Visites spirituelles à l'hermitage
Visites spirituelles à l'hermitage
| aout 1989
Chapitre II :
«Le Mystère d'iniquité» agit continuellement, comme le dit le saint apôtre ; aujourd'hui, il
est parvenu à ce que «celui qui tient» soit «ôté du monde.» (2 Th 2,7). Cela se produisit
pratiquement et visiblement le 2 mars 1917 à trois heures de l'après-midi. Ce jour-là, à cette
heure, l'Empereur de toutes les Russies Nicolas II abdiqua et confia l'acte d'abdication aux «élus
du peuple». Cependant, ce même jour, à cette même heure, se produisit un événement
incompréhensible pour les habitants de cette terre. Et il se déroula presque secrètement. Seules
quelques personnes en furent les témoins …
Dans le village de Kolomenskoe, près de Moscou, pendant plusieurs jours, à l'occasion
de la Révélation de la Mère de Dieu, on chercha son icône, appelée : «La puissante Mère de
Dieu». En 1812, cette icône avait «marché» à la tête des armées russes qui avaient repoussé
Napoléon au-delà des frontières de l'état russe. Par la suite, cette icône miraculeuse fut oubliée
et, semble-t-il, «perdue». Personne ne savait ce qu'elle était devenue. Ce n'est que le 1e mars
qu'une pieuse veuve du nom d'Evdokia eut la révélation qu'elle trouverait l'icône dans le village
de Kolomenskoe. Elle examina les deux églises du village, mais apparemment, l'icône n'était
dans aucune. Alors, elle demanda s'il n'y avait pas de vieilles icônes à quelque endroit. On lui
répondit qu'il y en avait dans une vieille cave. Elle demanda qu'on l'y conduise. Elle descendit
dans cette cave avec le diacre. Il y avait, en effet, beaucoup d'icônes recouvertes de poussière.
Ils se mirent à les essuyer une à une. Mais ils ne retrouvaient pas l'icône recherchée. Quand ils
approchèrent de l'icône «La Puissante Mère de Dieu», Evdokia s'écria joyeusement : «La voilà !»,
alors que l'icône n'avait pas encore été nettoyée et qu'à cause de l'épaisse couche de
poussière, il était impossible de discerner le dessin. Après l'avoir nettoyée, ils virent que c'était
vraiment elle. L'icône miraculeuse «La Puissante Mère de Dieu» était retrouvée. Cela se passait à
3 heures de l'après-midi, le 2 mars 1917. A cet instant précis, l'Empereur abdiquait à Pskov et la
Reine des Cieux apparue à Kolomenskoe semblait prendre sa place sur le trône. Sur l'icône, elle
est représentée en manteau rouge, assise sur un trône, avec le sceptre des souverains de
Russie à la main.
Cependant, ni le gouvernement provisoire, ni le peuple, ni même l'Église ne prêta à cet
événement l'attention voulue. Par la suite, la servante de Dieu Evdokia insistait, toujours d'après
sa révélation, pour que l'icône soit portée sept fois autour du Kremlin. Mais on ne put la porter,
et encore sous les coups de feu, qu'une seule fois, au temps du patriarche Tikhon, c'est-à-dire
déjà sous le régime bolchévique. Evdokia disait souvent : «la Mère de Dieu a dit : si on avait fait
faire sept fois le tour du Kremlin à l'icône, alors les bolchéviques n'auraient pas pu prendre le
Kremlin.» Pour cela, il fallait des victimes. Mais la Russie et l'Église étaient trop faibles et ne
surent pas montrer l'inflexibilité de leur foi. En l'honneur de l'apparition de l'icône de «La
Puissante Mère de Dieu», on composa rapidement un hymne acathiste. Mais l'icône resta aux
mains des bolchéviques. Et ceux-ci l'installèrent dans un musée sous le nom d' «icône contre-
révolutionnaire de la Mère de Dieu.»
Le très grand miracle de l'apparition de cette icône miraculeuse au début de la révolution
n'a pas été compris tel qu'il devait l'être.
L'histoire de nos malheurs indescriptibles commence à partir de cet événement. Le
pouvoir révolutionnaire passe des mains du faible gouvernement provisoire dans les mains du
cavalier sur le cheval pâle et de ses «bêtes sauvages»…
Le sinistre «manifeste» de 1870 se réalise finalement : «Quand la Russie orthodoxe
deviendra une citadelle d'Adam, nous libérerons l'athéisme de ses chaînes, qui produira en
Russie une catastrophe socialiste et politique sans précédentÉ» (Alekseï Chmakov, Avocat
principal de la ville de Moscou, mort avant la révolution.)
Ce manifeste misanthropique fut publié comme «loi» loin des frontières de Russie par
une des organisations secrètes internationales révolutionnaires et antichrétiennes, en 1870,
comme nous l'avons déjà dit. Un demi-siècle plus tard, en 1917, cet événement s'amorça, et
depuis, se poursuitÉ «Le cheval pâle et son cavalier qui s'appelait la mort» s'est acquitté de sa
tâche politique avec une incroyable audace, inconnue jusque là. «Les bêtes sauvages de la
terre», soumises au cavalier, ont inondé de sang toute la Russie. En effet, ce qui avait été prédit
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plus de cent ans auparavant par le vénérable Séraphim de Sarov se réalisa : «Les anges de Dieu
ne réussissaient pas à accueillir toutes les âmes des tués à cause de leur foi…»
J'ai moi-même été témoin du récit de Lénine qui était continuellement sous surveillance
durant les meetings publics à Pétrograd. A chaque occasion, le «chef» répétait ces mots :
«Plus il y aura de sang, plus le pouvoir se renforcera !» Ce refrain encourageait les «bêtes
sauvages de la terre». Et ils s'efforçaient d'épancher leur colère. Parmi ceux qui furent tués :
l'Empereur Nicolas II, l'Impératrice, leurs enfants avec le jeune héritier, leurs fidèles serviteurs qui
ont désiré partager le sort cruel de la famille impériale, en tout 17 personnes de la maison
impérialeÉ Ainsi commença le martyr du peuple russe. Ce martyr est estimé à plus de 20
millions d'hommes.
