ANATOMOPATHOLOGIE 2021/2022
Chap 1 : PLACE DE L'ANATOMIE PATHOLOGIQUE EN MEDECINE
1. Généralités
L’anatomie pathologique est l’étude morphologique des modifications anormales des cellules et des
tissus. La première application de cette discipline médicale est le diagnostic des maladies et
notamment des cancers. La classification des cancers et des tumeurs bénignes repose essentiellement
sur des critères anatomo-pathologiques.
Différents moyens morphologiques sont utilisés depuis l’étude macroscopique jusqu’à la microscopie
électronique, et la biologie moléculaire in situ, mais l’outil le plus utilisé est le microscope optique
standard qui permet l’observation des tissus (histopathologie) et celle des cellules isolées
(cytopathologie) après un temps de préparation et de coloration en laboratoire des échantillons. Ces
derniers correspondent à des prélèvements obtenus par biopsie, chirurgie, frottis, ponction, etc…
En pratique le pathologiste, médecin spécialiste souvent désigné « anapath », effectue l’examen au
microscope de lames de verre supportant les échantillons. Le travail du pathologiste consiste en
l’interprétation des lésions observées sur ces lames. On peut comparer cette démarche à l’analyse des
clichés d’imagerie par le radiologue. Le diagnostic anatomo-pathologique est un acte médical et non le
résultat d’un processus automatisé.
Compte tenu de l’étendue et de la complexité des pathologies étudiées, l’anatomie pathologique a dû
évoluer dans ses moyens et dans son organisation. Ainsi la discipline a emprunté à la biologie des
techniques immunologiques et d’hybridation in situ pour ne citer que les plus utilisées. Par ailleurs les
cas difficiles font l’objet de discussions entre pathologistes et l’avis de référents dans les différentes
pathologies est souvent sollicité.
Dans le domaine de l’oncologie, l’anatomie pathologique est présente aux différentes étapes que
constituent le dépistage, le diagnostic et le choix du traitement.
2.1 Démarche diagnostique
L’anatomie pathologique (ou pathologie) est une discipline médicale qui étudie les lésions provoquées
par les maladies, ou associées à celles-ci, sur les organes, tissus ou cellules, en utilisant des techniques
principalement fondées sur la morphologie macroscopique et microscopique.
Les lésions sont des altérations morphologiques des organes, décelables par tout moyen d’observation.
Celles-ci sont des signes de maladies, au même titre que les symptômes cliniques. Elles peuvent être le
résultat de l’agression qui a déclenché la maladie, ou celui des réactions apparues au cours du
déroulement du processus morbide. La lésion élémentaire correspond à l’altération morphologique
d’une structure analysée isolément. L’association de différentes lésions élémentaires constitue un
ensemble lésionnel.
Il n’y a pas forcément de corrélation étroite entre l’importance d’une lésion et son expression clinique
ou biologique. Les causes des lésions sont variées : anomalies génétiques constitutionnelles ou
acquises, agents infectieux (bactéries, virus, parasites, champignons, prions), agents chimiques
(toxiques, caustiques, médicaments), agents physiques (agression thermique, radiations, modifications
de pression atmosphérique, traumatismes), déséquilibres circulatoires, nutritionnels ou hormonaux,
troubles immunitaires innés ou acquis et sénescence.
Dr NJINA N. Sylvain Tel : 066019166 Page 1
ANATOMOPATHOLOGIE 2021/2022
La démarche de l’anatomie pathologique est fondée sur une analyse sémiologique qui compare les
tissus normaux et les tissus pathologiques. Les lésions sont confrontées aux données cliniques,
biologiques et d’imagerie : c’est la corrélation anatomoclinique qui est indispensable pour permettre
une interprétation synthétique qui aboutit à un diagnostic (certain, probable ou incertain).
