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Introduction au Droit Constitutionnel

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Introduction au Droit Constitutionnel

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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

H. Dumont

DROIT CONSTITUTIONNEL I
2014-2015

Le concept d’ « Etat »
Les structures de l’Etat
L’exercice du/des pouvoir(s) dans l’Etat
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

03/02/15

INTRODUCTION

CHAPITRE I. DEFINITION DE L’OBJET DU COURS

Section 1. - Définition préalable du droit public et examen de la portée de la distinction droit


public-droit privé
Objet du cours : le droit constitutionnel est une branche du droit public. Il s’agit de l’étude des
règles de base de ce droit public, règles qui régissent l’organisation, le fonctionnement, et les
attributions/compétences des organes supérieurs de l’Etat et de ses composantes.

Section 2. - Définition du droit constitutionnel


Le droit constitutionnel étudie également les règles qui déterminent les droits fondamentaux
des citoyens et des groupements ; il s’agit du droit constitutionnel du point de vue
matériel.

Le droit constitutionnel du point de vue formel privilégie la Constitution, règle de droit qui
se distingue par sa forme. Celle-ci se distingue de toutes les autres règles de droit de par
ses caractéristiques formelles. Il existe néanmoins une série de lois qui vont prolonger les
dispositions de la Constitution.

CHAPITRE II. REFLEXIONS « APPERITIVES » SUR LA METHODE DU


COURS ET SUR SON OBJET

Réflexions d’ordre épistémologiques. L’épistémologie est une réflexion/un examen


scientifique, qui porte sur les conditions de production des connaissances scientifiques. Il
s’agit d’une réflexion sur les exigences à satisfaire pour produire un travail scientifique. Le
droit est un ensemble de prescriptions, d’interdictions et de permissions.

Ex. : Est-ce que la Constitution belge permet ou interdit au pouvoir législatif d’organiser une consultation
populaire ? (=procédure qui permet à tous les citoyens d’exprimer un avis/opinion, soit sur une proposition de
norme, soit sur une option politique déterminée). En 1950 une consultation populaire fut organisée (pour/contre le
retour du Roi Léopold III). L’opinion majoritaire est que la consultation populaire devrait être interdite.

Section 1. - Pour une méthode critique et interdisciplinaire

§1. Distinction de trois types de démarches parmi les activités du juriste


Il y a 3 manières d’appréhender le droit pour un juriste :
Le droit déployé par les organes d’application du droit (en particulier les juges)
Le droit selon le point de vue de la doctrine, qui étudie le droit tel que celui-ci est appliqué
Le droit selon le point de vue d’une science du droit (cercle qui englobe les deux autres)

Il y a donc 4 cercles
- cercle 1 : le droit en tant que tel
- cercle 2 : le droit selon le point de vue des organes d’application du droit
- cercle 3 : le droit selon le point de vue de la doctrine
- cercle 4 : le droit selon le point de vue de la science du droit
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

A. Première démarche : celle des organes d’application du droit


2ème cercle, SLCE (section de législation du conseil d’Etat), 1985 il est saisi d’une série de
propositions visant à organiser une consultation populaire… « Est-ce que la consultation
populaire au niveau fédéral est permise au législateur, sans révision préalable de la C° ? ».

Le Conseil d’Etat est un organe d’application du droit. La méthode du CE se veut


scientifique, il s’agit d’examiner la C° dans tous ses articles, en tenant compte du contexte
dans lequel ceux-ci ont été produits, ainsi que du contexte dans lequel ceux-ci seront
appliqués, on mobilisera les méthodes d’interprétation courantes en droit.
Il n’y a rien, dans le texte constitutionnel qui permette de répondre directement à cette
question, pour se faire, il faut l’interpréter.

La SLCE répond en fournissant des explications et des évaluations juridiques. SLCE dit que
ce n’est pas permis, explication juridique : le référendum, lui est interdit (différence
consultation/référendum, le référendum est décisoire, cela veut dire qu’il permet aux citoyens
non de donner un avis mais de décider).

Il faut combiner l’art. 36 C° et l’art. 33 C°, or le peuple n’intervient pas de manière directe là-
dedans… Il intervient seulement dans l’élection de ceux qui le représentera ! la SLCE
conclut que le référendum est interdit (nous sommes dans un système de démocratie
représentative) OR, la consultation populaire n’est pas décisoire…toutefois il ne s’agit que
d’une différence factice, car si l’on interroge tous les belges sur ce qu’ils souhaitent, même
s’il ne s’agit que d’une consultation, les élus vont s’incliner à la volonté du peuple, donc de la
nation ! consultation interdite.

La SLCE ajoute que la procédure de la consultation populaire est contraire au principe de la


« loyauté fédérale » (il s’agit des règles de bon voisinage que les partenaires d’un Etat
fédéral doivent respecter pour que l’Etat fédéral fonctionne avec un minimum d’harmonie) ce
que les allemands appellent la « bundestreue ». Pourquoi la consultation populaire est-elle
contraire à la « bundestreue » ? Car la consultation populaire risque d’exacerber les clivages
politiques déjà présents en Belgique.

Il ne s’agit pas tout à fait d’une science, car une science doit décrire et expliquer ce qu’elle a
pour objet… Une science n’est pas censée être normative (or ici SLCE dit ce qui doit être,
pas ce qui est). Nous sommes ici dans une interprétation orientée vers un objectif prescriptif.

B. Deuxième démarche : celle de la doctrine


3e cercle, la doctrine : production qui se présente comme scientifique, elle étudie donc le
cercle 1 tel qu’il est appliqué par le 2 (le droit tel qu’il est appliqué par les organes
d’application du droit). Elle est censée être neutre, objective et impartiale… Elle examine
avec un œil critique les explications et évaluations juridiques émanant des organes
d’application du droit, avec un point de vue un peu plus externe. Sur la question ici posée, la
doctrine se divise. La majorité des auteurs doctrinaux suit la position de la SLCE, en
rajoutant toutefois que les arguments de celle-ci sont faibles. Une minorité affirme que la
SLCE a tort.

Guy Verhofstadt a tenté d’instituer la consultation populaire…avec une commission de la Chambre et du Sénat,
réunis à l’issue de ce renouveau politique
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Une majorité d’auteurs affirment que les arguments de la SLCE, arguments de purs faits,
sont faibles en droit, donc qu’on ne peut nier la différence existant entre la consultation et le
référendum. Ces auteurs donnent un autre argument, cf. art. 195 C., article qui prévoie une
autre procédure, à savoir la dissolution des Chambres et la convocation des électeurs. Cette
dissolution trouve son sens dans le souci de recueillir l’opinion du peuple. Donc juxtaposer
les deux procédures (consultation populaire et dissolution) est incohérent… or, nous voyons
qu’en Suisse cette procédure de consultation populaire est très appliquée.

Une minorité d’auteurs affirment que la SLCE a tort, et que la consultation populaire est
permise, pourquoi ? En raison de la plénitude d’attributions du pouvoir législatif, donc que le
pouvoir législatif peut faire ce qu’il souhaite sauf si c’est interdit par la C° (et par le droit
international), or celle-ci interdit le référendum, non PAS la consultation populaire ! c’est
donc permis.

C. Troisième démarche : celle de la science du droit


4ème cercle, celui de la science du droit : il faut rajouter des explications et des évaluations
extra-juridiques, car le droit ne peut jamais s’expliquer entièrement que par lui-même, il doit
s’expliquer aussi par des facteurs politiques, sociologiques, économiques,…

Ce qui nous intéresse ici le plus est le domaine de la science politique. La science politique
étudie la vie politique dans sa réalité, la manière donc les pouvoirs politiques sont conquis,
exercés ou perdus, le cas échéant. Elle explique la façon dont le pouvoir politique est exercé
réellement, de facto (non la façon dont il devrait être exercé). La science du droit est
également soucieuse d’évaluer les règles de droit, en les confrontant à des valeurs, dont
certaines relèvent de la philosophie politique.

Par rapport à la question posée, il s’agit d’expliquer pourquoi cette question est traitée de la
manière dont elle l’est par la doctrine et par les organes d’application du droit…toutefois on a
recours à l’histoire (cf. consultation de 1950), cette consultation populaire a causé un réel
traumatisme, car une majorité de belges ont exprimé une opinion favorable au retour de
Léopold III, celui-ci est donc revenu, et 3 jours après des émeutes ont lieu, il y a quelques
morts, le Roi Léopold III se retire donc aussitôt et abdique un an plus tard (la majorité des
belges ayant été favorables étaient les flamands, la minorité défavorable étaient les wallons
et les bruxellois francophones).

L’argument de la « bundestreue » prend ici tout son sens…on ne veut plus de la consultation
populaire dans un pays aussi ‘fragile’ que la Belgique. La Bel est une « démocratie
consociative », c’est-à-dire que l’o recherche systématiquement le consensus, pour pouvoir
dépasser/transcender les clivages/divisions structurelles qui affaiblissent et fragilisent l’Etat.

Nous comprenons mieux la prudence des politiques à l’égard de la consultation populaire,


car ce système de démocratie consociative se trouverait menacée par cette consultation, car
elle manquerait invariablement des nuances nécessaires au fonctionnement de notre Etat.

Toute question qui tourne autour de l’opportunité de la consultation populaire engage un


débat sur les mérites de la démocratie représentative…débat sur les mérites d’un système
reposant exclusivement sur la volonté de nos élus relève exclusivement de la philosophie
politique.

" Principale difficulté : ARTICULER les 3 registres.


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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

§2. Difficultés rencontrées par la science du droit et démarches proposées dans le présent
cours

Reprenons les deux principaux problèmes que rencontre le projet de Pierre WIGNY et
examinons-les dans la perspective d’une étude critique et interdisciplinaire du droit
constitutionnel

A. Le problème de l'objectivité : décrire et expliquer/évaluer et prescrire


Les Constitutions ont fait l'objet d'une véritable inflation de métaphores propres à alimenter
un respect qui a pu être qualifié par la doctrine elle-même d'"immense, universel, complet",
"religieux", emprunt de "ferveur" ou d'"une sorte de révérence universelle". On ne saurait les
citer toutes : fondement, assise, base, socle, point d'appui, point d'orgue, point de repère,
signal de ralliement, sommet, couronnement, armure du citoyen, règle du jeu, tempo,
Palladium, tabernacle, monument, horloge, parole du Créateur, bible, catéchisme... et nous
faisons grâce au lecteur des adjectifs... Une analyse scientifique qui ne saurait confondre un
objet d'étude avec un objet d'amour ne doit jamais perdre de vue cette dimension symbolique
et affective qui fait partie intégrante de son objet.

Comment faire œuvre scientifique face à un objet aussi valorisé ? Distinction nécessaire des
registres.

On ne peut donc pas suivre Pierre WIGNY quand il glisse d'un registre à l'autre : de la
mission légitime de « décrire et d'expliquer » la Constitution à celle, illégitime pour un
scientifique, de la faire « aimer ». La science du droit, comme les autres sciences humaines,
se doit de « décrire et d'expliquer » son objet. Elle n'a pas pour vocation de « faire aimer »,
de susciter une adhésion aux règles qu'elle présente. Il faut donc soigneusement distinguer
deux registres : celui, proprement scientifique de la description et de l'explication ; et celui,
qui relève de l'éthique, de l'évaluation et de la justification.

Cela dit, attention, il faut bien comprendre que cette distinction est relative ; elle n'est pas
absolue. Le propre des sciences humaines, c'est d'étudier des objets signifiants, autrement
dit liés à des valeurs par rapport auxquelles il n'est ni possible ni souhaitable de rester
totalement neutre. Nous nous retrouvons donc devant un problème très délicat - un problème
épistémologique, c'est-à-dire qui a trait à la manière de définir les exigences inhérentes à un
travail scientifique - : il faut à la fois décrire et expliquer objectivement, sans parti pris, notre
objet d'étude - la Constitution belge en l'occurrence -, et le comprendre, donc faire apparaître
les valeurs qui s'y trouvent consacrées ou, le cas échéant, négligées. Or, il est impossible
d'aborder les valeurs en question, tout en restant neutre.

Que reste-t-il de l'objectivité de la science du droit public dans ces conditions ? On ne peut
s'en sortir - de manière fatalement imparfaite - qu'en distinguant des moments dans
l'analyse.

B. Le problème de l'interdisciplinarité : décrire/expliquer


Là où on est d'accord avec Pierre WIGNY, c'est quand il associe la mission de décrire à
celle d'expliquer la Constitution. Mais il faut aussitôt souligner la difficulté que suscite cette
double entreprise. Décrire et expliquer, ce sont deux opérations reliées l'une à l'autre, mais
distinctes.

Décrire des règles de droit, c'est exposer de manière systématique le contenu de leurs
prescriptions en s'appuyant sur les méthodes classiques de l'interprétation juridique.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Expliquer pourquoi le droit positif présente tel contenu, et non tel autre, ou telle forme, et non
telle autre, c'est, le plus souvent, être conduit à transgresser les frontières de notre discipline.
En effet, le droit ne saurait s'expliquer entièrement par lui-même. Il ne dispose que d'une
autonomie relative par rapport aux faits sociaux.

Il y a donc place - et il est essentiel de bien le comprendre - pour des explications


proprement juridiques. Celles-ci font intervenir les divers éléments qui font que le droit forme
un système qui a sa logique propre. Mais elles ne fournissent le plus souvent qu'une partie
de l'explication recherchée, dans la mesure où le système juridique n'est pas clos sur lui-
même, mais bien relié par de nombreux canaux aux autres sous-systèmes sociaux.

Ici aussi, on se heurte à d'importantes difficultés.


- premièrement, une étude interdisciplinaire ne peut jamais prendre simultanément en
considération tous les facteurs explicatifs. On ne peut donc procéder qu'à certaines
ouvertures. En outre, celles-ci ne doivent pas conduire à déserter ou à négliger l'objet
d'étude principal qui reste pour nous le droit constitutionnel positif tel qu'il est
interprété et appliqué dans la pratique. On ne pourra donc faire que quelques
emprunts, en gardant une conscience aiguë du caractère partiel des explications
avancées de la sorte.
- deuxièmement, chaque discipline a son langage propre et sa manière de définir les
objets qu'elle se donne. Il est essentiel, par conséquent, d'éviter toute confusion entre
les types d'explication auxquels il est recouru.

En ce qui concerne les rapports entre le discours juridique et le discours sociologique, il faut
insister sur la distinction qu'il convient de maintenir entre eux. Le discours juridique décrit les
règles qui prescrivent comment le pouvoir politique doit être exercé, tandis que le discours
sociologique décrit et explique comment le pouvoir politique est réellement exercé. Le
premier se situe donc sur un plan normatif, celui du devoir-être, alors que le second se situe
sur un plan factuel, celui de l'effectivité. Certes, on ne peut pas séparer complètement ces
deux plans, mais on ne peut jamais les confondre. Il faut plutôt les voir comme articulés l'un
à l'autre, à la manière de deux cercles sécants.

Résumons-nous : une explication sociologique est souvent indispensable pour comprendre


la portée d'une règle ou d'un ensemble de règles de droit, mais cette explication ne peut pas
être confondue avec les explications proprement juridiques.

C. Conclusion : démarches proposées dans le présent cours


Concrètement, ce cours cherchera de temps en temps, par delà les justifications et les
explications proprement juridiques qui seront privilégiées, d’une part, des éléments
d’évaluation dans des réflexions de philosophie politique et, d’autre part, des éléments
d’explication dans des approches de sociologie politique. Pareille conception
interdisciplinaire de la science du droit est loin de faire l’unanimité. Elle s’écarte résolument
du positivisme qui demeure dominant dans la plupart des Facultés de droit. Autant ce
positivisme est légitime dans les activités des organes d’application du droit (comme celles
auxquelles vous serez initiés à travers les travaux pratiques en seconde BAC) et dans les
activités étroitement doctrinales, autant il est critiquable quand il s’oppose aux ambitions
d’une science du droit digne de ce nom.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

04/02/15

Section 2. La Constitution belge est-elle encore une œuvre « robuste et complexe, courte et
complète » ?

« Ce n'est pas sans émotion que je prends la plume. Le sujet est admirable. Il s'agit de décrire et d'expliquer, de
faire mieux comprendre et, par conséquent, mieux aimer, l'ingénieux édifice qui abrite notre vie publique et nos
libertés individuelles. La matière intéresse d'abord les techniciens, les juristes. On avait coutume de dire que nos
constituants n'étaient pas des théoriciens, mais des hommes pratiques. Sortis tout bouillants d'une révolution, ils
avaient tourné la pointe de chacune de leurs dispositions contre un abus concret dont ils avaient souffert.
Cependant la Constitution belge, si elle est une œuvre pratique, n'est pas une œuvre de circonstance. Il est vrai
que certains articles portent, comme de glorieuses cicatrices, la trace de revendications révolutionnaires. Mais
dans l'ensemble, on ne peut qu'admirer la logique interne d'une œuvre qui est, à la fois, robuste et complexe,
courte et complète ». (Pierre WIGNY, 1952)

7 février 1831 = date d’édiction de la constitution belge, réalisée par le « Congrès national »,
élu au suffrage censitaire. Entre 1831 et 1952, la Constitution n’a subi que 2 révisions :
- 1e révision en 1893 : le suffrage censitaire est remplacé par un suffrage
universel masculin plural = droit de vote accordé à tous les hommes d’un certain
âge, qui disposaient le cas échéant d’une, deux voire trois voix s’ils avaient des
« qualités » en plus. l’homme qui est père de famille aura déjà une voix, s’il est propriétaire d’une
maison d’un certain niveau, il en avait deux, s’il était titulaire d’un diplôme d’humanités, il en avait trois =
maximum.
- 2e révision en 1920-21 : suppression du suffrage universel masculin plural pour
le remplacer par le suffrage universel, qui demeure quand même exclusivement
masculin.
- Entre ces deux révisions intervient une loi, du 29 décembre 1899, qui abandonne le
scrutin majoritaire (= système électoral qui consiste à diviser le pays en un certain
nombre de circonscriptions, à l’intérieur desquelles les électeurs sont amenés à élire
UNE personne ou UNE liste qui emporte la victoire, donc l’élu est celui qui emporte la
majorité des suffrages), et le substitue par le scrutin proportionnel (=dans ce type de
scrutin on s’arrange à accorder à chaque liste électorale un nombre de sièges
proportionnels au nombre de voix obtenues, c’est le système le plus « juste »…).
o en 1893 on combine le scrutin majoritaire avec le suffrage universel masculin
plural, et un découvre une « polarisation » N-S. Au N le parti catholique monte
en puissance, au S (et en particulier à Bruxelles) les parti anticléricaux (partis
libéral et socialiste) montent en puissance… Il y a déjà, à l’époque, une
crainte pour la stabilité de l’Etat.
o par cette loi de 1899 on abandonne le scrutin majoritaire et on établit la
représentation proportionnelle (confirmé par le texte constitutionnel de 1920,
art. 62 C. « les élections se font par le système de représentation
proportionnelle que la loi détermine… »). Cette représentation proportionnelle
est à l’origine d’une multiplication des partis politiques belges… Le scrutin est
une des « vaches sacrées » de la démocratie de type consociatif belge.

Quid des femmes ? C’est en 1948 seulement, que le suffrage universel pur et simple entre
en vigueur, par une simple loi. Cette loi devait être adoptée à la majorité renforcée des 2/3.
Le suffrage universel le devient enfin totalement.

Quid de la constitution aujourd’hui ? Elle compte aujourd’hui 198 articles + dispositions


transitoires + les articles « bis »… Elle est plus longue qu’à l’origine. Elle n’est pas encore
complète puisqu’elle comporte encore des lacunes, mais est-elle robuste ?
(1994 : on a renommé la C°)
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

1970 : 1E GRANDE REFORME DE L’ETAT


L’Etat unitaire (Etat dans lequel la loi est la même pour tous) est dépassé par les faits. L’Etat
est largement dominé par les francophones, dans lequel les néerlandophones se sentaient
de moins en moins bien. C’est seulement àpd 10 avril 1967 que les néerlandophones ont pu
disposer d’une version officielle traduite du texte constitutionnel.

En 1970, les flamands sont demandeurs d’une révision constitutionnelle, car ils souhaitent
bénéficier des instruments de « l’autonomie culturelle » (=le pouvoir détenu par un Parlement
représentatif de la communauté flamande d’adopter en toute autonomie des décrets qui
auront force de loi dans les matières culturelles).

Pourquoi ce sont les matières culturelles qui furent visées en tout premier lieu ? Tout
simplement car la langue et la culture néerlandaise devaient être protégées contre la
francisation, il y avait ce besoin de les protéger. Le mouvement flamand exige donc une
autonomie législative dans les matières culturelles. Ex : radio et télévision. Apd 1970 la
radiodiffusion devient une matière culturelle au sujet de laquelle le Parlement de la
communauté flamande pourra légiférer en toute autonomie

En 1970 on instaure 3 communautés : Communauté flamande=ensemble des provinces de


langue néerlandaise + les institutions flamandes situées à Bruxelles/ communauté française :
les régions de langue française + les institutions situées à Bruxelles/ communauté
germanophone. Ce sont les premiers pas du fédéralisme. Un Etat fédéral est un Etat dans
lequel le pouvoir de faire la loi est partagé entre l’Etat fédéral et des collectivités politiques
fédérées qui, elles, font la loi en toute autonomie dans des limites territoriales plus
restreintes.

Art. 107quater de l’époque mettait sur pied 3 régions, actuels art. 3 et 39 C°


« La loi attribue aux organes régionaux qu’elle crée la compétence de régler les matières qu’elle détermine […]
cette loi doit être adoptée à la majorité prévue à l’article 4 C. (loi spéciale) ».

Cette 1e réforme de l’Etat en annonce une 2e, et ça ira ainsi de suite…

1980 : 2E REFORME DE L’ETAT


La Constituante 1978-1981 étend les compétences des Communautés; elle précise la force
juridique des règles que peuvent adopter les Conseils régionaux ; et elle crée la Cour
d'arbitrage. La Constituante 1981-1985 mène, pour l'essentiel, à un renforcement du statut
de la Communauté germanophone. Elle clôt ce qu’on appelle aujourd’hui la seconde grande
réforme de l’Etat, 1980 étant sa date-pivot.

Art. 134 C°
« Les lois prises en exécution de l’article 39 déterminent la force juridique des règles que les organes qu’elle crée
prennent dans les matières qu’elle détermine (…) ces lois peuvent conférer à ces organes le pouvoir de prendre
des décrets qui ont force de loi »

A cette époque on n’accorde pas encore ce pouvoir à la Région de Bruxelles. On crée


également les « matières personnalisables » ainsi que la Cour d’arbitrage (actuelle cour
constitutionnelle), limitée à l’époque à un seul problème : comment régler les conflits de
compétence entre l’Etat, les communautés et les régions ?
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

1988 : 3E REFORME DE L’ETAT


La région de Bruxelles-Capitale est créée, et elle se voit accorder le pouvoir d’édicter des
ordonnances. Les communautés deviennent compétentes en matière d’enseignement. Les
fonctions de la cour d’arbitrage sont étendues aux articles 10, 11 et 24 C°.

On a trois régions et trois communautés, autant sur le papier que dans la réalité. Nous
trouvons donc sur un même territoire deux catégories différentes de collectivités politiques
fédérées qui se superposent en partie. La clé de cette complication est Bruxelles, car les
deux communautés y coexistent l’intérieur d’une unique région.

Donc, en 1988, la région de Bruxelles-Capitale existe enfin ; la Constituante 1991-1995


représente une nouvelle étape essentielle de cette progression.

10/02/2015

1993 : 4E REFORME DE L’ETAT


Le constituant consacre enfin, art. 1er de la C° : « La Belgique est un Etat fédéral »
Cette réforme est très large, et on décide de renuméroter tous les articles de la C°
(coordination du 17/02/1994)

Attention aux articles qui datent d’avant cette date, il faut se référer à une table de
concordance.

Cette 4e réforme de l’Etat est fondée sur deux accords


- accords de la Saint-Michel (septembre 1992)
- accords de la Saint-Quentin (octobre 1992) : trouvent leur fondement dans l’art. 138
qui permet à la Com Fr de transférer l’exercice de certaines de ses compétences à la
région wallonne et à la COCOF

Rappel : l’art. 137 de la C° permet aux deux communautés d’effectuer une « fusion
communautés + régions ». Elle a eu lieu au Nord du pays en 1980 ; la communauté FL a
absorbé la région FL prête désormais ses organes à la région flamande, un seul Parlement
et un seul Gouvernement pour les deux ; mais la Com Fr avait alors refusé. La communauté
FR n’a pas absorbé la région wallonne, elle a transféré l’exercice de certaines de ses
compétences à la région wallonne d’une part et à la COCOF ; les accords de la Saint-
Quentin produisent donc l’inverse de l’art. 137 car la communauté FR a subi une cure
d’amaigrissement.

On revoit également le Titre 2 de la C° (droits fondamentaux), on institue les droits


économiques, socio-culturels ; c’est parce qu’on bouscule pas mal d’articles qu’on décide de
renuméroter pas mal d’articles.

Ici commence une période particulièrement tendue dans les relation entre les communautés
car les accords de la St Michel sont traduit dans la C°, des LS, et en particulier dans la LSRI
(lois spéciale de réformes institutionnelles qui modifie la LS du 8/08/1980), qui s’intitule « LS
visant à achever la structure fédérale de l’Etat ». Ce titre donne donc à penser que nous
sommes enfin arrivé à un point d’équilibre et que tout le monde est content. Mais il n’en est
rien :
- insatisfaction du côté NL, on en veut plus pour la région FL
- du côté FR, partis politiques francophones ont été unanimes pour exiger le stop
institutionnel sur les thèmes communautaires
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Dehaene donne donc ce titre pour la LS, mais, il insiste également sur le fait que « le
processus de réforme de l’Etat belge est un processus de progressif, chaque réforme prévoit
la suivante », ce titre ne voulait donc pas dire que la fin des réformes de l’Etat était arrivée.

« Notre structure fédérale de l'Etat est le fait d'une évolution sociale progressive et non d'une révolution. Elle est
le résultat d'une recherche permanente d'un équilibre entre l'unité et la diversité, dans une société en perpétuelle
évolution. Cette élaboration graduelle, où chaque phase (est) basée sur un accord politique adopté au Parlement
avec les majorités requises, est propre au modèle belge. Même si chaque phase a été suivie d'une pause,
chaque pause portait en elle les germes de la phase suivante sans que l'on puisse dire avec certitude si ce pas
allait être franchi, ni à quel moment ou de quelle manière. Je suis convaincu que tel est également le cas
aujourd'hui. C'est pourquoi je n'ai jamais parlé de phase définitive de la réforme de l'Etat. Je crois au caractère
évolutif des institutions ».

Ceci se concrétise en mars 1999 quand le Parlement FL (communautés + régions) adopte


des résolutions (textes à portée politique non négligeable) à une quasi unanimité par les
partis politiques représentés au sein du Parlement qui demandent plus de compétences
pour les communautés et les régions (principalement flamandes)
- demande de maitriser les politiques économiques et de l’emploi
- demande d’une défédéralisation de certaines branches de la sécurité social, en
particulier les soins de santé et les allocations familiales
- demande de mettre fin ou rendre plus transparent les transferts financiers entre les
wallons et Bruxelles
- demande d’élargir notre autonomie fiscale
- last but not least, la région de Bruxelles-Capitale, bénéficiaire de pratiquement la
même autonomie que les deux autres, devrait être placée sous la tutelle des deux
autres ! Bruxelles devrait donc recevoir un statut différencié, le Parlement FL prône
un schéma institutionnel 2+2 (C° : schéma 3 + 3)
o 2 grandes régions : FL + FR
o 2 petites régions : BXL + Germanophone

Ces résolutions ont créé une vague de stupéfaction du côté FR, parce que, malgré le
discours de Dehaene à LLN, on pensait naïvement que la LS de 1993 était effectivement une
loi visant à achever la structure fédérale de l’Etat et qu’il y a avait un véritable accord. La
réponse immédiate de tous les partis politique FR était de dire « Cela suffit ! C’est non. La
réforme importante de 1993 suffit. »

" La tension monte encore d’un cran :


- du côté FL, on s’estime en droit de demander de nouvelles réformes, le temps de
pause est fini
- du côté FR, on estime que la réforme de 1993 suffit.

Tout donnait à penser qu’on allait au clash. Un autre élément a également « mis le feux au
poudres » : la circulaire Peeters de 1998.
- Peeters, ministre de l’intérieur du Gouvernement flamand, adopte une circulaire qui
dit aux FR des 6 communes à facilités autour de BXL que les facilités qui leurs sont
accordés dans la LCEA (quand vous demandiez une fois de disposer tous les doc
administratifs en FR ça suffisait) sont en quelque sortes « diminuées ».
- il dit qu’il faut en droit interpréter restrictivement l’art. 4 de la C°, ce qui implique
que ces facilités ne sont là que pour aider les FR à s’acclimater et au final à les forcer
à apprendre le NL. Les demandes de documents administratifs doivent désormais
être réitérée à chaque fois. Cette circulaire est bien évidemment très mal reçue chez
les FR.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Levée immédiate des boucliers des communes périphériques et des partis FR : « les facilités
n’ont jamais été présentées officiellement comme transitoires, donc il n’y a pas lieu de les
interpréter restrictivement, c’est un geste unilatéral agressif et malvenu »

Le climat est très mauvais, on s’attend donc à une impossibilité de former un Gouvernement
en 1999 (résolutions de mars 1999, circulaire Peeters), mais le clash ne se produit pas (il se
produira en 2010) car le scandale des poulets à la dioxine éclate : la chaîne alimentaire a
été polluée donc des poulets à la dioxine circulent dans les magasins ; on ne parle plus que
de cela. Dehaene perd les élections et Verhofstadt est élu. Ce dernier sera élu à trois
reprises, Verhofstadt I dure de 1999 à 2003.

Il n’est pas un « excité communautaire » mais veut quand même faire quelque chose pour
avancer sur le plan institutionnel sans pour autant réviser la Constitution, à travers des LS ce
qui mène à la 5e réforme de l’Etat.

NB : les LS sont consacrées par l’article 4 de la C° et permettent de réformer beaucoup de choses sans toucher à
la C°, quoique la controverse a éclaté en 2001 « Est-ce qu’il aurait fallu modifier certaines normes
constitutionnelles plutôt que directement appliquer des LS ? ». Elles concernent pour l’essentiel la régionalisation
des lois organiques des provinces et des communes (placées sous la maîtrise des régions via une LS).

2001 : 5E REFORME DE L’ETAT


Dans le jargon politique, cette cinquième grande réforme de l’Etat est connue sous le nom
des accords politiques qui l’ont rendue possible :
- les accords de la Saint Eloi (1e décembre 1999, en ce qui concerne notamment le
refinancement des communautés),
- les accords du Lambermont ou de la Saint-Polycarpe (17 octobre 2000 et 23
janvier 2001, en ce qui concerne notamment l’autonomie fiscale des régions, la
régionalisation de la loi communale et de la loi provinciale, ainsi que le transfert de
nouvelles compétences aux régions et aux communautés)
- les accords du Lombard (29 avril 2001 à propos de la Région de Bruxelles-
Capitale).

Sous Verhofstadt I (1999-2003) intervient également une LS du 9 mars 2003 qui modifie la
LS sur la CA qui va étendre les compétences de la CA (alors devenue CC) à l’examen de la
conformité des L, D, O à tout le Titre II de la C° + 170, 172, 191.

Intervient également une réforme électorale par une simple loi ordinaire de 2002 qui aligne
les circonscriptions/arrondissements électoraux sur les provinces (à chaque province
correspond une circonscription électorale.

Une circonscription électorale est la réunion des électeurs invités à participer à la même
élection. Mais une exception a été faite pour BHV, vieille circonscription (1830-31), les FL la
juge insupportable parce qu’elle est a cheval sur la frontière linguistique puisque H-V est une
partie de la province du brabant FL. H-V était donc dans la circonscription électorale de
Bruxelles ; cela avait ses avantages car H-V contenait une minorité des FR et les NL étaient
minoritaires à BXL ;
- grâce aux FL de H-V, les FL de BXL avait un certain avantage
- les FR étaient avantagés par Bruxelles.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

C’est à partir de 2002 que se posent les germes de la 6e réforme de l’Etat car c’est à ce
moment là que problème de BHV se pose dans des termes politiques et juridique. La CA
rend un arrêt contestable en mai 2003 qui a met le feu aux poudres en faisant le contraire
que ce que tout le monde attendait ; l’annulation de la règle qui maintient BHV. Elle n’annule
pas la règle qui maintient l’arrondissement électoral de BHV mais elle dit « qu’il y a quelque
chose de problématique dans le maintient de BHV parce qu’on traite distinctivement une
partie de la province du Brabant flamand par rapport aux autres provinces ; seule la
province ».

Est-ce que cette distinction de traitement doit être considérée comme une
discrimination contraire aux articles 10 et 11 ? La CA ne le précise pas, elle dit qu’il
appartient au pouvoir législatif de clarifier la situation et de régler le problème. Il y avait dans
la réforme électorale de 2002 un élément de compromis - le fait que les listes FL pouvaient
être identiques dans l’arrondissement de Leuven et dans l’arrondissement de BHV – qui a
été annulé par la CC en vertu d’un certain raisonnement.

« Un des éléments du compromis est annulé par la cours, donc à vous, pouvoir législatif, de
réexaminer l’admissibilité de ce BHV qui est problématique » " enjoint le pouvoir législatif à
légiférer.

Du jour au lendemain, la presse NL écrit que « la CA exige la scission de l’arrondissement


BHV ». Il a fallu une réunion de l’assemblée générale paritaire (autant de FL que de FR) de
la SLCE pour affirmer que
- l’arrêt n’exige pas la scission de l’arrondissement électoral BHV.
- mais c’est une des manières possibles de résoudre le problème, il n’y aura plus de
distinction de traitement entre la province du Brabant flamand et les autres provinces
si on scinde BHV.

Sous Verhofstadt II (2003-2007), le Gouvernement parvient à laisser la question


communautaire en sourdine. Mais les élections du 10 juin 2007 remettent le feu aux
poudres et sont l’occasion d’un nouveau face-à-face Nord-Sud, suite à la victoire remportée
par le défunt cartel CD&V-N-VA. Ce cartel occupe alors la première place en Flandre avec
un programme très exigeant sur le plan communautaire qui reprend et amplifie les
résolutions de mars 1999.

A la tête de ce cartel il y a Yves Leterme, qui affirmait que pour régler le problème BHV, « il
suffisait de 5 minutes de courage » ; ce qui était bien évidemment complètement illusoire car
il a fallu plusieurs années et une 6e réforme de l’Etat pour ce faire.

Plus de six mois sont nécessaires pour s’entendre sur la formation d’un
Gouvernement. Ce pénible record s’explique par l’impossibilité pour les partis flamands et
francophones dont le résultat des élections et la logique politique faisaient les partenaires
tout désignés d’une coalition majoritaire, de s’entendre sur un programme de réformes
institutionnelles.

Dans un régime Parlementaire, un Gouvernement est responsable devant les élus (Chambre
des représentants), c’est-à-dire qu’un Gouvernement doit toujours être soutenu par une
majorité des députés (majorité +1). Comment former un Gouvernement qui s’entend sur une
déclaration Gouvernementale alors que les deux groupes linguistiques de la Chambre ne
parviennent pas à s’entendre sur une 6e réforme de l’Etat que seule le groupe FL exige.
Nous sommes donc face à un blocage qui donne les prémices d’une 6e réforme de l’Etat que
les NL exigent, alors que les FR refusent en bloc ! Mme Milquet devient Mme Non.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Le problème est que, à un moment donné, dans un Etat bipolaire fédéré, trouver un accord
est très compliqué :
- pour les NL, ils sont toujours demandeurs de plus de réformes de l’Etat afin d’arriver
à un Etat totalement unitaire NL où du moins à un Etat fédéré très compétent dans un
grand nombre de domaines
- du côté FR, on est resté sur l’illusion d’une structure fédérale achevée

Nouvel électrochoc en plein processus du Gouvernement Leterme I : le 6 novembre 2007,


alors que la négociation en vue de la formation d’un Gouvernement piétinait, le groupe
linguistique NL de la Chambre n’a pas hésité à profiter de sa majorité numérique pour
adopter une proposition de loi scindant unilatéralement l’arrondissement électoral
BHV sans compensation pour les FR, tirant argument de l’arrêt de la CC de 2003, quand
bien même cet arrêt n’impose pas la scission. Ce vote a aussitôt été dénoncé comme la
rupture gravissime d’un usage indispensable au bon fonctionnement d’une démocratie
«consociative», qui pratique et cherche le consensus Belgo-Belge et consistant pour la
majorité flamande à toujours chercher le compromis avec les francophones structurellement
minoritaires et donc à ne jamais user de sa majorité de façon unilatérale. Les FR,
minoritaires, subissent le vote, et afin d’arrêter cette proposition de loi ils vont chercher du
côté des autres assemblées législatives du pays.

Dans l’arsenal du droit public Belge, il existe une loi ordinaire de réformes institutionnelles du
9/08/1980 dont l’article 32 institue une procédure en conflits d’intérêts qui peuvent opposer
deux assemblées ; au ¾ des voies, une assemblée peut adopter une motion déclarant que
dans une autre assemblée, une proposition de L,D,O la lèse dans ses intérêts les plus
fondamentaux. Dans ce cas, tout s’arrête, on suspend la procédure d’élaboration de la
proposition/projet incriminé et une concertation commence entre les deux assemblées
pendant 60 jours. Un comité de concertation paritaire (NL/FR et fédéral/fédéré) est chargé de
trouver une solution. Si cela n’aboutit à rien, l’assemblée qui avait édicté la proposition
litigieuse peut continuer les discussions concernant cette dernière et éventuellement
l’adopter.

En 2007, les FR vont donc tout faire pour empêcher l’adoption de la proposition de loi qui
met fin à BHV ; pas moins de 4 procédures en conflits d’intérêts successives ont été
activées, dans l’espoir que les FR ne subissent pas brutalement et sans compensation la
scission de BHV, par
- le Parlement de la communauté FR
- l’assemblée de la COCOF
- le Parlement régional Wallon
- le Parlement de la communauté G

Du côté FR, on savait que le problème allait éclater à la tête du Gouvernement fédéral ;
parce qu’il y a une autre procédure pour suspendre l’adoption d’un projet ou d’une
proposition de loi qui est une procédure qui se base sur l’article 54 de la C° qui fait intervenir
les groupes linguistiques de la Chambre et du Sénat et qui institue la sonnette d’alarme.
Cette fois-ci, le conflit n’oppose pas une assemblée fédérale à une assemblée fédérée mais
bien le groupe linguistique NL et le groupe linguistique FR de la même assemblée fédérale,
la Chambre ou le Sénat.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Une Commission du dialogue interinstitutionnel est créée pour préparer cette réforme de
l’Etat. Ses travaux sont suspendus dès 2008, lorsque le Gouvernement flamand annonce
qu’il ne nommera pas les bourgmestres francophones de trois communes périphériques,
auxquels il reproche d’avoir envoyé des convocations électorales aux francophones de ces
communes en français, au lieu de les envoyer en néerlandais d’abord et, sur demande
expresse, seulement ensuite en français, conformément à des circulaires dont nous
reparlerons à l’occasion de notre commentaire de l’article 4 de la Constitution. De son côté,
la NVA refuse le plan de réforme proposé par les médiateurs et sort du Gouvernement ; le
cartel CD&V-N-VA éclate en septembre 2008.

Le 20 mars 2008, le Gouvernement Leterme I (mars à décembre) est formé, avec


notamment pour mission de négocier une nouvelle réforme de l’Etat. Dès le 14 juillet 2008,
le Premier ministre présente cependant sa démission au Roi en raison de l’absence d’accord
sur les négociations institutionnelles (et principalement sur la problématique du dossier
BHV). Cette démission est refusée par le Roi et trois médiateurs sont nommés.

Le Gouvernement est un échec notamment parce que les FR claquent la porte de la


négociation, suite au refus de nomination du Gouvernement FL de 3 bourgmestres
francophones de 3 communes à facilités autour de Bruxelles parce qu’ils ont envoyé les
convocations électorales en français aux administrés FR alors que ceux-ci auraient d’abord
dû en faire la demande : on ne lésine pas avec la circulaire Peeters, elle est strictement
appliquée.

NB : le conseil communal nomme les bourgmestres et le Gouvernement décide.

Le mois de décembre 2008 voit quant à lui éclater l’affaire Fortis. Une commission
d’enquête sera instituée. Bien avant que celle-ci rende ses conclusions, l’affaire conduit à la
démission de Leterme, finalement acceptée par le Roi le 19 décembre 2008. Le
Gouvernement Leterme I entre alors en affaires courantes, et Herman Van Rompuy est
ensuite nommé formateur le 28 décembre.

Le 30 décembre 2008, le Gouvernement Van Rompuy est nommé. Le 7 juin 2009, ont lieu
les élections régionales et européenne. Elles sont marquées, à Bruxelles, par un retour en
force des écologistes. En Flandre, la N-VA profite de la scission du cartel CD&V-N-VA pour
percer, et, plus généralement, les élus nationalistes (N-VA, lijst Dedecker, Vlaams Belang)
remportent un total de voix très important. Au fédéral, H. Van Rompuy maintient le calme,
obtient des compromis sur des sujets difficiles non communautaires (budget, régularisation
des étrangers, ...), mais n’engrange pas d’avancées sur le plan communautaire.

La doctrine Van Rompuy préconise que la seule façon de forcer les FR à passer un accord
dont ils ne veulent pas, c’est de refuser d’entrer dans un Gouvernement aussi longtemps que
cet accord n’est pas concédé. C’est effectivement ce qui va se passer

Le 19 novembre 2009, le premier Ministre belge H. Van Rompuy est nommé Président du
Conseil européen. W. Martens est chargé par le Roi de l’aider à trouver un remplaçant au
Premier ministre sortant, et de définir une procédure pour la négociation des problèmes
institutionnels, en ce compris BHV. J.-L. Dehaene accepte cette seconde mission. Plus rien
ne s’oppose alors à la démission de H. Van Rompuy le 25 novembre 2009 et au retour d’Y.
Leterme nommé Premier ministre le même jour.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Le Gouvernement Leterme II, après à peine 5 mois, tombe le 22 avril 2010, suite à la
décision d’un des partis membres de la coalition Gouvernementale, le parti libéral flamand
(Open VLD), de quitter cette coalition en raison de l’échec de la négociation entreprise pour
répondre à la demande flamande de scission de l’arrondissement électoral de BHV dans des
conditions honorables pour les partis francophones.

Suite à la démission du Gouvernement, le groupe linguistique NL de la Chambre menace


d’adopter la proposition de loi scindant unilatéralement l’arrondissement électoral de BHV, et
c’est alors que la sonnette d’alarme retentit.

En 2010, toutes les procédures successives en conflits d’intérêts seront épuisées


(120j+120j+ etc.), aucun terrain d’entent n’a été dégagé. Les FR tirent alors sur la sonnette
d’alarme (¾ des membres du groupe adoptent une motion) prévue par l’article 54 de la C°,
ce qui suspend la procédure Parlementaire et renvoie le problème au Conseil des Ministres.
BHV arrive alors sur la table du Conseil des Ministres du Gouvernement Leterme, qui vient
de remettre sa démission précisément parce qu’il n’y a pas eu d’accord sur BHV, et donc le
Conseil des Ministres, ayant déjà présenté sa démission, ne peut rien faire ; il faudra alors
nécessairement trouver une solution sur cet irritant problème de BHV à l’occasion de la
formation du nouveau Gouvernement.

Le 13 juin 2010 ont donc lieu des élections législatives anticipées, dans un climat où la peur
existentielle pour l’Etat belge domine les esprits. Les FL, devant l’incapacité des partis
politiques FL d’obtenir des partis FR une 6e réforme de l’Etat et devant le problème BHV non-
solutionné, votent pour les séparatistes. Le résultat de ces élections a été spectaculaire. Si
l’on totalise le nombre des sièges détenus par les partis séparatistes dans le groupe
linguistique néerlandais de la Chambre, soit
- les 27 N-VA,
- les 12 Vlaams Belang (en recul de 5 sièges)
- l’unique député de la Lijst Dedecker (en recul de 4 sièges),

On obtient le chiffre de 40 sur 88. Les partis flamands non séparatistes (le CD&V, l’Open
Vld, les socialistes flamands et les Verts) sont encore majoritaires, mais ils ont tous déclaré
dès le lendemain des élections qu’ils ne voulaient pas entrer dans un Gouvernement sans le
grand vainqueur des élections, la N-VA emmenée par son médiatique président M. Bart De
Wever.

Les FL veulent appliquer la doctrine Van Rompuy, et du côté FR on se rend compte,


qu’après l’illusion de la LS qui « visait à achever la structure fédérale de l’Etat belge », il va
falloir faire des concessions. Les esprits sont disposés à chercher un compromis, mais
comment s’entendre sur toutes les formes de discordes ? BHV, la circulaire Peeters, la non-
nomination des bourgmestres de la périphérie. Comment s’entendre sur des revendications
de défédéralisassions que les FR ne demandent pas et pour lesquelles ils sont souvent
désavantagés, en termes financiers (le Nord est plus riche que le Sud) ?

Une démocratie consociative consiste en ce que chacun met de l’eau dans son vin et obtient
une partie de ce qu’il revendique, « donnant-donnant ». Un élément va rendre les Fr un peu
plus « malléables » : depuis 1999, les FR n’étaient demandeurs de rien, mais deviennent
demandeurs d’un refinancement structurel de la région de BXL parce qu’ils ont très mal
négociés une LS de financement concernant BXL.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Les particularités de cette dernière dans le paysage institutionnel Belge fait d’elle une région
très différente des 2 autres :
- elle est très petite
- elle accueille une fraction considérable de personnes très pauvres qui paient très peu
d’impôts
- elle reçoit tous les jours des milliers de navetteurs qui utilise les infrastructures et les
transports en communs
Les partis FL le savent mais seule la NVA le nie ; donc aussi longtemps que celle-ci participe
aux négociations, il n’y aura pas d’accord.

Comme on pouvait alors s’y attendre, la négociation d’un Gouvernement qui exige
idéalement, même s’il ne s’agit pas d’une règle de droit, un accord entre une coalition de
partis majoritaire dans le groupe linguistique néerlandais de la Chambre et une coalition de
partis majoritaire dans le groupe linguistique français s’est révélée particulièrement ardue, au
point qu’il a fallu 1 an et demi, 541 jours plus précisément pour former un Gouvernement ;
qui n’est même pas soutenu par une majorité dans le groupe linguistique néerlandais. Une
solution pour BHV a été trouvée, sinon le Gouvernement n’aurait jamais pu être formé ; ce
sera le Gouvernement Di Rupo avec le fameux accord Papillon.

Le 21 juillet 2011, on est au sommet de la crise, et le ras-le-bol royal a été un élément non
négligeable. Le Roi fait un discours très remarqué à l’occasion de la fête nationale et appelle
la classe politique belge à prendre ses responsabilités. Le même jour, le président du CD&V,
M. Wouter Becke, se détache de la NVA et finit par rejoindre la table des négociations.
Celles-ci sont effectivement reprises au milieu du mois d’août, près d’un an après avoir été
interrompues. La négociation a désormais des chances d’aboutir.

Le 4 octobre 2011, un accord sur le volet judiciaire du dossier BHV est conclu. En vertu de
cet accord, un article 157bis est inséré dans la Constitution le 19 juillet 2012. Le 8 octobre
2011, intervient enfin un accord pour une réforme institutionnelle globale, surnommé «
l’Accord papillon » en raison du rôle majeur joué par M. Elio Di Rupo, le formateur, dont le
nœud papillon est devenu légendaire. La 6e RÉFORME DE L’ETAT est née ! Elle va être
traduite dans les LO et des LS pendant la période 2012-2014. On révise d’abord la C° dans
quelques articles à haute teneur symbolique.

LS du 19 juillet 2012
* article 63 §4 qui résout le problème BHV, bétonné dans une LS, élections fédérales : « §4.
La loi détermine les circonscriptions électorales; elle détermine également les conditions requises pour être
électeur et le déroulement des opérations électorales. Toutefois, et aux fins de garantir les intérêts légitimes
des néerlandophones et des francophones dans l’ancienne province de Brabant, des modalités spéciales
sont prévues par la loi. Une modification aux règles fixant ces modalités spéciales ne peut être apportée que par
une loi adoptée à la majorité prévue à l’article 4, dernier alinéa. »

* article 168bis, élections européennes : « Pour les élections du Parlement européen, la loi prévoit des
modalités spéciales aux fins de garantir les intérêts légitimes des néerlandophones et des francophones dans
l’ancienne province de Brabant. Une modification aux règles fixant ces modalités spéciales ne peut être apportée
que par une loi adoptée à la majorité prévue à l’article 4, dernier alinéa.

* nouvel alinéa article 160, compromis sur la nomination des bourgmestres : « Une modification
des règles sur l’assemblée générale de la section du contentieux administratif du Conseil d’État qui entrent en
vigueur le même jour que cet alinéa, ne peut être apportée que par une loi adoptée à la majorité prévue à l’article
4, dernier alinéa ».
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

* article 157 bis, volet judiciaire de BHV : « Les éléments essentiels de la réforme qui concernent
l’emploi des langues en matière judiciaire au sein de l’arrondissement judiciaire de Bruxelles, ainsi que les
aspects y afférents relatifs au parquet, au siège et au ressort, ne pourront être modifiés que par une loi adoptée à
la majorité prévue à l’article 4, dernier alinéa. Disposition transitoire : La loi fixe la date d’entrée en vigueur de cet
article. Cette date correspond à la date d’entrée en vigueur de la loi du 19 juillet 2012 portant réforme de
l’arrondissement judiciaire de Bruxelles.

LS du 6 janvier 2014

Qu’est-ce qu’il s’est passé depuis lors ? Depuis les LS du 6 janvier 2014, 3 éléments sont à
relever.

Premier élément : la déclaration de révision de la Constitution du 25 avril 2014.


Pratiquement toutes les législatures en Belgique se terminent par une déclaration de révision
de la C° qui rend possible la révision de certains articles et qui provoque la dissolution des
chambres. Les hommes politiques veillent donc que la fin d’une législature coïncide avec
l’adoption d’une déclaration de révision. Mais, par exemple, en 2010, le Gouvernement
Leterme démissionne et puis adopte une déclaration de révision de la C° pour rendre
possible la 6e réforme de l’Etat.

Fin du Gouvernement Di Rupo qui a réussi à adopter plusieurs LS qui


- se limitent à reprendre les articles de la précédente déclaration du 6 mai 2010 qui
n’ont pas donné lieu à une modification constitutionnelle sous la précédente
législature.
- veillent à fermer les portes d’une 7e réforme de l’Etat ; la NVA est un parti qui ne
cache pas ses options séparatistes, qui demande toujours plus d’indépendance pour
les FL.

L’expérience de la réforme de 2001 démontre qu’on peut faire des grosses révisions de la C°
via des LS sans pour autant passer par une révision de la C° en tant que telle ; par une
simple LS on pourrait très bien transférer d’autres compétences de l’Etat fédéral vers les
communautés et les régions. L’article 195 de la C° ne figurant pas dans la nouvelle
déclaration de révision de la Constitution, une modification de cette disposition par le biais
d’une disposition transitoire, sur le mode de celle adoptée le 29 mars 2012, est exclue, tout
comme, d’ailleurs, une modification structurelle de la procédure de révision de la
Constitution. Cela réduit fortement les possibilités d’envisager une 7e réforme de l’Etat sous
l’actuelle législature ! influence considérable des LS sur la C°.

Deuxième élément : les élections fédérales du 25 mai 2014.


Elles ont confirmé la N-VA dans son statut de premier parti politique à la Chambre et au
Sénat, la question se pose de savoir si la N-VA et ses alliés s’accommoderont du compromis
issu de la sixième réforme de l’Etat ; sachant qu’elle est très demandeuse d’une 7e réforme
de l’Etat. Au lendemain des élections, la formation d’un Gouvernement se fait sur une base
tout autre, De Wever se rend bien compte qu’il ne trouvera aucun parti FR partisan d’un 7e
réforme de l’Etat, ne fusse que parce que tout le monde est fatigués. Les hommes politiques
responsables, FL et FR, disent que mettre en œuvre la 6e réforme va les occuper jusque
2019, fin de la législature (on est passé à 5 ans). De Wever sait que ce qui équivaut à une
autre réforme de l’Etat est de mettre le PS (FR) dans l’opposition, rendu coupable de tous les
maux possibles et inimaginables. Reynders pense pareil, car on pourra enfin faire des
réformes libérales qui répondent aux attentes d’une majorité FL. C’est un raisonnement
discutable mais politiquement, dans l’esprit du MR et de la NVA, tel est bien ce qui est
pensé.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Charles Michel réussi alors à former un Gouvernement tout à fait inédit parce qu’il est
soutenu par
- trois partis du côté FL : NVA, CD&V et l’Open VLD
- un seul parti du côté FR : le MR
o le PS + CDH n’en veulent pas car ils ne veulent pas former un Gouvernement
avec un parti séparatiste = la NVA

L’affaire est hautement controversée puisque certains FR disent que le CDH aurait dû entrer
dans la coalition car la meilleure manière d’amadouer la NVA est de montrer que les FR
peuvent faire des réformes socio-économiques libérales à l’échelle de l’Etat belge sans
l’obstacle du PS.

Ce Gouvernement est tout à fait inédit parce qu’il n’a le soutien que de moins d’⅓ du groupe
linguistique FR de la Chambre. D’ordinaire, les Gouvernements depuis 1970 bénéficient du
soutien d’une majorité des députés dans chacun des deux groupes linguistiques. Il est vrai
que les Gouvernements Van Rompuy, Leterme II et Di Rupo n’avaient pas le soutien d’une
majorité du groupe linguistique NL, mais c’était à une voix près, pas moins d’⅓ du groupe.
Mais le MR estime qu’il n’y a aucun danger parce que les partis NL (NVA, Open-VLD, CD&V)
ont promis qu’il n’y aurait pas de réformes institutionnelles pendant cette législature ; le PS et
le CDH n’y croient bien évidemment pas, le communautaire a toujours de très fortes chances
de resurgir.

Nous vivons actuellement dans une législature qui n’a pas de programme institutionnel à son
actif, que va-t-il donc se passer dans les années à venir ? Il n’est pas du tout certain que le
Gouvernement Michel arrive à travailler jusque 2019, il est toujours possible qu’il
démissionne avant. Est-ce qu’il y aura une 7e réforme de l’Etat, compte tenu de la faim de
confédéralisme de la NVA, ce dernier ne pouvant pas se réaliser sans une fameuse 7e
réforme de l’Etat. Tout donne à penser que la NVA viendra avec des revendications
institutionnelles après les prochaines élections, mais est-ce que la NVA aura le même
succès électoral, si pas un succès encore plus grand ? Le rêve de De Wever est d’avoir la
majorité à lui seul dans le groupe linguistique NL de la Chambre car il pourra alors négocier
cette réforme, et peut-être l’aventure confédérale, le calme actuel au niveau communautaire
grâce au Gouvernement Michel n’est pas du tout définitif. La Belgique reste un Etat
vulnérable, son avenir va dépendre avant tout des électeurs qui peuvent renforcer la NVA au
point de lui donner une majorité dans le groupe linguistique.

Le nombre d’électeurs FL qui votent en faveur de la NVA et qui veulent la fin de l’Etat belge
sont au nombre de 20%, pas plus ; donc la grande majorité de ces électeurs ne tiennent pas
à faire disparaître l’Etat ! Une partie est également favorable au retour à l’Etat unitaire, cela
reste étonnant de voter pour un parti séparatiste alors qu’on désire le contraire…

Pierre WIGNY célébrait en 1950 la robustesse, la complexité au sens de la subtilité, la


brièveté et la complétude de la C° de l’époque. Une chose est certaine : la Constitution de
l'an 2013 est très différente de celle qu'a connue Pierre Wigny.

(1) A-t-elle conservé une « logique interne » bien déterminée ? Non, il faut plutôt observer
DES logiques qui traversent la C° belge, il y a encore des résidus de l’époque où la Belgique
était un Etat unitaire (cf. art. 195). La logique fédérale n’a pas été entièrement respectée par
la C° actuelle. De plus, les bases constitutionnelles du libéralisme économique sont assez
ambiguës.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(2) Est-elle restée robuste ? A certains égards oui, mais le « moule originaire » demeure.
Via les mécanismes qu’elle a mis en place, non sans des crises terribles, elle a favorisé la
recherche et la découverte de compromis pacificateurs. Mais il est permis d'avoir des doutes,
eu égard à l'acuité des tensions communautaires dont notre parcours historique témoigne
amplement.

(3) Pierre WIGNY qualifiait la Constitution de 1831 de « complexe ». Il voulait dire : fine,
intelligente. Celle de 2013 mérite le même qualificatif. Mais il faut aussi le comprendre cette
fois au sens de « compliqué », et même extrêmement compliqué. La C° fait partie des C° les
plus compliquées au monde !

(4) Courte ? Non, assurément notre Constitution est devenue longue. On vient de le montrer.

(5) Serait-elle au moins redevenue complète ? Il est sûr que plusieurs lacunes ont été
comblées, mais il en reste quelques-unes qui ne sont pas négligeables. Les révisions
constitutionnelles ont principalement permis à la Belgique de perdurer malgré les divisions
communautaires, mais la C° n’a pas été révisée sur toute une série de points qui mériteraient
pourtant de l’être
- le Titre II est obsolète,
- nous vivons dans une particratie alors que les partis sont pratiquement absents de la
C°.

S'il fallait donc réécrire la préambule de Pierre Wigny, je dirais ceci :

« Ce n'est pas sans émotion que je prends la parole. Le sujet est passionnant. Il s'agit de décrire et d'expliquer,
de faire comprendre et de permettre d'évaluer l'ingénieux édifice qui abrite notre vie publique. La matière
intéresse d'abord les techniciens, les juristes. Mais elle ne devrait pas moins intéresser les citoyens, tous les
citoyens. Nos constituants ont tenté d'expliciter les règles de base d'une démocratie contemporaine, en tenant
compte des différences considérables qui séparent aujourd'hui les Communautés et les Régions du pays. Aussi
fragile, sinon précaire, complexe, compliquée, longue et discutable soit-elle, la Constitution sortie de leurs mains
mérite la plus grande attention. De plus en plus nombreux sont les étrangers qui, de par le monde, y voient sinon
un modèle, au moins un système de régulation des conflits de type communautaire dont on gagnerait à s'inspirer
dans bien des territoires où l'on s'entre-tue. Alors ne faudrait-il pas que les Belges apprennent en tout cas à la
connaître ? Pour les juristes, cette connaissance n'est pas seulement souhaitable. Elle est indispensable. »
20
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

PREMIERE PARTIE :
L’ETAT, NOTION ET FONDEMENTS

CHAPITRE I. DEFINITION ET OBJET DU COURS


11/02/15

L'Etat est une notion difficile à définir. Il est d'autant plus difficile à définir qu'il se prête à
diverses approches :
- approche juridique (section 1)
- approche de la sociologie politique (section 2)
- approche de la philosophie politique (section 3).

Il y a autant de définitions de l’Etat que de sciences/disciplines pour l’étudier. Chaque


science maitrise la définition de ses propres objets.

Ex : définir le mot « homme »


- définition médicale
- définition anthropologique
- définition philosophique

Section 1 : La notion d’Etat d’un point de vue juridique

L'Etat est le titulaire abstrait d’un pouvoir souverain et institutionnalisé exercé sur - et en
démocratie au nom de - la population d'un territoire déterminé pour servir prétendument
l’intérêt général.

L’Etat est une abstraction, c’est précisément ce qui rend ce concept difficile à appréhender ;
c’est une personne moral souveraine

Dans une définition juridique, chaque élément compte. Il faut distinguer ici les deux éléments
clés qui ont une portée constitutive pour le concept juridique d'Etat, à savoir
- la souveraineté (§1)
- l'institutionnalisation du pouvoir (§2) : un pouvoir individualisé est le contraire d’un
Etat
Les deux autres éléments sont dérivés de la souveraineté, la population et le
territoire parce que
o chaque Etat délimite souverainement son territoire
o chaque Etat délimite souverainement ses nationaux
# la nation est l’ensemble de ceux qui ont la nationalité de l’Etat
# la population est l’ensemble des nationaux et des étrangers installés
durablement sur le territoire d’un Etat ; ce dernier exerçant un pouvoir
sur les deux.

Ex. : débat sur l’extension déchéance de nationalité, ce n’est pas un débat purement symbolique car dès qu’on a
plus la nationalité d’un Etat, on n’a plus le droit absolu de pouvoir y entrer.
21
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

§1. L'Etat est un pouvoir souverain


Nous allons tour à tour exposer
- la définition classique de la notion de souveraineté (A),
- en rappeler l’origine historique (B),
- la mettre à l’épreuve des évolutions récentes des deux faces du phénomène :
o la souveraineté externe et de la souveraineté interne (C)
o et finalement nous risquer à une nouvelle définition du concept (D).

A. Définition

La souveraineté est la qualité qui vaut à l’Etat d’être un pouvoir suprême, au-dessus de
tout autre pouvoir dans l’ordre juridique (OJ) interne et indépendant dans l’ordre juridique
international, c’est-à-dire exempt de toute subordination à un autre Etat, à une puissance
étrangère.

En DROIT, la souveraineté de l’Etat est absolue dans son OJ propre tandis que dans l’OJ
international, cette souveraineté est relative. Dans les FAITS, certains Etats ne détiennent
qu’une souveraineté limitée et extrêmement faible dans leurs propres OJ interne (Etats
faibles vs Etats forts).

Traditionnellement, un pouvoir souverain est réputé avoir les propriétés suivantes : il est
- unique et indivisible
- absolu et inaliénable
Il est donc censé consister en une « puissance de commandement unique, exclusive et
irrésistible ».

Cette définition classique est de plus en plus critiquable aujourd’hui. Mais avant de la
critiquer, il faut bien la comprendre.

B. L’origine historique du concept


C’est un concept qui s’est développé au 16e s sous la plume des juristes BODIN et
LOYSEAU qui posent les premiers jalons d’une théorie de la souveraineté de l’Etat. Il est
foncièrement lié aux circonstances historiques qui ont marqué sont avènement, le mot
« souveraineté » apparaît au moment où les premiers Etats modernes prennent corps,
notamment l’Etat Français, qui entend précisément s’affirmer en tant que souverain et
s’émanciper de toute une série de pouvoirs concurrents :
- dans l’ordre interne : les seigneurs issus de la féodalité sont priés d’obéir au Roi, et
ce dernier se soumet aux lois fondamentales du royaume et les règles de dévolution
de la couronne
- dans l’ordre international :
o l’Empire germanique
o la Papauté, le pape a des prétentions de nature de nature à menacer la
souveraineté du royaume de France

C’est donc un concept totalement hérité du passé ; il faut donc se demander si ce dernier a
encore une portée pertinente actuellement.
22
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

C. Les deux faces du phénomène


La souveraineté est donc une notion asymétrique car :
- elle est absolue dans sa sphère interne (b),
- elle est relative dans sa sphère externe où elle rencontre son alter ego, la
souveraineté de l’autre Etat (a)

a. La souveraineté internationale (indépendance)

1. Données confirmant la définition (souveraineté interne + souveraineté externe)


La souveraineté internationale c’est l’indépendance, la liberté que chaque État possède de
faire sur la scène internationale tout ce qui est en sont pouvoir étant entendu que ce pouvoir
n’est limité que parce qu’il y a consenti. L’Etat dispose de la souveraineté internationale
parce qu’il a la liberté de faire tout ce qui est dans son pouvoir, pouvoir limité par des règles
de droit international auxquelles chaque Etat a consenti. Certains internationalistes trouvent
que l’idée de souveraineté ne correspond pas du tout au droit international, mais dans un
premier temps nous pouvons dire que le droit international repose sur un fondement
volontariste ; le droit international est un ensemble de règles que chaque Etat décide
souverainement de respecter.

Il y a deux grandes sources de droit international : les traités et la coutume.

Est-ce que l’obligation de respecter les traités contredit le concept de souveraineté ? NON,
aucun Etat n’est forcé de ratifier un traité. MAIS une fois que vous ratifier vous êtes obligez
de le respecter = contrat. La faculté de contracter des engagements internationaux est
précisément un attribut de la souveraineté, c’est parce que l’Etat est souverain qu’il a la
faculté de conclure ses traités.

Une coutume est un usage (deux exigences) qui se répète de manière


récurrente/régulière/constante avec un élément psychologique qui est la conviction qu’il faut
en droit suivre cet usage. Beaucoup de traités ont été élaboré a postériori pour formaliser
des règles qui étaient initialement coutumières Est-ce que l’existence des coutumes
internationales contredit le concept de souveraineté ? NON, parce qu’une coutume peut
être écartée au moment où l’usage se cristallise en règle de droit si l’Etat ne la reconnaît pas,
il utilise alors son pouvoir souverain.

Il demeure pour l’essentiel correct d’affirmer que les Etats sont souverains au regard du droit
international. La souveraineté internationale des Etats désigne
- négativement la règle qui veut qu’aucun Etat n’est soumis au pouvoir d’un autre Etat
- positivement la liberté qu’ils ont de faire ce qui est en leur pouvoir. Certes, ce pouvoir
peut et doit être limité, mais, pour l’essentiel, ces limitations s’opèrent par le biais de
coutumes et plus encore de règles conventionnelles.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Négativement, l’existence du droit international ne contredit pas la définition classique de


souveraineté.

Positivement, l’art. 2 de la Charte des Nations Unies concède le double principe de la


souveraineté et de l’égalité juridique de chaque Etat, quelle qu’en soit la taille géographique
ou la puissance politique effective dans le concert des nations. La souveraineté est la pierre
d’angle/le fondement du droit international classique (§1).

« L'Organisation des Nations Unies et ses Membres, dans la poursuite des buts énoncés à l'Article 1, doivent agir
conformément aux principes suivants :
1. L'Organisation est fondée sur le principe de l'égalité souveraine de tous ses Membres.
2. Les Membres de l'Organisation, afin d'assurer à tous la jouissance des droits et avantages résultant de
leur qualité de Membre, doivent remplir de bonne foi les obligations qu'ils ont assumées aux termes de la
présente Charte.
3. Les Membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la
menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout
État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.
4. Les Membres de l'Organisation donnent à celle-ci pleine assistance dans toute action entreprise par elle
conformément aux dispositions de la présente Charte et s'abstiennent de prêter assistance à un État
contre lequel l'Organisation entreprend une action préventive ou cœrcitive.
5. L'Organisation fait en sorte que les États qui ne sont pas Membres des Nations Unies agissent
conformément à ces principes dans la mesure nécessaire au maintien de la paix et de la sécurité
internationales.
6. Aucune disposition de la présente Charte n'autorise les Nations Unies à intervenir dans des
affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un État ni n'oblige les Membres à
soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux termes de la présente Charte;
toutefois, ce principe ne porte en rien atteinte à l'application des mesures de cœrcition prévues
au Chapitre VII. »

Cette souveraineté internationale des Etats emporte donc deux corollaires essentiels :
(1) la prohibition de toute ingérence dans les affaires intérieures des Etats (§6) ;
(2) C’est parce que chaque Etat est souverain en droit qu’il ne peut recourir à la force pour
imposer son point de vue (§3). Le recours à la force comme moyen de règlement des
différends internationaux est donc exclu, sauf
- légitime défense
- autorisation expresse du Conseil de sécurité des Nations unies sur pied du chapitre
VII de la Charte en cas de
o menace contre la paix,
o rupture de la paix
o d’acte d’agression.

Il arrive assez souvent que ce chapitre ne soit pas respecter (USA), mais ce n’est pas la
normalité

Ex :
- intervention de la France au Mali avec approbation du Conseil de Sécurité de l’ONU
- demande d’intervention du Conseil de Sécurité en Syrie, mais la Russie et la Chine s’y opposent ; il y a
deux éléments à distinguer en Syrie
o la guerre civile pour écarter El Assad du pouvoir ! là est intervenu le droit de véto de la Russie
et de la Chine
o la lutte contre le groupe Etat Islamique : l’intervention militaire internationale sur le territoire
syrien dans ce cas-ci a été faite avec accord de El Assad
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

2. Données justifiant une contestation ou une relativisation de la définition


(souveraineté interne + souveraineté externe)

Il y a
- quatre données d’ordre juridique qui sont de nature à contester ou à relativiser la
définition classique de la souveraineté (2.1)
- une donnée d’ordre plus factuel ou politique (2.2)
- une dernière réflexion d’ordre juridique puisqu’il s’agira d’affiner notre définition initiale
de la souveraineté (2.3)

2.1. – Données d’ordre juridique

1. Première donnée juridique : phénomène de l’interprétation des traités


Un Etat n’est jamais en droit forcé à conclure un traité. Mais une fois qu’il l’a ratifié, il s’agit
d’appliquer celui-ci. Plusieurs traités mettent en place des organes habilités à produire une
interprétation autorisée du traité.

Ce phénomène est particulièrement frappant pour les Etats qui ont reconnu la
compétence du Comité des droits de l’homme des Nations Unies. Le Pacte des Nations
Unies relatifs aux droits civils et politiques de 1966 met en place un comité des droits de
l’homme. Il est également accompagné d’un protocole qui, une fois ratifié par les Etats, met
en place une compétence primordiale pour ce comité : il peut désormais être saisi de
réclamations par tout individu qui subit une violation d’un des droits fondamentaux garantis
par le Pacte, que cet individu ait ou n’ait pas la nationalité de l’Etat en question. Le comité
des droits de l’homme peut interpréter le Pacte pour en déduire que l’Etat n’a pas respecté/a
violé tel droit, décision qui a une autorité de chose jugée.

Les Etats n’ont aucune maitrise sur les raisonnements et interprétations de ce comité, en
sachant qu’interpréter ce Pacte, c’est disposer d’une certaine autorité pour faire dire au
Pacte toute une série de chose qui n’y est pas littéralement. Mais également pour les Etats
membres de l’Union européenne et parties à la Convention européenne des droits de
l’homme, véritable juridiction qui peut condamner un Etat et qui produit des arrêts qui ont
autorité de chose jugée.

Les traités constituent donc des « pièges à volonté » ! quand ces traités instituent des
organes de contrôle aux décisions desquels les Etats s’engagent à se conformer, ceux-ci
sont dépossédés de la maîtrise de l’interprétation que ces organes procureront aux normes
convenues.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

2. La deuxième donnée juridique conteste plus radicalement ce fondement


volontariste : elle consiste dans la notion de jus cogens
Article 53 de la Convention de Vienne sur le droit des traités les traités en conflit avec une
norme impérative du droit international général (jus cogens) : « Est nul tout traité qui, au moment de
sa conclusion, est en conflit avec une norme impérative du droit international général. Aux fins de la présente
Convention, une norme impérative du droit international général est une norme acceptée et reconnue par la
communauté internationale des Etats dans son ensemble en tant que norme à laquelle aucune dérogation n’est
permise et qui ne peut être modifiée que par une nouvelle norme du droit international général ayant le même
caractère. »

Il faut dans cette notion de jus cogens/norme impérative de droit international général y voir
une véritable contestation de la notion de souveraineté parce que la « communauté
internationale des Etats dans son ensemble », ce n’est pas la même chose que l’addition de
la volonté de chacun des Etats membres de l’ONU. Si Etat isolé s’oppose à une telle règle
lors de son processus de formation coutumier, il sera néanmoins contraint de s’y conformer
car il suffit que l’accord émane d’Etats assez nombreux et assez divers pour représenter la
communauté internationale des Etats » dans son ensemble. Mais attention à l’illusion que de
croire qu’il y a un large consensus dans la communauté internationale dans son ensemble
pour identifier une belle et longue liste de règles impératives, car ce n’est pas le cas. Les
jurisprudence et doctrine internationales sont unanimes néanmoins sur le fait qu’il y a
consensus concernant le noyau dur de ces normes impératives internationales, les règles
de ius cogens, qui concernent l’interdiction de l’esclavage, de la torture et du
génocide. On pourrait penser que tous les droits de l’homme sont englobés dans ce noyau
dur mais ce n’est pas du tout le cas.

Quel est l’Etat qui va avoir la naïveté de conclure avec un autre Etat un traité pour organiser
un génocide, des actes d’esclavage ou de torture ? L’existence reconnue volontairement par
la communauté internationale des Etats dans son ensemble de ces normes impératives du
droit international général est incompatible avec la définition classique de la souveraineté
internationale ; et c’est tant mieux dans ce cas-ci, même si la portée de cette atteinte à la
souveraineté est limitée.

3. Troisième donnée juridique : les règles coutumières.


Indépendamment du cas particulier des coutumes de « jus cogens », ces règles constituent
bel et bien une atteinte au principe de la souveraineté des Etats dans la mesure où, quand
une coutume est née, l’Etat qui n’a pas participé au processus de sa formation est tenu de la
respecter.

Quant à ceux qui ont pris part à ce processus, l’approche exclusivement volontariste du droit
international ne fournit qu’une explication « très artificielle » quand elle réduit l’opinio iuris à
un « accord tacite », si un Etat ne s’oppose pas formellement à une coutume, elle est
obligatoire.

4. Quatrième donnée d’ordre juridique : les principes généraux du droit.


Les PGD trouvent leurs fondements à bien des égards dans le comportement des Etats eux-
mêmes mais leur « obligatoriété au plan international ne doit, à l’évidence, rien à la volonté
des Etats ». La définition classique de la souveraineté n’est pas non plus compatible avec
l’existence des PGD.
26
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

2.2. – Donnée d’ordre politique


Si, juridiquement, les Etats sont libres de limiter ou non leur indépendance par des
conventions, politiquement, ils sont contraints de souscrire de multiples engagements
internationaux, et ce précisément dans le but d’assurer une certaine maîtrise du destin de
leur peuple et donc de conserver une certaine souveraineté de facto, dans les domaines à la
fois vitaux pour eux et traversés par d’inévitables dépendances sur le plan international,
comme
- l’économie,
- la sécurité
- l’écologie.
- etc.

Ex. : comment se prémunir d’une catastrophe écologique (nuage radioactif) qui ignore les frontières (pas de
douaniers) des Etats sans coopérer sur la scène internationale ? Comment un Etat peut-il assurer sa sécurité
militaire tout seul ?

Ce fait ne permet donc que de relativiser la définition classique de la souveraineté.

17/02/15

Rappel des cours précédents


Nous travaillons actuellement sur le terrain du droit européen et du droit international parce que nous devons
réfléchir à la définition classique de la souveraineté internationale d’un Etat. Cette dernière est la qualité d’un Etat
d’être une puissance indépendante des autres puissances étatiques ; et parce qu’un Etat est internationalement
souverain, il est apte à s’engager sur la scène internationale, il dispose de la personnalité juridique internationale
! il est sujet de droit international. L’existence de traités de traités et de coutumes ne constituent pas un démenti
à la notion de souveraineté : un Etat s’engage dans un traité s’il le veut, un Etat s’oppose à une coutume au
moment où celle-ci se cristallise ! la notion de souveraineté reste intact, elle est même positivement au cœur du
droit international quand on lit l’article 2 de la Charte des Nations Unies.

Mais, après avoir rassemblé les données qui confirment la pertinence de cette définition classique de la
souveraineté internationale, certaines données apparaissent dans un second temps qui sont de nature à
contester/relativiser cette définition. De facto, politiquement et précisément pour préserver son destin, un Etat doit
conclure des traités, doit entrer dans des engagements internationaux. Donc, même si en droit un Etat n’est pas
obligé de conclure un traité, mais dans les faits il est simplement obligé d’entrer dans ce réseau de conventions
internationales.

2.3. – Donnée d’ordre juridique

La souveraineté au sens formel est « la compétence de la compétence », le pouvoir du


dernier mot, le pouvoir de maitriser en dernière instance la liste des compétences que l’on
exerce encore soi-même, « est souveraine l’entité politique qui a le droit de décider
elle-même de ce qui relève ou ne relève pas de sa compétence »

2.3.1. Application de cette distinction aux Etats membres de l’Union européenne


S’il y a bien des Etats qui sont conscients qu’il est indispensable d’entrer dans un réseau
d’engagements internationaux, d’entrer dans des organisations internationales, et donc de se
lier les mains pour assurer sa propre prospérité, sa propre sécurité militaire ; ce sont bien les
Etats de l’UE. Cette dernière est une organisation internationale particulière qui rassemble 28
Etats membre, très conscients de l’impossibilité de vivre en autarcie (croire que l’on peut se
barricader dans son territoire en invoquant sa souveraineté pour échapper à toute
contrainte).
27
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

" La question est donc la suivante : une fois qu’un Etat entre dans l’UE et consent à
toute une série de transfert de ses propres attributions/compétences au profit de
l’UE, que reste-il de sa souveraineté ? Est-ce qu’il y a encore un sens à dire que l’Etat
est souverain ? Pour répondre à cette question, il faut introduire une nouvelle distinction : la
distinction entre la souveraineté au sens formel et la souveraineté au sens matériel.

La souveraineté au sens formel est « la compétence de la compétence », le pouvoir du


dernier mot, le pouvoir de maitriser en dernière instance la liste des compétences que l’on
exerce encore soi-même, « est souveraine l’entité politique qui a le droit de décider elle-
même de ce qui relève ou ne relève pas de sa compétence »

Prenons l’exemple de l’Etat membre de l’UE. Ces Etats membres conservent intactes leur
souveraineté formelle intacte. Démonstration sur base de 3 indices :

1er indice : Un Etat membre de l’UE n’a jamais eu l’obligation d’y entrer.

Article 49 du TUE
« Tout État européen qui respecte les valeurs visées à l'article 2 (démocratie, DDH) et s'engage à les promouvoir
peut demander à devenir membre de l'Union. Le Parlement européen et les Parlements nationaux sont
informés de cette demande. L'État demandeur adresse sa demande au Conseil, lequel se prononce à l'unanimité
après avoir consulté la Commission et après approbation du Parlement européen qui se prononce à la majorité
des membres qui le composent. Les critères d'éligibilité approuvés par le Conseil européen sont pris en compte.
Les conditions de l'admission et les adaptations que cette admission entraîne en ce qui concerne les traités sur
lesquels est fondée l'Union, font l'objet d'un accord entre les États membres et l'État demandeur. Ledit accord est
soumis à la ratification par tous les États contractants, conformément à leurs règles constitutionnelles
respectives. »

Aucun Etat membre de l’UE n’a été obligé d’adhérer à celle-ci.

2e indice : Une fois qu’un Etat est entré dans l’UE,


- soit il fait partie des 6 Etats fondateurs en 1957
- soit il y a adhéré plus tard

Cet Etat est tenu de respecter ses engagements et doit obéir aux règles fixées dans le traité
puisqu’il a librement consenti à ratifier ce traité. En droit, ce n’est donc pas une atteinte à la
souveraineté, elle reste intacte. Bien évidemment, la souveraineté formelle serait anéantie si
la révision/modification des traités pouvait se faire, non pas à l’unanimité des Etats comme
actuellement, mais moyennant une majorité plus ou moins renforcée des Etats membres. Un
Etat subirait alors la révision d’un traité contre sa volonté, il n’aurait plus « la compétence de
la compétence ». Mais précisément parce que les Etats membres de l’UE sont obsédés
par la sauvegarde de leur souveraineté au sens formel, il se trouve dans le TUE un
article 48 qui garantit le principe de l’unanimité des 28 Etats membres de l’UE pour la
révision des traités.

Article 48 §4
« Une Conférence des représentants des Gouvernements des États membres est convoquée par le président du
Conseil en vue d'arrêter d'un commun accord les modifications à apporter aux traités. Les modifications entrent
en vigueur après avoir été ratifiées par tous les États membres conformément à leurs règles
constitutionnelles respectives. »

Donc si un seul Etat dit « NON », le traité n’est pas ratifié.


28
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Petit rappel : l’idée de mettre en place une constitution européenne germe dans les esprits de certains,
notamment Verhofstadt (dans cette « fausse C° » la révision de celle-ci se ferait à l’unanimité = c’est donc un
traité et non pas une C°) mais a été refusée par la France et les Pays-Bas, elle a remplacée par le traité de
Lisbonne qui dit la même chose à 99%, mais avec quelques variantes qui ont rassurés les souverainistes. Donc
le seul « NON » français ou des Pays-Bas suffisait pour ne pas mettre en place cette constitution.

Chaque Etat a donc la compétence ultime d’empêcher la révision des traités ; la


souveraineté formelle internationale est donc une souveraineté négative puisqu’il s’agit du le
droit de dire « NON ».

3e indice : un Etat peut sortir de l’UE et retrouver l’exercice complet de la


souveraineté au sens matériel, puisque le droit de retrait unilatéral est consacré dans
le TUE, art. 50.

Article 50 §1
« Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de
l'Union. »

Ce 3e indice est donc la confirmation qu’un Etat reste formellement souverain, il a donc la
compétence ultime de se retirer de l’UE et de retrouver la totale maitrise de sa souveraineté
matérielle.

Cet article 50 consacre un droit de retrait théorique vu qu’il n’a encore jamais été utilisé, le
cas de la Grèce pourra peut-être dans le futur devenir le premier pays à se retirer de l’UE, si
le pays continue de se heurter à un mur, celui du Ministre des finances européennes. La
sortie de la zone € n’est pas prévue par le traité mais de facto, si on sort de l’UE on sort de
l’€.

Parenthèse : il existe un moyen de sortir de la zone €


- le pays sort de l’UE,
- ce même pays demande à re-rentrer dans l’UE,
- cette dernière va donc lui demander « est-ce que vous respectez tous les critères économiques/de
convergences nécessaires pour entrer également dans la zone € ? »
- le pays, vu qu’il est souverain, peut dire « NON » ! il est dans l’UE mais pas dans la zone € !

Conclusion : du côté de la souveraineté au sens formel, les Etats membres de l’UE


demeurent souverains ; mais la souveraineté peut aussi être abordée dans un sens matériel.

La souveraineté au sens matériel est la matière même, le concret, l’ensemble des


prérogatives concrètes inhérentes à la qualité d’Etat.

Imaginez un Etat qui aurait perdu son pouvoir de légiférer dans toutes la matières, à une
organisation internationale ou à un autre Etat, il aurait transférer toutes ses compétences
législatives " il n’est plus un Etat ? Quelles sont donc les prérogatives inhérentes à la
qualité d’Etat, les « pouvoirs régaliens » ?

Il n’y a pas de définition juridiquement acquise de ces prérogatives mais chaque Etat a une
petite idée des pouvoirs dont il n’envisage pas d’être privé. Il y a une tradition qui identifie
ces prérogatives propres à la souveraineté au sens matériel.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Premièrement, on ne conçoit pas un Etat qui ne dispose pas en principe des pouvoirs de
- légiférer,
- d’exécuter ses propres lois/d’administrer
- de juger
Ces pouvoirs sont donc inhérents à la qualité d’Etat. On peut imaginer des transferts partiels
de ces fonctions mais certainement pas dans leur totalité.

Au-delà de ces trois fonctions, il y a des domaines très sensibles, et 3 en particulier


1. les affaires étrangères/relations extérieures : l’armée, la défense nationale.
2. le maintien de l’ordre à l’intérieur du territoire : la police, le droit pénal, la procédure
pénale.
3. les biens du domaine public : la fiscalité, la monnaie

La CC Allemande, dans son célèbre arrêt sur le traité de Lisbonne, n’hésite pas à ajouter
d’autres compétences à cette liste qu’elle juge essentiels à la souveraineté allemande
- Etat social, sécurité sociale
- langue, culture, médias
- statut des Eglises en Allemagne
- l’éducation

Est-ce que l’Etat membre de l’UE est également souverain matériellement ? Non, la
souveraineté matérielle des Etats membres n’est plus du tout intacte, car il y a des
transferts de souveraineté qui ont été concédés par les Etats membres au profit de
l’UE dans des domaines aussi sensibles que ceux qu’on vient d’évoquer.

Tout d’abord, la dimension internationale.


C’est un domaine où les Etats sont très jaloux. Il y a une politique européenne de sécurité et
de coopération (PESC), une politique européenne de sécurité et de défenses aussi (PESD) ;
mais dans toutes ces matières, toutes les décisions se font à l’unanimité. Tout ce qui
concerne les affaires étrangères n’est pas vraiment menacé ; certes l’UE a certaines
prérogatives qui ne sont pas négligeables mais l’unanimité est toujours possible, et donc un
Etat peut toujours lever son droit de véto contre une décision qui relève de la PESC. Cette
dernière est donc une politique étrangère qui reste placée sous le contrôle du principe
d’unanimité.

Mais il y a un domaine où les Etats membres ont procédé à un important transfert de


compétences : matières concernant l’asile et de l’immigration, art. 77 et sq. du TFUE ;
transfert attribué aux compétences du Parlement Européen et du Conseil des Ministres. Des
décisions importantes dans ces domaines sont prises par ce premier acteur à la majorité des
suffrages et à la majorité qualifiée par le deuxième. Cela implique que dans les ces matières
sensibles, un Etat peut subir une décision alors qu’il n’est pas d’accord, parce que le ministre
qui représente cet Etat au Conseil s’est retrouvé dans la minorité ; il y a donc ici une perte de
souveraineté.

Il y a également eu d’importants transferts dans le deuxième domaine, celui du


maintien de l’ordre à l’intérieur du territoire.
Le domaine de la coopération policière et judiciaire en matière pénale entre dans les
compétences de l’UE. Là aussi, les décisions sont prises par le Conseil des Ministres et le
Parlement Européen selon la procédure législative ordinaire. Donc, une majorité au
Parlement et une majorité qualifiée au Conseil peuvent décider dans cette matière sensibles,
art. 82 et sq. du TFUE.
30
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Dans le troisième domaine, les biens du domaine public, on retient un sous domaine :
la monnaie.
Les Etats membres de la zone Euro, c’est pratiquement toute l’UE, même si certains pays ne
sont pas tous en ordre quant aux critères de convergences pour entrer dans cette zone, ils
ont en tout cas tous vocation à y entrer, sauf ceux qui y ont définitivement dit NON comme
les Britanniques. Les Etats membres de la zone Euro ont donc perdu leur souveraineté
monétaire de manière encore bien plus radicale qu’en matière d’asile, d’immigration, ou de
coopération policière et judiciaire en matière pénale, art ; 127 et sq. du TFUE. Il y a une
Banque Centrale Européenne (BCE) qui a une maitrise totale du taux de change et de la
création monétaire. Or c’est un autorité totalement indépendante, aucun Etat à travers son
premier ministre ou son président ne peut donner un ordre à celle-ci (à son président, Mario
Draghi) ; c’est le Conseil du Gouverneurs qui décide, chaque Etat est « représenter par » un
gouverneur mais ce dernier n’a pas le droit de recevoir d’ordres des Etats.

Politiquement, ce fonctionnement est très discutable ; est-ce qu’en démocratie, on peut


accepter qu’un pouvoir si considérable soit attribué à une autorité indépendante ? Les
allemands ont souhaité que la lutte contre l’inflation soit assurée par un organisme
politiquement neutre. La perte de souveraineté matérielle est ici radicale ; les Etats doivent
obéir à la politique décidée par la BCE.

Conclusion
Il y a ici une claire dissociation entre la souveraineté formelle et la souveraineté matérielle : la
souveraineté matérielle est en partie amputée (mais pas anéantie) alors que la souveraineté
formelle des Etats demeurent intacte. Est-ce que cette situation un peu paradoxale va durer
longtemps ? Les Etats restent formellement souverains, ils ont la compétence ultime, la
compétence du dernier mot : ils peuvent dire NON à la révision d’un traité et ils peuvent se
retirer de l’UE. Mais, ils ont perdu des pans entiers de leur souveraineté matérielle au profit
d’un « rassemblement de souveraineté » exercé collectivement/collégialement par le Conseil
des Ministres et le Parlement Européen.

Dans les domaines les plus sensibles (sauf la monnaie) mais comme la PESC, il y a encore
le droit de véto ; et dans d’autres domaines comme la fiscalité ce droit de véto existe
également. Il y a des décisions qui peuvent être prises par l’UE mais à l’unanimité. Dans ces
matières là, la souveraineté négative est encore protégée puisqu’on a le droit de véto, mais il
y a une perte de la souveraineté positive, aptitude à obtenir une décision positivement
conforme à ses attentes dans tous les domaines où les Etats ont octroyé des compétences à
l’UE (même dans les domaines où règnent encore le principe de l’unanimité) ; dans tous les
domaines où les Etats ont transféré une partie de leurs attributs à l’UE, il y a une perte de
l’aptitude à décider librement pour soi-même ce que l’on veut, on doit s’en remettre aux
décisions du Parlement ou du Conseil. Il y a donc l’émergence d’un acteur politique qui n’est
pas un Etat, mais qui commence à y ressembler : il s’agit de l’UE, « objet politique non
identifié », est une sorte de fédération plurinationale qui n’est pas un Etat fédéral.
31
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Mais, est-ce que cette fédération plurinationale/UE va un jour devenir un véritable Etat
fédéral comme les USA ? Ou bien est-ce que cet avenir est définitivement
inaccessible ? Est-ce que cet avenir est souhaitable ; est-ce qu’il faut souhaiter qu’un
jour l’UE devienne les Etats-Unis d’Europe ? Il n’y a pas de consensus sur cette question
tout à fait fondamentale.

Est-ce que les Belges sont favorables à cette métamorphose de l’UE ? Oui, car ils estiment
que cela va résoudre le clivage communautaire du pays. Mais est-ce de même pour nos
voisins Français ? Non, un Français moyen n’a aucune envie de perdre sa souveraineté
formelle. Un Britannique non plus, un Allemand non plus. " Il y a donc un clivage : certains
Etats membres seraient prêts aux grand sursaut fédéral tandis que d’autres ne veulent
absolument pas entendre parler de cela. L’avenir de l’UE n’est donc pas clair, mais toute
donne à penser que ce n’est pas dans un futur proche que les Etats-Unis d’ Europe seront
fondés sur la base d’un Etat fédéral.

Quels sont les éléments majeurs/décisifs en droit qui favoriseraient ce basculement de l’UE
en un Etat fédéral ?
- la révision des traités : si l’art. 48 du TUE est modifié en disant « qu’une majorité
d’Etats suffit pour réviser les traités », la souveraineté formelle disparaît ! passage
de l’unanimité à la majorité renforcée
- interdiction du droit de retrait : un pays est alors enfermé dans un Etat fédéral,
exactement comme les 50 Etats fédérés des USA.
Différence abyssale entre l’UE et les USA : dans cette dernière, on modifie la C° fédérale
avec l’accord ¾ des Etats, ¼ des 50 Etats fédérés peuvent alors subir une révision de la C°
fédérale de 1787 contre leur gré ! ils ne sont donc pas souverains ! On considère que dans
un Etat fédéral normalement constitué, aucun Etat fédéré n’a de droit de sécession/retrait.

Imaginez que le R-U, la France, l’Allemagne, la Pologne, acceptent une révision des traités à
l’unanimité et l’interdiction du droit de retrait ; c’est politiquement impossible ! Nous allons
donc encore rester longtemps dans cette fédération plurinationale, dans cette disjonction
entre la souveraineté formelle (intacte) et la souveraineté matérielle (largement amputée). Le
droit constitutionnel est très imprégné par le droit européen, il est devenu hybride car il
articule des éléments européens avec des éléments nationaux.

Exam :
- Qu’est-ce que la souveraineté formelle ?
- Qu’est-ce que la souveraineté matérielle ?
- Que reste-il de la souveraineté des Etats membres ?

Observations complémentaires
La souveraineté budgétaire des Etats membres. Depuis l’adoption d’une série de règlements
et de directives fondés sur l’article 136 du TFUE, appelé les « two packs » ou encore « six
packs », ces Etats sont soumis à une discipline budgétaire extrêmement rigoureuse. Afin
d’éviter que la grande crise financière de 2008 ne se reproduise et que les Etats se mettent
dans des situations de déficit excessif, le budget national de chaque Etat ne peut être adopté
sans un contrôle par la Commission et le Conseil de l’UE, ce budget est examiné à la loupe.
Or, dans la tradition démocratique, c’est chaque Parlement national qui a la maitrise du
budget national ; aujourd’hui cette maitrise est en partie transférée aux institutions de l’UE.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Il ne se trouvera jamais d’unanimité parmi les Etats membres de l’UE actuelle pour décider
de faire le grand saut fédéral. La CC Allemande dans son arrêt célèbre sur le traité de
Lisbonne, a très clairement dit qu’elle s’opposerait à de nouveaux transferts de compétences
de l’Etat allemand vers l’UE dans les domaines sensibles de la souveraineté matérielle si ces
transferts seraient de nature à compromettre la maitrise par l’Allemagne ou en tout cas une
maitrise suffisante de ces domaines.

Ex. : il y a dans chaque Etat membre, un ministre de l’éducation nationale ; on pourrait imaginer demain que l’UE
reçoivent de nouvelles compétences en matière d’éducation, elle pourrait imposer à toutes les écoles de Etats
membres un cours d’histoire européenne selon un programme qui serait relativement homogène dans toute l’UE.
! il y a de fortes chances que la CC Allemande refuse cela dans son arrêt. Cette cour va très loin, elle envisage
des choses beaucoup plus modestes pour porter atteinte à sa souveraineté. Elle a annoncé de manière toute à
fait explicite qu’elle s’opposerait à des transferts dans certaines matières, dans des domaines comme l’Etat
social, la culture, l’éducation. etc.

L’UE a donc beaucoup de difficultés à voir clair dans son avenir. Le scénario d’une
ratification d’un traité par plusieurs Etats membres qui sont prêts pour le saut fédéral circule
déjà actuellement dans les esprits d’un groupe d’intellectuels. Les plus fédéralistes, qui
seraient prêts à réunir une partie des Etats membres de l’UE sont très craintifs et ne sont pas
d’accord entre eux pour entrer dans une logique vraiment fédérale. Les Etats-Unis d’Europe,
ce n’est donc pas pour aujourd’hui, ni pour demain.

b. La souveraineté interne (suprématie)


Dans la définition de la souveraineté, le versant externe et le versant interne ont été
soigneusement distingués. Ce dernier est le pouvoir de s’imposer, caractère suprême du
pouvoir étatique dans son OJ propre, le fait d’être au-dessus de tout autre pouvoir. Dans la
théorie traditionnelle, on enseigne que cette souveraineté est une, indivisible, exclusive de
tout autre, absolue, inaliénable (on ne peut pas la transférer). On aurait donc à faire à une
toute puissance/suprématie absolue dans l’OJ interne.

1. Données confirmant la définition


Qui donc dans l’Etat possède cette souveraineté ? Qui exerce cette puissance absolue ?
Logiquement, s’il y a bien un pouvoir dans l’Etat qui pourrait prétendre détenir cette
souveraineté, c’est le pouvoir constituant. Ce dernier se dédouble ; on distingue
- le pouvoir constituant originaire =
o le pouvoir qui édicte la toute première C° d’un Etat,
o le pouvoir qui, à la suite d’une révolution, réussi à imposer une toute nouvelle
C° qui n’est pas reliée aux dispositions de la C° précédente ! qui n’est pas le
fruit d’une révision
- le pouvoir constituant dérivé = pouvoir qui a été érigé par une C° pour en assurer la
révision régulière

Armé de cette distinction, la question est : où le souverain ? Le PC originaire, puisque le PC


dérivé n’est pas détenteur d’une puissance absolue, il n’est pas au-dessus de tout pouvoir, il
ne dispose pas d’un pouvoir d’autodétermination illimité ; il a au-dessus de lui la norme qui
prescrit la procédure à suivre pour réviser la C°. Le PC dérivé n’est pas souverain puisqu’il
est lié aux règles de procédure. Ces dernières peuvent s’enrichir de limites non seulement
procédures mais également matérielles, càd le respect de règles de fond intangibles,
irrévisables (ex : art. 79 loi fond allemande). En revanche, le PC originaire est souverain
! voici la première donnée de nature à confirmer la définition classique de la
souveraineté. Oui, l’Etat est souverain au sens où il détient un pouvoir
d’autodétermination illimité au-dessus de tout autre pouvoir puisque le PC originaire
dispose de cette compétence.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

2. Données justifiant une relativisation de la définition

2.1. – La nation souveraine ne peut entièrement abolir la temporalité qui la précède


nécessairement.