Ils terrorisaient toute la population, tout le peuple. A cause de l'Oint de Dieu, de sa
famille et de sa maison, ils anéantirent les hauts fonctionnaires, les hommes politiques,
l'intelligentsia, le clergé, les moines, les paysans, et particulièrement les croyants ; parmi eux, les
officiers, soldats et matelots, les vieillards, les femmes, les enfants …
Ils massacrèrent tous ceux qui détenaient le drapeau de la sainte Russie. Voilà plus de 60
ans que se perpétue cette incroyable destruction. Depuis cette époque, ils anéantissent tous les
croyants, les gens de devoir, honnêtes, ayant des principes moraux, selon de fausses
accusations, et fréquemment sans aucun jugement. Dès le début de la révolution, l'interdiction
de tuer ces personnes a été levée. Depuis, on les tue, et personne ne porte la responsabilité de
ces crimes.
Mikhail A. Vassilievitch, 35 ans, très croyant, travaillait comme chauffeur. A la suite d'une
maladie des reins, il se retrouva à l'hôpital. Il ne se sentait pas très bien, et se mit à faire ses
adieux et à demander pardon aux malades. Il priait sans se cacher. On le transporta
immédiatement dans une section psychiatrique. Là-bas, il continua à demander pardon et à
prierÉ Un médecin arriva avec une grande aiguille, lui fit une injection, et l'homme ne bougea
plus. (Cela se passa à Orenbourg.)
Selon la formule acceptée en 1918 (le 31 mars) par le Patriarche Tikhon, l'Église dit des
messes pour tous les martyrs et les morts :
«Seigneur, Tu connais le nom de tous les nombreux prêtres, moines ou laïcs qui sont
morts pour la foi et l'Église orthodoxeÉ»
Mais quand donc cette Église du Christ persécutée et détruite, devenue secrète et
cachée, est-elle apparue en Russie ? Elle est née en même temps que la persécution. Et la
persécution a commencé en même temps que la prise du pouvoir par les bolchéviques ; à partir
du moment où les chrétiens, d'une façon ou d'une autre, ont été obligés de se cacher, de
dissimuler leur foi et de fuir les ennemis du ChristÉ Elle est apparue à partir du moment où on a
commencé à enlever les croix des églises, à blasphémer contre les icônes, à profaner, à fermer,
à détruire les églisesÉ Quand les prêtres privés d'églises n'ont plus su où aller… Quand les
premiers évêques et prêtres ont été soumis à toutes sortes de railleries et de tortures, et ont été
ensuite enfermés et fusillésÉ Elle est apparue lorsque les chrétiens, poussés à agir ainsi par la
parabole de l'Écriture et leur conscience chrétienne : - «Tu sauves ceux qui sont pris par la mort,
est-il possible que tu refuses de sauver les condamnés au massacre ?» (Pr 24,11) -, ont
commencé à donner asile à ceux qui étaient recherchés par les criminels et les persécuteurs de
la foi.
Voilà quand est apparue l'Église des Catacombes ! Et non comme on le pense et l'écrit,
en reportant ce fait aux années trente de ce siècle.
L'Église des Catacombes s'est constituée en Russie quand est apparu celui qui «avait
pour nom la mort», celui à qui «fut donné le pouvoir sur les 4 parties du monde.» (Ap 6,8).
à suivre
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ORTHODOXIE ET «ORTHODOXIE»
Il est difficile et presque impossible pour un non-orthodoxe de reconnaître l'Orthodoxie
dans tous ces groupements qui se disent et se veulent orthodoxes. Son jugement sera
conditionné par sa formation religieuse, soit catholique-romaine, soit protestante, ou autre. Dans
le premier cas, il voudra à tout prix trouver une unité administrative avec soumission à la
hiérarchie au premier plan. Dans le second cas, il se contentera d'une fédération de groupes qui
se tolèrent et se reconnaissent malgré des divergences dans la croyance.
L'Orthodoxie n'est pourtant ni l'un ni l'autre. Pour reconnaître la vraie monnaie de la
fausse, il faut comme pierre de touche la pureté de la foi dans la fidélité à la Tradition. Si notre
hiérarchie s'éloigne de cela, les canons nous obligent à nous en séparer. D'autre part, une unité
qui n'est pas basée sur la même foi, sur les mêmes sacrements, n'est pas concevable pour un
orthodoxe.
Au temps de l'Église primitive, lors de la grande persécution, il n'a jamais existé deux
Églises : une dans les catacombes, confessant courageusement sans compromis l'évangile, et
une autre qui aurait fait des concessions pour être tolérée par le césar païen. Par conséquent,
«l'Église» communiste qui se dit orthodoxe, derrière le rideau de fer, se prostitue avec les forces
des ténèbres, apostasie.
Pourtant, il ne s'agit pas d'être simplement anticommuniste pour être orthodoxe comme
le croit l'ERHF qui a «quitté la pluie pour tomber dans l'égout», pour employer une expression
allemande (vom Regen in die Traufe). Car elle fuit le communisme pour se vendre aux francs-
maçons.
De son côté, «l'Église» officielle de Grèce, dans sa complicité avec l'état manipulé par les
ennemis de l'Église, persécute les vrais orthodoxes pour tranquilliser sa conscience.
Pour des intérêts terrestres, soumis aux influences politiques, aux pressions des sociétés
secrètes, etc, ils trahissent l'Église comme Judas le fit avec son Maître.
Les chrétiens d'aujourd'hui sont tentés par le même espoir que les Juifs du temps des
apôtres et comme le seront les fidèles du temps de l'antichrist. Les Juifs voulaient un Messie qui
vienne chasser les Romains, rétablir la justice sociale et redonner à Israël son ancienne gloire.
Au temps de l'antichrist, ce Messie-là viendra - le grand bienfaiteur de l'humanité avec son
Église unie si puissante, telle qu'on la souhaite aujourd'hui. Malheur aux vrais chrétiens de cette
époque ! Si on nous traite déjà de fanatiques bornés qui ne se conforment pas aux exigences du
monde moderne et ne suivent pas son évolution, qu'auront alors à subir ces quelques-uns qui
garderont fidèlement la foi de nos Pères, au temps du grand séducteur ?
