nation belge ; se cache à peine des groupes
linguistiques. Derrières ces groupes, il y a inévitablement les communautés : Com FL et Com
FR (et Com GER = la minorité la plus protégée au monde). Le problème de la nation belge
n’est pas le problème de l’inclusion germanophone mais bien le problème de la coexistence
de la Com FL et de la Com FR.
Mais au delà du droit, est-ce qu’il y a une nation belge au sens d’un sentiment
d’appartenance à la Belgique ? Est-ce qu’il y a une nation dans un sens ethnique, civique ou
syncrétique ? Un ensemble de personnes qui ont en commun un passé et une volonté de
vivre ensemble pour faire valoir l’héritage reçu du passé ?
A. Belgitude?
En novembre 1988, les Facultés universitaires Saint-Louis organisaient un colloque
interdisciplinaire sous le titre « Belgitude et crise de l'Etat belge ». Il y a 27 ans, on se posait
déjà des questions existentielles sur l’avenir de l’Etat belge.
Pourquoi le mot « belgitude » ? Ce mot avait été forgé quelques années auparavant par deux
intellectuels en se laissant inspirer par le mot « négritude ». Ce mot est un néologisme
inventé par l’ancien président du Sénégal. Pour lui, la « négritude » désignait un sentiment
ambivalent/fierté des Africains à l’égard de l’Afrique ! le berceau de l’humanité est en
Afrique. Cette dernière a bien des raisons d’être fière d’elle-même, mais elle vit toute une
série de difficulté qui justifie un malaise. Donc, pour désigner l’ambivalence du sentiment
d’appartenance des Belges à la nation belge, le mot « belgitude » était parfaitement adapté.
Si l'on ne parlait pas de « francitude » ou d'« italianitude » pour caractériser le sentiment
national français ou italien, c'est parce que celui-ci était dénué de toute ambiguïté.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
La liste des facteurs structurels centrifuges (6) est aisée à dresser ! qu’est-ce qui
pousse vers une division de la Belgique ? :
(1) si l’on met de côté l’allemand qui n’intervient que marginalement dans la configuration
belge, deux grandes langues très différentes,
a. le NL numériquement majoritaire, mais vécu dans la psychologie sociale
jusqu’il n’y a pas longtemps, voire encore aujourd’hui, comme une langue
minoritaire ou en tout cas toujours menacée ! pendant longtemps le NL a été
méprisé
b. le FR numériquement minoritaire, mais politiquement et socialement dominant
au 19e s et au moins jusque dans les années 1960 ;
(4) des partis politiques scindés en deux depuis les années 1968-1978 " en 10 ans,
tous les partis politiques se sont scindés en deux – les seuls qui semblent évoquer
l’hypothèse d’un parti à nouveau réunifié sont les écologistes ;
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Persistance d’un phénomène après disparition de sa cause.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
(5) deux scènes électorales séparées (! pas de listes de candidats qui s’établissent
sur l’ensemble du territoire) en manière telle qu’
a. aucun responsable politique flamand n’a de compte à rendre dans les
arrondissements électoraux de la région de langue française
b. aucun responsable politique francophone n’a de compte à rendre devant les
électeurs des arrondissements situés dans la région de langue néerlandaise ;
(6) et enfin, deux tissus socio-économiques de plus en plus divergents parce que
a. la FL est relativement prospère
b. la Wallonie a des difficultés à se redresser ! le déclin Wallon est lié à la
disparition du charbonnage et de la sidérurgie et de l’investissement dans
l’économie FL
Si une nation se fonde en bonne partie sur un réseau de connexions créées par
l'histoire, il faut reconnaître que la frontière linguistique sépare de plus en plus deux
nouvelles nations.
Que reste-t-il alors dans la catégorie des facteurs structurels centripètes ! qu’est-ce qui
pousse vers le maintien d’une Belgique unie ? Chaque facteur est accompagné d’une
nuance qui est de nature à en relativiser la force.
« Le passé de la Belgique est bien plus ancien et plus riche que celui de la Flandre ou de la Wallonie ».
Mais, ce passé commun se prête à des réinterprétations ; si pas nationalistes, elle sont
néanmoins plus centrifuges que centripètes. Ces réinterprétations sont quelque peu
partiales.
Ex : faire remonter la Com FL à la Bataille des Eperons d’Or de 1302 est absurde, cette bataille n’a absolument
aucun rapport avec le conflit Belgo-belge. Mais dans le mythe de la nation FL, on peut remonter à cette bataille.
Par ailleurs, l’histoire récente est évidemment une histoire faite de blessure. La domination
socio-culturelle exercée par la bourgeoisie francophone de Flandre et les humiliations
infligées aux Flamands au 19es et jusque dans les années 1960 sont néanmoins reconnues
aussi bien par les historiens francophones que flamands. Il suffit de très peu pour ré-ouvrir
ces blessures. Parfois on rêve d’une sorte d’éthique reconstructive, comme le disait FERRY
avec sa vision de l’Europe : si on veut faire un peuple européen, il se décentrer de son point
de vue ! si les FR faisaient de même avec les FL, ce serait peut être bien ; en tout cas il y a
un travail à faire.
Ce ciment culturel est cependant refoulé au fin fond de notre inconscient collectif, de sorte
qu'il faut le point de vue externe d'une sociologue étrangère pour attirer notre attention sur
lui. Ce fond anthropologique de la société belge lui vient en bonne partie du tissu social
catholique qu'elle a hérité de son histoire.
« En Belgique, il existe une identité culturelle privée positive et une identité culturelle
publique négative ». Ce n’est pas par hasard que la division de l’Etat belge en deux grandes
communautés depuis 1970 tire son origine de la revendication d’une autonomie culturelle
pour la Com FL.
(4) Quarto, une culture politique commune tirée d'un type déterminé de
démocratie : ce qu'on appelle la démocratie consociative ou de concordance.
De part et d'autre de la frontière linguistique, on a une grande pratique de la régulation des
conflits par la négociation et le compromis, qu'il s'agisse des conflits de type
- communautaire opposant les Flamands aux francophones
- idéologique mettant aux prises les familles politiques.
Supposons que la FL fasse sécession de manière unilatérale, elle doit demander à adhérer à
l’UE comme nouvel Etat ; l’€ pourrait redevenir/rester la monnaie national de l’Etat Flamand
à conditions que les critères de convergence soient satisfaits. Mais il faut d’abord obtenir une
décision unanime des 28 EM (idem pour l’Ecosse et la Catalogne) étant donné que le Traité
d’adhésion l’UE doit être ratifié par tous les EM ; donc le reste du R-U, de l’Espagne (qui a
déjà dit qu’elle dirait NON à l’accession de la Catalogne à l’UE) et de la Belgique a un droit
de véto.
Quelque part, la monnaie unique a d’une certaine façon facilité les revendications en faveur
des défédéralisassions ! les crises successives depuis l’automne 2007 n’auraient pas pu
se prolonger comme elle l’ont fait si elles s’étaient déroulées à l’époque du franc belge.
De même, la grande crise 2010-2011 n’aurait jamais duré aussi longtemps à l’époque du
franc belge ; la Belgique serait morte économiquement bien avant ! l’appartenance de la
Belgique à la zone euro préserve celle-ci d’une crise monétaire.
Par ailleurs, il est évident que sur le plan économique, il y a des convergences d’intérêts
considérables. Wallons, Bruxellois et FL ont un intérêt économique évident à rester
ensemble, mais il y a eu en Flandre un sentiment très fort que pour lutter contre la crise
économique mondiale ; il fallait que la région FL soie plus autonome pour adopter une
politique très libérale. Une fraction de l’opinion publique FL considère donc que
l’appartenance de la FL à l’Etat belge freine les réformes nécessaires " une bonne partie du
patronat FL estime que l’Etat belge doit adopter des réformes économiques très libérales
comme les FL le demandent sinon il va progressivement disparaître ! le MR représente
déjà 20 députés sur 63. Effectivement le Gouvernement fédéral belge actuel suit une
politique qui se veut très libérale, dans le droit fil de ce que les FL exigent ! mais est-ce que
ce Gouvernement est viable à long terme ?
« Aucune des deux Communautés ne peut s'en emparer ni non plus s'en séparer »
Si d'aventure les Régions flamande et wallonne devaient consentir à s'en séparer pour
devenir chacune des Etats indépendants ou pour se rattacher à leur grande voisine, on se
baserait sur la situation de Washington DC. M. Dumont estime que c’est ridicule, le statut de
Washington DC n’est absolument pas applicable à la Région bruxelloise. Cela voudrait dire
que Bruxelles aurait un statut de capitale européenne, et ce statut se heurte à de nombreux
obstacles.
- la France et le Grand-Duché du Luxembourg n'accepteront pas facilement que
Bruxelles devienne le siège unique des institutions européennes.
- l’UE a autre chose à faire que de gérer les 19 communes bruxelloises
- les EM ne seront pas non plus empressés d'accepter l'idée même d'une capitale
fédérale, aussi longtemps qu'ils se refuseront à céder en droit leurs souverainetés à
l'UE ! l’UE n’est PAS un Etat fédéral !
Il n’y a donc pas de solution pour Bruxelles, même le nationaliste le plus séparatiste n’a pas
de solution pour Bruxelles.
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Nina Lacour
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Dans ce bref inventaire des facteurs objectifs qui permettent de mesurer la consistance
actuelle de la nation belge, on a déjà dû faire une place aux facteurs subjectifs. Les premiers
ne sauraient, en effet, être appréhendés indépendamment des seconds. Ceux-ci justifient
cependant quelques considérations supplémentaires non négligeables.
B. Une (sous ?-) nation flamande et une sous-nation ... wallonne pour les uns, francophone
pour les autres ou encore wallo-bruxelloise
Quant à la consistance sociologique des « nationalités communautaro-régionales » qui se
mettent en place,
- on doit souligner la force de la nationalité (au sens sociologique) FL promue par le
mouvement FL depuis la fin du 19es " mais qui dit « nation FL » ne dit pas que tous
les FL pensent de la même manière (tensions actuelles entre le CD&V et la NVA)
- la force croissante, mais beaucoup plus récente, d'un embryon de sentiment national
wallon depuis les années 1960 " on ne parle pas encore de nation Wallonne parce
que la plupart des Wallons et des Bruxellois se définissent d’abord comme Belges !
mais on ne peut pas être Belges tous seuls, quid d’un l’intérêt pour les FL ? ;
Ce qui est certain, c’est qu’il faut repousser avec détermination une forme de nostalgie
belgicaine qui n’a plus cours ; il y a maintenant trois communautés qui disposent de très
fortes compétences.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Section 1. En général
Le territoire est une composante dérivée de la notion d’Etat parce que chaque Etat définit
souverainement les limites de son territoire ; étant entendu bien évidemment que les voisins
disposent de la même souveraineté. Il n’y a donc qu’un seule façon d’éviter de se faire la
guerre " il faut conclure un traité, dans lequel sont fixé les frontières d’un Etat. Cela
implique donc que la Belgique est tenue par divers traités.
Section 2. En Belgique
Les frontières du territoire de la Belgique ont été fixées par divers traités internationaux.
Article 7
« Les limites de l'État, des provinces et des communes ne peuvent être changées ou rectifiées qu'en vertu
d'une loi. »
Article 167
« §1er. Le Roi dirige les relations internationales, sans préjudice de la compétence des communautés et des
régions de régler la coopération internationale, y compris la conclusion de traités, pour les matières qui relèvent
de leurs compétences de par la Constitution ou en vertu de celle-ci.
Le Roi commande les forces armées, et constate l'état de guerre ainsi que la fin des hostilités. Il en donne
connaissance aux Chambres aussitôt que l'intérêt et la sûreté de l'État le permettent, en y joignant les
communications convenables.
Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire, ne peut avoir lieu qu'en vertu d'une loi.
§2. Le Roi conclut les traités, à l'exception de ceux qui portent sur les matières visées au §3. Ces traités n'ont
d'effet qu'après avoir reçu l'assentiment de la Chambre des représentants. […] »
La loi dont il est question dans l’art. 167 §1e al. 3 est une loi qui autorise le Roi à négocier un
traité de frontières ! à ne pas confondre avec la loi d’assentiment à ce traité, un fois conclu.
La loi d’assentiment au traité est la loi visée à l’art. 167 §2. Pour rappel, l’assentiment
conditionne l’aptitude du traité à produire des dans l’OJ interne.
Dans l’histoire de la Belgique, on a connu les différentes formules évoquées par l’art. 167
§1er al. 3 :
- cession de territoire : une partie du Limbourg a été cédée aux P-B et une partie du
Luxembourg a été cédée au G-D du Luxembourg en 1839.
- échange de territoire : petits échanges ont eu lieu
- adjonction de territoire : à la suite du Traité de Versailles de 1919 (territoires d'Eupen,
Malmédy, Saint-Vith et Moresnet)
Ainsi se termine la première partie du cours. Nous savons désormais ce qu’est un Etat =
titulaire abstrait d’un pouvoir souverain et institutionnalisé exercé sur - et en démocratie au
nom de - la population d'un territoire déterminé pour servir prétendument l’intérêt général. La
deuxième partie du cours est dédiée aux divisions et aux structures de l’Etat. Ce dernier
comme un immeuble à appartements, on a regardé l’immeuble de loin, on a vu comment il se
découpe sur l’horizon ! on sait ce que c’est qu’un Etat. Il faut maintenant entrer dans
l’immeuble à appartements et découvrir qu’effectivement, il y a des appartements. Un Etat
est divisé en collectivités politiques ; c’est la problématique des divisions. Par ailleurs, ce qui
caractérise un Etat, ce sont ses structures, c’est-à-dire les liens qui unissent les collectivités
politiques infra-étatiques à l’Etat. Il y a trois chapitres :
- Chapitre I : divisions et structures d’un Etat en général
- Chapitre II : l’Etat Belge et ses divisions
- Chapitre III : l’Etat Belge et ses structures.
147
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
DEUXIEME PARTIE :
LES DIVISIONS ET LES STRUCTURES DE L’ETAT
25/03/2015
M. Dumont entend par « structures d’un Etat » les relations juridiques qui unissent les
diverses collectivités politiques infra-étatiques entre elles. En faisant du droit constitutionnel
comparé, on constate les différentes structures qui existent dans les différents Etats ; la
doctrine et la science du droit ont mis en place un classification qui distingue quatre modèles
d’Etats, 2 principaux, 1 entre-deux et un 4e modèle plus marginal :
- le modèle unitaire, qui connaît tout de même un minimum de décentralisation (§1) ;
- le modèle de l’Etat régional, qui est l’entre-deux (§3)
- le modèle fédéral, qui pousse la décentralisation à l’extrême (§2) ;
- le modèle confédéral ! on ne se trouve plus devant une forme d'organisation d'un
Etat mais devant un type d'union entre des Etats distincts, relevant du DI (§4).
148
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Ce sont les formes classiques de structuration d'un Etat. Il ne faut cependant pas
essentialiser celles-ci : ce sont des idéaux-types, des modèles abstraits construits à partir de
réalités institutionnelles concrètes qui ont chacune des particularités dont ces modèles
communs ne sauraient rendre compte " aucun Etat concret ne répond entièrement à l'un ou
l'autre de ces modèles. Ceux-ci n'en sont pas moins utiles. Ce sont des cadres conceptuels
permettant de situer les systèmes constitutionnels concrets les uns par rapport aux autres.
Rien n'empêche un Etat de recourir à des formules hybrides. Il puise alors une part de son
inspiration institutionnelle dans le modèle unitaire et une autre part dans le modèle fédéral.
Ex : en Belgique,
- les Communautés et les Régions sont sur basées sur le modèle fédéral ;
- tandis que les communes et les provinces sont organisées sur le modèle de la décentralisation,
A. Définition
L'Etat unitaire est l'Etat dans lequel la loi est la même pour tous ; c'est celui où l'autorité
centrale s'impose comme le seul et unique moteur des principales impulsions politiques. Il y
a un pouvoir législatif qui fait la loi pour l’ensemble de la population. Les collectivités
territoriales n’ont aucun pouvoir législatif.
Mais cela ne veut pas dire qu'il va exercer lui-même toutes les responsabilités. Pour éviter
les lourdeurs et les inefficiences qui ne manqueraient pas de résulter d'un unitarisme
exclusivement centralisateur, les Etats unitaires disposent de deux techniques qu'il convient
de soigneusement distinguer :
- la déconcentration (B)
- la décentralisation (C)
Ex : il y a un gouverneur de province dans chaque province Belge. Il est l’organe déconcentré du ministre fédéral
de l’intérieur pour tout ce qui concerne le maintien de l’ordre.
Le contrôle de tutelle est tout autre chose que la relation de hiérarchie organique qui
caractérise la déconcentration
- dans la déconcentration, il y a une hiérarchie entre un organe supérieur et un organe
inférieur ;
- alors que dans la décentralisation, le principe est l’autonomie de la collectivité
politique décentralisée : elle a un pouvoir de décision (réglementaire et administratif)
soumis à des contrôles de tutelle
La tutelle est ensemble de techniques très diversifiées qui permettent à une autorité centrale
de contraindre les collectivités politiques décentralisées à respecter la légalité et l’intérêt
général :
- tutelle d’autorisation,
- tutelle d’approbation,
- tutelle de suspension
- tutelle d’annulation,
- tutelle de substitution (à titre exceptionnel)
Le R-U est un Etat unitaire décentralisé sauf en ce qui concerne l’Ecosse, le Pays de Galles
et l’Irlande du Nord ; ces derniers disposent d’un degré d’autonomie supérieur ! on est donc
plutôt ici dans la catégorie des Etats régionalisés, mais de manière toute à fait asymétrique.
L’Angleterre ne bénéficie absolument pas de la même autonomie que ces collectivités
politiques régionalisées. Le R-U est donc un peu à part, d’autant plus qu’il ne possède pas
de C° écrite.
Sur le plan historique, ce sont d'ailleurs ces deux Etats qui ont très largement inventé le
modèle unitaire.
A. Définition
L'Etat fédéral est un Etat (= Etat global) dans lequel les pouvoirs politiques ont été partagés
(en particulier le pouvoir législatif) entre un Etat central et les collectivités politiques fédérées.
Chacun se voit reconnaître par la C° le pouvoir de faire la loi dans son domaine :
- l'Etat central fait la loi dans le seul domaine des affaires communes,
- tandis que les collectivités fédérées font la loi dans la sphère des intérêts qui leur
sont propres.
NB : M. Dumont prend ici le mot loi au sens de toute norme juridique dont la validité n'est conditionnée que par le
respect de la C°.
Dans cette définition, le mot « Etat » est utilisé dans deux sens différents ; « l’Etat fédéral est
un Etat qui » : on vise ici l’enveloppe dans laquelle on trouve deux niveau de pouvoirs :
- le niveau central de l’Etat ! « entre un Etat central et les collectivités politiques
fédérées » = Etat qui n’a que des compétences limitées par la C°
- les collectivités fédérées
Comme cette définition le montre, le fédéralisme repose donc en général sur quatre grands
principes :
(1) le principe d'autonomie : chaque collectivité politique fédérée reçoit de la C° le
pouvoir de faire la loi en toute autonomie dans un certain nombre de domaines.
(2) le principe d'égalité : les lois fédérées sont sur pied d’égalité avec les lois fédérales,
pour autant qu’on est dans le domaine des compétences exclusives ! dans le
domaine des matières qui relèvent exclusivement de la compétence des collectivités
politiques fédérées,
a. les lois fédérales ne sont pas supérieures aux lois fédérées ;
b. les lois fédérales ne peuvent pas empiéter sur les compétences des lois
fédérées (et vice-versa).
(3) le principe de participation : dans tout Etat fédéral, les collectivités politiques
fédérées sont mises en mesure de participer à la conduite de l’Etat fédéral ! on se
soucie d’associer les collectivités politiques fédérées à la gestion de l’Etat fédéral.
151
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
(4) le principe de coopération : dans tout Etat fédéral, les collectivités politiques
fédérées doivent pouvoir collaborer entre elles et avec l’Etat central.
B. Commentaires
Avant d'examiner plus avant ces quatre principes, deux commentaires s'imposent.
Une des grandes questions qui se pose au sujet du fédéralisme est justement de savoir s’il
peut résoudre les tensions/crises induites par des phénomènes de type nationaliste. Une
partie de la Flandre est nationaliste, tout comme une partie de l’Ecosse l’est, comme une
partie de la Catalogne, ou encore du Québec. Ces tensions mettent en cause potentiellement
l’existence de l’Etat Belge, du R-U, de l’Espagne ou du Canada. Est-ce que le fédéralisme
est une structure d’Etat appropriée à la régulation de ces conflits, à la gestion de ces
tensions ? C’est le grand défi dans ces pays (même s’ils ne sont pas tous à proprement
parler des Etats fédéraux).
Cependant, quand on regarde de près, chacun de ces Etats est unique en son genre ! la
classification est donc relative. C’est la raison pour laquelle la définition ne repose que sur
ces quatre grands principes, et pas plus. Certains constitutionnalistes mal inspirés/informés
se sont laissés séduire par un ensemble de critères plus développés, ils espéraient énoncer
un plus grand nombre de critères pour définir le fédéralisme.
« Le fédéralisme est une structure d'organisation dont les traits varieront dans le temps, dans l'espace et selon
les besoins de chaque situation concrète ».
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Certains disent qu’il est inhérent au fédéralisme de voir les compétences résiduelles confiées
aux entités fédérées parce que la plupart des Etats fédéraux se sont construits sur la base
d’un processus d’agrégation d’Etats, au départ indépendants et souverains, qui ont fini par
accepter d’entrer dans une fédération (USA, Suisse). Quand le fédéralisme se construit
historiquement de cette manière, les compétences résiduelles appartiennent aux Etats
fédérés ; ils acceptent de voir l’Etat fédéral les remplacer dans un certain nombre de
domaine, et donc les compétences résiduelles sont pour eux. (cf. C° américaine, 10e
amendement).
Mais cette technique ne vaut pas pour tous les Etats fédéraux ; le Canada/la Belgique ne
seraient pas des Etats fédéraux puisque dans cet Etat, on pratique la technique inverse :
- les compétences résiduelles appartiennent à l’autorité fédérale ;
- les collectivités fédérées/provinces n'ont que des compétences d'attribution.
31/03/2015
Par exemple, on ne peut pas prétendre que dans tous les Etats fédéraux, les compétences résiduelles
appartiennent aux collectivités politiques fédérées ; on ne peut pas le dire parce que tous les Etats fédéraux ne
sont pas le produit d’un mouvement agrégatif, centripète, partant de collectivités initialement souveraines et
aboutissant à un Etat fédéral. Il est vrai que la majorité des Etats fédéraux sont issus d’un processus de type
agrégatif : on part d’Etats souverains (par exemple, les 13 colonies américaines) et totalement indépendants au
départ, (les E-U sont nées en 1787) Etats qui sont initialement unis dans un lien de type confédérale et qui
décident ensuite de passer à la logique fédérale avec un seule Etat. Donc, très logiquement, tout ce que la C°
n’attribue pas à l’ensemble de l’Etat fédéral, appartient aux Etats fédérés ! ces derniers ont donc les
compétences résiduelles.
Mais l’Etat fédéral qu’est la Belgique a été construit sur base d’un processus inverse, sur base d’un processus de
« désagrégation » : on part d’un Etat unitaire et on va vers un Etat fédéral par un démembrement de cet Etat
unitaire ; on fait naitre des entités fédérées à partir d’un Etat unitaire ! alors dans ce cas c’est l’inverse : les
compétences résiduelles appartiennent à l’Etat, même si la C° Belge programmé le principe inverse dans une de
ses dispositions, mais il n’est pas encore mis en place effectivement.
153
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
En Belgique, en principe, le constituant a conçu toutes les compétences sur le modèle des
compétences exclusives mais il y a des exceptions, de plus en plus nombreuses aujourd’hui.
(3) 3e exemple : l’existence, ou non, d’un contrôle juridictionnel des lois fédérales
et fédérées
On ne peut pas non plus dire que dans tous les Etats fédéraux, un contrôle juridictionnel de
la constitutionnalité lois fédérales est organisé pour censurer les éventuels excès de
compétences des unes et des autres ; mais on peut presque le dire.
La Suisse est un exemple tout à fait typique d’Etat fédéral où il n’y a pas de contrôle
juridictionnel de la constitutionnalité lois fédérales parce que les citoyens suisses disposent
d’un instrument tout à fait particulier pour mettre fin à l’existence d’une loi fédérale : le
référendum abrogatif. On estime en Suisse que le référendum et la justice constitutionnelle
ne font pas bon ménage ; dès lors que les citoyens sont juges d’une loi (fédérale en
l’occurrence), il n’appartient pas à un juge de se prononcer à son tout sur l’existence de la
validité de la loi fédérale. Une loi peut donc être abrogée par le peuple, elle ne peut pas être
annulée par le tribunal fédéral.