Qui détient le PC originaire ? En démocratie, le titulaire de la souveraineté constituante c’est


la nation/ le peuple. Comment va-t-on faire parler cette abstraction ? En mettant en place des
règles de procédure.

Exemple : 1830, l’Etat belge est proclamé comme Etat indépendant ; la première chose que
le Gouvernement provisoire (autorité de fait qui prend le pouvoir à la suite d’une révolution)
promet de faire c’est d’établir une C°. Mais pour ce faire, il faut se mettre d’accord sur une
procédure pour composer un organe qui va rédiger cette C° et qui va exercer le PC
originaire. Forcément, ce n’est pas la nation/le peuple qui va rédiger ces règles
complètement abstraites qui lui permettront de s’exprimer ; c’est bien le Gouvernement
provisoire qui décide d’élire au suffrage censitaire un Congrès National, assemblée d’élus qui
ont pour mission de doter la Belgique de sa C° historiquement première. Une fois que cette
procédure est effectivement mise en œuvre, les citoyens qui paient le cens élisent quelques
bourgeois masculins qui forment ce Congrès, ce sont les pères fondateurs qui édictent la C°
de 1831 en 4 mois.

Quelle est donc cette nation, ce peuple, détenteur du PC originaire ? Il s’agit de l’entité
abstraite au nom de laquelle le Congrès National a édicté la C°. On pourrait dire que c’est
l’ensemble des électeurs qui ont désignés les membres du Congrès, mais eux-mêmes ne
sont qu’une partie de la population réelle, puisqu’on pratique le suffrage censitaire.
Supposons que l’on refasse le coup aujourd’hui, on pratiquerait le suffrage universel, même
si ce n’est qu’une partie de la nation ; les enfants entre 1 jour et 18 ans ne participeront pas à
l’élection, mais c’est quand même en leur nom que le PC originaire serait exercé.

Voilà le premier élément propre à relativiser le concept même de souveraineté


interne : la nation est fatalement dépendante de règles dont elle ne peut pas être
l’auteur pour pouvoir s’exprimer. C’est un paradoxe : la nation détient le PC originaire
mais celle-ci doit se soumettre à des règles de procédures dont par définition elle ne
peut pas être l’auteur.

On cherche la clé de voûte qui recherche tout l’édifice, on remonte au PC originaire, et quand
on cherche le fondement du PC originaire, il se défile.

2.2. – La nation souveraine ne peut entièrement maitriser la temporalité qui la suit.


Une fois la C° historiquement première de l’Etat édicté, une fois le PC originaire exercé, que
se passe t’il ? La nation a parlé (on a parlé en son nom), la C° de 1831 a été édictée. Une
fois que cette C° entre en vigueur, qui s’exprime pour exercer les pouvoirs (exécutif, législatif,
judiciaire) ? Donc le souverain = la nation = le peuple = le PC originaire ; mais ce niveau de
pouvoir au fondement de la C° disparaît à l’arrière-plan, puisque dès que la C° entre en
vigueur, ce n’est plus UN pouvoir d’autodétermination illimité qui agit mais ce sont TROIS
pouvoirs séparés ! le principe de la séparation des pouvoirs s’applique. La souveraineté
une et indivisible, incarnée par ce PC originaire s’efface (mais ne disparaît pas
complètement), il est resté à l’arrière-plan depuis la C° de 1831 puisque les seuls pouvoirs
qui agissent sont ceux institués par la C° : le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif, le pouvoir
judiciaire. Aucun de ces pouvoirs pris séparément n’est souverain puisqu’ils doivent agir
dans le respect de la C° ; « la souveraineté s’est diluée dans les canons de l’Etat de droit ».
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Quid du PC dérivé ? Il est en quelque sorte « au-dessus du lot » mais il n’est pas
entièrement souverain puisqu’il doit respecter l’art. 195 de la C°.

Donc : la souveraineté constituante est passée en arrière-plan et est monté en avant


la triade exécutif – législatif – judiciaire, et de temps en temps on y ajoute le PC dérivé
(quand on révise la C°).

La notion de souveraineté interne est terrifiante, c’est « un pouvoir d’autodétermination


illimité » ; il est évidemment plus rassurant de vivre dans un Etat de droit qui applique le
principe de la séparation des pouvoirs qui, d’une certaine manière, fait disparaître la
souveraineté en la divisant. L’exercice de celle-ci se prête à la division, même si le principe
de la souveraineté est un et indivisible.

3. Données justifiant une contestation de la définition


Si l’on admet que l’Etat est le seul à édicter des règles de droit valides, alors oui la définition
classique de la souveraineté résiste. Mais la théorie du pluralisme juridique nous enseigne
que en réalité, il y a d’autres pouvoirs non-Etatique qui produisent tous les jours des règles
que l’on peut qualifier de « juridiques » ; pouvoirs qui ne sont placés sous la maitrise d’aucun
pouvoir Etatique en particulier. Bien sûr, quand un pouvoir non-Etatique prétend exercer des
actes de contrainte sur le territoire d’un Etat, ce dernier peut s’y opposer au nom de sa
souveraineté. Mais il y a beaucoup d’autres formes de pouvoirs à la disposition de ces
institutions non-Etatiques, parfois très puissantes.

Ex. : aucun Etat n’est totalement maitre d’une entreprise multinationale qui s’implante dans plusieurs pays. Celle-
ci profite de la dispersion des Etats pour disposer d’un pouvoir et d’une autonomie considérable. Bien
évidemment, chaque fois que cette entreprise veut agir dans un Etat, elle doit respecter les lois de cet Etat ; mais
aucun Etat en particulier n’a la maitrise de l’ensemble des activités de l’entreprise multinationale. Tel Etat est très
exigeant sur son territoire avec tel siège social, l’entreprise peut très rapidement délocaliser ce siège social et
l’implanter dans un autre Etat moins regardant.

L’Etat est souverain, oui, mais il n’empêche que des pouvoirs non-Etatiques disposent de
prérogatives considérables dont on peut nier l’appartenance au droit ! on peut décréter que
le seul vrai droit est le droit des Etats, mais cette dénégation a quelque chose de politique.
En réalité, une entreprise multinationale est un OJ, il y a des règles, des institutions et des
sanctions qui frappent la méconnaissance de ces règles. Il en va de même pour les
fédérations sportives internationales et pour l’Eglise catholique (droit canon).

La prétention des Etats à monopoliser l’édiction du droit positif valide n’est bien qu’une
prétention, compte tenu de l’existence de ces droits non-étatiques ; mais il est vrai que en
droit chaque Etat dispose d’un pouvoir de contrainte irrésistible dans les limites de son
territoire, mais ce n’est pas toujours le cas de facto (ex : l’Etat italien est incapable de
maitriser la mafia).
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Souveraineté interne Souveraineté externe

Eléments qui confirment Eléments qui relativisent Eléments qui confirment Eléments qui relativisent

1. pouvoir constituant 1. le Congrès National 1. consentement libre : 1. « pièges à volonté » ;


originaire (le Congrès devait respecter les règles - traités ce sont des traités pour
National en Belgique a que lui imposait le gvt - coutumes lesquels on s’engageant
détenu ce pouvoir provisoire ; cela relativise 2. 3 caractéristiques qui pour une certaine raison
souverain, 1830-1831) son pouvoir suprême font de la souveraineté la qui elle change au cours
= la Nation >< pouvoir 2. le moment souverain du pierre angulaire du Δ du temps. (sanction de la
constituant dérivé pouvoir constituant est international (dans la CEDH qui sanctionne les
très cours car ce dernier Charte de l’ONU art. 2) : Etats qui ne s’adaptent
se dilue dans les pouvoirs - non ingérence dans les pas à l’évolution de ses
constitués (législatif, affaires internes. interprétations)
exécutif, judiciaire) NB : - égalité souveraine (en 2. ius cogens (C. de
pouvoir dérivé = pouvoir Δ, tous les Etats sont au Vienne, art. 53) : normes
législatif >< pouvoir même niveau juridique ; impératives de DIG
constitué. chaque Etat n’a qu’une (normes de coutumes)
3. pluralisme juridique seule voix à l’ONU) >< DIC (traités), les Etats
- interdiction du recours à ne peuvent pas librement
la force (lié à l’idée de y consentir, elles
non ingérence dans les s’imposent - interdictions
affaires internes) SAUF de la torture, de
en cas de légitime l’esclavage et du
défense et d’autorisation génocide.
du Conseil de sécurité de 3. coutume
l’ONU 4. PGD de Δ
international
5. élément factuel :
interdépendance des
Etats.

C. Pour une redéfinition de la souveraineté Etatique


La souveraineté n’est finalement plus qu’un degré d’autonomie, en principe supérieur à celui
dont dispose toutes les autres puissances publiques et privées. La souveraineté ne désigne
pas un pouvoir d’autodétermination illimité mais bien un degré d’autonomie supérieur en droit
à celui dont dispose tous les autres pouvoirs publics et privés. Même si il est relativisé, ce
pouvoir reste non-négligeable.

§2. L'Etat est un pouvoir institutionnalisé

A. Origine historique et significations de la notion de pouvoir institutionnalisé.


« L'Etat est le titulaire abstrait d’un pouvoir souverain et institutionnalisé exercé sur la
population d'un territoire déterminé pour servir prétendument l’intérêt général. »

a. Le caractère permanent du pouvoir étatique


On ne peut pas appréhender correctement la notion d'Etat si l'on ne prend en considération
que l'élément de la souveraineté parce que précisément, si on se contente de la seule notion
de souveraineté, on suggérerait qu’un despote/tyran a un pouvoir individualisé, serait à lui
seul un Etat s’il parvient à exercer la souveraineté ; alors qu’au sens de la théorie générale
de l’Etat, il ne sera jamais reconnu comme un Etat. Ce qui caractérise l’Etat est la
souveraineté ET l’institutionnalisation.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

b. Le caractère impersonnel/non individualisé du pouvoir étatique


Le phénomène de l’institutionnalisation est l’idée qu’il y a une dissociation fondamentale
entre le pouvoir de l’Etat et la personne de ceux qui exercent ce pouvoir Etatique, entre les
fonctions politiques et les hommes/femmes qui exercent concrètement ces fonctions !
distinction juridique entre les fonctions politiques et ceux qui les exercent. Ce sont donc des
institutions qui sont mises en places ; l’Etat étant lui-même une institution, une personne
morale. Cette dissociation a quelque chose de génial parce que elle permet l’avènement d’un
pouvoir qui est à la fois impersonnel et permanent ! garantie de la continuité de l’Etat au-
delà de ceux qui sont au pouvoir de celui-ci.

B. Principes juridiques découlant de la notion de pouvoir institutionnalisé.

a. L’Etat est une personne morale

b. Le principe de la continuité de l’Etat


Deux applications :
1. l’Etat belge a vu sont territoire varier
a. entre 1830 et 1840 on avait le grand Duché du Luxembourg (on l’a perdu)
b. 1919 : agrandissement avec les cantons de l’Est
Est-ce que l’Etat belge a changé ? Non, il est toujours le même internationalement
quand bien même son territoire a varié.
2. Imaginons que C. Michel démissionne demain, supposons que le Roi accepte cette
démission ; aussitôt il charge le même C. Michel d’expédier les affaires courantes. Le
Gouvernement est démissionnaire, mais au nom du principe de la continuité de l’Etat,
il ne peut pas brutalement disparaître, les ministres doivent rester au poste jusqu’à ce
qu’ils soient remplacés par un nouveau Gouvernement.

c. La distinction de la gestion publique et de la gestion privée ou l’interdiction de la


patrimonialisation privée de l’Etat
Il existe des règles de droit fiscal et de finances publiques qui mettent en place la distinction
entre les biens de l’Etat et les biens des particuliers qui travaillent pour l’Etat. Le droit pénal
prévoit toute une série d’infractions, notamment la corruption, pour punir les fonctionnaires
qui moyennant une somme d’argent ou une promesses, posent un acte de leur fonction !
on ne peut pas confondre son patrimoine privé avec le patrimoine public.

L’Etat est donc une personne morale souveraine.

18/02/2015

§3. Les allusions à l’ « Etat » et à la « souveraineté » dans la C° Belge

Est-ce que l’on trouve dans la C° belge une définition de l’Etat ? Non ! Mais le mot Etat est
régulièrement employé.
- art. 1er : « La Belgique est un État fédéral qui se compose des communautés et des régions », Etat =
o ensemble des collectivités politiques, des institutions publiques,
o enveloppe qui fait la loi pour tous les Belges.
- art. 7 : « Les limites de l'État, des provinces et des communes ne peuvent être changées ou rectifiées
qu'en vertu d'une loi. » ! limites = territoire (élément dérivé de la souveraineté)
- art. 10 : « Il n’y a dans l’Etat aucune distinction d’ordres » ! distinctions d’ordres = alinéa qui
date de 1831 où on souhaitait éviter tout retour à l’Ancien Régime qui était caractérisé
par des distinctions d’ordre (aristocratie, clergé, tiers-Etat) ! Etat = ensemble de la
population
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

- art. 170 : « §1er. Aucun impôt au profit de l'état ne peut être établi que par une loi.
§2. Aucun impôt au profit de la communauté ou de la région ne peut être établi que par un décret ou
er
une règle visée à l'article 134. La loi détermine, relativement aux impositions visées à l'alinéa 1 , les
exceptions dont la nécessité est démontrée. §3. Aucune charge, aucune imposition ne peut être établie
par la province ou la collectivité supracommunale que par une décision de son conseil. La loi
détermine, relativement aux impositions visées à l'alinéa 1er, les exceptions dont la nécessité est
er
démontrée. La loi peut supprimer en tout ou en partie les impositions visées à l'alinéa 1 . §4. Aucune
charge, aucune imposition ne peut être établie par l'agglomération, par la fédération de communes et par
la commune que par une décision de leur conseil. La loi détermine, relativement aux impositions visées
à l'alinéa 1er, les exceptions dont la nécessité est démontrée. » ! Etat = seules institutions
centrales ! Etat vs autres collectivités politiques (provinces, communes)

Est-ce que l’on trouve dans la C° belge le mot « souveraineté ? Non, mais on retrouve un
idée de souveraineté dans l’art. 33 ! souveraineté à la fois formelle et matérielle :
« Tous les pouvoirs émanent de la Nation. Ils sont exercés de la manière établie par la Constitution »

Cet article est suivit par l’art. 34 qui dit que « l'exercice de pouvoirs déterminés peut être attribué par un
traité ou par une loi à des institutions de droit international public. »

Des fractions de la souveraineté au sens matériel peuvent être attribués par un traité ou par
une loi à des institutions de droit international public/organisations internationales, comme
l’UE.

Cette dernière est la bénéficiaire de plusieurs transferts qui lui ont été concédés par l’Etat
Belge et par les autres Etats membres au profit de celle-ci. L’art. 34 constitue le fondement
constitutionnel (pour ce qui concerne la Belgique) de l’UE, étant donné que cette dernière a
pour fondement la volonté de chacun des Etats membres de former cette organisation
internationale très intégrée. Pendant plusieurs années, on s’est passé de ce fondement ; le
traité CECA (1951) et le traité Euratom (1957) ont été ratifiés par l’Etat Belge alors que l’art.
34 n’existait pas encore ! pragmatisme à la Belge, cela n’arriverait pas dans d’autres Etats
plus soucieux de leur souveraineté.

Ces transferts de souveraineté ont été réalisés en 1960 quand l’article 34 a été ajouté à la
C°. Cet article parle de l’exercice de la souveraineté, pas de la jouissance de la souveraineté
dans son principe ; cette dernière étant inaliénable, elle ne peut donc pas être transférée à
l’UE ni à aucune institution de droit international public puisque seul l’exercice de pouvoirs
déterminés peut être attribués.

Si demain, l’UE voulait se transformer en un Etat fédéral, l’art. 34 y fait obstacle. Il faudrait
alors le réviser, mais quid de la compétence du PC dérivé de mettre fin à l’existence de
l’Etat ? Car transformer l’Etat belge souverain, membre de l’UE, en Etat « fédéré » membre
d’un Etat « fédéral européen » est la même chose que dire que l’Etat Belge est nul., vu qu’il
est absorbé dans un autre Etat qui se substitue purement et simplement à lui.

Selon le professeur, le PC dérivé n’est pas compétent pour aller aussi loin. C’est un exercice
du PC originaire, qui semble indispensable si l’on veut faire disparaître l’Etat ; le Congrès
National a créé l’Etat en le dotant d’une C° en 1830-1831, et il appartiendrait à une sorte de
nouveau Congrès National un nouvel exercice du PC originaire de faire une nouvelle
révolution consistant à suturer l’Etat Belge pour l’absorber dans un Etat fédéral européen.

Ce type de problème se pose dans tous les Etats membres de l’UE : le jour où l’on voudrait
transformer l’UE en un Etat fédéral, la question va se poser, car on trouve dans toutes les C°
un équivalent de l’art. 34. Une véritable révolution juridique semble alors s’imposer si l’on
voulait transformer l’UE en un Etat fédéral.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Comment organiser juridiquement une révolution juridique ? C’est par définition impossible,
mais il faudrait le faire, il faut faire preuve d’audace. Il serait assez logique d’organiser un
référendum constituant originaire exceptionnel qui vérifierait s’il y a une volonté des
nationaux de se laisser absorber dans un nouvel Etat. Ces questions sont rarement
discutées, quoique il y a dans la théorie générale de l’Etat un certain nombre d’auteurs qui se
sont penchés sur le problème. C’est un problème très théorique mais « on ne sait jamais ».

Si demain, l’Etat belge devait disparaître non pas par le fait de son absorption dans une UE
transformée en un Etat fédéral mais par un « divorce belgo-belge » purement interne, le
même problème se poserait : ce ne serait pas une institution internationale publique qui
serait le destinataire de la souveraineté Belge mais ce serait plusieurs Etats indépendants et
souverains qui seraient les destinataires de la souveraineté Belge actuelle. Est-ce que cela
se ferait par une simple révision de la C° ou faudrait-t ‘il ressusciter le PC originaire pour
autoriser une telle révolution, l’anéantissement de l’Etat Belge et son remplacement par
plusieurs Etats ? Si la NVA obtient une majorité dans le groupe linguistique NL en 2019, la
question théorique n’est plus du tout théorique.

§4. L'Etat en droit international public (DI public)

Nous avons analysé une définition de l’Etat selon une théorie générale de l’Etat enseignée
dans toute l’UE. Mais le droit international public utilise le concept d’Etat et il doit le faire en
étant très réaliste ; on ne peut pas exiger en DI public un usage du concept d’Etat qui
corresponde exactement à la conception occidentale que l’on s’en fait. Quand on parle d’un
pouvoir « institutionnalisé », on souligne tout ce qui sépare un Etat d’un pouvoir
individualisé ; mais en étant réaliste, dans un certain nombres d’Etats reconnus sur la scène
internationale, on trouve des pouvoirs qui sont nettement plus individualisés
qu’institutionnalisés.

Le Zaïre à l’époque du président Mobutu : c’était pratiquement un pouvoir individualisé incarné dans une
personne.

Les internationalistes se contentent d’un concept plus pauvre, moins exigent. Ils ne parlent
pas de pouvoir institutionnalisé mais diront que 4 éléments sont nécessaires :
- un territoire
- une population
- un Gouvernement effectif et indépendant : un Gouvernement qui est effectivement
exercé, il se fait obéir plutôt que désobéir ; et qui est indépendant d’une autre
puissance, d’un autre Etat, peu importe s’il est en réalité à la solde d’un homme qui
incarne tous les pouvoirs à lui tout seul.

En DI public, on ne fait pas de la démocratie et de l’institutionnalisation une condition de


reconnaissance des Etats. La reconnaissance d’un Etat est un acte politique qui a une
importance considérable : quand un nouvel Etat virtuel apparaît sur la scène politique
mondiale, c’est-à-dire quand on voit ériger un Gouvernement effectif et indépendant exercé
sur une population à l’intérieur d’un territoire déterminé, est-ce que cet Etat sera reconnu ou
pas ? Cette question se pose régulièrement.

Certains Etats ont reconnu le Kosovo comme un Etat reconnu alors que d’autres ne l’ont pas reconnu. C’est
quand même curieux qu’à l’intérieur des Etats membres de l’UE, on voit de telles différences. Il faut savoir que la
PESC a beaucoup de limites, elle travaille à l’unanimité, ce qui veut dire que les Etats membres de l’UE n’ont pas
été unanimes quand à la reconnaissance du Kosovo comme Etat à part entière ; chaque Etat a fait ce qu’il
souhaitait. Il y a peu, nous avons assisté à une proclamation d’indépendance de l’Ossétie du Sud (fraction de la
Géorgie), elle n’est reconnue que par la Russie. La Transnistrie (bout de la Moldavie) a également proclamé son
indépendance, elle n’est cependant reconnue que par la Russie.
39
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Il n’y a donc pas de procédure centralisée de reconnaissance d’un Etat prétendu souverain,
que ce soit par l’ONU ou par l’UE ; chaque Etat reconnaît souverainement éventuellement un
autre Etat.

Section 2. - La notion d’État du point de vue sociologique

Comment les politologues définissent-ils l’Etat ?

§1. Définition
Il y a différentes approches possibles, nous allons nous concentrer sur l’approche de P.
BIRNBAUM.

L’Etat est un pouvoir politique différencié des périphéries sociales, territoriales ou partisanes
qui constituent la société civile, un pouvoir dont l'emprise sur cette société civile sera
d'autant plus forte que son degré d'institutionnalisation sera élevé.

En quoi cette définition est-elle éclairante ? L’Etat est un pouvoir politique et ce qui intéresse
les politologues est de savoir dans quelle mesure ce pouvoir politique est réellement
autonome, dispose d’un pouvoir effectif. Pour mesurer l’effectivité de ces pouvoirs, les
politologues regardent du côté des relations entre l’Etat et la société civile.

La société civile est un concept de science politique qui vise (en gros) l’ensemble des
groupements intermédiaires entre les individus et l’Etat. Ce sont ces groupements que P.
BIRNBAUM vise quand il parle des périphéries :
- les périphéries sociales sont les groupements intermédiaires que l’on qualifie souvent
de groupe de pression : les syndicat, les fédération d’entreprises, le patronat
- les périphéries territoriales sont les communautés, les régions, les provinces, les
communes, les pouvoirs locaux et régionaux.
- les périphéries partisanes sont les partis politiques qui sont un maillon intermédiaire
entre la société civile et l’Etat.
Est-ce que l’Etat dispose de facto d’une puissance réelle à l’égard des pouvoirs que
constituent les groupes de pressions, les pouvoirs locaux et régionaux, et les partis
politiques ?

Les politologues (et P. BIRNBAUM) distinguent deux catégories d’Etats :

Les Etats fortement institutionnalisés sont les Etats dont la capacité de décision autonome
est élevée par rapport à ces groupes de pressions, pouvoirs locaux et régionaux et partis
politiques ; l’Etat aurait donc une capacité à surmonter les clivages qui peuvent opposer ces
groupes intermédiaires entre eux.

Les Etats faiblement institutionnalisé sont les Etats dont la capacité de décision autonome
est faible par rapport à ces groupes de pressions, pouvoirs locaux et régionaux et partis
politiques ; l’Etat aurait donc une faible capacité à surmonter les clivages qui peuvent
opposer ces groupes intermédiaires entre eux, il serait tout au plus une sorte d’enregistreur
des rapports de forces entre ces pouvoirs, il n’a pas vraiment de capacité de décision
autonome puisque celle-ci est guidée par les différents groupements intermédiaires.

Un juriste est formaliste, il qualifie d’Etat tout pouvoir politique souverain et institutionnalisé
en droit exercé sur la population d’un territoire déterminé. Sous le label « Etat », nous
rencontrons donc des éléments très différents que les politologues distinguent.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

§2. L'exemple-type de l'Etat fortement institutionnalisé : la France du Général de Gaulle


Pendant la seconde guerre mondiale, la France était divisée en deux. Héros de la seconde
guerre mondiale, il dit que « La France qui collabore avec les Nazis n’est pas la France, il
faut réorganiser la vraie France ». De Londres, il organise alors la résistance. Devenu
président de la République en 1958, de Gaulle est un chef d’Etat fortement institutionnalisé ;
il y a avait à l’époque des clivages vigoureux entre les partis de droite et les partis de
gauche, entre la classe ouvrière et le patronat, et de manière plus limitée entre les régions
(Bretagne).

La France du Général de Gaulle avait de manière idéologique une capacité de présenter ses
décisions/lois comme dictées par un intérêt général, celui de la nation française, par delà les
attentes des uns et des autres. C’est en partie fictif parce qu’il était un homme de droite,
mais c’est plus subtil que ça. Il avait une certaine capacité à convaincre une majorité de
Français que c’est dans l’intérêt général que ces décisions étaient prises.

Il existe plusieurs indices permettant de mesurer ce degré poussé d’institutionnalisation,


comme par exemple :
1. la force du sentiment national : mobilisation d’un sentiment d’appartenance à une
nation qui permet de croire qu’il y a un intérêt général au-delà des clivages.
2. une fonction publique très déterminée par l’idéologie de l’Etat serviteur de la Nation.
a. ex : l’Ecole Nationale d’Administration (ENA)
3. la centralisation (>< Etat fédéral)

§3. L'exemple-type de l'Etat faiblement institutionnalisé : la Belgique

A. Indices de cette faible institutionnalisation

1. le sentiment national Belge est faible, hésitant, qui varie « en fonction des buts
marqués par les Diables rouges »
On n’imagine pas en France que des électeurs votent pour un parti séparatiste dans savoir
qu’il l’est (NVA).

2. une fonction publique respectable mais pas particulièrement réputée,


En Belgique, les pouvoirs locaux ont toujours été très puissants ; il y a des ministres qui
renoncent à rester ministres pour pouvoir devenir bourgmestres. Avec la montée en
puissance des régions et des communautés et le passage de l’Etat unitaire à l’Etat fédéral ;
beaucoup de décisions sont finalement le fruit d’un compromis entre FL et FR. L’intérêt
général Belge n’est que le compromis entre ce que les FL et FR souhaitent ! l’Etat Belge
est en quelque sorte « l’enregistreur » des rapports de forces entre FL et FR. L’équivalent de
l’ENA n’existe pas en Belgique.

3. la centralisation : la Belgique est un Etat fédéral ! existence de collectivités


politiques fédérées et décentralisées.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

B. Le concept de démocratie consociative


Concept qui permet d’épingler des règles de droit comme particulièrement significatives. Le
droit n’est pas uniquement l’ensemble des règles formelles, il permet aussi de voir la réalité
(politique) pour autant que les deux registres (droit et science politique) soient bien articulés.

La démocratie consociative/de concordance/consociationnelle est un concept de


science politique qui permet de viser un mode de régulation de conflits dans une
démocratie. Ce mode a été utilisé aux Pays-Bas (en tout cas entre 1918 et 1967), en
Autriche (depuis 1945 jusque 1966) et est toujours d’actualité en Suisse.

Une telle démocratie se définit par trois traits :


1. présuppose une société civile segmentée/profondément divisée par des clivages
assez profonds (théorie des clivages)
2. une certaine autorité des élites à l’intérieur des familles politiques/mondes
sociologiques correspondants à ces clivages
3. négociations organisées entre les élites de ces mondes sociologiques en cherchant
un compromis qui peut faire l’objet d’un consensus

Cette théorie permet de faire une brève histoire politique de la Belgique.

1er clivage politiquement significatif dans l’histoire de la Belgique : clivage idéo-


philosophique ! Eglise vs Etat.
1830-1831 : la société civile belge est catholique à 90%, et l’Eglise catholique est
extrêmement puissante. Elle est partout et va même jusqu’à exercer un pouvoir à l’intérieur
de l’Etat. Cette tendance suscite l’opposition des libéraux (pour la laïcité de l’Etat) et donc la
progressive structuration d’un parti libéral en 1846. Les libéraux veulent assurer une plus
grande neutralité de l’Etat contre les prétentions hégémoniques de l’Eglise catholique.
Evidemment, les catholiques réagissent et fondent progressivement alors un parti catholique,
qui se fait de manière très lente par une structuration de comités électoraux à partir de 1880.

La grande caractéristique de ces deux partis est qu’ils sont tous les deux à la tête d’un
monde sociologique : il n’y a pas que les partis, il y a une myriade d’institutions sociales,
culturelles, économiques qui prennent chaque Belge en charge d’une certaine manière
depuis la naissance jusqu’au décès. Un catholique envoie ses enfants l’Eglise pour les
baptiser, ils font leurs communions, ils entrent dans une école catholiques, ils en sortent
avec un diplôme catholique, ils vont à l’Eglise tous les dimanches, et ils reçoivent l’extrême
onction et se font enterrer selon un rite catholique. Le monde libéral va se défendre en créant
un milieu laïc anticlérical doté lui aussi d’une série d’institutions moins puissantes mais tout
de même actives.

Quand le 2e grand clivage va apparaître (possédant vs travailleur), essentiellement sur la


base de l’injustice sociale subie par la classe ouvrière ; le PoB (ancêtre du PS actuel) va se
former en 1885 par un effet de mimétisme de l’organisation du parti catholique. Les
socialistes vont eux aussi créer des associations socialistes, des mutuelles socialistes, un
syndicat socialiste, des bibliothèques socialistes, des mouvements de jeunes socialistes,
exactement comme il y a du côté catholiques des mutuelles catholiques, un syndicat
catholique, des bibliothèques catholiques, des mouvements de jeunes catholiques.

Deux mondes sociologiques montent en puissance ; et les élites de ces mondes sont l’Eglise
(les cardinaux, l’archevêque, les responsables du parti) et le président du parti socialiste.
Ces élites se sont opposées très durement en ce qui concerne l’école et progressivement ont
trouvé une manière résoudre leurs conflits par le compromis et par la recherche de
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

consensus.

24/02/2015

Rappel du cours précédent :


L’idée est de compléter, d’affiner, d’améliorer la compréhension du phénomène étatique en ajoutant à l’approche
juridique une approche tirée de la science/sociologie politique. Pour P. BIRNBAUM, l’Etat est un pouvoir politique
différencié des périphéries sociales, territoriales et partisanes. Cette définition a pour intérêt de nous permettre de
voir ce que le juriste ne peut pas voir, de voir que derrière le formalisme Etatique se cache une différence entre
deux catégories d’Etats : des Etats fortement institutionnalisés et des Etats faiblement institutionnalisés. La
Belgique est un exemple toute à fait paradigmatique de l’Etat faiblement institutionnalisé. Ces catégories ne
renvoient pas à des jugements de valeurs, il s’agit de distinguer les Etats ; en droit ces derniers sont souverains
mais politiquement il n’est pas toujours capable de prendre des décisions autonomes par rapport au pouvoir qui
existe en son sein : groupes de pressions, régions, communes, municipalités, partis politiques. Pour étayer cette
première approche, nous avons rangé la Belgique dans la catégorie des « démocraties consociative », c’est-à-
dire qui connaissent un niveau élevé de segmentation de la société civile en mondes sociologiques, en
communautés, en familles politiques. En Belgique précisément, il y a trois grands piliers : la famille catholique, la
famille socialiste et la famille libérale.

Les mondes sociologiques sont très séparés les uns des autres jusque dans les années
1960. Jusque là, les grandes décisions politiques implique la recherche d’un consensus
entre les élites de ces trois mondes. En plus d’une segmentation de la société, la démocratie
consociative suppose également une certaine capacité à transcender/surmonter jusqu’à un
certain point ces clivages, des décisions doivent être prises sur base de compromise jugés
acceptables par les élites des familles politiques.

La pilarisation/verzuiling/démocratie consociative est l’idée que l’Etat ressemble à un temple


grec, la voûte de l’Etat ! sa capacité à prendre des décisions dépend du consensus des
trois piliers qui le soutiennent : la famille catholique, la famille libérale et la famille socialiste.
Jusque 1960, on peut vraiment constater en Belgique que les grandes décisions relèvent
d’un consensus entre ces trois mondes.

Exemple du pacte scolaire (1958). Sources :


- 19e s : conflits récurrents entre la famille catholique et la famille
libérale/socialiste/monde de la laïcité ! combat des mondes socialiste et libéral
(=monde de la laïcité) contre la tendance à l’hégémonie du monde catholique "
clivage entre catholiques et laïques.
- épisode particulièrement tendu entre 1879 et 1884 : première guerre scolaire,
provoquée par la décision d’un Gouvernement libéral de supprimer les cours de
religion dans l’enseignement officiel.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

- ces querelles rebondissent au 20e s : deuxième guerre scolaire entre 1950 et 1959
- le pacte scolaire est un pacte politique typique de la démocratie consociative à la
belge : les trois présidents de partis de l’époque (1958) signent un accord politique
qui va pacifier le conflit à propos du subventionnement des subsides publics dont
bénéficient les pouvoirs organisateurs des membres de l’enseignement libre
catholique. L’enseignement officiel était bien mieux subventionné, organisé par les
pouvoirs publics (l’Etat), aujourd’hui il s’agit de la compétence des communautés.
- ce pacte est donc un accord entre les présidents des trois partis politiques pour
pacifier des querelles extrêmement fortes (manifestations énormes, etc.), la
négociation a donc débouché sur un consensus.
- ce pacte est à l’origine de la « loi du pacte scolaire » qui est encore la règle de droit la
plus fondamentale qui régit le paysage scolaire aujourd’hui ; l’essentiel de ce pacte se
retrouve à l’article 24 de la C°.

2e clivage politiquement significatif dans l’histoire de la Belgique : clivage de type socio-


économique ! Libéraux vs socialistes ou encore possédant vs travailleur
Ce second clivage émerge, à la fin du 19es, entre les libéraux et les socialistes, dans le
contexte des grandes grèves, de la misère de la classe ouvrière qui choque une partie de la
bourgeoisie.

Ce clivage oppose les partisans d’une intervention de l’Etat pour plus de justice sociale et
ceux qui souhaitent une limitation de l’intervention de l’Etat au nom du libéralisme
économique ! oppose les intérêts du patronat et de la classe ouvrière. C’est la source du
PoB, ancêtre du PS en 1885 qui est né pour défendre les travailleurs qui étaient victimes de
toute une série d’injustices sociales dans cette grande époque de libéralisme économique. A
cette époque, les patrons n’ont pas beaucoup de contraintes à respecter pour la santé et le
bien-être de leurs ouvriers, ces derniers étant exploités dans des conditions parfois
odieuses ; on comprend alors la création d’un tel parti politique pour défendre les intérêts de
la classe ouvrière.

Les catholiques se divisent entre une aile conservatrice (parti catholique) et une autre
progressiste (parti social-chrétien).

Ce clivage appelle aussi une régulation par des accords ; toute la sécurité sociale dont nous
bénéficions aujourd’hui encore en Belgique trouve son fondement dans un grand accord
entre le patronat et les syndicats au lendemain de la 2nde guerre mondiale. Les conventions
collectives de travail sont des instruments juridiques qui actent un accord entre les
organisations patronales et les organisations syndicales pour régler toute une série de
questions qui intéressent le travail des ouvriers et des employés.

Il y a en Belgique une grande tradition : la gestion paritaire de tous les organismes de


sécurité sociale (ONSS, ONEM) entre une délégation du patronat et une délégation des
syndicats " typique de la démocratie consociative.

3e clivage politiquement significatif dans l’histoire de la Belgique : clivage de type


linguistique ou communautaire ! FL vs FR
Ce clivage monte en puissance essentiellement au 19e s ; les premières lois linguistiques en
matière de justice, d’administration, d’enseignement qui protègent la langue NL datent de
1873. La bourgeoisie FR belge a été odieuse avec la langue et la culture NL, le mouvement
FL réuni donc toutes les forces vives de la Flandre pour lutter contre la francisation de l’Etat
Belge. Les FR ont mis un temps fou à comprendre l’injustice que revendiquaient les FL ; il
s’agit donc d’un clivage qui n’a cessé d’augmenter en acuité, de se révéler de plus en plus
explosif
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Quelques dates
- en 1912, le socialiste wallon, Jules Destrée, écrit une Lettre ouverte adressée au Roi,
dans laquelle il préconise une évolution vers le fédéralisme.
o « Sir il n’y a plus de Belges, il y a des FL et des Wallons »
o il est visionnaire : sa solution est le fédéralisme
- 1914-1918 : la PGM va à la fois refroidir le clivage (on s’unit dans la victoire) et
l’exacerber (les soldats de langue néerlandaise commandés par des francophones se
plaignant du fait que tout se passe en français).
- 1918-1940 : l’entre deux guerres se caractérise par une remontée du clivage.
o 1932 : tracé de la frontière linguistique (mobile, elle fluctue au gré des
résultats de recensements linguistiques).Plusieurs Gouvernements tombent
sur le contentieux communautaire.
- 1940 - 1945 : la DGM produit un effet de refroidissement et d’exacerbation du clivage
(comme la PGM)
- années 60’ ont lieu les grandes marches flamandes sur Bruxelles pour protester
contre la francisation.
o 19e s : la langue néerlandaise était prépondérante à Bruxelles. La ville est
ensuite devenue essentiellement francophone, et cette francisation a gagné
les communes périphériques (phénomène de la « tache d’huile »).
o les bourgmestres flamands boycottent le recensement linguistique.
- 1962 : sur la suppression du recensement linguistique. Le principe de la fixation
intangible de la frontière linguistique est alors acquise.
- 1968 – 1978 : ce clivage va diviser en deux toutes les familles politiques, il n’y a plus
un seul parti politique unitaire (1 FR et 1 FL) ; et les partis communautaires montent
en puissance également (partis extrémistes).
- 1970 : l’Etat belge prend la direction du fédéralisme, avec la création de collectivités
politiques fédérées : les Communautés et les Régions.
- clivage toujours plus profonds et à la limite de l’incontrôlable : crises de 2007 et 2010-
2011

Il faut bien comprendre que pour tenter d’apaiser les conflits communautaires, le droit public
Belge utilise les méthodes de la démocratie consociative ; 3 exemples :

1. La parité au conseil des ministres : art. 99 C°


« Le Conseil des ministres compte quinze membres au plus. Le Premier Ministre éventuellement excepté, le
Conseil des ministres compte autant de ministres d'expression française que d'expression néerlandaise. »

Cette règle (introduite en 1970) est évidemment un instrument majeur de la démocratie


consociative, appelé à réguler le clivage communautaire. Pourquoi ? Parce que si cette
exigence n’était pas prévue, rien n’empêcherait (dans le cadre d’un régime démocratique
Parlementaire) une majorité exclusivement FL de conquérir tous les postes de ministres à
l’intérieur du Gouvernement ; le groupe linguistique NL est majoritaire, il y a plus de FL (6
millions) que de FR (4millions) en Belgique, cette majorité numérique se reflète à la
Chambre. Dans un régime Parlementaire, il est exigé que le Gouvernement dispose de
l’appui d’une majorité de députés ; un Gouvernement exclusivement formé de FL serait
possible SI l’art 99 n’existait pas. Ce dernier protège la minorité FR et contraint les FL à
négocier avec les FR ; aucune décision au conseil des Ministres n’est possible sans
consensus entre les deux groupes linguistiques ! il faut nécessairement trouver un
compromis pour que le Conseil des ministres demeure uni.

C’est donc une technique juridique qui « réalise » l’esprit de la démocratie consociative : pour
forcer la recherche de compromis et protéger la minorité FR ; la C° garantit la parité au
Conseil des ministres.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

2. La technique des lois spéciales : art. 4 C °


« […] à la condition que la majorité des membres de chaque groupe se trouve réunie et pour autant que
le total des votes positifs émis dans les deux groupes linguistiques atteigne les deux tiers des suffrages
exprimés. »

Pour adopter une LS, il faut une majorité dans chacun des deux groupes linguistiques, autant
à la chambre qu’au Sénat. Chaque fois que le constituant renvoi à cet article (et il y renvoie
souvent), il impose une négociation entre les partis FR et les partis FL pour que l’on dégage
cette double majorité qui protège la minorité FR et qui protège aussi le groupe linguistique NL
contre une forme de minorisation.

Si cette technique n’existait pas, il est possible qu’une loi soit adoptée par l’ensemble du
groupe linguistique FR + une minorité du groupe linguistique NL ; l’addition des deux peut
mener à la majorité absolue.

Quand la Chambre, en 2007, adopte une proposition de loi qui vise à scinder
l’arrondissement électoral BHV sans discussion, de manière brutale : toute la Belgique est
ébranlée, car l’habitude du consensus et de la recherche des compromis a été perdue.
Juridiquement, cela pouvait se faire parce que les arrondissements électoraux étaient définis
par de simples lois ordinaires, il ne fallait pas de LS – ça a été changé par la 6e réforme de
l’Etat. Le groupe linguistique NL a voulut en profiter pour utiliser sa majorité numérique ; c’est
donc contre ce type de tentation que les LS ont été conçues.

L’intérêt du détour par une notion de sociologie politique (la démocratie consociative) est
d’éclairer certaines normes essentielles de droit public.

3. La sonnette d’alarme : art. 54 C°


« Sauf pour les budgets ainsi que pour les lois qui requièrent une majorité spéciale, une motion motivée, signée
par les trois quarts au moins des membres d'un des groupes linguistiques et introduite après le dépôt du
rapport et avant le vote final en séance publique, peut déclarer que les dispositions d'un projet ou d'une
proposition de loi qu'elle désigne sont de nature à porter gravement atteinte aux relations entre les
communautés. Dans ce cas, la procédure Parlementaire est suspendue et la motion est déférée au Conseil des
ministres qui, dans les trente jours, donne son avis motivé sur la motion et invite la Chambre saisie à se
prononcer soit sur cet avis, soit sur le projet ou la proposition éventuellement amendés. Cette procédure ne peut
être appliquée qu'une seule fois par les membres d'un groupe linguistique à l'égard d'un même projet ou d'une
même proposition de loi. »

Les ¾ des membres d’un seul groupe linguistique peuvent considérer qu’un
projet/proposition de loi porte gravement atteindre aux relations entre les communautés, la
procédure Parlementaire est suspendue et le/la projet/proposition est renvoyé au Conseil des
ministres (qui est paritaire !). Cette sonnette d’alarme a été utilisée deux fois :
- centre universitaire du Limbourg
- la procédure a été utilisée également en 2010, par le groupe linguistique FR afin
d’empêcher l’adoption de la proposition de loi scindant BHV unilatéralement, sans
contrepartie (cf. supra pour détails) ! l’art. 54 a joué son rôle pacificateur en
exigeant la suspension de l’examen de cette proposition de loi, et c’est finalement la
formation du Gouvernement Di Rupo qui va reprendre une solution pour BHV.

L’Etat se prête à une approche de science politique qui vaut la peine d’être esquissée car
elle permet une compréhension plus fine sur ce qu’est un Etat ; derrière le formalisme
juridique de l’Etat se cache des pouvoirs étatiques de natures très différentes.
46
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

La démocratie consociative présente des avantages et des inconvénients – à lire afin de se


faire sa propre opinion.

Points positifs (3) Points négatifs (5)


(1) Une régulation pacifique et pragmatique de (1) Une tendance au cloisonnement et à
conflits qui auraient pu conduire à des guerres l'immobilisme. A force d'être pris dûment en
civiles sous d'autres cieux ; compte, les clivages deviennent des cloisons. Et
ces cloisons sont plus incitées à se reproduire
(2) Une reconnaissance des facteurs de qu'à évoluer. Ainsi surestimation de la pertinence
différenciation les plus anciens dans la société actuelle du vieux clivage chrétiens-laïques et
civile (principe de tolérance et de non- sous-estimation des nouveaux mouvements
discrimination), un respect des libertés collectives sociaux. D'où une difficulté à imaginer des
de chaque groupe (principe de subsidiarité et solutions novatrices qui supposeraient un
d'autonomie) et une association des acteurs dépassement des vieux clivages. Ambivalence du
correspondants à l'élaboration et à la mise en droit de véto : vertu protectrice et incitation à
œuvre des politiques publiques (principe de l'immobilisme.
participation). Supériorité de ce fédéralisme et de
ce pluralisme à la belge par rapport à l'Etat (2) Une confusion entre les clivages partisans et
unitaire et la laïcité à la française ? les clivages de la société civile, donc entre les
acteurs du système institutionnel et politique et
(3) Pas de gagnant, pas de perdant. Power ceux de la société civile, au détriment de
sharing et droit de véto. L'accord dans le l'aptitude des premiers à s'élever au niveau des
désaccord. Une protection effective des minorités exigences d'un intérêt général bien compris, et au
politiques, linguistiques, laïques et chrétiennes. mépris de la diversité et de l'autonomie des
seconds, comme de la liberté des individus. D'où
une particratie et une politisation excessive de la
fonction publique et de la vie socio-culturelle.

(3) Une marginalisation des intellectuels et des


experts. Le critère de la compétence est souvent
refoulé au profit de celui des bonnes
appartenances idéologiques et philosophiques
pour satisfaire aux équilibres du moment.

(4) Une tendance à méconnaître les principes du


droit ou ceux de la logique cartésienne quand
c'est le prix à payer pour conclure un compromis
satisfaisant pour les grandes familles politiques.
D'où bricolage, complication, schémas
institutionnels illisibles pour le commun des
mortels et violation de certains droits
fondamentaux des individus. Exemple-type :
l'article 20 de la loi du 16 juillet 1973 garantissant
la protection des tendances idéologiques et
philosophiques, dite loi du Pacte culturel. D'où
l'arrêt sévère, mais justifié dans son principe, de
la Cour d'arbitrage (arrêt du 15 juillet 1993). Cf.
cours de droit constitutionnel II. Distinction des
bons et des mauvais compromis.

(5) Des limites sur le plan démocratique.


Représentation proportionnelle inévitable (cf.
infra). Pouvoir faible de l'électeur : Gouvernement
de coalition inévitable (cf. infra). Risques
d'exacerbation des conflits si l'on devait
compléter les techniques de la démocratie
représentative par celles du référendum
47
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Section 3. - La notion d’État du point de vue philosophique

Il faut ouvrir cette fenêtre vers la philosophie si on veut comprendre que tout Etat a la
vocation d’être un organe de décision d’une communauté historique propre à faire de cette
dernière le sujet de sa propre histoire. Quelle est la finalité d’un Etat ? Il doit permettre à une
communauté historique d’être actrice de sa propre histoire, de ne pas subir les événements
! idée de souveraineté exprimée ici philosophiquement. L’Etat est donc l’organe de décision
d’une communauté qui a trois finalités (Eric WEIL)
1. faire de cette communauté un acteur de sa propre histoire
2. défendre cette communauté historique contre les agressions dont elle pourrait être
victime ! assurer son existence durable " ministère de la défense nationale
3. recherche de l’intérêt général/bien commun/bien vivre ensemble ; l’Etat ne doit
pas se réduire à un appareil de contrainte mais doit avoir la vocation à être un
instrument de recherche de ce que l’intérêt général postule pour la communauté
historique.

Mais qu’est-ce que le bien vivre ? Il s’agit de tenter de concilier trois rationalités :

(1) La rationalité techno-économique


Celle du calcul et de l'efficacité, qui caractérise aujourd'hui toutes les sociétés modernes ;

(2) Le raisonnable accumulé dans les mœurs, dans la morale vivante, orientée vers la
justice, propre à la communauté historique considérée ;
Une communauté historique/substrat populaire à l’intérieur d’un Etat est porteuse d’une série
de valeurs, de traditions qu’il faut aussi prendre en compte. Registre moral tout à fait
particulier.

Ex : tradition de la recherche du compromis en Belgique. Si on veut réformer l’Etat Belge, on doit éventuellement
prendre en compte ce type de rationalité.

(3) L'idée moderne d'universalité ! d'égalité


er
Art. 1 de la Déclaration universelle des droits de l'homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en
dignité et en droits »

C’est un pôle plus du tout orienté vers les particuliers mais vers l’universalité.

L’Etat a donc une tâche particulièrement nombre assumer : rechercher les voies de
conciliation entre ces trois types de rationalité. C’est ce vers un quoi un Etat est appelé à
tendre si il veut être à la hauteur de sa mission. Aujourd'hui, aucun Etat ne saurait tendre
vers la réalisation de cette triple tâche isolément. Celle-ci appelle bien des collaborations à
l'échelle mondiale ou régionale.

Quand Eric WEIL formule cette philosophie politique en 1971, on vit encore dans un monde
qui n’a pas encore pris la mesure de la mondialisation, de l’interdépendance qui aujourd’hui
est plus qu’évidente. Aujourd’hui, l’Etat ne peut plus prétendre être tout seul à la hauteur de
cette ambition : il doit collaborer avec les sociétés internationales et les intégrations
régionales comme l’UE. Le défi par excellence de l’UE est justement d’aider les Etats à
assumer cette triple ambition, elle n’a pas pour vocation à devenir un Etat fédéral (opinion du
professeur) ; ce ne serait ni réaliste ni souhaitable.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

1. La notion d’Etat du point de vue juridique


L’Etat, au sens juridique, est le titulaire abstrait d’un pouvoir à la fois souverain (souveraineté
interne) et indépendant (souveraineté externe) exercé sur la population (nationaux + étrangers)
d’un territoire déterminé (selon les frontières de DI) pour servir prétendument l’intérêt général.
Deux caractéristiques principales :

1. La souveraineté
La souveraineté de l’Etat se définit comme la qualité propre au pouvoir étatique d’être suprême et
indépendant.

a. D’une part, le caractère indépendant revoie à la souveraineté externe de l’Etat et


signifie que ce dernier est exempt de toute subordination à une puissance étrangère
au point de vue international.
Si certains éléments permettent de confirmer la souveraineté interne et externe, d’autres en
relativisent sa portée (explication et schéma pendant monitorat).

Concernant les Etats membres de l’Union Européenne, leur souveraineté peut être remise en cause
concernant leur souveraineté matérielle (voir article 34 de la Constitution qui permet le transfert de
l’exercice de certaines compétences concrètes régaliennes), mais leur souveraineté formelle (‘la
compétence de la compétence’) demeure intacte (3 indices) :
er
- 1 indice : droit de retrait
ème
- 2 indice : droit d’entrée libre sans obligation
ième
- 3 indice : la ratification des traités, hypothétiquement un Etat ne peut se voir imposer de
transferts de compétences à l’UE sans son accord

Les trois fonctions qui sont reconnues à un Etat : juger, légiférer, et administrer. Les compétences
régaliennes sont principalement
- la monnaie : zone euro, décisions prises librement par la BCE
- l’asile et l’immigration : contrôle des frontières, modèle de codécision ! décision prise au
niveau du Conseil des Ministres (maj qualifiée > majorité + 1) et au niveau du Parlement
européen (majorité)
- les relations internationales : droit de véto conservé ! illustration d’une dimension négative
de la souveraineté vu que ça revient à dire « on ne peut pas m’imposer qqch que je ne veux
pas » vs une dimension positive « je choisis ce que je veux comme mesures »

b. D’autre part, le caractère suprême renvoie à la souveraineté interne de l’Etat et


signifie que ce dernier est au-dessus de toute autre puissance dans l’ordre juridique
interne.

Le PC originaire détient ce pouvoir = nation. Comment la nation qui détenait le PC originaire s’est
exprimé ? Via le Congrès National (CN). Quels sont les éléments qui remettent en cause ce PC
originaire/pouvoir suprême du CN ? (3 indices)

(1) Il a été hétéro-normé ! il a été conçu sur base de lois qui ne viennent pas de lui, et a été élu
sur base du suffrage censitaire.
(2) De plus, Le PC dérivé n’est pas souverain du point de vue interne étant donné qu’il est
soumis à la procédure de révision imposée par 195 de la C° (niveau formel) et qu’il ne peut
pas réviser les deux décrets qui ont été adoptés en marge de la C° ! donc qui serait
techniquement au-dessus (niveau matériel).
(3) Enfin, si on dit que le droit c’est uniquement des normes édictées par l’Etat ! la définition de
la suprématie reste intouchée. Mais si on prend un point de vue plus large, on considère les
autres OJ non étatiques " pluralisme juridique.
49
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

2. Le pouvoir institutionnalisé

L’Etat est un pouvoir permanent et impersonnel, par opposition à un pouvoir individualisé. Par
conséquent, il y a une dissociation entre les pouvoirs (les fonctions) et ceux qui l’exercent (les
hommes).

Trois principes juridiques découlent de cette institutionnalisation :


(1) l’Etat est une personne morale - la personnalité juridique de l’Etat est distincte des
personnes qui la composent ;
(2) le principe de la continuité de l’Etat - quand le gvt tombe, il doit assumer les affaires
courantes ;
(3) la distinction de la gestion publique et de la gestion privée ou l’interdiction de la
patrimonialisation privée de l’Etat - la personne qui détient le pouvoir ne peut pas s’approprier
les biens qui constituent l’Etat à des fins privées

2. La notion d’Etat du point de vue politique


Au sens politique, l’Etat est un pouvoir politique suffisamment différencié des périphéries partisanes,
territoriales et sociales (P. BIRNBAUM).

Du point de vue politique, un Etat peut être faiblement (pas/peu de sentiment national, pas de
prestige à travailler comme fonctionnaire de l’Etat, le modèle d’Etat est fédéral donc pas du tout
centralisé) ou fortement (sentiment national, prestige de la fonction publique, pouvoir centralisé)
institutionnalisé selon sa capacité de décision autonome faible ou forte par rapport aux pouvoirs
- des partis,
- des groupes de pression
- et des Régions ou autres collectivités territoriales.

En Belgique, l’Etat constitue une démocratie consociative regroupant trois caractéristiques :


(1) une société civile segmentée ;
(2) une cohésion des familles politiques tirée de l’autorité de leurs élites sur leurs membres
(3) une prise de décision politique au terme d’une négociation associant les représentants de
différents groupements tout en recherchant le consensus.

Application de la démocratie consociative en Belgique :


- la technique des lois spéciales (art. 4)
- la parité au conseil des Ministres, et dans beaucoup d’institutions
- la sonnette d’alarme (art. 54)

3. La notion d’Etat du point de vue philosophique


Au sens philosophique, l’Etat est l’organisation d’une communauté historique (Eric WEIL).

Du point de vue philosophique, l’Etat a pour mission de rechercher le bien vivre d’une communauté
historique. Pour ce faire, l’Etat doit (3 éléments) :

(1) assurer « l’existence durable » de la communauté historique dont l’Etat est l’organisation ;
(2) rendre cette communauté capable de prendre des décisions qui lui permettront de « faire son
histoire », d’être le sujet ou l’acteur de sa propre histoire ;
(3) chercher à concilier trois types de rationalités :
1. la rationalité techno-économique (universel)
2. le raisonnable accumulé dans les mœurs et la tradition (particulier)
3. l’idée moderne d’universalité (c.à.d. d’égalité : les hommes naissent libres et égaux
er
(article 1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme)
50
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

CHAPITRE II. L’ETAT ET LA CONSTITUTION

Dans la première partie du cours, l’objectif est de réfléchir au concept d’Etat ; il faut le définir mais il faut
également en explorer le fondement. Le fondement juridique de l’Etat est la notion de Constitution. Cette dernière
va être abordée d’abord en général (section 1), en droit public comparé (diversité des Etats qui se dotent ou qui
ne se dotent pas d’un C°, en fonction du sens dans laquelle on la définit) et puis la notion de C° va être abordée
du point de vue du droit public Belge (section 2)

Section 1. La notion de Constitution en général

§1. Les conceptions matérielles et formelles de la Constitution

Tout d’abord, il faut distinguer quatre sens dans lesquels ont peut utiliser le mot C°.

Exemple (cf. supra) : l’idée de mettre en place un traité qui prétend mettre un place une constitution européenne a
été refusée par la plupart des constitutionnalistes, et des querelles terminologiques/sémantiques ont commencé
afin de savoir si c’était d’une « constitution » ou d’un « traité » que l’on parlait.

Le sens matériel (strict et large) s’intéresse au contenu (la matière) d’une C°, à la différence
du sens formel (strict et large) qui vise lui le contenant.

A. Les deux définitions matérielles de la Constitution ! CONTENU


La C° au sens matériel strict désigne l’ensemble des règles les plus fondamentales d’un
Etat. Dans tout Etat, la composition du Parlement, le mode de nomination des ministres, les
droits de l’homme est/sont important. Cette notion de la C° ainsi compris réfère à l’Etat, il
s’agit donc des règles les plus importantes et les plus fondamentales d’un Etat.

Dans ce sens il n’y a aucun problème à dire que l’Angleterre a une C° - une C° au sens matériel strict et non pas
au sens formel car si l’on cherche dans les sources du droit public britannique une règle écrite nommé
« Constitution » et que l’on ne peut pas modifier de la même manière qu’une loi, on ne la trouvera jamais car cela
n’existe tout simplement pas. Les Britanniques ont toute une série de règles très importantes que l’on trouve
tantôt dans des lois, tantôt de la jurisprudence ou dans des coutumes.

La C° au sens matériel large vise toutes les règles statutaires propres à une institution
qu’elle soit Etatique ou non Etatique.

Exemple : les statuts d’une ASBL peuvent être considérés comme une constitution au sens matériel large, ce sont
les règles les plus fondamentales pour un OJ qui peut être micro (comme dans ce cas) ou macro (comme une
organisation internationale).

Selon Herbert HART, un ordre juridique est l’articulation entre des normes primaires (règles
de comportement) et des normes secondaires (identifient, modifient, sanctionnent les
normes primaires). Ces dernières peuvent être qualifiées de constitutionnelles dans un sens
matériel.

B. Les deux définitions formelles de la Constitution ! CONTENANT


La C° au sens formel strict est un ensemble de règles écrites et suprêmes issues d’un acte
juridique unilatéral de fondation posé par un pouvoir souverain dont la modification nécessite
le respect de règles procédurales plus contraignantes que pour la modification des autres
règles, ces dernières étant par hypothèse hiérarchiquement subordonnées à la C°. Dans ce
sens formel strict, on ne s’intéresse pas au contenu (l’eau dans la bouteille) mais bien au
contenant (la bouteille) d’une C°. Cette « bouteille » est identifiable par des signes
extérieurs : ce sont des règles écrites suprêmes, hiérarchiquement supérieures à toutes les
autres, posées par un pouvoir souverain (le PC) et qui sont rigides car on ne les modifient
pas facilement mais uniquement selon le respect de règles procédurales contraignantes.
51
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Cette approche formelle stricte renvoie nécessairement à un Etat puisque la notion de


souveraineté est consubstantielle à celle d’Etat.

La C° au sens formel large désigne toutes les normes situées au sommet de la hiérarchie
d’un OJ quel qu’il soit (Etatique ou pas). On vise bien les caractéristiques formelles : le rang
occupé par les normes constitutionnelles dans la hiérarchie des règles qui forment l’OJ en
cause, indépendamment du contenu et peu importe qu’elle soit écrite ou pas.

Exemple : Donc si on s’intéresse à l’Etat Belge, on dira que la C° formelle au sens strict est la C° du 7/02/1831
telle que modifiée successivement tout au long de la vie de l’Etat. Si on prend le sens formel large de la C°, on
peut ajouter à la C° du 7/02/1831 des règles non-écrites, les PGD, les coutumes constitutionnelles et la
jurisprudence constitutionnelles (règles écrites qui ne répondent pas à la définition de la C° au sens formel strict –
ensemble des arrêts rendus par la CC parce que ces arrêts interprètent les règles constitutionnelles de la C° au
sens strict qui s’incorporent aux normes constitutionnelles écrites).

Le sens formel large couvre donc toutes les normes situées au sommet de la hiérarchie d’un
OJ (écrites ou non écrites), qu’il soit un Etat au pas.

Ex : l’Eglise et son droit canon ; au sommet de ce dernier il y a une C°, c’est-à-dire des normes qui sont situées
au sommet de la hiérarchie des règles du droit canon.

Est-ce que l’on peut ajouter dans la définition de la C° au sens formel strict
l’existence d’un mécanisme appelé « contrôle constitutionnel de la constitutionnalité
des lois » ? Non mais on est pas très loin de devoir le faire car si l’on prend les 28 Etats
membres de l’UE (en ce compris le dernier, la Croatie), on constate que partout sauf dans
trois Etats on trouve un contrôle constitutionnel de la constitutionnalité des lois ! une
CC/juridiction est compétente pour contrôler précisément le respect du principe hiérarchique
de constitutionnalité qui veut que la C° soit au-dessus de toutes les normes : si une loi viole
la C°, il appartient à un juge de sanctionner cette violation. La justice constitutionnelle est
maintenant largement répandue mais il n’y en pas aux Pays-Bas, en Finlande et au
Royaume-Uni. A cause de ces trois exception, le contrôle constitutionnel de la
constitutionnalité des lois ne peut pas être rangés dans la définition de la C° au sens formel
strict.

Rappel : le fameux traité/constitution européen n’établissait évidemment pas une C° au sens formel strict, c’était
une C° dans un sens matériel large ; on peut considérer qu’il était au sommet de l’OJ de l’UE et donc on peut
parler de C° dans un sens formel large. Avec cette « constitution », l’UE ne devenait pas un Etat, elle restait une
OJ très intégrée mais ne devenait en aucun cas un Etat. C’était bien évidemment très maladroit d’utiliser le label
constitutionnel, les élites de l’UE veulent en 2004 créer une émotion en voulant créer une « constitution
européenne » ; les souverainistes se sont fortement inquiétés (France, R-U, Pologne, Grèce, Pays-Bas, etc.),
« quid des C° nationales, elles disparaissent ? » ! cette C° a été sauvée par Sarkozy et Merkel pour en
disséminer les principales règles dans deux traités différents : le TUE (1992) et le TFUE (1957).

C. Les rapports entretenus entre la Constitution au sens formel et la Constitution au sens


matériel

Le constitutionnalisme est un impératif politique qui enjoint au PC de placer dans la C° au


sens formel strict toutes les règles constitutionnelles au sens matériel. Cet idéal n’est jamais
totalement réalisable car nous allons inévitablement trouver dans le droit positif d’un Etat des
règles aussi importantes que le Code électoral en dehors du corpus constitutionnel au sens
formel strict. Ce Code contient des centaines d’articles qui règlent tous les détails des
élections électorales ! mettre tout cela dans une C° devient trop et impossible à manipuler.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Il y a donc un impératif de concision qui caractérise également la notion de C° au sens


formel strict ; les constitutionnalistes et la plupart des PC estiment que une bonne C°
- est une C° pas trop longue, il faut faire preuve de discernement ! exigence de
breveté
- elle est faite de normes précises (grandes déclarations idéologiques) ! exigence de
concision
- exigence de lisibilité et de cohérence

Il est très rare qu’une C° représente l’incarnation de cet idéal. La coïncidence parfaite entre
la C° au sens formel et la C° au sens matériel n’existe pas, ce n’est pas possible ; on
trouvera toujours des règles primordiales en dehors du corpus constitutionnel. Inversement,
les hasards de la vie politique font que parfois on trouve dans des C° au sens formel des
règles dont l’importance est plus que relative ; cette notion d’ « importance » est évidemment
sujette à controverse.

Exemple : la C° suisse prévoyait dans une de ses dispositions qu’il était interdit de « saigner les animaux de
boucherie sans les avoir préalablement étourdis ». Cette règle signifiait une interdiction de pratiquer un rite qui
existe dans les religions juive et musulmane ; elle a donc une importance pour la liberté de culte. Mais est-ce
qu’elle doit figurer dans la C° pour autant ? C’est tout à fait discutable. Si cela figure dans la C° suisse avant la
grande révision de 1999, c’est parce qu’il y a eu un référendum sur le sujet.

§2. La Constitution au sens formel

A. Origine historique et signification politique de la notion de Constitution au sens formel

a. Origine historique de la distinction pouvoir constituant - pouvoirs constitués


Quand a t’on inventé pour la première fois dans l’histoire cette notion de C° au sens formel
strict ? C’est une notion qui émerge à un moment dans l’histoire tout à fait significatif.

En 1776, les colonies américaines du Royaume-Uni se rebellent contre Londres et


proclament leur indépendance. Aussitôt, chacune de ces colonies (13) se dotent d’une C° au
sens formel strict. Les pères fondateurs de la C° américaine ont beaucoup réfléchi à cette
notion et ce qu’ils voulaient était avant tout un instrument de limitation du pouvoir législatif ;
l’idée était que au-dessus des lois, il y a la C°. Pourquoi cette signification politique domine
dans la gestion constitutionnelle entre 1776 et 1787 ? Parce que ces mêmes colonies se
sont rebellées contre une loi du Parlement de Londres qui levait les taxes et les colons
anglais vivant aux USA trouvaient totalement absurde que le Parlement de Londres se
permette de voter des impôts alors que les colons n’y sont même pas représentés " « No
taxation without representation » = mot d’ordre tout à fait fondamental dans une démocratie ;
jamais une taxe ne peut être admise si elle n’a pas été votée par les représentant des
contribuables. Ce principe sera énoncé dans les C° des nouveaux Etats indépendants
américains ; la C° va donner des garanties contre les tentations d’abus du pouvoir législatif.

Quelques années plus tard, en 1788, l’abbé SIEYES joue un rôle clé pendant la Révolution
Française et écrit un petit livre tout à fait prophétique : « Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? » Il est
l’homme qui a pensé la nation comme un ensemble de citoyens libres et égaux sans
privilèges ; il veut supprimer les privilèges de la noblesse et des ecclésiastiques. Il reste alors
le troisième ordre : le Tiers-Etat, ensemble des citoyens qui ne sont pas nobles ni membres
du clergé. SIEYES dit que la nation française/l’assemblée nationale est l’assemblée du T-E,
les membres de ce dernier, qui sont élus par leurs concitoyens, peuvent prétendre
représenter toute la nation.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

C’est exactement ce qui va se faire la nuit du 3 août 1789 ; un an après la publication de ce


livre, les révolutionnaires appliquent le mode d’emploi de la révolution que SIEYES leur a
transmis ! le T-E se proclame « assemblée nationale », les ordres mis en place par le Roi
de l’Ancien Régime sont alors balayés.

Dans « Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? », on trouve une définition du concept de C° au sens


formel : la Constitution est une règle fondamentale parce que les corps qui existent et
agissent par elles ne peuvent point y toucher. Il y a dans ces deux principes tout à fait
fondamentaux pour le constitutionnalisme moderne :
- le principe de la séparation des pouvoirs ! tous les pouvoirs sont d’attribution, ils
agissent uniquement parce que la C° les a attribués : le pouvoir judicaire, le pouvoir
législatif et le pouvoir exécutif n’existent que parce qu’ils trouvent dans la C° le titre
qui les autorisent à exercer leurs fonctions respectives " un pouvoir ne s’auto-
investie pas il est institué.
- le principe de la suprématie constitutionnelle ! les lois ne peuvent pas violer ni
modifier les règles qui sont dans la C°.

b. Signification politique
La signification politique de la notion de C° et à travers son origine historique exprime bien
l’ambivalence de cette notion :
- 1e idée : disposer d’un instrument de limitation du pouvoir législatif ! principe de la
séparation des pouvoirs ; la liberté est mieux assurée dans un régime qui applique
un tel principe avec au-dessus des pouvoirs une C° qui limite ces derniers.
- 2e idée : la C° est la manifestation juridique de la souveraineté nationale ! idée de
concentration des pouvoirs dans l’acte constituant qui est l’acte par lequel la nation
souveraine exprime sa volonté au-dessus de tout autre.

Ces deux idées doivent être articulées l’une à l’autre ; il y a dans l’idée de C° quelque chose
de potentiellement inquiétant : la concentration des pouvoirs souverains dans une norme et
dans le PC originaire " mais ce dernier cède très vite la place au PC constitué. L’exercice
de la souveraineté se prête donc à un partage entre plusieurs pouvoirs (PC originaire, PC
dérivé, P constitué) ! la C° est donc à la fois un instrument de concentration du PC
originaire et de limitation du pouvoir à travers la séparation des pouvoirs.

Sur le plan formel, la C° n’est pas un contrat/une charte/un traité octroyé(e) par le prince par
l’effet de son bon vouloir ! la C° est le contraire d’une charte concédé par un souverain à
ses sujets parce que la C° est un acte juridique unilatéral du PC : la nation se donne à
elle-même une C°. C’est tout à fait significatif d’une nouvelle conception de la légitimité ;
sous l’Ancien Régime celle-ci est incarnée par le monarque/prince, mais après les grandes
révolutions américaines (1776) et françaises (1789) ; la légitimité bascule des rois vers la
nation/le peuple qui sont désormais le foyer de la légitimité avec tous les dangers de dérives
! c’est pourquoi la C° est également un instrument de limitation des pouvoirs grâce à la
séparation des pouvoirs.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

B. La procédure constituante ou le problème de l’exercice du pouvoir constituant par le


peuple

Le PC originaire est celui qui a édicté la C°


- historiquement première d’un Etat
- toute nouvelle issue d’une révolution

Est-ce qu’il y a des règles de droit qui régissent la procédure à suivre par le PC
originaire ?
Si l’on qualifie de juridiques exclusivement les règles contenues dans la C° ou dans des
actes qui trouvent leurs fondements dans la C° ; alors il est évident que NON, il n’y a pas de
règle de droit par hypothèse qui puisse régir le pouvoir du PC originaire étant donné que
quand on est au stade de l’élaboration de la toute première C°, il n’y a pas encore de C° ! il
n’y a pas encore de droit.

En vérité, un PC originaire ne peut s’exprimer, fonder une C° qu’en se pliant à des règles de
procédure puisque la nation toute entière (abstraction) doit être dotée d’une voix ! doit être
représentée. On peut dénier la qualité de « juridiques » de ces règles si on veut assimiler le
juridique au constitutionnel et à l’infra-constitutionnel – en vérité, un PC originaire doit
inventer des règles sans lesquelles il n’y aura pas moyen d’exercer le PC originaire. On peut
constater que dans l’histoire, des règles très différentes ont été suivies. Deux procédures
sont le plus souvent suivies :
- 1ère procédure : assemblée constituante solennelle = convention (sur le modèle
de la Convention de Philadelphie quand les USA basculent du confédéralisme à l’Etat
fédéral ! on y reviendra, cf. infra) ! assemblée ad hoc, spécialement élue pour
faire œuvre constituante, pour créer la C°.
o exemple : en Tunisie, suite au Printemps Arabe (qui lui a réussi, ce qui n’est pas le cas partout),
des partis politiques avec des sensibilités très différentes ont réussi à accoucher d’une C°
moderne qui tient compte des aspects propres à la société tunisienne comme notamment son
rapport au religieux // on retrouve l’idée d’une des 3 rationalités d’Eric WEIL
- 2e procédure : référendum constituant originaire afin de vérifier l’adhésion du
peuple à la C°. Le référendum n’a pas que des aspects positifs car parfois il est le
plébiscite pour à maximiser le pouvoir d’un homme (Napoléon), mais un référendum
moyennant toute une série de conditions peut être un instrument tout à fait
démocratique.

Le problème de la procédure constituante échappe au droit positif, il dérive de la C° mais


relève d’une problématique juridique car il fait l’objet d’un droit pré-constitutionnel.

C. Les caractères essentiels des Constitutions au sens formel du terme


Il s’agit de la rigidité et de la suprématie.

a. La rigidité
Il faut considérer que toute C° au sens formel strict est par définition rigide, en quelque façon.
La rigidité désigne l’ensemble des contraintes procédurales ou de fond qui pèsent sur le
pouvoir habilité à réviser la C° (PC dérivé). Dans la définition de la C°, il y a l’idée qu’on ne
modifie pas la C° aussi facilement qu’une loi ordinaire, cette modification se fait sur base de
règles plus contraignantes que pour la modification des lois ordinaires. Ce que le mot
« rigidité » permet de faire apparaître l’existence de plusieurs degrés de rigidité, il faut
distinguer les C° suivant qu’elles sont très rigides ou plutôt souples.
55
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

e
4 degré de rigidité :
Constitutions irrévisables

e
3 degré de rigidité :
Constitutions quasi irrévisables

e
2 degré de rigidité :
 
Le plus répandu dans les constitutions au sens formel strict

e
1 degré de rigidité :
Constitutions souples
 

1e degré de rigidité – CONSTITUTIONS SOUPLES


Une C° toute à fait souple est donc une C° dans un sens matériel et non pas formel.
Il n’y a aucune règle de procédure à respecter pour modifier la C° du R-U. Le Parlement de
Westminster peut abolir toute l’autonomie dont bénéficie l’Ecosse par une simple loi.
L’inquiétude des Ecossais est compréhensible, ils n’ont aucune garantie sur la non-
modification des lois qui fondent leur indépendance. Les Britanniques ont un sens aigu des
traditions, s’il y a un peuple qui peut se passer d’une C° au sens formel, c’est bien eux : ils
savent faire la différence entre les lois fondamentales et autres lois. Tiennent donc lieu de C°
au sens matériel au R-U des lois, des règles de jurisprudence (common law), des coutumes
et les conventions de la constitution (usages considérés comme politiquement obligatoire qui
ne sont pas justiciables) qui ont une importance essentielle.

Exemple : au lendemain des élections, la règle qui veut que la reine d’Angleterre nomme comme premier ministre
le président du parti qui est arrivé en tête du scrutin électoral n’est nulle part dans une loi, c’est une convention de
la constitution à laquelle la reine n’oserait pas déroger ! « it’s so british ! »

25/02/2015

2e degré de rigidité : degré le plus répandu dans les C° au sens formel strict
Diversité de règles procédurales qui rendent la révision de la C° plus difficile que la
modification d’une simple loi ! il ne s’agit pas de dire qu’une C° est irrévisable, mais ce
degré implique néanmoins des garanties relativement élevées.

Quelles sont les préoccupations des PC quand ils mettent en place une C° ? La révision
d’une C° doit se faire
1. pas trop souvent : une C° a vocation à une certaine stabilité, sans tendre vers la
sacralisation

2. pas trop vite : il faut donner un temps suffisant au PC dérivé pour bien réfléchir sur
les enjeux de la révision (ex : il y a un délai de réflexion minimum dans certaines C°)

3. avec le peuple : l’idée est qu’il faut associer le peuple/la nation titulaire de la
souveraineté à l’opération de révision.
56
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Comment ? Les techniques sont nombreuses et combinables :


(1) la technique de la convention : élection (au suffrage universel) d‘une
assemblée spécialement habilitée à réviser la C° " problème : l’assemblée a
une seule mission = réviser la C°, puis elle disparaît ! un peu frustrant pour
les mandataires qui sont élus pour une opération « one shot »
(2) la voie Parlementaire consolidée : on demande à une assemblée élue pour
assumer la fonction législative (Chambre, Sénat, Assemblée nationale) et qui,
moyennant des quorums de suffrages/présences plus contraignant, de réviser
la C° ! l’idée est de veiller à faire bénéficier la révision constitutionnelle d’une
adhésion de l’ensemble de la population à travers sa représentation
Parlementaire et pas seulement une majorité
(3) le référendum : on soumet la proposition de révision de la C° à une ratification
référendaire qui permet directement au peuple de dire OUI ou NON.
(4) l’initiative populaire : procédure qui permet au corps électoral de faire une
proposition de révision de la C° qui sera alors soumise à un référendum
" ON NE REVISE PAS LA C° DE LA MEME MANIERE QU’UNE LOI,
On veille à associer le peuple de façon rapprochée $

4. (uniquement dans les Etats fédéraux) avec les collectivités politiques fédérées :
l’idée est que dans les Etats fédéraux, il faut associer à la révision de la C° les
collectivités politiques fédérées ! on veille donc à l’adhésion d’une majorité de
collectivités politiques fédérées car toute révision de la C° fédérale met
potentiellement en danger les compétences des collectivités fédérées parce que c’est
dans la C° fédérale que se trouve les règles répartitrices de compétences
(ex : C° des USA de 1787 – in fine, à la fin de la procédure, on prend le pouls des Etats fédérés et la
révision de la C° fédérale n’est acquise que si ¾ des Etats ont donné leur accord)

3e degré de rigidité – CONSTITUTIONS (QUASI) IRREVISABLES


Aucun constituant n’aurait aujourd’hui cette prétention d’écrire pour l’éternité mais on se
rapproche ici des C° irrévisables : il s’agit des C° qui sélectionnent quelques règles qui sont
considérées comme étant tellement fondamentales, inhérentes et indispensables à la
communauté historique d’un OJ qu’elles sont déclarées « irrévisables ». L’exemple par
excellence est l’art. 79 de la loi fondamentale allemande : « La Loi fondamentale ne peut être
modifiée que par une loi qui en modifie ou en complète expressément le texte […] Toute modification de la
présente Loi fondamentale qui toucherait à l’organisation de la Fédération en Länder, au principe de la
participation des Länder à la législation ou aux principes énoncés aux articles 1 et 20, est interdite. »

Cette loi a été faite dans un contexte historique pour le moins original : 1948, une série de
règles essentielles pour la démocratie et l’Etat de droit ont été violées par le régime nazi ;
elle va inscrire dans ses prescriptions toute à fait fondamentales :
- le fédéralisme
- les droits de l’homme
- la démocratie
- les garanties de l’Etat de droit
- la notion d’Etat social

Ce qui est intéressant c’est que c’est uniquement une barrière de papier : le pouvoir
politique qui révise une de ces règles intangibles ne peut pas prétendre avoir introduit les
nouvelles règles de manière valide (« La Loi fondamentale ne peut être modifiée que par une loi qui en
modifie ou en complète expressément le texte ») ! ce pouvoir est forcé de faire une révolution
juridique.
57
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

NB : en Belgique, on a essayé de faire passer le « fédéralisme » en norme intangible, mais cela n’a pas été fait ;
cela aurait peut-être évité de pareilles tensions séparatistes.

4e degré de rigidité – CONSTITUTIONS IRREVISABLES


Le constituant a la prétention d’écrire pour l’éternité.

1. Remarques

1.1. Première remarque : une Constitution rigide quant à sa procédure de révision est
vouée à devenir flexible à travers ses interprétations
Au plus une C° est rigide, au plus les obstacles procéduraux à surmonter sont élevés ! au
plus une C° est rigide, au plus un énorme pouvoir est donné aux interprètes de la C° : aux
CC. Pourquoi ? Parce que la vie évolue, les C° doivent s’adapter. Cela ne sert à rien de
surinvestir dans la stabilité constitutionnelle en mettant des obstacles quasiment
infranchissables parce que l’on va alors donner un pouvoir de révision de facto aux juges qui
vont interpréter la règle qui n’est plus du tout en phase avec l’évolution politique, sociale,
culturelle, économique.

Ce phénomène de l’interprétation est incontournable, très rares sont les règles d’une clarté
limpide qu’on peut les appliquer mécaniquement (il en existe mais elles sont rares) : « Tous
les Belges sont égaux devant la loi » ! qu’est-ce que l’égalité ? « La liberté individuelle est
garantie » ! qu’est-ce que la liberté ?

Exemple : cas des USA : C° hyper rigide, il faut recueillir l’assentiment de ¾ des Etats afin de réviser la C° ; on
tombe facilement sur une minorité de blocage ! la C° américaine n’a été révisée qu’à très peu de reprises : 27
amendements depuis 1787 est très peu.

1.2. Seconde remarque : justification de la rigidité des Constitutions


Puisque dans la plupart des cas, on exige une majorité renforcée des suffrages au sein de
l’assemblée législative pour réviser la C°, la voie Parlementaire consolidée est la plus
souvent utilisée ; qu’est-ce qui justifie cette majorité renforcée ? Si l’on considère qu’une
nation n’est faite que d’individus, il faut alors appliquer strictement le principe de la majorité
absolue " dès qu’on fixe le seuil au-delà de la majorité absolue, on donne le droit de véto à
une minorité. Mais, précisément : une nation/société ne se réduit pas à une masse
d’individus, il y a des courants et des collectivités. L’idée est de protéger les minorités, cela
se justifie dans une démocratie.

Le cas Belge est particulièrement significatif : est-ce qu’on va considérer que nous sommes
tous Belges abstraction faite de notre identité linguistique ? Selon le constituant Belge, il est
important de prendre en considération l’appartenance à l’une ou l’autre communauté. La
technique des lois spéciales a été créée précisément en 1970 quand on a pris conscience de
l’importance du clivage communautaire, on exige alors une majorité dans chacun des deux
groupes linguistiques et donc forcément on donne un droit de véto à la minorité FR. Dans
toutes les démocraties dignes de ce nom, les minorités sont protégées. Cela dit, il ne faut
pas que la minorité FR abuse de ce droit de véto étant donné qu’une démocratie
consociative est basée sur le consensus.

Ce qui justifie la rigidité des C° c’est essentiellement de protéger les minorités.


58
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

b. La suprématie
Les C° sont des normes à la fois rigides parce qu’on ne peut pas les modifier de la même
façon qu’on modifie les lois ordinaires et suprêmes, au-dessus de toutes les autres règles
de droit à l’intérieur de l’OJ national.

1. Justification de la suprématie constitutionnelle


Cette suprématie se justifie sans discuter pour deux raisons : une raison logique/technique et
une raison politique.

1.1. Justification technique


En réalité, la rigidité et la suprématie sont indissociables ; si la C° n’était pas supérieure à la
loi, la C° pourrait être modifiée par une loi ! elle ne serait donc pas rigide

1.2. Justification politique


La suprématie est la suprématie de la nation détentrice de la souveraineté, la C° est la
manifestation juridique de la souveraineté. C’est précisément parce que l’on veut respecter
cette souveraineté que l’on impose aux pouvoirs constitués le respect de la C° car elle est
présumée être l’expression de la volonté du souverain.

Pourquoi est-ce que la volonté exprimée en 1831 l’emporte sur la volonté du pouvoir législatif
qui s’exprime aujourd’hui en 2015 ? Quand on parle de la C° de 1831, on parle de la C° telle
qu’elle a été révisée ultérieurement et telle qu’il y a lieu de l’interpréter aujourd’hui en
dernière instance via une CC, un CE, une C. Cass Si on veut stabiliser l’Etat et ériger un
certain nombre de principes à un niveau supérieur, il faut accepter la soumission du pouvoir
législatif à la C° ainsi comprise.

Ce n’est pas évident pour nos élus ; régulièrement, quand le pouvoir législatif veut adopter
des lois difficilement conciliables avec la C°, les élus vont dire qu’ils sont « l’incarnation de la
légitimité démocratique » car ils ont été élus pour faire la loi et les voilà bloqués par la
« vieille C° de 1831 ». Il s’agit de la C° de 1831 en tant que base mais telle qu’elle a été
révisée à maintes reprises et interprétées actuellement par la jurisprudence qui elle-même ne
travaille pas en « état d’apesanteur » : elle tient compte de l’évolution des esprits ! L’idée est
qu’une majorité d’élus/députés/sénateurs ne peut pas soudainement décider de méconnaitre
la C°, et s’ils veulent la modifier : il y a une procédure pour ce faire. C’est la raison pour
laquelle la C° ne doit pas être trop rigide, sinon en encourage le pouvoir législatif à violer la
C°.

2. Garanties de la suprématie constitutionnelle

2.1. La justification juridique du contrôle juridictionnel de la constitutionnalité des lois :


l'impératif de cohérence
Ce sont les contrôles juridictionnels de la constitutionnalité des normes. Ces garanties sont
indispensables parce que les élus ont quelques difficultés à accepter la suprématie
constitutionnelle. Il faut rappeler que précisément une C° garantit les droits des minorités,
elle contient des principes qui ont été adoptés à des majorités renforcées pour protéger
notamment des minorité – la majorité ne peut donc pas tout faire, elle doit accepter la
suprématie constitutionnelle. Mais il n’empêche que la tentation est grande de passer outre
ces règles ; c’est pourquoi, dans la totalité des Etats membres de l’UE (à l’exception de 3
Etats, cf. supra), des contrôles juridictionnels de la constitutionnalité des normes ont été mis
en place.
59
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Cette généralisation de la justice constitutionnelle ne s’est pas faite en un coup. En Europe,


pendant longtemps, les pays ont été très réticents. Ce n’est qu’à partir de 1920 en Autriche
qu’une CC a été créée. Il faudra attendre l’après DGM pour voir ces contrôles se répandre
dans toute l’Europe.

2.2. Les origines historiques, les justifications politiques et les techniques du contrôle
juridictionnel de la constitutionnalité des lois

Pourquoi a-t-on été aussi réticents en Europe à l’idée de confier au juge le pouvoir de vérifier
en dernière instance la constitutionnalité des lois ? Pour trois raisons :
1. Fin du 18e s et début du 19e s : il y avait un véritable culte de la loi (la révolution
Française en est très imprégnée). Il y avait des C° mais elles étaient surtout perçues
comme des instruments politiques de certaines valeurs. A cette époque, les élus
n’ont aucun problème que c’est leurs rôles de vérifier en dernière instance la
constitutionnalité des lois. C’est le dogme de l’infaillibilité de la loi (hérité de
ROUSSEAU)
2. On a confiance en une certaine constitutionnalité politique. ex : le bicaméralisme, la liberté
de la presse.
3. Peur du « Gouvernement des juges » : il s’agit d’un spectre qui agit beaucoup sur les
esprits depuis l’Ancien Régime. L’idée est que on ne peut pas donner à des juges qui
ne sont pas élus/qui n’ont pas de légitimité démocratique un pouvoir de nature
politique. Or, le pouvoir d’interpréter des normes constitutionnelles souvent assez
vagues au-delà du texte est un pouvoir de nature politique que l’on doit réserver aux
élus.

Les choses vont bouger en deux temps.

2.2.1. - U.S.A. (1803)


Les USA forment un Etat fédéral. Dans un tel Etat, le contrôle juridictionnel de la
constitutionnalité des lois s’impose à peine de mettre en danger la cohérence du système
fédéral.

En 1803, les Etats fédérés prétendaient contrôler eux-mêmes la constitutionnalité des lois
fédérales. A la tête de la SCOTUS (Supreme Court of United States) se trouve le Chief
Justice John MARSHALL, juriste et homme qui a une certaine sensibilité politique. Il
comprend très bien que si on laisse faire chacun des Etats fédérés, la cohérence du système
fédérale est menacée de mort. Comment vivre dans un Etat fédéral un minimum cohérent si
l’application dépend du bon vouloir de chaque Etat fédéré, sous prétexte d’un contrôle de
constitutionnalité. Il lie la C° de 1787, ne découvre nulle part que l’on investit la SCOTUS du
pouvoir de contrôler elle-même la constitutionnalité des lois fédérales mais il résonne en
juriste1 : il est logique que dans un Etat de droit, chaque norme tire sa validité de sa
conformité aux normes hiérarchiquement supérieures ; personne ne conteste le pouvoir d’un
juge de contrôler la conformité des règlements aux lois, mais il faut également admettre le
pouvoir d’un juge à vérifier la conformité des lois à la C° ! Il n’y a pas de différence dans le
raisonnement juridique quand on contrôle la légalité d’un règlement ou quand on contrôle la
constitutionnalité d’une loi ; il s’agit de confronter un texte de rang hiérarchiquement inférieur
à un texte de rang hiérarchiquement supérieur. Il a évidemment en tête des motifs politiques
qui jouent un rôle considérable dans cette décision toute à fait fondatrice par laquelle la
SCOTUS se déclare compétente pour vérifier elle-même la constitutionnalité des lois
fédérales.

                                                                                                                       
1
SCOTUS, arrêt Marbury c/Madison, 1803
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Depuis lors, c’est devenu une règle d’or de tous les Etats fédéraux : un Etat fédéral ne peut
pas fonctionner de manière cohérente si l’appréciation de la constitutionnalité des lois
fédérales est laissée aux collectivités fédérées. Il faut confier cette mission à une juridiction
au service de la C°.

2.2.2. - Autriche (1920)


L’Europe se convertit aux mérites de la justice constitutionnelle tardivement pour les raisons
évoquées supra. La première percée à lieu en Autriche (Etat fédéral), en 1920. Hans
KELSEN, juriste très influent et théoricien du droit, a convaincu le PC Autrichien d’installer
une CC pour des raisons qui tiennent à la logique juridique. Il est un obsédé de la vision
pyramidale du système juridique, ce dernier est avant tout une articulation de règles situées
à des niveaux hiérarchiques distincts ; l’essentiel étant de vérifier la validité de chacune de
ces règles par rapport aux règles hiérarchiquement supérieures ! OUI, il faut un contrôle de
la constitutionnalité des lois, principalement dans les Etats fédéraux mais pas seulement.

2.2.2. – Comparaison entre les deux modèles

Modèle américain Modèle européen


(1) un contrôle diffus exercé par n'importe quel (1) un contrôle concentré (ou centralisé) exercé
juge sous l'autorité in fine de la Cour suprême; par une juridiction unique située en dehors de
(2) un contrôle concret, c’est-à-dire exercé à l'appareil juridictionnel ordinaire : spécialiser des
l'occasion de cas concrets et de litiges juges dans cette opération est un gage de qualité
particuliers; dans le contrôle qui permet d’éviter des décisions
totalement disparates

(3) un contrôle exercé a posteriori, par voie (2) un contrôle portant sur la loi en elle-même,
d'exception : la loi a été adoptée et est en - soit indépendamment de tout litige particulier
vigueur et peut faire l’objet d’un contrôle a (contrôle abstrait par voie d'action – recours en
posteriori par n’import quelle juge annulation)
- soit avant que la loi soit publiée (cô en France)
- soit sur renvoi préjudiciel par les tribunaux
ordinaires à l'occasion d'un litige particulier ;

(4) un contrôle conduisant non pas à (3) un contrôle conduisant à une décision de
l'annulation de la loi incriminée, mais à un conformité ou de non-conformité dotée
constat d'inconstitutionnalité justifiant un refus généralement d'une autorité absolue de chose
de son application dans le cas d'espèce jugée (effet erga omnes).
(pareille décision n'a formellement qu'une
autorité relative de chose jugée, c'est-à-dire
pour l'affaire et les parties en cause, mais
application de la règle du précédent)

Le succès en Europe de ce modèle provient de la tragédie des régimes de l’entre-deux


guerres qui en Allemagne, en Italie, en Espagne ont sciemment violés des normes
essentielles notamment dans le domaine des droits de l’homme ; sous prétexte que telle était
la volonté de l’assemblée des élus. On a pris conscience de l’intérêt de mettre en place un
« gardien de la C° » et en particulier des règles liées aux droits de l’homme.

Au lendemain de la DGM, le constituant allemand met en place une CC. Progressivement,


après la DGM, les autres Etats européens vont se convertirent à la technique du contrôle
concentré qui donne un pouvoir politique considérable à ces juges constitutionnels, légitime
si l’on veut forcer le pouvoir législatif à respecter ces normes supérieures.
61
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

3/03/2015

Rappel du cours précédent :


Rigidité : on ne peut pas modifier la C° de la même manière que les simples lois
Suprématie : précisément parce qu’on ne peut pas modifier la C° de la même manière que les simples lois, la C°
est supérieure aux lois et à toute autre règle de droit interne à l’OJ étudié.
Cette suprématie n’est véritablement garantie que pour autant que les juges aient la compétence de contrôler
eux-mêmes la constitutionnalité des lois et pas seulement la constitutionnalité des règlements ou des actes
administratifs. Mais contrôler la conformité de ces lois (œuvres du pouvoir législatif ! des élus de la nation) à la
C°, c’est disposer d’un pouvoir redoutable ! « Gouvernement des juges ».

2. 3. Critique de la justification classique et réflexions sur la démocratie

Les juges constitutionnels, qui ont la compétence de contrôler la constitutionnalité des lois,
exercent un pouvoir que l’on peut qualifier comme un pouvoir de nature politique dans la
mesure où, à travers l’interprétation indispensable des règles de la C° ; les juges doivent,
dans beaucoup de cas, opter pour une interprétation plutôt qu’une autre. Ce choix n’est pas
toujours entièrement déterminé par les contraintes du texte constitutionnel et par les autres
contraintes qui sont intégrés dans les méthodes d’interprétation du droit. Ces méthodes
seront étudiées ultérieurement mais on peut déjà noter qu’il y a
- la méthode littérale : à la lettre du texte
- la méthode historique : intentions de l’auteur du texte
- la méthode logique et systématique : l’interprète va situer le texte dans son contexte
juridique formé par l’ensemble de la C° ! il y a une certaine logique propre à un
système constitutionnel.
- la méthode téléologique : l’interprète s’appuie sur la raison d’être, la rationalité, la
finalité de la règle au-delà du texte

Voici donc les grandes méthodes d’interprétation dont les juges disposent, ils doivent les
utiliser honnêtement, loyalement. L’interprétation du texte constitutionnel présente le texte
sous un nouveau jour, mais elle n’est pas toujours entièrement déterminée par la
combinaison de ces différentes méthodes, il y a parfois une marge de manœuvre, un certain
choix. Ce choix, en dernière instance, est déterminé par la façon dont le juge considère
l’intérêt général, ce qui est déterminé en fonction d’une appréciation ; il s’agit donc bien d’un
acte politique.

Les CC fondent la politique mais elles ne le disent pas. Une CC n’est pas un acteur politique
comme les autres car son autorité entre en œuvre. Ce qui fait l’autorité d’un juge est sa
capacité à dire le droit, d’interpréter les règles de droit de la manière la plus conforme à la
vérité constitutionnelle, légale. Il y a donc une part de connaissance scientifique, de science
dans l’acte d’interprétation ; mais il y a une autre part qui relève d’un acte de volonté.

Hans KELSEN dit que dans l’interprétation il y a deux composantes :


- un acte de connaissance
- un acte de volonté
Dans la mesure où l’acte de connaissance ne suffit pas, il faut le compléter avec un acte de
volonté ; on peut alors considérer que les juges constitutionnels font de la politique. Il
appartient donc aux juristes de garder les yeux ouverts afin de ne pas se laisser entièrement
fasciné par la fiction qui veut que le juge n’est que « la bouche de la loi ».

La jurisprudence constitutionnelle est faite pour être lue avec un esprit critique.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

3. La relativisation de la suprématie constitutionnelle


Réflexion sur tout ce qui vient à la fois confirmer et relativiser la suprématie constitutionnelle.
Nous venons déjà d’évoquer un facteur de relativisation : la C°, norme suprême au-dessus
de toutes les autres règles de droit, à travers ce que le juge va en dernière instance lui faire
dire. La suprématie de la C° correspond un peu à la suprématie du juge constitutionnel.

Aujourd’hui, il y a une nécessité cruciale de situer la C° dans un contexte qui la déborde,


c’est-à-dire dans le droit international et le droit de l’UE.

3.1. La dynamique de la « constitutionnalisation du droit » et la force normative variable


des Constitutions (principalement n°102)
Il faut d’abord insister sur le phénomène de la constitutionnalisation de toutes les branches
du droit via précisément la justice constitutionnelle. A partir du moment où l’on a admis dans
la plupart des Etats démocratique que des juges pouvaient examiner n’importe quelle loi en
la confrontant aux règles constitutionnelles, forcément un mouvement de
constitutionnalisation de toutes les branches du droit s’est mis en marche. Progressivement,
on a vu des juges s’intéresser à des règles tout à fait classiques de droit civil, de droit pénal,
de droit fiscal, de droit commercial ; aucune branche du droit n’échappe au regard du juge
constitutionnel, il suffit qu’un avocat relise une loi en se disant que « au fond, cette loi, est-ce
qu’elle n’introduit pas une discrimination ? ».