Une Église compréhensible, installée dans ce monde déchu, qui veut à la fois servir le
monde et Dieu n'est pas à l'image de son Maître dont le royaume n'est pas de ce monde, qui ne
savait où reposer sa tête, incompris («qui peut le comprendre ?») et qui à travers l'«échec» sur la
Croix, nous a tracé le chemin à suivre, l'exemple à imiter.
hm. Cassien
Là où est l'Église
est l'Esprit de D
ieu,
et là où est
l'Esprit de Dieu
, là est l'Église e
t
toute grâce.
saint Irénée de
Lyon.
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L'abbé Antoine a dit : « Les anciens pères sont partis au désert et ont été
guéris ; ils sont devenus médecins et, se penchant sur d'autres, ils les
ont guéris. Mais nous autres en même temps que nous sortons du
monde, avant d'être guéris, nous voulons en soigner d'autres et nous
avons une rechute, et le dernier état est pire que le premier; et nous
entendons le Seigneur nous dire : " Médecin, guéris-toi toi-même
d'abord " (Lc 4,23).
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disaient avoir fait, d'après les voix, la distinction des sexes, les hommes entonnaient le chant
des psaumes et les femmes leur répondaient. Pendant que se célébraient devant la porte de la
cellule ces funérailles célestes, la sainte âme de Romula se détacha du corps. Elle fut emmenée
au ciel, et à mesure que les choeurs des psalmistes montaient plus haut, la psalmodie peu à peu
se fit entendre plus faiblement, jusqu'à ce que le bruit de la psalmodie et la suavité du parfum
eussent pris fin avec la distance.» (Dialogues IV,15). Des chrétiens orthodoxes se souviendront
de cas semblables dans les vies de plusieurs saints (saint Sisoès, sainte Thaïs, le bienheureux
Théophile de Kiev, etc.)
En nous avançant plus loin dans l'étude des expériences des mourants et de la mort,
nous devons bien nous rappeler les grandes différences qui existent entre l'expérience
habituelle de la mort qui suscite tant d'intérêt à l'heure actuelle et cette autre expérience
accordée par grâce aux justes chrétiens orthodoxes.
Cela nous aidera à comprendre quelques-uns des curieux aspects des expériences de la
mort, vécues et décrites de nos jours.
Une connaissance de cette distinction, par exemple, peut nous aider à identifier les
apparitions que les mourants voient.
Parents et amis reviennent-ils réellement du royaume des morts pour apparaître aux
mourants ? Et ces apparitions elles-mêmes sont-elles différentes des apparitions de saints aux
chrétiens justes à leur mort ?
Pour répondre à la première question, rappelons-nous que les Drs. Osis et Haraldsson
rapportent que beaucoup de mourants hindous voient les «dieux» de leur «Panthéon
Hindou» (Krishna, Shiva, Kali, etc.) plutôt que les parents et amis couramment mentionnés en
Amérique. Pourtant, comme saint Paul l'enseigne si clairement, ces «dieux» ne sont rien en
réalité (1 Co 8,4-5) ; toute réelle expérience des «dieux» suppose l'action des démons
(1 Co 10,20). Qui donc ces Hindous mourants voient-ils réellement ? Les Docteurs Osis et
Haraldsson croient que l'identification des êtres rencontrés est en grande partie le produit d'une
interprétation subjective, ayant son ˛fondement dans son milieu religieux, culturel et personnel ;
cela semble en effet un jugement raisonnable et qui conviendra à la plupart des cas. Dans les
cas américains aussi, les parents décédés que le mourant voit ne doivent pas être réellement
«présents» comme il les croit être. Saint Grégoire dit seulement que l'homme mourant
«reconnaît» des gens, tandis qu'au juste apparaissent les saints du ciel - distinction qui, non
seulement indique l'expérience différente du juste et du pécheur ordinaire quand ils meurent,
mais est directement liée à l'état différent dans la vie future des saints et des pécheurs
ordinaires. Les saints ont une grande liberté d'intercéder pour les vivants et viennent à leur aide,
tandis que les pécheurs décédés, sauf dans des cas très spéciaux, n'ont pas de contact avec
les vivants.
Cette distinction est tout à fait
avancée clairement par le bienheureux
saint Augustin, Père latin du Vème
siècle dans son traité qu'il écrivit à la
demande de saint Paulin de Lola
concernant «les soins aux morts», où il
essaie de réconcilier l'indéniable fait
que des saints tels le martyr Félix de
Nola a nettement apparu à des
croyants, avec le fait également
indéniable que les morts, en règle
générale, n'apparaissent pas aux
vivants.