C’est une exception Suisse, les suisses ne font pas tout comme les autres. L'exception
suisse n'est donc pas significative, mais elle ne peut pas être ignorée.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Après avoir évoqué cette prudence à ne pas vouloir enfermer le fédéralisme dans une
définition, il nous appartient maintenant de reprendre les grands principes du fédéralisme.
Le principe d’autonomie
Dans un Etat fédéral, les collectivités politiques fédérées (communautés, régions, länder,
cantons, provinces, Etats) font la loi dans le domaine des matières qui leur sont confiées en
toute autonomie. Le pouvoir de légiférer est partagé ! principe de base du fédéralisme.
Voilà la différence avec l’Etat unitaire où la loi est la même pour tous ; il est inconcevable
pour un français que la loi adoptée par l’Assemblée nationale ne soit pas la même de Paris à
Marseille – l’unité de la République serait menacée.
Dans les Etats fédéraux dans le monde (20aine dans le monde : USA, Allemagne, Inde,
Brésil, Mexique), on parle de « partage du pouvoir de légiférer » entre deux niveaux :
- le niveau de l’Etat fédéral qui continue à faire la loi pour tous dans certaines matières
précises
- le niveau fédéré où chaque collectivité politique fédérée, en toute autonomie, chacun
pour soi, fait la loi ; uniquement dans les matières qui leur ont été confiées.
Que veut dire « en toute autonomie » ? Très précisément, cela veut dire « à l’abri de toute
tutelle » " il n’y a pas de relation de tutelle entre l’Etat fédéral et les collectivités politiques
fédérées ; contrairement à la décentralisation. La loi ne doit respecter que la C° (ou les LS
qui prolongent la C° en Belgique). La seule condition de validité des lois fédérées est le
respect de la C° ; il n’appartient pas à une autorité politique fédérale d’examiner elle-même la
constitutionnalité ou l’opportunité de ces lois fédérées. Seul une CC (en faisant abstraction
de l’exception suisse) peut aborder la question de savoir si la loi fédérale et les lois fédérées
respectent la C°.
Roger PINTO, constitutionnaliste français, précise que « la tutelle est le critère négatif
absolu du fédéralisme ». C’est donc l’absence de tutelle qui constitue en principe la
marque caractéristique du fédéralisme, mais il y a toujours bien évidemment des exceptions.
Donc, si on remarque la présence d’une tutelle entre le niveau fédéral et le niveau fédéré,
c’est que nous ne sommes pas dans un Etat fédéral ; la tutelle est une des caractéristiques
de la décentralisation, par opposition au fédéralisme.
Le principe d’égalité
Dans toutes les matières qui relèvent de la compétence exclusive de l’Etat fédéral ou des
collectivités fédérées, la loi fédérale est juridiquement sur pied d’égalité avec les lois
fédérées. Il n’y a pas de principe hiérarchique. Un certain nombre d’observateurs ont
longtemps dit qu’en Belgique, on ne vit pas dans un Etat fédéral parce que on ne connaît pas
la règle inverse, c’est-à-dire le principe hiérarchique. Selon M. Dumont, ces analystes n’ont
rien compris car ce principe (d’application en Allemagne) n’est pas inhérent au fédéralisme ;
elle est inhérente à une catégorie de compétences que l’on trouve dans beaucoup d’Etats
fédéraux, à savoir les compétences concurrentes.
155
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Il est vrai que dans les matières qui relèvent de ces compétences, il y a un principe
hiérarchique au profit de l’Etat fédéral : loi fédéral > lois fédérées.
Mais ce qui est beaucoup plus caractéristique du fédéralisme, c’est le principe d’égalité qui
s’applique là où les compétences sont exclusives. C’est précisément parce qu’il y a égalité
entre la loi fédérale et les lois fédérées qu’il faut un contrôle juridictionnel de la
constitutionnalité des lois fédérales et fédérées pour trancher les inévitables conflits de
compétences.
Les principes d’autonomie et d’égalité font toute la différence entre le modèle fédéral
et le modèle de la décentralisation.
Aux USA, on conserve le label « Etat » pour désigner les collectivités politiques fédérées ;
les principes d’autonomie et d’égalité pouvant donner à penser que l’on a bien affaire à des
Etats fédérés, à côté de l’Etat fédéral. Mais, si nous travaillons avec la définition du concept
d’Etat (cf. supra), on ne peut pas employer ce label à propos des collectivités fédérées. Si les
Américains veulent qualifier les collectivités fédérées d’Etat, c’est compréhensible car cela
fait référence à leur passé. Avant 1787, on pouvait parler d’Etats confédérés pour qualifier
les USA, mais depuis 1787 et surtout depuis la Guerre de Sécession (1861-1865), le
fédéralisme américain a subi une évolution : les choses sont claires, les Etats fédérés ne
sont pas des Etats tels que nous les avons défini. Il en va de même dans tout Etat fédéral :
les collectivités politiques fédérées ne méritent pas le label d’Etat si on le prend
rigoureusement au sens que nous avons défini.
L’Etat est une collectivité politique souveraine ; la souveraineté apparaissant sous deux
faces : souveraineté externe et souveraineté interne.
Puisque le DI privilégie les Etats, quand une collectivité politique fédérée conclut un traité et
s’engage donc sur le plan des relations internationales, qui est responsable
internationalement de l’éventuel violation du traité conclu par l’entité fédérée ? L’Etat fédéral,
qui sera le cas échéant condamné par la juridiction internationale compétente du chef d’une
violation du traité, néanmoins conclut par une collectivité politique fédérée.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Régulièrement, l’Etat belge est condamné par la CJUE, qui rend alors un arrêt en
constatation de manquement, assorti de conséquences pécuniaires en terme d’astreintes et
d’amendes. La CJUE ne considère absolument pas les arguments de l’Etat belge se
déresponsabilisant et mettant la faute sur les collectivités politique fédérées état donné que
c’est l’Etat fédéral qui endosse la responsabilité internationale des actes commis par ces
collectivités.
Ex :
- la Région flamande conclut un traité avec les Pays-Bas concernant l’Escaut. Si la Région flamande viole
celui-ci, c’est l’Etat belge qui sera mis en cause par les Pays-Bas.
- la Région wallonne ne respecte pas une directive sur la qualité des eaux de rivières ; ne pas respecter
une directive est évidemment méconnaitre le droit de l’UE. La Commission met en demeure la Belgique,
l’Etat supplie la Région de se mettre en ordre. Si cela traine trop, la CJUE finit par rendre un tel arrêt qui
condamne l’Etat belge.
Ex : la révision de la C° fédérale américaine se fait avec l’accord de ¾ des Etats fédérés ; et non pas à
l’unanimité.
Si elles avaient la souveraineté interne, elles auraient le droit de faire sécession, le droit de
se retirer de l’Etat fédéral ; droit qu’elles n’ont pas. Elles peuvent l’exercer de facto, le DI
n’interdit pas la C° ; mais le droit constitutionnel l’interdit.
Exceptions d’Etats fédéraux qui ont le droit de sécession : Ethiopie, ancienne URSS, ancienne Yougoslavie !
contre-exemples peut convaincants.
Cela n’exclut pas la possibilité d’une collectivité politique fédérée de négocier une
sécession : le Québec, en vertu d’une avis de la Cour Suprême du Canada, pourrait, le jour
où il y aurait une majorité de québécois à la sécession du Québec, demander au
Gouvernement fédéral canadien de négocier une sécession à l’amiable ! mais il n’y a pas
de droit unilatéral d’imposer cette sécession.
157
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Le principe de participation
Ce principe veut que les collectivités politiques fédérées sont, en tant que tel, mises en
mesure de participer à la conduite de l’Etat fédéral tout entier " elles ne gèrent pas
uniquement leurs intérêts propres en toute autonomie et sur pied d’égalité avec l’Etat
fédéral ; et ce à travers deux techniques :
(2) Bicaméralisme
Juxtaposition de deux assemblées :
- la Chambre basse qui représente les citoyens de l’Etat fédéral
- la Chambre haute (Conseil ou Sénat) qui est spécifiquement composée pour assurer
la représentation des collectivités politiques fédérées
o Conseil – exemple allemand : Bundesrat allemand composé de ministres
désignés en leur sein par les Gouvernements des Länders et votent
conformément à un mandat impératif décernés par leurs Gouvernements
respectifs.
# le nombre de représentants de chaque collectivité fédérée n’est pas
égal, il y a une surreprésentation des cantons les moins peuplés.
o Sénat – exemple américain : la caractéristique par excellence du modèle
fédéral américain est que chacun des 50 « Etats » fédérés élit deux
sénateurs, indépendamment des différences considérables de population d’un
Etat à l’autre (Californie vs Alaska), pour siéger au sein du Sénat qui légifère
sur pied d’égalité avec la Chambre pour tout le pays.
Attention, ici plus que jamais, il faut se souvenir de l’avertissement de M. Dumont que
chaque Etat fédéral a ses propres caractéristiques ; on ne peut pas dire que dans tous les
Etats fédéraux le modèle américain a été copié, mais il reste quand même un modèle
inspirant pout beaucoup d’Etats fédéraux (Suisse, Brésil, etc.)
158
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Le principe de coopération
« Fédérer » c’est « unir » ; donc un principe de coopération s’impose, mais à ne pas
confondre avec le principe de participation :
- la participation désigne l’ensemble des techniques qui permettent aux collectivités
politiques fédérées de participer à la conduite de l’Etat fédéral,
- tandis que la coopération permet aux collectivités fédérées de collaborer entre-elles
ou avec l’Etat fédéral ; chaque collectivité fédérée est mise en mesure de passer un
accord de coopération avec une autre collectivité fédérée, avec toutes les collectivités
fédérées et éventuellement, avec l’Etat fédéral.
Dans les Etats fédéraux, on recourt à cet instrument car qui dit « partage des compétences »
dit « morcellement », mais dans beaucoup de matières on éprouve le besoin de recréer une
cohérence soit entre les collectivités fédérées soit en mettant tous les partenaires autour de
la table, donc entre l’Etat fédéral et les collectivités fédérées. L’idée est que chacun vient
avec ses compétences, et on met en commun les compétences pour prendre un certain
nombre de décisions qui recréent une cohérence au niveau fédéral et au niveau fédéré.
Mais, on préconise un principe d’autonomie, il y a donc toute une série de matières qui
échappent à la loi fédérale et qui relève des compétences des collectivités fédérées ; et
maintenant on ajoute un principe de coopération qui permet de recréer une cohérence – au
fond, pourquoi ne pas re-transférer ces matières au fédéral, ce qui permettra de faire la loi la
même pour tous ? Il y a une différence majeure entre une loi fédérale et un accord de
coopération qui associe toutes les composantes de la fédération. L’avantage est que
chaque collectivité fédérée ne conclut l’accord de coopération, ne s’engage dans ce lien de
nature conventionnelle QUE si elle le veut. On respecte donc bien le principe d’autonomie,
tout en recréant une cohérence.
En Espagne, le problème du terrorisme basque et des velléités d’indépendance catalans rendent Madrid frileux.
M. Dumont est alors obligé d’enseigner la théorie classique du confédéralisme parce que la
plupart des constitutionnalistes continuent à penser que celle-ci est fidèle à la réalité des
grandes confédérations (germanique, helvétique, américaine) ; alors que des travaux récents
semblent impliquer une nouvelle définition que l’on peut déduire des travaux d’Olivier
BEAUD.
DCON
159
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Il faut le reconnaître, les USA basculent dans le modèle fédéral en 1887, mais jusque la Guerre de Sécession ; la
question de « qui détient la souveraineté ? » est toute à fait obscure dans ce pays. Beaucoup de
constitutionnalistes américains considèrent que les Etas fédérés restent souverains. C’est en réalité en 1887
qu’on réalise que la souveraineté revient à l’Etat fédéral.
Théories "
Théorie classique Théorie d’Olivier BEAUD
Κstiques (6) ê
(1) Acte fondateur de Traité Pacte fédératif qui est selon M.
la confédération Dumont une appellation plus correcte
qui relève du DI que le traité parce que le traité est un
(et non pas d’une acte très spécifique, qui a une certaine
C°, acte de droit portée politique.
interne) Se négocie/conclut/révise à l’unanimité ; cela signifie que chaque Etat
confédéré conserve un droit de véto, et peut donc s’opposer à
l’adoption/révision du traité fondateur. La confédération n’est pas
souveraine puisqu’elle n’a pas le pouvoir du dernier mot ; ce sont les
Etats confédérés qui ont le pouvoir (via leur droit de véto) de s’opposer à
l’adoption/révision du traité fondateur.
(2) Gestion commune Dans l’histoire de la confédération germanique qui a existé de 1815 à
de certaines 1871, de la confédération suisse qui existe jusque 1848, de la
matières confédération américaine qui existe entre 1781 et 1787 ; on constate que
(instaurée par les objets mis en commun concernent essentiellement
l’acte fondateur) - la politique étrangère,
- le commerce international (confédération vs reste du monde),
- un marché commun (Etats confédérés entre eux),
- la défense militaire,
- et parfois le maintien de l’ordre.
(3) Organes de la Assemblée de diplomates = Diète, qui représentent chacun leur Etat.
confédération On présente souvent la règle de La règle de l’unanimité est fausse, les
sont fonctionnement de cette décisions se prennent principalement
rudimentaires assemblée comme la règle de à la majorité
l’unanimité – comme on insiste
sur la souveraineté que gardent
les Etats confédérés, on prétend
c’est l’unanimité qui prévaut pour
la prise de décision
160
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
(4) Décisions prises Non directement applicables Olivier BEAUD a constaté que les
par la aux individus ; on prétend que décisions sont bien directement
confédération les décisions de la confédération applicables aux individus
ne s’adressent qu’aux Etats
confédérés et c’est alors à
chaque Etat qu’il appartient de
transposer les décisions de la
confédération afin qu’elles
puissent être invoquées par les
particuliers
(5) Quid d’une Il n’y en a pas Olivier BEAUD nuance en disant qu’il
nationalité y a une double relation
confédérale ? d’appartenance ! forme de
dédoublement de la nationalité :
- lien d’appartenance des
citoyens à leurs Etats
- lien d’appartenance des
citoyens à la confédération
(//UE)
(6) Quid d’un droit de Unilatéral Il n’y a pas de véritable droit de
sécession ? sécession
Le modèle confédéral est un modèle qui s’est révélé dans l’histoire comme un modèle
transitoire ; un modèle par lequel des Etats souverains ont basculé dans le modèle de l’Etat
fédéral. Aucune des grandes confédérations ne s’est stabilisée : les confédérations
helvétique, américaine, germanique sont devenues des Etats fédéraux.
Ce qui est intéressant, c’est de confronter ces grandes expériences à l’UE ; au fond, elle
s’inspire jusqu’à un certain point du modèle confédéral. Les EM ont le droit de sécession, le
droit de retrait unilatéral " ce n’est donc pas une confédération au sens d’Olivier BEAUD.
L’UE n’est ni un Etat fédéral, ni une confédération d’Etats, elle est une fédération
plurinationale caractérisée par cette disjonction entre souveraineté formelle et
souveraineté matérielle (cf. supra). C’est clair et net : les EM conserve la souveraineté sur
le plan formel puisqu’ils ont un droit de véto et un droit de retrait. Matériellement par contre,
ces Etats ont perdu d’importantes fractions de leur souveraineté au profit d’un
rassemblement des souverainetés au profit de l’UE qui institue une sorte de co-souveraineté
en ce qui concerne l’exercice de compétences aussi sensibles que
- la monnaie
- le contrôle des frontières
- la coopération judiciaire en matière pénale
- etc.
Voilà pour ce premier chapitre dédié aux structures et divisions d’un Etat en général. Nous
avons pris un point de vue comparatiste en tenant compte de la diversité des expériences et
des Etats ; nous avons constaté que dans tous les Etats il y a des collectivités politiques qui
changent de nature en fonction du modèle de l’Etat
o modèle unitaire décentralisé
o modèle régional
o modèle fédéral (autonomie, égalité, participation, coopération)
o modèle confédéral (désormais dépassé, moyennant la nature de l’UE)
161
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Ci-dessous, cette région est quadrillée car barrée ET par la Communauté flamande ET par la
Communauté française (cf. infra §2). Bruxelles a la propension extraordinaire à être la
capitale de tout le monde :
- capitale de l’Etat belge
- capitale de la Communauté flamande
- capitale de la Communauté française
- principal siège des institutions de l’UE
162
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Tout repose donc sut le fait qu’à Bruxelles, tout se rencontre. On a créé les communautés
précisément pour permettre aux flamands de montrer leur solidarité avec les flamands de
Bruxelles. La Communauté française a quant à elle été créée parce que justement, la
Communauté flamande était créée.
Cette carte nous montre trois régions. En droit, nous devons être capable d’identifier ces
régions dans la C° et dans la LS.
En 1970, le constituant insère dans la C° un article 107quater ; que l’on trouve aujourd’hui
intacte dans les articles 3 et 39 de la C°.
Art. 3
« La Belgique comprend trois régions : la Région wallonne, la Région flamande et la Région bruxelloise. »
Dans la C°, on voit à l’art. 166 §2 une autre dénomination que « Région bruxelloise » ; on
nous parle alors de Région de Bruxelles-Capitale.
Art. 166
« […] § 2. Les compétences de l'agglomération à laquelle la capitale du Royaume appartient sont, de la manière
déterminée par une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, exercées par les organes de la
Région de Bruxelles-Capitale créés en vertu de l'article 39. […] »
163
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 39, C°
« La loi attribue aux organes régionaux qu'elle crée et qui sont composés de mandataires élus, la compétence de
régler les matières qu'elle détermine, à l'exception de celles visées aux articles 30 et 127 à 129, dans le ressort et
selon le mode qu'elle établit. Cette loi doit être adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa. »
On ne parle nul part de la Région de Bruxelles-Capitale dans l’art. 39 – mystère ! Nous lisons
- dans l’art. 3 : Région Bruxelloise
- dans l’art. 166 §2 : Région de Bruxelles-Capitale
Les références aux régions dans l’art. 39 correspondent aux régions de l’art. 3 ; comment se
fait-il que dans le même texte constitutionnel il y a deux appellations pour désigner le même
objet, Bruxelles ?
En 1970, quand on crée les régions, il n’y a pas encore de consensus entre les deux
grandes communautés pour faire des régions de véritables collectivités politiques fédérées,
d’où l’art. 39 qui emploie une expression toute à fait ambiguë :
« La loi attribue aux organes régionaux qu'elle crée et qui sont composés de mandataires élus, la compétence de
régler les matières qu'elle détermine […] »
En 1970, ce temps est révolu ! Les flamands sont plus de 6 millions en Belgique, les
francophones étant de 4 millions ; ils forment donc la majorité numérique à l’échelle de l’Etat
belge. Quand les francophones décident de créer trois régions, beaucoup de politiciens
flamands le voit comme « un Région flamande et deux Régions francophones ». Etant donné
que les francophones forment une écrasante majorité à Bruxelles, les flamands seraient dès
lors minorisés institutionnellement.
C’est pour cette raison que les flamands ont beaucoup plus insisté sur les communautés, il y
a trois communautés distinctes ; donc rien ne les menace. En 1970, ils insistent donc pour
obtenir la consécration de celles-ci et l’obtiennent tout de suite " besoins des flamands :
autonomie culturelle
- réaction des wallons : besoin de compétences territoriales, et non linguistiques ou
culturelles
- réaction des bruxellois : « nous sommes bruxellois, et cela doit ressortir »
Art. 134
« Les lois prises en exécution de l'article 39 déterminent la force juridique des règles que les organes qu'elles
créent prennent dans les matières qu'elles déterminent.
Elles peuvent conférer à ces organes le pouvoir de prendre des décrets ayant force de loi dans le ressort et
selon le mode qu'elles établissent. »
Sur la base de cet article, la LSRI confirme le pouvoir de faire des décrets qui ont force de loi
pour la Région wallonne et pour la Région flamande ; mais toujours pas d’accord ni de
précision en ce qui concerne les limites et la gouvernance de Bruxelles.
Ce n’est qu’en 1989 qu’un accord va être trouvé : LSIB du 12/01/198911. Cet accord
présuppose l’insertion dans la C° d’une nouvelle dénomination : Région de Bruxelles-
Capitale. L’art. 166 §2 date de 1988. Le mot est inséré dans un autre article, on a pas pu
révisé l’art. 3 car il n’était pas dans la déclaration de révision ; on l’a donc révisé
implicitement.
EXAMEN
« Expliquez-moi cette curiosité : en principe, dans un texte juridique bien conçu, on
emploie le même terme pour définir la même chose ; or on emploie deux termes
différents : Région bruxelloise et Région de Bruxelles-Capitale. »
10
Loi spéciale de réformes institutionnelles du 8 aout 1980
11
Loi spéciale relative aux institutions bruxelloises du 12 janvier 1989
165
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 5
« La Région wallonne comprend les provinces suivantes : le Brabant wallon, le Hainaut, Liège, le
Luxembourg et Namur. La Région flamande comprend les provinces suivantes : Anvers, le Brabant flamand,
la Flandre occidentale, la Flandre orientale et le Limbourg.
Une loi peut soustraire certains territoires dont elle fixe les limites, à la division en provinces, les faire relever
directement du pouvoir exécutif fédéral et les soumettre à un statut propre. Cette loi doit être adoptée à la majorité
prévue à l'article 4, dernier alinéa. »
On utilise les provinces pour en faire la base territoriale des Régions flamande et wallonne.
Le mot « ressort » correspond à la limite territoriale ; une LS (! la LSRI) doit donc confirmer
le territoire des Régions que l’art. 5 de la c° identifie déjà très largement.
Art. 2, LSRI
« Le territoire des Région wallonne et flamande est, (...), fixé comme suit : La Région flamande comprend le
territoire des provinces d'Anvers, de Flandre occidentale, de Flandre orientale et de Limbourg, ainsi que le
territoire des arrondissements administratifs de Hal-Vilvorde et de Louvain.
La Région wallonne comprend le territoire des provinces de Hainaut, de Liège, de Luxembourg et de Namur, ainsi
que le territoire de l'arrondissement administratif de Nivelles. Par le territoire des provinces et arrondissements
énumérés ci-dessus, il faut entendre le territoire de ces provinces et arrondissements tel qu'il existait au 1er
octobre 1979. »
Art. 2.
« § 1. Le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale comprend le territoire de l'arrondissement administratif
de " Bruxelles-Capitale ", tel qu'il existe au moment de l'entrée en vigueur de la présente loi.
§ 2. A l'article 2, alinéa 1er, de la loi spéciale de réformes institutionnelles du 8 août 1980, ci-après dénommée la
loi spéciale, les mots " à titre transitoire " sont supprimés. »
166
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Le jeu de piste n’est pas fini, nous sommes renvoyés à une autre loi : les LCEL12 qui
définissent le territoire de l’arrondissement administratif de la Région de Bruxelles-Capitale.
Art. 6.
« Il est constitué un arrondissement administratif dénommé "Bruxelles-Capitale" comprenant les communes
de : Anderlecht, Auderghem, Berchem-Sainte-Agathe, Bruxelles, Etterbeek, Evere, Forest, Ganshoren, Ixelles,
Jette, Koekelberg, Molenbeek-Saint-Jean, Saint-Gilles, Saint-Josse-ten-Noode, Schaerbeek, Uccle, Watermael-
Boitsfort, Woluwe-Saint-Lambert et Woluwe-Saint-Pierre. Cet arrondissement administratif à Bruxelles comme
chef-lieu. »
Ce jeu de piste est significatif d’une difficulté extrême à s’entendre sur le territoire de la
Région Bruxelloise ; les francophones ont très longtemps rêvé d’un grand Bruxelles au-delà
des 19 communes qui délimitent l’assise territoriale de la région.
1/04/2015
Il faut commencer les recherches dans la LSRI ; on y trouve, à l’art. 3, la confirmation que les
Région wallonne et flamande ont la personnalité juridique.
Art. 3.
« La Communauté française, la Communauté flamande, la Région wallonne et la Région flamande ont la
personnalité juridique.
En ce qui concerne [...] la Région flamande [...], les attributs de la personnalité juridique sont exercés
conformément à la présente loi, en particulier à l'article 1er. »
12
Lois coordonnées sur l’emploi des langues en matière administratives du 12 aout 1966
167
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 3.
« La Région de Bruxelles-Capitale a la personnalité juridique. »
Art. 3 Art. 4
« La Belgique comprend trois régions : la Région « La Belgique comprend quatre régions
wallonne, la Région flamande et la Région linguistiques : la région de langue française, la
bruxelloise. » région de langue néerlandaise, la région bilingue
de Bruxelles-Capitale et la région de langue
allemande. […] »
L’art. 4 de la C° met en place quatre régions linguistiques qui ne peuvent pas être
confondues avec les trois régions de l’art. 3 de la C° !
1. Le ressort territorial
(1) Géographiquement
(2) En droit
Art. 4
« La Belgique comprend quatre régions linguistiques : la région de langue française, la région de langue
néerlandaise, la région bilingue de Bruxelles-Capitale et la région de langue allemande.