Il y a une série d’arrêts rendus dans ces juridictions constitutionnelles dans toutes les
branches du droit qui ont eu pour effet de constitutionnaliser ces règles éparses, parce
qu’une fois que la cour annule ou constate l’inconstitutionnalité d’une loi ; il faut que le
législateur réagisse, ou que dorénavant telle loi soit interprétée conformément à ce que le
juge constitutionnel a fait dire à celle-ci.

Dans les années 60-70, beaucoup de juristes civilistes n’avaient que du mépris pour le droit
constitutionnel, « le droit constitutionnel, c’est de la politique ». Jean CARBONNIER disait
que « le droit civil est aride, fatigant, tandis que les constitutions amusent, c'est si peu du
droit », parce qu’il y a la jurisprudence qui est de plus en plus abondante, de plus en plus
précise. Aujourd’hui, le constitutionnaliste n’est pas seulement celui qui lit la C° mais celui qui
lit la jurisprudence.

La force normative des C° a pu s’imposer au pouvoir constitué grâce à la jurisprudence


constitutionnelle. C’est une force relative parce qu’elle dépend de la loyauté des juges
constitutionnels, du degré d’intelligibilité, de précision, de cohérence, de praticabilité des
règles constitutionnelles ! la suprématie constitutionnelle (propre au texte de la C°) dépend
de ces qualités " si ces qualités ne sont justement pas remplient par la C° - si les textes
sont flous, vagues, incompréhensibles - on ne parle plus de suprématie du texte
constitutionnel en tant que tel mais de celle de la jurisprudence constitutionnelle.

La suprématie constitutionnelle et la force normative des C° dépendent aussi du degré


d’adhésion des destinataires de la C° aux valeurs qu’elle institue, qu’elle protège ! une C°
n’a pas de force normative importante si la plupart des citoyens et des acteurs du système
juridique n’y adhère pas.

Mais qu’en est-il de la suprématie constitutionnelle quand on prend en compte le droit


international (3.2) ?
63
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

3.2. La Constitution d'un Etat est-elle la source du droit international (DI) applicable à cet Etat
ou le droit international est-il la source des diverses Constitutions nationales ?
Le droit international trouve-t-il le fondement de sa validité dans la C° de chaque Etat ?
Si on répond OUI, on tombe dans le monisme juridique avec primauté du droit national : on
réduit le droit à un seul ordre juridique, avec primauté du droit étatique : il y aurait la C° de
chaque Etat au sommet de tout l’OJ, le DI n’étant en quelque sorte que du droit public
externe.

Δ national Δ international

Si on répond NON, on tombe dans l’autre extrême qui dit que c’est le DI qui est le fondement
de la validité des OJ internes ! le fondement de la validité des C° ! il n’y a qu’un seul OJ
unique. Le DI distribuerait alors les pouvoirs entre les Etats ! monisme avec primauté du DI.

DI    
ê  
DN  

Ces théories ont été défendues par d’éminents auteurs mais ne tiennent pas la route, ni le
monisme avec primauté du droit interne ni le monisme avec primauté du DI ne convainquent.
En réalité, nous ne sommes pas devant un seul grand OJ, nous sommes devant des OJ
distincts : chaque OJ interne d’une part et le DI d’autre part. Les rapports entre OJ différents
ne sont pas des rapports de validité, l’un n’est pas le fondement de la validité de l’autre ;
chaque OJ a une certaine autonomie et puise sa validité en lui-même.

Le DI est un OJ qui a sa propre prétention à s’imposer aux Etats, à déterminer les conduites
des Etats, quoi que ceux-ci entendent faire la primauté du DI est inhérente au DI, même si un
Etat conteste cette primauté le DI prétend toujours l’emporter. C’est inhérent à sa nature.

Il en va de même pour les OJ internes : la C°, par définition, « manifestation de la


souveraineté nationale » prétend s’imposer et n’a nul besoin de l’autorisation du DI pour
s’imposer. L’Etat se donne à lui-même ses pouvoirs en vertu de sa souveraineté, il n’attend
pas la permission du DI.

C’est donc une perspective pluraliste qui semble la plus appropriée pour rendre compte des
rapports entre C° et DI. Cette perspective consiste à dire que « tout est question de point de
vue » ; si on travaille à partir du DI en se mettant à la place du juge international (CIJE), alors
on va considérer que le DI prime le droit interne, qu’il est au-dessus de n’importe quelle règle
de droit interne en ce compris les C°.
64
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Il n’y a que un seul cas prévu dans l’art. 46 de la Convention de Vienne sur le droit des
traités où une objection de constitutionnalité (tirée d’une règle de droit constitutionnelle) peut
être reçue par le DI et peut paralyser la primauté du DI.

« Dispositions du droit interne concernant la compétence pour conclure des traités


1. Le fait que le consentement d’un Etat à être lié par un traité a été exprimé en violation d’une disposition de son
droit interne concernant la compétence pour conclure des traités ne peut être invoqué par cet Etat comme viciant
son consentement, à moins que cette violation n’ait été manifeste et ne concerne une règle de son droit interne
d’importance fondamentale.
2. Une violation est manifeste si elle est objectivement évidente pour tout Etat se comportant en la
matière conformément à la pratique habituelle et de bonne foi.
[...] un accord intervenu entre hauts fonctionnaires français et belges [...] n'a pas le caractère d'un traité au sens de l'art. 68 de
la Constitution (C.E., 17 nov. 1972, RAACE, 1972, 864).Une restriction au treaty making power d’un chef d’Etat n’est manifeste
que si] elle a été rendue publique de manière appropriée [...]. Un Etat n’est pas juridiquement tenu de s’informer des mesures
d’ordre législatif ou constitutionnel que prennent d’autres Etats et qui sont, ou peuvent devenir, importantes pour les relations
internationales de ces derniers (CIJ, 10 oct. 2002, arrêt, Frontière Cameroun-Nigeria, Rec. 2002, §§264- 265). »

Il s’agit de l’hypothèse d’une violation manifeste d’une règle de droit interne d’importance
fondamentale à propos de la compétence pour conclure un traité. Un Etat peut invoquer la
violation manifeste d’une telle règle pour s’opposer à la prétention du traité à s’imposer à lui.

Dans tous les autres cas, du point de vue du DI, il n’y a aucun doute : le DI prime sur toute
règle de droit interne, y compris les règles constitutionnelles.

Si un Etat viole une règle de DI, qu’est-ce que le DI peut faire ? Supposons que par une
norme contenue dans la C°, un Etat viole la règle de DI ; est-ce que le juge international
pourrait annuler la norme constitutionnelle ? NON, c’est inconcevable. Le juge international
n’est pas compétent pour apprécier la validité de la règle de droit interne, cette validité ne
dépend que de règles de droit interne. Le juge international va considérer cette règle de droit
interne comme un « fait illicite » qui engage la responsabilité internationale de l’Etat ; c’est
tout ce qu’il peut faire, il appartient à chaque OJ interne de régler la situation afin de se
conformer à la règle de DI. Cela dépendre de l’OJ interne : Qui intervient ? Quand ? Selon
quelle procédure ?

La notion de Constitution dans la théorie du pluralisme juridique


Si on se place du point de vue du juge national, on voit le DI avec les lunettes de la C°, qui
met en place un certain nombre de règles qui permettent de prendre en compte dans une
certaine mesure le DI ; ces règles variant par hypothèse d’un Etat à l’autre.

Par exemple, au R-U, un juge national n’appliquera jamais une règle de DI parce que dans le
droit constitutionnel britannique, le juge britannique n’applique que le droit britannique. Quid
alors du DI ? Il est nationalisé, transformé en règles de droit interne. Il s’agit d’un dualisme
tout à fait caractéristique : les juges britanniques appliquent le droit interne et n’appliquent le
DI que dans la mesure où celui-ci a été transformé en loi ! un traité n’est jamais appliqué en
tant que tel, c’est la transposition en règle de droit interne qui va être utilisée.

Dans d’autres Etats comme la Belgique, il y a dans la C° une règle qui permet d’incorporer le
DI dans l’OJ interne : par une loi d’assentiment à un traité, ce dernier peut produire des effets
dans l’OJ interne Belge, et peut donc être appliqué par des juges Belges. L’art. 167 §2 de la
C° Belge prévoit l’incorporation du DI en droit interne Belge.

Art. 167
« […] §2. Le Roi conclut les traités, à l'exception de ceux qui portent sur les matières visées au §3. Ces traités
n'ont d'effet qu'après avoir reçu l'assentiment de la Chambre des représentants. […] »
65
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Chaque OJ interne, chaque C° fixe le rang occupé par la règle de droit international dans la
hiérarchie des normes à l’intérieur de l’OJ interne. Pour les Britannique, le DI n’a pas sa
place dans l’OJ interne donc il n’y a pas de rang à fixer dans la hiérarchie des normes ; il
reste à l’extérieur, et quand il est transformé en loi il devient une loi parmi les autres. Si
demain le Parlement de Westminster veut adopter une nouvelle loi qui contredit l’ancienne :
lex posterior derogat anteriori, la loi postérieure déroge à la loi antérieure ! il n’y a aucun
problème pour le juge britannique, la loi postérieur peut alors déroger à un traité. Le R-U
engage alors sa responsabilité internationale dans l’OJ international.

Dans les Etats moins dualistes, il y a un sens à situer la norme de DI dans la hiérarchie des
normes de droit interne ! il y a incorporation de la norme de DI et chaque C° va fixer le
rang de la norme internationale dans la hiérarchie des règles de DI. Aux P-B, la C° dit que la
règle de DI est au-dessus de tout. Dans d’autres Etats, on conserve la suprématie
constitutionnelle en situant les traités en-dessous de la C°.

3.3. Conséquences pour l’interprétation des Constitutions


La suprématie de la C° en sort relativisée : elle demeure intacte dans l’OJ interne mais elle
est soumise à une forme de contestation par la prétention à la primauté du DI ; prétention qui
est diversement accueillie par les OJ internes. Ce qui est certain, c’est que dans tous les
Etats, il faut faire preuve de bonne volonté : on demande aux juges nationaux d’interpréter la
C° de la façon la plus conciliante possible avec les règles du DI " ce dernier postule une
interprétation par les juges internationaux propre à concilier les règles nationales avec les
règles de DI. Si un juge national a le choix entre deux interprétations : une qui fait apparaître
la règle constitutionnelle à une règle de DI conventionnelle et une qui fait apparaitre la norme
constitutionnelle comme compatible avec la règle du traité ! le juge national doit préférer la
deuxième interprétation à la première.

Evidemment, il y a des limites au-delà desquelles on ne peut pas interpréter une règle. Si la
règle constitutionnelle est inconciliable, même avec une certaine bonne volonté
interprétative, avec le DI ; alors la situation de conflit est inévitable, ce dernier sera résolu
selon des modalités qui varient d’un Etat à l’autre, chaque juge appliquera sa C° et/ou sa
jurisprudence constitutionnelle. Dans certains cas, le juge national fera primer la C° nationale
sur le traité ; dans d’autres cas ce sera l’inverse, le juge national fera primer le droit
international sur la C°. Dans l’hypothèse où la C° nationale prévoit que la primauté revient à
la C°, l’Etat engage sa responsabilité internationale dans l’OJ international " la C° l’emporte
dans l’OJ interne mais dans l’OJ international, l’Etat doit éventuellement réparer les
conséquences de la violation du DI qu’il commet.

3.4. La notion de Constitution face au « Pacte constitutionnel européen » : l’indispensable


dialogue
Si le droit de l'UE emprunte au droit international certains principes fondamentaux, il faut
toujours garder à l’esprit qu’il se présente comme un ordre juridique foncièrement distinct.
L’originalité du droit de l’UE a déjà été abordée supra quand on a abordé la problématique de
souveraineté des Etats membres de l’UE.

Une des grandes originalités du droit de l’UE est que la CJCE (Cour de Justice de l’Union
Européenne) impose à tous les Etats membres de l’UE une vision moniste du droit au
sommet duquel trônent le droit primaire et le droit dérivé de l’UE, depuis les arrêts fondateurs
du 5 février 1963 dans l’affaire Van Gend en Loos, et du 15 juillet 1964 dans l’affaire Costa
c. Enel.
66
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

« A la différence des traités internationaux ordinaires, le traité de la Communauté économique européenne (CEE)
a institué un ordre juridique propre, intégré au système juridique des Etats membres [...] qui s’impose à leurs
juridictions. En effet, en instituant une Communauté de durée illimitée, dotée d’institutions propres, de la
personnalité, de la capacité juridique, d’une capacité de représentation internationale et plus particulièrement de
pouvoirs réels issus d’une limitation de compétence ou d’un transfert d’attributions des Etats à la Communauté,
ceux-ci ont limité, bien que dans des domaines restreints, leurs droits souverains et créé ainsi un corps de droit
2
applicable à leurs ressortissants et à eux-mêmes. »

La CJCE est une Cour militante, c’est-à-dire qu’elle milite pour la construction européenne,
pour l’intégration européenne ! pour la primauté du droit de l’UE sur n’importe quelle règle
de droit interne. Elle est au service du droit européen, ce dernier ne peut pas s’accommoder
des règles classiques de DI : si on continue à travailler « comme si » on avait affaire à une
règle de DI général, on devrait constater que la primauté du DI est plus ou moins bien
reconnue selon des modalités très variées d’un Etat à l’autre " il n’en est PAS QUESTION
pour la CJCE. Dans l’arrêt Simmenthal du 9 mars 1978, elle dit que quand le juge national
rencontre une contradiction entre n’importe quelle règle de droit de l’UE et n’importe quelle
règle de droit national, celui-ci a l’obligation de faire prévaloir immédiatement la règle de droit
européen sur la règle de droit national, il doit écarter (sans demander l’autorisation de qui
que ce soit) lui-même la règle de droit interne contraire au DI. Nous avons parlé d’un
mouvement de constitutionnalisation des normes de droit interne ; nous pouvons désormais
également parler d’un extraordinaire mouvement d’européanisation des normes de droit
interne.

Il apparaît donc que si le droit international n'a jamais prétendu imposer le monisme juridique
aux Etats ni, par conséquent, mettre en cause la suprématie des Constitutions à l'intérieur
des ordres juridiques internes là où ceux-ci la revendiquent, il en va différemment du droit de
l'Union européenne. Les particularités et l'exigence d'une application uniforme de ce droit
justifient, aux yeux de sa CJCE, que celle-ci impose aux Etats membres une vision moniste
des relations entre leurs ordres juridiques respectifs et le sien. Elle érige ainsi le droit de l'UE
en sommet de l'ordre juridique global qui recouvre ce droit et celui des Etats membres et elle
y situe le siège des règles qui régissent les relations entre ces deux droits. Non seulement,
- les normes du droit dérivé de l'Union sont immédiatement applicables, c'est- à-dire
dispensées de toute forme d'incorporation, dans les ordres juridiques des Etats
membres,
- mais l'ensemble du droit de l'Union, primaire et dérivé, se voit reconnaître, d'une part,
une présomption favorable à l'effet direct de ses normes aux conditions dictées par la
CJCE elle-même et, d'autre part, une supériorité à l'égard de toutes les règles de
droit nationales, constitutionnelles comprises, garantie par l'obligation faite aux
juridictions nationales d'écarter de leur propre autorité et sans délai l'application de
celles de ces règles qui contrediraient le droit de l'Union. Les juridictions nationales
sont ainsi transformées en organes d'application de ce droit et leur Constitution
respective est rétrogradée à un rang inférieur à celui-ci.

Qu’est-ce qui justifie le raisonnement de l’UE ? Les traités qui fondent l’UE (TUE, TFUE) sont
la retranscription de la volonté commune des Etats membres au niveau européen. L’idée est
que les traités ne se réduisent pas à l’addition de 28 volontés nationales, il y une volonté
commune. Les traités fondent donc le Pacte constitutionnelle de l’UE qui prime sur les C°
nationales. Attention, il s’agit ici du point de vue de la CJUE ! La théorie du pluralisme
juridique permet de comprendre les résistances opposées par la plupart des cours
constitutionnelles nationales, dans le champ de leur propre OJ.

                                                                                                                       
2
arrêt Van Gend en Loos, 1963.
67
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Le point de vue le plus emblématique de cette résistance est celui de la CC Allemande, dans
son arrêt du 30 juin 2009 relatif à la constitutionnalité du traité de Lisbonne. Cette prétention
de la CJCE de faire primer n’importe quelle règle de droit de l’UE sur n’importe quelle règle
de droit national, y compris constitutionnelles ; n’est pas acceptable sans plusieurs
précisions. Les juges constitutionnels allemands disent et répètent qu’au fondement de l’UE,
pour ce qui concerne l’Allemagne, il y la volonté du peuple allemand exprimé à travers la Loi
Fondamentale qui dit à quelles conditions l’Allemagne est prête à assumer son statut de
membre de l’UE (art. 23).

« Article 23 [L’Union européenne]


(1) Pour l’édification d’une Europe unie, la République fédérale d’Allemagne concourt au développement de
l’Union européenne qui est attachée aux principes fédératifs, sociaux, d’État de droit et de démocratie ainsi qu’au
principe de subsidiarité et qui garantit une protection des droits fondamentaux substantiellement comparable à
celle de la présente Loi fondamentale. A cet effet, la Fédération peut transférer des droits de souveraineté par
une loi approuvée par le Bundesrat. L’article 79, al. 2 et 3 est applicable à l’institution de l’Union européenne ainsi
qu’aux modifications de ses bases conventionnelles et aux autres textes comparables qui modifient ou
complètent la présente Loi fondamentale dans son contenu ou rendent possibles de tels modifications ou
compléments. […]»

Parmi ces conditions, il y a le respect absolu de toutes les normes irrévisables par le
constituant allemand lui-même. Le raisonnement de la CC allemande est assez logique :
les juges de la CC disent ne pas pouvoir permettre à une loi allemande de violer la C° !
certaines normes constitutionnelles sont sacrosaintes, elle ne peuvent pas être révisées "
ce n’est donc pas la CJCE qui va prétendre qu’une règle de droit européen pourrait
contredire une de ces règles constitutionnelles irrévisables ; elles sont autant irrévisables
dans l’OJ national que dans l’OJ européen. Si jamais une règle de droit européen contredit
une règle de droit constitutionnel irrévisable, les juges n’hésiteront pas à refuser cette règle
de droit européen ! ce qui équivaut à refuser à se soumettre à la jurisprudence Simmenthal.
Il s’agit donc ici d’une rébellion d’un juge constitutionnel qui n’accepte pas sans réserves la
primauté de tout le droit européen à l’égard de toutes les normes constitutionnelles.

La CC Allemande n’est pas la seule à adopter cette attitude ; la plupart des CC nationales
dans l’UE ont la même attitude. Pas nécessairement pas références à des normes
irrévisables - il n’y a pas des normes irrévisables dans toutes les C° - mais par référence aux
principes jugés les plus fondamentaux pour l’identité constitutionnelle de l’Etat. La plupart
des CC (sauf la CC Belge) considère qu’il y a des règles inhérentes à l’identité
constitutionnelle nationale qui ne peuvent pas être supplantés par le droit de l’UE.

D’une certaine manière, le traité de Lisbonne s’est montré soucieux de traduire ces réserves
des CC dans l’art. 4 §2 du TUE :
« […] 2. L'Union respecte l'égalité des États membres devant les traités ainsi que leur identité nationale,
inhérente à leurs structures fondamentales politiques et constitutionnelles, y compris en ce qui concerne
l'autonomie locale et régionale. Elle respecte les fonctions essentielles de l'État, notamment celles qui ont pour
objet d'assurer son intégrité territoriale, de maintenir l'ordre public et de sauve­ garder la sécurité nationale. En
particulier, la sécurité nationale reste de la seule responsabilité de chaque État membre. »

Ceci est une règle de droit européen qui traduit jusqu’à un certain point le souci des Etats
membres et de leurs CC, de faire respecter par le droit de l’UE les règles inhérentes à
l’identité constitutionnelle nationale des Etats membres.

C’est une règle qui s’impose aux institutions de l’UE et qui est placée sous la sauvegarde de
la CJUE. Cette dernière peut être saisie de recours en annulation qui visent des actes des
institutions européennes pour contrariété avec le droit primaire ! si un(e)
règlement/décision/directive ne respecte pas l’art. 4 §2 du TUE, la CJUE peut l’annuler.
68
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

La CJUE s’estime être la juridiction de dernière instance du respect par les institutions de
l’UE de cet article. Mais la CC allemande (et les CC qui pensent comme elle) estiment aussi
disposer du pouvoir ultime de vérifier le respect de cet art. 4 §2 en tant que gardienne de leur
C°, de l’identité constitutionnelle nationale.

Si l’UE devait légiférer sans prêter attention à cet art. 4 §2 et si les CC nationales devaient
abuser de leur droit d’invoquer le respect de leur identité constitutionnelle nationale, nous
serions face à des antinomies, des prétentions inconciliables ! devant une sorte de
« guerre des juges » entre la CJUE et les CC nationales. Même si ce n’est encore jamais
arrivé, il y a certaines tensions (notamment du côté de la CC allemande) ; il faut souhaiter
que chacun de ces acteurs, CJUE et CC nationales, fassent preuve d’une certaine loyauté
fédérale. Il faut traduire la prétention de chaque OJ dans le langage de l’autre ! le droit de
l’UE a d’une certaine manière traduit la prétention des OJ nationaux dans un langage propre
au droit européen ; et inversement, chaque OJ national doit traduire dans son ordre interne la
prétention du droit de l’UE à l’emporter sur le droit national " Il faut donc qu’il y a un
dialogue. En toute hypothèse, il n’y a aucun juge au-dessus de la CJUE et des CC
nationales pour arbitrer le conflit.

Il y a toutefois lieu de remarquer qu’une doctrine récente commence à s’inquiéter des dérives
que ce rapport de force pourrait engendrer au détriment de l’intégration européenne. Elle est
tentée du coup de condamner la théorie du pluralisme juridique, ou en tout cas une version
normative radicale de cette théorie qui encouragerait les juridictions constitutionnelles à
poser éventuellement des actes de résistance souverainiste contre la primauté du droit
européen. Nous pensons pour notre part que la théorie pluraliste du droit décrit la réalité
juridique adéquatement, mais qu’elle appelle précisément une éthique exigeante de la
traduction. C’est précisément un manquement à cette éthique que l’on peut reprocher aux
auteurs du défunt traité qui prétendait, dans l’unique but de susciter une émotion (dimension
symbolique) : établir « une Constitution pour l’Europe » (cf. supra).

La dénomination que nous croyons la plus pertinente pour désigner les traités fondateurs de
l’Union européenne et son fonctionnement est celle de « pacte constitutionnel ». Le propre
d’un traité est d’être un acte juridique bilatéral, alors qu’une C° est par définition un acte
juridique unilatéral. Ce pacte constitutionnel n’est pas à confondre avec une C° " il n’y a pas
de C° européenne ! Il y a quelques années, un traité a prétendu en établir une mais il a
échoué ; depuis lors il a été remplacé par le traité de Lisbonne (qui reste à 99% le même que
ce traité introduisant une C°, mais certains éléments en ont été retirés/modifiés).

Elle semble optimale pour désigner avec un maximum de rigueur conceptuelle ce dont il est
question : ce que la Constitution est à l'Etat, le Pacte constitutionnel l'est à l'Union
européenne.

Quid de la pertinence du substantif « pacte » ? « Qui dit pacte dit traité », c’est un accord
passé entre les 28 Etats membres qui demeurent formellement souverains. La souveraineté
formelle reste dans les mains des Etats membres.

Quid de la pertinence de l’adjectif « constitutionnel » ? Ce pacte a pour caractéristique d’être


une C° au sens matériel, et surtout de remplacer la souveraineté positive des Etats membres
de l’UE dans toute une série de matières sensibles pour cette souveraineté, par une « co-
souveraineté ». Dans toute une série de matières dans laquelle l’UE est compétente (et
parfois la seule compétente), les Etats ont perdu leur souveraineté positive, le pouvoir
d’obtenir une décision conforme à leur volonté ; ils sont dépendants d’une décision au sein
du Conseil, d’une délibération au sein du Parlement " L’UE détient désormais une
« souveraineté collective ».
69
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Il s'agit donc d'un Pacte, donc d'un traité conclu entre des Etats, mais on peut assortir
ce substantif "Pacte" de l'adjectif "constitutionnel" parce qu'il reçoit une qualité ou
une manière d'être constitutionnelle de par son objet matériel et de par la co-
souveraineté qu'il institue.

Nous savons ce que le concept abstrait de C° en droit constitutionnel comparé et tenant


compte du droit international et du droit européen est, nous devons maintenant aborder les
traits propres à notre C° nationale.

Section 2. - La Constitution belge

§1. Approche formelle

A. Identification des couches hiérarchisées du droit constitutionnel formel et différenciation


par rapport aux lois

a. Première composante : la Constitution au sens formel strict


La C° au sens formel large désigne l’ensemble des normes qui trônent au sommet de la
hiérarchie des normes du droit interne, et qui ne peuvent pas être modifiées par une norme
inférieure. Au cœur de cette notion de C° au sens formel, on peut placer la C° de 1831
édictée par le Congrès National (CN), assemblée élue par suffrage censitaire selon la
technique de la convention ! élection spécifique qui a permis de désigner les auteurs (CN)
de la C° historiquement première. Le CN entame les travaux en novembre 1830, et adopte
la C° définitive le 7 février 1831. La rapidité des travaux du CN est frappante, les membres
ont en commun toute une série de valeurs qu’ils vont coucher sur le papier. Quand M.
Dumont parle de la C° du 7 février 1831, il inclus bien évidemment toutes les réformes
successives apportées à celle-ci.

b. Deuxième composante : la question des normes supra-constitutionnelles


Avant l'édiction de la Constitution du 7 février 1831, deux décrets ont été adoptés par le
Congrès national, les 18 et 24 novembre 1830. Le premier proclame l'indépendance du
peuple belge, l'autre exclut à perpétuité tout pouvoir en Belgique de la famille des Orange-
Nassau. Le CN précise le 24 février 1831 que c’est en tant que « corps constituant » que ces
deux décrets ont été adoptés. Ils ont été délibérément tenus à l'écart du texte de la
Constitution adoptée le 7 février 1831 pour qu'ils soient soustraits au pouvoir de
révision régi par l'article 195 (initialement 131).

Celui-ci permet de réviser n’importe quel article de la C° ; or, le CN, en tant que corps
constituant, a voulu
- proclamer l’indépendance du peuple belge
- exclure à perpétuité tout pouvoir en Belgique de la famille des Orange-Nassau
en les soustrayant justement au pouvoir de révision de l’article 195 ! Nous avons donc en
Belgique deux normes constitutionnelles irrévisables, qu’il faut mettre au sommet de la
pyramide des normes de droit constitutionnel formel.

Cette prétention du CN à ériger en normes supra-constitutionnelles ces deux décrets n’est


pas reçue par la majorité de la doctrine belge. Celle-ci considère que ces deux décrets sont
révisables ! ils ont le même rang que les normes constitutionnelles. Le rang d'une norme
dans la hiérarchie des règles de droit est déterminé par la nature de l'organe qui l'a édictée ;
ces décrets ayant été adoptés par le Congrès national en tant que corps constituant, ils ne
pourraient donc avoir qu'un rang constitutionnel, et peuvent le cas échéant être révisés par
195.
70
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

M. Dumont partage néanmoins l’opinion de la doctrine minoritaire. Si l'on reconnaît au


pouvoir constituant originaire la souveraineté, on doit également prendre au sérieux la
volonté claire et nette du corps constituant d’instituer une hiérarchie et de mettre au sommet
de celle-ci les décrets du 18 et 24 novembre 1830.

Concernant le décret excluant à perpétuité tout pouvoir en Belgique de la famille des


Orange-Nassau est contraire au droit international des droits de l’homme : exclure à
perpétuité toute une famille est parfaitement discriminatoire pour les héritiers de celle-ci qui
ne sont pas responsables des actes de leurs ancêtres. Nous sommes donc ici devant un
conflit entre une norme constitutionnelle et une règle de DI.

Quid du décret proclamant l’indépendance du peuple belge ? Il est le verrou qui


consacre l’existence-même de l’Etat. Si jamais, dans le futur, la suppression de cette
existence est décidée ; nous sommes face à une difficulté. Le seul moyen de réviser ce
décret sera au terme d’une révolution juridique. Ce n’est pas par une simple révision de la C°
que le PC dérivé peut mettre fin à l’Etat. Même s’il n’existait pas un tel décret, on peut
considérer que l’existence même de l’Etat n’est pas à la disposition du PC dérivé, étant
donné que ce dernier n’est pas souverain " seul le PC originaire peut, au terme d’une
révolution, mettre fin à l’existence de l’Etat belge.

c. Troisième composante : les principes généraux de droit à valeur


constitutionnelle
On admet aujourd’hui qu’il existe quatre catégories de PGD à valeur constitutionnelle :
1. les PGD inscris dans la C° écrite : on a pas besoin de les reconnaître comme PGD
pour constater l’existence du principe ! ce sont des règles constitutionnelles qui ont
une portée très générale, il y a donc lieu de les qualifier de « principes » (un principe
est une règle dotée d’une généralité relativement élevée).
• art. 10 et 11 de la C° : le principe d’égalité et de non discrimination
• art. 14 de la C° : le principe de légalité en matière pénale
• art. 151 de la C° : le principe de l’indépendance des juges
2. les PGD induits par une montée en généralité à partir de quelques dispositions
particulières inscrites dans la C° : par induction, on remonte à partir de ces règles
particulières à un PGD que l’on peut alors formuler dans la jurisprudence et dans la
doctrine
• art. 17 à 21 de la C° : le principe de la séparation des Eglise et des Etats
3. les PGD déduits de leurs économies générale/logique d’ensemble du système
formé par les règles constitutionnelles :
• les règles concernant les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire (art. 36 et
sq.) permettent de déduire le principe de la séparation des pouvoirs, principe
qui n’est écrit nulle part
4. les PGD jugés inhérents au droit, à des exigences morales élémentaires
• le principe de la sécurité juridique,
• le principe de l’Etat de droit

Petite précision : la CC n’est pas compétente pour appliquer directement les PGD à valeur
constitutionnelle isolément, elle ne peut les appliquer qu’en combinaison avec une règle de
droit constitutionnelle placée sous sa sauvegarde (« contrôle combiné »).

Les autres PGD, ceux que l’on ne peut pas situer au niveau de la C°, ont un rang inférieur
aux lois mais supérieur aux arrêtés et règlements ! tous les PGD ne sont pas au même
niveau que la C° formelle.
71
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

d. Quatrième composante : la question des coutumes constitutionnelles


C’est une question généralement évoquée avec beaucoup de malaise et de difficulté, et ces
coutumes sont placées dans la C° au sens matériel. Pourquoi ? Parce que selon certains
auteurs la C° au sens formelle n’est comprise comme étant seulement la C° écrite " alors
forcément les coutumes n’y ont pas leur place. Selon M. Dumont, il est pertinent de placer
ces coutumes dans la C° au sens formel large ! mais est-ce qu’il y a bien une place pour
les coutumes en droit belge ? La question est controversée.

1. Notion de coutume

La coutume est une pratique répétée de manière récurrente avec la conviction qu’il
faut, en droit, se conformer à cette pratique. Attention à ne pas confondre l’usage et la
coutume : à la différence de l’usage, la coutume est une règle de droit.

2. Première sous-question : existe-t-il en droit belge des coutumes constitutionnelles ?


Un certain nombre d’auteurs sont très réticents à l’égard des coutumes constitutionnelles et
vont jusqu’à dire qu’avec une C° écrite, il n’y a pas de place pour des coutumes
constitutionnelles. Le seul qui défend cette position en droit belge (mais pas jusqu’au bout)
est Francis DELPEREE. Dans son précis de droit constitutionnel, il dit « qu’en principe, il n’y
a pas de place pour les coutumes constitutionnelles » ; comment en arrive-t-il là ? Il opère
une interprétation littérale de l’art. 33 de la C°.

Article 33
« Tous les pouvoirs émanent de la nation.
Ils sont exercés de la manière établie par la Constitution. »

Puisque tous les pouvoirs doivent être exercés de la manière établie par la C°, et que selon
lui il va de soit que la C° ici est la C° du 7 février 1831 ; il n’y a pas de place pour les
coutumes constitutionnelles. Il déduit de l’article 33 al. 2 un principe de
plénitude/d’exhaustivité du texte constitutionnel, la C° est présumée avoir tout dit/résolu.
Le problème est que dans la suite de son ouvrage, Francis DELPEREE avoue que s’il fallait
donner un exemple de coutume constitutionnelle, il retiendrait l’obligation pour un
Gouvernement démissionnaire d’expédier les affaires courantes. Mais d’une chose l’une :
soit on dit qu’il n’y a pas de place pour les coutumes constitutionnelles (et donc il n’y a pas
d’exemple) ; soit on donne un exemple mais alors notre postulat est contredit…

M. Dumont défend, avec la majorité des constitutionnalistes Belges, l’idée qu’il y a bel et bien
des coutumes constitutionnelles en droit belge ; mais il essaie quand même de trouver une
lecture de l’art. 33 qui est conciliable avec l’existence de ces coutumes constitutionnelles.

Qu’est-ce qui contraint à présumer que le mot « C° » dans l’art. 33 ne concerne uniquement
la C° écrit ? La notion de coutume constitutionnelle est très ancienne, pendant très
longtemps elle n’ont pas posé de problèmes, on en reconnaissait l’existence dans les
manuels de droit constitutionnel. C’est assez récemment qu’une sorte de méfiance vis-à-vis
de ces coutumes a émergé, parce qu’il y a un risque d’insécurité juridique à sortir de son
chapeau une coutume constitutionnelle en fonction des besoins politiques du jour. Mais selon
M. Dumont, on peut interpréter l’art. 33 en fondant une primauté du texte constitutionnel, et
non pas une plénitude/exhaustivité car tout texte qui prétend à la plénitude/l’exhaustivité
s’expose à cours sûr à des démentis. Un texte comprend inévitablement des lacunes, il n’y a
pas de texte complet.
72
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Oui, les pouvoirs doivent être exercés de la manière établie par la C° ; donc la C° écrite du 7
février 1831 (en ce compris les révisions successives) prime sur toute autre coutume
constitutionnelle mais rien n’empêche d’intégrer dans la notion de C° les coutumes
supplétives, qui peuvent combler les lacunes et les blocs laissés par le texte constitutionnel.

M. Dumont déduit donc de l’art. 33 un principe de primauté et non pas un principe


d’exhaustivité. Il faut maintenant exposer les critères qui permettent d’identifier les
coutumes constitutionnelles.

3. Deuxième sous-question : quels sont les critères de reconnaissance des coutumes


constitutionnelles ?
Il faut tout d’abord être face à usage qui se répète de manière régulière avec l’opinio iuris (la
conviction selon laquelle cette coutume est obligatoire en droit) !une coutume est un
usage obligatoire en droit.

Mais comment savoir si une coutume est obligatoire en droit ? La doctrine établit 3 critères :
1. Il faut que la pratique en question soit nécessairement impliquée ou permise
par un texte de droit constitutionnel ou un principe général de droit à valeur
constitutionnelle. La C° écrite prime sur toute coutume constitutionnelle.
2. Il faut que cette pratique soit exigée par le fonctionnement harmonieux du
système constitutionnel. Il y a une part de subjectivité dans l’appréciation de cette
exigence.
3. Il faut une forme d’attestation du caractère obligatoire (opinio iuris) par un tiers
impartial. Juge, commissions de sages, auteurs de doctrine, etc. Mais il y a des
coutumes dont l’existence ne peut jamais être attestée par un juge tout simplement
parce qu’aucun juge n’est compétent pour le faire.

3.1. Exemples

Premier exemple (exemple de règle coutumière nécessairement impliquée par les


articles 88 et 101 de la Constitution – organisent la responsabilité des ministres
devant la chambre) : la règle qui commande à un ministre désavoué par la Chambre
de démissionner.

C’est un processus typiquement coutumier - qui remonte du reste aux origines britanniques
du régime Parlementaire - qui a engendré cette règle qui veut que la responsabilité politique
des ministres passent par l’obligation de démissionner quand ils sont désavoués par une
majorité. Il s’agit de l’interprétation qui est associé au mot responsable, est-ce qu’on a besoin
de la notion de coutume constitutionnelle pour établir cette obligation ?

Quant à la juridicité de cette règle, elle ne semble pas douteuse alors qu’elle n’est pas
justiciable : aucun juge ne pourrait contraindre un ministre désavoué par la Chambre à
démissionner, ce qui n’empêchera pas ce dernier d’éprouver la conviction qu’il doit s’effacer
au nom d’une règle de droit, ou d’au moins s’entendre dire par la communauté des juristes
que tel est son devoir en droit.
73
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Deuxième exemple (exemple de règle coutumière nécessairement impliquée par les


articles 88 et 101 de la Constitution et le principe général de droit de la continuité du
service public) : la règle selon laquelle un Gouvernement démissionnaire doit
expédier les affaires courantes.

Il s’agit de la règle qui veut que quand la démission officieuse d’un Gouvernement a été
acceptée par le roi, ce Gouvernement démissionnaire doit expédier les affaires courantes.
L’expédition des affaires courantes est une obligation juridique, mais elle n’est consacrée nul
part dans la C°. Cette coutume répond à tous les critères de reconnaissance d’une coutume
constitutionnelle :
(1) L’origine de celle-ci est une pratique du Palais royal qui est très logique : elle est
parfaitement conforme aux critères de reconnaissance d’une coutume
constitutionnelle, il n’y a rien dans le texte constitutionnel qui s’y oppose. Au
contraire, celui-ci contient la règle de la responsabilité ministérielle.

(2) Le fonctionnement harmonieux du système constitutionnel postule cette règle. C’est


un compromis entre deux règles conduisant logiquement à cette obligation d’expédier
les affaires courantes :
• la règle de la responsabilité
• la règle de la continuité du service public
(3) Depuis l’arrêt de juillet 1975 rendu par le CE, il y a toute une jurisprudence sur cette
coutume qui implique qu’il n’y a aucun doute sur la fait que c’est bien une règle de
droit.

Un Gouvernement qui a déjà présenté sa démission ne peut plus être renversé, obligé de
démissionner ! dès lors qu’il a démissionné, il n’est plus responsable, étant donné que la
responsabilité comporte l’obligation de démissionner quand on est remis en cause ; mais si
le Gouvernement a déjà démissionné par hypothèse, il ne peut plus démissionner une
deuxième fois ! Il est donc irresponsable. Si on prend le principe de la responsabilité
isolément, on devrait en déduire que du jour au lendemain, quand le Gouvernement a
présenté sa démission ; il ne peut plus rien faire, puisqu’il est devenu irresponsable. Or, la C°
exige le respect de la règle de la responsabilité.

Si on raisonne comme cela, on se heurte à une autre règle : au principe général de la


continuité de l’Etat. Pris isolément, ce principe aboutit au raisonnement inverse : démission
ou pas démission, la continuité de l’Etat doit être assurée et donc le Gouvernement doit
continuer à assurer ses pouvoirs ! si on tombe dans cet extrême, on contredit la règle de la
responsabilité.

On comprend donc le Palais royal qui dit impose à un Gouvernement démissionnaire


d’expédier les affaires courantes, c’est-à-dire le minimum minimorum indispensable pour la
continuité de l’Etat. De manière générale, on s'accorde au moins à distinguer trois types
d'affaires courantes :
(1) les affaires courantes peuvent ensuite s’identifier aux affaires « en cours », c’est-à-
dire, des affaires qui constituent l’aboutissement normal et attendu de procédures
entamées avant la démission du Gouvernement ! il s’agit simplement de les mener
à leur terme.
(2) les affaires courantes peuvent tout d’abord s’identifier aux affaires « banales », qui
relèvent de la gestion quotidienne – du « train-train », oserait-on dire – des affaires
publiques.
74
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(3) les affaires courantes peuvent enfin s’identifier aux affaires « qui courent », c’est-à-
dire, aux affaires urgentes qui, si elles n’étaient pas réglées sur le champ,
risqueraient de causer un préjudice irréparable à la collectivité

Le Palais royal a donc appliqué cette coutume jusqu’au jour où un arrêté ministériel (signé
par un ministre) est édicté par un Gouvernement démissionnaire " recours au Conseil
d’Etat. Ce dernier, qui dans une jurisprudence antérieure se déclarait incompétent pour
vérifier la validité des arrêtés ministériels, s’estime compétent dès 1975. Il est le seul qui
pourrait annuler un tel arrêté qui serait pris en dehors du respect des limites inhérentes à la
notion d’affaires courantes. Désormais, tous les actes pris par le Gouvernement
démissionnaire qui excède la limite des affaires courantes sont annulés par la SCA3 du CE.

De façon significative, le Conseil d’Etat ne présente toutefois pas la règle comme une
coutume constitutionnelle dans son arrêt du 14 juillet 1975, mais comme « une règle non
écrite » qui procède de « l’économie générale de la Constitution ». Plus tard, il dira
expressément que c’est le principe de la continuité du service public, dont la nature de
principe général du droit est unanimement reconnue, qui fonde la notion d’affaires courantes.
10/03/2015

Rappel du cours précédent


Nous en sommes à l’analyse des différentes couches constitutionnelles au sens formel large. Au sommet de cette
pyramide, on peut placer le décret du 18 novembre 1830 qui consacre l’indépendance du peuple belge et donc
l’existence-même de l’Etat ! une C° présuppose un Etat, et on ne peut pas admettre que le PC dérivé dispose
de l’Etat ; seul le PC originaire pourrait y mettre fin au terme d’une procédure inévitablement révolutionnaire.
Deuxième niveau : la C° du 7 février 1831 telle qu’elle a été révisée successivement. Troisième niveau : les PGD
à valeur constitutionnelle et les coutumes constitutionnelles. La difficulté de la matière procède du fait que la C°
écrite ne reconnaît pas l’existence de ces coutumes constitutionnelles, et qu’une lecture littérale de l’art. 33 al. 2
pourrait donner à penser qu’il n’y a pas de place pour les coutumes constitutionnelles en Belgique. M. Dumont ne
partage pas cette interprétation littérale et croit qu’il faut lier l’art. 33 al. 2 de la façon suivante : il y a bien un
principe de prééminence du texte constitutionnel, mais pas un principe de plénitude, d’exhaustivité " il
y a inévitablement des lacunes dans ce texte qui peuvent être comblées par des coutumes constitutionnelles.
Mais bien sûr, ces coutumes ne peuvent en principe (il y a donc des exceptions) pas déroger au texte de la C°. Le
principe est donc établi : il y a place pour les coutumes constitutionnelles, la questions est de savoir comment les
reconnaître (cf. critères supra).

Troisième exemple (exemple de règle permise par le texte constitutionnel [art. 88 et


106 de la Constitution] et exigée par le fonctionnement harmonieux du système
constitutionnel) : la règle qui veut que « nul ne peut découvrir la couronne ».

Cet adage signifie que dans les rapports entre le Roi et ses ministres, le Roi ne peut pas
révéler le contenu des discussions qu’il a eu et l’inverse, les ministres ne peuvent pas révéler
le contenu des entretiens qu’ils ont eu avec le Roi " la règle du secret s’applique au
colloque singulier ! aux conversations que le Roi peut avoir avec l’un ou l’autre de ses
ministres. Cette règle du secret ne se trouve nul part dans la C°, et précisément c’est une
pratique qui a finit par s’imposer progressivement dès le 19e s.

                                                                                                                       
3
Section du Contentieux Administratif du Conseil d’Etat.
75
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Cette coutume répond à tous les critères de reconnaissance d’une coutume


constitutionnelle :
(1) Elle est très largement en harmonie avec deux articles de la C° :
• Art. 88 : « La personne du Roi est inviolable; ses ministres sont responsables. » Cet article dit
que le Roi est irresponsable en droit, il n’a pas de comptes à rendre, il n’a aucune
responsabilité politique.
• Art. 106 : « Aucun acte du Roi ne peut avoir d'effet, s'il n'est contresigné par un ministre, qui,
par cela seul, s'en rend responsable. » Jamais un député ne peut mettre en cause le roi, il doit
alors remettre en cause un ministre car c’est toujours un ministre qui couvre le Roi ; par son
contreseing il s’en rend responsable.
(2) On comprend de la combinaison de ces deux articles implique que pour assurer le
fonctionnement harmonieux du système constitutionnel, il faut appliquer l’adage « nul
ne peut découvrir la couronne. » Il faut respecter la règle du secret car si les propos
du Roi sont révélés, il est fragilisé parce qu’il est amené à se justifier OR il n’a pas à
se justifier.
(3) Cette règle répond également au dernier critère - l’attestation par un tiers : des arrêts
du CE déclarent que si tel ou tel pièce d’un dossier laisse entendre que le Roi a pris
telle ou telle décision, cette pièce est immédiatement du dossier ; on ne peut pas se
justifier en apportant un élément de preuve qui révélerait la position du roi.

Quatrième exemple (exemple de règle permise par le texte constitutionnel et exigée


par le fonctionnement harmonieux du système constitutionnel): la règle du
consensus qui régit les délibérations du Conseil des ministres, et qui est aujourd’hui
consacrée par l’article 69 de la loi spéciale du 8 août 1980 de réformes
institutionnelles aux niveaux régional et communautaire.

Cette règle est assez subtile. Elle signifie qu’au Conseil de Ministres, on ne prend pas les
décisions à la majorité. Mais on ne peut pas non plus dire que l’on prend toutes les décisions
à l’unanimité ! puisqu’on ne vote pas on ne sait pas si il y a une majorité ou une unanimité.
C’est le premier ministre, qui au terme d’une discussion ouverte, d’une délibération à laquelle
chaque ministre a pu prendre part, qu’il perçoit un consensus, qu’un accord est
manifestement en train de se dégager ! il s’agit donc d’une perception et non d’un vote. Ce
qui permet au premier ministre de percevoir cet accord est l’absence de contestation, d’une
prise de parole par un ministre qui s’oppose. Si personne n’élève la voix pour dire qu’il n’est
pas d’accord, cela veut dire qu’il y a un accord.

(1) Cette règle du consensus est confirmée par l’article 69 de la loi spéciale du 8 août
1980 de réformes institutionnelles aux niveaux régional et communautaire ; quand les
Gouvernements des communautés et des régions ont été établis, il a été décidé que
la règle du consensus qui était déjà d’application au Conseil des ministres soit
également appliquées à ces Gouvernements.
(2) Cette règle est postulée par l’exigence d’un fonctionnement harmonieux du système
constitutionnel parce que le Conseil des ministres est paritaire : il contient autant de
ministres d’expression FR que d’expression NL. Quand le Conseil des ministres
prend une décision, celle-ci engage de manière solidaire tout le Gouvernement ; si un
ministre se désolidarise, le Roi pourrait le révoquer.
(3) Avant cet article, donc avant 1980, la seule source de cette règle est la coutume
constitutionnelle ; une pratique considérée comme obligatoire appliquée par tous les
premiers ministres, que rien ne contredit dans le texte constitutionnel. La doctrine
l’attestait de manière unanime, quand bien même la règle ne peut pas être
sanctionnée par un juge ! aucun juge ne pourrait annuler un arrêté royal comme
quoi il n’aurait pas respecté la règle du consensus.
76
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

La règle qui veut que l’on ne vote pas au sein du Conseil des ministres ne peut pas être
présentée comme une conséquence logique et nécessaire des principes de la solidarité
ministérielle et du secret des délibérations. Une décision prise par une majorité composée
potentiellement d’une aile linguistique homogène, avec l’appui d’un ou deux ministres de
l’autre corps, est une décision qui risque de provoquer des tensions énormes, si pas la chute
du Gouvernement. La règle de l’unanimité est plus dure, parce qu’alors un seul homme peut
faire échouer la décision " la règle du consensus est plus subtile.

4. Troisième sous-question : quel est le rang des coutumes constitutionnelles dans la


hiérarchie des normes ?
Puisqu’en principe, les coutumes constitutionnelles ne peuvent pas contredire le texte de la
C°, il faut situer celles-ci au rang intermédiaire entre la C° écrite et le rang législatif ! elles
ont donc une valeur supra-législative. On reconnaît aux coutumes constitutionnelles une
force supplétive pour suppléer aux lacunes du texte ! elles ne peuvent pas déroger à la C°
mais elles s’imposent au pouvoir constitué.

Est-ce qu’une révision de la C° est nécessaire pour modifier une coutume constitutionnelle ?
Tout dépend des liens qui unissent la coutume constitutionnelle aux contraintes du texte
constitutionnel. On ne peut évidemment pas modifier une telle coutume sans réviser la C° si
celle-ci est indissociable du texte constitutionnel.

Ex : La règle de la responsabilité ministérielle à l’échelle du Gouvernement tout entier.


Imaginons que l’ensemble du Gouvernement est désavoué par une majorité de députés à
l’occasion du vote d’un projet de loi. Jusque la grande révision de la C° de 1993, de
l’introduction du régime Parlementaire rationalisé ; le Gouvernement devait démissionner en
vertu de la coutume constitutionnelle, de l’interprétation du mot responsable. En 1993, on
décide de modifier les règles du jeu et de limiter les cas où un Gouvernement est
juridiquement obligé de démissionner : l’art. 96 de la C° énonce les cas où un Gouvernement
est juridiquement forcé à démissionner.

« Le Roi nomme et révoque ses ministres.


Le Gouvernement fédéral remet sa démission au Roi si la Chambre des représentants, à la majorité absolue de
ses membres, adopte une motion de méfiance proposant au Roi la nomination d'un successeur au Premier
Ministre, ou propose au Roi la nomination d'un successeur au Premier Ministre dans les trois jours du rejet d'une
motion de confiance. Le Roi nomme Premier Ministre le successeur proposé, qui entre en fonction au moment où
le nouveau Gouvernement fédéral prête serment. »

La modification de la vieille coutume constitutionnelle ne pouvait pas se faire autrement que


par une révision du texte de la C° parce que c’est le mot responsable qui faisait brutalement
l’objet d’une nouvelle interprétation.

5. Quatrième sous-question: quelle différence entre les conventions de la Constitution para-


légales et les coutumes constitutionnelles ?
En principe, les coutumes constitutionnelles ne peuvent pas déroger au texte de la C°. Mais
il y a des exceptions, des cas où de toute évidence une pratique considérée comme
obligatoire déroge au texte constitutionnel. Certains parlent de coutumes contra-legem, mais
M. Dumont préfère parler de « conventions de la C° para-légales. »

Quand on a évoqué les degrés de rigidité de la C° formel, M. Dumont a placé tout en bas la
C° souple, en donnant l’exemple de la C° du R-U : une C° exclusivement au sens matériel
faite de lois, règles de jurisprudence, de coutumes et de conventions de la C°. Ces dernières
sont connues au R-U comme des pratiques considérées comme politiquement obligatoires,
étant entendu que les cours et tribunaux ne peuvent pas sanctionner leurs éventuelles
méconnaissances de ces usages.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Ex : la reine doit nommer comme Premier ministre le président du parti qui gagne les élections " si la reine
méconnait, la règle, aucun juge ne pourra la rappeler à l’ordre.

En droit Belge, il y a des conventions de la C°, des usages considérés comme politiquement
obligatoires qui échappent à la connaissance des cours et tribunaux et qui contredisent le
texte constitutionnel ! d’où l’expression de « conventions de la C° para-légales. »

C’est un cas de figure qui dérange tous les constitutionnalistes. Ces derniers sont payés
pour décrire les règles de droit, et quand on fait une telle description on l’endosse. Donc il est
bien évidemment difficile de reconnaître qu’il y a des pratiques qui se sont imposées malgré
la contrariété avec le texte constitutionnel. Même si on ne veut pas les voir, ces règles sont
très légitimes. Deux exemples d’écart par rapport à l’art. 106 de la C° :

Art. 106
« Aucun acte du Roi ne peut avoir d'effet, s'il n'est contresigné par un ministre, qui, par cela seul, s'en rend
responsable. »

Premier exemple de conventions de la Constitution : l’obligation pour le Roi de


s’incliner en cas de désaccord persistant avec ses ministres.

Art. 106
« Aucun acte du Roi ne peut avoir d'effet, s'il n'est contresigné par un ministre, qui, par cela seul, s'en rend
responsable. »

Que se passe-t-il si le Roi et les ministres (membres du Gouvernement) sont en désaccord ?


Le texte de l’art. 106 ne dit pas qu’en cas de désaccord persistent, le Roi doit s’incliner
puisqu’aucun acte du Roi ne peut avoir d’effets s’il n’est pas contresigné par un ministres !
aussi longtemps qu’il n’y a pas accord entre le Roi et au moins un ministre, aucune décision
n’est prise. Manifestement, dans texte de l’art. 106 et dans l’esprit du constituant de 1831,
l’idée est que le Roi et les ministres doivent aller de concert ! ils doivent toujours parvenir à
un accord.

Léopold Ier, premier Roi des Belges, n’aurait jamais accepté de monter sur le trône si on lui
avait dit qu’au moins depuis la grande crise autour de la question royale sous Léopold III en
1950, il n’y a aucun doute possible : en cas de désaccord persistant entre le Roi et ses
ministres, le Roi doit s’incliner.

Cette convention de la C° para-légale paraît tout à fait légitime : il n’y a rien qui permettrait
d’accepter que dans un Etat qui se dit démocratique, le Roi pourrait à un moment donné
- bloquer une décision du Gouvernement ;
- provoquer la démission du Gouvernement ;
- se mettre à la recherche d’un autre Gouvernement qui ne prendrait pas cette même
décision.
Le roi n’a pas de légitimité démocratique ! il n’y a rien qui permettrait d’accepter en
démocratie qu’un roi, désigné par la seule règle de l’hérédité, totalement dénuée de la
moindre légitimité démocratique, puisse empêcher l’adoption d’une décision voulue par un
Gouvernement responsable devant la Chambre.

Au 19e s, sur base de la notion de « légitimité démocratique », on doit bien considérer que
l’art. 106 de la C° est dépassée : il faudrait le réviser. En attendant, c’est une convention de
la C° para-légale qui supplante le texte.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Second exemple de conventions de la Constitution : le principe de la nécessaire


délibération en Conseil des ministres de toute question politique importante.

« Aucun acte du Roi ne peut avoir d'effet, s'il n'est contresigné par un ministre, qui, par cela seul, s'en rend
responsable. »

Cela signifie que quand la C° ou la loi ne prévoit pas une délibération collégiale du Conseil
des ministres, un arrêté royal est parfaitement valide si il est signé par le roi et contresigné
par un seul ministre. Or, une convention de la C° exige que pour toutes les affaires
politiquement importantes, une délibération du Conseil des ministres est indispensables !
un seul ministre ne peut pas engager le Gouvernement, quand bien même le texte de l’art.
106 de la C° dit le contraire.

Il y a donc un principe de collégialité qui s’est imposé pour de très bonnes raisons :
- le Conseil des ministres est paritaire ;
- il y a une certaine solidarité parmi les ministres ;
- la règle du consensus est également d’application.
On veut éviter qu’un seul ministre aille imposer des décisions qui n’ont pas été
préalablement délibérée collégialement par le Conseil des ministres tout entier.

Un arrêt de la C. Cass du 10 avril 1987 refuse de faire de cette convention de la C° une


règle de droit justiciable. Le procureur général Velu dit dans ses conclusions que c’est une
convention de la C° mais ce n’est une règle de droit dont le respect pouvait être assurée par
la Cour de cassation ! un pourvoi en cassation introduit par un ministre sans délibération
préalable du Conseil des ministres est parfaitement recevable.

« S’il est d’usage que le Conseil des ministres délibère et décide lorsqu’il s’agit d’affaires présentant une certaine
importance, l’absence de délibération n’affecte pas en elle-même la validité d’un acte accompli par un ministre en
4
pareille matière. »

Cette jurisprudence n’affaiblit que marginalement l’effectivité de la règle para-légale de la


collégialité et la conviction qu’elle est au moins politiquement obligatoire. Elle est d’autant
plus légitime aux yeux des responsables politiques qu’elle donne à la règle constitutionnelle
de la parité linguistique du Conseil des ministres une portée particulièrement précieuse pour
la paix communautaire en s’appliquant à tous les projets de lois avant leur dépôt sur le
bureau de la Chambre des représentants.

                                                                                                                       
4
Cass (Ch. Réunies), 10 avril 1987, A.P., 1987, p. 289.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

d. Cinquième composante : la jurisprudence constitutionnelle


La jurisprudence constitutionnelle est l’ensemble de décisions de la CC en particulier, de la
C. Cass et du CE ; dans la mesure où les interprétations qui sont procurées à la C° par ces
juridictions suprêmes s’incorporent à celle-ci. Il faut lire les articles de la C° en ayant en tête
la jurisprudence. Bien sûr, il y a des revirements de jurisprudence ; mais ce qui est certain
c’est que la loi doit se soumettre à celle-ci ! les pouvoirs législatifs aux niveaux fédéral et
fédéré doivent respecter les normes constitutionnelles telles qu’elles sont interprétées par la
CC.

DONC, la notion de C° au sens formel large reprend :


- la C° au sens formel strict ! C° de 1831 et révisions successives de celle-ci ;
- les deux décrets des 18 et 24 novembre 1830 adoptés par le Congrès
national ;
- les coutumes constitutionnelles ;
- les conventions de la C° para-légales ;
- la jurisprudence constitutionnelle.

e. Constitution et les lois


Pour comprendre cette distinction, il faut revenir sur les deux grandes caractéristiques de la
C° formelle au sens strict : la rigidité et la suprématie.

B. La Constitution belge est une Constitution très rigide

Pour s’en convaincre, il faut aborder trois questions :


- Qui peut réviser la C° ? (a.)
- Dans le respect de quelles règles procédurales ? (b.)
- Dans le respect de quelles règles de fond ?

a. L'auteur de la révision
La loi est faite par le pouvoir législatif : la Chambre, le Sénat, et le Roi (art. 36 de la C°).

« Le pouvoir législatif fédéral s'exerce collectivement par le Roi, la Chambre des représentants et le Sénat. »
NB : Depuis la réforme de l’Etat de 2014, la procédure de droit commun est le monocaméralisme : la Chambre et
le Roi.

La C° ne peut être modifiée que par la Chambre, le Sénat, et le Roi ; MAIS après l’adoption
d’une déclaration de révision de la C° qui provoque la dissolution des Chambres, et par
conséquent la convocation des électeurs " l’auteur des révisions constitutionnelles ne
peut être confondu avec l’auteur des lois (spéciales ou ordinaire) ; il s’agit du PC dérivé
institué par l’art. 195 de la C°. Le pouvoir législatif peut légiférer à tout moment mais le PC
dérivé ne peut intervenir que s’il y a eu dissolution des chambres et convocation de nouvelles
chambres

1er commentaire : on pratique donc la technique du dédoublement fonctionnel : un même


organe est mis au service de deux fonctions tout à fait différentes
- fonction législative : le pouvoir législatif peut adopter des lois,
- fonction de PC dérivé : quand il est renouvelé conformément à l’art. 195 il peut en
plus réviser la C°

2e commentaire : la technique de la Convention nationale a donc été écartée ! on ne


réunit pas un Congrès uniquement composé pour révise la C° " on utilise les mêmes
chambres pour faire la loi et pour réviser la C°, pour autant que ces Chambres ont été
spécialement renouvelées à cette effet.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

3e commentaire : le référendum constituant révisé n’a pas été réglé dans cette procédure,
l’art. 195 ne permet pas au peuple d’exercer le PC dérivé par la voie d’un référendum ! l’art.
195 est incompatible avec le référendum et avec la consultation populaire (cf. Droit
Constitutionnel II)

Art. 195
« Le pouvoir législatif fédéral a le droit de déclarer qu'il y a lieu à la révision de telle disposition constitutionnelle
qu'il désigne.
Après cette déclaration, les deux Chambres sont dissoutes de plein droit.
Il en sera convoqué deux nouvelles, conformément à l'article 46.
Ces Chambres statuent, d'un commun accord avec le Roi, sur les points soumis à la révision.
Dans ce cas, les Chambres ne pourront délibérer si deux tiers au moins des membres qui composent chacune
d'elles ne sont présents; et nul changement ne sera adopté s'il ne réunit au moins les deux tiers des suffrages.

Disposition transitoire
[…]
Les Chambres ne pourront délibérer sur les points visés à l'alinéa 1er si deux tiers au moins des membres qui
composent chacune d'elles ne sont présents; et nul changement ne sera adopté s'il ne réunit au moins les deux
tiers des suffrages.
La présente disposition transitoire ne constitue pas une déclaration au sens de l'article 195, alinéa 2. »

b. La procédure de révision - Rappel du cours de SPD du Q1

Siège de la matière
La C° belge date du 7 février 1831 et est l’œuvre du Congrès national. Son élaboration fut, à
l’époque, extrêmement rapide. Depuis lors, elle a été modifiée à maintes reprises. La C° du 7
février 1831 a elle-même fixé la procédure applicable à sa propre révision. Celle-ci est
demeurée inchangée depuis lors, et est énoncée à l’art. 195 :

« Le pouvoir législatif fédéral a le droit de déclarer qu'il y a lieu à la révision de telle disposition constitutionnelle
qu'il dé[Link]ès cette déclaration, les deux Chambres sont dissoutes de plein [Link] en sera convoqué deux
nouvelles, conformément à l'article 46.
Ces Chambres statuent, d'un commun accord avec le Roi, sur les points soumis à la révision.
Dans ce cas, les Chambres ne pourront délibérer si deux tiers au moins des membres qui composent chacune
d'elles ne sont présents; et nul changement ne sera adopté s'il ne réunit au moins les deux tiers des suffrages ».

1. 1e phase : la déclaration de révision (cf. art. 195, al. 1e)


La procédure de révision de la Constitution est déclenchée par l’adoption, par chacune des
trois branches du pouvoir législatif (art. 36), d’une déclaration de révision de la Constitution.
Cette déclaration prend en pratique la forme d’une liste visant les articles d’ores et déjà
existants de la Constitution qu’il y aurait lieu de modifier ou, le cas échéant, d’abroger, et/ou
les articles non encore existants dans la Constitution qu’il y aurait lieu d’y insérer.

Exemple issu de la déclaration de révision de la Constitution du 25 avril 2014 (Mon. B., 28 avril 2014)
« Les Chambres déclarent qu'il y a lieu à révision :- de l'article 7bis de la Constitution;- du titre II de la
Constitution, en vue d'y insérer des dispositions nouvelles permettant d'assurer la protection des droits et libertés
garantis par la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;
- du titre II de la Constitution, en vue d'y insérer un article nouveau permettant de garantir la jouissance des droits
et libertés aux personnes handicapées ;
- du titre II de la Constitution, en vue d’y insérer un article nouveau garantissant le droit à la sécurité ;
- de l'article 10, alinéa 2, deuxième membre de phrase, de la Constitution ;
- de l'article 21, alinéa 1er, de la Constitution ;
- de l'article 22 de la Constitution ;
- de l'article 23 de la Constitution, en vue d'y ajouter un alinéa concernant le droit du citoyen à un service
universel en matière de poste, de communication et de mobilité;- de l'article 25 de la Constitution, en vue d'y
ajouter un alinéa permettant d'élargir les garanties de la presse aux autres moyens d'information;
- de l'article 28 de la Constitution; - de l'article 29 de la Constitution; -...»
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Au niveau des Chambres, la procédure suivie est assez comparable à la procédure


législative «normale», notamment du point de vue des quorums de présence et de vote
applicables (droit commun de l’art. 53 de la C°) :
- la majorité des membres doit être présente,
- la majorité des suffrages exprimés doit être positive (les abstentions ne constituant
pas des suffrages exprimés).

Il faut cependant noter qu’à la différence de la procédure législative « normale », il n’y a


qu’un vote « article par article » ; il n’y a pas de vote supplémentaire sur l’ensemble du texte.
A la différence de la procédure législative « normale » (en tout cas celle applicable aux lois
dite « bicamérales intégrales »), les chambres ne doivent pas s’accorder sur le même texte ;
simplement, ne seront retenus, dans la déclaration des deux chambres publiée au Moniteur,
que les éléments communs des deux listes adoptées séparément. Enfin, il n’y a pas d’avis
de la section de législation qui soit sollicité sur la déclaration de révision de la Constitution (ni
sur la révision de la Constitution, d’ailleurs). La phase dite « préconstituante » s’achève donc
par la publication au Moniteur des trois déclarations respectives.

2. 2e phase : la dissolution des Chambres (cf. art. 195, al. 2 et 3, C°.)


La publication au Moniteur des déclarations de révision respectives du Roi, de la Chambre
des représentants et du Sénat, a pour effet de dissoudre de plein droit les deux assemblées
précitées. Dans les 40 jours, de nouvelles élections sont organisées (art. 195, al. 2 et al. 3).

La ratio legis de cette dissolution automatique/élection, qui alourdit considérablement le


processus, est d’associer le peuple à l’œuvre de révision, et de lui permettre d’avoir voix au
chapitre dans l’orientation de celle-ci. On renverra au Cours de droit constitutionnel quant à
l’analyse de l’effectivité pratique d’un tel procédé.

3. 3e phase : l'acte de révision (cf. art. 195, al. 4 et 5, C°.)


Les Chambres renouvelées sont « constituantes », c’est-à-dire habilitées à procéder à la
révision de la Constitution, pour toute la durée de la législature ouverte par les nouvelles
élections (à l’heure actuelle, la législature fédérale dure 4 ans, sauf dissolution anticipée. La
sixième réforme de l’État porterait cette durée à 5 ans).

Leur habilitation à réviser est cependant bornée par la déclaration de révision : seuls les
points soumis à révision par celle-ci pourront effectivement faire l’objet d’une révision. Il
n’empêche cependant que, dans le cadre ainsi tracé, subsiste une large marge de
manœuvre :
- il n’y a aucune obligation de réviser effectivement ce qui a été ouvert à révision ;
- le pouvoir constituant n’est nullement lié par les indications données par le
préconstituant quant au sens ou au contenu de la révision à opérer, que cette
indication soit explicitement contenue dans la déclaration de révision publiée au
Moniteur, dans les travaux préparatoires de la déclaration de révision de la
Constitution, ou dans un « accord politique » préalable à l’adoption de la révision de
la Constitution.

Cette liberté d’action par rapport aux indications du préconstituant est cependant limitée
dans deux hypothèses :
1. Lorsque la déclaration de révision de la Constitution vise l’insertion de dispositions
nouvelles dans la Constitution, il incombe au préconstituant d’indiquer l’objet de ces
nouvelles dispositions, étant entendu que cette indication liera le Constituant. Celui-ci
ne pourra donner aux dispositions nouvellement insérées un autre objet que celui-ci
qui a été indiqué.
82
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Exemple repris de la déclaration de révision du 25 avril 2014 : « Les Chambres déclarent qu'il y a lieu à
révision :(....)- du titre II de la Constitution, en vue d'y insérer un article nouveau permettant de garantir la
jouissance des droits et libertés aux personnes handicapées; (...)- de l'article 25 de la Constitution, en vue d'y
ajouter un alinéa permettant d'élargir les garanties de la presse aux autres moyens d'information;-...»

2. Lorsque la déclaration de révision vise une disposition existante de la Constitution en


vue de l’abroger. Le Constituant conserve la liberté de décider s’il procède ou non à
cette abrogation. Il ne peut cependant modifier la disposition concernée dans un autre
sens que celui de son abrogation.

La procédure d’adoption de la révision constitutionnelle proprement dite est à mains égards


comparable à celle applicable aux lois dites « bicamérales intégrales» (Art. 77, 1°, de la
Constitution). En particulier, Chambre des représentants et Sénat sont mis sur un strict pied
d’égalité, en sorte que le texte doit « faire la navette » entre les deux assemblées jusqu’à ce
qui ait accord entre celles-ci sur un texte identique (après quoi, viendront la sanction et la
promulgation par le Roi, respectivement en sa qualité de troisième branche du pouvoir
législatif et de chef du pouvoir exécutif).

Quelques différences doivent cependant être notées :


(1) La première, et la plus importante, est celle des quorums « renforcés » applicables : «
les Chambres ne pourront délibérer si deux tiers au moins des membres qui
composent chacune d'elles ne sont présents ; et nul changement ne sera adopté s'il
ne réunit au moins les deux tiers des suffrages » (art. 195 de la C°, al. 5. Comp. avec
l’art. 53 de la C° pour les lois ordinaires, et avec l’art. 4 de la C°, pour les lois dites «
spéciales »). Les membres qui s’abstiennent lors du vote sont comptabilisés pour la
détermination du quorum des présences, mais non pour le calcul du quorum des
votes.

(2) La section de législation du Conseil d’État ne donne pas d’avis sur les projets ou
propositions de modification de la Constitution qui sont déposés.
Avis 51.195/AG de la section de législation du Conseil d’État du 3 mai 2012 sur une proposition de loi « portant
réforme de l’arrondissement judiciaire de Bruxelles » (Doc. parl., Ch., 2011-2012, n° 53-2140/001) :
é e
« Selon l’article 2, §1 , alinéa 1 , des lois sur le Conseil d’État, coordonnées le 12 janvier 1973, la section de
législation doit donner un avis motivé ‘sur le texte de tous projets ou propositions de loi, de décret et
d’ordonnance, ou d’amendements à ces projets et propositions dont elle est saisie par le Président du Sénat, de
la Chambre des représentants, d’un Parlement de communauté et de région, de la Commission communautaire
française ou de l’ Assemblée réunie visées respectivement aux alinéas 3 et 4 de l’article 60 de la loi spéciale du
12 janvier 1989 relative aux institutions bruxelloises. Ni cette disposition ni aucune autre disposition des lois sur le
Conseil d’État ne mentionne la possibilité de soumettre au Conseil d’État des propositions (ou des projets) de
révision de la Constitution. Faute d’une mention formelle de la possibilité de donner un avis sur une proposition
(ou un projet) de révision de la Constitution, le Conseil d’État est dépourvu de compétence pour donner un avis
sur une telle proposition (ou un tel projet). Au demeurant, le Conseil d’État n’a pas été saisi en l’espèce d’une
demande d’avis sur cette proposition de révision de la Constitution ».

(3) Il n’y a pas de vote préalable de « prise en considération » des propositions de


révision déposées.

(4) Les projets et propositions de révision ne sont pas envoyés, en fonction de leur objet
spécifique, aux commissions ordinaires de la Chambre et du Sénat, mais centralisées
au sein de commissions uniques au sein de chacune de ces assemblées (la
Commission pour la révision de la Constitution pour la Chambre, et Commission des
affaires institutionnelles au Sénat).
83
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(5) Bien que cette question ne soit pas explicitement réglée par la C° elle- même, la
doctrine majoritaire enseigne que la disposition constitutionnelle modifiée ou ajoutée
entre immédiatement en vigueur sitôt sa publication au Moniteur belge, à moins qu’il
n’en ait été expressément disposé autrement (exemple : l’art. 35 de la C° et la
disposition transitoire qui l’accompagne).

Contrôle
Les violations de l’art. 195 qui seraient commises à l’occasion d’une révision de la C° ne sont
pas censurables par un quelconque juge belge. Si l’art. 195 de la C° est incontestablement
une disposition juridique, elle pâtit partant d’une absence de justiciabilité (sur la distinction
entre juridicité et justiciabilité, cf. supra). Pour rappel (cf. supra), une proposition de révision
de la C° ne donne pas davantage lieu à un avis de la section de législation du Conseil d’Etat.

La suprématie constitutionnelle
La C° se situe au sommet de la hiérarchie des sources formelles de droit interne (on laissera
momentanément de côté la question délicate des rapports hiérarchiques entre la C° et le
droit international et/ou européen : cf. infra).
- La C° prime donc :
- les lois spéciales ;
- les lois ordinaires,
- les décrets et ordonnances communautaires et régionaux ;
- les actes réglementaires des exécutifs fédéral, communautaires et régionaux ;
- les normes adoptées par les autorités décentralisées (communes, provinces), qui
doivent donc la respecter.

Cette primauté est inhérente à la notion même de C°. La C° belge affirme au demeurant
expressément sa propre suprématie, en son art. 33 : « Tous les pouvoirs émanent de la
[Link] sont exercés de la manière établie par la Constitution ».

Sur un plan théorique, la suprématie constitutionnelle, c’est-à-dire la primauté de la


Constitution sur l’ensemble des autres sources formelles du droit interne, ne cesserait pas
d’exister par cela seul qu’il n’existerait pas de garanties permettant de censurer les secondes
lorsqu’elles sont contraires à la première. Une obligation juridique ne cesse pas d’exister par
cela seul qu’il n’y a pas de juge pour en faire assurer le respect.

Au demeurant, et comme nous le verrons par la suite, la Belgique a longtemps fonctionné


sans aucun contrôle juridictionnel de la constitutionnalité des normes ayant valeur de loi (au
sens formel) ; cela n’empêchait pas que la Constitution, même à l’époque, primait les normes
ayant valeur de loi, et que les secondes devaient respecter la première.

Toutefois, on reconnaîtra volontiers qu’en termes d’effectivité pratique, la suprématie


constitutionnelle souffre de l’absence de mécanismes de contrainte propre à en faire assurer
le respect in concreto. L’étude des mécanismes mis en place par le droit belge à cet effet
fera l’objet de développements ultérieurs du présent cours.
84
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

c. Les critiques susceptibles d’être adressées à la procédure de révision de la


Constitution
Le plus souvent, les règles procédurales qui donnent une certaine rigidité à la C° sont
inspirées par quelques grandes préoccupations : il faut que l’on ne révise la C°
- pas trop souvent
- pas trop vite
- avec le peuple
- avec les entités fédérées

Nous allons maintenant apporter quelques critiques contre l’art. 195 de la C° afin de montrer
que cet article ne répond pas bien à ces préoccupations : il y a ici un problème d’efficacité !
aptitude d’une norme d’atteindre les objectifs qui lui sont impartis. Si l’on considère que les
objectifs de l’art. 195 devraient être d’éviter des révisions trop fréquentes, et trop rapides et
d’associer le peuple et les entités fédérées à la révision ; il faut bien alors constater
l’inefficacité de l’art. 195.

1. Première série de critiques : manque d’effectivité de l’art. 195.


L’effectivité est le degré de réalisation de la norme dans les faits, dans quelle mesure la
norme est effectivement respectée ! si une norme est plus souvent violée que respectée, il
y a alors un problème d’effectivité. Ce problème est à traiter par trois observations :

(1) 1e critique : il arrive que l’art. 195 soit violé frontalement.


Il n’est tout simplement pas appliqué ; la procédure qu’il implique est trop lourde et trop
longue, et les circonstances de la situation dans laquelle on se trouve au moment de la
violation donne de bonnes raisons de violer l’art. 195.

Premier exemple : passage du suffrage universel plural au suffrage universel.


1919, on veut modifier la règle de droit électoral et remplacer la règle du suffrage universel
plural par le suffrage universel. On est au lendemain de la PGM, on imagine mal de
composer des nouvelles chambres en appliquant encore ce suffrage universel plural
foncièrement inégalitaire " le Roi et les présidents des trois partis politiques dominants
décident que la loi installerait le suffrage universel sans attendre la révision de la C° :
- cela aurait pris trop de temps
- il aurait eu un paradoxe à composer les chambres conformément au vieux suffrage
universel plural pour demander de passer au suffrage universel
Il eu fallu le faire légalement, mais politiquement c’était presque qu’impossible ! on a
d’abord voté la loi, puis on a révisé la C°.

C’est un cas extrême, ce n’est pas un précédent qu’il faut exiler à chaque fois que l’on a
envie de prendre quelques libertés avec la C° " le passage du suffrage universel plural au
suffrage universel pur et simple est un moment tout à fait fondateur et exceptionnel.

Deuxième exemple : l’inadaptation aux exigences de l’UE - le traité de Maastricht.


Ce qui est moins rare, c’est quand la Belgique prend un engagement sur la scène
internationale ou européenne, qui n’est pas compatible avec la C°. Le traité de Maastricht en
est l’exemple le plus significatif. C’est un de ces grands traités qui ont modifiés les traités
instituant l’UE (CEE), il a été signé le 7 février 1992. Il se fait que ce traité comporte une
disposition que l’on retrouve maintenant dans l’art. 22 du TFUE.

« Tout citoyen de l'Union résidant dans un État membre dont il n'est pas ressortissant a le droit de vote et
d'éligibilité aux élections municipales dans l'État membre où il réside, dans les mêmes conditions que les
ressortissants de cet État. […] »
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Cet article accorde le droit de vote et d’éligibilité aux élections locales pour tous les citoyens
européens. Le problèmes est qu’à l’époque, l’art. 8 se limitait aux deux premiers alinéas :

« La qualité de Belge s'acquiert, se conserve et se perd d'après les règles déterminées par la loi civile.
La Constitution et les autres lois relatives aux droits politiques, déterminent quelles sont, outre cette
qualité, les conditions nécessaires pour l'exercice de ces droits.
Par dérogation à l'alinéa 2, la loi peut organiser le droit de vote des citoyens de l'Union européenne n'ayant pas la
nationalité belge, conformément aux obligations internationales et supranationales de la Belgique.
Le droit de vote visé à l'alinéa précédent peut être étendu par la loi aux résidents en Belgique qui ne sont pas des
ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, dans les conditions et selon les modalités déterminées
par ladite loi. »

L’alinéa 2 sans aucun doute réserve le bénéfice des droits politiques aux nationaux, aux
seules personnes qui avaient la nationalité Belge. Pourtant accorde le droit de vote et
d’éligibilité aux élections locales pour tous les citoyens européens est un droit politique ! il y
avait donc une contradiction fondamentale entre l’art. 22 du TFUE et l’art. 8 de la C° ! Il se
fait que la déclaration de révision de la C° n’avait absolument pas prévu l’adoption du traité
de Maastricht et ne permettait donc pas de réviser l’art. 8.

Sous la législature 1991-1995, le premier ministre Dehaene ne voyait pas du tout d’un bon
œil le strict respect de l’art. 195 de la C° car il impliquait l’adoption d’une déclaration de
révision visant l’art. 8 pour permettre à la Belgique de ratifier le traité de Maastricht et donc
d’approuver une loi d’assentiment à ce traité. Il n’a aucune envie d’appliquer l’art. 195 tout
simplement parce que la déclaration de révision visant l’art. 8 aurait eu pour effet de
dissoudre les chambres et de provoquer des élections alors qu’il venait d’être élu. Dehaene
s’est basé sur la jurisprudence Leski (primauté du droit conventionnel européen) pour
appuyer sa décision, alors que cela ne tenait absolument pas la route.

La loi d’assentiment au traité de Maastricht a été votée le 26 novembre 1992 et le procédé a


été régularisé en révisant la C° le 11 décembre 1998.

LEÇON : si l’on veut permettre à la Belgique de s’engager sur le plan international et


sur le plan européen sans ralentir tout le processus de ratification d’un traité
multilatéral, il faudrait imaginer une procédure de révision de la C° un peu plus rapide
et un peu moins rigide. Dehaene n’aurait évidemment pas pu dire « il faut d’abord attendre
la fin de la législature pour pouvoir envisager la ratification du traité de Maastricht » ! la
Belgique ne va quand même pas ralentir toute l’intégration européenne pendant des années
sous prétexte qu’on ne voulait pas revoter avant la fin de la législature. Il y a donc un
problème de rigidité excessive de l’art. 195 par rapport aux relations internationales et
européennes de l’Etat Belge qui impliquent parfois la nécessité de réviser la C° plus vite.

(2) 2e critique : l’art. 195 n’est que rarement violer de manière frontale, en
revanche il est très souvent violé de manière indirecte par le phénomène des
révisions implicites.
Une révision explicite est une révision conforme à l’art. 195 tandis qu’une révision implicite
consiste dans le fait de modifier le sens ou la portée d’une disposition constitutionnelle qui
n’est pas soumise à révision ! qui n’est donc pas inclue dans la déclaration de révision ; au
moyen d’une révision explicite d’une autre disposition qui elle est révisable.

Ex. : l’art. 39 de la C° dit que une LS va confier à des organes régionaux composés d’élus le
pouvoir de régler des matières que la LS définira. Cet article n’a jamais été ouvert à révision,
il fait partie des bases sacrées du droit constitutionnel belge ; il constitue le fondement des
régions et de la distinction entre matière régionales et matières communautaires.
86
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Il apporte une précision non négligeable à savoir que la LS ne pourra pas attribuer à ces
organes régionaux le pouvoir de régler des matières communautaires.

« La loi attribue aux organes régionaux qu'elle crée et qui sont composés de mandataires élus, la compétence de
régler les matières qu'elle détermine, à l'exception de celles visées aux articles 30 et 127 à 129, dans le ressort et
selon le mode qu'elle établit. Cette loi doit être adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa. »

Cet article a été révisé implicitement à de très nombreuses reprises.

Premier exemple : l’art. 134 de la C°.


« Les lois prises en exécution de l'article 39 déterminent la force juridique des règles que les organes qu'elles
créent prennent dans les matières qu'elles déterminent.
Elles peuvent conférer à ces organes le pouvoir de prendre des décrets ayant force de loi dans le ressort
et selon le mode qu'elles établissent. »

Cet article dit que la LS pourra accorder aux organes régionaux le pouvoir de prendre des
décrets ayant force de loi. Il modifie donc implicitement le verbe « régler » de l’art. 39.

NB : Le verbe « régler » peut vouloir dire deux choses


- le pouvoir de légiférer
- le pouvoir de prendre des règlements
Il s’agit du pouvoir de légiférer qui peut être accordé par une LS aux régions. De tout
évidence, il aurait donc fallu réviser l’art. 39, mais comme il n’était pas déclaré révisable ; il a
été révisé implicitement par l’art. 134.

Deuxième exemple : la 6e réforme de l’Etat a inséré dans la C° l’art. 135bis.


« Une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, peut attribuer, pour la région bilingue de
Bruxelles-Capitale, à la Région de Bruxelles-Capitale, des compétences non dévolues aux communautés dans
les matières visées à l'article 127, §1er, alinéa premier, 1°, et, pour ce qui concerne ces matières, le 3°. »

Cet article permet à la LS de donner à la région de Bruxelles-Capitale des compétences


dans les matières communautaires ; alors que l’art. 39 l’interdisait.

DONC, de toute évidence, l’effectivité de l’art. 195 est faible : on ne respecte pas
effectivement la procédure de cet article puisqu’au lieu de ne réviser que les points
soumis à révision, les articles déclarés révisables ; on procède souvent à des
révisions indirectes, implicites, qui consistent à modifier le sens ou la portée d’une
règle de droit constitutionnelle non révisable par le truchement d’une révision
apportée à un autre article. Les cas sont très nombreux.

(3) 3e critique : la technique de la greffe est une autre façon indirecte de violer
l’art. 195 et d’en affaiblir l’effectivité de ce dernier.
Le procédé de la greffe consiste à insérer dans un article qui est soumis à révision une règle
afférente à une matière étrangère à cet article. Si on respecte l’art. 195, quand on révise un
article de la C° qui figure dans la déclaration de révision ; c’est évidemment en respectant le
principe qui est sous entendu qu’ « on ne peut modifier l’article qu’en respectant les limites
de la matière couverte par l’article. »
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Premier exemple : l’art. 151 de la C°.


Avant la révision qui est intervenue sous la législature 1995-1999, cet article ne concernait
que la nomination des magistrats par le Roi (§1er). Il était déclaré révisable, sous-entendu
que l’on pourrait modifier certaines règles relatives à la nomination des magistrats ; mais le
PC dérivé a procédé à une greffe car tout une série d’autres règles ont été insérées qui ne
concerne pas la nomination des magistrats mais qui concernent le contrôle externe du
fonctionnement de l’ordre judiciaire (§2 et suivants), via un Conseil supérieur de la Justice.
Nommer un magistrat est une chose, soumettre le pouvoir judiciaire à un contrôle externe est
autre chose ! pour respecter l’art. 195, il y aurait fallu (en le déclarant dans la déclaration
de révision) insérer une nouvelle disposition constitutionnelle concernant ce contrôle.

Mais en 1995, la sinistre affaire d’enlèvement et de meurtres d’enfants n’avait bien


évidemment pas été prévue ; ce qui a mis en cause de manière assez radicale le
fonctionnement du pouvoir judiciaire et des services de police. Tout la Belgique a été
bouleversée et même parfois révoltée par un certain dysfonctionnement de la justice et des
services de police ; la réaction a donc été de mettre en place une grande réforme de la
justice et des services de police qui passe par une révision de la C°.

Mais cette révision n’a pas pu se faire dans le respect de l’art. 195 parce que la déclaration
de révision de la C° était trop courte car n’avait pas prévu un événement pareil ; elle n’a donc
pas déclaré révisable la C° pour permettre l’insertion d’un nouvel article concernant le
Conseil supérieur de Justice. Il a donc fallu greffer à l’art. 151 une matière qui lui était
étrangère.

« §2. Il y a pour toute la Belgique un Conseil supérieur de la Justice. Dans l'exercice de ses compétences, le
Conseil supérieur de la Justice respecte l'indépendance visée au §1er.

Le Conseil supérieur de la Justice se compose d'un collège francophone et d'un collège néerlandophone. Chaque
collège comprend un nombre égal de membres et est composé paritairement, d'une part, de juges et d'officiers du
ministère public élus directement par leurs pairs dans les conditions et selon le mode déterminés par la loi, et
d'autre part, d'autres membres nommés par le Sénat à la majorité des deux tiers des suffrages exprimés, dans
les conditions fixées par la loi. […] »

La leçon qui se retire de cette première série de critiques est que la rigidité de la procédure
de révision de la C° est excessive. Il y a fondamentalement un vice, un défaut structurel
dans cet art. 195 ; qui fait que tout passe par une déclaration de révision de la C°. Une telle
déclaration, adoptée le plus souvent dans la pratique, à la toute fin d’une législature ; ce qui
est trop tard car le plus souvent la précédente déclaration de révision de la C° n’avait pas
conduit à la révision effective de tous les articles contenus dans la liste. Cette nouvelle
déclaration est adoptée bien trop rapidement et, de plus, à la fin d’une législature, on ne peut
pas penser à tous les problèmes que la législature suivante va rencontrer.

En ce qui concerne les réformes de l’Etat successives, la Belgique ne cesse pas se réformer
depuis 1970 ; le vice de l’art. 195 est qu’à la fin d’une législature, on ne peut pas anticiper
sur la composition politique des prochaines chambres ! les résultats des élections qui vont
suivre ne peuvent bien évidemment pas être connus à l’avance ! Or, c’est le résultat de ces
élections qui va déterminer ce que l’on voudra souhaitable, notamment en matière de
révisions constitutionnelles.

La nouvelle majorité aura un certain nombre d’idées et de projets, voudra réformer l’Etat
dans tel et tel sens ; mais en lisant la déclaration adoptée par la majorité précédente avant
les élections, elle constatera que celle-ci est bien trop courte, qu’elle n’a pas prévu
l’ouverture à révision d’une série d’articles dont cette nouvelle majorité a besoin.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

On demande donc à l’auteur de la déclaration de révision de faire preuve d’une préscience,


inaccessible pour tout humain. Forcément, puisque cette déclaration de révision est trop
courte et n’a pas été pensée en fonction des nouvelles opportunités politiques du moment :
l’art. 195 est violé de manière frontale, ou par le biais de révisions implicites ou de greffes.

2. Deuxième série de critiques : manque d’efficacité de l’art. 195.

(1) 1e critique : l’accélération du rythme des révisions >< « pas trop souvent »
L’objectif d’une procédure de révision de la C° est d’éviter que les révisions ne soient trop
nombreuses. Bien sûr, la C° n’est pas une bible sacrosainte à laquelle il ne faut jamais
toucher, mais l’idée est que si l’on révise la C° en permanence, la stabilité constitutionnelle
en prend un coup. Or, en Belgique depuis 1978, les Chambres ont toujours été constituantes
(sauf entre 1985 et 1987).

Cela s’explique tout d’abord par la difficulté que la Belgique a à faire vivre de manière
harmonieuse deux grandes communautés très clivées ; la recherche d’un fédéralisme
original passe sans doute par de nombreuses révisions de la C°. Mais tout de même, on peut
aussi expliquer cette propension à multiplier les révisions constitutionnelles par l’excessive
rigidité de l’art. 195. Pourquoi ? Parce qu’on a beau de temps en temps bousculer la C°,
procéder à des révisions implicites et à des greffes ; on s’échine quand même, du moins
dans une certaine mesure, à étriquer la déclaration de révision. Il y a donc toute une série de
révisions constitutionnelles auxquelles on renonce car la déclaration de révision interdit
d’aller de l’avant ; et donc forcément la limite d’une réforme constitue le germe de la
réforme suivante " le travail n’a jamais pu être fait de façon complète puisqu’on a toujours
été confronté à une déclaration de révision trop courte ! on est donc toujours forcé de faire
uniquement des réformes partielles.

(2) 2e critique : la C° est révisée trop rapidement >< « pas trop vite »
Dans l’immense majorité des cas, la déclaration de révision est faite beaucoup trop vite !
elle est bâclée. Pourquoi ? Parce que la déclaration de révision implique la dissolution des
chambres, donc la déclaration de révision est repoussée le plus tard possible à la toute fin de
la législature ; mais à la fin de la législature, les politiques ne pensent qu’à la campagne
électorale.

Ils ne sont donc pas à Bruxelles en train de plancher sur l’élaboration de la déclaration de
révision de la C° mais ils sont en voyage dans toute la Belgique, occupés à convaincre les
futurs électeurs à voter pour eux ! on ne peut donc pas attendre du pouvoir législatif qu’il
rédige une déclaration de révision bien pensée dans un contexte pareil.

(3) 3e critique : le manquement à l’objectif d’associer le peuple >< « avec le


peuple »
Est-ce que le peuple se sent vraiment associé à la procédure de révision grâce à l’art. 195 ?
Non pas vraiment, parce qu’à supposer que l’électorat soit au courant que les élections ont
été provoquées par la déclaration de révision de la C° et veut peser à travers son vote sur le
travail des prochaines chambres constituantes ; il vote donc en faveur d’un parti en fonction
de ce que ce parti a l’intention de faire sous la législature suivante quand les chambres
seront constituante. Mais comment est-ce qu’il peut savoir comment est-ce que le parti va se
positionner sur les différents enjeux constitutionnels ?
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Il ne peut pas le savoir, les intentions sur préconstituant ne lient pas le préconstituant ! le
sens dans laquelle la révision est pressentie par les chambres préconstituantes lors de la
déclaration ne lient en aucun cas les chambres constituantes " ces dernières peuvent faire
ce qu’elles veulent, SAUF dans deux cas - les chambres constituantes sont tenues de le
faire :
- quand la déclaration de révision déclare qu’il faut abroger un article
- quand il y a lieu d’insérer un nouvel article

DONC, le citoyen modèle qui voudrait infléchir son vote lors des élections en fonction des
enjeux constitutionnels ne peut pas prendre position en connaissance de cause ! sa
participation à la révision de la C° est extrêmement limitée. En général, la campagne
électorale mêle les enjeux constitutionnels avec tous les enjeux politiques ; et la plupart des
citoyens ne distinguent pas ces deux catégories d’enjeux.

(4) 4e critique : l’exclusion des communautés et des régions >< « avec les
collectivités politique fédérées »
Dans l’art. 195, il n’y a aucune allusion aux communautés et aux régions ; cet article est une
« scorie » de l’Etat unitaire. Il date de 1831, et donc forcément les communautés et les
régions n’existaient pas encore. Il n’est pas facile d’imaginer que l’art. 195 fasse intervenir
comme tels les collectivités politiques fédérées parce qu’on est dans un fédéralisme
essentiellement bipolaire ; exiger l’assentiment de deux communautés/régions sur les trois
pour toute révision de la C° peut poser problème, car cela pourrait exclure la troisième
communauté/région et exacerber les tensions déjà plus qu’existantes ! c’est donc
inimaginable !

La solution est de faire intervenir les groupes linguistiques, de mettre au minimum la


procédure de révision de la C° à la même hauteur au niveau des quorums que la LS. Le
paradoxe entre C° et LS est tout à fait clair : la C° est hiérarchiquement au-dessus des LS
mais si on examine les quorums, la LS est plus rigide que la C° parce que pour voter une LS,
il faut une majorité dans chaque groupe linguistique en plus de la majorité des ⅔ ; alors que
l’art. 195 n’exige qu’une majorité des ⅔, aucune allusion n’est faite aux groupes linguistiques.
Il y a donc un malaise au sommet de la hiérarchie des normes puisque nous avons une
suprématie de la C° sur les LS, mais en même temps la rigidité des LS est supérieure à la
rigidité de la C°.

Examen : comparer la rigidité de la C° avec celle des LS, il faut bien évidemment dire
tout ce qu’il y a dans le paragraphe précédent mais il faut également ajouter qu’il n’y
a pas que les quorums ! ce qui rend la C° malgré tout plus rigide que les LS, c’est la
nécessité d’adopter une déclaration de révision de la C° qui provoque des élections
" il n’y a un paradoxe QUE EN CE QUI CONCERNE LES QUORUMS !

DONC,
1. l’art. 195 manque d’effectivité car il est violé
a. de manière directe/frontale (assez rare)
b. de manière indirecte (beaucoup plus fréquente)
• par des révisions implicites
• par des greffes
2. l’art. 195 manque d’efficacité si on le confronte aux préoccupations du PC quand il a mis
en place la C°, à savoir que les révisions de celle-ci devraient avoir lieu
a. pas trop souvent
b. pas trop vite
c. avec le peuple
d. avec les collectivités politiques fédérées
90
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

11/03/2015

Rappel du cours précédent : la procédure de révision de la C° est sujettes à maintes critiques et l’art. 195 de la C°
exprime un manque d’effectivité (violations) et un manque d’efficacité si on le confronte aux préoccupations du
PC quand il a mis en place la C°.

d. La procédure transitoire mise en place pour l’adoption de la 6e réforme de


l’Etat.
La procédure dérogatoire qui a été appliquée au cours de la toute dernière révision (2012-
2014) prouve de manière accablante le bien fondé des critiques apportées. On s’est rendus
compte que la déclaration de révision du 7 mai 20105 était bien trop étriquée par rapport à ce
qu’on a voulu faire après les élections de 2010 ! après 1 an et demi de négociations, on
s’est rendu compte qu’il fallait faire une grande réforme de l’Etat qui n’aurait pas été possible
si on s’en était tenu à la dé déclaration de révision du 7 mai 2010. Dans cette dernière, l’art.
195 était déclaré révisable ; c’était également le cas lors des deux déclarations de révision
précédentes.

Pendant longtemps, l’art 195 était une « vache sacrée », il était intouchable ! on ne pouvait
pas envisager de le mettre dans la déclaration de révision, il fallait éviter de réviser la
procédure de révision. C’est évidemment un peu particulier d’appliquer la procédure de
révision à la procédure de révision même ! c’est typiquement quelque chose
d’autoréférentiel. Mais à un moment donné, la doctrine majoritaire (M. Dumont inclus) a fini
par convaincre un Gouvernement (il y a plusieurs législature) d’inscrire l’art. 195 dans la
déclaration de révision ; étant entendu bien évidemment qu’une amélioration de cet article
est possible sur bien des points.