Buts de l’anatomie pathologique dans la pratique médicale
Le rôle de l’anatomocytopathologie est de contribuer à :
• élaborer le diagnostic par la démarche anatomoclinique : les lésions sont analysées et décrites dans
un compte-rendu, puis l’anatomopathologiste doit intégrer l’ensemble des faits morphologiques et des
renseignements cliniques pour, en conclusion du compte-rendu, affirmer un diagnostic ou proposer
une hypothèse diagnostique ;
• préciser le pronostic en apportant des éléments utiles, en particulier dans le domaine de la pathologie
tumorale ;
• évaluer l’effet des thérapeutiques : les examens anatomocytopathologiques sont renouvelés au cours
d’un traitement afin de juger de la disparition, de la persistance ou de l’aggravation des lésions.
2.2 Différents types de prélèvements
2.2.1 Prélèvements cytologiques
Les cellules isolées, ou les petits amas cellulaires, peuvent être obtenus de diverses façons :
• recueil des liquides spontanément émis (urine, expectoration, fistule, drain) ;
• raclage, brossage, écouvillonnage, aspiration de cellules desquamant spontanément (col utérin, bulle
cutané-muqueuse, bronches, voies biliaires, aspiration après lavage broncho alvéolaire) ;
• ponction à l’aiguille d’un liquide (épanchement de séreuse ou articulaire, liquide céphalorachidien,
kyste, collection) avec ou sans contrôle écho-ou scénographique ;
• ponction à l’aiguille d’un organe ou d’une tumeur (ganglion, nodule thyroïdien ou mammaire) avec
ou sans contrôle échographique ou scénographique ;
• apposition d’un tissu (pièce opératoire, biopsie) sur une lame.
2.2.2 Prélèvements tissulaires
Ils sont effectués selon trois modalités : la biopsie, les pièces opératoires et l’autopsie.
Biopsie
La biopsie consiste à prélever un fragment de tissu sur un être vivant en vue d’un examen
anatomopathologique. Par extension, ce terme peut désigner le fragment tissulaire.
La biopsie peut être effectuée selon plusieurs modalités :
• par ponction à l’aide d’une aiguille coupante ou d’un trocart (foie, rein, os, etc.) : on obtient des
cylindres de tissu de quelques millimètres à quelques centimètres de long (figure 1.1). Les ponctions
Dr NJINA N. Sylvain Tel : 066019166 Page 2
ANATOMOPATHOLOGIE 2021/2022
sont effectuées « à l’aveugle » lorsque l’ensemble de l’organe est malade, ou sous repérage
(échographie, scanner) lorsque la ponction doit être dirigée sur une lésion focale visible en imagerie ;
Figure 1.1 : Carotte de ponction-biopsie hépatique
• par biopsie chirurgicale après anesthésie locale ou générale et sous contrôle de la vue : biopsie
partielle, ou biopsie exérèse enlevant la totalité de la lésion ;
• au cours d’une endoscopie (pince montée sur l’endoscope) : fragments de 0,5 mm à 2 mm (figure
1.2).
La valeur des biopsies repose sur :
1. leur taille (ex : pour la recherche d’une artérite de Horton où les lésions sont segmentaires, une
biopsie d’artère temporale représentative doit mesurer au moins 1,5 cm) ;
2. leur nombre : plus elles sont nombreuses, plus on a de chance de trouver du tissu tumoral, de rendre
compte de l’hétérogénéité d’une tumeur et d’observer une lésion focale, mais importante pour le
diagnostic ;
3. le choix de la zone biopsie : éviter les zones nécrotiques ou hémorragiques ; sur la peau ou une
muqueuse, éviter les prélèvements trop superficiels ; biopsie le ganglion ayant fait l’objet d’une
ponction cytologique motivant la biopsie ;
4. la bonne préservation des tissus : ne pas étirer ou écraser les fragments, éviter le bistouri électrique
« grillant » les tissus ;
5. le repérage topographique de biopsies multiples (flacons différents répertoriés).