à suivre
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Venez tous, peuples, prêtres, gouvernants, écoutez ; Venez que je vous parle de Jean,
nommé Koukouzélès, de sa vie et de ses actes. Il naquit dans la célèbre ville de Durazzo (sur
l'Adriatique), pendant la Prima Justiniana (ville fortifiée par Justinien le Grand). Son père mourut
jeune ; il ne lui resta que sa mère qui l'envoya apprendre l'Écriture Sainte. Koukouzélès avait une
belle voix, et pour cette raison on le nommait «la belle voix angélique ». Il était d'usage de réunir
à la Cour de l'empereur de jeunes garçons qui avaient une parole claire, de bonnes dispositions
pour l'étude et une belle voix ; on prit ainsi Koukouzélès et on le plaça à l'école impériale pour
que, ayant une belle voix, il étudiât et apprît l'art musical ; d'autres garçons y étudiaient la
philosophie, d'autres encore la calligraphie. Koukouzélès, étant intelligent et bien doué,
réussissait en tout, de sorte que chacun s'étonnait de son esprit. Les enfants, ses camarades,
selon l'habitude des écoliers, lui demandaient : «Jean, qu'as-tu mangé aujourd'hui ? » Lui,
n'étant pas encore habitué à la langue grecque, leur répondait : «Koukia kai zélia » (fèves et
choux, en bulgare). De là vient que les enfants le nommèrent Koukouzélès. Ensuite, étant
intelligent, il apprit rapidement le grec et la musique. Tout le monde s'étonnait qu'en si peu de
temps il dépassât tous les élèves et apprît l'art musical. Pour cette raison, l'empereur l'aimait
beaucoup, se réjouissait de le voir et déjà cherchait une jeune fille pour qu'il l'épousât mais
Koukouzélès dit un jour à l'empereur : «Je te prie et te supplie, Majesté, permets-moi d'aller voir
ma mère ; après, que soit faite la volonté de Dieu et de l'empereur ». Alors l'empereur, sans
tarder, le laissa partir avec honneur, suivant la coutume. Koukouzélès, arrivé dans sa ville natale
et se trouvant non loin de la maison de ses parents, entendit les pleurs et les plaintes de sa mère
qui disait : «Mon enfant Jean, ou es-tu ? » Lui, entrant doucement dans la maison paternelle, dit
à sa mère : «Voila, je suis ici, mère». Étonnée, celle-ci dit : «Où es-tu, mon enfant ?» Et aussitôt
ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre ; la mère pouvait à grand-peine arrêter ses pleurs et
ses plaintes, et longtemps leurs effusions continuèrent. Ils passèrent plusieurs jours heureux
d'être ensemble ; Koukouzélès resta chez sa mère autant qu'elle voulut, se réjouissant comme
c'était l'habitude. Ils se séparèrent ; la mère resta à la maison et Koukouzélès se rendit chez
l'empereur, dans la capitale …
En le voyant, l'empereur, très heureux, ordonna un riche festin à l'occasion de son retour
et lui fit rendre de grands honneurs. Une fois, par la suite, Koukouzélès, éloigné dans un lieu
isolé, commença à chanter la complainte de sa mère et plus précisément ceci : «Mon enfant
chéri, Jean, où es-tu ? Oh ! » De cette manière, adaptant la voix, il créa avec art la mélodie
polyéléos qu'il nomma de la Bulgare. Tous estimaient Koukouzélès. Mais la grande affection et la
considération qu'on avait pour lui, l'empêchaient de s'isoler et de rester dans le silence ; or, il
désirait se consacrer à la vie érémitique et s'éloigner du monde, ce qui s'accomplit avec la
volonté de Dieu, selon son désir et sa prière. Il arriva, une autre fois, qu'un Higoumène vint de la
Laura du Mont Athos chez l'empereur pour une affaire importante et, après l'avoir terminée, prit
le chemin du retour. Koukouzélès, ayant appris cela, s'habilla de vêtements pauvres, s'enduisit
le visage pour passer inaperçu et, un bâton de mendiant à la main, suivit avec joie l'higoumène,
se tenant à une distance respectable de lui, jusqu'à ce qu'il arrivât à la Sainte Montagne et à la
Laura. L'higoumène entra dans le monastère, mais Koukouzélès, en tant qu'étranger, s'arrêta à
la porte. Interpellé par le portier sur ce qu'il désirait et le travail qu'il pouvait faire, il répondit : «Je
sais faire paître les chèvres et je désire devenir moine. » Quand le portier entendit cela, il
annonça sans tarder le nouveau venu à l'higoumène. Ce dernier, ayant appris que dans le
monastère vivait un pâtre de chèvres, fut très content qu'on en ai trouvé un, puisqu'à ce
moment, on avait besoin d'un homme pour cet emploi. L'higoumène ordonna qu'on laissât
immédiatement entrer Koukouzélès dans le monastère ; en peu de temps, on le prépara à
prendre le froc, ce qui fut fait, et après ceci, ils l'envoyèrent faire paître les chèvres. Koukouzélès
se dirigea avec joie vers son troupeau et en prit grand soin.
Dans la capitale, l'empereur, très affecté de la disparition du célèbre chanteur, envoya
des messages dans tout le pays, à l'ouest comme à l'est, pour rechercher Koukouzélès ; mais
ce dernier ne fut pas reconnu, on ne le trouva nulle part.
Une fois, se trouvant avec les chèvres sur une colline et voyant qu'il n'y avait personne,
Koukouzélès éprouva le désir d'adresser un chant à Dieu ; il commença à chanter. Un des
ermites, qui habitait non loin dans une grotte, ayant entendu le chant, croyait qu'il entendait une
voix angélique et non humaine. Sortant de la grotte, il jeta un coup d'oeil vers la colline du haut
de laquelle venait le chant, et vit que les chèvres ne broutaient plus, mais, comme si elles
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voulaient apprendre ce chant, elles semblaient faire chorus et se réjouir. L'ermite, voyant tout
cela et se rendant compte que le pâtre était ce même Koukouzélès que l'empereur cherchait
partout, mais que Dieu ne permettait pas de découvrir, se dirigea sans tarder vers le monastère
et raconta à l'higoumène tout ce qu'il avait vu. Immédiatement, l'higoumène fit venir
Koukouzélès du désert et lui adressa ces paroles : «Dieu m'a fait savoir que tu es Jean
Koukouzélès ; pourquoi, depuis le temps, ne m'as-tu rien dit sur toi ? Voila, maintenant je te
demande devant Dieu que tu me dises la vérité ». Koukouzélès avoua, en disant : «Je suis
Koukouzélès. Me rendant compte que tout dans le monde est vain, et le considérant comme
méprisable, je me suis éloigné dans le désert. Pour cette raison, je te prie et te supplie, laisse-
moi dans la situation où tu m'as trouvé ». Alors l'higoumène lui dit : «Écoute-moi seulement, et je
te sauverai de tout cela ». Ensuite il empêcha Koukouzélès de retourner au désert et lui donna
une cellule pour qu'il put vivre jusqu'au moment où il régulariserait sa situation ; ce qu'il fit.
L'higoumène partit pour Constantinople chez l'empereur pour arranger cette affaire, et lui dit :
«Je t'en prie, Majesté, cède-moi un homme pour le salut de ton âme et pardonne-lui s'il t'a
affligé en quoi que ce soit. » L'empereur, étonné, se demandant de qui il s'agissait, accepta.