L’art. 195 n’a pas été révisé, donc il a été réinséré dans la déclaration de révision de 2010 et
heureusement, parce qu’après 1 an et demi de négociations, on s’apprête à réaliser une
grande réforme de l’Etat et on se rend compte que la déclaration de révision du 7 mai 2010
est trop courte MAIS la porte de sortie est la révision de l’art. 195. Ce dernier sera donc
révisé, mais de manière tout à fait limitée. Il s’agit de la révision du 29 mars 20126,
révision qui se contente de mettre en place une disposition transitoire alors qu’en
vérité, il est bien question d’une disposition dérogatoire.

L’idée est que les chambres constituées à la suites des élections de 2010 pourront statuer
sur la révision d’une série d’articles qui ne figurait pas dans cette déclaration de révision de
la C° de 2010 mais qui figurent désormais dans cette disposition dérogatoire de 2012 !
celle-ci élargit la déclaration de révision de 2010.

Mais on est vraiment dans une dérogation puisque la procédure ne passe pas par une
nouvelle déclaration de révision ! après 1 an et demi de négociations, on veut éviter de
nouvelles élections. Une liste d’articles est inscrite dans cette disposition transitoire et sont
déclarés révisables uniquement dans le sens indiqué dans la disposition " on déroge donc
à la règle classique puisque le sens pré-senti par la disposition transitoire s’impose aux
chambres constituantes entre 2012 et 2014. De plus, on précise encore dans cette même
disposition que ce texte ne constitue pas une déclaration au sens de l’art. 195 al. 2.

                                                                                                                       
5
cf. ANNEXES.
6
cf. ANNEXES.
91
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

« Toutefois, les Chambres, constituées à la suite du renouvellement des Chambres du 13 juin 2010 peuvent, d'un commun
accord avec le Roi, statuer sur la révision des dispositions, articles et groupements d'articles suivants, exclusivement dans le
sens indiqué ci-dessous […]
Les Chambres ne pourront délibérer sur les points visés à l'alinéa 1er si deux tiers au moins des membres qui composent
chacune d'elles ne sont présents; et nul changement ne sera adopté s'il ne réunit au moins les deux tiers des suffrages.
La présente disposition transitoire ne constitue pas une déclaration au sens de l'article 195, alinéa 2. »

Si l’on devait interpréter cette disposition comme signifiant une déclaration au sens de l’art.
195 al. 2 ; il aurait alors fallu en accepter les conséquences " la dissolution des chambres
et de nouvelles élections. Il s’agit donc bien d’une dérogation qui a permit aux chambres
constituantes, entre 2012 et 2014, d’engranger la 6e réforme de l’Etat en touchant à des
articles de la C° qui ne figuraient pas dans la déclaration de 2010.

Disposition « transitoire » : ce mot est tout à fait trompeur parce qu’une disposition transitoire
est techniquement une disposition qui permet de faire la jonction entre un ancien régime et
un nouveau régime. Le problème ici est qu’il n’y a pas de nouveau régime, la révision de
2012 se limite à déroger à l’art. 195 dans les limites de la législature de 2010-2014.

Aujourd’hui, cette disposition transitoire n’est plus valide ; et nous sommes revenus au statu
quo ante c’est-à-dire que c’est toujours le vieil art. 195 qui est en vigueur. Le Gouvernement
Di Rupo, avant les élections de 2014, n’a pas adopté une déclaration de révision de la C° qui
comprend l’art. 195 ! la déclaration de révision du 25 avril 2014 ne déclare pas révisable
l’art. 195.

Est-ce que cette procédure dérogatoire doit être considérée comme inconstitutionnelle, est-
ce que l’art. 195 est violé ? Non, certains auteurs l’ont prétendu mais ils ont tort. Le Conseil
de l’Europe a mis en place une commission de la démocratie par le droit appelée
« Commission de Venise » qui a été saisie d’une plainte contre cette procédure qui n’a pas
été retenue. Son raisonnement est que sur la base de l’art. 195, le PC dérivé pouvait déroger
pendant un temps limité à sa propre prescription.

Formellement ce n’est pas inconstitutionnel, il n’y a pas de vice de constitutionnalité mais


c’est pour le moins inélégant parce que tout donnait à penser qu’il fallait avoir le courage
pour procéder à une révision structurelle de l’art. 195 afin de mettre en place une nouvelle
procédure de révision de la C° belge. Les auteurs de la déclaration de révision n’ont pas
pu/voulu le faire ; l’explication politique de cette incapacité de réviser de manière structurelle
l’art. 195 est assez simple :
- du côté FL, il y a la crainte qu’une révision de l’art. 195 rende la procédure trop
rigide ; il y a plutôt une volonté de l’assouplir afin de la modifier « plus facilement »
- du côté FR, il y a la crainte qu’une révision de l’art. 195 rende la procédure trop
souple

Certains craignent donc un excès de rigidité, d’autres craignent un excès de souplesse !


rien n’est fait. Mais on ne peut quand même pas indéfiniment travailler avec une procédure
de révision aussi défectueuse ; tous les défauts énoncés supra demeurant d’actualité. Il
faudra donc remettre cette problématique au goût du jour à la fin de cette législature-ci, c’est-
à-dire en 2019. La question est donc de savoir si il y a un possible espoir de s’entendre sur
une nouvelle procédure structurelle ni trop rigide ni trop souple.
92
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

e. Les propositions de révision de l’article 195 de la Constitution


M. Dumont distingue trois hypothèses, qui sont des réflexions de constitutione ferenda. Il
convient avant toute chose de se débarrasser de la procédure de révision actuelle.

(1) 1e hypothèse : au cours d’une même législature, il devrait être possible de


réviser la plupart des dispositions constitutionnelles.
Il faut tout d’abord travailler en se donnant le temps : cette procédure se divise en deux
temps. Par exemple, on se donne un an pour réviser la C° à l’intérieur d’une législature de 5
ans. A temps t, on discute et on adopte provisoirement une révision de tel ou tel article.
Ensuite, un an plus tard, au temps « t2 » ; on réexamine la question et on revote et une
décision de révision de la C° est constatée.

Donc, après une première discussion Parlementaire, une adoption en première lecture a lieu
au sein des deux chambres à la majorité des deux tiers et à la majorité dans chaque groupe
linguistique " rééquilibration des quorums afin de remédier au malaise de rigidité entre la C°
et la LS.

Entre t et t2, pendant l’année intermédiaire, les dispositions révisées seraient soumises à un
débat élargi et dûment organisé au sein de la société civile et dans chacune des assemblées
des collectivités fédérées ! procédures de démocratie participative devraient être
organisées : sondages délibératifs, sondages citoyens, etc. Ces discussions auraient le
double avantage par rapport à la situation actuelle
- d’être dissociées des autres enjeux électoraux
- de porter non pas sur des articles seulement ouverts à révision, mais sur des
dispositions concrètes dont les mérites et les défauts auraient déjà été mis en lumière
par les délibérations Parlementaires.

Les mêmes Chambres et le Gouvernement seraient alors pleinement éclairés pour décider
en dernière instance, et moyennant les mêmes majorités que celles ci-avant visées, de
confirmer les dispositions adoptées en première lecture, de les modifier ou d’y renoncer.

(2) 2e hypothèse : accélération de la procédure de révision de la C° dans la cadre


d’un traité international.
Une procédure de révision accélérée doit pouvoir être suivie quand la modification du texte
constitutionnel est requise pour rendre admissible la ratification d’un traité qui contredirait la
Constitution ou pour se conformer à une décision d’une juridiction européenne ou
internationale. Le délai d’un an proposé ci-dessus serait alors réductible si nécessaire à six
mois.

(3) 3e hypothèse : ralentissement de la procédure de révision pour certaines


normes considérées comme essentielles.
Pour les dispositions les plus essentielles de la Constitution sur lesquelles il serait bon que
l’on cherche à s’entendre, l’adoption en seconde lecture devrait n’intervenir qu’au cours de la
législature suivante. On peut admettre que la Loi Fondamentale allemande est une source
d’inspiration pour nous : le constituant allemand a érigé quelques normes à un niveau
supérieur, elles sont irrévisables.

On n’est cependant pas tout à fait convaincu que l’irrévisabilité totale de tout le texte
constitutionnel soit une bonne chose mais elle l’est pour certaines dispositions. La révision
s’effectuerait en deux temps à nouveau mais le temps t serait séparé du temps t2 par une
élection qui confirmerait la décision faite au temps t.
93
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Cette hypothèse doit être réservée à des normes particulièrement importantes car elle
implique une procédure plus longue et plus rigide.

f. L'objet de la révision
Les règles procédurales que nous venons d'examiner constituent des limites formelles à la
révision de la Constitution. Y a-t-il en outre des limites matérielles ? Sur ce point, il y a
matière à controverse. Selon l'approche majoritaire, positiviste, donc formelle de la
Constitution, toute la Constitution
- ne peut pas être révisée en une seule fois (= première règle),
- n'importe quelle norme constitutionnelle peut être révisée (= deuxième règle).

Existe-t-il des articles qu’on ne peut pas réviser ? Non, tous les articles de la Constitution
sont révisables mais toute la C° ne peut pas être révisée en une seule fois ; l’art. 195 ne le
prévoit pas de le faire en un coup.

Y a-t-il néanmoins des articles irrévisables ? Oui, le décret du 18 novembre 1830 qui
proclame l’indépendance du peuple belge, est irrévisable.

g. Conclusions : les différences entre la Constitution et la loi

1. Les différences entre la Constitution et la loi ordinaire


En Belgique, les différences entre la Constitution et les lois ordinaires sont donc au nombre
de trois

Loi ordinaire C°
du point de vue de l'auteur Le pouvoir législatif (l’art. 36) Le pouvoir constituant dérivé
(art. 195)
du point de vue matériel Le pouvoir législatif est Sous réserve,
soumis au respect de toutes éventuellement, des deux
les règles hiérarchiquement décrets
supérieures à la loi, et supraconstitutionnels, et
notamment aux règles dans le respect de la
constitutionnelles consacrant procédure de révision, le
des droits de l’homme pouvoir constituant dérivé
peut, quant à lui, modifier
n’importe quelle disposition
constitutionnelle.

du point de vue formel La procédure de révision de la Constitution présente


certaines différences avec la procédure législative (quorums
à observer, type de procédure à suivre ! cf. supra)
94
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

2. Les différences entre la Constitution et la loi spéciale


Une catégorie particulière de loi doit retenir l'attention : la loi dite spéciale. Celle-ci n'a pas le
même rang ni la même force que la Constitution, parce qu'elle n'est pas élaborée selon la
même procédure et parce qu'elle n'émane pas du même auteur. Aussi, dans un arrêt de la
Cour d'arbitrage du 7 février 1990, on constate qu'une LS a été soumise au respect de la
Constitution comme une loi ordinaire. Mais la LS ne peut pas être assimilée pour autant aux
lois ordinaires, et ce, pour deux raisons :

(1) La LS est spéciale en raison de sa procédure.


Certes, elle émane du pouvoir législatif, mais celui-ci ne peut l'adopter qu'à une majorité
spéciale. Cette majorité est décrite dans l'art. 4, dernier alinéa de la Constitution. Elle
suppose la réunion de trois conditions.

« La Belgique comprend quatre régions linguistiques : la région de langue française, la région de langue
néerlandaise, la région bilingue de Bruxelles-Capitale et la région de langue allemande.
Chaque commune du Royaume fait partie d'une de ces régions linguistiques.
Les limites des quatre régions linguistiques ne peuvent être changées ou rectifiées que par une loi adoptée à la
majorité des suffrages dans chaque groupe linguistique de chacune des Chambres, à la condition que la
majorité des membres de chaque groupe se trouve réunie et pour autant que le total des votes positifs
émis dans les deux groupes linguistiques atteigne les deux tiers des suffrages exprimés. »

Pour comprendre celles-ci, il faut d'abord présenter la notion de groupe linguistique (cf. art.
43 de la C°). Cet article fonde l’existence des groupes linguistiques.

« §1. Pour les cas déterminés dans la Constitution, les membres élus de la Chambre des représentants sont
répartis en un groupe linguistique français et un groupe linguistique néerlandais, de la manière fixée par la loi.
§2. Pour les cas déterminés dans la Constitution, les sénateurs, à l'exception du sénateur désigné par le
Parlement de la Communauté germanophone, sont répartis en un groupe linguistique français et un groupe
linguistique néerlandais.
Les sénateurs visés à l'article 67, §1er, 2° à 4° et 7°, forment le groupe linguistique français du Sénat. Les
sénateurs visés à l'article 67, §1er, 1° et 6°, forment le groupe linguistique néerlandais du Sénat.
Disposition transitoire
Le présent article entre en vigueur le jour des élections en vue du renouvellement intégral des Parlements de
communauté et de région en [Link]'à ce jour, les dispositions suivantes sont d'application :
§1er. Pour les cas déterminés dans la Constitution, les membres élus de chaque Chambre sont répartis en un
groupe linguistique français et un groupe linguistique néerlandais, de la manière fixée par la loi.
§2. Les sénateurs visés à l'article 67, §1er, 2°, 4° et 7°, forment le groupe linguistique français du Sénat. Les
sénateurs visés à l'article 67, §1er, 1°, 3° et 6°, forment le groupe linguistique néerlandais du Sénat »

Chambre Sénat
Art. 43 §1 ! « loi » = la loi du 3 juillet 1971 Art. 43 §2
relative à la répartition des membres de la
Chambre en groupes linguistiques
- le député qui a été élu dans un collège Les sénateurs, à l'exception du sénateur désigné
électoral et qui fait partie dans la région de par le Parlement de la Communauté
langue FR ou allemande fait partie du groupe germanophone, sont répartis en un groupe
linguistique français linguistique français et un groupe linguistique
- le député qui a été élu et qui vit en région FL, il néerlandais.
fera partie du groupe linguistique néerlandais
- le député qui a été élu dans la région bilingue
(BXL) : la langue dans laquelle il a prêté
serment détermine son rattachement soit au
groupe linguistique FR soit au groupe
linguistique FL.

NB : l’al. 3 nous dit que les limites de la frontière linguistique ne peuvent être faites que par une loi adoptée à la
majorité de suffrages dans chaque groupe linguistique dans la Chambre et du Sénat.
95
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Les trois conditions de la majorité spéciale sont :


1. un quorum de présence : la majorité des membres de chaque groupe linguistique doit
être présente dans chacune des Chambres législatives ;
2. la majorité absolue des suffrages (plus que 50%) doit être atteinte au sein de chacun
de ces groupes linguistiques ;
3. la majorité (dite qualifiée) des deux tiers des suffrages exprimés doit être atteinte au
total dans chaque Chambre.

Quelle est l’utilité de cette loi spéciale (3)?

1) Cette majorité « surqualifiée » est là pour s’assurer d’un large accord qui dépasse le
clivage entre FL et FR. La Constitution impose donc le respect de cette majorité
surqualifiée au pouvoir législatif dans toutes les matières où elle juge nécessaire un
large consensus entre les deux grandes Communautés flamande et francophone que
compte la Belgique.

Plusieurs lois spéciales ont ainsi été adoptées pour compléter, pour prolonger les
prescriptions constitutionnelles dans les domaines les plus sensibles pour la coexistence des
Communautés. Celles qui retiendront particulièrement notre attention sont :
- la loi spéciale de réformes institutionnelles du 8 août 1980, modifiée en 1988, 1989 et
1993 qui énonce les règles répartitrices de compétences ;
- la loi spéciale du 12 janvier 1989 relative aux institutions bruxelloises, modifiée en
1993;
- la loi spéciale du 6 janvier 1989 sur la Cour constitutionnelle

2) Quand on a institué la technique de la loi spéciale en 1970, on a ainsi protégé cette


minorité structurelle des francophones
Avantage de la stabilisation : on stabilise en rendant la modification juridique difficile.
Les limites des 4 régions linguistiques, elles ne peuvent être modifiées que par une loi
spéciale, résultat, elle ne sera jamais modifiée.

3) Autre avantage de cette technique : permettre au constituant de postposer la solution


de problèmes épineux
Quand le constituant ne sait pas où il veut aller exactement, quand il n’a qu’une idée très
incomplète du régime juridique qu’il veut instituer, la technique de la loi spéciale est utile. Il
peut alors renvoyer au législateur spécial le soin de régler/préciser certains éléments.

Ex : dans l’art. 39 de la C°, il est précisé qu’une LS donnera aux régionaux des matières à régler dans laquelle
celle-ci précisera ces matières. En 1970, il n’y a pas d’accords sur les régions. Du coté néerlandophone, on rêve
de limiter les régions à des collectivités décentralisées. Le constituant pose les fondements d’une énigme et c’est
à la LS de régler cette énigme.
96
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Jusqu’où peut-on recourir à cette loi spéciale ? Le renvoi à la technique des lois
spéciales se multiplie, mais le danger de cette technique si l’on en abuse est de verrouiller un
trop grand nombre de dispositions au risque de conduire à l’immobilisme et à la frustration de
l’opinion publique favorable à des changements.

La 6e réforme de l’Etat procède à la fois à


- la constitutionnalisation, avec le même effet de verrou, de plusieurs normes nouvelles
(en ce qui concerne non seulement l’autonomie des communautés et des régions et
la réforme du bicamérisme, mais aussi le droit aux allocations familiales, les élections
fédérales, l’emploi des langues en matière judiciaire, la réglementation des conflits
d’intérêt en matière fiscale ou les élections au Parlement européen)
- la consécration de l’exigence constitutionnelle d’une LS dans plusieurs matières
nouvelles.
Ex : voy. ainsi les renvois à l’art. 4 de la C° par les nouveaux articles 63, 157bis, 160 et 168bis introduits
le 19 juillet 2012

Du côté francophone, on est enclin à approuver ces freins qui empêchent la majorité
démographique flamande d’adopter des lois qui vont à l’encontre de la minorité francophone.
Faut-il rappeler à cet égard le parcours Parlementaire de la proposition de loi relative à la
scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde (cf. supra) ?

Du côté flamand, on se plaint de ces freins parce qu’ils peuvent exacerber les tensions
communautaires suite à des abus dans leur usage par la minorité et on se demande si les
autres procédures de protection de la minorité francophone qui existent par ailleurs ne
devraient pas suffire :
- la parité au Conseil des ministres (art. 99 de la C°),
- la sonnette d’alarme (art. 54 de la C°)
- la procédure en règlement des conflits d’intérêt.

(2) La LS est spéciale en raison de son objet.


D'autre part, la loi spéciale est aussi « spéciale » à raison de son objet. Alors que le
législateur ordinaire peut se saisir de toute question, sauf exception, en vertu de la
compétence résiduelle qui lui revient, le législateur spécial, lui, se voit assigner un domaine
de compétence limité.

Art. 43 §1
« Pour les cas déterminés dans la Constitution, les membres élus de la Chambre des représentants sont répartis
en un groupe linguistique français et un groupe linguistique néerlandais, de la manière fixée par la loi. […] »

Ce paragraphe présuppose une disposition constitutionnelle " il faut donc que la C° précise
les cas. Attention à ne pas confondre les LS avec la C° et les lois, décrets et ordonnances.

Toutes les lois spéciales doivent être conformes à la Constitution, on l'a dit. Peut-on ajouter
que toutes les lois ordinaires doivent être conformes aux lois spéciales et que celles-ci ont
donc un rang supérieur à celui des autres actes législatifs ? Quoiqu’elles fussent
organiquement l’œuvre du pouvoir législatif fédéral, la Constitution n’en a pas moins reconnu
que les lois spéciales primaient, par leur contenu (critère matériel), les lois ordinaires, ainsi
que, de manière générale, toute norme de rang législatif adoptée dans la Belgique fédérale
(décrets communautaires et régionaux, ordonnances bruxelloises).


ê
LS
ê
L, D, O
97
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Cette primauté est la conséquence logique du pouvoir reconnu à la Cour constitutionnelle


er
(art. 142 de la C° juncto articles 1, 1° et 26, §1 , 1° de la LSCC) de censurer (par voie de
recours en annulation ou de question préjudicielle), les lois, décrets et ordonnances qui
méconnaissent les règles « qui sont établies par la Constitution ou en vertu de celle-ci pour
déterminer les compétences respectives de l'Etat, des Communautés et des Régions ».

Or, les règles qui sont établies « en vertu de la constitution pour déterminer les compétences
respectives de l'Etat, des Communautés et des Régions » sont essentiellement contenues
dans des lois spéciales, conformément à ce que la Constitution exige.

NB : les compétences et règles de fonctionnement de la Communauté germanophone sont contenues dans une
loi ordinaire (Loi du 31 décembre 1983). Par identité de motifs, il faut considérer que cette loi ordinaire « prime
matériellement » les autres normes de rang législatif (lois ordinaires fédérales, décrets communautaires et
régionaux).

Toute la question est de savoir si cette primauté de la loi spéciale sur les actes de rang
législatif se limite aux seules dispositions de la loi spéciale qui opèrent spécifiquement une
répartition des compétences entre État, communautés et régions, ou s’étend à l’ensemble
des dispositions des lois spéciales, en ce compris à celles qui n’ont pas pour objet spécifique
d’opérer une telle répartition des compétences (exemple : dispositions de la loi spéciale du 8
août 1980 de réformes institutionnelles relatives à la composition et au fonctionnement des
organes des Communautés et Régions ; dispositions de la loi spéciale du 6 janvier 1989 sur
la Cour d’arbitrage, etc.). La doctrine majoritaire a aujourd’hui tendance à retenir la seconde
branche de l’alternative, à savoir la thèse de la primauté « matérielle » intégrale des lois
spéciales.

17/03/2015

Rappel des cours précédent :


Nous étions arrivés à l’examen des caractéristiques formelles de la C° Belge, nous avons soigneusement
distingué C°, LS et LO. Bien évidemment, toutes ces considérations étayaient l’idée de rigidité ; la C° au sens
formel et plus rigide que les lois, qui lui sont hiérarchiquement inférieures. Pour rappel, les deux grandes
caractéristiques de la C° formelle au sens strict sont la rigidité et la suprématie.

Nous allons tout d’abord analyser les garanties juridiques de la suprématie de la C° belge,
pour après aborder le point de vue du droit européen et celui du droit international.

C. La Constitution belge bénéficie d'une suprématie partiellement assurée par diverses


garanties juridiques

a. Le principe de la suprématie constitutionnelle


Le principe même de la suprématie constitutionnelle découle de l’art. 33 al. 2 ! donc
forcément, tous les pouvoirs doivent se soumettre à la C°.

« Tous les pouvoirs émanent de la Nation.


Ils sont exercés de la manière établie par la Constitution. »
2
1

98
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Il y a donc inévitablement une pyramide de normes :

niveau 1 : la C°

niveau 2 : les LS

niveau 3 : les L, D

niveau 3bis : les O


 
niveau 4 : les arrêtés royaux,
ministériels, des gvts des Com et Rég
 
niveau 5 : les règlements et arrêtés
 
provinciaux
 
niveau 6 : les règlements d’agglomération

niveau 7 : les règlements   et arrêtés communaux

Le principe hiérarchique veut que chaque norme de rang inférieur soit conforme aux normes
de rang supérieur, et le principe dit de constitutionnalité veut que toutes les normes qui
constituent la pyramide soient conformes à la Constitution. Le Conseil d'Etat a eu l'occasion
de souligner que «la hiérarchie des normes constitue un principe fondamental de
l'ordonnancement juridique qui trouve son expression notamment dans l'article 159 de la
Constitution. »

L’art. 159 de la C° donne au cours et tribunaux le pouvoir de ne pas appliquer des actes qui
ne sont pas conformes aux lois est l’expression d’un PGD qui veut que toute norme doit se
conformer aux autres normes qui lui sont hiérarchiquement supérieures ! par hypothèse,
toute norme de droit national se doit d’être conforme à la C°.

Le corollaire du principe de constitutionnalité est l’interdiction des subdélégations de


pouvoirs. La C° délègue forcément tous les pouvoirs de la nation à des pouvoirs constitués ;
ces pouvoirs ne peuvent pas subdéléguer des pouvoirs.
- tous les pouvoirs publics sont des pouvoirs d’attributions
- les pouvoirs constitués ! ceux qui ont reçu de la C° un certain nombre de
compétences, doivent exercer ces dernières eux-mêmes

Une délégation de pouvoir prohibée est l'acte par lequel un organe déterminé qui est titulaire
d'une compétence en vertu de la Constitution, dispose de cette compétence de sa propre
autorité, sans y être habilité, en la confiant à un autre organe.

La C° confie à la loi toute une série de responsabilités ; il appartient donc à la loi fédérale
d’assumer celles-ci. Le pouvoir législatif ne peut donc pas confier les missions que la C° lui
attribue aux autres pouvoirs. Si chaque pouvoir fait ce qu’il veut de ses propres pouvoirs, la
C° devient alors inutile.
99
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

b. Les garanties juridiques de la suprématie constitutionnelle - rappel cours du


cours de SPD du Q1.

1. Le contrôle préventif exercé par la section de législation du Conseil d’Etat


[C°., art. 160, tel que dernièrement modifié le 19 juillet 2012 ; lois coordonnées du 12 janvier
1973 sur le Conseil d’Etat, telles que dernièrement modifiées par la loi du 19 janvier 2014
portant réforme de la compétence, de la procédure et de l’organisation du Conseil d’Etat]

1.1. Hypothèses de saisine


La section de législation du Conseil d’Etat sera consultée :

(1) obligatoirement, du texte de tous les avant-projets de loi, décret ou ordonnance


émanant du Gouvernement fédéral ou d’un Gouvernement fédéré, ainsi que du texte de tout
projet d’arrêté réglementaire (art. 3 LCCE).

Dans ces hypothèses, l’avis du Conseil d’État doit obligatoirement être demandé, mais ne
doit pas obligatoirement être suivi (attention à bien distinguer, à cet égard, les cas dans
lesquels la section de législation du Conseil d’Etat doit être saisie de la portée des avis
qu’elle rend).

A cette obligation, il existe cependant :


- une exception, notamment s’agissant des projets relatifs aux budgets, aux comptes,
aux emprunts, aux opérations domaniales et au contingent de l'armée ;
- une exception, en cas d’urgence spécialement motivée invoquée à propos d’un projet
d’arrêté réglementaire (exception à l’exception : art.3bis LCCE).
- un tempérament, en cas d’urgence spécialement motivée invoquée à propos d’un
avant-projet de loi, décret ou ordonnance. En pareilles circonstances, l’examen du
Conseil d’État sera limité au seul respect des règles répartitrices de compétence
er
entre l’État, les communautés et le régions (art. 3, §1 , al. 1, LCCE), ainsi que,
s’agissant des projets de loi fédérale, à la question se savoir si la matière réglée
relève de l’article 74 (monocamérale), 77 (bicamérale intégrale) ou 78 (bicamérale
optionnelle).

Précision terminologique : on parle d’avant-projet de loi avant que le Conseil d’Etat ait rendu son avis ; une fois
l’avis rendu et après l’éventuel remaniement de l’avant-projet suite à l’avis, on parle de projet de loi.

(2) facultativement, du texte de toutes les propositions de loi, décret ou ordonnance. L’avis
est alors demandé, soit par un Ministre, fédéral ou fédéré (art. 4 LCCE), soit par le président
er
de l’assemblée (fédérale ou fédérée) concernée, agissant de sa propre initiative (art. 2, §1
LCCE). Le président de l’assemblée concernée est cependant tenu de solliciter l’avis dans
trois hypothèses (art. 2, §§2 à 4) :
1° lorsque un tiers des membres de l’assemblée en fait la demande,
2° dans le cas des assemblées « bicommunautaires » (c’est-à-dire divisées en groupes
linguistiques, comme par exemple la Chambre des représentants ou le Sénat),
lorsque la majorité des membres d’un groupe linguistique de l’assemblée concernée
en fait la demande,
3° s’agissant des Présidents de la Chambre et du Sénat, lorsque 12 membres au moins
de la commission Parlementaire de concertation visée à l’article 82 de la Constitution
en font la demande (renvoi sur ce dernier point au cours de droit constitutionnel II).
100
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

1.2. Objet du contrôle


Sauf dans le cas de contrôle « réduit » lié à l’urgence (voy. supra), le contrôle exercé par le
Conseil d’État sur les textes qui lui sont soumis portent (sur 5 choses) :
1° sur la compétence de l’auteur du texte concerné : respect des règles répartitrices de
compétences entre l’État, les Communautés et Régions; s’agissant des actes
réglementaires, examen supplémentaire d’une base légale permettant à l’exécutif
d’agir ;
2° sur la correcte insertion du projet ou de la proposition de loi dans la procédure
législative qui doit être suivie à son propos (monocamérale, bicamérale intégrale, ..) ;
3° sur la compatibilité du texte en cours d’adoption avec les normes qui lui sont
supérieures (s’agissant d’un texte de rang législatif : loi spéciale, Constitution, droit
international et européen) ;
4° sur l’utilité du texte en cours d’adoption (double emploi avec des textes d’ores et déjà
existants) ; ce contrôle ne va cependant pas jusqu’à permettre au Conseil d’État de
s’aventurer dans le contrôle de l’opportunité (politique) elle-même du texte concerné ;
5° sur la cohérence interne du texte en cours d’adoption, et son insertion harmonieuse
dans les textes d’ores et déjà existants ;
6° sur les aspects proprement logistiques (lisibilité, appropriation du langage juridique
utilisé, divisions intelligibles) et la concordance (N/F) des textes en cours d’adoption.

2. Les contrôles curatifs


Tandis que les contrôles préventifs visent à éviter qu’une norme non encore promulguée ne
méconnaissent une norme de niveau supérieur, les contrôles curatifs visent à sanctionner,
pour méconnaissance d’une norme supérieure, une norme d’ores et déjà promulguée.

2.1. La Cour constitutionnelle (ex Cour d’arbitrage)

2.1.1. Compétences
[art. 142 de la C°, tel que dernièrement modifié le 6 janvier 2014 et lu en combinaison avec
les art. 1 et 26 de loi spéciale du 6 janvier 1989 sur la Cour constitutionnelle, telle que
dernièrement modifié le 6 janvier 2014]

La Cour constitutionnelle est compétente pour contrôler la conformité des lois, décrets et
ordonnances par rapport
1° aux règles répartitrices des compétences entre Etat, Communauté et Régions
contenues dans la Constitution ou adoptées en vertu de celle-ci,
2° au titre II de la Constitution,
3° aux articles 170 (légalité de l’impôt), 172 (égalité devant l’impôt) et 191 (droits
fondamentaux des étrangers) de la Constitution,
4° il faut encore ajouter l’article 143, §1 (principe de la loyauté fédérale ; entrée en
vigueur : le 1e juillet 2014).
101
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Exemple typique de question d’examen : quelles sont les compétences de la CC


(normes de contrôles + normes contrôlées) ? Textes à l’appui !

- art. 142 de la C°, tel que dernièrement modifié le 6 janvier 2014


- art. 1 et 26 de loi spéciale du 6 janvier 1989 sur la Cour constitutionnelle, telle que
dernièrement modifié le 6 janvier 2014]

normes contrôlées normes de contrôles


Lois, décrets (art. 39 + art. 134), 1° les règles répartitrices des
ordonnances (art. 134) compétences entre Etat,
Communauté et Régions contenues
dans la Constitution ou adoptées en
vertu de celle-ci,
2° tout le titre II de la Constitution (cf.
LSCC),
3° articles 170 (légalité de l’impôt), 172
(égalité devant l’impôt) et 191 (droits
fondamentaux des étrangers) de la
C°,
4° il faut encore ajouter l’article 143, §1
(principe de la loyauté fédérale ;
entrée en vigueur : le 1e juillet 2014).

2.1.2. Modes de saisine


Dans le cadre des compétences qui sont les siennes, telles qu’elles viennent d’être définies,
la Cour constitutionnelle peut être saisie de deux manières distinctes : via un recours en
annulation, éventuellement doublé d’une demande en suspension, ou via une question
préjudicielle.

La question préjudicielle est la deuxième voie par laquelle la Cour constitutionnelle peut
être saisie. Ce mécanisme s’apparente à un « dialogue de juge à juge », en réalité le plus
souvent suscité et relayé par les avocats.

Dans le cadre d’un litige déterminé, porté devant une juridiction belge (judiciaire,
administrative) est soulevée la question de la compatibilité d’une loi, d’un décret ou d’une
ordonnance avec l’une des « normes de référence » visées ci-avant. Cette question est alors
renvoyée à la Cour constitutionnelle par la juridiction saisie du litige (« le juge de renvoi »),
aux fins que celle-ci lui apporte une réponse. Pendant toute la durée du « renvoi préjudiciel
», la procédure devant le juge de renvoi est suspendue.

Le terme « préjudiciel » n’a donc rien à voir avec une quelconque idée de « préjudice » : il
évoque la caractéristique d’une question préalable à laquelle il doit être répondu avant que
litige puisse être tranché (« pré-judiciel »).
102
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Recours en annulation Question préjudicielle


Le recours est direct en ce qu’il ne s’exerce pas, Caractère indirect : c’est par l’intermédiaire du
à l’inverse de la question préjudicielle, par juge qu’est posée la question. Celle- ci est le plus
l’entremise d’un juge. souvent “suscitée par les parties”. Rien ne fait
cependant obstacle à ce que le juge de renvoi
soulève lui-même, d’office – c’est-à-dire, sans
que les parties ne le lui aient demandé ni même
n’y aient songé – une question préjudicielle.
Il est abstrait en ce qu’à l’inverse de la question Caractère concret : la question préjudicielle ne
préjudicielle, il peut être exercé indépendamment peut être posée que dans le cadre d’un litige
de l’existence d’un litige dont une juridiction aurait pendant devant une juridiction, et à l’occasion
été saisie. Il déclenche par là-même un contrôle duquel elle est suscitée. La question préjudicielle
dit « abstrait » de constitutionalité des lois, est au demeurant tellement concrète que la
décrets ou ordonnances querellés. procédure devant le juge de renvoi est suspendue
jusqu’à ce que la Constitutionnelle y ait répondu
par voie d’arrêt (article 30 de la loi du 6 janvier
1989).
Il est rapide en ce qu’il ne peut être introduit que Il n’y a pas de délai imposé pour saisir la Cour
dans des délais relativement brefs et strictement constitutionnelle d’une question préjudicielle; au
définis par la loi spéciale du 6 janvier 1989 (6 contraire, celle-ci pourrait par exemple porter sur
mois en principe ; cf. art 3 de la loi spéciale). une norme antérieure à la création de la Cour
Selon la loi spéciale du 6 janvier 1989, le recours constitutionnelle ou à la fédéralisation de l’État
en annulation doit en principe être tranché par la belge, voire même à l’entrée en vigueur de la
Cour dans les six mois de la date du dépôt du Constitution de 1831. La Cour adresse son arrêt
recours en annulation. Ce délai peut cependant au juge a quo qui va l’appliquer dans le cas
être prorogé par décision de la Cour, pour une d’espèce : il tient la loi pour constitutionnelle ou
durée maximale de 6 mois. Il s’agit cependant refuse de l’appliquer si elle a été déclarée
d’un délai d’ordre : nulle sanction n’est prévue en inconstitutionnelle par la Cour.
cas de dépassement.

2.2. La section du contentieux administratif du Conseil d’Etat


[art. 160 de la C°, tel que dernièrement modifié le 19 juillet 2012 ; LCCE, telles que
dernièrement modifiées par la loi du 19 janvier 2014 portant réforme de la compétence, de la
procédure et de l’organisation du Conseil d’Etat]

Le Conseil d’État assume une mission duale, incarnée dans chacune des deux sections qui
le compose: la section de législation (contrôle préventif) et la section du contentieux
administratif (contrôle curatif).

La Section du contentieux administratif du Conseil d’État est investie de multiples


contentieux, de nature fort diverse. Le plus important de celui-ci, en termes quantitatif, est le
contentieux dit de « l’excès de pouvoir », dont l’objet porte sur la légalité des actes
administratifs adoptés, essentiellement, par les diverses « autorités administratives » belges.
Le siège de la matière se situe dans l’article 14 des lois coordonnées sur le Conseil d’État du
12 janvier 1973.

Ce texte appelle notamment les commentaires suivants, sachant qu’on ne s’attardera pas
dans le présent cours sur les hypothèses visées par l’article 14, §1, 2°, des LCCE.

(1) Les recours en annulation dont il est question peuvent être dirigés contre les
actes administratifs unilatéraux émanant des «autorités administratives»
belges, qu’il s’agisse d’actes à caractère normatif (ex : arrêté royal fixant le
statut des agents de l’administration de l’État) ou non (ex : arrêté royal de
nomination d’un fonctionnaire).
103
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(2) Sont inclus, dans la catégorie très large des « autorités administratives », tant
les autorités exécutives fédérales et fédérées (arrêté royaux ; arrêtés des
Gouvernements de Communauté et de Régions), que les diverses collectivités
politiques décentralisées (règlements et ordonnances communaux ou
provinciaux, ...).

(3) Le contrôle exercé par le Conseil d’État porte sur le respect « des formes
substantielles ou prescrites à peines de nullité » (ex: défaut de consultation de
la Section de législation du Conseil d’État avant l’adoption de l’acte litigieux),
l’existence d’un « détournement de pouvoir » (sur cette notion, voy. le cours
de droit administratif), et l’existence d’un « excès de pouvoir », i.e., l’existence
d’une illégalité affectant l’acte attaqué. Le contrôle de légalité effectué à ce
niveau concerne tant la « légalité externe » de l’acte (ex: compétence de son
auteur pour l’adopter) que sa « légalité interne » (conformité de l’acte aux
normes qui lui sont supérieures, au rang desquelles figure la Constitution).

2.3. L’exception d’illégalité [C°., art. 159]


Le contrôle de légalité mis en place par l’art. 159 de la C° est, traditionnellement, baptisé «
l’exception d’illégalité ». En effet, ce contrôle trouvera essentiellement à s’exercer par voie
d’exception, c’est-à-dire, comme un moyen de défense visant à faire échec à une demande,
ou encore, un incident survenu dans le cadre d’un litige dont ce n’est pas l’objet principal.

Ex. : une demande en justice est portée devant telle juridiction. Cette demande devrait normalement être tranchée
en application de tel arrêté royal. L’une des parties – ou le juge lui-même, d’office – conteste toutefois que cet
arrêté royal est conforme aux normes supérieures.

Cette disposition, datée de 1831 et demeurée inchangée depuis lors, a fait l’objet d’une
interprétation particulièrement large qui lui confère une portée notablement plus étendue que
ce que suggèrent ses seuls termes. Ainsi, les actes dont le refus d’application doit être
ordonné ne s’épuisent pas dans l’énumération faite par l’art. 159 de la C° : sont en réalité
visés tous les actes émanant des autorités administratives ayant un contenu normatif (actes
réglementaires) ou non (acte à caractère individuel) :
1° fédérales (Arrêté royaux, Arrêtés ministériels),
2° fédérées (Arrêtés de Gouvernements de Communautés et Régions, etc.),
3° décentralisées (Communes, provinces, etc.)

Ainsi encore, le refus d’application des actes visés doit avoir lieu, selon l’article 159 de la
Constitution, lorsque ceux-ci sont non conformes aux « lois » : le terme « loi » doit ici être
interprété dans un sens large, comme visant, non pas simplement les lois au sens formel,
mais plus généralement, toutes les règles juridiques de rang hiérarchique supérieur aux
actes concernés.

Ex. : s’agissant d’un Arrêté royal : les lois ordinaires, les lois spéciales, la Constitution, les normes de droit
international ou européen en vigueur à l’égard de la Belgique.

Enfin, le contrôle de conformité mis en place par l’art. 159 de la C° peut avoir lieu sans
limitation de temps.

L’exception d’illégalité est un moyen de défense que l’on peut opposer contre un acte
administratif que l’on considère comme illégal ou inconstitutionnel.
104
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

c. La relativisation de la suprématie constitutionnelle : le conflit traité-Constitution


du point de vue de l’Etat belge
Cette relativisation est à faire car nous vivons à l’ère de la globalisation, de la mondialisation
de l’européanisation ; il faut en tout temps avoir à l’esprit le droit international et le droit
européen. Une question inévitable se pose donc : que se passe-t-il en cas de conflits entre
une norme de DI/DUE et la C° belge? Ces conflits sont rares mais pas inexistants. Il y a trois
hypothèses :
1. conflit entre un traité de droit international général et la Constitution belge
2. conflit entre la Convention européenne des droits de l’homme et la Constitution belge
3. conflit entre le droit primaire de l’Union européenne et la Constitution belge
4. conflit entre le droit dérivé de l’Union européenne et la Constitution belge

1. Le conflit entre un traité de droit international général et la Constitution belge

Ex : Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Tout d’abord, imaginons que le problème du conflit se pose à titre préventif ! le roi
s’apprête à ratifier un traité qui contredit la C° ; est-ce qu’il y a des contrôles préventifs,
des contrôles qui permettent de prévenir les conflits ? OUI, il y a la SLCE, qui doit être
consultée car le traité entre dans l’OJ Belge via un décret ou une loi d’assentiment. La SLCE
rend un avis, qui n’a absolument rien de contraignant.

Ex : le traité de Maastricht accorde le droit de vote et d’éligibilité aux élections communales à tous les citoyens
européens, donc à des étrangers qui ont la nationalité d’un des Etats membres de l’UE. A l’époque, l’art. 8 de la
C° est contraire au traité ; l’avis de la SLCE est qu’il faut réviser la C°. Mais Dehaene ne veut pas retourner aux
urnes, l’avis de la SLCE n’a donc pas été suivi.

Il manque donc vraisemblablement un mécanisme préventif contraignant, ainsi qu’une


procédure accélérée de révision de la C°.

Ensuite, dans le cas où il y a eu assentiment et ratification d’un traité qui contredit la


C° ; est-ce qu’il y a des contrôles curatifs ? Comment est-ce que les juridictions
suprêmes Belges réagissent ?

Primauté de la C° Belge sur le DI


D’une part, depuis l’arrêt 26/91 du 16 octobre 1991, la CC se déclare compétente pour
contrôler la conformité à la C° du contenu d’un traité directement applicable via la loi
d’assentiment à ce traité. En général, son contrôle est relativement soft. Si elle annule la loi
d’assentiment et que le Roi a déjà ratifié, le traité n’a pas d’effets en droit interne mais est
d’application en DI! la responsabilité internationale de la Belgique est donc engagée.

Primauté du DI sur la C° Belge


D’autre part, par trois arrêts rendus les 9 et 16 novembre 2004, et contrairement à la CC, la
C. Cass a décidé de faire primer le DI conventionnel directement applicable sur toutes les
normes constitutionnelles confondues. Ces arrêts ont été rendus dans la continuité de la
jurisprudence Leski. L’arrêt Leski date du 27 janvier 1971 et concernait le conflit « traité vs
loi » ; la C. Cass a raisonné dans ce dernier en suivant une doctrine purement moniste avec
primauté du DI, la Cour fait dire au DI ce qu’il ne dit pas : c’est-à-dire le fait que le DI exige le
pouvoir de chaque juge (toutes juridictions confondues) de refuser l’application d’une loi
contraire à une norme de droit international conventionnelle directement applicable. Dans
ces arrêts de 2004, la C. Cass applique la même primauté du DI conventionnel directement
sur les normes constitutionnelles. La SLCE déclare que la primauté du DI par rapport à la C°
est un PGD à valeur constitutionnelle.
105
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

2. Le conflit entre la Convention européenne des droits de l’homme et la Constitution belge


La CEDH n’est plus tout à fait du DI classique, il s’agit du DI européen des droits de
l’homme. La CEDH implique également une Cour, la CEDH, qui interprète tous les jours la
CEDH et lui fait dire beaucoup de choses.

En principe, il n’y a pas de problème entre la CEDH et la C° parce que les droits de
l’homme auxquels la Belgique s’est attachée recouvre très largement la CEDH. La CC dit
que quand on a affaire à une norme constitutionnelle d’une part et à une norme de la CEDH
d’autre part, qui procurent des garanties analogues ; ces deux dispositions forment un
ensemble indissociable. MAIS, il n’est pas totalement exclut que la CEDH développe une
interprétation qui contredit la C° belge.

Ex : sur les art. 19 et 21 ou 48 de la C°, on peut trouver des arrêts de la CEDH qui les contredisent ! il y a bien
des interprétations de la CEDH qui ne sont pas compatibles avec les normes de la C°.

Dans ce cas, la seule façon de permettre à la CC de se positionner est de lui poser une
question préjudicielle qui porte sur la loi d’assentiment concernant tel protocole additionnel
ou la CEDH elle-même. Mais cette voie là est désormais barrée :
e
Art. 26 §1 bis
er
« […] §1 bis. Sont exclus du champ d'application de cet article les lois, les décrets et les règles visées à
l'article 134 de la Constitution par lesquels un traité constituant de l'Union européenne ou la Convention du 4
novembre 1950 de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou un Protocole additionnel à
cette Convention reçoit l'assentiment. […] »

Les questions préjudicielles portant sur les lois d’assentiment à la CEDH sont donc exclues.
Il y a donc, dans le fond, une présomption irréfragable de constitutionnalité " comme la
question ne peut être posée, il faut donc présupposer que la jurisprudence de la CEDH est
conforme à la C°.

3. Le conflit entre le droit primaire de l’Union européenne et la Constitution belge


Tout d’abord, imaginons à nouveau le conflit en amont ; est-ce que la SLCE a une doctrine
quand elle est confrontée à un projet de loi qui porte assentiment à un traité de droit
européen ? OUI, le CE résonne à partir de l’art. 34 de la C° :

« L'exercice de pouvoirs déterminés peut être attribué par un traité ou par une loi à des institutions de droit
international public. »

Selon la SLCE, il y a deux situations possibles


- le traité concerne l’exercice des pouvoirs " il n’y a aucun problème, l’art. 34 prévoit
cette option
- le traité va au-delà de l’attribution des pouvoirs ! si certaines dispositions du traité
portent atteinte à certaines dispositions constitutionnelles qui ne concernent pas
l’attribution des pouvoirs " la SLCE avise de d’abord réviser à la C° avant de pouvoir
approuver et ratifier le traité

La SLCE dit que « lorsque les dispositions d’un traité vont au-delà de l’attribution de pouvoirs à une institution
supranationale et qu’elles portent atteinte, ce faisant, à d’autres dispositions constitutionnelles que celles relatives
à l’exercice de ces pouvoirs (...), un assentiment au traité n’est possible qu’après une révision préalable des
dispositions en cause de la Constitution ». Mais les avis par lesquels la section exerce ce contrôle préventif n’ont
pas de force contraignante, et l’expérience démontre que ceux de ses avis qui recommandent le déclenchement
7
de la lourde procédure de révision de la Constitution ne sont pas toujours suivis.
                                                                                                                       
7
Avis du 15 février 2005 sur l’avant-projet de loi portant assentiment au traité établissant une Constitution pour l’Europe donné
par l’assemblée générale de la SLCE.
106
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

L'exemple du droit de vote des citoyens européens aux élections communales prévu par le
traité de Maastricht est un précédent bien connu. La révision constitutionnelle de l'art. 8 qu'il
exigeait n'a eu lieu que plusieurs années après sa ratification (cf. supra).

Ensuite, dans le cas où il y a eu assentiment et ratification d’un traité qui contredit la


C° ; est-ce qu’il y a des contrôles curatifs ? Comment est-ce que les juridictions
suprêmes Belges réagissent ?

La C. Cass prône la primauté du DI conventionnel directement applicable sur n’importe


quelle norme constitutionnelle ; et admet donc la primauté du droit européen en suivant la
jurisprudence Simmenthal. Elle n’oppose aucune réserve de constitutionnalité.

Rappel : dans l’arrêt Simmenthal du 9 mars 1978, la CJUE dit que quand le juge national rencontre une
contradiction entre n’importe quelle règle de droit de l’UE et n’importe quelle règle de droit national, celui-ci a
l’obligation de faire prévaloir immédiatement la règle de droit européen sur la règle de droit national, il doit écarter
toute règle de droit interne contraire au droit européen.

La SCA a rencontré le problème à propos de la contradiction entre l’art. 45 du TFUE par


rapport à l’art. 10 al. 2 de la C° " cette norme constitutionnelle réserve aux seuls Belges
l’accès aux emplois publics. Mais l’art. 45 du TFUE tel qu’il est interprété par la CJUE limite
les emplois publics qui peuvent être réservé aux nationaux à deux catégories
- les emplois publics qui postulent la mobilisation de prérogative de puissance publique
- les emplois publics qui postulent la sauvegarde des intérêts généraux de l’Etat,

Dans l’arrêt Orfinger du 5 novembre 1996, la SCA est donc confronté au conflit entre l’art.
45 du TFUE (tel qu’interprété par la CJUE) et l’art. 10 al. 2 de la C° et commande de faire
primer la jurisprudence de la Cour de justice sur l’accès des ressortissants européens à la
fonction publique réglé par l’art. 45 du TFUE sur l’article 10 de la C°.

« Du point de vue constitutionnel belge, l'autorité de l'interprétation donnée au traité de Rome par la Cour de
justice repose sur l'article 34 de la Constitution, quand bien même cette interprétation aboutirait à arrêter les effets
d'une partie (...) de la Constitution. »

Dans son avis sur l’avant-projet de loi portant assentiment au traité établissant une
Constitution pour l’Europe, la SLCE a interprété cet arrêt en considérant qu'il ne
consacre pas seulement la supériorité sur l'art.10 al. 2 de la C° de l'interprétation
retenue par la Cour de justice, mais plus directement la primauté de l'art. 45 du traité
lui-même.

4. Le conflit entre le droit dérivé de l’Union européenne et la Constitution belge


Ici, il ne s’agit plus d’un article de traité mais bien à un acte de droit dérivé : un règlement,
une directive, etc. Tous les jours, les institutions de l’UE publient des actes dont la
compatibilité avec les droits nationaux peut parfois être problématique.

La SCA résonne sur la base d’une légisprudence de la SLCE :


« L’attribution de pouvoirs déterminés à des institutions de droit international public, qu’autorise l’article 34 de la
Constitution, implique nécessairement que ces institutions puissent décider de manière autonome de la manière
dont elles exercent ces pouvoirs, sans être liées par les dispositions de la Constitution belge. Cela signifie, du
moins en principe, que si, en application du Traité à l’examen, une loi européenne" (entendons avec le traité de
Lisbonne : un "règlement") "ou une loi-cadre européenne" (entendons : une "directive") "par exemple devait être
adoptée à l’avenir qui,
- soit serait elle-même contraire à la Constitution belge,
- soit obligerait les autorités belges à accomplir des actes incompatibles avec la Constitution, celle-ci ne
pourra pas être invoquée à l’encontre de ces actes de droit européen dérivé.
107
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Du point de vue constitutionnel, l’article 34 de la Constitution assure l’articulation entre,


- d’une part, la primauté reconnue au droit européen (...) et,
- d’autre part, le rang qu’occupe la Constitution belge dans l’ordre juridique interne (...)".
Cela étant, dans l’avenir, pour le cas où l’hypothèse se présente d’un conflit entre le droit européen dérivé et des
dispositions de la Constitution belge, il pourrait s’avérer souhaitable, voire nécessaire, compte tenu de la portée
plus ou moins large qui serait donnée à l’article 34 de la Constitution, de modifier les dispositions
constitutionnelles en cause, outre la possibilité, fût-elle théorique, pour la Belgique, de se retirer de l’Union
8
européenne. »

En résumé, l’art. 34 résume tous les problèmes : quand on a affaire à un acte de droit dérivé,
on a affaire à un acte produit par une institution internationale publique ; ce qui implique donc
que cet article écarte à l’avance toute objection de constitutionnalité à l’encontre d’un acte de
droit dérivé.

M. Dumont n’est pas du tout d’accord avec cette interprétation de l’art. 34. car on sent bien
dans le dernier alinéa de l’argumentation du CE une contradiction :
- ou bien l’art. 34 assure à l’avance la primauté de n’importe quelle règle de droit dérivé
de l’UE sur n’importe quelle règle constitutionnelle
- ou bien l’art. 34 N’assure PAS à l’avance la primauté de n’importe quelle règle de
droit dérivé de l’UE sur n’importe quelle règle constitutionnelle
D’une certaine manière, on voit bien ici que la SLCE a probablement été divisée quant à
suffisance (ou non) de l’art. 34 pour justifier la primauté du droit européen.

Dans la pratique, en Belgique, on ne se laisse pas du tout inspirer par la jurisprudence des
juridictions suprêmes que l’on retrouve à peu près partout dans les Etats membres de l’UE,
par les réserves de constitutionnalité de la CC allemande. Ces CC ont considéré que OUI, il
y a en principe primauté du droit de l’UE sur toutes les normes constitutionnelles (droit
primaire et droit dérivé) ; MAIS sous réserve de certaines règles constitutionnelles tout à fait
essentielles pour l’identité nationale.

Est-ce que la CC résonne de la même manière ? Elle ne s’est pas prononcée de manière
tout à fait claire mais il y a beaucoup d’indices qui donnent à penser que c’est à nouveau
l’art. 34 de la C° qu’elle utilise pour justifier la primauté du droit de l’UE sur toutes les normes
constitutionnelles.

Conclusion
Quand on est confronté à ce type de conflits, il faut toujours appliquer les règles du
pluralisme juridique et à relativiser les points de vues
- les juridictions internationales (CEDH, CJUE) :
o il n’y a pas de discussion, la primauté doit revenir au DI mais quand on a
affaire au DI général ; le DI laisse chaque Etat souverain quant à la manière
d’honorer cette primauté qui lui revient
o jurisprudence Simmenthal
o dans l’hypothèse où une question préjudicielle porte sur la constitutionnalité
d’une loi d’assentiment à un traité fondateur de l’UE/la CEDH " la question
est irrecevable (cf. art. 26 §1e bis LSCC) ! la constitutionnalité des normes
de droit européen est présumée
- les CC nationales

                                                                                                                       
8
Avis du 15 février 2005 sur l’avant-projet de loi portant assentiment au traité établissant une Constitution pour l’Europe donné
par l’assemblée générale de la SLCE.
108
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

d. L’interprétation de la Constitution
Cette interprétation pose quand même quelques problèmes particuliers parce que il n’y a pas
que la C° qui contient des normes générales, vagues, imprécises, indéterminées ; mais il faut
bien reconnaître que c’est surtout dans les C° que l’on trouve de telles normes. Forcément,
l’interprétation de la norme constitutionnelle est délicate et donne un pouvoir non négligeable
à l’interprète.

Les méthodes d’interprétation seront donc systématiquement utilisées, il y en a


essentiellement quatre.

(1) La méthode littérale


L’interprète suit à la lettre le texte, qui est décortiqué à l’aide notamment de méthodes
grammaticales.

(2) La méthode historique


L’interprète recherche les intentions du constituant. Bien évidemment, l’intention de ce
dernier peut bien évidemment nous ramener assez loin dans le temps, au Congrès National
de 1830-1831.

(3) La méthode logique et systématique


L’interprète va resituer la règle de droit interprétée dans son contexte juridique formé par
l’ensemble de la C° ! il y a une certaine logique propre à un système constitutionnel.

(4) La méthode téléologique


L’interprète s’appuie sur la raison d’être, la rationalité, la finalité de la règle au-delà du texte
constitutionnel. C’est la méthode la plus dangereuse car c’est celle qui donne le plus de
pouvoir à l’interprète et qui s’écarte le plus du texte de base.

Rappel (cf. supra) : au plus la C° est rigide, au plus grand sera le pouvoir de ses interprètes
! au plus la C° est rigide, au plus l’actualisation de celle-ci ce fera via l’interprétation des
juridictions suprêmes.

Ex : la SCOTUS a une influence considérable sur la C° américaine ; les couleurs politiques des juges qui la
composent sont connues. En Belgique, il y a une certaine politisation des juges à la CC, il y a un souci d’équilibre
politique mais en principe, dès qu’un juge est élu, il se doit d’être tout à fait indépendant. Ce souci d’équilibre est
beaucoup plus transparent aux Etats-Unis, les juges n’hésitent pas à laisser transparaitre leurs couleurs
politiques.
109
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

CHAPITRE III. L’ETAT ET LA NATION


Le chapitre est divisé en 4 sections :
- Section 1 : présentation du concept de « nation » au sens juridique
- Section 2 : présentation du concept de « nation » dans l’histoire des idéologies
politiques
- Section 3 : présentation des rapports entre l’Etat au sens juridique et la nation au
sens sociologique
o Est-ce qu’une nation a le droit se poser en Etat ?
- Section 4 : Etat et nation(s) en Belgique

Section 1. La nation au sens juridique

§1. Le concept juridique de nation


La nation au sens juridique désigne la nation au sens des nationaux, au sens de ceux qui ont
la nationalité de l’Etat. Cet ensemble de nationaux peut être suivi à travers trois temporalités
différentes
- la nation diachronique ou continue (A)
- la nation synchronique constituante (B)
- la nation synchronique constituée (C)

A. La nation diachronique ou continue


Il s’agit de l’ensemble des générations de nationaux passées, présentes, et futures dont
l’Etat est la personnification juridique. La nation peut donc être comprise comme un
synonyme de l’Etat.

B. La nation synchronique constituante


Il s’agit de la nation titulaire de la souveraineté constituante originaire dans l’Etat. C’est
l’ensemble des nationaux compris comme détenteur du PC originaire. Le Congrès National
de 1830-1831 décrète la C° au nom de la nation diachronique. La nation synchronique
constituante faire la C° historiquement première et c’est également elle qui peut
éventuellement faire la révolution au terme d’un acte déconstituant.

C. La nation synchronique constituée


Il s’agit de la manière d’appréhender la C° la plus courante. C’est l’ensemble des nationaux
qui s’expriment soumis à la C° ; c’est la nation qui exerce tous les pouvoirs que la C° lui
délègue. En particulier, c’est la nation qui, à travers ceux qui ont le droit de vote, élit ses
représentants. Dans les Etats qui connaissent la démocratie directe, c’est la nation qui
adopte des décisions par référendums.

§2. Le concept juridique de population


Est-ce que le mot « nation » et le mot » population » signifient en droit la même chose ? Non,
ces deux concepts ne doivent pas être confondus. La population en droit ne désigne pas
uniquement l’ensemble des nationaux ; mais aussi l’ensemble des étrangers qui sont établis
sur le territoire de l’Etat.
110
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

§3. Les concepts juridiques de nationalité et de citoyenneté, et leur articulation

A. La définition des différents concepts

a. La nationalité
La nationalité est le lien de droit qui unit/rattache les personnes physiques ou les personnes
morales à un Etat et qui a pour effet de leur procurer des droits et des obligations ! de
donner aux nationaux un statut. Deux droits tout à fait fondamentaux, directement issus de la
nationalité sont
- le droit d’accéder au territoire de l’Etat dont on a la nationalité
- le droit de ne pas être expulsé du territoire dont on a la nationalité
e
Cette règle se trouve à l’art. 3 du 4 Protocole additionnel à la CEDH.

Le Gouvernement Michel envisage d’élargir les causes de déchéance de la nationalité ;


certains disent que la déchéance de nationalité est une symbolique ! attention quand une
personne perd la nationalité elle perd le droit fondamentales qu’on vient d’indiquer c’est à
dire celui d’accéder au territoire dont on a la nationalité, de ne pas en être expulsé. C’est
tout sauf une question secondaire.

b. La citoyenneté
Le mot citoyenneté en droit désigne le bénéfice de l’ensemble des droits fondamentaux de
l’homme sous réserve le cas échéant des droits politiques si on prend la citoyenneté au sens
large. La citoyenneté au sens strict est les droits politiques. On distingue deux sens un sens
large et un sens restreint.
- au sens large, le mot citoyenneté désigne le fait de bénéficier de l’ensemble des
droits fondamentaux de l’homme sous réserve le cas échéant des droits politiques.
On peut être citoyen au sens large sans être bénéficiaire des droits politiques.
- par contre, quand on parle de la citoyenneté au sens strict on vise la jouissance des
droits politiques. Les droits politiques sont essentiellement des droits liés à la
participation à la vie de la cité.

Les droits politiques sont :


- le droit de vote ! ius suffragi,
- le droit d’éligibilité ! ius honorum,
- le droit d’accéder aux emplois publiques (le droit dont on parlait avec l’arrêt Orfinger,
- le droit de faire son service militaire (obligation là où elle existe, d’ailleurs on le
ressuscite dans des pays comme la Lituanie tellement ceux-ci ont peur de la Russie
de Poutine) ! ius militae
- le droit de payer ses impôts ! ius tributii.

La citoyenneté ne peut pas se réduire à l’ensemble de droit. La citoyenneté comporte aussi


l’obligation d’obéir aux lois. On est au cœur de l’exigence démocratique parce que l’idée de
la citoyenneté c’est que : si on doit obéir aux lois c’est parce qu’on participe à leur
élaboration. On le droit de vote et le droit à l’éligibilité à travers ces droits politiques, on
participe à la vie de la cité. On a donc l’obligation d’obéir aux lois produites par les
représentants de la cité. L’obligation d’obéir aux lois est une obligation citoyenne.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

B. Le mouvement d’universalisation de la citoyenneté et la question des liens entre la


nationalité et la citoyenneté

Alors examinons maintenant, les liens entre nationalité et citoyenneté. Aux U.S.A., on
parlera de la citizenship pour viser la nationalité donc les deux concepts sont parfois tout à
fait assimiler. Il faut bien distinguer la citoyenneté au sens large et la citoyenneté au
sens strict.

a. Nationalité et citoyenneté au sens large


Si on prend la citoyenneté au sens large, donc la jouissance des droits fondamentaux
de l’homme autre que les droits politiques, il y a aujourd’hui une dissociation entre
nationalité et citoyenneté ainsi comprise. Il y a une dissociation entre citoyenneté au sens
large et nationalité. Pour bénéficier des droits fondamentaux et donc être citoyen au sens
large, il ne faut pas avoir la nationalité de l’état ou on se trouve. La nationalité ne conditionne
pas la citoyenneté au sens large. Un étranger par hypothèse et par définition, c’est quelqu’un
qui a pas la nationalité de l’état est néanmoins un citoyen au sens large. Il bénéficie de
l’ensemble fondamental des droits de l’homme. Ces droits qui reviennent indépendamment
de la nationalité à tout un chacun.

On peut parler de dissociation entre nationalité et citoyenneté au sens large. La


citoyenneté au sens large revient à tout homme peu importe sa nationalité. Cette ouverture
de la citoyenneté à tout être humain indépendamment de sa nationalité est un phénomène
récent que certain n’accepte pas ou n’ont pas bien compris. Un étranger a le bénéfice de la
liberté d’opinion, liberté de conscience, la liberté de culte, liberté d’association, liberté
d’expression, etc. ; et même les droits économiques sociaux à la sécurité sociale ne sont
plus réservés aujourd’hui au seul nationaux. C’est nouveau depuis la seconde guerre
mondiale.

Jusque 1945, on considérait normal de réserver la citoyenneté aux nationaux, de ne pas


considérer que les étrangers comme des bénéficiaires de l’ensemble des droits de l’homme
autres que les droits politiques qui eut sont traditionnellement réservés aux seuls nationaux.

C’est une évolution récente qui s’explique par 3 facteurs.


(1) Le caractère relativement massif des migrations transnationales après la seconde
guerre. Nous vivons dans un monde de plus en plus globalisé et inégalitaire. Il y a
des millions de personnes qui vivent dans des conditions indignes et qui cherchent à
survivre ou en émigrant.
(2) Le développement international des droits de l’homme avec notamment le pacte des
nations unies 1966 : le pacte relatif aux droits civils et politiques / Le pacte relatif aux
droits économiques socio-culturelle. Deux grands instruments universels qui
consacrent des droits fondamentaux pour tout homme indépendamment de sa
nationalité. C’est un Progrès notable.
(3) C’est la légitimité d’un traitement égal appliqué à des personnes qui paie les mêmes
impôts que les nationaux. On paie ses impôts là où on travaille même si on pas la
nationalité de l’état dans lequel on travaille. C’est évidemment pour établir le principe
que tout homme indépendamment de la nationalité reste un citoyen au sens large.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

b. Nationalité et citoyenneté au sens strict


Il reste encore la question des liens entre citoyenneté et nationalité au sens strict. La
citoyenneté au sens strict vise les droits politiques et uniquement les droits politiques. Là, la
tradition résiste même si il y a des évolutions notables. C’est une tradition qui réserve la
citoyenneté au sens strict au profit des seuls nationaux.

Le principe classique c’est que seul qui ont la nationalité de l’état ont le droit de vote ou le
droit d’éligibilité et droit à l’accès aux emplois publiques, le droit de faire leur service militaire.
Il y a juste une exception c’est que l’obligation de payer ses impôts n’est pas liée à la
nationalité. Ce droit politique n’est pas conditionné par la nationalité. Au contraire les autres
droits politiques sont en principe le plus souvent réservée au seul nationaux/ ils sont donc
conditionnée par la nationalité. La nationalité est une condition de la citoyenneté au sens
strict sauf exception.

Une exception c’est la citoyenneté européenne. La citoyenneté européenne dissocie


citoyenneté et nationalité puisqu’ Il suffit d’avoir la nationalité d’un des états membres pour
bénéficier du droit de vote pour les élections communales et européennes. Ce n’est pas la
citoyenneté stricte dans tous ces attributs mais Il y a certains attributs de la citoyenneté au
sens strict qui sont ouverts aux étrangers qui ont la nationalité d’un état membre de l’union.

Certains penseurs, hommes politiques, théoriciens souhaitent que l’on élargisse la


citoyenneté au sens strict au bénéfice des étrangers. On casse ce lien entre nationalité et
citoyenneté au sens strict. Il faudrait donner le droit de vote et le droit d’éligibilité à tous les
hommes et femmes qui vivent sur le territoire d’un état qui ait ou pas la nationalité. C’est
l’idée de la citoyenneté résidence. Il y a un argument qui plait pour la citoyenneté résidence
c’est que ces personnes qui vivent sur le territoire de l’état quand bien même on pas la
nationalité paie leur impôts.

Est-ce qu’il n’y a pas une corrélation à respecter entre le civisme fiscale et le fait de participer
à l ‘élection ? La grande limite qui caractérise la situation des étrangers qui vaut pour la
citoyenneté large c’est le droit absolu de ne pas être expulser du territoire et de pouvoir y
accéder. Ça reste une prérogative propre aux nationaux.

Section 2. La nation dans l’histoire des idéologies politiques

§1. Les différentes conceptions de la nation


Le concept de nation dans l’histoire des idées politiques/idéologies politiques ! le mot
« nation » est ici employé dans des sens qu’il faut éviter de confondre avec l’approche
juridique. On peut les présenter de façon synthétique les différentes conceptions de la
nation, et ce autour de trois conceptions/ significations.

A. La conception ethnique de la nation


Conception qui identifie la nation à l’ensemble des hommes et des femmes qui auraient en
commun une appartenance à une communauté lié par un même passé, même langue,
même religion ou encore culture ! ils sont unis par un trait soi-disant objectif. Dans les
conceptions, les plus innommables on rajoute une même race. Cette conception ethnique
n’est pas acceptable si on est démocrate. Il y a incompatibilité entre une conception
purement ethnique et l’exigence démocratique car en démocratie, les limites de la
communauté national/ nous ne peuvent pas être considérer comme préétablit une fois pour
toute. Elles doivent être débattues. Décrétée une fois pour toute que la nation c’est ceux qui
parle la même langue c’est évident enfermer la nation et la soustraire à tout débat sur les
critères d’appartenances.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

La conception ethnique de la nation à tendance à survalorise le particulier, c’est la nation


génie, il y a l’idée qu’il aura une sorte de nature qui française, italienne,… Le mot
naturalisation vient de là c’est un des modes d’acquisition de la nationalité. Le mot évoque
encore l’idée d’une nature nationale que l’on va finir par acquérir. Cette conception ethnique
est présenté souvent comme une conception germanique parce qu’on trouve les traces dans
les écrits philosophiques de deux philosophes allemands HERDER et FICHTE.

FICHTE, dans ses discours à la nation allemande en 1807-1808 cherche un critère pour
réunir les 200 principautés qui existaient dans ce qu’on va appeler l’Allemagne. Il y avait 200
principautés tout à fait autonomes. FICHTE en appel à la création d’une nation allemande
cimenté par la langue allemande. Par ailleurs, il n’est pas conservateur comme on l’a dit
très loin de là. Dans l’histoire des idées politiques, on le présente comme une des
fondateurs de cette conception ethnique.

B. La conception civique de la nation


La conception civique de la nation est attribuée à E. SIEYÈS. On avait déjà parlé de lui
quand on a évoqué le concept moderne de C° au sens formel quand on a évoqué son petit
ouvrage « qu’est-ce que les tiers états » ? De 1788. L’abbé SIEYÈS, dans ce même petit
ouvrage définit la nation : comme un corps d’associé qui ont simplement en commun d’être
soumis à la même loi et représenté par la même législature (assemblée élu).

On a affaire ici à une conception tout autre de la conception ethnique qui fait chaque fois
émerger un trait d’appartenance soi-disant objectif. En revanche, dans la conception civique
on aurait à faire à un critère subjectif, la volonté d’appartenir à la nation. Si on veut être
membre de la nation mais on doit obéir aux lois et participer à la vie de la cité.

La nation est l’ensemble des citoyens libres et égaux qui acceptent/veulent de vivre
ensemble sous une loi commune. C’est une conception plus satisfaisante pour la
démocratie. Néanmoins cette approche civique à quelque chose d’irréaliste. Si on regarde
les nations tel quel se sont développée dans l’histoire et Si on regarde la formation des
nations, elles ne sont pas former comme une association (demander à être membre !
simple acte de volonté). Dans la pratique, les grandes nations se sont créées dans l’histoire
à la suite de multitudes de facteurs d’agrégation. Dans laquelle on trouve parfois des
éléments linguistiques, culturelles, ou encore religieux. On trouve aussi le plus souvent une
politique volontariste menée par les dirigeants qui veulent crée la nation mais au fil de l’épée.

Ex. : La France est un produit des guerres menées par les rois de France qui voulait étendre le territoire de la
France au-delà de la zone autour de Paris. La France s’est faite non pas comme Sieyès le définit mais elle s’est
fait à coup de guerre menée par des dynasties entières de roi de France.

C’est pour ça que la tâche de HERDER et FICHTE est plus compliquée que celle de
SIEYÈS. Quand FICHTE essaie de penser la nation allemande il part d’une situation où il y a
200 principautés autonome et divisé. Donc il cherche à créer la nation allemande et il prend
le critère de la langue SIEYÈS en 1788, il a La France devant lui, son territoire et l’état
français existe depuis longtemps. Ce qu’il veut simplement faire c’est transformer les français
en démocrate. Il veut instaurer une sorte de démocratie qui ne sera pas encore le suffrage
universel. C’est l’abolition des privilèges, la loi commune, le règne de l’égalité.

On ne crée pas une nation à partir d’un niveau zéro de socialité, il y a d’abord des choses en
communs. C’est très difficile de définir la nation. On arrive à une solution qui n’est pas sans
reproche et qui pose aussi des difficultés mais qui est peut-être plus satisfaisante !
définition syncrétique d’un intellectuel français bien connu de la fin du 19e s. : Ernest
RENAN.
114
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

C. La définition syncrétique de Renan


RENAN définit la nation en retenant un seul critère seulement de la conception ethnique : le
passé commun. Il amalgame le critère objectif du passé commun avec le critère subjectif
volontariste de Sieyès qui est la définition civique.

La nation est donc pour RENAN l’ensemble de ceux qui sans être nécessairement uni par un
critère linguistique, religieux, culturelles ni un critère racial éprouve le sentiment d’appartenir
à une communauté distincte en raison de la possession d’un passé commun (il y a une
histoire commune) et qui d’autre part encore la volonté de vivre ensemble (la volonté de faire
valoir l’héritage reçu du passée.

Le seul souci chez RENAN c’est qu’il encourage les historiens à glorifier et occulter ce qui
dans le passé commun pouvait diviser les nationaux. Il y a aussi un nationalisme chez Ernest
Renan. Dans le passé, on se rend compte qu’il y a eu des guerres sanglantes qui
opposaient les nationaux les uns aux autres. Quelque part, il encourage les historiens à
manipuler le passé pour mettre avant tout ce qui uni. Dans une conception plus autocritique
notamment préconisé par le philosophe JEAN-MARC FERRY ; M. Dumont estime qu’il faut
encourager les historiens à être lucide. Il faut les encourager à avoir une vision critique du
passé. Il faut se rendre compte que dans le passé il y a eu des violences, des guerres. On
ne peut pas construire une future commune sur une sorte d’amnésie collective.

C’est un des problèmes pour l’avenir de l’union européenne si l’union européenne veut un
jour devenir une communauté politique comprise comme un peuple plurinationale mais un
peuple quand même. L’U.E doit être très lucide sur son passé. Le passé de l’U.E c’est des
guerres et des guerres. L’U.E présuppose des réconciliations comme la réconciliation entre
la France et l’Allemagne. Pensons au grand geste de pardon posé par le chancelier
allemand dans ses rencontres avec François Mitterrand le président de la république
française. La réconciliation Franco-allemande s’est des gestes d’éthiques reconstructives
indispensable si on veut l’union européenne soit un peuple plurinational

18/03/2015

Rappel des derniers cours


Nous avons vu le concept de nation au sens juridique du terme ; et puis nous avons abordé différents concepts
de la nation dans un sens socio-politique, en prenant compte de l’histoire des idéologies politiques. Nous avons
vu
- la conception ethnique de la nation : la nation génie, naturalisée, quelque peu refermée sur des critères
d’appartenance présentés comme objectifs
- la conception civique de SIEYES : la nation contrat/association, qui repose sur un critère plus
volontariste
- la conception syncrétique de RENAN : retient un élément dans l’approche ethnique = le passé commun,
et qui amalgame cet élément avec la conception civique ! la nation pour lui est l’ensemble des hommes
et des femmes unis par un passé commun mais qui veulent aussi continuer à vivre ensemble pour faire
valoir l’héritage reçu du passé " « la nation est un plébiscite de tous les jours. »

Chacun de ces conceptions se heurtent à des objections :


- l’objection de la démocratie contre une conception ethnique
- l’objection de l’irréalisme contre une conception qui se présenterait comme purement civique
- le danger de l’amnésie collective que RENAN recommande pour cimenter le sentiment d’appartenance
dans une vision magnifiée/glorifiée du passé.

Appel à une autre approche du passé des nations " approche reconstructive (FERRY) : il parle d’une éthique
reconstructive disant qu’il faut que les nations acceptent de poser un regard lucide/critique sur le passé, et y
compris sur les éléments les plus douloureux qui ont marqué le passé
115
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Excursus sur l’UE : si demain on peut rêver d’un peuple plurinational européen ! l’UE est une fédération
plurinationale " l’attachement des Etats à leur identité nationale va se confirmer dans les décennies à venir, l’UE
doit prendre en compte que tous ces pays forment un peuple avec des nations très différentes ! il faudra qu’elle
pratique cette éthique reconstructive et qu’elle soit capable de poser un regard critique sur l’histoire des nations
européennes et sur les guerres qui les ont divisés. Les gestes de réconciliation sont des gestes caractéristiques
de cette politique reconstructive ! c’est donc tout le contraire de l’amnésie collective préconisée par RENAN.

D. Conclusions.
Comment définir la nation ? Il n’y a pas de définition toute faite et optimale qui répondrait à
tous les critères nécessaires. D’une certaine manière, la politologue Dominique
SCHNAPPER n’a pas tort de dire que « toute nation est à la fois civique et ethnique » dans
la réalité historique. On retient pour les bonnes fins du cours une définition de la nation de
KYMLICKA ! quand, plus loin dans le cours, on va évoquer les rapports entre Etats et
nation, on va prendre la nation au sens de la définition de KYMLICKA.

« Une nation désigne une communauté intergénérationnelle


- plus ou moins développée sur le plan institutionnel
- occupant un territoire donné
- partageant une langue distincte
- et ayant une histoire commune. »

Quand on prend cette définition politique de la nation, la comparaison avec l’approche


juridique saute aux yeux. Quand on définit la nation au sens juridique, il s’agit de
« l’ensemble de ceux qui ont la nationalité ! le même lien d’appartenance à un Etat » ; étant
entendu que l’on peut aborder la nation sous trois temporalités différentes. Donc, dans
l’approche juridique du terme « nation » ! approche que l’on peut contester, relativiser ;
nation et Etat vont de paire.

La question maintenant est donc de savoir si une nation au sens de KYMLICKA a le droit de
se constituer en Etat ? Dans la définition de ce dernier, on peut aborder le problème des
nations sans Etat " il y a des communauté intergénérationnelles qui ont un certain degré
d’organisation institutionnelle, qui partagent une langue et qui ont une histoire commune sur
un territoire donné ! ce sont donc des nations au sens de KYMLICKA mais ce ne sont pas
toujours des Etats ! Répondre aux critères de la définition de KYMLICKA n’implique pas
nécessairement d’être un Etat " Ecosse, Catalogne, Flandre, etc.

Avant d’aborder les rapports (difficiles) entre l’État au sens juridique et la nation au sens sociologique, nous allons
évoquer deux enjeux pratiques de la controverse sur les définitions philosophiques de la nation.

§2. Les enjeux pratiques de la controverse sur les définitions philosophiques de la nation

A. Le choix des conditions qui peuvent légitimement être imposées aux étrangers qui
sollicitent l’acquisition d’une nationalité

Quels sont les critères utilisés par les codes de la nationalité pour déterminer les
modes d’obtention de la nationalité ? Les modes d’obtention de la nationalité sont très
différents d’un Etat à l’autre.

En faisant un peu de droit constitutionnel comparé, on peut constater que certains Etats font
pencher la balance du côté d’une conception essentiellement ethnique ; ce sont les codes
qui mettent l’accent sur le ius sanguini ! on peut avoir la nationalité de l’Etat dans la mesure
où un de nos parents a cette nationalité.
116
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Cela a été longtemps la conception dominante en Allemagne et en Suisse ; ces Etats ont
aujourd’hui évolué vers une conception plus civique. Il s’agit d’ailleurs de la conception
dominante. Qui dit « conception civique » dit (en ce qui concerne les critères nécessaires
pour obtenir la nationalité d’un Etat) « acte de volonté. »

Mais est-ce qu’une conception authentiquement civique se contente d’une simple


demande ? Si on dit oui, il faut reconnaître que cette conception civique peut se prêter à un
usage purement instrumental de la nationalité ! la nation dont on demande de devenir le
membre ne nous intéresse guère, on désire obtenir cette nationalité pour des raisons
purement égoïstes " ignorance de la langue, de la culture du pays ! aucune intention de
s’y intégrer.

Donc, selon M. Dumont, une conception authentiquement civique de la nation repose sur un
acte de volonté qui pour être authentique suppose tout de même quelques éléments
culturels, sans pour autant basculer dans la conception ethnique ! un minimum de
connaissance d’une des langues nationales et de l’histoire politique " quand on acquière la
nationalité d’un pays, on acquière également les droits politiques, qui ne peuvent bien
évidemment pas être mis en œuvre sans un minium de connaissance de la langue et de
l’histoire du pays.

Dans les codes de la nationalité, on trouve aussi l’obtention de la nationalité « en vertu du ius
soli » >< ius sanguini de la conception ethnique. Le ius soli est le critère qui repose sur le lieu
de la naissance ! le fait d’être né sur le territoire d’un pays nous permet d’acquérir la
nationalité de ce dernier. On peut considérer que ce critère relève aussi d’une conception
plutôt civique, même si ce sont les parents qui ont fait le choix de vivre durablement sur un
Etat " l’enfant acquière donc la nationalité du pays sur base d’une présomption
d’intégration.

B. Les conditions de viabilité d’un Etat plurinational au sens sociologique du terme

a. Pour les doctrines proprement nationalistes


Quand on parle d’un Etat plurinational, c’est au sens sociopolitique du mot ! en employant
le mot « nation » au sens de KYMLICKA
- si on prend la nation au sens juridique, qui dit UN Etat dit UNE nation
- si on prend la nation au sens sociopolitique, on peut constater que la majorité des
Etats sont plurinationaux (R-U, Espagne, Belgique).

Quid de la viabilité des Etats plurinationaux (en employant le mot nation au sens de
KYMLICKA ? Si on prend la conception ethnique pure au sérieux : la réponse est NON,
parce que le propre de la conception n’est pas seulement de reposer sur un critère purement
ethnique, c’est d’épouser le grand précepte du nationalisme qui se définit comme un « idéal
de congruence entre appartenance politique et appartenance culturelle » ! une nation au
sens de KYMLICKA devrait pouvoir se doter d’un Etat en droit.

Selon cette doctrine, les Etats plurinationaux sont provisoires et à terme, ils vont éclater
parce que chaque nation va à un moment donné se doter d’un Etat et va finir par faire
sécession. Le nationalisme est une doctrine proprement effrayante parce que s’il on
l’applique, ses préceptes vont se terminer en bain de sang " de manière générale, un Etat
n’accepte pas de voir l’une ou l’autre de ses nations composantes faire sécession.
117
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Ex :
- tentative de sécession du Katanga (province la plus méridionale de la République démocratique du
Congo) en 1960 s’est soldée en échec sanglant
- problématique de la Catalogne
- tentation du Québec de faire sécession

Tout cela peut se régler par négociations : une sécession négociée n’est pas d’office
inconcevable, mais cela se fait rarement dans la paix et dans la sérénité. De plus, le
nationalisme est très souvent irréalisable. Le nationalisme est irresponsable, sauf si les
négociations ont lieu dans la paix.

Ex : géographie de l’ex-Yougoslavie " il y a sur des territoires des majorités serbes mélangées avec des
minorités croates et vice-versa ; les bosniaques étant également présent sur tout une série de territoire ! le
nationalisme provoque de la haine.

Il y a donc lieu de s’interroger sue le fondement de l’Etat plurinational : ce dernier a


besoin d’un ciment, d’un fondement afin d’avoir un minimum de cohérence. S’il y a DES
nations au sens de KYMLICKA qui coexistent dans un Etat, comment est-ce que cet Etat
peut tenir debout ? Malgré sa pluralité, qu’est-ce qui fait qu’un Etat plurinational peut
fonctionner démocratiquement ? C’est exactement la question que pose l’intégration
européenne, sauf que l’UE n’est pas un Etat. Néanmoins, il y a quand même un processus
d’Etatisation de l’UE quant aux transferts de souveraineté des pays membres (cf. supra).

Bart de WEVER répondrait à cette question : en Belgique il y a deux démocraties donc cela ne peut pas marcher
! mais c’est un nationaliste.

b. Pour les doctrines post-nationales


Il y a des théoriciens, comme HABERMAS, qui ont défendu une théorie de l’Etat post-
national = Etat qui n’a pas besoin d’un autre fondement que le « patriotisme constitutionnel. »
Cette expression est un concept de philosophie politique qui articule une dimension affective
(qui dit patriotisme dit sentiment d’appartenance à une patrie) qui est fondée sur un
attachement raisonnable à des règles de droit que l’on trouve précisément dans la C°. Ce
sont les principes les plus fondamentaux, colorés de la culture politique de l’Etat en question:
Etat de droit, démocratie, DDH, etc. Donc, pas besoin d’un ciment
- de type linguistique,
- tiré d’un passé commun
- tiré d’une coutume commune

C’est une théorie fascinante, mais M. Dumont ne parvient pas à y croire. Dans la réalité, les
Etats plurinationaux ne semblent viables que si ils peuvent s’appuyer sur un patriotisme
constitutionnel mais il leur faut aussi sur un désir de délibérer ensemble, de faire fonctionner
les institutions démocratiques.

C’est ce qui fait le ciment de la Suisse. La présidente de la confédération helvétique précise que « le fondement
de la Suisse, c’est le désir de délibérer ensemble, de faire fonctionner les institutions démocratiques ; au sommet
desquelles on trouve le référendum. »

Il y a une dimension désirante, qui n’est pas totalement rationalisable.

Au Québec, quand M. Dumont entend les Québécois se plaindre de l’incapacité du reste du Canada à accepter et
à reconnaître une forme de société distincte " il peut alors comprendre la solution de sécession qu’avance les
Québécois. Mais ces derniers savent très bien qu’il n’est pas question de prendre les armes pour ce faire, il va
falloir négocier. Ce qui est sûr, c’est que le Québec ne restera pas indéfiniment dans le Canada
- s’ils manquent de ce désir de continuer à délibérer ensemble avec le reste du Canada
- et si le Canada refuse de comprendre que le Québec n’est pas une province comme les autres
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Section 3. Les rapports entre l’État au sens juridique et la nation au sens sociologique

Nous allons ici mobiliser les clés du DI public. La grande majorité des Etats de par le monde
sont plurinationaux au sens sociopolitique du mot « nation » " la question juridique est
donc la suivante : et-ce que le DI public consacre un droit à l’autodétermination externe des
nations tels que définies supra ? ! Est-ce que le nationalisme trouve un appui dans un
principe juridique ?

C’est une tâche délicate à entreprendre : comment comprendre le droit des peuples à
disposer d’eux-mêmes ?
er er
Art. 1 , §2, Charte de l’ONU (et art. 1 Pactes des Nations-Unies de 1966)
« Les buts des Nations Unies sont les suivants : […];
1. Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de
droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures
propres à consolider la paix du monde; […]»

Certains font un raccourcis un peu rapide : vu que l’art. 1er §2 de la Charte de l’ONU énonce
le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, cela veut nécessairement dire que la nation
sans Etat a le droit de se doter d’un Etat. Comment mieux disposer de soi-même qu’en se
dotant d’un Etat souverain ?

L’interprétation que le DI public a toujours donné à ce droit des peuples à l’autodétermination


est résolument restrictive : un peuple a le droit de faire sécession en vertu du DI uniquement
dans trois cas :
- si ce peuple est victime d’une occupation étrangère
o Timor oriental occupé par l’Indonésie
o Namibie occupée par l’Afrique du Sud, ça a été fait
- si ce peuple est colonisé
o les colonies ont le droit reconnu par l’ONU de s’émanciper de la métropole si
elles en sont séparées par une mer (« test de l’eau salée »)
o encore aujourd’hui, un certain nombre de peuples pourrait faire sécession en
toute légalité
# la Nouvelle-Calédonie
# les iles Maui
- si ce peuple est sous un régime raciste

En dehors de ces cas, il n’y a pas de droit de faire sécession. MAIS attention, le DI est assez
subtil " en dehors de ces cas, il est arrivé que des peuples fassent sécession. Si un peuple
fait sécession ; c’est un fait qui, à un moment donné, peut être reconnu ! DI n’interdit pas
aux peuples enclavés dans un Etat multinational de faire sécession.

Il est vrai qu’il y a le grand principe du respect de l’intégrité territoriale de ses voisins :

Art. 2, §4, Charte de l’ONU


« […] L'Organisation des Nations Unies et ses Membres, dans la poursuite des buts énoncés à l'Article 1, doivent
agir conformément aux principes suivants :
4. Les Membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à
l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout Etat, soit de toute autre
manière incompatible avec les buts des Nations Unies. […] »

Mais qui doit respecter ce principe ? Les autres Etats. L’obligation de respecter l’intégrité
territoriale de chaque Etat s’impose aux Etats ; et non aux peuples enclavés dans un Etat
plurinational.
119
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Donc, du point de vue du DI, un peuple qui veut faire sécession peut réussir ; il n’y a pas
d’objection du DI si un Etat étranger n’intervient pas ! dès qu’un Etat étranger intervient, le
plus souvent avec des armes " la sécession devient irrégulière sur le plan du DI, parce
qu’alors un autre Etat a méconnu l’application du respect de l’intégrité territoriale.

Ex. : La Crimée fait sécession avec l’aide ± déguisée mais évidente de la Russie ! sécession irrégulière au
regard du DI.

DONC, Il n’y a pas de droit de faire sécession en DI en dehors des trois hypothèses citées
supra ; mais ce n’est pas non plus interdit – pour autant qu’aucun Etat étranger n’intervienne.

Certains internationalistes se sont battus pour faire renaitre la « sécession remède ». Il y


aurait un droit à la sécession dans l’hypothèse où un peuple, enclavé dans un Etat
multinational, ne disposerait d’aucun moyen de sauvegarder un minimum d’autonomie sur le
plan culturel notamment, et a fortiori sur le plan politique ; parce que l’Etat qui l’englobe ne
respecte pas les droits de l’homme ! la seule sécession serait la « sécession remède ». La
CIJ, dans un avis sur l’indépendance du Kosovo, a refusé de se prononcer à ce sujet " pour
le moment, ce quatrième cas n’est donc pas d’application.

Le droit à l’autodétermination externe, le droit de devenir un Etat, n’est consacré par le DI


que dans des cas tout à fait limités ; heureusement (selon M. Dumont) parce que si l’on
devait consacrer le nationalisme dans le DI public, ce serait une bombe à retardement. Mais
le droit constitutionnel peut faire des miracles et aménager des autonomies internes ! un
Roi a une certaine autodétermination interne pour les peuples qui vivent à l’intérieur du
même Etat. Le fédéralisme est précisément une façon de structurer un Etat pour permettre à
des collectivités fédérées et donc, le cas échéant, à des nations au sens de KYMLICKA, de
coexister harmonieusement à l’intérieur d’un Etat fédéral commun.

La boîte à outils du constitutionnaliste est donc certainement utile pour tenter de trouver des
compromis entre l’unité et l’adversité.

Section 4. État et nation(s) en Belgique

Nous reprenons les trois significations de la nation juridique (section 1 supra) et nous les
retrouvons dans la C° Belge (§1). Ensuite, nous aborderons la question de la nation
sociopolitique en Belgique (§2).

§1. Le point de vue juridique : l'unicité de la nation belge et du droit de la nationalité


Il y a une et une seule nation en Belgique, même si selon KYMLICKA il y a une nation
flamande (mais ce n’est pas pour autant qu’il y a une nation wallonne ou bruxelloise). Mais
en droit, cela n’existe pas : il n’y a qu’une et une seule nation " la nation belge.

Donc, dans quel sens le mot « nation » est-il utilisé dans la C° belge ?
120
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

A. Les significations du terme « nation » dans la Constitution belge


La nation belge désigne l’ensemble de ceux qui ont la nationalité belge. Mais on peut
distinguer trois temporalités :

a. La nation diachronique ou continue


Il s’agit bien de l’ensemble des générations passées, présentes et futures de nationaux ;
dont l’Etat est la personnification juridique ! peuple Belge.
er
Formule liminaire qui précède l’art. 1 de la C°
« Au nom du peuple Belge, le Congrès National décrète. »

b. La nation synchronique ou constituante


Dans cette formule liminaire, on peut voir la nation/le peuple au sens diachronique !
manifestement, l’idée est que le constituant fonde une C° pour les générations présentes et
futurs de Belges, par-delà l’acte constituant posé par la nation au sens synchronique
constituant " la nation belge de 1830-1831, qui a fait œuvre constituante ! c’est de cette
nation dont parle l’art. 33 de la C° :

Art. 33
« Tous les pouvoirs émanent de la Nation […] ».

c. La nation synchronique instituée


On en trouve la trace évidente dans l’art. 42 de la C°

Art. 42
« Les membres des deux Chambres représentent la Nation, et non uniquement ceux qui les ont élus. »

Les membres élus de chaque Chambre sont donc les députés, les sénateurs ; ils
représentent la nation dans le respect de la C°. Eventuellement, elle peut exercer le pouvoir
constituant dérivé mais ce qui est certain c’est que elle n’a rien à voir avec la nation
constituante originaire.

d. Conclusion
Cela dit, derrière l’unicité de la nation belge se cache à peine des appartenances
communautaires qui sont tout de mêmes assez fortes " cf. art. 43 de la C°, qui met en place
les groupes linguistiques dans les Chambres.

Article 43
« §1. Pour les cas déterminés dans la Constitution, les membres élus de la Chambre des représentants sont
répartis en un groupe linguistique français et un groupe linguistique néerlandais, de la manière fixée par la loi.
§2. Pour les cas déterminés dans la Constitution, les sénateurs, à l'exception du sénateur désigné par le
Parlement de la Communauté germanophone, sont répartis en un groupe linguistique français et un groupe
linguistique néerlandais.
Les sénateurs visés à l'article 67, §1er, 2° à 4° et 7°, forment le groupe linguistique français du Sénat. Les
sénateurs visés à l'article 67, §1er, 1° et 6°, forment le groupe linguistique néerlandais du Sénat. […] »

La parité au Conseil des ministres imposée par l’art. 99 est encore un autre exemple
d’appartenance communautaire :

Art. 99
« Le Conseil des ministres compte quinze membres au plus.
Le Premier Ministre éventuellement excepté, le Conseil des ministres compte autant de ministres d'expression
française que d'expression néerlandaise. »

La dualité communautaire francophone/néerlandophone revient donc très vite après l’art. 42.
! l’unicité de la nation ne doit donc pas cacher ces appartenances communautaires.
121
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

B. Le terme « population » dans la Constitution


On peut d’abord trouver ce terme à l’art. 63 §2 de la C°

Art. 63 §2 de la C°
« §2. Chaque circonscription électorale compte autant de sièges que le chiffre de sa population contient de fois le
diviseur fédéral, obtenu en divisant le chiffre de la population du Royaume par cent cinquante.
Les sièges restants sont attribués aux circonscriptions électorales ayant le plus grand excédent de population non
encore représenté. »

Cet article signifie simplement que le nombre de sièges à pourvoir dans chaque
circonscription électorale ! le nombre de Parlementaires qu’il convient d’élire dans chaque
circonscription électorale ; est proportionnel au chiffre de la population (nationaux +
étrangers établis sur le territoire) " un député est élu en tenant compte du chiffre de la
population, donc pas uniquement en fonction de ceux qui ont le droit de vote ! ceux qui ont
la nationalité Belge. .

C. Le droit belge de la nationalité


Sur base de quel critère peut on recevoir, et le cas échéant, se voir déchoir la
nationalité ?

Le droit belge de la nationalité est évidemment enraciné dans la C°, dans l’art. 8 :
« La qualité de Belge s'acquiert, se conserve et se perd d'après les règles déterminées par la loi civile.
[…] »

Cet article renvoi au Code de la nationalité contenu dans une loi (« la loi civile ») pour savoir
comment la nationalité belge s’acquiert, se conserve et se perd.

I. L’OBTENTION DE LA NATIONALITE BELGE


Selon l’art. 1e du Code de Nationalité :
« Dans le présent Code, l'obtention de la nationalité s'appelle acquisition ou attribution, suivant qu'elle est
ou non subordonnée à un acte volontaire de l'intéressé tendant à cette obtention. […] »

Il faut distinguer deux hypothèses


- obtention de la nationalité belge sans poser le moindre acte de volonté ! attribution
de la nationalité
- obtention de la nationalité belge à la suite d’un acte de volonté ! acquisition de la
nationalité

20/03/2015

Rappel des derniers cours


Nous cherchons à savoir comment la nationalité belge s’acquiert, se conserve et se perd. Nous n’allons bien
évidemment pas détailler tous les modes d’obtention de la nationalité ! ce n’est pas l’objet de ce cours ; il s’agit
er
d’identifier les principes essentiels de la matière. La distinction fondamentale, qui se trouve à l’art. 1 du Code de
la nationalité, est celle entre les modes d’attribution et d’acquisition de la nationalité. Ce même article distingue
les deux modes d’acquisition en fonction qu’il implique ou non un acte de volonté :
- obtention de la nationalité belge sans poser le moindre acte de volonté ! attribution de la nationalité
- obtention de la nationalité belge à la suite d’un acte de volonté ! acquisition de la nationalité
122
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

a. Les modes d’attribution de la nationalité belge


On distingue trois modes d’attribution de la nationalité :
- la filiation – ius sanguinis (1) ! conception ethnique de la nation.
- la naissance en Belgique – ius soli (2)
- l’effet collectif d’un acte acquisition (3.