Chaque commune du Royaume fait partie d'une de ces régions linguistiques.
Les limites des quatre régions linguistiques ne peuvent être changées ou rectifiées que par une loi adoptée à la
majorité des suffrages dans chaque groupe linguistique de chacune des Chambres, à la condition que la majorité
des membres de chaque groupe se trouve réunie et pour autant que le total des votes positifs émis dans les deux
groupes linguistiques atteigne les deux tiers des suffrages exprimés. »
Le dernier alinéa correspond à une LS parce qu’à chaque fois que le constituant fait un
renvoi à l’art. 4 de la C° ; il renvoi à une LS " ici = LCEA.13 Une des justifications du recours
à la technique des LS est le souci d’assurer la pérennité et de renforcer la stabilité d’une
règle de droit à laquelle on tient tout particulièrement. Pour rappel, dans l’histoire politique de
la Belgique, ceux qui tiennent comme à la prunelle de leurs yeux à la pérennité de la frontière
linguistiques sont les néerlandophones pour une raison compréhensible : la peur de la
francisation. Si la frontière linguistique n’avait pas été clairement fixée et gelée, il est
probable que certaines francophones auraient continué l’extension sur le territoire du Brabant
flamand. Le mouvement politique flamand, relayé par les mandataires politiques flamands
dans leur immense majorité, a exigé la protection d’une aire linguistique néerlandophone.
Dans la LCEA
Art. 3.
« § 1. La région de langue néerlandaise comprend :
1° les provinces d'Anvers, de Flandre occidentale, de Flandre orientale et de Limbourg;
2° l'arrondissement de Hal-Vilvorde dont il est question au § 2 ;
3° l'arrondissement de Louvain.
§ 2. Les communes autres que celles énumérées (à l'article 6) sont distraites de l'arrondissement administratif de
Bruxelles. Le Roi groupe ces communes en un arrondissement administratif ayant comme chefs-lieux Hal et
Vilvorde. »
Art. 4.
« La région de langue française comprend :
1° les provinces de Hainaut, de Luxembourg et de Namur;
2° la province de Liège, à l'exception des communes énumérées à l'article 5;
3° l'arrondissement de Nivelles. »
Art. 5.
« La région de langue allemande comprend les communes de : Eupen, Eynatten, Hauset, Hergenrath, Kettenis,
La Calamine, Lontzen, Neu-Moresnet, Raeren, Walhorn, Amblève, Bullange, Butgenbach, Crombach, Elsenborn,
Heppenbach, Lommersweiler, Manderfeld, Meyerode, Recht, Reuland, Rocherath, Saint-Vith, Schoenberg et
Thommen. »
13
Lois coordonnées sur l’emploi des langues en matière administratives du 12 aout 1966
169
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Le concept de région linguistique illustre parfaitement cette définition. La LCEA date des
années 60 :
- il n’y avait pas encore de communautés
- il y avait un seul législateur ! Etat unitaire
Mais on voulait déjà différencier les règles de la législation sur l’emploi des langues en
matière administrative en fonction du lieu où ces règles devaient s’appliquer.
Dans un second temps, quand les communautés sont créées par le constituant en 1970, ce
dernier va utiliser le concept de région linguistique pour délimiter le champ d’application
ratione loci (territorial) des décrets. Très précisément, les régions linguistiques déterminent,
en liaison avec le § 2 des articles 127 à 129 de la Constitution (cf. infra), le cadre spatial
dans lequel peuvent s'exercer les compétences des Communautés et du législateur fédéral,
spécialement dans le domaine de l'emploi des langues.
L’arrondissement électoral de BHV a donné lieu à des conflits oniriques (cf. infra + lire annexe).
170
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
b. L’article 4 de la C°
Art. 4
« La Belgique comprend quatre régions linguistiques : la région de langue française, la région de langue
néerlandaise, la région bilingue de Bruxelles-Capitale et la région de langue allemande.
Chaque commune du Royaume fait partie d'une de ces régions linguistiques.
Les limites des quatre régions linguistiques ne peuvent être changées ou rectifiées que par une loi adoptée à la
majorité des suffrages dans chaque groupe linguistique de chacune des Chambres, à la condition que la majorité
des membres de chaque groupe se trouve réunie et pour autant que le total des votes positifs émis dans les deux
groupes linguistiques atteigne les deux tiers des suffrages exprimés. »
Mais les néerlandophones n’ont pas partagé cette lecture : si le constituant a mis en place
quatre régions linguistiques dans l’art. 4, ce n’est pas uniquement pour instituer une
catégorie de circonscription administrative ; mais bien pour consacrer sans doute de manière
implicite mais certaine
- la primauté/exclusivité de la langue néerlandaise pour tous les acteurs des autorités
publics dans la région de langue néerlandaise ;
- la primauté/exclusivité de la langue française pour tous les acteurs des autorités
publics dans la région de langue française ;
- la primauté/exclusivité de la langue allemande pour tous les acteurs des autorités
publics dans la région de langue allemande ;
- le caractère bilingue de la Région de Bruxelles-Capitale.
171
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Avant de présenter cette saga, quelques éléments de base doivent être clairs dans nos
esprits.
1. Contexte politique
La frontière linguistique est gelée dans l’art. 4 de la C° ; mais elle ne date pas de 1970. La
décision d’enfermer la région bilingue de Bruxelles-Capitale dans le carcan des 19
communes date du conclave de Val Duchesse de 1963.
Les 6 communes périphériques sont : Linkebeek, Kraainem, Drogenbos, Wezembeek-oppem, Wemmel et Rhode-
Saint-Genèse.
172
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
La réaction du mouvement flamand face à cette proposition de loi est très vive, quasi
violente :
- marches sur Bruxelles pour lutter contre la francisation ;
- la presse néerlandophone se déchaine et lève l’étendard de la révolte contre
l’hypothèse d’une extension de la région bilingue de Bruxelles-Capitale au-delà des
19 communes.
1.2. Loi du 23 décembre 1970, modifiant les lois du 18 juillet 1966 sur l’emploi des langues
en matière administrative
Les communes périphériques reste en quelque sorte « suspendue » et dans aucune région
linguistique entre 1963 et 1970, et c’est en 1970 qu’on les incorpore dans la région de langue
néerlandaise.
Doctrine francophone
Dans un premier temps, les francophones se contente de voir dans l'article 4 ce que nous
venons d'y lire : une règle de délimitation du champ d'application des décrets et de la
législation linguistique (cf. supra).
Mais la SLCE avait rendu un avis sur un projet de loi concernant la commune de Fourons ;
avis qui donnait déjà à penser qu’il ne fallait pas interpréter l’art. 4 de la C° comme formulant
simplement des circonscriptions administratives mais comme contenant une règle de fond
consacrant la primauté/exclusivité de la langue néerlandaise dans la région de langue
néerlandaise.
C’est surtout l’arrêt Germis qui va mettre le feu aux poudres ; quoique les francophones vont
mettre plusieurs années avant de le découvrir parce qu’ils ne lisent pas suffisamment la
jurisprudence en néerlandais…
Il se fait que des conseillers communaux francophones fraichement élus ont osé prêter
serment en français. Un recours est alors introduit à la SCA du CE aux fins de faire annuler
cette prestation de serment. Cette dernière est un acte indispensable puisqu’il marque
l’acceptation du début de l’exercice de la fonction.
173
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
NB : à l’époque, seule la chambre flamande sur CE était compétente pour des affaires localisées sur le territoire
de langue néerlandaise.
Mais objectivement, en relisant l’art. 4, il faut bien reconnaître qu’il ne dit pas cela " le CE
procède donc à une interprétation téléologique, c’est-à-dire à une méthode d’interprétation
qui fait dire à un texte le plus de choses éloignées lui-même ! on tire sur la ficelle de
l’interprétation pour faire dire au texte des choses qu’il ne dit pas explicitement, mais qu’il est
censé vouloir dire compte tenu de la ratio legis du texte.
Le CE précise donc dans cet arrêt que la raison d’être de l’art. 4 de la C ° et de la notion de
région linguistique est de consacrer l’exclusivité de la langue néerlandaise dans la région de
langue néerlandaise ; sauf exceptions prévues par la loi.
Bien sûr, le CE sait très bien qu’il y a une législation linguistique qui déroge à la primauté du
néerlandais dans la région de langue néerlandaise ; mais l’interprétation de la 4e chambre
flamande du CE consiste à dire qu’il y a un principe et il y a des exceptions. Le principe
garanti part l’art. 4 de la C° est l’exclusivité du néerlandais dans la région de langue
néerlandaise ! un principe général d'unilinguisme découle de la notion même de
région linguistique ; et les exceptions ne sont possibles que si une loi l’indique.
Art. 30
« L'emploi des langues usitées en Belgique est facultatif (! libre) ; il ne peut être réglé que par la loi, et
seulement pour les actes de l'autorité publique et pour les affaires judiciaires. »
Donc, dans une commune située dans la région de langue néerlandaise, en l'occurrence Beersel, tous les
conseillers communaux doivent prêter serment en néerlandais, quand bien même aucune loi ni décret ne le
prescrivait à l'époque. Un principe général d'unilinguisme découle de la notion même de région linguistique, selon
cet arrêt.
La jurisprudence du Conseil d’Etat considère en outre que les facilités accordées dans les communes à régime
linguistique spécial ne valent que pour une partie des administrés, et non pas pour les mandataires communaux
qui les représentent.
Elle a admis que l'article 4 « comporte une restriction de la compétence des législateurs en
matière d'emploi des langues et constitue ainsi la garantie constitutionnelle de la primauté
(pas exclusivité) de la langue de la région unilingue ou du caractère bilingue de la région ».
Mais, a-t-elle ajouté, « en soi, cet article 4 n'entraîne toutefois pas de transformation de
l'ordonnancement juridique, il ne peut se déduire de cet article que celui-ci imposerait
directement, par son effet propre, des obligations en matière d'emploi des langues ou
une exigence des connaissances linguistiques dans le chef des mandataires publics ».
C’est un bon compromis. Honnêtement, il est vrai que les francophones doivent se dire que
l’art. 4 de la C° a une interprétation qui va un peu au-delà d’une notion purement technique
qu’est la circonscription administrative " il s’agit de la garantie de principe de la primauté
- de la langue néerlandaise dans la région de langue néerlandaise ;
- de la langue française dans la région de langue française ;
- de la langue allemande dans la région de langue allemande ;
- du caractère bilingue de la Région de Bruxelles-Capitale.
MAIS, en soit cet article 4 ne comporte aucune règle de comportement précise ! sous-
entendu : l’arrêt Germis ne tient pas la route. Le problème est que les chambres flamandes
du CE resteront parfaitement sourdes à la jurisprudence précitée de la Cour d’arbitrage.
Un obiter dictum est un considérant/développement qu’un juge écrit dans les motifs d’un
arrêt qui ne sert pas de soutien indispensable au dispositif de l’arrêt ! pas d’autorité de
chose jugée.
Or, comme le constitutionnaliste Jan VELAERS l’a bien montré : l’interprétation de l’article 4
de la C° dans l’optique de la CA au contraire EST indissolublement lié au dispositif de l’arrêt ;
et que si le CE avait accepté de se soumettre à l’interprétation de la CA, la saga se serait
arrêtée là. L’arrêt Germis a donc ouvert la voie à un chapelet de décisions qui vont trouver
leur prolongement dans cinq arrêts célèbres du CE, rendus le même jour, le 30 septembre
1986, notamment deux arrêts Happart qui annuleront la nomination de José Happart en
qualité de bourgmestre de la commune de Fourons sera annulée sur cette base.
175
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
21/04/2015
Cet arrêt a inspiré le CE dans toute une série d’autres décisions, qui ont persévéré dans la même voie ; malgré
l’arrêt du 26 mars 1986 de la CA, typiquement pacificateur, qui dit que l’art. 4 de la C° comporte une restriction à
la compétence des législateurs en matière d’emploi des langues puisqu’il garanti la primauté de la langue de la
région unilingue – donc en soit la CA donne raison à l’arrêt Germis sur ce point de vue là – MAIS, elle ajoute
également que cet article n’entraine pas une règle de comportement qui serait directement applicable en matière
d’emploi des langues ; par son effet propre cet article n’impose pas directement des obligations en matière
d’emploi des langues dans le chef des mandataires publics.
La loi dite de pacification communautaire n’a cependant pas empêché l’apparition d’une
nouvelle divergence de jurisprudence de la part de la CA et du CE.
Art. 25
14
« Les mêmes services emploient dans leurs rapports avec un particulier la langue que l'intéressé utilise quand
celle-ci est le néerlandais ou le français. […] »
Art. 26.
14
« Les services susmentionnés rédigent en néerlandais ou en français, selon le désir de l'intéressé, les
certificats, déclarations et autorisations délivrés aux particuliers. »
Donc, dans les LCEA, on ne précise pas comment la commune peut prendre connaissance
du désir de l’administré ; il est simplement dit que les services communaux
- emploient le néerlandais/français si l’administré utilise le néerlandais/français
- rédigent en néerlandais/français, selon le désir de l'intéressé, les certificats,
déclarations et autorisations
Une circulaire n’est pas un acte administratif15 mais un commentaire qui, en principe, n’ajoute
rien à la règle de droit mais qui facilite son application ! permet de prendre facilement
connaissance d’une série de règles de droit.
Cette série de circulaires représente très bien la position des néerlandophones par rapport
aux facilités accordées aux francophones dans les communes à facilités : elles sont
destinées à disparaître. Il s’agit quand même d’une question de courtoisie élémentaire
d’apprendre la langue de la région linguistique dans laquelle on habite. Mais juridiquement, il
n’était pas du tout question d’une telle interprétation de la LCEA " il n’y a rien dans les
travaux préparatoires de la loi qui prouve que les facilités sont bel et bien destinées à
disparaître.
14
Services communaux.
Un acte administratif est un acte juridique qui impose des droits et des obligations.
15
178
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Il s’agissait donc d’un autre point de friction à régler lors des discussions pour la formation du
Gouvernement au lendemain des élections législatives de 2010 ; c’est la sixième réforme de
l’Etat qui mis fin à ce contentieux.
Les francophones sont quand même très échaudés par tout ce qui a précédé la 6e réforme
de l’Etat et s’intéressèrent donc à la situation où il y aurait autant de pour que de contre dans
cette assemblée du CE ! situation où tous les conseillers d’Etat préconiseraient une
solution A et les conseillers d’Etat francophones préconiseraient au contraire une solution B.
Qu’est-ce qu’il se passe en cas de parité de voix ? Les LCEE précisent dans l’art. 97 que
la voix de celui qui préside l’assemblée générale est prépondérante.
Art. 97.
« […] En cas de parité de voix, lorsque l'assemblée générale est saisie en application de l'article 93, la voix de
celui qui préside l'assemblée générale, conformément à l'article 95, §§ 2 à 4, est prépondérante. »
Le problème est d’éviter que systématiquement, quand l’assemblée générale est présidée
par
- un conseiller d’Etat flamand " jurisprudence plutôt flamande
- un conseiller d’Etat francophone " jurisprudence plutôt francophone
On précise alors dans l’art. 95 §2 que « lorsque l'assemblée générale est saisie en
application de l'article 93, elle est présidée alternativement par le premier président et par le
président en fonction de l'inscription au rôle » ! le premier président et le président sont
toujours d’un sexe linguistique différent.
Il s’agit d’un extraordinaire tricotage d’un compromis qui envisage tous les détails pour forcer
l’assemblée générale du CE, qui est paritaire, à produire une jurisprudence pacificatrice.
Ce nouveau dispositif (le compromis) est verrouillé comme suit par l’art. 160 de la C°, tel qu’il
a été révisé le 19 juillet 2012 :
« Une modification des règles sur l’assemblée générale de la section du contentieux administratif du Conseil
d’Etat qui entrent en vigueur le même jour que cet alinéa, ne peut être apportée que par une loi adoptée à la
majorité prévue à l’article 4, dernier alinéa ».
Un recours est introduit contre cette loi, auprès de la CC – recours rejeté. L’affaire se termine
par quelques arrêts, effectivement pacificateur rendus par l’assemblée générale du CE.
Dans l’arrêt 227.775 rendu le 20 juin 2014, l’assemblée générale de la SCA du CE est à
nouveau amené devant un problème d’élections de bourgmestre et trouve un compromis. Il
dit que le principe de la primauté du néerlandais dans la région unilingue néerlandaise qu’il
faut respecter (via l’art. 4 de la C°) est à concilier avec la volonté de donner aux particuliers
la possibilité d’utiliser la langue française dans leurs rapports avec l’autorité communale " il
faut donc concilier l’unilinguisme avec les facilités, en se mettant à la recherche d’un
juste équilibre entre les intérêts en présence. (ARRÊT A IMPRIMER !!!)
Le problème est que c’est le législateur qui aurait dû énoncer la meilleure façon de concilier
l’unilinguisme avec les facilités ! les responsables politiques ont renvoyé la balle à
l’assemblée générale de la SCA du CE ; étant donné que c’est un peu la chambre flamande
du CE qui avait créé le problème (arrêt Germis). Le CE a donc fait œuvre normative : sous
apparence jurisprudentielle, il aurait en effet rendu un sorte d’arrêt de règlement qui est tout
à fait interdit – mais dans ce cas, il a bien fallu que le CE se substitue au législateur qui n’a
pas voulu s’en occuper.
« Afin de respecter à la fois la primauté du néerlandais dans la région unilingue néerlandaise et les droits garantis
aux particuliers des communes périphériques aux articles 25, 26 et 28, précités, il faut considérer que […]
l'autorité communale doit se référer à la connaissance qu'elle a de la langue du particulier, mais que celui-ci doit
porter son désir d'être servi en français à la connaissance de l'administration à intervalle régulier raisonnable.
L'autorité communale doit se référer à ce choix, dont elle ne peut prendre connaissance qu'au moyen d'une lettre
que le particulier envoie à l'administration communale ou y dépose à cette fin. Ce choix s'applique pendant un
délai raisonnable, à savoir pendant une période de quatre ans, à compter de la réception ou du dépôt de la lettre
visée à l'administration communale. Après l'expiration de ce délai de quatre ans, le particulier peut renouveler son
choix par une lettre adressée à l'administration communale, chaque fois pour une nouvelle période de quatre ans.
L'administration communale doit chaque fois, sans délai, envoyer un accusé de réception ou un reçu de dépôt de
la lettre au particulier concerné. Il s'ensuit que ni l'interprétation préconisée par la requérante, ni l'interprétation
16
préconisée par la partie adverse ne sont actuellement admissibles. »
C’est une règle de droit qui est inventée de toute pièces par un juge ! Mais quel désaveu, car
c’est quand même la chambre flamande du CE qui a tricoté une jurisprudence très militante
qui est à la source de tensions dont on aurait peut-être pu se passer (selon M. Dumont).
Nous allons maintenant reprendre le fil de la définition de la collectivité politique, avec les
compétences des Régions de l’art. 3.
16
Arrêt 227.775 du 20 juin 2014
180
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Ces compétences sont, tout d’abord, énoncées dans la C°. Il s’agit du fameux art. 107quater
qui a été révisé et remplacé par les articles 3 et 39. L’art. 39 ne dit rien de précis sauf qu’une
LS est nécessaire.
Art. 39, C°
« La loi attribue aux organes régionaux qu'elle crée et qui sont composés de mandataires élus, la
compétence de régler les matières qu'elle détermine, à l'exception de celles visées aux articles 30 et 127 à
129, dans le ressort et selon le mode qu'elle établit. Cette loi doit être adoptée à la majorité prévue à l'article 4,
dernier alinéa. »
Il fallut attendre 1980 pour qu’on s’entende sur les compétences des Régions wallonne et
flamande, et 1989 pour la Région de Bruxelles-Capitale.
C’est donc dans la LSRI du 8 août 1980, telle qu’elle a été révisée à maintes reprises par
après, que se trouve une liste impressionnante de compétences régionales. Ce sont les
articles 6 (à lire attentivement !) à 16 de la LSRI qui énoncent les compétences des régions.
Nous avons vu que les trois Régions de l’art. 3 sont des collectivités politiques parce qu’elles
remplissent les 3 critères
(1) personnalité juridique distincte de celle de l’Etat
1° Régions flamande et wallonne : art. 3 LSRI
2° Région de Bruxelles-Capitale : art. 3 LSIB
(2) compétences propres " cf. art. 39 de la C° et LSRI.
(3) organes élus : ce que nous allons voir maintenant, région par région.
a. Région flamande
Il n’y a pas de Parlement ni de Gouvernement de la Région flamande ; alors qu’il y a un
Parlement et un Gouvernement régional wallon et un Parlement et un Gouvernement
régional bruxellois. Pourquoi ? Il y a bel et bien un Parlement et un Gouvernement
flamande ; mais ce sont les organes de la Communauté flamande ! on a pratiqué au Nord
du pays la fusion des institutions communautaires et régionales. En droit ce n’est pas
une fusion/absorption mais cela y ressemble dans les faits ; juridiquement on a toujours deux
personnes morales de droit public distinctes ! deux personnalités juridiques distinctes : la
Communauté flamande et la Région flamande.
Le terme exacte est « liaison institutionnelle », qui revient en pratique à une absorption de
la Région flamande par la Communauté flamande est autorisée par l'article 137 de la
Constitution et mise en œuvre par une série d’articles de la LSRI du 8 août 1980 (cf. année
prochaine).
Art. 137
« En vue de l'application de l'article 39 (Régions), le Parlement de la Communauté française et le Parlement
de la Communauté flamande ainsi que leurs Gouvernements PEUVENT exercer les compétences
respectivement de la Région wallonne et de la Région flamande, dans les conditions et selon les modalités
fixées par la loi. Cette loi doit être adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa. »
C’est donc le législateur spécial qui PEUT autoriser cette liaison institutionnelle ;
- il l’a fait pour la Région flamande ;
- il ne l’a pas fait pour la Région wallonne parce que les wallons n’en ont pas voulu ! il
n’y a donc pas l’équivalent de la liaison institutionnelle/fusion au Sud du pays (cf.
infra).
Art. 1
« § 1. Le (Parlement) et (le Gouvernement) de la Communauté flamande, ci-après dénommés "(Le Parlement
flamand)" et "(le Gouvernement flamand)", sont compétents pour les matières visées aux articles 127 à 129 de la
Constitution.
Ils exercent dans la Région flamande les compétences des organes régionaux pour les matières visées à
l'article 39 de la Constitution, dans les conditions et selon le mode déterminés par la présente loi.
§ 2. Le (Parlement) et (le Gouvernement de la Communauté française), ci-après dénommés "(Le Parlement de la
Communauté française)" et "(le Gouvernement de la Communauté française)", sont compétents pour les matières
visées aux articles 127 à 12 de la Constitution.
§ 3. Il y a pour la Région wallonne un (Parlement) et un (Gouvernement), ci-après dénommés "(Le Parlement
wallon)" et "(le Gouvernement) régional wallon" qui sont compétents pour les matières visées à l'article 39 de la
Constitution, dans la Région wallonne. »
Elle répond à la volonté politique du mouvement flamand de voir consacrées l'unité des
institutions flamandes et l'union de la Flandre et de Bruxelles. En effet, si les
néerlandophones sont très nettement majoritaires en Belgique,
- ils sont cependant « minoritaires » à Bruxelles,
- et la proportion de « néerlandophones bruxellois » dans la population flamande totale
de Belgique est assez faible (moins de 2%).
Ceci explique le fait que le mouvement flamand n’ait éprouvé aucune réticence à l’absorption
de la Région flamande par la Communauté flamande, trait d’union entre néerlandophones de
Flandre et néerlandophones bruxellois.
Combien de flamands de Bruxelles sont représentés dans le Parlement flamand ? Voir dans
la LSRI (art. 24).
Art. 24
« § 1. (Le Parlement flamand) se compose :
1° de 118 membres élus directement;
2° de 6 membres domiciliés sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale et élus directement en cette
qualité, conformément à l'article 30, § 1er, alinéa 1. […]
Il y a donc une asymétrie institutionnelle entre le Nord et le Sud du pays, qui est totalement
typique du fédéralisme belge.
Ceux qui sont réalistes savent très bien que ce n’est qu’une utopie ; mais on pourrait au
moins espérer un meilleur équilibre. S’il y avait spontanément 50% de flamands et 50% de
francophones à Bruxelles, la situation serait toute autre ! le néerlandais serait donc
beaucoup plus pratiqué à Bruxelles. La fusion/liaison institutionnelle est donc une façon
pour la Région flamande de bien montrer qu’elle est unie aux flamands de Bruxelles
" la communauté flamande est l’expression symbolique de la solidarité des flamands de
Flandre avec les flamands de Bruxelles
183
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
b. Région wallonne
Il y a donc bien un Parlement et un Gouvernement de la Région wallonne ; la procédure de
liaison institutionnelle n’a pas été activée que l’art. 137 de la C° permet. Les règles de droit
qui régissent les organes de la Région wallonne se trouvent d’abord dans la C°, et puis dans
la LSRI.
