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Exploration du Documentaire Ethnographique

Le document traite des différentes approches du cinéma documentaire, en se concentrant sur le documentaire formaliste et ethnographique, ainsi que sur les contributions de figures clés comme Robert Flaherty. Il explore la tension entre la représentation de la réalité et l'intervention du documentariste, tout en soulignant l'importance de l'ethnologie et de l'ethnographie dans la compréhension des cultures. Enfin, il aborde la notion de documentaire poétique, qui cherche à exprimer une vision subjective de la réalité.

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Exploration du Documentaire Ethnographique

Le document traite des différentes approches du cinéma documentaire, en se concentrant sur le documentaire formaliste et ethnographique, ainsi que sur les contributions de figures clés comme Robert Flaherty. Il explore la tension entre la représentation de la réalité et l'intervention du documentariste, tout en soulignant l'importance de l'ethnologie et de l'ethnographie dans la compréhension des cultures. Enfin, il aborde la notion de documentaire poétique, qui cherche à exprimer une vision subjective de la réalité.

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Cinéma documentaire

CIN-2100

i) Retour sur le documentaire formaliste


ii) Le documentaire ethnographique

être en situation pédagogique : Gabriel Laverdière

Université Laval
Vertov
la « vie telle qu'elle est » (son mouvement)
Cette recherche n'exclut pas l'intervention du
documentariste.
la constitution d'un récit/diégèse n'est pas assurée (homogénéité)
l'instabilité naturelle du monde paraît y être reconduite
(hétérogénéité)
« Matière ou esprit, la réalité nous est apparue comme
un perpétuel devenir. Elle se fait ou se défait, mais
elle n’est jamais quelque chose de fait », écrivait
Bergson.

des séries (Chateau)


ou « petits regroupements narrativo-thématiques » (Roy)
Vertov lui-même, à ce propos :

« la matière première de l'art du mouvement [le


cinéma] [est] les intervalles, le passage d'un
mouvement à un autre. »

« la progression entre les images [...] est formée de la


somme des différentes corrélations [...] »
« Il n’est pas étonnant que nous ayons à le construire [le
monde ou la vie telle qu’elle est], puisqu’il n’est donné
qu’à l’œil que nous n’avons pas. » (Deleuze, L’image-temps, p.
117)
En somme...

« Lorsque l'intervalle fait le jeu d'une


association différentielle ou par appariement
[corrélations], il met à nu l'état discursif –
formaliste – du film, il renvoie à la constitution
du film lui-même et insiste sur la diversité des
liens qu'il établit. L’œuvre de Vertov privilégie
[...] l'établissement d'un “devenir film”
[poiesis], plutôt que celui d’un “devenir
histoire” [diegesis]. C’est que la préférence est
accordée aux matériaux qui forment le film et
qui sont en lien [...] avec la pensée du devenir
[que la réalité contient]. Dans ce cas, le film est
associable à la “vie telle qu'elle est”. » (Roy)
Le documentaire ethnographique I :
La reconstitution
Mentir est parfois nécessaire. Il faut
souvent déformer la chose pour en
saisir la vérité.
Robert Flaherty

J’ai voulu montrer la majesté première et l'originalité de


ces peuples tant que c'est encore possible... J'ai voulu
mettre en relief leurs qualités particulières; et je tiens à
ajouter que la réalité n'est pas déformée dans mes films.
Les hommes apparaissent tels que je les ai découverts...
Robert Flaherty
deux figures initiales ou objets d’étude, Flaherty et Bunuel

Ethnologie, ethnographie
À propos de l’anthropologie… « Étude générale de l'homme sous le rapport de sa
nature individuelle ou de son existence collective, sa relation physique ou spirituelle au monde, ses
variations dans l'espace et dans le temps, etc. » (TLF) « Ensemble des sciences étudiant l'homme,
de manière générale, incluant l'anthropologie biologique » (PR)

Ethnologie : « Étude des faits et documents recueillis par l’ethnographie


(couvrant le domaine de l’anthropologie culturelle et sociale). » (PR)