Pièces opératoires
Les pièces opératoires : exérèse partielle ou complète d’un ou de plusieurs organes, séparés ou en
monobloc
Dr NJINA N. Sylvain Tel : 066019166 Page 3
ANATOMOPATHOLOGIE 2021/2022
Autopsie
L’autopsie (ou nécropsie) correspond à un examen anatomopathologique pratiqué sur un cadavre.
Les autopsies médico-légales sont pratiquées sur ordre de la justice (réquisition du procureur, ou
ordonnance d’un juge d’instruction) dans tous les cas de mort suspecte, notamment lorsqu’il n’y a pas
eu de délivrance de permis d’inhumer.
Les autopsies à but scientifique sont pratiquées dans les hôpitaux, généralement à la demande des
médecins qui ont soigné le patient pendant son séjour à l’hôpital, éventuellement à la demande d’un
médecin traitant pour un patient décédé à son domicile.
N.B. : les autopsies médicales sont distinctes des dissections anatomiques pratiquées dans les
laboratoires d’anatomie des facultés de médecine. Celles-ci sont pratiquées dans le cadre de
l’enseignement de l’anatomie et pour la recherche, sur des cadavres qui sont des « dons de corps à la
science ».
2.3 Techniques d'étude morphologique des prélèvements cellulaire set tissulaires
La qualité des prélèvements conditionne la qualité de l’étude anatomopathologique. Le médecin
préleveur et prescripteur a une responsabilité dans l’acte anatomopathologique en s’assurant de la
bonne réalisation technique du prélèvement et de son acheminement dans de bonnes conditions au
laboratoire (dans des délais brefs, en respectant les règles de fixation, accompagné d’une demande
d’examen correctement renseignée).
Enregistrement
Lorsqu’un prélèvement parvient au laboratoire, il est enregistré et reçoit un numéro d’identification
unique. Celui-ci sera retranscrit sur les blocs et les lames, qui seront examinées au microscope après le
traitement technique du prélèvement. Chaque prélèvement doit être accompagné d’une fiche de
renseignements remplie par le médecin prescripteur qui doit mentionner :
1. l’identité du patient : nom, prénom(s), date de naissance, sexe ;
2. le siège, la date (jour et heure) et la nature du prélèvement (biopsie ou exérèse) ;
3. les circonstances cliniques et par acliniques qui ont motivé le prélèvement et éventuellement les
hypothèses diagnostiques ;
4. l’aspect macroscopique ou endoscopique des lésions (un compte-rendu opératoire peut être
utilement joint), éventuellement l’aspect d’imagerie, en particulier pour les tumeurs osseuses ;
5. les antécédents pathologiques du patient, en particulier, dans la mesure du possible, les antécédents
d’examens anatomopathologiques effectués dans un autre laboratoire et la nature des traitements
éventuellement administrés au malade ;
6. les nom et coordonnées du médecin prescripteur et du préleveur, et éventuellement ceux des autres
médecins correspondants.
2.3.1 Techniques d'étude des cellules
Étalement des cellules sur des lames de verre
Dr NJINA N. Sylvain Tel : 066019166 Page 4
ANATOMOPATHOLOGIE 2021/2022
L’étalement est fait par le préleveur lors des cytoponctions d’organes, des frottis, écouvillonnage,
brossages ou appositions. Ce geste simple doit être bien maîtrisé pour éviter un écrasement des
cellules, ou des amas, en plusieurs couches peu interprétables (figure 1.4).
Figure 1.4 : Ponction cytologique
Cytocentrifugation sur lame de verre
Le liquide (naturel, ou d’épanchement, ou de lavage) est acheminé au laboratoire où il est centrifugé
directement sur une lame de verre, sous forme de pastille (figure 1.5).