« Sans préjudice de l'article 137 » ! signifie que ce qui va suivre ne porte pas préjudice à l’art. 137 qui
a bel et bien été activé au Nord du pays.
Art. 116 Art. 122
« § 1er. Les Parlements de communauté et de région « Les membres de chaque Gouvernement de
sont composés de mandataires élus. […] » communauté ou de région sont élus par leur
Parlement. »
LSRI Art. 24 Art. 63
« […] § 2. (Le Parlement wallon) se compose de 75 « […] § 3. ((Le Gouvernement wallon)) compte (sept)
membres élus directement. membres (au plus), en ce compris le président.
(Le Parlement wallon) peut, par décret, modifier le nombre § 4. (Les (Parlements) peuvent, chacun pour ce qui le
visé à l'alinéa 1er et fixer des règles complémentaires de concerne, modifier par décret le nombre maximum
composition. […] » des membres de leur Gouvernement.) »
" §4 ! autonomie constitutive = pouvoir
d’auto-organisation que chaque
communauté/région possède ; le Parlement a
activé cette possibilité en disant que le
Gouvernement régional wallon peut se
composer de 9 membres = vote d’un décret
spécial qui augmente le nombre de membres du
Gouvernement.
Il y a donc
- un Parlement régional wallon qui est composé de 75 membres élus directement au
suffrage universel par les citoyens domiciliés dans la Région wallonne
- un Gouvernement régional wallon composé de 9 membres au plus élus par le
Parlement régional wallon
o Ministre président = Paul Magnette
Le Parlement régional wallon vote les décrets qui ont force de loi dans les matières
régionales, et le Gouvernement régional wallon les exécute par des arrêtés.
184
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Pourquoi n'a-t-on pas fait au sud du pays ce qu'on a fait au nord, alors que l'article
137 de la Constitution le permettait? Pourquoi n'a-t-on pas, là aussi, consacré l'absorption
de la Région wallonne par la Communauté française ? " EXAMEN !!
(1) 1ère raison ! peur des wallons d’être quelque peu écrasés/marginalisés par
l’importance de la représentation francophone Bruxelloise
Si on avait fait au Sud du pays la même chose que ce qu’on a fait au Nord du pays, il y aurait
un Parlement de la Communauté française qui servirait de Parlement régional wallon et un
Gouvernement de la Communauté française qui servirait de Gouvernement wallon " il y
aurait eu beaucoup de voix bruxelloises (± 25%) dans le Parlement qui se préoccuperaient
de ce qu’il se passe dans la Région wallonne, qui n’est pas la leur.
Le système dans le Parlement flamand est le suivant : quand il discute d’un décret qu’il ne
concerne que la Région flamande (et donc pas les Bruxellois), les 6 flamands bruxellois
peuvent intervenir même si cela ne concerne pas leur Région, mais ils ne peuvent pas voter.
De même, quand le Gouvernement flamand aborde une matière qui ne concerne que la
Région flamande ne demande pas au ministre régional flamand, il peut donner son avis mais
il ne participe pas à la prise de décision comme telle. Il y a donc une écouté possible du point
de vue Bruxellois dans les organes de la Région flamande.
Evidemment, le poids des francophones Bruxellois dans la Communauté française est tel
que il pourrait peser d’un poids plus lourd sur la discussion de décrets qui ne vont s’appliquer
que sur le territoire de la seule Région wallonne ! les wallons n’en ont pas voulu. On peut le
regretter parce qu’on a raté une occasion de simplification ; cela aurait été probablement plus
simple d’avoir un Parlement et un Gouvernement wallon-Bruxellois, qui aurait abordé ET les
matières régionales ET les matières communautaires.
Quand on lit l’art. 170 de la C°, on a l’impression que toutes les Régions ont un pouvoir
fiscal propre.
Art. 170
« § 1er. Aucun impôt au profit de l'État ne peut être établi que par une loi.
§ 2. Aucun impôt au profit de la communauté ou de la région ne peut être établi que par un décret ou une
règle visée à l'article 134. […] »
Il y a bien un pouvoir fiscal propre reconnu en théorie aux Régions et aux Communautés ;
elles peuvent donc lever des impôts. En réalité, il n’y a pas de pouvoir fiscal propre des
Communautés. Imaginons que la Communauté française devrait absorber la Région
wallonne et qu’elle décide de lever un impôt ; quels sont les contribuables qui devront le
payer ? Impossible de déterminer qui doit le payer puisqu’il n’y a pas de sous-
nationalité ! il n’y a pas de liste des Bruxellois francophones qui devraient payer les impôts
levés par la Communauté française ou une liste des Bruxellois néerlandophones qui
devraient payer les impôts levés par la Communauté flamande" le pouvoir fiscal propre est
donc purement théorique.
Non seulement l’idée de la fusion a été abandonnée, mais l’inverse s’est produit. Résultat: la
révision constitutionnelle de 1993 a ouvert la voie à une opération inverse à celle de
l'absorption ! la Communauté française a subit une cure d’amaigrissement en
transférant l’exercice de plusieurs de ses compétences à la Région wallonne (très
demandeuse de « grossir ») et à qui ?
Il ne serait pas logique que la Communauté française transfert l’exercice de certaines de ses
compétences parce qu’il y a des flamands à Bruxelles. Les compétences de la Communauté
française sont des compétences comme l’enseignement, la culture, etc. ; compétences qui
ne peuvent pas être transférées à la Région bruxelloise parce que cela supprimerait
l’autonomie culturelle dont les flamands bénéficient dans le cadre de leur communauté. Il faut
donc trouver une institution qui ne représente que les francophones à Bruxelles = la COCOF,
qui correspond au groupe linguistique français du Parlement de la Région de Bruxelles-
Capitale.
Art. 138
« Le Parlement de la Communauté française, d'une part, et le Parlement de la Région wallonne et le groupe
linguistique français du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale = assemblée de la COCOF, d'autre part,
peuvent décider d'un commun accord et chacun par décret que le Parlement et le Gouvernement de la Région
wallonne dans la région de langue française et le groupe linguistique français du Parlement de la Région de
Bruxelles-Capitale et son Collège dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale exercent, en tout ou en partie, des
compétences de la Communauté française. […] »
186
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Ce transfert de compétences n'est subordonné qu'à la conclusion d'un accord des trois
partenaires concernés et a été
- opéré par décret spécial adopté à la majorité des ⅔ des membres du Parlement de la
Communauté française et à la majorité absolue des suffrages.
- accepté par décret voté à la majorité absolue par la Région wallonne
- accepté par décret à la majorité absolue par la COCOF
NB : trois décrets de transferts avec le même texte, mais sanctionné par trois autorités différentes !
Pourquoi est-ce qu’on a eu recours à la majorité des ⅔ pour le décret spécial adopté par le
Parlement de la Communauté française, mais seulement à la majorité absolue pour les deux
décrets d’acceptation du transfert de compétences de la Région wallonne et de la COCOF ?
La réponse est dans les travaux préparatoires : « il est plus difficile de donner que de
recevoir » ! l’explication est purement politique en réalité, il n’y avait tout simplement pas
une majorité des ⅔ à la Région wallonne et à la COCOF.
Nous sommes donc en 1993, au lendemain des Accords de la Saint-Quentin qui décident
- de ne pas imiter le modèle
- de résoudre le problème financier structurel de la Communauté française par ces
décrets ; on lui enlève des compétences et on transfert les moyens financiers qui
étaient les siens dans une proportion moindre ! la Région wallonne et la COCOF
supportent donc la Communauté française dans une certaine mesure.
Les matières sont très intriquées car quand on évoque les compétences de la Région
wallonne, il faut toujours à l’esprit les transferts que nous sommes en train d’évoquer. C’est
dans la LSRI que se trouve une liste impressionnante de compétences régionales (articles 6
à 16) ; donc quand on analyse ces articles il faut penser aux décrets de transfert car en plus
des compétences régionales, la Région wallonne a reçu toute une série de compétences qui
proviennent de la Communauté française.
187
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
EXAMEN
Est-ce que la Région wallonne peut exercer ses compétences dans les matières transférées
sur la totalité de son territoire ? NON, les transferts permis par l’art. 138 de la C° sont les
transferts que la Communauté française accorde à la Région wallonne dans les limites de la
région de langue française d’une part, et à la COCOF d’autre part. Si cela n’était pas précisé,
la Région wallonne empiéterait sur les compétences de la Communauté germanophone
22/04/2015
c. Région bruxelloise
C'était cette fameuse région visée dans l'art. 107quater de la C° (actuellement les art. 3 et
39).
(1) en 1970 la Région est crée sur le papier,
(2) en 1980, elle est toujours sur le papier parce que seules les Régions wallonne et
flamande reçoivent des institutions,
(3) il faut attendre la révision constitutionnelle de 1988-89, et plus particulièrement la
LSIB pour que cette région soit effectivement dotée d'un Parlement et d'un
Gouvernement.
188
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Au gré des élections, on a constaté qu'il y avait tantôt 11, tantôt 10, tantôt 9 élus
néerlandophones dans le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale (un si petit nombre
sur 75 membres). On peut bien évidemment comprendre la crainte des flamands de voir leur
représentation diminuer compte tenu de cette représentation minoritaire. Ils ont donc
demandé à bénéficier d’un nombre prédéterminé de sièges ; fixation qui a été intriquée dans
la LSIB.
Art. 10
« Le (Parlement) est composé de 89 membres élus directement. »
C’est dans cette dernière que l’on découvre que le Parlement de la Région de Bruxelles-
Capitale est passé de 77 à 89 membres ; augmentation qui s’explique par le souci de
surreprésenter la minorité flamande de Bruxelles ! cf. art. 20 §2 de la LSIB.
Art. 20
« § 2. Avant de procéder à la dévolution des sièges à conférer, les sièges sont répartis à concurrence de 72
entre l'ensemble des groupements de listes de candidats du groupe linguistique français et de 17 entre
l'ensemble des groupements de listes de candidats du groupe linguistique néerlandais. »
La CA (actuelle CC) a néanmoins considéré, dans son arrêt n° 35/2003 du 25 mars 2003,
que cette mesure de protection de la minorité flamande n'est pas contraire au principe de
non discrimination. Cela fait parti de l’équilibre politique de la Belgique.
Les francophones sont bénéficiaires de toute une série de garanties (LS, parité au Conseil
des ministres, sonnette d’alarme, cf. supra) à l’échelle de l’Etat fédéral parce qu’ils sont
minoritaires. Les flamands résonnent donc comme suit : les garanties octroyées aux
francophones placent ces derniers pratiquement au même niveau que la majorité numérique
néerlandophone ; et donc à l’échelle de Bruxelles (capitale de l’Etat), les francophones
doivent rendre le même service à la minorité néerlandophone = surreprésentation.
Les flamands ne sont pas dérangés par cette majorité francophone car les secrétaires d’Etat
sont seulement adjoints à un ministre ! n’ont pas exactement les mêmes pouvoirs que les
ministres, et donc on peut considérer qu’ils en ont moins ! ce qui compte pour les flamands
est donc uniquement le rapport « 2 + 2 ».
C’est un beau compromis, d’autant plus qu’il fonctionne parce que tout le monde est content.
Chacune peut lire la même formule avec un décodage politique différent.
Art. 34.
« § 1. Le gouvernement se compose de cinq membres élus par le (Parlement) ! pas d’office en son sein.
Outre le président, le gouvernement compte deux membres du groupe linguistique français et deux membres du
groupe linguistique néerlandais. »
Art. 41
« § 1. Sur proposition [du Gouvernement], le (Parlement) élit (...) trois Secrétaires d'Etat régionaux dont un au
moins appartient au groupe linguistique le moins nombreux = groupe linguistique néerlandophone, selon la
même procédure que celle prévue pour les membres [du Gouvernement]. […] »
Ce sont de très anciennes collectivités politiques de nature territoriale ; la Belgique est une
terre de municipalistes, les hommes politiques adorent le niveau communal.
Attention, les provinces sont dotées, depuis la 6e réforme de l’Etat, d’un statut tout a fait
précaire. Les auteurs de cette réforme ont dû concéder à certains des partis négociateurs
une formule très étrange qui permet à la législation décrétale (des Régions) de faire dans
l’avenir pratiquement tout ce qu’elle pourrait vouloir de provinces ! celles-ci sont dorénavant
placées sous la dépendance du bon vouloir de chacune des deux Régions principales ; il n’y
a pas de provinces dans la Région de Bruxelles-Capitale. Les compétences des provinces à
Bruxelles ont été transférées à d’autres organes qui couvrent la Région de Bruxelles-Capitale
(cf. infra).
Il y avait une province du Brabant qui était à cheval sur la frontière linguistique, ce qui était
insupportable pour les flamands " il a donc fallu couper la province en deux : Brabant
flamand et Brabant wallon, et l’arrondissement administratif de Bruxelles-Capitale.
Art. 5
« La Région wallonne comprend les provinces suivantes : le Brabant wallon, le Hainaut, Liège, le
Luxembourg et Namur. La Région flamande comprend les provinces suivantes : Anvers, le Brabant flamand,
la Flandre occidentale, la Flandre orientale et le Limbourg.
Une loi peut soustraire certains territoires dont elle fixe les limites, à la division en provinces, les faire relever
directement du pouvoir exécutif fédéral et les soumettre à un statut propre. Cette loi doit être adoptée à la majorité
prévue à l'article 4, dernier alinéa. »
Cet article évoque les provinces à l’occasion de la délimitation du territoire des Régions. A
suppose qu’une des deux Régions décide de supprimer une province dans leur territoire,
l’art. 5 doit être respecté pour les seules bonnes fins de la délimitation de ces Régions.
192
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 41
« Les intérêts exclusivement communaux ou provinciaux sont réglés par les conseils communaux ou
provinciaux, d'après les principes établis par la Constitution (cf. art. 162 pour l’explicitation de ces
e
principes). Toutefois (innovation de la 6 réforme de l’Etat), en exécution d'une loi adoptée à la majorité
prévue à l'article 4, dernier alinéa, la règle visée à l'article 134 peut supprimer les institutions
provinciales. […] »
Art. 134
« Les lois prises en exécution de l'article 39 (art. qui dit qu’une LS donnera aux régions la compétence de
régler les matières qu’elle déterminera ! interprétation du mot « régler ») déterminent la force juridique des
règles que les organes qu'elles créent prennent dans les matières qu'elles déterminent.
Elles peuvent conférer à ces organes le pouvoir de prendre des décrets ayant force de loi dans le ressort et selon
le mode qu'elles établissent. »
La LS détermine la force juridique des règles que les organes régionaux prennent dans les
matières régionales, elles peuvent conférer à ces organes le pouvoir de prendre des décrets
ayant force de loi dans le ressort et selon le mode qu’elles établissent. Pourquoi
« peuvent » ? Parce que la LSRI décide de donner effectivement le pouvoir de faire des
décrets qui ont force de loi à la Région wallonne et à la Région flamande ; en revanche la
LSIB ne donne que le pouvoir de faire des ordonnances à la Région de Bruxelles-Capitale.
Donc, à chaque fois qu’on voit dans une disposition constitutionnelle l’expression que l’on
retrouve dans l’art. 41 = « la règle visée à l’art. 134 » " il s’agit du décret de la Région
wallonne ou de la Région flamande, ou l’ordonnance de la Région de Bruxelles-Capitale.
Evidemment, comme à Bruxelles il n’y a pas de provinces ; on doit interpréter « la règle visée
à l’art. 134 » comme visant le décret régional wallon ou le décret régional flamand.
Art. 41 (suite)
« […] Dans ce cas, la règle visée à l'article 134 peut les remplacer par des collectivités supracommunales
dont les conseils règlent les intérêts exclusivement supracommunaux d'après les principes établis par la
Constitution (cf. art. 162). La règle visée à l'article 134 doit être adoptée à la majorité des deux tiers des
suffrages émis, à la condition que la majorité des membres du Parlement concerné se trouve réunie. […] »
Les Verts flamands et francophones avaient une véritable obsession à propos des provinces,
ils voulaient absolument transformer ces provinces en « bassins de vie » = redessiner le
territoire des provinces héritées du passé pour imaginer une collectivité supracommunale,
qui est au-delà de la commune mais en deçà de la Région ; qui épouserait mieux les réalités
socio-économiques des provinces. Ils n’ont pas réussi à convaincre leurs partenaires, la
seule façon pour le constituant de s’entendre était de renvoyer la patate chaude aux
Régions, même pas à la LS ; mais avec cependant certaines limites " cf. LSRI. L’art. 6 de la
LSRI est le siège de la liste des compétences qui reviennent aux Régions (art. à lire !)
193
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 6.
« §1. Les matières visées à l'article 23 de la Constitution sont : […]
VIII. En ce qui concerne les pouvoirs subordonnés :
1° la composition, l'organisation, la compétence et le fonctionnement des institutions provinciales et
communales et des collectivités supracommunales, à l'exception :
- des règles inscrites dans la loi communale, la nouvelle loi communale, la loi électorale communale, la loi
organique des centres publics d'aide sociale, la loi provinciale, le Code électoral, la loi organique des élections
provinciales et la loi organisant l'élection simultanée pour les chambres législatives et les conseils provinciaux en
vertu de la loi du 9 août 1988 (loi de pacification communautaire) portant modification de la loi communale, de la
nouvelle loi communale, de la loi électorale communale, de la loi organique des centres publics d'aide sociale, de
la loi provinciale, du Code électoral, de la loi organique des élections provinciales et de la loi organisant l'élection
simultanée pour les chambres législatives et les conseils provinciaux, telle que modifiée par la loi spéciale du 19
juillet
- des règles inscrites dans les articles 5, 5bis, 70, 3° et 8°, 126, deuxième et troisième alinéas, et le titre XI de la
loi provinciale;
- des règles inscrites dans les articles 125, 126, 127 et 132 de la nouvelle loi communale, dans la mesure où elles
concernent les registres de l'état civil;
- de l'organisation de et de la politique relative à la police, en ce compris l'article 135, § 2, de la nouvelle loi
communale, et aux services d'incendie;
- des régimes de pension du personnel et des mandataires.
[…] Les gouverneurs des provinces, le vice-gouverneur de l'arrondissement administratif de Bruxelles-
Capitale, l'adjoint du gouverneur de la province de Brabant flamand, les commissaires d'arrondissement et les
commissaires d'arrondissement adjoints sont nommés et révoqués par le gouvernement de région
concerné, sur l'avis conforme du Conseil des Ministres (parce que les gouverneurs de province sont des
organes déconcentrés de l’Etat fédéral). Lorsque les institutions provinciales sont supprimées, cela ne porte
pas préjudice à la fonction des gouverneurs de province. Si une région supprime les institutions
provinciales, le gouverneur a, dans son ressort territorial, la qualité de commissaire de gouvernement de
l'Etat, de la communauté ou de la région. […] »
Les Régions peuvent faire aux provinces tout ce qu’elles veulent, mais avec certaines
limites :
1° Limite territoriale
On maintient les provinces de l’art. 5 de la C° uniquement en tant que délimitation
territoriale pour donner à chaque Région un territoire
2° Limite légale
Pas question de toucher à la loi de pacification communautaire de 1988 = vache
sacrée
3° Limite de compétences
Pas question de toucher aux compétences que les gouverneurs de provinces
possèdent, en particulier dans le domaine du maintien de l’ordre ! ils continueront
d’exister même si les provinces disparaissent ; en tant que commissaires de l’Etat
fédéral et d’organes déconcentrés des Régions.
e
« La 6 réforme de l’Etat : l’art de ne pas choisir » ! il faut reconnaître que le dossier provinces était l’argument le
meilleur pour justifier un tel intitulé.
Il faut lire l’art. 163 de la C° pour savoir qui remplace les organes provinciaux dans le
territoire de l’arrondissement administratif de Bruxelles-Capitale.
Art. 163
« Les compétences exercées dans les Régions wallonne et flamande par des organes provinciaux élus
sont exercées, dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale, par les Communautés française et flamande
et par la Commission communautaire commune (= matières communautaires), chacune en ce qui concerne
les matières relevant de leurs compétences en vertu des articles 127 et 128 et, en ce qui concerne les autres
matières, par la Région de Bruxelles-Capitale (autres matières)
Toutefois, une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, règle les modalités selon lesquelles la
Région de Bruxelles-Capitale ou toute institution dont les membres sont désignés par celle-ci exerce les
compétences visées à l'alinéa 1er qui ne relèvent pas des matières visées àl'article 39. Une loi adoptée à la
même majorité règle l'attribution aux institutions prévues à l'article 136 de tout ou partie des compétences visées
à l'alinéa 1er qui relèvent des matières visées aux articles 127 et 128. »
Donc, est-ce que le mot « loi » dans l’art. 7 de la C° doit être compris comme
désignant la loi fédérale, par oppositions aux décrets ; ou est-ce qu’il faut
comprendre par le mot « loi » figurant dans ce même article une référence à un acte
de nature législative/qui a force de loi, peut importe que ce soit une loi fédérale ou un
décret ?
Manifestement, le mot « loi » qui figure dans l’art. 7 de la C° a été interprété ; non pas
comme une règle répartitrice de compétences entre l’Etat, les Communautés et les Régions,
mais comme visant l’exigence d’un acte de nature législative. Comment sait-on si c’est le
législateur fédéral ou le législateur fédéré (régional dans ce cas-ci) qui est compétent en
définitive ? La réponse se trouve dans la LSRI.
195
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Dans un arrêt du 25 mars 2003, la CA a considéré qu’à chaque fois que le mot « loi » figure
dans une disposition constitutionnelle
- antérieure au 24 décembre 1970 (date d’entrée en vigueur de la 1ère grand réforme
de l’Etat instaurant le fédéralisme) ; il faut comprendre que la « loi » en question se
réfère à la loi fédérale SAUF habilitation expresse et précise contenue dans une loi
de réformes institutionnelles au profit d’une Région ou d’une Communauté ! au
décret/à l’ordonnance. Dans le cas de l’art. 7 de la C°, l’habilitation expresse par la loi
se trouve à l’art. 6, §1er, VIII, 2°.
- postérieure au 24 décembre 1970 ; il faut supposer que le constituant connaît la
distinction entre L, D, O et que donc à chaque fois qu’il emploie le mot « loi » à partir
de cette date, c‘est évidemment par opposition au décret = LOI FEDERALE.
28/04/2015
La Région bruxelloise échappe à la division en provinces parce que cette Région était intégrée dans l’ancienne
province du Brabant et que les flamands n’ont pas supporté le maintient de cette vieille province du Brabant qui
avait l’outrecuidance de se situer à cheval sur la frontière linguistique " on a donc scindé le Brabant en un
Brabant flamand et en un Brabant wallon ! cela laisse donc en dehors de la division en province la Région
Bruxelloise. Qui exerce donc les compétences exercées par les organes provinciaux en Wallonie et en Région
flamande à Bruxelles ? Réponse : art. 163 de la C° = Communautés flamande et française, COCOF et VGC, la
Région qui EN FONCTION de la compétence en cause, assumera les missions que les organes provinciaux
exercent dans les deux autres Régions.
Nous avons observé dans l’art. 7 de la C° un renvoi à la « loi » ! que signifie le mot « loi » ? Compte tenu d’un
arrêt fondamental de la CA du 25 mars 2003 ; il faut raisonne comme suit : il faut savoir de quand date l’art.
concerné afin de déterminer la portée du mot « loi »
ère
- est-ce qu’il est antérieur à l’entrée en vigueur de la 1 grande réforme de l’Etat = 24/12/1970 ?
! « loi » ne signifie pas nécessairement « loi fédérale » ; s’il n’y a pas de limitation expresse et précise
contenue dans une loi de réformes institutionnelles au profit des Régions ou des Communautés ><
décret
ère
- est-ce qu’il est supérieur à l’entrée en vigueur de la 1 grande réforme de l’Etat = 24/12/1970 ?
! « loi » signifie « loi fédérale » ; s’il n’y a pas de limitation expresse et précise contenue dans une loi
de réformes institutionnelles au profit des Régions ou des Communautés
Dans le cas de l’art. 7 qui date de 1831, il y a une » habilitation expresse et précise » au profit des Régions qui se
er
trouve dans la LSRI, art. 6, §1 , VIII, 2°, al. 1 " permet aux Régions de changer/rectifier les limites des
provinces/communes. Cette habilitation exclut néanmoins les communes citées à l’art. 7 des LCEA =
- communes périphériques autour de Bruxelles ! on n’imagine pas que la Région flamande puisse
modifier la limite de ces communes dans un sens qui pourrait bien évidemment porter atteinte aux
garanties dont bénéficient les minorités francophones qui sont en réalité des majorités " cette matière
est donc réservée à la loi fédérale.
- Comines-Warneton et Fourons
o Fourons se trouve géographiquement dans le territoire de la Région wallonne mais
administrativement elle est dans la Région flamande
o Comines-Warneton se trouve géographiquement dans le territoire de la Région flamande mais
administrativement elle est dans la Région wallonne
Ce sont des communes très sensibles dont le territoire ne peut être changé par les Régions ! la loi fédérale est
la seule compétente = exception à l’habilitation donnée aux Régions qui leur permettent de modifier le territoire
des provinces et des communes.