(1) Premier mode : L’attribution par la filiation " ius sanguinis


L’hypothèse visée ici est celle de l’obtention de la nationalité belge en raison de la nationalité
belge du père ou de la mère (ius sanguinis) (cf. art. 8).

« §1er. Sont Belges:


1° l'enfant né en Belgique d'un auteur belge;
2° l'enfant né à l'étranger : […]»

Tout enfant né d’un père ou d’une mère belge est Belge, sauf si la naissance a lieu à
l’étranger. Dans ce cas, la qualité de Belge n’est attribuée à l’enfant que si
- son père ou sa mère est lui (elle)-même né(e) en Belgique,
- ou a réclamé l’attribution de la nationalité belge pour son enfant avant que celui-ci ait
atteint l’âge de 5 ans.

Toutefois, cette circonstance ou cette réclamation n’est pas nécessaire si l’enfant ne


possède pas une autre nationalité ou ne la conserve pas jusqu’à l’âge de 18 ans.

(2) Second mode : L’attribution par la naissance en Belgique " ius soli
La nationalité belge est attribuée en raison de la naissance sur le territoire de la Belgique (cf.
art. 10 et 11) dans quatre cas à distinguer ici :

Art. 10.
« Est Belge, l'enfant né en Belgique et qui, à un moment quelconque avant l'âge de dix-huit ans ou
e
l'émancipation antérieure à cet âge, serait apatride s'il n'avait cette nationalité = 1 cas […]
L'enfant nouveau-né trouvé en Belgique est présumé, jusqu'à preuve du contraire, être né en Belgique. =
e
2 cas
L'enfant auquel la nationalité belge a été attribuée en vertu du présent article conserve cette nationalité tant qu'il
n'a pas été établi, avant qu'il n'ait atteint l'âge de dix-huit ans ou n'ait été émancipé avant cet âge, qu'il possède
une nationalité étrangère. »

Art. 11.
« [1 §1er. Les enfants suivants sont Belges sur la base d'une naissance en Belgique :
1° l'enfant né en Belgique, pour autant qu'un de ses [auteurs] au moins :
a) soit né lui-même en Belgique;
b) et ait eu sa résidence principale en Belgique durant cinq ans au cours des dix années précédant la
e
naissance de l'enfant; = 3 cas […]
§2. Est belge à la suite d'une déclaration faite [par les auteurs] ou par les adoptants l'enfant né en
Belgique et ayant, depuis sa naissance, sa résidence principale en Belgique et ce, [pour autant que les
e
auteurs] ou les adoptants = 4 cas :
a) fassent une déclaration avant que l'enfant n'ait atteint l'âge de douze ans;
b) et aient eu leur résidence principale en Belgique pendant les dix années précédant la déclaration;
c) et qu'au moins l'un d'entre eux soit admis ou autorisé à séjourner de manière illimitée en Belgique au moment
de la déclaration. […]
La déclaration visée à l'alinéa 1er est faite conformément à l'article 15. »
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

1° 1e cas : elle est accordée aux apatrides nés en Belgique (art. 10, al. 1e).
L’apatridie est le fait de ne pas avoir la moindre nationalité. Permettre à un étranger
d’acquérir une nationalité est un exercice de la souveraineté Etatique ! chaque Etat définit
souverainement le cercle de ses nationaux ; mais comme chaque Etat est justement
souverain, il peut arriver qu’une personne se retrouve apatride. La Belgique est liée par des
engagements internationaux qui ont pour vocation d’éviter de créer des cas d’apatridie.

2° 2e cas : l’enfant nouveau-né trouvé en Belgique est présumé né d’un père ou


d’une mère belge, jusqu’à preuve du contraire (art. 10, al. 3). " situation qui
devient heureusement rarissime.

3° 3e cas : les « immigrés » dits de la troisième génération – c’est-à-dire nés en


Belgique d’un auteur lui-même né en Belgique – se voient attribuer
automatiquement la nationalité belge, sans aucune démarche volontaire des
parents, moyennant une simple condition de résidence : résidence principale en
Belgique de l’auteur durant 5 années au cours des 10 années précédant la naissance
(cf. art. 11, §1e, al. 1e, 1°)

Ceci est une innovation relativement récente (loi de 1991) justifiée aux yeux du législateur de
l’époque par le souci de favoriser l’intégration des étrangers dont l’établissement en Belgique
est très probablement définitif. Il y a donc une présomption irréfragable d’intégration. Elle
manifeste une importante évolution des idées :
- un recul de la tradition séculaire de la prééminence du lien de sang, au profit du droit
du sol ! ius soli > ius sanguinis ;
- un recul de la nationalité pensée comme appartenance à une unité « ethnique » et
culturelle, au profit d’une nationalité pensée comme appartenance à une
communauté sociale et économique formée par des individus vivant sur un même
territoire géographique. La volonté d’intégration y est donc présumée.

Cela ramène ± à la conception civique, même s’il n’y a pas d’acte de volonté dans ce mode
d’attribution de la nationalité.

La Belgique a fait appel à une main d’œuvre d’origine immigrée : italienne, espagnole,
marocaine, etc. Ces personnes sont venus faire le boulot que les belges ne voulaient ou ne
parvenaient pas à faire ; et les belges étaient nombreux à penser que ces personnes
d’origine immigrée reviendraient dans leurs pays d’origine, alors que énormément ont décidé
de s’établir en Belgique ! ils « méritent » en quelque sorte cette nationalité, notamment
grâce à leur travail fournit " intégration économique.

4° 4e cas (cf. art. 11, §2) ! les « immigrés » dits de la deuxième génération –
c’est-à-dire nés en Belgique – se voient attribuer la nationalité belge si leurs
auteurs (ou adoptants) font, avant qu’ils n’aient atteint l’âge de 12 ans, une
déclaration la réclamant (conformément à l’art.15 – cf. infra).
Les immigrés de la deuxième génération sont nés en Belgique, ils n’ont pas posé le moindre
acte de volonté = bien un cas d’attribution de la nationalité ! mais leurs parents ont fait cette
déclaration avant que l’enfant ait atteint l’âge de 12 ans.

Une double condition de résidence est imposée ! 2 + 1 :


- l’enfant doit avoir sa résidence principale en Belgique depuis sa naissance
- ses auteurs (ou adoptants) pendant les 10 années précédant la déclaration.
- en outre, l’un des auteurs (ou adoptants) au moins doit être admis ou autorisé à
séjourner de manière illimitée en Belgique au moment de la déclaration.
124
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Ici, c’est donc la volonté des parents qui fonde la présomption d’intégration. Ladite
présomption peut être renversée ! la présomption n’est plus irréfragable, dans les seules
hypothèses relativement rares suivantes :
- soit un « empêchement résultant de faits personnels graves » (cf. art. 1e, §2, al. 1e ,
4°, et al. 2 ; art. 15, §3, et infra) dans le chef de l’enfant concerné s’oppose à
l’acquisition de la nationalité,
er
Art. 1 , 4°
« faits personnels graves : des faits qui sont notamment :
a) le fait de se trouver dans l'un des cas visés à l'article 23 ou à l'article 23/1;
b) le fait d'adhérer à un mouvement ou à une organisation considéré comme dangereux par la Sûreté de l'Etat;
c) l'impossibilité de contrôler l'identité ou la résidence principale ou de garantir l'identité;
d) le fait que le juge ait infligé au demandeur une peine définitive, coulée en force de chose jugée, en raison d'une
quelconque forme de fraude fiscale ou sociale. »

- soit le Tribunal de la famille appelé à trancher un conflit entre les auteurs (ou
adoptants) concernant la déclaration estime que celle-ci vise un autre but que l’intérêt
de l’enfant (cf. art. 15, §6).

(3) Troisième mode : l’attribution par l’effet collectif d’un acte d’acquisition
L’enfant,
- qui a sa résidence principale en Belgique,
- qui n’a pas atteint l’âge de 18 ans et qui est encore sous l’autorité d’un auteur (ou
adoptant) au moment où celui-ci acquiert (volontairement) ou recouvre la nationalité
belge,

" bénéficie de l’attribution de cette nationalité, par le biais de l’effet collectif de l’acte qui la
confère à son auteur (ou adoptant) (cf. art. 12).

b. Les modes d’acquisition de la nationalité belge


Il y a deux modes d’acquisition de la nationalité belge :
- acquisition de la nationalité par déclaration
- acquisition de la nationalité par naturalisation

Il y a une distinction fondamentale entre ces deux modes :


- le premier mode suppose un acte de volonté de la part de l’étranger, qui bénéficie
d’un véritable droit subjectif ! « je suis dans certaines conditions expressément
exposées par le Code de la nationalité, j’ai donc le droit d’exiger l’obtention de la
nationalité ».
- le deuxième mode ne suppose pas de droit subjectif " cela change tout ; cf. art. 9 de
la C° « la naturalisation est accordée par le pouvoir législatif fédéral » ! la
naturalisation est donc accordée comme une « faveur » ; on ne peut pas exiger de la
Chambre et du Roi d’être naturalisé.

Rappel : un droit subjectif est le pouvoir dont dispose une personne (appelée le sujet actif du
droit) d'exiger d'un tiers (appelé le sujet passif du droit) une action ou une abstention, en
vertu d'une règle du droit objectif qui lie ce tiers sans lui laisser aucun pouvoir d’appréciation
discrétionnaire. Le sujet actif a
- un intérêt direct, personnel et légitime au respect de la règle en cause.
- normalement, aussi la faculté de s'adresser à une juridiction aux fins de contraindre le
sujet passif du droit à s'exécuter (cf. les art. 144 et 145 de la C°).
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

EXAMEN
Qu’est-ce qu’un droit subjectif ? Quelle est la différence entre l’acquisition de la
nationalité par déclaration et l’acquisition de la nationalité par naturalisation ?
Il faut bien entendu pouvoir montrer la différence dans le CN.

(1) Premier mode : L’acquisition de la nationalité par déclaration (art. 12bis)

I. Conditions d’accès à l’acquisition de la nationalité par déclaration

1° hypothèse - cas de l’étranger né en Belgique : formule quasi-automatique de


déclaration de nationalité (cf. art. 12bis, §1e, 1°)

« 1° l'étranger qui :
a) a atteint l'âge de dix-huit ans;
b) est né en Belgique
c) y séjourne légalement depuis sa naissance; »

La différence avec le cas des immigrés de deuxième génération est que leurs parents
doivent avoir fait déclaration avant que l’enfant ait atteint l’âge de 12 ans et moyennant une
double condition de résidence. Cette première hypothèse ne pose pas beaucoup de
difficultés d’application. Il ne faut pas démontrer une quelconque volonté d’intégration, elle
est acquise.

On peut à nouveau imaginer qu’un « empêchement résultant de faits personnels graves »


s’oppose à l’acquisition de la nationalité. Ayant affaire à un droit subjectif, si l’officier de l’état
civil, à la suite d’une enquête de la sûreté de l’Etat ou d’observations remises par l’Office des
étrangers ou si le procureur du Roi émet un avis négatif sur l’acquisition de la nationalité
belge parce qu’il existe un « empêchement résultant de faits personnels graves » ; à ce
moment là le demandeur (l’étranger) peut inviter l’officier de l’état civil à transmettre son
dossier au Tribunal de 1ère instance.

Ce dernier va statuer par voie de décision motivée sur le bien fondé de l’avis négatif ! il
examine si le procureur du roi de bonnes raisons de décider qu’un « empêchement résultant
de faits personnels graves » fait obstacle à l’acquisition de la nationalité. Contre la décision
du Tribunal de 1ère instance, on peut interjeter appel (cf. art. 15 §3). On a donc bien un droit
subjectif ! la contestation porte sur une des conditions ; c’est en dernière instance que c’est
tranché.

2° hypothèse - cas de l’étranger qui réside légalement en Belgique depuis 5 ans :


formule courte de déclaration de nationalité (cf. art. 12bis, §1e, 2 e)

« 2° l'étranger qui :
a) a atteint l'âge de dix-huit ans;
b) et séjourne légalement en Belgique depuis cinq ans;
c) et apporte la preuve de la connaissance d'une des trois langues nationales;
d) et prouve son intégration sociale : […]
e) et prouve sa participation économique : […] »

Cet étranger a un droit subjectif à acquérir la nationalité belge, si et seulement si il respecte


les conditions ci-dessus. La volonté d’intégration n’est pas présumée, elle doit être prouvée
sur trois plans :
- intégration linguistique ! Art. 1e, §2, 5°
« […] 5° preuve de la connaissance d'une des trois langues nationales : la connaissance minimale d'une des trois
langues nationales correspondant au niveau A2 du Cadre européen commun de référence pour les langues.
Cette preuve doit être rapportée par les moyens de preuve définis dans un arrêté royal délibéré en Conseil des
ministres […] »
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

- intégration sociale
o par un diplôme
o pas la réussite d’un parcours d’intégration : seule la Com. FL en dispose d’un,
la Com. Fr est en retard.
- intégration économique - avoir travaillé pendant un certain temps comme
o fonctionnaire
o salarié
o indépendant

Ce sont des conditions très sévères que l’on ne retrouvait pas du tout dans le Code la
nationalité avant la grande réforme de 2012. Avant cette date, on avait vraiment pensé les
modes d’acquisition de la nationalité de manière beaucoup plus souple, plus ouverte
- on présumait beaucoup plus largement la volonté d’intégration
- à la limite, on concevait l’acquisition de la nationalité comme un moyen de s’intégrer

L’intégration étai presque la conséquence de l’acquisition de la nationalité. Depuis la


réforme, c’est l’inverse ! l’intégration conditionne l’acquisition de la nationalité. On est donc
passé d’une « intégration-conséquence de la nationalité » à une « intégration-condition de la
nationalité. »

M. Dumont estime que le Code de la nationalité dans sa version antérieure à sa réforme de


2012, poussait un peut trop loin la souplesse puisqu’on pouvait devenir belge par acquisition
sans du tout connaître un seul mot d’une des langues nationales. On reste ici dans le cadre
d’une conception civique de la nation, on ne bascule pas dans une conception ethnique de la
nation juste en demandant une connaissance purement instrumentale de la langue ! on ne
demande pas à l’étranger d’aimer la langue en question mais de savoir l’utiliser un minimum.

3° hypothèse - cas de l’étranger qui réside légalement en Belgique depuis 5 ans


ET dont le conjoint est belge ou qui a un enfant belge : formule courte de
déclaration de nationalité assouplie (cf. art. 12bis, §1e, 3°)

« […] 3° l'étranger qui :


a) a atteint l'âge de dix-huit ans;
b) et séjourne légalement en Belgique depuis cinq ans;
c) et apporte la preuve de la connaissance d'une des trois langues nationales;
d) et est marié avec une personne de nationalité belge, si les époux ont vécu ensemble en Belgique pendant au
moins trois ans, ou est [l'auteur ou l'adoptant d'un enfant belge qui n'a pas atteint l'âge de dix-huit ans ou n'est
pas émancipé avant cet âge];
e) et prouve son intégration sociale : […] »

La volonté d’intégration n’est ici pas non plus présumée, elle doit être prouvée sur deux
plans :
- intégration linguistique ! Art. 1e, §2, 5°
- intégration sociale
o par un diplôme
o par la réussite d’un parcours d’intégration : seule la Com. FL en dispose d’un,
la Com. Fr est en retard.

Donc, le fait d’être marié avec un(e) belge ou d’être parent d’un enfant belge, dispense de la
preuve d’une participation économique.
127
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

4° hypothèse - cas de l’étranger qui réside légalement en Belgique depuis 5 ans


ET qui ne peut participer à la vie économique : formule courte de déclaration
de nationalité assouplie (cf. art. 12bis, §1e, 4°)

« 4° l'étranger qui :
a) a atteint l'âge de dix-huit ans;
b) et séjourne légalement en Belgique depuis cinq ans;
c) et apporte la preuve qu'il ne peut, en raison d'un handicap ou d'une invalidité, ni occuper un emploi ni exercer
une activité économique, ou a atteint l'âge de la pension; »

Il s’agit d’un cas plus marginal et humanitaire. Il ne devra pas faire la preuve d’une
intégration linguistique, sociale ou économique ; le SLCE a proposé ce geste humanitaire.

5° hypothèse - cas de l’étranger qui réside légalement en Belgique depuis 10


ans : formule longue de déclaration de nationalité (cf. art. 12bis, §1e, 5°)

« 5° l'étranger qui :
a) a atteint l'âge de dix-huit ans;
b) et séjourne légalement en Belgique depuis dix ans;
c) et apporte la preuve de la connaissance d'une des trois langues nationales;
d) et justifie de sa participation à la vie de sa communauté d'accueil. Cette preuve peut être apportée par toutes
voies de droit, et contient des éléments attestant que le demandeur prend part à la vie économique et/ou
socioculturelle de cette communauté d'accueil. […] »

La volonté d’intégration n’est ici pas non plus présumée, elle doit être prouvée sur deux
plans :
- intégration linguistique ! Art. 1e, §2, 5°
- justifie de sa participation à la vie de sa communauté d'accueil ! cette preuve peut
être apportée par toute voie de droit, mais c’est bien évidemment un type
d’intégration qui se discute.

II. Procédure d’acquisition de la nationalité par déclaration (art. 15)


Il faut tout d’abord prêter serment, et se soumettre aux lois du peuple Belges, à la C° et à la
CEDH " serment de loyauté constitutionnelle.

Art. 12bis §3
« §3. La déclaration comporte, préalablement à la signature de l'étranger, la mention suivante, écrite de la main
de l'étranger : " Je déclare vouloir acquérir la nationalité belge et me soumettre à la Constitution, aux lois du
peuple belge et à la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.] »

Ensuite, le parquet, l'Office des étrangers et la Sûreté de l'Etat sont invités à rendre un avis,
dans un délai de quatre mois,
- sur l’absence potentielle des critères prévus pour bénéficier de cette procédure !
respect des conditions légales
- sur l'existence éventuelle d'un « empêchement résultant de faits personnels graves »

Si le procureur du Roi (et chacune des autres instances) estime ne pas devoir émettre d’avis
négatif à ce propos, la nationalité est accordée immédiatement. Il en est de même dans
l’hypothèse où le parquet ne décide rien dans le délai requis.

En revanche, s’il estime que les conditions de base ne sont pas remplies ou qu’il existe un
empêchement résultant de faits personnels graves, le procureur du Roi remet un avis négatif
motivé, ce qui implique que la nationalité ne peut pas être octroyée. La solution est identique
si le dossier n’a pas été transmis au parquet.
128
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Si l’intéressé le demande, l’officier de l’état civil saisit alors le Tribunal de première instance.
- celui-ci statue dans le respect des garanties juridictionnelles classiques (principe du
contradictoire et motivation obligatoire du jugement).
- l’appel peut être interjeté auprès de la Cour d’appel par l’intéressé ou par le procureur
du Roi.

Alors que la procédure était devenue gratuite, elle est désormais à nouveau soumise à un
droit spécial s’élevant à 150 euros.

(2) Second mode : L’acquisition de la nationalité par naturalisation


La naturalisation constitue le deuxième mode (ou sixième type de formule) d’acquisition de la
nationalité belge. Contrairement à la déclaration, la naturalisation est traditionnellement
conçue comme une faveur qui peut être accordée, au terme d’une appréciation
discrétionnaire, par le pouvoir législatif fédéral (qui exerce ici une fonction d’administration, et
non une fonction normative - art. 9 C°) ! elle ne confère pas de droit subjectif ! Le
législateur fédéral édicte donc une loi de naturalisation = loi purement formelle.

Bien que la naturalisation n’ait donc jamais constitué un droit, les modifications successives
du Code de la nationalité en avaient à ce point facilité l’accès qu’elle était devenue, dans les
faits, un véritable « boulevard » vers la nationalité belge. L’un des objectifs affichés de la
réforme de 2012 est d’en revenir aux fondamentaux de la naturalisation ! à une faveur
accordée à titre exceptionnel par la Chambre des représentants. Le pouvoir législatif est, en
effet, exercé ici par le Roi et la seule Chambre (cf. art. 74, 1°, C°).

I. Conditions d’accès à l’acquisition de la nationalité par naturalisation (art. 19)

- Agé de 18 ans
- séjournant légalement en Belgique (sans seuil temporel), l’étranger doit désormais,
o primo, «avoir témoigné ou pouvoir témoigner à la Belgique de mérites
exceptionnels dans les domaines scientifique, sportif ou socioculturel et, de ce
fait, pouvoir apporter une contribution particulière au rayonnement
international de la Belgique »
o secundo, « motiver pourquoi il lui est quasiment impossible d’acquérir la
nationalité belge en faisant une déclaration de nationalité conformément à
l’article 12bis » (art. 19, §1, al. 1e, 3° et 4°).

S’il veut remplir valablement la première de ces conditions, soit celle de ses « mérites
exceptionnels », l’intéressé devra apporter la preuve :

1° mérites d’ordre scientifique : qu’il a fait un doctorat ;

2° mérites d’ordre sportif : qu’il


a. a « satisfait aux critères de sélection internationaux ou aux critères imposés
par le COIB pour un championnat d’Europe, un championnat du monde ou les
Jeux olympiques »
b. se trouve « dans le cas où la fédération de la discipline sportive concernée
considère qu’il ou elle peut représenter une valeur ajoutée pour la Belgique
dans le cadre des phases éliminatoires ou finales d’un championnat d’Europe,
d’un championnat du monde ou des Jeux olympiques » ;
129
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

3° mérites d’ordre socioculturel : qu’il a « atteint la sélection finale d’une compétition


culturelle internationale » ou qu’il est « récompensé sur la scène internationale en
raison de ses mérites sur le plan culturel ou en raison de son investissement social et
sociétal » (art. 19, §1e, al. 2).

Quant à la seconde condition, elle témoigne du fait que la naturalisation est (re)devenue un
mode accessoire, secondaire d’acquisition de la nationalité.

La naturalisation est, par ailleurs, étendue à tout étranger apatride qui a minimum 18 ans et
qui séjourne légalement sur le territoire depuis 2 ans au moins (art. 19, §2).

II. Procédure d’acquisition de la nationalité par naturalisation (art. 21)


Il faut tout d’abord prêter serment, et se soumettre aux lois du peuple Belges, à la C° et à la
CEDH " serment de loyauté constitutionnelle.

« Je déclare vouloir acquérir la nationalité belge et me soumettre à la Constitution, aux lois du peuple belge et à la
Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales » (art. 21, §1, in fine).

Le parquet, l'Office des étrangers et la Sûreté de l'Etat sont invités à rendre un avis, dans un
délai de quatre mois, sur l’absence potentielle des critères prévus pour bénéficier de cette
procédure, sur l'existence éventuelle d'un empêchement résultant de faits personnels graves
(cf., sur cette notion, art. 1e, §2, al. 1e, 4°, et al. 2, et supra) et sur tout autre élément
demandé par la Chambre.

La décision d’octroi ou de refus de naturalisation relève toutefois de la compétence de la


Chambre des représentants, qui statue selon les modalités fixées dans son règlement.

Le législateur va désormais jusqu’à imposer à la Chambre de considérer l’intégration et la


connaissance d’une des 3 langues nationales comme des éléments importants à prendre en
compte et de les préciser dans son règlement. Dans la mesure où la naturalisation constitue
une faveur et non un droit (cf. supra), aucun recours n’est prévu à l’encontre d’une décision
de refus de la Chambre.

Alors que la procédure était devenue gratuite, elle est désormais à nouveau soumise à un
droit spécial s’élevant à 150 euros.

c. Réflexions critiques sur les dernières évolutions du droit belge en matière d’accès à
la nationalité

II. LA PERTE DE LA NATIONALITE BELGE


e
Art. 8, al. 1 de la C° :
« La qualité de Belge s'acquiert, se conserve et se perd d'après les règles déterminées par la loi civile. […] »

La nationalité belge peut se perdre de 3 manières différentes ; on parlera, selon le cas, de


- perte volontaire (1),
- perte automatique (2)
- perte judiciaire (ou déchéance) (3) de la nationalité.
130
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(1) Première voie : La perte volontaire


Quiconque déclare, une fois majeur, renoncer à la nationalité belge la perd, et ce de manière
volontaire (art. 22, §1e, 2°). Pour éviter les cas d’apatridie, il est toutefois nécessaire de
prouver que l’on possède une autre nationalité ou que l’on va l’acquérir ou la recouvrer par
l’effet de la déclaration.

Cette déclaration se fait devant l’officier de l’état civil du lieu de la résidence principale du
déclarant ou, à l’étranger, devant le chef d’une mission diplomatique ou d’un poste de
carrière de carrière belge (art. 22, §4).

(2) Deuxième voie : La perte automatique


Il existe quatre hypothèses de perte automatique (ou de plein droit) de la nationalité belge
(cf. art. 22, §1e, 3° à 6°) :

1° cas (seul cas vu en cours – M. Dumont a renvoyé au sylla pour les autres) :
L’enfant mineur non émancipé perd la nationalité belge lorsque
- le seul auteur ou adoptant sous l’autorité duquel il se trouve vient à la perdre par
l’effet d’une déclaration, à condition que la nationalité étrangère de l’auteur ou
adoptant soit conférée à cet enfant ou qu’il la possède déjà.
- soumis à l’autorité de ses 2 auteurs ou adoptants, le seul parent qui possède (encore)
la nationalité belge vient à la perdre, à condition que la nationalité étrangère de l’un
de ses auteurs ou adoptants lui soit acquise ou qu’il la possède déjà (art. 22, §1e, 3°).

2° cas :
L’enfant mineur non émancipé adopté par un (des) étranger(s) perd la nationalité belge,
- à condition que la nationalité de l’ (un des) adoptant(s) lui soit acquise par l’effet de
l’adoption ou qu’il la possède déjà,
- sauf si l’un des adoptants ou l’auteur conjoint de l’adoptant est belge (art. 22, §1e, 4°).

3° cas :
Perd également la nationalité belge automatiquement la personne majeure, née à l’étranger
qui,
- primo, a eu sa résidence principale et continue à l’étranger de 18 ans à 28 ans ;
- secundo, n’exerce aucune fonction liée au Gouvernement, à une société ou à une
association belge ;
- tertio, n’a pas déclaré, avant ses 28 ans, vouloir conserver la nationalité belge ; et
quarto, ne devient pas apatride suite à la perte de cette nationalité (art. 22, §1e, 5°, et
§3).

4° cas :
La nationalité belge est perdue pour l’enfant mineur non émancipé
- soumis à l’autorité d’un seul auteur ou adoptant, lorsque celui-ci perd la nationalité
par l’effet du point précédent,
- soumis à l’autorité de ses deux auteurs ou adoptants, lorsque le seul parent qui
possède encore la nationalité belge vient à la perdre (art. 22, §1e, 6°).
Il faut, bien entendu, que cette situation ne le rende pas apatride (art. 22, §3). La perte
automatique de la nationalité belge ne fait, par nature, l’objet d’aucune modalité procédurale
particulière.
131
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(3) Troisième voie : la perte judiciaire ou « déchéance »


C’est ici que les choses se corsent.

La déchéance de nationalité est une sorte de sanction civile (et non pénale) prononcée à
l’encontre d’une personne par une autorité judiciaire et qui consiste à lui retirer sa nationalité.

Depuis 5 ans environ, les juges ont cherché à redonner une impulsion à la procédure de
déchéance, dans le but de condamner sévèrement les individus devenus belges qui abusent
manifestement des droits et libertés reconnus par l’Etat belge (activités ayant pour but la
promotion de l’islam radical et la suppression de ces droits et libertés, dissimulation de sa
véritable identité ou mariage de complaisance en vue de devenir belge plus facilement), mais
ils ont souvent été contraints de faire une interprétation sinueuse des textes de loi pour
arriver à leurs fins...

La loi du 4 décembre 2012 tente de mieux les armer, en étendant les cas dans lesquels la
déchéance peut être prononcée et en organisant une procédure différente selon les
situations (cf. art. 22, §1e, 7°, 23 et 23/1). Les préoccupations qui ont animé le législateur de
2012 ont reçu un écho tout particulier dans l’actualité récente, à l’occasion de la fusillade au
siège du Journal Charlie Hebdo à Paris et des événements qui ont suivi, notamment en
Belgique, début janvier 2015, et qui ont mis en lumière les dangers de l’islam radical pour la
démocratie.

Nous sommes ici sur un terrain extrêmement dangereux : il faut faire attention aux droits de
l’homme, au DI, mais aussi au droit de l’UE ! Il y a une jurisprudence de la CJUE qui exige
que les Etats fassent bien attention quand ils décident de déchoir de la nationalité un citoyen
européen " quand on enlève la nationalité belge, on enlève du même coup le bénéfice de la
nationalité européenne et donc tous les droits qui vont de pair ! La CJUE impose donc un
principe de proportionnalité.

Qui dit « déchéance de la nationalité » dit perte du « tout premier attribut lié à la possession
de la nationalité » !
- le droit d’entrer sans permission dans le territoire de l’Etat dont on a la nationalité,
- ainsi que le droit de pas être banni du pays dont on a la nationalité.
Le danger est donc de priver de leur nationalité belge certains djihadistes, quand bien même
ceux-ci pourrait, après avoir vécu dans un enfer en Syrie ou en Irak, s’être repenti et désireux
de se mettre à l’abris des représailles de leurs anciens co-légionnares.

I. Les causes « traditionnelles » de déchéance et leur traitement (art. 23)


Les individus visés ci-dessus peuvent être frappés de déchéance de leur nationalité belge
dans deux hypothèses :

1° 1° ils l’ont acquise « à la suite d’une conduite frauduleuse, par de fausses


informations, par faux en écriture et/ou utilisation de documents faux ou falsifiés, par
fraude à l’identité ou par fraude à l’obtention du droit de séjour » (art. 23, §1e, 1° –
formulation plus large qu’auparavant),

2° ou ils « manquent gravement à leurs devoirs de citoyen belge » (art. 23, §1e, 2°).
L’action en déchéance est poursuivie par le ministère public, soit d’initiative, soit à la
demande du ministre de la Justice (art. 23, §2). Elle est introduite devant la Cour d’appel,
siégeant en matière civile (en principe, celle de la résidence principale en Belgique de
l’individu concerné, et, à défaut, celle de Bruxelles) (art. 23, §3). La Cour statue très
rapidement, en l’occurrence dans le mois de l’expiration du délai de citation (art. 23, §4).
132
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

II. Les « nouvelles » causes de déchéance et leur traitement (art. 23/1)


De nouvelles possibilités de déchéance sont désormais ouvertes à l’égard des Belges
susvisés qui :

1° sont condamnés comme auteur, coauteur ou complice, à une peine


d’emprisonnement de 5 ans au moins sans sursis :
a. soit pour une infraction prévue par l’un ou plusieurs des articles visés du
Code pénal (tel un crime ou un délit contre la sûreté de l’État, une violation
grave du droit international humanitaire, une infraction terroriste, une infraction
en matière de traite des êtres humains, une menace de nature nucléaire,
biologique ou chimique, un vol ou une extorsion de matières nucléaires ou
une action non autorisée, quelle qu’elle soit, qui implique des matières
nucléaires) ou de la loi du 15 décembre 1980 sur l’accès au territoire, le
séjour, l’établissement et l’éloignement des étrangers (c’est-à-dire une
infraction de trafic des êtres humains), « pour autant que les faits leur
reprochés aient été commis dans les dix ans à compter de la date d’obtention
de la nationalité belge » (sauf en ce qui concerne les infractions les plus
graves au droit international humanitaire, pour lesquelles cette limite
temporelle ne joue pas) (art. 23/1, §1e, 1°),
b. soit pour une infraction « dont la commission a été manifestement
facilitée par la possession de la nationalité belge », pour autant qu’elle ait
été commise dans les cinq ans qui ont suivi l’obtention de cette nationalité
(art. 23/1, §1e, 2°),

2° ou s’entendent déclarer l’annulation de leur mariage pour cause de mariage de


complaisance (cf. art. 146bis C. civ.), si c’est ce mariage qui a permis à l’intéressé
d’acquérir la nationalité belge selon la « procédure courte assouplie » visée à l’article
12bis, §1e, 3° (cf. supra) (art. 23/1, §1e, 3°).

L’idée était dans l’air depuis quelques mois : le programme politique du Gouvernement
Michel prévoit notamment de retirer leur nationalité belge aux individus partis combattre à
l’étranger ; parallèlement, diverses propositions de loi destinées à durcir la législation en
matière de retrait de la nationalité dans de telles circonstances ont été déposées peu de
temps avant l’attentat de Charlie Hebdo.

Désormais, le monde politique s’est ostensiblement emparé de la problématique, devenue


omniprésente dans les médias. De nombreuses questions sont en débat : si la notion
d’infraction terroriste pouvant mener à la déchéance recouvre déjà le fait de fournir des
informations, du matériel ou de l’argent à un groupement terroriste, faut-il l’élargir jusqu’à
englober, par exemple, le fait de recruter une personne en vue de commettre un acte
terroriste ou le fait de diffuser des informations à ce propos ?

En aucun cas, la Belgique ne peut créer des cas d’apatridie = interdiction au niveau
international. De plus, on ne peut pas priver un belge de sa nationalité s’il s’agit d’un belge
de souche (ius sanguinis) ou d’un immigré de la 3e génération (art. 11 Code de la
nationalité). Il y a donc un problème énorme qui se pose au niveau des droits de l’homme ; le
principe de l’égalité et de non-discrimination n’est-il pas quelque peut malmené quand on
distingue deux catégories de belges ? Celui qui vit en Belgique honnêtement depuis 10 ans
et qui a réussi le parcours d’intégration civique en FL ; pourquoi serait-il moins belge que
quelqu’un qui est belge par le ius sanguinis ?
133
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

24/03/2015

Rappel des derniers cours :


Nous en étions au concept de nation au sens juridique dans le contexte proprement belge. On a retrouvé dans la
C° les différents sens de ce concept en droit ; c’est toujours dans le sens de ceux qui ont la nationalité de l’Etat,
en l’occurrence ici celle de l’Etat belge. Tantôt on vise la nation diachronique, constituante (nation souveraine) ou
instituée (nation élue tous les X temps). Par après, nous avons observé que le mot « population » n’a pas le
même sens que le mot « nation » ! la population vise l’ensemble des nationaux et des étrangers établis sur le
territoire de l’Etat. Quand on a abordé le concept de nation en droit de manière générale, M. Dumont a bien
insisté sur deux concepts liés étroitement à celui de nation :
- le concept de nationalité
- le concept de citoyenneté
Jusqu’à présent, nous avons examiné le concept de nationalité, nous avons donc dû faire une incursion limitée
dans le Code de la nationalité ; limitée parce que c’est une matière qui sera vu plus amplement dans le cours de
droit international privé " nous avons néanmoins vus les grands principes qui régissent l’obtention nationalité
Belge :
- attribution de la nationalité ! acte de volonté
- acquisition de la nationalité ! acte de volonté
Pour illustrer ces différents modes d’obtention de la nationalité, nous avons utilisé des conceptions de la
nationalité que l’on retrouve dans l’histoire des idées politiques (conception civique, conception ethnique). Nous
savons que la conception qui monte en puissance aujourd’hui est clairement la conception civique, même s’il y a
encore, à travers le ius sanguinis, des traces de la conception ethnique. Nous avons également démontré que,
dans la dernière version du Code de la nationalité (datant de la réforme de 2012), les conditions d’intégration
dans la société belge ont été renforcées pour pouvoir acquérir la nationalité. L’acquisition de la nationalité est
conditionnée par une volonté d’intégration, qui est parfois présumée de manière simple. Mais maintenant, dans
toute une série d’hypothèses, il faut dorénavant faire preuve activement d’une volonté d’intégration en suivant le
cas échéant des cours de langues ou en manifestant une forme d’intégration via le travail. Enfin, à la toute fin du
cours dernier, nous avons évoqué la problématique de la déchéance de nationalité qui est un problème
extrêmement préoccupant " M. Dumont émet clairement ses réserves sur la volonté du Gouvernement Michel
d’élargir les cause de déchéances afin de combattre l’intégrisme.

Nous arrivons maintenant au rapport entre le concept de « nationalité » et le concept de


« citoyenneté » en droit belge.

D. La connexion nationalité-citoyenneté en droit belge


Il faut distinguer deux sens au concept de « citoyenneté » :
- la citoyenneté au sens strict = bénéfice des droits politiques
- la citoyenneté au sens large = bénéfice de l’ensemble des droits de l’homme, sous
réserve des droits politiques

Qu’est-il en droit belge ? Est-ce que la nationalité conditionne le bénéfice de la


citoyenneté ?

Le concept de citoyenneté n'est employé expressément par le constituant qu'à deux


reprises : dans l'art. 61 et, depuis le 11 décembre 1998, dans l'art. 8.

a. La connexion nationalité-citoyenneté au sens large


Bien évidemment, le problème s’inscrit dans le droit fil du DI général, du DI des droits de
l’homme. Et donc aujourd’hui, bien heureusement, la nationalité belge ne conditionne pas le
bénéfice de la citoyenneté au sens large ! les étrangers, tout comme les nationaux,
bénéficient des droits de l’homme (sous réserve des droits politiques – cf. citoyenneté au
sens strict). Pourtant, quand on regarde l’art. 191 de la C°, on a l’impression que la
formulation n’est pas aussi ouverte :

Art. 191
« Tout étranger qui se trouve sur le territoire de la Belgique jouit de la protection accordée aux personnes et aux
biens, sauf les exceptions établies par la loi. »
134
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Précision : à l’examen, il faut mémoriser le plan de la C° pour s’y retrouver plus aisément.

Cet article précise que si les étrangers se trouvent sur le territoire de la Belgique, ils jouissent
en principe des mêmes droits civils, économiques, sociaux et culturels que les Belges, sauf
les exceptions établies par la loi. A première vue, quand on lit cet article, on a l’impression
que le pouvoir législatif dispose d’un pouvoir d’appréciation discrétionnaire ! il peut déroger
sans s’en expliquer au principe de l’assimilation des étrangers aux Belges, s’agissant des
droits civils, économiques, sociaux et culturels.

On l’a déjà observé, ce statut juridique différencié des étrangers, notamment en matière de
droit du travail et de la sécurité sociale, a été commun à toute l’Europe jusqu’à la fin de la
seconde guerre mondiale. Les premières mesures de protection sociale y ont été réservées
aux seuls nationaux. Ce n’est que progressivement que ce statut a été assimilé à celui des
nationaux.

Depuis un arrêt tout à fait fondamental de la CC du 14 juillet 1994, on ne peut plus


interpréter ce pouvoir de déroger au principe de la l’assimilation des étrangers aux Belges
comme un pouvoir discrétionnaire. La loi peut dans certains cas traiter distinctement les
étrangers des belges en ce qui concerne les droits fondamentaux ; mais toujours dans le
respect du principe de non-discrimination " art. 10 et 11 de la C° ! il faut donc penser à
directement faire un lien avec les art. 10 et 11 de la C° quand on lit l’art. 191.

Oui, il y a une différence objective entre Belges et étrangers, mais on ne peut traiter
distinctement les étrangers des Belges que pour poursuivre un but légitime et pour autant
que la distinction soit nécessaire/adéquate pour attendre ce but ! pouvoir d’appréciation
discrétionnaire.

Grâce à cette interprétation de l’art. 191, la CC a mis l’Etat belge au niveau des exigences du
DI et DUE des droits de l’homme, qui prohibe toute discrimination sur la base de la
nationalité (cf. art. 14 CEDH ; art. 26 PIDCP) ! la CEDH et PIDCP bénéficient aux étrangers
comme aux nationaux dès lors qu’ils relèvent de la juridiction d’un des Etats parties à ces
instruments internationaux.

Donc, retour sur la C° Belge. Quand on lit l’intitulé du titre II « Des Belges et de leurs droits »,
il faut se dire que ce dernier n’est plus tout à jours ! il sous-entend que les étrangers
n’auraient pas de droit, ce qui est faux. C’est un intitulé qui date de 1830-1831, mais ce
temps là est révolu " il s’agit donc d’une scorie d’un passé très heureusement révolu.
135
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

b. La connexion nationalité-citoyenneté au sens strict


La citoyenneté au sens strict est le bénéfice des droits politiques. Le principe ici est bien que
la nationalité conditionne la citoyenneté au sens strict. Cette connexion est confirmée par les
articles 8, alinéa 2, 10, alinéa 2, 61, 64, 67, §1e, 69 et 97 de la Constitution.

Art. 8
« La qualité de Belge s'acquiert, se conserve et se perd d'après les règles déterminées par la loi civile.
La Constitution et les autres lois relatives aux droits politiques, déterminent quelles sont, outre cette qualité, les
conditions nécessaires pour l'exercice de ces droits.
Par dérogation à l'alinéa 2, la loi peut organiser le droit de vote des citoyens de l'Union européenne
n'ayant pas la nationalité belge, conformément aux obligations internationales et supranationales de la
Belgique.
Le droit de vote visé à l'alinéa précédent peut être étendu par la loi aux résidents en Belgique qui ne sont pas des
ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, dans les conditions et selon les modalités déterminées
par ladite loi.
Disposition transitoire
La loi visée à l'alinéa 4 ne peut pas être adoptée avant le 1er janvier 2001. »

(1) Commentaire de l’art. 8 al. 2

EXAMEN
Si on dit que l’art. 8 confirme le principe que « la nationalité conditionne la
citoyenneté au sens strict » ;
- il va falloir tout d’abord expliquer ce qu’est la citoyenneté au sens strict ? C’est le
bénéfice des droits politiques.
- Que sont les droits politiques ? Le droit à l’électorat, à l’éligibilité, de faire son service
militaire, de payer ses impôts (quoique les étrangers paient aussi leurs impôts), le
droit d’accès aux emplois publics (cf. art. 10).
- Où trouvez-vous l’expression du principe que l’on expose ? " art. 8 al. 2
" outre cette qualité = EN PLUS DE cette qualité = qualité de Belge
! les conditions nécessaires pour l’exercice des droits politiques implique la
qualité de Belge, cf. art. 8 al. 1
NB : si on nous demande commenter l’art. 8 al. 2 ; il faut également parler de l’al. 3 étant
donné que cet alinéa concerne l’al. 2 !

La formulation de l’art. 8, al. 2, de la C° belge est donc bien claire : « La Constitution et les
autres lois relatives aux droits politiques déterminent quelles sont, outre » la « qualité
» de Belge, « les conditions nécessaires pour l’exercice de ces droits » " la qualité de
Belge demeure donc bien exigée en principe, même si les deux alinéas suivants ouvrent les
exceptions que l’on va commenter.

(2) Commentaire de l’art. 8 al. 3

Art. 8 al. 3
« Par dérogation à l'alinéa 2, la loi peut organiser le droit de vote des citoyens de l'Union européenne n'ayant pas
la nationalité belge, conformément aux obligations internationales et supranationales de la Belgique. »

Par dérogation à l’alinéa 2 implique que cet al. 3 ouvre une exception à la règle qui veut que
la qualité de Belge conditionne la citoyenneté au sens strict. Dans les limites de l’al. 3, la
qualité de Belge ne conditionne plus la citoyenneté " par dérogation à l’al. 2, la loi peut
organiser le droit de vote des citoyens de l'UE n'ayant pas la nationalité belge, conformément
aux obligations internationales et supranationales de la Belgique.

M. Dumont a regretté supra que la SLCE n’était pas compétente pour donner un avis sur des
projets ou des propositions de révision de la C° ! le CE n’a donc pas été consulté sur la
formulation de l’al. 3 de cet article.
136
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

C’est bien dommage parce que ce dernier aurait dit que le droit de vote EST le droit de vote ;
or les « obligations internationales et supranationales de la Belgique » sont dans le TFUE –
plus précisément, l’art. 20 du TFUE précise qu’il est institué une citoyenneté de l’UE, « est
citoyen de l’Union toute personne ayant la nationalité d’un Etat membre. »

Art. 20, TFUE


« 1. Il est institué une citoyenneté de l'Union. Est citoyen de l'Union toute personne ayant la nationalité d'un
État membre. La citoyenneté de l'Union s'ajoute à la citoyenneté nationale et ne la remplace pas.
2. Les citoyens de l'Union jouissent des droits et sont soumis aux devoirs prévus par les traités. Ils ont, entre
autres:
a) le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres;
b) le droit de vote et d'éligibilité aux élections au Parlement européen ainsi qu'aux élections municipales
dans l'État membre où ils résident, dans les mêmes conditions que les ressortissants de cet État; […] »

La citoyenneté européenne vient donc évidemment perturber l’art. 8 de la C° ; c’est un


ensemble d’attributs/de droits accordés à toutes les personnes qui ont la nationalité d’un des
EM de l’UE " ce sont donc des étrangers au regard du droit belge, mais ce sont des
citoyens européens. Parmi ces droits accordés, il y a le droit de vote mais aussi le droit
d’éligibilité aux élections municipales et européennes (cf. art. 22).

Art. 22, TFUE


« 1. Tout citoyen de l'Union résidant dans un État membre dont il n'est pas ressortissant a le droit de
vote et d'éligibilité aux élections municipales dans l'État membre où il réside, dans les mêmes conditions
que les ressortissants de cet État. Ce droit sera exercé sous réserve des modalités arrêtées par le Conseil,
statuant à l'unanimité conformément à une procédure législative spéciale, et après consultation du Parlement
européen, ces modalités peuvent prévoir des dispositions dérogatoires lorsque des problèmes spécifiques à un
État membre le justifient. […] »

Si on reprend l’art. 8, al. 3 de la C° :


« Par dérogation à l'alinéa 2, la loi peut organiser le droit de vote des citoyens de l'Union européenne n'ayant
pas la nationalité belge, conformément aux obligations internationales et supranationales de la Belgique. »

On lit que « la loi peut organiser le droit de vote » ; mais alors quid du droit d’éligibilité
consacré par l’art. 22 ? Parce que quand on lit la suite de l’alinéa, il est écrit
« conformément aux obligations internationales et supranationales de la Belgique »
! donc conformément à l’art. 22 ? Il s’agit ici d’une erreur, dans l’art. 8 ; la seule façon de
sortir de cette contradiction est d’interpréter l’art. 8 à la lumière du DUE et de préciser que
derrière le droit de vote, il y a bien le droit d’éligibilité. Les obligations supranationales de la
Belgique conduisent à conférer ET le droit de vote ET le droit d’éligibilité aux citoyens
européens qui n’ont pas la nationalité Belge. La loi électorale communale confirme le droit à
l’électorat (art.1er bis) et le droit à l’éligibilité (art. 65).

(3) Commentaire de l’art. 8 al. 4

Art. 8 al. 4
« Le droit de vote visé à l'alinéa précédent peut être étendu par la loi aux résidents en Belgique qui ne
sont pas des ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, dans les conditions et selon les
modalités déterminées par ladite loi. »

L’alinéa 4 concerne les étrangers qui ne sont pas citoyens européens ! qui ne sont pas
ressortissants d’un des EM. Donc, le droit de vote visé à l'alinéa précédent (! droit de vote
et droit d’éligibilité) peut être étendu par la loi à ces étrangers.
137
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Et donc, ces droits de vote et d’éligibilité aux élections communales, a-t-il été accordé aux
étrangers qui ne sont pas citoyens européens ? Le texte constitutionnel dit « peut » ! donc
est-ce que la loi a effectivement accordé ce droit de vote ? Il faut aller voir la loi électorale
communale, art. 1e ter :

« Peuvent également acquérir la qualité d’électeur pour la commune, les étrangers pour lesquels l’article 1erbis
ne s’applique pas pour autant que :
1° ces étrangers introduisent auprès de la commune dans laquelle ils ont établi leur résidence principale, une
demande écrite conforme au modèle fixé par arrêté royal délibéré en Conseil des Ministres, et mentionnant :
a) leur nationalité;
b) l’adresse de leur résidence principale;
c) une déclaration par laquelle l’auteur de la demande s’engage à respecter la Constitution, les lois du peuple
belge et la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Une attestation de cette déclaration est remise à l’intéressé. En cas de demande ultérieure d’inscription sur la
liste des électeurs d’une autre commune, la personne concernée produit cette attestation;
2° (ces étrangers puissent faire valoir au moment de l’introduction de la demande cinq années ininterrompues de
résidence principale en Belgique couvertes par un séjour légal.)
L’article 1er, § 1er, 2°, 3°, 4°, et l’article 1erbis, § 2, alinéas 2 et suivants, et §§ 3 et 4, sont applicables aux
étrangers visés par le présent article. »

Peuvent acquérir la qualité d’électeur pour la commune, les étrangers


- auxquels l’art. 1er bis ne s’applique pas (= étrangers hors UE)
- pour autant qu’ils aient fait une démarche tendant à acquérir cette qualité d’électeur,
- pour autant qu’ils souscrivent à une déclaration selon laquelle ils s’engagent à
respecter la C° et les lois du peuple Belge et la CEDH.
- ces étrangers doivent avoir résidé de manière principale et régulière pendant 5 ans
avant l’introduction de la demande.

Est-ce que la loi a effectivement accordé ce droit d’éligibilité ? Il faut aller voir l’art. 65 de la
loi électorale communale : les étrangers hors UE ne sont pas repris dans les conditions de
l’art. 65 ! ils n’ont donc pas le droit d’éligibilité.

« Pour pouvoir être élu et rester conseiller communal, il faut être électeur et conserver les conditions de l’électorat
visées à l’article 1 ou à l’article 1bis.
Ne sont pas éligibles :
1° ceux qui sont privés du droit d’éligibilité par condamnation;
2° (les ressortissants des autres Etats membres de l’Union européenne qui, par l’effet d’une décision individuelle
en matière civile ou d’une décision pénale prononcée dans leur Etat d’origine, sont déchus du droit d’éligibilité en
vertu du droit de cet Etat);
3° ceux qui, sans préjudice de l’application (des dispositions prévues aux 1° et 2°), ont été condamnés, même
avec sursis, du chef de l’une des infractions prévues aux articles 240, 241, 243 et 245 à 248 du Code pénal,
commises dans l’exercice de fonctions communales, cette inéligibilité cessant douze ans après la
condamnation. »

C’est un choix qui a été fait par le législateur, la C° ouvrait la possibilité aussi bien au droit de
vote qu’au droit d’éligibilité. C’est cette loi, qui accordait le droit de votes aux élections
municipales aux étrangers hors UE, qui avait été adoptée par une majorité alternative (cf.
supra), composée de l’essentiel du groupe linguistiques FR et d’une minorité du groupe
linguistique NL ! traumatisé les NL. Ce cas de figure a été possible parce que cette loi n’est
pas une LS.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Donc, si M. Dumont nous interroge sur la connexion nationalité-citoyenneté au sens strict, il


faut se souvenir de l’ensemble des droits politiques :
- droit à l’électorat + droit à l’éligibilité : on vient d’en parler.
- le ius tributi est un principe général ! on paie ses impôts même quand on est
étranger
- le service militaire n’existe plus en Belgique
- il reste le droit d’accéder aux emplois publics ! droit de devenir fonctionnaire

Ce droit est consacré par l’art. 10 de la C° :


« Il n'y a dans l'État aucune distinction d'ordres.
Les Belges sont égaux devant la loi; seuls ils sont admissibles aux emplois civils et militaires, sauf les
exceptions qui peuvent être établies par une loi pour des cas particuliers.
L'égalité des femmes et des hommes est garantie. »

L’idée du constituant en 1830-1831 c’est que le principe est la réservation au profit des seuls
Belges, sauf pour des cas particuliers.

Ex : l’armée belge n’était pas particulièrement bien commandée et particulièrement mal outillée en 1831, l’Etat
belge a donc fait appel à des militaires français haut gradés ! ces militaires vont recevoir la nationalité belge.

Mais, une fois encore, le droit de l’UE fait intrusion dans notre matière.

Art. 45 du TFUE
« 1. La libre circulation des travailleurs est assurée à l'intérieur de l'Union.
2. Elle implique l'abolition de toute discrimination, fondée sur la nationalité, entre les travailleurs des États
membres, en ce qui concerne l'emploi, la rémunération et les autres conditions de travail.
3. Elle comporte le droit, sous réserve des limitations justifiées par des raisons d'ordre public, de sécurité publique
et de santé publique:
a) de répondre à des emplois effectivement offerts,
b) de se déplacer à cet effet librement sur le territoire des États membres,
c) de séjourner dans un des États membres afin d'y exercer un emploi conformément aux dispositions
législatives, réglementaires et administratives régissant l'emploi des travailleurs nationaux,
d) de demeurer, dans des conditions qui feront l'objet de règlements établis par la Commission, sur le territoire
d'un État membre, après y avoir occupé un emploi.
4. Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux emplois dans l'administration
publique. »

Cet article permet, à première vue, de ne pas faire bénéficier les étrangers d’un accès aux
emplois publics. La libre circulation des travailleurs est un principe fondamental en DUE.
Mais le §4 précise que « les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux
emplois dans l'administration publique. » ! laisse à comprendre que l’on pourrait
apparemment écarter les citoyens européens qui n’ont pas la nationalité de l’Etat.

La contradiction avec l’art. 10 de la C° va naitre de l’interprétation restrictive que donne la


CJUE à cet art. 45. Elle dit que « on ne peut empêcher un citoyen européen d’accéder à la
fonction publique seulement pour les emplois
- liés à la sauvegarde des intérêts généraux de l’Etat
- qui impliquent une participation (in)directe à l’exercice de l’imperium, de la puissance
publique »
Donc, contradiction entre l’art. 45 du TFUE tel qu’interprété par la CJUE et l’art. 10 al. 2 de la
C° ! C’est l’arrêt Orfinger, rendu par le CE le 5 novembre 1996 qui a déclaré qu’en vertu de
l’art. 34 de la C°, la primauté revient au DUE tel qu’interprété par la CJUE.
139
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Nous savons donc maintenant l’essentiel


- nous savons comment le mot « nation » est compris dans la C°
- nous ne confondons pas « nation » et « population »
- nous savons quels sont les grands principes qui irriguent le droit de la
nationalité belge
- nous connaissons la connexion nationalité/citoyenneté ! nous savons ce qui
conditionne la citoyenneté au sens large et la citoyenneté au sens strict

Il reste à examiner maintenant le point de vue socio-politique.

§2. Le point de vue socio-politique : les nations en Belgique

En droit, il n’y a qu’une nation ! seule la nation belge existe. Mais, derrière l’art. 42 de la C°,
on ne peut pas ignorer l’art. 43 :

Art. 42
« Les membres des deux Chambres représentent la Nation, et non uniquement ceux qui les ont élus. »

Art. 43
« §1. Pour les cas déterminés dans la Constitution, les membres élus de la Chambre des représentants
sont répartis en un groupe linguistique français et un groupe linguistique néerlandais, de la manière fixée
par la loi.
§2. Pour les cas déterminés dans la Constitution, les sénateurs, à l'exception du sénateur désigné par le
Parlement de la Communauté germanophone, sont répartis en un groupe linguistique français et un groupe
linguistique néerlandais.
Les sénateurs visés à l'article 67, §1er, 2° à 4° et 7°, forment le groupe linguistique français du Sénat. Les
sénateurs visés à l'article 67, §1er, 1° et 6°, forment le groupe linguistique néerlandais du Sénat. […] »

Derrière l’unicité formelle, juridique de la nation belge ; se cache à peine des groupes
linguistiques. Derrières ces groupes, il y a inévitablement les communautés : Com FL et Com
FR (et Com GER = la minorité la plus protégée au monde). Le problème de la nation belge
n’est pas le problème de l’inclusion germanophone mais bien le problème de la coexistence
de la Com FL et de la Com FR.

Mais au delà du droit, est-ce qu’il y a une nation belge au sens d’un sentiment
d’appartenance à la Belgique ? Est-ce qu’il y a une nation dans un sens ethnique, civique ou
syncrétique ? Un ensemble de personnes qui ont en commun un passé et une volonté de
vivre ensemble pour faire valoir l’héritage reçu du passé ?

A. Belgitude?
En novembre 1988, les Facultés universitaires Saint-Louis organisaient un colloque
interdisciplinaire sous le titre « Belgitude et crise de l'Etat belge ». Il y a 27 ans, on se posait
déjà des questions existentielles sur l’avenir de l’Etat belge.

Pourquoi le mot « belgitude » ? Ce mot avait été forgé quelques années auparavant par deux
intellectuels en se laissant inspirer par le mot « négritude ». Ce mot est un néologisme
inventé par l’ancien président du Sénégal. Pour lui, la « négritude » désignait un sentiment
ambivalent/fierté des Africains à l’égard de l’Afrique ! le berceau de l’humanité est en
Afrique. Cette dernière a bien des raisons d’être fière d’elle-même, mais elle vit toute une
série de difficulté qui justifie un malaise. Donc, pour désigner l’ambivalence du sentiment
d’appartenance des Belges à la nation belge, le mot « belgitude » était parfaitement adapté.
Si l'on ne parlait pas de « francitude » ou d'« italianitude » pour caractériser le sentiment
national français ou italien, c'est parce que celui-ci était dénué de toute ambiguïté.
140
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Ce qui caractérisait au contraire le sentiment d'appartenance à la Belgique chez la plupart de


nos compatriotes, au-delà de leurs diverses appartenances communautaires, régionales,
sociales ou philosophiques, c'était, à notre estime, une structure paradoxale faite à la fois
- de distanciation à l'égard du référent belge dans certains épisodes (crises, etc.)
- et de rémanence9 de celui-ci ! « on reste encore un peu Belge » (cf. Diables
Rouges)

Ce paradoxe résultait d'une double absence :


- l'absence d'un désir inconditionnel de continuer à vivre ensemble
- l'absence d'un désir fort de se séparer (même au sein de la Com FL – seulement
15% à 20% de FL veulent se séparer)

Régulièrement, le mot « belgitude » est utilisé (principalement dans la presse) comme


synonyme de « patriotisme », « amour total pour la Belgique », etc. ! alors que ce n’est pas
du tout dans ce sens-là que le mot a été forgé ! La question est donc de savoir jusqu’ou
notre Etat Belge peut se satisfaire d’un fondement aussi ambigu/paradoxal.

a. Les facteurs centrifuges et centripètes qui caractérisent la situation nationale


belge

1. Les facteurs objectifs = centrifuges et centripètes

La liste des facteurs structurels centrifuges (6) est aisée à dresser ! qu’est-ce qui
pousse vers une division de la Belgique ? :

(1) si l’on met de côté l’allemand qui n’intervient que marginalement dans la configuration
belge, deux grandes langues très différentes,
a. le NL numériquement majoritaire, mais vécu dans la psychologie sociale
jusqu’il n’y a pas longtemps, voire encore aujourd’hui, comme une langue
minoritaire ou en tout cas toujours menacée ! pendant longtemps le NL a été
méprisé
b. le FR numériquement minoritaire, mais politiquement et socialement dominant
au 19e s et au moins jusque dans les années 1960 ;

(2) deux systèmes éducatifs et médiatiques distincts depuis 1960 ;


a. deux ministères de l’éducation
b. deux instituts publics de radio et télévision
c. deux systèmes de journaux différents

(3) une ignorance croissante


a. de la langue,
b. de la culture
c. des sources d'information de l'autre ;

(4) des partis politiques scindés en deux depuis les années 1968-1978 " en 10 ans,
tous les partis politiques se sont scindés en deux – les seuls qui semblent évoquer
l’hypothèse d’un parti à nouveau réunifié sont les écologistes ;

                                                                                                                       
9
Persistance d’un phénomène après disparition de sa cause.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(5) deux scènes électorales séparées (! pas de listes de candidats qui s’établissent
sur l’ensemble du territoire) en manière telle qu’
a. aucun responsable politique flamand n’a de compte à rendre dans les
arrondissements électoraux de la région de langue française
b. aucun responsable politique francophone n’a de compte à rendre devant les
électeurs des arrondissements situés dans la région de langue néerlandaise ;

(6) et enfin, deux tissus socio-économiques de plus en plus divergents parce que
a. la FL est relativement prospère
b. la Wallonie a des difficultés à se redresser ! le déclin Wallon est lié à la
disparition du charbonnage et de la sidérurgie et de l’investissement dans
l’économie FL

Si une nation se fonde en bonne partie sur un réseau de connexions créées par
l'histoire, il faut reconnaître que la frontière linguistique sépare de plus en plus deux
nouvelles nations.

Que reste-t-il alors dans la catégorie des facteurs structurels centripètes ! qu’est-ce qui
pousse vers le maintien d’une Belgique unie ? Chaque facteur est accompagné d’une
nuance qui est de nature à en relativiser la force.

(1) On peut relever primo un passé historique commun.


Il n’y a pas un historien sérieux qui niera l’existence d’un passé historique commun aux
Belges. La Catalogne, nationaliste, peut s’appuyer sur un passé prouvant qu’elle était
indépendante de l’Espagne ; même chose pour l’Ecosse. Mais il n’y a aucune possibilité de
raisonner de la sorte, que ce soit du côté FL ou du côté Wallon. Ces deux grandes
communautés sont des produits de l’Etat Belge. L’histoire du mouvement FL et du
mouvement Wallon montrent bien qu’ils sont bien des produits récents.

« Le passé de la Belgique est bien plus ancien et plus riche que celui de la Flandre ou de la Wallonie ».

Mais, ce passé commun se prête à des réinterprétations ; si pas nationalistes, elle sont
néanmoins plus centrifuges que centripètes. Ces réinterprétations sont quelque peu
partiales.

Ex : faire remonter la Com FL à la Bataille des Eperons d’Or de 1302 est absurde, cette bataille n’a absolument
aucun rapport avec le conflit Belgo-belge. Mais dans le mythe de la nation FL, on peut remonter à cette bataille.

Par ailleurs, l’histoire récente est évidemment une histoire faite de blessure. La domination
socio-culturelle exercée par la bourgeoisie francophone de Flandre et les humiliations
infligées aux Flamands au 19es et jusque dans les années 1960 sont néanmoins reconnues
aussi bien par les historiens francophones que flamands. Il suffit de très peu pour ré-ouvrir
ces blessures. Parfois on rêve d’une sorte d’éthique reconstructive, comme le disait FERRY
avec sa vision de l’Europe : si on veut faire un peuple européen, il se décentrer de son point
de vue ! si les FR faisaient de même avec les FL, ce serait peut être bien ; en tout cas il y a
un travail à faire.

(2) Secundo, il faut constater un soubassement anthropologique fait de traits


culturels communs.
Selon certains sociologues, et notamment la sociologue américaine Renée FOX ; il y a «
beaucoup plus de proximité entre les valeurs qu'expriment les Flamands et les Wallons
qu'entre les valeurs qu'expriment les Flamands et les Hollandais ou les Wallons et les
Français».
142
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Ce ciment culturel est cependant refoulé au fin fond de notre inconscient collectif, de sorte
qu'il faut le point de vue externe d'une sociologue étrangère pour attirer notre attention sur
lui. Ce fond anthropologique de la société belge lui vient en bonne partie du tissu social
catholique qu'elle a hérité de son histoire.

« En Belgique, il existe une identité culturelle privée positive et une identité culturelle
publique négative ». Ce n’est pas par hasard que la division de l’Etat belge en deux grandes
communautés depuis 1970 tire son origine de la revendication d’une autonomie culturelle
pour la Com FL.

(3) Tertio, il faut mentionner les familles politiques


A savoir les mondes catholique, socialiste et libéral, du moins dans la mesure où elles
conservent encore certains liens transcommunautaires malgré la scission des partis qui y
correspondent. C’est du côté des syndicats des trois familles traditionnelles que l’on peut
encore percevoir une réelle solidarité par-delà la frontière linguistique (CSC, FGTB, CGCP),
mais il y a quand même des tensions en leurs seins.

(4) Quarto, une culture politique commune tirée d'un type déterminé de
démocratie : ce qu'on appelle la démocratie consociative ou de concordance.
De part et d'autre de la frontière linguistique, on a une grande pratique de la régulation des
conflits par la négociation et le compromis, qu'il s'agisse des conflits de type
- communautaire opposant les Flamands aux francophones
- idéologique mettant aux prises les familles politiques.

Pendant la grande crise 2010-2011, beaucoup de sociologues comme Dave SINARDET


disaient que la démocratie consociative est essoufflée et ne parvient plus à produire le
miracle du compromis ! on a cru à un moment donné que cette crise serait sans fin.
Pendant 1 an et demi, les politiques ont piétiné avant de décrocher l’accord Papillon et la 6e
réforme de l’Etat. SINARDET (avec d’autres spécialistes) est un grand partisan d’une
circonscription électorale fédérale (cf. DCON II)

(5) Quinto, un ordre juridique et institutionnel commun.


Quand on voit comment l’ordre juridique et institutionnel commun évolue depuis 1970, il est
clair que l’on va en défédéralisation en défédéralisation ; la question se pose donc de savoir
ce qui va rester de commun. Les FR avaient dit « jamais nous ne tolérerons une quelconque
défédéralisation dans la matière sensible par excellence que constitue la sécurité sociale. »
C’est le ciment des Belges, l’élément de solidarité interpersonnelle pour
- les allocations de chômage
- la pension
- l’assurance maladie/invalidité
- les vacances annuelles
- les allocations familiales

Pourtant, la 6e réforme de l’Etat de 2014 a engendré une défédéralisation complète des


allocations familiales ! Certains économistes avaient dit que « si vous touchez à une branche
de la sécurité sociale, c’est comme une pelotte de laine – on tire dessus et la pelotte se
défait – tôt ou tard il y aura d’autres revendications pour défédéraliser plus amplement
l’assurance maladie-invalidité (qui a déjà été un peu touchée) et ainsi de suite.

(6) Sexto, l'union économique et l'unité monétaire.


Cette union économique et monétaire est essentiellement enracinée dans l’UE ! il s’agit de
l’union de l’€. Certains observateurs disent que, quelque part, l’UE facilite l’éventuelle
scission de l’Etat Belge ; mais ce n’est pas tout à fait exact.
143
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Supposons que la FL fasse sécession de manière unilatérale, elle doit demander à adhérer à
l’UE comme nouvel Etat ; l’€ pourrait redevenir/rester la monnaie national de l’Etat Flamand
à conditions que les critères de convergence soient satisfaits. Mais il faut d’abord obtenir une
décision unanime des 28 EM (idem pour l’Ecosse et la Catalogne) étant donné que le Traité
d’adhésion l’UE doit être ratifié par tous les EM ; donc le reste du R-U, de l’Espagne (qui a
déjà dit qu’elle dirait NON à l’accession de la Catalogne à l’UE) et de la Belgique a un droit
de véto.

Quelque part, la monnaie unique a d’une certaine façon facilité les revendications en faveur
des défédéralisassions ! les crises successives depuis l’automne 2007 n’auraient pas pu
se prolonger comme elle l’ont fait si elles s’étaient déroulées à l’époque du franc belge.
De même, la grande crise 2010-2011 n’aurait jamais duré aussi longtemps à l’époque du
franc belge ; la Belgique serait morte économiquement bien avant ! l’appartenance de la
Belgique à la zone euro préserve celle-ci d’une crise monétaire.

Par ailleurs, il est évident que sur le plan économique, il y a des convergences d’intérêts
considérables. Wallons, Bruxellois et FL ont un intérêt économique évident à rester
ensemble, mais il y a eu en Flandre un sentiment très fort que pour lutter contre la crise
économique mondiale ; il fallait que la région FL soie plus autonome pour adopter une
politique très libérale. Une fraction de l’opinion publique FL considère donc que
l’appartenance de la FL à l’Etat belge freine les réformes nécessaires " une bonne partie du
patronat FL estime que l’Etat belge doit adopter des réformes économiques très libérales
comme les FL le demandent sinon il va progressivement disparaître ! le MR représente
déjà 20 députés sur 63. Effectivement le Gouvernement fédéral belge actuel suit une
politique qui se veut très libérale, dans le droit fil de ce que les FL exigent ! mais est-ce que
ce Gouvernement est viable à long terme ?

(7) Septièmement, la Région bruxelloise.


Aucun des 6 facteurs structurels centripètes précédant, qui devraient empêcher la partition
de l’Etat belge, ne paraissent tout à fait convaincant étant donné que chacun de ces facteurs
est accompagné d’éléments de fragilisation préoccupants. Mais ce septième facteur paraît,
selon M. Dumont, d’une solidité extraordinaire. La Région bruxelloise est le cran d'arrêt le
plus solide, apte non seulement à freiner, mais plus encore à rendre impraticable la scission
de l'Etat sans engendrer des risques considérables pour chacun des deux voisins. Donc
avant d’être un sujet de discorde, cette région est le ciment de l’Etat belge :

« Aucune des deux Communautés ne peut s'en emparer ni non plus s'en séparer »

Si d'aventure les Régions flamande et wallonne devaient consentir à s'en séparer pour
devenir chacune des Etats indépendants ou pour se rattacher à leur grande voisine, on se
baserait sur la situation de Washington DC. M. Dumont estime que c’est ridicule, le statut de
Washington DC n’est absolument pas applicable à la Région bruxelloise. Cela voudrait dire
que Bruxelles aurait un statut de capitale européenne, et ce statut se heurte à de nombreux
obstacles.
- la France et le Grand-Duché du Luxembourg n'accepteront pas facilement que
Bruxelles devienne le siège unique des institutions européennes.
- l’UE a autre chose à faire que de gérer les 19 communes bruxelloises
- les EM ne seront pas non plus empressés d'accepter l'idée même d'une capitale
fédérale, aussi longtemps qu'ils se refuseront à céder en droit leurs souverainetés à
l'UE ! l’UE n’est PAS un Etat fédéral !

Il n’y a donc pas de solution pour Bruxelles, même le nationaliste le plus séparatiste n’a pas
de solution pour Bruxelles.
144
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(8) Huitièmement, l’Union européenne.


Elle reste une Communauté d'Etats. Est-ce que cette communauté d'Etats verrait d'un bon
œil la scission de l'Etat belge entreprise au nom d'une interprétation externe et radicale du
droit des peuples à disposer d'eux-mêmes qui pourrait donner des idées sécessionnistes à
d'autres entités enclavées ? Bien évidemment que non. Bien sûr, l’UE ne pourrait pas
empêcher les Belges de se séparer, elle sera alors mise devant le fait accompli ; mais la
plupart des chefs d’Etat et des premiers ministres exercent une pression pour que la
Belgique continue à exister. L’exemplarité d’une partition d’Etats belges fait peur, notamment
au R-U et à l’Espagne.

(9) Neuvièmement, la difficulté extrême d’organiser ce divorce (si volonté)


La Tchécoslovaquie a mis 10 ans à négocier la partition entre la Tchéquie et la Slovaquie ;
même si dans ce pays, il n’y a rien d’équivalent à « Bruxelles-ciment ». Chez nous, le traité
qu’il faudrait négocier pour arranger le divorce par consentement mutuel serait d’une
complicité absolument effrayante. Cependant, pendant les périodes de crises et notamment
celles qui ont commencé en 2007, il y a avait des personnes pour y penser. Préparons-nous
donc à tout pour la fin de cette législature, en 2019.

Dans ce bref inventaire des facteurs objectifs qui permettent de mesurer la consistance
actuelle de la nation belge, on a déjà dû faire une place aux facteurs subjectifs. Les premiers
ne sauraient, en effet, être appréhendés indépendamment des seconds. Ceux-ci justifient
cependant quelques considérations supplémentaires non négligeables.

2. Les facteurs subjectifs = volonté, sentiment d’appartenance


Sur ce plan subjectif, on doit observer une radicalisation des représentations qui ont cours
dans l'esprit des élites en présence, ou du moins de certaines d'entre elles. On ne parle donc
pas ici de la majorité de la population, tant flamande que francophone. Cette majorité
continue à osciller au gré des événements, comme il y a dix ans, entre la sympathie et
l'hostilité intercommunautaire, sans jamais souhaiter majoritairement la séparation ! même
dans les moments de crises les plus durs, le pourcentage de FL qui veulent effectivement
faire sécession reste limité entre 15% et 20%.

B. Une (sous ?-) nation flamande et une sous-nation ... wallonne pour les uns, francophone
pour les autres ou encore wallo-bruxelloise
Quant à la consistance sociologique des « nationalités communautaro-régionales » qui se
mettent en place,
- on doit souligner la force de la nationalité (au sens sociologique) FL promue par le
mouvement FL depuis la fin du 19es " mais qui dit « nation FL » ne dit pas que tous
les FL pensent de la même manière (tensions actuelles entre le CD&V et la NVA)
- la force croissante, mais beaucoup plus récente, d'un embryon de sentiment national
wallon depuis les années 1960 " on ne parle pas encore de nation Wallonne parce
que la plupart des Wallons et des Bruxellois se définissent d’abord comme Belges !
mais on ne peut pas être Belges tous seuls, quid d’un l’intérêt pour les FL ? ;

Ce qui est certain, c’est qu’il faut repousser avec détermination une forme de nostalgie
belgicaine qui n’a plus cours ; il y a maintenant trois communautés qui disposent de très
fortes compétences.
145
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

CHAPITRE IV. L’ETAT ET LE TERRITOIRE


Rappel : l'Etat est le titulaire abstrait d’un pouvoir souverain et institutionnalisé exercé sur - et
en démocratie au nom de - la population d'un territoire déterminé pour servir prétendument
l’intérêt général.

Section 1. En général
Le territoire est une composante dérivée de la notion d’Etat parce que chaque Etat définit
souverainement les limites de son territoire ; étant entendu bien évidemment que les voisins
disposent de la même souveraineté. Il n’y a donc qu’un seule façon d’éviter de se faire la
guerre " il faut conclure un traité, dans lequel sont fixé les frontières d’un Etat. Cela
implique donc que la Belgique est tenue par divers traités.

En droit, le territoire se définit comme l'espace à l'intérieur duquel l'Etat exerce sa


souveraineté. La possession d'un territoire est une caractéristique des pouvoirs
étatiques. Les Eglises, les peuples dispersés ou les nomades sont des collectivités
capables de se donner des règles de droit, mais ils ne sauraient constituer un Etat.

La souveraineté territoriale de l'Etat va de pair avec un principe d'exclusivité :


- à l'intérieur de son territoire, il détient, en principe, le monopole du pouvoir coercitif !
un Etat peut légiférer à propos de situations ou de personnes localisées à l'étranger
(et, inversement, des lois étrangères peuvent s'appliquer sur son territoire).
- mais, il ne peut pas exercer ses pouvoirs de contrainte sur un territoire étranger pour
sanctionner les infractions à ces lois.

Le territoire d'un Etat comprend plusieurs composantes :


(1) le territoire terrestre : le sol, le sous-sol et les eaux comprises à l'intérieur des
frontières;
(2) le territoire maritime : une bande de mer adjacente aux côtes appelée mer territoriale.
(3) le territoire aérien = l'espace atmosphérique qui surplombe le territoire terrestre et la
mer territoriale de l'Etat.

Pour être considéré comme un Etat, le territoire de ce dernier ne doit pas


- avoir une certaine taille (ex : Monaco, le Vatican, enclave Belge en territoire NL, etc.)
- être contigus avec d’autres Etats
146
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Section 2. En Belgique

Les frontières du territoire de la Belgique ont été fixées par divers traités internationaux.

Selon les art. 7 et 167, §1e, alinéa 3, de la C°,


- les limites du territoire ne peuvent être changées ou rectifiées qu'en vertu d'une loi,
- le Roi ne peut conclure un traité ayant un tel objet sans une autorisation donnée par
la loi.

Article 7
« Les limites de l'État, des provinces et des communes ne peuvent être changées ou rectifiées qu'en vertu
d'une loi. »

Article 167
« §1er. Le Roi dirige les relations internationales, sans préjudice de la compétence des communautés et des
régions de régler la coopération internationale, y compris la conclusion de traités, pour les matières qui relèvent
de leurs compétences de par la Constitution ou en vertu de celle-ci.
Le Roi commande les forces armées, et constate l'état de guerre ainsi que la fin des hostilités. Il en donne
connaissance aux Chambres aussitôt que l'intérêt et la sûreté de l'État le permettent, en y joignant les
communications convenables.
Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire, ne peut avoir lieu qu'en vertu d'une loi.
§2. Le Roi conclut les traités, à l'exception de ceux qui portent sur les matières visées au §3. Ces traités n'ont
d'effet qu'après avoir reçu l'assentiment de la Chambre des représentants. […] »

La loi dont il est question dans l’art. 167 §1e al. 3 est une loi qui autorise le Roi à négocier un
traité de frontières ! à ne pas confondre avec la loi d’assentiment à ce traité, un fois conclu.
La loi d’assentiment au traité est la loi visée à l’art. 167 §2. Pour rappel, l’assentiment
conditionne l’aptitude du traité à produire des dans l’OJ interne.

Donc, en ce qui concerne le territoire, deux lois sont nécessaires


(1) d’abord une loi qui autorise le Roi à négocier le traité
(2) une fois que le traité a été signé, il doit être soumis à l’assentiment de la Chambre et
il sera alors ratifié

Dans l’histoire de la Belgique, on a connu les différentes formules évoquées par l’art. 167
§1er al. 3 :
- cession de territoire : une partie du Limbourg a été cédée aux P-B et une partie du
Luxembourg a été cédée au G-D du Luxembourg en 1839.
- échange de territoire : petits échanges ont eu lieu
- adjonction de territoire : à la suite du Traité de Versailles de 1919 (territoires d'Eupen,
Malmédy, Saint-Vith et Moresnet)

Ainsi se termine la première partie du cours. Nous savons désormais ce qu’est un Etat =
titulaire abstrait d’un pouvoir souverain et institutionnalisé exercé sur - et en démocratie au
nom de - la population d'un territoire déterminé pour servir prétendument l’intérêt général. La
deuxième partie du cours est dédiée aux divisions et aux structures de l’Etat. Ce dernier
comme un immeuble à appartements, on a regardé l’immeuble de loin, on a vu comment il se
découpe sur l’horizon ! on sait ce que c’est qu’un Etat. Il faut maintenant entrer dans
l’immeuble à appartements et découvrir qu’effectivement, il y a des appartements. Un Etat
est divisé en collectivités politiques ; c’est la problématique des divisions. Par ailleurs, ce qui
caractérise un Etat, ce sont ses structures, c’est-à-dire les liens qui unissent les collectivités
politiques infra-étatiques à l’Etat. Il y a trois chapitres :
- Chapitre I : divisions et structures d’un Etat en général
- Chapitre II : l’Etat Belge et ses divisions
- Chapitre III : l’Etat Belge et ses structures.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

DEUXIEME PARTIE :
LES DIVISIONS ET LES STRUCTURES DE L’ETAT

CHAPITRE I. LES DIVISIONS ET LES STRUCTURES D’UN ETAT EN GENERAL

Section 1. Les divisions de l’État

Tout Etat se compose de plusieurs collectivités politiques. Ces collectivités correspondent à


des divisions de l'Etat. Une collectivité politique se définit par trois caractéristiques :
(1) elle est une personne morale de droit public ! possède donc une personnalité
juridique distincte de l'Etat ;
(2) elle dispose de compétences qui lui sont réservées en propre pour gérer des intérêts
qui lui sont spécifiques, de manière plus ou moins autonome (degrés d’autonomie
variables d’une collectivité politique à l’autre) ;
(3) elle est dotée d'institutions particulières, c'est-à-dire d'organes propres pouvant agir
en son nom et pour son compte, et désignés suite à l'intervention directe ou indirecte
du corps électoral de la collectivité elle-même = organes élus !
L’Etat est un collectivité politique souveraine qui se compose de plusieurs
collectivités politiques infra-étatiques (régions, départements, provinces, communes,
etc.).

Questions basiques d’examen :


- qu’est-ce qu’une collectivité politique ? " 3 caractéristiques indispensables
- comme l’Etat est une collectivité politique, quelles sont ses compétences propres ?
" Etat = souverain DONC il a toutes les compétences qu’il se donne à lui même, par
définition. Il peut redistribuer certaines de ses compétences, mais au départ il a toutes les
compétences

25/03/2015

Rappel des cours précédents :


Nous en étions aux structures et aux grandes divisions de l’Etat. Nous avons exposé la notion-même de division
de l’Etat : un Etat est toujours divisé en collectivités politiques infra-étatiques (même à Monaco). Il importe d’avoir
en tête la définition du concept de collectivité politique : personnes morale de droit public qui a des compétences
propres avec un degré d’autonomie qui peut varier entre des extrêmes (souveraineté " décentralisation), dotée
d’organes élus qui peuvent prendre des décisions au nom et pour le nom de la population représentée par ces
organes.

Section 2. Les structures de l’État

M. Dumont entend par « structures d’un Etat » les relations juridiques qui unissent les
diverses collectivités politiques infra-étatiques entre elles. En faisant du droit constitutionnel
comparé, on constate les différentes structures qui existent dans les différents Etats ; la
doctrine et la science du droit ont mis en place un classification qui distingue quatre modèles
d’Etats, 2 principaux, 1 entre-deux et un 4e modèle plus marginal :
- le modèle unitaire, qui connaît tout de même un minimum de décentralisation (§1) ;
- le modèle de l’Etat régional, qui est l’entre-deux (§3)
- le modèle fédéral, qui pousse la décentralisation à l’extrême (§2) ;
- le modèle confédéral ! on ne se trouve plus devant une forme d'organisation d'un
Etat mais devant un type d'union entre des Etats distincts, relevant du DI (§4).
148
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Ce sont les formes classiques de structuration d'un Etat. Il ne faut cependant pas
essentialiser celles-ci : ce sont des idéaux-types, des modèles abstraits construits à partir de
réalités institutionnelles concrètes qui ont chacune des particularités dont ces modèles
communs ne sauraient rendre compte " aucun Etat concret ne répond entièrement à l'un ou
l'autre de ces modèles. Ceux-ci n'en sont pas moins utiles. Ce sont des cadres conceptuels
permettant de situer les systèmes constitutionnels concrets les uns par rapport aux autres.

Rien n'empêche un Etat de recourir à des formules hybrides. Il puise alors une part de son
inspiration institutionnelle dans le modèle unitaire et une autre part dans le modèle fédéral.

Ex : en Belgique,
- les Communautés et les Régions sont sur basées sur le modèle fédéral ;
- tandis que les communes et les provinces sont organisées sur le modèle de la décentralisation,

Attention : la confédération helvétique (Suisse) est un Etat fédéral, et non un Etat


confédéral.

§1. L'Etat unitaire décentralisé

A. Définition
L'Etat unitaire est l'Etat dans lequel la loi est la même pour tous ; c'est celui où l'autorité
centrale s'impose comme le seul et unique moteur des principales impulsions politiques. Il y
a un pouvoir législatif qui fait la loi pour l’ensemble de la population. Les collectivités
territoriales n’ont aucun pouvoir législatif.

Ex-type : la France est un Etat unitaire.

Mais cela ne veut pas dire qu'il va exercer lui-même toutes les responsabilités. Pour éviter
les lourdeurs et les inefficiences qui ne manqueraient pas de résulter d'un unitarisme
exclusivement centralisateur, les Etats unitaires disposent de deux techniques qu'il convient
de soigneusement distinguer :
- la déconcentration (B)
- la décentralisation (C)

B. La déconcentration = degré 0 de l’autonomie


La déconcentration est un mode d'organisation de l'administration
- qui tempère la centralisation
- qui consiste en la délégation par l'autorité (M. Dumont), titulaire d'une compétence,
d'une partie de celle-ci (y compris décisionnelle) à une autorité subordonnée (moi), à
charge pour cette dernière de l'exercer sous le contrôle hiérarchique de la première

Cette définition appelle les précisions suivantes :


(1) les agents d'un service déconcentré restent hiérarchiquement subordonnés à
l'autorité centrale et les actes juridiques qu'ils peuvent accomplir engagent la dite
autorité ! c'est toujours le même marteau qui frappe, seulement on a raccourci le
manche.
(2) il y a une hiérarchie organique entre un organe supérieur (l’autorité) et un organe
inférieur (autorité subordonnée)
(3) l’organe déconcentré, là où il est, exécute les ordres/instructions de l’organe
délégante ! tout ne se passe pas dans la capitale, l’organe déconcentré peut agir
n’importe où dans le territoire de l’Etat pour exécuter les actes de l’autorité centrale
>< centralisation.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(4) le supérieur hiérarchique/déléguant peut


a. « organiser son service » comme il l'entend ;
b. donner des injonctions au délégataire ;
c. annuler la décision du délégataire ;
d. réformer les injonctions qu’il donne ! un ministre « conserve le pouvoir de
réformer les décisions prises par ses subordonnés » ;
e. se substituer au délégataire.
(5) la délégation est « précaire et révocable ».
(6) en droit public, toutes les compétences étant en principe d'attribution et devant donc
être exercées par leurs titulaires, une délégation de compétence ou de pouvoir « ne
peut pas porter sur l'essentiel de la compétence concernée, mais sur des
mesures secondaires ou accessoires ».

Ex : il y a un gouverneur de province dans chaque province Belge. Il est l’organe déconcentré du ministre fédéral
de l’intérieur pour tout ce qui concerne le maintien de l’ordre.

C. La décentralisation = degré 1 de l’autonomie


A l’intérieur d’un Etat, les collectivités politiques décentralisées possèdent une réelle
autonomie ; mais limitée. La décentralisation est une technique de droit public par laquelle
- la C° attribue un pouvoir de décision de nature administrative et réglementaire
(législative car sinon fédéralisme) ;
- à une autorité/collectivité politique (dite décentralisée) ;
- dans les limites de la légalité et dans le respect de l’intérêt général, tel que l’autorité
centrale le conçoit ;
- à charge pour elle de les exercer sous un régime d'autonomie ; autonomie a pour
conséquence que l'entité décentralisée est soumise
o non pas au pouvoir hiérarchique de l'autorité supérieure
o mais à un contrôle de tutelle.

Le contrôle de tutelle est tout autre chose que la relation de hiérarchie organique qui
caractérise la déconcentration
- dans la déconcentration, il y a une hiérarchie entre un organe supérieur et un organe
inférieur ;
- alors que dans la décentralisation, le principe est l’autonomie de la collectivité
politique décentralisée : elle a un pouvoir de décision (réglementaire et administratif)
soumis à des contrôles de tutelle

La tutelle est ensemble de techniques très diversifiées qui permettent à une autorité centrale
de contraindre les collectivités politiques décentralisées à respecter la légalité et l’intérêt
général :
- tutelle d’autorisation,
- tutelle d’approbation,
- tutelle de suspension
- tutelle d’annulation,
- tutelle de substitution (à titre exceptionnel)

L’autorité centrale a un pouvoir important, étant donné que la définition de l’intérêt se


discute ; il y a donc une dimension d’opportunité – bien entendu, l’autorité centrale doit se
justifier/motiver sa décision. Les collectivités politiques décentralisées disposent donc d’un
pouvoir de décision autonome encadré par l’obligation de respecter la hiérarchie
normative et limité par le contrôle de tutelle.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Au contraire de la déconcentration, la décentralisation ne tempère pas seulement la


centralisation, mais s'y oppose.

Exemples d’autorités décentralisées : les communes, sous la tutelle des régions.

D. Exemples-types d'Etat unitaire décentralisé


La France est composée de nombreuses collectivités politiques décentralisées : les régions,
dans lesquelles il y a des départements, et dans lesquels il y a encore les communes.

Le R-U est un Etat unitaire décentralisé sauf en ce qui concerne l’Ecosse, le Pays de Galles
et l’Irlande du Nord ; ces derniers disposent d’un degré d’autonomie supérieur ! on est donc
plutôt ici dans la catégorie des Etats régionalisés, mais de manière toute à fait asymétrique.
L’Angleterre ne bénéficie absolument pas de la même autonomie que ces collectivités
politiques régionalisées. Le R-U est donc un peu à part, d’autant plus qu’il ne possède pas
de C° écrite.

Sur le plan historique, ce sont d'ailleurs ces deux Etats qui ont très largement inventé le
modèle unitaire.

§2. L'Etat fédéral = degré maximum de l’autonomie

A. Définition
L'Etat fédéral est un Etat (= Etat global) dans lequel les pouvoirs politiques ont été partagés
(en particulier le pouvoir législatif) entre un Etat central et les collectivités politiques fédérées.
Chacun se voit reconnaître par la C° le pouvoir de faire la loi dans son domaine :
- l'Etat central fait la loi dans le seul domaine des affaires communes,
- tandis que les collectivités fédérées font la loi dans la sphère des intérêts qui leur
sont propres.

NB : M. Dumont prend ici le mot loi au sens de toute norme juridique dont la validité n'est conditionnée que par le
respect de la C°.

Dans cette définition, le mot « Etat » est utilisé dans deux sens différents ; « l’Etat fédéral est
un Etat qui » : on vise ici l’enveloppe dans laquelle on trouve deux niveau de pouvoirs :
- le niveau central de l’Etat ! « entre un Etat central et les collectivités politiques
fédérées » = Etat qui n’a que des compétences limitées par la C°
- les collectivités fédérées

Comme cette définition le montre, le fédéralisme repose donc en général sur quatre grands
principes :
(1) le principe d'autonomie : chaque collectivité politique fédérée reçoit de la C° le
pouvoir de faire la loi en toute autonomie dans un certain nombre de domaines.
(2) le principe d'égalité : les lois fédérées sont sur pied d’égalité avec les lois fédérales,
pour autant qu’on est dans le domaine des compétences exclusives ! dans le
domaine des matières qui relèvent exclusivement de la compétence des collectivités
politiques fédérées,
a. les lois fédérales ne sont pas supérieures aux lois fédérées ;
b. les lois fédérales ne peuvent pas empiéter sur les compétences des lois
fédérées (et vice-versa).
(3) le principe de participation : dans tout Etat fédéral, les collectivités politiques
fédérées sont mises en mesure de participer à la conduite de l’Etat fédéral ! on se
soucie d’associer les collectivités politiques fédérées à la gestion de l’Etat fédéral.
151
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(4) le principe de coopération : dans tout Etat fédéral, les collectivités politiques
fédérées doivent pouvoir collaborer entre elles et avec l’Etat central.

B. Commentaires
Avant d'examiner plus avant ces quatre principes, deux commentaires s'imposent.

a. Le partage de l’exercice de la souveraineté réalisé par le fédéralisme


La philosophie politique du fédéralisme permet de concilier le respect de la diversité des
composantes d’un Etat hétérogène, d’un Etat le cas echéant multinational au sens
sociologique du mot ; avec un minimum d’unité sans laquelle ce n’est pas un Etat.
Préserver « l'unité dans la diversité » et assurer « la diversité dans l'unité », tel est
l'extraordinaire défi permanent que le fédéralisme tente de relever. Le fédéralisme invite
donc les institutions politiques et les hommes qui leur donnent vie à réaliser un travail
quotidien d'équilibriste.

Evidemment, tout est une affaire de mesure :


- il y a des Etats fédéraux très centripètes où les compétences fédérales sont massive,
et où ne laisse aux collectivités politiques fédérées que relativement peu de
compétences ! modèle de l’Autriche.
- au contraire, il y a des Etats qui pousse l’autonomie des collectivités politiques
fédérées très loin ! modèle de la Suisse, et à certaines égards le modèle de la
Belgique.

Une des grandes questions qui se pose au sujet du fédéralisme est justement de savoir s’il
peut résoudre les tensions/crises induites par des phénomènes de type nationaliste. Une
partie de la Flandre est nationaliste, tout comme une partie de l’Ecosse l’est, comme une
partie de la Catalogne, ou encore du Québec. Ces tensions mettent en cause potentiellement
l’existence de l’Etat Belge, du R-U, de l’Espagne ou du Canada. Est-ce que le fédéralisme
est une structure d’Etat appropriée à la régulation de ces conflits, à la gestion de ces
tensions ? C’est le grand défi dans ces pays (même s’ils ne sont pas tous à proprement
parler des Etats fédéraux).

La dissolution de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie et l’éclatement de l’URSS nous


apprennent qu’un Etat fédéral plurinational ne peut pas survivre s’il est miné de l’intérieur par
un nationalisme séparatiste. Mais le fédéralisme devrait être la structure d’Etat appropriée
pour ménager de très larges autonomies au profit des collectivités composantes si celles-ci
acceptent de renoncer à la tentation de l’indépendance.

b. La variété des configurations précises d’Etats fédéraux


La définition autour des quatre principes supra permet de donner une définition du
fédéralisme qu’il ne faut pas essentialiser. Il est évident que les constitutionnalistes qui ont
fabriqué les différentes classifications d’Etats (unitaire, décentralisé, fédéral) ne travaillent
qu’à partir de certaines convergences qui rapprochent certains Etats au point que l’on peut
les mettre dans une même classe d’Etat.

Cependant, quand on regarde de près, chacun de ces Etats est unique en son genre ! la
classification est donc relative. C’est la raison pour laquelle la définition ne repose que sur
ces quatre grands principes, et pas plus. Certains constitutionnalistes mal inspirés/informés
se sont laissés séduire par un ensemble de critères plus développés, ils espéraient énoncer
un plus grand nombre de critères pour définir le fédéralisme.

« Le fédéralisme est une structure d'organisation dont les traits varieront dans le temps, dans l'espace et selon
les besoins de chaque situation concrète ».
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(1) 1e exemple : des compétences résiduelles au profit de l’Etat fédéral ou des


entités fédérées
Un Etat fédéral suppose un partage des compétences ! une des techniques de répartition
des compétences consiste à ne confier à l'autorité centrale que des matières limitativement
énumérées dans la C° = compétences d’attribution. Le surplus qu'on appelle les
compétences résiduelles (= compétences qui n’ont pas été attribués par la C°) appartient
par conséquent aux collectivités fédérées.

Certains disent qu’il est inhérent au fédéralisme de voir les compétences résiduelles confiées
aux entités fédérées parce que la plupart des Etats fédéraux se sont construits sur la base
d’un processus d’agrégation d’Etats, au départ indépendants et souverains, qui ont fini par
accepter d’entrer dans une fédération (USA, Suisse). Quand le fédéralisme se construit
historiquement de cette manière, les compétences résiduelles appartiennent aux Etats
fédérés ; ils acceptent de voir l’Etat fédéral les remplacer dans un certain nombre de
domaine, et donc les compétences résiduelles sont pour eux. (cf. C° américaine, 10e
amendement).

Mais cette technique ne vaut pas pour tous les Etats fédéraux ; le Canada/la Belgique ne
seraient pas des Etats fédéraux puisque dans cet Etat, on pratique la technique inverse :
- les compétences résiduelles appartiennent à l’autorité fédérale ;
- les collectivités fédérées/provinces n'ont que des compétences d'attribution.

Conclusion : les deux techniques de répartition des compétences existent.

31/03/2015

Rappel des cours précédents :


Nous en étions arrivé à la définition du fédéralisme. Ce dernier a une vocation particulière à préserver « l'unité
dans la diversité » et assurer « la diversité dans l'unité », et il y arrive en articulant 4 grands principes
- principe d’autonomie
- principe d’égalité
- principe de participation
- principe de coopération
Nous avons également insisté sur la nécessité de prendre en compte la diversité des Etats fédéraux. En effet, en
droit public comparé, on essaie d’enfermer le fédéralisme dans une définition où on retient essentiellement 4
grands principes ; mais même parmi ces principes il est nécessaire d’introduire des nuances, des spécificités de
l’un ou l’autre Etat fédéral. Mais il faut résister à la tentation d’aller plus loin dans une liste de principes et de
règles qui seraient propres au fédéralisme et qui seraient plus étoffées.