Figure 1.5 : Cytocentrifugation d'un liquide d'ascite
Fixation des étalements
Elle se fait soit par simple séchage à l’air pour la coloration de May-Grunwald-Gima (figure 1.6),
Dr NJINA N. Sylvain Tel : 066019166 Page 5
ANATOMOPATHOLOGIE 2021/2022
Figure 1.6 : Produit de cytoponction d’un ganglion lymphatique de lymphome de Hodgkin ;
étalement coloré au May-Grünwald-Giemsa
Soit par immersion dans l’alcool-éther, ou par application d’un aérosol de laque fixant pour les
colorations de Harris-Schorre, ou de Papanicolaou (frottis cervicaux-utérins notamment [figure 1.7]).
Figure 1.7 : Frottis cervico-utérin : étalement coloré au Papanicolaou
Afin d’éviter l’altération des cellules par autolyse, la fixation, la cytocentrifugation et la coloration
doivent être effectuées rapidement après l’obtention du prélèvement :
• fixation des frottis cervico-utérins par le médecin préleveur ;
• acheminement rapide d’un liquide à l’état frais au laboratoire ;
• et coloration au MGG sans délai excessif de lames séchées à l’air.
En cas de besoin (par exemple, recueil d’un liquide en dehors des heures d’ouverture d’un laboratoire)
un liquide peut être provisoirement stocké dans un réfrigérateur à +4 °C.
Étalement des cellules en monocouche
Cette technique moins répandue consiste à recueillir les cellules par ponction (séreuse, organe
plein…), ou par frottis (col utérin) et à les transmettre au laboratoire dans un liquide conservateur. Les
cellules présentes dans le flacon du fixateur sont ensuite remises en suspension et éventuellement
soumises à une dispersion par gradient de densité. Ensuite on effectue un processus de concentration
(par filtration et/ou centrifugation). Enfin, les cellules sont transférées en couche mince sur une lame et
sur une pastille de taille déterminée.
L’analyse d’un liquide peut également se faire après fixation et inclusion en paraffine d’un culot de
centrifugation, qui est alors effectué de la même façon qu’un prélèvement tissulaire.
La technique de prise en charge d’un prélèvement cytologique étant rapide (environ une heure), un
résultat urgent peut être donné au médecin prescripteur de l’examen le jour même du prélèvement. Des
colorations spéciales et des réactions immunocytochimiques peuvent également être effectuées, à
condition de disposer du nombre de lames nécessaires (d’où l’importance des renseignements
cliniques fournis à la réception du prélèvement).
Un examen cytopathologique fournit des renseignements souvent partiels, voire sans certitude.
Parexemple, les anomalies cytoplasmiques et nucléaires observées dans des cellules cancéreuses,
Dr NJINA N. Sylvain Tel : 066019166 Page 6
ANATOMOPATHOLOGIE 2021/2022
peuvent être difficiles à distinguer de modifications cellulaires induites par des phénomènes
inflammatoires ou régénératifs. En outre, lors de l’étude de cellules isolées, des critères importants du
diagnostic d’un cancer tels que l’architecture du tissu néoplasique et ses relations avec le tissu sain ne
sont pas analysables. L’examen cytopathologique est le plus souvent un examen de dépistage ou
d’orientation diagnostique. Un contrôle par biopsie peut être nécessaire avant toute thérapeutique.
2.3.2 Techniques d'étude des tissus
La technique de base comporte plusieurs étapes : la fixation, l’inclusion en paraffine, la confection de
coupes et leur coloration. Avant la fixation, il est possible d’effectuer sur le tissu frais des appositions
sur lames pour une étude cytopathologique, et des prélèvements pour des techniques particulières :
• la congélation ;
• la fixation adaptée à la microscopie électronique ;
• la mise en culture pour étude cytogénétique, ou en suspension cellulaire pour étude par cytométrie en
flux.
En ce qui concerne les pièces opératoires, une étape d’analyse macroscopique est indispensable, avant
(idéalement) ou après la fixation de la pièce.
Étude macroscopique
L’examen macroscopique détaillé est une partie essentielle de l’étude d’une pièce opératoire : la pièce
est examinée, mesurée, pesée, palpée puis disséquée (figure 1.8).