Alors l'higoumène lui dit : «Si tu ne m'affirmes pas par écrit que tu acceptes cela, je ne te dirai
rien». L'empereur lui donna une lettre. Alors l'higoumène lui dit : « Il s'agit de Koukouzélès », et
lui conta tout ce ce qui était arrivé. L'empereur s'étonna et en même temps se réjouit et loua
Dieu, tout en méditant sur ce qu'il devait faire, car il se repentait d'avoir donné la lettre à
l'higoumène. Il donna l'ordre de préparer immédiatement une galère (une trirème) et se dirigea
avec l'higoumène vers la Laura; l'empereur embrassa Koukouzélès. Ensuite, on dressa une table
abondante ; il se consolèrent avec toute la confrérie et ensuite ils se séparèrent. L'empereur
retourna à Constantinople, et Koukouzélès resta dans la Laura en pleine tranquillité, jouissant du
respect de tous ; il fut tout le temps chanteur dans l'église et loua Dieu. Et plus tard, non loin de
la Laura, il se construisit une cellule et l'église « Saint Archange », pour vivre et prier
tranquillement, éloigné des autres ; mais dans la Laura aussi, il chantait et priait sans arrêt. Et
ainsi, un jour du grand Carême, le Samedi de l'Acathiste, selon son habitude, il chanta avec
application le chant de la sainte Vierge. Après les Vêpres, quand il s'endormit, la sainte Vierge lui
apparut et lui dit : «Réjouis-toi » ! Et, lui posant dans la main une pièce d'or, elle lui dit : «Chante
pour moi et je ne t'abandonnerai pas » ; quand il se réveilla, il trouva la pièce d'or dans le creux
de sa main droite. Depuis lors, avec une joie inexprimable et des larmes, il remercia la Sainte
Vierge et chanta pour elle ; et il laissa dans l'église cette pièce d'or, qui fit bien des miracles. A
partir de ce moment, il ne s'absenta jamais du choeur à droite de l'église, à la suite de quoi un
de ses pieds commença à suppurer et son bras à enfler ; on lui appliqua de l'herbe de chat pour
que sa blessure s'ouvrit ; mais la Sainte Vierge le guérit en lui disant : «Sois dorénavant en
bonne santé » ; pour cela, jusqu'à la fin de sa vie, il la remercia continuellement avec des chants
et des hommages ; de même, cet homme de Dieu prédit sa propre mort et après avoir bien mis
en ordre ses affaires, il recommanda qu'on l'enterrât dans l'église « Saint Archange » qu'il avait
construite lui-même, et il mourut. Telle est la vie et la conduite du grand Magister et chanteur
Jean Koukouzélès, deuxième Jean Damascène, à qui la Sainte Vierge guérit le pied et fit cadeau
d'une pièce d'or. Parce que chaque chant et hommage à Dieu Lui est agréable, Il donne la santé
spirituelle et corporelle à ceux qui Le louent de toute leur âme non seulement de la bouche,
mais, comme le saint David, avec «les chants des cors, les coups des cymbales, les cordes et
les orgues » ; et aux gens agréables à Dieu, Il donne grande joie et allégresse ; mais ceux qui se
lèvent pour une jouissance corporelle et non spirituelle, sont répugnants et désagréables à Dieu,
parce qu'ils chantent dans des livres méprisables et immoraux ; le diable les entend et se réjouit
pendant que les saints et les anges s'attristent, éprouvent du dégoût et se détournent. Mais
nous, les chrétiens orthodoxes, comme nous l'avons appris de nos saints Pères, que nous
recevions, de même qu'eux, le bien-être promis au nom du Christ Jésus, notre Dieu, qu'Il soit
glorifié et aujourd'hui et demain et dans les siècles des siècles. Amen.
Mes bien-aimés, quand bien même on en parlerait devant vous avec des
termes agrestes, que personne n'ait la hardiesse de disputer ni de railler
sur ce ministère. Car, devant la majesté de Dieu, la pure simplicité a plus
de prix que les arguties des philosophes.
Saint Grégoire de Tours
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LE CHEMIN DE LA CONNAISSANCE
Tant l'athéisme que la Réforme peuvent aujourd'hui se tourner contre l'Orthodoxie. Mais
cette attaque contre l'Orthodoxie provient d'une erreur. Ils frappent l'Orthodoxie car ils la voient
avec leurs propres critères, avec leur propre mentalité. Ils la voient comme une variante du
catholicisme.
Cependant, ceci n'est pas dit avec de mauvaises intentions, mais à cause d'une
impossibilité complète de juger avec d'autres critères et de penser avec une autre mentalité. Le
catholicisme, le protestantisme et l'athéisme se situent au même niveau. C'est le fruit de la
même mentalité. Ce sont trois systèmes philosophiques issus du rationalisme, c'est-à-dire de la
conception d'après laquelle la raison humaine est la base de la certitude, la mesure de la vérité
et le chemin de la connaissance.
L'Orthodoxie se situe à un niveau complètement différent. Les orthodoxes ont une
mentalité différente. Ils considèrent la philosophie comme un chemin sans issue qui n'a jamais
conduit l'homme à la certitude, à la vérité et à la connaissance. Ils respectent la raison humaine
comme personne d'autre et ne le transgressent jamais. Ils la considèrent comme un élément
utile au dépistage du mensonge pour découvrir l'erreur. Mais ils ne l'acceptent pas comme
capable de donner à l'homme la certitude, l'éclairer vers la vérité et le conduire à la
connaissance.
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La connaissance est la vision de Dieu et de sa création dans un coeur purifié par la grâce divine
et par les luttes et les prières de l'homme : « Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, car ils
verront Dieu. »
La vérité n'est pas une série de définitions, mais Dieu Lui-même, qui S'est révélé
concrètement en la Personne du Christ qui a dit : « Je suis la Vérité ».
La vérité n'est pas une question d'harmonie intellectuelle, mais un sentiment profond du
coeur. Elle parvient à l'homme par la vision intérieure accompagnée de la chaleur de la grâce
divine. Jamais l'harmonie intellectuelle qui résulte d'un système logique n'est accompagnée de
ce sentiment.
La vérité est caractérisée par la formalisation. La pensée humaine ne peut pas accepter
la réalité telle qu'elle est. Elle la transforme premièrement en symboles et ensuite elle modèle
ces symboles. Les symboles sont la contrefaçon schématique de la réalité. Les schémas sont
aussi éloignés de la réalité que l'image d'un poisson l'est d'un poisson vivant.