Par exemple, on ne peut pas prétendre que dans tous les Etats fédéraux, les compétences résiduelles
appartiennent aux collectivités politiques fédérées ; on ne peut pas le dire parce que tous les Etats fédéraux ne
sont pas le produit d’un mouvement agrégatif, centripète, partant de collectivités initialement souveraines et
aboutissant à un Etat fédéral. Il est vrai que la majorité des Etats fédéraux sont issus d’un processus de type
agrégatif : on part d’Etats souverains (par exemple, les 13 colonies américaines) et totalement indépendants au
départ, (les E-U sont nées en 1787) Etats qui sont initialement unis dans un lien de type confédérale et qui
décident ensuite de passer à la logique fédérale avec un seule Etat. Donc, très logiquement, tout ce que la C°
n’attribue pas à l’ensemble de l’Etat fédéral, appartient aux Etats fédérés ! ces derniers ont donc les
compétences résiduelles.

Mais l’Etat fédéral qu’est la Belgique a été construit sur base d’un processus inverse, sur base d’un processus de
« désagrégation » : on part d’un Etat unitaire et on va vers un Etat fédéral par un démembrement de cet Etat
unitaire ; on fait naitre des entités fédérées à partir d’un Etat unitaire ! alors dans ce cas c’est l’inverse : les
compétences résiduelles appartiennent à l’Etat, même si la C° Belge programmé le principe inverse dans une de
ses dispositions, mais il n’est pas encore mis en place effectivement.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(2) 2e exemple : des compétences exclusives ou également concurrentes


On ne peut pas dire que dans tous les Etats fédéraux, les compétences sont réparties de
manière exclusive entre l'Etat central et les collectivités fédérées. L'articulation des
compétences fédérales et des compétences fédérées peut obéir à diverses modalités.

Il y a deux catégories de compétences


- les compétences exclusives sont des compétences qui appartiennent, en vertu de la
C°, soit à l’Etat fédéral, soit aux collectivités politiques fédérées ! si l’Etat fédéral est
compétent, les collectivité politiques fédérées ne le sont pas ; et inversement.
- les compétences concurrentes/partagées sont des compétences qui, en vertu de la
C°, appartiennent aux collectivités politiques fédérées ; mais, dans ces matières,
l’Etat fédéral est autorisé à intervenir, et si il décide d’intervenir, alors la loi fédérale
prime sur les lois fédérées.

Le système des compétences concurrentes est d’application en Allemagne : « le droit de la


fédération rompt/casse le droit des Länder/cantons » ! la loi fédérale supplante les lois
fédérées. Donc, ce principe hiérarchique qui fait primer la loi fédérale sur les fédérées ne
s’applique que dans les matières qui relèvent des compétences concurrentes.

En Belgique, en principe, le constituant a conçu toutes les compétences sur le modèle des
compétences exclusives mais il y a des exceptions, de plus en plus nombreuses aujourd’hui.

(3) 3e exemple : l’existence, ou non, d’un contrôle juridictionnel des lois fédérales
et fédérées
On ne peut pas non plus dire que dans tous les Etats fédéraux, un contrôle juridictionnel de
la constitutionnalité lois fédérales est organisé pour censurer les éventuels excès de
compétences des unes et des autres ; mais on peut presque le dire.

La Suisse est un exemple tout à fait typique d’Etat fédéral où il n’y a pas de contrôle
juridictionnel de la constitutionnalité lois fédérales parce que les citoyens suisses disposent
d’un instrument tout à fait particulier pour mettre fin à l’existence d’une loi fédérale : le
référendum abrogatif. On estime en Suisse que le référendum et la justice constitutionnelle
ne font pas bon ménage ; dès lors que les citoyens sont juges d’une loi (fédérale en
l’occurrence), il n’appartient pas à un juge de se prononcer à son tout sur l’existence de la
validité de la loi fédérale. Une loi peut donc être abrogée par le peuple, elle ne peut pas être
annulée par le tribunal fédéral.

C’est une exception Suisse, les suisses ne font pas tout comme les autres. L'exception
suisse n'est donc pas significative, mais elle ne peut pas être ignorée.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Après avoir évoqué cette prudence à ne pas vouloir enfermer le fédéralisme dans une
définition, il nous appartient maintenant de reprendre les grands principes du fédéralisme.

C. Les quatre principes caractéristiques d’un Etat fédéral

a. Le principe d'autonomie et d’égalité

Le principe d’autonomie
Dans un Etat fédéral, les collectivités politiques fédérées (communautés, régions, länder,
cantons, provinces, Etats) font la loi dans le domaine des matières qui leur sont confiées en
toute autonomie. Le pouvoir de légiférer est partagé ! principe de base du fédéralisme.

Voilà la différence avec l’Etat unitaire où la loi est la même pour tous ; il est inconcevable
pour un français que la loi adoptée par l’Assemblée nationale ne soit pas la même de Paris à
Marseille – l’unité de la République serait menacée.

Dans les Etats fédéraux dans le monde (20aine dans le monde : USA, Allemagne, Inde,
Brésil, Mexique), on parle de « partage du pouvoir de légiférer » entre deux niveaux :
- le niveau de l’Etat fédéral qui continue à faire la loi pour tous dans certaines matières
précises
- le niveau fédéré où chaque collectivité politique fédérée, en toute autonomie, chacun
pour soi, fait la loi ; uniquement dans les matières qui leur ont été confiées.

Exemple pour illustrer le principe en Belgique


En matière de maintien de l’ordre, l’Etat fédéral est seul compétent. Mais si on prend par exemple, le domaine de
l’urbanisme, de l’aménagement du territoire ou encore de la protection de l’environnement ; on constate que
chaque Région fait la loi en toute autonomie. Par exemple, les règles à suivre pour obtenir un permis de bâtir/lotir
ne sont pas les mêmes selon qu’on se trouve dans la Région FL, Wallonne ou de Bxl-Capitale.

Que veut dire « en toute autonomie » ? Très précisément, cela veut dire « à l’abri de toute
tutelle » " il n’y a pas de relation de tutelle entre l’Etat fédéral et les collectivités politiques
fédérées ; contrairement à la décentralisation. La loi ne doit respecter que la C° (ou les LS
qui prolongent la C° en Belgique). La seule condition de validité des lois fédérées est le
respect de la C° ; il n’appartient pas à une autorité politique fédérale d’examiner elle-même la
constitutionnalité ou l’opportunité de ces lois fédérées. Seul une CC (en faisant abstraction
de l’exception suisse) peut aborder la question de savoir si la loi fédérale et les lois fédérées
respectent la C°.

Roger PINTO, constitutionnaliste français, précise que « la tutelle est le critère négatif
absolu du fédéralisme ». C’est donc l’absence de tutelle qui constitue en principe la
marque caractéristique du fédéralisme, mais il y a toujours bien évidemment des exceptions.
Donc, si on remarque la présence d’une tutelle entre le niveau fédéral et le niveau fédéré,
c’est que nous ne sommes pas dans un Etat fédéral ; la tutelle est une des caractéristiques
de la décentralisation, par opposition au fédéralisme.

Le principe d’égalité
Dans toutes les matières qui relèvent de la compétence exclusive de l’Etat fédéral ou des
collectivités fédérées, la loi fédérale est juridiquement sur pied d’égalité avec les lois
fédérées. Il n’y a pas de principe hiérarchique. Un certain nombre d’observateurs ont
longtemps dit qu’en Belgique, on ne vit pas dans un Etat fédéral parce que on ne connaît pas
la règle inverse, c’est-à-dire le principe hiérarchique. Selon M. Dumont, ces analystes n’ont
rien compris car ce principe (d’application en Allemagne) n’est pas inhérent au fédéralisme ;
elle est inhérente à une catégorie de compétences que l’on trouve dans beaucoup d’Etats
fédéraux, à savoir les compétences concurrentes.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Il est vrai que dans les matières qui relèvent de ces compétences, il y a un principe
hiérarchique au profit de l’Etat fédéral : loi fédéral > lois fédérées.

Mais ce qui est beaucoup plus caractéristique du fédéralisme, c’est le principe d’égalité qui
s’applique là où les compétences sont exclusives. C’est précisément parce qu’il y a égalité
entre la loi fédérale et les lois fédérées qu’il faut un contrôle juridictionnel de la
constitutionnalité des lois fédérales et fédérées pour trancher les inévitables conflits de
compétences.

Un conflit de compétences est une situation où


- une loi fédérale prétend avoir été adoptée valablement alors que les collectivités
fédérées estiment que la loi fédérale a empiété sur le domaine de compétences
réservées aux collectivités fédérées
- une collectivité fédérée prétend légiférer dans une matière alors que l’Etat fédéral
estime qu’elle empiète sur son domaine
Quand une collectivité fédérée ou l’Etat fédéral considère qu’il y a un conflit de compétence,
ce dernier est réglé devant un juge, la CC en Belgique, qui va le régler par application des
règles de droit qui figurent dans la C° ; étant donné qu’il n’y a pas de principe hiérarchique a
priori de la loi fédérale.

Les principes d’autonomie et d’égalité font toute la différence entre le modèle fédéral
et le modèle de la décentralisation.

Aux USA, on conserve le label « Etat » pour désigner les collectivités politiques fédérées ;
les principes d’autonomie et d’égalité pouvant donner à penser que l’on a bien affaire à des
Etats fédérés, à côté de l’Etat fédéral. Mais, si nous travaillons avec la définition du concept
d’Etat (cf. supra), on ne peut pas employer ce label à propos des collectivités fédérées. Si les
Américains veulent qualifier les collectivités fédérées d’Etat, c’est compréhensible car cela
fait référence à leur passé. Avant 1787, on pouvait parler d’Etats confédérés pour qualifier
les USA, mais depuis 1787 et surtout depuis la Guerre de Sécession (1861-1865), le
fédéralisme américain a subi une évolution : les choses sont claires, les Etats fédérés ne
sont pas des Etats tels que nous les avons défini. Il en va de même dans tout Etat fédéral :
les collectivités politiques fédérées ne méritent pas le label d’Etat si on le prend
rigoureusement au sens que nous avons défini.

L’Etat est une collectivité politique souveraine ; la souveraineté apparaissant sous deux
faces : souveraineté externe et souveraineté interne.

(1) Qui détient la souveraineté externe dans un Etat fédéral ?


La souveraineté externe va de pair avec la qualité de sujet de DI, c’est-à-dire avec le pouvoir
de conclure des engagements internationaux. Dans certains Etats fédéraux, notamment en
Belgique, les collectivités politiques fédérées reçoivent de leur C° (pas du DI général), le
pouvoir de conclure des traités. Cette éventuelle personnalité juridique de l'Etat fédéré ne
dérive pas directement du DI, elle ne dérive que de sa C°. Son existence et son ampleur sont
donc placées sous la dépendance des révisions constitutionnelles, la C° peut être révisée et
supprimer ce ius tractati ! Par ailleurs, seul l'Etat fédéral assume la responsabilité
internationale face aux autres Etats des éventuelles carences de ses composantes fédérées.

Puisque le DI privilégie les Etats, quand une collectivité politique fédérée conclut un traité et
s’engage donc sur le plan des relations internationales, qui est responsable
internationalement de l’éventuel violation du traité conclu par l’entité fédérée ? L’Etat fédéral,
qui sera le cas échéant condamné par la juridiction internationale compétente du chef d’une
violation du traité, néanmoins conclut par une collectivité politique fédérée.
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Régulièrement, l’Etat belge est condamné par la CJUE, qui rend alors un arrêt en
constatation de manquement, assorti de conséquences pécuniaires en terme d’astreintes et
d’amendes. La CJUE ne considère absolument pas les arguments de l’Etat belge se
déresponsabilisant et mettant la faute sur les collectivités politique fédérées état donné que
c’est l’Etat fédéral qui endosse la responsabilité internationale des actes commis par ces
collectivités.

Ex :
- la Région flamande conclut un traité avec les Pays-Bas concernant l’Escaut. Si la Région flamande viole
celui-ci, c’est l’Etat belge qui sera mis en cause par les Pays-Bas.
- la Région wallonne ne respecte pas une directive sur la qualité des eaux de rivières ; ne pas respecter
une directive est évidemment méconnaitre le droit de l’UE. La Commission met en demeure la Belgique,
l’Etat supplie la Région de se mettre en ordre. Si cela traine trop, la CJUE finit par rendre un tel arrêt qui
condamne l’Etat belge.

Conclusion : les collectivités politiques fédérées n'ont donc pas la souveraineté


externe, parce qu'en principe seul l'Etat fédéral bénéficie du statut d'Etat indépendant et de
sujet de droit au sens du DI. Autrement dit, un Etat fédéré n'est pas un Etat au sens du DI,
même si certains Etats fédérés reçoivent de leur C° le treaty making power, la capacité de
conclure des traités internationaux sur des matières qui relèvent de leur compétence
législative propre, moyennant un certain contrôle de l'Etat fédéral.

(2) Qui détient la souveraineté interne dans un Etat fédéral ?


Qui a la « compétence de la compétence », le pouvoir du dernier mot ? Les Etats fédérés
n'ont pas non plus la souveraineté interne puisque chaque collectivité fédérée doit respecter
la C°. Il n’y a pas de pouvoir d’autodétermination absolu, il y a une forme d’hétéronomie qui
contredit la notion de souveraineté. Attention, l’Etat fédéral compris comme « Etat central »
ne dispose pas non plus de la souveraineté interne étant donné qu’il doit également
respecter la C°.

Dans un Etat fédéral, la « compétence de la compétence » est le pouvoir ultime, c'est-à-dire


celui de décider de la répartition des compétences entre l'Etat central et les Etats fédérés.
Or, seul le PC originaire détient celle-ci ; le PC dérivé également mais dans les limites de la
procédure de révision de la C° ! le PC originaire est totalement souverain. Les collectivités
politiques fédérées ne sont pas souveraines : si elles participent à la révision de la C°
fédérale en vertu du principe de participation (cf. infra), elle n’ont pas pour autant un droit de
véto. Les révisions des C° fédérales ne requièrent en principe jamais l'accord unanime des
collectivités politiques fédérées " celles-ci ne sont donc pas souveraines.

Ex : la révision de la C° fédérale américaine se fait avec l’accord de ¾ des Etats fédérés ; et non pas à
l’unanimité.

Si elles avaient la souveraineté interne, elles auraient le droit de faire sécession, le droit de
se retirer de l’Etat fédéral ; droit qu’elles n’ont pas. Elles peuvent l’exercer de facto, le DI
n’interdit pas la C° ; mais le droit constitutionnel l’interdit.

Exceptions d’Etats fédéraux qui ont le droit de sécession : Ethiopie, ancienne URSS, ancienne Yougoslavie !
contre-exemples peut convaincants.

Cela n’exclut pas la possibilité d’une collectivité politique fédérée de négocier une
sécession : le Québec, en vertu d’une avis de la Cour Suprême du Canada, pourrait, le jour
où il y aurait une majorité de québécois à la sécession du Québec, demander au
Gouvernement fédéral canadien de négocier une sécession à l’amiable ! mais il n’y a pas
de droit unilatéral d’imposer cette sécession.
157
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Un Etat fédéral ne se préoccupe pas uniquement de ménager des autonomies.


Etymologiquement, « fédérer » c’est « unir » ; foedus signifie « lien ». Au départ, dans la
plupart des Etats fédéraux, il y avait des Etats souverains qui renoncent à leur souveraineté
afin de se lier entre eux dans un Etat fédéral. Puisque « fédérer » c’est « unir », interviennent
deux autres principes : participation et coopération.

b. Les principes de participation et de coopération

Le principe de participation
Ce principe veut que les collectivités politiques fédérées sont, en tant que tel, mises en
mesure de participer à la conduite de l’Etat fédéral tout entier " elles ne gèrent pas
uniquement leurs intérêts propres en toute autonomie et sur pied d’égalité avec l’Etat
fédéral ; et ce à travers deux techniques :

(1) Participation à la révision de la C° fédérale


On se soucie évidemment d’associer les collectivités fédérées à la révision de la C°, mais on
ne crée pas pour autant un droit de véto, sinon on bascule dans une logique confédérale.
Pourquoi est-ce tout à fait logique ? Parce que le fondement de l’existence-même et les
compétences des collectivités fédérées se trouvent dans la C° fédérale ; une révision de
cette C° peut très bien décider du jour au lendemain de supprimer ou de rajouter l’une ou
l’autre collectivité fédérée. Il est donc logique que lorsqu’on révise la C° fédérale, on associe
les collectivités fédérées puisque potentiellement celles-ci sont menacées par cette révision.

La C° fédérale américaine peut être révisée moyennant ¾ des Etats fédérés.


En Suisse, la C° peut être révisée avec la majorité des cantons et une majorité calculée à l’échelle de l’ensemble
des citoyens suisses.

(2) Bicaméralisme
Juxtaposition de deux assemblées :
- la Chambre basse qui représente les citoyens de l’Etat fédéral
- la Chambre haute (Conseil ou Sénat) qui est spécifiquement composée pour assurer
la représentation des collectivités politiques fédérées
o Conseil – exemple allemand : Bundesrat allemand composé de ministres
désignés en leur sein par les Gouvernements des Länders et votent
conformément à un mandat impératif décernés par leurs Gouvernements
respectifs.
# le nombre de représentants de chaque collectivité fédérée n’est pas
égal, il y a une surreprésentation des cantons les moins peuplés.
o Sénat – exemple américain : la caractéristique par excellence du modèle
fédéral américain est que chacun des 50 « Etats » fédérés élit deux
sénateurs, indépendamment des différences considérables de population d’un
Etat à l’autre (Californie vs Alaska), pour siéger au sein du Sénat qui légifère
sur pied d’égalité avec la Chambre pour tout le pays.

Attention, ici plus que jamais, il faut se souvenir de l’avertissement de M. Dumont que
chaque Etat fédéral a ses propres caractéristiques ; on ne peut pas dire que dans tous les
Etats fédéraux le modèle américain a été copié, mais il reste quand même un modèle
inspirant pout beaucoup d’Etats fédéraux (Suisse, Brésil, etc.)
158
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Le principe de coopération
« Fédérer » c’est « unir » ; donc un principe de coopération s’impose, mais à ne pas
confondre avec le principe de participation :
- la participation désigne l’ensemble des techniques qui permettent aux collectivités
politiques fédérées de participer à la conduite de l’Etat fédéral,
- tandis que la coopération permet aux collectivités fédérées de collaborer entre-elles
ou avec l’Etat fédéral ; chaque collectivité fédérée est mise en mesure de passer un
accord de coopération avec une autre collectivité fédérée, avec toutes les collectivités
fédérées et éventuellement, avec l’Etat fédéral.

Dans les Etats fédéraux, on recourt à cet instrument car qui dit « partage des compétences »
dit « morcellement », mais dans beaucoup de matières on éprouve le besoin de recréer une
cohérence soit entre les collectivités fédérées soit en mettant tous les partenaires autour de
la table, donc entre l’Etat fédéral et les collectivités fédérées. L’idée est que chacun vient
avec ses compétences, et on met en commun les compétences pour prendre un certain
nombre de décisions qui recréent une cohérence au niveau fédéral et au niveau fédéré.

Mais, on préconise un principe d’autonomie, il y a donc toute une série de matières qui
échappent à la loi fédérale et qui relève des compétences des collectivités fédérées ; et
maintenant on ajoute un principe de coopération qui permet de recréer une cohérence – au
fond, pourquoi ne pas re-transférer ces matières au fédéral, ce qui permettra de faire la loi la
même pour tous ? Il y a une différence majeure entre une loi fédérale et un accord de
coopération qui associe toutes les composantes de la fédération. L’avantage est que
chaque collectivité fédérée ne conclut l’accord de coopération, ne s’engage dans ce lien de
nature conventionnelle QUE si elle le veut. On respecte donc bien le principe d’autonomie,
tout en recréant une cohérence.

§3. L'Etat régional (ou autonomique)


L’Etat régional est une figure intermédiaire : à mi-chemin entre le modèle unitaire
(moyennant décentralisation) et le modèle du fédéralisme (Italie, Espagne). Il se rapproche
du modèle fédéral en raison d’un principe d’autonomie assez poussé ; un pouvoir limité de
faire la loi est accordé par la C° aux Régions, à l’abri de toute tutelle, mais seulement aux
fins de compléter, préciser, adopter la législation nationale de base. Le principe de
participation n’est cependant pas respecté parce que le Sénat (Chambre Haute) n’est pas
comme tel entièrement conçue pour assurer la représentation des régions.

En Espagne, le problème du terrorisme basque et des velléités d’indépendance catalans rendent Madrid frileux.

§4. La confédération d'Etats


La difficulté est que les manuels de droit constitutionnel et certains manuels de droit
international persévèrent à enseigner une doctrine du confédéralisme qui est en partie
dépassée par les travaux scientifiques récents, et notamment ceux d’Olivier BEAUD.

M. Dumont est alors obligé d’enseigner la théorie classique du confédéralisme parce que la
plupart des constitutionnalistes continuent à penser que celle-ci est fidèle à la réalité des
grandes confédérations (germanique, helvétique, américaine) ; alors que des travaux récents
semblent impliquer une nouvelle définition que l’on peut déduire des travaux d’Olivier
BEAUD.

DCON
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

La théorie classique définit la confédération comme une « alliance/association entre des


Etats souverains (et qui restent souverains) et indépendants, reconnus comme tels sur la
scène internationale ; et qui décident d’assumer en commun certaines tâches. »

Evidemment, selon la perspective d’Olivier BEAUD (et M. Dumont approuve), la définition


de la confédération de la théorie classique n’est pas adaptée. La confédération n’est pas à
strictement parler d’une « association d’Etats indépendants et souverains qui restent tout à
fait souverains ». Il faudrait plutôt redéfinir la confédération comme suit : union volontaire et
durable d’Etats, fondée sur un pacte fédératif, conclu et révisable à l’unanimité ; mais conçu
en manière telle que la question de savoir qui est souverain, en dernière instance, n’est pas
tranchée. Pourquoi ? Parce que la confédération n’est pas souveraine puisqu’elle n’a pas la
compétence de la compétence ; elle n’a que les compétences qui lui ont été attribuées par
les Etats confédérés qui garde un droit de véto. MAIS les Etats confédérés ne sont pas pour
autant souverains parce qu’ils n’ont pas le droit de retrait ni le droit de sécession, et ils sont
obligés d’appliquer les décisions prises à la majorité, et non pas à l’unanimité.

Il faut le reconnaître, les USA basculent dans le modèle fédéral en 1887, mais jusque la Guerre de Sécession ; la
question de « qui détient la souveraineté ? » est toute à fait obscure dans ce pays. Beaucoup de
constitutionnalistes américains considèrent que les Etas fédérés restent souverains. C’est en réalité en 1887
qu’on réalise que la souveraineté revient à l’Etat fédéral.

Ces deux théories développent six caractéristiques du confédéralisme :

Théories "
Théorie classique Théorie d’Olivier BEAUD
Κstiques (6) ê
(1) Acte fondateur de Traité Pacte fédératif qui est selon M.
la confédération Dumont une appellation plus correcte
qui relève du DI que le traité parce que le traité est un
(et non pas d’une acte très spécifique, qui a une certaine
C°, acte de droit portée politique.
interne) Se négocie/conclut/révise à l’unanimité ; cela signifie que chaque Etat
confédéré conserve un droit de véto, et peut donc s’opposer à
l’adoption/révision du traité fondateur. La confédération n’est pas
souveraine puisqu’elle n’a pas le pouvoir du dernier mot ; ce sont les
Etats confédérés qui ont le pouvoir (via leur droit de véto) de s’opposer à
l’adoption/révision du traité fondateur.
(2) Gestion commune Dans l’histoire de la confédération germanique qui a existé de 1815 à
de certaines 1871, de la confédération suisse qui existe jusque 1848, de la
matières confédération américaine qui existe entre 1781 et 1787 ; on constate que
(instaurée par les objets mis en commun concernent essentiellement
l’acte fondateur) - la politique étrangère,
- le commerce international (confédération vs reste du monde),
- un marché commun (Etats confédérés entre eux),
- la défense militaire,
- et parfois le maintien de l’ordre.
(3) Organes de la Assemblée de diplomates = Diète, qui représentent chacun leur Etat.
confédération On présente souvent la règle de La règle de l’unanimité est fausse, les
sont fonctionnement de cette décisions se prennent principalement
rudimentaires assemblée comme la règle de à la majorité
l’unanimité – comme on insiste
sur la souveraineté que gardent
les Etats confédérés, on prétend
c’est l’unanimité qui prévaut pour
la prise de décision
160
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(4) Décisions prises Non directement applicables Olivier BEAUD a constaté que les
par la aux individus ; on prétend que décisions sont bien directement
confédération les décisions de la confédération applicables aux individus
ne s’adressent qu’aux Etats
confédérés et c’est alors à
chaque Etat qu’il appartient de
transposer les décisions de la
confédération afin qu’elles
puissent être invoquées par les
particuliers
(5) Quid d’une Il n’y en a pas Olivier BEAUD nuance en disant qu’il
nationalité y a une double relation
confédérale ? d’appartenance ! forme de
dédoublement de la nationalité :
- lien d’appartenance des
citoyens à leurs Etats
- lien d’appartenance des
citoyens à la confédération
(//UE)
(6) Quid d’un droit de Unilatéral Il n’y a pas de véritable droit de
sécession ? sécession

Le modèle confédéral est un modèle qui s’est révélé dans l’histoire comme un modèle
transitoire ; un modèle par lequel des Etats souverains ont basculé dans le modèle de l’Etat
fédéral. Aucune des grandes confédérations ne s’est stabilisée : les confédérations
helvétique, américaine, germanique sont devenues des Etats fédéraux.

Ce qui est intéressant, c’est de confronter ces grandes expériences à l’UE ; au fond, elle
s’inspire jusqu’à un certain point du modèle confédéral. Les EM ont le droit de sécession, le
droit de retrait unilatéral " ce n’est donc pas une confédération au sens d’Olivier BEAUD.
L’UE n’est ni un Etat fédéral, ni une confédération d’Etats, elle est une fédération
plurinationale caractérisée par cette disjonction entre souveraineté formelle et
souveraineté matérielle (cf. supra). C’est clair et net : les EM conserve la souveraineté sur
le plan formel puisqu’ils ont un droit de véto et un droit de retrait. Matériellement par contre,
ces Etats ont perdu d’importantes fractions de leur souveraineté au profit d’un
rassemblement des souverainetés au profit de l’UE qui institue une sorte de co-souveraineté
en ce qui concerne l’exercice de compétences aussi sensibles que
- la monnaie
- le contrôle des frontières
- la coopération judiciaire en matière pénale
- etc.

Voilà pour ce premier chapitre dédié aux structures et divisions d’un Etat en général. Nous
avons pris un point de vue comparatiste en tenant compte de la diversité des expériences et
des Etats ; nous avons constaté que dans tous les Etats il y a des collectivités politiques qui
changent de nature en fonction du modèle de l’Etat
o modèle unitaire décentralisé
o modèle régional
o modèle fédéral (autonomie, égalité, participation, coopération)
o modèle confédéral (désormais dépassé, moyennant la nature de l’UE)
161
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

CHAPITRE II. L’ETAT BELGE ET SES DIVISIONS


Nous allons d’abord recenser les divisions territoriales et les divisions communautaires (qui
font toute l’originalité de l’Etat belge) de la Belgique.

Section 1. Les divisions territoriales de l’État belge

Les divisions territoriales sont les


- Régions - agglomérations
- provinces - fédérations de communes
- communes - districts

Il y a trois régions : la Région flamande, la Région wallonne et la Région de Bruxelles-


Capitale. Toute la complexité du système institutionnel belge est que, sur ce même territoire,
on applique une division communautaire. La particularité de ce système est bien évidemment
la Région de Bruxelles-Capitale qui se trouve accueillant des institutions qui relèvent des
deux grandes communautés du pays : flamande et française.

Ci-dessous, cette région est quadrillée car barrée ET par la Communauté flamande ET par la
Communauté française (cf. infra §2). Bruxelles a la propension extraordinaire à être la
capitale de tout le monde :
- capitale de l’Etat belge
- capitale de la Communauté flamande
- capitale de la Communauté française
- principal siège des institutions de l’UE
162
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Ce qui fait la complexité du système fédéral Belge, c’est uniquement Bruxelles. Si on


enlève Bruxelles, on pourrait appliquer un fédéralisme purement territorial. Il y a encore une
troisième communauté, la Communauté germanophone, qui elle est justement purement
territoriale. Si on voulait simplifier la Belgique, on devrait décider qu’il y a quatre régions :
- une Région flamande
- une Région wallonne
- une Région bruxelloise
- une Région germanophone
Peut-être que l’avenir est-là, mais pour le moment nous devons vivre avec la complexité qui
fait le charme du fédéralisme belge : régions et communautés. La caractéristique des
communautés est qu’elles ne s’appuient pas uniquement sur un ressort territorial
- le territoire de la Communauté flamande : Région flamande + institutions
néerlandophones bruxelloises
- le territoire de la Communauté française : Région wallonne + institutions
francophones bruxelloises

Tout repose donc sut le fait qu’à Bruxelles, tout se rencontre. On a créé les communautés
précisément pour permettre aux flamands de montrer leur solidarité avec les flamands de
Bruxelles. La Communauté française a quant à elle été créée parce que justement, la
Communauté flamande était créée.

§1. Les Régions

Cette carte nous montre trois régions. En droit, nous devons être capable d’identifier ces
régions dans la C° et dans la LS.

A. Identification des Régions

En 1970, le constituant insère dans la C° un article 107quater ; que l’on trouve aujourd’hui
intacte dans les articles 3 et 39 de la C°.

Art. 3
« La Belgique comprend trois régions : la Région wallonne, la Région flamande et la Région bruxelloise. »

Dans la C°, on voit à l’art. 166 §2 une autre dénomination que « Région bruxelloise » ; on
nous parle alors de Région de Bruxelles-Capitale.

Art. 166
« […] § 2. Les compétences de l'agglomération à laquelle la capitale du Royaume appartient sont, de la manière
déterminée par une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, exercées par les organes de la
Région de Bruxelles-Capitale créés en vertu de l'article 39. […] »
163
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Art. 39, C°
« La loi attribue aux organes régionaux qu'elle crée et qui sont composés de mandataires élus, la compétence de
régler les matières qu'elle détermine, à l'exception de celles visées aux articles 30 et 127 à 129, dans le ressort et
selon le mode qu'elle établit. Cette loi doit être adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa. »

On ne parle nul part de la Région de Bruxelles-Capitale dans l’art. 39 – mystère ! Nous lisons
- dans l’art. 3 : Région Bruxelloise
- dans l’art. 166 §2 : Région de Bruxelles-Capitale
Les références aux régions dans l’art. 39 correspondent aux régions de l’art. 3 ; comment se
fait-il que dans le même texte constitutionnel il y a deux appellations pour désigner le même
objet, Bruxelles ?

En 1970, quand on crée les régions, il n’y a pas encore de consensus entre les deux
grandes communautés pour faire des régions de véritables collectivités politiques fédérées,
d’où l’art. 39 qui emploie une expression toute à fait ambiguë :

« La loi attribue aux organes régionaux qu'elle crée et qui sont composés de mandataires élus, la compétence de
régler les matières qu'elle détermine […] »

Que veut dire « régler » ? Cela peut signifier


- légiférer " modèle fédéral : le pouvoir de légiférer est partagé
- réglementer (adopter des règlements) " modèle décentralisé
Il n’y a pas encore de consensus sur ce point là parce que les flamands se méfient de
Bruxelles comme de la peste parce que dans leurs esprits, la Belgique est un Etat dans le
quel ils ont été minorisés pendant des décennies sur les plans
- politique
- culturel
- linguistiques

En 1970, ce temps est révolu ! Les flamands sont plus de 6 millions en Belgique, les
francophones étant de 4 millions ; ils forment donc la majorité numérique à l’échelle de l’Etat
belge. Quand les francophones décident de créer trois régions, beaucoup de politiciens
flamands le voit comme « un Région flamande et deux Régions francophones ». Etant donné
que les francophones forment une écrasante majorité à Bruxelles, les flamands seraient dès
lors minorisés institutionnellement.

C’est pour cette raison que les flamands ont beaucoup plus insisté sur les communautés, il y
a trois communautés distinctes ; donc rien ne les menace. En 1970, ils insistent donc pour
obtenir la consécration de celles-ci et l’obtiennent tout de suite " besoins des flamands :
autonomie culturelle
- réaction des wallons : besoin de compétences territoriales, et non linguistiques ou
culturelles
- réaction des bruxellois : « nous sommes bruxellois, et cela doit ressortir »

Donc, en 1970, il n’y a pas d’accord conclu


- sur la nature de Bruxelles : entité fédérée ou décentralisée ?
- concernant les limites géographiques de Bruxelles : les bruxellois rêvent d’un
territoire qui va bien au-delà des 19 communes.
- sur la gouvernance de Bruxelles comme les francophones y sont très majoritaires
164
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

En 1980, on crée effectivement la Région wallonne et la Région flamande ; elles sont


désormais dotées d’un Parlement et d’un Gouvernement grâce à la LSRI du 8/08/198010 !
dans la mesure où le constituant est intervenu pour résoudre l’énigme de l’art. 39 : il le
précise avec l’art. 134, qui alors révise implicitement l’art. 39.

Art. 134
« Les lois prises en exécution de l'article 39 déterminent la force juridique des règles que les organes qu'elles
créent prennent dans les matières qu'elles déterminent.
Elles peuvent conférer à ces organes le pouvoir de prendre des décrets ayant force de loi dans le ressort et
selon le mode qu'elles établissent. »

Sur la base de cet article, la LSRI confirme le pouvoir de faire des décrets qui ont force de loi
pour la Région wallonne et pour la Région flamande ; mais toujours pas d’accord ni de
précision en ce qui concerne les limites et la gouvernance de Bruxelles.

Ce n’est qu’en 1989 qu’un accord va être trouvé : LSIB du 12/01/198911. Cet accord
présuppose l’insertion dans la C° d’une nouvelle dénomination : Région de Bruxelles-
Capitale. L’art. 166 §2 date de 1988. Le mot est inséré dans un autre article, on a pas pu
révisé l’art. 3 car il n’était pas dans la déclaration de révision ; on l’a donc révisé
implicitement.

Pour les flamands, Région Bruxelloise et Région de Bruxelles-Capitale ne signifient pas la


même chose, la seconde dénomination étant préférée à la première. Elle permet de suggérer
que cette Région n’est pas une région toute à fait comme les autres, ce que les Bruxellois ne
comprennent pas toujours. Ce n’est pas une région comme les autres parce que c’est
une région qui accueille la capitale de tous les belges.

EXAMEN
« Expliquez-moi cette curiosité : en principe, dans un texte juridique bien conçu, on
emploie le même terme pour définir la même chose ; or on emploie deux termes
différents : Région bruxelloise et Région de Bruxelles-Capitale. »

Réponse : en 1988-1989, on trouve enfin un compromis pour créer les institutions


bruxelloises. Ce n’était qu’une région sur le papier en 1970, le reste en 1980 ; et ce n’est
qu’avec la révision de 1988-1989 et la LSIB que la région Bruxelloise reçoit
- un Gouvernement et un Parlement
- certaines compétences
- le pouvoir de faire des ordonnances
Les FL disent que Bruxelles n’est pas tout à fait une région comme les autres car elle
accueille la capitale de l’Etat belge ; Etat partagé par des communautés et des régions, mais
tout de même dominé par la majorité néerlandophone. L’accord de 1988-1989 a été fait,
moyennant un changement de nomination : les FL veulent inscrire dans la C° « Région de
Bruxelles-Capitale ». Pour ce faire, il aurait fallu modifier l’art. 3 mais celui-ci n’était pas
soumis à révision cette année-là ! il est donc révisé implicitement de manière sémantique
mais révélatrice, en juxtaposant la dénomination « Région de Bruxelles-Capitale » (et en
laissant donc la dénomination « Région Bruxelloise » dans l’art. 3).

                                                                                                                       
10
Loi spéciale de réformes institutionnelles du 8 aout 1980
11
Loi spéciale relative aux institutions bruxelloises du 12 janvier 1989
165
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

B. Ressorts territoriaux des Régions

Comment identifier le ressort territorial des régions ?

Art. 5
« La Région wallonne comprend les provinces suivantes : le Brabant wallon, le Hainaut, Liège, le
Luxembourg et Namur. La Région flamande comprend les provinces suivantes : Anvers, le Brabant flamand,
la Flandre occidentale, la Flandre orientale et le Limbourg.
Une loi peut soustraire certains territoires dont elle fixe les limites, à la division en provinces, les faire relever
directement du pouvoir exécutif fédéral et les soumettre à un statut propre. Cette loi doit être adoptée à la majorité
prévue à l'article 4, dernier alinéa. »

On utilise les provinces pour en faire la base territoriale des Régions flamande et wallonne.

On pouvait évidemment s’attendre à ce que la Région bruxelloise doive se contenter du


reste, mais ce qui est frappant, c’est que l’art. 5 ne parle pas du territoire de la Région
bruxelloise ; il délimite uniquement la base territoriale des Régions flamande et wallonne en
utilisant les provinces.

Rappelons-nous, l’art. 39 renvoyait à la LSRI


« La loi attribue aux organes régionaux qu'elle crée et qui sont composés de mandataires élus, la compétence de
régler les matières qu'elle détermine, à l'exception de celles visées aux articles 30 et 127 à 129, dans le ressort
et selon le mode qu'elle établit. Cette loi doit être adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa. »

Le mot « ressort » correspond à la limite territoriale ; une LS (! la LSRI) doit donc confirmer
le territoire des Régions que l’art. 5 de la c° identifie déjà très largement.

Art. 2, LSRI
« Le territoire des Région wallonne et flamande est, (...), fixé comme suit : La Région flamande comprend le
territoire des provinces d'Anvers, de Flandre occidentale, de Flandre orientale et de Limbourg, ainsi que le
territoire des arrondissements administratifs de Hal-Vilvorde et de Louvain.
La Région wallonne comprend le territoire des provinces de Hainaut, de Liège, de Luxembourg et de Namur, ainsi
que le territoire de l'arrondissement administratif de Nivelles. Par le territoire des provinces et arrondissements
énumérés ci-dessus, il faut entendre le territoire de ces provinces et arrondissements tel qu'il existait au 1er
octobre 1979. »

Où se trouve le texte juridique qui délimite le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale ?


Dans la LSIB !

Art. 2.
« § 1. Le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale comprend le territoire de l'arrondissement administratif
de " Bruxelles-Capitale ", tel qu'il existe au moment de l'entrée en vigueur de la présente loi.
§ 2. A l'article 2, alinéa 1er, de la loi spéciale de réformes institutionnelles du 8 août 1980, ci-après dénommée la
loi spéciale, les mots " à titre transitoire " sont supprimés. »
166
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Le jeu de piste n’est pas fini, nous sommes renvoyés à une autre loi : les LCEL12 qui
définissent le territoire de l’arrondissement administratif de la Région de Bruxelles-Capitale.

Art. 6.
« Il est constitué un arrondissement administratif dénommé "Bruxelles-Capitale" comprenant les communes
de : Anderlecht, Auderghem, Berchem-Sainte-Agathe, Bruxelles, Etterbeek, Evere, Forest, Ganshoren, Ixelles,
Jette, Koekelberg, Molenbeek-Saint-Jean, Saint-Gilles, Saint-Josse-ten-Noode, Schaerbeek, Uccle, Watermael-
Boitsfort, Woluwe-Saint-Lambert et Woluwe-Saint-Pierre. Cet arrondissement administratif à Bruxelles comme
chef-lieu. »

Ce jeu de piste est significatif d’une difficulté extrême à s’entendre sur le territoire de la
Région Bruxelloise ; les francophones ont très longtemps rêvé d’un grand Bruxelles au-delà
des 19 communes qui délimitent l’assise territoriale de la région.

1/04/2015

Rappel des cours précédents :


Nous avons commencé hier à examiner les divisions territoriales de l’Etat belge, et nous avons vu les 3 régions
de l’art. 3 de la C°. Elles ont chacune un nom : Région wallonne, Région bruxelloise, Région flamande. La
particularité est que la Région bruxelloise porte un autre nom dans d’autres dispositions constitutionnelles, Région
de Bruxelles-Capitale, mais il s’agit bien de la même chose (cf supra). La forme des textes que nous avons
parcouru concernant les ressorts territoriaux des régions est révélatrice ;
(1) art. 5 : définition des ressorts territoriaux des Régions flamande et wallonne ! on peut se douter que la
Région Bruxelloise ne dispose que du reste mais ce n’est pas dit expressément.
(2) on va donc voir l’art. 39 qui dit bien que « la LS déterminera le ressort des régions » ! ressort = ressort
territorial
(3) on va ensuite voir la LSRI de 1980 où on découvre la confirmation de ce que le constituant écrit dans
l’art. 5 de la C° pour les régions flamandes
(4) on se doute donc que le ressort territorial sera défini dans la LSIB de 1989, on s’attend à y trouver la
confirmation que le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale se limite au 19 communes
(5) cette confirmation n’est encore que indirecte étant donné que l’art. 2 de la LSIB ne fait que renvoyer au
LCEA art. 6
(6) c’est donc à l’art 6 de la LCEA que l’on trouve que le ressort territorial de la Région bilingue de Bruxelles-
Capitale, c’est les 19 communes

Nous allons maintenant travailler de manière systématique : M. Dumont va décliner son


raisonnement pour toutes les collectivités politiques que nous allons examiner de la même
manière, étant donné qu’il faut à chaque fois démontrer qu’une collectivité politique existe.
Qui dit « collectivité politique » dit trois choses :
(1) personnalité juridique distincte
(2) compétences propres
(3) organes élus
" Nous allons donc examiner chaque fois si la région / commune / province / district /
agglomération / communauté / commission communautaires remplissent ces 3 critères.

C. Personnalité juridique des Régions


Est-ce que les régions ont chacune une personnalité juridique distincte ?

Il faut commencer les recherches dans la LSRI ; on y trouve, à l’art. 3, la confirmation que les
Région wallonne et flamande ont la personnalité juridique.

Art. 3.
« La Communauté française, la Communauté flamande, la Région wallonne et la Région flamande ont la
personnalité juridique.
En ce qui concerne [...] la Région flamande [...], les attributs de la personnalité juridique sont exercés
conformément à la présente loi, en particulier à l'article 1er. »

                                                                                                                       
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Lois coordonnées sur l’emploi des langues en matière administratives du 12 aout 1966
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Ensuite, il faut aller voir la LSIB pour la Région de Bruxelles-Capitale, et on y trouve


également la confirmation que cette région a la personnalité juridique, à l’art. 3 :

Art. 3.
« La Région de Bruxelles-Capitale a la personnalité juridique. »

Le premier critère de la définition de la collectivité politique (personnalité juridique


distincte) est donc satisfait. Avant de passer à l’analyse du deuxième critère
(compétences propres), il faut faire un excursus indispensable pour éviter les confusions :
régions vs régions linguistiques.

D. Des Régions distinctes des Régions linguistiques = Q. BASIQUE D’EXAMEN !

Art. 3 Art. 4
« La Belgique comprend trois régions : la Région « La Belgique comprend quatre régions
wallonne, la Région flamande et la Région linguistiques : la région de langue française, la
bruxelloise. » région de langue néerlandaise, la région bilingue
de Bruxelles-Capitale et la région de langue
allemande. […] »

L’art. 4 de la C° met en place quatre régions linguistiques qui ne peuvent pas être
confondues avec les trois régions de l’art. 3 de la C° !

a. Les différences entre les Régions et les Régions linguistiques

1. Le ressort territorial

(1) Géographiquement

Région région de Région wallonne Région de région


Flamande langue NL Bruxelles- bilingue de
région de région de
Capitale Bruxelles-
langue langue FR
Capitale
allemande
identité du ressort territorial = ressort de la Région identité du ressort territorial
Communauté wallonne –
germanophone région de
langue
allemande
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(2) En droit

Dans le texte constitutionnel

Art. 4
« La Belgique comprend quatre régions linguistiques : la région de langue française, la région de langue
néerlandaise, la région bilingue de Bruxelles-Capitale et la région de langue allemande.
Chaque commune du Royaume fait partie d'une de ces régions linguistiques.
Les limites des quatre régions linguistiques ne peuvent être changées ou rectifiées que par une loi adoptée à la
majorité des suffrages dans chaque groupe linguistique de chacune des Chambres, à la condition que la majorité
des membres de chaque groupe se trouve réunie et pour autant que le total des votes positifs émis dans les deux
groupes linguistiques atteigne les deux tiers des suffrages exprimés. »

Le dernier alinéa correspond à une LS parce qu’à chaque fois que le constituant fait un
renvoi à l’art. 4 de la C° ; il renvoi à une LS " ici = LCEA.13 Une des justifications du recours
à la technique des LS est le souci d’assurer la pérennité et de renforcer la stabilité d’une
règle de droit à laquelle on tient tout particulièrement. Pour rappel, dans l’histoire politique de
la Belgique, ceux qui tiennent comme à la prunelle de leurs yeux à la pérennité de la frontière
linguistiques sont les néerlandophones pour une raison compréhensible : la peur de la
francisation. Si la frontière linguistique n’avait pas été clairement fixée et gelée, il est
probable que certaines francophones auraient continué l’extension sur le territoire du Brabant
flamand. Le mouvement politique flamand, relayé par les mandataires politiques flamands
dans leur immense majorité, a exigé la protection d’une aire linguistique néerlandophone.

Dans la LCEA

Art. 3.
« § 1. La région de langue néerlandaise comprend :
1° les provinces d'Anvers, de Flandre occidentale, de Flandre orientale et de Limbourg;
2° l'arrondissement de Hal-Vilvorde dont il est question au § 2 ;
3° l'arrondissement de Louvain.
§ 2. Les communes autres que celles énumérées (à l'article 6) sont distraites de l'arrondissement administratif de
Bruxelles. Le Roi groupe ces communes en un arrondissement administratif ayant comme chefs-lieux Hal et
Vilvorde. »

Art. 4.
« La région de langue française comprend :
1° les provinces de Hainaut, de Luxembourg et de Namur;
2° la province de Liège, à l'exception des communes énumérées à l'article 5;
3° l'arrondissement de Nivelles. »

Art. 5.
« La région de langue allemande comprend les communes de : Eupen, Eynatten, Hauset, Hergenrath, Kettenis,
La Calamine, Lontzen, Neu-Moresnet, Raeren, Walhorn, Amblève, Bullange, Butgenbach, Crombach, Elsenborn,
Heppenbach, Lommersweiler, Manderfeld, Meyerode, Recht, Reuland, Rocherath, Saint-Vith, Schoenberg et
Thommen. »

                                                                                                                       
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Lois coordonnées sur l’emploi des langues en matière administratives du 12 aout 1966
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2. La nature juridique : collectivité politique versus circonscription administrative

Les trois régions de l’art. 3 sont des collectivités politiques avec


(1) une personnalité juridique distincte
(2) des compétences propres
(3) des organes élus

Les régions linguistiques sont des circonscriptions administratives.

Une circonscription administrative est une subdivision du territoire


(1) dénuée de la personnalité juridique,
(2) sans organes propres
(3) sans compétences propres,
(4) créées par une personne morale de droit public pour atteindre un des deux objectifs
suivants :
1° faciliter l'action d’une collectivité politique par la création de services
administratifs déconcentrés (! déconcentration)
2° diversifier son action par la délimitation de zones géographiques permettant
de différencier les règles d'une même législation/réglementation ou d'une
même réglementation en fonction du lieu où elle s’applique (but poursuivi par
les régions linguistiques)

Le concept de région linguistique illustre parfaitement cette définition. La LCEA date des
années 60 :
- il n’y avait pas encore de communautés
- il y avait un seul législateur ! Etat unitaire
Mais on voulait déjà différencier les règles de la législation sur l’emploi des langues en
matière administrative en fonction du lieu où ces règles devaient s’appliquer.

Dans un second temps, quand les communautés sont créées par le constituant en 1970, ce
dernier va utiliser le concept de région linguistique pour délimiter le champ d’application
ratione loci (territorial) des décrets. Très précisément, les régions linguistiques déterminent,
en liaison avec le § 2 des articles 127 à 129 de la Constitution (cf. infra), le cadre spatial
dans lequel peuvent s'exercer les compétences des Communautés et du législateur fédéral,
spécialement dans le domaine de l'emploi des langues.

Deux autres exemples de déconcentration méritent encore l'attention, celui des


arrondissements administratifs et celui des collèges électoraux.

Les arrondissements administratifs sont des circonscriptions administratives/délimitations


créées au sein des provinces pour faciliter le contrôle de l'application des lois et des
règlements ! espèce (arrondissement administratif) à l’intérieur du genre (circonscription
administrative). Les commissaires d'arrondissements travaillent sous la direction du
gouverneur de province.

Les collèges électoraux se définissent comme des groupements d'électeurs/électrices invités


à participer à une élection déterminée (= collège électoral). Ces groupements correspondent
à des délimitations territoriales qu'on appelle des « circonscriptions électorales » ; cf. art. 63,
§4 et 68, §3, de la C°.

L’arrondissement électoral de BHV a donné lieu à des conflits oniriques (cf. infra + lire annexe).
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Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Donc, les régions linguistiques de l’art. 4 de la C° ne peuvent pas être confondues


avec les trois régions de l’art. 3 de la C° pour deux raisons
(1) les ressorts territoriaux de coïncident pas tous
(2) la nature juridique de chacune diffère
1° les régions de l’art. 3 sont des collectivités politiques
2° les régions linguistiques de l’art. 4 sont les circonscriptions
administratives

b. L’article 4 de la C°

Art. 4
« La Belgique comprend quatre régions linguistiques : la région de langue française, la région de langue
néerlandaise, la région bilingue de Bruxelles-Capitale et la région de langue allemande.
Chaque commune du Royaume fait partie d'une de ces régions linguistiques.
Les limites des quatre régions linguistiques ne peuvent être changées ou rectifiées que par une loi adoptée à la
majorité des suffrages dans chaque groupe linguistique de chacune des Chambres, à la condition que la majorité
des membres de chaque groupe se trouve réunie et pour autant que le total des votes positifs émis dans les deux
groupes linguistiques atteigne les deux tiers des suffrages exprimés. »

L’art. 4 de la C° se réduit-il à la présentation de simples circonscriptions administratives ?


Est-ce que l’on peut dire que l’art. 4 n’a pas d’autres significations que de présenter une
autre délimitation territoriale qui va engendrer des règles de comportements uniquement
quand on va les combiner avec des règles de fond ?
Est-ce qu’il y a une règle de comportement inscrite en filigrane dans la notion de région
linguistique, ou est-ce une notion purement technique ?

Si on interprète la circonscription administrative comme une notion purement technique, cela


veut dire qu’on ne sait encore rien des règles de comportement ; étant donné qu’il faut
combiner cette disposition constitutionnelle avec des règles qui se trouvent ailleurs
- dans d’autres dispositions constitutionnelles
o art. 30 qui règle l’emploi des langues en Belgique
o art. 129
- dans la LCEA

Cette interprétation technique de l’art. 4 était l’interprétation tout à faite répandue/évidente


pour tous les constitutionnalistes et administrativistes francophones jusqu’il n’y a pas si
longtemps.

Mais les néerlandophones n’ont pas partagé cette lecture : si le constituant a mis en place
quatre régions linguistiques dans l’art. 4, ce n’est pas uniquement pour instituer une
catégorie de circonscription administrative ; mais bien pour consacrer sans doute de manière
implicite mais certaine
- la primauté/exclusivité de la langue néerlandaise pour tous les acteurs des autorités
publics dans la région de langue néerlandaise ;
- la primauté/exclusivité de la langue française pour tous les acteurs des autorités
publics dans la région de langue française ;
- la primauté/exclusivité de la langue allemande pour tous les acteurs des autorités
publics dans la région de langue allemande ;
- le caractère bilingue de la Région de Bruxelles-Capitale.
171
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Les juristes néerlandophones, et en particulier la chambre néerlandophone de la SLCE dans


un avis assez célèbre au début des années 1970, disent que l’art. 4 de la C° est la garantie
constitutionnelle de la primauté de la langue correspondant à la région unilingue.
Evidemment, cette autre lecture de l’article va être à la source d’une jurisprudence assez
exceptionnelle.

Avant de présenter cette saga, quelques éléments de base doivent être clairs dans nos
esprits.

1. Contexte politique
La frontière linguistique est gelée dans l’art. 4 de la C° ; mais elle ne date pas de 1970. La
décision d’enfermer la région bilingue de Bruxelles-Capitale dans le carcan des 19
communes date du conclave de Val Duchesse de 1963.

1.1. Compromis décidé au « conclave de Val Duchesse » en 1963


1963 est une année charnière où le mouvement flamand monte en puissance, le
Gouvernement « Théo Lefèvre et Paul-Henri Spaak » propose dans un projet de loi d’inscrire
dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale
- non seulement les 19 communes
- mais également les 6 communes périphériques ! communes autour de Bruxelles qui
sont principalement composée (au moins 5 sur les 6) démographiquement d’une
majorité de francophones

Les 6 communes périphériques sont : Linkebeek, Kraainem, Drogenbos, Wezembeek-oppem, Wemmel et Rhode-
Saint-Genèse.
172
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

La réaction du mouvement flamand face à cette proposition de loi est très vive, quasi
violente :
- marches sur Bruxelles pour lutter contre la francisation ;
- la presse néerlandophone se déchaine et lève l’étendard de la révolte contre
l’hypothèse d’une extension de la région bilingue de Bruxelles-Capitale au-delà des
19 communes.

Le Gouvernement fait marche arrière et un compromis est rédigé : on enferme Bruxelles


dans les 19 communes mais en échange des facilités linguistiques sont concédées aux
francophones de ces communes, majoritaires dans 5 de ces 6 communes (pas à Wemmel).
Ces facilités sont
- la faculté d’obtenir tous les documents administratifs en français
- un certain bilinguisme dans les affiches et autres documents (cf. art. 122 à 124
LCEA)

1.2. Loi du 23 décembre 1970, modifiant les lois du 18 juillet 1966 sur l’emploi des langues
en matière administrative
Les communes périphériques reste en quelque sorte « suspendue » et dans aucune région
linguistique entre 1963 et 1970, et c’est en 1970 qu’on les incorpore dans la région de langue
néerlandaise.

1.3. L’article 4, alinéa 3, de la Constitution


L’alinéa 3, (qui date également de 1970) a gelé la frontière linguistique en subordonnant
toute modification de son tracé à l'adoption d'une loi spéciale.

2. Interprétations conférées à l’article 4 de la Constitution

Doctrine francophone
Dans un premier temps, les francophones se contente de voir dans l'article 4 ce que nous
venons d'y lire : une règle de délimitation du champ d'application des décrets et de la
législation linguistique (cf. supra).

Mais la SLCE avait rendu un avis sur un projet de loi concernant la commune de Fourons ;
avis qui donnait déjà à penser qu’il ne fallait pas interpréter l’art. 4 de la C° comme formulant
simplement des circonscriptions administratives mais comme contenant une règle de fond
consacrant la primauté/exclusivité de la langue néerlandaise dans la région de langue
néerlandaise.

C’est surtout l’arrêt Germis qui va mettre le feu aux poudres ; quoique les francophones vont
mettre plusieurs années avant de le découvrir parce qu’ils ne lisent pas suffisamment la
jurisprudence en néerlandais…

(1) C.E., arrêt Germis, n° 15.990, 17 août 1973


Cet arrêt concerne la langue dans laquelle il faudrait prêter serment quand on vient d’être élu
conseiller communal à Beersel ! commune proche de Bruxelles qui n’est pas une commune
à facilités MAIS où il y a beaucoup de francophones.

Il se fait que des conseillers communaux francophones fraichement élus ont osé prêter
serment en français. Un recours est alors introduit à la SCA du CE aux fins de faire annuler
cette prestation de serment. Cette dernière est un acte indispensable puisqu’il marque
l’acceptation du début de l’exercice de la fonction.
173
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

NB : à l’époque, seule la chambre flamande sur CE était compétente pour des affaires localisées sur le territoire
de langue néerlandaise.

Ce recours est accueilli ; le CE, 4e chambre flamande, défend/développe tout un


raisonnement très bien construit aux fins de dire que l’art. 4 de la C° contient bel et bien une
règle de comportement : c’est l’exclusivité de la langue néerlandaise dans la région de
langue néerlandaise que l’art. 4 consacre.

Mais objectivement, en relisant l’art. 4, il faut bien reconnaître qu’il ne dit pas cela " le CE
procède donc à une interprétation téléologique, c’est-à-dire à une méthode d’interprétation
qui fait dire à un texte le plus de choses éloignées lui-même ! on tire sur la ficelle de
l’interprétation pour faire dire au texte des choses qu’il ne dit pas explicitement, mais qu’il est
censé vouloir dire compte tenu de la ratio legis du texte.

Le CE précise donc dans cet arrêt que la raison d’être de l’art. 4 de la C ° et de la notion de
région linguistique est de consacrer l’exclusivité de la langue néerlandaise dans la région de
langue néerlandaise ; sauf exceptions prévues par la loi.

Bien sûr, le CE sait très bien qu’il y a une législation linguistique qui déroge à la primauté du
néerlandais dans la région de langue néerlandaise ; mais l’interprétation de la 4e chambre
flamande du CE consiste à dire qu’il y a un principe et il y a des exceptions. Le principe
garanti part l’art. 4 de la C° est l’exclusivité du néerlandais dans la région de langue
néerlandaise ! un principe général d'unilinguisme découle de la notion même de
région linguistique ; et les exceptions ne sont possibles que si une loi l’indique.

Les constitutionnalistes francophones, quant à eux, raisonnaient tout autrement : l’art. 30 de


la C° proclame le principe de la liberté d'emploi des langues ; article qui n’a jamais étté révisé
car vache sacrée des francophones, mais a été révisé implicitement.

Art. 30
« L'emploi des langues usitées en Belgique est facultatif (! libre) ; il ne peut être réglé que par la loi, et
seulement pour les actes de l'autorité publique et pour les affaires judiciaires. »

Un francophone qui veut interpréter la C° de manière loyale découvre le principe de la liberté


de l’emploi des langues, SAUF intervention de la loi pour « actes de l'autorité publique et
pour les affaires judiciaires ». Il va en outre constater que dans les LCEA, rien n’est dit sur la
langue qu’il faut utiliser pour prêter serment comme conseiller communal. Il ne va donc pas
comprendre l’arrêt Germis ! La chambre flamande a réussi à intervertir le principe et
l’exception de l’art. 4 :
- pour les francophones,
o le principe est la liberté consacrée par l’art. 30
o l’exception c’est la loi ! s’il n’y a rien dans la loi, c’est donc la liberté qui
prime
- pour la 4e chambre flamande du CE,
o le principe est la contrainte/obligation d’utiliser le néerlandais, consacré par
l’art. 4
o l’exception c’est la loi !’il n’y a rien dans la loi, c’est donc le principe
d’obligation qui prime " prestation de serment annulée !

La logique est celle du mouvement flamand avec la particularité que l’attente de ce


mouvement qui veut la consécration d’un principe d’homogénéité territoriale dans la C° est
satisfaite par une interprétation téléologique très contestable de l’art. 4 de la C°. Il y a une
forme de militantisme politique qui a trouvé sa traduction juridique.
174
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Donc, dans une commune située dans la région de langue néerlandaise, en l'occurrence Beersel, tous les
conseillers communaux doivent prêter serment en néerlandais, quand bien même aucune loi ni décret ne le
prescrivait à l'époque. Un principe général d'unilinguisme découle de la notion même de région linguistique, selon
cet arrêt.

La jurisprudence du Conseil d’Etat considère en outre que les facilités accordées dans les communes à régime
linguistique spécial ne valent que pour une partie des administrés, et non pas pour les mandataires communaux
qui les représentent.

La question est de savoir comment la suite va se dérouler.

(2) 2.3. C.A., n° 17/86, 26 mars 1986


La suite est un arrêt de la CA qui va nuancer cette interprétation de la 4e chambre flamande
du CE.

Elle a admis que l'article 4 « comporte une restriction de la compétence des législateurs en
matière d'emploi des langues et constitue ainsi la garantie constitutionnelle de la primauté
(pas exclusivité) de la langue de la région unilingue ou du caractère bilingue de la région ».

Mais, a-t-elle ajouté, « en soi, cet article 4 n'entraîne toutefois pas de transformation de
l'ordonnancement juridique, il ne peut se déduire de cet article que celui-ci imposerait
directement, par son effet propre, des obligations en matière d'emploi des langues ou
une exigence des connaissances linguistiques dans le chef des mandataires publics ».

C’est un bon compromis. Honnêtement, il est vrai que les francophones doivent se dire que
l’art. 4 de la C° a une interprétation qui va un peu au-delà d’une notion purement technique
qu’est la circonscription administrative " il s’agit de la garantie de principe de la primauté
- de la langue néerlandaise dans la région de langue néerlandaise ;
- de la langue française dans la région de langue française ;
- de la langue allemande dans la région de langue allemande ;
- du caractère bilingue de la Région de Bruxelles-Capitale.

MAIS, en soit cet article 4 ne comporte aucune règle de comportement précise ! sous-
entendu : l’arrêt Germis ne tient pas la route. Le problème est que les chambres flamandes
du CE resteront parfaitement sourdes à la jurisprudence précitée de la Cour d’arbitrage.

(3) C.E., 30 septembre 1986 (cinq arrêts)


Quelques mois plus tard, la chambre flamande du CE persévère dans la jurisprudence. Le
CE estime que le considérant de l’arrêt rend par la CA le 26 mars 1986 est formulé au
passage d’un arrêt mais qui n’est pas indissolublement lié au dispositif de l’arrêt, et que donc
un obiter dictum.

Un obiter dictum est un considérant/développement qu’un juge écrit dans les motifs d’un
arrêt qui ne sert pas de soutien indispensable au dispositif de l’arrêt ! pas d’autorité de
chose jugée.

Or, comme le constitutionnaliste Jan VELAERS l’a bien montré : l’interprétation de l’article 4
de la C° dans l’optique de la CA au contraire EST indissolublement lié au dispositif de l’arrêt ;
et que si le CE avait accepté de se soumettre à l’interprétation de la CA, la saga se serait
arrêtée là. L’arrêt Germis a donc ouvert la voie à un chapelet de décisions qui vont trouver
leur prolongement dans cinq arrêts célèbres du CE, rendus le même jour, le 30 septembre
1986, notamment deux arrêts Happart qui annuleront la nomination de José Happart en
qualité de bourgmestre de la commune de Fourons sera annulée sur cette base.
175
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

21/04/2015

Rappel des cours précédents :


Nous étions au commentaire de l’art. 4 de la C°. Nous sommes en train de poser les fondamentaux du
fédéralisme belge. L’Etat belge est divisé en collectivités politiques,
- certaines de celles-ci sont d’ordre territorial ; ce sont d’abord les régions (mais pas seulement)
- d’autres sont de nature communautaire.
er
La Belgique est un Etat fédéral qui se compose de communautés et de régions ! cf. art. 1 de la C°. C’est en
commençant par les divisions territoriales et notamment par les régions que nous avons travaillé lors des derniers
cours. Les trois régions de l’art. 3 de la C° sont des collectivités politiques ; ce qui implique que trois éléments
doivent être réunis
(1) personnalité juridique distincte de celle de l’Etat
1° Régions flamande et wallonne : art. 3 LSRI
2° Région de Bruxelles-Capitale : art. 3 LSIB
(2) compétences propres
(3) organes élus
Avant aborder les compétences et les organes des trois régions, nous avons dû aborder une subdivision dédiée
aux régions linguistiques ! à côté des trois régions de l’art. 3, il y a quatre régions linguistiques qui trouvent leur
fondement dans l’art. 4 :
- région de langue française,
- région de langue néerlandaise,
- région bilingue de Bruxelles-Capitale,
- région de langue allemande.
Nous avons immédiatement souligné les différences qui séparent les 3 régions de l’art. 3 et les 4 régions de l’art.
4 ; il y en a deux :
- la nature juridique
o les régions de l’art. 3 sont des collectivités politiques,
o ce que les 4 régions linguistiques ne sont pas ; elles sont des circonscriptions administratives
qui ont été au départ conçues pour permettre une différenciation des règles sur l’emploi des
langues (notamment en matière administrative) en fonction du lieu où elles s’appliquent.
- le ressort territorial ne correspond pas pour chaque région
o la Région wallonne comprend deux régions linguistiques
# région de langue française
# région de langue néerlandaise
o il y a coïncidence des ressorts pour la Région flamande et pour la Région bruxelloise
L’art. 4 de la C° a fait l’objet d’interprétations très différentes, même tout à fait opposées :
(1) du côté francophone d’abord : il y a 4 régions linguistiques, on ne peut pas tirer de l’art. 4 une
quelconque règle de comportement ! l’art. 4 ne dit pas ce qu’il faut faire dans telle ou telle région
linguistique, il n’a pas d’effet par lui-même mais bien combiné avec d’autres dispositions, dispositions
qui énoncent des règles de comportement
(2) du coté néerlandophone : la chambre flamande du CE qui rendit l’arrêt Germis interprète l’art. 4 tout
autrement.
1° cet arrêt concerne la prestation de serment de conseillers communaux à Beersel ; les
conseillers francophones ont osé prêter serment en français. Recours introduit au CE afin de
faire annuler cette prestation de serment (la prestation de serment conditionne l’aptitude à
exercer la fonction).
2° le CE, dans l’arrêt Germis, accueille le recours, annule la prestation de serment. Le principe de
cet arrêt est de dire que l’art. 4 de la C° pose un principe général de droit qui serait celui de
l’homogénéité linguistique territoriale dans les régions unilingues (dans la région de langue
néerlandaise en l’occurrence) ; quand bien-même la C° contient un art. 30 qui concerne la
liberté d’emploi des langues.
3° il faut considérer que le principe dans une région unilingue est l’obligation de parler en
néerlandais ; si l’on peut tolérer l’une ou l’autre exception à ce principe, il faut une loi pour
établir cette exception. Or, dans la LCEA, on ne trouve rien sur la langue qu’il convient d’utiliser
en matière de prestation de serment ! il faut donc utiliser exclusivement le néerlandais "
obligation d’interpréter restrictivement les exceptions au principe de l’homogénéité
linguistique ! s’il n’y a pas de loi pour rétablir l’exception il n’y a pas de liberté.
(3) le côté francophone est choqué : l’art. 30 de la C° prône le principe de liberté tout en ménageant des
exceptions
176
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Cet arrêt a inspiré le CE dans toute une série d’autres décisions, qui ont persévéré dans la même voie ; malgré
l’arrêt du 26 mars 1986 de la CA, typiquement pacificateur, qui dit que l’art. 4 de la C° comporte une restriction à
la compétence des législateurs en matière d’emploi des langues puisqu’il garanti la primauté de la langue de la
région unilingue – donc en soit la CA donne raison à l’arrêt Germis sur ce point de vue là – MAIS, elle ajoute
également que cet article n’entraine pas une règle de comportement qui serait directement applicable en matière
d’emploi des langues ; par son effet propre cet article n’impose pas directement des obligations en matière
d’emploi des langues dans le chef des mandataires publics.

Curieusement, dans 5 arrêts du 30 septembre 1986, le CE considère que le considérant de


l’arrêt rendu par la CA est un obiter dictum (cf. définition supra). Il décide donc de persévérer
dans la voie de l’arrêt Germis ; et ne dit plus seulement qu’il faut que les ouvriers
communaux utilisent le néerlandais mais ajoutent que les bourgmestres doivent connaître le
néerlandais.

Mr Happart, bourgmestre de la commune de Fourons, a dû passer un examen de


néerlandais. Géographiquement, cette commune est dans la commune de Liège mais
administrativement elle relève de la province du Limbourg ! rattachée à la région de langue
néerlandaise, avec certaines facilités pour les francophones qui était à l’époque à majorité
francophone. La nomination de Mr Happart fut annulée " crise politique majeure ; les
politiques tentent de résoudre le problème après des semaines de négociations ! un
compromis est enfin trouvé 9 août 1988 = Loi de pacification communautaire.

(4) Loi du 9 août 1988 dite de « pacification communautaire »


Pour bien comprendre le compromis politique tricoté par les responsables de l’époque, il faut
lire l’art. 68bis de la loi électorale communale qui distingue deux catégories de mandataires :
- les mandataires qui sont élus directement = conseillers communaux "
bénéficient dans les communes de la frontière linguistique et dans les communes
périphériques autour de Bruxelles d’une présomption irréfragable de la langue de la
région linguistique
- les mandataires qui ne sont pas élus directement = bourgmestres " bénéficient
dans les communes de la frontière linguistique et dans les communes périphériques
autour de Bruxelles d’une présomption iuris tantum de la langue de la région
linguistique ! « on fait comme si » sous réserve de la preuve du contraire qui peut
être apportée par un conseil communal.

La loi dite de pacification communautaire n’a cependant pas empêché l’apparition d’une
nouvelle divergence de jurisprudence de la part de la CA et du CE.

(5) C.E., arrêt Walraet, 12 juin 1990, n° 35.


Selon ce dernier, les conseillers communaux conservent l'obligation d'utiliser le néerlandais
dans leurs interventions. Ce qui implique que l’intervention en français d’un conseiller
communal dans une des communes concernées qui se trouve dans la région de langue
néerlandaise n’a aucune valeur.

(6) C.A., n° 26/98, 10 mars 1998


La CA fait alors un effort de pacification une fois encore. Elle a estimé que « l’obligation
d’utiliser, dans les communes périphériques, la langue de la région au cours des séances du
conseil communal s’applique exclusivement au bourgmestre et aux autres membres du
collège des bourgmestre et échevins et ne s’applique donc pas aux autres membres du
conseil communal ». L’idée est que le conseiller communal francophone qui se trouve dans
une des communes concernées qui se trouve dans la région de langue néerlandaise peut
s’exprimer en français ; mais pas le bourgmestre ni les échevins ; qui eux doivent
obligatoirement utiliser le néerlandais dans leurs interventions. Selon certains auteurs, ce
passage ne serait à nouveau qu’un obiter dictum non revêtu de l’autorité de chose jugée.
177
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(7) C.E., n° 138.860 à 864, 23 décembre 2004


Le CE ne se laisse donc pas émouvoir, le contentieux linguistique remonte en puissance
avec un nouvel épisode " l’adoption de circulaires par le Gouvernement flamand, qui
interprètent restrictivement les facilités prévues par les art. 25, 26 et 28 des LCEA. Ces
articles disent que dans les communes périphériques autour de Bruxelles,

Art. 25
14
« Les mêmes services emploient dans leurs rapports avec un particulier la langue que l'intéressé utilise quand
celle-ci est le néerlandais ou le français. […] »

Art. 26.
14
« Les services susmentionnés rédigent en néerlandais ou en français, selon le désir de l'intéressé, les
certificats, déclarations et autorisations délivrés aux particuliers. »

Donc, dans les LCEA, on ne précise pas comment la commune peut prendre connaissance
du désir de l’administré ; il est simplement dit que les services communaux
- emploient le néerlandais/français si l’administré utilise le néerlandais/français
- rédigent en néerlandais/français, selon le désir de l'intéressé, les certificats,
déclarations et autorisations

Une circulaire n’est pas un acte administratif15 mais un commentaire qui, en principe, n’ajoute
rien à la règle de droit mais qui facilite son application ! permet de prendre facilement
connaissance d’une série de règles de droit.

Le ministre des affaires intérieures du Gouvernement flamand, M. Peeters adopte une


circulaire (1998) qui ne prétend pas simplement « dire le droit », mais qui en réalité ajoute
une nouvelle règle qui consiste à s’appuyer sur la législation linguistique telle qu’elle est
interprétée restrictivement par la jurisprudence du CE.

Cette jurisprudence subordonne la délivrance dans les communes périphériques de


documents administratifs en français à une demande ponctuelle et systématiquement
réitérée de la part de leurs destinataires, alors que l’usage suivi auparavant consistait à
envoyer tous les documents en français dès qu’un administré francophone en faisait une
seule fois la demande (cf. art. 24 et 25 LCEA).

Cette série de circulaires représente très bien la position des néerlandophones par rapport
aux facilités accordées aux francophones dans les communes à facilités : elles sont
destinées à disparaître. Il s’agit quand même d’une question de courtoisie élémentaire
d’apprendre la langue de la région linguistique dans laquelle on habite. Mais juridiquement, il
n’était pas du tout question d’une telle interprétation de la LCEA " il n’y a rien dans les
travaux préparatoires de la loi qui prouve que les facilités sont bel et bien destinées à
disparaître.

En envoyant des convocations électorales d’emblée en français à leurs administrés


francophones, les bourgmestres de trois communes périphériques (Linkebeek, Kraainem et
Wezembeek-Oppem) ont manifesté leur désaccord avec cette circulaire et cette
jurisprudence. Mal leur en a pris car le Ministre de l’Intérieur flamand M. Keulen en a tiré
argument pour refuser de nommer ces trois personnalités bourgmestres après les élections
communales en 2003.

Par son arrêt du 23 décembre 2004, le CE a validé cette circulaire Peeters.

                                                                                                                       
14
Services communaux.
Un acte administratif est un acte juridique qui impose des droits et des obligations.    
15
178
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Il s’agissait donc d’un autre point de friction à régler lors des discussions pour la formation du
Gouvernement au lendemain des élections législatives de 2010 ; c’est la sixième réforme de
l’Etat qui mis fin à ce contentieux.

(8) La sixième réforme de l’Etat - 2014


Parmi beaucoup de formes de discordes qui étaient à régler, il y avait notamment ce
contentieux lié à la nomination des bourgmestres des communes à facilités. C’est la LS du
19 juillet 2012 portant modification de la loi du 9 août 1988 dite de pacification
communautaire « concernant la nomination des bourgmestres des communes périphériques
», qui va résoudre le problème en insérant d’un art. 13bis dans la nouvelle loi communale.
(LOI A IMPRIMER !!!)

Le conseil communal présente au Gouvernement flamand un certain nombre de personnes.


Cet art. 13bis dit simplement que, si le Gouvernement flamand ne veut pas nommer comme
bourgmestre la personne qui a lui été présentée par le conseil communal ; cette personne
peut introduire un recours auprès du CE, assemblée générale. La jurisprudence houleuse
que nous avons vu précédemment a été produite par une chambre unilingue du CE
(flamande) " lors de le 6e sixième réforme de l’Etat, il y a donc l’exigence du côté
francophone que dorénavant, cela ne soit plus une chambre flamande du CE qui tranche ce
type de contentieux mais bien le CE dans sa formation « assemblée générale ». Cette
dernière réunit tous les conseillers d’Etats de la SCA de manière paritaire.

Les francophones sont quand même très échaudés par tout ce qui a précédé la 6e réforme
de l’Etat et s’intéressèrent donc à la situation où il y aurait autant de pour que de contre dans
cette assemblée du CE ! situation où tous les conseillers d’Etat préconiseraient une
solution A et les conseillers d’Etat francophones préconiseraient au contraire une solution B.
Qu’est-ce qu’il se passe en cas de parité de voix ? Les LCEE précisent dans l’art. 97 que
la voix de celui qui préside l’assemblée générale est prépondérante.

Art. 97.
« […] En cas de parité de voix, lorsque l'assemblée générale est saisie en application de l'article 93, la voix de
celui qui préside l'assemblée générale, conformément à l'article 95, §§ 2 à 4, est prépondérante. »

Le problème est d’éviter que systématiquement, quand l’assemblée générale est présidée
par
- un conseiller d’Etat flamand " jurisprudence plutôt flamande
- un conseiller d’Etat francophone " jurisprudence plutôt francophone

On précise alors dans l’art. 95 §2 que « lorsque l'assemblée générale est saisie en
application de l'article 93, elle est présidée alternativement par le premier président et par le
président en fonction de l'inscription au rôle » ! le premier président et le président sont
toujours d’un sexe linguistique différent.

Il s’agit d’un extraordinaire tricotage d’un compromis qui envisage tous les détails pour forcer
l’assemblée générale du CE, qui est paritaire, à produire une jurisprudence pacificatrice.

Ce nouveau dispositif (le compromis) est verrouillé comme suit par l’art. 160 de la C°, tel qu’il
a été révisé le 19 juillet 2012 :

« Une modification des règles sur l’assemblée générale de la section du contentieux administratif du Conseil
d’Etat qui entrent en vigueur le même jour que cet alinéa, ne peut être apportée que par une loi adoptée à la
majorité prévue à l’article 4, dernier alinéa ».

Le constituant fait ici référence aux LCCE.


179
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Un recours est introduit contre cette loi, auprès de la CC – recours rejeté. L’affaire se termine
par quelques arrêts, effectivement pacificateur rendus par l’assemblée générale du CE.

Dans l’arrêt 227.775 rendu le 20 juin 2014, l’assemblée générale de la SCA du CE est à
nouveau amené devant un problème d’élections de bourgmestre et trouve un compromis. Il
dit que le principe de la primauté du néerlandais dans la région unilingue néerlandaise qu’il
faut respecter (via l’art. 4 de la C°) est à concilier avec la volonté de donner aux particuliers
la possibilité d’utiliser la langue française dans leurs rapports avec l’autorité communale " il
faut donc concilier l’unilinguisme avec les facilités, en se mettant à la recherche d’un
juste équilibre entre les intérêts en présence. (ARRÊT A IMPRIMER !!!)

Le problème est que c’est le législateur qui aurait dû énoncer la meilleure façon de concilier
l’unilinguisme avec les facilités ! les responsables politiques ont renvoyé la balle à
l’assemblée générale de la SCA du CE ; étant donné que c’est un peu la chambre flamande
du CE qui avait créé le problème (arrêt Germis). Le CE a donc fait œuvre normative : sous
apparence jurisprudentielle, il aurait en effet rendu un sorte d’arrêt de règlement qui est tout
à fait interdit – mais dans ce cas, il a bien fallu que le CE se substitue au législateur qui n’a
pas voulu s’en occuper.

« Afin de respecter à la fois la primauté du néerlandais dans la région unilingue néerlandaise et les droits garantis
aux particuliers des communes périphériques aux articles 25, 26 et 28, précités, il faut considérer que […]
l'autorité communale doit se référer à la connaissance qu'elle a de la langue du particulier, mais que celui-ci doit
porter son désir d'être servi en français à la connaissance de l'administration à intervalle régulier raisonnable.
L'autorité communale doit se référer à ce choix, dont elle ne peut prendre connaissance qu'au moyen d'une lettre
que le particulier envoie à l'administration communale ou y dépose à cette fin. Ce choix s'applique pendant un
délai raisonnable, à savoir pendant une période de quatre ans, à compter de la réception ou du dépôt de la lettre
visée à l'administration communale. Après l'expiration de ce délai de quatre ans, le particulier peut renouveler son
choix par une lettre adressée à l'administration communale, chaque fois pour une nouvelle période de quatre ans.
L'administration communale doit chaque fois, sans délai, envoyer un accusé de réception ou un reçu de dépôt de
la lettre au particulier concerné. Il s'ensuit que ni l'interprétation préconisée par la requérante, ni l'interprétation
16
préconisée par la partie adverse ne sont actuellement admissibles. »

C’est une règle de droit qui est inventée de toute pièces par un juge ! Mais quel désaveu, car
c’est quand même la chambre flamande du CE qui a tricoté une jurisprudence très militante
qui est à la source de tensions dont on aurait peut-être pu se passer (selon M. Dumont).

Nous allons maintenant reprendre le fil de la définition de la collectivité politique, avec les
compétences des Régions de l’art. 3.

                                                                                                                       
16
Arrêt 227.775 du 20 juin 2014
180
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

E. Les compétences des Régions

Ces compétences sont, tout d’abord, énoncées dans la C°. Il s’agit du fameux art. 107quater
qui a été révisé et remplacé par les articles 3 et 39. L’art. 39 ne dit rien de précis sauf qu’une
LS est nécessaire.

Art. 39, C°
« La loi attribue aux organes régionaux qu'elle crée et qui sont composés de mandataires élus, la
compétence de régler les matières qu'elle détermine, à l'exception de celles visées aux articles 30 et 127 à
129, dans le ressort et selon le mode qu'elle établit. Cette loi doit être adoptée à la majorité prévue à l'article 4,
dernier alinéa. »

Il fallut attendre 1980 pour qu’on s’entende sur les compétences des Régions wallonne et
flamande, et 1989 pour la Région de Bruxelles-Capitale.

C’est donc dans la LSRI du 8 août 1980, telle qu’elle a été révisée à maintes reprises par
après, que se trouve une liste impressionnante de compétences régionales. Ce sont les
articles 6 (à lire attentivement !) à 16 de la LSRI qui énoncent les compétences des régions.

Nous avons vu que les trois Régions de l’art. 3 sont des collectivités politiques parce qu’elles
remplissent les 3 critères
(1) personnalité juridique distincte de celle de l’Etat
1° Régions flamande et wallonne : art. 3 LSRI
2° Région de Bruxelles-Capitale : art. 3 LSIB
(2) compétences propres " cf. art. 39 de la C° et LSRI.
(3) organes élus : ce que nous allons voir maintenant, région par région.

F. Les organes des Régions.

a. Région flamande
Il n’y a pas de Parlement ni de Gouvernement de la Région flamande ; alors qu’il y a un
Parlement et un Gouvernement régional wallon et un Parlement et un Gouvernement
régional bruxellois. Pourquoi ? Il y a bel et bien un Parlement et un Gouvernement
flamande ; mais ce sont les organes de la Communauté flamande ! on a pratiqué au Nord
du pays la fusion des institutions communautaires et régionales. En droit ce n’est pas
une fusion/absorption mais cela y ressemble dans les faits ; juridiquement on a toujours deux
personnes morales de droit public distinctes ! deux personnalités juridiques distinctes : la
Communauté flamande et la Région flamande.

Cependant, les organes de la Communauté flamande exercent à la fois les compétences de


celle-ci et les compétences de la Région flamande. C'est donc le Parlement flamand qui vote
les décrets qui ont force de loi dans les matières régionales, et le Gouvernement flamand qui
les exécute par des arrêtés.
181
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Le terme exacte est « liaison institutionnelle », qui revient en pratique à une absorption de
la Région flamande par la Communauté flamande est autorisée par l'article 137 de la
Constitution et mise en œuvre par une série d’articles de la LSRI du 8 août 1980 (cf. année
prochaine).

Art. 137
« En vue de l'application de l'article 39 (Régions), le Parlement de la Communauté française et le Parlement
de la Communauté flamande ainsi que leurs Gouvernements PEUVENT exercer les compétences
respectivement de la Région wallonne et de la Région flamande, dans les conditions et selon les modalités
fixées par la loi. Cette loi doit être adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa. »

C’est donc le législateur spécial qui PEUT autoriser cette liaison institutionnelle ;
- il l’a fait pour la Région flamande ;
- il ne l’a pas fait pour la Région wallonne parce que les wallons n’en ont pas voulu ! il
n’y a donc pas l’équivalent de la liaison institutionnelle/fusion au Sud du pays (cf.
infra).

On constate effectivement cette différence quand on lit l’art. 1er de la LSRI

Art. 1
« § 1. Le (Parlement) et (le Gouvernement) de la Communauté flamande, ci-après dénommés "(Le Parlement
flamand)" et "(le Gouvernement flamand)", sont compétents pour les matières visées aux articles 127 à 129 de la
Constitution.
Ils exercent dans la Région flamande les compétences des organes régionaux pour les matières visées à
l'article 39 de la Constitution, dans les conditions et selon le mode déterminés par la présente loi.
§ 2. Le (Parlement) et (le Gouvernement de la Communauté française), ci-après dénommés "(Le Parlement de la
Communauté française)" et "(le Gouvernement de la Communauté française)", sont compétents pour les matières
visées aux articles 127 à 12 de la Constitution.
§ 3. Il y a pour la Région wallonne un (Parlement) et un (Gouvernement), ci-après dénommés "(Le Parlement
wallon)" et "(le Gouvernement) régional wallon" qui sont compétents pour les matières visées à l'article 39 de la
Constitution, dans la Région wallonne. »

Elle répond à la volonté politique du mouvement flamand de voir consacrées l'unité des
institutions flamandes et l'union de la Flandre et de Bruxelles. En effet, si les
néerlandophones sont très nettement majoritaires en Belgique,
- ils sont cependant « minoritaires » à Bruxelles,
- et la proportion de « néerlandophones bruxellois » dans la population flamande totale
de Belgique est assez faible (moins de 2%).
Ceci explique le fait que le mouvement flamand n’ait éprouvé aucune réticence à l’absorption
de la Région flamande par la Communauté flamande, trait d’union entre néerlandophones de
Flandre et néerlandophones bruxellois.

Combien de flamands de Bruxelles sont représentés dans le Parlement flamand ? Voir dans
la LSRI (art. 24).

Art. 24
« § 1. (Le Parlement flamand) se compose :
1° de 118 membres élus directement;
2° de 6 membres domiciliés sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale et élus directement en cette
qualité, conformément à l'article 30, § 1er, alinéa 1. […]

§ 3. (Le Parlement de la Communauté française) se compose :


1° de 75 membres du (Parlement wallon);
2° de 19 membres élus par le groupe linguistique français du (Parlement de la Région de Bruxelles-
Capitale) en son sein, visé à l'article 23 de la loi spéciale du 12 janvier 1989 relative aux institutions
bruxelloises.[…] »
182
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Pourquoi cette fusion ?

(1) 1ère raison ! poids des francophones


Le poids des francophones Bruxellois dans l’ensemble des francophones de Belgique est de
25% ! le poids des francophones de Bruxelles dans le Parlement de la Communauté
française est beaucoup plus lourd à digérer pour les wallons. Ces derniers n’ont pas voulu
de la fusion/liaison institutionnelle que l’on a pratiqué au Nord du pays parce qu’ils
auront eu le sentiment (à tort où à raison) d’être menacés par le poids des
francophones de Bruxelles. La Région wallonne est bien dotée d’un Parlement et d’un
Gouvernement à côté du Parlement et du Gouvernement de la Communauté française.

Il y a donc une asymétrie institutionnelle entre le Nord et le Sud du pays, qui est totalement
typique du fédéralisme belge.

(2) 2ème raison ! solidarité


Le flamands considère à juste titre que Bruxelles était une ville flamande au 19es ; ville qui
s’est francisée en raison de facteurs socio-politiques, culturelles et économique. Il y a un
rêve, nourri par beaucoup de flamands en Belgique, qui est de re-flamandiser Bruxelles.

Ceux qui sont réalistes savent très bien que ce n’est qu’une utopie ; mais on pourrait au
moins espérer un meilleur équilibre. S’il y avait spontanément 50% de flamands et 50% de
francophones à Bruxelles, la situation serait toute autre ! le néerlandais serait donc
beaucoup plus pratiqué à Bruxelles. La fusion/liaison institutionnelle est donc une façon
pour la Région flamande de bien montrer qu’elle est unie aux flamands de Bruxelles
" la communauté flamande est l’expression symbolique de la solidarité des flamands de
Flandre avec les flamands de Bruxelles
183
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

b. Région wallonne
Il y a donc bien un Parlement et un Gouvernement de la Région wallonne ; la procédure de
liaison institutionnelle n’a pas été activée que l’art. 137 de la C° permet. Les règles de droit
qui régissent les organes de la Région wallonne se trouvent d’abord dans la C°, et puis dans
la LSRI.

PARLEMENT WALLON (siège à Namur) GOUVERNEMENT WALLON


C° Art. 115 Article 121
« […] § 2. Sans préjudice de l'article 137, les organes « […] § 2. Sans préjudice de l'article 137, les organes
régionaux visés à l'article 39, comprennent, pour régionaux visés à l'article 39 comprennent, pour
chaque région, un Parlement. » chaque région, un Gouvernement. »

« Sans préjudice de l'article 137 » ! signifie que ce qui va suivre ne porte pas préjudice à l’art. 137 qui
a bel et bien été activé au Nord du pays.
Art. 116 Art. 122
« § 1er. Les Parlements de communauté et de région « Les membres de chaque Gouvernement de
sont composés de mandataires élus. […] » communauté ou de région sont élus par leur
Parlement. »
LSRI Art. 24 Art. 63
« […] § 2. (Le Parlement wallon) se compose de 75 « […] § 3. ((Le Gouvernement wallon)) compte (sept)
membres élus directement. membres (au plus), en ce compris le président.
(Le Parlement wallon) peut, par décret, modifier le nombre § 4. (Les (Parlements) peuvent, chacun pour ce qui le
visé à l'alinéa 1er et fixer des règles complémentaires de concerne, modifier par décret le nombre maximum
composition. […] » des membres de leur Gouvernement.) »
" §4 ! autonomie constitutive = pouvoir
d’auto-organisation que chaque
communauté/région possède ; le Parlement a
activé cette possibilité en disant que le
Gouvernement régional wallon peut se
composer de 9 membres = vote d’un décret
spécial qui augmente le nombre de membres du
Gouvernement.

Il y a donc
- un Parlement régional wallon qui est composé de 75 membres élus directement au
suffrage universel par les citoyens domiciliés dans la Région wallonne
- un Gouvernement régional wallon composé de 9 membres au plus élus par le
Parlement régional wallon
o Ministre président = Paul Magnette

Le Parlement régional wallon vote les décrets qui ont force de loi dans les matières
régionales, et le Gouvernement régional wallon les exécute par des arrêtés.
184
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Pourquoi n'a-t-on pas fait au sud du pays ce qu'on a fait au nord, alors que l'article
137 de la Constitution le permettait? Pourquoi n'a-t-on pas, là aussi, consacré l'absorption
de la Région wallonne par la Communauté française ? " EXAMEN !!

(1) 1ère raison ! peur des wallons d’être quelque peu écrasés/marginalisés par
l’importance de la représentation francophone Bruxelloise
Si on avait fait au Sud du pays la même chose que ce qu’on a fait au Nord du pays, il y aurait
un Parlement de la Communauté française qui servirait de Parlement régional wallon et un
Gouvernement de la Communauté française qui servirait de Gouvernement wallon " il y
aurait eu beaucoup de voix bruxelloises (± 25%) dans le Parlement qui se préoccuperaient
de ce qu’il se passe dans la Région wallonne, qui n’est pas la leur.

Le système dans le Parlement flamand est le suivant : quand il discute d’un décret qu’il ne
concerne que la Région flamande (et donc pas les Bruxellois), les 6 flamands bruxellois
peuvent intervenir même si cela ne concerne pas leur Région, mais ils ne peuvent pas voter.
De même, quand le Gouvernement flamand aborde une matière qui ne concerne que la
Région flamande ne demande pas au ministre régional flamand, il peut donner son avis mais
il ne participe pas à la prise de décision comme telle. Il y a donc une écouté possible du point
de vue Bruxellois dans les organes de la Région flamande.

Evidemment, le poids des francophones Bruxellois dans la Communauté française est tel
que il pourrait peser d’un poids plus lourd sur la discussion de décrets qui ne vont s’appliquer
que sur le territoire de la seule Région wallonne ! les wallons n’en ont pas voulu. On peut le
regretter parce qu’on a raté une occasion de simplification ; cela aurait été probablement plus
simple d’avoir un Parlement et un Gouvernement wallon-Bruxellois, qui aurait abordé ET les
matières régionales ET les matières communautaires.

(2) 2ème raison ! raison d’ordre financier et budgétaire


Il faut savoir qu’au Nord du pays, le budget de la Communauté et de la Région flamande ne
forment plus qu’u ; il n’y a qu’un seul budget qui couvre à la fois les matières régionales et
communautaires. Si on avait « fusionné » Communauté française/Région wallonne, il y aurait
donc eu aussi un seul budget. Or, la Communauté française est dépourvue en pratique de
l’autonomie fiscale.
185
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Quand on lit l’art. 170 de la C°, on a l’impression que toutes les Régions ont un pouvoir
fiscal propre.

Art. 170
« § 1er. Aucun impôt au profit de l'État ne peut être établi que par une loi.
§ 2. Aucun impôt au profit de la communauté ou de la région ne peut être établi que par un décret ou une
règle visée à l'article 134. […] »

Il y a bien un pouvoir fiscal propre reconnu en théorie aux Régions et aux Communautés ;
elles peuvent donc lever des impôts. En réalité, il n’y a pas de pouvoir fiscal propre des
Communautés. Imaginons que la Communauté française devrait absorber la Région
wallonne et qu’elle décide de lever un impôt ; quels sont les contribuables qui devront le
payer ? Impossible de déterminer qui doit le payer puisqu’il n’y a pas de sous-
nationalité ! il n’y a pas de liste des Bruxellois francophones qui devraient payer les impôts
levés par la Communauté française ou une liste des Bruxellois néerlandophones qui
devraient payer les impôts levés par la Communauté flamande" le pouvoir fiscal propre est
donc purement théorique.

Donc, quand il est question d’éventuellement imiter le modèle flamand et de fusionner


Communauté française et Région wallonne ; on se rend compte que parce que la
Communauté française a d’énormes problèmes de finances publiques et qu’elle est
structurellement sous-financée, ce serait aux wallons de (par exemple) payer pour
l’enseignement à Bruxelles, pour la simple raison qu’il n’y a pas de sous-nationalités. Il y
avait donc là un très réel problème " conclusion = pas de fusion.

Non seulement l’idée de la fusion a été abandonnée, mais l’inverse s’est produit. Résultat: la
révision constitutionnelle de 1993 a ouvert la voie à une opération inverse à celle de
l'absorption ! la Communauté française a subit une cure d’amaigrissement en
transférant l’exercice de plusieurs de ses compétences à la Région wallonne (très
demandeuse de « grossir ») et à qui ?

Il ne serait pas logique que la Communauté française transfert l’exercice de certaines de ses
compétences parce qu’il y a des flamands à Bruxelles. Les compétences de la Communauté
française sont des compétences comme l’enseignement, la culture, etc. ; compétences qui
ne peuvent pas être transférées à la Région bruxelloise parce que cela supprimerait
l’autonomie culturelle dont les flamands bénéficient dans le cadre de leur communauté. Il faut
donc trouver une institution qui ne représente que les francophones à Bruxelles = la COCOF,
qui correspond au groupe linguistique français du Parlement de la Région de Bruxelles-
Capitale.

L'art. 138 de la C° autorise, en effet, le transfert, en tout ou partie, de certaines compétences


de la Communauté française, d'une part, aux institutions de la Région wallonne et, d'autre
part, à celles de la COCOF de la Région bruxelloise.

Art. 138
« Le Parlement de la Communauté française, d'une part, et le Parlement de la Région wallonne et le groupe
linguistique français du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale = assemblée de la COCOF, d'autre part,
peuvent décider d'un commun accord et chacun par décret que le Parlement et le Gouvernement de la Région
wallonne dans la région de langue française et le groupe linguistique français du Parlement de la Région de
Bruxelles-Capitale et son Collège dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale exercent, en tout ou en partie, des
compétences de la Communauté française. […] »
186
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Ce transfert de compétences n'est subordonné qu'à la conclusion d'un accord des trois
partenaires concernés et a été
- opéré par décret spécial adopté à la majorité des ⅔ des membres du Parlement de la
Communauté française et à la majorité absolue des suffrages.
- accepté par décret voté à la majorité absolue par la Région wallonne
- accepté par décret à la majorité absolue par la COCOF

NB : trois décrets de transferts avec le même texte, mais sanctionné par trois autorités différentes !

Pourquoi est-ce qu’on a eu recours à la majorité des ⅔ pour le décret spécial adopté par le
Parlement de la Communauté française, mais seulement à la majorité absolue pour les deux
décrets d’acceptation du transfert de compétences de la Région wallonne et de la COCOF ?
La réponse est dans les travaux préparatoires : « il est plus difficile de donner que de
recevoir » ! l’explication est purement politique en réalité, il n’y avait tout simplement pas
une majorité des ⅔ à la Région wallonne et à la COCOF.