Figure 1.8 : Examen macroscopique d’une pièce opératoire, Mesure et dissection d’une pièce
d’oesogastrectomie fixée dans le formol puis sélection des prélèvements destinés à l’étude
Chaque lésion est repérée sur un schéma et éventuellement photographiée. Ces constatations sont
confrontées aux documents cliniques et/ou radiologiques, ce qui souligne l’importance des
renseignements écrits fournis par le médecin clinicien. En cas de pièces opératoires complexes
(exérèse monobloc de plusieurs organes, ou pièce de résection selon une méthode non
conventionnelle), le chirurgien devra adresser la pièce avec des indications de repérage topographique.
Dr NJINA N. Sylvain Tel : 066019166 Page 7
ANATOMOPATHOLOGIE 2021/2022
Il peut être utile de marquer les berges d’une pièce de résection de tumeur avec une encre indélébile :
ceci ne nuit pas à l’étude histologique et permet d’apprécier exactement la distance entre la tumeur et
la limite chirurgicale de la pièce (figure 1.9).
Figure 1.9 : Pièce d’exérèse de prostate et de vésicules séminales, A. Surface tatouée à l’encre de
chine. B. Tranche de section de la prostate : l’encre ne pénètre pas en profondeur. En bas lors de
l’examen microscopique, l’encre permet de repérer exactement les limites de la résection chirurgicale
(limite noire à gauche)
L’examen macroscopique donne des indications pour le pronostic de la maladie (notamment la taille et
la localisation d’un cancer) et il permet de sélectionner les territoires à prélever pour l’étude
microscopique : zones lésées, zones d’aspect macroscopique sain et limites d’exérèse.
Après le choix des prélèvements destinés à l’analyse microscopique, les restes de la pièce opératoire
sont conservés pendant quelques jours ou semaines afin de pouvoir en cas de nécessité effectuer des
prélèvements complémentaires.
Fixation
La fixation est indispensable pour conserver la morphologie cellulaire, elle doit être immédiate ou au
moins très rapidement débutée après l’obtention du prélèvement. Toute fixation défectueuse rend
l’étude anatomopathologique difficile voire impossible (dessiccation et/ou autolyse du tissu).
Si le laboratoire est situé à proximité immédiate du lieu de prélèvement, celui-ci peut être acheminé
rapidement (moins d’une heure) et confié à l’anatomopathologiste qui choisira les conditions de
fixation les plus adaptées. Sinon, la fixation doit être effectuée par le médecin préleveur.
Trois précautions doivent être prises :
1. le volume du fixateur doit représenter environ 10 fois le volume de la pièce ;
2. le récipient doit être de taille suffisamment grande pour prévenir les déformations des pièces
opératoires volumineuses ;
Dr NJINA N. Sylvain Tel : 066019166 Page 8
ANATOMOPATHOLOGIE 2021/2022
3. avant fixation, les organes creux (tube digestif, vésicule biliaire, utérus) doivent être ouverts et si
nécessaire lavés de leur contenu afin de prévenir l’autolyse des muqueuses ; les organes pleins
volumineux (foie, rate) doivent être coupés en tranches pour faciliter la pénétration rapide et
homogène du fixateur, les poumons peuvent être fixés par insufflation d’une solution de formol dans
les bronches ou coupés en tranches. Seuls les cerveaux de nécropsies seront plongés dans une solution
de formol sans être tranchés en raison de la fragilité de la substance cérébrale.
La durée de la fixation dépend de la taille du prélèvement : au minimum 2 à 5 heures pour une biopsie
et 48 heures pour une pièce opératoire.
Nature du fixateur : le fixateur le plus habituellement utilisé est le formol à 10 % tamponné. Pour les
biopsies de petites tailles, des fixateurs à base d’alcool peuvent être utilisés (fixation encore plus
rapide, mais effet délétère sur certains antigènes, ce qui peut nuire à des techniques particulières
d’immunohistochimie).