Nous avons également vu que l’art. 41 de la C°, qui pose le principe fondamental à savoir que les intérêts
provinciaux sont réglés par les Conseils communaux et que les intérêts communaux sont réglés par les conseils
communaux = fondement de l’autonomie provinciale et communale. Cet article dit que la règle visée à l’art. 134
peut remplacer/supprimer/maintenir les institutions provinciales.
196
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
er
Petite précision par rapport au cours de SPD : Mme Hachez, en exposant les compétences de la CC (cf. art. 1
LSCC), a souvent fait le raccourcis en disant que les règles visées à l’art. 134 = ordonnances ; mais maintenant
l’on est en mesure d’être beaucoup plus précis :
Art. 134
« Les lois prises en exécution de l'article 39 (art. qui dit qu’une LS donnera aux régions la compétence de régler les matières
qu’elle déterminera ! interprétation du mot « régler ») déterminent la force juridique des règles que les organes qu'elles
créent prennent dans les matières qu'elles déterminent.
Elles peuvent conférer à ces organes le pouvoir de prendre des décrets ayant force de loi dans le ressort et selon le mode
qu'elles établissent. »
Les règles de l’art. 39 sont donc les règles qui donnent des compétences aux trois Régions de l’art. 3. Ensuite,
quand on parle des règles visées à l’art. 134 ; c’est précisément les règles que les organes régionaux prennent
dans les matières régionales. Ces règles voient leur force juridique déterminée par des LS ; LS qui peuvent
conférer à ces organes régionaux le pouvoir de prendre des décrets.
Quand on lit l’art. 19 de la LSRI, on constate que la permission donnée par l’art. 134 de la C° au législateur
spécial a effectivement été utilisée :
« […] § 2. Le décret a force de loi. Il peut abroger, compléter, modifier ou remplacer les dispositions légales en vigueur. […]
La règle visée à l’art. 134 est bien le décret. Attention, on parle dans l’art. 134 des lois prises en exécution de l’art.
39 ; or cet article concerne uniquement les Régions et non les Communautés. Quels sont donc les décrets
visés à travers l’expression « règle visée à l’art. 134 » ? Ce sont les décrets des Régions flamande et
wallonne ; mais ce ne sont pas les décrets des Communautés étant donné que ceux-ci sont visés expressément
aux articles 127, 128 et 129 (cf. analyse infra).
Les décrets visés à l’art. 134 sont uniquement les décrets des Régions parce qu’à Bruxelles, la permission de
l’art. 134 n’a pas été utilisée parce que la LSIB a décidé de limiter la Région de Bruxelles-Capitale à l’édiction
d’ordonnances ! ordonnances ≠ décrets (cf. infra)
Donc,
Art. 41
« […] la règle visée à l'article 134 peut supprimer les institutions provinciales.
Dans ce cas, la règle visée à l'article 134 peut les remplacer par des collectivités supracommunales dont les conseils
règlent les intérêts exclusivement supracommunaux d'après les principes établis par la Constitution (cf. art. 162). La
règle visée à l'article 134 doit être adoptée à la majorité des deux tiers des suffrages émis, à la condition que la majorité des
membres du Parlement concerné se trouve réunie. […] »
Dans ce cas, la règle ne peut viser que les décrets de la Région wallonne et de la Région flamande et PAS les
ordonnances de la Région Bruxelloise puisqu’il n’y a pas de provinces à Bruxelles. Le mot « décret », quand il
figure dans la C°, il vise les décrets des Communautés.
L’art. 41 donne donc aux décrets régionaux wallon et flamands le pouvoir de faire tout ce qu’elles veulent de
provinces à l’avenir. Les Régions wallonne et flamande pourront supprimer/maintenir/remplacer les provinces en
collectivités supracommunales. L’idée est qu’il y a aurait entre le niveau régional et le niveau communal, un
niveau intermédiaire supracommunal = nouvelle catégorie de collectivités politiques.
Examen : combien de collectivités politiques il y a en Belgique ? " ne pas oublier les collectivités
supracommunales (qui n’existent pas encore mais qui peuvent exister, l’art. 41 de la C° le prévoit). Ce sont bien
des collectivités politiques car si on les crée, elles auront
(1) la personnalité juridique
(2) des compétences propres
(3) des organes élus
Supposons que les Régions wallonne et flamande décident de supprimer les provinces, deux limites s’imposent à
elles
- elles doivent garder les délimitations territoriales des provinces
- pas touche au gouverneur de province (cf. art. 6 LSRI) " ce sont des organes déconcentrés dont on a
besoin, notamment pour l’Etat qui leur délèguent certaines compétences en matière de maintien de
l’ordre (cf. supra)
197
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 41
« […] La règle visée à l’article 134 définit les compétences, les règles de fonctionnement et le mode
d'élection des organes territoriaux intracommunaux pouvant régler des matières d'intérêt communal.
Ces organes territoriaux intracommunaux sont créés dans les communes de plus de100.000 habitants à l'initiative
de leur conseil communal. Leurs membres sont élus directement. En exécution d'une loi adoptée à la majorité
définie à l'article 4, dernier alinéa, le décret ou la règle visée à l'article 134 règle les autres conditions et le mode
suivant lesquels de tels organes territoriaux intracommunaux peuvent être créés. […] »
Il y avait 2675 communes en Belgique avant que la loi du 30 décembre 1975 portant
ratification des arrêtés royaux des 17 septembre 1975 et 30 octobre 1975 ne les réduise à
589. C’est grâce aux travaux de Joseph MICHEL, ancien ministre de l’intérieur, qui était
intimement convaincu de la nécessité de fusionner les communes belges pour rationaliser la
gestion locale des affaires publiques.
Les communes sont parfois tellement grandes qu’il faudrait penser à mettre des districts à
l’intérieur d’elles, composés d’un « mini-conseil communal » et d’un « mini-conseil
échevinal ». Ce serait bien évidemment des collectivités politiques avec une personnalité
juridique, des compétences propres et des organes élus.
Qui peut décider de mettre en place de tels organes communaux intraterritoriaux ? La « règle
visé à l’art. 134 » ! les Régions. La LSRI art. 6 §1 VIII 11° laisse le soin aux Régions de
décider la mise en place et l’organisation de ces organes territoriaux intracommunaux.
Depuis que la Belgique existe, les communes et les provinces ont une personnalité juridique
distincte de celle de l’Etat ; cela ne se trouve écrit nul part mais c’est une évidence. On le sait
parce que les lois montrent bien, implicitement mais de manière tout à fait certaine ;
puisqu’elles puissent réaliser des contrats, nommer des fonctionnaires, ester en justice, etc.
" tous les attributs de la personnalité juridique.
Art. 5
« […] Une loi peut soustraire certains territoires dont elle fixe les limites, à la division en provinces, les
faire relever directement du pouvoir exécutif fédéral et les soumettre à un statut propre. Cette loi doit être adoptée
à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa. »
Art. 163
« Les compétences exercées dans les Régions wallonne et flamande par des organes provinciaux élus
sont exercées, dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale, par les Communautés française et flamande et
par la Commission communautaire commune, chacune en ce qui concerne les matières relevant de leurs
compétences en vertu des articles 127 et 128 et, en ce qui concerne les autres matières, par la Région de
Bruxelles-Capitale.
Toutefois, une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, règle les modalités selon lesquelles la
Région de Bruxelles-Capitale ou toute institution dont les membres sont désignés par celle-ci exerce les
compétences visées à l'alinéa 1er qui ne relèvent pas des matières visées à l'article 39. Une loi adoptée à la
même majorité règle l'attribution aux institutions prévues à l'article 136 de tout ou partie des compétences visées
à l'alinéa 1er qui relèvent des matières visées aux articles 127 et 128. »
198
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
L’art. 5 al. 2 de la C° dit qu’une loi peut soustraire certains territoires à la division en
provinces. Cet article ne concerne pas Bruxelles car sa soustraction à la division en
provinces est établie par la C° elle-même ; du simple fait que la liste des provinces wallonnes
et flamandes n’en attribue aucune à la Région de Bruxelles-Capitale = confirmé par l’art. 163
de la C°.
L’art. 5 al. 2 de la C° a été inséré dans la C° en 1970 pour résoudre le problème de Fourons.
En 1962, la frontière linguistique est fixée et Fourons se retrouve rattachée
administrativement dans la province du Limbourg = Région flamande ; alors que la
commune se trouve géographiquement dans le territoire de la Région. Les Fourons ont réagi
et ont contesté ce rattachement ; celui-ci a été justifié par le fait que « c’est ce qui fait
typiquement l’équilibre de la Belgique » et parce que le phénomène inverse existe
également : la commune de Comines-Warneton se trouve géographiquement dans le
territoire de la Région flamande mais administrativement elle est dans la Région wallonne.
Les francophones de Fourons étaient assez tenaces et donc ont multiplié les
pressions/manifestations ; et certains flamands ont réagi de manière assez violente " une
loi peut soustraire certains territoires à la division en provinces pour les faire relever
directement du pouvoir exécutif fédéral ! la commune de Fourons relèverait donc du
fédéral et échapperait à la tutelle flamande.
Cette solution n'a jamais été mise en œuvre. Pourquoi ? La SLCE a remis un avis, le 5
septembre 1972, selon lequel l'art. 5, al. 2, de la C° doit être interprété comme ne pouvant
pas déroger à l'art. 4, al. 2, qui prévoit, lui, que « chaque commune du Royaume » doit faire
partie d'une des régions linguistiques. Si la commune de Fourons doit nécessairement faire
partie d'un des régions unilingues, son extra-provincialisation dans l’art. 5 al. 2 ne présente
évidemment plus aucun intérêt " il a ainsi perdu ainsi tout effet utile. C'est une disposition
devenue lettre morte en raison de cette interprétation à laquelle le mouvement flamand tient
évidemment beaucoup.
Art. 162
« Les institutions provinciales et communales sont réglées par la loi. La loi consacre l'application des
principes suivants :
1° l'élection directe des membres des conseils provinciaux et communaux;
2° l'attribution aux conseils provinciaux et communaux de tout ce qui est d'intérêt provincial et
communal, sans préjudice de l'approbation de leurs actes, dans les cas et suivant le mode que la loi
détermine;
3° la décentralisation d'attributions vers les institutions provinciales et communales; […] »
199
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
L’art. 162 date d’avant 1970 ; donc une habilitation expresse et précise peut confier
l’organisation des institutions provinciales et communales – cela a été fait, cf. art. 6 §1er, VIII,
1° LSRI.
« §1. Les matières visées à l'article 39 de la Constitution sont (= compétences des Régions) : […]
VIII. En ce qui concerne les pouvoirs subordonnés (provinces, communes, districts) : […]
1° la composition, l'organisation, la compétence et le fonctionnement des institutions provinciales et
communales et des collectivités supracommunales, à l'exception :
- des règles inscrites dans la loi communale, la nouvelle loi communale, la loi électorale communale, la loi
organique des centres publics d'aide sociale, la loi provinciale, le Code électoral, la loi organique des élections
provinciales et la loi organisant l'élection simultanée pour les chambres législatives et les conseils provinciaux en
vertu de la loi du 9 août 1988 (loi de pacification communautaire) portant modification de la loi communale, de
la nouvelle loi communale, de la loi électorale communale, de la loi organique des centres publics d'aide sociale,
de la loi provinciale, du Code électoral, de la loi organique des élections provinciales et de la loi organisant
l'élection simultanée pour les chambres législatives et les conseils provinciaux, telle que modifiée par la loi
spéciale du 19 juillet 2012;[…]
- de l'organisation de et de la politique relative à la police, en ce compris l'article 135, § 2, de la nouvelle loi
communale, et aux services d'incendie; […]
Les gouverneurs des provinces, le vice-gouverneur de l'arrondissement administratif de Bruxelles-Capitale,
l'adjoint du gouverneur de la province de Brabant flamand, les commissaires d'arrondissement et les
commissaires d'arrondissement adjoints sont nommés et révoqués par le gouvernement de région concerné, sur
l'avis conforme du Conseil des Ministres. […] »
Cette autorité de tutelle est, en l'occurrence, leur Région (cf. art. 162, al. 3, de la C° et art. 7
de la LSRI). Mais ce principe ne pourrait pas fonctionner sans l'intervention de leur
autorité de tutelle 17 « pour empêcher que la loi ne soit violée ou l'intérêt général
blessé ». Le périmètre de l’autonomie communale/provinciale est apparemment très grand,
mais totalement dépendant de ce que les autorités hiérarchiquement supérieures ont fait.
Art. 162
« […] 6° l'intervention de l'autorité de tutelle ou du pouvoir législatif fédéral, pour empêcher que la loi ne
soit violée ou l'intérêt général blessé. […] »
A la différence des Communautés et des Régions qui ne sont jamais soumises à la moindre
tutelle (sauf Bruxelles, cf. infra) ; les provinces et les communes sont des collectivités
décentralisées.
Le principe fondamental de la hiérarchie des normes est énoncé en toutes lettres à l’art. 6
§1er, VIII, 1° de la LSRI = EXAMEN.
« […] Les actes, règlements et ordonnances des autorités des provinces, des collectivités
supracommunales des communes, des agglomérations et des fédérations de communes et des autres
autorités administratives ne peuvent être contraires aux lois et aux arrêtés de l'autorité fédérale ou aux décrets
et arrêtés des communautés, qui peuvent, en tout cas, charger ces autorités de leur exécution, et d'autres
missions, en ce compris donner un avis, ainsi que d'inscrire au budget toutes les dépenses qu'elles imposent à
ces autorités. »
17
Cf. définition supra (décentralisation)
200
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 162
« Les institutions provinciales et communales sont réglées par la [Link] loi consacre l'application des principes
suivants :
1° l'élection directe des membres des conseils provinciaux et communaux;
2° l'attribution aux conseils provinciaux et communaux de tout ce qui est d'intérêt provincial et communal, sans
préjudice de l'approbation de leurs actes, dans les cas et suivant le mode que la loi détermine;
3° la décentralisation d'attributions vers les institutions provinciales et communales;
4° la publicité des séances des conseils provinciaux et communaux dans les limites établies par la loi;
5° la publicité des budgets et des comptes;
6° l'intervention de l'autorité de tutelle ou du pouvoir législatif fédéral, pour empêcher que la loi ne soit violée ou
l'intérêt général blessé. […] »
201
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Adopte des
- règlements communaux
- ordonnances de police communales
Il peut être renversé par le conseil en Région wallonne mais pas en Région bruxelloise.
Il a pour mission essentielle de préparer les travaux du conseil communal et d’exécuter les
décisions de ce même conseil.
3. Le bourgmestre
Il a toute une série de compétences propres ; et en particulier la compétence du maintien de
l’ordre. C’est à cet égard qu’il est un organe déconcentré de l’Etat ! dédoublement
fonctionnel du bourgmestre
- organe communal
- organe déconcentré de l’Etat en ce qui concerne le maintien de l’ordre
En Région
- bruxelloise, il est nommé par le gouvernement régional
- wallonne, il est élu directement par l’ensemble des électeurs selon certaines
modalités
d. L’organisation des provinces
Il a pour mission essentielle de préparer les travaux du conseil provincial et d’exécuter les
décisions de ce même conseil.
3. Le gouverneur de province
L’avenir des provinces est tout à fait « ouvert », mais ce qui est sûr c’est qu’il y aura encore
et toujours des gouverneurs de province puisqu’ils forment un maillon indispensable pour
assurer le maintien de l’ordre en tant qu’organe déconcentré de l’Etat fédéral.
202
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 165
« § 1er. La loi crée des agglomérations et des fédérations de communes. Elle détermine leur organisation et
leur compétence en consacrant l'application des principes énoncés à l'article 162.
Il y a pour chaque agglomération et pour chaque fédération un conseil et un collège exécutif.
Le président du collège exécutif est élu par le conseil, en son sein; son élection est ratifiée par le Roi; la loi règle
son statut.
Les articles 159 et 190 s'appliquent aux arrêtés et règlements des agglomérations et des fédérations de
communes.
Les limites des agglomérations et des fédérations de communes ne peuvent être changées ou rectifiées qu'en
vertu d'une loi.
§ 2. La loi crée l'organe au sein duquel chaque agglomération et les fédérations de communes les plus proches
se concertent aux conditions et selon le mode qu'elle fixe, pour l'examen de problèmes communs de caractère
technique qui relèvent de leur compétence respective.
§ 3. Plusieurs fédérations de communes peuvent s'entendre ou s'associer entre elles ou avec une ou plusieurs
agglomérations dans les conditions et selon le mode à déterminer par la loi pour régler et gérer en commun des
objets qui relèvent de leur compétence. Il n'est pas permis à leurs conseils de délibérer en commun. »
Aujourd’hui, il y a une habilitation expresse et précise contenue dans l’art. 6, §1e, VIII, al. 1er
de la LSRI au profit des Régions (cf. supra) qui, le cas échéant, organisent les
agglomérations de communes.
L’agglomération de communes, qui est une collectivité politique, a été créée en 1970 ; et
aurait permis aux communes proches d'unir leurs efforts sans entamer la sacro-sainte
autonomie communale. Dans la mesure où le l’ancien ministre de l’intérieur Joseph MICHEL
a réussi l'opération des fusions de communes en 1975 (cf. supra), la formule des
agglomérations de communes a perdu son intérêt étant donné qu’elle était une alternative à
la tant voulue fusion.
Seule l'agglomération bruxelloise a été effectivement créée, étant donné que la fusion des
communes bruxelloises n’a jamais été possible. Les flamands sont très demandeurs
- de la fusion des 19 communes bruxelloises en une seule, où ils seraient par
hypothèse mieux représentés que dans 19 communes où ils sont représentés de
manière microscopique.
- d’une re-délimitation du territoire des 19 communes bruxelloises et de passer peut-
être à 5 ou 6 communes " selon M. Dumont, ce serait plus rationnel s’il l’ont voulait
solidariser les communes les plus riches avec les communes les plus pauvres
203
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Mais les francophones ne veulent aucune des deux options. L’agglomération bruxelloise a
été créée sur la base d’une loi du 26 juillet 1971 prise en exécution de l'article 165 de la
Constitution. C'est une collectivité politique :
- cf. art. 3, §3 pour la personnalité juridique ;
- cf. art. 4, §2 et 3 pour les compétences ;
o services rémunérés de transports de personnes
o collecte des immondices
o etc.
- cf. l'article 165, §1er, de la C° qui renvoie notamment au principe de l'élection directe
des membres de l'organe délibérant.
La liste qui a emporté les élections au début de années 1970 comprenait des flamands qui
n’étaient pas tout à fait jugés comme flamands par les autres flamands = affaire des « faux
flamands » qui a beaucoup irrité les francophones de la capitale. Depuis cette histoire, pour
se présenter aux élections du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale, il faut d’abord
exhiber son sexe linguistique parce que dorénavant on veut des listes de candidats certifiées
francophones et des listes de candidats certifiées néerlandophones.
C’est un début d’autonomie régionale mais attention, l’agglomération était placée sous la
tutelle de l’Etat ! collectivité décentralisée.
Art. 166
« § 2. Les compétences de l'agglomération à laquelle la capitale du Royaume appartient sont, de la
manière déterminée par une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, exercées par les organes
de la Région de Bruxelles-Capitale créés en vertu de l'article 39. »
L'art. 6, § 1er, VIII, 3°, de la LSRI a confié aux Régions « la composition, l'organisation, la
compétence et le fonctionnement des institutions des agglomérations et des fédérations de
communes », sauf pour les communes de la périphérie bruxelloise, ainsi que celles de
Comines-Warneton et de Fourons pour lesquelles cette matière reste du ressort de l'Etat
fédéral.
Dans le cadre de la sixième réforme de l’Etat, cette fonction est supprimée pour simplifier
le paysage ; mais étant donné qu’elle doit bien être assurée par une autorité, elle est
dorénavant assumée par l’agglomération bruxelloise (cf. nouvel article 4, § 2ter, de la loi du
26 juillet 1971 organisant les agglomérations et les fédérations de communes). Le ministre-
président de la Région de Bruxelles-Capitale qui intervient comme organe déconcentré de
l’Etat fédéral à la place de l’ancien gouverneur.
204
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Il y a des divisions territoriales dans tous les Etats fédéraux du monde (Régions, provinces,
Länders, Etats, cantons) ; les divisions communautaires constituent la fine pointe de
l’originalité du système constitutionnel belge.
Il y a trois
- communautés
o flamande
o française
o germanophones
- commissions communautaires
o COCOF
o VGC
o COCOM
Art. 2
« La Belgique comprend trois communautés : la Communauté française, la Communauté flamande et la
Communauté germanophone. »
Art. 38
« Chaque Communauté a les attributions qui lui sont reconnues par la Constitution ou par les lois prises
en vertu de celle-ci ».
Quand il s’agira des Communautés française et flamande, la C° renverra à des LS, tandis que quand il s’agira de
la Communauté germanophone, la C° renverra à des LO.
Les 3 communautés sont des collectivités politiques, ce qui implique que trois éléments
doivent être réunis
(1) personnalité juridique distincte de celle de l’Etat
(2) compétences propres
(3) organes élus
B. Personnalité juridique
Art. 3.
« La Communauté française, la Communauté flamande, la Région wallonne et la Région flamande ont la
personnalité juridique.
En ce qui concerne la Région flamande, les attributs de la personnalité juridique sont exercés conformément à la
présente loi, en particulier à l'article 1er. »
Art. 2 de la LORI
« La Communauté germanophone a la personnalité juridique. »
Art. 3 de la LORI
« La Communauté germanophone est compétente pour le territoire des communes d'Amblève, Bullange,
Burg-Reuland, Bütgenbach, Eupen, La Calamine, Lontzen, Raeren et Saint-Vith. »
206
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
(1) Critère de l’activité pour les matières culturelles et l’enseignement : art. 127 §2
de la C°
Art. 127
« § 1er. Les Parlements de la Communauté française et de la Communauté flamande, chacun pour ce qui
le concerne, règlent par décret :
1° les matières culturelles;
2° l'enseignement, à l'exception :
a) de la fixation du début et de la fin de l'obligation scolaire;
b) des conditions minimales pour la délivrance des diplômes;
c) du régime des pensions;
3° la coopération entre les communautés, ainsi que la coopération internationale, y compris la conclusion de
traités, pour les matières visées aux 1° et 2°.Une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa,
arrête les matières culturelles visées au 1°, les formes de coopération visées au 3°, ainsi que les modalités de
conclusion de traités, visée au 3°.
§ 2. Ces décrets ont force de loi respectivement dans la région de langue française et dans la région de
langue néerlandaise, ainsi qu'à (extension de l’assise territoriale de base) l'égard des institutions
(PERSONNES PHYSIQUES) établies dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale qui, en raison de leurs
activités, doivent être considérées comme appartenant exclusivement à l'une ou à l'autre communauté. »
Si l’on avait adjoint les personnes physiques, il faudrait nécessairement enfermer les
bruxellois dans une sous-nationalité : ils devraient obligatoirement choisir de se rattacher OU
bien à la Communauté française OU bien à la Communauté flamande " MAIS on ne veut
pas sous-nationalités (du moins en principe) ! ! en 1970, le constituant a donc précisé
le mot « institutions » dans la C°.
Ex. : Les Communautés sont compétentes pour les matières culturelles (radio, TV, théâtres, etc.) ; la RTBF doit
respecter les décrets de la Communautés française qui régissent la radiodiffusion tandis que la VRT doit
respecter les décrets de la Communautés flamande qui régissent la radiodiffusion. Comment fait on pour
déterminer cette appartenance ? Il se fait que ces deux organismes publics de radiodiffusions sont tous les deux
situés sur le territoire de la région bilingue de Bruxelles-Capitale = extension de l’art. 127 §2
- on rattache sans peine la RTBF à la Communauté française parce que son activité consiste à proposer
des émissions essentiellement en français
- on rattache sans peine la VRT à la Communauté flamande parce que son activité consiste à proposer
des émissions essentiellement en néerlandais
Bruxelles n’a pas été divisée en deux territoires ; un seul territoire a été maintenu où
néerlandophones et francophones vivent ensemble – et c’est en fonction de l’activité d’une
institution que l’on peut, dans la plupart des cas, constater à quelle Communauté elle se
rattache.
Art. 128
« […] § 2. Ces décrets ont force de loi respectivement dans la région de langue française et dans la
région de langue néerlandaise, ainsi que (extension de l’assise territoriale de base), sauf si une loi adoptée
à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, en dispose autrement, à l'égard des institutions établies
dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale qui, en raison de leur organisation, doivent être considérées
comme appartenant exclusivement à l'une ou à l'autre communauté. »
Parmi les matières personnalisables, il y a les soins de santé dispensés dans les hôpitaux. Si on avait utilisé le
critère de l’activité pour cette matière, on aurait enfermé les hôpitaux dans une activité de dispensations de soins
au bénéfice soit d’un néerlandophone soit d’un francophone " MAIS on ne veut pas de sous-nationalités !