La « vérité » du philosophe est une série de schémas et d'images. Les schémas
présentent un grand avantage : ils sont compréhensibles. Ils sont coupés à la mesure de
l'homme et satisfont l'intelligence. Mais ils présentent un énorme désavantage : ils n'ont aucune
relation avec la réalité vivante.
La réalité vivante n'entre pas dans les matrices de l'intelligence humaine. C'est un état
au-dessus de la raison. La philosophie, c'est l'effort de transformer ce qui est au-dessus de la
raison en ce qui est au-dessous. Mais c'est une contrefaçon et une imposture. C'est pourquoi
l'Orthodoxie rejette la philosophie et ne l'accepte pas comme chemin qui puisse conduire à la
Connaissance.
Le seul chemin qui conduise à la Connaissance, c'est la pureté du coeur. Elle seule
permet à la sainte Trinité d'habiter l'homme. Ainsi seulement Dieu - et avec Lui toute la création -
se fait connaître sans devenir un schéma (symbole). Il se fait connaître tel qu'Il est, mais sans
devenir compréhensible. Il se fait connaître sans pour autant diminuer jusqu'à arriver à contenir
dans les limites étouffantes de la pensée humaine. Ainsi l'esprit de l'homme vivant, et non
schématisé entre en contact avec Dieu vivant, et non schématisé.
La Connaissance est le contact vivant d'un amour réciproque de l'homme avec le
Créateur et sa création.
L'expérience de la Connaissance est quelque chose qui ne peut pas s'exprimer avec des
paroles humaines. L'apôtre Paul quand il a connu a dit qu'il avait entendu des paroles
inexprimables, quelque chose qu'il n'était pas permis à l'homme d'exprimer.
Telle est la théologie chrétienne la plus profonde : inexprimable. Les dogmes sont des
définitions auxiliaires. Ils ne sont pas la Connaissance réelle. Ils ne servent qu'à conduire et à
protéger de l'erreur. Un homme peut avoir la Connaissance sans connaître les dogmes comme il
peut également connaître tous les dogmes et les accepter sans avoir la Connaissance. C'est
pour cela que les pères ont placé au-dessus de la théologie cataphatique des dogmes la
théologie apophatique où aucune définition n'est acceptable, où l'intelligence se tait et
s'immobilise, où le coeur ouvre sa porte pour recevoir le grand Visiteur « qui se tient à la porte et
qui frappe », là où l'esprit voit celui qui EST. Et que personne ne croie que toutes ces choses ne
sont vraies que pour la Connaissance naturelle, qui est un mouvement de Dieu vers l'homme.
L'homme ne peut rien connaître par la raison parce qu'il ne peut être certain de rien. Ni
pour lui-même, ni pour le monde, ni pour les choses les plus banales du quotidien.
En vérité, qui attendait le raisonnement de Descartes : « Je pense, donc je suis » pour se
rassurer sur le fait de son existence réelle, et qui attendait que les philosophes lui démontrent
que le monde environnant est réel pour le croire ? Une telle preuve, d'ailleurs, n'a jamais existé
et n'existera jamais et tous ceux qui s'occupent de philosophie le savent bien. Personne n'a pu
réellement démontrer avec la raison que notre moi, notre pensée, et le monde qui nous
environne ne sont pas des fantômes. Mais même si cela était démontré par la raison (chose
impossible en fait), cette preuve raisonnable ne servirait à rassurer personne.
Si nous sommes certains que nous existons, si nous sommes certains que nos amis ne
sont pas une création de notre imagination, mais qu'ils existent réellement, nous ne le devons
pas aux preuves des philosophes, mais à une connaissance, une sensation intérieure, laquelle,
sans raisonnement et sans preuve, nous certifie pour chaque chose.
Telle est la connaissance naturelle. C'est la connaissance du coeur, et non pas du cerveau. Les
fondements certains de chaque pensée. Sur elle, la raison peut bâtir sans craindre la démolition.
Sans elle, la raison bâtit sur le sable.
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C'est la connaissance naturelle qui conduit l'homme au chemin de l'Évangile, qui le fait
distinguer entre la vérité et le mensonge, le bien et le mal. Elle constitue les premiers échelons
qui font monter l'homme vers le trône de Dieu. Quand l'homme, par sa libre volonté, monte ces
premiers échelons de la connaissance naturelle, c'est alors que Dieu Lui-même se penche vers
lui et le couvre avec la Connaissance céleste des mystères « dont il n'est pas permis à l'homme
de parler. » La prédication des apôtres et des pères, les prophètes et l'Évangile, les paroles
mêmes du Christ s'adressent à la connaissance naturelle de l'homme. C'est le territoire des
dogmes, de la théologie cataphatique. C'est la crèche où naît la foi.
Le commencement de la foi, c'est la capacité du coeur de comprendre que dans ce petit
livre qui s'appelle Évangile parle la vérité, que dans ces églises banales où on voit des hommes
pauvres et fidèles, Dieu descend et demeure. Il faut que tu aies peur (que tu sois saisi de crainte)
de marcher sur cette terre qu'a étalée la Main de Dieu ; de regarder cette grande et vaste mer,
de marcher et de respirer. Alors, de tes yeux commenceront à couler des larmes , des larmes de
repentance, des larmes d'amour, des larmes de joie, et tu sentiras les premières caresses des
mystères inexprimables.
La connaissance naturelle existe chez tous les hommes, mais elle n'atteint pas le même
degré chez tous. L'amour du plaisir a le pouvoir de l'assombrir. Les passions sont comme la
brume. C'est pour cela que peu de personnes trouvent le chemin de la vérité. Combien se
perdent dans les dédales de la philosophie, en cherchant un peu de lumière qu'il ne verront
jamais !
Dans ces dédales, que signifie être chrétien, athée, protestant, ou catholique, platonicien
ou aristotélicien ? Il existe un point commun à tous : les ténèbres. Celui qui entrera dans l'antre
du rationalisme cessera de voir. Dans leur conversation, ils se comprennent très bien les uns les
autres parce que tous ont les mêmes représentations imaginaires : les représentations des
ténèbres. Mais il leur est impossible de comprendre ce qui se trouve au fond du dédale, et qu'ils
voient la lumière. Ce que dit ceux qui sont dehors, ils le comprennent avec leurs propres
représentations imaginaires, et ne peuvent pas voir l'avantage de ceux qui sont dedans.