Nous sommes donc en 1993, au lendemain des Accords de la Saint-Quentin qui décident
- de ne pas imiter le modèle
- de résoudre le problème financier structurel de la Communauté française par ces
décrets ; on lui enlève des compétences et on transfert les moyens financiers qui
étaient les siens dans une proportion moindre ! la Région wallonne et la COCOF
supportent donc la Communauté française dans une certaine mesure.

En 2013, 20 ans plus tard, de nouveaux transferts de compétences de la Communauté


française vers la Région wallonne et la COCOF ont lieu, dans le contexte de la 6e réforme de
l’Etat.

Les matières sont très intriquées car quand on évoque les compétences de la Région
wallonne, il faut toujours à l’esprit les transferts que nous sommes en train d’évoquer. C’est
dans la LSRI que se trouve une liste impressionnante de compétences régionales (articles 6
à 16) ; donc quand on analyse ces articles il faut penser aux décrets de transfert car en plus
des compétences régionales, la Région wallonne a reçu toute une série de compétences qui
proviennent de la Communauté française.
187
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

La Communauté française a attribué à la Région wallonne et à la COCOF l'exercice des


compétences suivantes = compétences importantes ! cf. art. 3 du Décret de transfert (p. 45
recueil) ;
- la subsidiation des infrastructures sportives communales, provinciales, intercommunales et privées;
- le tourisme dans son ensemble;
- la promotion sociale;
- la reconversion et le recyclage professionnels = formation professionnelle, matière essentielle si on veut
lutter contre le chômage, cf. art. 4 16° LSRI ;
- le transport scolaire dans certaines limites;
- la politique de la santé moyennant une série d'exceptions
- notamment les hôpitaux universitaires, ce qui relève des missions confiées à l'Office de la Naissance et
de l'Enfance (O.N.E.), l'éducation sanitaire et la médecine préventive
- l'aide aux personnes moyennant encore une série d'exceptions - notamment ce qui relève là aussi des
missions confiées à l'O.N.E. - la protection de la jeunesse et l'aide sociale aux détenus
e
- les prestations familiales = allocations familiales (date de la 6 réforme de l’Etat)
o matière très sensible ! pilier de la sécurité sociale
o matière personnalisable

EXAMEN
Est-ce que la Région wallonne peut exercer ses compétences dans les matières transférées
sur la totalité de son territoire ? NON, les transferts permis par l’art. 138 de la C° sont les
transferts que la Communauté française accorde à la Région wallonne dans les limites de la
région de langue française d’une part, et à la COCOF d’autre part. Si cela n’était pas précisé,
la Région wallonne empiéterait sur les compétences de la Communauté germanophone

22/04/2015

Rappel des cours précédents :


Nous étions arrivés hier à l’examen de la Région wallonne, et nous sommes de manière générale à l’examen des
Régions de l’art. 3 de la C°. Pour rappel, ces dernières sont des collectivités politiques car elles remplissent les 3
critères de la définition de ce qu’est une collectivité politique (cf. supra). Nous en étions à l’analyse des organes
de ces Régions, et nous avons donc pu constater un manque de symétrie qui caractérise l'organisation des
Régions en Belgique :
- la Région flamande n'a pas un Parlement propre, n’a pas un Gouvernement propre ; elle emprunte son
Parlement et son Gouvernement à la Communauté flamande, en vertu de l'art. 137 C° qui autorise cette
forme de fusion/liaison institutionnelle.
- la Région Wallonne a un Parlement et un Gouvernement qui adoptent des décrets qui ont force de loi en
vertu de l'art. 134 combiné avec l'art. 19 de LSRI. Ce Parlement et ce Gouvernement régional ou wallon
ne s'occupe seulement des compétences régionales ; mais a en plus reçu une partie des compétences
communautaires de la Communauté française en vertu de l'art. 138 de la C°.
EXAMEN : les compétences de la Région wallonne sont donc les matières régionales + compétences
communautaires.

c. Région bruxelloise
C'était cette fameuse région visée dans l'art. 107quater de la C° (actuellement les art. 3 et
39).
(1) en 1970 la Région est crée sur le papier,
(2) en 1980, elle est toujours sur le papier parce que seules les Régions wallonne et
flamande reçoivent des institutions,
(3) il faut attendre la révision constitutionnelle de 1988-89, et plus particulièrement la
LSIB pour que cette région soit effectivement dotée d'un Parlement et d'un
Gouvernement.
188
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

1. Le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale


Le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale comptait, jusqu'en 2004, 75 membres
(comme le Parlement régional wallon). Jusqu’à cette année-là et les Accords du Lombard, il
n'y avait pas un nombre prédéterminé de sièges réservés aux néerlandophones, qui
composent une minorité géographique dans la Région de Bruxelles-Capitale " les électeurs
votaient librement en fonction de la liste francophone ou néerlandophone. Les listes devaient
être unilingues (forme de violence ?), exigence demandée par les flamands afin d’être
protégés.

Au gré des élections, on a constaté qu'il y avait tantôt 11, tantôt 10, tantôt 9 élus
néerlandophones dans le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale (un si petit nombre
sur 75 membres). On peut bien évidemment comprendre la crainte des flamands de voir leur
représentation diminuer compte tenu de cette représentation minoritaire. Ils ont donc
demandé à bénéficier d’un nombre prédéterminé de sièges ; fixation qui a été intriquée dans
la LSIB.

Art. 10
« Le (Parlement) est composé de 89 membres élus directement. »

C’est dans cette dernière que l’on découvre que le Parlement de la Région de Bruxelles-
Capitale est passé de 77 à 89 membres ; augmentation qui s’explique par le souci de
surreprésenter la minorité flamande de Bruxelles ! cf. art. 20 §2 de la LSIB.

Art. 20
« § 2. Avant de procéder à la dévolution des sièges à conférer, les sièges sont répartis à concurrence de 72
entre l'ensemble des groupements de listes de candidats du groupe linguistique français et de 17 entre
l'ensemble des groupements de listes de candidats du groupe linguistique néerlandais. »

On y découvre que la répartition flamand/francophone est la suivante,


- il y a 17 flamands
- et 72 francophones.
17 flamands c'est donc une surreprésentation sur 89 = protection particulière. Afin d’éviter
une excessive sous-représentation de la majorité numérique francophone, on a dû passer de
77 à 89 sièges à pourvoir.
189
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Un certain nombre de mandataires politique flamands (NVA) se moquent beaucoup de cette


surreprésentation de la minorité flamande. C'est assez paradoxale car cette
surreprésentation a été est demandée par tous les partis politiques flamands avant l'arrivée
de la NVA. Celle-ci veut diminuer le statut de Bruxelles, et non pas le renforcer.

On peut s'interroger sur la constitutionnalité/conformité de cette répartition des sièges entre


flamands et francophones compte tenu du grand principe d’égalité et de non-discrimination.
La SLCE a constaté que le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale ne serait « plus
composé suivant le système de la représentation proportionnelle ». Elle a formulé dès lors «
de sérieuses réserves » quant à la compatibilité de ce système avec le principe d’égalité en
matière de droit de vote, tel qu'il découle des art. 10 et 11 de la C° et de l’art., 3 du 1er
Protocole additionnel à la CEDH.

La CA (actuelle CC) a néanmoins considéré, dans son arrêt n° 35/2003 du 25 mars 2003,
que cette mesure de protection de la minorité flamande n'est pas contraire au principe de
non discrimination. Cela fait parti de l’équilibre politique de la Belgique.

Les francophones sont bénéficiaires de toute une série de garanties (LS, parité au Conseil
des ministres, sonnette d’alarme, cf. supra) à l’échelle de l’Etat fédéral parce qu’ils sont
minoritaires. Les flamands résonnent donc comme suit : les garanties octroyées aux
francophones placent ces derniers pratiquement au même niveau que la majorité numérique
néerlandophone ; et donc à l’échelle de Bruxelles (capitale de l’Etat), les francophones
doivent rendre le même service à la minorité néerlandophone = surreprésentation.

Il n’y a pas de sous-nationalités à Bruxelles ; mais il y a tout de même quelque chose


qui y ressemble curieusement : les candidats à l’élection du Parlement de la Région de
Bruxelles-Capitale doivent dire s’ils sont flamands ou francophones, sur base de la mention
figurant sur la carte d’identité ! exemple de sous-nationalité. C’est un système contestable,
- une partie de la société bruxelloise trouve qu’on ne devrait pas être fiché une fois
pour toute dans une identité francophone ou flamande,
- mais institutionnellement, tout le système présuppose qu’on a affaire à une division
entre flamands et francophones.

2. Le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale


Il est composé selon une formule de compromis tout à fait exemplaire. Au départ, c’est une
des raisons pour lesquelles on a mis 18 ans pour s’entendre sur le paysage institutionnel de
la Région de Bruxelles-Capitale " il y avait des positions tout à fait inconciliables,
parfaitement antinomiques.
- selon les francophones : ils sont majoritaires dans la population Bruxelloises, le
Gouvernement régional bruxellois doit donc être sous la domination légitime
démocratique d’une majorité francophone.
- selon les flamands : ils ont concédé la parité au Conseil des ministres à l’échelle de
l’Etat fédéral, les francophones sont donc priés de concéder cette même parité à
l’échelle de la Région de Bruxelles-Capitale.
o les francophones rétorquent en disant que
# à l’échelle de l’Etat fédéral, le rapport est « 6 millions de flamands vs 4
millions de francophones »
# à l’échelle de la Région de Bruxelles-Capitale, les flamands ne
représentent que 10% de la population totale.
190
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Comment donc s'entendre? Le miracle du compromis de 1988-89 est dû à la patience de


deux négociateurs en particulier: Jean-Luc Dehaene (ancien 1er ministre) et Philippe Moraux
(ancien bourgmestre de Molenbeek). Il s'entendent sur le pacte suivant : on va composer le
Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale de 5 ministres, et on va adjoindre à
ceux-ci 3 secrétaires d'Etat
- 2 ministres pour les francophones,
- 2 ministres pour les flamands,
- et 1 ministre-président dont on ne précise pas dans le loi son sexe linguistique.
" il sera élu par une majorité, la Région de Bruxelles-Capitale étant tenue
structurellement par une majorité francophone ! ceux-ci ont donc la certitude d’avoir
un francophone comme ministre-président (qui est techniquement être asexué
linguistiquement) ! aujourd’hui c’est Rudy Vervoort.
Donc, du côté flamand on crie victoire étant donné qu’on a la parité tant voulu ; du côté
francophone on crie d’autant plus victoire que
- non seulement on a l'assurance d'avoir un président francophone " qui fait passé le
nombre de ministres francophones de 2 à 3
- de plus parmi les 3 secrétaires d'Etat adjoints aux ministres bruxellois, la loi précise
que 2 d’entre eux seront francophones.

Les flamands ne sont pas dérangés par cette majorité francophone car les secrétaires d’Etat
sont seulement adjoints à un ministre ! n’ont pas exactement les mêmes pouvoirs que les
ministres, et donc on peut considérer qu’ils en ont moins ! ce qui compte pour les flamands
est donc uniquement le rapport « 2 + 2 ».

C’est un beau compromis, d’autant plus qu’il fonctionne parce que tout le monde est content.
Chacune peut lire la même formule avec un décodage politique différent.

Dans les textes, cette répartition se trouve dans la LSIB.

Art. 34.
« § 1. Le gouvernement se compose de cinq membres élus par le (Parlement) ! pas d’office en son sein.
Outre le président, le gouvernement compte deux membres du groupe linguistique français et deux membres du
groupe linguistique néerlandais. »

Art. 41
« § 1. Sur proposition [du Gouvernement], le (Parlement) élit (...) trois Secrétaires d'Etat régionaux dont un au
moins appartient au groupe linguistique le moins nombreux = groupe linguistique néerlandophone, selon la
même procédure que celle prévue pour les membres [du Gouvernement]. […] »

Le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale adopte des ordonnances régionales


(cf. infra).
191
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

§2. Les provinces et les communes

Ce sont de très anciennes collectivités politiques de nature territoriale ; la Belgique est une
terre de municipalistes, les hommes politiques adorent le niveau communal.

Attention, les provinces sont dotées, depuis la 6e réforme de l’Etat, d’un statut tout a fait
précaire. Les auteurs de cette réforme ont dû concéder à certains des partis négociateurs
une formule très étrange qui permet à la législation décrétale (des Régions) de faire dans
l’avenir pratiquement tout ce qu’elle pourrait vouloir de provinces ! celles-ci sont dorénavant
placées sous la dépendance du bon vouloir de chacune des deux Régions principales ; il n’y
a pas de provinces dans la Région de Bruxelles-Capitale. Les compétences des provinces à
Bruxelles ont été transférées à d’autres organes qui couvrent la Région de Bruxelles-Capitale
(cf. infra).

Il y avait une province du Brabant qui était à cheval sur la frontière linguistique, ce qui était
insupportable pour les flamands " il a donc fallu couper la province en deux : Brabant
flamand et Brabant wallon, et l’arrondissement administratif de Bruxelles-Capitale.

Quelle est le fondement constitutionnel des provinces ?

Art. 5
« La Région wallonne comprend les provinces suivantes : le Brabant wallon, le Hainaut, Liège, le
Luxembourg et Namur. La Région flamande comprend les provinces suivantes : Anvers, le Brabant flamand,
la Flandre occidentale, la Flandre orientale et le Limbourg.
Une loi peut soustraire certains territoires dont elle fixe les limites, à la division en provinces, les faire relever
directement du pouvoir exécutif fédéral et les soumettre à un statut propre. Cette loi doit être adoptée à la majorité
prévue à l'article 4, dernier alinéa. »

Cet article évoque les provinces à l’occasion de la délimitation du territoire des Régions. A
suppose qu’une des deux Régions décide de supprimer une province dans leur territoire,
l’art. 5 doit être respecté pour les seules bonnes fins de la délimitation de ces Régions.
192
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Art. 41
« Les intérêts exclusivement communaux ou provinciaux sont réglés par les conseils communaux ou
provinciaux, d'après les principes établis par la Constitution (cf. art. 162 pour l’explicitation de ces
e
principes). Toutefois (innovation de la 6 réforme de l’Etat), en exécution d'une loi adoptée à la majorité
prévue à l'article 4, dernier alinéa, la règle visée à l'article 134 peut supprimer les institutions
provinciales. […] »

Art. 134
« Les lois prises en exécution de l'article 39 (art. qui dit qu’une LS donnera aux régions la compétence de
régler les matières qu’elle déterminera ! interprétation du mot « régler ») déterminent la force juridique des
règles que les organes qu'elles créent prennent dans les matières qu'elles déterminent.
Elles peuvent conférer à ces organes le pouvoir de prendre des décrets ayant force de loi dans le ressort et selon
le mode qu'elles établissent. »

La LS détermine la force juridique des règles que les organes régionaux prennent dans les
matières régionales, elles peuvent conférer à ces organes le pouvoir de prendre des décrets
ayant force de loi dans le ressort et selon le mode qu’elles établissent. Pourquoi
« peuvent » ? Parce que la LSRI décide de donner effectivement le pouvoir de faire des
décrets qui ont force de loi à la Région wallonne et à la Région flamande ; en revanche la
LSIB ne donne que le pouvoir de faire des ordonnances à la Région de Bruxelles-Capitale.

Donc, à chaque fois qu’on voit dans une disposition constitutionnelle l’expression que l’on
retrouve dans l’art. 41 = « la règle visée à l’art. 134 » " il s’agit du décret de la Région
wallonne ou de la Région flamande, ou l’ordonnance de la Région de Bruxelles-Capitale.
Evidemment, comme à Bruxelles il n’y a pas de provinces ; on doit interpréter « la règle visée
à l’art. 134 » comme visant le décret régional wallon ou le décret régional flamand.

Ce décret régional peut supprimer les institutions provinciales ! obligatoire ; = faculté.

Art. 41 (suite)
« […] Dans ce cas, la règle visée à l'article 134 peut les remplacer par des collectivités supracommunales
dont les conseils règlent les intérêts exclusivement supracommunaux d'après les principes établis par la
Constitution (cf. art. 162). La règle visée à l'article 134 doit être adoptée à la majorité des deux tiers des
suffrages émis, à la condition que la majorité des membres du Parlement concerné se trouve réunie. […] »

La 6e réforme de l’Etat a donc été incapable de choisir entre la suppression et le maintien


des provinces. Dans un Etat normalement constitué, on s’attend à trouver dans la C° la liste
des collectivités politiques décentralisées (ce que sont les provinces et les communes) ; en
Belgique, l’Etat est « anormalement constitué » car la C° ne dit rien d’autre que « les
Régions peuvent faire tout ce qu’elles veulent des provinces
- les garder,
- les supprimer,
- les remplacer par des collectivités supracommunales ! des « bassins de vie » qui
pourraient épouser les réalités socio-économiques intrarégionales, de plus près que
les anciennes divisions provinciales

Les Verts flamands et francophones avaient une véritable obsession à propos des provinces,
ils voulaient absolument transformer ces provinces en « bassins de vie » = redessiner le
territoire des provinces héritées du passé pour imaginer une collectivité supracommunale,
qui est au-delà de la commune mais en deçà de la Région ; qui épouserait mieux les réalités
socio-économiques des provinces. Ils n’ont pas réussi à convaincre leurs partenaires, la
seule façon pour le constituant de s’entendre était de renvoyer la patate chaude aux
Régions, même pas à la LS ; mais avec cependant certaines limites " cf. LSRI. L’art. 6 de la
LSRI est le siège de la liste des compétences qui reviennent aux Régions (art. à lire !)
193
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Art. 6.
« §1. Les matières visées à l'article 23 de la Constitution sont : […]
VIII. En ce qui concerne les pouvoirs subordonnés :
1° la composition, l'organisation, la compétence et le fonctionnement des institutions provinciales et
communales et des collectivités supracommunales, à l'exception :
- des règles inscrites dans la loi communale, la nouvelle loi communale, la loi électorale communale, la loi
organique des centres publics d'aide sociale, la loi provinciale, le Code électoral, la loi organique des élections
provinciales et la loi organisant l'élection simultanée pour les chambres législatives et les conseils provinciaux en
vertu de la loi du 9 août 1988 (loi de pacification communautaire) portant modification de la loi communale, de la
nouvelle loi communale, de la loi électorale communale, de la loi organique des centres publics d'aide sociale, de
la loi provinciale, du Code électoral, de la loi organique des élections provinciales et de la loi organisant l'élection
simultanée pour les chambres législatives et les conseils provinciaux, telle que modifiée par la loi spéciale du 19
juillet
- des règles inscrites dans les articles 5, 5bis, 70, 3° et 8°, 126, deuxième et troisième alinéas, et le titre XI de la
loi provinciale;
- des règles inscrites dans les articles 125, 126, 127 et 132 de la nouvelle loi communale, dans la mesure où elles
concernent les registres de l'état civil;
- de l'organisation de et de la politique relative à la police, en ce compris l'article 135, § 2, de la nouvelle loi
communale, et aux services d'incendie;
- des régimes de pension du personnel et des mandataires.
[…] Les gouverneurs des provinces, le vice-gouverneur de l'arrondissement administratif de Bruxelles-
Capitale, l'adjoint du gouverneur de la province de Brabant flamand, les commissaires d'arrondissement et les
commissaires d'arrondissement adjoints sont nommés et révoqués par le gouvernement de région
concerné, sur l'avis conforme du Conseil des Ministres (parce que les gouverneurs de province sont des
organes déconcentrés de l’Etat fédéral). Lorsque les institutions provinciales sont supprimées, cela ne porte
pas préjudice à la fonction des gouverneurs de province. Si une région supprime les institutions
provinciales, le gouverneur a, dans son ressort territorial, la qualité de commissaire de gouvernement de
l'Etat, de la communauté ou de la région. […] »

La LSRI a bien évidemment envisagerait l’hypothèse où les Régions wallonne et flamande


décideraient de supprimer les provinces ! l’art. 6 §1 VIII al. 4 de la LSRI.

Les Régions peuvent faire aux provinces tout ce qu’elles veulent, mais avec certaines
limites :
1° Limite territoriale
On maintient les provinces de l’art. 5 de la C° uniquement en tant que délimitation
territoriale pour donner à chaque Région un territoire
2° Limite légale
Pas question de toucher à la loi de pacification communautaire de 1988 = vache
sacrée
3° Limite de compétences
Pas question de toucher aux compétences que les gouverneurs de provinces
possèdent, en particulier dans le domaine du maintien de l’ordre ! ils continueront
d’exister même si les provinces disparaissent ; en tant que commissaires de l’Etat
fédéral et d’organes déconcentrés des Régions.
e
« La 6 réforme de l’Etat : l’art de ne pas choisir » ! il faut reconnaître que le dossier provinces était l’argument le
meilleur pour justifier un tel intitulé.

A. Identification des provinces et communes et ressorts territoriaux

a. La modification du nombre des provinces et de leurs limites


Les provinces sont identifiées à l'art. 5 al.1 de la C° ; il y en a 10 (cf. supra). Une seule
portion du territoire de l'Etat échappe à la division en provinces : c'est la Région bruxelloise =
conséquence de la suppression de l'ancienne province du Brabant qui était devenue une
survivance archaïque. Cette province s'étendait sur les trois Régions ! d'où la réforme de
1993 : on y décide la scission du Brabant et la création de deux nouvelles provinces, le
Brabant wallon et le Brabant flamand.
194
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Il faut lire l’art. 163 de la C° pour savoir qui remplace les organes provinciaux dans le
territoire de l’arrondissement administratif de Bruxelles-Capitale.

Art. 163
« Les compétences exercées dans les Régions wallonne et flamande par des organes provinciaux élus
sont exercées, dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale, par les Communautés française et flamande
et par la Commission communautaire commune (= matières communautaires), chacune en ce qui concerne
les matières relevant de leurs compétences en vertu des articles 127 et 128 et, en ce qui concerne les autres
matières, par la Région de Bruxelles-Capitale (autres matières)
Toutefois, une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, règle les modalités selon lesquelles la
Région de Bruxelles-Capitale ou toute institution dont les membres sont désignés par celle-ci exerce les
compétences visées à l'alinéa 1er qui ne relèvent pas des matières visées àl'article 39. Une loi adoptée à la
même majorité règle l'attribution aux institutions prévues à l'article 136 de tout ou partie des compétences visées
à l'alinéa 1er qui relèvent des matières visées aux articles 127 et 128. »

Qui exerce les compétences régionales ?


- soit les communautés,
- soit la COCOM,
- soit la région de Bruxelles-Capitale

Qui exerce les compétences provinciales ?


Il y a toujours un gouverneur et un vice-gouverneur qui n’ont pas grand chose à faire ; ils ont
néanmoins quelques responsabilités en ce qui concerne le maintien de l’ordre et l’exécution
des lois. Il y a à Bruxelles un équivalent du Gouverneur de Province. C’est un organe
déconcentré de l’Etat fédéral = Gouverneur de l’arrondissement administratif de la Région de
Bruxelles Capitale.

Elles ont chacune une personnalité juridique distincte.


L'art. 7 de la C° précise que « les limites […] des provinces et des communes ne peuvent
être changées ou rectifiées qu'en vertu d'une loi ». Evidemment, il y a une difficulté à
résoudre à chaque fois que l’on tombe sur le mot « loi » dans un article de la C° " certains
articles, et notamment l’art. 7, n’ont jamais été modifiés depuis 1830-1831 ; or depuis 1970,
il y a les décrets qui ont force de loi (et depuis des 1988-89 des ordonnances qui ont
pratiquement force de loi).

Donc, est-ce que le mot « loi » dans l’art. 7 de la C° doit être compris comme
désignant la loi fédérale, par oppositions aux décrets ; ou est-ce qu’il faut
comprendre par le mot « loi » figurant dans ce même article une référence à un acte
de nature législative/qui a force de loi, peut importe que ce soit une loi fédérale ou un
décret ?

LSRI art. 6, §1er, VIII, 2°


« §1. Les matières visées à l'article 39 de la Constitution sont (= compétences des Régions) : […]
VIII. En ce qui concerne les pouvoirs subordonnés (provinces, communes, districts) : […]
2° le changement ou la rectification des limites des provinces, des collectivités supracommunales et des
communes, à l'exception des limites des communes citées à l'article 7 des lois sur l'emploi des langues en
matières administratives (= communes à facilités), coordonnées le 18 juillet 1966, et des communes de Comines-
Warneton et de Fourons; […] »

Manifestement, le mot « loi » qui figure dans l’art. 7 de la C° a été interprété ; non pas
comme une règle répartitrice de compétences entre l’Etat, les Communautés et les Régions,
mais comme visant l’exigence d’un acte de nature législative. Comment sait-on si c’est le
législateur fédéral ou le législateur fédéré (régional dans ce cas-ci) qui est compétent en
définitive ? La réponse se trouve dans la LSRI.
195
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Dans un arrêt du 25 mars 2003, la CA a considéré qu’à chaque fois que le mot « loi » figure
dans une disposition constitutionnelle
- antérieure au 24 décembre 1970 (date d’entrée en vigueur de la 1ère grand réforme
de l’Etat instaurant le fédéralisme) ; il faut comprendre que la « loi » en question se
réfère à la loi fédérale SAUF habilitation expresse et précise contenue dans une loi
de réformes institutionnelles au profit d’une Région ou d’une Communauté ! au
décret/à l’ordonnance. Dans le cas de l’art. 7 de la C°, l’habilitation expresse par la loi
se trouve à l’art. 6, §1er, VIII, 2°.
- postérieure au 24 décembre 1970 ; il faut supposer que le constituant connaît la
distinction entre L, D, O et que donc à chaque fois qu’il emploie le mot « loi » à partir
de cette date, c‘est évidemment par opposition au décret = LOI FEDERALE.

28/04/2015

Rappel des cours précédents :


L’art. 5 de la C° nous dit que la Belgique est divisée en 10 provinces et que au fond, on utilise les 5 provinces
wallonnes pour déterminer le territoire de la Région wallonne et les 5 provinces flamandes pour déterminer le
er
territoire de la Région flamande. Cet article, dans son al. 1 , n’a pas été modifié ! ce qui veut bien dire que les
provinces demeureront en tant que composante des délimitations territoriales des Régions.

La Région bruxelloise échappe à la division en provinces parce que cette Région était intégrée dans l’ancienne
province du Brabant et que les flamands n’ont pas supporté le maintient de cette vieille province du Brabant qui
avait l’outrecuidance de se situer à cheval sur la frontière linguistique " on a donc scindé le Brabant en un
Brabant flamand et en un Brabant wallon ! cela laisse donc en dehors de la division en province la Région
Bruxelloise. Qui exerce donc les compétences exercées par les organes provinciaux en Wallonie et en Région
flamande à Bruxelles ? Réponse : art. 163 de la C° = Communautés flamande et française, COCOF et VGC, la
Région qui EN FONCTION de la compétence en cause, assumera les missions que les organes provinciaux
exercent dans les deux autres Régions.

Nous avons observé dans l’art. 7 de la C° un renvoi à la « loi » ! que signifie le mot « loi » ? Compte tenu d’un
arrêt fondamental de la CA du 25 mars 2003 ; il faut raisonne comme suit : il faut savoir de quand date l’art.
concerné afin de déterminer la portée du mot « loi »
ère
- est-ce qu’il est antérieur à l’entrée en vigueur de la 1 grande réforme de l’Etat = 24/12/1970 ?
! « loi » ne signifie pas nécessairement « loi fédérale » ; s’il n’y a pas de limitation expresse et précise
contenue dans une loi de réformes institutionnelles au profit des Régions ou des Communautés ><
décret
ère
- est-ce qu’il est supérieur à l’entrée en vigueur de la 1 grande réforme de l’Etat = 24/12/1970 ?
! « loi » signifie « loi fédérale » ; s’il n’y a pas de limitation expresse et précise contenue dans une loi
de réformes institutionnelles au profit des Régions ou des Communautés
Dans le cas de l’art. 7 qui date de 1831, il y a une » habilitation expresse et précise » au profit des Régions qui se
er
trouve dans la LSRI, art. 6, §1 , VIII, 2°, al. 1 " permet aux Régions de changer/rectifier les limites des
provinces/communes. Cette habilitation exclut néanmoins les communes citées à l’art. 7 des LCEA =
- communes périphériques autour de Bruxelles ! on n’imagine pas que la Région flamande puisse
modifier la limite de ces communes dans un sens qui pourrait bien évidemment porter atteinte aux
garanties dont bénéficient les minorités francophones qui sont en réalité des majorités " cette matière
est donc réservée à la loi fédérale.
- Comines-Warneton et Fourons
o Fourons se trouve géographiquement dans le territoire de la Région wallonne mais
administrativement elle est dans la Région flamande
o Comines-Warneton se trouve géographiquement dans le territoire de la Région flamande mais
administrativement elle est dans la Région wallonne
Ce sont des communes très sensibles dont le territoire ne peut être changé par les Régions ! la loi fédérale est
la seule compétente = exception à l’habilitation donnée aux Régions qui leur permettent de modifier le territoire
des provinces et des communes.

Nous avons également vu que l’art. 41 de la C°, qui pose le principe fondamental à savoir que les intérêts
provinciaux sont réglés par les Conseils communaux et que les intérêts communaux sont réglés par les conseils
communaux = fondement de l’autonomie provinciale et communale. Cet article dit que la règle visée à l’art. 134
peut remplacer/supprimer/maintenir les institutions provinciales.
196
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  
er
Petite précision par rapport au cours de SPD : Mme Hachez, en exposant les compétences de la CC (cf. art. 1
LSCC), a souvent fait le raccourcis en disant que les règles visées à l’art. 134 = ordonnances ; mais maintenant
l’on est en mesure d’être beaucoup plus précis :

Art. 134
« Les lois prises en exécution de l'article 39 (art. qui dit qu’une LS donnera aux régions la compétence de régler les matières
qu’elle déterminera ! interprétation du mot « régler ») déterminent la force juridique des règles que les organes qu'elles
créent prennent dans les matières qu'elles déterminent.
Elles peuvent conférer à ces organes le pouvoir de prendre des décrets ayant force de loi dans le ressort et selon le mode
qu'elles établissent. »

Les règles de l’art. 39 sont donc les règles qui donnent des compétences aux trois Régions de l’art. 3. Ensuite,
quand on parle des règles visées à l’art. 134 ; c’est précisément les règles que les organes régionaux prennent
dans les matières régionales. Ces règles voient leur force juridique déterminée par des LS ; LS qui peuvent
conférer à ces organes régionaux le pouvoir de prendre des décrets.

Quand on lit l’art. 19 de la LSRI, on constate que la permission donnée par l’art. 134 de la C° au législateur
spécial a effectivement été utilisée :
« […] § 2. Le décret a force de loi. Il peut abroger, compléter, modifier ou remplacer les dispositions légales en vigueur. […]

La règle visée à l’art. 134 est bien le décret. Attention, on parle dans l’art. 134 des lois prises en exécution de l’art.
39 ; or cet article concerne uniquement les Régions et non les Communautés. Quels sont donc les décrets
visés à travers l’expression « règle visée à l’art. 134 » ? Ce sont les décrets des Régions flamande et
wallonne ; mais ce ne sont pas les décrets des Communautés étant donné que ceux-ci sont visés expressément
aux articles 127, 128 et 129 (cf. analyse infra).

Les décrets visés à l’art. 134 sont uniquement les décrets des Régions parce qu’à Bruxelles, la permission de
l’art. 134 n’a pas été utilisée parce que la LSIB a décidé de limiter la Région de Bruxelles-Capitale à l’édiction
d’ordonnances ! ordonnances ≠ décrets (cf. infra)

Donc,

Art. 41
« […] la règle visée à l'article 134 peut supprimer les institutions provinciales.
Dans ce cas, la règle visée à l'article 134 peut les remplacer par des collectivités supracommunales dont les conseils
règlent les intérêts exclusivement supracommunaux d'après les principes établis par la Constitution (cf. art. 162). La
règle visée à l'article 134 doit être adoptée à la majorité des deux tiers des suffrages émis, à la condition que la majorité des
membres du Parlement concerné se trouve réunie. […] »

Dans ce cas, la règle ne peut viser que les décrets de la Région wallonne et de la Région flamande et PAS les
ordonnances de la Région Bruxelloise puisqu’il n’y a pas de provinces à Bruxelles. Le mot « décret », quand il
figure dans la C°, il vise les décrets des Communautés.

L’art. 41 donne donc aux décrets régionaux wallon et flamands le pouvoir de faire tout ce qu’elles veulent de
provinces à l’avenir. Les Régions wallonne et flamande pourront supprimer/maintenir/remplacer les provinces en
collectivités supracommunales. L’idée est qu’il y a aurait entre le niveau régional et le niveau communal, un
niveau intermédiaire supracommunal = nouvelle catégorie de collectivités politiques.

Examen : combien de collectivités politiques il y a en Belgique ? " ne pas oublier les collectivités
supracommunales (qui n’existent pas encore mais qui peuvent exister, l’art. 41 de la C° le prévoit). Ce sont bien
des collectivités politiques car si on les crée, elles auront
(1) la personnalité juridique
(2) des compétences propres
(3) des organes élus

Supposons que les Régions wallonne et flamande décident de supprimer les provinces, deux limites s’imposent à
elles
- elles doivent garder les délimitations territoriales des provinces
- pas touche au gouverneur de province (cf. art. 6 LSRI) " ce sont des organes déconcentrés dont on a
besoin, notamment pour l’Etat qui leur délèguent certaines compétences en matière de maintien de
l’ordre (cf. supra)
197
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

b. Les autorités intracommunales et la fusion des communes


S’il peut exister demain des collectivités supracommunales, il existe déjà aujourd’hui des
organes territoriaux intracommunaux :

Art. 41
« […] La règle visée à l’article 134 définit les compétences, les règles de fonctionnement et le mode
d'élection des organes territoriaux intracommunaux pouvant régler des matières d'intérêt communal.
Ces organes territoriaux intracommunaux sont créés dans les communes de plus de100.000 habitants à l'initiative
de leur conseil communal. Leurs membres sont élus directement. En exécution d'une loi adoptée à la majorité
définie à l'article 4, dernier alinéa, le décret ou la règle visée à l'article 134 règle les autres conditions et le mode
suivant lesquels de tels organes territoriaux intracommunaux peuvent être créés. […] »

Il y avait 2675 communes en Belgique avant que la loi du 30 décembre 1975 portant
ratification des arrêtés royaux des 17 septembre 1975 et 30 octobre 1975 ne les réduise à
589. C’est grâce aux travaux de Joseph MICHEL, ancien ministre de l’intérieur, qui était
intimement convaincu de la nécessité de fusionner les communes belges pour rationaliser la
gestion locale des affaires publiques.

Les communes sont parfois tellement grandes qu’il faudrait penser à mettre des districts à
l’intérieur d’elles, composés d’un « mini-conseil communal » et d’un « mini-conseil
échevinal ». Ce serait bien évidemment des collectivités politiques avec une personnalité
juridique, des compétences propres et des organes élus.

Qui peut décider de mettre en place de tels organes communaux intraterritoriaux ? La « règle
visé à l’art. 134 » ! les Régions. La LSRI art. 6 §1 VIII 11° laisse le soin aux Régions de
décider la mise en place et l’organisation de ces organes territoriaux intracommunaux.

Le législateur régional flamand a décidé de profiter de cette possibilité ; aujourd’hui, seule


Anvers compte des districts. Mais rien n’empêche les Régions d’en créer plus dès demain.

Depuis que la Belgique existe, les communes et les provinces ont une personnalité juridique
distincte de celle de l’Etat ; cela ne se trouve écrit nul part mais c’est une évidence. On le sait
parce que les lois montrent bien, implicitement mais de manière tout à fait certaine ;
puisqu’elles puissent réaliser des contrats, nommer des fonctionnaires, ester en justice, etc.
" tous les attributs de la personnalité juridique.

c. La soustraction de certains territoires à la division en provinces

Art. 5
« […] Une loi peut soustraire certains territoires dont elle fixe les limites, à la division en provinces, les
faire relever directement du pouvoir exécutif fédéral et les soumettre à un statut propre. Cette loi doit être adoptée
à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa. »

Art. 163
« Les compétences exercées dans les Régions wallonne et flamande par des organes provinciaux élus
sont exercées, dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale, par les Communautés française et flamande et
par la Commission communautaire commune, chacune en ce qui concerne les matières relevant de leurs
compétences en vertu des articles 127 et 128 et, en ce qui concerne les autres matières, par la Région de
Bruxelles-Capitale.
Toutefois, une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, règle les modalités selon lesquelles la
Région de Bruxelles-Capitale ou toute institution dont les membres sont désignés par celle-ci exerce les
compétences visées à l'alinéa 1er qui ne relèvent pas des matières visées à l'article 39. Une loi adoptée à la
même majorité règle l'attribution aux institutions prévues à l'article 136 de tout ou partie des compétences visées
à l'alinéa 1er qui relèvent des matières visées aux articles 127 et 128. »
198
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

L’art. 5 al. 2 de la C° dit qu’une loi peut soustraire certains territoires à la division en
provinces. Cet article ne concerne pas Bruxelles car sa soustraction à la division en
provinces est établie par la C° elle-même ; du simple fait que la liste des provinces wallonnes
et flamandes n’en attribue aucune à la Région de Bruxelles-Capitale = confirmé par l’art. 163
de la C°.

L’art. 5 al. 2 de la C° a été inséré dans la C° en 1970 pour résoudre le problème de Fourons.
En 1962, la frontière linguistique est fixée et Fourons se retrouve rattachée
administrativement dans la province du Limbourg = Région flamande ; alors que la
commune se trouve géographiquement dans le territoire de la Région. Les Fourons ont réagi
et ont contesté ce rattachement ; celui-ci a été justifié par le fait que « c’est ce qui fait
typiquement l’équilibre de la Belgique » et parce que le phénomène inverse existe
également : la commune de Comines-Warneton se trouve géographiquement dans le
territoire de la Région flamande mais administrativement elle est dans la Région wallonne.

Les francophones de Fourons étaient assez tenaces et donc ont multiplié les
pressions/manifestations ; et certains flamands ont réagi de manière assez violente " une
loi peut soustraire certains territoires à la division en provinces pour les faire relever
directement du pouvoir exécutif fédéral ! la commune de Fourons relèverait donc du
fédéral et échapperait à la tutelle flamande.

Cette solution n'a jamais été mise en œuvre. Pourquoi ? La SLCE a remis un avis, le 5
septembre 1972, selon lequel l'art. 5, al. 2, de la C° doit être interprété comme ne pouvant
pas déroger à l'art. 4, al. 2, qui prévoit, lui, que « chaque commune du Royaume » doit faire
partie d'une des régions linguistiques. Si la commune de Fourons doit nécessairement faire
partie d'un des régions unilingues, son extra-provincialisation dans l’art. 5 al. 2 ne présente
évidemment plus aucun intérêt " il a ainsi perdu ainsi tout effet utile. C'est une disposition
devenue lettre morte en raison de cette interprétation à laquelle le mouvement flamand tient
évidemment beaucoup.

B. Les compétences des provinces et des communes


La C° n'énumère pas une liste de matières provinciales ni une liste de matières communales
(sauf quelques exceptions). L’art. 41 de la C° se contente d'attribuer aux provinces et aux
communes respectivement
- tout ce qui est jugé d'« intérêt provincial » par les conseils provinciaux
- tout ce qui est d'« intérêt communal » par les conseils communaux
Ce que confirme l'article 162, al. 2, 2°, en précisant que ce sont les conseils communaux et
provinciaux qui bénéficient de cette attribution.

Art. 162
« Les institutions provinciales et communales sont réglées par la loi. La loi consacre l'application des
principes suivants :
1° l'élection directe des membres des conseils provinciaux et communaux;
2° l'attribution aux conseils provinciaux et communaux de tout ce qui est d'intérêt provincial et
communal, sans préjudice de l'approbation de leurs actes, dans les cas et suivant le mode que la loi
détermine;
3° la décentralisation d'attributions vers les institutions provinciales et communales; […] »
199
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

L’art. 162 date d’avant 1970 ; donc une habilitation expresse et précise peut confier
l’organisation des institutions provinciales et communales – cela a été fait, cf. art. 6 §1er, VIII,
1° LSRI.

« §1. Les matières visées à l'article 39 de la Constitution sont (= compétences des Régions) : […]
VIII. En ce qui concerne les pouvoirs subordonnés (provinces, communes, districts) : […]
1° la composition, l'organisation, la compétence et le fonctionnement des institutions provinciales et
communales et des collectivités supracommunales, à l'exception :
- des règles inscrites dans la loi communale, la nouvelle loi communale, la loi électorale communale, la loi
organique des centres publics d'aide sociale, la loi provinciale, le Code électoral, la loi organique des élections
provinciales et la loi organisant l'élection simultanée pour les chambres législatives et les conseils provinciaux en
vertu de la loi du 9 août 1988 (loi de pacification communautaire) portant modification de la loi communale, de
la nouvelle loi communale, de la loi électorale communale, de la loi organique des centres publics d'aide sociale,
de la loi provinciale, du Code électoral, de la loi organique des élections provinciales et de la loi organisant
l'élection simultanée pour les chambres législatives et les conseils provinciaux, telle que modifiée par la loi
spéciale du 19 juillet 2012;[…]
- de l'organisation de et de la politique relative à la police, en ce compris l'article 135, § 2, de la nouvelle loi
communale, et aux services d'incendie; […]
Les gouverneurs des provinces, le vice-gouverneur de l'arrondissement administratif de Bruxelles-Capitale,
l'adjoint du gouverneur de la province de Brabant flamand, les commissaires d'arrondissement et les
commissaires d'arrondissement adjoints sont nommés et révoqués par le gouvernement de région concerné, sur
l'avis conforme du Conseil des Ministres. […] »

« à l’exception » ! il y a donc quelque matières que la Région ne peut transférer ni aux


communes ni aux provinces parce qu’elles sont réservées à l’Etat fédéral.

Cette autorité de tutelle est, en l'occurrence, leur Région (cf. art. 162, al. 3, de la C° et art. 7
de la LSRI). Mais ce principe ne pourrait pas fonctionner sans l'intervention de leur
autorité de tutelle 17 « pour empêcher que la loi ne soit violée ou l'intérêt général
blessé ». Le périmètre de l’autonomie communale/provinciale est apparemment très grand,
mais totalement dépendant de ce que les autorités hiérarchiquement supérieures ont fait.

Art. 162
« […] 6° l'intervention de l'autorité de tutelle ou du pouvoir législatif fédéral, pour empêcher que la loi ne
soit violée ou l'intérêt général blessé. […] »

A la différence des Communautés et des Régions qui ne sont jamais soumises à la moindre
tutelle (sauf Bruxelles, cf. infra) ; les provinces et les communes sont des collectivités
décentralisées.

Le principe fondamental de la hiérarchie des normes est énoncé en toutes lettres à l’art. 6
§1er, VIII, 1° de la LSRI = EXAMEN.

« […] Les actes, règlements et ordonnances des autorités des provinces, des collectivités
supracommunales des communes, des agglomérations et des fédérations de communes et des autres
autorités administratives ne peuvent être contraires aux lois et aux arrêtés de l'autorité fédérale ou aux décrets
et arrêtés des communautés, qui peuvent, en tout cas, charger ces autorités de leur exécution, et d'autres
missions, en ce compris donner un avis, ainsi que d'inscrire au budget toutes les dépenses qu'elles imposent à
ces autorités. »

                                                                                                                       
17
Cf. définition supra (décentralisation)
200
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

C. Les organes des provinces et des communes

a. Les principes constitutionnels


Les provinces et les communes ont des organes propres. La Constitution prévoit « l'élection
directe des membres des conseils provinciaux et communaux » (art. 162, al. 2, 1°). Elle
ajoute quelques règles essentielles relatives à l'organisation et au fonctionnement des
institutions provinciales et communales : doivent être assurées ((cf. art. 162, al. 2, 4° et 5°) :
- « la publicité des séances des 253 conseils provinciaux et communaux dans les
limites établies par la loi » ;
- « la publicité des budgets et des comptes ».

Art. 162
« Les institutions provinciales et communales sont réglées par la [Link] loi consacre l'application des principes
suivants :
1° l'élection directe des membres des conseils provinciaux et communaux;
2° l'attribution aux conseils provinciaux et communaux de tout ce qui est d'intérêt provincial et communal, sans
préjudice de l'approbation de leurs actes, dans les cas et suivant le mode que la loi détermine;
3° la décentralisation d'attributions vers les institutions provinciales et communales;
4° la publicité des séances des conseils provinciaux et communaux dans les limites établies par la loi;
5° la publicité des budgets et des comptes;
6° l'intervention de l'autorité de tutelle ou du pouvoir législatif fédéral, pour empêcher que la loi ne soit violée ou
l'intérêt général blessé. […] »
201
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

d. L’organisation des communes

1. Le conseil communal = pouvoir délibérant


Il y a un conseil communal élu dans chaque commune par les citoyens domiciliés sur le
territoire de la commune.

Adopte des
- règlements communaux
- ordonnances de police communales

2. Le collège des bourgmestres et échevins (le collège communal en Région wallonne) =


pouvoir exécutif
Elu par le conseil
- collège des bourgmestres et échevins à Bruxelles
- collège communal en Région wallonne qui comprend le président du CPAS

Il peut être renversé par le conseil en Région wallonne mais pas en Région bruxelloise.

Il a pour mission essentielle de préparer les travaux du conseil communal et d’exécuter les
décisions de ce même conseil.

3. Le bourgmestre
Il a toute une série de compétences propres ; et en particulier la compétence du maintien de
l’ordre. C’est à cet égard qu’il est un organe déconcentré de l’Etat ! dédoublement
fonctionnel du bourgmestre
- organe communal
- organe déconcentré de l’Etat en ce qui concerne le maintien de l’ordre

En Région
- bruxelloise, il est nommé par le gouvernement régional
- wallonne, il est élu directement par l’ensemble des électeurs selon certaines
modalités
d. L’organisation des provinces

1. Le conseil provincial = pouvoir délibérant


Il y a un conseil provincial dans chaque province, composé de conseillers élus tous le 6 ans
par les citoyens domiciliés sur le territoire de la province.

Adopte des règlements provinciaux.

2. La députation permanente (le collège provincial en Région wallonne) = pouvoir exécutif


Députés élus par le conseil en principe en son sein.

Il a pour mission essentielle de préparer les travaux du conseil provincial et d’exécuter les
décisions de ce même conseil.

3. Le gouverneur de province
L’avenir des provinces est tout à fait « ouvert », mais ce qui est sûr c’est qu’il y aura encore
et toujours des gouverneurs de province puisqu’ils forment un maillon indispensable pour
assurer le maintien de l’ordre en tant qu’organe déconcentré de l’Etat fédéral.
202
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

D. La notion de dédoublement fonctionnel


Le bourgmestre et le gouverneur de province sont des organes qui illustre cette technique du
dédoublement puisqu’ils exercent à la fois les rôles d’organes de la commune/province et de
l’Etat.

Lire les numéros 330 à 335 du sylla


- composition exorbitante dans les collèges de bourgmestres et d’échevins dans les communes
périphériques = élections directe par la population des échevins " volonté d‘associer la minorité
flamande ! normalement ils reflètent une majorité
- pour protéger la minorité flamande dans les communes bruxelloises, il y en a beaucoup qui n’ont même
pas un échevin flamand ! la loi a mis en place une règle afin de mieux représenter cette minorité

§3. Les agglomérations et fédérations de communes


L'art. 165 de la C° charge le législateur de créer des agglomérations et des fédérations de
communes.

Art. 165
« § 1er. La loi crée des agglomérations et des fédérations de communes. Elle détermine leur organisation et
leur compétence en consacrant l'application des principes énoncés à l'article 162.
Il y a pour chaque agglomération et pour chaque fédération un conseil et un collège exécutif.
Le président du collège exécutif est élu par le conseil, en son sein; son élection est ratifiée par le Roi; la loi règle
son statut.
Les articles 159 et 190 s'appliquent aux arrêtés et règlements des agglomérations et des fédérations de
communes.
Les limites des agglomérations et des fédérations de communes ne peuvent être changées ou rectifiées qu'en
vertu d'une loi.
§ 2. La loi crée l'organe au sein duquel chaque agglomération et les fédérations de communes les plus proches
se concertent aux conditions et selon le mode qu'elle fixe, pour l'examen de problèmes communs de caractère
technique qui relèvent de leur compétence respective.
§ 3. Plusieurs fédérations de communes peuvent s'entendre ou s'associer entre elles ou avec une ou plusieurs
agglomérations dans les conditions et selon le mode à déterminer par la loi pour régler et gérer en commun des
objets qui relèvent de leur compétence. Il n'est pas permis à leurs conseils de délibérer en commun. »

Aujourd’hui, il y a une habilitation expresse et précise contenue dans l’art. 6, §1e, VIII, al. 1er
de la LSRI au profit des Régions (cf. supra) qui, le cas échéant, organisent les
agglomérations de communes.

L’agglomération de communes, qui est une collectivité politique, a été créée en 1970 ; et
aurait permis aux communes proches d'unir leurs efforts sans entamer la sacro-sainte
autonomie communale. Dans la mesure où le l’ancien ministre de l’intérieur Joseph MICHEL
a réussi l'opération des fusions de communes en 1975 (cf. supra), la formule des
agglomérations de communes a perdu son intérêt étant donné qu’elle était une alternative à
la tant voulue fusion.

Seule l'agglomération bruxelloise a été effectivement créée, étant donné que la fusion des
communes bruxelloises n’a jamais été possible. Les flamands sont très demandeurs
- de la fusion des 19 communes bruxelloises en une seule, où ils seraient par
hypothèse mieux représentés que dans 19 communes où ils sont représentés de
manière microscopique.
- d’une re-délimitation du territoire des 19 communes bruxelloises et de passer peut-
être à 5 ou 6 communes " selon M. Dumont, ce serait plus rationnel s’il l’ont voulait
solidariser les communes les plus riches avec les communes les plus pauvres
203
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Mais les francophones ne veulent aucune des deux options. L’agglomération bruxelloise a
été créée sur la base d’une loi du 26 juillet 1971 prise en exécution de l'article 165 de la
Constitution. C'est une collectivité politique :
- cf. art. 3, §3 pour la personnalité juridique ;
- cf. art. 4, §2 et 3 pour les compétences ;
o services rémunérés de transports de personnes
o collecte des immondices
o etc.
- cf. l'article 165, §1er, de la C° qui renvoie notamment au principe de l'élection directe
des membres de l'organe délibérant.

La liste qui a emporté les élections au début de années 1970 comprenait des flamands qui
n’étaient pas tout à fait jugés comme flamands par les autres flamands = affaire des « faux
flamands » qui a beaucoup irrité les francophones de la capitale. Depuis cette histoire, pour
se présenter aux élections du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale, il faut d’abord
exhiber son sexe linguistique parce que dorénavant on veut des listes de candidats certifiées
francophones et des listes de candidats certifiées néerlandophones.

C’est un début d’autonomie régionale mais attention, l’agglomération était placée sous la
tutelle de l’Etat ! collectivité décentralisée.

La création de la Région bruxelloise = collectivité fédérée, en 1988 a cependant encore


modifié les termes du problème. On constate alors que l’agglomération Bruxelloise et la
Région bruxelloise se marchent sur les pieds. Ce sont les mêmes 19 communes ! L'art. 166,
§ 2, de la C° a alors prévu que les compétences de l'agglomération de Bruxelles sont
exercées par les organes de la Région de Bruxelles- Capitale.

Art. 166
« § 2. Les compétences de l'agglomération à laquelle la capitale du Royaume appartient sont, de la
manière déterminée par une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, exercées par les organes
de la Région de Bruxelles-Capitale créés en vertu de l'article 39. »

La Région de Bruxelles- Capitale adopte


- des ordonnances en tant qu’organe fédéré (à statut spécial cf. infra)
- des règlements d’agglomération en tant qu’organe déconcentré

L'art. 6, § 1er, VIII, 3°, de la LSRI a confié aux Régions « la composition, l'organisation, la
compétence et le fonctionnement des institutions des agglomérations et des fédérations de
communes », sauf pour les communes de la périphérie bruxelloise, ainsi que celles de
Comines-Warneton et de Fourons pour lesquelles cette matière reste du ressort de l'Etat
fédéral.

Avant la 6e réforme de l’Etat, il y avait un gouverneur de l’arrondissement de Bruxelles-


Capitale = avant-poste des « gouverneurs sans provinces » (ce que l’on va peut-être créer à
l’avenir). Il assumait essentiellement des fonctions en matière de maintien de l’ordre et de
sécurité.

Dans le cadre de la sixième réforme de l’Etat, cette fonction est supprimée pour simplifier
le paysage ; mais étant donné qu’elle doit bien être assurée par une autorité, elle est
dorénavant assumée par l’agglomération bruxelloise (cf. nouvel article 4, § 2ter, de la loi du
26 juillet 1971 organisant les agglomérations et les fédérations de communes). Le ministre-
président de la Région de Bruxelles-Capitale qui intervient comme organe déconcentré de
l’Etat fédéral à la place de l’ancien gouverneur.
204
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Section 2. Les divisions communautaires de l’État belge

Il y a des divisions territoriales dans tous les Etats fédéraux du monde (Régions, provinces,
Länders, Etats, cantons) ; les divisions communautaires constituent la fine pointe de
l’originalité du système constitutionnel belge.

Il y a trois
- communautés
o flamande
o française
o germanophones
- commissions communautaires
o COCOF
o VGC
o COCOM

§1. Les Communautés

A. Identification des Communautés et siège de la matière

En guise de 1ère approximation,


- la Communauté flamande correspond au territoire de la région de langue
néerlandaise et au territoire de la région bilingue de Bruxelles-Capitale MAIS
uniquement en ce que ces institutions se rattachent à la Communauté
flamande.
- la Communauté française correspond au territoire de la région de langue française et
au territoire de la région bilingue de Bruxelles-Capitale MAIS uniquement en ce que
ces institutions se rattachent à la Communauté française.

Ce qui fait la complexité du système institutionnel belge et l’originalité de la division


communautaire du pays est la volonté
- flamande de bien montrer la solidarité qui unit les flamands de Bruxelles aux
flamands de Flandre ;
- wallonne de bien montrer la solidarité qui unit les francophones de Bruxelles aux
francophones wallons.
205
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

La Communauté française, rappelant trop souvent la France et personne ne se retrouvant


sans ce nom a été rebaptisée politiquement « Fédération Wallonie-Bruxelles » mais c’est
une appellation qui n’a absolument aucune valeur juridique. De plus, cette expression n’a
rien de sympathique pour les flamands : elle laisse entendre que Bruxelles est entièrement
du côté francophone, on « annexe » en quelque sorte Bruxelles à la Wallonie alors que
Bruxelles est aussi la capitale de la Communauté flamande. La Communauté flamande ne
veut pas s’appeler « Fédération Flandre-Bruxelles » étant donné que la notion de
communauté rappelle bien le fait qu’il y a une nation/identité flamande en Belgique. Le
problème des francophones est qu’on ne sait pas très bien quel est le ciment qui les unit.

Art. 2
« La Belgique comprend trois communautés : la Communauté française, la Communauté flamande et la
Communauté germanophone. »

Art. 38
« Chaque Communauté a les attributions qui lui sont reconnues par la Constitution ou par les lois prises
en vertu de celle-ci ».

Quand il s’agira des Communautés française et flamande, la C° renverra à des LS, tandis que quand il s’agira de
la Communauté germanophone, la C° renverra à des LO.
Les 3 communautés sont des collectivités politiques, ce qui implique que trois éléments
doivent être réunis
(1) personnalité juridique distincte de celle de l’Etat
(2) compétences propres
(3) organes élus

B. Personnalité juridique

Art. 3.
« La Communauté française, la Communauté flamande, la Région wallonne et la Région flamande ont la
personnalité juridique.
En ce qui concerne la Région flamande, les attributs de la personnalité juridique sont exercés conformément à la
présente loi, en particulier à l'article 1er. »

Art. 2 de la LORI
« La Communauté germanophone a la personnalité juridique. »

C. Ressort territorial de la Communauté germanophone

Art. 3 de la LORI
« La Communauté germanophone est compétente pour le territoire des communes d'Amblève, Bullange,
Burg-Reuland, Bütgenbach, Eupen, La Calamine, Lontzen, Raeren et Saint-Vith. »
206
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

D. Les critères d'appartenance aux Communauté française et flamande = EXAMEN

Déterminer le ressort territorial des Communauté française et flamande demande plus


d’efforts que pour la Communauté germanophone parce que leurs ressorts territoriaux
varient en fonction de la nature de la compétence exercée.

(1) Critère de l’activité pour les matières culturelles et l’enseignement : art. 127 §2
de la C°

Art. 127
« § 1er. Les Parlements de la Communauté française et de la Communauté flamande, chacun pour ce qui
le concerne, règlent par décret :
1° les matières culturelles;
2° l'enseignement, à l'exception :
a) de la fixation du début et de la fin de l'obligation scolaire;
b) des conditions minimales pour la délivrance des diplômes;
c) du régime des pensions;
3° la coopération entre les communautés, ainsi que la coopération internationale, y compris la conclusion de
traités, pour les matières visées aux 1° et 2°.Une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa,
arrête les matières culturelles visées au 1°, les formes de coopération visées au 3°, ainsi que les modalités de
conclusion de traités, visée au 3°.
§ 2. Ces décrets ont force de loi respectivement dans la région de langue française et dans la région de
langue néerlandaise, ainsi qu'à (extension de l’assise territoriale de base) l'égard des institutions
(PERSONNES PHYSIQUES) établies dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale qui, en raison de leurs
activités, doivent être considérées comme appartenant exclusivement à l'une ou à l'autre communauté. »

Si l’on avait adjoint les personnes physiques, il faudrait nécessairement enfermer les
bruxellois dans une sous-nationalité : ils devraient obligatoirement choisir de se rattacher OU
bien à la Communauté française OU bien à la Communauté flamande " MAIS on ne veut
pas sous-nationalités (du moins en principe) ! ! en 1970, le constituant a donc précisé
le mot « institutions » dans la C°.

Ex. : Les Communautés sont compétentes pour les matières culturelles (radio, TV, théâtres, etc.) ; la RTBF doit
respecter les décrets de la Communautés française qui régissent la radiodiffusion tandis que la VRT doit
respecter les décrets de la Communautés flamande qui régissent la radiodiffusion. Comment fait on pour
déterminer cette appartenance ? Il se fait que ces deux organismes publics de radiodiffusions sont tous les deux
situés sur le territoire de la région bilingue de Bruxelles-Capitale = extension de l’art. 127 §2
- on rattache sans peine la RTBF à la Communauté française parce que son activité consiste à proposer
des émissions essentiellement en français
- on rattache sans peine la VRT à la Communauté flamande parce que son activité consiste à proposer
des émissions essentiellement en néerlandais

Bruxelles n’a pas été divisée en deux territoires ; un seul territoire a été maintenu où
néerlandophones et francophones vivent ensemble – et c’est en fonction de l’activité d’une
institution que l’on peut, dans la plupart des cas, constater à quelle Communauté elle se
rattache.

(2) Critère de l’organisation pour les matières personnalisables : art. 128 §2 de la


Art. 128
« […] § 2. Ces décrets ont force de loi respectivement dans la région de langue française et dans la
région de langue néerlandaise, ainsi que (extension de l’assise territoriale de base), sauf si une loi adoptée
à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, en dispose autrement, à l'égard des institutions établies
dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale qui, en raison de leur organisation, doivent être considérées
comme appartenant exclusivement à l'une ou à l'autre communauté. »

Le critère d’appartenance est différent = organisation ! le critère de la langue utilisée par le


pouvoir organisateur.
207
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Parmi les matières personnalisables, il y a les soins de santé dispensés dans les hôpitaux. Si on avait utilisé le
critère de l’activité pour cette matière, on aurait enfermé les hôpitaux dans une activité de dispensations de soins
au bénéfice soit d’un néerlandophone soit d’un francophone " MAIS on ne veut pas de sous-nationalités !
Les hôpitaux accueillent tout le monde, peut importe l’origine linguistique. Mais on peut également que l’hôpital
Saint Luc, dont le conseil d’administration est francophone (hôpital universitaire de l’UCL) se rattache à la
Communauté française ; ou que l’Algemeen Ziekenhuis de Jette, organisé par la VUB, relève de la Communauté
flamande.

(3) 3e hypothèse - emploi des langues : art. 129 §2 de la C°

Art. 129
« § 1er. Les Parlements de la Communauté française et de la Communauté flamande, chacun pour ce qui
le concerne, règlent par décret, à l'exclusion du législateur fédéral, l'emploi des langues pour :
1° les matières administratives;
2° l'enseignement dans les établissements créés, subventionnés ou reconnus par les pouvoirs publics;
3° les relations sociales entre les employeurs et leur personnel, ainsi que les actes et documents des entreprises
imposés par la loi et les règlements.
§ 2. Ces décrets ont force de loi respectivement dans la région de langue française et dans la région de
langue néerlandaise, excepté (soustraction à l’assise territoriale de base), en ce qui concerne :
- les communes ou groupes de communes contigus à une autre région linguistique et où la loi prescrit ou permet
l'emploi d'une autre langue que celle de la région dans laquelle ils sont situés. Pour ces communes, une
modification aux règles sur l'emploi des langues dans les matières visées au § 1er ne peut être apportée que par
une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa;
- les services dont l'activité s'étend au-delà de la région linguistique dans laquelle ils sont établis;
- les institutions fédérales et internationales désignées par la loi dont l'activité est commune à plus d'une
communauté (à oublier, la liste de ces institutions n’a jamais été fixée) »

On enlève donc aux Communautés les communes à facilités (minorités protégées) =


compétence du fédéral et les services dont l'activité s'étend au-delà de la région linguistique
dans laquelle ils sont établis (force navale à Ostende, aéroport national de Zaventem)

29/04/2015

E. Fédéralisme territorial vs fédéralisme personnel (sylla. n°245)

Dans la plupart des Etats fédéraux, on applique un principe de territorialité : ce qui permet
de rattacher une situation à la compétence d’une collectivité politique fédérée plutôt qu’une
autre, c’est la localisation de la situation sur un territoire. En ce qui concerne les Régions en
Belgique, on applique le principe de territorialité.

Ce que l’on découvre avec le système des appartenances communautaires à Bruxelles, c’est
que l’on déroge à ce principe étant donné qu’à l’intérieur du même territoire : deux
législateurs (Communautés flamande et française) légifèrent.

On doit alors trouver un nouveau critère qui n’est plus de nature territoriale ! ce nouveau
critère repose sur la liberté de choix des personnes physiques/des citoyens Bruxellois de se
rattacher indirectement à l’une où à l’autre des deux Communautés ; en s’adressant à des
institutions flamandes ou francophones ! on est devant une forme de fédéralisme
personnel puisqu’une Communauté peut légiférer à Bruxelles, en visant les institutions qui
en relèvent et à travers elles, la Communauté va viser les personnes qui librement décident
de faire appel à ces institutions. L’élément déterminant est le choix personnel que l’ont fait en
choisissant une des deux Communautés.

Ex : Parmi les responsabilités d’un(e) futur(e) mère/père de famille à Bruxelles se trouve le choix d’école ; on peut
choisir une école flamande ou francophone ! cela veut dire qu’on choisit librement de se rattacher indirectement
à l’une ou à l’autre communauté.
208
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

En vertu du fédéralisme personnel, une communauté dont les membres sont dispersés sur
tout le territoire d'un Etat doit être en mesure de gérer certains de ses intérêts par l'édiction
de lois applicables à ses ressortissants indépendamment du lieu de leur domicile, donc sur
la base des personnes et non du territoire.

Les premiers théoriciens de l'autonomie culturelle avaient proposé d'organiser les Etats
plurinationaux (au sens initialement sociologique du terme) à partir d'une délimitation entre
les compétences culturelles et les autres compétences publiques. Pour eux, les
compétences culturelles que l'on pouvait confier aux communautés dites nationales dont ils
préconisaient l'institutionnalisation devaient se limiter à la protection de la langue et à
l'organisation des écoles, bibliothèques, théâtres, musées et autres institutions d'éducation
populaire. Le fédéralisme culturel qu'ils proposaient pour ces seules matières était fondé sur
le principe de personnalité.

Autrement dit, ce fédéralisme faisait de l'appartenance à une communauté culturelle fédérée


une question relevant, en partie du moins, d'un choix personnel, conformément au modèle
offert par le régime de la liberté des cultes.

Là où le fédéralisme personnel pur et dur a été pratiqué (Hongrie, Liban), il y a une


obligation de choisir une sous-nationalité. On se rattache à une Communauté
fédérée/forme de sous-nationalité par un exercice d’option ; mais le choix est obligatoire. Une
fois que le choix est fait, il est définitif et exclusif.

Ex de l’empire austro-hongrois : il y avait une multitude de groupes nationaux très différents, dispersé sur
l’ensemble du territoire de l’Autriche et de la Hongrie. L’empire résolvait ce problème de nationalité par un
fédéralisme de type personnel.

C’est uniquement à Bruxelles que ce fédéralisme personnel est d’application. Mais il n’y a
pas de sous nationalité, et ce pour trois raisons
(1) il n’y a pas nécessairement une obligation (en théorie) de choisir de se rattacher
indirectement à l’une ou à l’autre des Communautés. En principe, il y a moyen
d’éviter ce choix
a. enseignement : écoles européennes, japonaises, etc.
b. matières personnalisables : on peut très bien s’adresser à un hôpital public
(cf. supra - il doit être organisé dans le respect du bilinguisme à Bruxelles),
etc.
c. etc.
(2) ce choix est fait librement et de manière provisoire, non définitive " on peut changer
d’école ! passer d’une Communauté à l’autre est possible
(3) les Communautés elles ne peuvent pas imposer directement des obligations aux
personnes physiques ! ce n’est que par le biais des institutions auxquelles je fais
appel à l’une ou l’autre Communautés

Ce n’est donc que de manière libre, indirecte et non définitive que les Bruxellois se rattachent
à l’une ou l’autre Communautés et c’est pour CELA que la Communauté française ne peut
lever d’impôts étant donné qu’on ne sait pas qui les paiera a Bruxelles = pas de sous-
nationalités !

Dans les régions unilingues, on applique par contre le principe de territorialité. Il y a eu des
cas où la Communauté Française a par exemple voulu envisager une forme de fédéralisme
personnel à l’échelle de toute la Belgique " tous ces décrets ont été annulés par la CC.
209
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

F. Les compétences des Communautés.

a. Fondements juridiques

Art. 38
« Chaque Communauté a les attributions qui lui sont reconnues par la Constitution ou par les lois prises
en vertu de celle-ci ».

Tout le système des appartenances communautaires est fondé sur l’idée que les règles ne
sont pas les mêmes suivant le type de compétences activé. L’assise territoriale de base de
chaque Communauté est évidemment sa région unilingue ; cette assise connaît par après
une extension ou une soustraction du type de compétences.

EXAM
Quelles sont les compétences des communautés ? Si le politique veut modifier à l’avenir la
liste des compétences des communautés, que doit-il faire : réviser la C° ou modifier une LS ?
" cf. Art. 127, 128, 129 C°

(1) les matières culturelles – art. 127, §1, 1°

Art. 127
« § 1er. Les Parlements de la Communauté française et de la Communauté flamande, chacun pour ce qui le
concerne, règlent par décret :
1° les matières culturelles;
[…] Une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, arrête les matières culturelles visées
au 1°, les formes de coopération visées au 3°, ainsi que les modalités de conclusion de traités, visée au 3°. […] »

La liste des matières culturelles se trouve à l’art. 4 de la LSRI.

NB : « 16° La reconversion et le recyclage professionnels, à l'exception des règles relatives à l'intervention dans les dépenses
inhérentes à la sélection, la formation professionnelle et la réinstallation du personnel recruté par un employeur en vue de la
création d'une entreprise, de l'extension ou de la reconversion de son entreprise » ! on a tiré sur la liste des matières
culturelles pour y insérer une matière un peu éloignée à savoir la formation professionnelle.

« Une loi adoptée à la maj. de l’art. 4 […] arrête les matières culturelles » ! cf. art. 4 de la
LSRI du 8 août 1980 ! pour élargir/modifier/supprimer les compétences il faut
modifier la LS

(2) l’enseignement (et exceptions) – art. 127, §1, 2°

Art. 127
« § 1er. Les Parlements de la Communauté française et de la Communauté flamande, chacun pour ce qui le
concerne, règlent par décret :
1° les matières culturelles;
2° l'enseignement, à l'exception (= l’Etat fédéral est compétent pour) :
a) de la fixation du début et de la fin de l'obligation scolaire;
b) des conditions minimales pour la délivrance des diplômes;
c) du régime des pensions;
3° la coopération entre les communautés, ainsi que la coopération internationale, y compris la conclusion de
traités, pour les matières visées aux 1° et 2°. Une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa,
arrête les matières culturelles visées au 1°, les formes de coopération visées au 3°, ainsi que les modalités de
conclusion de traités, visée au 3°. […] »

Tout ce qu’il faut savoir pour connaître la compétence des Communautés pour cette matière
se trouve dans la C° ! pour élargir/modifier/supprimer les compétences il faut réviser
la C°
210
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(3) les matières personnalisables – art. 128, §1, al. 2


Le mot « personnalisable » est un belgicisme construit en 1980 suite à un arrêt du CE, pour
désigner deux catégories de matières : ce qui relève des soins de santé et de l’aide aux
personnes.

Art. 128
« § 1er. Les Parlements de la Communauté française et de la Communauté flamande règlent par décret, chacun
en ce qui le concerne, les matières personnalisables, de même qu'en ces matières, la coopération entre les
communautés et la coopération internationale, y compris la conclusion de traités.
Une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, arrête ces matières personnalisables,
ainsi que les formes de coopération et les modalités de conclusion de traités. […] »

« Une loi adoptée à la maj. de l’art. 4 […] arrête ces matières personnalisables » ! cf. art. 5
de la LSRI ! pour élargir/modifier/supprimer les compétences il faut modifier la LS

Cette art.5 a été révisé à l’occasion de la 6e réforme de l’Etat, et détient maintenant deux
morceaux non négligeables de la sécurité sociale. Les francophones ne voulaient
absolument pas défédéraliser une des branches de la sécurité sociale, et puis, après 1 an et
demi de négociations ils se sont couchés et ont accepté de défédéraliser
- les allocations familiales
- les soins de santé

Cette liste de compétences induit en erreurs car il ne faut pas oublier les décrets de
transfert de la Communauté française vers la Région wallonne et la COCOF.

(4) L’emploi des langues – art. 129

Art. 129
« § 1er. Les Parlements de la Communauté française et de la Communauté flamande, chacun pour ce qui
le concerne, règlent par décret, à l'exclusion du législateur fédéral, l'emploi des langues pour :
1° les matières administratives;
2° l'enseignement dans les établissements créés, subventionnés ou reconnus par les pouvoirs publics;
3° les relations sociales entre les employeurs et leur personnel, ainsi que les actes et documents des entreprises
imposés par la loi et les règlements.
§ 2. Ces décrets ont force de loi respectivement dans la région de langue française et dans la région de langue
néerlandaise, excepté (soustraction à l’assise territoriale de base), en ce qui concerne :
- les communes ou groupes de communes contigus à une autre région linguistique et où la loi prescrit ou permet
l'emploi d'une autre langue que celle de la région dans laquelle ils sont situés. Pour ces communes, une
modification aux règles sur l'emploi des langues dans les matières visées au § 1er ne peut être apportée que par
une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa;
- les services dont l'activité s'étend au-delà de la région linguistique dans laquelle ils sont établis;
- les institutions fédérales et internationales désignées par la loi dont l'activité est commune à plus d'une
communauté (à oublier, la liste de ces institutions n’a jamais été fixée) »

Tout ce qu’il faut savoir pour connaître la compétence des Communautés en matière
d’emploi des langues se trouve dans la C° ! pour élargir/modifier/supprimer les
compétences il faut réviser la C°
211
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

b. Le principe de territorialité.
Est-ce que les Communautés sont compétentes pour instaurer une assurance dépendance,
destinée à aider les personnes qui ne peuvent pas vivre seules en raison d’un problème de
santé, peut être imposée à tous les citoyens avec un système de cotisation ? La
Communauté flamande s’est dit qu’il y avait un trou dans la sécurité sociale fédérale, il n’y a
pas une telle assurance en particulier pour les personnes âgées ; elle estime que c’est une
matière personnalisable qui relève de l’aide aux personnes. Les francophones ne sont pas
d’accord et disent que c’est une matière qui relève de la sécurité sociale.

La CC, dans une série impressionnante d’arrêts, donne raison à la Communauté Flamande.

Mais que fait-on à Bruxelles ? Est-ce que la Communauté flamande peut imposer à tous les
bruxellois une telle cotisation ? Non, parce que la Communauté ne peut pas s’adresser
directement aux personnes physiques. La C° l’interdit à l’art. 128 §2, en matières
personnalisables les décrets ne s’appliquent qu’aux institutions. La CC dit que les Bruxellois
sont libre de s’adresser à une caisse flamande d’assurance dépendance, mais aucun n’y est
obligé ; à la différence des flamands qui eux y sont obligés.

Il y a, dans les communes périphériques autour de Bruxelles, quelques écoles francophones.


Est-ce que la Communauté française peut imposer le respect de ses propres décrets en
matière d’enseignement à ces écoles francophones ? Non, selon l’art. 127 §2
(enseignement), les Communautés sont compétentes dans leur régions linguistiques ! en
principe, la Communauté française ne peut donc rien dire.

Le problème est qu’en 1971, il y a avait dans une LS une disposition qui permettait de
maintenir une situation ancienne qui disait que les écoles francophones des communes
périphériques dépendaient du Ministère de l’Education nationale francophone ! les droits
acquis des francophones dans ces écoles francophones y étaient gelés. Beaucoup plus tard,
en 2009, la Communauté flamande se rend compte de cette loi et n’apprécie pas du tout :
elle est constitutionnellement compétente, l’art. 127 §2 ne fait absolument aucune exception,
pour l’inspection pédagogique des écoles francophones.

Dans un arrêt de 2010, les juges constitutionnels se trouvent ennuyés par l’accord de 1971,
même si les flamands ont raison. Cet arrêt a rappelé les principes contenus dans l’art. 127
§2, mais la CC admet tout de même que les inspecteurs de la Communauté française
peuvent faire un rapport transmis au Ministère de l’Education nationale flamand. C’est un
arrêt qui se veut pacificateur.

La CC joue un rôle important dans l’application des critères de rattachement.

Arrêts Carrefour
La Communauté francophone a toujours eu la tentation de protéger la minorité francophone
qui vit au-delà de la frontière linguistique. Elle détient dans son budget l’argent pour le
périodique Carrefour, distribué dans les communes périphériques. La Communauté
flamande introduit un recours en annulation contre ce décret ! atteinte au principe de
territorialité.

La CC a donné raison à la Communauté flamande : la Communauté française ne peut pas


rédiger un périodique en français et les distribuer en communes périphériques, quand bien
mêmes ces communes sont à majorité francophone.
212
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Dans le domaine des matières culturelles, ce principe de territorialité s'est cependant vu


reconnaître par la CC un tempérament non négligeable : chaque Communauté peut adopter
des mesures de promotion de son identité culturelle dont les effets sont susceptibles
d'excéder les limites de son territoire. Deux conditions sont alors à respecter.
- d'une part, ces effets extraterritoriaux potentiels ne peuvent pas contrarier la politique
culturelle18 de l'autre Communauté. Un principe de proportionnalité doit être observé.
- d'autre part, aucune Communauté ne peut adopter une mesure qui aurait pour objet
de protéger de façon unilatérale une minorité déterminée vivant sur le territoire de
l'autre Communauté. C'est, en effet, à chaque Communauté qu'il revient d'assurer,
dans les limites de ses compétences, la protection de ses propres minorités, étant
entendu que, de son côté, l'Etat fédéral assume aussi plusieurs responsabilités dans
ce domaine " la communauté francophone ne peut pas avoir un dispositif pour
protéger la minorité francophone.

c. La Communauté Germanophone

Art. 130
« § 1er. Le Parlement de la Communauté germanophone règle par décret :
1° les matières culturelles;
2° les matières personnalisables;
3° l'enseignement dans les limites fixées par l'article 127, § 1er, alinéa 1er, 2°;
4° la coopération entre les communautés, ainsi que la coopération internationale, y compris la conclusion de
traités, pour les matières visées aux 1°, 2° et 3°.
5° l'emploi des langues pour l'enseignement dans les établissements créés, subventionnés ou reconnus par les
pouvoirs publics. La loi arrête les matières culturelles et personnalisables visées aux 1° et 2°, ainsi que les
formes de coopération visées au 4° et le mode selon lequel les traités sont conclus.
§ 2. Ces décrets ont force de loi dans la région de langue allemande. »

La Communauté Germanophone n’est pas compétente pour l’emploi des langues.

d. Les décrets de transfert


En 1993 et en 2013, la Communauté française a activé la faculté qui lui est laissée par l’art.
138 de la C° qui lui permet, moyennant un décret spécial, de transférer certaines de ses
compétences à la Région wallonne dans les limites de la région de langue française. Les
derniers décrets de transferts montrent que la Communauté française n’a plus grand chose à
se mettre sous la dent. Dans les décrets de transferts, on peut constater qu’il y a dans la liste
des matières transférées :
(1) reconversion et recyclage professionnels = formation professionnelle
(2) politique de santé, avec quelques exceptions qui tournent autour de l’enseignement
(hôpitaux universitaires, tout ce qui concerne la petite enfance)
(3) l’aide aux personnes, avec quelques exceptions (jeunesse, justice)
(4) les prestations familiales = allocations familiales

La matière sensible des allocations familiales est transférée par la Communauté


française à la Région wallonne (dans la limite de la région de langue française), mais
PAS à la COCOF parce qu’être obligé de cotiser à une caisse d’allocations familiales
est quelque chose que la Communauté française ne peut pas faire puisqu’il n’y a pas
de sous-nationalités. C’est donc la COCOM qui sera seule compétente dans cette matière,
en activant l’exception de l’art. 128 §2.

                                                                                                                       
18
La politique culturelle de la Région flamande est de flamandiser ces communes.
 
213
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

5/05/2015

Rappel des derniers cours :


Nous étions arrivés à l’analyse des divisions communautaires. Les Communautés flamands, française et
germanophone sont des collectivités politiques. Chacune de ces trois Communautés a
(1) la personnalité juridique
(2) a des compétences propres
(3) des organes élus.
Les Communautés française et flamandes sont particulières, elles n’ont qu’une assise territoriale de base qui peut
s’étendre ou se rétrécir en fonction du type de compétences exercées.

En ce qui concerne la Communauté française, via le phénomène des décrets de transferts permis par l’art. 138
de la C°, elle a pu transférer des compétences à la Région Wallonne dans les limites de la région de langue
française et à la COCOF.

Les compétences qui restent dans le giron de la Communauté française au terme des deux
décrets de transferts (1993 et 2013). En simple, à la différence de la Communauté flamande
qui a en pratique absorbé la Région flamande, la Communauté française a subit une cure
d’amaigrissement
(1) elle conserve l’essentiel des matières culturelles (art. 4 LSRI), il y a eu certains
transferts mais minimes.
(2) elle a également gardé toutes ses compétences en matière d’enseignement.

En revanche, les matières personnalisables ont presque été totalement transférées, il reste
certaines exceptions (liées à la petite enfance, enseignement, justice). Est-ce que l’avenir de
la Communauté française est sa disparition ? Est-ce qu’un troisième transfert de
compétences est possible ? Les politiques francophones sont divisés à ce sujet (surtout sur
la question de l’enseignement).

M. Dumont pense que la totalité du transfert des matières personnalisables serait plus
commode, à quelques exceptions près. La question est de savoir à qui les transférer :
COCOF ou Région Bruxelloise ?

G. Les organes des Communautés

Chaque Communauté possède


- un Parlement composé d’élus directs : art. 115 et 116 de la C°.
- un Gouvernement composé de membres élus par le Parlement (mais pas
nécessairement dans le sein du Parlement) : art. 121 et 122 de la C°

a. Communauté française

Le Parlement se compose de 94 membres (art. 24 §3 LSRI) :


- tous les députés membres du Parlement régional wallon : 75 ! sauf ceux qui ont
prêtés serment en allemand.
- les membres du groupe linguistique française du Parlement de la Région de
Bruxelles-Capitale = 19 membres élus par celui-ci en son sein

Double casquette :
- tous les députés du Parlement régional wallon sont également membres du
Parlement de la Communauté française
- une partie des membres du groupe linguistique française du Parlement de la Région
de Bruxelles-Capitale sont également membres du Parlement de la Communauté
française
214
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Le Gouvernement est composé de 8 membres, dont minimum 1 Bruxellois (art. 63 §2 et 4


LSRI)

Ministre président du Gouvernement de la Communauté française : Rudy Demotte.

b. Communauté flamande

Parlement = 124 membres ; art. 24 §1


- 118 élus directement (cf art.137 – pas de Parlement régional)
- 6 membres domiciliés sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale

Les 6 membres bruxellois du Vlaams Parlement ne sont plus issus du Parlement régional
bruxellois, mais sont élus directement par les citoyens domiciliés dans la Région bruxelloise
qui, dans le secret de l’isoloir, votent en faveur d’une liste flamande ; et ce depuis 2001.

Gouvernement (art. 63 §1 LSRI) :


- 11 membres au plus
- 1 membre est d’office domicilié à Bruxelles

Ministre président du Gouvernement de la Communauté flamande : Pierre Bourgeois


215
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

c. Communauté germanophone
Le Parlement de la Communauté germanophone, comme le Parlement flamand dans sa
nouvelle configuration, ne se compose aussi que d'élus directs = 25 membres : cf. art. 8
LORI

Le Gouvernement de la Communauté germanophone comprend


- au minimum 3 membres
- au maximum 5 membres
Ils sont élus par le Parlement de la même Communauté (art. 49 LORI).

Précision : 139 vient après 138, qui vient après 137 = il y a une logique.
- 137 = fusion opérée au Nord : Région flamande + Communauté flamand
- 138 = amaigrissement Communauté française car transferts à la Région wallonne et
à la COCOF
- 139 = concerne la Communauté germanophone qui peut recevoir des compétences
qui proviennent de la Région wallonne, ce qui a été fait. Elle a donc
o toutes les compétences communautaires
o quelques matières qui proviennent de la région wallonne (monuments et sites,
fouilles archéologiques, emploi, pouvoirs subordonnés (contrôle des
communes) et tourisme).

§2. Les Commissions communautaires à Bruxelles

Art. 39 de la C°
« La loi attribue aux organes régionaux qu'elle crée et qui sont composés de mandataires élus, la
compétence de régler (cf. analyse supra) les matières qu'elle détermine, à l'exception de celles visées aux
articles 30 et 127 à 129, dans le ressort et selon le mode qu'elle établit. Cette loi doit être adoptée à la majorité
prévue à l'article 4, dernier alinéa. »

Cet article dit qu’une LS doit doter les 3 Régions d’organes élus, compétents pour régler des
matières que cette LS décidera à l’exception des matières communautaires. Pourquoi cette
exclusion ? Cet article date de 1970, il a été révisé implicitement à plusieurs reprises. Les
flamands craignent que la Région Bruxelloise, démographiquement dominée par les
francophones, adopte des ordonnances dans les matières qui intéressent la Communauté
flamande ! elle veut garder les flamands de Flandre et les flamands de Bruxelles unis dans
les matières qui intéressent la Communauté flamande.

On se dit très vite, dès 1970, et surtout en 1980 quand on crée les matières
personnalisables, que l’on a quand même besoin à Bruxelles de responsables politiques en
contact direct avec la réalité Bruxelloise. La Communauté flamand a besoin d’un
prolongement de la à Bruxelles19 ! raison de la création d’une collectivité politique
supplémentaire = COCON/VGC.

Dans la Communauté française, on en a moins besoin car il y a plus de bruxellois


francophones, mais par souci de symétrie, on crée la COCOF.

On crée donc deux nouvelles collectivités politiques distinctes de la région de par


l’art 39 tout en étant le prolongement des communautés sur le territoire bruxellois (cf.
art 136 et 166 §3 de la C°).

                                                                                                                       
19
Cela ne peut pas être la Région flamande étant donné que l’art. 39 l’interdit.
216
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Juridiquement, la COCOF et la VGC ne peuvent pas être confondues avec la Région de


Bruxelles-Capitale, compte tenu de l’art. 39.

A. La Commission communautaire française et la Commission communautaire flamande.

Les articles 136 et 166 §3 de la C° constituent les fondements juridiques de la COCOF et de


la VGC, et renvoient à la LSIB, qui permet d’identifier les organes et personnalité juridique de
ces commissions communautaires.

Art. 136
« Il y a des groupes linguistiques au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale, et des Collèges,
compétents pour les matières communautaires; leurs composition, fonctionnement, compétences et, sans
préjudice de l'article 175, leur financement, sont réglés par une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4,
dernier alinéa.
Les Collèges forment ensemble le Collège réuni, qui fait fonction d'organe de concertation et de coordination
entre les deux communautés. »

Art. 166
« § 1er. L'article 165 s'applique à l'agglomération à laquelle appartient la capitale du Royaume, sous réserve de
ce qui est prévu ci-après.
§ 2. Les compétences de l'agglomération à laquelle la capitale du Royaume appartient sont, de la manière
déterminée par une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, exercées par les organes de la
Région de Bruxelles-Capitale créés en vertu de l'article 39.
§ 3. Les organes visés à l'article 136 :
1° ont, chacun pour sa communauté, les mêmes compétences que les autres pouvoirs organisateurs
pour les matières culturelles, d'enseignement et personnalisables;
2° exercent, chacun pour sa communauté, les compétences qui leur sont déléguées par les Parlements
de la Communauté française et de la Communauté flamande;
3° règlent conjointement les matières visées au 1° qui sont d'intérêt commun. »

a. Personnalité juridique de la COCOF et de la VGC

Art. 60.
« Il existe, pour l'exercice des compétences visées aux articles 135, et 136 de la Constitution, trois
institutions dotées chacune de la personnalité juridique. […] »

Ces deux commissions communautaires ont chacune une personnalité juridique distincte :
l’affirmation se trouve dans cet article.
217
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

b. Organes de la COCOF et de la VGC

Art. 60.
« Il existe, pour l'exercice des compétences visées aux articles 135, et 136 de la Constitution, trois institutions
dotées chacune de la personnalité juridique.
L'institution compétente pour les matières de la Communauté française de Bruxelles-Capitale (COCOF),
ci-après dénommée " la Commission communautaire française ", a pour organes le groupe linguistique français
du (Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale) et un collège composé (des membres du gouvernement de la
Région de Bruxelles-Capitale et des secrétaires d'Etat régionaux appartenant au groupe linguistique français)
L'institution compétente pour les matières de la Communauté flamande de Bruxelles-Capitale, ci-après
dénommée " la Commission communautaire flamande ", a pour organes le groupe linguistique néerlandais du
(Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale) et un collège composé (des membres du gouvernement de la
Région de Bruxelles-Capitale et des secrétaires d'Etat régionaux appartenant au groupe linguistique néerlandais.)
L'institution compétente pour les matières communautaires communes aux deux Communautés de
Bruxelles-Capitale (COCOM), ci-après dénommée " la Commission communautaire commune ", a pour organes
l'assemblée réunie composée des membres des groupes linguistiques visés aux alinéas 2 et 3 et le collège réuni,
composé (des membres du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale.)
Pour les compétences que la Commission communautaire flamande (VGC) exerce seule, le groupe
linguistique visé à l'alinéa 3 comporte en outre cinq membres élus conformément à l'article 60bis.
Dans les limites de l'article 25 et sans préjudice de l'article 83, l'Assemblée de la Commission communautaire
flamande fixe le montant de l'indemnité allouée à ces cinq membres, leur régime de pension et le remboursement
de leurs frais de déplacement.
Les charges résultant de l'application des alinéas 5 et 6 sont supportées par le budget de la Commission
communautaire flamande.) »

COCOF

Législatif = Assemblée de la COCOF


On ne peut pas prendre l’ensemble du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale parce
que sinon on viole l’art. 39, mais on ne va pas non plus procéder à une élection en plus,
" on prend donc simplement le groupe linguistique français du Parlement de la Région de
Bruxelles-Capitale.

Exécutif = Collège de la COCOF


- membres du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale
- secrétaires d’Etat régionaux appartenant au groupe linguistique français

La LS recourt à la technique du dédoublement fonctionnel : ce sont les mêmes personnes


qui assument deux fonctions différentes au titre de deux collectivités politiques différentes !
les députés régionaux bruxellois (groupe linguistique français du Parlement de la Région de
Bruxelles-Capitale) sont également membres de l’Assemblée de la COCOF.

VGC

Législatif = Assemblée de la VGC


On prend simplement le groupe linguistique néerlandais du Parlement de la Région de
Bruxelles-Capitale.

Exécutif = Collège de la VGC


- membres du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale
- secrétaires d’Etat régionaux appartenant au groupe linguistique néerlandais

La LS recourt également à la technique du dédoublement fonctionnel : ce sont les mêmes


personnes qui assument deux fonctions différentes au titre de deux collectivités politiques
différentes ! les députés régionaux bruxellois (groupe linguistique néerlandais du Parlement
de la Région de Bruxelles-Capitale) sont également membres de l’Assemblée de la VGC.
218
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Renvoi à l’art. 76

Art. 76.
« Un membre bruxellois [du Gouvernement] de la Communauté française et un membre bruxellois [du
Gouvernement] flamand désignés par leurs Exécutifs assistent avec voix consultative, aux séances du
collège de la Commission communautaire française (COCOF) ou du collège de la Commission
communautaire flamande (VGC), selon le cas.
Ils assistent tous deux, dans les mêmes conditions, aux séances du collège réuni. »

- un membre bruxellois du Gouvernement de la Communauté française, désigné par


son Gouvernement assiste avec voix consultative, aux séances du collège de la
COCOF
- un membre bruxellois du Gouvernement flamand désigné par son Gouvernement
assiste avec voix consultative, aux séances du collège de la VGC

c. Compétences de la COCOF et de la VGC


On a décidé de créer ces deux commissions communautaires dès 1970 pour permettre à
chacune des deux grandes Communautés de jouir d’un prolongement institutionnel sur le
territoire de Bruxelles tout en respectant l’art. 39 de la C°.

Le fondement constitutionnel des compétences de ces 2 collectivités politiques est


l’art. 166, §3, 1° et 2° de la C° :

Art. 166
« § 1er. L'article 165 s'applique à l'agglomération à laquelle appartient la capitale du Royaume, sous réserve de
ce qui est prévu ci-après.
§ 2. Les compétences de l'agglomération à laquelle la capitale du Royaume appartient sont, de la manière
déterminée par une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, exercées par les organes de la
Région de Bruxelles-Capitale créés en vertu de l'article 39.
§ 3. Les organes visés à l'article 136 :
1° ont, chacun pour sa communauté, les mêmes compétences que les autres pouvoirs organisateurs
pour les matières culturelles, d'enseignement et personnalisables;
2° exercent, chacun pour sa communauté, les compétences qui leur sont déléguées par les Parlements
de la Communauté française et de la Communauté flamande;
3° règlent conjointement les matières visées au 1° qui sont d'intérêt commun. »

(1) 1ère compétence : art. 166 §3, 1°

« Ont chacun pour sa Communauté les mêmes compétences que les autres pouvoirs
organisateurs pour les matières culturelles, d’enseignement et personnalisables »

Cela veut dire que les matières dans lesquelles elles peuvent agir = uniquement les
matières des communautés, sauf l’emploi des langues ! il n’y a que l’Etat fédéral qui
peut intervenir dans la région bilingue en matière d’emploi des langues.

Les compétences que les deux commissions exercent en tant que pouvoirs
organisateurs20 = le pouvoir de créer, d’organiser, de financer des activités culturelles,
d’enseignement, qui relèvent des matières personnalisables.

La COCOF et la VGC peuvent exercer cette compétence de pouvoir organisateur. Du côté


flamand, il y avait là une forte demande pour soutenir la minorité flamande de Bruxelles.

                                                                                                                       
20
ex : ASBL qui organise des écoles
219
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

L’explicitation de cette compétence de pouvoir organisateur se trouve à l’art. 64 de la LSIB:

Art. 64.
« § 1. Chaque commission communautaire exerce les mêmes compétences que les autres pouvoirs
organisateurs dans les matières visées à l'article 61 de la présente loi.
En particulier, chacune d'elles a pour mission :
1° d'élaborer et d'exécuter une programmation de l'infrastructure relative à ces matières;
2° de créer les institutions nécessaires, de les gérer, et d'accorder des subsides dans les conditions fixées
notamment par la loi du 29 mai 1959 modifiant la législation relative à l'enseignement gardien, primaire, moyen,
normal, technique et artistique;
3° d'adresser des recommandations aux autorités intéressées ainsi que des avis, soit d'initiative soit à leur
demande;
4° de prendre et d'encourager les initiatives prises dans les matières culturelles et personnalisables.
§ 2. L'assemblée réunie et le collège réuni exercent les compétences visées au § 1er, lorsqu'il s'agit d'objets
d'intérêt commun.
§ 3. Les collèges et le collège réuni exécutent par voie d'arrêtés les règlements pris respectivement par les
groupes linguistiques et l'assemblée réunie. »

C’est une compétence réglementaire, non pas décrétale, comme une commune ou une
province ! on est donc dans la logique de la décentralisation et pas du fédéralisme quand
elles agissent sur base de l’article 166 §3 1° = sous la tutelle de leurs communautés
respectives : art 83 LSIB.

(2) 2e compétence : art. 166 §3, 2°


La COCOF et la VGC exercent chacune pour sa communauté les compétences qui leurs
sont déléguées par les Parlements de la Communauté française et au Parlement de la
communauté flamande ! pouvoir
- réglementaire d’exécution des décrets
- administratif = prendre des mesures à portées individuelles ! suppose une
délégation
o les modalités de cette délégation se trouvent aux art. 65 et 66 de la LSIB
o du côté francophone, on utilise pas ce système mais activation de l’art 138.

Il y a symétrie entre la COCOF et la VGC tant que l’on travaille dans les limites de l’art
166 §3 de la C°. Mais la COCOF a en outre des compétences de nature toute différente sur
base de l’art. 138 de la C° " quand elle agit sur pied de cet article, elle possède alors un
pouvoir décrétale, exactement le même que celui de la Communauté française. Elle a là un
statut de collectivité fédérée = « institution dotée de deux têtes ».

Le paysage institutionnel bruxellois est donc assez compliqué.

EXAMEN
Qui est compétent pour légiférer en matière de formation professionnelle ? Comment faut-il
raisonner ? Est-ce que c’est une matière confiée soit aux régions soit aux communautés ?
- La formation professionnelle est une matière culturelle (art 4 LSIB) MAIS les décrets
de transferts sont passés par là
- La Communauté flamande est compétente pour gérer la formation professionnelle
pour l’ensemble de la région de langue néerlandaise, et pour les institutions
flamandes de Bruxelles
- en revanche, en ce qui concerne le sud du pays, puisqu’il y a eu des décrets de
transferts, c’est la Région wallonne qui s’en occupe, dans les limites de la région de
langue française.
- À Bruxelles : c’est la COCOF
- Pour les germanophones, cela dépend de la Communauté germanophone.
220
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

La Région bruxelloise peut exercer des compétences supplémentaires sur la formation


professionnelle, sans préjudice des compétences de la communauté française et de la
communauté française, pour autant que ce soit lié à la politique de l’emploi.