Ethnographie : « Étude descriptive des divers groupes humains


(ethnies), de leurs caractères anthropologiques, sociaux, etc. » (PR)
continuons

« L'étude des phénomènes résultant du


groupement en unités collectives est proprement le
fait de l'ethnologie. [...] Il y a lieu de croire que le rôle
de l'ethnologie est d'étudier et de comprendre ce qui
est le plus intimement propre à chaque groupe
humain à travers le temps et l'espace, c'est-à-dire
d'abord en quoi les groupes sont personnalisés et
différents. »
(André Leroi-Gourhan, « L’expérience ethnologique », dans
Jean Poirier [dir.], Ethnologie générale, ..., 1968.)
« Au point de départ, l'ethnologie est dénuée de
méthode autre que des recettes d'observation
des faits. C'est une ethnographie derrière
laquelle s'exerce la vigilance d'une perception
de l'organisation originale des traits d'un groupe
ethnique. »

(Leroi-Gourhan)
Le « devoir le plus réel de l'ethnologie [...] est
d'établir les faits en vue de leur assemblage
significatif [et non pas créatif]. » (ibid.)

« La fonction ethnographique est une fonction


d'enregistrement » (id.)
pour compléter, quelques détails

Ethnographie : « Étude descriptive des activités d'un


groupe humain déterminé (techniques matérielles,
organisation sociale, croyances religieuses, mode de
transmission des instruments de travail, d'exploitation
du sol, structures de la parenté). »

(Larousse)
Définition de l'ethnologie par
Claude Lévi-Strauss (anthropologue et
ethnologue) :

[Link]
Petits repères historiques
Les précurseurs du documentaire ethnographique

Les débuts (Marey, Muybridge, Edison, des médecins-


anthropologues dont Regnault et Comte, Lumière).

Enregistrement de comportements ou pratiques de


populations indigènes du monde (rituels, activités techniques
et culturelles, modes de vie).

Le film de voyage (travelogue) – Burton Holmes (dès 1897).

Des films exotiques sont produits.


Robert Flaherty (1884-1951) :
le « père du documentaire »

« J’étais d’abord un explorateur, ensuite un artiste. »

1910-1916 : explorations/expéditions baie d’Hudson


(W. Mackenzie), tournages auprès des Inuits (70 000
pieds)

1920-1921 : tournage de Nanook, paraît en 1922


(Révillon)
il se brouille vite avec le milieu (échecs avec Murnau, Van

Dyke, Korda, Welles, etc.).



son passage à Hollywood : c'était comme « parcourir les
égouts à bord d'un bateau à fond de verre ».
Ombres blanches (1928, Van Dyke)

« Un garçon indigène [Tahiti] devait grimper sur un palmier à la recherche de noix de


coco. Flaherty exposa ses idées sur la scène : “– Nous devons capter ce qui est
détails dans cette scène. Laissez-moi monter la caméra et étudier la chose.
Comment cela se fait-il? Est-ce aussi dangereux que cela paraît? Nous avons la
chance d'introduire ici un joli moment de folklore polynésien.
Il y eut un silence puis un des assistants dit : Chef, et si nous avions six garçons
sur six cocotiers chantant Old Man River ? – Fils, répondit Van Dyke, ce serait
grand, ce serait immense, j'aime ça. Mais nous pouvons faire encore mieux !”
Ce soir-là, Flaherty loua un canot, alla jusqu'à un écueil et avec une lenteur
funèbre, il déchira son contrat en minuscules morceaux et les éparpilla sur la
mer tumultueuse. »

(François Niney, L’épreuve du réel à l’écran : essai sur le principe de réalité documentaire, Bruxelles,
Éditions de Boeck Université, 2000, p. 48.)
« Nanouk chassait au fusil, non au harpon; on ne
pêchait plus le requin aux îles Aran depuis
cinquante ans; on ne dansait plus, on ne tatouait
plus à Samoa, les missionnaires l’avaient
interdit. » (Passek)
(incidemment)

Saumialuk : le grand gaucher (Claude Massot et Sébastien


Régnier, 1990)

Kabloonak (Claude Massot, 1994)