Cas particuliers des tissus calcifiés : les prélèvements calcifiés (os, certaines tumeurs) doivent être
sciés, puis fixés, puis plongés dans une solution décalcifiante (acide) avant d’être inclus dans la
paraffine, ce qui rallonge la durée de la technique.
Imprégnation et inclusion
Les prélèvements ayant achevé leur fixation sont déposés dans des cassettes en plastique, directement
s’il s’agit de biopsies ou, s’il s’agit de pièces opératoires, après l’étape d’examen macroscopique au
cours de laquelle sont prélevés des fragments de petite taille (en moyenne 2 x 0,3 cm). Puis les tissus
contenus dans les cassettes sont déshydratés par passage dans des alcools, l’alcool est éliminé par des
solvants (xylène), puis la paraffine liquide à 56 °C imprègne les tissus et est refroidie. Ces étapes sont
automatisées dans des appareils à inclusion. L’étape finale de l’inclusion est manuelle et consiste à
réorienter convenablement le fragment tissulaire dans le sens de la coupe dans un moule de paraffine
(figure 1.10).
Figure 1.10 : Inclusion manuelle du tissu dans un moule de paraffine, En haut : orientation des
prélèvements dans la paraffine liquide. En bas : refroidissement de la paraffine.
Dr NJINA N. Sylvain Tel : 066019166 Page 9
ANATOMOPATHOLOGIE 2021/2022
Coupes et colorations
Le bloc solide de paraffine contenant le tissu est coupé grâce à un microtome, les coupes de 3 à 5
microns d’épaisseur sont étalées sur des lames (figure 1.11).
Figure 1.11 : Technique histologique : étapes manuelles, B : coupe au microtome. C : étalement.
Après dissolution de la paraffine, puis réhydratation, le tissu est coloré. La coloration usuelle associe
un colorant basique nucléaire (hématéine, hématoxyline) et un colorant acide cytoplasmique (éosine,
érythrosine, ou phloxine). On y ajoute souvent du safran qui se fixe sur le collagène (figure 1.12).
Figure 1.12 : Coloration hématoxyline-éosine-safran d’une muqueuse de trompe utérine, Les
cytoplasmes sont roses, les noyaux bleutés, le collagène jaune.
La coupe colorée est protégée par une lamelle de verre collée, ou par un film plastique transparent
(figure 1.13). Elle est alors prête à être analysée au microscope par un médecin anatomopathologiste.
Dr NJINA N. Sylvain Tel : 066019166 Page 10
ANATOMOPATHOLOGIE 2021/2022
Figure 1.13 : Coupe du tissu étalé sur lame et coloré en hématoxyline-éosine-safran, En bas : tissu
inclus en paraffine dans le bloc correspondant.
2.4 Techniques particulières
Examen histologique extemporané
Il s’agit d’un examen anatomopathologique pratiqué dès que le prélèvement est effectué, non fixé,
pendant une intervention chirurgicale, afin de fournir rapidement au chirurgien un diagnostic
susceptible de modifier le déroulement de l’acte chirurgical.
Les motifs les plus fréquents de demandes d’examens histologiques extemporanés sont :
• déterminer la nature inflammatoire ou tumorale d’une lésion et, en cas de tumeur, sa nature bénigne
ou cancéreuse pour déterminer l’importance du geste d’exérèse chirurgical ;
• s’assurer qu’une biopsie chirurgicale a bien intéressé un territoire lésionnel représentatif de la
maladie ;
• s’assurer que des limites de résection sont saines.
La technique utilise la macroscopie et, le plus souvent, des coupes au cryomicrotome (crystat) et une
coloration rapide, ce qui permet un résultat en moins de 30 min (figure 1.14).
Dr NJINA N. Sylvain Tel : 066019166 Page 11
ANATOMOPATHOLOGIE 2021/2022
Figure 1.14 : Examen histologique extemporané, B. Étude macroscopique du prélèvement frais. C. Un
fragment est prélevé et fixé sur un portoir. 3 Le fragment congelé est coupé dans un cryostat. 4. Coupe
de tissu congelé colorée au bleu de toluidine.