Les hôpitaux accueillent tout le monde, peut importe l’origine linguistique. Mais on peut également que l’hôpital
Saint Luc, dont le conseil d’administration est francophone (hôpital universitaire de l’UCL) se rattache à la
Communauté française ; ou que l’Algemeen Ziekenhuis de Jette, organisé par la VUB, relève de la Communauté
flamande.
Art. 129
« § 1er. Les Parlements de la Communauté française et de la Communauté flamande, chacun pour ce qui
le concerne, règlent par décret, à l'exclusion du législateur fédéral, l'emploi des langues pour :
1° les matières administratives;
2° l'enseignement dans les établissements créés, subventionnés ou reconnus par les pouvoirs publics;
3° les relations sociales entre les employeurs et leur personnel, ainsi que les actes et documents des entreprises
imposés par la loi et les règlements.
§ 2. Ces décrets ont force de loi respectivement dans la région de langue française et dans la région de
langue néerlandaise, excepté (soustraction à l’assise territoriale de base), en ce qui concerne :
- les communes ou groupes de communes contigus à une autre région linguistique et où la loi prescrit ou permet
l'emploi d'une autre langue que celle de la région dans laquelle ils sont situés. Pour ces communes, une
modification aux règles sur l'emploi des langues dans les matières visées au § 1er ne peut être apportée que par
une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa;
- les services dont l'activité s'étend au-delà de la région linguistique dans laquelle ils sont établis;
- les institutions fédérales et internationales désignées par la loi dont l'activité est commune à plus d'une
communauté (à oublier, la liste de ces institutions n’a jamais été fixée) »
29/04/2015
Dans la plupart des Etats fédéraux, on applique un principe de territorialité : ce qui permet
de rattacher une situation à la compétence d’une collectivité politique fédérée plutôt qu’une
autre, c’est la localisation de la situation sur un territoire. En ce qui concerne les Régions en
Belgique, on applique le principe de territorialité.
Ce que l’on découvre avec le système des appartenances communautaires à Bruxelles, c’est
que l’on déroge à ce principe étant donné qu’à l’intérieur du même territoire : deux
législateurs (Communautés flamande et française) légifèrent.
On doit alors trouver un nouveau critère qui n’est plus de nature territoriale ! ce nouveau
critère repose sur la liberté de choix des personnes physiques/des citoyens Bruxellois de se
rattacher indirectement à l’une où à l’autre des deux Communautés ; en s’adressant à des
institutions flamandes ou francophones ! on est devant une forme de fédéralisme
personnel puisqu’une Communauté peut légiférer à Bruxelles, en visant les institutions qui
en relèvent et à travers elles, la Communauté va viser les personnes qui librement décident
de faire appel à ces institutions. L’élément déterminant est le choix personnel que l’ont fait en
choisissant une des deux Communautés.
Ex : Parmi les responsabilités d’un(e) futur(e) mère/père de famille à Bruxelles se trouve le choix d’école ; on peut
choisir une école flamande ou francophone ! cela veut dire qu’on choisit librement de se rattacher indirectement
à l’une ou à l’autre communauté.
208
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
En vertu du fédéralisme personnel, une communauté dont les membres sont dispersés sur
tout le territoire d'un Etat doit être en mesure de gérer certains de ses intérêts par l'édiction
de lois applicables à ses ressortissants indépendamment du lieu de leur domicile, donc sur
la base des personnes et non du territoire.
Les premiers théoriciens de l'autonomie culturelle avaient proposé d'organiser les Etats
plurinationaux (au sens initialement sociologique du terme) à partir d'une délimitation entre
les compétences culturelles et les autres compétences publiques. Pour eux, les
compétences culturelles que l'on pouvait confier aux communautés dites nationales dont ils
préconisaient l'institutionnalisation devaient se limiter à la protection de la langue et à
l'organisation des écoles, bibliothèques, théâtres, musées et autres institutions d'éducation
populaire. Le fédéralisme culturel qu'ils proposaient pour ces seules matières était fondé sur
le principe de personnalité.
Ex de l’empire austro-hongrois : il y avait une multitude de groupes nationaux très différents, dispersé sur
l’ensemble du territoire de l’Autriche et de la Hongrie. L’empire résolvait ce problème de nationalité par un
fédéralisme de type personnel.
C’est uniquement à Bruxelles que ce fédéralisme personnel est d’application. Mais il n’y a
pas de sous nationalité, et ce pour trois raisons
(1) il n’y a pas nécessairement une obligation (en théorie) de choisir de se rattacher
indirectement à l’une ou à l’autre des Communautés. En principe, il y a moyen
d’éviter ce choix
a. enseignement : écoles européennes, japonaises, etc.
b. matières personnalisables : on peut très bien s’adresser à un hôpital public
(cf. supra - il doit être organisé dans le respect du bilinguisme à Bruxelles),
etc.
c. etc.
(2) ce choix est fait librement et de manière provisoire, non définitive " on peut changer
d’école ! passer d’une Communauté à l’autre est possible
(3) les Communautés elles ne peuvent pas imposer directement des obligations aux
personnes physiques ! ce n’est que par le biais des institutions auxquelles je fais
appel à l’une ou l’autre Communautés
Ce n’est donc que de manière libre, indirecte et non définitive que les Bruxellois se rattachent
à l’une ou l’autre Communautés et c’est pour CELA que la Communauté française ne peut
lever d’impôts étant donné qu’on ne sait pas qui les paiera a Bruxelles = pas de sous-
nationalités !
Dans les régions unilingues, on applique par contre le principe de territorialité. Il y a eu des
cas où la Communauté Française a par exemple voulu envisager une forme de fédéralisme
personnel à l’échelle de toute la Belgique " tous ces décrets ont été annulés par la CC.
209
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
a. Fondements juridiques
Art. 38
« Chaque Communauté a les attributions qui lui sont reconnues par la Constitution ou par les lois prises
en vertu de celle-ci ».
Tout le système des appartenances communautaires est fondé sur l’idée que les règles ne
sont pas les mêmes suivant le type de compétences activé. L’assise territoriale de base de
chaque Communauté est évidemment sa région unilingue ; cette assise connaît par après
une extension ou une soustraction du type de compétences.
EXAM
Quelles sont les compétences des communautés ? Si le politique veut modifier à l’avenir la
liste des compétences des communautés, que doit-il faire : réviser la C° ou modifier une LS ?
" cf. Art. 127, 128, 129 C°
Art. 127
« § 1er. Les Parlements de la Communauté française et de la Communauté flamande, chacun pour ce qui le
concerne, règlent par décret :
1° les matières culturelles;
[…] Une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, arrête les matières culturelles visées
au 1°, les formes de coopération visées au 3°, ainsi que les modalités de conclusion de traités, visée au 3°. […] »
NB : « 16° La reconversion et le recyclage professionnels, à l'exception des règles relatives à l'intervention dans les dépenses
inhérentes à la sélection, la formation professionnelle et la réinstallation du personnel recruté par un employeur en vue de la
création d'une entreprise, de l'extension ou de la reconversion de son entreprise » ! on a tiré sur la liste des matières
culturelles pour y insérer une matière un peu éloignée à savoir la formation professionnelle.
« Une loi adoptée à la maj. de l’art. 4 […] arrête les matières culturelles » ! cf. art. 4 de la
LSRI du 8 août 1980 ! pour élargir/modifier/supprimer les compétences il faut
modifier la LS
Art. 127
« § 1er. Les Parlements de la Communauté française et de la Communauté flamande, chacun pour ce qui le
concerne, règlent par décret :
1° les matières culturelles;
2° l'enseignement, à l'exception (= l’Etat fédéral est compétent pour) :
a) de la fixation du début et de la fin de l'obligation scolaire;
b) des conditions minimales pour la délivrance des diplômes;
c) du régime des pensions;
3° la coopération entre les communautés, ainsi que la coopération internationale, y compris la conclusion de
traités, pour les matières visées aux 1° et 2°. Une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa,
arrête les matières culturelles visées au 1°, les formes de coopération visées au 3°, ainsi que les modalités de
conclusion de traités, visée au 3°. […] »
Tout ce qu’il faut savoir pour connaître la compétence des Communautés pour cette matière
se trouve dans la C° ! pour élargir/modifier/supprimer les compétences il faut réviser
la C°
210
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 128
« § 1er. Les Parlements de la Communauté française et de la Communauté flamande règlent par décret, chacun
en ce qui le concerne, les matières personnalisables, de même qu'en ces matières, la coopération entre les
communautés et la coopération internationale, y compris la conclusion de traités.
Une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, arrête ces matières personnalisables,
ainsi que les formes de coopération et les modalités de conclusion de traités. […] »
« Une loi adoptée à la maj. de l’art. 4 […] arrête ces matières personnalisables » ! cf. art. 5
de la LSRI ! pour élargir/modifier/supprimer les compétences il faut modifier la LS
Cette art.5 a été révisé à l’occasion de la 6e réforme de l’Etat, et détient maintenant deux
morceaux non négligeables de la sécurité sociale. Les francophones ne voulaient
absolument pas défédéraliser une des branches de la sécurité sociale, et puis, après 1 an et
demi de négociations ils se sont couchés et ont accepté de défédéraliser
- les allocations familiales
- les soins de santé
Cette liste de compétences induit en erreurs car il ne faut pas oublier les décrets de
transfert de la Communauté française vers la Région wallonne et la COCOF.
Art. 129
« § 1er. Les Parlements de la Communauté française et de la Communauté flamande, chacun pour ce qui
le concerne, règlent par décret, à l'exclusion du législateur fédéral, l'emploi des langues pour :
1° les matières administratives;
2° l'enseignement dans les établissements créés, subventionnés ou reconnus par les pouvoirs publics;
3° les relations sociales entre les employeurs et leur personnel, ainsi que les actes et documents des entreprises
imposés par la loi et les règlements.
§ 2. Ces décrets ont force de loi respectivement dans la région de langue française et dans la région de langue
néerlandaise, excepté (soustraction à l’assise territoriale de base), en ce qui concerne :
- les communes ou groupes de communes contigus à une autre région linguistique et où la loi prescrit ou permet
l'emploi d'une autre langue que celle de la région dans laquelle ils sont situés. Pour ces communes, une
modification aux règles sur l'emploi des langues dans les matières visées au § 1er ne peut être apportée que par
une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa;
- les services dont l'activité s'étend au-delà de la région linguistique dans laquelle ils sont établis;
- les institutions fédérales et internationales désignées par la loi dont l'activité est commune à plus d'une
communauté (à oublier, la liste de ces institutions n’a jamais été fixée) »
Tout ce qu’il faut savoir pour connaître la compétence des Communautés en matière
d’emploi des langues se trouve dans la C° ! pour élargir/modifier/supprimer les
compétences il faut réviser la C°
211
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
b. Le principe de territorialité.
Est-ce que les Communautés sont compétentes pour instaurer une assurance dépendance,
destinée à aider les personnes qui ne peuvent pas vivre seules en raison d’un problème de
santé, peut être imposée à tous les citoyens avec un système de cotisation ? La
Communauté flamande s’est dit qu’il y avait un trou dans la sécurité sociale fédérale, il n’y a
pas une telle assurance en particulier pour les personnes âgées ; elle estime que c’est une
matière personnalisable qui relève de l’aide aux personnes. Les francophones ne sont pas
d’accord et disent que c’est une matière qui relève de la sécurité sociale.
La CC, dans une série impressionnante d’arrêts, donne raison à la Communauté Flamande.
Mais que fait-on à Bruxelles ? Est-ce que la Communauté flamande peut imposer à tous les
bruxellois une telle cotisation ? Non, parce que la Communauté ne peut pas s’adresser
directement aux personnes physiques. La C° l’interdit à l’art. 128 §2, en matières
personnalisables les décrets ne s’appliquent qu’aux institutions. La CC dit que les Bruxellois
sont libre de s’adresser à une caisse flamande d’assurance dépendance, mais aucun n’y est
obligé ; à la différence des flamands qui eux y sont obligés.
Le problème est qu’en 1971, il y a avait dans une LS une disposition qui permettait de
maintenir une situation ancienne qui disait que les écoles francophones des communes
périphériques dépendaient du Ministère de l’Education nationale francophone ! les droits
acquis des francophones dans ces écoles francophones y étaient gelés. Beaucoup plus tard,
en 2009, la Communauté flamande se rend compte de cette loi et n’apprécie pas du tout :
elle est constitutionnellement compétente, l’art. 127 §2 ne fait absolument aucune exception,
pour l’inspection pédagogique des écoles francophones.
Dans un arrêt de 2010, les juges constitutionnels se trouvent ennuyés par l’accord de 1971,
même si les flamands ont raison. Cet arrêt a rappelé les principes contenus dans l’art. 127
§2, mais la CC admet tout de même que les inspecteurs de la Communauté française
peuvent faire un rapport transmis au Ministère de l’Education nationale flamand. C’est un
arrêt qui se veut pacificateur.
Arrêts Carrefour
La Communauté francophone a toujours eu la tentation de protéger la minorité francophone
qui vit au-delà de la frontière linguistique. Elle détient dans son budget l’argent pour le
périodique Carrefour, distribué dans les communes périphériques. La Communauté
flamande introduit un recours en annulation contre ce décret ! atteinte au principe de
territorialité.
c. La Communauté Germanophone
Art. 130
« § 1er. Le Parlement de la Communauté germanophone règle par décret :
1° les matières culturelles;
2° les matières personnalisables;
3° l'enseignement dans les limites fixées par l'article 127, § 1er, alinéa 1er, 2°;
4° la coopération entre les communautés, ainsi que la coopération internationale, y compris la conclusion de
traités, pour les matières visées aux 1°, 2° et 3°.
5° l'emploi des langues pour l'enseignement dans les établissements créés, subventionnés ou reconnus par les
pouvoirs publics. La loi arrête les matières culturelles et personnalisables visées aux 1° et 2°, ainsi que les
formes de coopération visées au 4° et le mode selon lequel les traités sont conclus.
§ 2. Ces décrets ont force de loi dans la région de langue allemande. »
18
La politique culturelle de la Région flamande est de flamandiser ces communes.
213
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
5/05/2015
En ce qui concerne la Communauté française, via le phénomène des décrets de transferts permis par l’art. 138
de la C°, elle a pu transférer des compétences à la Région Wallonne dans les limites de la région de langue
française et à la COCOF.
Les compétences qui restent dans le giron de la Communauté française au terme des deux
décrets de transferts (1993 et 2013). En simple, à la différence de la Communauté flamande
qui a en pratique absorbé la Région flamande, la Communauté française a subit une cure
d’amaigrissement
(1) elle conserve l’essentiel des matières culturelles (art. 4 LSRI), il y a eu certains
transferts mais minimes.
(2) elle a également gardé toutes ses compétences en matière d’enseignement.
En revanche, les matières personnalisables ont presque été totalement transférées, il reste
certaines exceptions (liées à la petite enfance, enseignement, justice). Est-ce que l’avenir de
la Communauté française est sa disparition ? Est-ce qu’un troisième transfert de
compétences est possible ? Les politiques francophones sont divisés à ce sujet (surtout sur
la question de l’enseignement).
M. Dumont pense que la totalité du transfert des matières personnalisables serait plus
commode, à quelques exceptions près. La question est de savoir à qui les transférer :
COCOF ou Région Bruxelloise ?
a. Communauté française
Double casquette :
- tous les députés du Parlement régional wallon sont également membres du
Parlement de la Communauté française
- une partie des membres du groupe linguistique française du Parlement de la Région
de Bruxelles-Capitale sont également membres du Parlement de la Communauté
française
214
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
b. Communauté flamande
Les 6 membres bruxellois du Vlaams Parlement ne sont plus issus du Parlement régional
bruxellois, mais sont élus directement par les citoyens domiciliés dans la Région bruxelloise
qui, dans le secret de l’isoloir, votent en faveur d’une liste flamande ; et ce depuis 2001.
c. Communauté germanophone
Le Parlement de la Communauté germanophone, comme le Parlement flamand dans sa
nouvelle configuration, ne se compose aussi que d'élus directs = 25 membres : cf. art. 8
LORI
Précision : 139 vient après 138, qui vient après 137 = il y a une logique.
- 137 = fusion opérée au Nord : Région flamande + Communauté flamand
- 138 = amaigrissement Communauté française car transferts à la Région wallonne et
à la COCOF
- 139 = concerne la Communauté germanophone qui peut recevoir des compétences
qui proviennent de la Région wallonne, ce qui a été fait. Elle a donc
o toutes les compétences communautaires
o quelques matières qui proviennent de la région wallonne (monuments et sites,
fouilles archéologiques, emploi, pouvoirs subordonnés (contrôle des
communes) et tourisme).
Art. 39 de la C°
« La loi attribue aux organes régionaux qu'elle crée et qui sont composés de mandataires élus, la
compétence de régler (cf. analyse supra) les matières qu'elle détermine, à l'exception de celles visées aux
articles 30 et 127 à 129, dans le ressort et selon le mode qu'elle établit. Cette loi doit être adoptée à la majorité
prévue à l'article 4, dernier alinéa. »
Cet article dit qu’une LS doit doter les 3 Régions d’organes élus, compétents pour régler des
matières que cette LS décidera à l’exception des matières communautaires. Pourquoi cette
exclusion ? Cet article date de 1970, il a été révisé implicitement à plusieurs reprises. Les
flamands craignent que la Région Bruxelloise, démographiquement dominée par les
francophones, adopte des ordonnances dans les matières qui intéressent la Communauté
flamande ! elle veut garder les flamands de Flandre et les flamands de Bruxelles unis dans
les matières qui intéressent la Communauté flamande.
On se dit très vite, dès 1970, et surtout en 1980 quand on crée les matières
personnalisables, que l’on a quand même besoin à Bruxelles de responsables politiques en
contact direct avec la réalité Bruxelloise. La Communauté flamand a besoin d’un
prolongement de la à Bruxelles19 ! raison de la création d’une collectivité politique
supplémentaire = COCON/VGC.
19
Cela ne peut pas être la Région flamande étant donné que l’art. 39 l’interdit.
216
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 136
« Il y a des groupes linguistiques au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale, et des Collèges,
compétents pour les matières communautaires; leurs composition, fonctionnement, compétences et, sans
préjudice de l'article 175, leur financement, sont réglés par une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4,
dernier alinéa.
Les Collèges forment ensemble le Collège réuni, qui fait fonction d'organe de concertation et de coordination
entre les deux communautés. »
Art. 166
« § 1er. L'article 165 s'applique à l'agglomération à laquelle appartient la capitale du Royaume, sous réserve de
ce qui est prévu ci-après.
§ 2. Les compétences de l'agglomération à laquelle la capitale du Royaume appartient sont, de la manière
déterminée par une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, exercées par les organes de la
Région de Bruxelles-Capitale créés en vertu de l'article 39.
§ 3. Les organes visés à l'article 136 :
1° ont, chacun pour sa communauté, les mêmes compétences que les autres pouvoirs organisateurs
pour les matières culturelles, d'enseignement et personnalisables;
2° exercent, chacun pour sa communauté, les compétences qui leur sont déléguées par les Parlements
de la Communauté française et de la Communauté flamande;
3° règlent conjointement les matières visées au 1° qui sont d'intérêt commun. »
Art. 60.
« Il existe, pour l'exercice des compétences visées aux articles 135, et 136 de la Constitution, trois
institutions dotées chacune de la personnalité juridique. […] »
Ces deux commissions communautaires ont chacune une personnalité juridique distincte :
l’affirmation se trouve dans cet article.
217
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 60.
« Il existe, pour l'exercice des compétences visées aux articles 135, et 136 de la Constitution, trois institutions
dotées chacune de la personnalité juridique.
L'institution compétente pour les matières de la Communauté française de Bruxelles-Capitale (COCOF),
ci-après dénommée " la Commission communautaire française ", a pour organes le groupe linguistique français
du (Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale) et un collège composé (des membres du gouvernement de la
Région de Bruxelles-Capitale et des secrétaires d'Etat régionaux appartenant au groupe linguistique français)
L'institution compétente pour les matières de la Communauté flamande de Bruxelles-Capitale, ci-après
dénommée " la Commission communautaire flamande ", a pour organes le groupe linguistique néerlandais du
(Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale) et un collège composé (des membres du gouvernement de la
Région de Bruxelles-Capitale et des secrétaires d'Etat régionaux appartenant au groupe linguistique néerlandais.)
L'institution compétente pour les matières communautaires communes aux deux Communautés de
Bruxelles-Capitale (COCOM), ci-après dénommée " la Commission communautaire commune ", a pour organes
l'assemblée réunie composée des membres des groupes linguistiques visés aux alinéas 2 et 3 et le collège réuni,
composé (des membres du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale.)
Pour les compétences que la Commission communautaire flamande (VGC) exerce seule, le groupe
linguistique visé à l'alinéa 3 comporte en outre cinq membres élus conformément à l'article 60bis.
Dans les limites de l'article 25 et sans préjudice de l'article 83, l'Assemblée de la Commission communautaire
flamande fixe le montant de l'indemnité allouée à ces cinq membres, leur régime de pension et le remboursement
de leurs frais de déplacement.
Les charges résultant de l'application des alinéas 5 et 6 sont supportées par le budget de la Commission
communautaire flamande.) »
COCOF
VGC
Renvoi à l’art. 76
Art. 76.
« Un membre bruxellois [du Gouvernement] de la Communauté française et un membre bruxellois [du
Gouvernement] flamand désignés par leurs Exécutifs assistent avec voix consultative, aux séances du
collège de la Commission communautaire française (COCOF) ou du collège de la Commission
communautaire flamande (VGC), selon le cas.
Ils assistent tous deux, dans les mêmes conditions, aux séances du collège réuni. »
Art. 166
« § 1er. L'article 165 s'applique à l'agglomération à laquelle appartient la capitale du Royaume, sous réserve de
ce qui est prévu ci-après.
§ 2. Les compétences de l'agglomération à laquelle la capitale du Royaume appartient sont, de la manière
déterminée par une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, exercées par les organes de la
Région de Bruxelles-Capitale créés en vertu de l'article 39.
§ 3. Les organes visés à l'article 136 :
1° ont, chacun pour sa communauté, les mêmes compétences que les autres pouvoirs organisateurs
pour les matières culturelles, d'enseignement et personnalisables;
2° exercent, chacun pour sa communauté, les compétences qui leur sont déléguées par les Parlements
de la Communauté française et de la Communauté flamande;
3° règlent conjointement les matières visées au 1° qui sont d'intérêt commun. »
« Ont chacun pour sa Communauté les mêmes compétences que les autres pouvoirs
organisateurs pour les matières culturelles, d’enseignement et personnalisables »
Cela veut dire que les matières dans lesquelles elles peuvent agir = uniquement les
matières des communautés, sauf l’emploi des langues ! il n’y a que l’Etat fédéral qui
peut intervenir dans la région bilingue en matière d’emploi des langues.
Les compétences que les deux commissions exercent en tant que pouvoirs
organisateurs20 = le pouvoir de créer, d’organiser, de financer des activités culturelles,
d’enseignement, qui relèvent des matières personnalisables.
20
ex : ASBL qui organise des écoles
219
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 64.
« § 1. Chaque commission communautaire exerce les mêmes compétences que les autres pouvoirs
organisateurs dans les matières visées à l'article 61 de la présente loi.
En particulier, chacune d'elles a pour mission :
1° d'élaborer et d'exécuter une programmation de l'infrastructure relative à ces matières;
2° de créer les institutions nécessaires, de les gérer, et d'accorder des subsides dans les conditions fixées
notamment par la loi du 29 mai 1959 modifiant la législation relative à l'enseignement gardien, primaire, moyen,
normal, technique et artistique;
3° d'adresser des recommandations aux autorités intéressées ainsi que des avis, soit d'initiative soit à leur
demande;
4° de prendre et d'encourager les initiatives prises dans les matières culturelles et personnalisables.
§ 2. L'assemblée réunie et le collège réuni exercent les compétences visées au § 1er, lorsqu'il s'agit d'objets
d'intérêt commun.
§ 3. Les collèges et le collège réuni exécutent par voie d'arrêtés les règlements pris respectivement par les
groupes linguistiques et l'assemblée réunie. »
C’est une compétence réglementaire, non pas décrétale, comme une commune ou une
province ! on est donc dans la logique de la décentralisation et pas du fédéralisme quand
elles agissent sur base de l’article 166 §3 1° = sous la tutelle de leurs communautés
respectives : art 83 LSIB.
Il y a symétrie entre la COCOF et la VGC tant que l’on travaille dans les limites de l’art
166 §3 de la C°. Mais la COCOF a en outre des compétences de nature toute différente sur
base de l’art. 138 de la C° " quand elle agit sur pied de cet article, elle possède alors un
pouvoir décrétale, exactement le même que celui de la Communauté française. Elle a là un
statut de collectivité fédérée = « institution dotée de deux têtes ».