Eu égard aux conventions du documentaire

i) pas d'acteurs
ii) pas de reconstitutions

iii) pas de scénario, pas d'intrigue


iv) pas de subjectivité
v) pas de montage particulier ni d’effets plastiques
vi ) présence de documents
À propos de la scène de la chasse

André Bazin : « Ce qui compte pour Flaherty devant


Nanook chassant le phoque, c'est le rapport entre Nanook
et l'animal, l'ampleur réelle de l'attente. Le montage
pourrait suggérer le temps : Flaherty se borne à nous
montrer l'attente; la durée de la chasse est la substance
même de l'image, son véritable objet. Dans le film, cet
épisode ne comportera donc qu'un seul plan. »

Jean Rouch : « Dans Nanook, la chasse au phoque est


tournée en un seul plan »
(Rouch, Ethnologie générale, …, p. 454)
Analyse sémiotique de Gianfranco Bettetini

Petit lexique :

dénotation : sens littéral communément admis


connotation : supplément de sens accordé à certains mots ou
associations de mots
signe indiciel : signe par contact physique (trace de
pas dans la neige, fumée/feu) – existence…

signe iconique : signe qui constitue une


représentation de qqch. (entretient des liens de
ressemblance avec les objets) – image...

signe symbolique : implique la volonté de signifier


qqch. de particulier (oiseau=liberté) – signification...

(les catégories proviennent de Peirce)


« le paysage où se déroule la scène n'est pas une étendue de neige quelconque,
mais une plaque de glace qui s'est formée sur la mer avec tous les risques et
toutes les possibilités d'actions [narratives] que cela implique » (Bettetini)

une prémisse,
une promesse
de récit
Le spectateur est un être généreux

André Bazin : « Ce qui compte pour Flaherty devant


Nanook chassant le phoque, c'est le rapport entre Nanook
et l'animal, l'ampleur réelle de l'attente. Le montage
pourrait suggérer le temps : Flaherty se borne à nous
montrer l'attente; la durée de la chasse est la substance
même de l'image, son véritable objet. Dans le film, cet
épisode ne comportera donc qu'un seul plan. »

Jean Rouch : « Dans Nanook, la chasse au phoque est


tournée en un seul plan »
(Rouch, Ethnologie générale, …, p. 454)
Bettetini

« Suspense réaliste […] et non pas suspense réel. »


« on [ne] peut donc pas affirmer qu’il soit possible de
ramener l’intention expressive de Flaherty à l’intérieur
des limites d’un positionnement documentariste clair, ni
que son intervention de réalisateur vise surtout à la
découverte object[ive] du rapport entre l’homme et son
milieu [...] »
le documentaire camoufle sa fiction

« le cinéma de fiction est dans son principe


beaucoup moins illusoire et beaucoup moins
menteur que le cinéma dit documentaire parce que
l'auteur et le spectateur savent qu'il est fiction,
c'est-à-dire qu'il porte sa vérité dans son
imaginaire. Par contre, le cinéma documentaire
camoufle sa fiction et son imaginaire derrière
l'image reflet du réel. »

Edgar Morin (1980)


(cité dans Isabelle Veyrat-Masson, Télévision et histoire, la confusion des genres.
Docudramas, docufictions et fictions du réel, Bruxelles, Éditions De Boeck Université, 2008)
Une deuxième chasse au phoque

Nippaq (réal. Qajaaq Ellsworth, 2011)

[Link]
Un documentaire poétique?
« Le documentaire poétique n'est pas nécessairement soit la
transposition objective de la réalité, soit la transmission
romancée d'une situation telle qu'on la voit dans les films de
reportage ou d'actualités, mais plutôt la réalité vue à travers
l'esprit du réalisateur et reconstruite subjectivement selon sa
propre vision des choses. [...] c'est la recherche de l'essentiel
au-delà de la simple observation, et le rehaussement du
contenu émotionnel de chaque image pour donner une
conception plus profonde et plus vraie de la réalité observée. »

(Fuad Quintar, Robert Flaherty et le documentaire poétique, Paris, Lettres modernes, 1960.)

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