Cependant au cours d’un examen extemporané, la morphologie tissulaire n’est pas d’aussi bonne
qualité qu’après une fixation et inclusion en paraffine, en raison de la congélation qui altère la
morphologie cellulaire. En outre, pour respecter un délai de réponse court, il n’est pas possible
d’examiner en totalité une lésion volumineuse. Le diagnostic fourni par un examen extemporané n’est
donc pas aussi fiable qu’un diagnostic histologique conventionnel : il ne doit être considéré que
comme un diagnostic de présomption.
Les tissus calcifiés ne peuvent être coupés dans un cryostat et ne peuvent donc pas faire l’objet d’un
examen histologique extemporané.
Colorations histochimiques spéciales
Des colorations spéciales ont pour but de mettre en évidence des constituants particuliers des
cellules(glycogène, mucus, pigments, etc.), ou de la matrice extra-cellulaire (collagènes, fibres
élastiques, amylose, etc.), ainsi que des agents infectieux (bactéries, parasites, champignons). Ces
colorations sont très variées (tableau 1.1) et leur mise en oeuvre rallonge le processus technique
Tableau 1.1. : Lister des colorations histochimiques les plus courantes
Dr NJINA N. Sylvain Tel : 066019166 Page 12
ANATOMOPATHOLOGIE 2021/2022
Histoenzymologie
Certains enzymes peuvent être mis en évidence sur des coupes congelées ou parfois après inclusion
dans la paraffine. La coupe est incubée dans un substrat spécifique de l’activité enzymatique
recherchée. La réaction libère un produit coloré, ou colorable, qui peut être visualisé au microscope
optique. L’application la plus courante est l’étude des biopsies musculaires pour myopathies.
Immunohistochimie
L’immunohistochimie consiste à mettre en évidence divers antigènes (Ag) cellulaires, ou
extracellulaires, grâce à des anticorps (Ac) spécifiquement dirigés contre eux, sur des préparations
cytologiques (immunocytochimie), ou sur des coupes de tissus congelés, ou fixés, et inclus en
paraffine. Les Ag recherchés peuvent être des Ag membranaires, cytoplasmiques ou nucléaires, ou des
protéines de la matrice extra-cellulaire.
L’immunofluorescence directe est surtout utilisée pour mettre en évidence les dépôts tissulaires
d’immunoglobulines et de complément dans les biopsies cutanées et dans les biopsies rénales
congelées, observées grâce à un microscope à fluorescence.
Dans les méthodes immunoenzymatiques indirectes, l’Ac spécifique primaire est déposé sur le tissu,
puis il est révélé par un 2e Ac couplé à une enzyme à laquelle on fournit son substrat. Le produit
coloré de la réaction enzymatique apparaît au niveau du site des complexes Ag-Ac.
L’intensité du signal obtenu après marquage d’une réaction antigène-anticorps dépend du nombre de
molécules colorées visibles. Plusieurs mécanismes d’amplification sont possibles, parmi lesquels les
méthodes à trois couches, ou l’utilisation de polymères portant plusieurs molécules d’anticorps.
L’augmentation du temps d’incubation et le prétraitement des coupes déparaffinées par la chaleur ou
des enzymes augmentent aussi l’intensité du signal.
Figure 1.27 : Mise en évidence immunohistochimique de l’insuline dans un îlot de Langerhans
(technique d’immunoperoxydase sur tissu pancréatique fixé et déparaffiné)
Dr NJINA N. Sylvain Tel : 066019166 Page 13
ANATOMOPATHOLOGIE 2021/2022
L’immunohistochimie est très largement utilisée avec de multiples indications parmi lesquelles :
• intérêt diagnostique : classification précise de nombreuses tumeurs par la mise en évidence
d’antigènes de différenciation cellulaire, mise en évidence de certains agents infectieux ;
• intérêt pronostique : mise en évidence de protéines impliquées dans la prolifération cellulaire, ou de
produits d’oncogènes ;
• intérêt thérapeutique : mise en évidence de cibles thérapeutiques, telles que les récepteurs nucléaires
aux estrogènes et la protéine Her2 dans les cancers du sein.