Alexandre Kalomiros
Celles sont les méthodes de machination de l'ennemi des âmes: tromper les fidèles avec
le temporel, pour les priver de l'éternité. Comment, au commencement le malin a-t-il pu tromper
nos premiers parents? Il a réussi en leur faisant une grande promesse: "mangez de ce fruit, leur
dit-il, si vous voulez que vos yeux s'ouvrent, que vous puissiez discerner le bien du mal, devenir
comme des dieux, semblable à Dieu".
De quelle manière le malin tenta le Dieu fait homme, notre Seigneur Jésus Christ, sur la
montagne? Ne faisait-il pas des promesses, des dons de valeur? "Prosterne-toi devant moi et je
te donnerai tous les royaumes que tu vois"; "Je te donnerai tout ceci si tu te prosternes devant
moi". Ces serviteurs du diable, ces persécuteurs de l'Orthodoxie, ces tyrans n'ont-ils pas utilisé
de temps à autre cette méthode?
Ils faisaient monter ceux qu'ils attirent dans la hiérarchie, promettaient des richesses et
du bonheur ou toute autre chose, ayant le pouvoir d'attirer la volonté faible et méprisable, afin
qu'ils fassent passer les fidèles de la piété à la perfidie.
Les Moabites n'ont pas pu vaincre les Hébreux par la force des armes, mais comment
les ont-ils vaincus? Ils leur ont envoyé leurs femmes et leurs filles avec de la bonne chère et de
quoi boire. A l'aide de cette cohabitation intempérante, ils ont affaibli le noble esprit et la fierté
de ces hommes invincibles et les ont éloignés de Dieu, les ont obligés de se prosterner devant
les idoles de Moab, de cette manière, ils ont vaincus et presque entièrement exterminés.
Par cette même ruse, hélas, les serviteurs de Rome en les aidant, ou en faisant des dons,
attirent vers le papisme les simples d'entre nous. "Venez, leur disent-ils communier avec nous,
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unissez-vous avec notre Église, acceptez comme seul évêque, seigneur de l'Église, tête du
Corps du Christ, maître lui même législateur, juge aux conciles, infaillible, irrépréhensible,
irréprochable, le pape! Si vous aimez en même temps que votre salut, votre bonheur, devenez
donc nation régnante et non régentée, libre et non esclaves. Ayez la sécurité, le confort, la
souveraineté, le salut de tous les hommes, la gloire, l'honneur dont nous nous réjouissons nous
aussi. Ayez l'aide des riches, la faveur des grands, la bienveillance des seigneurs, la prise en
charge de toute votre nation, autant que tant d'autres royaumes d'Europe. Si vous voulez
gouverner, vous le pourrez. Si vous voulez des offices et charges, vous les aurez. Si vous désirez
quelques directions lucratives vous l'aurez. Même la plus grande et la plus glorieuse autorité,
petit à petit, vous pourrez espérer l'obtenir. Nous vous promettons tout cela et encore plus". "Je
te donne tout ceci". A partir de maintenant, vous serez libres de vos poids, libérés de vos
chaînes, sans empêchement dans votre fonction publique, préférés dans la société, aimés,
aidés de tous, honnêtes et dignes, illustres et distingués"; "Vous serez comme des dieux".
"Dans notre Église, avec la force et l'autorité que Dieu a donnée au pape, vous pourrez acquérir
le salut avec facilité et repos, sans durs régimes, et sans peine, sans veilles et jeûnes, sans
règles sévères et luttes insupportables, vous obtiendrez à la fin de votre vie la justice et la
béatitude. Le chemin nous est large et facile à marcher. Même les joies mondaines que Dieu a
créé pour le plaisir du genre humain, largement vous y goûterez. Et si jamais étant humains,
vous commettez un péché, vous trouverez tout prêts la guérison et le pardon par le serviteur des
serviteurs de Dieu, par l'allégorique Samaritain et par ses serviteurs, plus par la douceur de
l'huile de la miséricorde que par le vin de la sévérité. Les clefs du paradis sont dans les mains de
l'héritier de Pierre qui peut facilement et sans peine vous en permettre l'entrée."
Quand ces sirènes vous chantent de telles promesses et de tels discours, frères
chrétiens, bouchez aussitôt vos oreilles afin de ne pas vous mettre en danger. Ne laissez point
ce miel arriver dans vos oreilles jusqu'à votre coeur, si vous tenez à votre salut. Dites vous, en
choeur avec le roi David "que les sentences de la Loi sainte sont plus douces que le miel", plus
enviée que tout le bonheur du monde, que toutes les jouissances du corps et tout le confort de
la vie qu'ils vous promettent. Vous, frères bienheureux, répondez-leur: "Vous nous séduisez avec
le miel du bonheur et du bien temporel, mais nous pensons à la bile en laquelle ils se
transformera plus tard. Nous ne voulons point nous approcher de la mort comme Jonathan,
juste pour goûter un peu de miel avec un peu d'eau. Nous ne consentons pas, pour apaiser
notre soif avec un peu d'eau, et perdre, non un royaume temporel comme Lysimandre, mais le
royaume du ciel. Nous préférons maintenir la loi que nous avons reçue de nos saints pères que
tous les biens que vous nous offrez. Nous jugeons préférable notre foi respectée et donnée par
Dieu que tout le bonheur sur terre, la richesse, la gloire, le confort, est-ce avec cela que vous
croyez nous séduire? Quelle est la comparaison avec ces biens célestes que nous espérons
acquérir? A quoi nous servirait-il le peu de temps que nous passons sur terre, s'il cause du tort à
notre âme? Qu'avez-vous d'aussi précieux que notre âme achetée avec le Sang de Dieu à nous
donner? " "Qu'est-ce que l'homme peut donner en échange de son âme?"
"Ces biens que vous promettez sont des fleurs vite fanées, des biens périssables,
temporels et passagers; mais notre âme est impérissable, immortelle et éternelle. Alors quel
genre d'échange insensé et déraisonnable essayez-vous de conclure avec nous? Si notre foi
nécessite un régime dur et des peines, nous nous en réjouissons.