EXAMEN
Qui est compétent pour légiférer en matière de formation professionnelle ? Comment faut-il
raisonner ? Est-ce que c’est une matière confiée soit aux régions soit aux communautés ?
- La formation professionnelle est une matière culturelle (art 4 LSIB) MAIS les décrets
de transferts sont passés par là
- La Communauté flamande est compétente pour gérer la formation professionnelle
pour l’ensemble de la région de langue néerlandaise, et pour les institutions
flamandes de Bruxelles
- en revanche, en ce qui concerne le sud du pays, puisqu’il y a eu des décrets de
transferts, c’est la Région wallonne qui s’en occupe, dans les limites de la région de
langue française.
- À Bruxelles : c’est la COCOF
- Pour les germanophones, cela dépend de la Communauté germanophone.
220
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Qui est compétent à Bruxelles pour imposer des obligations aux personnes physiques et
pour les institutions bicommunautaires ?
Les compétences résiduelles vont à l’Etat fédéral parce que l’art. 35 de la C° n’a pas été
exécuté (EXAMEN)
Art. 35
« L'autorité fédérale n'a de compétences que dans les matières que lui attribuent formellement la Constitution et
les lois portées en vertu de la Constitution même.
Les communautés ou les régions, chacune pour ce qui la concerne, sont compétentes pour les autres matières,
dans les conditions et selon les modalités fixées par la loi. Cette loi doit être adoptée à la majorité prévue à
l'article 4, dernier alinéa.
Disposition transitoire
La loi visée à l'alinéa 2 détermine la date à laquelle le présent article entre en vigueur. Cette date ne peut
pas être antérieure à la date d'entrée en vigueur du nouvel article à insérer au titre III de la Constitution,
déterminant les compétences exclusives de l'autorité fédérale. »
Il y a une disposition transitoire qui donne deux conditions à remplir pour que l’art. 35 soit
activable et effectivement en vigueur :
(1) il faut une liste des matières exclusives réservées à l’état fédéral
(2) il faut une loi
On n’a eu aucun des deux et c’est donc maintenant l’inverse qui s’applique, et c’est logique
car on est dans un fédéralisme de dissociation/désagrégation ! on part d’un Etat unitaire et
on le fédéralise. Pour activer l’art. 35, il faut réaliser une opération extrêmement périlleuse
qui consiste à ce que tout le monde se mette d’accord sur une liste de compétences
exclusivement réservées à l’Etat fédéral, et tout le reste ce sera pour les Communautés ou
les Régions " il faudra trancher ! sauf qu’on est incapables de trancher.
221
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
En 1993, la Volksunie et d’autres partis néerlandophones disaient qu’il fallait inscrire dans la
C° le basculement des compétences résiduelles. L’ancien Premier ministre Jean-Luc
Dehaene était très prudent et avait besoins des suffrages de ces partis. Il a donc fait insérer
cet article dans la C°, mais assorti d’une disposition transitoire.
À travers une interprétation hyper restrictive des compétences exclusives fédérales, l’Etat
belge deviendrait une coquille vide. Cet article est donc une bombe à retardement. Même si
techniquement on pourrait rédiger une liste de tout ce que l’Etat fédéral exerce actuellement,
cela reste une opération risquée.
Imaginons qu’en 2019 la NVA fasse un tabac et exige l’application de l’art. 35 = explosif en
puissance !
Ex :
- (qui demeure encore valable) le théâtre royal de la monnaie (TRM), c’est du biculturel car l’activité de
cette opéra est destinée aussi bien aux flamands qu’aux francophones.
- l’Orchestre National de Belgique.
- le Palais des Beaux-Arts.
En ce qui concerne ces derniers, on signalera que l'Etat belge a été condamné par un arrêt
de la Cour de Justice des Communautés européennes du 10 septembre 1996, entre autres
motifs pour n'avoir pas pris dans les délais requis les dispositions législatives nécessaires
dans la Région de Bruxelles-Capitale à la transposition de la directive du 3 octobre 1989 dite
«Télévision sans frontière ».
EXAMEN : qui est compétent pour imposer l’obligation scolaire à Bruxelles ? C’est l’Etat (il y
a une loi).
Art. 135bis
« Une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, peut attribuer, pour la région bilingue de
Bruxelles-Capitale, à la Région de Bruxelles-Capitale, des compétences non dévolues aux communautés
dans les matières visées à l'article 127, § 1er, alinéa premier, 1° (= matières culturelles) et, pour ce qui
concerne ces matières, le 3°. »
« Les compétences non dévolues aux communautés » : on vise implicitement la limite des
compétences des communautés, rationnées compte tenu du §2 du même article = biculturel
(d’intérêt régional).
222
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Une loi spéciale peut donner des compétences dans les matières biculturelles = LSIB.
Art. 4bis LSIB = liste des compétences biculturelles qui ont été confiées à la Région
bruxelloise.
Art. 4bis.
« Sans préjudice des compétences de la Communauté française et de la Communauté flamande, la Région de
Bruxelles-Capitale exerce les compétences suivantes dans les matières culturelles visées à l'article 127,
§ 1er, alinéa 1er, 1°, et, pour ce qui concerne ces matières, au 3°, de la Constitution :
1° en ce qui concerne le sport visé à l'article 4, 9°, de la loi spéciale, le financement et la subsidiation des
infrastructures sportives communales;
2° en ce qui concerne la reconversion et le recyclage professionnel (= formation professionnelle) visés à l'article
4, 16°, de la loi spéciale, la mise sur pied de programmes de formation professionnelle pour autant que ceux-ci
s'inscrivent dans le cadre de la politique d'emploi et tiennent compte du caractère spécifique de Bruxelles;
3° en ce qui concerne les beaux-arts, le patrimoine culturel, les musées et autres institutions scientifiques
culturelles visées à l'article 4, 3° et 4°, de la loi spéciale, les matières biculturelles pour autant que celles-ci soient
d'intérêt régional. »
L’art. 135bis est donc une révision implicite de l’art. 39 qui interdit à la loi spéciale de
donner des compétences communautaires à la Région.
C’est une évolution positive car on fait de plus en plus confiance à la Région bruxelloise, elle
se voit confier de plus en plus de compétences.
6/05/2015
Les matières bipersonnalisables sont les matières personnalisables visées dans l’art. 128 de la C° et 5 de la
LSRI qui
- soit intéressent directement les personnes physiques
- soit qui concernent les institutions bruxelloises qui ne se rattachent pas à l’une ou à l’autre Communauté
en raison de leur organisation
C’est une masse énorme qui entre dans le giron de qui ? Qui est désormais compétent ?
223
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 135
« Une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, désigne les autorités qui, pour la région
bilingue de Bruxelles-Capitale, exercent les compétences non dévolues aux communautés dans les
matières visées à l'article 128, § 1er. »
EXAMEN
Exprimer l’art. 135 en nos mots ! une LS désigne les autorités qui sont compétentes dans
les matières personnalisables (art. 128 §1), là où les Communautés ne sont pas
compétentes = matières bipersonnalisables. Et que sont les matières bipersonnalisables ?
Les matières bipersonnalisables sont les matières personnalisables visées dans l’art. 128
de la C° et 5 de la LSRI qui
- soit intéressent directement les personnes physiques
- soit qui concernent les institutions bruxelloises qui ne se rattachent pas à l’une ou à
l’autre Communauté en raison de leur organisation
Exemples de mesures qui imposent directement des contraintes/obligations aux personnes physiques
- protection de la jeunesse : art. 63 LSIB a précisément désigné la COCOM pour ce faire (la loi à laquelle
on renvoi c’est la LSRI, et non pas à la LSIB sinon c’est « le chat qui mort sa queue ») + cf. art. 60, al. 4
LSIB
- hôpitaux publics, organisés par les CPAS : art. 17 à 21 LCEA, l’organisation de ces hôpitaux doit être
bilingue
Art. 63 de la LSIB :
- « de la loi spéciale » = LSIB
- « sans préjudice des compétences » = dans les matières personnalisables, ce sont les communautés
qui sont compétentes.
- « Collège réuni et Assemblée réunie » = COCOM
Mais concrètement, ces organes coïncident avec ceux du Parlement régional bruxellois et du
Gouvernement bruxellois Il s'agit de :
(1) l'assemblée réunie de la COCOM qui se compose des membres des deux groupes
linguistiques du Parlement régional,
(2) et du collège réuni de la COCOM qui se compose des membres du Gouvernement
régional, étant entendu que les secrétaires d'Etat n'en font pas partie et que le
président n'y a qu'une voix consultative (il ne peut pas être investi d'une compétence
particulière).
C'est par des ordonnances que l'assemblée réunie de la COCOM est habilitée à légiférer
dans le domaine des matières « bipersonnalisables ». Ces ordonnances doivent être
adoptées à la majorité dans chaque groupe linguistique (72 francophones et 17 flamands)
(art. 72 LSIB).
En 2001, on craignit que la Région bruxelloise et la COCOM ne soit bloquées par un parti qui
avait annoncé sa volonté de faire exploser le système institutionnel belge en partant par
Bruxelles = Vlaams Blok/Belang. Ce parti avait dit que s’il avait la majorité dans le groupe
linguistique néerlandophone à Bruxelles, ils ne voteraient pas les ordonnances de la
COCOM. « Protéger la minorité, OK mais leur donner une arme que l’on sait qu’ils vont
utiliser comme une arme de destruction massive, NON. »
« Si cette majorité n’est pas réunie dans un groupe linguistique, il est procédé à un second vote. Dans ce cas, la
résolution est prise à la majorité absolue des suffrages (…) et par au moins un tiers des suffrages dans chaque
groupe linguistique ».
En cas de blocage, il peut être procédé à un second vote qui ne requiert plus qu’un tiers des
suffrages dans chaque groupe linguistique.
La COCOM est donc compétente pour légiférer par des ordonnances dans des matières
bipersonnalisables (art. 135 de la C°). C’est donc une collectivité politique fédérée, au même
titre que la COCOF quand elle agit sur pied de l’art 138/Régions/Communautés.
Quant au collège réuni, il a été encore investi, par la C° elle-même également, d'une fonction
particulière, celle d' « organe de concertation et de coordination entre les deux communautés
». Par cette dernière expression, il faut évidemment comprendre les deux « petites »
communautés que recouvrent la COCOF et la VGC.
Attention, les secrétaires d’Etat ne font pas partie de ces institutions. Le Président du
Gouvernement régional n’a qu’une voix consultative dans le collège réuni de la COCOM (art.
77 LSIB). Les Flamands y ont beaucoup tenus car l’esprit de la COCOM est une stricte
parité.
Art 166 §3, 3° et art 136, al 2 : (en tant que collectivité politique décentralisée, mais elle n’est décentralisée que
d’elle-même) la COCOM peut servir d’organe de …. Entre la communauté flamande et la communauté française
… Cela veut dire qu’en théorie, la COCOM peut, comme la COCOF et la VGC, agir pour créer, financer, organiser
des institutions actives dans les matières communautaires, et pas seulement personnalisables, en tant que
pouvoir organisateur. Cependant, elle ne l’a jamais fait : par exemple pour créer une école bilingue, il faudrait une
loi fédérale mais l’état n’a jamais pris cette loi (flamands ne veulent pas).
225
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
La COCOM peut servir d’organe de concertation et de coordination entre les deux Com ; en
théorie elle peut, comme la COCOF et la VGC, agir pour créer/financer/organiser des
institutions actives dans les matières communautaires.
226
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Aujourd'hui les choses vont changer parce que les dispositifs financiers donné à la COCOM
sont beaucoup plus importants que la COCOF ! plusieurs d’institutions privées actives dans
les matières personnalisables se voient adressés un message subliminal comme quoi la
COCOF n’aura bientôt plus d’argent alors que la COCOM a/aura le moyen de financer, cette
dernière sera désormais seule compétente en matière de prestations familiales.
Imaginons que, lors de la 6e réforme de l’Etat, l’on ai pas précisé dans l’art. 63 de la LSIB
ceci :
Art. 63.
« Sans préjudice des compétences de la Communauté française et de la Communauté flamande, le collège réuni
et l'assemblée réunie exercent les compétences visées aux articles 5, 6bis, 6quinquies, 8 à 16, (§§ 1er et 2,) 79,
§§ 1er et 3, 92bis, 92bis/1 et 92ter, de la loi spéciale.
La matière visée à l'article 5, § 1er, IV, de la loi spéciale (LSRI = prestations familiales) relève, sur le
territoire visé à l'article 2, § 1er, (territoire de la Région de Bruxelles-Capitale) de la compétence exclusive du
collège réuni et de l'assemblée réunie, en ce compris à l'égard des institutions, qui en raison de leur
organisation, doivent être considérées comme appartenant exclusivement à l'une ou à l'autre
communauté. […] »
L’idée est que : si cette précision n’était pas fournie, la compétence exclusive de la COCOM
pour régler les alloc familiales n’aurait pas empêcher les Communautés flamande et
française d’offrir aux bruxellois la possibilité/faculté de recevoir le bénéfice prestations
supplémentaires pour l’aide aux familles moyennant une inscription dans une institution soit
flamande soit francophone.
Il y a donc une contrainte qui pèse sur toutes les personnes publiques de s’inscrire à une
caisse d’allocations familiales ! il faut cotiser et en échange on reçoit des prestations). Mais
si cette précision n’était pas dans la LSIB ; rien n’aurait empêché la Communauté flamande
(plus riche) de dire : les bruxellois peuvent s’inscrire librement dans une institution flamande,
qui va organiser un système plus généreux et qui complète la maigre allocation familiale que
ce que vous recevez de la COCOM (c’est une hypothèse, pas réellement voulu mais
possible).
Art. 128
« § 1er. Les Parlements de la Communauté française et de la Communauté flamande règlent par décret, chacun
en ce qui le concerne, les matières personnalisables, de même qu'en ces matières, la coopération entre les
communautés et la coopération internationale, y compris la conclusion de traités.
Une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, arrête ces matières personnalisables, ainsi que
les formes de coopération et les modalités de conclusion de traités.
§ 2. Ces décrets ont force de loi respectivement dans la région de langue française et dans la région de langue
néerlandaise, ainsi que, sauf si une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, en dispose
autrement, à l'égard des institutions établies dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale qui, en raison
de leur organisation, doivent être considérées comme appartenant exclusivement à l'une ou à l'autre
communauté. »
« sauf si une loi spéciale en dispose autrement » = précisément l’exception contenue dans
l’art. 63 LSIB.
Uniquement dans la limite des allocations familiales, donc cela veut dire que, à supposer que
la Communauté flamande voulait faire de la surenchère en offrant le bénéfice de prestations
supplémentaires dans d’autres domaines que les prestations familiales, elle pourrait le faire.
Est-ce que la 6e réforme de l’Etat va réussir le pari bruxellois ? Le pari bruxellois est de
dire qu’il y a deux grandes innovations, grâce à cette réforme :
- on permet à la Région de Bruxelles-Capitale, en vertu de l’art. 4bis LSIB, de
s’occuper de matières culturelles pour la 1ère fois, et notamment du domaine de la
formation professionnelle = acte de confiance de la part des flamands.
o la COCOM a reçu de nouvelles compétences, on est en train de miser
passivement sur elle
- le deuxième pari, c’est que si le 1e pari marche ; on pourrait régionaliser toutes les
matières personnalisables " nettement plus simple.
228
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
! 135bis révise
implicitement l’art. 39 de la
C°
* matières personnalisables :
institutions où le PO est
bilingue = matières
bipersonnalisables =
matières personnalisables
qui ne se rattachent pas
directement à l’une ou l’autre
communautés ou les
matières qui concernent
directement les personnes
physiques ! compétence de
la COCOM
e
* depuis la 6 réforme de
l’Etat, la COCOM est
exclusivement compétente
dans la région de Bxl pour
les allocations familiales (art.
63 LSIB)
229
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Art. 41
« Les intérêts exclusivement communaux ou provinciaux sont réglés par les conseils communaux ou
provinciaux, d'après les principes établis par la Constitution (cf. art. 162 pour l’explicitation de ces
e
principes). Toutefois (innovation de la 6 réforme de l’Etat), en exécution d'une loi adoptée à la majorité
prévue à l'article 4, dernier alinéa, la règle visée à l'article 134 peut supprimer les institutions
provinciales. […] »
Art. 162
« Les institutions provinciales et communales sont réglées par la loi. La loi consacre l'application des
principes suivants :
1° l'élection directe des membres des conseils provinciaux et communaux;
2° l'attribution aux conseils provinciaux et communaux de tout ce qui est d'intérêt provincial et
communal, sans préjudice de l'approbation de leurs actes, dans les cas et suivant le mode que la loi
détermine;
3° la décentralisation d'attributions vers les institutions provinciales et communales; […] »
Principe de la tutelle
Règlent (pouvoir de nature règlementaires) tout ce qui est d’intérêt provincial/communal,
sous la réserve d’un pouvoir de tutelle (expressément visé par 162 : avec définition) des
régions : en vertu de l’art. 7 LSRI : « les régions sont compétentes en ce qui concerne
l’organisation et l’exercice de la tutelle administrative sur … ».
12/05/2015
§3. Les commissions communautaires flamande et, pour partie, française et commune
On peut parler du pouvoir de faire la loi s’agissant des 3 Communautés (cf. art. 127 à 130
de la C°).
En ce qui concerne les Régions, cf. art. 39 (+ explication du mot « régler » dans l’art. 134 de
la C° cf. supra)
(1) Régions flamande et wallonne : art. 19 §2 LSRI
(2) Région Bruxelloise :
• « peuvent » de l’art 134 a été utilisé pour donner à la Région de Bruxelles-
Capitale la compétence de régler autrement que par des décrets
• art. 4 LSIB « ordonnance »
• force de l’ordonnance = art. 6 et 7 LSIB
En réalité, les mécanismes préventifs se sont révélés efficaces pour prévenir cette tutelle.
Puisque le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale est paritaire ! forcément le
Parlement n’a jamais adopté une ordonnance en méconnaissance des intérêts des
flamands.
231
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
La Région de Bruxelles-Capitale est une collectivité politique biface ! c’est une collectivité
politique
- fédérée qui rend des ordonnances
- quasi décentralisée à cause de la tutelle de l’Etat
Art. 9.
« Les juridictions ne peuvent contrôler les ordonnances qu'en ce qui concerne leur conformité à la présente loi
(LSIB) et à la Constitution, à l'exception des articles de la Constitution visés par l'article 142, alinéa 2, 2° et 3°
(articles de la C° indentifiés dans la LSCC) de celle-ci et des règles qui sont établies par la Constitution ou en
vertu de celle-ci pour déterminer les compétences respectives de l'Etat, des Communautés et des Régions
(règles répartitrices de compétences).
En cas de non-conformité, elles refusent l'application de l'ordonnance. »
Toutes les juridictions peuvent exercer un contrôle qui va au-delà que celui appliqué par la
CC MAIS elles ne peuvent pas empiéter sur ses compétences ! « marcher sur les pieds de
la CC ». Sous cet angle, en théorie, on sent un parfum de pouvoir réglementaire (logique de
l’art. 159 de la C°) mais il y a très peu de cas de jurisprudence.
Cependant, le Sénat intervient et celui-ci assure une certaine représentation des collectivités
fédérées de l’Etat. L’art. 67 de la C° nous dit qu’il y a 60 sénateurs :
- 50 représentent les entités fédérées (Communautés & Régions)
- 10 cooptés : 4 sénateurs francophones et 6 sénateurs néerlandophones.
On est très loin du modèle fédéral américain car une participation directe des Communautés
et des Régions est absolument intenable politiquement en Belgique ! il faudrait le vote de
deux Communautés/Régions sur trois ?
Certains constitutionnalistes disent qu’il faudrait que les groupes linguistiques interviennent,
étant donné qu’ils interviennent déjà dans l’élaboration des LS " MAIS aucune trace de ces
groupes linguistiques dans l’art. 195.
En outre, il n'était pas mis sur un pied d'égalité avec la Chambre. Il ne l'était que dans
certaines matières (énumérées par l'ancien article 77).
Ainsi composé, il ne participe plus que très marginalement à l’élaboration des lois : l’art 36 de
la C° est une disposition en trompe-l’œil ! l’art. 74 de la C° fait du régime monocaméral le
régime de droit commun. Ce n’est donc que dans les limites de l’art 77 et de l’art 78 que
le Sénat intervient.
En Belgique, le bicaméralisme est très éloigné de celui qui a été mis sur pieds aux USA =
Sénat qui représente les 50 Etats fédérées sur pied d’égalité (chaque Etat fédéré élit 2
sénateurs) et toutes les lois doivent être adoptés par Chambre Et le Sénat.
233
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
En Belgique,
- primo : la Chambre et le Sénat ne sont pas sur pied d’égalité,
- secundo : la composition du Sénat n’est pas paritaire.
Pourtant, il ne fait pas paniquer en tant que francophone car on trouve la protection
structurelle de la minorité francophone ailleurs (cf. supra) :
- LS
- sonnette d’alarme : art. 54 C°
- parité au Conseil des ministres : art. 99, al. 2 de la C°
En quoi la minorité francophone est-elle protégée par cela (parité au Conseil des
ministres) lors de l’élaboration des lois ? En pratique, 90% des lois sont d’origine
gouvernementale. À la base de la loi, il y a un projet de loi. Existe-t-il une règle qui oblige le
Conseil des ministres à analyser tous ces projets de loi ? Non, mais une convention de la C°
exige que toutes les matières politiquement importantes (! les projets de loi) fassent l’objet
d’une délibération au conseil des ministres.
Section 3. Les limites du fédéralisme à la Belge et les dessous d’une éventuelle mutation
confédérale
A. Le dualisme
Deux grandes Communautés, juridiquement deux groupes linguistiques à la Chambre et au
Sénat qui jouent un rôle décisif.
On retrouve la parité
- au Conseil des ministres,
- au sommet de la hiérarchie des fonctionnaires,
- à la haute fonction publique fédérale,
- au CE
- à la CC
Certains disent également que nous sommes dans une logique confédérale. Ce fédéralisme
bipolaire nous rapprocherait du modèle confédéral = rapprochement dangereux, à nuancer.
Les grandes décisions se prennent toujours à l’unanimité des représentants des Etats
confédérés (= droit de véto). Au fond, le Conseil des ministres de l’Etat fédéral ressemble à
la diète = l’assemblée qui fait les lois dans une confédération d’états car l’exigence du
consensus dans un Conseil des ministres paritaire ressemble fort au droit de véto
dans la diète d’une confédération d’états. Il reste néanmoins qu’on ne peut pas faire
valoir son droit de véto à tous les coups, sinon la stabilité gouvernementale ne pourrait pas
résister.
B. La complexité
C’est surtout parce qu’on a des Communautés et des Régions sur le même territoire.
EXAMEN
Quelle est l’unique raison de cette complexité ? Bruxelles. C’est parce que la Communauté
flamande veut se montrer solidaire avec les flamands de Bruxelles. Aussi longtemps que les
flamands tiendront au maintien d’une Communauté flamande, nous resterons voués à une
certaine complexité. Néanmoins, on pourrait évoluer vers une plus grande simplicité si on
régionalisait les matières personnalisables. Certains rêvent d’une simplification grâce à une
Belgique à 4 (la plus simple à enseigner/à vendre à l’étranger) = la Belgique 4 autorités
territoriales
- Région flamande
- Région bilingue de Bruxelles-Capitale
- Région wallonne
- Région germanophone
La solidarité par delà les Régions est un rêve assez présent en Belgique.
Si la NVA continue à progresser, elle demandera lors des prochaines élections une nouvelle
réforme de l’Etat pour transférer encore plus de compétences. La Belgique ne s’occuperait
dès lors plus que
- de la défense nationale,
- du démantèlement de la dette,
- du Code pénal,
- d’une partie du Code civil,
- de l’octroi de la nationalité et de l’asile.
Paradoxe par rapport à sondage (article dans le Soir du 12/05) : en Flandre en 2014, 50%
des flamands interrogés se sentent d’abord belges, puis seulement flamands.
236
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
TROISIEME PARTIE :
L’EXERCICE DU POUVOIR DANS L’ETAT ET L’EXIGENCE
DEMOCRATIQUE
(2) La démocratie est un régime dans lequel on ne propose pas de régler les
conflits mais dans lequel on admet la légitimité des conflits, des désaccords,
des divisions, qu’on doit réguler par des procédures qui permettent à ces
conflits de rester négociables.
C’est un trait fondamental dans cette approche car on souligne quelque chose qui est
souvent perdu de vue : la crise, le conflit, la remise en question. Cela fait partie de la
démocratie
- parce qu’on respecte la liberté individuelle, la diversité des groupes,
- on reconnait l’irréductibilité d’un certain nombre de conflits (d’intérêts notamment).