2.5 Résultats : le compte-rendu anatomopathologique
Les résultats de l’analyse anatomopathologique sont donnés sous la forme d’un compte-rendu écrit,
dans lequel les lésions sont décrites, puis interprétées, avec le cas échéant une description des
méthodes complémentaires utilisées, pour aboutir à une conclusion synthétique : diagnostic lésionnel
ou hypothèses de diagnostic en fonction des renseignements fournis et des lésions observées. Chaque
fois que cela est nécessaire (en particulier pour des tumeurs) des éléments de pronostic doivent être
fournis. L’usage de terminologies et classifications nationales et internationales est recommandé.
Le diagnostic morphologique doit toujours être confronté avec la clinique et, le cas échéant, la biologie
et l’imagerie.
Le délai de réponse nécessaire, en raison des diverses contraintes techniques, est généralement de
l’ordre de 48 heures au minimum. En cas de délai prolongé (examen en attente de techniques
complémentaires ou demande d’avis auprès d’un expert), un compte-rendu provisoire peut être
adressé, mais une décision thérapeutique ne peut s’appuyer que sur le compte-rendu définitif.
2.6 Déontologie et aspects législatifs
Le compte-rendu anatomocytopathologique est daté et signé par le médecin habilité qui a effectué
l’examen et est adressé au médecin prescripteur de l’examen, éventuellement aux autres médecins en
charge du patient. Le compte-rendu devient un élément du dossier médical du patient et est couvert par
le secret médical. Les communications de comptes-rendus par télécopie ou par réseau informatique ne
peuvent être utilisées que dans le cadre d’une procédure garantissant ce secret.
Dr NJINA N. Sylvain Tel : 066019166 Page 14
ANATOMOPATHOLOGIE 2021/2022
L’avis d’autres médecins anatomopathologistes peut être sollicité dans diverses circonstances : cas de
diagnostic difficile, désaccord sur le diagnostic entre le pathologiste et le clinicien, avis d’un autre
pathologiste sollicité à la demande du clinicien ou du patient. Cela nécessite l’envoi de lames, de blocs
ou d’images numériques. Le pathologiste consulté rédige un compte-rendu écrit qui est adressé au
pathologiste initial et est transmis au médecin en charge du patient.
Les résidus de pièces opératoires ou de prélèvements nécropsiques sont détruits après l’analyse
anatomopathologique mais les blocs d’inclusion, les lames colorées et les comptes-rendus sont
conservés par le laboratoire dans des archives : il s’agit d’une obligation légale. Après des années, il
est donc toujours possible de réexaminer des lames ou de confectionner de nouvelles lames à partir du
bloc d’inclusion tant que le matériel tissulaire n’est pas épuisé par les coupes successives.
2.7 Place de l'anatomopathologie dans la prise en charge pluridisciplinaire du patient
Des réunions de concertation pluridisciplinaire régulières organisées entre cliniciens et pathologistes
permettent de confronter le diagnostic morphologique aux données cliniques, d’imagerie, ou de
biologie moléculaire. Elles peuvent être formalisées au sein de réseaux cliniques ville hôpital, pour la
prise en charge de pathologies ciblées, ou en cancérologie. Dans ce cadre, l’anatomopathologiste
participe aux confrontations pluridisciplinaires avec les radiologues, chirurgiens et oncologues.
Seule une mise en commun des données permet d’assurer au patient un diagnostic fiable, une prise en
charge de qualité (recherche de facteurs influençant le pronostic) et de proposer une stratégie
thérapeutique.
Dr NJINA N. Sylvain Tel : 066019166 Page 15