La bouche sans mensonge de notre Législateur nous a dit que sur terre nous aurions de
la peine; que le royaume de Dieu arrive; que le chemin de la vie est étroit et plein de tristesse.
Ces épines nous sont agréables parce qu'elles donnent vie aux roses de la nourriture céleste.
Cette peine nous est douce, parce qu'elle nous nourrit avec les mûres du salut de notre âme.
Ces embûches nous semblent aplanies et lisses parce qu'elles nous conduisent au lieu du
repos, à la haute Jérusalem, notre pays désiré. Quelle est votre manière pour enseigner, bons
Uniates?
Attirer l'esprit avec les joies du corps, gagner les âmes avec les biens matériels, garantir
l'éternité à travers le temporel. Qui d'entre les apôtres a annoncé de telles choses? Qui d'entre
les saints pères a enseigné ainsi? Qui d'entre les saints a gagné les âmes de cette manière.
Personne. Par vos paroles, nous reconnaissons que vous n'avez pas l'Esprit divin en vous, mais
l'esprit malin; vous ne témoignez pas animés de zèle pour le Christ, mais pour le pape. Alors,
éloignez-vous de nous, fuyez derrière nous. Vous ne pourrez jamais nous séduire comme des
enfants insensés, nous hommes de la grâce!"
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Ils agissent donc de telle manière, voulant nous séduire avec des promesses et des
flatteries. Mais ces apôtres ont encore d'autres manières pour attirer vers eux les enfants de
notre Église, et cause de cela, vous devez être prêts et attentifs pour vous garder saufs. Car eux,
s'ils ne réussissent pas avec de calmes, douces et séduisantes paroles, ils se servent de la
contrainte et de la violence lorsqu'ils s'aperçoivent que leurs paroles restent inutiles et vaines.
Là où la langue ne réussit pas, le bâton s'y emploie. Je veux dire que, lorsqu'ils ne persuadent
pas, alors ils persécutent les pauvres orthodoxes en se servant des seigneurs auprès de qui ils
ont des pouvoirs, les mettant en guerre contre les chrétiens orthodoxes. Entre les persécutions
des premiers chrétiens et celles-ci, il y a a une seule différence: les premières étaient ouvertes et
franches; mais les secondes cachées et couvertes. Mais c'est la même choses: ils persécutent,
ils expulsent, ils emprisonnent!
Nous avons l'exemple récent de nos temps: lorsque les légions germaniques sont
arrivées victorieuses jusqu'à l'Hongro-Valachie, et ont envahi une grande partie de cette
province, les Uniates qui les accompagnaient sont accourus tout de suite et ont demandé que
les pieux et respectueux moines qui étaient installés dans leurs monastères, soient chassés
comme des schismatiques et comme refusant l'union des deux Églises. Et les malheureux
orthodoxes, au lieu de trouver, sous la victoire des rois chrétiens, la sécurité et le confort, ainsi
qu'ils espéraient, ont même risqué à cause de l'outrage hostile et de la lutte acharnée contre
eux des apôtres de Rome, la perte de leur liberté. A tel point même que les ennemis du
christianisme, les Arabes, plus tolérants que les Uniates, laissent au niveau de la foi, leurs
esclaves chrétiens libres de croire au Christ!
Lorsqu'ils vous combattent de cette manière, frères chrétiens, quel conseil puis-je vous
donner, sinon celui de subir les persécutions au nom de l'orthodoxie et vous comporter avec
grandeur d'âme, car de telle façon, non seulement vous sauverez vos âmes comme simple
chrétiens, mais encore vous obtiendrez la couronne du martyre. Vous risquez deux choses
pensez-vous: l'âme et le corps. Lequel des deux est-il sage de protéger? Sûrement votre âme,
car elle est plus précieuse. Voyez. Même le plus cupide d'entre les hommes, lorsqu'il voit surgir
le naufrage, se dépêche de jeter à la mer toutes ses richesses, la gloire et les valeurs pour
sauvegarder l'éternité bienheureuse que vous espérez. Quand les hommes voient un coup qui
va leur tomber sur la tête, ils essaient de l'arrêter de la main. Pour sauver l'âme, que le corps
souffre, si c'est nécessaire. Ainsi qu'il est écrit au sujet de Job: "Il donne pour son âme, sa peau,
toute sa peau et tout son corps". Vous aussi donnez jusqu'à votre peau; que le corps souffre
encore si cela est nécessaire, pourvu que l'âme soit sauve. C'est à cause de notre âme que
notre Seigneur nous a ordonnés de rester prudents comme des serpents et innocents comme
des colombes. Le serpent, pendant tous les coups qu'on lui porte, tente tout le temps de garder
sa tête intacte. Ainsi vous, à travers les persécutions, le fouet et le supplice, vous devez
sauvegarder votre tête, c'est-à-dire votre loi, votre foi, votre orthodoxie. Vous avez de nombreux
exemples de martyrs qui sont allés avec joie aux plus atroces supplices, à la mort la plus
horrible afin de ne pas trahir leur foi en Jésus. De notre temps, vous avez l'exemple de tant
d'autres frères chrétiens qui, sous le joug des Arabes, ces malheureux ou plutôt ces bienheureux
subissent toutes les horreurs pour ne pas manquer de respect à Dieu.
Vous avez l'exemple le plus grand: celui du Fils de Dieu et Dieu Lui-même qui, par amour
pour nous est devenu homme, a eu faim et soif, a été inspué ???, jugé, emprisonné, couronné
d'épines, crucifié et est mort pour notre salut.
Quel est le supplice équivalent à son supplice, Lui qui a tellement toléré, accepté et subit
pour nous, des mains de ses ennemis?
Quel mal sera assez puissant pour qu'il nous arrive de renier son Église, sa confession,
son amour?
"Qui nous séparera de l'Amour du Christ?" (Ro 9,35) dit saint Paul l'apôtre. Personne et
rien. A cause de cela, nous devons subir le mal afin de rester pendant cette vie terrestre
immuablement fidèles à la confession de la vraie foi afin de pouvoir hériter de la béatitude
éternelle dans la vie céleste.
Tachons d'être tous dignes de cette béatitude, grâce à la Bienveillance de notre
Seigneur.
Gloire Dieu pour les siècles des siècles Amen.
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