Claude LEFORT a beaucoup insisté sur cette idée, et également sur l’idée de l’interrogation
continue des fondements de la loi, du pouvoir et de la connaissance. C’est un régime qui
admet que l’on puisse remettre en question toutes les normes, où personne ne peut
prétendre occuper la position du grand juge : le foyer central du pouvoir politique en
démocratie est un lieu vide, personne ne peut l’occuper, personne n’est maitre. Selon lui,
l’exigence démocratique ne concerne pas seulement le niveau politique de la vie en société,
elle devrait aussi concerner l’économie, l’information, l’éducation et la culture.
Une démocratie a le droit de se protéger contre les ennemis de la démocratie. Il y a dans une
société démocratique des citoyens/groupements qui ne supportent pas ce régime où l’on
peut tout remettre en cause. Certains n’acceptent pas la règle fondamentale de l’égalité de
tous les hommes, de toutes les femmes, indépendamment de leurs appartenances, quelles
qu’elles soient. Comment, juridiquement, institutionnellement, se doter de garanties
pour se protéger contre les ennemis de la démocratie sans avoir de définition
juridique de la démocratie ?
En Allemagne : l’art. 21 de la Loi fondamentale affirme que les partis anti-démocratiques sont
anticonstitutionnels. La CC allemande peut donc prononcer l’interdiction des partis politiques
jugés « anti-démocratiques » ; elle a donc dû produire une définition de la démocratie, et est
tombée dans le piège que M. Dumont dénonce : essayer de faire rentrer la démocratie
dans un cadre précis, alors qu’elle est le fruit d’une longue évolution et de
changements continus.
De plus, toutes les démocraties n’ont pas les mêmes caractéristiques. On ne va pas dire que
les USA (régime présidentiel) ne constituent pas un régime démocratique parce qu’ils ne
pratiquent pas la responsabilité devant le Parlement. Il y a donc un danger d’enfermer la
démocratie dans une définition juridique qui aurait tendance à fétichiser des contenus voués
à être intemporels.
238
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
Donc, un parti qui manifeste, à travers plusieurs indices concordants, son hostilité envers les
droits fondamentaux tels qu’exprimés par la CEDH, peut se voir retirer son financement
public = approuvé par Mr. Dumont. L’art. 15ter n’a pas enfermé la démocratie dans une
définition ! « le respect des droits fondamentaux de l’homme est une condition de
possibilité de la démocratie » ne veut pas dire que la démocratie se réduit aux DH, mais
sans le respect de ces droits fondamentaux, il ne peut pas y avoir de démocratie.
Cela dit, sans prétendre inscrire les huit traits que M. Dumont va énumérer dans une
définition constitutionnelle ou législative, on peut reconnaitre d’un point de vue doctrinal,
qu’une démocratie aujourd’hui exige le respect de huit séries d’exigences. C’est donc
bien une définition doctrinale (approche institutionnelle) :
- les élections périodiques au suffrage universel secret ;
- le pluripartisme (plusieurs partis), impliqué par la première exigence ;
- liberté d’expression, de réunion et d’association (par rapport aux partis) ;
- la compétence législative d’une assemblée représentative ainsi élue au suffrage
universel ;
- le principe de majorité ! il faut que l’assemblée puisse prendre des décisions, on ne
va pas demander l’unanimité car on admet les conflits ;
- la protection des minorités : tout ne repose pas sur la seule volonté de la majorité ;
- Etat de droit = Etat dans lequel tous les pouvoirs sont soumis à la constitution, dans
lequel le pouvoir gouvernemental est soumis à la loi et le pouvoir judiciaire est
indépendant
- Etat de droit = Etat dans lequel la loi est égale pour tous ! protection des individus
contre l’arbitraire.
C’est donc l’approche institutionnelle qui a séduite et qui donne à méditer sur ce que
l’exigence démocratique veut dire, sur la façon dont elle est conduite dans l’Etat de droit
aujourd’hui.
239
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015
13/05/2015
On ne conçoit pas aujourd’hui une démocratie sur le plan institutionnel sans la séparation
des pouvoirs, elle est fondamentale.
Un règlement se distingue d’une loi en ce que le règlement comporte par définition aussi une
norme, mais il est soumis à la loi, tandis que la loi n’est soumise qu’à la C° (et aux règles
répartitrices de compétences).
C’est donc un principe négatif, qui interdit la concentration de toutes les fonctions de
l’Etat dans les mains d’un seul pouvoir. Il faut que par la disposition des choses, le
pouvoir arrête le pouvoir.
C’est une idée qui relève du libéralisme politique (libéralisme économique) : la liberté est
mieux servie lorsque les fonctions sont exercées par des pouvoirs au sens organique.
Un point commun à tous ces régimes (qui se veulent tous des démocraties) c’est
l’indépendance du pouvoir judiciaire (art. 6 CEDH). C’est la règle fondamentale,
précieuse entre toutes : les juges sont indépendants " la séparation des pouvoirs postule
d’abord l’indépendance de la justice.
Là où il y a place pour des modalités qui vont varier d’un régime à l’autre, c’est au niveau des
relations entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif.
Il n’y a que la Suisse qui incarne ce régime. On y voue un culte au législatif, les suisses
considèrent que le pole de la légitimité est l’Assemblée : la Chambre (conseil national) et le
Sénat (conseil des Etats).
Cette séparation rigide des pouvoirs est tempérée par un système de poids et
contrepoids :
(1) le véto législatif : le président peut s’opposer à l’adoption d’une loi par le Congrès.
Le Congrès ne peut l’emporter qu’en revotant et en obtenant la majorité des ⅔ (arme
substantielle) " président peut s’insérer dans la fonction législative.
(2) la nomination des hauts fonctionnaires par le président est soumise à
l’approbation du Sénat " législatif s’insère dans exécutif
(3) redoutables pouvoirs d’enquêtes dont le Congrès dispose contre l’exécutif.
Il existe également de nombreux régimes qui se disent présidentiels mais que ne le sont pas
du tout (tyrannie, despotisme, autoritarisme, etc.).
A. Sa genèse en Grande-Bretagne
Inventé de manière pragmatique par les anglais " l’idée est que le pouvoir royal doit
absolument être limité. Un pouvoir royal arbitraire est jugé progressivement insupportable,
et on se dit lors des grandes révolutions du 17e s, qu’il faudrait que l’on limite drastiquement
les pouvoirs du roi, mais les anglais sont très respectueux des traditions : « The king can do
no wrong » ! principe de l’inviolabilité du chef de l’Etat. Comment faire pour s’en prendre
au roi sans s’en prendre au roi ? En s’attaquant à ses ministres. Aux débuts du régime
parlementaire, les ministres font l’objet d’une procédure pénale (impeachment – guillotine).
Nina Lacour 245
BAC 1 Droit / 2014-2015
B. Ses caractéristiques
Puis, on passe d’une responsabilité pénale à une responsabilité politique : si une
majorité à la Chambre des communes désavoue un gouvernement ou un ministre, celui-ci
doit démissionner " le ministre doit donc répondre de ses actes.
C. Son évolution
Dans le reste de l’Europe, au 19e – 20e s, on en fait le régime parlementaire actuel. Les deux
grandes caractéristiques sont les mêmes :
(1) Responsabilité des ministres devant l’Assemblée
(2) Pouvoir du chef d’Etat de dissoudre cette Assemblée
Le chef de l’Etat n’est pas toujours un roi, parfois un président (suffrage indirect en Italie, en
Allemagne, etc.). C’est lui qui nomme les ministres (≠ régime directorial). Ce chef d’Etat a
très peu de pouvoirs, il a surtout un statut honorifique. Quand il nomme les ministres, il doit
avoir la composition politique du parlement devant lui : il faut que la majorité (= moitié + 1)
soutienne le gouvernement.
Lendemain des élections de 2014. Il y a 150 députés, il faut que le Parlement soit soutenu par une majorité !
moitié + 1 = 76. Le roi doit se débrouiller pour nommer comme ministres des personnalités soutenues par 76
députés sur 150. Le roi Philippe a réussi, même si du côté du groupe linguistique français il n’y a que 20
francophones sur 62 membres du total de ce même groupe. Au totale le roi a bien fait son travail puisqu’en
désignant un gouvernement composé du MR, de la NVA, de l’Open-VLD et du CD&V ; on constate une majorité
er
de 85 députés sur 150. A partir du moment où 85 ministres applaudissent le 1 ministre M. Michel, aussitôt le
Parlement se met au « garde-à-vous » parce que le gouvernement va désormais faire voter par le Parlement ses
lois (puisqu’il est soutenu par la majorité).
Le risque n’est pas que le gouvernement Michel subisse une motion de méfiance par une
majorité de députés puisque cette majorité, aussi longtemps qu’elle est soudée, elle va
systématiquement soutenir le gouvernement " la responsabilité est devenue très théorique.
La séparation entre le législatif et l’exécutif devient très est surmonté par un fait majoritaire :
c’est la même majorité qui domine le Gouvernement et qui domine le Parlement. La
démission du Gouvernement risque donc plus une dissolution de la coalition
(implosion de l’intérieur) que par une motion de méfiance du parlement (bombe de
l’extérieur).
Le droit de dissolution est donc devenu une arme de dissuasion : le gouvernement peut
menacer de provoquer une dissolution (dans un régime parlementaire en général) du
parlement, dans l’espoir d’obtenir une majorité plus forte. Cette dissolution anticipée devient
parfois de trancher un conflit entre les partis de la majorité.
C’est donc un régime dans lequel les partis politiques jouent un rôle clé, et dans
lequel l’exécutif domine de facto.
Nina Lacour 246
BAC 1 Droit / 2014-2015
LEXIQUE
* L'Etat est le titulaire abstrait d’un pouvoir souverain et institutionnalisé exercé sur - et en
démocratie au nom de - la population d'un territoire déterminé pour servir prétendument
l’intérêt général.
* La souveraineté est la qualité qui vaut à l’Etat d’être un pouvoir suprême, au-dessus de
tout autre pouvoir dans l’ordre juridique (OJ) interne et indépendant dans l’ordre juridique
international, c’est-à-dire exempt de toute subordination à un autre Etat, à une puissance
étrangère.
* Une norme impérative du droit international général (jus cogens) est une norme acceptée et
reconnue par la communauté internationale des Etats dans son ensemble en tant que norme
à laquelle aucune dérogation n’est permise et qui ne peut être modifiée que par une nouvelle
norme du droit international général ayant le même caractère.
* D’un point de vue sociologique (selon P. BIRNBAUM), l’Etat est un pouvoir politique
différencié des périphéries sociales, territoriales ou partisanes qui constituent la société
civile, un pouvoir dont l'emprise sur cette société civile sera d'autant plus forte que son degré
d'institutionnalisation sera élevé.
* La pilarisation/verzuiling est l’idée que l’Etat ressemble à un temple grec, la voûte de l’Etat
! sa capacité à prendre des décisions dépend du consensus des trois piliers qui le
soutiennent : la famille catholique, la famille libérale et la famille socialiste. Jusque 1960, on
peut vraiment constater en Belgique que les grandes décisions relèvent d’un consensus
entre ces trois mondes.
* Selon Herbert HART, un ordre juridique est l’articulation entre des normes primaires
(règles de comportement) et des normes secondaires (identifient, modifient, sanctionnent les
normes primaires). Ces dernières peuvent être qualifiées de constitutionnelles dans un sens
matériel.
* La C° au sens matériel strict désigne l’ensemble des règles les plus fondamentales d’un
Etat. Dans tout Etat, la composition du Parlement, le mode de nomination des ministres, les
droits de l’homme est/sont important. Cette notion de la C° ainsi compris réfère à l’Etat, il
s’agit donc des règles les plus importantes et les plus fondamentales d’un Etat.
* La C° au sens matériel large vise toutes les règles statutaires propres à une institution
qu’elle soit Etatique ou non Etatique.
* La C° au sens formel strict est un ensemble de règles écrites et suprêmes issues d’un acte
juridique unilatéral de fondation posé par un pouvoir souverain dont la modification nécessite
le respect de règles procédurales plus contraignantes que pour la modification des autres
règles, ces dernières étant par hypothèse hiérarchiquement subordonnées à la C°. Dans ce
sens formel strict, on ne s’intéresse pas au contenu (l’eau dans la bouteille) mais bien au
contenant (la bouteille) d’une C°. Cette « bouteille » est identifiable par des signes
extérieurs : ce sont des règles écrites suprêmes, hiérarchiquement supérieures à toutes les
autres, posées par un pouvoir souverain (le PC) et qui sont rigides car on ne les modifient
pas facilement mais uniquement selon le respect de règles procédurales contraignantes.
Cette approche formelle stricte renvoie nécessairement à un Etat puisque la notion de
souveraineté est consubstantielle à celle d’Etat.
* La C° au sens formel large désigne toutes les normes situées au sommet de la hiérarchie
d’un OJ quel qu’il soit (Etatique ou pas). On vise bien les caractéristiques formelles : le rang
occupé par les normes constitutionnelles dans la hiérarchie des règles qui forment l’OJ en
cause, indépendamment du contenu et peu importe qu’elle soit écrite ou pas. Le sens formel
large couvre donc toutes les normes situées au sommet de la hiérarchie d’un OJ (écrites ou
non écrites), qu’il soit un Etat au pas.
* La rigidité désigne l’ensemble des contraintes procédurales ou de fond qui pèsent sur le
pouvoir habilité à réviser la C° (PC dérivé). Dans la définition de la C°, il y a l’idée qu’on ne
modifie pas la C° aussi facilement qu’une loi ordinaire, cette modification se fait sur base de
règles plus contraignantes que pour la modification des lois ordinaires. Ce que le mot
« rigidité » permet de faire apparaître l’existence de plusieurs degrés de rigidité, il faut
distinguer les C° suivant qu’elles sont très rigides ou plutôt souples.
* Les C° sont des normes à la fois rigides parce qu’on ne peut pas les modifier de la même
façon qu’on modifie les lois ordinaires et suprêmes, au-dessus de toutes les autres règles
de droit à l’intérieur de l’OJ national.
* La coutume est une pratique répétée de manière récurrente avec la conviction qu’il faut, en
droit, se conformer à cette pratique. Attention à ne pas confondre l’usage et la coutume : à la
différence de l’usage, la coutume est une règle de droit.
Nina Lacour 248
BAC 1 Droit / 2014-2015
* La nationalité est le lien de droit qui unit/rattache les personnes physiques ou les
personnes morales à un Etat et qui a pour effet de leur procurer des droits et des obligations
! de donner aux nationaux un statut. Deux droits tout à fait fondamentaux, directement
issus de la nationalité sont
(1) le droit d’accéder au territoire de l’Etat dont on a la nationalité
(2) le droit de ne pas être expulsé du territoire dont on a la nationalité
e
Cette règle se trouve à l’art. 3 du 4 Protocole additionnel à la CEDH.
* La citoyenneté au sens strict vise les droits politiques et uniquement les droits politiques.
Là, la tradition résiste même si il y a des évolutions notables. C’est une tradition qui réserve
la citoyenneté au sens strict au profit des seuls nationaux.
* La conception ethnique de la nation est une conception qui identifie la nation à l’ensemble
des hommes et des femmes qui auraient en commun une appartenance à une communauté
lié par un même passé, même langue, même religion ou encore culture ! ils sont unis par
un trait soi-disant objectif. Dans les conceptions, les plus innommables on rajoute une même
race.
Tendance à survalorise le particulier, c’est la nation génie, il y a l’idée qu’il aura une sorte de
nature qui française, italienne,… Le mot naturalisation vient de là c’est un des modes
d’acquisition de la nationalité. Le mot évoque encore l’idée d’une nature nationale que l’on va
finir par acquérir. Cette conception ethnique est présenté souvent comme une conception
germanique parce qu’on trouve les traces dans les écrits philosophiques de deux
philosophes allemands HERDER et FICHTE.
Nina Lacour 249
BAC 1 Droit / 2014-2015
FICHTE, dans ses discours à la nation allemande en 1807-1808 cherche un critère pour
réunir les 200 principautés qui existaient dans ce qu’on va appeler l’Allemagne. Il y avait 200
principautés tout à fait autonomes. FICHTE en appel à la création d’une nation allemande
cimenté par la langue allemande. Par ailleurs, il n’est pas conservateur comme on l’a dit
très loin de là. Dans l’histoire des idées politiques, on le présente comme une des
fondateurs de cette conception ethnique.
C’est pour ça que la tâche de HERDER et FICHTE est plus compliquée que celle de
SIEYÈS. Quand FICHTE essaie de penser la nation allemande il part d’une situation où il y a
200 principautés autonome et divisé. Donc il cherche à créer la nation allemande et il prend
le critère de la langue SIEYÈS en 1788, il a La France devant lui, son territoire et l’état
français existe depuis longtemps. Ce qu’il veut simplement faire c’est transformer les français
en démocrate. Il veut instaurer une sorte de démocratie qui ne sera pas encore le suffrage
universel. C’est l’abolition des privilèges, la loi commune, le règne de l’égalité.
On ne crée pas une nation à partir d’un niveau zéro de socialité, il y a d’abord des choses en
communs. C’est très difficile de définir la nation. On arrive à une solution qui n’est pas sans
reproche et qui pose aussi des difficultés mais qui est peut-être plus satisfaisante !
définition syncrétique d’un intellectuel français bien connu de la fin du 19e s. : Ernest
RENAN.
* La définition syncrétique de la nation (RENAN) est l’ensemble de ceux qui sans être
nécessairement uni par un critère linguistique, religieux, culturelles ni un critère racial
éprouve le sentiment d’appartenir à une communauté distincte en raison de la possession
d’un passé commun (il y a une histoire commune) et qui d’autre part encore la volonté de
vivre ensemble (la volonté de faire valoir l’héritage reçu du passée. RENAN définit la nation
en retenant un seul critère seulement de la conception ethnique : le passé commun. Il
amalgame le critère objectif du passé commun avec le critère subjectif volontariste de Sieyès
qui est la définition civique.
* La théorie de l’Etat post-national (HABERMAS) vise l’Etat qui n’a pas besoin d’un autre
fondement que le « patriotisme constitutionnel. Cette expression est un concept de
philosophie politique qui articule une dimension affective (qui dit patriotisme dit sentiment
d’appartenance à une patrie) qui est fondée sur un attachement raisonnable à des règles de
droit que l’on trouve précisément dans la C° = principes les plus fondamentaux, colorés de la
culture politique de l’Etat en question: Etat de droit, démocratie, DDH, etc. ! pas besoin d’un
ciment
(1) de type linguistique,
(2) tiré d’un passé commun
(3) tiré d’une coutume commune
Nina Lacour 250
BAC 1 Droit / 2014-2015
* Un droit subjectif est le pouvoir dont dispose une personne (appelée le sujet actif du droit)
d'exiger d'un tiers (appelé le sujet passif du droit) une action ou une abstention, en vertu
d'une règle du droit objectif qui lie ce tiers sans lui laisser aucun pouvoir d’appréciation
discrétionnaire. Le sujet actif a
(1) un intérêt direct, personnel et légitime au respect de la règle en cause.
(2) normalement, aussi la faculté de s'adresser à une juridiction aux fins de contraindre le
sujet passif du droit à s'exécuter (cf. les art. 144 et 145 de la C°).
* La déchéance de nationalité est une sorte de sanction civile (et non pénale) prononcée à
l’encontre d’une personne par une autorité judiciaire et qui consiste à lui retirer sa nationalité.
* Les structures d’un Etat désignent les relations juridiques qui unissent les diverses
collectivités politiques infra-étatiques entre elles.
* L'Etat unitaire est l'Etat dans lequel la loi est la même pour tous ; c'est celui où l'autorité
centrale s'impose comme le seul et unique moteur des principales impulsions politiques. Il y
a un pouvoir législatif qui fait la loi pour l’ensemble de la population. Les collectivités
territoriales n’ont aucun pouvoir législatif. Mais cela ne veut pas dire qu'il va exercer lui-
même toutes les responsabilités. Pour éviter les lourdeurs et les inefficiences qui ne
manqueraient pas de résulter d'un unitarisme exclusivement centralisateur, les Etats
unitaires disposent de deux techniques qu'il convient de soigneusement distinguer :
(1) la déconcentration
(2) la décentralisation
(6) en droit public, toutes les compétences étant en principe d'attribution et devant donc
être exercées par leurs titulaires, une délégation de compétence ou de pouvoir « ne
peut pas porter sur l'essentiel de la compétence concernée, mais sur des
mesures secondaires ou accessoires ».
Nina Lacour 252
BAC 1 Droit / 2014-2015
* La décentralisation (degré 1 de l’autonomie) est une technique de droit public par laquelle
(1) la C° attribue un pouvoir de décision de nature administrative et réglementaire
(législative car sinon fédéralisme) ;
(2) à une autorité/collectivité politique (dite décentralisée) ;
(3) dans les limites de la légalité et dans le respect de l’intérêt général, tel que l’autorité
centrale le conçoit ;
(4) à charge pour elle de les exercer sous un régime d'autonomie ; autonomie a pour
conséquence que l'entité décentralisée est soumise
a. non pas au pouvoir hiérarchique de l'autorité supérieure
b. mais à un contrôle de tutelle.
Le contrôle de tutelle est tout autre chose que la relation de hiérarchie organique qui
caractérise la déconcentration
(1) dans la déconcentration, il y a une hiérarchie entre un organe supérieur et un organe
inférieur ;
(2) alors que dans la décentralisation, le principe est l’autonomie de la collectivité
politique décentralisée : elle a un pouvoir de décision (réglementaire et administratif)
soumis à des contrôles de tutelle
* La tutelle est ensemble de techniques très diversifiées qui permettent à une autorité
centrale de contraindre les collectivités politiques décentralisées à respecter la légalité et
l’intérêt général :
(1) tutelle d’autorisation,
(2) tutelle d’approbation,
(3) tutelle de suspension
(4) tutelle d’annulation,
(5) tutelle de substitution (à titre exceptionnel)
* L'Etat fédéral est un Etat (= Etat global) dans lequel les pouvoirs politiques ont été partagés
(en particulier le pouvoir législatif) entre un Etat central et les collectivités politiques fédérées.
Chacun se voit reconnaître par la C° le pouvoir de faire la loi dans son domaine :
(1) l'Etat central fait la loi dans le seul domaine des affaires communes,
(2) tandis que les collectivités fédérées font la loi dans la sphère des intérêts qui leur
sont propres.
NB : M. Dumont prend ici le mot loi au sens de toute norme juridique dont la validité n'est conditionnée que par le
respect de la C°.
Dans cette définition, le mot « Etat » est utilisé dans deux sens différents ; « l’Etat fédéral est
un Etat qui » : on vise ici l’enveloppe dans laquelle on trouve deux niveau de pouvoirs :
(1) le niveau central de l’Etat ! « entre un Etat central et les collectivités politiques
fédérées » = Etat qui n’a que des compétences limitées par la C°
(2) les collectivités fédérées
Comme cette définition le montre, le fédéralisme repose donc en général sur quatre grands
principes :
(1) le principe d'autonomie : chaque collectivité politique fédérée reçoit de la C° le
pouvoir de faire la loi en toute autonomie dans un certain nombre de domaines.
(2) le principe d'égalité : les lois fédérées sont sur pied d’égalité avec les lois fédérales,
pour autant qu’on est dans le domaine des compétences exclusives ! dans le
domaine des matières qui relèvent exclusivement de la compétence des collectivités
politiques fédérées,
Nina Lacour 253
BAC 1 Droit / 2014-2015
(4) le principe de coopération : dans tout Etat fédéral, les collectivités politiques
fédérées doivent pouvoir collaborer entre elles et avec l’Etat central.
(4) créées par une personne morale de droit public pour atteindre un des deux objectifs
suivants :
3° faciliter l'action d’une collectivité politique par la création de services
administratifs déconcentrés (! déconcentration)
4° diversifier son action par la délimitation de zones géographiques permettant
de différencier les règles d'une même législation/réglementation ou d'une
même réglementation en fonction du lieu où elle s’applique (but poursuivi par
les régions linguistiques)
* Les arrondissements administratifs sont des circonscriptions administratives/délimitations
créées au sein des provinces pour faciliter le contrôle de l'application des lois et des
règlements ! espèce (arrondissement administratif) à l’intérieur du genre (circonscription
administrative). Les commissaires d'arrondissements travaillent sous la direction du
gouverneur de province.
* Un obiter dictum est un considérant/développement qu’un juge écrit dans les motifs d’un
arrêt qui ne sert pas de soutien indispensable au dispositif de l’arrêt ! pas d’autorité de
chose jugée.
*En vertu du fédéralisme personnel, une communauté dont les membres sont dispersés sur
tout le territoire d'un Etat doit être en mesure de gérer certains de ses intérêts par l'édiction
de lois applicables à ses ressortissants indépendamment du lieu de leur domicile, donc sur
la base des personnes et non du territoire.
* Les compétences que les deux commissions exercent en tant que pouvoirs
organisateurs = le pouvoir de créer, d’organiser, de financer des activités culturelles,
d’enseignement, qui relèvent des matières personnalisables.
Nina Lacour 255
BAC 1 Droit / 2014-2015
EXAMEN