B. La Commission communautaire commune


Si l’on prend l’ensemble des matières communautaires : culture, enseignement, emploi des
langues, matières personnalisables " nous savons que les Communautés française et
flamande à Bruxelles ne sont compétentes que pour viser les institutions, et pas pour les
personnes physiques de manière directe. Par ailleurs, les Communautés française et
flamande à Bruxelles ne sont compétentes que pour les institutions unicommunautaires, qui
se rattachent exclusivement à l’une au à l’autre de ces Communautés en raison de leur
- activités ! matières culturelles et enseignement
- organisation ! matières personnalisables

Qui est compétent à Bruxelles pour imposer des obligations aux personnes physiques et
pour les institutions bicommunautaires ?

La COCOM est compétente pour le bipersonnalisable, pas pour le bicommunautaire !

a. L’emploi des langues à Bruxelles ?


Les Communautés ne sont que compétentes dans la région unilingue correspondante, avec
l’exception des communes à facilités (art. 129 §2 de la C°). Là où elles ne sont pas
compétentes, c’est l’Etat fédéral qui est compétent (sur pied de l’art. 30 de la C° ou sur base
des compétences résiduelles). L’Etat est compétent à Bruxelles pour l’emploi des langues.

Les compétences résiduelles vont à l’Etat fédéral parce que l’art. 35 de la C° n’a pas été
exécuté (EXAMEN)

Art. 35
« L'autorité fédérale n'a de compétences que dans les matières que lui attribuent formellement la Constitution et
les lois portées en vertu de la Constitution même.
Les communautés ou les régions, chacune pour ce qui la concerne, sont compétentes pour les autres matières,
dans les conditions et selon les modalités fixées par la loi. Cette loi doit être adoptée à la majorité prévue à
l'article 4, dernier alinéa.
Disposition transitoire
La loi visée à l'alinéa 2 détermine la date à laquelle le présent article entre en vigueur. Cette date ne peut
pas être antérieure à la date d'entrée en vigueur du nouvel article à insérer au titre III de la Constitution,
déterminant les compétences exclusives de l'autorité fédérale. »

Il y a une disposition transitoire qui donne deux conditions à remplir pour que l’art. 35 soit
activable et effectivement en vigueur :
(1) il faut une liste des matières exclusives réservées à l’état fédéral
(2) il faut une loi

On n’a eu aucun des deux et c’est donc maintenant l’inverse qui s’applique, et c’est logique
car on est dans un fédéralisme de dissociation/désagrégation ! on part d’un Etat unitaire et
on le fédéralise. Pour activer l’art. 35, il faut réaliser une opération extrêmement périlleuse
qui consiste à ce que tout le monde se mette d’accord sur une liste de compétences
exclusivement réservées à l’Etat fédéral, et tout le reste ce sera pour les Communautés ou
les Régions " il faudra trancher ! sauf qu’on est incapables de trancher.
221
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

En 1993, la Volksunie et d’autres partis néerlandophones disaient qu’il fallait inscrire dans la
C° le basculement des compétences résiduelles. L’ancien Premier ministre Jean-Luc
Dehaene était très prudent et avait besoins des suffrages de ces partis. Il a donc fait insérer
cet article dans la C°, mais assorti d’une disposition transitoire.

À travers une interprétation hyper restrictive des compétences exclusives fédérales, l’Etat
belge deviendrait une coquille vide. Cet article est donc une bombe à retardement. Même si
techniquement on pourrait rédiger une liste de tout ce que l’Etat fédéral exerce actuellement,
cela reste une opération risquée.

Imaginons qu’en 2019 la NVA fasse un tabac et exige l’application de l’art. 35 = explosif en
puissance !

b. L’enseignement et la culture à Bruxelles ?


Réponse avant la 6e réforme de l’Etat : le biéducatif et le biculturel n’étaient attribués à
personne = compétence résiduelle ! compétence de l’Etat fédéral.

Le pouvoir d’imposer des législations aux personnes physiques et le pouvoir de légiférer à


propos des institutions bruxelloises qui ne se rattachent pas à l’une ou à l’autre Communauté
en raison de leur activité ou de leur organisation dans certaines matières
culturelles/éducatives n’était attribué à personne.

Ex :
- (qui demeure encore valable) le théâtre royal de la monnaie (TRM), c’est du biculturel car l’activité de
cette opéra est destinée aussi bien aux flamands qu’aux francophones.
- l’Orchestre National de Belgique.
- le Palais des Beaux-Arts.

En ce qui concerne ces derniers, on signalera que l'Etat belge a été condamné par un arrêt
de la Cour de Justice des Communautés européennes du 10 septembre 1996, entre autres
motifs pour n'avoir pas pris dans les délais requis les dispositions législatives nécessaires
dans la Région de Bruxelles-Capitale à la transposition de la directive du 3 octobre 1989 dite
«Télévision sans frontière ».

EXAMEN : qui est compétent pour imposer l’obligation scolaire à Bruxelles ? C’est l’Etat (il y
a une loi).

Réponse avant la 6e réforme de l’Etat :


En ce qui concerne le biéducatif, il n’y a rien de neuf, c’est toujours l’Etat qui est seul
compétent.

Jusqu’à la 6e réforme de l’Etat , il y avait une propension de l’Etat à oublier le biculturel. On a


alors inséré dans la C° un article 135 bis, qui renvoie implicitement à l’art 4bis de la LSIB.

Art. 135bis
« Une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, peut attribuer, pour la région bilingue de
Bruxelles-Capitale, à la Région de Bruxelles-Capitale, des compétences non dévolues aux communautés
dans les matières visées à l'article 127, § 1er, alinéa premier, 1° (= matières culturelles) et, pour ce qui
concerne ces matières, le 3°. »

« Les compétences non dévolues aux communautés » : on vise implicitement la limite des
compétences des communautés, rationnées compte tenu du §2 du même article = biculturel
(d’intérêt régional).
222
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Une loi spéciale peut donner des compétences dans les matières biculturelles = LSIB.
Art. 4bis LSIB = liste des compétences biculturelles qui ont été confiées à la Région
bruxelloise.

Art. 4bis.
« Sans préjudice des compétences de la Communauté française et de la Communauté flamande, la Région de
Bruxelles-Capitale exerce les compétences suivantes dans les matières culturelles visées à l'article 127,
§ 1er, alinéa 1er, 1°, et, pour ce qui concerne ces matières, au 3°, de la Constitution :
1° en ce qui concerne le sport visé à l'article 4, 9°, de la loi spéciale, le financement et la subsidiation des
infrastructures sportives communales;
2° en ce qui concerne la reconversion et le recyclage professionnel (= formation professionnelle) visés à l'article
4, 16°, de la loi spéciale, la mise sur pied de programmes de formation professionnelle pour autant que ceux-ci
s'inscrivent dans le cadre de la politique d'emploi et tiennent compte du caractère spécifique de Bruxelles;
3° en ce qui concerne les beaux-arts, le patrimoine culturel, les musées et autres institutions scientifiques
culturelles visées à l'article 4, 3° et 4°, de la loi spéciale, les matières biculturelles pour autant que celles-ci soient
d'intérêt régional. »

L’art. 135bis est donc une révision implicite de l’art. 39 qui interdit à la loi spéciale de
donner des compétences communautaires à la Région.

C’est une évolution positive car on fait de plus en plus confiance à la Région bruxelloise, elle
se voit confier de plus en plus de compétences.

6/05/2015

Rappel des derniers cours


Nous étions arrivé à la question des limites des compétences des Communautés des matières communautaires.
Il faut partir des articles 127, 128, 129 de la C° ; et se rendre compte que les Communautés flamande et
françaises ne sont pas compétentes pour légiférer à Bruxelles en matière d’emploi des langues ! c’est l’Etat.
e
En ce qui concerne les matières culturelles et l’enseignement, l’Etat était seul compétent avant la 6 réforme
de l’Etat. Depuis celle-ci et l’art. 135bis qui conduit à l’art. 4 LSIB ; on découvre que la Région de Bruxelles-
Capitale (et ce malgré l’art. 39 de la C°) a reçu des compétences dans certaines matières biculturelles (cf. supra).

Les matières bipersonnalisables sont les matières personnalisables visées dans l’art. 128 de la C° et 5 de la
LSRI qui
- soit intéressent directement les personnes physiques
- soit qui concernent les institutions bruxelloises qui ne se rattachent pas à l’une ou à l’autre Communauté
en raison de leur organisation

Avec la 6e réforme de l’Etat, il y a eu pas mal transferts de matières personnalisables


- il y a eu transfert d’une branche entière de la sécurité : les prestations/allocations
familiales (art 5 LSRI).
- il y a également de nouvelles compétences en soins de santé non négligeables:
assurances, sécurité sociale, etc.

C’est une masse énorme qui entre dans le giron de qui ? Qui est désormais compétent ?
223
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

c. Les matières bipersonnalisables


Qui est compétent pour légiférer à Bruxelles,
- soit en s’intéressant directement aux personnes physiques, en leur imposant des
obligations,
- soit en ce qui concerne les institutions actives dans ces matières personnalisables
(aide aux personnes, soins de santé,…), dès lors que ces institutions ne s’attachent
pas à l’une ou à l’autre des deux communautés en vertu de leur organisation (art 128,
§2) ?

La réponse se trouve dans l’art. 135 :

Art. 135
« Une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, désigne les autorités qui, pour la région
bilingue de Bruxelles-Capitale, exercent les compétences non dévolues aux communautés dans les
matières visées à l'article 128, § 1er. »

EXAMEN
Exprimer l’art. 135 en nos mots ! une LS désigne les autorités qui sont compétentes dans
les matières personnalisables (art. 128 §1), là où les Communautés ne sont pas
compétentes = matières bipersonnalisables. Et que sont les matières bipersonnalisables ?
Les matières bipersonnalisables sont les matières personnalisables visées dans l’art. 128
de la C° et 5 de la LSRI qui
- soit intéressent directement les personnes physiques
- soit qui concernent les institutions bruxelloises qui ne se rattachent pas à l’une ou à
l’autre Communauté en raison de leur organisation

Exemples de mesures qui imposent directement des contraintes/obligations aux personnes physiques
- protection de la jeunesse : art. 63 LSIB a précisément désigné la COCOM pour ce faire (la loi à laquelle
on renvoi c’est la LSRI, et non pas à la LSIB sinon c’est « le chat qui mort sa queue ») + cf. art. 60, al. 4
LSIB
- hôpitaux publics, organisés par les CPAS : art. 17 à 21 LCEA, l’organisation de ces hôpitaux doit être
bilingue

Art. 63 de la LSIB :
- « de la loi spéciale » = LSIB
- « sans préjudice des compétences » = dans les matières personnalisables, ce sont les communautés
qui sont compétentes.
- « Collège réuni et Assemblée réunie » = COCOM

Art. 60 de la LSIB: il existe trois institutions avec la personnalité juridique.


- « Gouvernement » = uniquement ministres, pas secrétaires d’états, parce qu’il faut un collège réuni tout
à fait paritaire (2 ministres flamands + 2 ministres francophones + un ministre-président « asexué).
- chaque dossier traité par la COCOM est traité par un ministre flamand et un ministre francophone.
- le Président, même s’il est censé être au-dessus de la mêlée, on veille à ne lui donner qu’une voie
consultative (loi spéciale relative aux institutions bruxelloises : art 77) pour que la parité soit tout à fait
stricte. Les flamands y ont beaucoup tenu, parce que c’est l’esprit de la COCOM.

On se retrouve donc devant une troisième collectivité politique supplémentaire à Bruxelles.

Pour la COCOM, on a recourt ici au dédoublement fonctionnel, on considère qu’il y a deux


collectivités politiques distinctes : COCOM et Région de Bruxelles-Capitale alors que ce
sont les mêmes personnes.
224
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Mais concrètement, ces organes coïncident avec ceux du Parlement régional bruxellois et du
Gouvernement bruxellois Il s'agit de :
(1) l'assemblée réunie de la COCOM qui se compose des membres des deux groupes
linguistiques du Parlement régional,
(2) et du collège réuni de la COCOM qui se compose des membres du Gouvernement
régional, étant entendu que les secrétaires d'Etat n'en font pas partie et que le
président n'y a qu'une voix consultative (il ne peut pas être investi d'une compétence
particulière).

C'est par des ordonnances que l'assemblée réunie de la COCOM est habilitée à légiférer
dans le domaine des matières « bipersonnalisables ». Ces ordonnances doivent être
adoptées à la majorité dans chaque groupe linguistique (72 francophones et 17 flamands)
(art. 72 LSIB).

En 2001, on craignit que la Région bruxelloise et la COCOM ne soit bloquées par un parti qui
avait annoncé sa volonté de faire exploser le système institutionnel belge en partant par
Bruxelles = Vlaams Blok/Belang. Ce parti avait dit que s’il avait la majorité dans le groupe
linguistique néerlandophone à Bruxelles, ils ne voteraient pas les ordonnances de la
COCOM. « Protéger la minorité, OK mais leur donner une arme que l’on sait qu’ils vont
utiliser comme une arme de destruction massive, NON. »

« Si cette majorité n’est pas réunie dans un groupe linguistique, il est procédé à un second vote. Dans ce cas, la
résolution est prise à la majorité absolue des suffrages (…) et par au moins un tiers des suffrages dans chaque
groupe linguistique ».

En cas de blocage, il peut être procédé à un second vote qui ne requiert plus qu’un tiers des
suffrages dans chaque groupe linguistique.

La COCOM est donc compétente pour légiférer par des ordonnances dans des matières
bipersonnalisables (art. 135 de la C°). C’est donc une collectivité politique fédérée, au même
titre que la COCOF quand elle agit sur pied de l’art 138/Régions/Communautés.

Quant au collège réuni, il a été encore investi, par la C° elle-même également, d'une fonction
particulière, celle d' « organe de concertation et de coordination entre les deux communautés
». Par cette dernière expression, il faut évidemment comprendre les deux « petites »
communautés que recouvrent la COCOF et la VGC.

Attention, les secrétaires d’Etat ne font pas partie de ces institutions. Le Président du
Gouvernement régional n’a qu’une voix consultative dans le collège réuni de la COCOM (art.
77 LSIB). Les Flamands y ont beaucoup tenus car l’esprit de la COCOM est une stricte
parité.

On a affaire à une collectivité politique puisque la COCOM


- a la personnalité juridique,
- des organes élus,
- des compétences propres, celle d’adopter des ordonnances dans les matières
bi-personnalisables principalement.

Art 166 §3, 3° et art 136, al 2 : (en tant que collectivité politique décentralisée, mais elle n’est décentralisée que
d’elle-même) la COCOM peut servir d’organe de …. Entre la communauté flamande et la communauté française
… Cela veut dire qu’en théorie, la COCOM peut, comme la COCOF et la VGC, agir pour créer, financer, organiser
des institutions actives dans les matières communautaires, et pas seulement personnalisables, en tant que
pouvoir organisateur. Cependant, elle ne l’a jamais fait : par exemple pour créer une école bilingue, il faudrait une
loi fédérale mais l’état n’a jamais pris cette loi (flamands ne veulent pas).
225
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

La COCOM peut servir d’organe de concertation et de coordination entre les deux Com ; en
théorie elle peut, comme la COCOF et la VGC, agir pour créer/financer/organiser des
institutions actives dans les matières communautaires.
226
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

d. L’extension des compétences de la COCOM dans le cadre de la sixième réforme


de l’Etat
Jusqu’à la 6e reforme de l’Etat, on estimait que la COCOM travaillait mal et peu ; c’était un
peu un maillon faible du système. La plupart des institutions privées actives dans les
matières personnalisables s’étaient présentées comme organiquement flamandes ou
francophones ! dépendants soit de la Communauté française soit de la Communauté
flamande.

Aujourd'hui les choses vont changer parce que les dispositifs financiers donné à la COCOM
sont beaucoup plus importants que la COCOF ! plusieurs d’institutions privées actives dans
les matières personnalisables se voient adressés un message subliminal comme quoi la
COCOF n’aura bientôt plus d’argent alors que la COCOM a/aura le moyen de financer, cette
dernière sera désormais seule compétente en matière de prestations familiales.

Imaginons que, lors de la 6e réforme de l’Etat, l’on ai pas précisé dans l’art. 63 de la LSIB
ceci :

Art. 63.
« Sans préjudice des compétences de la Communauté française et de la Communauté flamande, le collège réuni
et l'assemblée réunie exercent les compétences visées aux articles 5, 6bis, 6quinquies, 8 à 16, (§§ 1er et 2,) 79,
§§ 1er et 3, 92bis, 92bis/1 et 92ter, de la loi spéciale.
La matière visée à l'article 5, § 1er, IV, de la loi spéciale (LSRI = prestations familiales) relève, sur le
territoire visé à l'article 2, § 1er, (territoire de la Région de Bruxelles-Capitale) de la compétence exclusive du
collège réuni et de l'assemblée réunie, en ce compris à l'égard des institutions, qui en raison de leur
organisation, doivent être considérées comme appartenant exclusivement à l'une ou à l'autre
communauté. […] »

L’idée est que : si cette précision n’était pas fournie, la compétence exclusive de la COCOM
pour régler les alloc familiales n’aurait pas empêcher les Communautés flamande et
française d’offrir aux bruxellois la possibilité/faculté de recevoir le bénéfice prestations
supplémentaires pour l’aide aux familles moyennant une inscription dans une institution soit
flamande soit francophone.

Il y a donc une contrainte qui pèse sur toutes les personnes publiques de s’inscrire à une
caisse d’allocations familiales ! il faut cotiser et en échange on reçoit des prestations). Mais
si cette précision n’était pas dans la LSIB ; rien n’aurait empêché la Communauté flamande
(plus riche) de dire : les bruxellois peuvent s’inscrire librement dans une institution flamande,
qui va organiser un système plus généreux et qui complète la maigre allocation familiale que
ce que vous recevez de la COCOM (c’est une hypothèse, pas réellement voulu mais
possible).

Le danger évident est la surenchère : on va flamandiser Bruxelles en attirant les bruxellois


par le portefeuille, en offrant des services que la Communauté française ne peut pas offrir.
La COCOF devrait alors réagir à son tour ! on se retrouverait dans un cercle de
surenchère. C’est la raison pour laquelle on a décidé que c’est la COCOM qui est la
seule compétente, même à l’égard des institutions unicommunautaires.
227
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Cette précision qui réserve à la COCOM l’exclusivité de la matière est-elle bien


compatible avec le texte de la C° ?

Art. 128
« § 1er. Les Parlements de la Communauté française et de la Communauté flamande règlent par décret, chacun
en ce qui le concerne, les matières personnalisables, de même qu'en ces matières, la coopération entre les
communautés et la coopération internationale, y compris la conclusion de traités.
Une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, arrête ces matières personnalisables, ainsi que
les formes de coopération et les modalités de conclusion de traités.
§ 2. Ces décrets ont force de loi respectivement dans la région de langue française et dans la région de langue
néerlandaise, ainsi que, sauf si une loi adoptée à la majorité prévue à l'article 4, dernier alinéa, en dispose
autrement, à l'égard des institutions établies dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale qui, en raison
de leur organisation, doivent être considérées comme appartenant exclusivement à l'une ou à l'autre
communauté. »

« sauf si une loi spéciale en dispose autrement » = précisément l’exception contenue dans
l’art. 63 LSIB.

Uniquement dans la limite des allocations familiales, donc cela veut dire que, à supposer que
la Communauté flamande voulait faire de la surenchère en offrant le bénéfice de prestations
supplémentaires dans d’autres domaines que les prestations familiales, elle pourrait le faire.

Est-ce que la 6e réforme de l’Etat va réussir le pari bruxellois ? Le pari bruxellois est de
dire qu’il y a deux grandes innovations, grâce à cette réforme :
- on permet à la Région de Bruxelles-Capitale, en vertu de l’art. 4bis LSIB, de
s’occuper de matières culturelles pour la 1ère fois, et notamment du domaine de la
formation professionnelle = acte de confiance de la part des flamands.
o la COCOM a reçu de nouvelles compétences, on est en train de miser
passivement sur elle
- le deuxième pari, c’est que si le 1e pari marche ; on pourrait régionaliser toutes les
matières personnalisables " nettement plus simple.
228
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

COCOF VGC COCOM


Base légale art. 136 + art. 166 §3 de la C°
+ art. 60 de la LSIB
« institutions dotées de la personnalité juridique »
Organes * pouvoir législatif = * pouvoir législatif = Collège réuni = les deux
(art. 60 LSIB) assemblée " groupe assemblée " groupe assemblées (COCOF +
linguistique FR linguistique NL VGC) + le président du
* pouvoir exécutif = collège * pouvoir exécutif = collège gouvernement régional
" ministres et secrétaires " ministres et secrétaires Bruxellois (qui a une voix
d’Etat qui font partie du d’Etat qui font partie du consultative)
groupe linguistique FR groupe linguistique NL
Collectivités politique art. 166 §3 de la C° (chapitre des entités décentralisées) art. 166 §3 3° de la C°
décentralisées « § 3. Les organes visés à l'article 136 : + art. 64 §2-3 LSIB
1° ont, chacun pour sa communauté, les mêmes concernant les matières
compétences que les autres pouvoirs organisateurs pour les d’intérêt communs aux NL et
matières culturelles, d'enseignement et personnalisables; " FR
art. 64 LSIB « 3° règlent conjointement
2° exercent, chacun pour sa communauté, les compétences les matières visées au 1° qui
qui leur sont déléguées par les Parlements de la sont d'intérêt commun. »
Communauté française et de la Communauté flamande; "
art. 65-66 LSIB »
+ art. 83 LSIB (tutelle)
Art. 68 §2 LSIB : les assemblées ont un pouvoir réglementaire
Art. 64 §3 LSIB : les collèges exécutent par voie d’arrêtés les règlements pris par les
assemblées
Collectivités politique - pouvoir d’adopter des - pouvoir d’adopter des
fédérées normes ayant valeur de loi = normes ayant valeur de loi =
décrets car la Com Fr lui a ordonnances, art. 68 §1
transférer certaine de ses LSIB,
compétences grâce à l’art. * quorums : art. 72 al. 4 *
138 de la C° solution si blocage des FL
(« amaigrissement de la - Bxl
Com. Fr) * emploi des langues =
- décrets de transferts en fédéral
e
1993 et en 2014 * AVANT 6 réforme :
- l’art. 138 révise enseignement et la culture
implicitement l’art. 39 (art. 127 C°) " biéducatif
(fédéral art. 135 C°) et
biculturel (fédéral) quand
cela concerne les deux
communautés
e
* APRES 6 réforme :
le fédéral négligeait
fortement sa compétence en
matière biculturelle, cf. art.
135bis C° et art. 4bis LSIB

! 135bis révise
implicitement l’art. 39 de la

* matières personnalisables :
institutions où le PO est
bilingue = matières
bipersonnalisables =
matières personnalisables
qui ne se rattachent pas
directement à l’une ou l’autre
communautés ou les
matières qui concernent
directement les personnes
physiques ! compétence de
la COCOM
e
* depuis la 6 réforme de
l’Etat, la COCOM est
exclusivement compétente
dans la région de Bxl pour
les allocations familiales (art.
63 LSIB)
229
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

CHAPITRE II. L’ETAT BELGE ET SES STRUCTURES


Nous avons vu dans le Chap. I qu’un Etat en général peut avoir des structures de types
fédéral, unitaire ou entre-deux ; et concept de confédération. Est-ce que l’art. 1er de la C°
dit la vérité ? Nous allons constater que oui, pour l’essentiel l’Etat belge est bel et bien
devenu un état fédéral, mais ça n’empêche pas de recourir à la décentralisation à l’intérieur
des Régions.

Section 1. Les collectivités politiques décentralisées = EXAM

Liste des collectivités politiques décentralisées :


- provinces,
- communes,
- collectivités supracommunales,
- districts,
- agglomérations et fédérations de communes,
- COCOF et VGC (uniquement en tant que collectivité décentralisée, art 166, §3 ! ≠ art
138 qui concerne les collectivités fédérées)

+ prouver que = collectivités politiques décentralisées " collectivité politique qui a un


pouvoir règlementaire sous les limités d’un contrôle de tutelle (!dans la limite de la légalité
et de l’intérêt général)

§1. Les provinces et les communes

Art. 41
« Les intérêts exclusivement communaux ou provinciaux sont réglés par les conseils communaux ou
provinciaux, d'après les principes établis par la Constitution (cf. art. 162 pour l’explicitation de ces
e
principes). Toutefois (innovation de la 6 réforme de l’Etat), en exécution d'une loi adoptée à la majorité
prévue à l'article 4, dernier alinéa, la règle visée à l'article 134 peut supprimer les institutions
provinciales. […] »

Art. 162
« Les institutions provinciales et communales sont réglées par la loi. La loi consacre l'application des
principes suivants :
1° l'élection directe des membres des conseils provinciaux et communaux;
2° l'attribution aux conseils provinciaux et communaux de tout ce qui est d'intérêt provincial et
communal, sans préjudice de l'approbation de leurs actes, dans les cas et suivant le mode que la loi
détermine;
3° la décentralisation d'attributions vers les institutions provinciales et communales; […] »

Principe de la tutelle
Règlent (pouvoir de nature règlementaires) tout ce qui est d’intérêt provincial/communal,
sous la réserve d’un pouvoir de tutelle (expressément visé par 162 : avec définition) des
régions : en vertu de l’art. 7 LSRI : « les régions sont compétentes en ce qui concerne
l’organisation et l’exercice de la tutelle administrative sur … ».

Principe de la hiérarchie normative


Article 6, §1, VIII, in fine LSIB : « les actes, règlements et ordonnances… ne peuvent être
contraires aux … ». ! On a donc bien affaire à de la décentralisation.
230
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

12/05/2015

Rappel des cours précédents :


e
Nous en étions aux structures de l’Etat belge – est-ce que l’art. 1 de la C° dit la vérité ? Oui, mais qui dit Etat
fédéral n’exclut pas le recours à la décentralisation. Il existe des collectivités politiques décentralisées : provinces,
communes, districts, collectivités supracommunales, COCOF (pour autant qu’elle se limite à ses compétences de
collectivité politique décentralisée) et la VGC.

§2. Les agglomérations de communes


Les compétences de l’agglomération bruxelloise sont exercées par les organes de la Région
de Bruxelles-Capitale, alors que normalement c’est cette même Région qui devrait exercer la
fonction d’autorité de tutelle ! on n’imagine pas une tutelle exercée sur soi-même " cette
tutelle a donc été supprimée par l’art. 59 §1 LSIB.

§3. Les commissions communautaires flamande et, pour partie, française et commune

Section 2. Les collectivités politiques fédérées


Pour en faire la démonstration, il faut reprendre les 4 grands principes qui ont permis de
définir le fédéralisme + critère négatif de la tutelle

§1. Le principe d'autonomie


Le pouvoir de faire la loi a été partagé entre l’Etat et les collectivités politiques fédérées.

On peut parler du pouvoir de faire la loi s’agissant des 3 Communautés (cf. art. 127 à 130
de la C°).

En ce qui concerne les Régions, cf. art. 39 (+ explication du mot « régler » dans l’art. 134 de
la C° cf. supra)
(1) Régions flamande et wallonne : art. 19 §2 LSRI
(2) Région Bruxelloise :
• « peuvent » de l’art 134 a été utilisé pour donner à la Région de Bruxelles-
Capitale la compétence de régler autrement que par des décrets
• art. 4 LSIB « ordonnance »
• force de l’ordonnance = art. 6 et 7 LSIB

Deux différences majeures entre décrets et ordonnances

Tutelle du fédéral sur des ordonnances dans 4 matières (1ère différence) :


- aménagement du territoire
- urbanisme
- travaux publics
- transports

En vertu de l’art. 45 LSIB, en vue de préserver le rôle international et la fonction de capitale


de Bruxelles ; le Roi peut suspendre les ordonnances et in fine une annulation peut être
décidée. C’est une arme lourde au cas extrême où une ordonnance serait adoptée par le
Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale et le Gouvernement, en méconnaissance des
intérêts de la minorité flamande ! en méconnaissance de la fonction de capitale de
Bruxelles qui doit accueillir les deux Communautés.

En réalité, les mécanismes préventifs se sont révélés efficaces pour prévenir cette tutelle.
Puisque le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale est paritaire ! forcément le
Parlement n’a jamais adopté une ordonnance en méconnaissance des intérêts des
flamands.
231
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

La Région de Bruxelles-Capitale est une collectivité politique biface ! c’est une collectivité
politique
- fédérée qui rend des ordonnances
- quasi décentralisée à cause de la tutelle de l’Etat

EXAMEN : Il y a donc combien de collectivités politiques dans l’Etat Belge ? 8 !


- les 3 Communautés (décrets qui ont force de loi et pas de tutelle = critère absolu
négatif du fédéralisme) + art. de la C°
- les 3 Régions MAIS particularité de la Région Bruxelloise avec la tutelle (cf. art. 45
LSIB)
- la COCOF quand elle agit sur pied de l’art. 138 de la C° (collectivité politique biface)
- la COCOM quand elle agit sur pied de l’art. 135 de la C° dans les matières
bipersonnalisables

§2. Le principe d'égalité


Principe qui veut que les lois fédérales et fédérées sont sur pied d’égalité en manière de telle
que si on doit constater un conflit de compétences, il ne sera pas réglé selon un principe
hiérarchique ; mais par une juridiction constitutionnelle (CC).

(2e différence) Propre à la Région de Bruxelles-Capitale et à la COCOM, toutes les


ordonnances (régionales normales, régionales spécifiques dans les 4 matières sous tutelle,
communautaires de la COCOM) sont soumises
- non seulement au contrôle de la CC dans les limites de ses compétences
- mais en outre à un contrôle exercé par voie d’exception qui consiste en un possible
refus d’application par les cours et tribunaux uniquement quand l’ordonnance
présente une règle contraire à une disposition contenue dans la C° ou dans la LSIB
autre que les dispositions placées sous le contrôle de la CC ! art. 9 LSIB.

Art. 9.
« Les juridictions ne peuvent contrôler les ordonnances qu'en ce qui concerne leur conformité à la présente loi
(LSIB) et à la Constitution, à l'exception des articles de la Constitution visés par l'article 142, alinéa 2, 2° et 3°
(articles de la C° indentifiés dans la LSCC) de celle-ci et des règles qui sont établies par la Constitution ou en
vertu de celle-ci pour déterminer les compétences respectives de l'Etat, des Communautés et des Régions
(règles répartitrices de compétences).
En cas de non-conformité, elles refusent l'application de l'ordonnance. »

Toutes les juridictions peuvent exercer un contrôle qui va au-delà que celui appliqué par la
CC MAIS elles ne peuvent pas empiéter sur ses compétences ! « marcher sur les pieds de
la CC ». Sous cet angle, en théorie, on sent un parfum de pouvoir réglementaire (logique de
l’art. 159 de la C°) mais il y a très peu de cas de jurisprudence.

Il y a eu un compromis : La Région de Bruxelles-Capitale existe sur le papier depuis 1970,


mais la solution a été trouvée en 1989 (LSIB) ! les flamands se méfient de cette Région, ce
n’est pas une Région comme les autres (cf. supra). Les flamands acceptent de créer la
Région de Bruxelles-Capitale sous certaines conditions
- décrets > ordonnances ;
- la tutelle des ordonnancs dans 4 matières ;
- contrôle de légalité ;
- au niveau institutionnel, la composition du Parlement et du Gouvernement font
également partie de ce compromis.
232
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

§3. Le principe de participation


Dans un Etat fédéral, les collectivités politiques fédérées participent à la conduite de l’Etat
fédéral, par deux techniques :

(1) La participation à la révision de la Constitution


L’art. 195 date de 1831 (sous réserve de la disposition transitoire). C’est un résidu de l’Etat
unitaire. On pourrait déjà dire que c’est loupé : les collectivités fédérées n’interviennent pas
en tant que telles dans la procédure de révision de la c° (cf. supra).

Cependant, le Sénat intervient et celui-ci assure une certaine représentation des collectivités
fédérées de l’Etat. L’art. 67 de la C° nous dit qu’il y a 60 sénateurs :
- 50 représentent les entités fédérées (Communautés & Régions)
- 10 cooptés : 4 sénateurs francophones et 6 sénateurs néerlandophones.

On est très loin du modèle fédéral américain car une participation directe des Communautés
et des Régions est absolument intenable politiquement en Belgique ! il faudrait le vote de
deux Communautés/Régions sur trois ?

Certains constitutionnalistes disent qu’il faudrait que les groupes linguistiques interviennent,
étant donné qu’ils interviennent déjà dans l’élaboration des LS " MAIS aucune trace de ces
groupes linguistiques dans l’art. 195.

(2) La participation du Sénat, représentatif des collectivités fédérées, à


l’élaboration des lois.

L'ancien article 67 de la Constitution ne répondait que partiellement à cette exigence. Le


Sénat qu'il créait comprenait 71 membres dont 21 seulement étaient désignés par les
Parlements de Communauté dans le respect du principe de parité «Francophones–
Flamands ». Au total, il comprenait 41 Flamands et 29 Francophones + le Germanophone
qui ne faisait partie d'aucun groupe linguistique (art. 43, § 2, de la C°)

En outre, il n'était pas mis sur un pied d'égalité avec la Chambre. Il ne l'était que dans
certaines matières (énumérées par l'ancien article 77).

La sixième réforme de l’Etat a entendu réformer le Sénat pour le transformer en une


institution représentative des Communautés et des Régions. Mais quand on fait les comptes,
on a au Sénat
- 35 néerlandophones,
- 24 francophones
- 1 germanophone
Le Sénat n’est donc pas composé de façon paritaire : il reflète la domination démographique
de la population flamande par rapport à la population francophone de Belgique.

Ainsi composé, il ne participe plus que très marginalement à l’élaboration des lois : l’art 36 de
la C° est une disposition en trompe-l’œil ! l’art. 74 de la C° fait du régime monocaméral le
régime de droit commun. Ce n’est donc que dans les limites de l’art 77 et de l’art 78 que
le Sénat intervient.

En Belgique, le bicaméralisme est très éloigné de celui qui a été mis sur pieds aux USA =
Sénat qui représente les 50 Etats fédérées sur pied d’égalité (chaque Etat fédéré élit 2
sénateurs) et toutes les lois doivent être adoptés par Chambre Et le Sénat.
233
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

En Belgique,
- primo : la Chambre et le Sénat ne sont pas sur pied d’égalité,
- secundo : la composition du Sénat n’est pas paritaire.

Pourtant, il ne fait pas paniquer en tant que francophone car on trouve la protection
structurelle de la minorité francophone ailleurs (cf. supra) :
- LS
- sonnette d’alarme : art. 54 C°
- parité au Conseil des ministres : art. 99, al. 2 de la C°

En quoi la minorité francophone est-elle protégée par cela (parité au Conseil des
ministres) lors de l’élaboration des lois ? En pratique, 90% des lois sont d’origine
gouvernementale. À la base de la loi, il y a un projet de loi. Existe-t-il une règle qui oblige le
Conseil des ministres à analyser tous ces projets de loi ? Non, mais une convention de la C°
exige que toutes les matières politiquement importantes (! les projets de loi) fassent l’objet
d’une délibération au conseil des ministres.

§4. Le principe de coopération


Dans un Etat fédéral, on assure la l’autonomie des collectivités fédérées, la mise sur pied
des lois fédérales et fédérées, la participation des collectivités politiques fédérées mais aussi
la coopération entre l’Etat et les collectivités politiques fédérées et entre les collectivités
politiques fédérées elles-mêmes.

Ce principe est fondamental = inhérent à l’esprit du fédéralisme.

Section 3. Les limites du fédéralisme à la Belge et les dessous d’une éventuelle mutation
confédérale

§1. Les limites du fédéralisme à la belge


L’Etat belge est donc bien un Etat fédéral qui se compose de trois Communautés et de trois
Régions (et de la COCOF, COCOM jusqu’à un certain point), sous réserve d’un déficit de
fédéralisme dans la modification de la constitution et dans le processus bicaméral, mais on a
d’autres garanties (« garantie sur garantie ne vaut » = « te veel is te veel »).

A. Le dualisme
Deux grandes Communautés, juridiquement deux groupes linguistiques à la Chambre et au
Sénat qui jouent un rôle décisif.

On retrouve la parité
- au Conseil des ministres,
- au sommet de la hiérarchie des fonctionnaires,
- à la haute fonction publique fédérale,
- au CE
- à la CC

" fédéralisme bipolaire.


Beaucoup ont dit que ce fédéralisme à deux ne fonctionnerait jamais " pour le moment, ça
fonctionne malgré tout ; mais les crises de 2007 et 2010-11 ont montré que c’était
dangereux. Quand il y a plus de partenaires, les équilibres sont plus faciles à construire étant
donné que plus de négociations sont possibles.
234
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Certains disent également que nous sommes dans une logique confédérale. Ce fédéralisme
bipolaire nous rapprocherait du modèle confédéral = rapprochement dangereux, à nuancer.

La théorie classique du confédéralisme (cf. supra) définit la confédération comme une


« alliance/association entre des Etats souverains (et qui restent souverains) et indépendants,
reconnus comme tels sur la scène internationale ; et qui décident d’assumer en commun
certaines tâches. »

Les grandes décisions se prennent toujours à l’unanimité des représentants des Etats
confédérés (= droit de véto). Au fond, le Conseil des ministres de l’Etat fédéral ressemble à
la diète = l’assemblée qui fait les lois dans une confédération d’états car l’exigence du
consensus dans un Conseil des ministres paritaire ressemble fort au droit de véto
dans la diète d’une confédération d’états. Il reste néanmoins qu’on ne peut pas faire
valoir son droit de véto à tous les coups, sinon la stabilité gouvernementale ne pourrait pas
résister.

La limite du rapprochement avec le modèle confédéral est que le confédéralisme sensu


stricto supposerait qu’au Conseil des ministres siègeraient des représentants de
Communautés, liés par un mandat coopératif (doivent voter selon les Communautés). Or,
c’est le Roi qui nomme les ministres fédéraux, et non pas les Gouvernements des
Communautés.

En droit, ce n’est pas du confédéralisme, même si politiquement ça y ressemble.

B. La complexité
C’est surtout parce qu’on a des Communautés et des Régions sur le même territoire.

EXAMEN
Quelle est l’unique raison de cette complexité ? Bruxelles. C’est parce que la Communauté
flamande veut se montrer solidaire avec les flamands de Bruxelles. Aussi longtemps que les
flamands tiendront au maintien d’une Communauté flamande, nous resterons voués à une
certaine complexité. Néanmoins, on pourrait évoluer vers une plus grande simplicité si on
régionalisait les matières personnalisables. Certains rêvent d’une simplification grâce à une
Belgique à 4 (la plus simple à enseigner/à vendre à l’étranger) = la Belgique 4 autorités
territoriales
- Région flamande
- Région bilingue de Bruxelles-Capitale
- Région wallonne
- Région germanophone
La solidarité par delà les Régions est un rêve assez présent en Belgique.

C. Une dynamique centrifuge


Caractéristique pas unique en son genre mais quand même assez rare.
La plupart des Etats fédéraux se sont construits à partir d’Etats indépendants et souverains,
éventuellement membres d’une confédération qui par agrégation ont créés un Etat fédéral =
fédéralisme centripète.

Chez nous, fédérer = logique centrifuge ! désagrégation, démembrement. C’est paradoxal


car étymologiquement, fédérer = unir. Le mot d’ordre « toujours plus de fédéralisme » a ses
limites. Sous le label de confédéralisme, on nous dit que le fédéralisme actuel est insuffisant,
qu’il faut continuer à vider l’état de ses quelques compétences, pour passer au confédéral.
235
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

§2. Les dessous d’une éventuelle mutation confédérale


Le débat à propos du confédéralisme est obscurci par l’ambiguïté des termes. Si on le prend
au sens strict, la mutation de l’Etat fédéral vers une confédération d’Etats supposerait la
scission de l’Etat en plusieurs Etats souverains avant de se remettre ensemble sous la forme
d’une confédération, sur la base d’un traité. Ce scénario passerait par une déclaration
d’indépendance, mais de qui ?

Si la NVA continue à progresser, elle demandera lors des prochaines élections une nouvelle
réforme de l’Etat pour transférer encore plus de compétences. La Belgique ne s’occuperait
dès lors plus que
- de la défense nationale,
- du démantèlement de la dette,
- du Code pénal,
- d’une partie du Code civil,
- de l’octroi de la nationalité et de l’asile.

Paradoxe par rapport à sondage (article dans le Soir du 12/05) : en Flandre en 2014, 50%
des flamands interrogés se sentent d’abord belges, puis seulement flamands.
236
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

TROISIEME PARTIE :
L’EXERCICE DU POUVOIR DANS L’ETAT ET L’EXIGENCE
DEMOCRATIQUE

CHAPITRE I. L’EXIGENCE DEMOCRATIQUE


La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Est-ce
que cette définition tient bien la route ? Elle est profondément simplificatrice.

Section 1. Possibilité et limites d’une approche génétique


La démocratie est une invention athénienne, on pourrait tenter de définir la démocratie à
travers la conception que la société athénienne en avait. Cependant, en réalité, la
démocratie athénienne est très éloignée de ce que nous connaissons aujourd’hui, pour trois
raisons :
(1) La démocratie grecque est une démocratie directe : le pouvoir politique est exercé
par le peuple lui-même, réuni dans l’Agora, sans intermédiaire. Aujourd’hui, c’est
inapplicable pour des raisons de taille, et parce qu’on pratique une division du
travail dans nos sociétés modernes (SIEYES) : il y a beaucoup de citoyens qui
n’ont pas envie de se préoccuper de la chose publique.
(2) La démocratie grecque repose sur une base très étendue de non-citoyens. Il y
a dans nos états contemporains ± l’équivalent : les sans-papiers. Cependant,
juridiquement, même un sans-papier est un citoyen parce qu’il a accès aux droits les
plus élémentaires (même si en pratique, ce n’est pas le cas).
(3) Dans la cité athénienne, la liberté individuelle est très largement ignorée au
profit de la liberté collective.
• la liberté démocratique est celle de la cité de se donner à elle-même des lois.
• la liberté individuelle doit, dans nos sociétés modernes, être conjuguée avec
l’autonomie collective.

Conclusion : impossibilité de définir la démocratie en remontant à sa source grecque,


puisqu'elle ne trouve dans le modèle grec qu'une partie de son inspiration.

Section 2. Possibilité et limites d’une approche philosophique


Il est possible d'exprimer au moins l'idée inspiratrice qui constitue la démocratie moderne
depuis les révolutions de la fin du 18e à partir des réalisations partielles qui ont été
accomplies en son nom. Mais - on en arrive alors à la seconde difficulté pour nous juristes -
c'est une approche plus philosophique que juridique qui peut répondre à cette ambition. On
peut retenir deux traits soulignés par Paul RICŒUR :

(1) La démocratie est un régime dans lequel la participation à la décision est


assurée à un nombre toujours plus grand de citoyens.
Quand une démocratie connait un taux élevé d’abstention aux élections, il y a de graves
questions à se poser c’est un régime où on ne peut pas s’accommoder de cela = trait terrible
pour la démocratie. C’est un régime dans lequel la participation devrait être toujours assurée
par un nombre toujours plus grand de citoyens. L’idée de la démocratie comporte l’idée de la
participation effective au pouvoir d’un nombre toujours plus grands de citoyens
237
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

(2) La démocratie est un régime dans lequel on ne propose pas de régler les
conflits mais dans lequel on admet la légitimité des conflits, des désaccords,
des divisions, qu’on doit réguler par des procédures qui permettent à ces
conflits de rester négociables.
C’est un trait fondamental dans cette approche car on souligne quelque chose qui est
souvent perdu de vue : la crise, le conflit, la remise en question. Cela fait partie de la
démocratie
- parce qu’on respecte la liberté individuelle, la diversité des groupes,
- on reconnait l’irréductibilité d’un certain nombre de conflits (d’intérêts notamment).

Claude LEFORT a beaucoup insisté sur cette idée, et également sur l’idée de l’interrogation
continue des fondements de la loi, du pouvoir et de la connaissance. C’est un régime qui
admet que l’on puisse remettre en question toutes les normes, où personne ne peut
prétendre occuper la position du grand juge : le foyer central du pouvoir politique en
démocratie est un lieu vide, personne ne peut l’occuper, personne n’est maitre. Selon lui,
l’exigence démocratique ne concerne pas seulement le niveau politique de la vie en société,
elle devrait aussi concerner l’économie, l’information, l’éducation et la culture.

Section 3. Possibilité et limites d’une approche juridique


Que faire si l’on se met en quête d’une définition juridique de la démocratie ? C’est un
immense processus d’expérimentation historique, en partie non conscient de lui-même.
Depuis l’invention grecque de la démocratie au 5e siècle ACN, on tâtonne, la démocratie a
beaucoup changé et c’est une aventure continue. Il faut donc dire attention aux juristes : si
vous enfermez la démocratie dans une définition étroitement juridique, vous courrez
de grands risques ; il ne faut pas étouffe quelque chose qui a toujours besoin de se
chercher.

Une démocratie a le droit de se protéger contre les ennemis de la démocratie. Il y a dans une
société démocratique des citoyens/groupements qui ne supportent pas ce régime où l’on
peut tout remettre en cause. Certains n’acceptent pas la règle fondamentale de l’égalité de
tous les hommes, de toutes les femmes, indépendamment de leurs appartenances, quelles
qu’elles soient. Comment, juridiquement, institutionnellement, se doter de garanties
pour se protéger contre les ennemis de la démocratie sans avoir de définition
juridique de la démocratie ?

En Allemagne : l’art. 21 de la Loi fondamentale affirme que les partis anti-démocratiques sont
anticonstitutionnels. La CC allemande peut donc prononcer l’interdiction des partis politiques
jugés « anti-démocratiques » ; elle a donc dû produire une définition de la démocratie, et est
tombée dans le piège que M. Dumont dénonce : essayer de faire rentrer la démocratie
dans un cadre précis, alors qu’elle est le fruit d’une longue évolution et de
changements continus.

De plus, toutes les démocraties n’ont pas les mêmes caractéristiques. On ne va pas dire que
les USA (régime présidentiel) ne constituent pas un régime démocratique parce qu’ils ne
pratiquent pas la responsabilité devant le Parlement. Il y a donc un danger d’enfermer la
démocratie dans une définition juridique qui aurait tendance à fétichiser des contenus voués
à être intemporels.
238
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Que faire pour se protéger alors ?


Une loi du 4 juillet 89 relative au financement des partis politiques (art 15ter) permet (du
moins en théorie) de ne pas financer les partis antidémocratiques. Philosophiquement, n a
dit qu’on n’allait pas définir la démocratie de manière complète, en la figeant dans définition
prétendument complète " on va simplement reconnaitre que le respect des droits
fondamentaux de l’homme est une condition de possibilité de la démocratie.

Donc, un parti qui manifeste, à travers plusieurs indices concordants, son hostilité envers les
droits fondamentaux tels qu’exprimés par la CEDH, peut se voir retirer son financement
public = approuvé par Mr. Dumont. L’art. 15ter n’a pas enfermé la démocratie dans une
définition ! « le respect des droits fondamentaux de l’homme est une condition de
possibilité de la démocratie » ne veut pas dire que la démocratie se réduit aux DH, mais
sans le respect de ces droits fondamentaux, il ne peut pas y avoir de démocratie.

Cela dit, sans prétendre inscrire les huit traits que M. Dumont va énumérer dans une
définition constitutionnelle ou législative, on peut reconnaitre d’un point de vue doctrinal,
qu’une démocratie aujourd’hui exige le respect de huit séries d’exigences. C’est donc
bien une définition doctrinale (approche institutionnelle) :
- les élections périodiques au suffrage universel secret ;
- le pluripartisme (plusieurs partis), impliqué par la première exigence ;
- liberté d’expression, de réunion et d’association (par rapport aux partis) ;
- la compétence législative d’une assemblée représentative ainsi élue au suffrage
universel ;
- le principe de majorité ! il faut que l’assemblée puisse prendre des décisions, on ne
va pas demander l’unanimité car on admet les conflits ;
- la protection des minorités : tout ne repose pas sur la seule volonté de la majorité ;
- Etat de droit = Etat dans lequel tous les pouvoirs sont soumis à la constitution, dans
lequel le pouvoir gouvernemental est soumis à la loi et le pouvoir judiciaire est
indépendant
- Etat de droit = Etat dans lequel la loi est égale pour tous ! protection des individus
contre l’arbitraire.

C’est donc l’approche institutionnelle qui a séduite et qui donne à méditer sur ce que
l’exigence démocratique veut dire, sur la façon dont elle est conduite dans l’Etat de droit
aujourd’hui.
239
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

CHAPITRE II. LES DFFERENTES FORMES DE DEMOCRATIE


Section 1. – La démocratie directe
La première démocratie = démocratie athénienne ! démocratie directe, mais ce n’est plus le
cas des démocraties aujourd’hui ; la majorité des Etats pratiquent la démocratie
représentative.

Section 2. – La démocratie semi-directe


Dans beaucoup d’Etats (y compris en Belgique), on pratique une démocratie semi-directe,
c’est-à-dire que l’on greffe sur un régime essentiellement démocratique certaines procédures
de démocratie directe :
- référendum,
- consultation populaire,
- initiative populaire

Section 3. La démocratie représentative et sa compatibilité avec les techniques référendaires


Bernard MANIN montre que le régime représentatif est fondé sur 4 traits essentiels,
constituant une sorte de matrice, se prêtant à des présentations qui vont varier dans le
temps (approche de science politique) :
(1) les élections : la légitimité des gouvernants trouve son fondement dans l’élection par
les gouvernés ;
(2) l’interdiction du mandat impératif ! le mandat impératif est un ensemble
d’instruction données par les électeurs aux élus " les élus ont donc les mains liées,
en tout cas en droit ;
(3) le respect des libertés publiques : les gouvernés sont foncièrement libres à l’égard
des gouvernants, ils peuvent s’exprimer en dehors du contrôle des gouvernants ;
(4) les gouvernants/élus doivent délibérer ensemble avant de prendre des
décisions ! les décisions politiques procèdent de la délibération/discussion/
échange d’arguments " c’est parce qu’il n’y a pas de mandat impératif qu’il y a
délibération ; les élus peuvent donc changer d’avis en tenant compte de l’échange
d’arguments.
240
Nina Lacour
BAC 1 Droit / 2014-2015  

Section 4. Les mutations de la démocratie représentative

Démocratie Démocratie de partis = Démocratie du public


parlementaire classique démocratie
e
= G-B au 19 s représentative jusqu’en
1970
L’élection : quel est le l ‘élu est un notable le profil de l’élu change, notable en qui on a
er
profil type de l’élu dans (avocat, notaire, curé, cela devient un homme confiance (proche du 1
le régime instituteur), en qui les de parti, uni aux profil) : personnes qui
parlementaire? électeurs ont confiance. Il électeurs par une suscitent tout
n’y a pas encore de partis commune appartenance particulièrement une
politiques. à un monde sociologique relation de confiance
déterminé (libéral, parce que cette personne
socialiste, catholique). a réussi à séduire le
public (= les électeurs).
L’interdiction du interdiction effective ! en droit, elle existe interdiction effective, les
mandat impératif le député est réellement toujours, mais dans les partis ne sont pas liés
libre de ses votes, faits, la discipline par un programme
discipline de parti. partisane est électoral ! les partis
extrêmement forte, l’élu séduisent par des images
doit suivre le parti ! l’élu et c’est donc plus basé
doit voter conformément sur une relation de
au parti confiance. Les
personnalités qui
émergent sont plus libres,
leur marge de manœuvre
est plus grande !
interdiction plus aussi
forte
Rapports entre élus et relation de distancation l’idéal est que le écart entre l’opinion du
électeurs entre le parlement et parlement soit une public et son
l’opinion publique. photographie des expression électorale
On ne peut pas dire que appartenances aux car les clivages
le parlement est l’image mondes sociologiques deviennent plus
de la nation car il est élu des électeurs nombreux, plus
au suffrage censitaire ! complexes, et les partis
écart entre l’opinion politiques ne peuvent plus
publique et le se poser comme
parlement représentants d’une
grande catégorie sociale
déterminée
! crise du verzuiling en
Belgique
Gouvernants/élus le lieu où on prend les forme de latéralisme crise de la démocratie
doivent délibérer décisions, c’est le politique ! les grandes représentative ; les
ensemble avant de parlement. discussions (celles qui électeurs ont de moins en
prendre des décisions – ont le plus d’incidence) moins confiance en les
lieu de la délibération ont lieu à côté du élus, ils se sentent de
parlement (conseil moins en moins bien
national du travail, conseil représentés et il y a donc
central de l’économie, une poussée de la
lieux informels). démocratie participative
(concertations, comités
de quartier, etc. ).
Phénomène de
l’électorat flottant :
masse d’électeur dont le
comportement est
imprévisible (alors
qu’avant, l’électorat votait
souvent toute sa vie pour
le même parti).
Maintenant, ça change en
fonction des enjeux.
Nina Lacour 241
BAC 1 Droit / 2014-2015

CHAPITRE III. LA SEPARATION DES POUVOIRS ET LES REGIMES


POLITIQUES

13/05/2015

On ne conçoit pas aujourd’hui une démocratie sur le plan institutionnel sans la séparation
des pouvoirs, elle est fondamentale.

Section 1. Les trois grandes fonctions de l’État et la séparation des pouvoirs

§1. Les trois grandes fonctions de l'Etat

(1) La fonction législative


Fonction de produire des lois qui peuvent être
- formelles
- matérielles = règle générale et abstraite, qui vise un ensemble a priori indéterminé de
destinataires.

Un règlement se distingue d’une loi en ce que le règlement comporte par définition aussi une
norme, mais il est soumis à la loi, tandis que la loi n’est soumise qu’à la C° (et aux règles
répartitrices de compétences).

(2) La fonction administrative


Au sens formel strict = adopter des actes administratifs à portée individuelle (tantôt
unilatéraux, tantôt bilatéraux)
- acte administratif unilatéral =
o manifestation de volonté destiné à produire des effets juridiques (= créer,
transmettre, éteindre, modifier des droits et des obligations)
o qui émane d’une autorité publique (le plus souvent administrative mais pas
toujours, ex : loi formelle)
o dans le but de servir l’intérêt général, dans les limites de la légalité.
o peut avoir des effets pour quelqu’un d’autre que l’administration elle-même !
- acte administratif bilatéral = contrats de l’administration qui font intervenir l’autorité
publique et une autre autorité de droit (permis de bâtir, permettre une radio de
diffuser une émission, etc.)
o 1ère hypothèse : l’autorité administrative se trouve dans une situation de
compétences liées ! la norme supérieure détermine entièrement le contenu
de l’acte administratif " pas de marge de manœuvre.
Ex : une subvention dont le montant, dont les conditions d’octroi et donc les bénéficiaires sont
définis de manière objective, précise et complète par un(e) L,D,O, arrêté ! si le bénéficiaire
n’obtient pas la subvention, il a un droit subjectif de l’obtenir et peut faire valoir se droit en
justice (art. 144 de la C°) car il a un droit subjectif de nature civile.
o 2ème hypothèse : si la norme supérieure laisse une marge de manœuvre, un
pouvoir d’appréciation discrétionnaire ! l’autorité administrative n’est pas
entièrement liée par la règle supérieure qui lui laisse apprécier ce que l’intérêt
général requiert.
Ex. : permis d’urbanismes délivrés en fonction du bon aménagement des lieux. Si vous voulez
obtenir l’annulation du refus de ce permis, vous n’avez pas de droit subjectif, donc vous allez au
Conseil d’Etat, section du contentieux administratif, pour faire contrôler la conformité à la
légalité. L’administration a un pouvoir d’appréciation, mais dans les limites de la légalité
uniquement. Si l’autorité justifie le refus en interprétant / appliquant mal telle ou telle règle de
droit, vous avez un argument pour obtenir l’annulation.
Nina Lacour 242
BAC 1 Droit / 2014-2015

Au sens formel large =


- fonction d’édicter des actes administratifs à portée individuelle
- + fonction d’édicter des actes administratifs règlementaires " le règlement est un
acte administratif à portée normative.

Au sens matériel = la fonction gouvernementale.


Le pouvoir exécutif assume la fonction administrative dans un sens plus matériel/politique !
fonction de gouverner/mettre en œuvre la politique générale de l’Etat en décidant des
moyens à mettre en œuvre pour atteindre tel ou tel but (sous le contrôle du Parlement).
Cela comprend également
- la mise sur pieds de services publics et d’assurer leur fonctionnement, de mettre en
place une police pour assurer la sécurité des personnes.
- des actes politiques qui ne sont pas du droit (ex : discours du premier ministre à la
presse).

(3) Fonction de juger (cf. SPD)


Si l’on compare l’acte juridictionnel (l’acte de trancher un conflit par application des règles de
droit) à l’acte administratif, il faut épingler la grande différence : la façon de se référer à la
règle de droit
- dans l’acte juridictionnel, le juge se soumet au droit, à l’ensemble des règles de droit,
car c’est son office, la finalité de son œuvre. Sa finalité est d’appliquer la règle de
droit.
- en revanche, celui qui pose l’acte juridique unilatéral/l’acte administratif à portée
individuelle doit aussi respecter les règles de droit, mais sa soumission au droit est
une soumission de moyen " finalité de l’administrateur est de servir l’intérêt général,
la légalité n’est pas son but en soit.

Le plus souvent, les autorités administratives ont un pouvoir d’appréciation discrétionnaire


pour servir cet intérêt général, dans la limite de la légalité.

§2. La séparation des pouvoirs


Principe très simple mais tout à fait fondamental,
- inventé par l’Angleterre,
- analysé par MONTESQUIEU, qui a bien compris le côté géniale de l’idée est de
servir la liberté, de se prémunir contre la tyrannie, en empêchant qu’un pouvoir (au
sens organique) ne s’empare de toutes les fonctions.

C’est donc un principe négatif, qui interdit la concentration de toutes les fonctions de
l’Etat dans les mains d’un seul pouvoir. Il faut que par la disposition des choses, le
pouvoir arrête le pouvoir.

C’est une idée qui relève du libéralisme politique (libéralisme économique) : la liberté est
mieux servie lorsque les fonctions sont exercées par des pouvoirs au sens organique.

C’est un PGD à valeur constitutionnelle en Belgique.


Nina Lacour 243
BAC 1 Droit / 2014-2015

Section 2. Les régimes politiques


Ce principe se prête à des traductions/modalisations qui varient et que l’on retrouve dans
trois régimes différents, appliqués différemment. Chaque régime politique (directorial,
présidentiel, parlementaire) est une manière différente d’organiser concrètement cette
séparation des trois grandes fonctions de l’Etat entre des pouvoirs ± distincts.

Un point commun à tous ces régimes (qui se veulent tous des démocraties) c’est
l’indépendance du pouvoir judiciaire (art. 6 CEDH). C’est la règle fondamentale,
précieuse entre toutes : les juges sont indépendants " la séparation des pouvoirs postule
d’abord l’indépendance de la justice.

Là où il y a place pour des modalités qui vont varier d’un régime à l’autre, c’est au niveau des
relations entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif.

§1. Le régime directorial (Suisse)


Au départ, on voue un culte au législatif (patrie de Rousseau, de la démocratie directe). Les
suisses considèrent que le pôle de la légitimité politique/démocratique, c’est l’Assemblée
fédérale = ensemble formé par la Chambre (Conseil National = Suisse entière) et le Sénat
(Conseil des Etats = cantons).
(1) les ministres sont dans ce régime élus par cette assemblée fédérale, par le
pouvoir législatif, et ils forment l’exécutif, qu’on appelle le Conseil fédéral.
(2) irrévocabilité mutuelle " les ministres ne peuvent pas être révoqués par
l’Assemblée, et inversement, les ministres ne peuvent pas dissoudre l’Assemblée.
Quand on observe ces caractéristiques, on se dit que c’est un régime où le poids
prépondérant appartient au législatif, l’exécutif est soumis au législatif.
(3) l’exécutif dispose du pouvoir d’initiative = pouvoir considérable + a la garantie de
gouverner pendant 4 ans
(4) les ministres peuvent faire plusieurs mandats. Dans la réalité, c’est donc un
régime dominé par l’exécutif.
Il faut ajouter deux choses :
- l’amour du référendum : l’exécutif s’incline devant les décisions du peuple
- on applique la démocratie consociative, encore plus fortement qu’en Belgique. On
compose en Suisse le gouvernement de manière telle que tous les grands partis sont
représentés, proportionnellement à leur force, on évite le plus possible le clivage
majorité contre opposition.

Il n’y a que la Suisse qui incarne ce régime. On y voue un culte au législatif, les suisses
considèrent que le pole de la légitimité est l’Assemblée : la Chambre (conseil national) et le
Sénat (conseil des Etats).

§2. Le régime présidentiel (USA)


Dans un régime présidentiel, il y a deux pôles de légitimité politique sur pied d’égalité :
- un président élu au suffrage universel
- un Congrès (= Chambre et Sénat) qui est lui aussi détenteur de la légitimité
démocratique puisqu’il est également élu au suffrage universel.

A première vue, il y a une séparation rigide des pouvoirs.


- le Congrès a l’initiative législative ! il légifère.
- tandis que le président, qui nomme ses ministres (= secrétaires d’Etats) assure la
fonction gouvernementale.
Nina Lacour 244
BAC 1 Droit / 2014-2015

Comme en Suisse, il y a irrévocabilité mutuelle : le président ne peut pas dissoudre le


congrès, et le Congrès ne peut pas faire démissionner le président (sous réserve de
l’impeachment). Les ministres eux-mêmes n’ont pas de comptes à rendre au Congrès, ils ne
sont responsables que devant le président.

Cette séparation rigide des pouvoirs est tempérée par un système de poids et
contrepoids :
(1) le véto législatif : le président peut s’opposer à l’adoption d’une loi par le Congrès.
Le Congrès ne peut l’emporter qu’en revotant et en obtenant la majorité des ⅔ (arme
substantielle) " président peut s’insérer dans la fonction législative.
(2) la nomination des hauts fonctionnaires par le président est soumise à
l’approbation du Sénat " législatif s’insère dans exécutif
(3) redoutables pouvoirs d’enquêtes dont le Congrès dispose contre l’exécutif.

En pratique, il en va du régime présidentiel comme de tous les régimes politiques : l’exécutif


domine, mais il domine néanmoins moins que dans un régime parlementaire. Il domine
également moins lorsqu’il n’est pas soutenu par la majorité du Congrès.
- le président a tout de même un pouvoir d’initiative par des sortes de pouvoirs
spéciaux.
- il faut également garder en tête la compétence de la Cour Suprême de contrôler la
constitutionnalité des lois.
- le pouvoir des partis est nettement moindre que dans un régime parlementaire
comme dans notre pays.
- le rôle de l’argent dans les campagnes électorales est affolant.

En France, il y a également un président, mais c’est un régime parlementaire avec un


correctif présidentiel. C’est un régime parlementaire parce que
- les ministres sont responsables devant l’Assemblée Nationale,
- mais il y a un correctif présidentiel parce que le président est élu au suffrage
universel,
o il a donc une légitimité politique et démocratique,
o il dispose de pouvoirs étendus.

Il existe également de nombreux régimes qui se disent présidentiels mais que ne le sont pas
du tout (tyrannie, despotisme, autoritarisme, etc.).

§3. Le régime parlementaire

Le plus répandu et appliqué en Belgique.

A. Sa genèse en Grande-Bretagne
Inventé de manière pragmatique par les anglais " l’idée est que le pouvoir royal doit
absolument être limité. Un pouvoir royal arbitraire est jugé progressivement insupportable,
et on se dit lors des grandes révolutions du 17e s, qu’il faudrait que l’on limite drastiquement
les pouvoirs du roi, mais les anglais sont très respectueux des traditions : « The king can do
no wrong » ! principe de l’inviolabilité du chef de l’Etat. Comment faire pour s’en prendre
au roi sans s’en prendre au roi ? En s’attaquant à ses ministres. Aux débuts du régime
parlementaire, les ministres font l’objet d’une procédure pénale (impeachment – guillotine).
Nina Lacour 245
BAC 1 Droit / 2014-2015

B. Ses caractéristiques
Puis, on passe d’une responsabilité pénale à une responsabilité politique : si une
majorité à la Chambre des communes désavoue un gouvernement ou un ministre, celui-ci
doit démissionner " le ministre doit donc répondre de ses actes.

Le Roi peut également provoquer la dissolution des Chambres = perte du mandat


parlementaire. C’est l’idée inverse d’une arme de rétorsion qui est à la disposition de
l’exécutif, c’est-à-dire du roi (= chef de l’exécutif) ! « acide nitrique » : si tu me renverse je
te dissous.

C. Son évolution

Dans le reste de l’Europe, au 19e – 20e s, on en fait le régime parlementaire actuel. Les deux
grandes caractéristiques sont les mêmes :
(1) Responsabilité des ministres devant l’Assemblée
(2) Pouvoir du chef d’Etat de dissoudre cette Assemblée

Le chef de l’Etat n’est pas toujours un roi, parfois un président (suffrage indirect en Italie, en
Allemagne, etc.). C’est lui qui nomme les ministres (≠ régime directorial). Ce chef d’Etat a
très peu de pouvoirs, il a surtout un statut honorifique. Quand il nomme les ministres, il doit
avoir la composition politique du parlement devant lui : il faut que la majorité (= moitié + 1)
soutienne le gouvernement.

Lendemain des élections de 2014. Il y a 150 députés, il faut que le Parlement soit soutenu par une majorité !
moitié + 1 = 76. Le roi doit se débrouiller pour nommer comme ministres des personnalités soutenues par 76
députés sur 150. Le roi Philippe a réussi, même si du côté du groupe linguistique français il n’y a que 20
francophones sur 62 membres du total de ce même groupe. Au totale le roi a bien fait son travail puisqu’en
désignant un gouvernement composé du MR, de la NVA, de l’Open-VLD et du CD&V ; on constate une majorité
er
de 85 députés sur 150. A partir du moment où 85 ministres applaudissent le 1 ministre M. Michel, aussitôt le
Parlement se met au « garde-à-vous » parce que le gouvernement va désormais faire voter par le Parlement ses
lois (puisqu’il est soutenu par la majorité).

" le principe de la responsabilité subsiste : si les députés perdent leur confiance en le


gouvernement/ un ministre, ils peuvent introduire une motion de méfiance.

Le risque n’est pas que le gouvernement Michel subisse une motion de méfiance par une
majorité de députés puisque cette majorité, aussi longtemps qu’elle est soudée, elle va
systématiquement soutenir le gouvernement " la responsabilité est devenue très théorique.

La séparation entre le législatif et l’exécutif devient très est surmonté par un fait majoritaire :
c’est la même majorité qui domine le Gouvernement et qui domine le Parlement. La
démission du Gouvernement risque donc plus une dissolution de la coalition
(implosion de l’intérieur) que par une motion de méfiance du parlement (bombe de
l’extérieur).

Le droit de dissolution est donc devenu une arme de dissuasion : le gouvernement peut
menacer de provoquer une dissolution (dans un régime parlementaire en général) du
parlement, dans l’espoir d’obtenir une majorité plus forte. Cette dissolution anticipée devient
parfois de trancher un conflit entre les partis de la majorité.

C’est donc un régime dans lequel les partis politiques jouent un rôle clé, et dans
lequel l’exécutif domine de facto.
Nina Lacour 246
BAC 1 Droit / 2014-2015

LEXIQUE

* L'Etat est le titulaire abstrait d’un pouvoir souverain et institutionnalisé exercé sur - et en
démocratie au nom de - la population d'un territoire déterminé pour servir prétendument
l’intérêt général.

* La souveraineté est la qualité qui vaut à l’Etat d’être un pouvoir suprême, au-dessus de
tout autre pouvoir dans l’ordre juridique (OJ) interne et indépendant dans l’ordre juridique
international, c’est-à-dire exempt de toute subordination à un autre Etat, à une puissance
étrangère.

* Une norme impérative du droit international général (jus cogens) est une norme acceptée et
reconnue par la communauté internationale des Etats dans son ensemble en tant que norme
à laquelle aucune dérogation n’est permise et qui ne peut être modifiée que par une nouvelle
norme du droit international général ayant le même caractère.

* La souveraineté au sens formel est « la compétence de la compétence », le pouvoir du


dernier mot, le pouvoir de maitriser en dernière instance la liste des compétences que l’on
exerce encore soi-même, « est souveraine l’entité politique qui a le droit de décider elle-
même de ce qui relève ou ne relève pas de sa compétence »

* D’un point de vue sociologique (selon P. BIRNBAUM), l’Etat est un pouvoir politique
différencié des périphéries sociales, territoriales ou partisanes qui constituent la société
civile, un pouvoir dont l'emprise sur cette société civile sera d'autant plus forte que son degré
d'institutionnalisation sera élevé.

* Les politologues (et P. BIRNBAUM) distinguent deux catégories d’Etats :


- les Etats fortement institutionnalisés sont les Etats dont la capacité de décision autonome
est élevée par rapport à ces groupes de pressions, pouvoirs locaux et régionaux et partis
politiques ; l’Etat aurait donc une capacité à surmonter les clivages qui peuvent opposer ces
groupes intermédiaires entre eux.
- les Etats faiblement institutionnalisés sont les Etats dont la capacité de décision autonome
est faible par rapport à ces groupes de pressions, pouvoirs locaux et régionaux et partis
politiques ; l’Etat aurait donc une faible capacité à surmonter les clivages qui peuvent
opposer ces groupes intermédiaires entre eux, il serait tout au plus une sorte d’enregistreur
des rapports de forces entre ces pouvoirs, il n’a pas vraiment de capacité de décision
autonome puisque celle-ci est guidée par les différents groupements intermédiaires.

* La démocratie consociative/de concordance/consociationnelle est un concept de science


politique qui permet de viser un mode de régulation de conflits dans une démocratie. Ce
mode a été utilisé aux Pays-Bas (en tout cas entre 1918 et 1967), en Autriche (depuis 1945
jusque 1966) et est toujours d’actualité en Suisse. Une telle démocratie se définit par trois
traits :
(1) présuppose une société civile segmentée/profondément divisée par des clivages
assez profonds (théorie des clivages)
(2) une certaine autorité des élites à l’intérieur des familles politiques/mondes
sociologiques correspondants à ces clivages
(3) négociations organisées entre les élites de ces mondes sociologiques en cherchant
un compromis qui peut faire l’objet d’un consensus
Nina Lacour 247
BAC 1 Droit / 2014-2015

* La pilarisation/verzuiling est l’idée que l’Etat ressemble à un temple grec, la voûte de l’Etat
! sa capacité à prendre des décisions dépend du consensus des trois piliers qui le
soutiennent : la famille catholique, la famille libérale et la famille socialiste. Jusque 1960, on
peut vraiment constater en Belgique que les grandes décisions relèvent d’un consensus
entre ces trois mondes.

* Selon Herbert HART, un ordre juridique est l’articulation entre des normes primaires
(règles de comportement) et des normes secondaires (identifient, modifient, sanctionnent les
normes primaires). Ces dernières peuvent être qualifiées de constitutionnelles dans un sens
matériel.

* La C° au sens matériel strict désigne l’ensemble des règles les plus fondamentales d’un
Etat. Dans tout Etat, la composition du Parlement, le mode de nomination des ministres, les
droits de l’homme est/sont important. Cette notion de la C° ainsi compris réfère à l’Etat, il
s’agit donc des règles les plus importantes et les plus fondamentales d’un Etat.

* La C° au sens matériel large vise toutes les règles statutaires propres à une institution
qu’elle soit Etatique ou non Etatique.

* La C° au sens formel strict est un ensemble de règles écrites et suprêmes issues d’un acte
juridique unilatéral de fondation posé par un pouvoir souverain dont la modification nécessite
le respect de règles procédurales plus contraignantes que pour la modification des autres
règles, ces dernières étant par hypothèse hiérarchiquement subordonnées à la C°. Dans ce
sens formel strict, on ne s’intéresse pas au contenu (l’eau dans la bouteille) mais bien au
contenant (la bouteille) d’une C°. Cette « bouteille » est identifiable par des signes
extérieurs : ce sont des règles écrites suprêmes, hiérarchiquement supérieures à toutes les
autres, posées par un pouvoir souverain (le PC) et qui sont rigides car on ne les modifient
pas facilement mais uniquement selon le respect de règles procédurales contraignantes.
Cette approche formelle stricte renvoie nécessairement à un Etat puisque la notion de
souveraineté est consubstantielle à celle d’Etat.

* La C° au sens formel large désigne toutes les normes situées au sommet de la hiérarchie
d’un OJ quel qu’il soit (Etatique ou pas). On vise bien les caractéristiques formelles : le rang
occupé par les normes constitutionnelles dans la hiérarchie des règles qui forment l’OJ en
cause, indépendamment du contenu et peu importe qu’elle soit écrite ou pas. Le sens formel
large couvre donc toutes les normes situées au sommet de la hiérarchie d’un OJ (écrites ou
non écrites), qu’il soit un Etat au pas.

* La rigidité désigne l’ensemble des contraintes procédurales ou de fond qui pèsent sur le
pouvoir habilité à réviser la C° (PC dérivé). Dans la définition de la C°, il y a l’idée qu’on ne
modifie pas la C° aussi facilement qu’une loi ordinaire, cette modification se fait sur base de
règles plus contraignantes que pour la modification des lois ordinaires. Ce que le mot
« rigidité » permet de faire apparaître l’existence de plusieurs degrés de rigidité, il faut
distinguer les C° suivant qu’elles sont très rigides ou plutôt souples.

* Les C° sont des normes à la fois rigides parce qu’on ne peut pas les modifier de la même
façon qu’on modifie les lois ordinaires et suprêmes, au-dessus de toutes les autres règles
de droit à l’intérieur de l’OJ national.

* La coutume est une pratique répétée de manière récurrente avec la conviction qu’il faut, en
droit, se conformer à cette pratique. Attention à ne pas confondre l’usage et la coutume : à la
différence de l’usage, la coutume est une règle de droit.
Nina Lacour 248
BAC 1 Droit / 2014-2015

* La nationalité est le lien de droit qui unit/rattache les personnes physiques ou les
personnes morales à un Etat et qui a pour effet de leur procurer des droits et des obligations
! de donner aux nationaux un statut. Deux droits tout à fait fondamentaux, directement
issus de la nationalité sont
(1) le droit d’accéder au territoire de l’Etat dont on a la nationalité
(2) le droit de ne pas être expulsé du territoire dont on a la nationalité
e
Cette règle se trouve à l’art. 3 du 4 Protocole additionnel à la CEDH.

* Le mot citoyenneté en droit désigne le bénéfice de l’ensemble des droits fondamentaux de


l’homme sous réserve le cas échéant des droits politiques si on prend la citoyenneté au sens
large. La citoyenneté au sens strict est les droits politiques. On distingue deux sens un sens
large et un sens restreint.
(1) au sens large, le mot citoyenneté désigne le fait de bénéficier de l’ensemble des
droits fondamentaux de l’homme sous réserve le cas échéant des droits politiques.
On peut être citoyen au sens large sans être bénéficiaire des droits politiques.
(2) par contre, quand on parle de la citoyenneté au sens strict on vise la jouissance des
droits politiques. Les droits politiques sont essentiellement des droits liés à la
participation à la vie de la cité.

Les droits politiques sont :


(1) le droit de vote ! ius suffragi,
(2) le droit d’éligibilité ! ius honorum,
(3) le droit d’accéder aux emplois publiques (le droit dont on parlait avec l’arrêt Orfinger,
(4) le droit de faire son service militaire (obligation là où elle existe, d’ailleurs on le
ressuscite dans des pays comme la Lituanie tellement ceux-ci ont peur de la Russie
de Poutine) ! ius militae
(5) le droit de payer ses impôts ! ius tributii.

La citoyenneté ne peut pas se réduire à l’ensemble de droit. La citoyenneté comporte aussi


l’obligation d’obéir aux lois. On est au cœur de l’exigence démocratique parce que l’idée de
la citoyenneté c’est que : si on doit obéir aux lois c’est parce qu’on participe à leur
élaboration. On le droit de vote et le droit à l’éligibilité à travers ces droits politiques, on
participe à la vie de la cité. On a donc l’obligation d’obéir aux lois produites par les
représentants de la cité. L’obligation d’obéir aux lois est une obligation citoyenne.

* La citoyenneté au sens strict vise les droits politiques et uniquement les droits politiques.
Là, la tradition résiste même si il y a des évolutions notables. C’est une tradition qui réserve
la citoyenneté au sens strict au profit des seuls nationaux.

* La conception ethnique de la nation est une conception qui identifie la nation à l’ensemble
des hommes et des femmes qui auraient en commun une appartenance à une communauté
lié par un même passé, même langue, même religion ou encore culture ! ils sont unis par
un trait soi-disant objectif. Dans les conceptions, les plus innommables on rajoute une même
race.

Tendance à survalorise le particulier, c’est la nation génie, il y a l’idée qu’il aura une sorte de
nature qui française, italienne,… Le mot naturalisation vient de là c’est un des modes
d’acquisition de la nationalité. Le mot évoque encore l’idée d’une nature nationale que l’on va
finir par acquérir. Cette conception ethnique est présenté souvent comme une conception
germanique parce qu’on trouve les traces dans les écrits philosophiques de deux
philosophes allemands HERDER et FICHTE.
Nina Lacour 249
BAC 1 Droit / 2014-2015

FICHTE, dans ses discours à la nation allemande en 1807-1808 cherche un critère pour
réunir les 200 principautés qui existaient dans ce qu’on va appeler l’Allemagne. Il y avait 200
principautés tout à fait autonomes. FICHTE en appel à la création d’une nation allemande
cimenté par la langue allemande. Par ailleurs, il n’est pas conservateur comme on l’a dit
très loin de là. Dans l’histoire des idées politiques, on le présente comme une des
fondateurs de cette conception ethnique.

* La conception civique de la nation, attribuée à E. SIEYÈS, est l’ensemble des citoyens


libres et égaux qui acceptent/veulent de vivre ensemble sous une loi commune. C’est une
conception plus satisfaisante pour la démocratie.

C’est pour ça que la tâche de HERDER et FICHTE est plus compliquée que celle de
SIEYÈS. Quand FICHTE essaie de penser la nation allemande il part d’une situation où il y a
200 principautés autonome et divisé. Donc il cherche à créer la nation allemande et il prend
le critère de la langue SIEYÈS en 1788, il a La France devant lui, son territoire et l’état
français existe depuis longtemps. Ce qu’il veut simplement faire c’est transformer les français
en démocrate. Il veut instaurer une sorte de démocratie qui ne sera pas encore le suffrage
universel. C’est l’abolition des privilèges, la loi commune, le règne de l’égalité.

On ne crée pas une nation à partir d’un niveau zéro de socialité, il y a d’abord des choses en
communs. C’est très difficile de définir la nation. On arrive à une solution qui n’est pas sans
reproche et qui pose aussi des difficultés mais qui est peut-être plus satisfaisante !
définition syncrétique d’un intellectuel français bien connu de la fin du 19e s. : Ernest
RENAN.

* La définition syncrétique de la nation (RENAN) est l’ensemble de ceux qui sans être
nécessairement uni par un critère linguistique, religieux, culturelles ni un critère racial
éprouve le sentiment d’appartenir à une communauté distincte en raison de la possession
d’un passé commun (il y a une histoire commune) et qui d’autre part encore la volonté de
vivre ensemble (la volonté de faire valoir l’héritage reçu du passée. RENAN définit la nation
en retenant un seul critère seulement de la conception ethnique : le passé commun. Il
amalgame le critère objectif du passé commun avec le critère subjectif volontariste de Sieyès
qui est la définition civique.

* La définition de la nation selon KYMLICKA ! une nation désigne une communauté


intergénérationnelle
(1) plus ou moins développée sur le plan institutionnel
(2) occupant un territoire donné
(3) partageant une langue distincte
(4) et ayant une histoire commune.

* La théorie de l’Etat post-national (HABERMAS) vise l’Etat qui n’a pas besoin d’un autre
fondement que le « patriotisme constitutionnel. Cette expression est un concept de
philosophie politique qui articule une dimension affective (qui dit patriotisme dit sentiment
d’appartenance à une patrie) qui est fondée sur un attachement raisonnable à des règles de
droit que l’on trouve précisément dans la C° = principes les plus fondamentaux, colorés de la
culture politique de l’Etat en question: Etat de droit, démocratie, DDH, etc. ! pas besoin d’un
ciment
(1) de type linguistique,
(2) tiré d’un passé commun
(3) tiré d’une coutume commune
Nina Lacour 250
BAC 1 Droit / 2014-2015

* Il faut distinguer deux modes d’obtentions de la nationalité


(1) obtention de la nationalité belge sans poser le moindre acte de volonté ! attribution
de la nationalité
(2) obtention de la nationalité belge à la suite d’un acte de volonté ! acquisition de la
nationalité

* Un droit subjectif est le pouvoir dont dispose une personne (appelée le sujet actif du droit)
d'exiger d'un tiers (appelé le sujet passif du droit) une action ou une abstention, en vertu
d'une règle du droit objectif qui lie ce tiers sans lui laisser aucun pouvoir d’appréciation
discrétionnaire. Le sujet actif a
(1) un intérêt direct, personnel et légitime au respect de la règle en cause.
(2) normalement, aussi la faculté de s'adresser à une juridiction aux fins de contraindre le
sujet passif du droit à s'exécuter (cf. les art. 144 et 145 de la C°).

* La déchéance de nationalité est une sorte de sanction civile (et non pénale) prononcée à
l’encontre d’une personne par une autorité judiciaire et qui consiste à lui retirer sa nationalité.

* L’apatridie est le fait de ne pas avoir la moindre nationalité. Permettre à un étranger


d’acquérir une nationalité est un exercice de la souveraineté Etatique ! chaque Etat définit
souverainement le cercle de ses nationaux ; mais comme chaque Etat est justement
souverain, il peut arriver qu’une personne se retrouve apatride. La Belgique est liée par des
engagements internationaux qui ont pour vocation d’éviter de créer des cas d’apatridie.

* Le territoire se définit comme l'espace à l'intérieur duquel l'Etat exerce sa souveraineté. La


possession d'un territoire est une caractéristique des pouvoirs étatiques. Les Eglises,
les peuples dispersés ou les nomades sont des collectivités capables de se donner des
règles de droit, mais ils ne sauraient constituer un Etat.

La souveraineté territoriale de l'Etat va de pair avec un principe d'exclusivité :


(1) à l'intérieur de son territoire, il détient, en principe, le monopole du pouvoir coercitif !
un Etat peut légiférer à propos de situations ou de personnes localisées à l'étranger
(et, inversement, des lois étrangères peuvent s'appliquer sur son territoire).
(2) mais, il ne peut pas exercer ses pouvoirs de contrainte sur un territoire étranger pour
sanctionner les infractions à ces lois.

Le territoire d'un Etat comprend plusieurs composantes :


(1) le territoire terrestre : le sol, le sous-sol et les eaux comprises à l'intérieur des
frontières;
(2) le territoire maritime : une bande de mer adjacente aux côtes appelée mer territoriale.
(3) le territoire aérien = l'espace atmosphérique qui surplombe le territoire terrestre et la
mer territoriale de l'Etat.

* Une collectivité politique se définit par trois caractéristiques :


(1) elle est une personne morale de droit public ! possède donc une personnalité
juridique distincte de l'Etat ;
(2) elle dispose de compétences qui lui sont réservées en propre pour gérer des intérêts
qui lui sont spécifiques, de manière plus ou moins autonome (degrés d’autonomie
variables d’une collectivité politique à l’autre) ;
(3) elle est dotée d'institutions particulières, c'est-à-dire d'organes propres pouvant agir
en son nom et pour son compte, et désignés suite à l'intervention directe ou indirecte
du corps électoral de la collectivité elle-même = organes élus !
Nina Lacour 251
BAC 1 Droit / 2014-2015

L’Etat est un collectivité politique souveraine qui se compose de plusieurs


collectivités politiques infra-étatiques (régions, départements, provinces, communes,
etc.).

* Les structures d’un Etat désignent les relations juridiques qui unissent les diverses
collectivités politiques infra-étatiques entre elles.

* L'Etat unitaire est l'Etat dans lequel la loi est la même pour tous ; c'est celui où l'autorité
centrale s'impose comme le seul et unique moteur des principales impulsions politiques. Il y
a un pouvoir législatif qui fait la loi pour l’ensemble de la population. Les collectivités
territoriales n’ont aucun pouvoir législatif. Mais cela ne veut pas dire qu'il va exercer lui-
même toutes les responsabilités. Pour éviter les lourdeurs et les inefficiences qui ne
manqueraient pas de résulter d'un unitarisme exclusivement centralisateur, les Etats
unitaires disposent de deux techniques qu'il convient de soigneusement distinguer :
(1) la déconcentration
(2) la décentralisation

* La déconcentration est un mode d'organisation de l'administration (degré 0 de


l’autonomie)
(1) qui tempère la centralisation
(2) qui consiste en la délégation par l'autorité (M. Dumont), titulaire d'une compétence,
d'une partie de celle-ci (y compris décisionnelle) à une autorité subordonnée (moi), à
charge pour cette dernière de l'exercer sous le contrôle hiérarchique de la première

Cette définition appelle les précisions suivantes :


(1) les agents d'un service déconcentré restent hiérarchiquement subordonnés à
l'autorité centrale et les actes juridiques qu'ils peuvent accomplir engagent la dite
autorité ! c'est toujours le même marteau qui frappe, seulement on a raccourci le
manche.
(2) il y a une hiérarchie organique entre un organe supérieur (l’autorité) et un organe
inférieur (autorité subordonnée)
(3) l’organe déconcentré, là où il est, exécute les ordres/instructions de l’organe
délégante ! tout ne se passe pas dans la capitale, l’organe déconcentré peut agir
n’importe où dans le territoire de l’Etat pour exécuter les actes de l’autorité centrale
>< centralisation.
(4) le supérieur hiérarchique/déléguant peut
a. « organiser son service » comme il l'entend ;
b. donner des injonctions au délégataire ;
c. annuler la décision du délégataire ;
d. réformer les injonctions qu’il donne ! un ministre « conserve le pouvoir de
réformer les décisions prises par ses subordonnés » ;
e. se substituer au délégataire.
(5) la délégation est « précaire et révocable »

(6) en droit public, toutes les compétences étant en principe d'attribution et devant donc
être exercées par leurs titulaires, une délégation de compétence ou de pouvoir « ne
peut pas porter sur l'essentiel de la compétence concernée, mais sur des
mesures secondaires ou accessoires ».
Nina Lacour 252
BAC 1 Droit / 2014-2015

* La décentralisation (degré 1 de l’autonomie) est une technique de droit public par laquelle
(1) la C° attribue un pouvoir de décision de nature administrative et réglementaire
(législative car sinon fédéralisme) ;
(2) à une autorité/collectivité politique (dite décentralisée) ;
(3) dans les limites de la légalité et dans le respect de l’intérêt général, tel que l’autorité
centrale le conçoit ;
(4) à charge pour elle de les exercer sous un régime d'autonomie ; autonomie a pour
conséquence que l'entité décentralisée est soumise
a. non pas au pouvoir hiérarchique de l'autorité supérieure
b. mais à un contrôle de tutelle.

Le contrôle de tutelle est tout autre chose que la relation de hiérarchie organique qui
caractérise la déconcentration
(1) dans la déconcentration, il y a une hiérarchie entre un organe supérieur et un organe
inférieur ;
(2) alors que dans la décentralisation, le principe est l’autonomie de la collectivité
politique décentralisée : elle a un pouvoir de décision (réglementaire et administratif)
soumis à des contrôles de tutelle

* La tutelle est ensemble de techniques très diversifiées qui permettent à une autorité
centrale de contraindre les collectivités politiques décentralisées à respecter la légalité et
l’intérêt général :
(1) tutelle d’autorisation,
(2) tutelle d’approbation,
(3) tutelle de suspension
(4) tutelle d’annulation,
(5) tutelle de substitution (à titre exceptionnel)

* L'Etat fédéral est un Etat (= Etat global) dans lequel les pouvoirs politiques ont été partagés
(en particulier le pouvoir législatif) entre un Etat central et les collectivités politiques fédérées.
Chacun se voit reconnaître par la C° le pouvoir de faire la loi dans son domaine :
(1) l'Etat central fait la loi dans le seul domaine des affaires communes,
(2) tandis que les collectivités fédérées font la loi dans la sphère des intérêts qui leur
sont propres.

NB : M. Dumont prend ici le mot loi au sens de toute norme juridique dont la validité n'est conditionnée que par le
respect de la C°.

Dans cette définition, le mot « Etat » est utilisé dans deux sens différents ; « l’Etat fédéral est
un Etat qui » : on vise ici l’enveloppe dans laquelle on trouve deux niveau de pouvoirs :
(1) le niveau central de l’Etat ! « entre un Etat central et les collectivités politiques
fédérées » = Etat qui n’a que des compétences limitées par la C°
(2) les collectivités fédérées

Comme cette définition le montre, le fédéralisme repose donc en général sur quatre grands
principes :
(1) le principe d'autonomie : chaque collectivité politique fédérée reçoit de la C° le
pouvoir de faire la loi en toute autonomie dans un certain nombre de domaines.
(2) le principe d'égalité : les lois fédérées sont sur pied d’égalité avec les lois fédérales,
pour autant qu’on est dans le domaine des compétences exclusives ! dans le
domaine des matières qui relèvent exclusivement de la compétence des collectivités
politiques fédérées,
Nina Lacour 253
BAC 1 Droit / 2014-2015

a. les lois fédérales ne sont pas supérieures aux lois fédérées ;


b. les lois fédérales ne peuvent pas empiéter sur les compétences des lois
fédérées (et vice-versa).
(3) le principe de participation : dans tout Etat fédéral, les collectivités politiques
fédérées sont mises en mesure de participer à la conduite de l’Etat fédéral ! on se
soucie d’associer les collectivités politiques fédérées à la gestion de l’Etat fédéral.

(4) le principe de coopération : dans tout Etat fédéral, les collectivités politiques
fédérées doivent pouvoir collaborer entre elles et avec l’Etat central.

* La philosophie politique du fédéralisme permet de concilier


(1) le respect de la diversité des composantes d’un Etat hétérogène, d’un Etat le
cas échéant multinational au sens sociologique du mot ;
(2) avec un minimum d’unité sans laquelle ce n’est pas un Etat. Préserver « l'unité
dans la diversité » et assurer « la diversité dans l'unité », tel est l'extraordinaire défi
permanent que le fédéralisme tente de relever. Le fédéralisme invite donc les
institutions politiques et les hommes qui leur donnent vie à réaliser un travail
quotidien d'équilibriste.

* Il y a deux catégories de compétences


(1) les compétences exclusives sont des compétences qui appartiennent, en vertu de la
C°, soit à l’Etat fédéral, soit aux collectivités politiques fédérées ! si l’Etat fédéral est
compétent, les collectivité politiques fédérées ne le sont pas ; et inversement.
(2) les compétences concurrentes/partagées sont des compétences qui, en vertu de la
C°, appartiennent aux collectivités politiques fédérées ; mais, dans ces matières,
l’Etat fédéral est autorisé à intervenir, et si il décide d’intervenir, alors la loi fédérale
prime sur les lois fédérées.

* Un conflit de compétences est une situation où


- une loi fédérale prétend avoir été adoptée valablement alors que les collectivités
fédérées estiment que la loi fédérale a empiété sur le domaine de compétences
réservées aux collectivités fédérées
- une collectivité fédérée prétend légiférer dans une matière alors que l’Etat fédéral
estime qu’elle empiète sur son domaine
Quand une collectivité fédérée ou l’Etat fédéral considère qu’il y a un conflit de compétence,
ce dernier est réglé devant un juge, la CC en Belgique, qui va le régler par application des
règles de droit qui figurent dans la C° ; étant donné qu’il n’y a pas de principe hiérarchique a
priori de la loi fédérale.
 
*   « Fédérer » c’est « unir » ; donc un principe de coopération s’impose, mais à ne pas
confondre avec le principe de participation :
- la participation désigne l’ensemble des techniques qui permettent aux collectivités
politiques fédérées de participer à la conduite de l’Etat fédéral,
- tandis que la coopération permet aux collectivités fédérées de collaborer entre-elles
ou avec l’Etat fédéral ; chaque collectivité fédérée est mise en mesure de passer un
accord de coopération avec une autre collectivité fédérée, avec toutes les collectivités
fédérées et éventuellement, avec l’Etat fédéral.

* Une circonscription administrative est une subdivision du territoire


(1) dénuée de la personnalité juridique,
(2) sans organes propres
(3) sans compétences propres,
Nina Lacour 254
BAC 1 Droit / 2014-2015

(4) créées par une personne morale de droit public pour atteindre un des deux objectifs
suivants :
3° faciliter l'action d’une collectivité politique par la création de services
administratifs déconcentrés (! déconcentration)
4° diversifier son action par la délimitation de zones géographiques permettant
de différencier les règles d'une même législation/réglementation ou d'une
même réglementation en fonction du lieu où elle s’applique (but poursuivi par
les régions linguistiques)
 
* Les arrondissements administratifs sont des circonscriptions administratives/délimitations
créées au sein des provinces pour faciliter le contrôle de l'application des lois et des
règlements ! espèce (arrondissement administratif) à l’intérieur du genre (circonscription
administrative). Les commissaires d'arrondissements travaillent sous la direction du
gouverneur de province.

* Les collèges électoraux se définissent comme des groupements d'électeurs/électrices


invités à participer à une élection déterminée (= collège électoral). Ces groupements
correspondent à des délimitations territoriales qu'on appelle des « circonscriptions
électorales » ; cf. art. 63, §4 et 68, §3, de la C°.

* Un obiter dictum est un considérant/développement qu’un juge écrit dans les motifs d’un
arrêt qui ne sert pas de soutien indispensable au dispositif de l’arrêt ! pas d’autorité de
chose jugée.

*En vertu du fédéralisme personnel, une communauté dont les membres sont dispersés sur
tout le territoire d'un Etat doit être en mesure de gérer certains de ses intérêts par l'édiction
de lois applicables à ses ressortissants indépendamment du lieu de leur domicile, donc sur
la base des personnes et non du territoire.

* Les compétences que les deux commissions exercent en tant que pouvoirs
organisateurs = le pouvoir de créer, d’organiser, de financer des activités culturelles,
d’enseignement, qui relèvent des matières personnalisables.
Nina Lacour 255
BAC 1 Droit / 2014-2015

EXAMEN

- bien respirer dans des conditions stressantes


- mythe à son propos
- 4 questions fermées et 1 question ouverte reçue quand on entre
- 20 min avant le début de notre passage
- on présente les codes à l’assistant
- 20 min de préparation de l’ensemble des réponses
- 1er partie = 4 questions devant l’assistant (chacune sur /5)
o V/F + brève justification ! « la règle du ius sanguinis relève d’une
conception civique de la nation » FAUX = conception ethnique
o définitions de notions élémentaires
o mots à compléter dans des phrases pré-rédigées !« paradoxalement, en
terme de X la LS est plus rigide que la C° »
o base légale ou fondement d’une règle ! principe de la suprématie
constitutionnelle : art. 33 al. 2
- moins de 8/20 chez l’assistant = on ne passe pas devant le prof
- 8/20 ou plus = on passe l’examen devant le prof
- 2e partie = 1 question ouverte devant le prof

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